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Page

Réfer. : 0601A .
Auteur : Etteilla.
Titre : Les sept nuances de l'oeuvre.
S/titre : L D D P (le denier du pauvre)nuances.

Editeur : Xxxxx.
Date éd. : 17xx .
@
+@

pict

+@

LES SEPT
pict
DE L'OEUVRE
PHILOSOPHIQUE-HERMÉTIQUE,
S U I V I E S D'UN TRAITÉ
S U R LA PERFECTION DES MÉTAUX,

Mis sous l'avant-Titre

pict

---------------------------------------
SOYEZ AUSSI SIMPLE QUE LES ENFANTS,
OU VOUS NE VERREZ PAS
LE ROYAUME DE MON PÈRE. Science
& Sagesse de J. C.
---------------------------------------

La quatorzième année de mon frappant
Pronostic, & dans la cinquième de
son heureuse justification: SOUS LA
PREMIÈRE GÉNÉRATION, UNE ATTENTE
NE SERA PAS INFRUCTUEUSE. Zodiaque
Mystérieux, 1772, page 184, chez
*ÉGAUT, Quai de Gêvres.

+@

pictes deux petits Ouvrages réunis, &
auxquels il faudrait joindre l'Apperçu
sur la Cartonomancie & sur son Auteur,
peuvent tous trois ne rien coûter, ou
coûter à son choix si peu de chose,
(L. D. D. P.) que ce serait une injustice
de les mettre sous clef.
Puissent à jamais les Livres être composés,
imprimés & distribués aux dépens
des Hommes riches de sagesse, de
science & de fortune! Dans cette vue,
nous avons déjà arraché de plusieurs
anciens Monuments divers matériaux,
pour établir LA PHILOSOPHIE RENDUE
FAMILIERE AU MENU PEUPLE.
---------------------------------------
E R R A T A.

L e s S e p t N u a n c e s.


Pages. Lignes. Fautes. Lisez.

13. 15. oeuvre. oeuf.
18. 7. oeuvre. oeuf.
28. 8. je pourrais. je pourrai.
39. 16. 4°. 2°.
39. 23. érivez. écrivez.
-------------------- L.D.D.P.

--------------------
A p p e r ç u.

20. 3. l'atomique. l'atomiste.

+@

pict

L E S S E P T

pict

D E L' O E U V R E:

PHILOSOPHIQUE-HERMÉTIQUE;

Dont je vous prie de communiquer la
lecture à vos Amis.

pict orsque Dieu Créateur Divin,
fut, pour parler figurément, arrivé au
jour qu'il avait prédestiné pour créer la
matière, il ordonna, & la matière fut
créée.
La matière fut, afin que les formes
fussent compréhensibles, & les propriétés
effectives, à des êtres que le
Créateur ne devait pas créer comme lui,
sans nombre, sans formes, sans poids
A

@

2


ni couleurs, & enfin sans être composés.
Pour que la matière fût compréhensible
aux êtres, il fallait qu'ils fussent
aussi faits de la matière; & pour
que la matière leur fût utile, il était
nécessaire qu'elle eût atteint en elle-
même son premier degré de perfection,
puisque les premières vertus ou propriétés
de la matière, & de tout ce
qui en était déjà formé, devaient être le
germe physique de l'embryon homme,
comme le Créateur de l'âme, de l'esprit
& de la matière, en était le Principe.

N U A N C E S de sept Temps de l'Oeuvre,
visible chez l'Auteur

N°. I.

Dieu créa la Première Matière, telle
on la voit dans ce premier vase (a\):


----------------------------------------
(a) Aucun changement n'est dans les
principes; telle a été la Première Matière,
telle elle doit être aujourd'hui; &
ce n'est pas un orgueil de dire la voici
dans ce vase, mais un témoignage de la

@

3

telle, disent les Philosophes, elle dut
être sortant de l'esprit du Seigneur,
telle il fallait qu'elle fût nécessairement
le plus simple possible, renfermant en
elle tout principe palpable de génération
& toutes qualités & propriétés
élémentaires.
Cette première matière me semble
assez bien être cette légère mousse (*)
qui croît avec le temps sur les vieux toits
de chaume & sur les ruines des Edifices.
C'est en jetant, comme Observateur
de ruines, & comme homme, de
frivoles & de solides regards sur les
ravages des siècles passés & du présent,
que l'on se mémoire d'avoir
vu cette espèce de mousse, ou mieux


----------------------------------------
stabilité des principes primitifs, & des
lumières de la Philosophie qui ne permet
pas qu'on cherche Dieu en lui,
mais dans ses Oeuvres.
(*) Une Preuve. Dans ce premier vase on voit naître & vivre la première Famille
de la matière, le Scarabée élémentaire, successivement
simple, -am-tri-quarto-phibie.
A ij

@

4

ce vrai minéral de Nature (b\), vivant,
mélangé de blanc, de jaune,
& de vert, extrêmement spongieux, &
mis dans ce vase sans aucun fluide,
ayant attiré lui-même celui que vous
y voyez à présent.
La base de cette petite partie de la
Première Matière, avec laquelle, nous
le répétons d'après tous les Philosophes,
le Seigneur a formé l'Univers palpable,
est, nous le croyons, un assemblage
de particules de la Magnétique universelle,
qui à mesure qu'elles se sont reposé
sur la pierre ou sur le chaume, ont
apté des particules élémentaires, au
point de former un corps sensible &
parfaitement ressemblant à cette mousse
ci-dite.


----------------------------------------
(b) C'est le minéral ou germe de l'or
qu'il faut travailler, & non l'or, parce
que l'or à maturité ne peut pas donner
ce qu'il a pris, & il n'a pas pris plus qu'il
ne lui suffisait.

@

5

Cette petite partie de Première Matière
est donc formée des atomes de
l'Esprit universel, & corporifiée par des
atomes élémentaires.
Cet Esprit universel n'est pas, avec
les insensés Matérialistes, l'Esprit Moteur;
mais pour nous exprimer, son
émanation devenue substance, humidité,
coagulation, formant un esprit composé,
pouvant avoir nom Matière Première.
C'est ainsi, avons-nous dit ailleurs,
que la vapeur qui sort de l'homme n'est
pas directement lui, mais une émanation
qui ne peut être sans lui; & c'est enfin,
de l'homme à Dieu, sa sagesse, son
entendement, sa volonté, le souffle,
l'humidité, la correspondance de
l'homme fait, sain & pur, qui devient
un agent universel pour la conservation
de la vie de l'enfant, dans le moment
où quelqu'influence maligne
tend à éloigner de lui le principe vital;
miracle étonnant, perdu par la périclitation
de l'homme insensé.
A iij


@

6

Cet esprit, Matière Première, premier
germe physique de la Nature entière,
nage & transperce les éléments,
leur donne l'être, les vivifie, les alimente
& les corporifie.
Ces accumulations de particules
magnétiques l, & élémentaires 4, ont
en elles, pour le nombre 2, 3 principes,
sel, soufre & mercure; mais soustrayant
l'esprit I, très pur de la matière,
& mettant en aparté 2, qui
est l'homme pour lequel tout a été rendu
sensible, ce corps de nature palpable,
que vous voyez dans ce vase,
n'offrira réellement plus que le nombre
7.
Si I le principe, a en vue 2 l'homme,
il faut que 2 touche I, & que 3
soit le côté cherché & facilement
trouvé.
C'est, je le proteste, en écoutant les
nombres, qu'on peut développer la
Nature; mais sans nous étendre, disons
que si 3 est plus près de I que 4,

@

7

que les trois Principes de la Nature,
sel, soufre & mercure, donnent naissance
& entretien aux quatre éléments,
comme I aux trois principes, & tous
ces nombres seront donc bien placés
en cette sorte, 4, 3, 2, 1, = 10.
Si néanmoins les hommes, tant
Philosophes que Savants vulgaires, &
même des Ignorants, ne sont pas d'accord
sur le nombre des éléments, ces
derniers ne suivant que les formes extérieures;
en place du 4, éléments,
nous mettrons le 4 des points cardinaux
de l'Univers palpable; & au
centre de 4 plaçant l'unité, les faux
Savants en hautes sciences, qui écrivent
de la sage Magie, ne diront plus,
aussi injustement qu'ineptement, que
5 est un nombre abominable.
Oui, 5 est un nombre abominable
lorsqu'il est pris en opposition du 5 sacré
de tous les Philosophes & de la Nature
même; mais non le vrai 5 X 10
= 50, porte d'intelligence.
Quiconque voit 4, & ne se figure
A iv

@

8

pas le I rayonnant au milieu, voit
premièrement la matière sans esprit;
& quiconque, après le quadrilatère des
Hébreux ne voit pas le signe de vie en 5,
en un ignorant en hautes Sciences.
5 est le premier sacré, ou nombre
dit sacré, & celui qui le fait chanter
par la loi physique pour le dépriser,
en un Chaldéen, & non un Disciple des
Premiers & sages Egyptiens.
Tout à sa loi d'écoulement & de
correspondance du ciel en la terre, &
de la terre aux cieux, jusqu'au plus haut
ciel, chaque ciel ayant son exaltation,
& c'est ce que la véritable route de
l'oeuvre Hermétique vous représente.
Si je vous ai indiqué la matière première,
& les deux lieux principaux où
vous la pouvez trouver, parce qu'elle
s'y amasse sans trouble, ressouvenez-
vous qu'elle est encore infiniment plus
pure en l'homme, comme l'a dit le
bon & très Philosophe Morien au Roi
Calide: Roi, tu as tout en toi, parce
que l'oeil de Dieu se plaît sur toi, &

@

9

que son doigt te touche directement
jusques dans les reins (c\).
Enfants de l'Art Hermétique, que
ces paroles du vertueux Morien ne
vous fourvoient pas; son intention
appuyée de la vérité, n'a pas été de
nous jeter dans l'erreur.
Si vous employez autre chose que
la chose unique, vous ne réussirez pas;
c'est le sentiment de tous les Adeptes.
Combien de balivernes disent ceux
qui n'entendent pas Morien & autres
Philosophes.
Combien cent mille fois plus égarés
sont ceux qui avancent des idées noires
tirées du gouffre infernal où leur esprit se
plaît à voyager! Ce ne sont pas des
victimes d'une ignorance grossière; ils
n'ont pas non plus sucé le lait des pourceaux:
mais pire, ce sont des monstres
déjà liés sur le bûcher perpétuel.
Un de ces abominables hommes
m'a fait frémir, &, faut-il dire, tomber


----------------------------------------
(c) Cette vérité est applicable à
tous les hommes. A v

@

10


à la renverse: qu'eût-on dit si on
l'eût puni de mort? il la méritait.
Il faisait couler le poison le plus subtil
dans l'âme du faible, & par des
vraisemblances perfides, affublé du
manteau qu'il avait dérobé à la Vérité,
il offrait le mensonge comme si c'eut
été cette vertu, la Vérité, si chère
& si sacrée pour tous les hommes,
même aux brigands.
Le flocelie, le vitriol, le sel commun,
l'urine, la salive, la rosée, la
cendre, le charbon, enfin nombre de
choses dont a particulièrement parlé,
le Philosophe inconnu (*) (pour se moquer
d'une assemblée de faux Philosophes,
qui, chacun dans leur sentiment,
n'étaient que de vrais fous à l'égard de
la chose unique,) ne sont pas à mépriser,
parce que tout, dans la Nature, est
imprégné de cette divine chose.
Oui, avec tout, vous opérerez des
choses surprenantes, si vous conduisez
ce que vous emploierez avec intelligence,


----------------------------------------
(*) Chez d'Houry, Libraire-Imprimeur,
rue Haute-feuille.

@

11

mais que vous trouviez en tout
la Médecine universelle, & la Poudre
de projection, cela est autre chose.
La matière n'est qu'une, c'est la
Nature qui la donne; & si Dieu ou un
Ami, ont dit les Philosophes, ne vous
la découvre pas, vous perdrez votre
temps, & aussi injustement votre argent,
car cela ne coûte pas un sou (d\).
Pourquoi six à sept mille Disciples
du grand Hermès qui sont de présent
à Paris, & dont mon Père (pour m'exprimer
à la manière de ce sage) n'en
regarde d'un oeil bénin tout au plus que


----------------------------------------
(d) Dans le mois de Juin dernier,
M. le Comte de ..... Seigneur Italien,
vint voir mon Oeuvre; & sur ce qu'il
vit, il n'hésita pas de me confier un
procédé qui lui coûtait déjà 40 mille
livres; plus, pour le lendemain, deux
mille écus. Je lui prouvai clair comme le
jour que son conducteur le menait vers
sa ruine; je lui prouvai que le procédé ne
conduirait qu'à une explosion du vase,
A vj

@

12

mille, ne croiraient-ils point tous être
dans la vraie route du triple Arcane.
Nous passons tous sur le Pont qui le
couvre; chaque sujet que nous employons
est teint de l'esprit universel,
& nous voyons comme l'ont guidé les
Sages; mais nimium ne crede colori,
ne vous en rapportez pas trop à la couleur:
les Sages ont bien vu, & vous
pouvez voir mal; il faut plus que les
apparences.
Ayant la Matière Première dans vos
mains il faut promptement la mettre


----------------------------------------
fût-il cent fois plus dur & plus tenace
que l'acier; que son Opérateur n'était
pas dans la bonne foi, mais un rusé
fripon, & que lui-même méritait d'être
trompé, n'aspirant qu'à nager dans la
santé & dans l'or. Je le rendis sage,
mais en même temps ingrat, ne me tenant
seulement pas compte de l'heure
que je sacrifiai pour lui conserver sa
réputation & sa fortune: 3 liv. était le
prix de mon temps, j'eus la force ou la
faiblesse de ne pas les lui demander.

@

13

dans un petit vase & la sceller hermétiquement;
mais pour que l'esprit universel
ne s'échappe pas, posez votre
mousse sur un aimant (*).
Cet aimant est aussi un mystère que
je vais vous dévoiler.
Cet aimant n'est rien autre qu'un
vinaigre doux comme lait; & sans
vouloir jouer du Philosophe, ni augmenter
la somme des mots, c'est un
petit aigrelet composé de soufre & de
mercure, déjà unis & amis; il en faut
peu & ne coûte rien, car rien ne coûte
que le vase, qui n'est pas de nécessité un
oeuvre de verre, car au temps d'Hermès
il n'y avait pas de verre Anglais, & pas
même d'Anglais de nom, non plus que
de Français.
Ce soufre & ce mercure font accointances
avec le soufre & le mercure
de votre petite mousse, & alors l'esprit


----------------------------------------
(*) Il est plusieurs aimants, & ils sont souvent
pris pour la Première Matière.
On peut employer beaucoup de ferment,
mais la Matière n'est qu'une.
J'ai vu des ferments qui m'ont émerveillé, &
d'autres qui m'ont trompé.

@

14

universel ne s'aperçoit volontiers
pas qu'il est changé de place (e\).
En cet état, vous voyagez tranquillement
avec la chose unique, sans crainte
des méchants, (f\) & demi-once pour
un homme seul est bien suffisante pour
mille ans; ainsi jouez-vous donc de
l'ignorant qui dit en avoir apporté de
Londres cinquante livres pesant: elle
est en tout lieu, & l'oeuvre se fait en
tout temps, quoique le Solitaire préfère
le Sagittaire & le Bélier, comme la
Balance est préférée par le Cavalier.

Commençons l'Oeuvre.

La Matière Première, mise dans un
petit vase, tel un gobelet, & bien


----------------------------------------
(e) Dans un vase, le fluide que
pompe la matière s'amasse au fond jusqu'au
même poids de la matière.
(f) J'ai vu un brave Pèlerin qui,
en me la montrant, me dit que c'était
de l'herbette qu'il avait prise sur le tombeau
d'un Saint. Je lui dis: dites sur
la couche d'une Sainte.

@

15

adaptée par un peu de mercure & de
soufre unis, vous l'arrosez de soufre &
de mercure non unis.
Le combat qui se passe alors, surpasse
tout ce que l'on en peut écrire; mais la
paix naît du triomphe de l'un des deux,
& ils sont amis en plus ou moins de
temps, suivant l'habileté de l'Artiste,
7, 14, ou 21 jours.
Quand ils sont unis, mettez le sel,
(il n'est vraiment point salé) alors le
combat est cent fois plus violent; mais
chose admirable, l'esprit universel se
plaît plus que jamais, & pour aider les
combattants, il pompe le fluide qui
avoisine le vase; mais comme ce fluide
élémentaire n'en point pur, (peut-être
n'en est-ce pas là la raison) on ne voit
en ce vase que choses hideuses, dont je
parlerai à la seconde Nuance: enfin, le
combat fini, tout est exténué de fatigue,
l'oeuvre en cet état est ressemblant
au mensonge des Ignorants, tant il est hideux
à voir, mais meilleur à posséder, car
les nombres 4 & 3 sont déjà soustraits,

@

16

puisqu'il ne reste que la plus parfaite
unité.
Il y a plusieurs routes, oui, car je
tire du jardin d'Eden le sel, le soufre
& le mercure, & je ne vois plus le jardin;
mais suivez la route que j'indique,
& ne dites pas que je cache quelque
chose, puisque vous pouvez le justifier
par l'aspect de mon Procédé.
Je ne cache rien, parce que dans le
peu que je fais, j'aime à imiter notre
illustre Cabaliste M. de S. Germain, (g\)
vrai & unique Auteur du Philalèthe.


----------------------------------------
(g) M. le Comte de S. Germain,
le vrai Cabaliste, n'est point mort,
mais bien M. S. Germain, Chimiste,
Lisez mes Ouvrages, & surtout l'Epître
que j'ai adressée à feu M. de Gébelin
de son vivant, premier Janvier 1784.
Pourquoi, dirai-je, croiriez-vous
plus un Journaliste sur cet objet, que
Etteilla, vrai disciple de M. de S. Germain
depuis près de vingt ans?
Lorsque j'ai dit, premier de Janvier

@

17

Le sel, le soufre & le mercure se
tirent de la matière première, ou se tirent
de la Nature même par un aimant,
& je vous ai nommé l'aimant littéralement,
& cet aimant est en tout lieu.
Si vous ne mettez pas cette mousse
en action, elle ne sera pas actuée comme
elle est en vous; mais, au nom de
la vérité, sur plus de cent qui m'ont
dit la connaître, je n'en ai rencontré
qu'un seul qui a parlé vrai; car je connais
la véritable matière, encore que
je ne sois pas Adepte.


----------------------------------------
1784, dans l'Epître à M. de Gébelin,
que mon Maître serait à Paris du 20
au 21 Juillet, on a dit: Bon! il est
mort; & lorsque le Journaliste a dit
qu'il venait de mourir: Ah! ah! a-t-on
dit, il n'était donc pas mort! Non, &
il ne l'est pas, & doit être à Paris en
1787 ou 88, au plus tard; & pour le
reconnaître, voyez son Portrait très
frappant, gravé par M. Thomas, & dédié
à feu M. le Comte de Milly.

@

18

N°. II.

Lorsque le combat est fini, au bout
de 21 & 31 jours, ce qui fait 52 tout
au plus, quel étonnement! un cahos,
un cloaque noir, huileux, un privé
jettent une exhalaison insupportable.
Oui, un liquide affreux que tu peux
enfermer dans un oeuvre de verre, ou
mieux faire tomber goutte à goutte sur
un petit gril fait d'allumettes, élevé du
fond de ton second vase sur quatre
épingles.
Ta liqueur, ou ce monstre, se coagulera
en tombant, & après plus ou
moins de temps, (de six semaines jusqu'à
sept mois) étant au noir, plus que noir,
ton esprit de Pluton perdra sa rage avec
ses forces, se dépouillera de sa peau, &
fuira en esprit, emportant avec lui tout
son venin.
Sa peau te restera, & elle servira
d'aliment à des animaux de toute nature,
& tous bien hideux.
Ils finiront tous mal, parce qu'ils

@

19

sont nés de la chair & non de l'esprit;
& alors ton oeuvre s'offrira à toi tel tu
le vois, noir, sillonné de couleur roux
de bois, & teint de gros vert.
Laisse recoller ton oeuvre, qui,
ayant bien souffert, demande du repos:
tu le croiras bien portant quand il pompera
le fluide, & qu'il tombera de son
ventre une liqueur verte.
C'est ici le temps de lui couper les
ailes; car il se dessécherait par ses larmes.
Change-le de vase sans dessus-dessous
sur un nouveau gril.

N°. III.

À l'instant même il prendra le blanc
& le vert, & le vert sera permanent,
& ton oeuvre s'épanouira.

N°. IV.

Quand tu le verras changer de nuance,
quitter le vert de pré pour prendre
le blanc, le vert-de-gris & le jaune,
tu seras ravi; car alors tu reconnaîtras

@

20

les vérités des Philosophes.
Oui, cela te semblera un phénomène,
& c'en sera un grand pour toi.

N°. V.

Depuis le N°. III, jusques & y
compris le N°. VI, ne change point
de vase. Ici commence la Nature à
être parfaite en son oeuvre; c'est le plus
bel avenir que tu aies vu de tes jours,
je le dis dans l'imitation de la Nature.
La fraîcheur, les couleurs, le mouvement
alternatif, tout se prépare à
te montrer les quatre Saisons d'un
climat parfaitement situé.

N°. VI.

En ce sixième vase est le tout entier
du Zodiaque; dix volumes ne suffiraient
pas pour tracer tout ce qui s'y passe
l'attention même qu'il faudrait avoir
pour rendre l'ordre des opérations de la
Nature, demanderait du temps, de la patience,
& une autre plume: je dirai
donc simplement que dans ces quatre

@

21

Saisons, on y voit la Nature se développer
pas à pas avec le même ordre &
le même rapport de temps, c'est-à-dire
d'un à quatre: on y voit
Le Soleil, la Lune, les étoiles, les
nuées, le tonnerre, la pluie, la rosée,
les frimas, la glace, la neige, les montagnes,
les antres, les volcans, les
vallées, les forêts, les vergers, les
campagnes, les pâturages, les mers
les sources, les fleuves, les lacs, les
rivières, les arbres, les fleurs, les fruits,
les métaux, les minéraux, les pierres
fines, les animaux; les poissons y nagent,
les oiseaux y volent, & l'esprit de
l'homme en couvre la Surface: oh!
homme, tu ne sais pas qui tu es.

N°. VII.

Véritablement, dans un nouveau
vase, tu as dû, après la fin de l'hiver
de ton oeuvre, prendre ta matière,
qui n'est plus qu'un cahos, dans un parfait
repos; tu as dû la rouler légèrement
de figure cylindrique de I sur 2,

@

22

telle tu la vois à sec & plongée dans un
bain, où elle est rafraîchie, humectée
sans être trempée ni suffoquée.
Elle prend, comme tu le vois,
un manteau royal, nuancé de toutes
les plus vives couleurs, & par suite elle
se dépouillera de son manteau.
Alors elle est pierre grise-blanche,
& est si solide, que ton poids, ni la
force de tes doigts, ne peut la faire
changer de forme.
Alors tu prends le feu des Sages, &
d'autres disent leur double mercure;
mais, supposé, en celui-ci, la Pierre devient
molle, & par suite se dissout,
dit-on, & devient une huile transparente,
odoriférante, & au fond de ton
vase se trouve son corps, qui est une
poudre au blanc, & que, ensuite, tu
conduis au rouge.
Je viens de dire, dit-on, parce que
je n'ai pas encore été plus loin que la
pierre au gris-blanc, qui, sans autre
préparation, teint le fer en cuivre, &,
assure-t-on, est du cuivre réel. Ainsi
finit la septième Nuance.

@

23

J'ai dit, dans la vérité, la route que
je tiens; je la crois vraie, mais non la
seule: il n'en est pas de même de la
première matière, il ne peut y en avoir
deux, & sans en faire mystère, je la
montre à quiconque est & sera curieux
de la voir, autant de temps que je
serai à la poursuite de l'Oeuvre (h\).
Afin que tu saches si tu possèdes véritablement
la mousse que je t'ai indiquée,
je te dirai qu'une fois ôtée du lieu
où elle a pris naissance, & l'ayant fixée
dans ton premier vase couvert d'un
verre plan, elle attirera de l'humidité
à la quantité de son poids.
Secondement, dans tous tes vases,


----------------------------------------
(h) Les vrais Curieux du grand Oeuvre,
ainsi qu'il en vient chez moi pour
suivre les variations du mien, au lieu
de donner journellement 3 liv. préfèrent
à tenir le rang de mes Pensionnaires,
30 liv. par mois; ce qui les facilite d'amener
tantôt un Savant, & tantôt un
Amateur.

@

24

elle attirera de l'humidité, qui plus,
qui moins, jusqu'à quart de poisson,
mesure de Paris.
En troisième, dans ton sixième vase,
l'eau qui y sera ne te mouillera pas
les doigts, mais fera juste l'effet du
mercure lorsque tu y touches.
Et en quatrième, l'hiver de ton
sixième vase sera total lorsque ta matière
sera sans humidité, & tu en seras
averti au moment que ta matière faisant
un dernier effort, pompera plus de
fluide qu'elle n'a encore fait. Reste peu
de choses à te dire.
Beaucoup de personnes fraîches
émoulues de la lecture des Philosophes,
diront que si je les ai lus, je me soumets
bien peu à leur langage. Je réponds,
qu'ayant vu cent bons ouvrages sur la
Philosophie-Hermétique, & surtout le
Livre de Thot, le Pymandre d'Hermès,
le Cosmopolite & Philalèthe,
je n'ai point attaché ma mémoire à des
mots ni à des routes diverses qui conduisent
au même but.
J'avance

@

25

J'avance sans orgueil que pas un des
grands Hommes, ne peuvent montrer
plus que moi, dans leurs Oeuvres (i\),
les mouvements & les effets perpétuels,
annuels & journaliers de la Nature,
non en fictions, comme beaucoup de
jeunes Disciples, mais en réalité, c'est-
à-dire, que la Nature s'agite, que
les volcans s'entr'ouvrent, que les arbres
sortent de terre & demeurent jusqu'à
ce qu'on les abatte, ainsi de
tout ce que j'ai dit N°. VI.


----------------------------------------
(i) Je ne sais si c'est par un don, ou
purement à l'appui de ma faible science,
que je juge juste de l'homme qui cherche
en vain, & de celui qui peut espérer. Vous
qui me lisez, devenez comme moi. Si
l'homme qui vous parle hautes sciences,
vous peint la vertu sans ses oeuvres,
protestez qu'il ne réussira jamais.
Si au contraire il peint les oeuvres de la
vertu pour vous représenter cette émanation
de la Sagesse, soyez pour le moins
porté à croire qu'en frappant on lui ouvrira.
B

@

26

On peut de même être certain que
j'ai délaissé dans ce N° VI, & dans
les autres, plus de mille & mille beautés
qui émerveillent tous ceux qui,
venant journellement chez moi, voient
les nuances éphémères de mon Oeuvre.
Si pourtant, dirai-je, zélé Amateur
de nos Sciences, j'échoue au
Port (k\), ce que je ne pense pas, n'en


----------------------------------------
(k) L'envie de vivre longtemps & d'avoir
beaucoup d'or, disent les Ignorants,
fait toute la crédulité des uns & l'effronterie
des autres.
Il y a, il est vrai, des hommes crédules
qui, quoiqu'ils ont été & sont
encore vicieux, se persuadent qu'ils
trouveront, ou que l'on leur donnera la
Médecine Universelle, & tout plein d'or;
ils sont dans l'erreur, & les fripons seuls
peuvent créer leurs espérances de ces
belles promesses; mais il n'en est pas
moins vrai que la sage Pierre n'est pas
une chimère, & que quand bien même je
mourrais sans la posséder, son existence
n'en serait pas moins certaine.

@

27

prends jamais occasion de parler contre
cette sublime branche de la sage Cabale;
car tu passerais, avec plus de raison que
moi, dans l'inverse, pour un indiscret
vis-à-vis des hommes instruits, &
de ceux qui méritent de l'être.
Il en est de l'Etude de la Philosophie
Hermétique, comme de la Divination,
toujours en tant que science
naturelle; car je n'entends jamais vouloir
parler de ce qui est au-dessus ni
au-dessous de l'esprit ni du coeur humain.
L'Etude, généralement de toutes
sciences, n'est pas la possession d'elles,
mais de premières lumières plus
ou moins fortes, jusqu'à ce qu'on
soit arrivé au point de les posséder, &
alors de les cultiver en Maître, c'est-à-
dire sans aucun autre besoin.
Ce n'est pas en Maître que j'écris
sur les Hautes Sciences, c'est en Disciple,
mais en Disciple formé, qui
enseigne les premières routes précises
B ij

@

28

pour arriver à des opérations cabalistiques,
& qui, pour en assurer la preuve,
opère publiquement, tantôt dans une
branche, tantôt dans l'autre: on voulait
des faits; j'en donne perpétuellement.
Enfin trente ans d'études, & bientôt
je pourrais dire quarante, m'ayant
rendu Possesseur des premières clefs de
la Magie-Pratique & Théorique des
Premiers Egyptiens, je les donne avec
plaisir dans les Ouvrages que voici.
La Philosophie des Hautes Sciences,
5 vol. avec figures, 7 liv. 10 sols.
Le Livre de Thot qui va avec, en soixante
& dix huit figures, 3 liv. 11 sols.
La Cartonomancie Française, ou
l'Art de tirer les Cartes, troisième édition,
3 liv.
Le Jeu de Cartes qui facilite à entendre
cet Ouvrage, 1 liv. 10 sols.
L'Indicateur du Chemin de la Fortune
(l\), 1 liv. 4 sol.


----------------------------------------
(l) Tout doit être intéressant pour

@

29

Aperçu sur la Cartonomancie, par
un Elève de l'Auteur,............. rien.
Ce petit Cahier,............... rien.


----------------------------------------
les hommes, au moment où la Nature,
dans l'une de ses effervescences périodiques
millénaires, paraît les aider à étendre
les bornes de leurs connaissances.
Nous allons donc, pour mettre au
jour les objets mêmes les plus imperceptibles,
copier mot à mot la Lettre que
nous avons écrite dans les premiers
jours de Novembre 1785, remise au
net, datée & expédiée le 12 à MM. les
Auteurs & Rédacteurs du Journal de
Paris; Lettre que nous avions prévu,
comme on va le voir, ne pouvoir pas entrer
dans le Journal par son genre, &
plus par son étendue.
Nous pouvions ici corriger plusieurs
choses; mais MM. les Rédacteurs du
Journal seront garants que nous avons
laissé subsister entièrement toutes les faiblesses
que leur jugement & leur consommation
d'écouter en lisant, peuvent leur
B iij

@

30

Il est plusieurs autres ouvrages, comme
le Zodiaque Mystérieux 1772,
mais épuisés & vraiment rares; je ne


----------------------------------------
avoir découvertes, & surtout, le répétant
de bonne foi nous-mêmes, n'étant ni
Grammairien ni Puriste.
Il nous reste à dire, que nous croyons
qu'il manque un Journal qui n'embrasserait
que la partie des Hautes Sciences;
(le Journal de Paris N°. 342,
8 Décembre 1785, offre deux sujets
qui appuient notre idée): s'il existait, je
crois que tous ceux qui s'occupent d'elles
fourniraient des faits particuliers
& aussi utiles aux Arts & aux Sciences,
qu'à l'humanité; & pour se
le persuader, il n'y aurait qu'à jeter
les yeux sur les découvertes de nos
Philosophes, & sur celles qui flottent
encore aujourd'hui dans les ouvrages de
ceux qui écrivent les Hautes Sciences.
Il est vrai, dirons-nous en même
temps, qu'il ne faudrait pas que les


@

31

les mets point dans le fonds que je possède,
& dont plusieurs tirent leur fin.
Par mes Ouvrages, la Société est


----------------------------------------
Auteurs d'un pareil Journal fussent simplement
les Hommes de Lettres, ni
même ce que nous nommons des Savants
universels; il faudrait qu'à ces belles
qualités d'hommes d'esprit, de génie
& de Sciences, ils joignissent au moins
quelques clefs de la Sage Cabale, soit
celle de la Science des Nombres, de la
Divination, de l'Hermétique, des Talismans,
des Génies, &c.

L E T T R E.

Messieurs,

Votre Journal a pour but l'utile, je
le sais, mais je découvre en même-
temps que vous n'en excluez point l'agréable.
J'ai eu l'honneur de vous écrire, (je
B iv

@

32

assez instruite des sortes d'occupations
& d'études que j'ai suivies & suis pour
l'aider, comme un de ses Membres, à


----------------------------------------
crois, vers la fin de Février dernier)
qu'en suivant les anneaux de la vie de
diverses personnes, j'avais donné, dans
les deux Tirages qui précédaient ma
Lettre, à trois d'entr'elles, à l'une un
Ambe, à l'autre Un Terne, & à l'autre
un Quaterne.
Que ne connaissant point ces personnes,
qu'en supposant qu'elles eussent
profité de mes combinaisons numériques
cabalistiques, je les priais
par votre moyen, (dans l'un de vos
Journaux) de donner aux Octogénaires
ce que leur bonne volonté & leur
reconnaissance auraient intention de
faire pour moi.
Il n'est pas, MESSIEURS, en moi de
vous prier de donner du ton aux Hautes
Sciences; je dirai plus, supposant
comme de coutume, que vous mettiez
ma Lettre au rebut avec les quapartager

@

33

ses fatigues, & lui chérir des délassements;
ainsi persuadée par mes
faibles écrits, que j'ai pris sur moi


----------------------------------------
tre précédentes que je vous ai envoyées
depuis plusieurs années, parce que sans
doute j'ai toujours en vue les Hautes
Sciences, que je regarde mes Lettres
entre vos mains comme traces dans
vos Journaux.
Le 10 Septembre dernier, prêt à
mettre au jour mon Indicateur du Chemin
de la Fortune, je l'envoyai, suivant
la loi & mon zèle, successivement les
12, 13, 14 & 15, aux Personnes qui
président à l'examen des Ouvrages de
Littérature, ensuite chez dix Bienfaiteurs,
Amateurs & Amis, & enfin pour
être vu du Public, chez dix Marchands
d'Estampes étalant sur les Boulevards &
sur les Quais.
Mon Indicateur porte, MESSIEURS,
que j'offre le moyen de trouver les
nombres de chances, à sortir, & pour
le prouver, je donne la règle, & j'en tire
B v

@

34

depuis ma naissance, avec autant de
zèle que de travaux, ma part du
poids étonnant, dont pour son propre


----------------------------------------
la preuve avant & après le tirage par
le troisième côté cherché, puisqu'ayant
donné six nombres, 76, 64, 15, 12,
81, 47, j'ai pour connu les deux côtés
76 & 64, dont le troisième côté qui
ferme le triangle en 15, & pour seconde
opération, ayant pour cela connu
12 & 81, donne de nécessité absolue
47, ce qui a été réalisé par le tirage qui
a suivi (*).

Plus fort en plus fort.......Nic.

Voici, MESSIEURS, un trait aussi
frappeur que la Chaîne des Hasards
vient de faire naître, & si je n'ai pas de
témoins particuliers aussi respectables à


----------------------------------------
(*) N. B. Le Public a entrevu ma
combinaison; car le jour du Tirage &
les jours suivants, je vendis près de cent
Exemplaires.

@

35

bonheur elle s'est chargée & engagée
librement de porter, elle ne sera pas
fâchée de me voir retracer ici le second


----------------------------------------
citer, pouvant offrir que les noms de
quelques Amis & Elèves, pour répondre
à ce manque, je vous offre la
Société en général.
En 1785, mois de Mars, j'ai donné
pour la suite des Tirages de l'Année,
sept Nombres, 1, 51, 14, 59, 75,
60, 30, qui, suivant les Principes des
premiers Egyptiens, doivent dans les
hasards se lier amoureusement; & en
1785, le premier Tirage de Novembre,
1, 75, 60, & 30, sont sortis;
ce qui fait un beau Quatrain, ou un
beau Quaterne, dans sept nombres; ce
que je vous prie, Messieurs, de justifier
page 35, quatrième Cahier des
Tarots, ou cinquième tome de la Philosophie
des Hautes Sciences; à Paris,
chez l'Auteur, & chez les Libraires:
nous parlerons bientôt du Quine.
Je joue aussi, Messieurs, un peu
B vj

@

36

contrat de mes revenus, hypothéqués
sur ceux de ses Membres curieux de
goûter librement le fruit des Hautes
Sciences.


----------------------------------------
de l'Adepte dans ce même ouvrage cela
m'est bien permis, après 33 ans d'études,
& tout bonnement d'état Magicien)
c'est qu'en vérité je suis dans la
bonne foi de croire que je ne mourrai
pas, sans prouver à toute l'Europe
que la Médecine Universelle, ainsi que
la transmutation du cuivre en or, &c. ne
sont pas des chimères pour les hommes
sensés. J'en ai, Messieurs, un tant soit
peu plus que la demi-preuve chez
moi, & vous prie de la venir voir,
comme de me croire avec respect,

M e s s i e u r s,

Votre très humble & très
obéissant Serviteur,

Le bon crédule ETTEILLA.

Paris, le 12 Novembre 1785.

@

37

Sans vouloir chercher aujourd'hui
quelque Distique dans des Auteurs
Grecs ou Latins, qui prouverait qu'il


----------------------------------------

RÉFLEXIONS PRÉSENTES SUR MA LETTRE.
Je n'ai point hasardé ni ne hasarde
pas mes paroles, en disant que j'ai voulu
trouver des Nombres à sortir, &
qu'effectivement j'ai réussi, parce qu'il
n'est pas homme qui ne puisse dire,
avec raison, que si j'avais ce talent, il
serait inutile que je remplisse l'état d'Astrologue.
Non, je n'ai pas le talent de trouver
les Nombres de chances à sortir, & si je
l'avait, je suis assez fait & assez Citoyen,
pour ne pas déranger aucun ordre; mais
qu'il me soit permis de dire que ce qui
paraît impossible à beaucoup de personnes,
ne semble que difficile à un petit
nombre, c'est où j'en suis.
J'ai donné l'Indicateur, & en le donnant
plusieurs jours avant le Tirage,
j'ai cru devoir prouver qu'il n'était pas

@

38

est permis à un Homme de Science de
vendre son temps, comme à un Marchand
des Six Corps son drap, je dirai sans tournure
forcée, non valeur non compris.
pict Lorsqu'on veut m'écrire ou me
parler de vive voix Hautes Sciences, il
me faut pour le temps que je dois donner
à répondre,.................. 3 liv.
Si on veut avoir des leçons de sage
Magie-pratique, notez qu'il n'est pas
question de jouer des gobelets, parce
que ce n'est pas mon métier, mais
bien de scruter la Nature dans son intelligence,
...................... 3 liv.
Pour l'Horoscope (m\), ........ 50 liv.


----------------------------------------
fabriqué comme sont les Combinaisons
imprimées dans de petits Almanachs,
& j'ai réussi.
Si vous n'avez pas sous les yeux les
Ouvrages dont je parle, vous ne pouvez
que vous en rapporter à ce que je dis,
& cela ne suffit pas pour opérer aussi
juste que moi.

@

39

Pour tirer les Cartes (n\).... 24 liv.
Pour me consulter après l'Horoscope
ou après avoir tiré les Cartes,.. 3 liv.
Pour me donner à résoudre quelques
questions sans m'avoir fait primitivement
travailler (o\),............. 6 liv.
Pour avoir le nom de son Génie, sa
nature, ses qualités, sa puissance relative
à la vie de l'homme, de quel élément
il est, quelle Région il est obliger
de soigner, &c.............. 12 liv.
Pour expliquer un Songe,...... 6 liv.


----------------------------------------
(m n) Sans qu'il soit nécessaire que
je vous voie, avec l'argent envoyez-
moi, 1°. le jour de votre naissance &
l'année: 4°. Les premières lettres des
noms que vous ont donnés votre Parrain
ou votre Marraine: 3°. Le nombre que
vous aimez; & 4°. La couleur pour laquelle
vous avez le plus de goût. Je dirai
alors quand il faudra envoyer chercher
mon travail.
(o) La même chose, mais de plus écrivez
ou dites de vive voix, vos questions.

@

40

Pour faire faire son Talisman, & avoir
en écrit ses propriétés, ainsi que son
génie, &c. depuis huit jusqu'à dix louis,
suivant les propriétés qu'on lui veut, &
les difficultés du travail.
Pour être le Médecin d'esprit d'une
personne, c'est-à-dire, sans remède
moral ni physique, le conduire à un
plein repos, ou, ce qui est le même,
être son Devin perpétuel, par mois (p\)
30 liv.
Tous ces Prix ne sont ni nouveaux
ni enflés; depuis mon premier Ouvrage
1757, on y voit ceux que je prends,
& ainsi à mesure que j'ai augmenté
en science, j'ai augmenté le nombre de
mes Prix, mais jamais mes Prix: ouvrez
donc mes Ouvrages, & vous
les trouverez de côté & d'autre, tels


----------------------------------------
(p) Plusieurs de mes Malades qui
ont la démangeaison de ne me faire passer
que 24 liv. sont prévenus que leurs
héritiers ne me tiendront pas compte du
surplus.

@

41

j'ai cru devoir les rassembler ici. Il
nous reste la dernière touche de Maître.
Faire marcher, voler en l'air ce Cahier,
n'est pas du ressort des Hautes
Sciences qui n'ont point en vue la Magie
blanche ni la Magie noire, mais
l'étude de la Nature.
La Magie blanche appartient à celui
qui veut séduire & à celui qui veut être
séduit sans être réellement trompé, puisqu'il
n'est question que de tours de Gibecière
non faits pour amuser un homme
toute sa vie, mais pour le récréer de
temps à autre, & surtout dans la première
jeunesse.
La Magie noire, (vraie ou fausse,
je la dis véritable, aussi improprement
nommée Magie que l'autre, si
on s'en rapporte au vrai terme) n'est
pas non plus la Magie qui constitue la
qualité de Mage, Magus, Magi. C'est
donc celle-ci à laquelle il nous faut tenir,
& la seule à laquelle je me suis entièrement
livré depuis l'âge de quatorze
ans, & je pourrais dire depuis celui de

@

42

onze, excepté que n'en connaissant pas
la route, mon mauvais génie me faisait
souvent pencher à droite & à gauche
dans les soi-disantes Magies blanche &
noire.
La Magie que je suis, n'est pas non
plus la marche qu'a suivi Suedembourg,
homme très savant & très sage, mais
qui, faute d'être bien conçue, fait naître
de beaucoup de ses Lecteurs, des
Extatiques qui, dans l'excès de leur
vertu, ont toujours à la bouche une
révolution générale du Globe, une révélation
nouvelle, sans penser qu'ils
tombent dans le piège de plusieurs Prophètes
Hébreux qui, pour avoir prédit
ce que Dieu ne leur avait pas ordonné,
ont vu ces parties de leur Prophétie
générale sans accomplissement.
Je veux deviner, je vois de quelle
manière les événements de la vie humaine
sont comme nécessités à se suivre,
suivant le temps, le lieu, & les gens.
Je veux devenir Philosophe Herméticien,
je cherche à développer dans la

@

43

Nature ce qui est sans mélange, &
dans son état primitif, &c, &c, &c.
Celui qui témoigne que les Sciences,
appelées Hautes Sciences, sont des chimères,
est à cet égard un fieffé ignorant
qui arrête la progression de nos
connaissances, Qui ne cherche pas à
vaincre pour jamais les faux préjugés,
Qui n'a nulle idée que les Sciences
vulgaires sont le fruit des recherches des
Hautes Sciences, Qui veut que l'homme
soit enferré dans la sphère de ses
lumières, & enfin c'est un ignorant qui,
contre le plus grand Axiome Philosophique,
veut que ce qu'il ne sait pas
ni ne conçoit pas, soit réputé zéro.

R E M P L I S S A G E.
Je prie la Société de réfléchir que
malgré le préjugé, & jadis la persécution,
il a toujours existé des Hommes
Devins qui, comme dans toutes
les Sciences & les Arts, ont été plus
ou moins savants.
Je la prie de même d'examiner que

@

44

les temps où les Peuples ont fait la guerre
au génie de l'homme & aux Sciences
abstraites, sont marqués par les Historiens,
chez les Romains, comme l'époque
de la décadence de leur Empire,
& chez presque tous les Européens
comme celle de la plus crasse ignorance
sous toutes les formes les plus
monstrueuses.
Il est aujourd'hui comme produit
de la raison, de laisser épanouir le Génie
qui nous a formé, mais en même
temps de traiter tout ce qui n'est pas
aussi palpable qu'une Citadelle, de chimères,
& les hommes d'enthousiastes.
Pour que la Divination soit regardée
comme chimérique, il faut démontrer
qu'il est impossible qu'elle soit une
Science, & prouver qu'aucun pronostic
ne s'est jamais justifié; mais ce qui
n'est pas démontré anti-axiome, ne
peut pas être réputé impossible; donc
la Divination peut être une Science
toute naturelle qui se réduit aux quatre
premières règles numériques & à quelques
équations.

@

45

Avant d'avoir répudié les Philosophes-Devins,
il eût fallu que la Société
indiquât à ses Membres d'autres
Médecins d'esprit, & il faut, disons-
nous aujourd'hui, que ceux qui ont
appris à leurs dépens qu'il est peu de
véritables amis, sachent où existe un
Homme Devin, pouvant les conseiller
& les consoler à prix d'argent: " Seul
" chez moi, livré à moi-même, rem"
pli de souci, accablé de chagrins,
" roulant le désespoir ou la vengeance,
" m'ôterez-vous la consolation de de"
mander conseil à l'homme qui, mal"
gré vos mépris contre la science &
" contre lui, est avoué de mille & mille
" personnes pour ramener le calme &
" dissiper ce noir affreux qui veut me
" submerger, Société, soyez impartiale:
" Membre de votre Corps, je demande
" pour l'Homme unique plus de liber"
té, plus d'aisance, & qu'il fasse des
" Elèves pour nos Descendants.
C'est en ne confondant pas l'Homme

@

46

vertueux & savant avec le vicieux
& l'ignorant, que l'on sera porté à
croire que la Société a perpétuellement
besoin d'un Homme Devin pour adoucir
& calmer les chagrins de l'un de ses
Membres maltraité par la fortune, molesté
par ses passions, trahi par ses semblables,
& enfin ayant perpétuellement
un esprit chagrin qui, s'il n'est remis
en son assiette, se montera jusqu'à passer
au suicide. Lisez page 156, tome second
de la Philosophie des hautes Sciences.
Ceux qui parlent contre la Divination
aussi lestement que d'autres, ou
eux-mêmes, fredonnent, sifflent & pirouettent
dans la maison d'autrui, ne
peuvent se figurer qu'ils attaquent l'esprit
de la prévoyance; que lui livrant
combat, ils laissent un passage à la
soi-disante Prédestinée, & enfin qu'ils
donnent imperceptiblement accès au
Matérialisme.
Autant de temps que les hommes
se cacheront de la Société lorsqu'ils
voudront consulter un Philosophe Devin,

@

47

ou un Médecin d'esprit, autant
de temps nous serons portés à croire que
la Société n'a pas une juste idée de la
rareté des Sorciers & de la Sorcellerie,
puisque la crainte que quelques-uns de
ses Membres ont d'être vus entrer chez
Etteilla, marque encore ce reste de
l'ignorance de nos Pères, & de plus la
nôtre, en refusant à certains hommes
plus de moyens que nous n'en soupçonnons
pour lire tout bonnement les
résultats d'après les causes & les effets.
Aux différents prix que je requiers,
suivant le travail qui m'est donné, le
Curieux doit encore admettre la possibilité
que je ne réussisse pas.
Le Peintre de Portrait ayant la Nature
sous les yeux, manque la ressemblance;
à plus forte raison, celui qui n'a
que la mémoire d'avoir vu une galerie
où les tableaux sont les uns sur les autres,
& qui pour se guider est obligé de
faire cent règles Algébriques, peut quelquefois
être à plus de mille lieues de
son sujet; mais il faut revenir à la charge

@

48

au lieu de médire des Hautes Sciences,
qui ne sont pas garantes des faiblesses
de leurs Professeurs.
La Divination, Science naturelle,
objet de réflexions, de combinaisons &
de calculs, ne peut ni ne doit être appréhendée,
parce qu'on ne peut être
Devin sans être Savant, & il n'est pas
possible d'être vraiment Savant sans
être Sage.
Je terminerai presque toujours par
dire à tous les hommes, qu'un des plus
grands malheurs pour chacun d'eux est
d'être forcé de prononcer en dernier
ressort.
J'ai un peu abrégé la Description de
mon Oeuvre-Hermétique, parce qu'il est
possible de le voir chez moi, (Hôtel
de Crillon, rue de la Verrerie, en face
de celle de la Poterie) & que je voulais
faire suivre le petit Ouvrage ayant
pour titre: LE DENIER DU PAUVRE.

pict

@

pict

P E T I T A V A N T - P R O P O S

POUR LE DENIER DU PAUVRE,

pict'ai dit dans le Cahier précédent,
que j'avais lu cent Ouvrages sur la
Philosophie Hermétique; il faut croire
qu'ils n'ont pas tous été infiniment
longs, & que souvent je n'ai fait que
les parcourir: en voici deux preuves.

La première, la brièveté du Livret
qui suit; & en second, nul ressouvenir
de l'avoir jamais lu ailleurs; ce qui
n'annonce pas qu'il ne soit ni connu,
ni imprimé.

Que ce petit Ouvrage soit ou ne
soit pas imprimé, j'en fais offrande
à l'Auteur, que je ne connais aucunement,
& suis & serai toujours prêt
à lui en remettre le tribut effectif, & à
A

@

ij Petit avant-propos.

son défaut, d'en donner scrupuleusement
la recette aux Pauvres.

Que l'Amateur entrevoie en tout
ceci, combien je fais cas de ce
petit Livret, qui pourtant paraît
discordant à ce que j'ai dit dans le
précédent Cahier.

Non, rien n'est en discord*, & je
laisse à celui qui commencera seulement
à épeler, la satisfaction d'entendre la juste
analogie du Chemin Royal Chimique
avec la grande Route Alchimique.

Le profit de ce petit Cahier étant
celui du Pauvre (I), soyez du nombre


----------------------------------------
(I) Qui n'a pas son Pauvre & son Riche,
dis-je un jour à mon plus proche parent,
qui ne me concevait pas trop, quoiqu'il
eût infiniment besoin de l'un & de l'autre,
ne peut pas se dire parfaitement heureux.

@

Petit avant-propos. iij

des Donataires; ou si vous ne le pouvez
pas, & que vous soyez même
dans la détresse, occasionnée par la recherche
de cet Art, venez avec assurance;
la caisse sera vidée sur le champ
pour vous.

Où mieux placer quelqu'obole, en
l'absence des Sages, qui vont assistant
les Pauvres, & rendant la santé aux
malades.

ETTEILLA.


On engage beaucoup MM. les Libraires
à être intermédiaires entre les
donataires & nos respectables Victimes
de la recherche des Hautes Sciences.
A ij

@

iv Petit avant-propos.

Ils le peuvent d'autant plus, que ce
petit Ouvrage leur sera délivré gratuitement;
ainsi pourront-ils le nommer
Le Denier du Pauvre;
& s'ils ne connaissent pas de nos pauvres,
ils pourront donner par eux-
mêmes à tous vrais Pauvres qu'ils jugeront
à propos, le prix qu'ils en
retireront. Et ainsi soit jusqu'à l'extinction
de ce Livre.

pict

@

pict

pict
O U
L A P E R F E C T I O N

D E S M E T A U X.

pict ETTE question n'est pas aisée à
décider, vu la diversité des opinions
de tant de siècles, de sorte que la plupart
des hommes ne veulent pas croire
la vérité qui a été publiée par les Philosophes.
La principale raison est que de
cent, à peine s'en trouve-t-il un qui
ne se trouve réduit à la pauvreté par ce
travail. C'est pourquoi on ne saurait
blâmer les Incrédules là où il n'y a pas
apparence de vérité (a\).


----------------------------------------
(a) Lisez l'Existence de la Pierre mer-
A iij

@

6

L'expérience néanmoins prouve la
possibilité par le moyen de l'Art & de la
Nature, quoique les exemples soient
fort rares; mais quelle absurdité serait-
ce de nier le Ciel & l'Enfer, pour ne les
avoir jamais vus? Nous dira-t-on: il
le faut croire, parce que les Prophètes
& les Apôtres nous l'ont révélé, & qu'il
n'en est pas de même de la tradition
des Philosophes?
Je réponds à cela que tous les Philosophes
n'ont pas été Païens, & que
beaucoup de Chrétiens ont écrit touchant
cet Art, outre que parmi les
Païens il y en eut de fort Gens de
bien, qui eussent cru à l'Evangile s'il
leur eût été annoncé, & qui ne sont
pas si blâmables que nous qui, faisant
profession du Christianisme par nos
paroles, le nions par nos oeuvres. Pourquoi
eussent-ils voulu nous abuser par


----------------------------------------
veilleuse des Philosophes; vous y verrez
plus que des apparences, y ayant des
authenticités irréfutables.

@

7

des mensonges & par des sottises dont
ils ne pouvaient espérer aucun profit,
vu que même la plupart ont été des
Princes fort puissants?
Parmi les Chrétiens, il y en a plusieurs
qui ont assuré la vérité de cet Art
fort religieusement, tels qu'ont été
de grands Prélats, comme S. Thomas
d'Aquin, Albert le Grand, Lulle, Arnaud,
Roger Bacon, Bazile, &c.
Comment se peut-il faire que des hommes
pieux eussent voulu abuser & jeter
dans l'erreur la Postérité. Quand
même les Ecrits de ces illustres Personnages
ne seraient pas en lumière,
il y aurait des témoignages vivants
pour la confirmation de cette vérité,
& je ne doute point qu'il n'y ait des
gens qui possèdent la connaissance de
l'Art sans le publier; car qui serait l'Insensé
qui se voudrait découvrir au
monde, pour n'en avoir autre récompense
que de l'envie?
Quelqu'un me demandera peut-
être pourquoi je prends le parti de
A iv

@

8

cet Art avec tant de chaleur, comme si
j'avais vu ou fait quelque chose? Il est
vrai que je n'en suis jamais venu à la
projection, & que je n'ai point vu de
transmutation; toutefois je suis certain
de la vérité, d'autant que par le
moyen du feu j'ai souvent tiré de l'or
& de l'argent des métaux, qui ne
laissent aucun or ni argent dans la coupelle.
Ce n'est pas que par-là je veuille
entendre qu'un métal perfectionne
l'autre, ou le change en or ou argent;
mais voici mon sentiment.
Comme dans le règne des végétaux
l'eau mondifie l'eau ou le suc par
la cuisson, ce qui arrive dans la purification
du miel & du sucre ou autre suc
végétal, avec de l'eau commune &
des blancs d'oeufs; il faut avoir la même
opinion des sucs minéraux ou des métaux,
desquels, si nous connaissions
l'eau & le blanc d'oeuf propres & convenables
à les purger, nous pourrions
sans doute ôter leur impureté, & réduire,
de puissance en acte, leur or &

@

9

leur argent qui est caché en eux comme
dans des cosses noires; ce qui ne serait
pas une transmutation de métaux,
mais seulement une extraction d'or &
d'argent de parmi les ordures.
On demandera comment l'or & l'argent
se peuvent tirer du cuivre, fer,
étain & plomb par le moyen de ce lavement,
vu qu'il ne s'y en trouve
point par l'épreuve des coupelles.
Nous avons ci-dessus répondu que
l'épreuve des coupelles n'est pas suffisante
pour toutes sortes de métaux;
c'est pourquoi je renvoie le Lecteur au
Livre de Paracelse de la vexation des
Alchimistes, où il trouvera un autre
lavement, & purification des métaux,
laquelle n'a pas été connue des anciens
Mineurs. Exemple.
Le Mineur, trouvant une mine de
cuivre, se sert de la méthode qu'il tient
des Anciens, & suivant icelle, il la purifie
& la réduit en métal: il la brise
premièrement en morceaux, & la brûle
pour en ôter le soufre superflu; puis,
A v

@

10

par la force de la fonte, il la réduit en
pierre qu'il met derechef au feu, &
par l'addition de plomb la prive de son
or & argent; ce qui étant fait, il la
noircit, puis enfin la rougit & réduit
en cuivre, & par son dernier travail
la rend malléable & propre au débit.
Ensuite le Chimiste tente une autre
séparation par le moyen de laquelle il
en tire l'or & l'argent; ce que peu de
gens savent pratiquer.
Le même Paracelse dit au même endroit,
que Dieu a donné à certaines
personnes une voie plus facile & plus
prompte de séparer l'or & l'argent des
métaux imparfaits, sans la culture des mines,
par le moyen de l'Art, laquelle il
n'enseigna pas ouvertement; mais il assure
qu'il l'a suffisamment montrée dans les
sept règles du Livre auquel il traite de
la nature & propriété des métaux où
on la peut aussi trouver.
Cette purification des métaux imparfaits
me semble la plus aisée, laquelle
j'ai souvent éprouvée en petite

@

11

quantité, & je ne doute point que Dieu
n'ait encore montré d'autres voies à
d'autres Artistes par le moyen de la
Nature. Par exemple,
Si quelqu'un purgeait quelque fruit
de la terre de ses fèces par la distillation,
de sorte qu'étant dépouillé de ses
Impuretés, il parût au jour avec un
corps nouveau & transparent; comme
si quelqu'un distillait par la retorte
l'ambre noir & impur, il se ferait par le
feu une séparation de l'eau, de l'huile
de l'empyreume du Sage, du sel volatil,
la tête morte restant au fond de la retorte,
& par ce moyen en peu de temps,
sans beaucoup de frais, l'ambre serait
notablement altéré & corrigé, quoique
l'huile soit impure & fétide.
Si on la distille derechef avec quelqu'eau
mondifiante, comme l'esprit de
sel dans une retorte de verre neuve
& bien nette, il se fera une nouvelle
séparation, & l'huile en sortira beaucoup
plus claire, les fèces demeurant
au fond de la retorte avec la puanteur
A vj

@

12

& l'on peut derechef par deux ou trois
fois la rectifier avec de nouvel esprit de
sel, tant qu'elle parvienne à la clarté de
l'eau & à une odeur agréable pareille à
celle du musc & de l'ambre.
Cette transmutation d'une chose dure,
en fait une molle, liquide & oléagineuse,
laquelle toutefois peut derechef
être coagulée & reprendre sa première
forme en la manière suivante.
On prend de l'huile susdite parfaitement
purifiée, on y ajoute de nouvel
esprit de sel, on la met en digestion,
& elle attire assez de sel pour sa coagulation,
& pour acquérir la dureté de l'ambre
d'une couleur excellente & diaphane,
dont demi-once sera plus précieuse
que des livres entières de l'ambre noir,
dont à peine dans la purification est-t-il
resté la huitième ou dixième partie, les
impuretés superflues en étant ôtées.
C'est ainsi qu'il faut procéder à la
purification & correction des métaux,
pourvu qu'on ait connaissance de la
manière de les purifier, par la distillation,

@

13

sublimation, & re-coagulation.
Mais, dira-t-on, les métaux ne peuvent
pas être purifiés par la distillation
de même que les végétaux.
Je ne veux opposer à cela que notre
premier fourneau, qui n'a pas été inventé
pour les rustiques, mais bien
pour les Chimistes qui travaillent à la
purification des métaux. Et comme le
moyen de les perfectionner a été prouvé
par deux exemples, ainsi on montre
qu'on les peut aussi perfectionner
par la fermentation. Car comme le ferment
nouveau peut fermenter les sucs végétables
qui sont purgés de leurs fèces,
comme il se voit dans le vin, bière &
autres liqueurs donc la perfection ne se
fait que par la fermentation sans laquelle
ils ne pourraient pas durer longtemps,
comme ils sont par après durant
quelques années.
Pareillement si nous savions les fermentations
propres des métaux, certes
nous pourrions les purger & perfectionner,
de sorte qu'ils ne seraient

@

14

plus sujets à la rouille, & résisteraient
au feu & à l'eau, étant nourris & élevés
dans le feu & dans l'eau. Aussi le
Monde qui périt autrefois par l'eau,
doit périr par le feu, & il faut que nos
corps se pourrissent & soient clarifiés
par le feu avant que de venir devant
Dieu.
Voilà pour la fermentation des métaux,
lesquels sont aussi purifiés & corrigés
à la façon du lait exposé à la chaleur
dont la meilleure partie qui est la
crème dont se fait le beurre, est séparée
en haut de la sérosité du fromage; &
plus le lieu est chaud, plus la séparation
est hâtée.
Il en est de même de celle des
métaux, lesquels étant mis dans un
lieu de chaleur convenable, (je suppose
qu'ils aient été auparavant réduits
en substance de lait) sont séparés
d'eux-mêmes sans addition d'aucune
chose étrangère, & par succession
de temps, les parties les plus
nobles se séparant des moins nobles,

@

15

découvrent un grand trésor. Et comme
en l'hiver, faute de chaleur, le lait ne
se sépare qu'avec difficulté, il en est de
même des métaux, s'ils ne sont pas
aidés par le feu.
Cela se voit dans le fer, lequel à la
longue se convertit en or sous la terre,
sans l'assistance de l'Art; car on trouve
souvent des mines de fer remplies de
petites veines d'or très agréables à la
vue, lesquelles ont été séparées d'un
soufre grossier, terrestre & immûr, par
la force de la chaleur centrale; & dans
ces mines ordinairement il ne se trouve
point de vitriol du tout, qui soit séparé
de son contraire & perfectionné.
Or il faut un long temps pour faire
cette séparation souterraine, laquelle
l'Art peut faire en peu de temps, comme
nous faisons le beurre durant l'hiver,
exposant le lait à la chaleur pour en séparer
plus promptement la crème, ce que
nous avançons par la précipitation faite
avec des acides mortifiant le sel urineux
du lait; & par ce moyen tous les principes

@

16

sont séparés chacun à part, savoir le
beurre, le fromage & sérosité. Ainsi
en peu d'heures se peut faire la séparation,
laquelle autrement & sans les acides,
ne se ferait qu'en l'espace de plusieurs
semaines.
Si cela est possible dans les végétaux
& dans les animaux, pourquoi ne
le sera-t-il pas dans les minéraux? Pourquoi
dans le fer, dans le plomb, dans
le cuivre & dans l'étain, ne se trouvera-
t-il pas de l'or & de l'argent, quoiqu'ils
ne paraissent pas? Pourquoi veut-
on ôter toute force de bonté aux métaux
imparfaits, puisqu'on l'accorde
aux végétaux & aux animaux qui ne
les égalent pas en durée?
La Nature cherche toujours la perfection
de ses ouvrages; or les bas métaux
étant imparfaits, pourquoi l'Art
n'aidera-t-il pas la Nature pour les perfectionner?
Mais il faut particulièrement
remarquer le lien des parties
métalliques, lequel étant rompu, les
parties sont séparées.
Le sel urineux est le lien des parties

@

17

qui composent le lait, lequel doit être
mortifié par l'acide qui est son contraire,
pour la séparation. Or les parties du
fer sont liées par le sel vitriolé, lequel
doit être mortifié par son contraire,
qui est le sel urineux ou nitreux, pour la
séparation.
Celui donc qui saura ôter le sel superflu
du fer, soit par la voie humide
ou par la sèche, aura sans doute un
fer qui ne sera pas aisément sujet à la
rouille.
Le feu aussi a une puissance incroyable
dans la transmutation des
métaux. L'acier ne se fait-il pas du
fer pur le moyen du feu; & le fer,
de l'acier, par un procédé différent?
L'expérience journalière nous apprend
les diverses transmutations & corrections
par le moyen du feu. Pourquoi
le Chimiste expérimenté n'en
fera-t-il pas autant?
Qui aurait jamais cru qu'il y eût un
oiseau vivant caché dans un oeuf; &
dans le grain, une herbe qui dût avoir

@

18

des feuilles, des fleurs & de l'odeur?
Pourquoi donc les métaux embryonnés
qui n'ont pas encore atteint leur
perfection, ne pourront-ils pas l'atteindre
par l'assistance de l'Art?
Une pomme verte, & non encore
mûre, n'est-elle pas mûrie par la chaleur
du soleil? C'est à quoi des Esprits
curieux ayant pris garde, ils ont imité
la Nature, & trouvé que certains métaux
qui n'étaient pas encore détruits
par la violence du feu, sont devenus
plus riches & plus précieux par une
douce chaleur, de sorte qu'étant fondus
après la digestion, ils ont donné le
poids double d'or & d'argent.
Moi-même j'ai vu une mine de
plomb commune mise en digestion par
la manière susdite, laquelle n'en devint
pas seulement plus riche en argent,
mais encore il se trouva qu'elle
contenait de l'or, qu'auparavant on
ne lui avait point trouvé dans l'examen
ordinaire. Et ce travail peut être
fait même en grande quantité; ce qui

@

19

apporterait indubitablement beaucoup
de profit à ceux qui possèdent des mines
de plomb. Or toute mine de
plomb ne devient pas riche d'or par
ce moyen; mais l'expérience nous fait
voir qu'elle est toujours riche d'argent.
Il y a mille autres secrets qui paraissent
incroyables aux ignorants. Si nous
étions plus curieux à feuilleter le Livre
de la Nature que Dieu même a écrit
de sa main propre dans les pages réglées
des Astres & dans les qualités des
quatre Eléments, nous découvririons
beaucoup d'autres merveilles; mais les
Arts & les richesses ne s'acquièrent pas
par l'oisiveté, au contraire par le travail
& l'industrie.
Les métaux se perfectionnent aussi
par le moyen de la graduation semblable
au germe; car il est évident qu'une
greffe d'un bon arbre, mis sur un sauvageon,
fait qu'il porte ensuite des fruits
non sauvages, mais excellents, convenables
à l'espèce de l'arbre dont la greffe

@

20

a été prise; comme l'on voit dans le fer
qui a été dissous dans un esprit acide,
fermenté par Vénus & transmué en cuivre;
& par ce moyen le cuivre serait
transmuable en argent, l'argent en or,
si l'on connaissait bien la manière d'approprier
la fermentation; ce que l'on
sent par même raison de la chaleur naturelle
qui change dans l'estomac la nourriture
par la digestion, en l'être ou d'un
homme, ou d'un cheval, & de tout autre
animal, faisant à chacun de la chair,
&c. de ce qu'ils ont mangé.
Les meilleures parties peuvent aussi
être séparées des plus viles par la vertu
attractive des semblables, comme il se
voit dans un métal abondant en soufre,
auquel, si on ajoute du fer dans la fonte,
le soufre quitte son métal qui est rendu
plus pur par ce moyen, & s'associe avec
le fer avec lequel il a une plus grande
affinité & familiarité qu'avec son propre
métal.
Par exemple, si on ajoute du fer
dans le flux d'une mine de plomb

@

21

abondant en soufre, le métal fondu
est rendu malléable, lequel autrement
fût sorti de la mine, noir & friable. Et
si nous avions encore connaissance de
quelqu'autre chose pour ajouter à la
fonte des métaux malléables, pour en
ôter le soufre superflu, immûr & combustible,
sans doute on les rendrait
encore plus.
Faute de cette connaissance, les métaux
demeurent dans leur impureté
naturelle. Et certes Dieu a bien fait de
nous le cacher, comme il a toujours
bien fait dans le reste de ses oeuvres;
car si les Avares en savaient le secret,
ils achèteraient tout le plomb, étain,
cuivre & fer pour en séparer l'or & l'argent,
tellement que les pauvres Gens
rustiques trouveraient à peine des instruments
métalliques qui leur sont nécessaires:
ainsi Dieu n'a pas voulu que
tous les métaux fussent changés en or.
Après avoir donné la similitude d'ôter
le soufre superflu de certains métaux
dans la fonte, pour conserver les

@

22

parties les plus pures, on donne une
autre manière de séparer les parties
pures d'avec les impures, par la force
attractive des semblables, les parties
impures & hétérogènes étant rejetées,
ce qui peut être démontré tant par la
voie humide que par la voie sèche.
Exemple de la voie humide.

Si on ajoute du mercure vif à de l'or
ou à de l'argent impur dissous dans son
propre menstrue, ce mercure attire à
soi l'or & l'argent invisible mêlé dans
l'impureté, & s'associe celui qui est le
plus pur. Cette séparation se fait fort
promptement.
Le mercure en fait de même dans
la voie sèche, lorsqu'une terre contenant
de l'or ou de l'argent, est humectée
par une eau acide, & sont broyés
ensemble tant que le mercure ait attiré
la meilleure partie.
Cela étant fait, il faut laver avec de
l'eau commune la terre morte qui

@

23

reste, & après avoir séché le mercure,
le séparer de l'or & de l'argent qu'il
avait attiré, en le passant au travers d'un
cuir. Or le mercure n'attire de la terre
pour une fois qu'un métal, voir le meilleur,
lequel étant séparé, il en attire un
autre la seconde fois. Par exemple,
S'il y avait dans une terre de l'or,
de l'argent, du cuivre & du fer cachés,
le mercure attirerait l'or la première
fois; la seconde, l'argent, le cuivre & le
fer difficilement, à cause des impuretés;
l'étain & le plomb facilement;
mais l'or plus facilement que tous les
autres, à cause que l'or par sa pureté
est très semblable au mercure.

Autre Démonstration par la voie sèche.

Il faut mettre une coupelle sous la
tuile avec du plomb auquel on ajoute
un grain de très pur or mêlé exactement;
il faut faire fulminer l'or dans la coupelle,
dans laquelle le plomb entrera,

@

24

laissant l'or pâle dans la coupelle, la
cause de cette couleur pâle n'étant autre
que le mélange de l'argent attiré du
plomb par l'or.
Mais, dira-t-on, on sait bien que
l'or fulminé avec le plomb, est rendu
plus pâle & plus pesant, à cause de
l'argent qui était dans le plomb, & qui
a été laissé avec l'or dans l'examen, augmentant
son poids & le faisant pâlir.
Je réponds à cela qu'encore que le
plomb laisse quelque peu d'argent dans
l'examen à la coupelle, se mêlant avec
l'or qui lui a été ajouté, augmentant
le poids de l'or & altérant sa couleur,
il se prouve toutefois par le poids que
le plomb mêlé avec l'or, en laisse plus
que sans l'or.
Par ceci on voit donc que l'or attire
des autres métaux son semblable, qui
augmente son poids.
L'or fait aussi ce même effet dans la
voie humide; car s'il est dissous dans
un menstrue convenable, avec le cuivre,
& mis en digestion, il attire l'or
séparé

@

25

séparé du cuivre. Quoique ce travail ne
se fasse pas avec profit il marque néanmoins
la possibilité. Mais si on connaissait
un menstrue qui augmentât la
force attractive de l'or, & diminuât la
rétentrice du cuivre, sans doute on en
pourrait attendre quelque profit; &
certes davantage, si l'or & le cuivre
étaient fondus ensemble avec un menstrue
minéral sec.
Par cette manière, le poids de l'or
serait augmenté, selon Paracelse, qui dit
que les métaux étant fondus ensemble
à feu violent continué quelque temps,
les imparfaits s'évanouissent, & les
parfaits demeurent en leur place (a\).
Ce travail étant dûment fait, n'est
pas sans profit; car j'avoue ingénument
que j'ai quelquefois essayé de
vouloir rendre la Lune compacte par le
moyen de Mars; & dans cette rencontre,
l'or m'a donné, par le moyen
de Mars, un accroissement considérable


----------------------------------------
(a) Oui, mais le germe périclite.

@

26

de bon or, au lieu de la Lune fixe que
je cherchais.
De cette manière, il arrivera souvent
aux Artistes quelque chose d'inopiné
lorsqu'ils n'examineront pas bien la
chose. C'est pourquoi quand on travaille
sur les métaux, il faut prendre
bien garde, quand on trouvera quelque
augmentation, pour en rechercher
l'origine; car plusieurs s'imaginent,
travaillant longtemps sur la Lune & sur
Mars avec la pierre sanguine, l'aimant,
l'émeri, la pierre calamine, le talc
rouge, les grenats, l'antimoine, l'orpiment,
le soufre, les pierres à feu, &c.
qui contiennent de l'or mûr & immûr,
volatil & fixe, trouvant de bon or
dans l'examen, que cet or a été fait
par le moyen de la Lune & des minéraux
susdits; ce qui est faux, car la
Lune a attiré de ces minéraux l'or volatil
qui y était caché.
Je ne veux pas néanmoins nier la
possibilité de la transmutation de la
Lune, comme étant intrinsèquement

@

27

très semblable à l'or; mais non pas par
le moyen du ciment avec les minéraux
susdits, d'autant que cet or ne provient
point de la Lune, mais des minéraux
desquels il est attiré par la Lune.
Ce travail est comparé à la semence
jetée dans une bonne terre, dans laquelle
pourrissant, elle attire son semblable
par sa propre force, dont elle multiplie
au centuple. Or dans cette opération,
il faut humecter la terre métallique,
d'eaux métalliques appropriées,
ce qui s'appelle incération, autrement
la terre serait stérile.
Il faut que ces eaux soient amies de
la terre, afin qu'étant unies, elles composent
une certaine graisse: comme il se
voit dans une terre sèche & sablonneuse,
étant arrosée de la pluie, laquelle ne
peut pas produire des fruits convenables
à la semence, d'autant que la chaleur
du Soleil consume le peu d'humeurs
qu'elle a, & brûle la semence; mais
si on y mêle du fumier, elle retient
l'humidité, en telle sorte qu'elle n'est
B ij

@

28

pas si aisément consumée par la chaleur
du Soleil.
Par la même raison, il faut que cette
terre & cette eau soient unies, de peur
que la semence ne soit brûlée. Si le travail
est bien exécuté, il ne sera pas inutile,
ayant besoin d'une extrême diligence
pour entretenir la terre de la
chaleur & de l'humeur nécessaires; car
par la trop grande humidité, la terre
est submergée; & si elle en manque,
l'augmentation est empêchée.
Cette opération est une des meilleures
par lesquelles se tire l'or & l'argent
des métaux les plus vils, étant
nécessaire d'avoir des vaisseaux qui retiennent
la semence avec la terre &
l'eau dans une chaleur convenable. Je
ne doute point que ce travail ne se
puisse faire en grande quantité, croyant
fermement que les métaux imparfaits,
particulièrement le Saturne, peuvent
être mis en or & en argent, & même
en une bonne Médecine.
Le Chimiste doit se servir prudemment

@

29

de ce don de Dieu qui lui est
un grand soulagement. Dieu ne veut
pas que tous ses dons soient communs:
car il m'est arrivé qu'ayant inventé
quelque chose de rare, & le voulant
communiquer à un de mes amis, non
seulement je ne lui pus jamais enseigner,
mais encore je ne l'ai pu depuis
exécuter pour moi-même. C'est pourquoi
ce n'est pas sans raison que les
autres sont si circonspects à écrire des
choses hautes, d'autant qu'il y en a
plusieurs qui tâchent d'attraper les secrets
par toutes sortes de voies.
Il est donc plus sûr de se taire, &
d'obliger le monde à chercher & expérimenter
les peines & les frais qui
sont nécessaires pour les choses hautes
& difficiles. Cela est cause que je prie
tous les hommes, de quelque condition
qu'ils soient, de ne me plus accabler
de demandes, comme si j'étais
possesseur de montagnes d'or.
Je n'ai jamais fait d'essai en grande
quantité; j'ai seulement voulu chercher
B iij

@

30

la vérité & montrer la possibilité. Un
autre pourra faire l'essai en grande
quantité, en ayant l'occasion favorable.
Pour moi qui ne l'ai pas encore fait,
j'attends le secours divin pour recueillir
le fruit de mes travaux.
Les métaux sont aussi altérés par une
autre voie, savoir par le moyen d'un
esprit teignant & métallique, comme il
se voit en l'or fulminant, étant par diverses
fois allumé sur une lame de métal
nette & polie, lui imprimant, sans
l'endommager, une teinture d'or très
profondément, en sorte qu'une aiguille
en peut faire l'épreuve.
Il en arrive de même dans la voie
humide, lorsque les métaux en lames
étant mis sur un esprit graduatoire fait
de nitre & de certains minéraux, &
étant pénétrés par ledit esprit, acquièrent
une autre espèce qui lui est convenable.
Si quelqu'un doute de la graduation
métallique faite avec l'or fulminant,
il en sera assuré en allumant souvent

@

31

l'or fulminant récent sur une même
lame; car il verra que ce n'est pas
une apparence de métal doré extérieurement,
mais teint & perfectionné
profondément. D'où on voit clairement
l'action & la passion mutuelle des
métaux subtilisés; car la puissance des
esprits est grande, & incroyable à celui
qui n'est pas expérimenté.
Cette graduation des métaux inférieurs
n'est pas seulement confirmée par
les Philosophes anciens & modernes,
mais encore par les Mineurs qui savent
par expérience que les vapeurs
minérales transforment les métaux vils
& imparfaits en meilleurs; témoin Lazare
Freker, qui assure que dans les
eaux vertes salées, le fer se change en
cuivre naturel & bon; & qu'il a vu une
fosse dans laquelle les clous de fer, &
autre chose qu'on y jetait, se convertissaient
en un cuivre par la pénétration
de l'esprit de cuivre.
Je confesse que les solutions métalliques
B iv

@

32

précipitées sur les lames de certains
métaux, s'attachent à elles, & leur
donnent la teinture de l'or & de l'argent
ou du cuivre, car il est évident que
le fer jeté dans de l'eau vitriolaire, ne se
change pas en cuivre, mais attire le
cuivre de l'eau; de quoi nous ne traitons
pas ici, assurant la possibilité de la
transmutation métallique par l'esprit
teignant & pénétrant.
Cependant j'assure derechef que les
esprits métalliques ont une grande vertu.
N'est-il pas vrai que les Provinces
entières sont quelquefois détruites par
l'inondation qui emporte les Villes entières?
L'air ne peut-il pas aussi faire
d'étranges ravages, lorsqu'étant enclos
dans la terre, il excite des tremblements
à quelques milles à l'entour emportant
les Villes & les montagnes avec
la ruine d'une infinité d'hommes, ce
qui se fait naturellement?
Le vent, qui est artificiellement excité
par le nitre, fait bien d'autres effets.
Quoique les éléments corporels

@

33

aient une si grande puissance, ils ne
sauraient toutefois pénétrer les métaux
sans lésion, non plus que les pierres &
le verre qui sont facilement pénétrés
par le feu dont la force est ouverte &
non cachée. Pourquoi donc aussi les
métaux compacts ne seront-ils pas pénétrés
par un esprit métallique, par le
secours du feu, & transformés en une
autre espèce, comme il a été dit de l'or
fulminant & de l'eau graduatoire? C'est
pourquoi il ne faut pas douter de la
vertu de l'esprit teignant & transmuant
les métaux imparfaits en plus
nobles & plus précieux.
Les métaux peuvent aussi être purifiés
par le même moyen que le tartre
& le vitriol & les autres sels, savoir
par le moyen d'une eau copieuse; car
il est constant que le vitriol est purgé
par le mélange du fer & du cuivre,
après qu'il a été dissous dans une grande
quantité d'eau, & après coagulé, tellement
qu'il devient blanc comme l'alun,
laquelle purification n'est que la
B v

@

34

séparation du métal d'avec le sel, faite
par la quantité d'eau qui débilite le sel,
tellement qu'il ne peut plus retenir le
métal mêlé, lequel est précipité comme
une chose limoneuse, laquelle n'est
pas inutile, étant la principale partie du
vitriol, d'où vient la verdeur, le cuivre,
le fer & le soufre.
Et comme, par la séparation, les métaux
qui sont plus parfaits que les sels,
sont tirés des sels du vitriol, il en faut
dire autant des métaux, lorsque la partie
plus noble est séparée par la précipitation.
Quant au tartre, il est vrai qu'il est
purifié par l'addition de quantité d'eau;
mais sa principale partie n'est pas précipitée
comme dans le vitriol; au contraire,
c'est la partie la plus vile par sa
noirceur & par ses fèces.
Que l'on remarque cet exemple;
le tartre commun est rendu très pur &
très blanc par une fréquente solution
faite avec suffisante quantité d'eau, &
par la coagulation, d'autant qu'en chaque

@

35

solution faite avec de l'eau claire
& nette, il devient toujours plus pur;
par ce moyen, non seulement le tartre
blanc, mais le rouge & féculent, est
réduit en cristaux transparents, & même
fort promptement, par le moyen de
certaine précipitation, sa limosité n'étant
qu'une chose insipide, morte,
inefficace, mêlée avec le tartre dans la
coagulation faite dans les tonneaux, puis
séparée derechef par la force de la solution.
Ces exemples des deux sels, du vitriol
& du tartre, ne sont pas ici rapportés
sans cause, parce qu'ils montrent
la différence de la précipitation;
car en certains métaux la partie la plus
vile est séparée par la précipitation, en
d'autres la partie la plus noble, selon la
prédominance de l'une ou de l'autre.
Dans le vitriol, sa partie la plus noble
(le cuivre & le fer) est sa plus petite
portion, laquelle est précipitée &
séparée par sa partie la plus vile & la
plus copieuse, qui est le sel.
B vj

@

36

Dans le tartre, sa partie la plus vile
& la plus petite est précipitée & séparée
par la partie la plus grande &
la plus noble, étant clarifiée. Il en arrive
de même dans les métaux; & partant,
chacun doit bien considérer, en
faisant sa séparation, laquelle partie du
métal, la plus noble ou la plus vile,
doit être précipitée; sans quoi personne
ne se doit mêler de ce travail.
Que l'Artiste aussi qui attend quelqu'utilité,
se donne bien garde des eaux
corrosives, comme eau forte, eau régale,
esprit de sel, de vitriol, d'alun,
de vinaigre, &c. dans la solution, d'autant
que les choses susdites gâtent &
détruisent tout, ajoutant foi à ces paroles:
les métaux, par les métaux;
car avec les métaux, les métaux sont
perfectionnés; ils le sont aussi par le
nitre qui brûle le soufre superflu combustible.
Toutes les susdites perfections des
métaux sont particulières; car toute
Médecine, tant humaine que métallique,

@

37

purge, sépare & perfectionne, en
ôtant le superflu. Mais la Médecine
universelle opère ses perfections & améliorations
par la fortification & multiplication
de l'humide radical, tant animal
que métallique, lequel chasse après
son ennemi par sa force naturelle.
Mais, dira-t-on, je propose de beaux
exemples, & non la manière d'opérer.
Je réponds que je me suis assez étendu
dans mes explications, & que je
n'y ai recherché que l'utilité de mon
prochain. Cela doit suffire, suivant mon
expérience, touchant les particulières
améliorations des métaux.
Quant à cette Médecine universelle
dont on a tant parlé, je n'en puis juger
comme d'une chose connue, mais j'en
soutiens seulement la possibilité.
Il faut se contenter de la science que
Dieu nous donne, & il vaut quelquefois
mieux savoir peu que d'être orgueilleux.

pict

@

38

pict
A C C E S S O I R E S

Au Cahier des Sept Nuances.

pictrrivé au point de conduire le
Grand-Oeuvre à la pierre grise-blanche
dans l'espace de 18 mois, je pourrais
offrir aux Curieux 550 nuances
distinctives; mais encore que la Chose
unique soit vile, ou mieux commune
en un mot qu'elle soit partout, (I)
il eut été ridicule de leur représenter


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(I) Partout & en tout lieu vous
trouverez cette mousse, ou ce vrai minéral
indéterminé, qui possède en lui les
trois règnes que vous devez voir passer
dans votre Oeuvre, sans quoi vous avez
manqué aux travaux de l'Artiste, ou
vous n'avez point cueilli la vraie
mousse, mais bien la fausse qui m'a
souvent trompé. On compte aux environs
de Paris 137 espèces ou variétés
dans les Mousses. M. Vaillant, Dictionnaire
de M. de Bomare.

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un si grand nombre de vases; & celui
de sept que j'ai adopté, excède de
six l'ordre des Sages.
Quoique je n'offre que sept nuances
qui par le temps doivent être éloignées
entre elles de 66 degrés ou jours,
ainsi qu'il est indiqué par le nombre des
66 lames qui forment ensemble les
trois derniers Tomes du Livre de Thot,
(I) il arrive pourtant, quoique rarement,
qu'entre deux numéros, la distinction
des opérations extérieures de
l'Oeuvre n'est qu'imperceptible, parce
qu'il se trouve dans ce cas qu'à la superficie
un numéro va plus ou moins
rapidement; mais cela n'empêche pas
que le numéro le plus ancien arrive
toujours avant celui qui est plus nouveau,
aux Numéros VI & VII.
Rien dans ce bas Univers ne plaisant
également à tous les hommes, il n'est
pas étonnant que sur cent Opérateurs,


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(I) C'est-à-dire le Livre parlant de
Dieu, des hommes & de la Nature.

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il y en ait dix qui n'estiment pas mon
oeuvre être le vrai Hermétique.
Je réponds à ces personnes: si vous
m'offrez plus sensiblement les opérations
de la grande Nature, & que
votre oeuvre se rapporte plus que le
mien aux ouvrages imprimés & manuscrits
des Philosophes, je me soumettrai
à votre langage; sans quoi
permettez-moi de dire qu'il y a en vous
jalousie ou au moins prévention pour
la route que vous tenez, & dans laquelle,
vous êtes forcé de le dire,
vous ne voyez seulement pas l'imitation
de la Nature dans ses actes simples
& journaliers.
Les beautés que l'Oeuvre Hermétique
démontre dans sa route ne pouvant
être décrites, tenons-nous-en toujours
à quelque fait particulier.
L'Oeuvre découvre que la terre est
d'un ovale un peu aplati, peu uni;
nageant dans un fluide attiré au centre,
lequel est repoussé perpétuellement
à la circonférence.

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41

Que la terre est comprimée par un
cahos subtil nommé Atmosphère.
Que l'Atmosphère est non seulement
attirée vers la masse, & ainsi au
centre de la terre; mais qu'il est borné
par une substance qui tient un peu
de l'homogénéité d'un esprit universel
épars dans l'étendue.
L'Oeuvre démontre, qu'il y a une
loi de mouvement inaltérable du centre
de la terre à sa circonférence.
Qu'en quelque lieu de la surface de
l'oeuvre que les arbres soient placés, ils
tirent juste leur direction du centre.
Les arbres ne paraissent que dans
le sixième vase; ce qui indique un temps
déterminé. Ils ne poussent jamais que
lorsque la terre est absolument pure
ou adamique, c'est-à-dire rouge, telle
elle dut être au moment qu'elle fut
créée; c'est le sentiment des Philosophes.
Les germes sortent blancs; ils jaunissent
en se corporifiant; les branchages
sortent du tronc qui prend la couleur

@

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du corps de l'arbre chêne, & ensuite
du rouge aurore, lorsque les feuilles
& sans doute les fleurs & les fruits
couronnent l'arbre.
Ces Arbres, vraie nature de chênes,
sur lesquels se recueille aussi cette précieuse
mousse, ne sont pas ici des figures, mais
des arbres réels & effectifs, en un mot
palpables; enfin une partie des racines
de ces arbres, serpentent visiblement
sous une pellicule générale qui couvre
l'oeuvre, quoique cette pellicule soit
différente en sa couleur, suivant les
sols intérieurs qui varient à l'infini.
Le plus long de l'oeuvre, pour celui
qui n'est pas plus instruit que moi,
est un hiver glacial, & c'est dans ce
long passage qu'on voit,
" Les gros arbres, que la terre y
" avait poussés jusqu'aux nues, y étaient
" embarrassés de plantes rampantes qui
" en interdisaient l'approche. C. T.
" Raynal, Histoire des deux Indes.
De l'avis de plusieurs Disciples Herméticiens
voyageurs, on ne voit qu'à

@

43

Naples & à Paris, (chez moi,) le
même genre d'oeuvre hermétique; mais
je dois dire que je connais à Paris
cinq personnes qui ont le même genre
d'oeuvre, dont une, que j'ai nommée
dans mon Fragment sur les Hautes
Sciences, est plus savante que moi.
Mon Oeuvre ne fait pas partie des
curiosités qui entraînent la foule: un
petit nombre de vrais Amateurs par
raisons de sciences quelconques, &
même d'autres Savants, quoiqu'Antagonistes
des Hautes-Sciences, est tout
ce que je souhaite voir dans mon Cabinet.
Comme tous les Amateurs de la
Philosophie Hermétique, qui voient
quelques jours de suite mon Oeuvre, &
par conséquent avec quelle précision
il suit les opérations de la Nature, enfin
tout ce qu'ils lisent dans les Philosophes,
sont envieux de posséder un de
mes vases, je vais dire tout naturellement
le prix que j'y mets, non en raison
de leur valeur qui n'est sincèrement

@

44

qu'un objet de curiosité, mais
par compensation du peu de science que
j'ai, à la fortune des curieux, qui ne
peut leur avoir coûté plus de fatigues,
de temps & d'argent qu'à moi: que les
fortunes se subdivisent, que les sciences
se répandent & pénètrent tous les
hommes; un Peuple de Sages couvrira
la terre.
Pour avoir un de mes vases (I) je ne


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(I) Je proteste qu'un homme puissamment
riche, & déjà instruit, vient,
dans ce mois-ci Décembre 1785, de
m'offrir dix mille livres en espèces sonnantes,
pour avoir un de mes Vases, &
lui dire littéralement ce que je fais. Ce
grand prix, lui ai-je répondu, n'est pas
exorbitant en raison de la fortune que
j'ai dépensée, surtout dans 22 ans de
voyages, & plus de 30 ans d'études; &,
continuai-je, outre que ce que sais de
ce Mystère Philosophique est tout mon
avoir, & qu'il ne peut me rester qu'au-

@

45

requiers pas seulement le prix que j'y
mets, vingt-cinq louis; mais il est de
vérité que je veux être autant certain
qu'il est possible, que cette somme
ne peut rien prendre sur l'honnête aisance
du curieux, & que quand bien
même il serait plus que fortuné en
raison de cette dépense, il faut encore
que je découvre en lui les qualités
de l'honnête homme & du Citoyen;
en un mot, la volonté d'être
utile aux autres s'il a le bonheur de parachever
l'Oeuvre.
Quant au mystère de la Science,
je ne lui en demande pas le secret,
parce que je ne lui donnerai pas, &
que le trouvant lui-même, un Empire
ne le lui ferait pas divulguer.


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tant que je saurai le garder, vous
n'auriez pas, en vous confiant mon bien,
plus de satisfaction que vous n'en avez,
puisque la récolte n'est qu'à l'oeuvre parfait
que je ne possède pas, mais uniquement
la Matière Première, le Grand
Ferment & les premières Voies.

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46

Comme un tel Curieux, moins sans
doute avancé que moi, ne pourra pas
seul conduire son vase, il me le remettra
de fois à autre pendant quinze
à dix-huit mois, & je le conduirai
jusqu'au N° VI. mais pas plus
loin.
S'il ouvre ou laisse tomber son Vase,
l'esprit universel est attiré par la masse
de l'esprit universel, & l'oeuvre meurt
dans ce cas la perte est pour lui.
Seconde offre.
Il est des Amateurs que leurs occupations
détournent de la pratique de
l'oeuvre; il en est qui ayant déjà passé
dix & vingt ans à sa recherche, ne savent
réellement rien: (I) enfin il est


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(I) Il est de présent à Paris une
Dame Allemande qui en présence de Mademoiselle
sa fille, m'a témoigné que
feu son Epoux avait, par l'explosion de
son vase, perdu en une minute le travail

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des hommes, & en très grand nombre,
ainsi que des femmes, qui ne jugeant
ni pour ni contre l'Oeuvre Hermétique,
demanderaient à faire un léger
sacrifice pour avoir quelque prétention
à la réussite. Avant d'acquiescer
à leur désir, rendons en deux mots
quelque compte exact à la Société,
qui répond de tous ses Membres, &
le leur conduite.
Trouver une Médecine qui sans nul
égard aux maladies, tend à empêcher
que le corps n'en soit atteint, me paraît
si vraisemblable & si simple, que je
me dis, il faut que l'ignorance soit
bien outrée pour prôner que cela est
impossible!


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de plusieurs années & vingt mille écus.
Je lui ai répondu: l'Oeuvre en lui-
même ne coûte rien, le Pauvre & le Riche
peuvent faire le chef-d'oeuvre de
l'homme, il devient un amusement de
femme & un jeu d'enfant.

@

48

Trouver un remède qui guérit à la fois
deux maladies, est si commun, que je me
dis, il est incroyable qu'il ne soit pas
un remède qui en guérisse trois, &
alors je suis forcé de convenir qu'il est
dans la Nature une Médecine universelle.
Quant à la perfection des bas métaux,
enfin à leur nutrition, pourquoi,
si je connais les Agents de la
Nature propices à leur perfection & à
leur maturité, ne les rendrais-je pas
parfaits, c'est-à-dire, de plomb en or
Cela me paraît encore si vraisemblable,
que je cherche comment l'ignorance s'y
est prise pour surprendre des hommes
qui d'ailleurs étaient vraiment instruits.
Il n'est volontiers plus permis de
douter de la vérité d'une Médecine qui
détournant de toutes Maladies, qui
les guérissant toutes, allonge les jours.
Il n'est de même plus volontiers
permis de mettre en doute que l'on
puisse transmuer les bas métaux en métaux
parfaits; car que l'un & l'autre ne
soient

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49

soient pas journellement publics, est purement
un traité fait avec la Science
& la Sagesse, & non la certitude d'un
pacte avec l'ignorance.
Si je possédais l'Oeuvre, je n'aurais
besoin que de sacs pour mettre mon
or: ne le possédant pas, j'ouvre une
caisse de chance à courir avec moi,
dont les actions sont depuis un louis
jusqu'à douze.
Outre le plus de certitude que l'on
a d'un bon Pilote sur un faible, on peut
encore, en ne s'occupant pas soi-même
d'un voyage de long cours, vaquer au
bien de la Société, & se préserver de
placer sur quelque Capitaine, aujourd'hui
Corsaire, & demain Forban,
lors, dis-je, que le Pilote est avoué de
ses Confrères pour être Voyageur, &
de plus Citoyen.
L'Oeuvre Hermétique est une science
naturelle qui tient du Divin, c'est
pourquoi il est nommé Science Divine.
Il tient de la Nature, c'est pourquoi
il est nommé Art Sacré. Il est pour
C

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50

l'homme juste & vraiment laborieux;
car le don du plus grand trésor mis
dans la Nature, ne peut être le lot du
méchant ni du paresseux.
Courir la chance d'un louis, c'est
avoir espérance sur sa santé perpétuelle,
sur une année de vie de plus, & sur
mille livres, comme raisonnable pour
vivre pendant un an. Ainsi voilà la
progression des chances.
1 X 1 = 1. ans & mille livres. 2 x 2
= 4. 6 x 6 = 36 12 x 12 = 144. La
souscription totale est infiniment bornée,
parce que la Pierre Philosophale
n'est pas encore le propre de tous les
hommes, & surtout de ceux qui auront
l'ineptie de nous dire que c'est
bien là le comble de la folie, lorsqu'ils
seront eux-mêmes bien loin du Temple
de la Sagesse.
Je cherche à pénétrer de tout mon
savoir quelques vrais studieux, & je
réussis; Hisler, Prussien, mon intime
Ami, en est la preuve; il en est encore
d'autres.

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51

Outre ce que nous avons dit dans
la Philosophie des Hautes Sciences,
désirant donner à nos Maîtres éloignés
de nous, & dont beaucoup ignorent
notre existence, un témoignage que
nous sommes dans la véritable route,
& en même temps donner à tous jeunes
Disciples présents & à venir un sage avis,
nous disons:
Dans les deux voies, sèche & humide,
le plus à appréhender est, dans la
première, le dessèchement des eaux; &
dans la seconde, la suffocation des
eaux: l'une brûle ou dessèche, & l'autre
noie ou pourrit; & dans les deux cas
la Nature au lieu de rendre le sujet proposé,
en offre un autre qui n'est plus
l'Oeuvre.
Si dans un de vos passages vous
voyez votre terre couverte de neige,
& teinte de rouge, ou plus vrai, d'un
rose tendre, quoiqu'imperceptible, réjouissez-vous,
& continuez avec prudence;
c'est le soleil de votre Oeuvre
qui veut monter à son horizon.
C ij

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52

Celui qui ne possède point l'Oeuvre
parfait, n'est pas plus riche en Philosophie
Hermétique qu'un homme qui
n'en a jamais entendu parler; mais il est
de vérité que plus le Disciple travaille
juste, plus il est instruit que cette sublime
science n'est pas une fiction, comme
l'ont dit ceux qui en cherchant l'Oeuvre
où il n'était pas, se sont dégoûtés,
ont fini par ne plus le croire véritable.
La couleur du pavot arrive dans
l'Automne du VIe. Vase, & ne disparaît
que dans la macération du VIIe.
Vase, où alors reparaît cette couleur
avec toutes les autres sur le manteau
royal de la Pierre des Sages, ou du Roi
dans son bain.
Au préjugé de consulter Etteilla,
qu'il faut regarder purement comme
l'Avocat & le Conseiller en la chaîne
de la vie, vient dans d'autres personnes
la crainte aussi peu raisonnable
d'apprendre de fâcheux événements
pour l'avenir; n'est-ce pas vouloir n'être
pas averti encore à temps pour en
empêcher?

@

53

Nous avons aujourd'hui dans les
opérations de pure Chimie, quelque
route plus ouverte que celle du petit
Ouvrage ci-dessus; c'est la récompense
bien honorable des fatigues
des Chimistes de nos jours.
Un homme qui parle contre les
Hautes-Sciences, est d'un esprit chagrin,
& nous l'avons justifié, qui ne
craint pas de condamner ses propres
amis sans les entendre.
Le Minéral indéterminé empêche
l'anéantissement total des Etres primitifs.
L'Amateur qui vient voir mes vases,
ne doit pas négliger celui qui ne flatte
pas encore ses yeux.
On passe sans injustice pour un ignorant,
lorsqu'on ne démontre pas qu'on
est plus savant que celui qu'on critique,
J'espère avoir réussi dans deux ans;
mais qui peut répondre de cela? Ce
ne sont pas les Ecrits des Philosophes
où je suis arrêté tout court: ce ne sont
pas les Philosophes, qui comme le cocher
C iij

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54

encourage ses chevaux, sans tirer
lui-même la voiture: ce ne sont pas
mes Amis ni mes Elèves qui voudraient
savoir ce que je fais.
Si j'étais seulement Amateur, croyant
à la Science du grand Hermès, aurais-je
quelque confiance en celle d'Etteilla?
(Aurais-je?) je ne le crois pas. Quel
mélange, que de faiblesse, que de forces!
Qui conçoit; l'homme simple & de bon
entendement.
J'ai déjà adressé la parole aux Francs-
Maçons, page 81, second Cahier des
Tarots, ou mieux, tome troisième de
la Philosophie des Hautes-Sciences, &
quoique je ne sois point reçu Membre
d'aucune Loge, j'ai pour tout ce
qui est de vraie Maçonnerie, autant de
respect que puisse en avoir un Frère
qui en connaît l'origine & en conçoit
le but, la Sagesse & les Hautes Sciences.
Toutes les petites dénominations de
Loges & de grades, annoncent plus la
folie que la sagesse, & tous les simulacres
extérieurs annoncent plus l'ignorance
que la science.

@

55

Ce que je dis n'est pas par esprit
de critique, mais par sévérité que
doit avoir un vrai Disciple de la Haute
Maçonnerie.
L'origine de la Maçonnerie date du
moment où le premier homme fut né
& mis en puissance de Sciences & de
Sagesse.
Dans les enfants de Noé ce fut Cham
& ses premiers descendants qui en firent
un objet réglé; car pour Sem &
Japhet ils la nourrirent purement dans
leur coeur, & leurs premiers descendants
ne s'en occupèrent plus.
Les révolutions éloignèrent l'esprit
pur de la Maçonnerie, & le coup de
marteau fut seul conservé, parce qu'il
rappelait sous les ailes de quelques Vénérables
épars, les Disciples effrayés
& éplorés.
À la vérité vint se mêler la Fable,
& bientôt on osa frapper ce marteau
sacré pour la perfidie.
La vérité intérieure de la Maçonnerie
rappela tous les hommes, c'est

@

56

où ils en sont; mais il fallait à beaucoup
d'eux ce vil dehors extérieur, qui
bientôt amena tout ce superficiel étranger
à la vraie Maçonnerie, superficiel
qui éloigna les hommes faits, & ne
donna assez généralement dans les Loges
que des Vénérables instruits des simulacres,
& mettant en usage les
imaginations toujours renaissantes des
Frères prétendus plus savants que les
autres,
" Si la vraie Maçonnerie eût subsis"
té, les Frères auraient parlé tout
" haut, & le Mystère n'aurait existé
" que dans l'Oeuvre.
C'est ce que les Egyptiens avaient
parfaitement rendu sur le quinzième
feuillet du Livre de Thot, pages 24
& suivantes du même Tome ou quatrième
Livre (I).


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(I) Il faut entendre que cet Ouvrage,
qui a pour titre Philosophie des
Hautes Sciences, est en dix Livres contenus
dans cinq Tomes. Prix 7 l. 10 s.

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57

» Sur une table ou autel, à hauteur
" de la poitrine des Mages, étaient
" d'un côté un Livre ou une suite de
" feuillets ou lames d'or, (le Livre de
" Thot,\) & de l'autre côté un vase
" plein d'une liqueur Céleste Astrale,
" composé d'un tiers de miel sauvage,
" d'une part d'eau terrestre & d'une
" part d'eau céleste....
Le Secret, le Mystère était donc
dans le vase & dans la science de lire
les sublimes Hiéroglyphes, tracés sur
les soixante & dix-huit lames qui renferment
la science de l'Univers entier,
" de Gébelin, en son huitième volume,
" Discours sur le Tarot.
J'entends donc dire que répudiant
en Loge tout ce qui s'appelle épreuves,
il ne soit que celles d'interpréter le Livre
de Thot, où est toutes sciences humaines,
& en second mettre un vase
vide sur l'autel, ou si l'on veut, la table,
jusqu'à ce que les Frères aient mis
dedans la chose unique & l'aient conduite
à son plus haut degré de perfection.

@

58

Si ce sage avis est mis en pratique,
& que la Science & la Sagesse favorisent
la Loge, en quel coin de l'Univers sera
celle qui n'enviera pas son bonheur?
& si pour y arriver il faut purement entrer
en Loge, & y étant, penser & réfléchir,
rien autre, en restera-t-il encore
une seule ayant son Frère Terrible,
lorsque la Sagesse & la Science sont si
douces? & que pour arriver à leur
Temple, il faille des fatigues réelles,
& par elles la vertu de n'être jamais
indiscret?

Traduction libre du Latin qui est
sur le Tableau original peint il y a plus
d'un siècle, appartenant à Etteilla;
Tableau qui l'a beaucoup aidé à entendre
quelques parties du Livre de
Thot dans la Philosophie Hermétique.
Voyez l'Estampe qui est à la tête du
premier Livre.

Ha! Voilà le grand trésor qui n'a
jamais été divulgué.

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59

1. Heureux celui qui me découvrira.
2. Préparation de la Matière.
3. Je suis cette Vierge qui vous
nourrit.
4. Ne vous en rapportez point trop
à la couleur.
5. Il a moins donné de la rosée aux
siens, mais il les a payés.
6. Je les guide, & réponds par
l'égalité, à l'empire qui leur a été donné
sur les Eléments.
7. C'est ainsi de la matière.
8. Je rendurcis par mon humidité,
& je fonds par ma chaleur.
9. Je raffermis & je colore.
10. Lorsque j'aurai été exaltée par
les douze Signes, je changerai tout,
& je guérirai les Malades.
Cette Allégorie du Sanctuaire de la
Nature, & en même temps la preuve
des immenses travaux que les Philosophes
ont essuyés pour parvenir à la
perfection du grand Oeuvre, est posée sur
un parallélépipède, ou cube carré long,

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60 + 48 = 108 pages.
emblème d'un repos assuré où se voit
peint l'Image de notre AUGUSTE MONARQUE,
& ses armes, qui ensemble
forment le cachet de la Patrie.
Ces objets, précieux à tous les Compatriotes,
sont environnés de branches
d'Olivier, emblème de la Paix, & de la
douceur commune à l'olive lors de sa
maturité.
De branches de Laurier, symbole du
triomphe sur les calamités de la Guerre;
& enfin d'un Palmier, allégorie de
l'égalité dans le poids, & de la Justice;
suivant ces paroles du PSALMISTE: Le
Juste germera comme la Palme. Tout
sera bon en lui, & rien venant de lui ne
pourra s'altérer.

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Les Ouvrages d'Etteilla, aussi diffus
qu'abstraits, demandent à être lus
plusieurs fois, & surtout dans les moments
de récréation.

F I N.


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