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Réfer. : 0408 .
Auteur : Cosmopolite.
Titre : Traité du Soufre.
S/titre : Second principe de Nature.
Editeur : Theodore Maire. La Haye.
Date éd. : 1639 .
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T R A I C T E'
D U
S O V L P H R E,
Second Principe
de Nature.
Fait par le même Auteur, qui par
ci devant a mis en lumière le premier
Principe, intitulé le Cosmopolite.
Traduit de Latin en Français, par F. Guiraud,
Docteur en Médecine.
Avec plusieurs autres Opuscules du même sujet.
A
L A H A Y E,
De l'Imprimerie de Theodore Maire.
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M.
DC. XXXIX.
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@
P R E F A C E
A U
L E C T E U R.
A V T A N T que je n'ai
point écrit (Lecteur Bénévole) plus
clairement qu'ont fait jadis les anciens
Philosophes, peut être que mes
écrits ne te seront pas agréables; vu
spécialement que tu as entre tes mains tant de divers
livres de bons Philosophes. Mais crois qu'aussi n'ai-je
besoin d'en mettre aucun en lumière: car je n'en
espère aucun profit, ni n'en recherche aucune vaine
gloire; & c'est pourquoi je n'ai point voulu, ni ne
veux pas encore faire connaître au public que je suis.
Encore que ce qu'en ta faveur j'ai par ci devant
fait déjà imprimer, te devait plus suffire; néanmoins
tu en auras encore davantage de ma part ci après;
ce sera le traité de l'harmonie, où j'ai proposé de discourir
amplement des choses naturelles. Ayant écrit
ce petit livret du Soufre, ému des prières que m'en
ont fait mes amis, lequel livre je ne sais s'il doit être
ajouté à mes premières oeuvres, mais si les écrits de
tant de Philosophes ne te suffisent, celui-ci ne te suffira
pas; joint qu'aucun exemples ne te peuvent servir,
si tu ne prends pour exemple la quotidienne opération
de la nature. Car si d'un mûr jugement tu considérais
L 5
dérais
@
Préface
comment la nature opère, tu n'aurais point besoin
de tant de volumes, car selon mon jugement il
vaut mieux apprendre de cette grande maîtresse la
Nature, que non pas de ses disciples. Je t'ai assez amplement
montré en la Préface de mes douze traités,
qu'il y a tant de livres écrit de cette science, qu'ils
embrouillent plutôt le cerveau de ceux qui les lisent,
qu'ils ne servent à les éclaircir de ce qu'il doutent:
Ce qui est arrivé à cause des grands Commentaires
que les envieux ont fait sur les laconiques préceptes
d'Hermès, lesquels de jour à autre semblent vouloir
s'éclipser de nous. Ce sont dis-je les envieux possesseurs
de cette science, qui ont embrouillé les préceptes d'Hermès,
car les ignorants ne savent pas ce qu'il faut ajouter
ou diminuer, sinon ce qu'il ne peuvent lire.
Or est qu'en cette science principalement, un mot de
trop, ou de manque, importe beaucoup, pour aider ou
nuire, à bien comprendre la volonté de l'Auteur.
Comme pour exemple, il est écrit en un lieu. Tu
mêleras par après ces eaux ensemble: l'autre ajoute
cet adverbe, Non; & dit, Tu ne mêleras par après
ces eaux ensemble. Il y a vraiment peu d'addition,
néanmoins tout le sens en est perverti. Mais que le
diligent scrutateur de cette science, sache que les abeilles
savent bien colliger le miel des herbes vénéneuses.
De même lui s'il rapporte ce qu'il lira à la possibilité
de la nature, il connaîtra facilement les sophismes;
C'est à dire, ce qui est deceptible pour le rejeter:
qu'il ne cesse donc de lire, car un livre ouvre l'autre.
Et qui est celui qui sait si les livres de Geber n'ont
point été envenimés des sophismes d'autres auteurs
en
@
au Lecteur.
en telle manière qu'aujourd'hui on ne les puisse entendre?
Si donc ce n'est un très-docte & très-ingénieux
esprit (car il ne faut pas que les ignorants se
mêlent de cette lecture) qui les relisent mille & mille
fois. Il y a vraiment plusieurs qui se sont mêlés
de l'interpréter, mais leur explication est beaucoup plus
difficile à entendre que n'est pas le texte même. C'est
pourquoi je te conseille de t'y arrêter, & rapporter le
tout à la possibilité de la nature, recherchant en premier
lieu que c'est que nature. Or tous d'une commune
voix disent que c'est une chose commune, de vil
prix, & facile à avoir. Et il est vrai, mais il devaient
ajouter ceci: A ceux qui la savent. Car
quiconque la sait, la reconnaîtra bien dans les fumiers,
mais ceux qui ignorent ne croient pas qu'elle soit
aussi dans l'or. Que si ceux qui ont écrit ces livres
si obscurs, qui sont néanmoins très-vrais, n'eussent
point su l'art, mais qu'il leur eût fallu chercher, je
crois qu'il y eussent eu plus de peine, que n'en ont pas
aujourd'hui les Modernes: Je ne veux pas louer mes
écrits, j'en laisse juge celui qui les appliquera à la possibilité,
& au cours de la nature. Que si par iceux
il ne peut connaître l'opération de Nature, les minières,
les esprits vitaux qui restreignent l'air, ni quelle est
la première matière, à grand' peine les comprendra-il
par les oeuvres de Lulle. C'est une chose difficile à
croire que les esprits aient tant de pouvoir dans le
ventre du vent. J'ai été aussi contraint d'entrer
dans cette forêt, & la multiplier comme les autres
ont fait, mais en telle manière que les plantes
que j'y enterai serviront de guide aux inquisiteurs
L 6
teurs
@
Préface
de cette science, qui veulent passer par cette
forêt: car mes dites plantes sont comme des esprits
corporels. Le temps jadis n'est plus, qu'on s'entr'aimait
tant qu'un ami déclarait de mot à mot cette
science à son ami: on ne l'acquiert aujourd'hui
que par une sainte inspiration de Dieu. C'est
pourquoi quiconque l'aime & le craint, la pourra
posséder: s'il la cherche il la trouvera, parce qu'on
la peut plutôt impétrer de la miséricorde de Dieu,
que du savoir d'aucun homme. Car il est tout miséricordieux
& n'abandonne jamais ceux qui ont
toute leur espérance en lui, ne rejetant point un
coeur contrit & humilié. C'est lui qui a eu pitié de
moi, qui suis la plus indigne de toutes ses créatures,
moi dis-je qui suis totalement incapable de raconter
sa puissance, sa gloire, & la miséricorde qu'il lui a
plu de m'octroyer.
Que si je ne lui puis rendre grâces plus particulières,pour le moins je ne cesserai point d'écrire ses
louanges. Prends donc courage, ami Lecteur, car si
tu adores Dieu dévotement, que tu l'invoques, &
mettes ta totale espérance en lui; il ne te déniera
pas la même grâce qu'il m'a concédée: mais il t'ouvrira
la porte de nature, & lors tu verras comme elle
opère simplement. Saches pour tout certain que nature
est très-simple, & qu'elle ne se délecte qu'en la
simplicité: & crois moi que tout ce qui est de plus
noble en la nature, est aussi le plus facile & le plus
simple, car toute vérité est simple. Dieu le créateur
de tout n'a rien mis de difficile en la nature: Si donc
tu veux imiter la nature, je te conseille de demeurer
en
@
au Lecteur.
en sa simple voie, & tu trouveras toutes choses bonnes.
Que si mes écrits ne te plaisent, recours à d'autres.
Je n'écris pas de grands volumes, tant afin de
ne te faire guère dépendre à les acheter, que pour ce
que tu les aies plutôt lus; car par après tu auras
du temps de consulter les autres Auteurs: Ne t'ennuie
donc pas de chercher, on ouvre à celui qui
heurte, joint que voici le temps que plusieurs secrets
de la nature seront découverts. Voici le commencement
d'une quatrième Monarchie, qui règnera
vers le Septentrion. Le temps s'aproche; la mère des
sciences viendra. On verra bien des choses plus grandes
& plus excellentes qu'on n'a pas fait durant les
autres trois monarchies passées. Parce que Dieu (selon
le présage des anciens) plantera cette quatrième monarchie
par un Prince orné de toutes les vertus, & qui
peut être est déjà né. Car nous avons en ces parties
boréales un Prince très-sage, très-belliqueux, que nul
Monarque n'a surmonté en victoires, & qui surpasse
tout autre en piété & humanité. Sans doute Dieu
le Créateur permettra, qu'on découvrira plus de secrets
de la nature pendant le temps de cette Monarchie
boréale, qu'il ne s'en est découvert, pendant les autres
trois Monarchies, que les Princes étaient ou Païens
ou Tyrans. Mais entends ces Monarchies selon le sens
des philosophes, qui ne les content pas selon la puissance
des grands, mais selon les quatre points Cardinaux
du monde. La première a été Orientale: la seconde
Méridionale: la troisième qui règne encore aujourd'hui
est Occidentale: on attend la dernière en ces
pays Septentrionaux: Nous en parlerons de toutes en
nôtre
@
Préface au Lecteur.
nôtre traité de l'harmonie. En cette attractive polaire,
Septentrionale Monarchie (comme dit le Psalmiste)
la miséricorde & la piété viendront au devant,
la Paix & la Justice seront chéries, la vérité sortira
de terre & la Justice regardera du Ciel un troupeau
& un Pasteur, plusieurs sciences sans envie, c'est ce
que j'attends avec désir. Quant à toi (Bénévole
Lecteur) prie Dieu, crains le, & l'aime, puis lis diligemment
mes écrits: Que si Dieu te fait la grâce,
nature y coopérant (laquelle tu dois toujours suivre)
que tu arrives au port de cette Monarchie, tu
verras alors & connaîtras, que je ne t'ai dit, qui ne
soit utile & véritable.
TRAICTE'
@
I
T
R A I C T E' d u
S O V L P H R E,
Autre principe
de nature.
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Du Soufre, second Principe.

E Soufre n'est pas le dernier des trois
Principes, car c'est la principale partie, &
du métal, & de l'oeuvre Physique. Et à
cause de son excellence plusieurs Sages,
nous en ont laissé beaucoup de choses
par écrit qui sont très-véritables, spécialement
Geber en son livre de la grande Perfection,
chap. 28. où il rapporte du dit soufre ce qui s'ensuit.
Par le Dieu immortel, c'est lui qui illumine tous les
corps, car c'est la lumière de la lumière, & la teinture.
Mais avant que parler de lui, qui par tous les Anciens
a été estimé, & reconnu pour le principal des Principes,
nous écrirons l'origine des trois, & leur génération.
Or d'autant que peu de gens avant nous l'ont fait, &
qu'il est très-difficile de juger d'aucun des trois Principes
comme de toute autre chose, si on ignore son origine
& sa génération, nous accomplirons en ce Traité ce
que nos ancêtres ont omis.
Les
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2 T R A I T E'
Les anciens n'ont constitué que deux Principes des
choses naturelles, & spécialement es métaux: à savoir
le Soufre & le Mercure, mais les modernes en ont
déclaré trois, le Sel, le Soufre, & le Mercure, qui ont
pris leur origine des quatre Eléments: l'origine desquels
nous écrirons aussi avant toute autre chose.
Que ceux donc qui aiment cette science sachent
qu'il y a quatre Eléments; chacun desquels a dans son
centre un autre Elément qui l'élémente, & que ces quatre
derniers ici sont les quatre piliers du monde, lesquels
Dieu sépara du Chaos lors qu'il voulut créer ledit
monde. Aussi sont-ce eux qui par leurs contraires
actions maintiennent toute la machine du monde en
égalité & proportion. Aidez aussi des influences célestes,
ils produisent toutes les choses qui croissent dedans
& dessus la terre, desquelles nous traiterons en leur
lieu: & retournant à nôtre propos nous parlerons de la
Terre qui est le plus proche Elément.
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De l'Elément de la Terre.
L A Terre est un assez digne Elément en sa qualité &
dignité, & dans icelle les autres trois Eléments se
reposent, mais spécialement le feu: Elle est trèshabile
pour cacher, & manifester ce qui lui est donné
pour cet effet. Elle est grossière, poreuse & pesante, si
on considère sa petitesse, mais légère eu égard à sa nature:
c'est aussi le centre du monde & des autres Eléments,
& par le centre d'icelle, passe l'essieu du dit mondejusques à l'un & l'autre Pôle. Elle est dis-je poreuse
comme une éponge, & de soi ne peut rien produire:
mais elle reçoit tout ce que les autres Eléments jettent
& laisse couler dans elle, qu'il cache ce qui faut cacher,
manifeste ce qu'il faut manifester. De soi même comme
nous avons dit elle ne produit rien, mais elle reçoit
tout ce qu'elles autres Eléments produisent, & tout ce
qu'ils ont produit demeure en icelle, par le moyen de la
chaleur motive se pourrit en icelle, par le moyen de
la
@
du SOUFRE.
3
la même chaleur se multiplie aussi en icelle, après la séparation
du pur d'avec l'impur: Ce qui est pesant demeure
en terre, la chaleur centrale pousse à la superficie
ce qui est léger. C'est donc elle qui est la matrice & la
nourrice de toute semence & de toute commixtion.
Elle ne peut faire autre chose sinon de conserver jusqu'à
parfaite maturité la semence & le composé. Elle est
froide & seiche, mais l'humidité de l'eau tempère cette
sécheresse. Extérieurement elle est visible & fixe, mais
en son intérieur elle est invisible & volatile. Elle est
vierge dès la création (de la distillation) du monde: le
caput mortuum qui reste après en avoir tiré son humidité,
fera, si Dieu le veut, calciné, à fin que d'icelle on en
puisse extraire une nouvelle Terre cristalline. Cet Elément
est divisé en deux parties, l'une pure, l'autre impure:
la partie pure se sert de l'eau pour produire toutes
choses, l'impure demeure en son globe. Cet Elément
aussi est le domicile où tous les trésors sont cachés, &
en son centre est le feu de géhenne qui conserve cette
machine du monde en son être, & ce en poussant l'eau
souterraine jusques à l'air. Ce feu est causé & allumé
par le roulement du premier mobile, & par l'influence
des Etoiles, & lors qu'il s'efforce de pousser l'eau susdite
jusqu'à l'air il rencontre la chaleur du Soleil céleste
tempérée de l'air, laquelle faisant attraction lui aide premièrement
à faire venir jusqu'à l'air ce qu'il veut pousser
hors de la terre. Et secondement lui aide à faire
mûrir ce que ladite terre a conçue dans son centre.
Aussi la terre a une grande affinité avec le feu qui est
son intrinsèque, & elle ne se purifie que par le feu, car
chaque Elément ne se purifie que par celui qui lui est intrinsèque.
Or l'intrinsèque, ou le centre de la terre, c'est
une substance très-pure, mêlée avec le feu, auquel centre
rien ne peut demeurer; car c'est comme un lieu vide,
dans lequel les autres Eléments jettent ce qu'ils produisent,
comme nous l'avons montré en nôtre oeuvre des
douze Chap. Il suffit d'avoir ainsi parlé de la Terre que
nous avons dite être comme une éponge, & réceptacle
des autres Eléments.
De
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4 T R A I T E'
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De l'Elément de l'Eau.
L 'Eau est un Elément plus digne en sa qualité, il est
très-pesant & plein de flegme onctueux: extérieurement
il est volatil, mais fixe en son intérieur:
il est froid & humide: c'est l'air qui le tempère: celui
qui est le sperme du monde, & dans lequel la semence
de toutes les choses du monde se conserve, tellement
qu'il est le gardien de toutes espèces de semence.
Sachez donc qu'autre chose est le sperme, autre
chose est la semence. La terre est le réceptacle du sperme,
l'eau est la matrice de la semence. Tout ce que l'air
jette dans l'eau par le moyen du feu, l'eau le jette dans
la terre, le sperme est toujours en assez grande abondance,
& n'attend que la semence pour la porter dans sa
matrice, ce qu'il fait par le mouvement de l'air, excite
de l'imagination du feu. Mais à cause que le dit sperme
n'a quelquefois pas assez de semence, pour n'avoir été
la dite semence assez digérée par la chaleur digestive, il
entre à la vérité dans la matrice, mais il en sort aussi sans
effet: ce de quoi nous traiterons plus amplement au
Traité du troisième Principe le Sel.
Il arrive néanmoins bien souvent en la nature que
le sperme entre en sa matrice avec suffisante quantité de
semence, & toutefois il n'engendre aucune chose, ou
s'il en produit ce n'est ce qui devait être engendré: mais
cela advient à cause de l'indisposition de la matrice qui
est pleine de soufres ou de flegmes impurs. En cet
Elément aussi pour en parler selon l'équité il n'y a rien,
sinon qu'en la manière de ce qui a accoutumé d'être
dans le sperme. Il se plaît fort en son propre mouvement,
& se mêle aisément à chaque chose, ce qu'il fait
à cause que la superficie de son corps est volatile. C'est
lui (comme nous avons dit) qui est le réceptacle de la
semence universelle, & comme la terre se résout & se
purifie facilement en lui, de même l'air se congèle en
lui, & se conjoint avec lui sa profondité: Son centre est
le menstrual du monde, que l'air pénètre, & la vertu de la
chaleur
@
du SOUFRE.
5
chaleur aérienne attire de ce centre une vapeur chaude
avec soi, laquelle est cause de la génération naturelle de
toutes les choses, desquelles la terre est imprégnée, comme
une matrice; & quand la matière a reçue une suffisante
quantité de semence, s'il y a quelque chose qui en
doive naître, il se fait voir: Et Nature sans intermission
opère sur ce corps, jusques à ce qu'elle l'aie amenée
à une entière perfection, & puis cesse. Mais la Nature
jette à côté ce qui reste d'humidité, qui est le sperme,
lequel par le moyen de la chaleur se putréfie, & après il
s'en engendre un autre corps quelquefois diverses bestioles,
quelquefois des petits vers. Ces choses ainsi récitées,
un Philosophe bien spirituel, pourra connaître &
voir plusieurs miracles de la Nature qui se font de cet
Elément, comme du sperme, pourvu toutefois qu'il
prenne ce sperme, dans lequel il y a déjà une imaginée
semence astrale d'un certain poids. Car la Nature produit
des choses pures par la première putréfaction, mais
elle en produit bien de plus pures, de plus dignes & de
plus nobles par la seconde putréfaction: Le bois nous
sert d'exemple en ceci, car par la première putréfaction
de ces trois Principes, il n'est venu que bois qui est un
corps immobile, & sans sentiment: mais quand il se
corrompt & se putréfie derechef, il en vient des vers &
autres petites bestioles, qui ont & la vie, & la vue tout
ensemble. Or c'est une chose très-assuré, qu'un corps
sensible est plus noble, & plus parfait qu'un insensible;
la raison est, qu'il faut une matière plus subtile & plus
pure, pour faire les organes des choses sensibles, que
pour faire le corps des insensibles.
Mais retournant à nôtre propos nous disons que l'Eau
(qui est le menstrual du monde) est divisé en trois parties,
l'une simplement pure, l'autre plus pure, la troisième trèspure.
De celle ici les Cieux ont été faits? la plus pure se
convertit en air: la plus grossière a demeuré en sa Sphère,
le tout par le vouloir de Dieu. Or est à noter que
cette plus grossière partie d'Eau conserve (Nature y
coopérant) toutes choses subtiles, son centre est au coeur
de la mer, la Terre & l'Eau ne sont qu'un globe, & n'ont
aussi tous deux qu'un essieu polaire, sur lequel vire, &
duquel sort le cours de toutes les eaux, même celui des
fontaines, lesquelles eaux s'accroissent par-après en grands
fleuves
@
6 T R A I T E'
fleuves. Cette sortie d'eaux humecte & arrose la terre,
& par ainsi la préserve de combustion. Or est-il que
toute la terre reçoit par cet arrosement la semence
universelle, que le mouvement & la chaleur ont faite.
C'est une chose assez connue que toutes les eaux retournent
au coeur de la mer, mais peu savent où elles
vont par-après. Car il y en a quelques uns qui croient
que les astres ont produits toutes les eaux qui tombent
dans la mer, & ne sachant pourquoi la mer ne s'en accroît
point, disent que ces eaux se consument dans le
coeur d'icelle; ce qui est impossible en la Nature, comme
nous l'avons montré parlant des pluies. Il est bien vrai
que les Astres causent, mais ils engendre point, car
rien n'est engendré que par son semblable: Or les astres
étant faits de feu, & d'air, comment pourront-ils engendrer
les eaux. Que s'il était ainsi que quelques Etoiles
engendrassent des eaux, il s'ensuivrait que d'autres produiraient
la terre, & ainsi d'autres Etoiles produiraient
d'autres Eléments: car cette machine du monde est réglée en
cette sorte, qu'un Elément n'a pas plus de privilège que
l'autre, mais sont tous quatre égaux en vertus, car si
l'un surpassait l'autre, il s'ensuivrait une ruine. Toutefois,
celui qui le voudra croire autrement, qu'il demeure
en son opinion; mais quand à nous, nous avons appris
dans la lumière de Nature, que Dieu conserve la machine
du monde, par l'égalité qu'il a proportionnée dans les
quatre Eléments, en telle manière, que l'un n'excède
point l'autre en son opération: mais les eaux par le mouvement
de l'air sont contenues sur les fondements de la
terre, comme si elles étaient dans un tonneau, & sont
resserrées vers le Pôle Arctique, par le même mouvement:
car il n'y a rien de vide au monde: & pour cette
raison le feu de géhenne est au centre de la terre, où
l'Archée de Nature le gouverne. Car quand au commencement
de la création du monde, Dieu tout-puissant
sépara les quatre Eléments du Chaos, il exalta aussi leurs
quinte-essences, & la fit monter plus haut que n'est le
lieu de sa propre Sphère: Or il éleva par sur tout la
quinte-essence du feu ( qui est la plus pure partie d'icelui)
laquelle environne la sacro-sainte Majesté, de laquelle
la divine & immense Sagesse, de sa propre volonté
fit allumer le feu qui avait resté au centre du Chaos, lequel
quel
@
du SOUFRE.
7
feu fit distiller la très-pure partie ou quinte-essence
des eaux contenue dans le Chaos. Et d'autant que la
très-pure substance du feu est la plus haute essence, &
environne le trône de Dieu, il a fallu que la très-pure
substance des eaux se soit condensée en un corps qui est
le ciel, lequel demeure sous la quinte-essence du feu: Et
à fin que ces eaux célestes fussent mieux soutenues, le
feu qui était au centre du Chaos a distillé une seconde
essence du feu, qui n'étant pas si pure que la première
n'a pas monté si haut qu'elle, mais a demeuré dans sa
propre Sphère. De sorte qu'il y a des eaux congelées, &
contenues entre deux feux. Or le feu central du Chaos
par la vouloir de Dieu n'a point cessé d'agir, mais a fait
encore distiller une autre essence d'eau, moins pure, &
moins parfaite que la première laquelle s'est convertie
en air, qui a demeuré en sa propre Sphère, sous l'Elément
du feu, & est environné de lui comme d'un trèsfort
fondement. Et tout ainsi comme les eaux des
Cieux ne peuvent monter si haut, & passer par dessus le
feu qui environne le trône de Dieu, de même aussi le
feu qu'on appelle Elément ne peut monter si haut, &
passer par dessus les eaux célestes, qui sont proprement
les Cieux. L'air aussi ne saurait monter si haut qu'est
le feu élémentaire, & passer par dessus lui. L'eau a demeuré
avec la terre, & tous deux joints ensemble n'ont
fait qu'un globe, car l'eau ne saurait demeuré en l'air,
excepté cette partie susdite que le feu centric convertit
en air pour la quotidienne fortification de cette machine
du monde. Car s'il y eût eu quelque lieu vide en l'air,
lors toutes les eaux se fussent résolues en ce lieu, &
eussent été faites air, tellement qu'il n'y eût plus eu
d'eau au monde. Mais d'autant que la Sphère de l'air est
pleine elle comprime les eaux, & les contraint de couler
vers la terre, & se joindre avec elle pour faire le centre
du monde. Ceste opération se fait successivement de
jour à autre de manière que naturellement le monde ne
devrait jamais périr: mais l'absolue volonté du trèshaut
y répugne, sans laquelle le monde durerait éternellement,
à cause que le feu centric s'allumera perpétuellement,
tant pour le mouvement universel que par l'influence
des Astres, & s'allumant il échauffera toujours
l'eau, laquelle échauffée se résoudra toujours en air, qui
compcomprime
@
8 T R A I T E'
toujours le reste des eaux, & les contraindra
par ce moyen de demeurer toujours au centre avec la
terre, à fin qu'elles ne sortent point hors de leur centre.
La souveraine Sagesse a ainsi créé le monde, & à l'exemple
de cette opération toutes les naturelles qui y
croissent & qui s'y font, se doivent nécessairement faire.
Nous t'avons voulu éclaircir cette création du monde,
à fin de te faire connaître que les Eléments inférieurs
ont une naturelle sympathie avec les supérieurs, parce
qu'ils sont tous d'une même Chaos, mais les plus bas
sont gouvernés par les plus hauts, & de là est sortie cette
obéissance en ce bas monde, que les inférieurs cèdent
aux supérieurs. Chose que les Philosophes ont naturellement
trouvée, comme il sera dit en son lieu. Mais retournons
à nôtre propos du cours des eaux, du flux & reflux
de la mer, & montrons comment elles passent par l'essieu
Polaire pour aller de l'un à l'autre Pôle. Il y a donc
deux Pôles, l'un Arctique, qui en est la partie supérieure &
Septentrionale, l'autre Antarctique, qui est sous terre, en lapartie Méridionale: Le Pôle Arctique a une force magnétique
d'attirer les eaux, l'Antarctique a une force de les
repousser: ce qui nous appert par l'exemple de l'aimant.
Le Pôle Arctique donc attire les eaux par l'essieu du Pôle Antarctique.
Et d'autant que l'air ne leur permet aucune inégalité,
elles sont contraintes de retourner derechef à
leur centre le Pôle Arctique, & d'observer continuellement
leur cours, & comme ces eaux roulant continuellement
sur l'essieu du monde, du Pôle Arctique à l'Antarctique,
elles s'épanchent par les pores de la terre, & selon
le plus ou le moins, il en sort de grandes ou petites sources,
qui venant par après à se ramasser les unes avec les
autres, s'accroissent en fleuves, lesquels retournent d'où
ils avaient sorti, cela se fait incessamment par le mouvement
universel.
Quelques ignorants (comme nous avons dit) disent
que les Astres ont engendré ces eaux, & qu'elles n'allaient
point se perdre dans le coeur de la mer, par le
moyen du mouvement universel; ni par l'opération des
Pôles; les astres toutefois ne produisent n'y n'engendrent
rien de matériel, mais seulement par leurs influences
célestes impriment des vertus spirituelles, lesquelles
n'an'ajoutent
@
du SOUFRE.
9
point de poids à la matière. Les eaux donc
ne s'engendrent point, mais seulement sortent du centre
de la mer, & par les pores de la terre s'épanchent par
tout le monde. De ces fondements naturels les Philosophes
ont trouvé plusieurs instruments, plusieurs conduits
d'eaux & de fontaines. Car on sait bien que naturellement
les eaux ne peuvent monter plus haut qu'est
le lieu d'où elles ont sorti: & si la nature ne le faisait,
l'art ne le pourrait, puis qu'il l'imite. Ce qui donc ne se
peut faire en Nature ne peut succéder par l'art: c'est
pourquoi l'eau ne peut monter plus haut qu'elle est
prise, ce qui se voit par l'instrument qui fait sortir le
vin du tonneau. Sachez donc pour conclusion, que les
Astres n'engendrent point les eaux ni les sources, mais
qu'elles viennent toutes du centre de la mer, auquel
elles retournent derechef, & ainsi continuent un mouvement
perpétuel. Car si cela n'était, il ne s'engendrerait
rien ni dans ni dessus la terre, mais tout tomberait
en ruine. Mais quelqu'un dira les eaux de la mer sontsalées, & celles des sources sont douces: Je répond que
cela advient, d'autant que l'eau salée s'adoucit & perd
sa salure passant par les pores de la terre, en des lieux
étroits plein de sablon: & à cet exemple on a inventé les
Citernes. La terre aussi en quelques endroits a des pores
plus larges, par lesquels l'eau salée passe, d'où il advient
des miniers de sel, & des fontaines salées, comme à Halle
en Allemagne: en quelques lieux aussi elles sont resserrées
par le chaud, tellement que le sel demeure es sablons:
mais l'eau pousse outre, & sort par d'autres pores,
comme en Pologne, VVielicie, & Bochnie. De même
aussi quand les eaux passent par des lieux chauds & sulfurés,elles s'échauffent, & de là viennent des bains.
Car es visières de la terre il y a des lieux auxquels la Nature
produit une minière sulfurée, de laquelle elle sépare
l'eau quand le feu central l'a allumé. L'eau donc
coulant par ces lieux ardents, s'échauffe plus ou moins,
selon quelle en passe près ou loin, & ainsi passe à la superficie
de la terre, retenant une faveur de soufre,
comme un bouillon retient celle des herbes qu'on a fait
bouillir dedans, la même chose arrive quand l'eau passe
par des lieux minéraux, alumineux ou autres, elle retient
leur saveur. Tel est donc le distillateur, Créateur de ce
grand
@
10 T R A I T E'
grand Tout, qui tient en sa main le distillatoire, à l'exemple
duquel les Philosophes ont inventé toutes leurs
distillations: Ce que le même Dieu tout puissant & miséricordieux,
a sans doute inspiré en l'âme des hommes,
lequel pourra quand il lui plaira éteindre le feu centric,
ou rompre le vaisseau; & lors le monde finira. Mais
d'autant que son infinie bonté ne tend jamais qu'en
mieux, il exaltera quelquefois sa très-sainte Majesté,
haussera ce très-pur feu, qui est au firmament, sur les
eaux célestes, & donnera un degré plus fort au feu central:tellement que toutes les eaux se résoudront en air,
& la terre se calcinera; de telle manière que le feu ayant
consumé tout ce qui est d'impur, il subtilisera les eaux qu'il
aura circulées en l'air, & les rendra à la terre purifiée:
& ainsi ( s'il est permis de philosopher en cette sorte)
Dieu en fera un monde plus noble que celui-ci. Que
donc tous les inquisiteurs de cette science, sachent que
la terre & l'eau ne font qu'un globe, & que joints ensemble
elles font tout, parce que sont deux Eléments
palpables, dans lesquels les autres deux sont cachés. Le
feu empêche la terre d'être submergée, ou de se dissoudre:
l'air empêche le feu de s'éteindre: l'eau empêche
la terre d'être brûlée. Il nous a semblé bon
d'écrire ce que dessus, à fin de faire connaître aux studieux
les fondements des Eléments, & comment les Philosophes
ont observés leurs contraires actions, mêlant la
terre avec le feu, l'eau avec l'air, mais quand ils ont
voulu faire quelque chose de noble, ils ont mêlé le feu
avec l'eau, considérant que le sang de l'un est plus pur
que celui de l'autre, comme les larmes sont plus pures
que n'est pas l'urine. Qu'il te suffise donc d'avoir appris
de nous ce que dessus; que l'Elément de l'eau est
le Sperme & le menstrual du monde, & le vrai réceptacle
de la semence.
----------------------------------------------------------
De l'Elément de l'Air.
L Air est un Elément entier, très-digne en sa
qualité, extérieurement il est volatil & invisible,
mais en son intérieur il est visible & fixe, chaud &
humide; c'est le feu qui le tempère, il est volatil, mais il
se
@
du SOUFRE.
11
se peut fixer, & quand il est fixé il rend tout corps pénétrant.
Les esprits vitaux des animaux se font & sont produits
de la très-pure substance: la simplement pure s'est
élevée en sa propre Sphère, la plus grossière partie a demeuré
dans l'eau, & se circule avec elle, comme le feu se
circule avec la terre, parce qu'il sont amis. C'est un trèsdigne
Elément, comme nous avons dit, qui est le vrai lieu
de la semence de toutes choses: & comme dans l'homme
il y a une semence imaginée, de même aussi en l'air,
il y en a une qui après par un mouvement circulaire est
jetée en son sperme. Cet Elément a une forme entière,
qui par le moyen du sperme & menstrual du monde distribue
chaque espèce de semence en ses matrices: outre
qu'en l'air est la semence de toutes choses, il contient
aussi l'esprit vital de toute créature, lequel esprit vit par
tout, pénètre tout, & qui serre la semence es autres Eléments
comme l'homme es femmes. C'est l'air qui
nourrit les autres Eléments: c'est lui qui les conserve:
c'est lui qui les imprègne: Et l'expérience quotidienne
nous montre, que non seulement les minéraux, végétaux
& animaux, vivent par le moyen de l'air, mais aussi
les autres Eléments: car les eaux se putréfient si l'air
leur est dénié: le feu s'éteint s'il n'a de l'air. Et à raison
de ce, les alchimistes savent faire des registres, pour
mener leur feu par degrés, selon le plus ou le moins d'air
qu'ils lui donnent. Les pores de la terre sont aussi conservés
par l'air; de manière que tout le monde est conservé
par lui. L'homme comme aussi les autres animaux
meurent si on les prive de l'air. Bref, rien ne croîtrait
au monde si en l'air il n'y avait une force pénétrante,
altérante, & attirante à soi le nutriment multiplicatif.
En cet Elément la semence est imaginée par la
vertu du feu, & cette semence comprime le menstrual
du monde par cette force occulte, comme aux arbres
& aux herbes la chaleur spirituelle fait sortir le sperme
avec la semence par les pores de la terre, & à mesure
qu'elle sort l'air le comprime proportionnellement, &
le congèle goutte à goutte: & ainsi de jour en jour les
arbres croissent & viennent forts grands, l'une goutte se
congelant sur l'autre, comme nous l'avons montré en
nôtre Livre des douze Traités. En cet Elément toutes
choses sont entières par l'imagination du feu; aussi est-il
M
rempli
@
12 T R A I T E'
rempli de vertu divine, car l'esprit du Seigneur y est enfermé
(qui témoin la sainte Ecriture avant la création
du monde était porté sur les eaux) & a volé sur les
plumes des vents. S'il est donc ainsi, comme il n'en faut
point douter, que l'esprit du Seigneur fût porté sur les
eaux, qui osera douter qu'il n'aie laissé dans elles quelque
chose de sa divine puissance. Car comme les Monarques
enrichissent de parements leurs domiciles, de
même le Souverain a donné pour ornement à cet Elément
l'esprit vital de toute créature; car dans lui est la
semence de toutes les choses qui sont dispersées ça &
là. Et comme nous avons dit ci dessus, Dieu dès la création
du monde, lui a enclos une force magnétique, pour
attirer son nutriment, par le moyen duquel il s'accroît &
se multiplie. Que s'il n'avait point cette force attractive,
il ne pourrait attirer aucun aliment: & ainsi la semence
demeurerait en petite quantité sans pouvoir
croître ni multiplier. Mais comme la pierre d'aimant
attire à soi le fer, à l'exemple du Pôle Arctique, qui attire
à soi les eaux, comme nous l'avons montré ci-dessus
traitant de l'eau, de même l'air par son aimant végétable,
qui est contenu dans la semence, attire à soi son aliment
du menstrual du monde, qui est l'eau. Toutes ces
choses se font dans l'air, vu qu'il est le conducteur des
eaux, & la force ou puissance magnétique que Dieu lui
a enclose pour attirer son aliment, est cachée dans toute
espèce de semence pour attirer l'humide radical, & cette
vertu ou puissance qui est en toute semence est la 280.
partie de ladite semence, comme nous l'avons montré
au livre des Douze Traités. Si donc quelqu'un veut
bien planter les arbres, qu'il regarde toujours que la
pointe attractive soit tournée vers le Septentrion, & par
ainsi il ne perdra pas son labeur: Car comme le Pôle
Arctique attire à soi les eaux; de même le point vertical
attire à soi la semence, & toute pointe attractive ressemble
au Pôle: le bois nous sert d'exemple en ceci, la
pointe attractive duquel rend toujours à son point vertical,
lequel attire l'autre. Car qu'on élabore un bois en
telle manière qu'il soit égal par tout en grosseur, si tu
veux savoir quelle était sa partie supérieure avant qu'il
fût coupé de son arbre, jette le dans une eau qui soit
plus large que n'est la longueur du dit bois, & tu verras
que
@
du SOUFRE.
13
que la partie supérieure sortira toujours hors de l'eau,
avant la partie inférieure, car la Nature ne peut errer en
son office. Mais en nôtre Traité de l'Harmonie, nous
parlerons plus amplement de cette force magnétique:
(
quamvis de magnete facile is poterit, cui natura metallorum
cogni-a est.) Il nous suffit donc d'avoir dit que l'eau
est un très-digne Elément, dans lequel est la semence de
l'esprit vital, ou domicile de l'âme de toute créature.
----------------------------------------------------------
De l'Elément du Feu.
L E Feu est le plus pur & le plus digne Elément de
tous, plein d'une onctuosité corrosive, pénétrante,digérante & très-adhérente: extérieurement visiblement,
mais invisible en son intérieur, très-fixe, chaud
& sec, c'est la terre qui le tempère. Nous avons dit en
l'Elément de l'eau, qu'en la création du monde, Dieu
exalta premièrement la très-pure substance du feu, & la
fit monter en haut, qu'elle environne le trône de sa sacro-sainte
Majesté, & que la très-pure substance des eaux
s'est congelée en un corps qu'on appelle Ciel. Nous disons
à présent que Dieu a créé les Anges de la substance
du feu qui est moins pure que la susdite, & qu'il a créé
les Luminaires & les Etoiles de la substance du feu, qui
est encore moins pure que la seconde, mais il l'a mêlée
avec la très-pure substance de l'air, la substance du feu
encore moins pure que la troisième susdite, a demeuré
en sa Sphère sous les Cieux, la plus impure & onctueuse
a demeuré au centre de la terre où Dieu l'a enfermée,
pour continuer l'opération du mouvement, nous appelons
cette partie impure, feu de géhenne. Le feu certainement
est divisé en ces cinq parties, mais elles ont
toutes une naturelle sympathie. Cet Elément est le plus
tranquille de tous, & semble à un chariot qui roule lors
qu'il est traîné, & demeure immobile si on ne l'attire:
il est en toutes les choses du monde, mais on ne le peut
apercevoir, & l'âme raisonnable est en lui, laquelle est
infuse au commencement de la vie humaine: car par elle
M 2
seule
@
14 T R A I T E'
seule l'homme diffère d'avec les brutes, & est fait semblable
à son Créateur. Ceste âme dis-je, faite de la plus
pure partie du feu élémentaire, est divinement infuse
dans l'esprit vital, & à cause d'elle l'homme (après la
création du grand monde) a été créé un petit monde.
Dieu le créateur a mis son siège & sa Majesté en l'homme,
comme au plus pur & plus tranquille sujet qui est
gouverné par la seule immense & divine sagesse: C'est
pourquoi Dieu abhorre toute espèce d'impureté, tellement
que rien d'immonde, de composé ou de vicié, ne
peut approcher de lui: Partant aucun homme naturellement
ne peut voir ni approcher de Dieu, car le très-pur
feu qui environne le Majesté divine est tellement étendue,
qu'aucun oeil ne le peut pénétrer, car il ne peut
souffrir aucun corps composé, d'autant qu'il le détruit
en séparant ses parties qui le composent. Nous avons
ci dessus dit, qu'il était immobile de soi, car il est vrai,
autrement Dieu ne pourrait être à repos, chose qui est
très-pernicieuse de la songer seulement; parce qu'il est
en perpétuel repos, voire même plus que l'âme humaine
ne se saurait imaginer. Que le feu soit de soi immobile,
les pierres te servent d'exemple, auxquelles il y a du
feu qui néanmoins ne se peut voir, & la chaleur duquel
on ne peut ressentir, s'il n'est excité & allumé par quelque
mouvement: De même aussi ce très-pur feu qui
environne la très-sainte Majesté du Créateur, n'a aucun
mouvement s'il n'est excité par la propre volonté du
très-haut; car lors ce feu va où il plaît au Seigneur le
faire aller: & quand il s'émeut, c'est un véhément &
terrible mouvement: comme par exemple, lors que
quelque Monarque de ce monde est en son siège Majestueux,
quel grand silence y a-il autour de lui? quel
grand repos? Et encore que quelqu'un de ses Courtisans
se remue, néanmoins ce mouvement particulier
n'est point considéré: Mais quand le Monarque commence
à se mouvoir pour aller d'un lieu à l'autre, toute
l'assemblée se remue universellement: de telle manière
qu'on entend un grand bruit. Qu'est-ce donc qu'on doit
croire du Monarque des Monarques, du Roi des Rois,
(qui est représenté par les Rois de ce monde) lors qu'il
se meut es Cieux? Quel mouvement? quel tremeur
y a-il es Cieux, puis que toute l'armée céleste qui l'environne,
ronne,
@
du SOUFRE.
15
se meut avec lui? Mais quelques moqueurs demanderont,
comment Monsieur le Philosophe, savezvous
cela, vu que les choses célestes sont cachées aux
humains? Nous leur répondons que l'incompréhensible
Sagesse de Dieu a inspiré au coeur des Philosophes
deux choses: La première est, que toutes choses sont
crées à l'exemple de la Nature, de laquelle ils ont une
parfaite connaissance; la seconde est, que la Nature ne
fait rien qu'à l'imitation des choses célestes ou supernaturelles:
tellement que le même ordre qui est en
haut, est aussi en bas, comme il appert par les divers offices
des Anges. Or rien ne naît au monde que naturellement,
& toutes les inventions ou artifices qui sont aujourd'hui,
ou naîtront par ci après, ne sont édifiées que
des fondements de la Nature. Le très-haut Créateur a
bien voulu manifester à l'homme toutes les choses naturelles,
& lui donner aussi connaissance des choses célestes
qui ont pris leurs fondements de la Nature, à fin
que par ce moyen l'homme pu mieux connaître son
absolue puissance, & incompréhensible Sagesse; ce que
les Philosophes voient dans la lumière de Nature, comme
dans un Miroir. Si donc ils ont eu en grande
estime cette science, & qu'ils l'ont recherchée avec
besoin de soin, ce n'a pas été le désir de posséder or
ni argent, mais seulement pour les deux choses susdites;
à savoir pour avoir ample connaissance de toutes les
choses naturelles, & de la puissance de leur Créateur,
& si après être parvenus à leur fin désirée ils n'ont parlé
de cette science que figurativement, & encore fort peu,
c'est qu'ils n'ont pas voulu éclaircir aux ignorants les
mystères divins, lesquels nous conduisent à la parfaite
connaissance des actions de la Nature. Si donc tu peux
connaître, & que tu n'aies l'entendement trop grossier,
tu comprendras facilement comment tu es fait à la semblance
du grand Monde, voire même à l'image de ton
Dieu: Tu as en ton corps l'anatomie du grand Monde,
car pour firmament tu as comme au plus haut lieu de
ton corps, dans la peau de la quinte essence des quatres
Eléments, laquelle est extraite des spermes confusément
mêlés dans la matrice. Au lieu de feu tu as un
pur sang, dans lequel est le siège de l'âme en forme d'un
Roi, y colloquée par l'esprit vital. Au lieu de la terre tu
M 3
as le
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16 T R A I T E'
as le coeur, dans lequel est le feu central qui opère continuellement,
& conserve en son être la machine de ce
microcosme; la bouche t'est un Pôle Arctique, l'anus est
l'Antarctique, & tous les membres ont une correspondance
avec les célestes, ce de quoi nous traiterons quelque
jour plus amplement en nôtre harmonie, chap, de l'Astronomie
où nous avons décrit que l'Astronomie est un
Art facile & naturel comment les aspects des Planètes
& des Etoiles causent des effets, & pourquoi par le
moyen des dits aspects on pronostique des pluies & autres
accidents; ce qui serait trop long à raconter en ce
lieu, & toutes ces choses liées & enchaînées ensemble,
donnent naturellement une plus ample connaissance de
la déité. Nous avons bien voulu accomplir ce que les autres
ont omis, tant à fin que le diligent scrutateur de
ce secret compris plus clairement l'incompréhensible
puissance du très-haut que pour qu'il l'aimât & adorât
aussi avec plus d'ardeur. Que donc l'Inquisiteur de cette
sainte science sache que l'âme de l'homme tient en ce
microcosme le lieu de Dieu son créateur, & est comme
un Roi colloquée dans l'esprit vital du très-pur sang.
Cette âme gouverne l'esprit, & l'esprit gouverne le
corps; quand l'âme a conçue quelque chose, l'esprit sait
quelle est cette conception, laquelle il fait entendre aux
membres du corps, qui obéissants attendent avec ardeur
les commandements de l'âme pour les mettre à exécution
& accomplir sa volonté; car le corps de lui-même ne
sait rien, mais il connaît les volontés de l'âme & les
exécute par le moyen de l'esprit, tellement que ledit
corps n'est à l'esprit que comme un instrument dans les
mains d'un artiste. Or l'âme qui fait différer l'homme
des brutes, exerce à la vérité ses fonctions dans le corps,
mais non pas si parfaitement que comme lors qu'elle est
séparée, parce qu'elle est alors totalement absolue en ses
opérations: l'homme donc diffère des brutes à cause
qu'elles n'ont qu'un esprit, mais non pas une âme participante
de la divinité. De même aussi nôtre Dieu créateur
de tout, opère en ce monde ce qui connaît nécessaire
d'être fait; & à cause donc qu'il opère dans le
monde, faut conclure qu'il est par tout le dedans d'icelui:
mais il est aussi dehors par sa divine & immense
sagesse, les conceptions de laquelle se font hors de ce
monmonde,
@
du SOUFRE.
17
à raison de quoi elles sont si hautes que surpassant
la Nature, il est impossible que l'homme les puisse
concevoir comme étant les vrais secrets de Dieu. Tout
ainsi donc que l'âme exerce ses fonctions plus noblement,
les a plus relevées lors qu'elle est séparée de son
corps, que lors qu'elle y séjournait? c'est la cause pourquoi
elle ressemble à son Dieu, qui hors du monde opère
super-naturellement: Néanmoins les actions de l'âme
hors de son corps au respect de celles de son Créateur
hors du monde, ne sont que comme une chandelle allumée,
au respect de la lumière Méridionale. Car les actions
de l'âme ne s'exécutent que par l'imagination seulement,
mais celles de Dieu sont réelles? comme quand l'âme
s'imagine d'être à Rome, ou ailleurs, elle y est en un clin
d'oeil mais seulement par esprit? mais Dieu exécute
cette imagination essentiellement. Il n'est donc dans le
monde, que comme l'âme est dans le corps, il a son absolue
puissance séparée du monde, comme l'âme de
chaque corps a un absolu pouvoir, qui est séparé d'avec
lui: lequel pouvoir absolu peut faire des choses si hautes
que le corps ne les saurait comprendre; elle peut donc
beaucoup sur nôtre corps, car autrement nôtre Philosophie
serait vaine. Apprend donc de ce que dessus à
connaître Dieu, & tu saura la différence qu'il y a entre
le Créateur & les créatures, puis après de toi-même tu
pourra concevoir choses plus hautes, vu que nous t'avons
ouvert la porte, mais à fin de n'être trop prolixe,
retournons à nôtre propos. Nous avons dit ci dessus
que le feu est un Elément trop coi, & de soi immobile,
s'il n'est excité par un mouvement, lequel est connu des
hommes sages. Il faut que le Philosophe connaisse toute
génération & corruption, car par ce moyen il sait non
seulement la création du Ciel, mais aussi la composition
& commixtion de toutes choses; mais combien que les
Philosophes sachent tout, néanmoins ils ne peuvent
pas tout: Nos savons bien la composition de l'homme
en toutes ses qualités, mais nous ne lui pouvons pas infuser
une âme, car ce mystère appartient à Dieu seul, qui
surpasse tout par tel infinis mystères super-naturels: Or
cette action n'est pas en la disposition de la Nature, car
elle ne fait rien sans matière; Dieu donne la première
matière à la Nature, le Philosophe lui donne la seconde:
M 4
mais
@
18 T R A I T E'
mais en l'oeuvre Philosophique, Nature doit exciter le
feu que Dieu a enfermé dans le centre de chaque chose,
ce que quelquefois Nature fait de sa propre volonté,
quelquefois aussi elle le fait par la volonté d'un subtil
artiste qui la dispose à ce faire: car naturellement le feu
purifie toute espèce d'impureté; tout corps composé
se dissout par le feu. Et tout ainsi que l'eau nettoie toutes
les ordures qui ne sont pas fixes, & conjoint tout ce
qui est dissout: de même le feu purifie tout ce qui est
fixe & sépare tout ce qui est conjoint il purge très-bien,
& augmente tout ce qui participe de sa nature & propriété,
il augmente dis-je, non pas en quantité, mais en
vertu, agissant occultement par merveilleux moyens, tant
es autres Eléments qu'en toutes les choses du monde:
Car comme l'âme est venue du très-pur feu, de même
la végétable est venue du feu élémentaire que la Nature
gouverne. Or cet Elément agit au centre de chaque
chose en cette matière. La Nature donne le mouvant
ce mouvant excite l'air, l'air excite le feu, le feu sépare
purge, digère, colore, & fait mûrir toute espèce de semence,
& étant meure, il la pousse, par le moyen du
sperme, dans des matrices qui sont ou pures ou impures,
chaudes plus ou moins, seiches ou humides: tellement
que selon la disposition du lieu ou matrice il naît diverses
choses dans la terre comme nous avons dit au
livre des douze Traités; autant de lieux, autant de matrices.
Dieu le Créateur de tout a ainsi ordonné des
choses de ce monde, que l'une serait contraire à l'autre,
en telle manière toutefois que la mort de l'une serait
la vie de l'autre, & que ce que l'un produira, l'autre le
détruira, & du sujet détruit il en renaît naturellement
un autre beaucoup plus noble que le premier, de
manière que par ces continuelles destructions, & régénérations,
l'égalité des Eléments est conservée; & ainsi
la naturelle séparation de toutes choses composées, vivantes
s'appelle mort: Et pour cette cause naturellement
l'homme doit mourir, parce qu'il est composé des
quatre Eléments, qui se doivent un jour séparer l'un de
l'autre. Mais cette séparation de l'humaine composition
se devaient seulement faire au jour du Jugement: car
l'homme, selon la sainte Ecriture, & les Théologiens,
avait été créé immortel dans le Paradis terrestre, de laquelle
quelle
@
du SOUFRE.
19
immortalité aucun Philosophe n'a rendu raison
jusqu'à présent. Et néanmoins il faut que l'Inquisiteur
de cette science le sache, à fin qu'il puisse facilement
voir & entendre, comme naturellement cela pouvait
être: combien que ce soit une chose difficile à croire, &
comme super-naturelle, qu'un homme composé des quatre
Eléments qui sont sujets à se séparer, laquelle séparation
au règne animal s'appelle mort; nonobstant
toutefois cette séparation naturellement il pouvait
être immortel. Mais Dieu a inspiré dès long temps aux
hommes pieux & vrais Philosophes comment cette immortalité
naturellement pouvait être en l'homme, laquelle
nous te ferons entendre en cette sorte.
Dieu a créé le Paradis terrestre des vrais très-purs Eléments,
non élémentés, les ayant conjoints ensemble
en très-grande perfection: de manière que comme ils
sont incorruptibles, ce qui provenait d'eux également,
& très-parfaitement conjoints, devait être immortel;
car cette égale & très-parfaite conjonction ne se peut
plus des-unir. Or l'homme avait été fait de cette indivisible
union des Eléments élémentants, c'est pourquoi
il avait été créé immortel pour demeurer dans ce Paradis,
qui sans doute avait aussi été créé pour sa demeure.
Or nous en parlerons amplement en nôtre Traité de
l'Harmonie où nous décrirons du lieu où il est situé.
Mais après que l'homme eut transgressé les commandements
de Dieu, il le bannit du Paradis terrestre, pour être
citoyen du monde corruptible & élémenté, qu'il avait
seulement fait pour l'habitation des brutes, & d'autant
que l'homme ne peut vivre sans aliments, il est contraint
de se mendier des Eléments élémentés qui sont corruptibles,
& cette nourriture corruptible a infecté les purs
Eléments de sa création. De manière que peu après il a
décliné vers la corruption, jusques à ce qu'une qualité
prédominant sur l'autre, aie causé l'entière ruine du
composé, faisant en fin une entière séparation de toutes
ses parties, d'où la mort s'est ensuivie. Les enfants des
premiers hommes ont été plus proches de la mort que
leurs pères d'autant qu'ils ont déjà été procréés d'une
semence corruptible, & dans le monde corruptible, non
pas dans le Paradis terrestre incorruptible. Puis donc que
telle qu'est la cause tel est l'effet: la semence provenue
M 5
d'une
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20 T R A I T E'
d'une matière mortelle ne peut pas être immortelle, &
tant plus nous nous éloignons du bannissement du Paradis
terrestre, d'autant plus nous nous approchons de la
corruption: d'où il s'ensuit que nôtre vie est plus courte
que n'était celle des Anciens, & elle viendra jusques
à ce point qu'on ne pourra plus procréer son semblable,
à cause de sa brièveté. Il y a toutefois des lieux
qui ont l'air plus pur, & des constellations plus favorables,
qui empêche que la Nature ne se corrompe si tôt:
cause aussi que les humains y vivent plus naturellement,
mais les intempérés accourcissent leur vie par leur mauvais
régime de vivre. L'expérience aussi nous montre,
que les enfants des pères valétudinaires ne font pas de
longue vie. Mais si l'homme eut demeuré au Paradis
terrestre, lieu convenable à sa nature, où les Eléments
incorruptibles sont tous vierges, il eut vécu immortel.
Car c'est une chose assurée que le corps qui provient
de l'égale commixtion des Eléments purifiés, il doit
être incorruptible. Or telle doit être la pierre des Philosophes,
la fabrication de laquelle, selon les anciens
Philosophes, doit être semblable à la création de l'homme;
mais les modernes suivant le sens littéral des Anciens
la veulent faire semblable à la corruptible génération
des hommes de ce siècle. Cette immortalité de
l'homme a été la principale cause que les Philosophes
ont recherché cette pierre, car ils ont su qu'il avait
été créé des purs & parfaits Eléments, & méditant sur
cette création qu'ils ont connue naturelle, ils ont commencé
à rechercher soigneusement savoir s'il était possible
d'avoir ces Eléments incorruptibles, ou de trouver
quelque sujet dans lequel ils fussent conjoints & infus,
auxquels Dieu inspira, que la composition de tels Eléments
était dans l'or: Car d'être es animaux cela est
impossible, vu qu'ils se nourrissent des Eléments corruptibles:
qu'elle soit es végétaux, cela ne se peut, car on
a trouvé dans eux l'inégalité des Eléments. Or d'autant
que toute chose créé tend à sa multiplication, les Philosophes
ont jugé ont jugé que cette possibilité de Nature se pouvait
trouver au règne minéral, laquelle trouvée, ils ont
vu d'innombrables secrets, desquels comme les ayant
estimés divins, ils ont fort peu parlé. Tu as maintenant
vu comme les Eléments corruptibles tombent dans un
sujet
@
du SOUFRE.
21
sujet, & comme ils se séparent lors que l'un surpasse
l'autre; car alors la putréfaction se fait par la première
séparation, & la séparation du pur d'avec l'impur se
fait par la putréfaction: & si alors il se fait une nouvelle
conjonction, lors par la vertu du feu centric, le sujet
acquiert une plus noble forme. Car au premier état
du composé, le gros mêlé avec le subtil se corrompe lequel
corrompu ne se peut purifier ni améliorer que par
la putréfaction, & union des forces élémentaires qui sont
en tout corps composé: car quand le compost doit de
des-unir, il le fait par l'Elément de l'eau, dans laquelle
tous les Eléments étant confus, le feu qui est potentiellement
dans la terre, & dans l'air, les appelle à son aide,
& se joignent ensemble; & s'étant prêtés une mutuelle
force l'un sur l'autre, ils surpassent le pouvoir de l'eau:
tellement qu'ils la digèrent, puis la cuisent, & en fin la
congèlent. Voilà comment Nature aide à la Nature:
Car si le feu central cache (
qui in vita captus erat) est le
vainqueur comme il est très-pur, aussi agit-il sur ce qui
est de plus pur & plus proche de lui. Il se joint avec lui,
de manière qu'il surmonte son contraire, & sépare le pur
de l'impur, & de la s'en engendre une nouvelle forme
beaucoup plus noble que la première, & quelquefois par
l'esprit d'un habile artiste il en réussit une chose immortelle,
spécialement au règne minéral. Toutes choses
donc se font, & sont amenées à un être parfait, par le
seul feu bien & dûment administré si tu m'as entendu.
Or je t'ai écrit en ce Traité, succinctement l'origine
des Eléments, leur nature & leur opération: ce qui suffit
pour satisfaire à nôtre intention: car si autrement nous
voulions écrire chaque élément comme il est, il en naîtrait
un grand volume ce qui serait inutile en ce lieu,
mais nous remettons cela en nôtre Traité de l'Harmonie,
où Dieu aidant & nous prêtant la vie, nous traiterons
plus amplement de cette manière.
M 6
Des
@
22 T R A I T E'
----------------------------------------------------------
Des trois Principes de toutes choses.
A Près avoir décrit ces quatre Eléments, il faut
parler des trois Principes des choses, lesquels
immédiatement les dits quatre Eléments ont
produit en cette manière.
Incontinent après que Dieu eut constitué la nature,
pour régir toute la monarchie du monde, elle commença
à distribuer à chaque chose des dignités selon leurs
mérites. Et premièrement elle constitua les quatre Eléments,
Princes du monde, & à fin que la volonté du Trèshaut
(au vouloir duquel est la nature) fût exécutée.
Elle ordonna que chacun des dits Eléments agirait incessamment
dans l'autre: De manière que le feu commença
d'agir contre l'air, & cette action produit le soufre:
l'air pareillement commença à bloquer l'eau, &
cette action produit le sel. L'eau aussi commença à
agir contre la terre, & cette action produit le Mercure.
Mais la terre ne trouvant plus d'autre Elément contre
qui elle pu agir, ne peut aussi rien produire, mais elle
retient en son centre ce que les autres trois avaient produit:
De sorte qu'il n'y eu que trois Principes, desquels
la terre demeura la matrice & la nourrice.
Il y a trois Principes comme nous avons dit, mais les
anciens Philosophes n'en ont fait mention que de deux;
mais qu'ils les aient connus tous trois, ou qu'ils
les aient voulu cacher, qui est-ce qui l'osera juger; vu
qu'ils n'ont écrit que pour leurs enfants, auxquels ils ont
dit que le Soufre & le Mercure étaient la matière des
métaux, même de la pierre des Philosophes? & de vrai
ces deux seuls nous suffisent. Quiconque donc veut rechercher
cette sainte science, faut que nécessairement
il connaisse les accidents, & l'accident même, & qu'il
apprenne à quel sujet ou Elément, il se propose d'arriver,
à fin qu'il y aille par les médians convenables pour
accomplir le nombre quaternaire. Car comme les quatre
Eléments ont produit les trois principes, de même
en diminuant faut que ces trois en produisent deux, savoir
voir
@
du SOUFRE.
23
le mâle & la femelle. Faut aussi que ces deux en
produisent un qui sera incorruptible, à cause que les quatre
susdits y seront égaux, bien dépurés, & bien digests,
ainsi le quadrangle répondra au quadrangle. Or c'est
un susdit en la quintessence, en laquelle il n'y a aucune
contrariété, & qui est principalement requise &
très-nécessaire à tout artiste. Ainsi donc à cause de ces
trois Principes, tu trouveras en chaque composition naturelle
un corps, un esprit & une âme cachée, lesquels trois
si tu sépares & les purifies très-bien, puis après les réunis
derechef, sans doute ils te donneront un fruit très-pur.
Or encore que l'âme de ta matière aie sorti d'un trèsnoble
corps (c'est à dire, auquel il n'y avait aucune
contrariété) elle ne saurais néanmoins arriver où elle
désire, sinon par le moyen de son esprit,
qui est le lieu
convenable, c'est à dire, si tu veux la faire rentrer en son
corps, il la faut premièrement purifier; & que le lieu:
c. ledit corps le soit aussi à fin que l'âme puisse être glorifiée
en icelui, & qu'elle ne s'en puisse plus jamais séparer.
Tu as maintenant l'origine des trois principes,
desquels en imitant la nature, tu dois extraire le Mercure
des Philosophes, & leur première matière, sans la
séparation desquels Principes, spécialement de ceux des
métaux, il t'est impossible de rien faire qui vaille, vu
que la Nature même ne fait & ne produit rien sans eux.
Ces trois, dis-je, sont en toutes choses du monde, &
sans eux il ne se fait rien, & naturellement ne se fera
rien au monde.
Mais à cause que nous avons dit ci dessus que les anciens
Philosophes ont tant seulement nommés les Principes
IVS, à fin que l'Inquisiteur de la science ne faille
point, faut qu'il sache qu'encore qu'ils n'aient faitmention que du Soufre & du Mercure, & néanmoins
sans le Sel ils n'eussent jamais peu arriver à cette oeuvre,
car c'est lui qui est la clef & le Principe de cette divine
science: c'est lui qui ouvre les portes de Justice: c'est
lui qui a les clefs des prisons ou le soufre est emprisonné,
comme je le déclarerais plus amplement en nôtre
troisième Traité des Principes, qui sera intitulé
de Sale.
Maintenant retournons à nôtre propos des trois Principes,
vu qu'ils nous sont du tout nécessaires, d'autant
qu'ils sont la matière prochaine: car il y a deux matières
tières
@
24 T R A I T E'
des métaux, l'une plus proche, l'autre plus éloignée:
La plus proche sont le Sel, Soufre & Mercure:
La plus éloignée sont les quatre Eléments, desquels il
n'appartient qu'à Dieu seul d'en produire des choses.
Laisse donc ces Eléments, vu que d'iceux tu n'en feras
rien, & n'en saurais rien faire autre choses, que d'en
extraire les trois Principes, car la Nature même n'en
peut rien produire autre chose. Si donc des dits quatre
Eléments tu n'en peux rien produire que les trois Principes,
pourquoi t'amuses-tu à un si vain labeur que de
chercher ou vouloir faire ce que la Nature a déjà fait:
Ne vaut-il pas mieux cheminer trois milliers que quatre?
Qu'il te suffise donc d'avoir les trois Principes desquels
la Nature produit toutes choses dans la terre, &
sur la terre, lesquels aussi tu trouveras entièrement en
toutes choses. Or Nature en les séparant & conjoignant
comme il appartient, produit d'iceux au règne minéral,
les pierres & les métaux; au règne végétal, les arbres &
les herbes, &c. au règne animal, le corps, l'esprit & l'âme:
ce qui cadre fort à l'oeuvre des Philosophes. Le
corps c'est la terre, l'esprit c'est l'eau, l'âme c'est le feu,
ou soufre de l'or. L'esprit n'augmente que la quantité
du corps, mais l'âme, ou le soufre, ou le feu augmente
la vertu. Mais d'autant qu'au poids il y a plus
d'esprit. c. d'eau que de feu, l'esprit s'exalte, & opprime
le feu, & l'attire à soi; De manière qu'un chacun de
ces deux s'augmente en vertu, & la terre qui est le médium
d'iceux croît en poids. Que donc tout Inquisiteur
de l'art conclue en son esprit, lequel des trois principes
il cherche, & qu'il le secoure, afin qu'il puisse vaincre
son contraire, & que par après il ajoute son poids au
poids de la Nature, à fin que l'art accomplisse le défaut de
Nature: & ainsi le Principe que tu cherchais surmontera
son contraire. Nous avons dit au chap. de la Terre,
qu'elle n'est que le réceptacle des autres Eléments, dans
laquelle le feu & l'eau se combattent par l'intervention
de l'eau, & que si en ce combat l'eau surmonte le feu,
qu'il en arrive une chose corruptible: mais que si le feu
surmonte l'eau, qu'il en naît des choses incorruptibles
& perpétuelles. Considère donc ce qui t'est nécessaire.
Sache outre plus qu'encore que le feu & l'eau soient
en toutes choses, toutefois ils n'y seraient rien mais
un
@
du SOUFRE.
25
un chacun d'eux demeurerait toujours en son terme
& en son poids, sans qu'ils soient tous deux excités par
la chaleur extrinsèque, laquelle par les mouvements des
vertus célestes, s'allume au centre de la terre; & lors
excite comme j'ai dit le feu & l'eau à se mouvoir l'un
contre l'autre, pour acquérir l'un plus de vertu que
l'autre, dans le sujet auquel Nature les a conjoints
en due & convenable proportion. De sorte
qu'en ce combat chacun appelle son compagnon à son
aide, & ainsi ils montent & croissent jusques à ce que la
terre ne puisse plus monter avec eux. Or agissant l'un
contre l'autre par les pores que l'air a ouvert dans laterre qui monte avec eux, ils se subtilisent l'un l'autre, &
de cette subtilisation il en naît des fleurs & des fruits,
dans lesquels le feu & l'eau se sont rendus amis, comme
on peut voir aux arbres, lesquels d'autant plus qu'ils se
sont subtilisés & purifiés en montant, d'autant plus aussi
en produisent ils de meilleurs fruits si principalement
ils finissent lors que les forces du feu & de l'eau sont
également conjoints.
Ayant donc purifié les choses desquelles tu te veux
servir, fais que le feu & l'eau soit amis, ce qu'il feront
facilement en la terre qui a monté avec eux, & alors
tu paracheveras plutôt que la Nature. Si tu sais bien
conjoindre l'eau avec le feu, non pas comme ils ont été
auparavant, mais comme la Nature le requiert, & comme
il t'est nécessaire, parce que la Nature en toutes choses
qu'elle compose, elle y met moins de feu que des trois
autres Eléments. Il y a toujours, dis-je moins de feu,
mais la nature ajoute selon son plaisir un feu extrinsèque
pour exciter l'interne, selon le plus ou le moins
qu'il est de besoin à chaque chose, & ce aussi avec plus
ou moins de temps. Et selon cette opération, si le feu
intrinsèque surmonte ou est surmonté par les autres Eléments,
il en arrive des choses parfaites, soit es minéraux
ou es végétaux. C'est la vérité que le feu extrinsèque
n'entre pas essentiellement en la composition de la chose;
car le feu intrinsèque matériel suffit pour amener à
perfection ladite chose, dans laquelle il est, pourvu qu'il
aie quelque nourriture. Or le feu extrinsèque lui sert
de nourriture, comme le bois au feu élémentaire, & selon
telle nourriture le feu intrinsèque croît & se multiplie.
tiplie
@
26 T R A I T E'
Il te faut toutefois donner garde que le feu extrinsèque
ne soit trop grand, car il suffoquerait l'intrinsèque;
comme si un homme mangeait plus qu'il ne
pourrait, il serait aussi suffoqué: une grande flamme dévore
un petit feu. Le feu extrinsèque doit être nutritif
& multiplicatif, & non pas dévorant, car ainsi les choses
viennent à leur perfection. La décoction donc est celle
qui amène toute choses à perfection: Et ainsi la Nature
ajoute la vertu au poids, & parachève son vouloir.
Mais à cause qu'il est difficile d'ajouter au composé, &
que c'est une chose de longue haleine, & de très-longs
labeurs; je te conseille donc d'ôter du dit composé, ses
superfluités, autant qu'il en faudra ôter, ou autant que
la Nature le requiert: puis les dites superfluités ôtées
faire une mixtion: & par après la Nature te feras voir ce
que tu cherchais. Aussi connaîtras-tu si la Nature a
bien ou mal conjoint les Eléments, vu qu'en sa conjonction
tous les dits Eléments y consistent. c. sont égaux
en vertus, de manière qu'un ne peut plus agir contre
l'autre, & par conséquent le composé sera incorruptible.
Mais plusieurs artistes sement de mauvais grain pour du
bon, d'autres sement le bon avec le mauvais, d'autres y
en a qui jettent ce que les Philosophes aiment, les autres
commencent & achèvent en même temps, pour
n'avoir pas assez de patience, & pour être d'un naturel
trop inconstant. De manière qu'en un Art qui est de
très-difficile acquisition, ils y pensent arriver sans travailler
que bien peu; & c'est ce qui est cause qu'il rejettent
les bonnes matières sur lesquelles ils devraient
opérer, & s'amusent à travailler sur d'autres qui ne valent
rien. Mais tout ainsi comme les bons Auteurs au
commencement de leur Livres cachent cette science:
De même les Artistes au commencement de leur labeur
rejettent la vraie matière. Nous disons que cet Art
n'est autre chose qu'une égale commixtion des quatre
qualités élémentaires, une égalité naturelle du chaud, du
froid, du sec & de l'humide, une conjonction du mâle &
de la femelle qui a engendré ledit mâle (c'est à dire) une
conjonction du feu & de l'humide radical des métaux:
considérant que le Mercure des Philosophes a en soi son
propre soufre qui est bon, selon que la Nature l'a plus
ou moins dépuré & concoctionné. Or est-il que prenant
nant
@
du SOUFRE.
27
ce seul Mercure tu en pourras achever l'oeuvre,
mais si tu sais ajouter ton poids, au poids de Nature,
en doublant le Mercure, & triplant le soufre, le dit
Mercure sera plutôt terminé en bon, puis en meilleur,
jusques à ce qu'il soit très-bon: encore qu'en apparence
il n'y aie qu'un soufre & deux Mercures, mais
d'une même racine, lesquels deux Mercures ne sont pas
crus, ni trop cuits, mais purifiés & dissous si tu m'as
entendu, il n'est point de besoin que je déclare par écrit
la matière du Mercure des Philosophes, ni la matière de
leur Soufre. Car jamais homme n'a pu par ci devant,
& ne pourra par ci après la déclarer plus appertement,
ni plus clairement que les anciens Philosophesl'ont décrite, & commencé, s'il ne veut être anathème
de l'Art. Car elle est si communément nommée qu'on
de l'estime pas (c'est à dire) qu'on en fait point d'état;
c'est pourquoi les Inquisiteurs de cette science les
laissent, pour s'adonner à la recherche de vaines subtilités,
avec lesquelles ils ne trouveront pas si tôt quelle
est cette matière de laquelle on extrait le Mercure des
Philosophes, comme s'ils demeuraient en la simple voie.
Nous ne disons pas que le Mercure des Philosophes soit
une chose triviale, & clairement nommée par son propre
nom: Mais ouï bien la matière de laquelle les Philosophes
extraient leur Mercure & leur Soufre: car le
Mercure Philosophique ne se trouve point sur terre, mais il
le faut extraire par art du Soufre & du Mercure conjoints,
il ne se montre point car il est nu, néanmoins
la Nature l'a merveilleusement enveloppé. Conclusion:
Nous disons en répétant que le Soufre & le Mercure
conjoints, sont la minière de nôtre argent-vif, de celui
dis-je, qui a le pouvoir de dissoudre les métaux, les
mortifier, & les vivifier, laquelle puissance ledit argentvif
a reçue du Soufre, qui de sa propre nature est
aigre. Mais à fin que tu puisses encore mieux comprendre
ceci, écoute quelle différence il y a entre notre
argent-vif & celui du vulgaire; l'argent vif vulgaire
ne dissout point l'or ni l'argent, & ne se mêle
point avec eux inséparablement: mais nôtre argentvif
dissout l'or & l'argent, & se mêle avec eux inséparablement;
car si une fois il s'est mêlé avec eux on ne
les peut jamais séparer, non plus que de l'eau mêlée
avec
@
28 T R A I T E'
avec de l'eau: Le Mercure vulgaire a en soi un Soufre
combustible, noir, & mauvais, mais nôtre Mercure
a un Soufre incombustible, fixe, bon, très blanc,
& rouge. Le Mercure vulgaire est froid & humide, le
nôtre est chaud & humide. Le Mercure vulgaire noircit
les corps métalliques, le nôtre les blanchit jusques à une
blancheur cristalline. En précipitant le Mercure vulgaire,
on le convertit en une poudre citrine, & en un mauvais
Soufre; nôtre argent-vif moyennant la chaleur se
convertit en un Soufre très-blanc, bon, fixe & fusible.
Tant plus on coctionne le Mercure vulgaire, d'autant
plus il se rend fusible, mais le nôtre au contraire, tant
plus de coction on lui donne, d'autant plus il s'épaissit
& se rend moins fusible. Toutes lesquelles circonstances
te peuvent faire voir quelle & combien grande est la
différence entre l'un & l'autre Mercure. Or si tu ne m'entends
pas, n'espère point que jamais homme vivant parle
plus clairement que je viens de faire. Mais parlons
à présent des vertus de nôtre argent-vif: il est tel que
de soi il suffit assez, & pour toi, & pour lui (c'est à dire)
tu n'as besoin que de lui. Car par la seule décoction,
sans aucune addition de chose étrange il se dissout luimême
& se congèle. Mais les Philosophes pour accourcir
le temps, ajoutent avec lui en la décoction
son Soufre bien digeste bien mur, & travaillent avec
cela. Nous pourrions bien citer les Philosophes, pour
confirmer ce que nous disons: mais à cause que nous
avons écrit plus clairement qu'eux, nous ne les citons
pas: car quiconque les entendra; il nous entendra bien
aussi. Si donc tu veux suivre nôtre conseil, nous te conseillons
en premier lieu, que tu apprennes à retenir ta
langue. En après cherche la nature des minéraux, métaux,
& végétaux, parce que nôtre Mercure se trouve en
tout sujet, & le Mercure des Philosophes se peut extraire
de toute chose, mais de l'une plutôt que de l'autre.
Saches aussi pour tout certain, que cette science n'est
point fortuite ni casuelle, mais qu'elle est réelle & il n'y
a que cette seule matière au monde, par laquelle, & de laquelle
on prépare la pierre des Philosophes. Cette matière
véritablement est en toutes les choses du monde,
mais la vie d'un homme ne serait pas assez longue pour
l'extraire. Or si tu travaille sans la connaissance des
choses
@
du SOUFRE.
29
choses naturelles, spécialement au règne minéral, tu seras
semblable à un aveugle qui chemine par usage. Et quiconque
travaille de même, tout son labeur est fortuit, &
encore (comme il arrive souvent) que quelqu'un travaille
sur la vraie matière de nôtre argent-vif; tout ainsi
comme fortuitement il l'a trouvée, aussi la perd-il fortuitement:
car il cesse d'opérer là où il devrait commencer,
d'autant qu'il n'a point de fondement, sur lequel
il puisse bien jeter son intention. C'est pourquoi
cette science est un don de Dieu, & ne peut être que
difficilement connue, sinon par révélation divine, ou
par démonstration faite par un ami. Car nous ne sommes
tous des Gebers, ni des Lulles, & encore que Lulle
fut un esprit très-subtil, néanmoins il n'en eut point eu
la connaissance, sans qu'Arnault la lui montra; & Arnault
confesse aussi l'avoir eue d'un sien ami. Or il est
facile à celui d'écrire ce que la Nature lui dicte: Et
dit-on en commun Proverbe, qu'il est facile d'ajouter
à ce qui est inventé. Tout art, & toute science est facile
aux maîtres, mais aux disciples qui ne font que commencer
il n'en va pas de même, & pour acquérir cette
science il y faut un long temps, plusieurs vaisseaux de
grandes dépenses, un perpétuel travail, avec de grandes
méditations, mais à celui qui la sait, toutes ces choses
lui sont plus légères.
Nous disons en concluant, que cette science est seulement
un don de Dieu, & que celui qui en a la vraie
connaissance le doit incessamment prier, à fin qu'il lui
plaise bénir le tout de ses saintes grâces: car celui qui
possède ce trésor, il lui sera inutile sans la bénédiction
divine, comme nous l'avons expérimenté, ayant à cause
de nôtre savoir encouru de très-périlleux hasards, &
reçu plus d'incommodités que de contentements, mais
c'est l'ordinaire des hommes, que d'être sages trop tard.
Les jugements de Dieu sont plusieurs abîmes, toutefois
parmi nos infortunes, nous avons toujours admiré
la providence divine, qui ne nous a jamais laissé opprimer
à nos envieux, & qui a toujours préservé cette Arche
du naufrage. Cette Arche, dis-je, dans laquelle il
lui a plu enclore un si grand trésor, qui par sa sainte
bonté il y conservera perpétuellement: car nous avons
ouï dire que nos ennemis s'étaient même attrapés aux
pièges
@
30 T R A I T E'
pièges qu'ils nous tendaient: Ceux qui nous voulaient
faire mourir sont décédés: Ceux qui ont usurpés nos
biens, ont perdu le leur: mêmes quelques-uns leurs
Royaumes. Nous savons outre-plus que ceux qui ont
voulu nous déshonorer, ont honteusement péri. Nous
avons en fin tellement été conservés, & avons reçu
tant de grâces du Très-haut nôtre Créateur, que tant
s'en faut que nous les puissions écrire, que nous ne
pouvons pas seulement imaginer les bien-faits qu'avons
reçus de celui, qui dès le berceau nous a toujours conservé
sous l'ombre de ses ailes, auquel soit honneur &
gloire par infinis siècle des siècles. A grand peine a-il
jamais tant concédé de grâces à aucun mortel comme à
nous: Et plût à Dieu, avoir assez d'esprit d'entendement
& d'éloquence, pour lui rendre grâces: car nous
confessons n'avoir pas de nous même tant mérité, mais
nous croyons que toute nôtre félicité est arrivée, à cause
que nous avons toujours espéré, espérons, & espérerons
toujours en lui: car nous savons que c'est lui seul qui
nous peut aider, & non pas les hommes mortels: Aussi
est-ce une chose vaine de se confier aux Princes, qui ne
sont pas qu'hommes selon le Psalmiste: tous lesquels ont
reçu de Dieu l'esprit de vie, lequel ôté, le reste n'est que
poussière: mais de colloquer son espérance en Dieu
(duquel comme d'une fontaine de bonté, tous biens
fluent abondamment) c'est une chose très-bonne, &
très-assurée. Toi donc qui désire arriver au but de
cette sainte science, mets tout ton espoir en ton Créateur,
& le prie incessamment, & croie fermement qu'il ne
t'abandonnera point: car s'il connaît ton coeur être
franc, & que tu aies mis toutes espérance en lui, il te
donnera un médium, ou t'enseignera quelque voie,
pour te conduire au but que tu désire.
Le commencement
de sagesse est la crainte de Dieu: prie, & travaille. Dieu
à la vérité donne l'entendement, mais il faut que tu en
sache user: car comme un bon intellect & une bonne
occasion sont des dons de Dieu, de même aussi le péché
est cause que nous les perdons.
Mais retournons à nôtre propos: Nous disons de
l'argent-vif est la première matière de cette oeuvre; &
véritablement il n'y a rien autre chose, car tout ce qu'on
y ajoute, a sorti de lui. Nous avons dit ci dessus,
que
@
du SOUFRE.
31
que toutes les choses du monde se font des trois Principes:
mais nous, nous les purifions; & étant bien
purs, nous les re-conjoignons en ajoutant es choses
qui requièrent addition, nous remplissons ce qui est défectueux:
& en imitant la Nature, nous cuisons jusques
au dernier degré de perfection, ce que la Nature
n'a pu parachever, à cause de quelque accident, & elle
a déjà fini où l'art doit commencer. C'est pourquoi
si tu veux imiter la Nature, imite-là es choses auxquelles
elle opère, & ne te soucie pas si tu trouve de la contrariété
en nos écrits: Il faut que cela soit ainsi, de
crainte que l'art ne soit trop divulgué. Mais toi élis
les choses qui s'accordent avec la Nature, prends la rose,
& laisse les épines. Si tu veux faire quelque métal,
prends un métal pour fondement matériel: car un chien
engendre un chien, le métal produit le métal: Car saches
pour tout certain, qui si tu ne prends l'humide radical
du métal, séparé d'avec son corps, tu ne feras jamais
rien. Celui-là laboure la terre en vain, qui n'a aucun
grain pour y semer: Nôtre semence est une seule chose,
nôtre Art est unique, nôtre opération est unique. Si
donc tu veux produire un métal, tu le fermenteras par un
métal: mais si tu veux produire un arbre, il faut que la semence
d'un arbre de même espèce que celui que tu
veux produire, te serve de ferment pour cette production.
Il n'y a, comme j'ai dit, qu'une seule opération, hors
laquelle il n'y en a aucune qui soit vraie. Ceux donc
errent, qui disent qu'il y a quelque vrai particulier hors
de cette voie unique, & naturelle matière: car on ne
peut couper des rameaux, si donc ils n'ont sorti du
tronc de l'arbre: C'est une chose impossible, & une folle
entreprise, de vouloir plutôt faire venir le rameau,
que l'arbre d'où il doit sortir. Il est plus facile de faire
la pierre, qu'aucun petit particulier, qui soit bon, &
qui soutienne les épreuves. Il y en a néanmoins qui
se glorifient de pouvoir faire une Lune fixe, mais ils
feraient mieux s'ils fixaient le plomb, ou l'étain;
vu qu'à mon jugement c'est une même chose: car
ces choses ne résistent point à l'examen du feu, pendant
qu'ils sont en leur nature: mais la Lune en
sa nature est assez fixe, & n'a besoin d'aucune
fixation sophistique: mais autant de têtes, autant
y a-il
@
32 T R A I T E'
y a-il d'opinions: Or nous laissons à un chacun la sienne:
car qui ne nous veut pas croire, ni imiter la nature, qu'il
demeure en son erreur: On peut bien faire des particuliers,
quand on a l'arbre: les rejetons duquel peuvent
être entés à plusieurs autres arbres, tout ainsi qu'avec
une eau on peut faire cuire diverses sortes de viandes,
selon la diversité desquelles, le bouillon aura diverses saveurs ;
& néanmoins ne sera fait que d'une même eau.
Nous concluons donc, qu'il n'y a qu'une unique Nature,
tant es métaux, qu'es autres choses, mais son opération
est diverse. Il y a aussi selon Hermès, une matière universelle,
de laquelle toutes choses ont pris leur origine:
Il y a pourtant plusieurs labourants qui travaillent chacun
à sa fantaisie: ils cherchent une nouvelle créature,
& une nouvelle matière: aussi trouvent ils un nouveau
(r)tien, parce qu'ils interprètent les dits des Philosophes
selon le sens littéral, & ne regardent pas la possibilité de
Nature: mais tels gens sont compagnons de ceux
desquels nous avons parlé en nôtre Dialogue du Mercure
avec l'Alchimiste, lesquels retournèrent en leurs
maisons sans avoir rien conclu. Ces gens, dis-je, cherchent
la fin de l'oeuvre, sans vouloir commencer, ni passer
par le milieu: d'autant qu'ils veulent parvenir à un si haut
but, sans fondement, ou sans lire les Philosophes: mais
se servent tant seulement des recettes de quelque coureurs,
ou se contentent de leur promesses. Or d'autant
que les Livres des Philosophes ont peut être été mutilés
par les envieux qui y ont peu ajouter, & diminuer,
après qu'ils les ont lus, & qu'ils ont travaillé selon leur
doctrine, sans que rien aie succédé, ils recourent aux sophistications
& font une infinité de vaines épreuves, en
blanchissant, rubifiant, fixant la Lune, tirant l'âme de
l'or; ce qu'en nôtre Préface des douze traités avons
soutenu ne se pouvoir faire: Non pas que je veuille nier,
qu'il faille extraire l'âme métallique: mais au contraire,
il la faut nécessairement avoir, mais non pas pour l'employer
aux sophistications, mais tant seulement à l'oeuvre
des Philosophes: l'ayant donc extraite de son corps, &
l'ayant bien purifiée, il faut derechef qu'elle reprenne
son corps, à fin qu'il se fasse une vraie résurrection du
corps glorifié. Jamais nous n'avons pensé à dire que sans
le grain de froment, on peut multiplier le froment, mais
nous
@
du SOUFRE.
33
nous soutenons que cette âme métallique, extraite de
son corps, puisse sophistiquement teindre un autre métal:
car faut que tu sache que cela est très faux, & ceux
qui disent que cela est vrai, sont des menteurs. Mais
nous traiterons de ceci plus amplement en nôtre
Traité
de Sale, car ce n'est pas ici l'endroit où il en faille
dire davantage.
----------------------------------------------------------
Du Soufre.
L es Philosophes à bon droit ont attribué le premier
degré d'honneur au Soufre, comme à celui qui
est le plus parfait des trois Principes; aussi toute
la science ne dépend que de la vraie préparation d'icelui.
Or le Soufre est triple, savoir le Soufre teignant
ou colorant, le Soufre coagulant le Mercure, le troisième
est le Soufre essentiel, qui amène à maturité
duquel nous devions sérieusement traiter. Mais d'autant
que nous avons fini l'un des Principes par un Dialogue,
aussi terminerons nous les autres en la même forme.
Le Soufre est le plus mur des trois Principes, &
le Mercure ne se saurait congeler sans le Soufre: De
manière que toute nôtre intention & opération ne doit
être autre, que d'extraire du corps des métaux, le Soufre,
par le moyen duquel nôtre argent-vif se coagule
en or & en argent, dans les entrailles de la terre, lequel
Soufre, extrait des métaux , est en ce lieu pris pour
le mâle: c'est pourquoi il est tenu pour le plus digne, &
le Mercure est pris pour la femelle. Le composé qui
vient de ces deux, engendre des Mercures Philosophiques.
Nous avons décrit au Dialogue du Mercure avec l'Alchimiste,
la congrégation que firent les Alchimistes,
pour consulter par entre-eux, quelle était la matière
de laquelle les Philosophes ont fait leur pierre, & comment
il fallait faire ladite pierre. Nous avons aussi dit
qu'ils se séparèrent tous, sans avoir rien conclu de ce
qu'ils avaient proposé, à cause d'un orage tempétueux
qui les surprît: & les sépara de telle sorte, qu'il se
dispersèrent par tous l'Univers, & les éloigna ladite tempête
pête
@
34 T R A I T E'
tellement l'un de l'autre, que du depuis ils n'ont
pu se rassembler, à raison de quoi, pour n'avoir rien
conclu, chacun s'imagine encore diverses chimères, &
veut faire la pierre à sa fantaisie. Or entre tous ceux de
cette Congrégation, qui étaient de diverses nations, i y
en eut un, duquel nous allons parler, qui comme les autres,
sans être fondé en aucune raison, se proposait de
trouver fortuitement cette pierre Philosophie, au reste il
était homme de bonne vie, & compagnon de celui qui
un jour parla avec Mercure, à raison de quoi il disait, que
si ce bon heur lui eut arrivé comme à son compagnon,
qu'il eut tellement tourné & viré de paroles ledit Mercure,
qu'en fin il l'eût contraint de lui délier le noeud
gordien, & lui déclarer appertement la manière de faire
la pierre des Philosophes, & estimait son compagnon
être un idiot, pour ne l'avoir su faire; quant à moi
disait-il, jamais le Mercure ne m'a plu, & ne croie pas
qu'il contienne rien de bon, mais j'approuve fort le Soufre,
parce qu'en nôtre Congrégation nous avons fort
bien disputé de lui, & crois je que si la tempête ne nous
eut détourné, & rompu nôtre assemblée, nous eussions
en fin conclu que c'était la première matière, d'autant
que j'abonde en profondes imaginations, & ne conçoive
rien que choses graves. Or se faisant à croire ces belles
fantaisies, il se délibéra de travailler sur le Soufre, &
commença de le distiller sublimer, calciner, fixer, d'en
extraire l'huile par la campagne, avec des cristaux, avec
des coquilles d'oeufs, & par plusieurs autres labeurs il employa
beaucoup de temps, sans jamais rien trouver; à
raison de quoi le pauvre misérable s'attrista fort, & passa
plusieurs nuitées sans dormir, allait le jour hors la
ville, à l'écart, ruminer & songer quelque bon expédient,
pour parvenir à ce qu'il désirait. Or un jour qu'il
se promenait en si profonde pensée, qu'il en était presque
en extase, il arriva jusqu'à une certaine forêt trèsverte,
qui abonde ne toute choses, & en laquelle il y
avait des Minières minérales, & métalliques, toutes sortes
d'animaux, & d'oiseaux: les arbres, les herbes & les
fruits y étaient en abondance: il y avait divers canaux
d'eau: aussi n'en pouvait on puiser, sinon par divers instruments,
selon la diversité des hommes qui l'épuisaient,
que des lieux où ils la prenaient. La meilleure, la
prinprincipale,
@
du SOUFRE.
35
& la plus claire, était cette-là qu'on tirait
des rayons de la lune. Aussi cette excellente eau n'était
dédiée que pour la Nymphe de cette Forêt, en laquelle
il y avait des moutons & des Taureaux qui paissaient: il y
avait aussi deux Pasteurs, que l'Alchimiste interrogeait
en cette manière: A qui, dit-il, appartient cette Forêt?
c'est le Jardin de la Forêt de la Nymphe Venus, répondirent
ils: Ce lieu lui était fort agréable, & se promenait
ça & là, jetant toujours les yeux de sa pensée
sur son Soufre: En fin, s'étant laissé à force de promenades,
il s'assit sous un arbre, qui était jus un canal,
& commença à se lamenter amèrement, & déplorer son
temps, sa peine, & les grandes dépenses qu'il avait follement
employées, sans aucun fruit (car autrement il
n'était pas méchant, mais il ne faisait mal qu'à soi-même)
& dit: Que veut dire cela? Tous disent que c'est
une chose comme, vile, & facile: & moi qui suis homme
docte, je ne pus comprendre qu'elle est cette misérable
pierre. De manière, qu'il commença dès lors à
foudroyer contre le Soufre, qui lui avait fait en vain
dépendre tant de biens, consommer tant de temps, &
employer tant de peines. Or comme il se lamentait
ainsi, il entendit la voix d'un vieillard, qui lui dit. Mon
ami, qu'as-tu à pleurer si fort, & pourquoi chantes-tu
tant d'injures au Soufre? L'Alchimiste regarda incontinent
tout autour de lui, & ne voyant personne, s'épouvanta.
Cette voix lui dit derechef, Mon ami, pourquoi
t'attriste-tu? L'Alchimiste reprenant ses esprits,
lui dit: Comme celui qui a faim, ne songe qu'en du
pain, de même, moi, je n'ai autre pensée, qu'en la
pierre des Philosophes. La voix lui demande, & pourquoi
maudis-tu tant le Soufre? Parce que, dit l'Alchimiste,
j'ai cru que c'était la première matière de
cette pierre Philosophale? à raison de quoi j'ai travaillé
sur lui plusieurs années, j'y ai beaucoup dépendu, sans
avoir pu trouver cette pierre. La voix lui dit: Mon
ami, j'ai bien connu que le Soufre est le vrai & principe
sujet de cette pierre, mais tu ne le connais point?
Tu as tort de maudire ainsi le Soufre, car il est étroitement
emprisonné dans une prison très-obscure, les
pieds liés; & en outre il y a des Gardes, qui ne lui permettent
que d'aller où il leur plaît, c'est pourquoi il ne
N
peut
@
36 T R A I T E'
peut pas être commun à toutes sorte de gens.
L'Alchimiste. Et pourquoi est-il emprisonné?
La voix. Parce qu'il voulait obéir à tous les Alchimistes,
& faire tout ce qu'ils voulaient, contre la volonté
de sa mère, qui lui avait commandé, de ne se manifester
qu'à ceux qui la connaissaient; c'est pourquoi elle le fit
emprisonner, lui fit lier les pieds, & lui ordonna des
Gardes, sans le su & vouloir desquels il ne saurait
jamais sortir.
L'Alchimiste. O misérable, c'est ce qui est cause, qu'il
n'a pu m'être favorable, vraiment sa mère lui fait
grand tord: mais quand sortira il de ces prisons?
La voix. Mon ami, le Soufre des Philosophes n'en
peut sortir qu'avec un très-long temps, & avec de trèsgrands
labeurs.
L'Alchimiste. Seigneur, qui sont ceux qui le gardent?
La voix. Mon ami, ses Gardes, sont de pareil genre
que lui, mais sont des Tyrans.
L'Alchimiste. Mais vous qui êtes vous? & comment
vous appelez vous?
La voix. Je suis le Juge, & le Geôlier de ces prisons,mon nom est Saturne.
L'Alchim.. Le Soufre donc est détenu en vos prisons?
La voix. Il est vrai, mais il y d'autres Gardes.
L'Alchimiste. Que fait le Soufre en vos prisons?
La voix. Il fait tout ce que ses Gardes veulent. Mais
que sait-il faire? C'est un mille artisan, c'est le coeur
de toutes choses, qui sait améliorer les métaux, corriger
les Minières, qui donne l'intellect aux animaux, qui sait
produire toutes sortes de fleurs aux herbes, & aux arbres,
qui dominent sur toutes ces choses: C'est lui duquel
viennent toutes les odeurs du monde: c'est le peintre
qui peint toutes les couleurs.
L'Alchimiste. De quelle manière fait-il les fleurs?
La voix. Ses Gardes lui fournissent de matière, & de
vase: le soufre digère cette matière, & selon la diverse
digestion qu'il en fait, & le diversité du poids de ladite
matière, il en produit aussi diverses fleurs, & diverses
odeurs.
L'Alchimiste. Seigneur, est-il vieux?
La voix. Mon ami, le Soufre est la vertu de chaque
chose,
@
du SOUFRE.
37
chose, c'est le puîné, mais le plus vieux de tous, le plus
fort, le plus digne, mais c'est un enfant obéissant.
L'Alchimiste. Seigneur comment le connaît-on?
La voix. En plusieurs façons, mais il se fait connaître
es animaux par leur raison vitale, es métaux par
leur couleur, es végétaux par leur odeur, sans lui sa mère
ne peut rien faire.
L'Alchimiste. Est-il seul héritier, ou s'il a des frères?
La voix. Mon ami,
sa mère a seulement un fils semblableà lui, ses autres frères sont associés des méchants:
Il a une soeur, laquelle il aime, & réciproquement
il est aimé d'elle, car elle lui est comme sa mère.
L'Alchimiste. Seigneur, est-il par tout, & en tout lieux
d'une même forme.
La voix. Quant à sa Nature, elle est toujours une, &
d'une même forme, mais il le diversifie dans les prisons:
c'est la vérité que son coeur est toujours pur, mais ses
habits sont maculés.
L'Alchimiste. Seigneur, a-t-il été quelquefois libre?
La voix. Ouï certes, & principalement, lors du vivantde ces hommes sages, qui avaient une grande familiarité
avec sa mère.
L'Alchimiste. Qui étaient ceux-là?
La voix. Hermès en a été un, Aristote, Avicenne,
plusieurs Rois & Princes, & autres innombrables qui ont
su délier les liens du Soufre.
L'Alchimiste. Seigneur, que leur a-t-il donné, pour l'avoir
mis en liberté?
La voix. Il leur a donné trois Royaumes, car quand
quelqu'un le sait délivrer de prison, il subjugue ses
Gardes (qui maintenant le gouvernaient en son Royaume)
il les garrotte, & les donne à celui qui l'a délivré,
& lui donne aussi en propriété leurs Royaumes. Mais ce
qui est de plus grand, c'est qu'en son royaume il y a un
Miroir, dans lequel on voit tout le monde, quiconque
regarde en ce Miroir, il voit les trois parties de la sapience
de tout le monde & par ainsi il devient très-sage en
ces trois règnes, comme Aristote, Avicenne, & plusieurs
autres, qui comme leurs prédécesseurs ont vu dans ce
Miroir comme le monde a été crée, par son moyen ils
ont appris les influences des corps célestes & inférieurs,
& comme la Nature compose les choses par le poids du
N
2 feu,
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38 T R A I T E'
feu, par son moyen ils ont appris le mouvement du Soleil& de la Lune: mais principalement ce mouvement
universel, par lequel sa mère est gouvernée: Ils ont en
outre connu par son moyen les vertus des herbes, &
de toute autre chose, les degrés de chaleur, froideur, humidité,
& siccité, à raison de quoi ils sont devenus trèsbons
Médecins: Et certainement un Médecin ne peut
être habile en son art, s'il ne sait la raison pourquoi
cette herbe est telle, ou telle, pourquoi elle est chaude,
froide, seiche ou humide en tel degré: ce qu'il doit savoir,
non pas pour l'avoir appris dans les Livres de
Galien ou autres; mais il doit l'avoir épuisé de la fontaine
de Nature, comme les Philosophes l'ont fait jadis,
qui ont diligemment considéré cela, & l'ont laissé par
écrit à leurs successeurs, à fin d'attirer les hommes à la
connaissance des choses hautes, & apprendre à délivrer
le Soufre, & dissoudre ses liens; mais ceux de ce temps
ont pris leur écrits pour un fondement final, & ne
veulent rien rechercher, car il leur suffit de dire pour
toute raison; Aristote & Galien l'ont ainsi écrit.
L'Alchimiste. Seigneur, que dites vous? peut-on
connaître une herbe sans herbier?
La voix. Je te dit que les anciens n'en ont point eu,
& qu'ils ont eu la connaissance des simples par la lumière
de Nature, suivant laquelle ils ont écrit leurs recettes.
L'Alchimiste. Seigneur, comment cela?
La voix. Saches que toutes choses du monde sont
produites sur la terre, & dessous elle par les trois Principes,
quelquefois par deux, auquel le troisième est adhérant.
Quiconque donc les connaît, & connaît aussi
le poids d'un chacun, tel que la Nature à mis, en les mêlant
l'un l'autre pour la production de quelque chose,
il connaîtra facilement en quel degré elle sera, chaude
ou froide, & si la Nature l'a amenée à une bonne ou
mauvaise, ou médiocre concoction, car il saura le plus
ou le moins de feu qui sera dans ledit sujet. Ceux
donc qui connaissent bien les trois Principes connaissent
bien aussi parfaitement tous les végétaux.
L'Alchimiste. Et comment cela?
La voix. Par la vue, par le goût, & par l'odorat, on
peut connaître les trois principes des choses & le degré
de leur décoction. L'Alchi-
@
du SOUFRE.
39
L'Alchimiste. Seigneur, ils disent que le soufre est
médecine?
La voix . Voire même il est Médecin, & quiconque
le délivre de sa prison, il lui donne pour récompense son
sang, qui est la médecine.
L'Alchimiste. Seigneur, combien peut vivre celui qui
possède cette médecine universelle.
La voix. Jusques au terme de la mort, mais il en faut
user sagement, car plusieurs qui l'ont eue, sont morts
avant leur terme de vie.
L'Alchimiste. Quoi, Seigneur, que dites vous? est-ce
un venin?
La voix. Ne savez vous pas qu'une grande flamme
de feu en consume une petite, il y a eu plusieurs Philosophes
qui ont eu cette médecine par d'autres, & n'en
savaient pas sa vertu, mais estimaient que tant plus elle
était subtile, & plus pénétrante, transmuant plus grande
quantité de métal, que d'autant plus aussi était-elle salubre
pour le corps humain.
L'Alchimiste. Seigneur, comment en devaient ils
user.
La voix. Tant plus elle est subtile, tant moins en fautil
prendre, de crainte qu'elle ne surpasse la chaleur naturelle:
car il en faut user si discrètement, qu'elle nourrisse
& corrobore seulement nôtre chaleur, & non pas
qu'elle la surmonte.
L'Alchimiste. Seigneur, je sais bien faire cette médecine.
La voix. S'il est vrai comme tu le dis, tu est bienheureux,
car le sang du Soufre est cette intrinsèque
vertu & siccité, qui congèle & convertit l'argent-vif en
pur or, & tous les autres métaux, qui conserve & restitue
la santé aux humains.
L'Alchimiste. Seigneur, je sais bien faire l'huile de
Soufre, qui se prépare avec des cristaux calcinés,
j'en sais aussi sublimer un autre par la campane.
La voix. Vraiment, tu es aussi un des Philosophes
de cette belle assemblée: Car, si je ne me trompe, tu
interprètes aussi bien mon dire que celui des sages.
L'Alchimiste. Seigneur, cette huile, n'est-ce pas le
le sang du soufre?
La voix. Mon ami, personne ne peut avoir le sang
N 3
du
@
40 T R A I T E'
du Soufre, sinon ceux qui le savent délivrer de prison.
L'Alchimiste. Seigneur, le Soufre peut-il quelque
chose es métaux.
La voix. Je t'ai dit qu'il sait tout faire: Mais il a
encore plus de pouvoir sur les métaux que sur toute
autre chose, mais à cause que ses Gardes savent qu'il en
peut librement sortir, ils le gardent étroitement en de
très-fortes prisons, de manière qu'il ne peut respirer;
car ils craignent qu'il n'arrive aux Palais des Rois.
L'Alchimiste. Seigneur, le Soufre est-il comme cela
étroitement emprisonné en tous les métaux?
La voix. Il est vraiment en tous les métaux; mais es
uns, il y est en une façon, es autres, il y est en une autre:
de sorte, qu'il n'est pas si étroitement emprisonné es
uns, qu'es autres.
L'Alchimiste. Et pour quoi est-il comme cela emprisonné
dans les métaux?
La voix. Parce que s'il en était sorti, il ne craindrait
plus ses Gardes, mais viendrait à son Palais Royal, d'où
il se pourrait faire voir à tous, & regarder par les fenêtres:
car étant libre, il est alors en son lustre, non pas
toutefois encore tant comme il le désire.
L'Alchimiste. Seigneur, que mange-il?
La voix. Quand il est libre, il mange du vent cuit, mais
quand il est en prison, il est contraint d'en manger de
cru.
L'Alchimiste. Pourrait-on réconcilier l'inimitié qui
est entre ses Gardes & lui?
La voix. Les Sages le peuvent faire.
L'Alchimiste. Pour quoi ne leur parle-il d'accord?
La voix. Il ne le saurait faire de lui même, car
incontinent il entre en colère, & en furie contre eux.
L'Alchimiste. Que n'interpose-il donc un tiers pour
moyenner une paix?
La voix. Heureux, voire très-heureux, & digne d'éternelle
mémoire serait celui, qui pourrait faire cette
paix, qui ne peut arriver que par le moyen d'un homme
très-sage, qui aurait co-intelligence avec la mère du Soufre
& traiterait avec elle: car s'ils étaient amis les
uns les autres, l'un n'empêcherait point l'action de
l'autre, mais uniraient ensemble leurs forces; & par ce
moyen produiraient des choses immortelles: de manière
que
@
du SOUFRE.
41
que celui qui les accorderait serait digne d'un honneur
éternel.
L'Alchimiste. Seigneur, je ferai bien cette paix, &
mettrai bien le Soufre hors de prison, car je suis
homme sage, & docte, bon praticien; spécialement
quand il en faut venir là.
La voix. Mon ami, je vois bien que tu es grand, &
fourni d'une grosse tête, mais je doute que tu puisses
faire ce que tu dis.
L'Alchimiste. Seigneur, peut-être ignorez vous le
pouvoir des Alchimistes, quand il est question de traiter
quelque accord, ils restent toujours victorieux: & moi
je ne suis pas des derniers; assurez vous & croyez moi,
que si les ennemis du Soufre veulent m'entendre pour
le moyennement de cette paix, que je l'aurai bien tôt
délivré de sa prison.
La voix. Voilà qui est bon, j'entends que vous êtes
homme d'entendement.
L'Alchimiste. Seigneur, dites moi encore si cela est
le vrai Soufre des Philosophes?
La voix. Vraiment ce que vous me montrez, est
bien du soufre, mais si, c'est celui des Philosophes, c'est
à vous de le savoir, car je vous en ai assez dit.
L'Alchimiste. Seigneur, si je trouvais ces prisons, le
pourrais-je faire sortir?
La voix. Si vous le savez, vous le pourrez facilement
faire, car il est plus aisé de le délivrer que de le trouver.
L'Alchimiste. Seigneur, dites-moi encore, si je le
trouvais en pourrais-je faire la pierre des Philosophes?
La voix. Mon ami, ce n'est pas à moi à le deviner,
mais pensez-y vous mêmes: Je vous dirais néanmoins
que si vous connaissez sa mère, & que vous la suiviez;
après avoir délivré le soufre, incontinent la pierre se
fera.
L'Alchimiste. Seigneur, en quel sujet est le soufre?
La voix. Sachez pour tout certain que ce Soufre
est doué d'une grande vertu, sa minière font toutes les
choses du monde, car il est es animaux, es végétaux,
comme arbres, herbes, fleurs, &c. es métaux, es minéraux,
es pierres &c.
L'Alchimiste. Qui trente mille batelées de diables
(Dieu nous soit en aide) le pourra trouver entre tant de
N 4
divers
@
42 T R A I T E'
divers sujets? Dites moi si vous voulez quelle est la
matière de laquelle les Philosophes extraient leur soufre.
Mon ami vous en voulez trop savoir, toutefois
pour vous contenter, sachez qu'encore que le soufre
soit par tout, & en tout sujet, qu'il a néanmoins certains
palais ou il a accoutumé de donner audience aux
Philosophes: mais eux, ils l'adorent quand il est en sa
mer, jouant avec Vulcain, & aussi quand ils approchent de
lui lors qu'il est vêtu d'un chétif habit, pour n'être
point connu.
L'Alchimiste. Seigneur, ce n'est pas à moi de l'aller
chercher en la mer, vu qu'il est caché ici plus près.
La voix. Je t'ai dit que les Gardes l'ont mis en une
prison très-obscure, à fin que tu ne le vois point, car
il est en un seul sujet, lequel si tu ne trouve point chez
toi, à grand peine le trouveras-tu dans les Forêts; mais
à fin que tu ne perde pas l'espérance de le trouver en
le cherchant, je te jure saintement, qu'il est très-parfait
en l'or & en l'argent: mais en l'argent vif il est trèsfacile.
L'Alchimiste. Seigneur, je ferais bien de bon coeur la
pierre Philosophale.
La voix. Voilà un bon souhait, le soufre pareillement
sortirait de bon coeur hors de prison. Lors Saturne
s'en alla, & l'Alchimiste fut éprit d'un profond
sommeil, durant lequel cette vision lui apparut. Il vit
en cette Forêt une fontaine pleine d'eau, autour de laquelle,
le sel & le soufre se promenaient, & en parlant
se piquèrent de paroles jusques à en venir aux
mains, en tel sorte que le sel blessa le soufre d'une
plaie incurable: de laquelle au lieu de sang, il en sortit
une eau blanche comme du lait; laquelle s'accrût en
un grand fleuve: Lors Diane la belle sortit de cette
Forêt, & alla se laver dans ce fleuve, où elle fut aperçue
d'un grand Prince, accompagné de ses serviteurs, lequel
admira son extrême beauté, & à cause qu'elle était de
même Nature que lui, il fut épris de son amour, ce
qu'étant venu à la connaissance de cette Nymphe, elle
le prît réciproquement en amitié, de sorte que brûlante
de son amour, elle tomba en syncope, à raison de
quoi elle se noya dans le fleuve. Ce que voyant ledit
Prince, il commanda à ses serviteurs de l'aller secourir,
mais
@
du SOUFRE.
43
mais ils n'osèrent approcher du dit fleuve: & le Prince
leur demanda, Pourquoi ne secourez vous pas cette
vierge Diane? Ils lui répondirent, Seigneur, il est vrai
que ce fleuve est petit, & presque tout sec, mais il est
très-dangereux: car une fois nous le voulûmes traverser
à votre déceu, à grand-peine pûmes nous éviter
la mort; nous savons d'autre part, que nos prédécesseurs
y ont été submergés. Lors le Prince quitta son
gros manteau, duquel il était enveloppé, & se jeta dans
le fleuve pour secourir la belle Diane, & lui tendit la
main, qu'elle pris, & se voulant sauver par ce moyen
elle attira le Prince avec elle, de manière qu'ils se noyèrent
tous deux: Peu de temps après leurs âmes sortirent
du fleuve, voltigeaient autour, & se réjouissaient, disant:
Cette submersion nous a été bien heureuse, car
sans elle nous n'aurions jamais peu sortir de nos corps
infects. L'Alchimiste interrogea ces âmes, & leur demanda,
retournez-vous encore quelque jours dans vos
corps? Les âmes lui répondirent, Ouï, mais ce sera
quand ils seront purifiés, & lors que ce fleuve sera desséché
par la chaleur du Soleil, & que cette Province
aussi aura été bien souvent examinée par l'air.
L'Alchimiste. Et que ferez cependant?
Les âmes. Nous ne cesserons de voltiger sur le fleuve,
jusques à ce que ces tempêtes *retenteuses aient totalement
cessé: Cependant l'Alchimiste fut encore
épris d'un plus grand sommeil; Et comme il rêvait
toujours sur son soufre, il arriva en ce lieu plusieurs
autres Alchimistes, qui cherchaient aussi du soufre;
& ayant trouvé en la fontaine le cadavre ou corps mort
du soufre que le sel avait tué, ils le divisèrent, & nôtre
Alchimiste en pris aussi sa part; & ainsi chacun retourna
en sa maison, avec ce qu'il avait de *vinette serrée.
Ils commencèrent dès lors à travailler, & ont continué
jusqu'à présent: Mais Saturne vint au devant
de l'Alchimiste comme il s'en retournait chez lui, &
lui demanda. Et bien mon ami, comment se porta ton
affaire?
L'Alchimiste. O Seigneur, que j'ai vu d'étranges &
émerveillables choses, je ne pense pas que ma femme
les veuille croire. C'est à ce coup que j'ai trouvé le
soufre, je vous prie aidez moi & nous ferons cette
pierre. N 5 Saturne.
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44 T R A I T E'
Saturne. Oui da, mon ami, je t'aiderai fort volontairement,
prépare moi donc l'argent-vif & le soufre,
& donne moi un vaisseau de verre.
L'Alchimiste. Seigneur, ne parle point de Mercure:
car c'est un pendard qui s'est moqué de mon compagnon,
& de tous ceux qui ont travaillé sur lui.
Saturne. Sache que les Philosophes n'ont jamais
rien fait sans l'argent-vif, au règne duquel le soufre
est déjà Roi, ni moi pareillement je ne saurais rien
faire sans lui.
L'Alchimiste. Seigneur ne prenons que le seul soufre
pour faire cette pierre.
Saturne. Je le veux bien mon ami, mais tu verras ce
qui en arrivera. Il prirent donc le soufre que l'Alchimiste
avait trouvé, & travaillèrent à sa volonté, le
mirent en plusieurs étranges fourneaux qui étaient chez
l'Alchimiste, mais la fin de leurs labeurs n'ont été que
de petites allumettes soufrées, que les vielles vendent
publiquement: Ils commencèrent encore à sublimer
le soufre, le calciner, mais rien n'est encore venu que
des allumettes. Alors l'Alchimiste dit à Saturne, Seigneur,
je vois bien que si vous suivez toujours mon opinion,
nous ne ferons jamais rien qui vaille; c'est pourquoi
ne vous amusez plus à moi, mais je vous prie, travaillez
à votre volonté, & comme vous savez très-bien
faire. Lors Saturne lui dit, regarde moi donc faire, &
apprends. Il prît donc deux mercures de diverses substances,
mais d'une même racine, que Saturne lava de son
urine, & les appela les soufres des soufres, puis
mêla le fixe avec le volatil, & les mit en un vaisseau propre,
qu'il ferma très-bien, de crainte que rien n'exhalât,
puis après il acheva très-bien le tout par le bien d'un
feu très-lent, comme la matière le requerrait. Ils firent
donc la pierre des Philosophes, car d'une bonne matière,
il en vient une bonne chose. Si nôtre Alchimiste en
fut bien aise, je vous le laisse à penser, pour vous dire,
qu'il pris la pierre avec le verre, & admirant sa couleur
qui était rouge comme du sang, ravi d'une extrême
joie, il commença à sauter si fort, qu'en sautant le vaisseau
où était ladite pierre, tomba à terre, & se rompit,
& lors Saturne s'en alla. L'Alchimiste réveillé, ne
trouva rien entre ses mains, que les allumettes qu'il avait
faites.
@
du SOUFRE.
45
faites de son soufre, car la pierre s'envola, & vole encore
aujourd'hui? à raison de quoi on l'appelle volatile.
De manière que le pauvre Alchimiste n'a appris
par sa vision qu'à faire des allumettes, & voulant acquérir
la pierre des Philosophes, il a si bien opéré, qu'à la fin
il y acquît une pierre dans les rognons? pour laquelle
guérir, il voulut devenir Médecin: car c'est la fin de tous
les Alchimistes de même farine que lui, qui travaillent
en cette science sans fondement: Quelques autres il y
en a, qui après avoir travaillé en vain, disent: Nous sommes
sages, & savons bien que chaque chose se multiplie par le
moyen de sa semence: s'il y avait quelque vérité en cette
science, nous en fussions venus au bout: Et ainsi pour
cacher leur honte, & pour n'être moqués comme ignorants,
ils la blâment: Mais s'il n'ont atteint la fin par eux
tant désirée, ce n'est pas que la science ne soit pas véritable,
mais c'est qu'ils ont comme les autres la cervelle trop
mal timbrée, & le jugement trop faible, pour comprendre
un si haut mystère. Quand à nous, nous confessons,
que les ignorants n'en viendront jamais à bout: mais
nous assurons tous les enfants de doctrine, que la transmutation
métallique est une chose vraie, & très-vraie,
comme nous l'avons fait voir par expérience à des
gens de haute condition, & qui mériteraient bien voir par
effets cette vérité. Que nous avons fait cette médecine
de nous même non, mais c'est un intime ami qui la
nous a donné, que si quelqu'un la veut chercher, il le
peut faire, & si nos écrits ne lui plaisent, qu'il aie recours
à d'autres: toujours néanmoins avec cette précaution,
qu'il considère, que ce qu'il lira soit possible à la
Nature ou non, à fin qu'il n'entreprenne rien qui ne soit
sous la possibilité de la Nature, car s'il pense faire autre
chose, il y sera trompé: voire même quand il serait
écrit dans les cahiers des Philosophes, que le feu ne
brûle point, il ne le faudrait pas croire, car c'est une
chose contre Nature, mais s'il trouvait écrit que le feu
échauffe, & qu'il dessèche, il le faut croire, car cela est
naturel, & la Nature s'accorde toujours avec un bon
jugement, en elle il n'y a rien de difficile, & toute vérité
est simple. Qu'il apprenne aussi quelles choses en la Nature
se voisine de plus près, ce qu'il pourra plus aisément
connaître par nos écrits, que par aucun d'autres,
pour
@
46 T R A I T E'
pour le moins telle est nôtre croyance, car nous croyons
en avoir assez dit, jusques à ce qu'il en vienne un autre
après nous, qui écrive entièrement la manière de faire
cette pierre, comme s'il voulait enseigner de faire un
fromage avec la crème du lait, ce que nous ne voulons
pas faire. Mais il faut aussi bien parler à ceux qui ont
beaucoup pris de peine à faire cette médecine, comme
à ceux qui ne font qu'y commencer. Voyez vous cette
région où le mari a emmené sa femme, les noces desquels
furent fait en la maison de Nature? Avez-vous
entendu comme le commun peuple a aussi bien vu ce
soufre comme vous, vous avez tant pris de peine à le
chercher? Si vous voulez donc que les femmes exercent
vôtre Philosophie, montrez la *déaltation de ces soufres,
& dites ouvertement, Venez & voyez, l'eau est
déjà divisée, & le soufre en est sorti, il retournera
blanc & coagulera les eaux, faites donc cuire le soufre,
extrait du soufre combustible, lavez-le, blanchissez-le,
& le rubifier, jusques à ce que le soufre soit
fait Mercure, & que ce Mercure soit fait soufre, puis
après enrichissez-le avec l'âme de l'or. Car si du soufre,
vous n'en tirez le soufre par sublimation, & le
Mercure du Mercure, vous n'avez pas encore trouvé
cette eau qui est distillée, & faites la quinte essence du
soufre & du Mercure qui n'a pas descendu ne montera
point. Plusieurs perdent en cet Art ce qui est de plus
remarquable en la préparation, car nôtre Mercure s'aiguise
par le soufre, autrement il ne profiterait point.
Le Prince est misérable sans son peuple, aussi bien que
l'Alchimiste sans le soufre & le Mercure. J'ai dit, si
vous m'avez entendu. L'Alchimiste étant de retour à
son logis déplorait la pierre qu'il avait perdue, & s'attristait
fort de n'avoir pas demandé à Saturne quel était
ce sel qu'il avait vu en son songe, vu qu'il y a tant de
sortes de sels? puis il dit le reste à sa femme.
Conclu-
@
du SOUFRE.
47
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Conclusion.
T out Inquisiteur de cet Art doit en premier lieu
examiner d'un mur & sain jugement la création
des quatres Eléments, leurs vertus, & leurs actions,
car s'il ignore leur origine, & leur Nature, il ne parviendra
jamais à la connaissance des Principes, & ne connaîtra
point la vraie matière de la pierre, beaucoup
moins terminera-il son labeur par une bonne fin, car la
fin est telle que le commencement. Quiconque sait
bien ce qu'il commence, il sait bien ce qu'il achèvera.
L'origine des Eléments est le chaos duquel Dieu a crée,
& séparé les Eléments, desquels par après la Nature, par
le vouloir de Dieu, a produit les Principes: Puis la
même Nature a d'iceux produit les Minières & toutes
choses, desquelles l'artiste en l'imitant peut faire beaucoup
de merveilles; Car la Nature n'a pas immédiatement
produits les métaux des quatre Eléments, mais médiatement
(c'est à dire) par l'intervention des trois
Principes, Sel, Soufre & Mercure, qui sont un médium
entre les Eléments & les métaux. Si donc Nature ne
peut rien produire des quatre Eléments simplement,
c'est à dire, sans qu'elle y interpose les trois Principes,
beaucoup moins l'Art le pourra-il faire. C'est pourquoi
à fin que le bon Inquisiteur de cette science puisse facilement
considérer en quel degré la pierre est distante
des métaux, & les métaux des Eléments, nous avons en
ce Traité suffisamment écrit les Eléments, leurs actions,
& l'origine des Principes; voire même nous en avons
parlé plus clairement qu'aucun de ceux qui nous ont
précédé: non pas que nous voulions reprendre les anciens
Philosophes, mais nous confirmant ce qu'ils ont dit
être vrai, en ajoutant à leurs écrits ce qu'il n'ont
pas voulu dire; ou bien si ça été une omission, qu'ils
aient fait, ils étaient hommes, & un ne peut pas suffisamment
faire tout. Quelques-uns aussi de ces grands
personnages ont été déçus par des miracles, en telle
O
manière
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manière qu'ils n'ont pas bien jugé des effets de la Nature
comme nous lisons en Albert le Grand, Philosophe
très-subtil, qui écrit que de son temps on a trouvé
des grains d'or entre les dents d'un mort. Il n'a pas bien
pu connaître la cause de ce miracle, ayant attribué cela
à une force minérale qu'il croyait être en l'homme,
fondé sur le dire de Morien,
& cette matière O Roi
se peut tirer de vôtre corps; mais il n'en va pas ainsi
que l'a pensé Albert le Grand: Et Morien l'a pas
voulu aussi entendre de même, car la vertu minérale
demeure en son règne, la végétale au sien, & l'animal
au sien, comme nous l'avons montré au Livre des douze
Traités? où nous avons dit qu'il y avait trois règnes
en la Nature, & qu'un chacun se multiplie en soi-même,
sans entrer en l'autre. Il est vrai qu'au règne animal
il y a un Mercure comme matière, & un Soufre
comme la forme ou vertu, mais sont matières & vertus
animales, non pas minérales. Car s'il n'y avait pas en
l'homme un Soufre animal (c'est à dire) une vertu
ou une force sulfurée, le Mercure ne coagulerait le
sang pour le convertir en chair & en os? Tout de même
s'il n'y avait point de soufre végétable au règne végétal,
le Mercure, ou l'eau végétable ne se convertirait
point en herbes & en arbres? de même le faut-il entendre
au règne minéral. C'est la vérité que ces trois
Mercures ne diffèrent point en vertu, ni ces trois soufres
aussi car chaque soufre a le pouvoir de coaguler
son mercure, & chaque Mercure peut être coagulé par
son soufre, mais non pas par un autre étranger, c'est à
dire, qui n'est pas de même règne; mais si on a trouvé
de l'or entre les dents d'un mort, c'est qu'il faut que
durant sa vie, il ait usé de Mercure, soit ou par la bouche
ou par onction: Et la nature du vif-argent, est de monter
à la bouche de celui qui en use; il y fait des ulcères,
par lesquels le Mercure s'évacue, mais avant qu'il fût
évacué, le malade mourut & le Mercure lui demeura
entre les dents, lequel par longueur de temps fut purifié
par le flegme corrosif du corps humain; puis par son
propre soufre coagulé en or: Mais si dans ce cadavre
il n'y eut point eu de Mercure minéral, jamais il n'y
eut été trouvé d'or. Et cela est un exemple très-véritable,
car la Nature produit es viscères de la terre, l'or
l'arl'argent,
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du SOUFRE.
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& les autres métaux du seul Mercure, selon la
disposition du lieu ou matrice où il entre: car il a en soi
son propre soufre qui le convertit en or, s'il n'est
empêché par quelque accident, ou s'il n'a faute de chaleur,
ou s'il n'est bien enfermé. La vertu donc du soufre
animal ne convertit pas le Mercure minéral en or,
mais seulement elle convertit le Mercure animal en
chair &c. car si cette vertu était en l'homme, la chose
n'arriverait pas à un seul, mais à tous. Il arrive beaucoup
d'autres tels accidents miraculeux, qui pour n'être
pas bien considérés par ceux qui en écrivent, font errer
ceux qui les lisent. Mais le bon Inquisiteur doit toujours
considérer la possibilité de la Nature, car si ce qu'on
trouve par écrit ne s'accorde point avec la Nature, il le
faut laisser, car il y a différence entre l'or & l'eau, mais
elle est moindre entre l'eau & le Mercure. Elle est encore
plus petite entre le Mercure & l'or, car la maison,
de l'or c'est le Mercure, & la maison du Mercure, c'est
l'eau, le soufre est celui qui coagule le Mercure, la
préparation duquel soufre est très-difficile, & il y a
encore plus de difficulté à le trouver qu'à le préparer,
car toute l'arcane gît au soufre des Philosophes, qui
est contenu es entrailles du Mercure, la préparation duquel
(sans laquelle tout labeur est inutile) nous enseignerons,
en nôtre troisième Principe, du Sel, vu
qu'en ce lieu nous traitons de l'origine de la vertu, &
de la pratique du Soufre.
C'est donc assez, ô Lecteur, d'avoir en ce Traité
appris l'origine des Principes, car le Principe ignoré, la
fin en est toujours douteuse; nous en avons parlé, non
point énigmatiquement, mais le plus clairement qu'il
nous a été possible, & autant qu'il nous est permis de
ce faire. Que si Dieu par ce nôtre petit labeur outre
l'entendement de quelqu'un, il saura combien les héritiers
de cette science sont redevables à leurs prédécesseurs,
car elle ne s'acquiert que par de pareils esprits
que ceux qui l'ont possédée, & après l'avoir clairement
montrée, nous la commettons comme aussi les bons
lecteurs, & nous pareillement en la sainte miséricorde
de Dieu, auquel soit gloire & louange par infinis siècles
des siècles.
F I N.
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