Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : 2002A .
Auteur : Chevalier, Sabine Stuart de.
Titre : Discours Philosophique sur les trois Principes. Tome premier.
S/titre : Animal, Végétal et Minéral, ou...

Editeur : Quillau. Paris.
Date éd. : 1781 .
@



D I S C O U R S
P H I L O S O P H I Q U E
Sur les trois Principes, Animal,
Végétal, & Minéral.

T O M E P R E M I E R.

Le prix des 2 vol. broc. est 2 liv.

@
@

D I S C O U R S
P H I L O S O P H I Q U E
S U R LES TROIS PRINCIPES
ANIMAL, VEGETAL ET MINERAL.
O U
L A C L E F
DU SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE.

Par SABINE STUART DE CHEVALIER.
Cette Clef introduit celui qui la possede dans le
sanctuaire de la Nature; elle en découvre les mystères; elle sert en même tems à dévoiler les Ecrits du célèbre Basile Valentin, & à le défroquer de l'Ordre respectable des Bénédictins, en donnant la véritable explication des douze Clefs de ce Philosophe ingénieux.
T O M E P R E M I E R

pict

A P A R I S,
Chez Quillau, Libraire, rue Christine, au
Magasin Littéraire, par Abonnement. ===============================
M. D C C. LXXXI.


Avec Approbation & Privilége du Roi.

@
@

pict

P R E'F A C E.

J'AI reçu cette précieuse Clef
ou ces leçons de mon mari; elle
découvre, quand on sait s'en
servir à propos, tous les mystères
de la Science la plus sublime &
la plus utile pour la santé; &
quand on a le bonheur de les
comprendre & de les mettre en
pratique, on ne doit plus s'occuper
qu'à pratiquer le bien selon
l'intention des Philosophes, c'est-
à-dire, des Sages.
La lumière de la Chimie est
la sagesse qui doit briller dans
les ténèbres, comme Basile le
dit dans la troisième Clef de ses
ouvrages sublimes.
Tous ceux qui travaillent en
a iij

@

vj P R E'F A C E.

Chimie sont pour l'ordinaire appelés
Chimistes; cependant il
est certain que tous n'ont pas la
même intention, ni la même
science; c'est pourquoi ils sont
bien différents.
Je ne parle ici que de la véritable
Alchimie méthodique convenable
à la Nature, parce qu'elle
enseigne d'abord entr'autres choses,
à discerner & à connaître
parfaitement le mal du bien, le
mauvais du bon, & l'impur d'avec
le pur, par le moyen de laquelle
on peut subvenir à l'impuissance
de la Nature & la corriger,
laquelle procède alors en
l'augmentation des métaux de la
même manière, comme si on voulait
aider à un fruit qui est vert
en lui procurant sa maturité, ou

@

P R E F A C E. vij

comme si on voulait d'un seul
grain ou d'une seule semence en
faire une augmentation & une
très grande multiplication, ce
qu'il est possible de faire avec
peu de frais.
L'autre Art Chimique qui est
sophistique & faux, je ne l'entends
pas & je ne désire pas de l'apprendre,
parce qu'il détourne son
maître du bon chemin en lui
promettant des montagnes d'or,
mais ses promesses sont vaines
& frivoles; & si quelqu'ignorant
vous propose de travailler
avec vous, en vous disant qu'il
n'a pas le moyen de suppléer
aux dépenses requises pour faire
l'oeuvre, alors soyez bien sur vos
gardes, & ne vous y fiez pas;
car chez lui le serpent est caché
a iv

@

viij P R E'F A C E.

sous l'herbe, il veut vous attraper.
Mais comme il y a encore un
grand nombre de personnes, lesquelles,
sans vouloir duper les
autres, passent leur vie dans les
méditations les plus pénibles &
le travail le plus rude dont la
fin pour l'ordinaire est de se ruiner
sans rien trouver d'utile, surtout
quand un vain désir les engage
à chercher les moyens de
faire de l'or pour satisfaire leur
cupidité & leurs débauches; en
pareil cas je déclare que mon intention
n'est pas de leur donner
des lumières aussi étendues que je
le pourrais; c'est pourquoi, afin
d'y mettre des bornes, je me servirai
dans certains endroits de cet
Ecrit, d'allégories, pour mettre

@

P R E F A C E. ix

un frein au désir qu'ils auraient
d'acquérir des richesses uniquement
pour les employer à leurs
débauches. Il ne faut pas jeter
des perles devant les pourceaux,
Dieu le défend absolument.
A l'égard de ceux qui auront
un désir sincère de pratiquer le
bien, je les aiderai autant qu'il
dépendra de moi; & s'ils avaient
une autre Clef, elle les conduirait
bientôt dans le jardin des
Hespéries pour y cueillir la pomme
d'or & la distribuer aux malheureux
qu'on doit secourir.
Cette pomme d'or tant désirée
est l'arbre de vie, la médecine
universelle ou l'or potable qui
guérit si promptement les maladies
les plus désespérées & prolonge
la vie comme celle des
a v

@

x P R E'F A C E.

Patriarches dans une parfaite santé,
au-delà des bornes les plus reculées.
Ah! si les hommes savaient
les merveilles de ce remède divin,
& quelle médecine ils peuvent
tirer d'en-haut & des entrailles
de la terre où sont renfermés
les plus riches trésors, il est
bien certain qu'ils ne se laisseraient
pas mourir si promptement & à la
fleur de leur âge, pour aller pourrir
dans un tombeau. Une vie
longue sans infirmité est toujours
la récompense du Ciel.
En possédant ce trésor ou cette
médecine universelle, ils pourraient
l'employer à se conserver
longtemps sur la terre avec leurs
amis, & ils auraient chaque jour
l'occasion d'exercer envers les

@

P R E F A C E. xj

malheureux tous les sentiments
d'humanité dont ils seraient si
justement pénétrés.
Un homme intelligent & pieux
qui lira cet Ecrit avec attention,
comprendra bientôt le véritable
langage & les paraboles obscures
des Philosophes, & parviendra à
découvrir les secrets de la Nature,
à moins que Dieu, duquel
procèdent tous les dons, ne ferme
les yeux au Lecteur, & ne
bouche absolument ses oreilles. Je
crois qu'il m'a assez entendu, car
je n'ai pas pu m'expliquer plus
clairement.
On verra dans cet Ecrit une
découverte des plus curieuses qui
a trompé depuis son origine non-
seulement les plus habiles Chimistes,
mais encore tous ceux
a vj

@

xij P R E'F A C E.

qui ayant lu dans la Bibliothèque
des Philosophes les ouvrages de
Basile Valentin sans les comprendre,
se persuadent encore aujourd'hui
que le célèbre Basile Valentin
a été un des plus savants Religieux
de l'Ordre de Saint Benoît:
je ferai voir, par une preuve évidente,
que Basile Valentin & ses
ouvrages ne sont autre chose
qu'un emblème aussi savant
qu'ingénieux de la pierre philosophale
& de la médecine universelle
qui a été cachée avec le
plus grand soin par un habile
Philosophe, & qui a été découvert
malgré toutes ses précautions.
Son nom même, & sa qualité
de Religieux Bénédictin, ne sont
autre chose que des allégories &

@

P R E F A C E. xiij

des fictions très-ingénieuses dont
je ferai voir le mystère. Je suis
bien fâchée de le défroquer &
de le sortir d'un Ordre qui a toujours
illustré depuis son institution,
non-seulement l'Eglise, mais
encore l'Univers, par le grand
nombre des Savants dans tous les
genres qui ont composé & composent
encore aujourd'hui cette
respectable Congrégation; mais
comme il faut rendre à César ce
qui appartient à César, je me vois
obligée de revendiquer cet homme
chimérique à mes yeux en
faveur d'un adepte qui a fait une
si belle description de la pierre
philosophale & de la médecine
universelle sous le nom de Basile
Valentin, Religieux de l'Ordre
de Saint Benoît.

@

xiv P R E'F A C E.

Au surplus, si contre toute
attente, on s'imaginait que je me
suis trompée (ce qui n'est pas possible)
je prie l'Ordre respectable
des Bénédictins de me faire connaître
mon erreur, & dans ce
cas-là je me rétracterai publiquement,
comme aussi son silence
me prouvera que je ne me suis
pas trompée en disant que Basile
Valentin n'a jamais existé sous la
forme d'un homme, & que par
cette raison il n'a jamais été Religieux
Bénédictin, puisqu'il n'est
qu'un emblème très spirituel de
la médecine universelle, qui a
trompé jusqu'à ce moment les plus
habiles Chimistes qui n'ont pas
compris cet Ecrit sublime qu'on
doit lire avec la plus grande attention.

@

P R E F A C E. xv

Quoique les Ecrits de Basile
Valentin aient un caractère de
persuasion & de vérité dont on
ne croit pas devoir se défier, malgré
cela, ils n'en sont pas moins
remplis de paraboles, quand on
les examine de près; mais j'y répandrai
la lumière en donnant le
fil d'Ariane qui retirera du labyrinthe
de l'erreur ceux qui n'en
peuvent pas sortir.
J'enseignerai dans la suite de
cet Ouvrage, les moyens de guérir
l'homme Chimiste qui est encore
une autre allégorie dont j'expliquerai
les maladies & la religion
(sans avoir la moindre intention,
en parlant des métaux
imparfaits que je veux purifier de
leur lèpre, de manquer de respect
à notre sainte Religion, je

@

xvj P R E'F A C E.

crois avec la foi la plus vive toutes
les vérités qu'elle nous enseigne,
dont je ne m'écarterai jamais.)
J'indiquerai de bons remèdes
pour guérir cet homme Chimiste
ainsi que Basile Valentin que je
défroquerai ensuite sans toucher
aux droits de personne.
Tous les métaux ayant été personnifiés
dans cet Ecrit, ce qui
est encore un nouvel emblème,
je ferai voir qu'ils doivent être
de bons Théologiens métalliques
pour se perfectionner & se purifier
entièrement de toute leur
impureté, & qu'ils ne doivent rien
ignorer de tous les préceptes qui
sont contenus dans leurs Ecrits,
& de ce qui regarde leur foi
métallique; j'expliquerai ensuite

@

P R E F A C E. xvij

l'énigme du ciel & de l'enfer des
Chimistes, & celle des douze Clefs
de Basile Valentin.
Je donnerai un Discours Philosophique
très intéressant, dans
lequel il sera parlé des trois Principes,
Animal, Végétal & Minéral;
des vertus & propriétés du
mercure des Philosophes; il est si
riche par lui-même, qu'il a tout
ce qui lui est nécessaire pour
opérer des merveilles.
Je traiterai de la première matière
de la Chimie, des quatre Eléments,
des bons offices que les Planètes
rendent aux métaux, de la
Lune des Sages, des Colombes de
Diane, de la matière de la Pierre
philosophale, des règles qu'il faut
suivre pour parvenir à l'accomplissement
du magistère, des magistères

@

xviij P R E'F A C E.

de la Science hermétique,
de la préparation de la terre
des Philosophes pour en retirer le
sel, de la composition du mercure
philosophique selon Paracelse,
des règles qu'il faut observer
pour parvenir à l'accomplissement
du magistère, de la teinture
aurifique, de la transmutation
des métaux, & enfin de l'or
potable si recherché, parce qu'il
guérit en même temps, & d'une
manière qui tire du prodige, non-
seulement le Philosophe qui a
le bonheur de le posséder, mais
encore tous les métaux imparfaits,
de toutes les maladies dont ils
peuvent être attaqués: on conviendra
qu'un aussi grand avantage
ne laisse plus rien à désirer
sur la terre à celui qui le possède.

@

P R E F A C E. xix

Comme la Science est épineuse,
il n'est pas douteux que la
plupart voudraient un travail court
& facile, mais il faut de la patience
en étudiant, il en faut également
dans les opérations de la
Chimie.
Il est certain que la méditation
de certains endroits de cet Ecrit
est seule capable de donner les
plus grandes lumières au Lecteur
& de le faire réussir dans ses opérations,
s'il sait les mettre à profit.
Celui qui comprendra bien
cet Ouvrage, pourra facilement
acquérir les autres connaissances
nécessaires au magistère.
On trouvera, sans doute, des
répétitions dans cet Ouvrage;
mais je les ai cru nécessaires pour
bien inculquer les principes dont

@

xx P R E'F A C E.

il ne faut pas s'écarter, si l'on
veut réussir dans les opérations
qu'on pourra faire.
Ma Langue naturelle étant
celle d'Ecosse, j'espère que mes
Lecteurs seront assez indulgents,
pour ne pas exiger d'une Etrangère
qu'elle ait pu parler la leur
aussi bien qu'eux: je le répète, ce
sont les leçons de mon mari, il
me les a données en bon français,
& je les ai rendues comme j'ai
pu. Au surplus, personne n'ignore
que dans un Ouvrage de Science,
il n'est pas question d'un beau
style, ni d'un discours éloquent
qui n'apprend rien, il suffit de
se faire entendre autant qu'il est
possible, & je me suis bornée là
avec d'autant plus de raison que
la Nation Françoise qui est très-

@

P R E F A C E. xxj

honnête & si polie, a toujours les
plus grands égards pour notre
sexe.
Telle est à-peu-près l'idée de
l'Ouvrage que je donne au Public
dans l'unique intention d'ajouter
quelque chose aux lumières
de mes Lecteurs & de les aider
de la même manière qu'on m'a
aidée en étudiant une Science de
laquelle on peut retirer les plus
grands avantages.
Si ce premier Essai est reçu
favorablement des Amateurs de
la Philosophie hermétique, cela
me déterminera peut-être, si les
circonstances des affaires me le
permettent, à leur donner une
suite de mon étude des plus intéressantes,
toujours appuyée de
bons principes, par le moyen

@

xxij P R E'F A C E.

de laquelle ils pourront faire de
grands progrès en découvrant les
mystères cachés de la Philosophie
à laquelle nulle autre Science ne
peut être comparée, si l'on fait
attention qu'on ne peut être véritablement
heureux ici-bas, qu'en
jouissant d'une bonne santé, &
pour cet effet bien loin de s'amuser
inutilement à la frivolité, il
faut se procurer par un travail
utile les moyens de prolonger ses
jours, & de chasser les infirmités
qui font le malheur de la vie:
alors on ne ressemblera pas à ce
Monarque infortuné dont le corps
était couvert de plaies & d'ulcères
dégoûtants, qui passait sa vie
dans les souffrances: voyant la
misère de son état déplorable,
dont il ne pouvait pas s'affranchir

@

P R E F A C E. xxiij

lui-même avec tout son
pouvoir, & se plaignant avec
amertume de ce que toutes les
grandeurs humaines dont il était
environné, qui sont la majesté
des Rois sans les rendre heureux,
ne lui servaient de rien pour le
garantir de la moindre de ses infirmités,
il s'écriait dans l'excès
de son chagrin & de sa douleur:

Que me sert-il qu'un diadème D'un pouvoir absolu soit l'infaillible appui?
Que me sert de mon rang la majesté suprême,
Si je ne puis rien pour moi-même, Lorsque je puis tout pour autrui?
Je puis assurer mes Lecteurs,
que ce sera une très grande satisfaction
pour moi, si en ajoutant
à leurs lumières celles que j'ai
reçues, ils m'apprennent par la

@

xxiv P R E'F A C E.

suite que le travail qu'ils ont entrepris
a contribué à leur bonheur.

pict

D I S C O U R S

@

pict

E X P L I C A T I O N
#
Des deux Estampes qui sont dans cet
Ouvrage, inventées par SABINE
STUART DE CHEVALIER, née
en Ecosse.

C ELLE du premier Volume, qui est à la première page, représente un laboratoire de
Chimie placé dans le jardin des Hespéries,
c'est-à-dire, des sages Adeptes (Voyez le 2e,
Volume, page 171) où l'on voit l'arbre de
vie, avec les pommes d'or qu'il produit pour
ceux qui en font un bon usage, en soulageant,
sans ostentation, les malheureux qui sont en
grand nombre.
Ces pommes d'or sont le Symbole de la Médecine universelle ou de l'or potable, qui guérit
toutes les maladies & prolonge la vie.
Ce jardin est arrosé des eaux salutaires du fleuve philosophique. (Lisez le Dictionnaire
Mytho-Hermétique, page 40, & celle 395, à
l'article pomme d'or.)
Il y a dans ce laboratoire une bibliothèque qui contient les livres les plus précieux des
Philosophes, pour instruire ceux auxquels Dieu
accorde le don inestimable de cette science.
On voit les sept planètes sur le dos des livres
qui traitent de la science céleste, relativement
aux opérations de l'Alchimie.
A côté de la bibliothèque, on voit un Religieux Bénédictin, assis sur un tabouret, qui
paraît fort étonné de ce qu'une dame qui cultive

@

ij

cette science sublime, arrive, contre son
attente, par le jardin des Hespéries, & présente
à ce Religieux célèbre & modeste, une
couronne d'or enrichie de pierreries avec les
attributs de la royauté.
Plus ce Religieux paraît vouloir refuser les marques de la royauté, plus aussi cette dame
s'empresse & l'invite à prendre le sceptre & le
diadème qu'elle lui présente, pour le déterminer
à s'habiller tout de suite convenablement
à son état, afin de paraître dans le
monde tel qu'il est en effet, puisqu'enfin par
son étude elle lui fait voir qu'elle a pénétré
les métamorphoses & les emblèmes sous lesquels
il s'est caché depuis si longtemps.
C'est ce que dénote la clef qu'on voit dans ce
tableau.
On voit un autre Religieux Bénédictin avec un mouchoir à la main, qui pleure la perte
d'un Religieux, (c'est-à-dire, de Basile Valentin,)
lequel, par sa piété & sa science, faisait
l'ornement de son Ordre.
Dans ce même laboratoire, qui est le temple des Philosophes, où ils travaillent à développer
les merveilles de la Nature, on aperçoit
un labyrinthe, lequel, selon l'idée des Philosophes,
sert à indiquer toutes les difficultés
qui se présentent dans les opérations de la
Chimie & du Grand Oeuvre, & nous fait voir
combien il est difficile de s'en retirer quand
en s'y est engagé sans avoir de bons principes.
En pareil cas, il ne faut pas moins que le fil d'Ariane, fourni par Dédale même, (qu'on
trouvera dans le cours de cet ouvrage,) pour
y réussir, & qu'il faut être conduit & dirigé

@

iij

par un Philosophe qui ait fait l'oeuvre lui-
même. C'est ce que Morien nous assure dans
son entretien avec le Roi Calid. Voyez les Fables
Egyptiennes & Grecques dévoilées, chap.
de Thésée, Dictionnaire Mytho-hermétique
page 234.
Tout autour de ce labyrinthe, on aperçoit une eau courante venant du fleuve philosophique,
lequel sort d'une montagne dont le
sommet se perd dans les nues; une pluie méridionale
indiquera cette montagne. Voyez les
pages 82, 123 & 124, du second Volume.
L'oiseau d'Hermès qui paraît dans l'air au dessus de l'arbre de vie: lisez son explication
à la page 124 & 171 du second Volume.
Quant au fourneau sur lequel est placé un vase chimique, au fond duquel il y a deux
figures humaines avec une troisième au dessus,
qui est à côté de Basile Valentin, laquelle
opération ce Philosophe examinait avec admiration
dans son laboratoire, lorsqu'il fut surpris
par la Dame qui est à côté de lui; cette surprise,
à laquelle il ne s'attendait pas, lui prouva
dans l'instant, qu'elle s'était procuré, par son
étude, la véritable clef du sanctuaire philosophique,
qui est si difficile à trouver.
Cette Dame, pour mériter la constance du Philosophe, lui expliqua tout de suite l'ouvrage
qu'il méditait en secret; elle lui dit que le
vase précieux qui était sur son athanor, & dans
l'état où elle le voyait, signifiait la solution
de l'ouvrage qu'il faisait. Selon les écrits des
Philosophes, qui ne mettent jamais rien de
contraire à leur pierre, parce qu'elle est l'unique
sujet.

@

iv

Cette Dame dit encore au Philosophe, qu'elle avait surpris en contemplation, qu'en joignant
l'esclave avec sa soeur odoriférante, ils devaient
faire entre eux l'ouvrage des Sages;
car dès que la femme blanche est mariée avec
le mari rouge, tout aussitôt par un amour
mutuel & légitime, ils s'embrassent & s'unissent
très étroitement; ils se dissolvent eux-
mêmes: & par eux-mêmes aussi ils se perfectionnent,
& ensuite de deux corps qu'ils étaient
auparavant, ils deviennent un seul corps.
A l'égard des trois fleurs qui sortent du col de ce vase chimique, je vous répéterai
ce que les Philosophes nous ont enseigné, &
parmi lesquels vous tenez un rang si distingué:
apprenez, nous ont-ils dit, qu'il y a trois couleurs
parfaites, d'où plusieurs autres procèdent.
La première est noire, la seconde est blanche, & la troisième est rouge: je sais bien
qu'il y a plusieurs autres couleurs qui paraissent
souvent devant la blanche; mais ils nous
ont dit qu'il ne fallait pas s'en mettre en peine.
Là se fait la conjonction des deux corps qui
est nécessaire; car, s'il n'y avait dans la pierre
qu'un de ces deux corps, il ne pourrait jamais
donner la teinture nécessaire, par conséquent
la jonction des deux corps est absolument nécessaire
pour terminer l'ouvrage.
Les Philosophes ont dit que le vent a porté la pierre dans son sein: on doit savoir que le
vent c'est l'air, l'air est la vie, & la vie est
l'âme, c'est-à-dire, l'huile & l'eau des Philosophes.

@

Page 1ere.



@
@

pict

D I S C O U R S
P H I L O S O P H I Q U E

Sur les trois Principes, Animal,
Végétal, & Minéral.

L A Nature a reçu de Dieu un pouvoir
absolu pour exercer son empire
sur tous les êtres qui sont dans l'univers;
elle embrasse tous les Royaumes,
toutes les Provinces, & tous les
lieux en particulier, pour distribuer
partout, en même temps, ce qui
convient à la perfection de chaque
être: elle a constitué princes les quatre
Eléments, & leur a donné le pouvoir
d'accomplir la volonté du Créateur,
en les disposant de manière qu'ils agissent
continuellement l'un dans l'autre.
Le Feu a commencé à agir dans
l'Air, où il a produit le soufre. L'Air
a commencé à agir dans l'Eau, où il
a produit le mercure. L'Eau a commencé
Tome 1. A

@

2 D I S C O U R S

ses opérations dans la Terre
où elle a produit le sel. La Terre
n'ayant pas de sujet où elle eût pu agir,
n'a rien produit; mais elle a conservé
toutes les productions dans son sein.
Voilà pourquoi il n'y a que trois
Principes, la terre étant la nourrice
& la matrice de tous les autres êtres.
Les Anciens n'ont décrit que deux
effets des Eléments ou deux Principes;
ils connaissaient peut-être le troisième,
& n'en ont rien dit pour des
raisons particulières; ne craignant point
d'ailleurs une critique sévère, en dédiant
leurs ouvrages à leurs enfants,
ils se sont bornés à faire la description
du soufre & du mercure qui sont
la base des métaux dont on extrait une
médecine qu'ils connaissaient parfaitement.
Un Enfant de l'Art doit connaître
toutes les choses accidentelles, quand
il veut approcher d'un élément, afin
qu'il puisse distinguer & choisir les
moyens qu'il doit employer pour parvenir
à la fin qu'il se propose: s'il a
envie de remplir le nombre quatre, il
doit savoir que les trois Principes ont
été produits par quatre, & ne pas
ignorer non plus, qu'il faut encore

@

P H I L O S O P H I Q U E. 3

diminuer & réduire les trois Principes
à deux, qui sont le mâle & la femelle,
& que ces deux derniers en produisent
un qui est incorruptible, qui
renferme les quatre également & au
suprême degré de pureté. Voilà le
moyen de connaître que le quadrangle
est contenu dans le pentagone,
ou se trouve la quintessence la plus
pure qui soit dans le monde.
L'Artiste est obligé de séparer cette
quintessence, & la purifier d'un grand
nombre de contraires, pour avoir dans
trois essences, dans chaque composition,
le corps, l'esprit & l'âme cachée.
Après avoir ainsi séparé & purifié
ces trois choses, il faut les conjoindre
derechef, en imitant la Nature;
& si on a le bonheur de ne pas
s'en écarter, on est assuré de recueillir
le fruit de ses travaux.
Voilà l'origine des trois Principes,
dont, en imitant la Nature, on retire
le dissolvant universel, qu'on en
sépare facilement, quand on connaît
bien comment tous les êtres ont été
formés.
Ces trois principes se trouvent dans
toute chose; sans eux, rien n'arriverait
naturellement dans le monde.
A ij

@

4 D I S C O U R S

J'ai dit plus haut, que les Anciens
n'avaient nommé que deux Principes
qui sont le mercure & le soufre, &
qu'ils connaissaient cependant une médecine
incomparable qui en provient.
C'est pourquoi j'ajouterai qu'ils ont
dû nécessairement connaître le sel,
qui est la clef & le principe de la
Chimie parce que c'est le soufre qui
fait rester le sel où il a été placé.
Mais établissons actuellement une
proposition pour démontrer que ces
trois Principes sont véritablement la
matière prochaine de la médecine
dont nous parlons.
Tous les métaux sont composés
d'une matière prochaine & d'une matière
éloignée; la matière prochaine
est le soufre & le mercure; les quatre
éléments sont la matière éloignée qui
a été créée par Dieu même, qui
seul a le pouvoir de créer par le
moyen des éléments. C'est pourquoi
nous devons abandonner les éléments
avec lesquels nous ne produirons jamais
autre chose que les trois Principes,
parce que la Nature ne leur a
pas donné d'autre propriété.
Si donc nous ne pouvons retirer
des éléments que les trois Principes

@

P H I L O S O P H I Q U E. 5

que la Nature a produits par leur
moyen, à quoi bon perdre notre
temps à chercher & à vouloir faire
ce que la Nature a déjà engendré,
& qu'elle nous présente tout préparé?
Nous devons donc nous borner aux
trois Principes avec lesquels la Nature
produit tous les êtres sur la terre &
dans la terre, puisque nous les trouverons
dans toute chose en faisant
une séparation & une conjonction
convenables.
La Nature produit les métaux & les
pierres dans le règne minéral; les
arbres & les plantes dans le règne
végétal; le corps, l'esprit & l'âme,
dans le règne animal.
Le corps est terre; l'esprit est eau;
l'âme est feu, soufre ou or.
L'esprit augmente la qualité du
corps, le feu le fortifie; l'esprit étant
exalté, a plus de poids & opprime
le feu qui aspire chacun d'eux, & les
fait augmenter en vertu, & la terre
qui est intermédiaire, augmente aussi
le poids des corps.
Nous devons bien réfléchir sur ce
que nous voulons chercher dans ces
trois Principes, au secours desquels
A iij

@

6 D I S C O U R S

nous sommes obligés de venir pour
vaincre les contraires.
Il faut ensuite ajouter au poids de
la Nature le poids qui lui est nécessaire,
pour remplir ses défauts, par
le moyen de l'Art, en détruisant les
contraires.
La terre, comme nous l'avons déjà
dit n'est que le réceptacle des autres
éléments, le second sujet dans lequel
le feu & l'eau combattent continuellement
par le moyen de l'air; si l'eau
prédomine, il en résulte des choses
temporelles & corruptibles; si, au
contraire, le feu remporte la victoire,
il en résulte des êtres perpétuels &
incorruptibles.
Réfléchissons actuellement sur ce
qui nous est nécessaire; considérons
que le feu & l'eau se trouvent dans
toute chose; mais ils ne font autre
chose que combattre violemment, non
par eux-mêmes, mais par l'excitation
de la chaleur intrinsèque, qui est fomentée
par le mouvement des Astres
dans les entrailles de la terre, & sans
ce mouvement céleste, le feu & l'eau
ne feraient jamais rien; ils resteraient
à leur terme & dans leur équilibre.
Mais après que la Nature a conjoint

@

P H I L O S O P H I Q U E. 7

ces deux contraires en proportion,
la chaleur intrinsèque les excite, ils
commencent à combattre, & chacun
d'eux appelle son semblable à son secours.
Voilà comme ils montent &
croissent jusqu'à ce que la terre ne
puisse plus s'élever. Pour lors, le feu
& l'eau étant ainsi retenus dans la
terre, ils s'y subtilisent parce qu'ils
y sont perpétuellement en mouvement
& circulent sans cesse par les pores
que l'air leur prépare dans la terre,
qui produit ensuite des fleurs & des
fruits qui sont amis de l'eau.
Quand vous aurez bien purgé une
chose, faites en sorte que le feu & l'eau
deviennent amis; vous y réussirez facilement
par le moyen de la terre qui
a monté avec eux.
Nous sommes bien plutôt à la fin
de cette opération que la Nature,
pourvu que nous ayons la précaution
d'observer son poids en faisant la conjonction.
Nous ne devons pas nous
régler sur le poids que la Nature a
employé; mais c'est sur ses besoins
actuels, relatifs à ce que nous voulons
faire, que nous devons fonder
toutes nos opérations.
La Nature, dans toutes ses compositions,
A iv

@

8 D I S C O U R S

emploie moins de feu que de
toute autre chose; mais elle ajoute
un feu extrinsèque pour exciter le
feu interne relativement à sa volonté.
Le temps qu'elle emploie à faire ses
opérations, dépend du feu plus ou
moins fort; s'il est vainqueur, il en
résulte une chose parfaite; mais s'il est
vaincu par l'eau, l'ouvrage de la Nature
demeure imparfait. Cela arrive
dans les minéraux comme dans les
végétaux.
Le feu extrinsèque n'entre pas,
comme partie essentielle, dans la composition
des êtres pour les perfectionner,
parce que le feu matériel suffit,
pourvu toutefois qu'il ait son aliment
pour faire croître & multiplier; car
l'accroissement & la multiplication
sont toujours relatifs à la nourriture.
Voilà pourquoi le feu extrinsèque,
dans toutes nos opérations, ne doit
jamais être trop fort parce qu'il suffoquerait
les esprits. Un petit feu de
flamme dévore des choses bien précieuses
en bien peu de temps.
Le feu extrinsèque doit être multiplicatif
& nourrissant; mais il ne doit
pas être dévorant, parce que la cuisson
est une perfection dans toute chose.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 9

La Nature ajoute ainsi au poids pour
perfectionner son ouvrage. Mais comme
il est difficile d'ajouter à une composition,
& qu'il faut un long travail,
on a pris la résolution de séparer les
superfluités, autant qu'il est possible,
selon les besoins de la Nature.
Quand nous aurons séparé les superfluités,
nous pourrons faire notre
mélange, la Nature nous fera voir ce
qui lui est nécessaire.
Nous devons aussi avoir assez de
connaissance pour voir si la Nature a
bien ou mal conjoint les éléments,
parce qu'il ne se fait aucune conjonction
sans la participation de tous les
éléments; mais il y en a plusieurs qui
sèment la paille ou l'enveloppe pour
le grain, comme il se trouve des
ignorants qui sèment la paille & le
grain tout à la fois; d'autres rejettent
ce que les véritables Artistes conservent
soigneusement; d'autres enfin
commencent par où ils devraient finir
ou abandonnent l'ouvrage par inconstance,
lorsqu'ils sont sur le point de
recueillir le fruit de leurs travaux. La
science est épineuse, & la plupart
voudraient un travail facile, & très
court.
A v

@

10 D I S C O U R S

Le point essentiel consiste dans la
préparation des choses cachées; voilà
ce qui entraîne un grand nombre
d'Artistes dans l'erreur: car, lorsqu'ils
préparent la matière qui contient réellement
le mercure philosophique, ils
en rejettent les meilleures parties, &
retiennent les plus mauvaises.
Mais les véritables Artistes savent
bien se garantir de tous ces inconvénients,
en faisant la conjonction des
vertus élémentaires par parties égales,
de chaud, de froid, d'humidité aqueuse
naturelle. En un mot, le point fondamental
consiste dans la conjonction
du mâle avec la femelle pour effectuer
la génération, & pour développer
ce point essentiel, j'ajouterai que ce
mâle & cette femelle ne sont autre
chose que l'humide radical des métaux.
Nous ne devons jamais perdre de
vue que notre poids doit être celui
de la Nature. Il faut doubler le mercure
& tripler le soufre, pour faire
un ouvrage parfait. Nous verrons paraître
le soufre & le double mercure;
mais nous ne devons pas ignorer qu'ils
sont sortis de la même racine, & qu'ils
ne doivent pas être crus ni trop
cuits.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 11

Le mercure des Philosophes, ainsi
que la matière qui le contient, ont
des propriétés admirables. Ce mercure
dissout les métaux & les vivifie
par la vertu de son soufre qui est d'une
nature pénétrative & fixative. Le mercure
vulgaire ne dissout ni l'or ni l'argent,
de manière à ne pas pouvoir en
être séparé.
Le mercure des Philosophes, au
contraire, dissout les métaux & s'y
unit inséparablement. Le mercure vulgaire
contient un soufre combustible,
impur, & qui noircit les métaux; il
est froid & humide, il se convertit
en poudre grise dans sa précipitation,
ou en mauvais soufre. Le mercure
philosophique contient un soufre pur,
incorruptible, qui blanchit & rougit
les métaux, qui est chaud & humide,
qui devient d'une blancheur éblouissante
par le moyen d'une chaleur douce
qui le rend fixe & fusible.
Toutes ces circonstances prouvent
la différence qui se trouve entre ces
deux mercures.

pict

A vj

@

12 D I S C O U R S

DES VERTUS ET PROPRIETES
DU MERCURE DES PHILOSOPHES,
Ce mercure est si riche, qu'il a tout
ce qui lui est nécessaire pour lui &
pour nous, sans qu'il soit nécessaire de
lui donner aucun secours par une addition
de matière étrangère. Il se congèle
& se dissout par une simple cuisson
naturelle.
Si nous examinons attentivement la
nature des végétaux, des minéraux,
& des métaux, nous reconnaîtrons
qu'ils contiennent tous le véritable
mercure des Philosophes, qui se trouve
également partout ailleurs; mais il
existe un sujet où il est plus proche,
& pour le découvrir, il faut avoir une
connaissance parfaite des choses naturelles,
surtout de celles qui regardent
la Minéralogie & la Métallurgie.
Un grand nombre de personnes prétendent
trouver cette matière par un
pur hasard, sans avoir les connaissances
nécessaires pour suivre ses traces &
remonter jusqu'à la source. Je conviens
qu'on peut la trouver par hasard, &
j'ajouterai que beaucoup de personnes
ont mis ma main dessus sans y penser;

@

P H I L O S O P H I Q U E. 13

mais qu'en est-il résulté? Elles ont
voulu la travailler sans principes, &
sont tombées dans l'erreur qu'elles
ne pouvaient connaître ni éviter; ainsi
elles l'ont perdue de la même manière
qu'elles l'avaient trouvée.
Il faut donc travailler avec connaissance
de cause, ne pas s'obstiner ni
se laisser séduire par ce qu'on peut
voir, si l'on n'en comprend pas la véritable
cause.

DES PRINCIPES DE LA CHIMIE.

Un bon Chimiste doit imiter la
Nature dans toutes ses opérations; il
ne doit jamais s'écarter des principes
naturels, qui sont la base de l'art. Il
faut avoir une connaissance parfaite de
la génération naturelle des métaux,
pour pouvoir imiter la Nature dans ses
principes.
L'eau & la terre font la matière
des pierres; les rochers sont formés
avec une terre mêlée avec l'humidité
visqueuse.
Il faut un mélange de soufre & de
mercure pour former les métaux qui
ne sont autre chose qu'une vapeur
subtile coagulée par la substance du

@

14 D I S C O U R S

vif-argent avec le soufre, par le moyen
d'une chaleur tempérée, dans les entrailles
& les cavernes profondes de
la terre.
Ces vapeurs contiennent une humidité
qui se condense par le moyen
d'une siccité terrestre avec la chaleur
tempérée, qui mêle, dissout & sublime
ces vapeurs dans des lieux convenables
ou elles se digèrent.
Cette humidité est la cause de la
fluidité des métaux qui peuvent ensuite
se convertir en or, en argent,
ou en d'autres métaux, selon la qualité
de leur soufre ou le degré de chaleur
qu'ils rencontrent.
Ces vapeurs sont attirées par le
vif-argent; voilà pourquoi il est clair
& indubitable que le soufre & le vif-
argent sont essentiels à tous les métaux,
& qu'ils produisent les vapeurs
qui congèlent tous les corps métalliques.
Le soufre n'est autre chose que la
graisse de la terre qui se cuit dans sa
minière avec une chaleur tempérée;
mais le vif-argent est une eau pesante
qui contient une terre blanche, très
subtile, bien incorporée & qui digère
jusqu'à ce que l'humidité soit parfaitement

@

P H I L O S O P H I Q U E. 15

unie avec la terre, & jusqu'à ce
que l'une & l'autre soient transmuées.
Tout le succès de cette opération
naturelle dépend du vif-argent qui est
la matière commune de tous les métaux;
mais il doit être mêlé avec le
soufre qui se trouve dans toutes les
minières & qui est nécessaire à la formation
de tous les métaux.
Il y a des minières où le soufre &
le vif-argent se trouvent séparément;
mais s'ils ne sont réunis & conjoints,
ils ne produiront jamais un métal quelconque:
l'un & l'autre resteront tels
qu'ils sont, sans changer de forme.
Voilà pourquoi toutes les minières
exhalent une puanteur de soufre. C'est
une preuve que l'esprit de soufre &
de vif-argent s'unissent dans la génération
des métaux; le soufre est actif,
& le vif-argent est passif. L'un est
mâle, & l'autre est femelle, & leur
conjonction est aussi nécessaire à la propagation
des métaux, que la conjonction
de l'homme & de la femme pour
la propagation de l'espèce humaine.
La même chose arrive dans la conjonction
du soufre avec le vif-argent
qui est la matière dont se forment les
métaux. Le soufre y entre comme

@

16 D I S C O U R S

agent, qui porte la semence propagative,
parce qu'il contient une vertu
occulte qui est une chaleur métallique
naturelle, qui digère, engendre &
excite la génération dans le vif-argent.
Le soufre, par sa vertu agile, subtile
& pénétrative, engendre l'or dans
le vif-argent où le corps de l'or se
trouve déjà; il sépare les parties superflues
& sulfureuses grossières; ainsi
le vif-argent, par sa vertu & ses
principes sulfureux, se cuit & se détermine
en or parfait avec les vapeurs
du soufre, qu'on compare au coeur
qui s'élève du foetus animal.
La forme & la teinture de l'or sont
dans le mercure des Philosophes,
comme le coeur dans un animal; mais
on y ajoute un soufre extérieur, qui
par sa vertu & puissance active, met
en mouvement le vif-argent, le fortifie
en séparant tout le soufre grossier,
& le convertit en métal parfait selon
la nature de ce même soufre.
Voilà pourquoi l'on trouve du soufre
& des pierres dans toutes les minières
métalliques, parce qu'il contient une
vertu métallique naturelle, qui congèle,
fixe & durcit le vif-argent. Le
vif-argent qui se durcit à la seule vapeur

@

P H I L O S O P H I Q U E. 17

du plomb, ou, pour mieux dire, du
soufre qu'exhale le plomb en fusion,
en est une preuve non équivoque. Le
soufre, dans les entrailles de la terre,
commence la coagulation & le durcissement
du vif-argent par la vertu des
Astres qui lui donnent des propriétés
admirables.
Il y a deux soufres différents, comme
il y a deux différentes teintures métalliques;
l'une est composée d'un
soufre grossier, & l'autre d'un soufre
subtil.
Ces deux substances sulfureuses coagulent
& teignent le vif-argent en métal;
mais le soufre grossier ne produit
jamais qu'un métal imparfait, tandis
que le soufre subtil convertit toujours
le vif-argent en métal parfait, parce
qu'il contient une teinture parfaite.
Il faut conclure, d'après ce que
nous venons de dire, que le soufre
est l'agent des métaux, & que le vif-
argent est la matière dont ils sont
composés. Si le soufre impur & grossier
était séparé des métaux, ils seraient
tous parfaits, parce qu'ils seraient
guéris de leur lèpre.
En remontant ainsi jusqu'à l'origine
des métaux, on reconnaît que la Nature

@

18 D I S C O U R S

n'emploie que le soufre & le
vif-argent pour les former. Le soufre
est la semence & l'agent qui se retire
quand il a fait son opération & rendu
son ouvrage parfait: le vif-argent reste
comme la matière qui produit le corps.
La Nature, dans le commencement
de la génération des métaux, emploie
une eau pesante, avec un mélange de
parties visqueuses & une terre blanche
sulfureuse très subtile, qui digère,
durcit & comprime l`humidité de l'eau
par sa siccité & qui en réunit toutes
les parties. Si la Nature, en produisant
le vif-argent, emploie une matière
pure, il deviendra un or parfait,
pourvu qu'il trouve tous les secours
dont il a besoin dans les entrailles de
la terre; mais si le mâle & la chaleur
nécessaire lui sont refusés, il restera
toujours vif-argent; car il a absolument
besoin d'une chaleur tempérée
pour le sublimer & l'élever avec les
vapeurs de la minière, ou il se purifie
& se teint par la chaleur du soufre
qui se dépouille en même temps de
toutes ses superfluités grossières.
Quand ce soufre est parvenu au suprême
degré de pureté; il convertit
en or toutes les parties de vif-argent

@

P H I L O S O P H I Q U E. 19

sur lesquelles il peut répandre sa vapeur;
parce que la Nature destine tout
le vif-argent à être de l'or parfait,
mais il doit être purifié avec un soufre
bien pur.
Le vif-argent & l'or n'ayant qu'une
seule & même origine, on doit conclure
qu'en faisant cuire, digérer &
mûrir le vif-argent, selon les principes
de la Nature, on en fera de l'or parfait.
Si nous observons avec un peu d'attention,
les principes de l'or dans sa
génération naturelle, nous reconnaîtrons
cette vérité; car si le vif-argent
n'est pas pur, après sa formation, ou
s'il lui arrive ensuite quelque accident
ou obstacle, comme une chaleur trop
forte ou trop faible; ou si le siège
qu'il occupe est malpropre ou infecté
de vapeurs contraires, c'est ce qu'on
appelle un vif-argent mêlé de soufre
mixte & grossier que la Nature n'a
pas eu occasion de séparer ou détruire.
Dans ce cas, le vif-argent reste tel,
& la Nature ne le convertira jamais
en or; si les impuretés ne sont qu'à
un certain point, il se convertira en
argent; mais s'il en contient en grande
quantité, il se déterminera en cuivre,

@

20 D I S C O U R S

en étain ou en plomb, ou en fer,
selon le degré de chaleur qu'il trouvera
dans les entrailles de la terre,
& la quantité du soufre impur dont il
sera chargé.
Nous ne devons pas ignorer, que,
quoique ces impuretés soient, ainsi
que le mauvais soufre, mêlées avec
le vif-argent, ce n'est point un mélange
qui soit dans le cas de le rendre
combustible avec le soufre, parce que
l'expérience nous prouve, en faisant
du cinabre, que le soufre se brûle &
se détruit sans que le vif-argent perde
la moindre chose de son poids qu'on
trouve toujours après qu'on a revivifié
le cinabre: cela prouve que le vif-
argent est toujours incombustible malgré
ses impuretés.
Il est évident, par ce que nous venons
de dire, que les débuts des métaux
imparfaits proviennent du mauvais
soufre, & non du vif-argent. La
Nature agit continuellement sur eux
pour en faire de l'or parfait, & si
elle ne réussit pas, à cause des obstacles
dont nous venons de parler, elle
en fait ce qu'elle peut: de l'argent,
du cuivre, de l'étain, du fer; mais
elle n'a pas envie de les abandonner

@

P H I L O S O P H I Q U E. 21

en cet état de langueur: elle continue
d'en avoir soin en écartant tous
les obstacles, en les cuisant, jusqu'à
ce qu'ils soient réduits en vif-argent
pur pour les faire digérer en or. On
reconnaît ces opérations admirables de
la Nature, dans les minières fixes &
mixtes de plomb, d'étain, de cuivre
& de fer, où l'on trouve de l'or &
de l'argent mêlés avec ces métaux
imparfaits. On trouve aussi très fréquemment
des minières d'argent imparfait,
qu'il faut abandonner pendant
un certain temps, pour les laisser cuire,
digérer & mûrir.
Si les métaux imparfaits étaient destinés
par la Nature à rester tels, ils
resteraient certainement toujours en
cet état; nous voyons cependant qu'elle
s'efforce continuellement de les mûrir
& convertir en or parfait, parce qu'on
reconnaît dans les minières, que les
parties métalliques qui sont les plus
proches du foyer, sont toujours converties
en or parfait, tandis que celles
qui en sont éloignées ne sont encore
que cuivre, fer & autres métaux imparfaits.
Il est donc évident que tous les
métaux contiennent une propriété,

@

22 D I S C O U R S

une disposition naturelle par le moyen
de laquelle ils peuvent parvenir au
degré de l'or parfait: cela prouve
qu'il existe une autre manière d'engendrer
l'or avec le vif-argent pur,
qui est contenu dans les métaux imparfaits
& même avec toute leur substance,
parce que ce n'est que par
accident qu'ils sont restés imparfaits,
puisque la Nature agit continuellement
sur eux pour les réduire en vif-
argent pur & ensuite en or.
Cette seconde génération d'or est
la dernière disproportion qui diffère
de la première par le moyen que la
Nature emploie en travaillant d'une
manière différente que dans la première
génération, où elle opère sur
un vif-argent pur & naturel, qui
n'exige pas un si long travail que dans
la seconde génération de l'or qui se
fait avec les métaux imparfaits, quoiqu'ils
soient tous formés de la première
matière qui est uniforme.
La matière doit être également pure
dans ces deux générations; le vif-
argent doit être dépouillé de toutes
ses impuretés pour être fixé en or;
mais il ne peut parvenir à ce degré
qu'après avoir été dépouillé de son

@

P H I L O S O P H I Q U E. 23

soufre grossier & combustible qui se
détruit dans une longue cuisson.
La Nature nous fournit abondamment
du vif-argent & des métaux imparfaits
par toute la terre; mais ils
sont infectés & remplis de matières
impures dont nous ne pouvons les dépouiller
par les moyens que l'Art peut
nous fournir; car nous les ferions
cuire & digérer pendant un siècle qu'ils
n'en seraient pas plus purs ni plus
mûrs, parce que nous ignorons les
degrés de chaleur que la Nature emploie
pour en faire de l'or; c'est pour
cela que nous ne pouvons l'imiter en
cette circonstance, lorsqu'il est question
de séparer les superfluités par la
digestion & par la cuisson.
Telle est l'intention de la Nature;
elle a placé la matière de l'or dans
tous les métaux imparfaits; c'est le
vif-argent qu'elle a disposé à recevoir
la forme de l'or qui y existe déjà,
mais d'une manière invisible, & pour
le faire paraître, il suffit de séparer
toutes les superfluités sulfureuses &
préparer la forme.
La Nature nous a donné plusieurs
moyens pour détruire, brûler & consumer
toutes ces impuretés avec des

@

24 D I S C O U R S

esprits puissants qui existent dans le
règne métallique. Voilà où il faut
chercher la première matière de la
Chimie, & non ailleurs.
Nous ne parlons pas ici de la matière
péripatétique ni platonique,
mais de la première matière du soufre
des Philosophes, & du sujet naturel
dont on doit la tirer.

DE LA PREMIERE MATIERE
DE LA CHIMIE.
La première matière du soufre est
une des deux matières qui sont nécessaires
pour parvenir à la fin des
travaux hermétiques. Si nous considérons
attentivement ce point essentiel,
nous reconnaîtrons sûrement cette
première matière, qui est froide &
humide lorsqu'on la prend pour en
extraire la quintessence.
Il entre trois matières dans la composition
du Magistère hermétique, ou
pour parler plus clairement, c'est la
même & unique matière qu'on appelle,
matière éloignée, matière prochaine,
& matière très proche.
Les Philosophes ont ainsi divisé cette
matière, parce qu'elle paraît triple
dans

@

P H I L O S O P H I Q U E. 25

dans l'opération; car dans le temps
qu'on la tire de la minière pour la
préparer, elle est éloignée; après
qu'on en a séparé les impuretés, elle
devient prochaine; & enfin, quand
on l'a réduite à la disposition de la
Nature, elle est très proche.
Nous devons prendre la matière
éloignée pour en tirer le mercure philosophique,
& abandonner la matière
prochaine, & ne pas imiter ceux qui
travaillent sans principes; car ils prennent
la matière prochaine, ne connaissant
pas le prix de la matière éloignée.
Tous les Philosophes, tant anciens
que modernes, nous ont assez indiqué
où nous devons prendre la première
matière de la Chimie. Ils ont
dit qu'il fallait la chercher dans le
ventre du bélier; mais nous ne devons
pas confondre le bélier astronomique
avec le bélier philosophique.
C'est cependant ce qui est arrivé à
bien des personnes qui travaillaient
sans principes; mais nous allons donner
une explication de ce point essentiel,
qui empêchera de tomber dans une
pareille méprise. L'article des Eléments
dans lequel nous allons entrer, ne
laissera rien à désirer sur ce sujet.
Tome I. B

@

26 D I S C O U R S

DES ELEMENTS.

Les Philosophes sont convenus de
représenter les éléments sous différentes
figures, pour des raisons que nous
n'avons pas besoin de discuter.
Ils ont représenté l'eau sous la forme
d'un dragon;
L'air, sous celle d'un oiseau;
Le feu, sous celle d'un Ange;
Et la terre, sous celle d'un bélier.
L'eau fait vivre la terre, la terre est
le vase qui contient l'eau; si toute la
terre est le vase de l'eau, il s'ensuit
que l'eau habite dans la terre.
Les Philosophes ayant choisi le bélier
pour indiquer la terre, il est bien
clair que l'eau qui habite la terre sera
le ventre de la terre.
L'expression d'Hermès vient à l'appui
de cette vérité. Visitez les entrailles
de la terre, dit ce Philosophe,
en rectifiant vous trouverez la pierre
cachée, qui est une véritable médecine.
Il est très essentiel de savoir la qualité
des éléments, aussi bien que la
quantité. Le succès des opérations
chimiques dépend de cette connaissance.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 27

La terre est sèche & froide;
l'air est humide & chaud; le feu est
chaud & sec; l'eau est froide & humide.
Quoique tous les éléments soient
différents & contraires, en tout ou en
partie, la terre ne se trouve, dans un
sens, que dans l'eau, & l'eau ne se
trouve que dans la terre; ces deux
éléments ne s'accordent que dans un
genre seulement; c'est-à-dire, dans le
froid: car le feu ne peut se trouver
que dans l'air, & ces deux éléments
sont d'accord pour ce qui regarde la
chaleur seulement. C'est pourquoi nous
voyons clairement que la terre vit de
la substance de l'eau, & le feu de celle
de l'air. Par la même raison, l'eau participe,
dans un genre seulement, avec
la terre par rapport au froid, & avec
l'air par rapport à l'humidité. La terre,
au contraire, paraît intermédiaire, &
le feu participe de l'air par rapport à
la chaleur, de même qu'avec la terre
à cause de la sécheresse.
L'air est intermédiaire entre le feu
& la terre, & voilà pourquoi tous les
éléments sont contenus l'un dans l'autre.
C'est pour cela qu'on ne peut convertir
un élément en la nature d'un autre
B ij

@

28 D I S C O U R S

élément, sans convertir l'élément intermédiaire,
qui lui est contraire.
Si, par exemple, l'on voulait convertir
l'eau en feu par son contraire,
il faudrait premièrement convertir
l'eau en air, pour convertir & dessécher
l'humidité de l'eau. Alors l'élément
de l'eau serait totalement converti
par un autre élément contraire
qui est celui du feu.
De même, si l'on voulait convertir
le feu en eau, il faudrait nécessairement
convertir la chaleur du feu
en froid; pour lors, le feu deviendrait
terre, qui est son élément intermédiaire;
mais il faudrait de toute nécessité
convertir la sécheresse du feu en
humidité.
Voilà la manière de convertir le feu
en eau par le moyen d'un contraire.
On peut de même convertir l'eau ou
l'air en terre, & la terre en feu par
le moyen d'un intermédiaire convenable.
Nous avons déjà dit, & nous le
répétons encore, que nous ne parlons
point ici de l'eau péripatétique; l'eau
philosophique est uniquement le sujet
que nous traitons.
Il n'y a point de véritable eau philosophique

@

P H I L O S O P H I Q U E. 29

que celle qui est dépouillée
de toutes les parties grossières des éléments,
par une manipulation philosophique:
quand elle est ainsi purifiée,
on peut la considérer comme un véritable
esprit, puisqu'elle contient tout
ce qui est nécessaire au magistère hermétique.
Il faut que cet esprit soit délivré de
son corps par une purgation réitérée
jusqu'à sept fois, & même au-delà.

DE L'AIR.

Tout ce que nous venons de dire de
l'eau peut être appliqué à l'air qui n'est
autre chose qu'une vapeur d'eau. C'est
pourquoi, quand vous aurez l'eau philosophique,
vous serez en même temps
possesseur de l'air des Philosophes.
Aussitôt que vous aurez séparé du
corps physique les parties grossières,
vous aurez un esprit pur & philosophique,
avec lequel vous ferez des
merveilles, pourvu que vous ayez
le secret de découvrir ce qu'il contient
intérieurement.
Géber dit que cet esprit contient
une chose sèche, par conséquent l'air
philosophique contient un feu & une
B iij

@

30 D I S C O U R S

terre vierge avec laquelle on peut faire
des prodiges.

DU FEU.

Le feu est celui de tous les éléments
qui a le plus d'empire sur tous les
composés, il ne peut exister que dans
l'esprit universel qui se trouve partout
& en particulier dans les quatre
éléments. Cette opinion est contraire
à celle de ceux qui admettent des
corps simples, sans considérer que des
êtres simples ne peuvent avoir des qualités
différentes, favorables & contraires
en même temps.
Voilà ce qui nous a fait prendre la
résolution de nier l'existence des corps
simples, parce que tout corps est indubitablement
composé de plusieurs
êtres réunis.
La Philosophie, d'ailleurs, n'admet
aucun être qui ne soit composé des
quatre éléments.
Le feu physique est absolument nécessaire
pour teindre le mercure des
Philosophes, & le feu philosophique
est également nécessaire pour le mûrir.
Pontanus a fait un excellent traité
sur le feu philosophique, mais tout le

@

P H I L O S O P H I Q U E. 31

monde n'est pas en état de le lire avec
fruit. Ceux qui travaillent sans principes,
cherchent ce feu partout, tandis
qu'il est dans leurs mains; ils ne le
connaissent pas, parce qu'ils n'ont pas
voulu prendre la peine d'étudier la
Nature.
Il existe un feu combustible, qui
jette une flamme, qui brûle & consume,
quand la Nature est en agitation.
Nous avons une condensation &
une raréfaction par le moyen desquelles
les mixtes se coagulent & se corporisent
dans leur mélange. Il existe deux
espèces de raréfactions dont la Nature
se sert, comme de deux mains, pour
travailler; c'est le ferment & le feu
de la fermentation, qui brûle les parties
hétérogènes.
La fermentation se fait par l'élévation
des particules sulfureuses, qui se
condensent, se raréfient par le moyen
d'un ferment de l'air universel.
Il est impossible de faire fermenter
une chose quelconque sans la briser
ou l'ouvrir, pour lui donner assez d'air
pour exciter la fermentation, qui a
toujours deux fins, & rien ne peut
fermenter sans liqueur douce, car les
B iv

@

32 D I S C O U R S

acides de sel de nitre & de sel commun
ne fermentent point.
Si la fermentation va au-delà des
temps prescrits, les particules salines
s'élèvent & prédominent sur les parties
sulfureuses, & il en résulte un
vinaigre distillé.
Il est impossible d'acquérir un esprit
ardent sans fermentation, après laquelle
il résulte trois choses, les fèces,
la substance moyenne, la substance acide,
& la partie spiritueuse sulfureuse.
La combustion n'est autre chose
qu'une élévation & une raréfaction des
parties sulfureuses condensées qui s'étendent
par le moyen du ferment d'un
feu allumé par l'interposition de l'air.
Rien ne peut brûler ni s'enflammer
dans une matière qui n'est pas ouverte,
ou dans un vase fermé; les
charbons allumés s'éteignent aussitôt
qu'ils sont privés de l'air. Rien ne peut
s'enflammer & brûler que ce ne soit
une matière grasse & sulfureuse; car
les acides, comme le vitriol, les sels,
l'arsenic, les matières mercurielles ne
peuvent s'enflammer ni brûler, si les
parties sulfureuses ne prédominent pas,
comme dans le nitre & le soufre commun.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 33

Si la combustion est continuée au-
delà du temps nécessaire à la fermentation,
les parties salines s'élèvent &
dominent sur les sulfureuses, qui de
charbons, deviennent sels acides,
comme on le voit dans la suie.
Après la combustion d'une matière,
il reste des charbons, des cendres &
de la suie: parce que les parties huileuses
se sont raréfiées par l'action du
feu, & sont passées en flamme, &
ensuite en suie: une partie se condense
dans les charbons; une autre partie
se fige dans les cendres, d'où provient
le sel alcali, qui n'est autre
chose qu'un soufre extrêmement condensé
& concentré.
Mais le sel volatil, au contraire,
se trouve dans la suie, parce que son
soufre est très volatil & raréfié. Quand
les fèces sont terreuses après la fermentation,
elles ont la vertu d'attirer
l'esprit.
On peut conclure, d'après ce que
nous venons de dire, que la fermentation
& la combustion tendent à la
même fin, & sont comme une seule
méthode qui raréfie, subtilise & altère
les mixtes.
B v

@

34 D I S C O U R S

Observons bien, que la combustion
& la fermentation sans combustion des
choses, dépendent des particules sulfureuses
& salines: & lorsque les premières
prédominent, les corps s'enflamment
toujours; mais si les acides
dominent, ils résistent au feu. Les
pores empêchent aussi la division &
la densité des corps, & les empêchent
de s'ouvrir pour recevoir intérieurement
l'action du feu.
Le soufre, par exemple, quoique
très sujet à s'enflammer à cause de la
grande quantité de matière grasse qu'il
contient, peut être rendu incombustible,
en y ajoutant du limon, de
la chaux vive, ou des autres parties
mercurielles.
L'or, qui peut demeurer des siècles
dans un feu violent sans s'altérer,
peut être rendu subtil au point de
s'enflammer & se brûler, parce qu'il
contient une terre subtile comme des
atomes.
Il est incontestable qu'on peut rendre
incombustible la matière la plus
sujette à s'allumer, & qu'on peut rendre
combustible celle qui a la vertu de
résister au feu.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 35

Ces faits, au premier abord, ne
paraissent pas de grande conséquence;
mais si on les examine de près, on
reconnaîtra que ce sont des moyens
pour réduire la Nature à son premier
principe.
Si vous faites fondre un métal, &
que vous y projetiez peu-à-peu du
soufre pulvérisé, une partie du soufre
brûlera ainsi qu'une partie du métal;
mais le métal reprendra de la substance
du soufre, ce qu'il perd dans la flamme,
& après l'avoir entretenu plusieurs
heures en fusion, sous le caput
mortuum du soufre, vous retrouverez
à très peu de chose près, le même
poids de métal que vous avez employé,
& il sera teint avec la substance
du soufre: vous pourrez le faire fondre
tant que vous voudrez: il conservera
toujours sa teinture; mais si vous le
faites dissoudre dans l'eau-forte, le
soufre se précipitera au fond du vase:
faites dessécher cette poudre, elle sera
sujette à prendre feu de la même manière
que l'or rendu combustible.
Les scories d'antimoine ont la même
propriété quand elles sont fixées en
soufre par le moyen d'un alcali.
B vj

@

36 D I S C O U R S

Faites dissoudre dans de l'esprit de
sel le même métal que vous avez teint
avec du soufre, mettez la dissolution
dans un matras, & faites distiller
jusqu'à siccité: vous aurez une masse
qui brûlera comme du soufre, & jettera
une flamme éblouissante; mais si
vous condensez cette même masse,
elle redeviendra métal. Ainsi de quelque
manière qu'on puisse travailler le
soufre, on le fait toujours revenir à
sa première disposition; on le rend
incombustible, & on le fait redevenir
combustible successivement. Ces petites
leçons peuvent procurer une
grande lumière à celui qui a envie de
faire des progrès dans la Chimie.
Il en est de même de toute substance
mercurielle; on peut également la
rendre combustible, & la faire redevenir
incombustible successivement:
cela nous prouve que tout ce qui est
combustible n'est pas toujours volatil,
& que tout ce qui est incombustible
n'est pas toujours fixe.
Nous devons conclure d'après cela,
que le feu n'est pas un élément naturel,
mais qu'il est produit par la raréfaction
des atomes & des corpuscules

@

P H I L O S O P H I Q U E. 37

terreux & subtils qui le réduisent en
corps, comme nous le voyons dans la
réaction du fer, où il acquiert une
augmentation de poids.
Il y a une grande différence entre le
feu actuel & le feu potentiel qui jette
des flammes & qui éclaire.
Tout feu actuel échauffe; le feu potentiel
se refroidit, & cesse après
avoir jeté ses flammes. Le feu qui
éclaire n'échauffe ni ne consume pas.
Il existe un feu qui répand beaucoup
de flamme, beaucoup de lumière, sans
échauffer ni consumer.
Il existe aussi un feu qui éclaire
& échauffe sans consumer: car nous
voyons que le feu de l'atmosphère
s'étend bien loin, & que la flamme
qu'il produit est susceptible d'une augmentation
de puissance & d'extension.
Il serait avantageux de connaître si
les atomes du feu pénètrent l'or vitrifié,
& s'ils se mêlent avec les corps
pour en augmenter le poids & le volume;
mais il faudrait savoir distinguer
les atomes du feu & les atomes de
l'or. Il ne paraît pas que le Soleil soit
un feu actuel qui jette une flamme,
quoiqu'il enflamme les corpuscules &
les autres matières de cette espèce.

@

38 D I S C O U R S

Personne n'ignore que le plomb acquiert
une augmentation de poids
dans l'opération de la coupelle: comment
cela arriverait-il, si les atomes
du feu ne se concentraient & ne se
fixaient pas en corps?
Les variations qui se trouvent dans
les différentes digestions des Chimistes
ne prouvent rien; car elles dépendent
de la matière & du régime du feu.
La matière prend une forme différente
au bain que sur les cendres; sur le
sable, sur un feu ouvert, au soleil ou
dans le fumier de cheval. Ces variations
sont causes par la plus ou moins
grande quantité d'atomes qui entraînent
des corpuscules dans les digestions
& qui se réunissent à la matière qu'on
travaille, par la vertu du principal
agent, qui est le feu.
Il paraît que ces corpuscules de feu
qui accompagnent cet élément, sont
comme des effluves; car ils sont
d'une nature si subtile, qu'ils pénètrent
le verre.
Cette vérité est démontrée par l'aimant,
dont les corpuscules pénètrent
les particules de fer qui sont renfermées
dans un vase & même dans une
masse de verre.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 39

DE LA TERRE.

Nous ne parlerons pas ici de la terre
que nous foulons aux pieds; nous nous
occuperons d'une terre qui se trouve
dans les exhalaisons vaporeuses, &
qu'on appelle terre vierge des Philosophes:
elle n'exige d'autre préparation
que celle de purifier les esprits
qu'elle contient, & elle sera bien préparée
quand les esprits qu'elle contient
seront bien purifiés; mais on ne peut
l'employer pour matière, qu'après lui
avoir fait perdre sa forme, & lui en
avoir donné une autre, en réincrudant
sa semence pour faire mûrir les fruits
dont elle contient le germe. Quand on
a acquis cette terre, qu'on appelle sel
volatil, on possède en même temps le
feu, l'air & le mercure des Philosophes.
La Nature, dès le commencement,
a préparé cette terre par la conjonction
des quatre éléments: elle continue
à opérer sur cette matière pour en séparer
toutes les impuretés & superfluités,
& elle ne l'abandonnera pas
avant qu'elle soit subtile, agile, &
qu'elle montre la forme qui lui est destinée.

@

40 D I S C O U R S

Les animaux & les minéraux ont
tiré leur première matière des quatre
éléments qui leur ont ensuite donné
leur forme, leur vertu formelle, ou
leur force séminale. Ces propriétés
admirables descendent sur la terre par
les rayons des astres qui pénètrent
notre globe, où sont contenus les
quatre éléments.
Tous les rayons des astres sont dirigés
au centre de la terre; c'est là,
où ils se rassemblent, & ou ils attirent
avec eux les vertus séminales des
formes de toute chose.
La terre est par conséquent la mère
de toute chose, préférablement à tous
les autres éléments, parce qu'elle conçoit
& contient la semence de toute
chose: elle distribue continuellement
les dons qu'elle reçoit d'en haut, &
elle continuera ainsi tant que les cieux
seront en mouvement.
Raimond Lulle pense que ce sont
des eaux renfermées au centre de la
terre qui attirent ces influences célestes;
surtout, celles qui opèrent la
génération des métaux, en remuant,
en provoquant certains esprits agiles
qui condensent & séparent les vapeurs.
Si, par le moyen de l'art, nous

@

P H I L O S O P H I Q U E. 41

préparons ces esprits & les rendons
convenables & agiles pour fomenter
la première matière, qui est la terre
métallique dans laquelle nous devons
mettre ces esprits, ils attireront toutes
les vertus dont ils sont doués; ils n'attireront
que des esprits préparés &
analogues à la génération des métaux,
de la même manière que l'aimant attire
le fer. Le même Auteur ajoute
qu'on peut attirer ces esprits avec une
eau dont il donne la composition, &
qu'ils ont la vertu de coaguler & fixer
le vif-argent.
Toutes les choses naturelles ont une
essence & une substance composée d'une
double portion de matière, parce
qu'elles contiennent en même temps la
vertu formelle.
La matière provient des éléments,
& la forme des vertus célestes qui font
prendre une forme à la matière des
éléments. Voilà pourquoi la matière qui
provient des éléments, est comme l'instrument
de la nature & des vertus célestes;
& plus cette matière élémentaire
est subtile, plus elle a de force
& de vertu pour opérer dans le temps
qu'on l'emploie.
Cette matière étant bien préparée,

@

42 D I S C O U R S

devient un esprit pénétrant, qui a des
propriétés admirables; elle sépare toutes
les matières hétérogènes, & ne
s'attache qu'à la matière qui est destinée
par la Nature à produire de l'or
parfait.
Nous devons connaître les matières
qui empêchent l'or de parvenir à son
degré de maturité, ou qui le font périr
en chemin. Nous ne devons pas ignorer
non plus que l'or est produit par
ces deux matières, c'est-à-dire, par
celle qui sert d'aimant, & par celle
qui est attirée d'en haut.
La Nature est l'instrument de l'art;
pour l'employer avec succès, nous
devons savoir l'origine des métaux &
connaître la matière dont ils sont formés,
ainsi que les moyens que la Nature
emploie pour les engendrer, afin
que nous puissions l'imiter autant qu'il
est possible.
La matière des pierres n'est pas beaucoup
différente de celle des éléments.
Les pierres sont composées d'eau &
de terre, qui n'ont point encore subi
de transmutation. Cette matière est
une humidité visqueuse & terreuse,
qui se rassemble, se coagule & se
durcit.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 43

La génération des corps des animaux
ne se fait, non plus, qu'après
un mélange des vapeurs avec la
matière.
Mais quoique nous devons imiter la
Nature dans ses opérations, il nous est
cependant impossible de l'imiter spécialement
dans la génération de l'or;
parce qu'elle l'engendre avec le vif-
argent, ou avec des métaux imparfaits,
dont elle sépare toutes les impuretés
& superfluités, ce que nous
ne pourrons jamais faire par le moyen
de l'art, parce que, comme nous l'avons
déjà dit, nous ne pourrons jamais
donner une chaleur tempérée au
vif-argent à l'imitation de la Nature,
& parce que la vie de l'homme est
trop courte pour attendre que toutes
ces matières hétérogènes soient brûlées
ou détruites; mais, avec l'art,
on imite cependant la Nature dans une
partie de ces travaux.
Plusieurs Auteurs prétendent qu'il
ne faut pas séparer les parties sulfureuses
des métaux imparfaits; mais
qu'il faut faire une teinture, une médecine,
qui ne sépare point le soufre
du vif-argent ni des métaux. Cette
médecine, au contraire, cache & couvre

@

44 D I S C O U R S

le soufre pour faire une espèce d'or
& d'argent. Les vrais Philosophes disent
que cette manière d'opérer est
fausse & illicite, parce que l'or &
l'argent parfaits ne doivent point contenir
de soufre impur.
D'autres Philosophes veulent qu'on
purge entièrement les corps imparfaits,
de tout leur soufre impur, par le
moyen de quelques eaux qu'ils préparent
avec des minéraux dont Géber
a parlé dans sa Somme; mais ce moyen
est encore imparfait, parce que l'or ne
sera jamais pur tant que la matière
subtile fumera dans les métaux imparfaits,
dont on veut faire la transmutation.
Toutes les médecines que Géber a
placées dans son Texte Alchimique,
Chap. 1. peuvent manquer & induire
dans l'erreur, à l'exception d'une seule
qui a la vertu de séparer l'eau des métaux
imparfaits, & teindre leur soufre
pour en faire un métal parfait.
Mais pour imiter plus parfaitement
la Nature, il faut faire une véritable
médecine pour teindre le vif-argent
& les métaux imparfaits, & en séparer
entièrement le soufre impur.
Cette teinture parfaite existe ainsi

@

P H I L O S O P H I Q U E. 45

que le moyen d'augmenter la force de
l'or & de l'argent dans leur propre
substance; il n'est point question d'extraire
la matière agile pour la fortifier;
mais il faut prendre cette teinture dans
la propre substance de l'or ou de l'argent,
pour la fortifier & l'augmenter
avec des esprits qu'on tire d'une quantité
combinée, de vitriol, de sel de
nitre & d'alun de roche.
Il faut mettre ces trois minéraux dans
une cornue, faire distiller le flegme
jusqu'à ce que les esprits puissants &
dissolvants monteront: alors il faut
changer le récipient & faire un feu
violent. Voilà le moyen d'acquérir une
grande quantité de bons esprits qu'il
faut ensuite rectifier au bain-marie,
en cohobant jusqu'à ce que rien ne
veuille plus distiller, & que les esprits
seront comme de l'huile au fond du vase.
Mettez cette huile dans une matrice
de verre, dont la forme est triangulaire,
fermez le vase hermétiquement
& faites monter les esprits au haut
d'une pointe de la matrice, retournez-
la ensuite pour les faire monter dans
une autre pointe, & continuez cette
opération jusqu'à ce qu'ils ne voudront

@

46 D I S C O U R S

plus monter & qu'ils resteront au fond
du vase.
Ces esprits, ainsi travaillés, ont la
propriété de congeler le mercure cru,
parce qu'ils ont reçu une vertu des
corps métalliques que ces trois minéraux
ont attiré dans la terre; ils contiennent
d'ailleurs un soufre qui a une
vertu métallique qui provient également
des métaux.
Plus ces esprits seront subtils, plus
ils agiront puissamment sur les métaux;
mais il faut les dépurer, les mûrir, en
séparer la partie grossière, & les rendre
agiles après en avoir séparé les
parties nuisibles.
Mais pour retirer quelque avantage
de ces esprits, il faut considérer les
métaux inférieurs, en bien examiner la
nature; c'est là le point essentiel de
l'art. Les métaux imparfaits contiennent
un soufre précieux qui a la vertu
de coaguler le vif-argent.
Par la même raison, on retire du
vin une huile combustible qui a des
vertus métalliques admirables, parce
qu'elle contient un soufre qui provient
de la terre; & quand on prépare cette
huile d'une manière convenable, elle

@

P H I L O S O P H I Q U E. 47

a une force supérieure sur tous les autres
esprits.
Nous ne devons cependant pas ignorer
que tout ce qui provient des animaux
& végétaux, ne nous conduira
jamais à la perfection du grand oeuvre,
tant qu'il aura la nature d'animal &
végétale: c'est pourquoi il est absolument
nécessaire de dépurer, en distillant,
tout ce qui provient de ces deux
règnes, jusqu'à ce qu'il soit de la nature
métallique; pour lors, il pourra
servir pour les métaux: car il n'y a
qu'une pierre & un seul fondement;
c'est-à-dire qu'il n'y a que la vertu
métallique qui puisse entrer dans la
composition du magistère.
Si l'on veut employer ce qui provient
des minéraux & des végétaux, il
faut les dépouiller de leur nature, &
les revêtir de la nature métallique;
parce qu'il est impossible de coaguler
le vif-argent sans soufre ou sans une
matière qui participe de ce minéral:
car le vin n'a & ne peut avoir de vertu
métallique, qu'à cause qu'il contient
un soufre, & ce soufre contient de l'or
ou de l'argent: voilà pourquoi on retire
du vin, un esprit très agile, qui
augmente la vertu de l'or, parce qu'il

@

48 D I S C O U R S

se fixe avec l'or dont il dilate & multiplie
la teinture, & je puis certifier
qu'il y a une grande analogie entre l'esprit
de vin & l'esprit de l'or: ces deux
esprits participent de la même nature
chaude, c'est pour cela que l'essence
d'esprit de vin se fige inséparablement
avec l'or.
Il faut cependant observer que les
esprits de nitre, de vitriol & d'alun,
sont d'une fixité plus éloignée, parce
qu'ils ne sont pas encore mûrs; ils ont
néanmoins une grande convenance avec
l'or, parce qu'ils ont presque la même
origine que le vin dont l'esprit est d'une
nature agile & subtile.
C'est par une suite de ces considérations,
que plusieurs Artistes composent
des esprits de vitriol, de nitre &
d'alun, pour les conjoindre avec l'esprit-de-vin,
afin que l'un soit imprégné
par l'autre, pour être plus facilement
réunis avec l'or.
Les vertus célestes ont une grande
propriété; elles agissent puissamment
sur les métaux; mais elles ne sont regardées
que comme un instrument
propre à travailler les choses inférieures.
Il faut disposer le sujet sur lequel
on veut les faire opérer, c'est-
à-dire,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 49

à-dire, que quand on veut appliquer
des esprits, on doit rendre agile la
matière sur laquelle ces mêmes esprits
doivent opérer.
Quand un véritable Artiste veut
commencer l'opération, il a soin de
préparer l'or pour en extraire la vertu
séminale: il faut le réduire en sa première
matière, où il était avant que
d'être or; pour lors, il végétera &
produira des fruits; mais il faut le
visiter jusqu'à sa racine & le réduire
en putréfaction; voilà le seul moyen
de faire fructifier l'or.
Le froment mis en terre nous enseigne
la manière de travailler au magistère
hermétique. Le blé doit pourrir
en terre avant que de germer, &
quand la putréfaction a développé son
germe, il attire de la terre & des
astres des vertus analogues à sa nature;
ses esprits se fortifient, & le
mettent dans le cas de produire le
centuple.
Nous trouvons cette méthode dans
l'Evangile, où nous lisons que si le
froment ne se pourrit pas dans la terre,
il ne produira point de fruit, parce
que sans cela il ne pourrait attirer de
la terre & des eaux du ciel les vertus
Tome I. C

@

50 D I S C O U R S

génératives par le développement de
la racine qui le nourrit de tout ce qui
est analogue à sa substance.
Par la même raison, il faut également
développer la racine de l'or pour
le mettre en état d'attirer une vertu
métallique & séminale, il doit être réduit
en sa première matière pour être
un sujet propre à recevoir & attirer
toutes les Vertus qui lui sont nécessaires
dans sa génération.
Cette racine de l'or, comme nous
l'avons déjà dit, n'est autre chose
qu'une humeur grasse & vaporeuse
extraite de deux natures qui sont le
soufre & le vif-argent.
Plusieurs Chimistes calcinent l'or &
l'arrosent avec des huiles ou des esprits
pour en tirer la nature agile; ils font
cuire la chaux d'or avec des esprits
métalliques & agiles avec lesquels ils
la figent, jusqu'à ce que sa substance
séminale soit bien fortifiée & réduite
en teinture.
Cette opération n'est autre chose
que serait celle qu'il faudrait faire si
l'on prenait la semence du vin dans le
vin même, & s'il était convenable,
on le ferait cuire dans tous ses membres,
on le ferait bien digérer, alors,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 51

il recevrait & attirerait plusieurs esprits
avec lesquels il se dilaterait par
sa vertu séminale. L'odeur d'un vin
ainsi préparé donnerait une force extraordinaire
à un homme qui ne ferait
autre chose que de le flairer.
Les Philosophes tirent de la même
manière la matière agile de l'or; ils la
renferment ensuite dans des vases de
verre avec des esprits agiles, & les
coagulent avec des vertus métalliques.
Ils les font digérer jusqu'à ce que la
matière soit bien imprégnée de la vertu
de ces esprits, & jusqu'à ce qu'elle
ait la propriété de teindre & de figer
tous les métaux, surtout le vif-argent.
Il est bien évident, par ce que nous
venons de dire, que le mercure des
Philosophes n'est autre chose que la
matière agile de l'or.
Quoiqu'il y ait plusieurs moyens
d'augmenter l'or, il n'y en a cependant
point de plus avantageux que celui
dont nous venons de parler.
Il ne s'agit que de réduire ce métal
en premier mercure sec & agile, en
imitant la Nature. L'or ainsi préparé,
reçoit la nature du vif-argent avec le
soufre mixte, qui le cuit, en sépare tout
le soufre grossier, de manière qu'il n'en
C ij

@

52 D I S C O U R S

reste qu'un vif-argent pur, qui prend
la forme de l'or, de la même manière
que la Nature donne cette même forme
au vif-argent pur dans les entrailles
de la terre.
Nous devons, par la même raison,
donner au vif-argent pur, une vertu
formelle & séminale, ou pour parler
plus intelligiblement, nous ne devons
prendre que la substance la plus pure
du vif-argent, parce que cette substance
est susceptible de la forme de
l'or, de toute sa vertu, de tous ses
esprits, dont la forme de l'or tire son
origine.
Géber dit, qu'il faut tirer du vif-
argent la substance agile pour en faire
la pierre; mais il est nécessaire de savoir
que ce mercure, cette substance
agile, se trouve toute préparée par la
Nature dans l'or, d'où nous devons
la tirer pour la préparer selon les principes
de la Nature.
Nous ne devons pas prendre le vif-
argent seul, ni le soufre seul, mais
l'un & l'autre ensemble & bien incorporés;
il ne faut pas prendre le soufre
ni le vif-argent vulgaires, mais ceux
que la Nature a composés & conduit
au suprême degré de perfection par

@

P H I L O S O P H I Q U E. 53

une douce cuisson & par une fusion
tempérée. L'on ne trouvera jamais
cette matière ailleurs que dans le
corps de l'or, qui contient un mélange
de soufre & de vif-argent qui sont unis
ensemble par la Nature d'une manière
parfaite.
Il n'est pas possible d'imiter la Mature,
en voulant faire un pareil mélange
pour produire la forme ou la
génération de l'or.
Cette union admirable est faite par
l'Auteur de la Nature en faveur de
l'Art, pour l'augmentation des vertus
dont cette matière agile est susceptible.
Elle attire, des esprits, toutes ces
vertus, qui sont la source de la forme
de l'or.
Avicenne dit, que le soufre que la
Nature emploie dans les entrailles de
la terre, ne se trouve que dans les
deux métaux parfaits, & pour l'avoir
parfait, il faut le prendre dans l'or ou
dans l'argent, parce que ces deux
métaux sont purs, & l'art n'a pas d'autre
minière. Le mercure dont ils sont
formés est la racine de la teinture &
le commencement de la pierre, & de
la nature de l'or que tout véritable
Artiste doit connaître facilement.
C iij

@

54 D I S C O U R S

Ce mercure paraît blanc sur la fin
de sa préparation, quoiqu'auparavant
il renfermât plusieurs couleurs différentes
de celles qu'il avait avant son
extraction.
Géber dit, que la couleur naturelle
du soufre est toujours jaune,
parce que c'est là la véritable couleur
de l'or; mais lorsque le soufre disparaît,
& que le vif-argent devient visible,
la couleur devient blanche: la
couleur blanche est donc la véritable
couleur des Philosophes, ou, pour
mieux dire, la couleur de leur soufre,
parce qu'il est composé d'un vif-argent
pur, dont le dernier signe est la blancheur
& la clarté cristalline.
Il faut bien faire attention, que
quand l'or fait fleurir le mercure, ce
signe annonce que l'or travaille à la
génération par sa racine qui est déjà
ouverte à cette époque, & qu'il croît
comme une plante.
A cette époque, l'or semé est déjà
putréfié, le germe est déjà développé,
il pousse des fleurs pour donner des
fruits dans le temps de sa maturité;
dans ce même temps, le soufre & le
mercure sont vraiment philosophiques.
Lorsque cette jeune plante commence

@

P H I L O S O P H I Q U E. 55

à paraître, il faut en avoir soin
& ne point la laisser périr. Il faut faire
fixer le mercure avec le soufre pour
conserver l'un & l'autre; car si l'on
laisse précipiter le mercure, il ne se
fixera plus, & périra. C'est pourquoi
il ne faut pas oublier de faire fermenter
cette matière avec de l'autre or
fixe. C'est ce qu'un Philosophe a indiqué
par le vieillard qui cherche à rajeunir.
C'est-à-dire, qu'il faut diviser
l'or corporel, le faire cuire jusqu'au
point de perfection, & ses membres
divisés se rassembleront, se reconsolideront,
& le vieillard sera rajeuni selon
ses désirs; & tandis que son gardien
sera endormi par la parfaite cuisson,
ses membres se résoudront en vapeur.
Cette parabole philosophique n'indique
autre chose que la parfaite cuisson
de l'or qu'il faut pénétrer jusqu'à
sa racine, jusqu'à son mercure, qui seul
est capable de recevoir les vertus des
esprits.
Aussitôt qu'on a extrait ce mercure
il faut le mettre à part & le fixer; car
si on le fait cuire plus longtemps, il
s'envole, & si on voulait le prendre
avant sa parfaite cuisson, il ne pourrait
jamais servir à rien; c'est pourquoi il
C iv

@

56 D I S C O U R S

faut faire attention à ne mettre précisément
que le temps convenable à sa
préparation. L'excès & le défaut sont
également nuisibles.
La Nature nous montre les règles
de l'Art; car si elle ne prépare pas son
mercure d'une manière convenable, il
ne se fixera jamais en or.
Il en est de même de l'Art: si l'on
manque à un point essentiel dans la
préparation du mercure philosophique,
il ne produira jamais une teinture d'or.
Il y a des règles à observer dont
mous ne devons pas nous écarter:
aussitôt qu'une chose quelconque est
cuite, si on ne la retire pas promptement
du feu, elle brûle & périt entièrement;
& si on la retire avant
qu'elle soit assez cuite, on n'en peut
rien faire.
Nous sommes obligés, pour toutes
ces raisons, de nous tenir continuellement
sur nos gardes pour voir quand
le signe du mercure parfait paraîtra.
Ce signe n'est autre chose que la blancheur
du mercure qui se manifeste, &
qui annonce qu'il est arrivé au suprême
degré de pureté par la cuisson. C'est
ce que les Philosophes appellent la
matière première du magistère, &

@

P H I L O S O P H I Q U E. 57

dont on fait la véritable teinture de
l'or.
Cette première matière doit être
pure & sans aucun mélange de choses
hétérogènes: elle est simple, & les
quatre éléments y sont contenus séparément:
c'est l'or réduit en sa première
matière, qui est capable d'engendrer
& d'attirer d'autres vertus,
surtout des esprits.
Tant que l'or demeurera dans sa
substance & qu'il ne sera pas corrompu,
il n'aura jamais la propriété d'attirer
& recevoir les vertus & les
forces séminales, parce qu'il ne peut
être disposé à cet effet que par la putréfaction,
qui réduit la Nature en sa
première matière: alors elle reçoit
les vertus & en profite comme les
végétaux.
Hali dit, que quand la pierre paraît,
elle est comme une plante.
Pour faire une véritable teinture,
il faut avoir une substance agile, un
mercure préparé en essence & en matière,
selon les règles naturelles, de la
même manière que si c'était la Nature
qui fût chargée de faire cette opération
dans les entrailles de la terre:
aussitôt que le mercure y est formé
C v

@

58 D I S C O U R S

& bien purifié, il prend promptement
la forme de l'or.
Nous devons donc nous procurer
un mercure agile dans lequel nous verserons
une teinture d'or. On peut prendre
ce mercure dans l'or, dans le vif-
argent, ou dans toute autre chose, où
se trouve cette même matière agile,
qui doit être pure, subtile, claire
comme elle était lorsque la Nature lui
donna la forme de l'or.
Tout le secret de notre art consiste
à rendre la chose comme elle était
auparavant; mais pour y parvenir,
nous ne devons point faire de transmutations
contraires, c'est-à-dire que
nous devons faire une simple séparation
de la substance terrestre des éléments:
nous ne prétendons pas dire
que la matière doit être dépouillée
des éléments, mais qu'elle doit être
séparée subtilement.
Platon dit que notre opération n'est
pas tout-à-fait semblable aux opérations
de la Nature, qui d'une chose
simple en fait une composée, par le
moyen des éléments; mais nous faisons
le contraire; d'une chose composée,
nous en faisons une simple, comme
avec l'or dont nous séparons les parties

@

P H I L O S O P H I Q U E. 59

nuisibles pour en faire une nature
agile, dont nous faisons une teinture.
Cette matière simple, extraite de
l'or, est un mercure agile, que la Nature
n'a pas encore achevé, parce
qu'elle n'en fait pas une teinture; mais
elle lui a seulement donné une forme
susceptible de changement.
Par le moyen de l'art, on peut lui
donner cette teinture que la Nature
lui a refusée, & ce sera ce qui s'appelle
un véritable argent, qui précède
l'or, qu'on peut décorer avec de l'or;
parce que cet argent est le véritable
mercure qu'il faut décorer & former
avec de l'or, comme nous le démontrerons
brièvement dans la suite. Nous
ferons voir que l'or contient l'âme de
ce mercure, selon le sentiment du vieillard,
qui dit, que l'or naît lorsque
l'argent croît, & que l'argent est un
corps mort, qu'on anime en lui donnant
l'âme qu'on tire de l'or, & que
ce même argent est une femme à qui
on donne un mari pour engendrer des
enfants.
Rasci, dans son Livre intitulé, la
Lumière des Lumières, dit qu'il faut
conserver soigneusement l'or rouge,
quand il aura épousé une femme blanche.
C vj

@

60 D I S C O U R S

Il faut bien observer que cette
femme blanche est une chose extrêmement
agile & subtile, qui prend la
forme de l'or, lorsqu'elle est bien
purifiée, subtilisée & dépouillée de
toute sa terrestréité.
La même chose arrive, si l'on tire
de l'or cette même matière, si on le
réduit en mercure, c'est-à-dire, en
première matière: pour lors, il est
très disposé à recevoir & à communiquer
la forme de l'or par sa vertu
pénétrative.
Ne perdons pas de vue que nous
parlons ici de la substance qu'on
tire de l'or, & qui est le véritable
mercure ou soufre des Philosophes,
qui est l'unique moyen de conjoindre
la teinture dont parle Géber dans sa
Somme, & quand on a le moyen de
faire cette conjonction, l'on vient facilement
à bout de l'opération en bien
peu de temps. Les Philosophes disent,
que ce soufre est appelé la pierre
naissante; mais venons actuellement
à la pierre cachée qui est l'âme & la
forme de cette pierre visible.
Le mercure philosophique doit être
rendu fugitif, mais il faut ensuite le
fixer & le rendre stable; il a été mis

@

P H I L O S O P H I Q U E. 61

à mort; son âme a été séparée de son
corps; mais il faut lui rendre sa forme
& son âme pour le rendre stable &
vivant afin qu'il puisse produire des
fruits de son espèce.
Cette forme n'est autre chose que
l'or ou l'âme qu'on en a séparé; cette
matière est beaucoup plus agile que
l'or composé de sa substance corporelle
& spirituelle. C'est pour cette
même raison que Rhafis dit, que le
corps de l'or est la forme de la pierre,
& que son esprit en est la matière, &
il dit la vérité, parce que cette matière
ne peut exister sans forme & sans
corps solaire, qui renferme la forme
du mercure des Philosophes.
Sans l'or réincrudé, il n'est pas possible
de faire une véritable teinture,
parce qu'il n'y a que l'or qui puisse
se submerger dans le mercure. Il se
submerge & se dissout réellement dans
le mercure philosophique, s'il est préparé
convenablement pour faire une
véritable teinture.
Les esprits ne se mêlent & ne se
figent avec l'or que par le moyen de
l'art, & il n'est pas possible de conduire
l'ouvrage à la fin sans faire la
conjonction de l'or & de l'argent; mais

@

62 D I S C O U R S

il faut bien entendre cette expression;
car l'argent dont parlent les Philosophes
n'est autre chose que le mercure
philosophique dont nous venons
de parler.
L'on peut consulter, sur ce sujet,
l'Enéide de Virgile, chant 6, où l'on
voit qu'Enée & la Sybille attaquèrent
un arbrisseau, qu'ils le coupèrent en
deux, & que malgré cette amputation
il recroissait toujours. Cet arbrisseau est
la rivière d'or dont parlent les Poètes
Païens dans leurs Ouvrages.
Cet or & cet arbre ne signifient
autre chose que le ferment qui perfectionne
la teinture, & très certainement
tout le secret de l'art consiste
dans l'application de ce ferment &
dans la manipulation de cette teinture,
parce que c'est le corps de la
pierre qui en renferme l'âme, qui ne
peut exercer sa puissance, si elle n'est
jointe à un corps. Par la même raison,
la teinture ne peut se perfectionner
sans être aussi réunie à un corps.
C'est pour cette même raison qu'aussitôt
que cette matière paraît, il faut
la réduire en corps & l'enfermer pour
la rendre stable & l'empêcher de s'envoler.
Platon dit, qu'il faut aussitôt

@

P H I L O S O P H I Q U E. 63

donner une âme à ce corps, & que
cette âme doit être de la nature de
l'or, parce qu'il ne reçoit la vie que
par son propre corps, de la même manière
que la pâte doit être fermentée
avec un levain qui doit être de la
même espèce & de la même nature
que la pâte.
Ainsi le mercure philosophique qui
provient de l'or ou de sa première
matière, doit être renfermé avec de
l'or.
Hermès dit, que le ferment de l'or
n'est autre chose que l'or même, &
quoique la matière soit blanche dans
le commencement, elle est cependant
de la nature de l'or, parce qu'elle
provient de l'or, & vers la fin de
l'opération, cette matière se transforme
en un crocus très rouge, mais
cela n'arrive qu'après qu'on y a appliqué
le ferment.
Le mercure philosophique & le ferment
sont deux éléments qu'il faut conjoindre.
Ces deux éléments sont le sec
& l'humide.
L'humide est le mercure tiré de l'or,
qu'on a rendu volatil & fugitif dans
la première opération.
Le sec est le corps ou le ferment

@

64 D I S C O U R S

par le moyen duquel nous coagulons
ces deux choses ensemble.
Nous mettons à part le mercure,
& nous l'appelons la pierre cachée,
parce qu'on ne saurait assez admirer
le soufre qu'il contient, ni la matière
dont il est composé, ni d'où il attire
les vertus admirables qu'il renferme;
car il rend fugitif le corps auquel on
le joint: c'est un corps fixe, qui attire
un mercure fugitif, & qu'il conserve
jusqu'à ce qu'il soit en âge de produire
son semblable en le multipliant à l'infini:
ils se réunissent facilement parce
qu'ils sont de même nature.
Ce corps est la pierre cachée, parce
qu'il contient une vertu & une agilité
que nous ne pouvons apercevoir.
C'est ce qui a fait dire à Géber, que
le mercure philosophique ne peut avoir
une couleur jaune sans qu'on y ait mêlé
une chose qui puisse le teindre dans
toute l'étendue de son corps. Il n'y a
que la Nature qui puisse connaître les
propriétés admirables de cette divine
matière.
Nous ne parviendrons jamais à teindre
le mercure sans employer de l'or,
parce qu'il contient une teinture parfaite,
qu'il est impossible de trouver

@

P H I L O S O P H I Q U E. 65

ailleurs. L'or est une pierre bénite,
sans le secours de laquelle la pierre
naissante du mercure périrait infailliblement.
Cette pierre bénite est le coeur, la
forme & la teinture de l'or. Hermès
dit, sur ce sujet, que sur la fin de ce
siècle, le ciel & la terre se conjoindront.
Ce Philosophe entend, par le
ciel & la terre, les deux êtres dont
nous venons de parler.
Cette opération a deux parties
comme la matière est composée de
deux matières en apparence.
La première partie de l'opération
consiste dans la préparation du mercure;
la seconde, dans la fixation & la
fermentation de ce double mercure,
parce que dans ce cas, il se fait une
véritable conjonction des éléments: les
vertus actives & les vertus passives se
réunissent & se conjoignent inséparablement;
mais il faut que ces deux
choses soient bien préparées, & qu'elles
se conviennent, pour faire ressortir
leur entier effet. Elles doivent
être renfermées dans un vase de verre,
& exposées à une chaleur tempérée;
pour lors la matière agit comme naturellement,
& de la même manière

@

66 D I S C O U R S

qu'elle ferait, si elle était dans la
terre.
La matière est certainement le fondement
de l'oeuvre. Tout le succès de
l'opération dépend de la préparation
de cette matière. Il faut la rendre susceptible
de la forme à laquelle elle
est destinée, & surtout la mettre
dans le cas de recevoir les influences
des astres; sans cela, il n'est pas possible
de réussir.
Avec l'art, on ne fait autre chose
que de préparer la matière; c'est la
Nature qui fait le reste & qui donne la
forme convenable.
Ainsi avec les deux choses dont nous
venons de parler, on ne fait qu'une
seule substance, qui a la vertu de teindre
tous les métaux en or, & cela doit
arriver nécessairement par les raisons
que nous venons d'alléguer.
Platon croyait qu'il fallait conjoindre
ces deux formes séparément, par
le moyen de l'art, avec la matière
qu'il tirait des métaux imparfaits. Cette
double forme ne reçoit cependant pas
les métaux entièrement, elle n'admet
que la substance la plus subtile & la
plus pure de ces corps, & il n'y a
que cette partie qui se convertit en

@

P H I L O S O P H I Q U E. 67

or; l'autre partie de la matière est
abandonnée, elle tombe en scories en
faisant la projection.
L'intention des Alchimistes n'est pas
de faire de l'or; mais ils tendent à
faire une chose beaucoup plus précieuse
que l'or même. Ils cherchent la
teinture de l'or, qui, dans l'action,
est la véritable forme de l'or. La forme
est aussi appelée le ferment des métaux
imparfaits, quoique l'or soit le
ferment du mercure qu'on en extrait
auparavant, parce que le mercure &
le ferment sont de la même nature;
mais il faut que ce ferment soit agile &
spirituel pour pouvoir le conjoindre
de la même manière qu'on pourrait
conjoindre l'eau avec l'eau.
Après ce mélange, ce que le corps
renfermait, paraît évidemment, & ce
qui paraissait est caché, comme il arrive
quand on a fait fondre la cire; l'un &
l'autre deviennent de la même nature.
Ces deux esprits font une coagulation
de la même manière qu'on coagule
le lait pour faire du fromage,
qu'on fait avec du lait qui est de la nature
du fromage. Toute la substance du
lait ne peut se convertir en fromage: il
faut en séparer le petit-lait ou la partie
aqueuse qui ne peut se coaguler.

@

68 D I S C O U R S

La coagulation des métaux se fait
de la même manière, pour faire une
comparaison palpable: toute la substance
des métaux imparfaits ne se convertit
pas en or, mais seulement les
parties qui conviennent & qui sont de
la même nature que l'or il n'y a que
ces parties qui puissent le teindre en
or, & ces parties ne sont autre chose
qu'un vif-argent pur.
Nous devons savoir actuellement, si
le vif-argent se teint de la même manière,
ou s'il se coagule en or, ou
s'il n'y a que son soufre qui se teigne
& se coagule. Si cela arrivait, le
soufre serait certainement affaibli, ou
pour mieux dire, tué; car si l'on coagule
le vif-argent avec son soufre, il
en résulte un métal imparfait, & si on
en sépare le soufre, il est converti en
or parfait.
Quand la Nature veut faire de l'or
avec les métaux imparfaits, elle commence
par les dépouiller de leur soufre
nuisible, mais elle emploie beaucoup
de temps à faire cette opération dans
les entrailles de la terre. Avec la teinture,
au contraire, on fait cela en
bien peu de temps, par la grande analogie
qui se trouve entre les métaux

@

P H I L O S O P H I Q U E. 69

imparfaits & la teinture qu'on emploie
pour guérir leurs maladies.
Il est donc évident, par ce que nous
venons de dire, que les métaux imparfaits
ont tous la même origine que
l'or dont les deux natures sont très
prochaines. L'art enseigne la manière
de convertir les métaux en or, & non
les pierres & les autres matières: car
si l'on pouvait transmuer les pierres en
or, on pourrait dire que c'est une transmutation
miraculeuse, tandis que la
transmutation des corps imparfaits &
métalliques en or, n'a rien que de très
naturel, parce que si la matière n'était
pas déjà disposée par la Nature à recevoir
la teinture, on ne pourrait jamais
réussir à les convertir en or par le
moyen de l'art.
Voilà la seule raison par laquelle il
est possible de convertir tous les métaux
imparfaits par le moyen de l'or & avec
le secours de la Nature.
Nous pouvons préparer leur forme
& leur matière avec des autres esprits
qui contiennent des vertus métalliques
infinies.
Nous venons de parler en général
aux véritables Alchimistes qui sont bien
imbus des principes de cette science,

@

70 D I S C O U R S

qui conduit à la source de toutes les
félicités: si tous ceux qui veulent travailler
au magistère prennent la peine
de réfléchir sur ce que nous venons
de dire, ils découvriront infailliblement
la vérité.

DES COLOMBES DE DIANE.

La Diane des Philosophes est le sel
volatil de la terre ou la terre vierge
qu'on tire du sel. Heureux cent fois
celui qui peut faire naître cette Diane.
On la fait paraître entre 7 & 9 Mai.
Lorsque Diane vient au monde,
elle est toujours accompagnée de ses
colombes, qui servent à la nourrir &
à la fortifier jusqu'à ce qu'elle soit
parvenue au degré de perfection dont
elle est susceptible.
Armons-nous de patience en attendant
la naissance de cette Déesse, &
nous verrons bientôt paraître ses colombes,
qui ne sont autre chose que le
soufre des Philosophes ou la teinture
pour le blanc & pour le rouge. Ce
soufre nourrit, fait croître & multiplier
l'or philosophique.
Il faut unir ces colombes avec le
mercure, parce que le soufre est lui-
même la forme qu'il communique,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 71

c'est lui qui fixe le mercure, & c'est
aussi le mercure lui-même qui doit le
fixer.
Les colombes de Diane & l'or ou
l'argent des Sages, sont la même chose.
Elles sont également ce qu'on appelle
le feu des Sages, que les personnes
qui prennent tout à la lettre, recherchent
avec tant d'empressement, tandis
que c'est de la Nature qu'on doit
attendre sa naissance & toutes ses opérations.
En un mot, les colombes de
Diane sont l'accomplissement du magistère.

DU MERCURE.

Les Philosophes assurent que tous les
corps sont composés de mercure & de
soufre: Sendivogius dit qu'ils donnent
le nom de mercure à tous les corps
qu'on emploie dans la Chimie, & ces
corps sont au nombre de quatre. On
emploie aussi quatre mercures, &
toute cette multiplicité de noms qu'ils
ont donné à une même chose, ne sert
qu'à embrouiller la tête des Lecteurs
qui ne sont pas instruits à fond de
toutes les opérations de la Nature:
c'est pourquoi j'expliquerai ci-après, ce
que signifient ces mercures différents.

@

72 D I S C O U R S

1°. La base & le fondement de la
Philosophie est appelée mercure des
corps, ou la matière éloignée des
Sages. Ce mercure contient l'eau philosophique
& la pierre toute entière;
il contient en même temps tout ce
qu'on cherche, tant dans son corps,
qu'ailleurs. Le mercure renferme en
même temps les deux teintures pour
la pierre rouge & blanche, & c'est
pour cette même raison que les Philosophes
ont indiqué tant de moyens
pour le découvrir, ou pour mieux dire,
pour le cacher.
2°. Le second mercure est appelé
mercure de Nature, parce qu'il contient
la matière prochaine des Sages;
mais celui qui a l'esprit borné, aura
bien de la peine de l'acquérir: car
c'est la base des travaux des Sages:
c'est l'eau philosophique, le sperme
des métaux & la source de leur propagation:
c'est l'humide radical, ainsi
disposé par la Nature.
3°. Le troisième mercure est le
vrai mercure des Philosophes, parce
qu'il n'y a qu'eux qui aient les moyens
de l'acquérir, car on ne le vend pas:
c'est la vraie matière prochaine, la
véritable Diane, la sphère de Saturne,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 73

le vrai sel des métaux; mais les moyens
qu'on emploie pour l'acquérir, sont
au-dessus de l'entendement humain.
4°. Le quatrième mercure est appelé
mercure commun, parce qu'il a
une communication dans toutes les
mines; mais ce n'est pas du mercure
vulgaire qu'on vend dans les boutiques
dont je veux parler: il est question ici
d'une eau mercurielle, d'une substance
moyenne qui contient un véritable feu
occulte, les véritables colombes de
Diane, & la vraie teinture des Sages,
qui a la vertu de changer tous les corps
en sa nature.
Considérez actuellement quels soufres
& quels mercures vous devez employer
pour faire la pierre: ces connaissances
vous sont absolument nécessaires,
si vous voulez pénétrer dans
le sanctuaire de la Philosophie hermétique.

DU SOUFRE.

Il n'existe aucun composé qui ne
contienne du soufre d'une nature lumineuse;
mais il faut en séparer la
partie impure, & vous aurez un agent
interne qui opère dans sa matière mercurielle,
Tome I. D

@

74 D I S C O U R S

qui est l'humide radical dans
lequel il est renfermé.
Il est lui-même la forme qu'il communique
à tous les corps. C'est lui
qui opère toutes les générations dans
un sujet altérable. C'est pour cela qu'il
fait paraître tant de couleurs différentes;
mais sa couleur naturelle est
le rouge parfait qui est analogue à sa
nature, après avoir altéré les sujets
avec lesquels on l'a conjoint, mais
aucun Philosophe ne s'est expliqué
clairement sur les opérations. Ils ont
dit en général, spiritualisez vos corps
jusqu'à ce qu'ils aient une forme cristalline;
réduisez-les en eau; mais il
n'y a que les vrais enfants de l'art qui
puissent comprendre le vrai sens de
toutes ces expressions. Les Chimistes
vulgaires n'y comprennent rien, parce
qu'ils n'ont pas l'alphabet de la vraie
Philosophie. Ils ne veulent pas croire
que les Philosophes soient tous d'accord
& qu'ils sont convenus de ne
pas exposer une chose aussi sublime à
être profanée par les impies.
On ne saurait comprendre par quels
motifs des personnes qui n'ont jamais
lu que des recettes vagues, peuvent
se déterminer à entreprendre une opération;

@

P H I L O S O P H I Q U E. 75

elles ont beau échouer tous
les jours, rien n'est capable de guérir
leur entêtement quand elles ont pris
une résolution. Il n'est pas possible de
leur persuader qu'un corps ne pénétrera
jamais un autre corps, & que
les corps physiques doivent être unis
par le moyen d'une chose de peu de
conséquence. Après avoir perdu leur
temps & leur fortune, ces sortes de
Chimistes maudissent les Philosophes
dont les livres ne sont pas à la portée
de tout le monde.
Avant de vous embarquer dans les
opérations, étudiez la Nature dans
toutes ses productions, tâchez de connaître
ses principes. Voilà le vrai
moyen de connaître la matière de la
pierre des Sages. Nous apprendrons
ainsi, de nous-mêmes, avec le secours
du ciel, à diriger toutes nos opérations,
& nous parviendrons au comble
de nos désirs.

DE LA MATIERE
DE LA PIERRE.
Nous ne devons point chercher
cette matière dans les règnes animal
ni végétal, parce que les Philosophes
D ij

@

76 D I S C O U R S

les ont spécifiés, mais il faut prendre
ce dont ils n'ont jamais parlé; c'est à
nous à faire des recherches pour remonter
jusqu'à l'origine des trois principes,
des trois règnes, ou pour parler
plus intelligiblement, nous devons
prendre la minière des minières, ou la
matière première des métaux.
Cette minière n'influe pas seulement
dans les minières; car les végétaux
& minéraux lui doivent également
leur existence ainsi que la base
de leur composition.
Ecoutez ce que dit Aristote. Tous
les êtres se convertissent en ce dont ils
ont été composés. Ils peuvent se résoudre
en eau mêlée d'une petite portion
de terre: il est donc évident qu'ils
sont composés de terre & d'eau, qui
a une qualité particulière.
J'alléguerai deux raisons pour lesquelles
on ne doit point prendre la
matière spécifiée. La première est,
parce que les Philosophes ont une matière
particulière que la Nature leur
prépare elle-même.
La seconde est, parce que les corps
morts ne conviennent pas à l'opération
de la pierre: je dis les corps
morts, parce que tout ce qui est tiré

@

P H I L O S O P H I Q U E. 77

du centre des trois règnes dont nous
venons de parler, est considéré comme
mort; mais on peut les ressusciter.
L'expérience nous prouve qu'aussitôt
qu'un animal est privé de l'air, il
périt. Le poisson meurt aussitôt qu'il
est hors de l'eau. Une plante périt
aussitôt qu'elle est arrachée de la terre.
Les uns & les autres ne se multiplient
plus, & meurent par la seule raison
qu'ils sont privés de leur nourriture &
de leur élément.
Nous devons bien considérer toutes
ces choses, & nous apprendrons à
connaître un soufre vif & multiplicatif
pour faire la pierre. Un homme
mort n'est plus propre à multiplier son
espèce, & tous les autres êtres lui
ressemblent en cette occasion.
Les Philosophes, en décrivant ce
magistère admirable, ont dit qu'il fallait
imiter Dieu dans la création du
monde, c'est-à-dire que nous devons
faire un ciel neuf, une terre neuve,
mais comme il n'y a que Dieu seul
qui puisse créer de rien & en faire un
cahos, nous devons donc par conséquent
prendre une partie de ce cahos,
& cette même partie doit être restée
imparfaite. Nous devons séparer les
D iij

@

78 D I S C O U R S

eaux d'avec les eaux, & faire paraître
visiblement les quatre éléments, qui
sont une partie du cahos; le mercure
des corps; la matière éloignée; le
plomb des Philosophes; le menstrue
universel; le dragon qui nourrit & qui
dévore; le corps philosophique, la
minière des minières, & la première
matière qui est absolument nécessaire
pour faire la pierre.
Voilà les expressions des Philosophes
sur ce point essentiel. Les uns disent
que la matière de la pierre est le mercure
de nature, d'autres le Neptune
avec son trident; le ventre qui porte
dans son sein son fils qui est l'or &
l'eau philosophique, Jupiter qui enlève
Ganimède, le bain où le Roi se
lave; le vase des Sages qui contient le
sel, le soufre, le sperme des métaux; &
leur humide radical, dont ils font un
mercure philosophique par une opération
artificielle qu'ils font concourir
avec la Mature pour effectuer la matière
la plus proche; mais pour la
rendre telle, il faut lui faire subir les
douze travaux d'Hercule, & on a la
terre vierge, la Diane nue, le sel
des métaux, la femme qui attend son
époux, la matière privée de sa forme,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 79

l'eau sèche, l'enfant royal, le soufre
des Philosophes qui ont donné à leur
matière une si grande quantité de noms,
qu'ils ont mis les ignorants dans le cas
de ne pouvoir se décider pour choisir
une matière préférablement à une
autre, sans pouvoir distinguer la bonne
d'avec la mauvaise.

DES REGLES
QU'IL FAUT SUIVRE POUR PARVENIR A L'ACCOMPLISSEMENT DU MAGISTERE.
Il faut prendre du mercure des corps
en suffisante quantité, & en faire un
mercure de Nature, en le sublimant
jusqu'à sept fois & au-delà.
A chaque sublimation, il faut laisser
un quart de la matière dans le vaisseau
sublimatoire; ce quart ne peut servir
à rien, c'est ce que les Philosophes
appellent terre damnée.
Il faut ensuite séparer la partie pure
d'avec la partie impure, & mettre le
sublimé dans un vase de verre fermé
hermétiquement; prendre des arrangements
de manière que les trois quarts
du vase puissent rester vides, afin
D iv

@

80 D I S C O U R S

que la matière ait l'espace qui lui est
nécessaire pour circuler à son aise.
On place ensuite le vase au bain-
marie où il doit avoir une chaleur analogue
à celle que cause une poule en
couvant les oeufs. Le feu doit être
continué au même degré pendant six
mois, au bout desquels les quatre éléments
seront séparés distinctement dans
le vase.
Il faut mettre ces quatre éléments
dans quatre vases séparément, & les
renfermer soigneusement, parce qu'ils
sont d'une nature volatile.
Une terre précieuse se précipitera
au fond de chaque vase. Cette terre
est le diadème, le coeur du Roi, qu'il
faut dessécher doucement; & si l'on
en a le poids de trois onces, on y
ajoute une once d'eau blanche ou d'eau
rouge, & on referme le vase hermétiquement.
Les astres paraissent ensuite sur cette
terre, qui se putréfie avec l'eau, &
l'eau se putréfie aussi avec la terre en
même temps. C'est la putréfaction qui
occasionne cette variété de couleurs,
qui paraissent successivement. La noire
paraît la première; viennent ensuite la
blanche & la rouge, & ce sont les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 81

dernières selon la forme qu'on a donnée
à la pierre.
On ne touche jamais à la matière
avant qu'elle soit parvenue au blanc ou
au rouge.
La multiplication consiste dans la
répétition de cette même opération,
pour augmenter la pierre en quantité
& en vertu.
Le principe le plus parfait de la
Science hermétique consiste dans la
réduction de l'hexagone au cercle par
les nombres 1, 2, & 3.
Toutes choses dépendent d'un principe,
existent dans un principe, &
tendent à une même fin par le nombre
2. C'est pourquoi nous devons chercher
les moyens d'exalter le nombre
1 de la terre au ciel pour le faire descendre
ensuite sur la terre par le nombre
2, qui est la même opération que
celle qui se fait avec le nombre 1.
Voilà la clef du temple des Philosophes;
si nous avons le bonheur de
parvenir jusqu'au sanctuaire, nous y
découvrirons toutes les opérations du
magistère.
Nous devons bien prendre garde de
ne pas nous tromper dans le choix de
la matière que nous voulons exalter,
D v

@

82 D I S C O U R S

& nous souvenir que toute la Philosophie
astronomique & médicale est
couverte du même voile.

DES MYSTERES
DE LA SCIENCE HERMETIQUE.
Le plus grand mystère du magistère
consiste dans la dissolution des parties
dans une eau visqueuse, qui n'adhère
point à ce qu'elle touche.
Cette eau est sèche & de la nature
des sels, du soufre & du mercure qui
est la clef de tout le magistère. Elle est
le vrai mercure des Philosophes, l'enfant
de la Nature qui régénère tout le
monde; c'est le savon qui contient une
vertu particulière à laquelle tous les
êtres doivent leur existence.
Tirez cette eau divine de la terre,
remettez-la sur la terre pour les faire
putréfier ensemble, afin qu'ils se réunissent
& ne fassent qu'une même chose,
c'est-à-dire un mercure sec.
Quand vous aurez conduit le magistère
jusqu'à ce point, vous le ferez aisément
parvenir au degré de perfection
dont il est susceptible, pourvu que
vous observiez les règles que nous
allons indiquer.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 83

Distillez ce mercure avec une chaleur
convenable, pour lui faire reprendre
la forme qui lui convient; car
c'est la distillation qui vivifie la matière
& qui lui procure sa teinture.
Voilà pourquoi il est nécessaire de
convertir en eau les matières dont nous
avons parlé, afin qu'elles puissent développer
le germe qu'elles contiennent.
Prenez une once de cette eau, mêlez-
la avec une once d'or très pur: faites-
les putréfier ensemble, afin qu'ils ne
fassent plus qu'une seule & même chose.
Faites ensuite quelques abstractions
jusqu'à la destruction de la nature philosophique;
car celui qui sait détruire
dans cette opération, saura construire
dans la suite.
Séparez ensuite de cette terre toutes
les superfluités impures en sublimant.
Fermez le vase hermétiquement, mettez-le
dans le lit du feu secret, & faites
cuire la matière pendant un temps convenable
jusqu'à ce que vous verrez
une réunion parfaite.
Quand vous verrez paraître la couleur
du lys, vous serez assuré d'un
heureux succès. Pour lors vous devez
être plus vigilant qu'en aucun autre
temps; car si vous laissez manquer le
D vj

@

84 D I S C O U R S

feu, l'enfant philosophique périra faute
d'aliment. A cette époque, la matière
n'a plus besoin du travail des mains.
Voilà le langage de Morien le Romain
& de plusieurs autres Philosophes.
Ne laissez pas manquer le feu, &
vous verrez paraître le Roi couronné
& couvert d'une robe d'or ainsi que
son épouse. Vous verrez une véritable
métamorphose; vous aurez une teinture
dont vous pourrez jeter quelques
parties sur les corps imparfaits.
Il n'est pas possible de vous procurer
cette divine matière sans le secours
de Mars; c'est lui qui fera sortir trois
ruisseaux d'une grandeur immense, &
cinq autres petits ruisseaux qui parcourent
toute l'étendue de la minière
d'où vous devez la tirer nécessairement.
Parmi ces ruisseaux il y en a sept
principaux qui se convertissent en air,
lorsqu'on met une portion de cette
matière à découvert par la force de
Mars, & aussitôt ils produisent une
grande abondance d'eau qui lave la
minière & la rend fertile en l'arrosant.
Ces eaux sortent moins facilement
par l'intervention de Jupiter & de Vénus.
Voilà pourquoi cette terre est si

@

P H I L O S O P H I Q U E. 85

belle & si brillante après qu'on l'a lavée
de ses impuretés grossières & superflues.
Les Philosophes disent que cette minière
est une véritable eau de vie,
parce qu'elle fait vivre sa source de la
même manière que les eaux font vivre
les plantes pour pouvoir tirer d'en haut
& d'en bas la nourriture qui leur est
nécessaire pour arriver à leur maturité.
On voit par-là, que les opérations
de la Nature sont à peu près les mêmes
dans ces trois règnes. Si l'eau ne
circulait pas dans les minières, elles
ne fructifieraient pas, elles ne mûriraient
pas, le mercure ne s'y formerait
pas; & si, après que toutes les
matières sont disposées pour faire une
minière riche & abondante, l'eau cessait
d'y circuler, dès ce moment cette
même minière serait comme morte,
parce que la circulation de l'esprit universel
y serait interrompue. L'humide
radical qui vivifie tout, serait entièrement
détruit, si la minière venait à
être desséchée ou privée d'eau qui est
également la nourriture des métaux,
des minéraux & des végétaux. En un
mot, tout ce qui croît sur la terre &

@

86 D I S C O U R S

dans la terre a besoin d'eau, & ne
saurait vivre sans eau.
La matière de la pierre des Sages
est contenue dans tous les métaux &
dans tous les minéraux. C'est une partie
mercurielle qui est beaucoup plus
exaltée que l'or le plus pur.
Le soufre & le sel sont la substance
essentielle de tout principe huileux. Le
mercure vulgaire est un corps mixte
composé de soufre & de sel pour le
coaguler; on reconnaît les propriétés
qu'il renferme, lorsqu'on en fait l'analyse,
& lorsqu'on l'emploie à différents
usages. On le convertit en cinabre avec
le soufre, & on le fige en l'exposant
à la vapeur du plomb en fusion. Voilà
pourquoi le soufre commun approche
beaucoup de la matière de la pierre,
lorsqu'il est préparé; mais il contient
un acide & un sel fixe qui font douter
qu'il soit réellement le premier
Principe.
Le sel commun est réputé plus près
du premier Principe que le soufre,
parce qu'il contient une triple substance
oléagineuse & aqueuse, comme on le
voit lorsqu'on en fait l'analyse.
Les Philosophes disent que les trois
Principes sont contenus dans le sel

@

P H I L O S O P H I Q U E. 87

commun, & qu'ils sont les mêmes
que ceux de la pierre. Nous devons
imiter la Nature d'après de pareils
exemples que nous ne devons jamais
perdre de vue.
Toutes les fois que les Philosophes
disent, nos Principes, nos sels & nos
soufres, nous devons toujours chercher
ces objets dans le règne minéral &
parmi les métaux, surtout; car c'est
là où la Nature a caché ses trésors, &
où ils sont exempts de corruption.
Les métaux ont une grande affinité
avec le soufre commun; il n'est aucun
métal dans les minières qui ne soit cuit
& engendré avec le soufre ou le vitriol.
La Nature seule peut perfectionner ce
soufre par différentes circulations dans
les entrailles de la terre.
Les Sages disent que leur fumée est
un soufre mercuriel, parce que la Nature
fait les métaux, dans toutes les
minières, avec le soufre & le mercure;
c'est pourquoi si l'on veut faire du
métal avec l'art, il faut aussi prendre
du soufre & du mercure.
Les soufres métalliques ou tirés des
métaux, contiennent une eau mercurielle
qui prouve qu'ils sont composés
d'une double eau mercurielle, par rapport

@

88 D I S C O U R S

à la partie dont elle est formée,
laquelle dans le commencement n'était
qu'une eau qui s'est épaissie peu à peu,
pour parvenir en consistance de mercure,
qu'un feu naturel & continuel a
obligé de prendre diverses formes.
Le germe de la propagation provient
du sang, & par la même raison
le germe des métaux provient du soufre
commun.
Le soufre fait coaguler le sel; il le
resserre, le fait fermenter. Le sel à son
tour agit sur le soufre, il le dissout &
le réduit en putréfaction. Le sel, dans
sa première opération, réduit le soufre
en eau visqueuse & vitriolique, qui est
la première matière de la nature & de
l'art.
Nous devons faire attention; à tout
ceci on peut mêler l'huile avec l'eau
par le moyen du sel: voilà pourquoi
il faut du sel pour réduire le soufre en
quintessence pure.
Le fer est la base & le fondement
de toutes les minières de cuivre, d'or
& d'argent; & cela est si vrai, qu'il
n'y a point de fer qui ne contienne du
cuivre, de l'or & de l'argent. La terre
subtile qui se trouve dans les minières
de fer, donne du cuivre; & quand elle

@

P H I L O S O P H I Q U E. 89

est très subtile, on en retire de l'or &
de l'argent subtil & pur.
Le plomb & l'étain ne sont qu'un
soufre antimonial coagulé. Si nous décomposons
l'antimoine, nous aurons
un soufre commun.
Le vif-argent n'est autre chose qu'un
arsenic fluide; le fer est ami de tous
les métaux, & c'est pourquoi il est la
cause de la transmutation & de l'altération
de tous les métaux.
Tout ce qui opère dans la transmutation
universelle des métaux, consiste
dans la terre mercurielle, martiale &
arsenicale des métaux.
Philalète dit que l'ouvrage de la Nature
dans les minières n'est autre chose
qu'une filtration, dont il résulte un
mercure ou une huile, qui est animé
par la vertu du sel résolutif de la Nature
avec la terre martiale, qui fait
fermenter la matière, & qui produit
ensuite le mercure des Philosophes pour
animer le vif-argent.
Pour parvenir à l'accomplissement
du magistère, la Nature nous présente
deux voies, deux sujets, & deux opérations
différentes. Beaucoup de personnes
présument que ces deux sujets
sont connus de tout le monde, &

@

90 D I S C O U R S

qu'on les achète à vil prix chez les
Droguistes; mais avant que de se déterminer
à les employer, il faut bien
connaître leur Origine & leurs propriétés.
Nous allons répandre quelques
lumières sur ce sujet.
Quand on a envie de travailler à la
transmutation des métaux, on doit,
d'abord, se persuader qu'on ne doit
pas sortir des règnes métallique & minéral;
car celui qui veut moissonner
du froment, doit nécessairement semer
du froment & non de l'orge.
Dieu a établi des lois immuables
que la Nature ne transgressera jamais:
c'est en vertu de ces mêmes
lois que chaque être produit son semblable.
Il est évident que tous les minéraux
sont composés de sel, de soufre & de
mercure.
Tous les métaux sont composés d'une
terre triple; la première est vitrifiable,
& sert de base & de matrice aux métaux;
la seconde est une terre grasse
qui rassemble le soufre & retient la
teinture; la troisième est une terre
subtile qu'on appelle mercure, ou pour
mieux dire, l'arsenic des métaux.
Les anciens Philosophes ont écrit

@

P H I L O S O P H I Q U E. 91

que tous les corps sont composés de
sel, de soufre & de mercure; mais il
ne faut pas croire qu'ils soient tout à
fait composés de ces trois substances;
c'est-à-dire, que de tel corps que ce
soit, on peut retirer quelques parties
de sel, de soufre & de mercure, ou
qui seront analogues à ces trois minéraux.
Voilà pourquoi ces parties ont
retenu le nom qu'on leur donne toujours
communément.
La substance corporelle du sel est
considérée dans son principe comme
un sel alcali fixe, tiré des cendres en
lessivant, & qui devient la substance
des corps fixes.
L'âme de toutes les matières est
une substance oléagineuse, onctueuse,
grasse & inflammable, qui peut être
comparée au soufre, à cause de son
analogie avec ce minéral.
L'esprit ou la substance subtile volatile,
claire, est appelée mercure,
parce que sa base homogène lui ressemble
tout à fait; elle est subtile, volatile,
& d'une pénétration inexprimable.
Les Sophistes qui prennent les choses
à la lettre, se trompent grossièrement,
en prétendant que les sels, soufres &

@

92 D I S C O U R S

mercures des métaux, ressemblent aux
soufres, sels & mercures vulgaires.
Dans l'ordre du principe de tous les
métaux, on retire l'âme & l'esprit du
sel, du soufre & du mercure qui sont
entrés dans la composition de tous les
métaux, ainsi que des mixtes qu'on
trouve dans les entrailles de la terre,
& dont nous donnerons l'explication.
Après qu'on a séparé l'âme & l'esprit
du sel, du soufre & du mercure des
métaux, il reste une terre ou tête
morte des métaux, & on en distingue
de trois espèces différentes, qui sont
toutes mixtes d'eau & d'air.
La première terre ou cendre métallique,
est dans le cas de pouvoir être
calcinée ou vitrifiée, parce qu'elle contient
une substance mixte de deux genres,
de la même manière que les animaux
sont composés d'os; & les végétaux,
de cendres; les minéraux, de
pierres, de sable, de terre opaque,
diaphane, fusible ou qui résiste au
feu.
Les anciens appelaient ces matières
soufre fixe, terre mixte, tête morte,
& terre damnée; mais la fin de toute
chose est la calcination des corps métalliques

@

P H I L O S O P H I Q U E. 93

pour en retirer les sels alcalis
en lessivant, & ce même sel se convertit
en feu ou en verre.
La seconde terre donne un mixte qui
a de la consistance, de la chaleur & du
goût; elle est aussi de deux genres; elle
a de la consistance ou elle est liquide,
de la même manière que dans les animaux
où l'on trouve de la graisse &
du suc.
Les végétaux contiennent une huile,
une gomme; les métaux & minéraux
un soufre bitumineux, comme on l'aperçoit
lorsqu'ils sont au milieu d'un feu
de charbon ou de bois.
Les métaux ne diffèrent des fossiles
que par leur volatilité, leur fixité, &
par les degrés d'incombustibilité; d'où
l'on peut conclure, que tous les corps
diffèrent entre eux de forme, d'espèce
& de qualité.
La troisième terre donne aux mixtes
la forme pénétrative, l'odeur, le poids,
la clarté, le son; elle est également
composée de deux genres; quelquefois
elle est pure, d'autrefois mixte, salineuse,
aqueuse, spiritueuse. La forme
en est visible dans les animaux, sous la
figure d'un sel volatil: on la voit dans
les eaux spiritueuses distillées des plantes

@

94 D I S C O U R S

& des végétaux, qui se convertissent
en suie ou en eau. On l'aperçoit
dans les minéraux sous la forme du vif-
argent, ou en arsenic, qui a une véritable
consistance.
Voilà pourquoi les trois principes
sont appelés sel, soufre & mercure,
parce qu'on les réduit tous les trois en
leur matière primitive, qui est la terre
dont on retire une graisse qui est un
composé de sel volatil.
Si l'eau & l'air succèdent à ces mixtes,
ou métaux ou minéraux réduits
en première matière: c'est une marque
que nous approchons du vrai principe
qui conduit au magistère, dont l'opération
la plus essentielle, est de réduire
la matière en terre; & l'on divise cette
même terre en six branches, qui ont
toutes des vertus, des qualités & des
propriétés particulières.
Il y a des terres calcinables, vitrifiables,
inflammables, fixes, luisantes
& opaques. On opère des choses admirables
par le mélange de ces terres auxquelles
on donne diverses formes, dont
on voit le détail dans le triumvirat &
le scyphon de Beccher.
On distingue donc trois sortes de
terres, la fixe, la grasse & la subtile:

@

P H I L O S O P H I Q U E. 95

ces trois terres différentes contiennent
les trois Principes.
La première terre est un soufre composé
d'alcali ou de chaux de tous les mixtes,
fusibles ou vitrifiables, comme on
le voit dans la destruction des animaux,
& dans la cendre tirée des végétaux,
des minéraux, & de toutes les matières
vitrifiables de différentes espèces, qui
sont l'assemblage des corpuscules.
La seconde terre ou soufre est celle
dont on retire le sel de nitre, c'est
pourquoi l'on en retire un feu caustique,
corrosif, acide, sous la forme de
sel, par le moyen de l'eau avec laquelle
on condense les soufres bitumineux; on
en sépare aussi en même temps une
terre raréfiée, pure, & qui paraît dans
la graisse des animaux, dans l'huile des
végétaux, & dans le soufre des métaux.
Si nous savons en séparer l'eau
& l'air, nous remettons cette matière
métallique tans son premier principe.
La troisième terre est un soufre dont
on retire un sel commun, un sel urineux,
ou un soufre arsenical; comme
on le voit dans l'arsenic & l'argent traités
avec le sel commun ou le soufre antimonial,
par le moyen desquels on

@

96 D I S C O U R S

réduit l'arsenic & l'argent en mercure
fluide.
Les sels volatils se trouvent dans la
suie des métaux, ainsi que dans la graisse
des corps, & même dans la fumée des
métaux.
La terre de tartre contient en abondance
un arsenic solide & fluide, qui
est un véritable vif-argent qui blanchit
l'or dans une seule fusion.
Voilà les trois principes très simples
qui sont contenus dans ces trois sortes
de terre, ainsi que dans les cendres, le
charbon, la suie, le sel alcali, le sel
commun, le soufre & l'arsenic.
La terre vitrifiable inflammable, ou
qui pénètre les métaux, est le mercure
ou la terre arsenicale, subtile, qui
blanchit, parce que le vif-argent est
un arsenic fluide & solide, comme il
paraît aux yeux & au tact. On reconnaît
d'ailleurs les effets merveilleux
qu'elle produit lorsqu'on l'incorpore
avec les métaux ou minéraux.
Lorsque les Philosophes parlent de
sel, il faut bien entendre cette expression;
ils n'entendent parler d'autre
chose que d'une terre vitrifiable ou calcinable,
comme sont les cailloux qui
se convertissent en verre, de même que
le

@

P H I L O S O P H I Q U E. 97

le sable, & les os qui se convertissent
en chaux.
Voilà les principes simples & particuliers
de tous les corps métalliques;
leur âme est le soufre, le charbon est
leur mère, selon les procédés du Philosophe
Berteg; l'esprit des métaux est
contenu dans le mercure, & leur soufre
est contenu dans la suie.
Les pierres vitrifiables, fusibles, sont
toujours une bonne matrice qui annonce
une bonne minière, parce que
la fumée embrasse la fumée pour la perfectionner,
& la terre blanche les absorbe
l'un & l'autre. Voilà la véritable
matrice des pierres & des métaux où
les esprits sont renfermés pour multiplier
& se charger de diverses teintures;
mais les pierres qui ne sont point
fusibles, ne sont point propres à la génération
des métaux, & n'en peuvent
produire aucuns.
Le sable, le talc, les cailloux, les
pierres qui peuvent se vitrifier, peuvent
servir de base aux métaux, où ils
sont comme dans une matrice pour y
être nourris par les vapeurs & les exhalaisons
sulfureuses.
Voilà pourquoi l'on trouve des métaux
dans les cailloux, dans les pierres
Tome I. E

@

98 D I S C O U R S

& autres matières, où ils sont engendrés;
& il faut conclure que toute
pierre vitrifiable est une vraie matrice
des métaux.
Quand on fait fondre la matière tirée
des mines pour en séparer les métaux,
l'on y ajoute toujours du ralkrins, qui
est une pierre calcinée, qui se fond &
qui dégage le métal des pierres qui leur
servent de base & de matrice; mais
toute sorte de pierres ne conviennent
pas pour faire cette opération: celles
dont on fait la chaux vive ne seraient
d'aucune utilité, parce qu'elles sont
contraires à la génération des métaux;
elles servent seulement à obstruer les
matrices pour y contenir le germe pendant
la cuisson.
Ceux qui croient que le soufre commun
inflammable est le second principe
des métaux, sont dans une erreur grossière,
puisqu'il y a des métaux qui ne
contiennent point de soufre de cette
espèce, comme l'or & l'argent, qui ne
contiennent pas la moindre portion de
soufre inflammable; car s'il s'en trouvait
dans les mines, les métaux ne
parviendraient jamais au degré de maturité
d'or ou d'argent. Les Philosophes
ne placent le soufre métallique que dans

@

P H I L O S O P H I Q U E. 99

un seul sujet particulier qui est une
terre ou une matière qu'ils appellent
communément la minière des métaux.
Le soufre de l'or est une terre subtile
jaunâtre. Le soufre d'argent est également
une terre subtile, mais blanchâtre,
luisante; ces deux terres sont
contenues dans les corps de ces deux
luminaires; on les voit dans la dissolution
précipitée de l'or & de l'argent.
Le soufre du cuivre est rouge; celui du
fer est d'un cramoisi foncé & obscur,
de même que celui du plomb & de
l'étain, qui sont très peu luisants dans
ces deux derniers corps seulement.
Avant le mélange de ces terres,
elles sont d'une nature qui approche de
celle du lut, & dans la suite, elles se
déterminent en marcassite, en tutie, en
talc, en bol, en rubis, en pierres hématites,
ou en pierres précieuses, ou
enfin, selon le degré de pureté du soufre,
en or, ou en argent, s'il ne se
rencontre aucun accident.
On peut retirer & métallifier la partie
métallique qui se trouve dans ces
mêmes terres, & on trouve au fond
de la dissolution de chaque métal, la
même terre qui a servi à sa composition;
& après la dissolution & parfaite

@

100 D I S C O U R S

séparation, toute la substance des métaux
est convertie en véritable substance
mercurielle.
Il est donc faux que la substance des
métaux soit un soufre inflammable, ou
soufre commun; mais que c'est la terre
dont nous parlons, qui s'imprègne des
vapeurs sulfureuses dans les minières où
les métaux se déterminent par le moyen
d'une chaleur proportionnée qui se
trouve dans les entrailles de la terre,
& qu'il n'est pas possible d'imiter avec
l'art.
Il y a des personnes qui confondent
le troisième principe des métaux avec
le principe mercuriel, & croient qu'aucun
métal ne peut se former sans mercure.
La fausseté d'une pareille opinion
est démontrée dans des mines d'or
très riches, où l'on ne voit jamais le
moindre vestige de vif-argent.
Les pierres, les cailloux sont la base
hospitalière des métaux dans les minières;
mais il faut une adjonction de
terre subtile arsenicale qui doit exhaler
une vapeur en forme de soufre ou de
vif-argent, qui doit communiquer avec
la masse pour la déterminer en métal
quelconque, selon la nature du soufre.
Sans cette communication de soufre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 101

par le moyen d'un feu vivifiant de la
Nature dans les entrailles de la terre,
il ne s'y formerait jamais aucun métal.
Nous devons imiter la Nature avec
l'art; elle n'admet pas le vif-argent
seul, ni le soufre seul, ni mêlés ensemble;
mais il faut prendre la matière
mêlée selon ses propres principes par
l'opération de la Nature. Il faut seconder
cette matière avec la double vapeur
ou le double mercure.
Cette double matière ou vapeur,
n'est autre chose que l'arsenic de la
Nature, lequel est composé de soufre,
de mercure, joints ensemble par le
moyen de la terre subtile & sulfureuse
qui est la nymphe de la Nature.
On peut facilement réduire cette
terre en vif-argent, en arsenic, qui est
la suie minérale qu'on retire des métaux
en les décomposant.
Il est donc évident, par ce que nous
venons de dire, que les métaux sont
composés de trois principes terrestres,
le premier desquels se trouve dans les
pierres fusibles & vitrifiables, le second
dans l'arsenic pur, onctueux; & l'on
peut dire, lorsqu'il est dissous, que la
matrice des métaux est préparée.
E iij

@

102 D I S C O U R S

Le troisième principe est la vapeur
du soufre-mercuriel-arsenical.
Dans la décomposition des métaux,
l'on reconnaît toujours qu'ils abondent
dans l'un ou l'autre de ces trois principes:
1°. Selon la nature fusible ou vitrifiable
des pierres que la Nature a employé
pour former les métaux.
2°. Selon la nature de la terre, qui
n'ayant pas la qualité convenable, fait
des métaux bileux & fragiles.
3°. Selon le degré de cuisson du
soufre & du mercure; car, s'ils sont
trop crus, les métaux seront volatils
ou combustibles, & ils auront toujours
une variation sensible selon les proportions
de ces trois principes: c'est pourquoi
lorsqu'on mêle du borax avec du
zinc, de l'antimoine, du bismuth, de
l'arsenic, du réalgar, du cinabre, du
soufre, du mercure vulgaire, avec les
métaux, le mélange de ces minéraux
produit en tout ou en partie des saphirs,
des pierres précieuses, & des marcassites.
De tous les métaux, il n'y a que le
plomb & l'étain qui se fondent avant
que d'être enflammés ou rougis au feu.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 103

Le cuivre & le fer doivent rougir
au feu avant que de fondre.
L'or & l'argent fondent en commençant
à s'enflammer; voilà la nature
des métaux; mais on les dispense de
ces règles par le moyen de l'art.
Selon la décomposition des trois
terres métalliques ci-dessus, on peut
produire différents métaux, on peut les
convertir en vif-argent avec l'arsenic.
Avec la terre sulfureuse on peut faire
du soufre inflammable par le moyen du
soufre commun; on peut aussi la convertir
en verre par le moyen des cailloux;
on peut de même la convertir
en sel, en vitriol, en eau, en chaux,
en esprit & en teinture.
On fait aussi une infinité de compositions
différentes en joignant différentes
choses à ces principes métalliques,
comme l'acide universel qui est capable
de liquéfier le monde souterrain, & le
diviser en une infinité de dissolutions.
Lorsque vous réduisez en eau la terre
ou la pierre à chaux, vous faites de
l'alun.
Lorsque vous réduisez en eau la pierre
à chaux, vous faites non seulement de
l'alun, mais encore du borax. Si vous faites
dissoudre une matière bitumineuse,
E iv

@

104 D I S C O U R S

il en résulte du soufre vif; la dissolution
de mine de fer donne du vitriol.
Exposez à l'air la terre métallique
imprégnée de soufre, il en résulte un
arsenic auquel on peut joindre du soufre
commun pour en faire de l'orpiment,
du réalgar. Si ensuite on en sépare la
partie aqueuse, il en résultera du mercure
coulant; ajoutez du soufre à ce
mercure, & vous aurez du cinabre.
Tout ce que je viens de dire est véritable;
j'ai fait douze différentes compositions
pour réduire les métaux en
leur première matière ou principe, par
le moyen de l'acide dont j'ai parlé ci-
dessus.
Mais passons actuellement au mélange
des dissolutions des principes métalliques
pour voir leurs actions & leurs
réactions, par le moyen des sels alcalis,
du sel de nitre, & du sel commun.
Le sel de nitre se change facilement
en sel alcali, & le sel commun se change
également en sel alcali.
Les sels urineux, nitreux & sulfureux,
ont une puissante action sur les
arsenicaux, & ceux-ci agissent puissamment
sur les sulfureux après la réaction,
pour produire ensuite des sels
factices, comme les alcalis volatils,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 105

ammoniacs, de prunelle, le sublimé,
le sucre de Saturne, & le lis de Paracelse.
Les esprits ou les huiles de sel commun,
de soufre, de vitriol & d'urine,
sont à peu près les mêmes. Ceux de
nitre & de vinaigre ne sont pas tout
à fait comme ceux des autres sels
quoiqu'ils aient quelque analogie ensemble.
L'esprit de vin sympathise avec
celui de térébenthine, & de leur mélange
on fait différents menstrues.
Si nous voulons faire un menstrue
ou dissolvant qui soit alcalin & volatil
nous n'avons qu'à prendre de la terre
principale subtile, & la mêler avec des
alcalins de vin & de sel commun.
On fait trois grandes compositions
avec les choses qu'on retire des entrailles
de la terre, en les mêlant ensemble.
Il existe un moyen de mêler la terre
avec le mercure, & ce mélange fait
du bon métal.
Il existe dans les entrailles de la terre
une matière qu'on mêle avec l'huile
ou la graisse de la terre, & il en résulte
un mixte qui est une litharge sulfureuse
& bitumineuse.
Il existe également dans la terre une
E v

@

106 D I S C O U R S

substance qui l'a fait mêler avec l'eau,
& il en résulte des mixtes qui produisent
des sels différents.
En ajoutant ou retranchant quelque
chose de ces trois principes, c'est-à-
dire, si nous savons y ajouter des sels,
des soufres métalliques, nous ferons
des choses merveilleuses, tant en composant
qu'en décomposant; en un mot,
en séparant les parties terrestres &
grossières, & en ajoutant un soufre,
nous pouvons faire un menstrue universel
qui réduit les corps en première
matière.
Tous les êtres sont composés de
terre, & ils doivent retourner en terre;
c'est ce que nous voyons fréquemment
dans toutes les décompositions: nous
pouvons nous assurer de cette vérité
dans un cimetière.
Pour faire une composition parfaite,
nous n'avons d'autre chose à faire, qu'à
tirer des métaux, des sels, des soufres,
de la terre, de l'air & du feu, & réduire
toutes ces choses en un seul &
même principe naturel. En ajoutant &
retranchant ainsi selon les règles de la
Nature, nous nous procurerons le mercure
des Sages.
Les pierres & la graisse de la terre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 107

sont la base de tous les métaux & minéraux.
Cette substance est l'âme des
végétaux, des animaux & des minéraux.
Les soufres arsenicaux sont un
véritable mercure, qui est une graisse,
une huile qu'on peut métallifier, & dont
on peut retirer une teinture d'or; c'est
du moins l'opinion de beaucoup de
Philosophes, dont les ouvrages sont
très estimés.
L'argile ou la terre à potier contient
une grande quantité de cette graisse.
La Nature l'a placée partout, même
dans les bois, aussi bien que dans la
terre. Il suffit de jeter les yeux dans
un four à brique pour apprendre à la
connaître; elle suinte dans le feu, où
elle se vitrifie. Voilà pourquoi on voit
souvent plusieurs briques ou tuiles qui
sont collées ensemble par cette graisse
vitrifiée, qui est l'humide radical des
corps. L'or en est imprégné abondamment,
sans cela on ne pourrait jamais
réussir à le vitrifier.
Ce mot argile, est pris universellement,
& il s'étend jusqu'à celle dont
la brique, les pierres sont formées;
c'est elle qui fait croître les végétaux;
c'est elle qui produit l'or brillant: c'est
cette argile, cette graisse de la terre
E vj

@

108 D I S C O U R S

qui est la base & la matière dont le
Créateur a formé tous les astres qui
rassemblent tous les atomes argileux
onctueux, qui entrent dans la composition
de tous les corps métalliques.
Il faut donc conclure de-là que tous
les êtres sont composés d'atomes argileux
onctueux.
L'arbre de fer démontre sans réplique,
que les soufres arsenicaux & le
mercure volatil sont fixés par les feux
souterrains.
Au reste, toute pierre à feu se convertit
en chaux vive, & sert à la formation
des corps opaques; ou si elle
ne se calcine pas, elle se vitrifie lorsqu'on
la joint aux corps diaphanes.
Les pierres de cette espèce sont les
cailloux & le sable, ou la terre subtile
mêlée d'atomes.
La plus grande partie de la terre
est composée de pierre, d'argile onctueuse,
ou de sable; & il est évident
que les trois Principes universaux des
corps sont les pierres, l'argile & la
graisse de la terre. Ces trois Principes
sont réductibles en cendres, en écume
& en suie. Ils sont communs, & se
divisent en trois compositions générales
qui produisent les sels, alcali, de

@

P H I L O S O P H I Q U E. 109

nitre, & commun, qui sont réunis
ensemble.
Les sels alcalis contiennent une terre
clarifiée & vitrifiable.
Le sel de nitre contient une terre
grasse, rouge & très subtile.
Le sel commun contient une terre
arsenicale, mercurielle, incombustible
& qui a la vertu de blanchir.
Ces trois principes se trouvent presque
partout en abondance; la mer
également est remplie de terre alcaline,
d'air nitreux, & de sel de nitre
mêlé avec le sel commun.
On peut acheter à vil prix une matière
qui contient ces trois principes;
mais peu de personnes sont en état de
les séparer: elle contient une terre dont
il faut la délivrer & en retirer la quintessence.
Nous connaissons dans l'alcali minéral,
un verre qui purifie le sel de
nitre, & qui lui donne, ou, pour
mieux dire, qui développe sa teinture.
Le sel commun convertit les métaux
en arsenic & en mercure; c'est
du moins l'opinion du Père Kirker.
Si l'on fait tremper des lames de
plomb dans une eau croupissante &
salée, il se convertit en mercure, qu'on

@

110 D I S C O U R S

appelle vulgairement corne d'argent
ou arsenic de lune.
L'esprit de nitre teint l'argent en
couleur d'or. La liqueur tirée du nitre
fixe ou d'un autre alcali quelconque,
a une grande puissance sur les métaux,
elle les mûrit & les transmue en les
altérant; mais cette liqueur aurait une
puissance infiniment plus grande, si
vous en sépariez les trois Principes.
Alors vous auriez une preuve de ce
que je viens de dire.
L'on peut facilement retirer un sel
de l'or, & des parties volatiles de tous
les autres métaux: on en retire également
du mercure commun & de l'antimoine,
de l'urine humaine, & il ne
faut pas beaucoup de science pour
faire cette opération: il suffit d'employer
tout simplement la calcination
vulgaire & la sublimation ordinaire, &
jeter les matières calcinées dans de
l'eau bouillante, qu'il faut filtrer &
faire évaporer.
Pour démontrer que les trois principes
des métaux sont formés de pierres,
de terres & de suie arsenicale, il ne
faut faire autre chose que de les décomposer
& les réduire en leur matière
primitive; qui, après la décomposition,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 111

ne sera autre chose que des
pierres, de la terre, & de la suie arsenicale.
Rien n'est si facile que de convertir
les métaux en vif-argent, sans même
en excepter l'or ni l'arsenic, pourvu
qu'on en sépare la terre ou le crocus,
& qu'il ne reste qu'une terre irréductible
& dépouillée d'arsenic ou du principe
de ce minéral.
La vitrification est le moyen le plus
facile pour parvenir à la décomposition
des métaux; c'est par cette opération
qu'on en sépare toutes les scories &
les parties hétérogènes.
On décompose les métaux & on les
anime avec du vif-argent & de l'arsenic,
en les cimentant avec le soufre,
en les vitrifiant avec du plomb, des
cailloux & des sels alcalins.
Les principes métalliques sont bien
contenus dans le sel de nitre & dans le
sel commun; mais ils sont plus éloignés
que dans un autre sujet; c'est-à-
dire, dans les métaux mêmes, où ils
sont avec une certaine harmonie; ils y
sont cependant moins purs que dans
un autre sujet minéral qu'on achète à
vil prix.
Le plomb ne produit autre chose

@

112 D I S C O U R S

qu'un alcali vitrifiant, qui agit puissamment
avec un acide.
Le sable contient aussi un excellent
alcali vitrifiant; le fer ne contient qu'un
crocus ou une terre styptique. Les cendres
de plomb figent le fer, le fulminent
& le font déposer; elles sont aussi
combustibles que le soufre & le sel de
nitre.
Le vif-argent n'est autre chose que
de l'arsenic fluide; l'arsenic n'est autre
chose qu'un soufre de sel commun concentré,
parce que les symboles des principes
généraux des métaux sont tous
salins & métalliques, combinés entre
eux.
Tous les acides ont une grande puissance
sur les alcalins; c'est pourquoi ils
fournissent les moyens de faire trois décompositions
des sels par le moyen des
sels, & ensuite des métaux par le
moyen des sels, & la décomposition
du tout incorporée.
Les métaux & minéraux secs conviennent
avec les humides; les styptiques
avec les fluides; les volatils avec
les fixes; les homogènes s'accordent
avec les hétérogènes par la combinaison
des mêmes principes.
On opère la réaction des sels, en les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 113

mêlant avec les métaux, & en incorporant
les alcalins avec les soufres, &
les sels sulfureux avec le mercure; en
mêlant le vif-argent avec les sels & le
soufre des métaux, on opère de même
la réaction des mêmes sels.
Mais venons actuellement à l'article
des métaux grossiers; car nous avons
des minières remplies d'une matière
semblable aux scories du verre, friables,
volatiles, arsenicales, antimoniales,
mercurielles, imparfaites.
La terre styptique se convertit en
pyrites, en bol, en crocus, ou en terre
molle & friable; & quelquefois, quand
le degré de feu s'y trouve, il en résulte
un métal parfait, ou mixte, ou enfin
un similor blanc.
Quand on fait la séparation de ces
métaux imparfaits ou bâtards, on en
retire de l'or, de l'argent, du cuivre
blanc, du plomb martial antimonial.
Examinons actuellement le sel de
nitre, le sel commun, le soufre, l'arsenic
& le vif-argent électrique, ou
l'antimoine magique, le plomb martial,
l'aimant ou soufre du mercure.
J'ai dit, & répété plusieurs fois,
que le soufre a deux principes, l'un
mâle, l'autre femelle, l'un tendant au

@

114 D I S C O U R S

blanc, l'autre au rouge, & qu'on peut
cependant les marier ensemble.
Le principe du soufre tendant au
rouge est dans le sel de nitre; le soufre
blanc tire son origine du sel commun
joint avec le soufre commun.
Le soufre ardent prédomine & se
blanchit dans la terre avec le soufre
commun, comme on le voit par son
mélange avec le cuivre.
Il est donc évident que le soufre
commun contient du sel commun, &
qu'on peut l'en séparer facilement; &
l'on peut séparer & retirer du sel commun,
un véritable soufre commun, un
vif-argent pur; comme du sel commun
on peut également retirer de l'arsenic
pur.
Le sel & le soufre ont les mêmes
principes communs, arsenicaux &
mercuriels; mais il y a beaucoup plus
de soufre que de mercure, comme il
y a plus d'arsenic que de mercure, &
très peu de soufre incombustible.
Si vous prenez pour mâle le soufre
mercuriel, & pour femelle le mercure
sulfureux, vous ferez facilement le mariage
arsenical. Il arriverait ce que
vous pouvez voir sans peine, en mettant
de l'huile de pétrole sur du soufre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 115

ou bitume solide. Vous verriez le même
effet, si vous mettiez du vif-
argent sur de l'arsenic dur & solide,
qui ont la même origine.
Le soufre est une terre alcaline &
calcaire; les huiles de soufre & de
vitriol nous prouvent cette vérité; on
reconnaît que la dureté du soufre &
de l'arsenic est la même, & qu'elle
provient d'un mélange de soufre alcalin
& salin, comme nous le voyons
dans les cornes d'argent & d'arsenic
qui sont cuits & retenus ensemble avec
le mercure, qui les affermit & les durcit,
quoiqu'il ne soit pas fluide; mais
il est néanmoins homogène.
Quoique le soufre commun paraisse
bien différent du mercure coulant, ces
deux minéraux se mêlent cependant
bien ensemble, & il en résulte du cinabre.
On peut faire de même un beau
réalgar, en mêlant du soufre avec de
l'arsenic, & de ce mélange on peut
faire un excellent élixir; avec du soufre
fixe & de l'arsenic, on fait des choses
admirables.
Voilà comment la Nature se joue de
l'Art; mais il faut tâcher de l'imiter.
Venons actuellement à l'article de

@

116 D I S C O U R S

l'antimoine magique-électrique, à l'aimant,
au mercure philosophique de
plomb, de fer, de cuivre & d'antimoine.
1°. Rien ne peut agir avec plus de
puissance sur les métaux que le feu &
l'eau, quoiqu'ils soient hors de leurs
sphères.
Le feu qui raréfie l'eau, est un caustique
brûlant, qui raréfie d'une manière
particulière.
2°. Dans une grande décomposition,
le sel de nitre & le sel commun
produisent le même effet; leur substance
a la vertu de condenser, mais nous en
parlerons d'une manière plus particulière
dans la suite.
3°. Tous les Chimistes & les Orfèvres
connaissent, que le soufre commun
& le mercure vulgaire ont une
grande puissance sur les métaux; ils les
durcissent par la cimentation: ils les
calcinent, les animent, les conservent
dans leur fixité, & les précipitent;
mais ils ne peuvent produire le moindre
effet dont on pût retirer le moindre
émolument.
Le soufre commun contient bien
peu de soufre incombustible, & bien
peu de mercure fixe. C'est pourquoi

@

P H I L O S O P H I Q U E. 117

l'on a beau les exposer à un feu violent
avec les métaux, ils retiennent
toujours leur feu interne dont on les
délivre plus facilement avec un feu
lent; en suivant cette méthode, on
n'altère jamais les métaux avec lesquels
on fait une cimentation.
Quoique le vif-argent paraisse bien
conjoint avec un métal, il s'en faut
beaucoup qu'ils soient réellement unis
ensemble, parce que le vif-argent
contient trop peu de soufre fixe pour
opérer une liaison parfaite; il peut
néanmoins concourir à perfectionner
ou altérer les métaux, selon la quantité
de soufre fixe qu'il contient; mais
un véritable Philosophe ne s'amuse pas
à de pareilles opérations, un commençant
peut cependant faire quelques
expériences de cette sorte; si elles ne
lui sont pas lucratives, elles seront du
moins pour lui d'excellentes leçons,
dont il pourra profiter quand il aura
acquis de plus grandes lumières.
Dans les fortes conjonctions de ces
deux métaux, les vices de l'un & de
l'autre les empêchent toujours de produire
un bon effet. Cela prouve qu'il
n'est pas possible de faire un métal avec
le soufre seul, ni avec le mercure seul,

@

118 D I S C O U R S

je parle du mercure vulgaire & des
moyens vulgaires; on a beau les marier,
ils n'engendreront jamais rien;
nous voyons, d'ailleurs, que la nature
de tous les métaux est telle, qu'ils
veulent être mariés selon les règles naturelles;
c'est-à-dire, un mâle avec
une femelle qui ait ses règles ordinaires,
qui contienne une semence
générative, qu'il faut cuire dans une
matrice convenable.
Nous allons actuellement entrer dans
la classe minérale qui approche le plus
près de la métallique, pour ce qui regarde
la pierre des Sages, qui, comme
il est évidemment démontré, n'est
composée que de mercure de soufre,
& de mercure sulfureux, qui sont conjoints
inséparablement ensemble; ou
pour mieux dire, c'est un même sujet
hermaphrodite ou double mercure,
une semence métallique arsenicale qui
est le mercure double des Philosophes,
ou l'aimant électrique magique, l'antimoine,
le plomb de Mars.
Puisque ni le soufre commun, ni le
mercure vulgaire, ne peuvent entrer
dans la génération des métaux, ni conjointement
ni séparément, & qu'il faut
des principes composés qu'ils n'ont pas,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 119

on peut conclure de-là, qu'ils ne sont
pas le véritable sujet du magistère hermétique.
Il faut nécessairement un troisième
sujet qui participe de la nature du soufre
& du mercure, & qui, pour cette
même raison, est appelé l'hermaphrodite
des Sages.
Mais quel est donc ce troisième sujet?
quel est cet hermaphrodite des Sages?
Je vais vous le déclarer ingénument,
& dans la pure vérité; c'est l'arsenic;
mais ne vous y trompez pas, ce
n'est pas l'arsenic vulgaire; c'est celui
des Sages. C'est un arsenic grossier,
c'est l'épouse, la nymphe qui réside
dans l'antimoine & dans un autre sujet.
Il y a des signes certains pour la
reconnaître, de manière à ne pas s'y
tromper.
Quand cette matière est sur le feu,
elle jette continuellement une vapeur
& des fleurs blanches, surtout lorsqu'elle
est en fusion.
Quoique Philalèthe, & d'autres
Philosophes, paraissent donner à entendre
que c'est l'arsenic antimonial,
ils conviennent cependant que cette
vapeur intermédiaire est contraire au
mercure vulgaire avec lequel elle n'a

@

120 D I S C O U R S

aucune connexion, quoiqu'elle tire son
origine du même principe.
On ne peut cependant pas nier,
qu'après avoir tourmenté le vif-argent
par un long travail, on ne lui procure
une qualité particulière pour dissoudre
les métaux.
Plusieurs Philosophes, parmi lesquels
se trouve Flamel, disent qu'après avoir
fait subir certaines opérations au mercure
vulgaire, il est acuité par le moyen
du vinaigre minéral, par la vertu du
sel de nitre & du sel métallique.
L'Artiste ne saurait comprendre les
merveilles qu'il opère en travaillant,
& en incorporant toutes ces matières.
Toutes les fois que nous ferons l'union
du soufre arsenical de la terre, ou
du soufre commun, l'union produira
toujours des minéraux ou des métaux.
Si l'on fait célébrer l'hymen à un métal
quelconque, il se convertira promptement
en mercure coulant & corporel;
mais quand il est réduit à ce point, il
est volatil & électrique, sous la forme
métallique. On peut facilement l'amalgamer
avec le mercure vulgaire pour
les acuiter ensemble & les joindre à un
autre métal sur lequel ils auront une
vertu pénétrative incomparable.
Cette

@

P H I L O S O P H I Q U E. 121

Cette distinction de l'arsenic commun
réuni avec le mercure vulgaire,
se fait, parce que le mélange acquiert
une vertu fixative & pénétrative, quoiqu'il
soit aussi facile à fondre sur le feu
que la cire; c'est par cette même raison
que sa vapeur virginale pénètre,
coagule par sa vertu, qui se répand
comme une vapeur magnétique, par
le moyen de l'arsenic & du mercure
qui attirent le soufre de l'or.
Cette matière a une infinité de noms.
Les anciens Philosophes l'ont appelée
électre antimonial - magique, plomb
martial & antimonial. En effet, la vapeur
métallique se coagule avec l'hymen
sulfureux & salin qui tient un
rang intermédiaire entre la partie liquide
& celle qui a un peu de consistance,
parce que l'arsenic & le mercure
ont reçu de la Nature une qualité
prochaine, fixative & attractive.
Cette matière est très commune en
Angleterre, surtout dans la Province
de Cornouaille, où, en peu de temps,
on peut s'en procurer de quoi charger
un navire.
L'on met ce minéral sur le feu dans
un creuset, & l'on voit bientôt paraître
Tome I. F

@

122 D I S C O U R S

la nymphe vêtue d'une robe
de plusieurs couleurs.
J'ai mis cette matière dans une cornue
de terre à creuset, sans aucune
addition; j'ai fait rougir la cornue, &
à la fin de la distillation, j'ai trouvé
un sublimé éblouissant attaché au col
de la cornue. Ce sublimé était aussi
beau que de l'argent de coupelle; je
ne vis jamais de sublimé qui eût une
si grande vertu magnétique, attractive
& pénétrative.
Cette matière était purement arsenicale
& d'une qualité fixative qui
opère avec une célérité extraordinaire.
Il faut séparer le soufre fixe de ce
sublimé avec adresse, le bien purifier
& le lui rendre. Ce soufre fixe n'est
autre chose que les cendres ou le soufre
vif, ou l'arsenic des Philosophes.
Si vous avez travaillé sur l'antimoine,
le plomb, l'étain, le fer,
l'argent, ou l'or des Philosophes, &
que vous les ayez réduits en leur première
matière fondants comme la cire,
& que vous les ayez privés de toute
substance mercurielle, vous n'avez plus
rien à désirer; vous êtes possesseur de

@

P H I L O S O P H I Q U E. 123

l'électre, de l'ambre ou du plomb des
Philosophes.
L'ambre, selon les Anciens & les
Modernes, est une espèce de succin
qui se forme dans la mer Adriatique,
vers l'Ionie. Il provient d'un caillou
qui se détache des montagnes & qui
roule dans la mer, où il se mûrit par
la fraîcheur de l'eau de la mer; il
suinte de ces cailloux & se coagule
dans l'eau; & quand on le recueille,
il est comme la poix de Bourgogne,
ou comme un corps bitumineux.
On prétend que cet ambre est composé
d'or & d'argent; c'est pourquoi
les Philosophes en ont pris le nom
pour le donner à leur matière, après
qu'ils lui ont fait subir les opérations
convenables; mais il n'entre jamais
qu'un cinquième d'argent dans la composition
de l'ambre factice ou philosophique.
Il faut se souvenir que l'ambre &
l'arsenic sont deux synonymes chez les
Philosophes.
Après avoir réduit en mercure coulant
un métal quelconque, ce mercure
a la vertu d'attirer de l'air le soufre de
nature, & de fixer promptement les
métaux; & pour lui procurer une plus
F ij

@

124 D I S C O U R S

grande vertu, on le fait cuire avec du
mercure vulgaire pour attirer plus
abondamment encore le soufre céleste.
Voilà la seule vertu du mercure vulgaire:
l'Alchimie ne lui en connaît
point d'autre.
Mais, occupons-nous actuellement
d'un autre objet plus essentiel; entrons
dans la minière d'où l'on doit tirer la
pierre des Sages, ou du moins la matière
dont elle est composée: je veux parler
du soufre mercuriel, & du mercure sulfureux
conjoints ensemble, ou l'hermaphrodite,
ou le double mercure qui
contient la semence métallique, ou
notre arsenic, notre mercure; mais
il ne faut pas s'y tromper: c'est le
même sujet dont nous venons de parler;
parce qu'on ne le distingue ainsi
sous plusieurs dénominations, qu'à
cause des différentes opérations qu'on
lui fait subir dans la préparation &
dans les usages auxquels on l'emploie.
Concluons d'après le principe, que
tous les métaux sont composés de terre
& d'arsenic; nous connaissons ces deux
matières, qui, quoique très différentes
l'une de l'autre, composent néanmoins
un métal qu'on peut décomposer pour
le remettre dans leur état primitif.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 125

L'assemblage de ces deux substances
fait un corps terreux & mercuriel,
par rapport à l'arsenic qui est contenu
dans les quatre éléments, & partout
ailleurs.
Nous avons déjà dit que la terre
était la matrice de tous les êtres, &
nous ajouterons qu'elle est calcaire,
alumineuse, pierreuse, glaireuse, barbeuse
& talqueuse.
L'arsenic est de deux genres seulement;
c'est une vapeur purement minérale
mercurielle, ou la nymphe &
le soufre fixatif de nature, qui est l'ambre
& le soufre du mercure, fondant
comme la cire, après qu'on lui a fait
subir les opérations philosophiques.
L'arsenic n'est autre chose qu'une
vapeur minérale, un vif-argent, qui,
lorsqu'il est encore privé du soufre de
nature, n'a point de vie; c'est pourquoi
il faut chercher dans un autre sujet
de quoi suppléer à ce qui lui manque,
& l'on aura une matière parfaite.
Le minéral dont nous nous occupons,
a une grande sympathie avec le
soufre commun, il en engloutit promptement
une bonne quantité, & devient
comme du cinabre d'antimoine, qui
désire le soufre & se sature en même
F iij

@

126 D I S C O U R S

temps de sel commun arsenical dont on
fait le sublimé.
On distingue toujours l'arsenic qui
contient du soufre commun avec peu
de mercure, d'avec celui qui contient
un peu de vrai soufre incombustible.
Il est très nécessaire de connaître
l'arsenic commun, qui contient beaucoup
de soufre externe, ce qui annonce
qu'il contient aussi un peu de
vrai soufre intérieurement.
Le mercure vulgaire diffère du mercure
philosophique, parce que le premier
n'a aucune vertu fixative, tandis
que le second fixe parfaitement, coagule
& pénètre avec une promptitude étonnante.
Il y a aussi une grande différence
entre l'arsenic vulgaire & l'arsenic philosophique,
ils paraissent cependant
semblables extérieurement, l'un contient
le lait de la vierge & le soufre incombustible
salin, & l'autre n'en contient
point; l'un & l'autre coagulent
cependant le mercure sublimé, & s'allient
avec l'orpiment & le réalgar.
Plusieurs sujets nous présentent l'arsenic
qui entre dans la composition
du magistère, le plomb, l'étain, le
borax, le zinc, sont de ce nombre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 127

mais surtout le plomb; ce métal quoique
vil, malade & lépreux, renferme
un soufre nitreux qui dévore tous les
métaux, comme nous le voyons par la
coupelle. Le plomb procure les mêmes
avantages que l'arsenic; ces deux métaux
diffèrent seulement en ce que l'un
est plus sulfureux que l'autre; mais
celui qui a plus de soufre a moins de
mercure, & celui qui renferme moins
de soufre contient une plus grande
abondance de mercure.
Nous ajouterons que plus le corps
est gras, plus il est sulfureux, & moins
arsenical; plus il est arsenical, plus il
est propre au grand oeuvre.
Mais, venons présentement au mélange
de la terre avec l'arsenic, c'est-
à-dire, au mélange métallique. La
terre & l'arsenic peuvent être regardés
comme la matière de la pierre des Philosophes,
parce que ces deux matières
contiennent le mercure & le soufre qui
s'y trouvent incorporés: c'est ce qui
produit les pyrites, les marcassites
qui sont les rudiments des métaux; &
si elles ne deviennent pas à leur degré
de perfection métallique, c'est parce
qu'elles n'ont pas une suffisante quantité
d'arsenic.
F iv

@

128 D I S C O U R S

Cependant, la partie mercurielle fait
bien tirer de l'air cette partie arsenicale
qui lui manque, ainsi que les soufres de
cette nature, de même que les sels vitrioliques.
C'est pourquoi Rupécisse
dit, ainsi que Basile Valentin, & plusieurs
autres Philosophes, que le vitriol
est le vrai principe des métaux; il faut
aussi entendre en même temps, & admettre
dans la même classe, toutes
les marcassites & pyrites qui ont été
vitriol auparavant.
Au reste, si la matière contient une
plus grande quantité d'arsenic, cela
provient de l'espèce de terre minérale,
comme il arrive en Angleterre,
dans la Province de Cornouaille, ou le
vitriol a une qualité supérieure & extrêmement
convenable aux opérations
chimiques.
Cette matière est composée d'arsenic
& de terre styptique martiale;
elle est différente du fer en ce que son
mercure arsenical n'est pas uni inséparablement
avec la terre, & qu'on
peut l'en séparer facilement. Après la
séparation de cette matière, il en résulte
un crocus violet, comme une
belle tulipe.
Si l'arsenic est un ferment adhérant

@

P H I L O S O P H I Q U E. 129

à la terre, il en résulte un véritable
métal qui est un bon fer, comme
nous l'avons déjà démontré.
Il est donc évident que le fer est le
fondement de tous les métaux, à l'exception
du plomb & de l'étain, qui proviennent
du mercure coagulé par le
moyen du soufre antimonial.
Le borax & l'antimoine sont aussi
coagulés par le soufre commun; mais
après les avoir décomposés, il en résulte
un véritable vif-argent, & ce vif-
argent est l'arsenic fluide proprement
dit.
Si la terre martiale est bien pure &
subtile, elle produit du cuivre; si elle
est très pure & très subtile, elle produit
de l'or; si elle est blanche, pure,
fixe & subtile, elle produit de l'argent.
Voilà pourquoi il n'y a pas de fer qui
ne contienne de l'or & de l'argent,
ainsi que du cuivre.
Le fer étant cuit avec une quantité
suffisante d'arsenic, désire s'unir avec
les métaux supérieurs, il se plaît avec
l'arsenic & le sel, ainsi que le soufre
commun.
Si l'on fait fondre du fer avec du
soufre & de l'arsenic, il en résultera
du plomb très certainement: voilà
F v

@

130 D I S C O U R S

pourquoi il y a beaucoup d'avantage
de fondre de la mine de fer avec des
corps sulfureux & arsenicaux; car c'est
là le moyen de retirer constamment
un métal très pur.
Le fer refuse toujours de s'allier avec
le vif-argent; il n'est pas possible d'amalgamer
ces deux métaux ensemble,
parce que le soufre arsenical ne se
trouve pas dans le mélange.
Le mercure sublimé agit cependant
bien puissamment sur le plomb martial,
dont il dessèche l'humidité, en
s'imbibant de toutes ses parties arsenicales.
L'arsenic est ami de l'étain, de l'argent
& du fer; c'est pour cette même
raison, qu'il n'y a pas de minière d'arsenic
qui ne soit environnée de fer;
mais ce fer a une qualité supérieure
qu'il a acquise avec l'arsenic, car on
le fait fondre aussi facilement que le
cuivre, & on l'amalgame avec l'or,
sans difficulté.
Il a fallu beaucoup de temps pour
découvrir toutes ces propriétés métalliques;
on a été obligé de faire un
grand nombre d'expériences coûteuses
& dangereuses, en altérant les métaux,
ou pour mieux dire, en les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 131

détruisant; on a reconnu que le fer est
le principe, la base & le moyen progressif
de tous les métaux. C'est le fer
qui communique au cuivre, à l'or, à
l'argent, la propriété qu'ils ont de ne
point se fondre sans être enflammés &
poussés à un degré de chaleur violente.
Plusieurs Philosophes disent qu'on
peut faire la pierre avec le mercure
vulgaire, par la voie sèche & par la
voie humide; mais il faut le sublimer,
le précipiter & le réincruder par le
moyen d'un soufre, dont la connaissance
conduit directement dans le sanctuaire
de la philosophie hermétique.
Basile Valentin assure qu'on peut aussi
faire la pierre avec le soufre du vitriol
romain, & il conseille de ne point
chercher l'azoth des Philosophes dans
un autre sujet.
Le rouge éclatant qu'on voit dans le
soufre de vitriol après sa fixation, indique
assez qu'il contient un grand arcane;
mais pour en retirer tout l'avantage
qu'en promettent les Philosophes
il faut l'animer avec un esprit métallique,
dont tous les auteurs ont parlé,
& dont ils ont tous gardé le secret.
Quand on veut travailler sur le vitriol,

@

132 D I S C O U R S

il faut en premier lieu le bien
calciner dans un four de verrier, où
l'on le réduit en cendre, dont on retire
le sel fixe, en les lessivant avec
de l'eau de pluie qu'on filtre ensuite,
& qu'on fait évaporer.
Ce sel contient un soufre qui resterait
pendant un siècle dans un feu de fusion
sans s'altérer, si on lui a fait subir les
opérations philosophiques. C'est probablement
à cause de cette qualité que
les Philosophes l'ont comparé à la salamandre.
Faites dissoudre & coaguler ce soufre
autant de fois que vous le jugerez
à propos, & vous verrez qu'il se résoudra
en eau aussitôt qu'il sera exposé
à l'air.
Prenez une partie de ce sel, faites-la
bien dessécher, & ajoutez-y autant pesant
de fleur de soufre commun; mettez
le mélange dans un creuset que vous
placerez au feu de roue; approchez les
charbons par degrés pendant une heure;
faites rougir le creuset, & vous aurez
une terre qu'aucune eau-forte ne pourra
dissoudre.
Le soufre commun, en se consumant,
pénètre le vitriol jusqu'au coeur,
& fait sortir cette substance indissoluble

@

P H I L O S O P H I Q U E. 133

qui renferme & indique un grand
arcane.
Cette expérience est bien peu coûteuse,
& se fait bien promptement;
c'est peut-être ce qui la fera regarder
comme de peu de conséquence par
beaucoup de personnes; mais celui
qui a réellement envie de s'instruire,
ne la méprisera pas, & pourra, en comparant
la cause avec les effets, se procurer
de grandes lumières: car cette
terre indissoluble avec la manière de
la préparer, indiquent les moyens de
parvenir à la connaissance du feu philosophique
qui n'est pas un objet de
peu d'importance.
Le soufre, dans cette opération,
par sa flamme, détruit entièrement
toute l'humidité qui se trouve dans le
sel du vitriol, & y concentre un feu
qui l'empêche de se dissoudre dans
l'eau-forte.
Le feu central & salin du vitriol,
se conjoint en même temps, par la
vertu du soufre, de la même manière
que cela arrive dans les entrailles de
la terre, où le soufre détruit toute
l'humidité du mercure, le fixe & le
cuit en métal, parfait ou imparfait,
tantôt par sa flamme, tantôt par sa

@

134 D I S C O U R S

fumée, & d'autres fois par sa vapeur
seulement.
On voit par-là, que le soufre détruit
& compose continuellement dans
les minières où il cuit les métaux avec
un feu visible & invisible.
Le soufre commun est un vrai type
du feu philosophique qui brûle & détruit
toutes les superfluités qui se trouvent
dans la matière de la pierre après
la calcination; mais ce feu ne doit détruire
que les parties terreuses & superflues,
& doit conserver les parties
essentielles, sans les endommager en
aucune manière.
Les Sophistes regardent le plomb
avec dédain, avec mépris, à cause de
sa noirceur, à cause de sa lèpre; mais
les vrais Philosophes qui connaissent
ses propriétés, & qui voient au travers
de son habit malpropre, les
choses précieuses qu'il renferme, l'estiment
infiniment & le regardent comme
le père de tous les métaux, parce
que tout ce qu'il contient extérieurement
est du genre de l'or: car le soufre
de ce métal, après avoir été travaillé
par une main philosophique, a la vertu
de fixer le mercure vulgaire en or
parfait.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 135

Le plomb qui a été employé à faire
des gouttières qui ont été exposées à
l'air pendant un siècle, contient un
soufre qui est le véritable aimant philosophique
qui est caché dans sa terre
noire.
Cette terre noire de plomb vulgaire
renferme les mêmes propriétés
que celle de l'antimoine des Philosophes
dont on extrait le mercure
philosophique qu'on fait végéter comme
une plante.
Le mercure qu'on extrait du plomb
selon la méthode philosophique, contient
un véritable soufre d'or avec lequel
on fait une des plus précieuses
médecines qui soit dans le monde; mais
il faut le faire putréfier au bain-marie
pour en séparer les quatre éléments,
qui doivent être bien purifiés & réunis
sur la fin de l'opération.
L'eau-de-vie pure contient aussi un
soufre d'or, mais il n'a pas une si
grande vertu que celui du plomb, &
il faut beaucoup plus de temps pour en
faire l'extraction.
Mais l'antimoine est encore bien
plus précieux que le plomb, aux yeux
des Philosophes; aussi est-il leur matière
favorite, parce qu'avec ce minéral

@

136 D I S C O U R S

& de l'or qu'on lui fait dévorer
par un moyen philosophique, on fait
la médecine universelle en bien peu
de temps; car on prétend que si on a
le bonheur de dissoudre radicalement
de l'argent dans la quintessence d'antimoine
dans laquelle on fait ensuite
dissoudre de l'or, on peut faire la
pierre en un mois philosophique.
Pour extraire de l'antimoine une
quintessence pure, il faut commencer
par le réduire en mercure fluide,
semblable, à la vue, au mercure vulgaire;
on le sublime, on le précipite
& on le fixe pour lui faire perdre
sa blancheur & découvrir le rouge
éblouissant qu'il renferme.
Cette couleur rouge indique un soufre
d'or parfait; on en fait l'extraction
avec du vinaigre distillé qu'on fait ensuite
évaporer, & l'on y joint un esprit
métallique pour lui donner une
vertu fixative & pénétrative.
Si vous avez le bonheur de réussir
dans le choix de l'esprit métallique,
que vous devez conjoindre avec ce
soufre d'or antimonial, vous aurez
dans peu de temps une médecine, qui
guérit, comme par miracle, toutes
les maladies du corps humain, & convertit

@

P H I L O S O P H I Q U E. 137

tous les métaux imparfaits en or
ou en argent parfait.
Le fer contient aussi un soufre précieux
& qui est absolument nécessaire
à la composition du magistère; mais
les Philosophes n'ont jamais enseigné
la vraie manière de le préparer.
Ce métal est d'autant plus essentiel
dans la composition de la pierre triangulaire,
qu'il contient intérieurement
le véritable argent philosophique avec
un vrai soufre d'or. Voilà pourquoi
l'on prétend que le fer est hermaphrodite,
l'argent qu'il renferme étant la
femelle; & le soufre d'or le mâle philosophique
qui opère la coagulation de
la pierre transmutative.

DE LA TRANSMUTATION
DES METAUX.
La transmutation des métaux se fait
par la voie universelle, ou par un moyen
particulier.
La première transmutation se fait
par le moyen d'un fluide mercuriel-
arsenical, tiré d'une terre styptique &
martiale, qui est composée d'un arsenic
métallique très pur & d'un soufre
de nature fixative. On la réduit en

@

138 D I S C O U R S

réalgar par le moyen du feu on la
fait digérer pour la rentre fusible,
pour la fixer, & la convertir en élixir
ou teinture.
La seconde transmutation se fait avec
une terre fixe, fusible, subtile, d'une
nature astringente.
La première transmutation se fait
par le moyen d'une substance métallique
qui contient la médecine composée
avec le fluide mercuriel qui est
analogue à tous les métaux. C'est
pourquoi lorsqu'on fait la projection
de cette médecine, elle s'insinue dans
les métaux comme de la cire; elle les
pénètre avec son ferment mercuriel,
les tempère & les rend parfaits. Sa
vertu est si grande, qu'une partie projetée
sur mille parties de métal cru,
a la propriété de le mûrir au suprême
degré de perfection, & d'en faire un
or parfait.
La seconde transmutation se fait par
la cimentation ou la fusion de l'argent
préparé avec une matière terreuse &
métallique, qui a une vertu styptique
& fixative, qui absorbe toute l'humidité
du mercure d'argent, resserre
ses pores, & lui donne la chaleur &
la couleur d'or parfait.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 139

Dans ces deux transmutations, rien
ne peut se faire sans le secours de la
terre mercurielle-arsenicale ou la terre
martiale-arsenicale.
La voie universelle est très longue,
tandis que la particulière est très
courte.
Les Philosophes ont réuni ces deux
voies par le moyen d'un sentier qui
communique de l'une à l'autre.
Ce moyen de réunion n'est autre
chose que le mercure des Philosophes
qui contient le sel de nature. Ce sel
est résolutif quand il est acué & animé
avec une terre martiale & un soufre
philosophique qui contient le germe
de l'or; mais il faut encore y joindre
un ferment naturel. Tout le secret
consiste dans la préparation, séparation,
purification & conjonction de la
matière.
La préparation consiste dans la séparation
des parties terreuses, grossières
& hétérogènes qui se trouvent mêlées
avec les esprits subtils; il n'y
a pas d'autre moyen pour réussir que
la calcination dans un four de verrier
ou au feu de réverbère. Cette opération
étant indispensable, nous la remettrons
de temps en temps sous les

@

140 D I S C O U R S

yeux du Lecteur, afin qu'il ne l'oublie
pas.
La conjonction se fait par le moyen
des distillations & cohobations réitérées
jusqu'à ce que la matière, de fixe
qu'elle était, soit rendue volatile,
spiritueuse & ignée.
Ceux qui auront le bonheur de réussir
dans ces opérations préliminaires,
pourront, avec l'aide de Dieu, parvenir
à la fin du magistère, en faisant
cuire la matière selon l'art.
Ces deux voies présentent deux sujets,
& deux opérations différentes;
mais il ne faut jamais perdre de vue
que ces deux sujets ou matières différentes
sont contenues dans le règne
métallique. Dès qu'on a le bonheur de
les connaître, il faut les faire fondre
dans un creuset avec un feu de flamme
violente pour les rendre styptiques.
Après la fusion, la partie mercurielle
se précipite au fond du vase & les scories
surnagent & se calcinent.
Flamel recommande d'avoir un grand
soin de ces scories; il conseille de les
mettre dans un mortier de fer, pour
les piler & les laver avec de l'eau
bouillante qu'il faut renouveler jusqu'à
ce qu'elle soit claire. On conserve

@

P H I L O S O P H I Q U E. 141

toutes ces eaux, on les filtre & fait
évaporer pour en retirer le sel fixe
qu'il faut conjoindre avec le mercure
qu'on a extrait de la même matière.
Voilà le double mercure ou l'hermaphrodite
des Philosophes. Cette
préparation indique assez clairement
la matière, quoiqu'elle ne soit pas
nommée. On voit bien que ce ne peut
être qu'un métal fusible qui contient
beaucoup de matières terreuses qu'on
sépare par la calcination pour dégager
le mercure philosophique qui y est
contenu.
Voilà la nymphe arsenicale & saline;
à cette époque, elle refuse de s'amalgamer
avec le mercure vulgaire; mais il
existe un moyen qu'on peut employer
pour les rendre amis: car l'Art surpasse
la Nature en bien des occasions, sans
cependant sortir de ses principes. Il faut
sublimer ce double mercure pour lui
couper les ailes, & l'on en fera tout
ce qu'on voudra; il se prêtera à toutes
les volontés de l'Artiste, qui, s'il a
assez d'intelligence, saura bien en tirer
un bon parti, en l'amalgamant avec
du mercure vulgaire, qui affaiblira le
trop grand feu du double mercure,
& l'empêchera d'agir si promptement,

@

142 D I S C O U R S

afin qu'on pût lui faire subir toutes les
opérations nécessaires pour en faire une
matière pure & parfaite.
Pour lors, on pourra l'appeler triple,
parce qu'il est composé de trois
substances différentes, qui néanmoins
sortent toutes du même principe. Voilà
le bain du roi ou de l'or; mais ce
métal doit être bien pur pour y entrer.
Si vous voulez purifier l'or au suprême
degré, faites-le fondre, comme
dit Basile Valentin, avec le loup vorace
qui dévore tous les métaux à l'exception
de l'or. Si vous répétez cette
opération jusqu'à dix fois, vous serez
assuré que si l'or contenait quelques
matières hétérogènes, elles auront été
dévorées par le loup dans ces différentes
fusions.
Faites ensuite passer cet or par toutes
les opérations philosophiques; animez-le;
faites paraître les aigles par le
moyen du plomb, du borax & de l'arsenic
coagulés qui se trouvent dans la
matière.
Si, lorsque cette matière est en fusion,
vous y ajoutez du mercure vulgaire,
il devient aussitôt arsenical &
résolutif. Si ensuite vous séparez ce

@

P H I L O S O P H I Q U E. 143

mercure par la distillation, il aura toujours
une qualité & une nature bien
différente du mercure vulgaire de la
classe duquel il est sorti.
Vous pouvez amalgamer ce mercure
avec de l'or & de l'argent préparés,
& les faire cuire dans l'oeuf
philosophique, pour en faire une teinture
qui a des vertus incomparables.
Les Philosophes connaissent un
moyen de mercurifier cette matière,
sans adjonction de mercure vulgaire,
en séparant la terre arsenicale qui opère
les mêmes effets que l'arsenic commun.
Cette même terre a la propriété de
réduire les cornes d'argent en mercure
coulant, & ils convertissent ensuite ce
mercure en or parfait.
Mais venons actuellement aux scories
de cette matière; quand elles sont
dépouillées de mercure & d'arsenic,
on peut les considérer comme une terre
martiale & un soufre incombustible.
La partie martiale dans cette opération,
cède son soufre arsenical &
mercuriel à la partie antimoniale, &
celle-ci cède, en même temps, son
soufre phlogistique à la partie martiale,
& les deux extrémités métalliques se

@

144 D I S C O U R S

rencontrent dans cette opération, dont
le résultat est que les scories sont aussi
précieuses que la partie qui se convertit
en mercure fluide.
Si l'on fait dissoudre ces scories dans
l'eau régale, il se précipitera un soufre
fixe & incombustible, entièrement
semblable à celui qu'on sépare de l'antimoine
avant sa réaction.
Si l'on fait dissoudre la partie mercurifiée
avec les scories, il en résulte
un soufre à la vérité, mais d'une nature
bien différente de celui qui provient
des scories.
Il paraît que la partie mercurielle
donne son soufre incombustible à la
partie martiale, à cause de sa qualité
styptique & astringente, qui attire
naturellement le soufre commun &
s'en imprègne bien facilement.
L'expérience, d'ailleurs, prouve
assez cette sympathie; car le fer se fond
promptement quand on le met sur le
feu avec du soufre commun; si, ensuite,
l'on fait fondre cette matière
avec du tartre, il en résultera une poudre
qui s'enflammera aussitôt qu'elle
sera exposée à l'air. La cause en est
bien évidente: ce n'est autre chose
que le feu martial qui est soufflé &
animé

@

P H I L O S O P H I Q U E. 145

animé par le mercure vulgaire qui est
contenu dans cette substance.
Cette petite digression ne sert qu'à
donner une idée de la force extraordinaire
de l'antimoine des Philosophes,
qui certainement n'est pas l'antimoine
vulgaire, qui n'entre point dans la
composition du magistère.
L'antimoine des Philosophes étant
dissous, donne un mercure coulant
de couleur d'or, qui dissout radicalement
ce roi des métaux, ce que le
mercure d'antimoine vulgaire ne fera
jamais.
Les scories de l'antimoine dont nous
parlons, étant exposées à l'air, produisent
un safran éblouissant, quoiqu'elles
soient entièrement dépouillées
de mercure & d'arsenic; c'est
pourquoi l'on ne saurait, en aucune
manière, l'employer à la réduction
des métaux, quand même on y rejoindrait
du mercure qui en a été extrait,
parce qu'elles ne sont pas susceptibles
d'une seconde réaction, ni capables de
recevoir la partie mercurielle qu'on
pourrait leur présenter.
La partie mercurielle, après la séparation,
contient le véritable arsenic
des Philosophes, & les scories
Tome I. G

@

146 D I S C O U R S

contiennent simplement une terre martiale
qui est entièrement dépouillée de
mercure. Ces deux matières, la partie
& les scories contiennent également
une substance qui est absolument
nécessaire à la composition du magistère.
Si nous séparons bien le soufre phlogistique
qui se trouve dans ces scories,
nous aurons le véritable soufre
phlogistique martial de l'antimoine des
Philosophes, ou l'or philosophique.
Ce mercure & cet or étant bien
conjoints ensemble, font la matière
ou la véritable teinture qui teint tous
les métaux imparfaits, & expulse du
corps humain toutes les maladies dont
il peut être attaqué.
Voilà une des voies pour arriver
au centre de la Philosophie hermétique
dans très peu de temps. Il existe
une autre voie, un autre sujet qu'on
prépare d'une manière différente; mais
il faut employer beaucoup plus de
temps.
On peut retirer le soufre d'or martial
de plusieurs sujets, comme des
terres bolaires, & de plusieurs autres
de cette espèce.
Le fer lui-même contient aussi une

@

P H I L O S O P H I Q U E. 147

assez grande quantité de ce soufre précieux;
mais pour pouvoir l'en retirer,
il faut commencer par réduire
ce métal en terre, pour en séparer
le mercure, & il faut que cette même
terre ne soit plus réductible en
métal, & qu'il ne soit plus possible
de la sublimer en l'exposant au feu de
réverbère.
Le mercure d'antimoine martial des
Philosophes doit être animé avec du
mercure vulgaire pour échauffer la
dissolution; mais il faut les mêler selon
les règles & proportions que Flamel
a détaillées dans ses ouvrages.
L'or & le soufre martial philosophique
doivent aussi fermenter ensemble
selon les règles philosophiques.
Le magnétisme martial & mercuriel
est bien visible; si on le prépare convenablement,
il peut absorber & précipiter
le mercure vulgaire dans très
peu de temps.
Tout le succès de cette opération
dépend de la préparation du safran
& de la quintessence martiale antimoniale
philosophiques: l'âme du mercure
des Sages est contenue dans ces
deux substances. Il faut surtout, que
la matière soit préparée de manière
G ij

@

148 D I S C O U R S

qu'il ne soit plus possible en aucune manière
de la réduire en corps métallique;
car si l'on pouvait la faire fondre &
la réduire en métal, au lieu de teindre
l'argent en couleur d'or, elle le
teindrait en noir & lui donnerait une
lèpre dont il serait bien difficile de le
guérir.
J'ai fait autrefois quelques opérations
avec cette matière: j'ai acquis
un safran qui, étant mis à la coupelle,
avec de l'argent, ne produisait pas de
l'or, mais j'en retirais une substance
martiale infiniment plus précieuse que
l'or.
Suathen dit, que les premières
scories de l'or martial contiennent un
arcane, & que les scories de la terre
martiale sont de peu de conséquence,
& qu'on n'en peut faire qu'un mauvais
fer en les travaillant par elles-
mêmes; mais si on leur fait subir la
réaction en les imbibant, il est certain
qu'on les ouvrira assez pour donner
entrée à l'or & à l'argent.
Ceux qui travaillent dans les minières
hermaphrodites, remarquent
tous les jours un arsenic mercuriel
vierge; ils peuvent le recueillir & le
purifier. S'ils savaient y joindre une

@

P H I L O S O P H I Q U E. 149

terre martiale sublimée, selon les proportions
que Flamel a indiquées, ils
auraient bientôt une médecine parfaite.
On peut voir, par ce que nous venons
de dire, que toutes les matières
minérales qu'on tire des entrailles de
la terre, sont dans le commencement
une terre calcaire, des vapeurs arsenicales,
ou un composé de trois corps.
La matière excède dans la pierre
hématite, le talc, la tuthie, dont on
ne prend que la vapeur métallique.
Si l'arsenic est coagulé, on n'en
prend que le soufre arsenical, & non
la terre, parce que ces deux substances
sont disposées en corps qui tend
à se convertir en plomb, en antimoine,
ou en vif-argent.
Lorsque la terre métallique est bien
mêlée, il en résulte du fer, du cuivre,
de l'or ou de l'argent. On connaît
la nature des métaux par la dissolution;
les uns, comme l'or, doivent
être dissous dans l'eau régale,
d'autres dans l'eau-forte.
La cause de la dissolution des métaux
dans les eaux corrosives, ne provient
pas de la distillation des sels qui
sont raréfiés; mais la véritable cause
G iij

@

150 D I S C O U R S

consiste dans quelques particules de
terre analogues aux métaux, & les
particules se trouvent dans le sel de
nitre & dans le sel commun.
Voilà la seule raison pour laquelle
les métaux subissent une réaction avec
l'esprit de nitre & de sel commun,
parce que ces deux sels contiennent un
mixte, un liquide solutif, cristallin,
salin & analogue aux métaux.
Le nitre contient, outre cette terre
homogène, des particules de soufre
ou terre grasse & sulfureuse. Le sel
commun contient des particules de
terre arsenicales ou sulfureuses qui
se manifestent sous la forme d'un précipité
rouge; mais ce signe paraîtrait
bien plus visiblement, si l'on faisait
distiller de l'esprit de nitre avec du
mercure, pour-lors on remarquerait
des particules de soufre aussi rouges
que le plus beau cinabre.
Quand on fait distiller de l'esprit de
nitre avec des raclures de plomb, il en
résulte un verre très rouge & fusible
à une faible chaleur, comme la cire.
La cause de cette vitrification est dans
le soufre du nitre qui opère puissamment
& promptement sur le plomb.
Une dissolution d'argent mêlée avec

@

P H I L O S O P H I Q U E. 151

l'esprit de sel commun, produit les
cornes d'argent, qui ne sont autre chose
qu'un arsenic antimonial; elles sont fusibles,
comme la cire. Le soufre arsenical
produit cet effet.
Voilà pourquoi l'esprit de nitre dissout
tous les métaux qui, dans la cémentation
ou liquéfaction, découvrent
toujours leur soufre, qui est divisé par
l'esprit de sel qui attire le mercure &
le soufre qui se réduisent en cinabre
pendant la cuisson ou fermentation.
Le mercure sublimé se dissout dans
l'eau-forte & dans l'eau régale, ainsi
que l'antimoine & le fer. Le soufre de
ces métaux, de même que ce sel, sont
altérés dans la fusion ou la cémentation,
lorsqu'on y joint de l'esprit de
nitre ou de sel commun.
On emploie ces esprits dans la voie
humide & liquide, comme on emploie
le soufre & le sel commun dans la
voie sèche; ces liqueurs, d'ailleurs,
ne sont autre chose qu'un sel liquide
& aqueux.
Les métaux désirent naturellement
le soufre & le sel comme leurs principes
fondamentaux. Le soufre blanc
& rouge, arsenical & mercuriel, ont
G iv

@

152 D I S C O U R S

toujours une grande sympathie avec les
métaux.
Les pierres sont formées par le limon
de la terre dès le commencement
du monde; c'est pourquoi l'on
peut dire avec vérité, qu'elles ne sont
autre chose qu'une terre grasse, pierreuse,
sablonneuse & nitreuse coagulées
& cuites par une chaleur centrale.
Les métaux s'engendrent dans certains
temps & dans des lieux où il n'y
en avait jamais eu auparavant.
Les minéraux peuvent être régénérés,
parce qu'ils sont composés de vapeurs
métalliques, comme le plomb,
le vif-argent, l'antimoine, le soufre &
l'arsenic.
Si, par le moyen de l'art nous savions
imiter la Nature, nous pourrions faire
des métaux avec les principes de la
terre antimoniale, de la même manière
que la Nature en fait sous nos yeux.
On peut même avec l'art surpasser
la Nature, quand on sait bien employer
ces principes, en atténuant & en purifiant
bien la matière, & en observant
bien les proportions, en faisant
des mélanges par principes, en cuisant,
en digérant avec un feu naturel.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 153

La Nature produit continuellement
un soufre blanc & rouge, gras & arsenical
dans les entrailles de la terre;
ce soufre est un sel de nitre dans le
commencement, & dans la suite, il
devient sel commun.
L'air est le siège du sel de nitre, &
la mer celui du sel commun: ces deux
sels sont engendrés par le soleil; ils
sont le principe éloigné de tous les
corps métalliques.
Beccher, dit que le monde est enchaîné
avec du sel de nitre, du sel commun,
& des atomes qui se développent
par le moyen des éléments combinés.
La mer est le symbole de la terre;
elle est remplie d'élixir qui est contenu
dans son sel.
Le sel de nitre contient une terre
simple & sulfureuse; le sel commun
contient un mercure qui engendre l'argent.
Cette même terre a la vertu de
teindre l'argent en or le plus pur.
Il existe une vertu magnétique entre
le sel de nitre & le sel commun, plus
forte que celle de l'aimant avec le fer.
Le mercure est aussi l'aimant de l'or,
qui est attiré avec une force étonnante
par ce métal volatil.
Tous les métaux sont l'alphabet de
G v

@

154 D I S C O U R S

la Philosophie hermétique. Les minéraux
peuvent également conduire un
disciple d'Hermès, à de très grandes
découvertes, on peut les considérer
comme autant de coupes pleines d'élixir
incombustible.
Le soleil préside à toutes les générations;
sans lui, il ne s'en ferait aucune;
c'est lui qui fait développer tous
les germes qui sont contenus dans les
éléments.
La Nature a un si grand soin de
toutes les créatures, qu'elle leur a
donné tout ce qui est nécessaire à leur
conservation.
Un homme bien portant peut tirer
de son urine un aliment pour se soutenir
chaque jour, pourvu qu'il ait
la manière de la travailler & l'appliquer
convenablement.
Il existe bien peu de remèdes qui
puissent procurer une grande réputation
à un Médecin ordinaire. Nous
pouvons vivre avec bien peu de chose;
si donc nous avons de quoi vivre, nous
couvrir, devons-nous être dans l'inquiétude?
Les réflexions suivantes sont un supplément,
ou pour mieux dire, une explication
de ce que nous avons dit

@

P H I L O S O P H I Q U E. 155

précédemment: celui qui a l'esprit &
le corps sain, y trouvera le moyen de
conserver sa santé & de prolonger sa
vie; on doit regarder ces deux objets
comme un trésor incomparable.
La vie & la santé sont contenues
dans l'esprit universel.
L'unique fomentation est contenue
dans la mer universelle; par la seule
raison qu'elle est salée, elle renferme
des trésors, elle contient les principes
& les germes de l'or & de l'argent
dans une quantité inépuisable.
L'air libre contribue beaucoup à
mercurifier les minéraux & demi-minéraux.
Corneille Agrippa a nommé un sujet
dans ses écrits; c'est une matière
vulgaire qui a la vertu d'attirer cet
esprit si salutaire. On en attire abondamment
dans un moment.
Cet esprit universel est si puissant,
qu'il guérit presque tous les maux par
sa seule vapeur & odeur; il est caché
sous une forme aérienne, aqueuse,
terreuse & saline. On l'attire de l'air
avec un aimant; il est aussi contenu
dans la rosée & l'eau de pluie.
Borelli a trouvé le moyen de dissoudre
l'or avec la rosée du mois de Mai,
G vj

@

156 D I S C O U R S

préparée, & avec l'eau de pluie putréfiée
& distillée. Lorsque l'eau de
pluie, & de tonnerre surtout, est concentrée,
elle donne un esprit qui répand
une odeur suave. Ce même esprit
est un véritable feu; il est aussi
ardent que l'esprit de vin; mais il a
des propriétés bien différentes. L'esprit
de rosée & d'eau de pluie ont la propriété
de dissoudre l'or sans ébullition;
ils guérissent aussi d'une manière merveilleuse
une grande quantité de maladies.
La classe minérale contient aussi des
décomposés, qui changent de nature
quand on leur fait subir certaine opération.
Le plomb, par lui-même, n'a aucune
saveur; l'esprit de vinaigre est
un acide pénétrant.
Tous les mélanges peuvent faire un
composé ou un décomposé qu'on peut
faire devenir plus doux que le sucre.
L'esprit de sel de nitre, avec l'argent,
devient un sel moyen. L'argent,
dans cette opération, donne ce qu'on
appelle vulgairement les cornes d'argent,
dont la vertu ne nous est pas
encore parfaitement connue.
L'antimoine cru n'opère pas sensiblement

@

P H I L O S O P H I Q U E. 157

par lui-même; mais quand on
le mêle avec des sels, il devient un
puissant vomitif, purgatif & diaphorétique.
Le vif-argent cru n'opère presque
jamais le moindre effet quand on le
prend; mais si on le mêle avec des
sels, tantôt il devient corrosif, tantôt
doux, d'autres fois diaphorétique.
L'or cru n'opère pas d'effets sensibles
dans le corps humain; mais si l'on
en fait la décomposition par le moyen
d'un certain esprit qui divise les trois
principes dont il est composé, il devient
ce qu'on appelle or potable, qui a des
vertus admirables; il a une force astringente
& fortifiante, c'est un alexipharmaque
& un excellent cordial.
Il en est de même des autres métaux
crus ou mêlés avec un menstrue
convenable. Ils ont la vertu de dissoudre
& coaguler philosophiquement:
ils peuvent fournir un dissolvant qui
n'est point un corrosif. On en retire
une essence douce & d'une odeur
suave.
Nous devons examiner soigneusement
la Nature, & tâcher de voir d'où sortent
les trois principes de l'or; c'est
là où nous devons puiser l'esprit universel

@

158 D I S C O U R S

qui fait végéter toutes les plantes;
& croître tous les métaux.
En triturant l'or par lui-même, on
peut le réduire en huile; plusieurs
autres sujets sont également réductibles
en huile par eux-mêmes; cela arrive
& doit arriver nécessairement, parce
que l'esprit universel s'incorpore avec
toutes les choses qui sont de sa nature.
La terre limoneuse, grasse, & le lut
bleu contiennent un esprit qui a des
propriétés merveilleuses, dont Beccher
a parlé dans sa Physique souterraine.
Les pierres à feu, les cailloux les plus
durs, contiennent une grande quantité
d'esprit universel, qui a la vertu de
guérir une grande quantité de maladies
dangereuses; en un mot, il peut
tenir lieu d'or potable.
Cet esprit est aussi contenu dans une
infinité de métaux & minéraux; c'est
pourquoi l'on dit, que c'est une bonté
infinie qui se trouve par tout, même
dans les lieux communs où il est mêlé
avec les excréments, dont on peut,
comme on fait en Angleterre & ailleurs,
retirer une bonne médecine végétative
& restaurative; mais l'esprit qu'il faut
employer pour faire la médecine universelle,
est bien plus libéral que celui

@

P H I L O S O P H I Q U E. 159

qu'on retire des lieux communs, quoiqu'il
contienne des perles précieuses.
Les pauvres comme les riches peuvent
l'acquérir; mais il faut un aimant de
sel pour l'attirer. Ceux qui auront le
bonheur de connaître ce sel, pourront
facilement faire la médecine universelle.
Quand on met ce sel dans une cornue
pour le faire distiller, on en retire un
esprit qui est plus rouge que le cinabre;
il a le goût de l'esprit de vin; il en a
l'odeur; il est moins piquant sur la
langue, & contient des propriétés admirables;
c'est un véritable élixir cordial,
qui rétablit les poumons & attire
la teinture de l'or, qui reste ensuite
aussi blanc que l'argent.
Ce sel contient des parties terrestres
& aqueuses dont il faut le dépouiller,
& on n'en retirera jamais le moindre
avantage, si l'on n'en fait une parfaite
analyse. Il faut ensuite le fixer pour en
extraire le soufre qu'il contient: on
fait paraître ce soufre sous la forme
d'une huile très douce, qui renferme
le germe de l'or.
Si l'on joint ce sel avec de l'eau, le
composé est un acide philosophique:
c'est une terre sulfureuse élevée, comme
l'eau forte & l'esprit de nitre nous

@

160 D I S C O U R S

le prouvent; car nous voyons que le
sel de nitre congelé dans sa forme
solide, n'est pas un corrosif en lui même;
l'esprit qu'on en retire est un acide
très puissant pour séparer les métaux;
mais il ne les pénétrera jamais jusqu'au
centre, c'est-à-dire, que leur soufre
ne peut être dissout avec ce menstrue.
On préfère d'employer le sel commun
à tout autre sel, pour assaisonner
les aliments, parce qu'il contient moins
de soufre.
Le sel de nitre, au contraire, contient
une si grande abondance de soufre,
qu'il détonne; lorsqu'il est divisé on en
retire un horrible corrosif, qui divise
non-seulement les métaux, comme
nous venons de le dire, mais aussi les
pierres les plus dures, parce que toute
la substance de ce sel est élevée dans
la distillation.
L'esprit de nitre réduit en eau par
une raréfaction, peut être réduit en
une masse solide par une manipulation
bien simple.
Il en est de même du sel commun &
de son esprit; c'est pourquoi il est bien
difficile de parvenir au centre & au
niveau de ces deux sujets généraux.
Faites paraître le vert-de-gris, qui

@

P H I L O S O P H I Q U E. 161

est le mâle, sur son sujet féminin; cette
verdure est admirable, c'est un soufre
qui est produit par un sujet combiné;
c'est le caractère des deux sujets généraux
réunis ensemble, qui se manifeste
sous la verdure.
Ces signes, ces couleurs qui paraissent
sur des sujets étrangers, sont,
pour un commençant, une lumière qui
peut le conduire au temple de la Philosophie
hermétique, dont la porte est
ouverte à quiconque sait tirer la quintessence
de l'azoth, dont il faut séparer
les parties terrestres, grossières & hétérogènes,
en distillant, en cohobant,
& en rectifiant.
Les deux sels ou sujets généraux dont
nous parlons, contiennent une matière
qui a la vertu de séparer, digérer &
mûrir l'argent, & le teindre en or dans
toute l'étendue de son corps, par la
seule raison que ces deux sujets contiennent
un véritable argent pur & fixe.
Si nous avions de l'or exalté, nous
pourrions y ajouter de l'argent fixé au
point de pouvoir résister à l'eau forte.
Si nous pouvions nous procurer ces
deux sujets, nous aurions de quoi faire
ce qu'on appelle un bon particulier,
qui sans être comparable au grand

@

162 D I S C O U R S

oeuvre, ne laisserait pas d'être une
source de richesses.
Géber parle de ce secret dans son
livre du Fourneau, chap. 18, & pour
réussir dans cette opération, le même
Philosophe dit, sous le voile de l'énigme,
qu'il faut extraire la teinture
jaune de l'or, & la projeter sur de
l'argent en fusion. Cet argent sera aussitôt
teint en or pâle, qu'on peut rendre
jaune facilement par le moyen de l'esprit
de nitre, ou en le faisant fondre
avec l'antimoine, ou avec du cuivre
rosette, dont l'or attirerait la teinture.
La composition du menstrue avec
lequel un Anglais tirait la teinture de
l'or pour l'opération précédente, se
trouve dans le Livre de Boyle.
Paracelse a aussi donné un secret
particulier, très véritable, dans son
Livre des Vexations, dans le second
Supplément. Ce secret consiste dans un
mélange de métaux avec du vif-Argent.
On fait un amalgame qu'on triture fortement,
& on le fait digérer.
On fait aussi une opération avantageuse,
en cohobant du vif-argent sur
du cuivre. La trituration convertit le
mercure en poudre, qu'on réduit en
corps de plomb, selon les degrés de

@

P H I L O S O P H I Q U E. 163

mixtion qu'on doit observer; & c'est
sur ces règles qu'on trouve dans les
ouvrages de ces deux Philosophes,
qu'un commençant doit réfléchir, s'il
a envie de faire du progrès.
Tous les sels volatils sont réellement
urineux, & de même nature,
comme tous les sels fixes sont alcalins;
ils ne diffèrent guère entre eux que par
leur qualité spécifique. Ils sont tous huileux,
& ne diffèrent que par l'odeur;
c'est pourquoi ils sont presque tous de
même nature.
Il en est de même des esprits ardents
dont le flegme & le caput mortuum ont
presque tous la même qualité.
Boyle & Pancard, disent, que pour
opérer la transmutation des métaux,
il faut extraire des corpuscules métalliques,
& les préparer à cet effet.
Beccher assure, que le fondement
des métaux consiste dans une terre
triple, dont le mélange produit un métal;
mais pour extraire la quintessence
de cette matière, il faut la décomposer.
Ces trois terres métalliques se trouvent
par toute la terre, dans les abîmes
les plus profonds, dans le fond de la

@

164 D I S C O U R S

mer, aussi bien que dans les entrailles
de la terre.
Quand on a eu le bonheur de connaître
cette matière, qui est l'azoth
des Philosophes, il faut la calciner,
la mercurifier, & réduire ce mercure
en première matière; & l'on aura le
véritable dissolvant de l'or, qui se fond
dans cette liqueur, sans ébullition,
comme du beurre ou de la glace dans
l'eau chaude, parce que l'un & l'autre
sont homogènes, & sortent du même
principe.
Quand nous cherchons l'azoth des
Philosophes, nous ne devons avoir
d'autre motif que celui de glorifier
Dieu, de pourvoir à notre conservation,
& de soulager les pauvres, qui
sont les Membres de Jésus-Christ. Il
faut éloigner de nous tout ce qui peut
être contraire à la Religion, nous soumettre
entièrement à la morale de
l'Evangile, & sur-tout, bannir de notre
esprit toute affection pour les richesses,
qu'il ne nous est pas permis de désirer
pour aucun autre motif, que pour celui
de soulager les pauvres, les veuves
& les orphelins, surtout, si nous avons
le nécessaire à la vie.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 165

La connaissance de ce trésor ne peut
venir que de Dieu, qui l'accorde à
celui qui a toutes les dispositions nécessaires
pour en user avec prudence;
car Dieu ne permettra jamais qu'un
impie, un voluptueux & un homme
sans foi, soit possesseur d'une chose
aussi précieuse, pour l'employer à nourrir
son orgueil en vexant & écrasant les
gens de bien qui sont dans la peine, &
dont le sort malheureux ne le toucherait
en aucune manière.
Nous ne devons pas ignorer que
nous ne trouverons pas le dissolvant
de l'or dans la première chose qui peut
nous tomber sous la main, quoiqu'il
se trouve partout; car il faut choisir
un sujet analogue avec l'or & l'argent,
& qui soit d'une nature métallique.
Il faut considérer que toutes les
choses sublunaires contiennent une eau
visqueuse & minérale, d'un goût un
peu piquant sur la langue. Voilà à-peu-
près la définition du dissolvant de l'or,
ou le menstrue universel. La matière
qu'on doit employer, ne peut être que
l'esprit universel, qui produit tout ce
qui conserve tout; mais cet esprit universel
est invisible, c'est pourquoi il

@

166 D I S C O U R S

n'est pas possible de l'acquérir sous sa
forme spirituelle.
Il faut donc prendre la masse solide
dans laquelle il réside; cette masse solide
est un corps métallique, où l'esprit
universel est adhérant; prenons ce
corps métallique, calcinons-le pour
en extraire l'esprit universel, & nous
serons bientôt possesseurs de la médecine
universelle.
Nous avons déjà dit plus haut, que
la terre est la première matière de
tous les êtres. La terre est la base de
tous les métaux, des minéraux, des
pierres, du sable & des cailloux; mais
tous ces corps ont été formés d'une
terre plus ou moins pure; l'azoth philosophique
dois avoir été formé d'une
terre très pure, nous pourrons reconnaître
cette vérité en le décomposant;
car tous corps après sa dissolution ou
décomposition, retourne en sa première
matière, l'homme, lui-même, qui est
l'image de Dieu, l'homme, dis-je, a
été formé de terre très certainement,
puisque nous voyons tous les jours
dans les cimetières, que les hommes
retournent en terre, & redeviennent
réellement terre après leur mort, c'est-

@

P H I L O S O P H I Q U E. 167

à-dire, que l'homme, après sa mort
reprend sa première forme.
La terre est donc évidemment la matière
universelle dont tous les êtres
sont formés; c'est elle qui les conserve;
c'est dans les cavernes de la terre qu'il
faut chercher l'esprit universel, ou du
moins, l'aimant naturel pour l'attirer
& le réunir.
Voilà, à-peu-près, tout ce qu'on
peut dire de plus positif sur ce sujet;
nous n'avons omis aucune circonstance
essentielle. Nous déclarerons ci-après
la manière de procéder; mais nous
prévenons nos Lecteurs qu'il ne nous
est pas permis de parler d'une manière
plus intelligible, & que nous emploierons
les allégories philosophiques pour
déclarer certaines opérations.
Après avoir reconnu la matière de
la pierre par sa décomposition, comme
nous venons de le dire, il faut la piler
dans un mortier pour en faciliter la
calcination. On peut, sans crainte le
calciner au fourneau de réverbère, &
même dans un four de verrier, parce
que la matière de la pierre est comme
la salamandre qui ne craint point le
feu; c'est l'expression de tous les Philosophes.
Tirez ensuite le sel fixe de la

@

168 D I S C O U R S

chaux en lessivant, faites ensuite bouillir
la lessive jusqu'à réduction de moitié;
remplissez le vase avec une pareille
lessive, & faites-la encore bouillir jusqu'à
réduction de moitié. Il faut répéter
cette opération jusqu'à huit fois.
Après cela, vous aurez un sel parfait,
c'est ce que les Philosophes appellent
eau qui ne mouille pas les
mains; sans cette eau, rien ne pourrait
croître dans le monde. Voilà un
des plus grands secrets des Philosophes;
voilà l'esprit universel corporifié, &
dont on peut se servir pour guérir les
maladies les plus dangereuses. Voilà
l'opération philosophique qu'on dit être
l'ouvrage des femmes, parce que c'est
une lessive, parce que ce sont les femmes
qui font la lessive.
Ce sel, ainsi préparé, est le véritable
sel de la terre, qui, aux yeux, ne
paraît qu'une seule & même chose;
mais il en contient cependant trois
différentes avec les quatre éléments.
1°. Il contient d'abord un esprit volatil
& fixe en même temps, quoiqu'il
ne soit que d'une nature moyenne.
2°. Il contient un sel ammoniac ou
sel volatil.
3°. Il renferme une substance saline,
fixe,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 169

fixe, alcaline. Voilà ce qui est contenu
dans la substance du sel philosophique,
qui est le Symbole de la très Sainte
Trinité.

PREPARATION
DE L'ESPRIT DE SEL PHILOSOPHIQUE.
Prenez trois livres de sel philosophique,
broyez-le avec une livre de
la terre calcinée dont il a été tiré;
arrosez-les avec de l'eau de pluie d'été;
broyez le tout jusqu'à consistance de
pâte, dont vous formerez des boules
de la grosseur d'une petite noix: faites-
les sécher à l'ombre, mettez-les dans
une cornue de terre, & faites distiller
l'esprit de sel philosophique selon l'art.
La partie volatile du sel se sublimera
& s'attachera au col de la cornue.
Quand votre vase sera refroidi, vous
détacherez le sublimé avec une plume,
& vous le mettrez dans l'esprit, où il
se dissoudra & s'incorporera promptement;
parce que l'esprit & le sel volatil
sont de la même nature.
Vous continuerez cette opération
avec les autres parties de sel philosophique,
en les incorporant, comme ci
Tome I. H

@

170 D I S C O U R S

dessus, avec un tiers de terre calcinée;
& de l'eau de pluie, pour en faire des
boules, dont vous tirerez l'esprit &
le sel volatil, jusqu'à ce que vous en
ayez en quantité suffisante.
Vous mettrez ensuite tous les esprits
& les sels sublimés, dans un matras de
verre, avec un chapiteau à bec & un
récipient bien luté; placez le vase au
bain-marie, ou sur les cendres chaudes,
pour séparer les flegmes & bien
rectifier votre liqueur.
Il faut observer que ces esprits sont
violents; c'est pourquoi on ne doit jamais
laisser moins de vide que la moitié
du vase, autrement il se briserait
avec une explosion épouvantable.

PREPARATION
DU SEL FIXE PHILOSOPHIQUE.
Après avoir ainsi tiré l'esprit & le sel
volatil du sel philosophique, vous trouverez
une tête morte au fond de votre
cornue, dans laquelle tout le sel fixe
philosophique est contenu avec des
parties terreuses, dont il faut le délivrer
en lessivant avec de l'eau de pluie
distillée. Il faut ensuite filtrer la dissolution,
la faire évaporer, & le sel fixe

@

P H I L O S O P H I Q U E. 171

restera au fond du vase évaporatoire.
Ce sel sera aussi blanc que la neige,
& se fondra, comme de la cire, à une
chaleur douce.
Après cette opération, d'une seule
chose, qui est l'azoth des Philosophes,
vous en aurez fait trois, qui sont le
corps, l'âme & l'esprit tirés du même
sujet. Conservez-les séparément pour
les réunir quand il faudra, avec une
partie de sel fixe, réduit en poudre
impalpable. Vous renfermerez le tout
dans un pélican bien luté, & vous
ferez digérer la matière sur les cendres
tièdes pendant quarante jours.
Pendant la digestion, vous verrez
que les trois principes se réuniront &
se convertiront en mercure philosophique,
par le moyen duquel vous
pourrez réduire l'or calciné, en sa première
matière, vous n'aurez plus d'autres
opérations à faire que celle de
conduire cette matière au degré de
teinture parfaite par le moyen d'un
feu gradué, selon les circonstances &
les différentes couleurs que vous verrez
paraître.
Voilà ce qu'on appelle menstrue où
dissolvant universel, qui dissout généralement
tous les métaux, les minéraux,
H ij

@

172 D I S C O U R S

les pierres, les gommes, & qui
s'unit & s'incorpore avec toutes ces
matières, dont aucune ne s'y conjoint
plus facilement que l'or, qui, dans ce
bain salutaire, rajeunit comme l'aigle
dans sa vieillesse pour engendrer un
enfant infiniment plus brillant & plus
parfait que son père & sa mère.
L'or se lave d'une manière miraculeuse
dans ce bain, s'y rafraîchit & y
reprend sa forme primitive. Il y reprend
un nouveau corps beaucoup plus parfait
que celui qu'il avait auparavant.
Voilà une idée des propriétés admirables
du mercure des Philosophes,
qui n'a pas besoin du secours d'aucune
autre matière étrangère; celle
que nous venons d'indiquer suffit pour
lui donner cette force; c'est pourquoi
nous devons conclure, que tous les
procédés qui enseignent des mélanges
de différentes drogues, sont faux.
Notre mercure ne germe ni ne fructifie
que dans le cas où il est joint à une
substance analogue à sa nature: l'or &
sa semence doivent être déposés dans
leur matrice convenable, comme il
arrive à l'égard des végétaux & animaux;
car si le grain de froment n'est
pas mis en terre, c'est-à-dire, dans

@

P H I L O S O P H I Q U E. 173

sa matrice, il ne germera jamais, parce
que la terre est la seule matrice des
végétaux.
Par la même raison, l'or doit être
déposé dans une matrice métallique
du même genre; autrement il ne germera
ni ne fructifiera jamais.
Il y a beaucoup de personnes qui
prétendent, qu'on peut faire la pierre
avec le vif-argent vulgaire, sans adjonction
d'aucune autre matière; ces mêmes
personnes fondent leurs prétentions
sur ce que dit Géber, qu'on
peut faire toutes choses avec le vif-
argent seul; cependant tous les Philosophes
ont assez fait comprendre qu'il
faut réduire le vif-argent en sa première
matière, & lui faire perdre la forme
qu'il a en sortant de la minière, parce
qu'en cet état, il ne peut servir à rien;
mais quand on l'a réduit en sa première
matière, il suffit de le remettre dans
sa matrice naturelle, pour le faire parvenir
au degré auquel la Nature l'a
destiné lorsqu'elle la* produit.
Il est constant qu'on peut faire de
l'or & même la pierre avec le vif-
argent, parce qu'il est la source & le
sperme de tous les métaux; mais il
faut le réduire en sa première matière,
H iij

@

174 D I S C O U R S

lui faire faire le tour de la roue philosophique,
& lui faire subir la préparation
& la digestion nécessaires à cet
effet.
La pierre du troisième ordre dissout
les corps métalliques, & les réduit
en leur première matière, pour les
unir d'une manière inséparable; c'est
ce qu'on appelle teinture permanente.
La connaissance de cette science vient
de Dieu, qui la donne à celui qui a
les dispositions nécessaires pour en faire
un saint usage, comme nous l'avons
déjà dit.
Le mercure des Sages & la médecine
universelle, ne sont qu'une seule &
même chose que Dieu a créée pour
la conservation de la santé du genre
humain, pour le guérir de toutes ses
maladies, & pour lui donner, en même
temps, les moyens de se procurer tout
ce qui peut lui être nécessaire dans le
monde; Mais il faut que vous tiriez
vous-même ce mercure du sujet où il est
caché; vous pourrez le faire paraître
par le moyen de l'art, sans lequel vous
ne ferez jamais un composé parfait.
Toutes les matières qu'on peut résoudre
en eau sont de la nature des
sels; car tout sel est une eau coagulée

@

P H I L O S O P H I Q U E. 175

qu'on peut résoudre en eau de la même
manière que la glace dans l'eau chaude.
Toutes les matières arides qui ont
la propriété de dessécher, sont de l'espèce
du soufre; & toutes celles qui sont
graves & luisantes, sont comprises dans
la classe du mercure vulgaire, qu'il faut
réduire en sa première matière, pour
le rendre mercure philosophique. Cette
réduction est le point essentiel où des
milliers de Chimistes ont échoué; mais
quand on a le bonheur de réussir, il est
absolument nécessaire d'y joindre un
ferment d'or vulgaire; mais purgé avec
l'antimoine, & calciné d'une manière
convenable. Sans le secours de ce ferment,
il est impossible de faire une
teinture métallique.
On emploie de l'or pur, pour faire
une teinture rouge; & pour faire une
teinture blanche, il faut prendre de
l'argent de coupelle.
Il est très essentiel d'observer que
l'or & l'argent vulgaires qu'on emploie
pour faire les deux ferments,
doivent être entièrement dissous dans
le menstrue ou mercure vulgaire réduit
en première matière. Si l'or n'est
pas entièrement dissout, il ne se réincrudera
jamais, & par conséquent sera
H ij

@

176 D I S C O U R S

dans l'impossibilité de se multiplier pour
teindre les métaux imparfaits.
Il faut donc nécessairement réduire
l'or vulgaire dans son état naturel,
c'est-à-dire, en eau; alors il ne sera
plus or vulgaire: mais un véritable or
philosophique, tel qu'il a été dans son
origine dans les entrailles de la terre;
car l'or converti en eau, par le moyen
du mercure philosophique, est une eau
de la même espèce que celle dont ce
roi des métaux est formé dans la minière
où elle se congèle par la crudité
de l'air.
Nous avons déjà dit, que dans le
temps que le mercure vulgaire se forme
dans les entrailles de la terre, il
existe en premier lieu sous la forme
d'une eau limpide, & nous ajouterons
qu'il tombe en larmes quand la Nature
le produit dans les minières, ou il se
fixe, se cuit & se convertit en métal
par l'odeur du soufre plus ou moins
pur, qui produit tous les métaux parfaits
& imparfaits, selon le degré de
pureté où se trouve ce soufre, lorsqu'il
répand sa vapeur sur le mercure, qui
est sur le point de se métallifier.
Mais quand le soufre de nature ne
se trouve pas au degré de perfection

@

P H I L O S O P H I Q U E. 177

nécessaire, & bien imprégné de l'esprit
universel, il ne saurait produire de
l'or ni de l'argent; il ne fait que des
métaux bâtards, des minéraux, des
demi-métaux & des pierres.
Les minières abondantes sont toujours
redevables de leur existence à
une abondance de soufre, qui opère
toujours une génération métallique
abondante. Lorsque la circulation du
soufre vient à être interrompue, l'eau
métallique ne se fixe plus, ne se congèle
plus, & reflue des entrailles de la
terre au-dehors. Aussitôt que cette
même eau sent la crudité de l'air, sa
chaleur naturelle se concentre intérieurement;
elle se coagule en forme
de plomb liquéfié, en retenant un
mouvement continuel, & c'est ce
qu'on appelle mercure vulgaire.
Pour avoir le mercure philosophique,
il faut dissoudre ce mercure vulgaire
ou cette eau métallique, sans
rien diminuer de son poids; car toute
sa substance doit être convertie en
eau philosophique.
Les Philosophes connaissent un feu
naturel qui pénètre jusqu'au coeur du
mercure, & qui l'éteint intérieurement:
ils connaissent aussi un dissolvant
H v

@

178 D I S C O U R S

qui le convertit en eau argentine,
qui est pure & naturelle; elle
ne contient ni ne doit contenir aucun
corrosif.
Aussitôt que le mercure est délivré
de ses liens, & qu'il est vaincu par la
chaleur, il prend la forme de l'eau, &
cette même eau est la chose la plus
précieuse qui soit dans le monde. Il
faut bien peu de temps pour faire prendre
cette forme au mercure vulgaire.
Cette eau ne mouille pas & ne s'attache
pas aux mains comme l'eau
commune; quand on la met avec des
métaux imparfaits, elle ne fait que séparer,
d'une manière merveilleuse,
toutes les impuretés dont ils sont remplis;
elle s'unit avec eux, se fixe &
se corporifie en substance métallique.
Il y a deux moyens de faire cette
réduction de mercure vulgaire en eau
ou mercure philosophique: les Philosophes
ayant achevé la précédente,
ont observé que la Nature a laissé dans
une substance aqueuse & métallique,
la véritable semence de l'or, & cela
est très évident dans la pratique de la
pierre. On a été convaincu que tout
le règne métallique tend à l'espèce de
l'or & de l'argent.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 179

Il est indubitable que la semence
de l'or & de l'argent se trouve dans
le règne métallique; mais dans quel
métal ou minéral chercherons-nous
cette semence? Voilà le point essentiel;
tout le succès dépend du choix:
cela paraît bien difficile à une personne
qui s'attache aux objets extérieurs,
& qui n'a pas le courage de
pénétrer plus avant; mais celui qui
veut se servir de sa raison, doit
bien voir que si l'on veut se procurer
une semence pure & parfaite de
l'or & de l'argent, il faut la chercher
dans l'or & dans l'argent, & que pour
l'extraire de ces corps, où elle est
comme dans une prison, il faut les
ouvrir, les diviser, & pénétrer jusqu'au
réservoir où est renfermé leur
soufre incombustible.
La raison pour laquelle il faut chercher
la semence de l'or & de l'argent
dans le corps de ces deux métaux,
est bien évidente. C'est parce qu'ils
sont parfaitement cuits, & qu'aucun
autre métal ne peut leur être comparé
pour la perfection.
Il est bien plus raisonnable de chercher
le germe de l'or dans l'or même,
que dans le plomb, comme font
H vj

@

180 D I S C O U R S

tant d'ignorants qui prétendent l'y trouver.
Nous ne pouvons nier, que le plomb
renferme un grand arcane; mais il ne
faut pas prendre le plomb vulgaire pour
le plomb philosophique; car le plomb
des Philosophes est un minéral qui
contient deux substances qui produisent
tous les métaux. Ces deux substances
sont l'hermaphrodite qui produit
le mercure des Philosophes par
une vertu magnétique.
L'azoth, ou saturnie des Philosophes,
paraît vile, noire, sale; on la
vend à vil prix, parce qu'on ne connaît
pas les trésors qu'elle renferme.
Elle est aussi venimeuse qu'une vipère,
quand on ne lui a pas encore
fait subir les travaux préliminaires,
qui sont la calcination & la sublimation;
mais après que cette saturnie a
été purifiée par le feu, son venin se
change en baume salutaire. Le feu la
dépouille de sa peau de serpent, son
odeur insupportable est changée en
une odeur suave qui réjouit lorsqu'elle
vient frapper les narines, parce
qu'elle renferme le plus grand spécifique
dont la base est l'esprit universel
& l'humide radical de tous les métaux.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 181

Nous devons adorer les décrets de
la Providence qui a voulu cacher une
si belle rose dans une matière aussi sale
& aussi puante. Voilà pourquoi elle
est négligée, méprisée, & connue de
si peu de personnes.
On peut dire que cette matière est
un véritable or & un véritable argent
en même temps, parce qu'elle contient
la teinture de ces deux corps parfaits.
On l'appelle Jupiter à cause de son
instabilité; elle contient deux sels différents,
l'un volatil & l'autre fixe, qu'il faut
réunir par le moyen d'un lien indissoluble,
pour en faire le mercure philosophique,
qui est le fils unique de l'or.
Voilà la description de l'azoth, ou
saturnie des Philosophes, qui est une
matière incombustible, dont on tire
le mercure des Philosophes qui est
coulant, pesant, & semblable au mercure
vulgaire, à la vue seulement.
Le mercure philosophique, quoique
semblable au mercure vulgaire,
ne peut cependant lui être comparé
en aucune manière par rapport aux
effets merveilleux qu'il peut produire
après qu'on en a séparé toutes les
parties grossières, & qu'on l'a bien
rectifié par la distillation, après laquelle

@

182 D I S C O U R S

il reste une tête morte au fond
de l'alambic. Cette résidence ne doit
point être rejetée, quoiqu'elle ne
saurait entrer dans la composition du
magistère; car on peut la calciner
pour en extraire l'or pur qu'elle contient
en assez grande quantité pour
qu'on se donne la peine de le ramasser.
Il paraît au premier abord, que
cet or pourrait opérer des effets merveilleux,
si on le projetait sur les
métaux imparfaits en fusion; mais on
se tromperait, si l'on prétendait faire
autre chose que de donner une très
légère teinture au métal sur lequel on
le projetterait. Ce ne serait qu'un
mélange d'or avec un autre métal
pour le perfectionner, de la même
manière qu'on allie de l'or avec du
cuivre; il n'y aurait aucune transmutation,
& elle ne pourrait s'y opérer,
parce que cet or n'a point d'entrée,
attendu qu'il n'a pas été mis à mort,
pour être réduit en putréfaction, &
ressusciter ensuite avec un nouveau
corps infiniment plus parfait que celui
qu'il avait auparavant.
Quand les Philosophes eurent trouvé
cet or, ils découvrirent bientôt
d'où provenait la véritable source du

@

P H I L O S O P H I Q U E. 183

mercure. Ils semèrent ensuite l'or dans
une terre convenable pour le multiplier
en vertu & en quantité; c'est ce
que les Philosophes appellent rotation.
Ils remettent cette même poudre
avec du nouveau mercure de la première
opération, & la matière passe
par toutes les couleurs dans l'espace
de trois mois; & plus on réitère cette
opération, plus on augmente la vertu
& la quantité de la médecine; mais
en la travaillant de cette manière, il
faut que l'art soit toujours d'accord
avec la Nature à laquelle on donne
des secours pour l'aider à conduire
son ouvrage au point de perfection
dont il est susceptible.
Il existe une semence métallique dans
le règne minéral, par le moyen de laquelle
il se fait une putréfaction &
une multiplication dans les minières.
Cette semence fait la même chose
dans le règne minéral, que fait la semence
des végétaux que le jardinier
met en terre. Tout dérive d'une semence;
il ne peut exister aucune multiplication
sans semence. Les Philosophes
sont les seuls qui connaissent cette
semence minérale, parce qu'elle est
cachée dans les entrailles de la terre.

@

184 D I S C O U R S

Il n'est pas impossible aux hommes,
avec l'aide de Dieu, de découvrir le
minéral qui contient cette semence;
mais il est bien difficile de la tirer de
ce sujet sans l'altérer; car si l'on emploie
des corrosifs, les esprits seront
brûlés, & la semence ne pourra jamais
se développer. D'ailleurs, la pratique
est longue; les vases sont de verre &
se brisent à chaque instant; voilà pourquoi
il y a si peu de personnes qui réussissent.
Nicolas Flamel a travaillé pendant
vingt-trois ans avant de connaître la
véritable matière.
Plusieurs autres Philosophes l'ont
cherchée pendant plus de trente ans;
& après avoir eu le bonheur de la
connaître, il s'en est trouvé qui l'ont
travaillée pendant plus de quinze ans
avant de trouver le vrai moyen d'en
extraire la semence métallique; car il
faut calciner cette matière sans y rien
ajouter d'étranger.
Il faut bien examiner les minéraux,
parce qu'ils ne sont pas tous convenables;
il n'y en a que deux dont on
puisse tirer la semence métallique qui
y est contenue, & il n'y a qu'un seul
moyen de faire cette opération. Les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 185

clefs du magistère sont cachées dans un
antre où il est bien difficile de pénétrer;
car de mille sentiers qui paraissent
y conduire, il n'en est qu'un seul
où l'on ne soit pas exposé de s'égarer
& se perdre.
Nous ne devons pas ignorer qu'avant
que la semence métallique fut renfermée
dans un métal, la Nature l'avait
placé dans un sel, & c'est ce même sel
qui est la minière des Philosophes; ce
sel est un véritable minéral, puisqu'il
renferme la clef de tous les métaux
qu'on peut réduire en eau ou en leur
matière primitive, ou autrement, en
mercure philosophique.
Quand vous serez possesseur de ce
double mercure, faites-le cuire, &
gardez-vous bien d'y rien ajouter d'étranger.
Ce mercure est une hermaphrodite,
mâle & femelle; il est froid & humide,
chaud & sec tout à la fois. Comme
mercure, il est femelle; comme soufre,
il est mâle: donc* la propriété est de
dessécher. Comme mercure, il humecte
& rafraîchit; comme soufre, il
fige & congèle.
Quand ce mercure est travaillé par
une main adroite, il devient aussi brillant

@

186 D I S C O U R S

que l'argent de coupelle, si son
soufre est blanc; & s'il est rouge, il
devient aussi éclatant que l'or le plus
pur.
Il est évident, par ce que nous venons
de dire, que la composition de
la pierre consiste dans la préparation
d'une matière métallique qu'il faut
rendre subtile, & convertir en sa première
matière.
Cette préparation consiste dans une
calcination préparatoire, suivie d'une
distillation & circulation des éléments
qui sont renfermés dans le sujet de la
pierre.
Il y a deux préparations, l'une interne,
& l'autre externe; la préparation
externe consiste dans l'extraction
du mercure qu'il faut tirer d'un sel minéral
philosophique, par le moyen
d'un aimant philosophique, le dépouiller
ensuite de ses parties grossières,
terrestres & hétérogènes, afin que de
tout le corps de la matière, il ne reste
que la quintessence qui est le vrai mercure
philosophique.
Il faut ensuite purifier les éléments
qui ont contracté mille souillures dans
leur coagulation dans la minière; c'est
pourquoi il est absolument nécessaire

@

P H I L O S O P H I Q U E. 187

de les purifier & d'en séparer les parties
terrestres, qui empêcheraient indubitablement
la médecine de pénétrer
lorsqu'on en ferait la projection sur les
corps imparfaits. En séparant ainsi du
mercure philosophique, à plusieurs reprises,
toutes les ordures qu'il a contractées
dans la minière, on le rend
fort & vigoureux, il acquiert une nouvelle
vertu minérale pour atteindre au
point de perfection qu'il doit avoir.
Prenez la substance métallique que
vous avez convertie en eau mercurielle
philosophique; mettez-la dans un vaisseau
pour la faire circuler, & d'une
seule chose que vous aurez employée,
vous en aurez trois. Après avoir été
en digestion pendant un mois philosophique,
vous pourrez recueillir ces
trois dépouilles, que vous délivrerez
de tous les acides contraires qui se
trouvent dans la matière, que vous
couvrirez du manteau de vigueur, afin
qu'elle puisse résister aux rigueurs des
saisons où elle doit se trouver en suivant
la voie qui conduit au temple où
se trouve l'élixir.
Vous déshabillerez & recouvrirez
les éléments, en séparant les parties
terrestres pour ouvrir la porte au vieillard

@

188 D I S C O U R S

porte-faux: c'est lui qui donne
la vigueur nécessaire à la conjonction.
Ce dépouillement qu'on remplace
avec la vigueur, n'est autre chose
qu'une répétition de distillation & de
cohobations de l'esprit & de l'âme
sur la tête morte.
Après avoir ainsi préparé les éléments,
il faut de toute nécessité y
joindre une puissance minérale pour les
altérer & les faire tomber en putréfaction;
car sans putréfaction, il n'y
a aucune génération à espérer.
Cette puissance minérale est la seule
chose qui puisse faire sortir les teintures
& les couleurs différentes, ainsi
que la tête du corbeau.
Aussitôt que vous verrez paraître
la tête de cet animal, qui n'est autre
chose que la parfaite noirceur, vous
serez assuré d'une parfaite putréfaction,
qui tend à une double teinture pour
le blanc & pour le rouge. Cela se fait
par le moyen de l'âme, qui n'est que
feu dévorant, mais qui n'altère point,
car elle teint en blanc & en rouge; le
blanc vient de l'air qui se trouve dans
le feu, & le rouge tire son origine de
la substance du feu.
L'Artiste ne connaîtra ces deux teintures

@

P H I L O S O P H I Q U E. 189

qu'après avoir vu paraître toutes
les autres teintures intermédiaires, dont
la première est un noir parfait qui se
convertit en un rouge éblouissant.
Il faut avoir soin de diriger le feu
externe avec prudence; car si vous le
faites trop violent, vous ne saurez à
quoi vous en tenir au bout de quarante
jours.
Il faut couper la tête du corbeau
avec le couteau philosophique, aussitôt
qu'on la voit paraître. Flamel dit
qu'il faut prendre le sabre calibé de
Mars pour faire cette opération.
La tête du corbeau étant coupée,
il faut remettre la colombe à la
place de cette même tête, pour faire
circuler les éléments & convertir la
terre en air par le moyen de l'eau,
qui doit reprendre ensuite la forme
qu'elle avait auparavant.
Toutes ces opérations dépendent du
régime du feu élémentaire, par le
moyen duquel le corps de la pierre
se spiritualise & l'esprit se corporifie.
Pour parler plus clairement, après
que vous aurez coupé la tête du corbeau,
vous augmenterez le feu pour
faire disparaître entièrement la noirceur.
L'air & le feu qui sont dans la

@

190 D I S C O U R S

terre la réduiront en poudre impalpable
& pénétrative.
Il faut quarante jours pour faire
paraître la noirceur.
La noirceur dure quarante jours,
au bout desquels on voit paraître la
blancheur, qui dure aussi quarante
jours. Cette blancheur est l'aurore
qui annonce la lune philosophique.
Vous aurez soin de bien modérer
le feu & de le conduire par degré,
parce que, dans l'espace des quarante
jours suivants, vous verrez paraître
l'oiseau d'Hermès; on le voit d'abord
comme un poulet qui sort de la coque
& qui prend son accroissement
par le moyen du feu qui est son unique
nourriture.
Il est nécessaire de séparer ce bel
oiseau des autres poudres rouges dont
il est environné; car ces poudres hétérogènes
sont les excréments qui restent
dans le nid après que les oiseaux ont
pris leur vol.
L'oiseau d'Hermès laisse tous ces
excréments sous ses pieds, & vous
reconnaîtrez que tout ce qui est contenu
dans l'oeuf n'est pas dans le cas
de se convertir en pierre ni en teinture,
quoiqu'il soit nécessaire de le

@

P H I L O S O P H I Q U E. 191

purifier par les distillations & sublimations
réitérées, qui ne sont comptées
que pour la préparation de la
matière, parce qu'elles suivent immédiatement
la calcination.
Il faut avoir vu l'éclat éblouissant
du plumage de cet oiseau pour le
croire. Il faut également avoir fait
l'opération, pour croire que d'un métal
qui est venimeux, mais précieux
aux yeux d'un Philosophe qui connaît
le prix de ce qu'il renferme, on puisse
tirer une matière aussi brillante & aussi
salutaire.
Cela prouve bien évidemment que
la terre est la mère de tous les êtres;
c'est elle qui produit tous les germes.
C'est la terre qui les couve & les
fait éclore par sa vertu & propriété,
parce qu'elle est le véritable sujet
de toutes les influences des astres,
qui sont toutes dirigées vers la terre
comme vers le centre qui leur est convenable.
La terre est donc évidemment le
fondement & la seule & unique matière,
qui reçoit toutes les influences
célestes, pour développer par leur
vertu tous les germes qu'elle contient.
Cherchons donc dans la terre, & nous

@

192 D I S C O U R S

trouverons infailliblement tout ce que
nous pouvons désirer. Cherchons sous
nos pieds, & nous trouverons les mêmes
choses qui sont sur nos têtes, où
nous ne pouvons aller chercher. Tous
les Philosophes sont d'accord sur ce
point: tous disent que les choses qui
sont en bas sont les mêmes, ou de
la même nature de celles qui sont en
haut.
La terre imprégnée de toutes les influences
astrales, produit des arbres,
des herbes, des plantes, & toute sortes
de fruits en abondance.
Tous les métaux, les minéraux, les
pierres, le sable, les cailloux, les sels,
sont formés dans la terre par les vapeurs
astrales qu'elle renvoie après les
avoir reçues. Ces vapeurs sont l'âme de
la Nature, qui purifie tout par le moyen
du feu & de l'eau; qui rend visible ce
qui était caché, par la séparation &
réunion des trois Principes, selon les
institutions philosophiques, qui sont
claires & intelligibles pour celui qui
veut prendre la peine de réfléchir sur
ce qui est contenu dans la terre.
Si nous visitons soigneusement les
entrailles de la terre, nous reconnaîtrons
trons

@

P H I L O S O P H I Q U E. 193

qu'elle renferme des sels de trois
espèces différentes.
1°. On retire premièrement de la
terre, un sel de nitre qui est sa première
production. Ce sel ne contient pas la
moindre particule métallique par lui-
même; mais quand on lui a fait subir
une préparation convenable, dans un
temps convenable, il acquiert de grandes
propriétés; il n'est plus comparable
au sel de nitre vulgaire pour
lors.
2°. L'esprit invisible du monde est
contenu dans le sel volatil de la terre;
mais il faut savoir choisir cette terre;
car une terre prise au hasard ne produirait
pas un sel pareil, à moins qu'en
procédant sans connaissance de cause,
on ait le bonheur de mettre la main
dessus par hasard; mais cela est bien
difficile.
3°. La terre renferme aussi un sel
fixe qu'on peut considérer comme la
matrice des deux sels dont nous venons
de parler.
Il est évident, par ce que nous venons
de dire, que Dieu a placé les
trois Principes dans la terre sur laquelle
nous marchons.
Après avoir rassemblé ces trois principes,
Tome I. I

@

194 D I S C O U R S

il faut les faire calciner, & faire
ce que les Philosophes appellent terre
engrossie, dont on fait un amalgame
avec le tiers de son poids de mercure.
On doit mettre ce mélange dans un
urinal avec un chapiteau aveugle bien
luté & placé dans le fumier de cheval
où il faut le laisser pendant quarante
jours; mais il faut avoir la
précaution, de changer le fumier tous
les quatre jours, parce que l'humidité
de l'eau agit dans le soufre de
la terre avec la siccité qu'elle contient
en même temps. Les corps des quatre
premiers métaux imparfaits qui sont
contenus dans la matière, se corrompent,
& cette corruption opère une
véritable génération. La tête du corbeau
annonce cette corruption.
Quand on voit paraître la noirceur,
il faut retirer l'urinal du fumier, &
placer un chapiteau à bec pour distiller
au bain-marie & vaporeux, par le
moyen d'une chaleur douce. On laisse
distiller la liqueur jusqu'à la dernière
goutte, & l'on conserve précieusement
cette matière.
Il faut avoir soin de bien boucher le
vase qui contient l'esprit, car le soufre
de Saturne est très volatil: il pourrait

@

P H I L O S O P H I Q U E. 195

s'envoler avant que la coagulation du
mercure soit faite par la vapeur qui sort
de ce même soufre, parce que tandis
que le corps se dissout, l'esprit se
coagule.
Voilà pourquoi tous les corps doivent
ressusciter après la putréfaction.
Cette résurrection est une suite des
calcinations & dissolutions antérieures:
nul corps ne peut être revivifié
avant que d'avoir été réduit en putréfaction,
dans la première extraction de
l'esprit, par la première dissolution.
On ne parviendra jamais au point
d'une parfaite putréfaction, sans avoir
acuité le mercure par le moyen des
aigles volants. La parfaite putréfaction
arrive toujours après que le premier
aigle a pris son vol. Pour lors, les colombes
de Diane sont vivantes, & la
première doit avoir cinq plumes.
En continuant le feu, cette colombe
est bientôt emplumée; elle aura bientôt
pris un accroissement prodigieux.
Toutes ces opérations doivent se
succéder les unes aux autres. Le point
essentiel consiste dans le choix de la
matière, qui, selon Faber, Tachius-
nuisment, Konrad, & plusieurs autres
Auteurs, ne peut être autre chose que
I ij

@

196 D I S C O U R S

l'or astral, tiré de l'air par le moyen
de l'aimant secret des Philosophes.
Cette matière a la forme de sel
volatil, qui est de la plus grande pénétration:
ce sel est balsamique pendant
trois mois de l'année; il doit
fermenter avec le sel central & fixe
de la terre, pour s'unir avec le sel
volatil qui sort du même principe.
Le sel volatil & le sel fixe sont contenus
dans la même matière, qu'on
appelle la pierre des Philosophes, qu'il
est bon de savoir distinguer de la pierre
philosophale; car la pierre des Philosophes
est la matière brute sortant de
la minière, tandis que la pierre philosophale
est la médecine universelle,
parfaite, tirée de cette matière.
La pierre des Philosophes ne doit
point être trop sèche ni trop pierreuse
dans sa substance métallique; elle doit
tenir un juste milieu entre ces deux
extrémités, afin que l'esprit du monde
puisse s'y attacher; elle doit avoir
d'ailleurs des cavités où les Hôtes du
Ciel puissent se fixer & établir leur
demeure.
Voilà les signes extérieurs par le
moyen desquels on peut reconnaître
la matière minérale & métallique, à

@

P H I L O S O P H I Q U E. 197

laquelle les Philosophes ont donné une
infinité de noms, & qu'ils ont indiquée
clairement sous le voile allégorique.
Cette matière renferme une
grande quantité de sel central fixe,
qui excite bien promptement la fermentation,
quand on le joint avec de l'or
vulgaire réduit en poudre impalpable,
par le moyen de la calcination, ou réduit
en feuilles comme celles qu'emploient
les doreurs.
L'or ainsi réduit, en poudre ou en
feuilles très minces, doit se dissoudre
dans l'esprit de ce sel fixe, de la même
manière que la glace se dissout dans
l'eau; & cela arrive, parce que ces
deux substances sortent du même principe,
& ne diffèrent pas plus entre
elles que la glace diffère de l'eau non
glacée.
Nous disons que la pierre des Philosophes
contient un sel central, &
nous ajoutons que ce même sel contient
un autre sel, qui est purement astral &
volatil; ces deux sels sont renfermés
dans cette matière, comme dans une
matrice légitime que la Nature leur a
préparée.
Il ne faut pas faire un puits de quinze
cents lieues de profondeur pour aller
I iij

@

198 D I S C O U R S

chercher cette matière dans le centre
de la terre, où l'on pourrait la prendre;
mais elle ne serait pas meilleure
que celle qu'on prendrait à trente pieds
de profondeur.
J'ai appris à connaître cette terre
ou esprit universel, en lisant les Auteurs
que je viens de citer; mais je ne
dissimulerai point que j'avais déjà lu
tous les ouvrages d'Hermès, d'Arnaud
de Ville-Neuve, & ceux de Raymond
Lulle.
L'expérience a prouvé que j'avais
trouvé la véritable minière des Philosophes,
d'où l'on tire ce qu'on appelle
mâche-fer de Hesse-Cassel.
Ce mâche-fer n'est autre chose que
les pyrites qu'on trouve en abondance
aux environs d'Auteuil, & ailleurs
dans les terres glaises.
Ces pyrites sont des petites pierres
noirâtres ou grisâtres; elles n'ont ni
goût ni odeur. Si après les avoir concassées
on les expose à l'air pendant quelques
semaines dans un hangar, à couvert
des rayons du soleil & de la pluie,
elles attirent l'esprit du monde en abondance;
elles acquièrent une augmentation
de poids. Après avoir été exposées
pendant quelques semaines, elles

@

P H I L O S O P H I Q U E. 199

sont submergées dans l'esprit universel.
Quelquefois elles se convertissent en
vitriol doux, vert, dont on fait un
excellent remède, selon Glaubert. Ces
pyrites contiennent réellement la matière
prochaine de la pierre philosophale;
mais il existe un autre sujet ou
elle est encore plus prochaine.
On trouve ce sujet aux environs des
mines d'or, en Hongrie, en Transylvanie,
à Nuremberg, & ailleurs. Rien
n'est plus propre que cette substance
métallique pour faire le filet de Pheton,
pour prendre l'oiseau d'Hermès,
parce que cette matière contient beaucoup
de soufre d'or volatil; mais ce
sujet doit être travaillé par une main
philosophique.
On pourrait faire une excellente
teinture avec la terre qui est aux environs
des rivières qui roulent des
paillettes d'or dans les Indes occidentales,
parce que cette terre contient
beaucoup de sable d'or & de soufre
d'or volatil qui se trouvent au degré
convenable au magistère, & il serait
très difficile d'amener l'or vulgaire à
ce point par le moyen des calcinations
connues.
La conjonction & fermentation du
I iv

@

200 D I S C O U R S

sel volatil avec le sel fixe, annonce
toujours un soufre d'or volatil ou
astral; c'est pour cette même raison
que les Philosophes ont dit, que les
choses qui sont en haut sont semblables
à celles qui sont en bas, & que celles
qui sont en bas sont semblables à celles
qui sont en haut, c'est-à-dire qu'on
peut trouver de l'or astral & volatil
dans les lieux que nous venons d'indiquer.
Tout le secret de cette opération
consiste dans la fixation du volatil
& dans la volatilisation du fixe.
Nous lisons dans la Table d'Emeraude,
que la matière de la teinture
universelle doit être composée de sel
volatil, aérien & de sel fixe de la
terre: ces deux sels doivent être unis
ensemble par le moyen d'une fermentation
naturelle; car il faut conjoindre
légitimement ces deux substances pour
faire un composé parfait.
Un grand nombre de Chimistes ont
travaillé longtemps sur ces deux substances
& ont perdu leur temps, parce
qu'ils ignoraient la manière d'attirer
l'esprit universel avec son véritable
aimant.
L'aimant philosophique ne se fais
pas avec des cailloux ou du marbre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 201

calciné, car les résidus ou têtes mortes
de pareilles matières, ne procureront
jamais un avantage complet; parce
que le sel auquel il faut les exposer
pour les calciner, détruit la plus grande
partie de l'humidité onctueuse & du
sel fixe qui est la base du véritable aimant.
Voilà pourquoi l'esprit qu'on
attire avec ces matières ne saurait
procurer une conjonction ni une fermentation
parfaite; mais l'azoth des
philosophes contient un sel fixe & une
humidité onctueuse qui sont incombustibles.
C'est par cette raison que les
Philosophes disent qu'on peut calciner
cette matière au fourneau de réverbère
ou dans un four de verrier, sans
craindre d'altérer les substances qu'elle
renferme.
La rosée du mois de Mai, l'eau de
pluie qui tombe entre les deux équinoxes,
c'est-à-dire depuis le mois de
Mars jusqu'au mois de Septembre,
ainsi que la neige, toutes ces matières
sont remplies de sel volatil élémentaire
astral; mais il n'y a point de Sel
fixe de la terre. On pourrait l'y joindre
& faire un excellent composé, si l'on
savait employer les moyens convenables.
Je ne parle point ici de la médecine
I v

@

202 D I S C O U R S

universelle pour guérir toutes
les maladies du corps humain; je parle
seulement d'une teinture universelle
pour les métaux, que beaucoup d'Artistes
rejettent très mal-à-propos.
La teinture universelle est beaucoup
moins difficile à faire que la médecine
universelle, quoique l'une & l'autre
doivent leur existence au même principe;
c'est pourquoi il ne faut pas
s'étonner si la médecine a des propriétés
que la teinture n'a pas. Avec le
temps & une addition de peu de chose,
on pourrait facilement conduire la
teinture au degré de perfection de la
médecine; mais je suis très persuadé
que bien des personnes se borneraient
à la teinture universelle, si elles avaient
le bonheur de la posséder. Il me semble,
cependant, qu'on ferait beaucoup
mieux de suivre les racines de la teinture
jusqu'au tronc de la médecine,
parce qu'il paraît que c'est un moyen
que Dieu a accordé pour pouvoir subsister
en faisant des recherches qui peuvent
conduire à la plus grande de
toutes les découvertes possibles.
Les sels de tartre, de nitre, le borax,
l'arsenic, les cendres gravelées,
le mercure sublimé, l'orpiment, n'entrent

@

P H I L O S O P H I Q U E. 203

point dans la teinture universelle.
Les Scrutateurs de la Nature, dit
l'Angelot, confessent qu'il n'est pas
possible de faire le dissolvant de l'or
dans le sel astral. Tous les sels vulgaires
ne font que blesser l'or ou le
diviser; le sel volatil, de l'air seul
peut le dissoudre totalement & en extraire
la quintessence. Les atomes
aériens fortifient l'esprit de sel astral
& lui communiquent une odeur balsamique,
comme aux plantes & à tous
les aromates.
Helvétius prétend qu'on peut faire
la teinture universelle en peu de temps;
mais il se trompe grossièrement; il est
certain qu'il faut moins de temps que
pour faire la médecine universelle.
Helvétius, d'ailleurs, ne pouvait
parler de ce temps que comme un aveugle
des couleurs, parce qu'il n'a jamais
su ni fait le grand oeuvre, quoiqu'il
eût fait plusieurs ouvrages où l'on
voit qu'il veut parler comme un adepte
& indiquer des chemins qu'il n'a jamais
connu. Il est vrai que cet Auteur
a fait la projection en public; mais cela
ne prouve que son ignorance; les vrais
Philosophes sont modestes, & ne cherchent
point à se repaître de fumée. On

@

204 D I S C O U R S

a su qu'un adepte avait donné quelques
grains de poudre spécifiée à Helvétius,
& que celui-ci voulut se faire
un nom avec une chose de si peu de
conséquence, parce que la poudre
spécifiée n'est plus propre à la multiplication
& ne saurait guérir la moindre
fièvre.
Nous ne sommes point jaloux de la
réputation qu'Helvétius s'est acquise;
mais nous nous croyons obligés d'avertir
nos Lecteurs qu'ils ne retireront
jamais le moindre avantage en lisant
tous les ouvrages de cet Auteur. Son
Veau d'or, qui lui a procuré tant de
compliments, ne contient qu'une seule
phrase où il a dit la vérité, sans y
penser probablement; mais cette vérité
est couverte du voile allégorique,
& par conséquent ne peut guère être
aperçue que par un adepte.
Le seul secret des Philosophes, sans
lequel il n'est pas possible de faire la
médecine universelle, est la substance
la plus pure des influences astrales.
Cette substance épaissit l'air en quelque
manière & le convertit en terre après
lui avoir fait subir plusieurs métamorphoses,
& de cette même terre on retire
un sel fixe terrestre par le moyen

@

P H I L O S O P H I Q U E. 205

d'une fermentation naturelle. Cette
fermentation volatilise le sel fixe de la
terre & le fait devenir comme un feu,
aussitôt qu'il est dépouillé de toutes
ces impuretés terrestres; mais ce sel
ne devient feu qu'après la vingtième
dissolution & coagulation: en deux
mots: volatilisez la partie fixe de
l'azoth; fixez celle qui est volatile,
& vous aurez le feu des Philosophes.

Fin du premier Volume.

@

206 T A B L E

pict

T A B L E

D E S T I T R E S

Contenus dans ce Volume.
#
Discours sur les trois Prin-
cipes, Animal, Végétal, &
Minéral, page 1
Des vertus & propriétés du Mer-
cure des Philosophes, 12
Des principes de la Chimie, 13
De la première matière de la Chi-
mie, 24
Des Eléments, 26
De l'Air, 29
Du Feu, 30
De la Terre, 39
Des colombes le Diane, 70
Du Mercure, 71
@

D E S T I T R E S. 207

#
Du Soufre, 73
De la matière le la Pierre, 75
Des Règles qu'il faut suivre pour
parvenir à l'accomplissement du
magistère, 79
Des Mystères de la Science Her-
métique, 82
De la transmutation des Métaux,
137
Préparation de l'esprit de Sel phi-
losophique, 169
Préparation du Sel fixe philoso-
phique, 170

Fin de la Table du premier Volume.
@
@

pict

A P P R O B A T I O N.

J 'ai lu, par l'ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, un Manuscrit intitulé Discours
Philosophique sur les trois Principes, par
M. ***. Je n'ai rien trouvé dans cet Ouvrage
qui est de pure Alchimie, qui m'ait paru devoir
en empêcher l'impression. A Paris, ce 23
Septembre 1780. MACQUER,

----------------------------------

P R I V I L E G E D U R O I.


L OUIS, par la grâce de Dieu, Roi de
France & de Navarre, A nos amés & féaux
Conseillers, les Gens tenans nos Cours de
Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de
notre Hotel, Grand-Conseil, Prévôt de Paris,
Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils &
autres nos Justiciers qu'il appartiendra: SALUT.
Notre bien-amée la Dame SABINE STUART DE CHEVALIER Nous a fait exposer qu'elle
desireroit faire imprimer & donner au Public
un Ouvrage de sa composition, intitulé: Discours
Philosophique sur les trois Principes;
s'il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de
Privilége à ce nécessaires. A CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposante,
Nous lui avons permis & permettons de faire
imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon
lui semblera, & de le vendre, faire vendre par
tout notre Royaume. Voulons qu'elle jouisse de

@

l'effet du présent Privilége, pour elle & ses hoirs
à perpétuité, pourvu qu'elle ne le rétrocéde à
personne, & si cependant elle jugeoit à propos
d'en faire une cession, l'Acte qui la contiendra
sera enregistré en la Chambre Syndicale de Paris,
à peine de nullité, tant du Privilége que de la
cession; & alors, par le fait seul de la cession enregistrée,
la durée du présent privilège sera réduite
à celle de la vie de l'Exposante ou à celle
de dix années, à compter de ce jour, si l'Exposante
décéde avant l'expiration desdites dix années.
Le tout conformément aux articles IV &
V de l'Arrêt du Conseil du trente Août 1777,
portant Réglement sur la durée des Priviléges
en Librairie. F A I S O N S défenses à tous
Imprimeurs & Libraires & autres personnes, de
quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en
introduire d'impression étrangère dans aucun
lieu de notre obéissance; comme aussi d'imprimer
ou faire imprimer, vendre, faire vendre,
débiter ni contrefaire lesdits Ouvrages,
sous quelque prétexte que ce puisse être, sans
la permission expresse & par écrit de ladite Exposante,
ou de celui qui la représentera, à peine
de saisie, & de confiscation des exemplaires
contrefaits, de six mille livres d'amende, qui
ne pourra être modérée; pour la première fois;
de pareille amende, & de déchéance d'état en
cas de récidive, & de tous dépens, dommages
& intérêts, conformément à l'Arrêt du Conseil
du trente Août 1777, concernant les contrefaçons.
A la charge que ces Présentes seront
enrégistrées tout au long sur le Régistre de la
Communauté des Imprimeurs & Libraires de
Paris, dans trois mois de la date d'icelles;

@

que l'impression dudit Ouvrage sera faite dans
notre Royaume & non ailleurs, en beau
papier & beau carastere, conformément aux
Réglemens de la Librairie, à peine de déchéance
du présent Privilége; qu'avant de
l'exposer en vente, le Manuscrit qui aura
servi de copie à l'impression dudit Ouvrage,
sera remis dans le même état où l'Approbation
y aura été donnée, ès mains de notre très-cher
& féal Chevalier, Garde-des-Sceaux de France,
le sieur HUE DE MIROMENIL; qu'il en
sera ensuite remis deux Exemplaires dans notre
Bibliothèque publique, un dans celle de notre
Château du Louvre, & un dans celle de notre
très-cher & féal Chevalier, Chancelier de
France, le Sieur DE M A U P E O U, & un dans
celle dudit sieur HUE DE MIROMENIL: le tout
à peine de nullité des Présentes; du contenu
desquelles vous mandons & enjoignons de
faire jouir ladite Exposante, & ses hoirs, pleinement
& paisiblement, sans souffrir qu'il leur
soit fait aucun trouble ou empêchement. VOULONS
que la Copie des Présentes, qui sera
imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour duement
signifiée; & qu'aux Copies collationnées
par l'un de nos amés & féaux Conseiliers-
Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'Original.
C O M M A N D O N S au premier notre
Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour
l'exécution d'icelles, tous Actes requis & nécessaires,
sans demander autre permission, &
nonobstant clameur de Haro, Charte Normande
& Lettres à ce contraires; car tel est
notre plaisir. Donné à Paris, le treizieme jour

@

de Décembre, l'an de grace mil sept cent
quatre-vingt, & de notre Regne le septieme.
Par le Roi en son Conseil.
L E B E G U E.
Registré, sur le Registre XXI de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris,
n. 2199. fol. 432. conformément aux dispositions
énoncées dans le présent privilége, & à la charge de
remettre à ladite Chambre les huit Exemplaires
prescrits par l'article CVIII du Réglement de 1723.
A Paris, ce 16 Janvier 1781.
FOURNIER, Adjoint.

Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.