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Réfer. : 2002B .
Auteur : Chevalier, Sabine Stuart de.
Titre : Discours Philosophique sur les
S/titre :
Animal, Végétal et Minéral, ou...
Editeur : Quillau. Paris.
Date éd. : 1781 .
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I S C O U R S P H I L O S O P H I Q U E
Sur les trois Principes, Animal, Végétal, & Minéral.
T O M E
S E C O N D.
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I S C O U R S P H I L O S O P H I Q U E
S U R
LES TROIS PRINCIPES ANIMAL, VEGETAL ET MINERAL.
O U
L
A C L E F DU SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE.
Par SABINE STUART DE CHEVALIER.
Cette Clef introduit celui qui la possede dans le
sanctuaire de la Nature; elle en découvre les
mystères; elle sert en même tems à dévoiler les
Ecrits du célèbre Basile Valentin, & à le défroquer
de l'Ordre respectable des Bénédictins,
en donnant la véritable explication des douze
Clefs de ce Philosophe ingénieux.
T O M E
S E C O N D
A P A R I S,Chez Quillau, Libraire, rue Christine, au
Magasin Littéraire, par Abonnement.
M.
D C C. LXXXI.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
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E X P L I C A T I O N
De la seconde Figure qui est à la page 203,
du second Volume.
C ETTE figure représente un roi majestueux, enveloppé
d'un manteau de pourpre, destiné au plus grand
roi de l'univers, ayant la couronne sur la tête; il
s'élève dans le ciel, & presque semblable au soleil,
il remplit de la plus vive lumière tout l'espace qui
l'environne.
Comme il a triomphé de tous ses ennemis après
les plus grands travaux, (c'est-à-dire, après toutes
les opérations de la Chimie où il a passé,) c'est
pourquoi un ange qu'on voit sortir d'un nuage enflammé,
comme une aurore boréale, vient d'un vol
rapide pour mettre une triple couronne de laurier
sur la tête de ce roi victorieux, (qui est l'or philosophique,
l'or potable, & la médecine universelle)
qui foule & achève d'écraser sous ses pieds un monstre
horrible à trois têtes, après l'avoir percé avec l'épée
de Mars. (Voyez page 95, 196, & 206, du second
Volume.) Les ailes de l'ange représentent la volatilité
de la matière avant que ce roi ou l'or soit
fixé: lisez, page 25 du second Volume.
La première tête ressemble à celle d'un gros dogue
(elle représente le mercure:) la seconde, à celle d'un
loup; (elle dénote le soufre des Philosophes:) la
troisième, à celle d'un lion ou d'un léopard, qui
sont des animaux cruels; (elle indique la force de
l'esprit salin.) La tête est le siège de l'esprit, où
l'on ne saurait lui en assigner une plus convenable.
(Voyez la première clef de Basile Valentin & son
troisième chapitre de la génération occulte des planètes,
où il dit que Jupiter est un esprit igné)
Ces trois têtes sont adhérentes à un seul corps,
dont la queue ressemble à un gros serpent en fureur,
qui est écrasé par Hercule; (c'est-à-dire, par
le roi ou l'or qui l'a terrassé ou mis sous ses pieds
après les différentes opérations de l'artiste.
Autour de ce monstre épouvantable & venimeux,
(les Chimistes qui travaillent à cette opération dangereuse,
lorsqu'il est en putréfaction, doivent se
munir de contrepoison en cas d'accident.) On aperçoit
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des petits serpents en fureur qu'il a engendrés,
& qui sont précipités dans la mer, (c'est-à-dire
dans un bain salutaire, afin qu'il achève de les
purifier de leur venin,) après avoir perdu le monstre
venimeux qui les nourrissait de ses rapines. (Cela
signifie une purification parfaite de l'impureté que
l'artiste doit faire sortir de l'ouvrage qu'il travaille,
parce que la matière doit être purifiée au suprême
degré, sans quoi il ne réussira jamais.
Ce monstre habitait sur un rocher ou sur une
montagne très élevée, située (voyez la page 124 du
second Volume) au milieu d'une mer très agitée,
(Voyez la page 135 & 195) par la plus horrible
tempête. Ce rocher ou cette montagne est environnée
de trois grandes Iles, & quoique la mer soit très
orageuse, malgré cela on voit trois vaisseaux marchands,
(qui représentent le sel, le soufre, & le
mercure,) dont les matelots, (c'est-à-dire les Chimistes
& les souffleurs qui mettent tout en usage pour
réussir dans leurs opérations) bravent le danger,
& font les plus grands efforts pour entrer dans le
port de ces trois îles, & leur apportent les productions
étrangères dont elles ont besoin. (A quels
danger ne s'exposent pas les hommes ambitieux pour
se procurer des richesses? C'est ce qu'indiquent aussi
les vaisseaux marchands. Et à quels travaux ne s'exposent
pas encore les Chimistes vulgaires & les souffleurs,
pour parvenir à se procurer de l'or? Voyez
la page 33 du second Volume.)
L'histoire de Midas, qu'on voit dans le deuxième
Livre des Fables Egyptiennes, n'est pas ici hors de
propos.
Il est dit que Midas était Roi de Phrygie & fils
de Cibèle: il chercha à gagner la bienveillance de
Bacchus, en faisant un bon accueil à Silène. Un
jour que ce père nourricier du Dieu du vin s'était
enivré, & dormait près d'une fontaine, Midas le
fit lier avec une guirlande de fleurs.
On le conduisit dans cet état au Palais du Roi,
qui le traita parfaitement bien, & le fit ensuite mener
à Bacchus: ce Dieu fut charmé de le voir, & pour
récompenser Midas, il lui offrit de lui accorder, sans
exception, tout ce que ce Roi lui demanderait.
Midas, sans beaucoup réfléchir, demanda que
tout ce qu'il toucherait, fut changé en or. Bacchus
lui donna cette propriété. Lorsque Midas voulu manger,
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il fut fort étonné de voir les viandes même
qu'il touchait, changées en or, & par conséquent
hors d'état d'en faire sa nourriture; & craignant de
mourir de faim, il eut recours à Bacchus, & le
pria instamment de le délivrer d'un don si funeste:
Bacchus y consentit, & lui ordonna, pour cet effet
d'aller se laver dans le fleuve Pactole, dans la Lydie.
Midas y fut, & communiqua aux eaux de ce fleuve
la propriété qui lui était si onéreuse.
Chacune de ces têtes du monstre regarde une de
ces îles; (cela signifie que ce monstre, qui est l'antimoine,
est venimeux en sortant de la mine): ennemi
des hommes, est toujours prêt à dévorer & à
faire périr ceux qui viennent à échouer & à se briser
contre son rocher; (c'est-à-dire, les ignorants qui
travaillent sans principes, & à de fausses opérations
qui détruisent leur santé, & ruinent leurs bourses
ou celles d'autrui.
A l'égard du roi, qui s'est orné du manteau de
pourpre, qui est la couleur la plus éclatante, les
Fables nous apprennent qu'Apollon s'habilla de couleur
de pourpre, lorsqu'il chanta sur sa lyre la victoire
que Jupiter & les Dieux remportèrent sur les
géants; elles nous disent encore que les Troyens
couvrirent le tombeau d'Hector d'un tapis de couleur
de pourpre, & que Priam porta des étoffes de couleur
de pourpre en présent à Achille; mais tout cela ne
signifie autre chose que la couleur pourprée qui survient
à la matière lorsqu'elle est parfaitement fixée.
Les Philosophes l'ont ainsi appelée pourpre & rubis,
phoenix, lorsqu'elle était dans cet état.
Ce roi qui est élevé au suprême degré de splendeur,
(c'est-à-dire, par les travaux de l'artiste ingénieux:)
le roi, selon, les Philosophes, veut dire
l'or, qui est le roi des métaux parce qu'il est le
plus parfait, comme il est couronné de la triple
couronne par le génie de l'Alchimie (cela signifie
la résurrection de l'or philosophique, qui est beaucoup
plus pur que celui des mines, ou sa revivification
qui précède la multiplication de la pierre philosophale,
que l'artiste a élevé, par sa science, au
suprême degré de splendeur: c'est ce qu'indique la
triple couronne.)
Le corps du serpent signifie un sel métallique: il
est dit dans les Fables & les figures symboliques de
la science hermétique, que les deux serpents que
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Junon envoya contre Hercule dans le temps qu'il
était encore au berceau, doivent s'entendre des sels
métalliques, que l'on appelle soleil & lune, le frère
& la soeur.
On les appelle serpents parce qu'ils naissent dans
la terre qu'ils y vivent & qu'ils y sont cachés sous
des formes variées qui les couvrent comme des
habits.
Ces serpents furent tués par Hercule, qui signifie
le mercure Philosophique, & qui les réduit à la putréfaction
dans le vase où est contenue la matière
qui sert à l'opération, ce qui est une espèce de
mort. (Voyez le Dictionnaire mytho-hermétique,
page 461.)
On peut voir l'explication des trois îles qui sont
près du rocher dans le second Volume, depuis la
page 44 jusqu'à 46, où il est dit que le sable d'or
qu'on ramasse dans les rivières des Indes orientales,
contient un soufre d'or volatil, ce soufre aurifique
se trouve dans plusieurs endroits, mais en plus
grande quantité & beaucoup plus mûr dans l'île
& royaume de Solor, qui est situé dans les Molusques.
L'étymologie du nom de Solor veut dire que
le terrain de ce royaume qui est très riche dans
plusieurs autres productions, est rempli d'or. Le
mot sol. . . veut dire une terre ou un terrain...
or, c'est-à-dire, qui est rempli d'or, cela est confirmé
depuis très longtemps par tous les Voyageurs
qui sont allés dans ce royaume.
Le deuxième est celle de Lemnos. Voyez sa description,
page 71, du deuxième Volume.
La description de la troisième île, qui est celle
d'Ortygie, est à la page 204 du deuxième Volume.
L'épée de Mars, avec laquelle le roi a percé le
monstre à trois têtes qui est sous ses pieds. Voyez
son explication à la page 194 du deuxième Volume
ou il est dit, nous avons déjà démontré ci devant
que Mars ou le sel du fer est un aimant auxiliaire
qui attire les influences célestes. Mars doit être considéré
comme un miroir ardent, ou comme un rubis
éclatant. Sa hallebarde & son épée représentent les
esprits ignés & volatils qui sont les symboles de la
pénétration: c'est ce que les anciens ont représenté
par l'épée de Cadmus, fils d'Agenor, Roi de Phénicie,
& par l'épée d'Achille.
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Sur les trois Principes, Animal,
Végétal, & Minéral.
P R E'P A R A T I O N
DE LA TERRE DES PHILOSOPHES, POUR EN RETIRER LE SEL.
L ES Philosophes n'ont jamais indiquédirectement cette terre admirable;
toutes les fois qu'ils en ont parlé, ils
ont toujours employé des allégories,
des similitudes énigmatiques. Les
Egyptiens ne l'ont jamais nommée, ni
indiquée en aucune manière que par
les figures hiéroglyphiques qu'ils gravaient
sur le marbre. Le peuple n'avait
pas la moindre connaissance de
Tome II. A
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2 D I S C O U R S
ces caractères; les Sages, eux seuls,
en avaient la clef.
Toute la doctrine qui est contenue
dans tous les ouvrages d'Hermès est
également contenue dans les caractères
qui sont gravés sur les obélisques
qu'on voit encore aujourd'hui à Rome.
Tout le procédé du grand oeuvre est
représenté par l'obélisque qui est sur
la place du Peuple à Rome. Tout
y est indiqué, depuis la calcination
ou préparation de la matière jusqu'à
la projection. La figure carrée de
cette masse énorme, sa forme pyramidale,
représentent les quatre éléments;
toutes les opérations, le temps
qu'il faut employer pendant la cuisson,
tout y est expliqué, mais d'une manière
bien plus obscure que dans tous
les ouvrages des Philosophes anciens
& modernes.
Depuis environ deux mille ans
que ces obélisques sont à Rome,
les Savants se sont efforcés, en vain,
d'expliquer ces hiéroglyphes. Tous
ceux qui connaissent le grand oeuvre
assurent que tous ces interprètes ont
échoué & n'ont pas compris ce que
signifie réellement une seule figure.
Il n'y a que ceux qui possèdent la
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P H I L O S O P H I Q U E .
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médecine universelle qui soient en
état de les comprendre. L'ingénieux
Polyphile a fait un gros volume, où
il désigne toutes les opérations avec
tous les détails; il indique le sel des
Philosophes sous le nom de Polia avec
laquelle il veut se marier. Il parcourt
des pays d'une grande étendue pour
la trouver. Polia aime Polyphile plus
qu'aucun autre mortel, & néanmoins
elle le fuit. Enfin il a le bonheur de
la joindre; il lui déclare son amour
légitime; elle a la cruauté de le laisser
mourir à ses pieds, pour avoir le
plaisir de le ressusciter & l'épouser
ensuite solennellement. Cet ouvrage
est tout allégorique.
Quelles connaissances les Lecteurs
superficiels peuvent-ils tirer de ces
allégories? Ils verront que Polia indique
le sel des Philosophes dont on
doit tirer le mercure philosophique;
mais en seront-ils plus avancés pour
cela?
Nous ne prétendons pas conseiller
de ne pas lire les ouvrages des Philosophes;
au contraire, nous assurons
qu'il est nécessaire de les lire;
mais nous ajoutons, qu'il faut s'adresser
à Dieu en même temps, &
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le prier de nous accorder les lumières
qui nous sont nécessaires pour parvenir
à la connaissance de cette terre
philosophique, qui est la source de
toute félicité. En demandant ainsi cette
connaissance au Père des lumières,
avec un coeur pur & des intentions
légitimes, d'en user à la gloire de
Dieu, au soulagement des pauvres,
nous devons avoir une confiance parfaite,
& nous serons éclairés.
Quand Dieu vous aura accordé les
lumières nécessaires pour connaître la
terre des Philosophes, vous la tirerez
de sa minière vers l'équinoxe du mois
de Septembre.
Dans le même temps, vous ferez
une fosse dans un verger ou en un autre
lieu où il règne un air libre. Il serait
avantageux que cette fosse soit exposée
au midi ou tout au moins au sud-
ouest.
Elle doit avoir environ trois pieds
de profondeur, autant de large, &
une toise de longueur: vous la remplirez
de terre philosophique: vous
l'enfermerez avec une palissade de planches
bien jointes l'une contre l'autre
tant pour empêcher qu'aucun animal
ne puisse aller faire ses ordures sur
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cette terre, que pour la garantir de
tout autre accident; car la terre d'alentour
ne doit point s'y introduire, &
les ruisseaux qui se forment après les
grandes pluies ne doivent point passer
dessus. Si cela arrivait, l'eau entraînerait
le sel volatil, même le sel fixe,
& la terre philosophique perdrait sa
vertu; pour la lui conserver & augmenter,
cette terre ne doit être
mouillée par aucune autre eau que celle
qui tombe directement du ciel sur la
fosse.
La terre philosophique étant ainsi
disposée, s'imprégnera abondamment
de sel volatil & de toutes les autres
influences célestes pendant tout le
cours de l'hiver, tantôt par la rosée,
tantôt par la pluie & par la neige.
Ensuite, vers le mois de Mai, ou
tout au moins six mois après que vous
aurez mis la terre philosophique dans
la fosse vous l'en retirerez pour la
mettre dans des vaisseaux de terre larges
& peu profonds, pour les exposer
pendant la nuit au serein & aux rayons
de la lune. Vous aurez soin de les rentrer
tous les jours dans une chambre
ou une remise pour les garantir des
rayons du soleil: vous les garantirez
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6 D I S C O U R S
également des vents violents qui entraîneraient
le sel volatil astral dont la
terre philosophique est imprégnée.
Vous continuerez de l'exposer ainsi
dès le premier de Mai jusqu'au premier
d'Août.
La digestion de la terre philosophique
qui se fait dans la fosse pendant
l'hiver, n'est que pour rendre la matière
plus parfaite: on pourrait se dispenser
de la faire; mais il faudrait
doubler la seconde opération, c'est-
à-dire qu'on pourrait exposer la terre
dans des vases sur une terrasse dès le
mois de Janvier, & l'on commencerait
à les retirer pendant le jour,
vers le mois de Mai.
Quand on veut retirer la terre philosophique
de la fosse, ou elle a passé
l'hiver, il ferait essentiel qu'il n'y eût
pas plu depuis quinze jours ou trois
semaines.
Si par hasard il arrivait que le printemps
soit pluvieux, & qu'il n'y eût pas
trois jours de suite sans pluie, on peut
faire une petite cabane sur la fosse
pour la garantir de la pluie & amener
la terre au point ou elle doit être pour
l'en retirer.
Lors de l'extraction de la terre philosophique
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de la fosse, cette terre ne doit
point être trop desséchée ni trop glutineuse;
elle doit tenir un juste milieu
entre ces deux points, qui renferment
l'esprit astral: à cette époque, l'eau
du soleil est renfermée dans la terre
philosophique, & l'eau de la lune y
descendra en abondance en l'exposant
au serein pendant les mois de Mai,
de Juin & de Juillet; pour lors vous
aurez l'azoth philosophique, ou la
terre des Philosophes bien saturée de
sel astral volatil, de sel central fixe
de la terre, & de baume céleste, qui
parfume toutes les plantes dans la saison
du printemps.
Comme vous ne pourrez pas travailler
toute cette terre en même temps,
pour la conserver ou, pour mieux dire,
pour lui faire retenir les choses précieuses
qu'elle renferme, vous la mettrez
dans des pots de grès que vous
boucherez bien exactement, pour l'empêcher
de se dessécher.
Prenez ensuite une grande cornue de
verre & mettez de cette terre précieuse
en quantité suffisante pour remplir
les deux tiers du vaisseau; car si
vous remplissez entièrement la cornue,
les esprits puissants, qui sont renfermés
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8 D I S C O U R S
dans la terre, n'ayant point d'espace
pour circuler, elle se briserait infailliblement
avec explosion: adaptez ensuite
un ample récipient qui doit être
aussi de verre & bien lutté; un ballon
d'un pied de diamètre serait meilleur.
Mettez la cornue sur le sable, &
faites distiller avec un feu lent dans le
commencement; Vous l'augmenterez
insensiblement jusqu'à ce que le sable
soit rouge, & vous verrez tout le sel
volatil sublimé & attaché au col de la
cornue. Vous détacherez doucement
ce sel volatil avec une plume, & le
renfermerez soigneusement dans une
bouteille.
Cohobez la liqueur distillée sur la résidence;
refermez le vase avec un chapiteau
aveugle, & mettez-le dans le
fumier de cheval pour faire fermenter,
circuler, résoudre & digérer la matière
pendant six semaines, au bout
desquels vous ferez distiller la liqueur,
comme la première fois; vous pourrez
recueillir encore du sel volatil, mais
en plus petite quantité qu'à la première
opération.
Cohobez encore la liqueur distillée
comme ci-dessus; refermez le vase &
mettez-le dans le fumier de cheval
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pendant six semaines, au bout desquelles
vous distillerez l'esprit & le rectifierez
jusqu`à sept fois, au bain-marie,
dans un alambic de verre: vous séparerez
les flegmes, & ferez monter la
partie de sel fixe qui aura été volatilisée;
vous rejoindrez le tout ensemble,
c'est-à-dire le sel fixe & le sel fixe
volatilisé; vous le ferez circuler au
bain marie, vaporeux, pendant huit
jours.
Vous briserez ensuite la cornue de
verre pour en retirer la tête morte
qu'il faut piler dans un mortier, & en
extraire le sel fixe en lessivant avec le
flegme que vous avez séparé en rectifiant
l'esprit.
On voit, par ce que nous venons
de dire, que la terre philosophique
contient tout ce qui lui est nécessaire;
c'est pourquoi il ne faut jamais y ajouter
la moindre chose qui soit hétérogène:
si cela arrivait, on perdrait
toute la matière.
Après avoir bien lessivé le résidu
dont nous venons de parler, vous filtrerez
la lessive & la ferez évaporer.
Vous trouverez un sel fixe aussi blanc
que la neige au fond du vase. Vous
rectifierez ce sel en le faisant dissoudre
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10 D I S C O U R S
à l'air & en le coagulant plusieurs fois.
Vous le ferez cristalliser après la vingtième
dissolution & coagulation.
Réunissez ensuite ce sel cristallin avec
l'esprit rectifié; observez les poids &
proportion philosophiques qui consistent
en ce qu'il faut donner de l'esprit
au sel cristallisé, autant qu'il en pourra
boire. Une once de sel fixe absorbe
ordinairement dix onces d'esprit rectifié.
Mettez ce mélange d'esprit volatils
rectifié & de sel fixe dans une cornue de
verre bien lutée, & faites distiller selon
l'art; mais prenez garde de trop augmenter
le feu dans le commencement;
car les esprits sont puissants & brûlants:
sans être destructeurs, & le vase de
verre est bien fragile. Quand tous les
esprits paraîtront avoir été distillés,
vous augmenterez le feu pour distiller
jusqu'à siccité.
Cohobez ensuite la liqueur distillée
sur la résidence, & répétez cette
opération jusqu'à ce que l'esprit soit
converti en une liqueur laiteuse, qui
se coagulera au froid & se fondra,
comme la cire, à une chaleur douce,
sans fumée. Les esprits seront réduits
à ce point de perfection après la septième
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distillation; mais il ne faut pas
oublier qu'il est très essentiel de les
cohober constamment sur le même résidu
d'où ils sont sortis.
Pour rendre la liqueur plus parfaite,
vous la rectifierez encore quelquefois
afin de bien conjoindre le sel fixe avec
le sel volatil.
Après cette opération, vous aurez
accompli la première partie du magistère,
qui est la plus difficile. A cette
époque vous pouvez vous flatter de
posséder l'or cru des Philosophes; la
seconde partie de l'oeuvre est bien
moins pénible, parce que tout le travail
consiste dans une simple digestion
bénigne; mais si le travail n'est pas si
pénible, il est beaucoup plus long.
La liqueur étant bien purgée de toutes
ses impuretés terrestres & hétérogènes
par le moyen des distillations,
dissolutions, digestions & rectifications
réitérées; après avoir conjoint la partie
volatile fixée, avec la partie fixe volatilisée,
il ne vous reste autre chose à
faire qu'une douce circulation pour convertir
toute la matière en teinture universelle
ou en véritable quintessence.
Vous mettrez une partie de cette
liqueur dans un vase philosophique
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que vous fermerez hermétiquement &
que vous placerez au bain vaporeux
ou au bain-marie. Vous observerez que
les deux tiers du vase doivent rester
vides; faites un feu gradué pour
faire digérer & circuler la matière qui
prendra toutes les positions imaginables.
Elle montera & descendra, se
divisera comme des atomes volatils,
jusqu'à ce qu'il y ait une parfaite union
entr'eux & qu'ils soient tous rassemblés
au fond du vase. Quelque temps
après vous verrez paraître la matière
comme de la poix noire fondue, &
vous serez étonné de voir qu'une chose
si purifiée puisse déposer tant de malpropretés;
vous devez vous réjouir, quand
vous verrez paraître cette noirceur,
parce qu'elle sera suivie de la blancheur
& du rouge parfait.
Vous verrez paraître beaucoup
d'autres couleurs intermédiaires, comme
la queue de paon après la noirceur,
l'iris après le blanc, &c.
Aussitôt que vous aurez vu sortir
la tête du corbeau, vous augmenterez
le feu d'un demi-degré; quand la
matière tournera au blanc vous aurez
l'occasion de repaître vos yeux des
plus belles choses qui soient dans le
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monde. La terre blanche feuillée sera
semée d'une infinité de paillettes blanches
éblouissantes & artistement arrangées.
Vous verrez aussi à travers
le verre un grand nombre de perles
orientales infiniment plus brillantes
que les naturelles.
Ayant ainsi fait parvenir votre médecine
au blanc parfait, vous aurez
un élixir dont un grain guérit radicalement
toutes les maladies. Et si on
en projette sur les métaux imparfaits,
ils se convertissent en argent meilleur
que celui de coupelle.
A cette époque, vous augmenterez
le feu d'un degré successivement; cette
blancheur se changera en un beau jaune
tirant sur le rouge; & quand la matière
sera au degré de perfection, elle sera
d'un rouge parfait, & se formera en
corpuscules globuleux qui brilleront
comme des rubis.
Voilà l'accomplissement du magistère
pour guérir toutes les maladies
du corps humain & pour convertir
tous les métaux en or parfait. Ce que
nous n'expliquons point ici n'est point
inconnu aux Philosophes.
Nous répétons encore qu'il faut bien
connaître la terre ou l'azoth des
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14 D I S C O U R S
Philosophes avant de commencer l'opération,
& pour faciliter la connaissance
de cette matière, nous rapporterons
un passage de Basile Valentin à
ce sujet. Cette matière, dit ce Philosophe,
est une substance moyenne entre
le métal & le mercure; elle se liquéfie
au feu comme un métal. Il est
évident par ce que nous venons de
dire que la matière dont on fait la
pierre philosophale est une substance
métallique; c'est pourquoi, quand
nous faisons des recherches, nous ne
devons jamais sortir du règne minéral;
car celui qui veut moissonner
du froment doit semer du froment; &
par la même raison, quiconque veut
moissonner de l'or ou de l'argent, doit
semer de l'or ou de l'argent.
Les Philosophes n'ont jamais déterminé
le temps qu'il faut employer pour
arriver à ces îles fortunées. Mais nous
pouvons assurer, qu'il faut au moins
un an pour faire toutes les opérations
à compter depuis la calcination de la
matière jusqu'à la projection.
Quand nous disons qu'il faut un
an pour faire l'opération, nous supposons
qu'elle sera entreprise par un
Artiste intelligent; car si l'on n'est pas
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sûr dans tous les travaux du magistère,
on n'en sera pas plus avancé,
quoiqu'on connaisse parfaitement la
matière; les accessoires sont également
aussi essentiels à connaître que
la matière, puisque plusieurs Philosophes
ont travaillé pendant quinze
ans avec l'azoth, avant de pouvoir
réussir, & des milliers de bons Chimistes
ont travaillé pendant trente,
quarante, cinquante & soixante ans,
& même jusqu'à la fin de leurs jours,
avec la véritable & unique matière
de la pierre philosophale, sans pouvoir
en retirer le moindre avantage.
Cela prouve bien évidemment que
cette science est un don de Dieu, &
qu'il faut la lui demander avec un
coeur pur & sincère, si l'on veut l'obtenir.
Le succès dépend d'une infinité de
choses auxquelles l'Artiste doit être
attentif. Il doit savoir régler le feu,
d'après l'apparition de la tête du corbeau
& de toutes les autres couleurs
qui toutes indiquent & exigent absolument
un régime particulier dont il
ne faut jamais s'éloigner.
Aussitôt que la tête de corbeau
commence à paraître, il faut faire un
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16 D I S C O U R S
feu extrêmement doux, & ne point l'augmenter
avant d'avoir vu le noir parfait.
A cette époque, on l'augmente
d'un demi-degré, où il faut le laisser
jusqu'à ce que le blanc soit passé;
pour-lors, il faut encore l'augmenter
avec beaucoup de précaution, & le
continuer ainsi jusqu'à la fin de l'opération.
L'on ne craint point de faire cuire
la teinture; car plus elle sera cuite
plus elle sera parfaite; mais il faut
beaucoup de temps pour fixer les parties
volatiles & les rendre en leur
état naturel.
Si l'on augmente le feu tout-à-coup,
la matière qui est une véritable quintessence
métallique s'amollit, les esprits
s'agitent & font briser le vase
dont les éclats peuvent tuer l'Artiste
qui peut être aussi empoisonné par
l'odeur de la matière, surtout si cela
arrivait pendant la putréfaction.
Tous les Philosophes sont d'accord
que la matière de leur pierre ou leur
azoth, brut, en sortant de la minière
est un poison mortifère, qui a fait
mourir beaucoup de personnes, cette
même matière est encore bien plus
venimeuse quand elle a passé par le
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feu, ou elle développe son poison,
qui, au lieu de perdre quelque chose
de sa mauvaise qualité, devient bien
plus puissant. Les Philosophes nous
en ont assez averti, en comparant la
matière de la pierre, lorsqu'elle est
en putréfaction, au venin de la vipère.
Après de pareils avis, l'Artiste prudent
ne doit jamais entrer dans son
laboratoire, sans être muni de contrepoison,
en cas d'accident.
Quand les Philosophes ont dit que
la seconde partie de l'opération de la
pierre était l'ouvrage des femmes &
le jeu des enfants, ils ont dit la vérité;
mais avec tout cela, il faut
toujours un Artiste intelligent, assidu,
& qui ait beaucoup de patience; car
il ne faut point ignorer les règles de
l'art pour gouverner le feu, dont le
succès de l'opération dépend pour la
plus grande partie.
Je pense qu'on ferait très bien de
mouiller les charbons avant de les
jeter dans le fourneau; cela ne peut
manquer de produire un très bon
effet; car si l'on ne mouille pas les
charbons, du moins en partie, ils
s'allument tout-à-coup, & occasionnent
@
18 D I S C O U R S
une augmentation subite de chaleur:
qui fait presque toujours briser les
vaisseaux, qui ne peuvent être que
de verre fragile.
Faber dit, qu'il préfère la digestion
humide à la sèche, & qu'il vaut mieux
faire la circulation au bain-marie que
sur le sable ou sur les cendres.
J'ai connu un Philosophe qui, après
avoir mis la matière dans l'oeuf philosophique,
le plaçait dans un vase
de bois qu'il arrangeait sur un trépied
dans un alambic de cuivre fort élevé.
Le fond du vase de bois était éloigné
de deux pouces de la superficie de
l'eau. Quand l'alambic était fermé, il
circulait une chaleur douce autour du
vase qui se trouvait au même degré
de chaleur que l'oeuf qui est sous la
poule qui couve.
Un Chimiste me communiqua un
jour comme un secret de la plus
grande importance, qu'il n'employait
qu'un feu de lampe pour prévenir la
rupture des vases, & pour empêcher
qu'aucune matière hétérogène n'entrât
dans le vase à travers les pores
du verre.
Tous les Philosophes abhorrent le
feu actuel à cause de sa violence; ils
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emploient ordinairement & avec plus
de sûreté leur feu froid & humide.
Ils disent que toutes leurs fermentations
se font par le moyen de certains
mélanges à froid, & que cette voie
est beaucoup moins dangereuse qu'avec
le feu de lampe dont la violence
fait briser les vaisseaux à chaque instant.
Beccher a assez bien décrit tous les
degrés de feu, à la page 494 & suivantes
du premier volume de ses ouvrages.
La terre des Philosophes doit être
préparée par un Artiste intelligent.
Il faut en extraire la quintessence sans
y rien ajouter d'hétérogène. L'or &
l'argent vulgaires qu'il faut faire dissoudre
dans le mercure philosophique
pour faire la pierre, étant de la même
nature que la terre ou azoth des
Philosophes, ne doivent point être
regardés comme étrangers à la matière;
mais avant que d'employer ces
deux luminaires, il faut les purifier,
les calciner & les ouvrir pour les réincruder,
pour en faciliter la dissolution
& développer les germes propagatifs
qu'ils contiennent.
L'or & l'argent sont comme les
@
20 D I S C O U R S
mobiles de tous les métaux inférieurs;
& voici la méthode qu'on doit suivre
quand il est question de les réincruder.
Ayant achevé la première opération
ou la première partie du magistère,
vous prendrez dix parties de liqueur
laiteuse, & vous y ajouterez deux
parties d'or si vous voulez faire la médecine
pour le rouge. Si vous voulez
la faire pour le blanc, vous y ajouterez
deux parties d'argent de coupelle, l'un
& l'autre doivent être réduits en limaille
ou en feuilles très minces, pour
aider la nature dans ses opérations,
& accélérer la dissolution.
Si vous voulez faire une médecine
pour le rouge, vous ferez fondre avec
de l'antimoine cru, l'or pur que vous
voulez employer pour le ferment. Vous
le tiendrez en fusion pendant quatre
heures, & le verserez dans une lingotière.
L'or ne s'amalgame & ne s'incorpore
jamais avec l'antimoine, il attire seulement
tout l'alliage qu'il peut contenir.
Prenez ensuite votre lingot quand il
sera refroidi, frappez-le sur une enclume
à coups de marteau, l'antimoine
tombera en poudre, & votre or restera
pur en une Masse spongieuse; mettez
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21
ensuite votre or dans un creuset, faites-le
rougir sans le faire fondre: faites
chauffer en même temps quatre fois
autant pesant de mercure vulgaire, &
jetez-le sur l'or, qui, pour lors, se
fondra comme de la glace dans l'eau
bouillante.
Tandis que votre amalgame sera encore
chaud, vous verserez de bon
esprit de vin dessus, à la hauteur de
quatre doigts. Vous mettrez le tout
dans une cornue avec son récipient,
bien luté, & vous ferez distiller l'esprit
de vin & le mercure: vous trouverez
votre or réduit en poudre ouverte
au fond du vase. Cette poudre
est disposée à se dissoudre & s'incorporer
dans le mercure philosophique,
pour faire la médecine universelle.
Mais je préférerais le sable d'or des
Indes Orientales, parce qu'il est volatil
& contient un soufre naturel qui
est infiniment plus disposé à s'incorporer
que l'or purifié par l'antimoine
avec lequel il est très difficile de réussir.
Après avoir fait votre amalgame
avec de l'or ou de l'argent, vous le
ferez passer par la roue philosophique,
selon les règles de l'Art; si,
@
22 D I S C O U R S
au bout de deux mois, il arrivait
que votre ferment ne fût pas entièrement
dissous, vous y ajouteriez un
peu de menstrue, & vous feriez digérer
pendant deux autres mois, ou
jusqu'à ce que votre poudre ou sable
d'or soit entièrement dissous, & que
le tout soit converti en teinture parfaite,
que vous pourrez multiplier à
l'infini de la manière suivante, que
j'ai apprise d'un adepte Italien.
Prenez une partie de votre teinture
rouge ou blanche, ajoutez-y dix parties
de la liqueur laiteuse qui se liquéfie
à une chaleur douce, & qui se coagule
aussitôt qu'elle sent le moindre frais,
dont nous avons donné la composition
dans la première partie du présent procédé.
Mettez le tout dans l'oeuf philosophique,
fermé hermétiquement;
placez le vase, en digestion, au bain
vaporeux, comme nous l'avons dit ci-
dessus, au bout de trois semaines ou
environ, tout votre mélange sera converti
en teinture parfaite.
Vous aurez soin de faire un feu très
lent dans le commencement de la digestion,
& vers le quinzième jour,
vous l'augmenterez jusqu'à faire bouillir
l'eau pour accélérer la fixation parfaite.
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23
Quand vous aurez fait cette multiplication
de teinture, vous pourrez la
multiplier encore en quantité & en
vertu.
Vous pourrez répéter plusieurs fois
cette opération, en ajoutant chaque
fois dix parties de la liqueur laiteuse
pour une partie de teinture.
En réitérant ainsi plusieurs fois l'incération,
vous conduirez votre teinture
à un degré de perfection qu'il n'est
pas possible d'exprimer; car elle a la
vertu de convertir en or ou en argent
tous les corps imparfaits, selon sa spécification;
mais cet avantage n'est que
fumée en comparaison des autres vertus
qu'elle renferme; car elle guérit radicalement
comme par miracle, toutes
les maladies. Elle a encore une infinité
d'autres propriétés que je ne puis
décrire.
La teinture blanche est aussi une excellente
médecine, mais la rouge a
beaucoup plus de vertu: on en prend
en plus petite dose que de la blanche,
& plus rarement; mais si c'est pour
guérir une maladie grave, on en prend
de deux jours l'un, pendant douze jours,
& l'on se trouve radicalement guéri.
Si l'on emploie cette admirable teinture
@
24 D I S C O U R S
pour la conversion des métaux imparfaits
en or ou en argent, un grain
suffit pour en convertir plusieurs onces
pourvu qu'on ait fait subir, à cette
même teinture, l'opération de la conjonction
& de la fixation, & pourvu
que les métaux imparfaits, qu'on veut
transmuer, soient en fusion.
Cette même teinture sert aussi pour
convertir en pierres précieuses, en
rubis, & en topazes, les pierres brutes,
ainsi que les cristaux ordinaires.
Elle tire promptement la teinture
du corail, celle de l'or & de l'argent,
des perles, de l'antimoine, ce qu'aucune
autre liqueur ne peut faire que
d'une manière très imparfaite.
Si l'on fait dissoudre de la teinture
blanche, ou de la rouge, dans de
l'eau de pluie, pour en arroser les
arbres, les plantes, les fleurs paraîtront
promptement, les fruits seront
précoces, & auront un goût balsamique
admirable; les vieux arbres reprendront
un nouvel accroissement,
& pousseront une grande quantité de
rejetons vigoureux.
En un mot, c'est le remède universel
qui guérit généralement toutes les
créatures de toutes les maladies auxquelles
quelles
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P H I L O S O P H I Q U E .
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elles sont sujettes; il restitue
l'humide radical & la chaleur naturelle
éteinte par la corruption de la masse
du sang qu'il renouvelle; il ranime tous
les esprits, porte un baume dans le
sang, dont il rétablit la circulation interrompue
par l'obstruction des viscères
& des glandes.
Toutes ces merveilles s'opèrent dans
le corps humain, par le moyen d'une
chaleur naturelle analogue à la Nature
qui reprend aussitôt toutes ces fonctions.
La médecine universelle agit dans le
corps humain, de la même manière
que le soleil agit sur la rosée ou sur
l'eau de pluie, où il concentre les atomes
aériens qui conservent tous les
êtres dans leur vigueur naturelle, les
féconde, les nourrit comme fait la
médecine universelle, qui, par la permission
de Dieu prolonge la vie de
l'homme, rétablit la jeunesse; c'est une
médecine céleste, dit Basile Valentin,
qui frappe & guérit; c'est l'arbitre de
la vie & de la mort, que Dieu a créé
en faveur des hommes qui voudront la
mériter, en se conformant à la morale
de l'Evangile.
Les effets merveilleux que produit
Tome II. B
@
26 D I S C O U R S
cette médecine, ne sont point contraires
à ce que nous lisons dans le
chap. 14 du livre de Job, où il est dit,
que Dieu a posé un terme à la vie de
l'homme. Il est certain que celui qui
n'aura pas le bonheur de posséder cette
divine médecine, mourra selon le cours
ordinaire de la Nature; mais celui à qui
Dieu aura accordé ce précieux trésor,
doit être excepté de la règle générale;
car rien n'arrive que par la permission
de Dieu, qui a attaché une vertu miraculeuse
à cette médecine céleste.
Il est indubitable que Dieu connaît
le genre de mort dont nous devons
mourir, & qu'il n'est pas possible de
le retarder sans sa permission; mais nous
pouvons employer les causes secondes
& éviter les excès.
Dieu peut, s'il le juge à propos
accorder une triple durée de vie à un
homme, ou faire qu'il puisse vivre aussi
longtemps qu'il conservera son corps
en état de vivre; parce qu'il a reçu
du Créateur, le libre-arbitre, pour se
comporter comme il voudra dans le
monde, se réservant d'ailleurs, pour
l'autre vie, de le récompenser ou de
le punir selon ses oeuvres.
Celui qui ne voudrait pas modérer
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P H I L O S O P H I Q U E .
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ses passions, qui voudrait se livrer à
tous les excès, ou s'exposerait témérairement
& sans nécessité à un danger
inévitable, abrégerait ses jours, &
rendrait vains & inutiles tous les remèdes
ordinaires. Celui qui mènerait
une vie pareille, serait sans doute accablé
d'infirmités, & comme cassé de
vieillesse à la fleur de son âge: Dieu,
pour l'attendre à repentance, lui accorde
une prolongation de vie; d'autres
fois, il abrège ses jours pour le punir
de ses péchés dès cette vie, ou pour
mieux dire, Dieu permet qu'un méchant
homme, un impie, abrège ses
jours lui-même.
En un mot, il est évident que Dieu
nous a donné un moyen de retarder
la mort, & de conserver notre esprit
sain dans un corps sain.
Tous les Philosophes ont décrit cette
matière conservatrice sous des noms
allégoriques, énigmatiques, & s'ils l'ont
donné à flairer, ce n'est que sur la fin
de l'opération, ou dans le second
ordre.
Plusieurs Chimistes ont cherché cette
teinture dans un sujet où elle était bien
éloignée, & même dans un corps fixe
d'où il n'était pas possible de la tirer,
B ij
@
28 D I S C O U R S
ou ils n'avaient pas le véritable moyen
de l'extraire, ou enfin Dieu a permis
qu'ils manquassent l'opération
parce qu'il voyait, par sa toute-puissance,
qu'ils en feraient un damnable
usage.
La médecine universelle contient un
baume céleste qui est analogue avec
notre esprit vital; mais il faut une
main philosophique pour extraire,
cuire, & conduire ce baume au degré
de maturité qui lui est absolument
nécessaire pour opérer ses effets.
Les eaux stagnantes & croupissantes,
& même les plus corrompues
sont purifiées par l'eau du Ciel, d'où
elles proviennent; ces deux mots
renferment une grande vérité & peuvent
procurer de grandes lumières.
C'est une expression impropre, de
dire que la teinture universelle opère
la transmutation des métaux; il vaudrait
beaucoup mieux dire, qu'elle
mûrit les corps imparfaits & les exalte,
parce que tous les métaux sont
analogues entre eux, & ne diffèrent
les uns des autres que d'un seul degré
plus ou moins éloigné: on peut leur
communiquer ce degré par le moyen
de l'Art; la raison & l'expérience sont
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P H I L O S O P H I Q U E .
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deux choses nécessaires pour acquérir
ces trésors incomparables.
Cette teinture universelle se tire des
premiers principes universaux de toute
chose qui existe dans le monde par
les influences des astres, qui, par
leur disposition, causent la végétation,
la vie & la mort.
Toutes les choses sublunaires sont
exposées à de pareilles vicissitudes;
les astres nous présentent des remèdes
pour guérir tous les maux qu'ils nous
causent.
La teinture universelle brillera aussi
longtemps que l'harmonie établie entre
les astres subsistera; & rien ne pourra
jamais altérer cette teinture qu'un
bouleversement général.
Rien n'est plus absurde que le raisonnement
de ceux qui nient l'existence
d'un seul remède pour guérir
toutes les maladies qui proviennent
d'un sang corrompu ou vicié; remettez
ce fluide dans son état naturel,
& le corps dans lequel il circule sera
guéri. La teinture universelle seule,
peut ainsi rétablir le corps humain, ou
elle agit comme une huile bien pure
dans une lampe; la teinture universelle
brûle tandis qu'elle a un aliment,
B iij
@
30 D I S C O U R S
& quand cet aliment, ou pour mieux
dire, quand les humeurs hétérogènes
manquent, la lampe, l'huile, ou le
feu universel s'éteint dans le corps
humain, sans toucher les parties saines
sur lesquelles il peut tomber: il
maintient le feu vital, & entretient
les esprits à l'entour du coeur, ou il répand
une vertu balsamique, qui se
distribue ensuite dans toute la masse
du sang, qui se renouvelle entièrement,
& chaque membre du corps
reçoit une nouvelle force pour reprendre
les fonctions que les maladies
& l'âge lui avaient fait interrompre.
Le vin, par exemple, opère toujours
son effet, lorsqu'il est pris en
quantité convenable, mais lorsqu'il est
pris en trop grande quantité, il opère
des effets contraires, & selon la disposition
de celui qui le boit.
Quand un homme est ivre, son
génie & son caractère se développent;
voilà pourquoi l'on voit des ivrognes
qui sont pleins de joie, tandis que
d'autres sont tristes & assoupis. Dans
d'autres, il opère des effets cruels,
barbares, impies & infâmes.
Par la même raison, quand la
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P H I L O S O P H I Q U E .
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teinture universelle est prise en quantité
convenable, elle opère toujours
des effets salutaires, mais elle a ce
triple avantage d'opérer les mêmes
merveilles dans les trois règnes.
Il existe un secret particulier qu'on
compose avec des sels, pour convertir
tous les métaux imparfaits en
or & en argent.
Les impies & les libertins ne doivent
point prétendre parvenir à la
connaissance de cette science divine,
parce que Dieu seul est le scrutateur
des coeurs, & il ne permettra jamais
qu'ils réussissent, tandis qu'au contraire
il conduira ceux qui le craignent
jusqu'à la porte de ce trésor, & leur
mettra la clef en main pour l'ouvrir;
mais avec tout cela, il faut
travailler après l'avoir prié; car les
élus même ne recevront pas ce don
céleste, s'ils dorment tandis qu'ils devraient
travailler.
Quand vous voudrez travailler à
cette admirable teinture, vous prendrez
deux onces de mercure, d'antimoine,
& une once de chaux d'or;
mais souvenez-vous que nous parlons
ici de l'antimoine philosophique &
non du vulgaire; broyez le tout dans
B iv
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32 D I S C O U R S
un mortier de porphyre, & mettez-le
dans l'oeuf philosophique, lequel vous
scellerez hermétiquement; placez votre
vase sur un feu de sable très
doux, & faites cuire la matière pendant
neuf mois; mais ayez la précaution,
de faire un feu gradué selon la
disposition de la matière; car l'oeuf
peut se briser au bout de huit mois
comme le jour qu'il est mis en circulation.
Les Chinois ont fait beaucoup de
progrès dans cette science divine;
leur Empereur Hiao a eu le bonheur
de découvrir la médecine universelle,
par le moyen de laquelle il a vécu
si longtemps, qu'on l'a cru immortel.
Le continent Austral n'est pas encore
connu, parce que la boussole ne
sert plus de rien quand on est parvenu
à une certaine hauteur, où les Pilotes
commencent à ne plus savoir où ils
vont. Dieu a sans doute réservé cette
connaissance pour des temps à venir,
que nos descendants pourront voir.
Il en est de même de la Province
ou du Continent philosophique, il
n'existe aucune boussole pour diriger
les pas de ceux qui le cherchent;
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P H I L O S O P H I Q U E .
33
c'est pourquoi il faut prier Dieu de
vouloir bien être notre guide; si nous
lui demandons cette grâce avec un
coeur pur, avec l'intention de soulager
le prochain dans toutes les adversités,
en renonçant nous-mêmes
aux richesses que nous pourrions acquérir
par le moyen de la médecine
universelle, avec ces dispositions, nous
obtiendrons sans doute l'effet de notre
demande.
Voici enfin la déclaration de la matière
de la teinture universelle en
termes clairs, intelligibles & conformes
à la vérité, ainsi qu'en termes
obscurs & énigmatiques, emblématiques,
& en caractères hiéroglyphiques,
comme Dieu veut que cela soit
afin que les choses divines ne tombent
jamais entre les mains des impies.
O! vous tous avares ambitieux,
pauvres Alchimistes & Chimiastres,
qui végétez dans un misérable laboratoire,
où l'envie d'acquérir la teinture
universelle vous fait sécher à la fumée
de mille poisons, vous ne serez heureux
qu'après avoir trouvé le véritable
poison mortel qui donne la mort
aux ignorants, & fait vivre longtemps
les véritables enfants de l'Art!
B v
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34 D I S C O U R S
O! vous tous qui avez une soif dévorante
& une faim canine d'or &
d'argent, ouvrez les oreilles & écoutez
encore attentivement ce que nous
allons dire. Si vous nous avez compris,
& si vous nous faites la grâce de
nous croire, vous pourrez vous procurer
quelques moments de repos. Vous
ne manipulerez plus tant d'ordures &
de cadavres puants. Vous ne chercherez
plus ce trésor dans les herbes,
vous ne vous dessécherez plus les
poumons en brûlant des tas énormes
de charbons; vous reconnaîtrez, si
Dieu vous est propice, qu'il faut du
charbon, mais qu'il n'en faut pas tant
que vous pensez. Vous ne vous rôtirez
plus, comme vous faites: vous
reconnaîtrez que vous pourrez guérir
tous les maux avec une seule médecine
qu'on fait avec une seule substance
métallique; mais il n'est pas
facile de composer cette médecine;
c'est un oiseau que vous devez prendre
au vol avec le filet d'Hermès, &
c'est vous-même qui devez faire ce
filet.
Mais parlons clairement & sans énigmes:
la médecine se fait avec une
seule substance métallique, qui contient
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P H I L O S O P H I Q U E .
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tout ce qui lui est nécessaire pour
se suffire à elle-même, sans lui rien
ajouter d'étranger; mais si vous voulez
qu'elle soit en état de donner des
secours à ses frères qui sont au nombre
de six, il faut lui donner un aliment
pour lui procurer des forces,
& cette nourriture doit être analogue
à sa substance. Voilà déjà deux choses
que vous devez savoir. Vous devez
ensuite connaître le feu & la manière
de le gouverner selon la disposition de
la matière. Le vase philosophique est
aussi un point essentiel; car si vous
n'en connaissez pas la matière & la
forme, vous ne pourrez jamais réussir;
mais ce n'est pas encore tout. Il
est aussi absolument nécessaire de connaître
l'année philosophique & ses
quatre saisons pour vendanger les raisins
hermétiques à leur point de maturité
pour en faire un élixir; car si
vous cueillez ces raisins tandis qu'ils
sont en fleurs ou en verjus, vous n'en
ferez jamais rien de bon; au lieu d'engendrer
l'oiseau d'Hermès, vous n'engendrerez
que des scorpions, si vous
ne savez faire la vendange hermétique
dans son temps préfix.
La Physique naturelle vous apprendra
B vj
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36 D I S C O U R S
à connaître tous ces temps, toutes
ces saisons de l'année philosophique.
Ce petit Traité renferme tout ce qu'on
peut dire de plus clair & d'intelligible
sur ce sujet; & si l'on compare
ce que nous avons dit, avec tous les
ouvrages des Philosophes, on reconnaîtra
que nous avons parlé clairement.
Nous devons imiter Saint Paul en
publiant les grâces que Dieu nous a
faites, & ne point imiter le mauvais
serviteur qui enfouit son trésor dans la
terre.
Plusieurs Alchimistes mettent toute
leur confiance dans l'or seul, parce
qu'il est le roi des métaux, le vrai soleil
& le phosphore parfait. Il est vrai
que l'or contient un baume céleste,
incomparable, qui a la vertu de rétablir
le corps humain; mais il faut savoir
tirer ce baume du fond des entrailles
de l'or dans lequel il est renfermé;
il faut le dissolvant universel pour
réduire l'or en sa première matière;
il faut le dissoudre sans l'altérer pour
en avoir la teinture parfaite
D'autres Chimistes se brûlent la
cervelle en travaillant le mercure vulgaire
qu'ils amalgament avec des choses
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P H I L O S O P H I Q U E .
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qu'on ne peut nommer sans faire
dresser les cheveux à la tête; après
avoir passé plusieurs années dans des
recherches inutiles & criminelles, ils
se jettent sur le cuivre, le fer, l'étain,
le plomb, l'orpiment, le talc,
le sel de nitre, le sel ammoniac, l'alun,
l'aimant, l'arsenic, le mercure
sublimé & la pierre calamine. Ensuite
ayant reconnu qu'ils étaient dans
l'erreur, ils ont extrait les sucs des
fruits des herbes pour faire le dissolvant
universel, oubliant ce que disent
tous les Philosophes unanimement,
qu'il ne faut jamais sortir du règne métallique
puisque le corps de l'or qu'il
faut dissoudre est de ce règne, le dissolvant
en doit être aussi.
La matière propre à faire le dissolvant
universel, est réellement contenue
dans tous les sujets que nous venons
de nommer, mais, outre qu'il
est bien difficile de l'en tirer, elle y
est altérée & trop éloignée; elle y
est trop fixe; & le baume qui doit nécessairement
se trouver dans le sel qui
en provient, après la préparation, est
trop coagulé & contient trop de parties
terrestres & étrangères, trop de
soufre combustible & trop de soufre
@
38 D I S C O U R S
incombustible pour qu'il soit possible
d'en faire l'extraction; mais il existe,
comme nous l'avons déjà dit, deux
sujets où la matière est abondante &
d'où l'on peut la tirer facilement, par
deux opérations différentes.
Il est indubitable qu'un grand nombre
de Chimistes ont travaillé pendant
plusieurs années sur le véritable azoth
des Philosophes, sans en retirer aucun
avantage, parce qu'ils ignoraient
les principes de la Nature; ils ignoraient
que cette matière doit être
exposée à l'air pour s'imprégner des
influences célestes.
Il existe plusieurs procédés particuliers
dans la composition desquels le menstrue
ou dissolvant universel dont nous
venons de parler n'entre pas; mais ces
secrets particuliers ne peuvent guérir
qu'un certain nombre de maladies &
perfectionner les métaux sans les transmuer
entièrement; car il est certain
qu'on peut exalter le cuivre au degré
de l'argent sans avoir la médecine universelle;
ce particulier existe réellement
& peut rendre opulent celui qui
le possède.
Mais tous ces secrets particuliers ne
sont rien en comparaison de la médecine
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P H I L O S O P H I Q U E .
39
universelle qui est une poudre
salsugineuse ou analogue au sel, d'une
couleur rougeâtre, un peu luisante
& aussi pesante que le plomb; cette
poudre se liquéfie à la chaleur du soleil
ou d'une lampe; elle soutient un
feu de fusion, où elle demeure fixe
& incombustible.
La médecine universelle n'a toutes
ces qualités qu'à cause qu'elle provient
d'une substance incombustible en
elle-même; il faut bien qu'elle ait ces
qualités, puisque les Philosophes disent
qu'on peut la préparer ou calciner
dans un four de verrier pendant
plusieurs jours sans craindre de l'altérer;
car rien ne se brûle ou détruit
que les parties grossières, terreuses,
superflues & nuisibles qu'on doit nécessairement
séparer par le moyen du
feu.
Si l'on broie la matière salsugineuse
ou l'azoth des Philosophes avec la rosée
du mois de Mai, & qu'on mette
l'amalgame dans une cornue de verre,
sur un feu de sable, on verra, dans
le cours d'une journée, plusieurs métamorphoses
admirables; le mélange
deviendra d'abord d'une couleur brune,
ensuite jaune, verdâtre, d'un beau
@
40 D I S C O U R S
bleu céleste & transparent comme
du cristal. Toutes ces couleurs paraissent
successivement du matin au soir,
& l'on remarque des variations sensibles
d'un quart d'heure à un autre,
parce que tous les éléments y sont
rassemblés par les vapeurs du sel, du
soufre & du mercure; cela arrive
par une admirable combinaison que
Dieu seul connaît parfaitement.
C'est un prodige de voir qu'une
seule substance ait trois vertus & trois
propriétés différentes.
L'esprit & l'âme universelle sont
donc contenus dans le sel de la terre
fomentée par les astres qui produisent
l'or, le mercure, le baume, la quintessence
des éléments; c'est par conséquent
dans ce sel qu'il faut chercher
la médecine universelle: mais il faut
séparer l'esprit de ce sel & le reconjoindre
avec son corps par le moyen
duquel il agit & dans lequel il opère
en même temps pour conduire ses opérations
à un terme propice. On réussira
sûrement si l'on a le bonheur de
concentrer & d'imprégner ce vrai nectar
de Jupiter d'un soufre d'or; pur, ou
d'un soufre philosophique; mais il faut
être diligent pour saisir promptement
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l'oiseau hermétique lorsqu'il n'a encore
qu'une aile: car si l'on attend qu'il ait
toutes ses plumes, il s'envolera, &
l'on ne pourra jamais l'attraper pour
le renfermer dans la cage philosophique.
Les Philosophes n'ont jamais fait la
description du lieu qui doit contenir
le ferment dans la matrice de la teinture
universelle; ils ont été aussi réservés
sur ce sujet, que lorsqu'ils ont
indiqué la véritable matière sous une
infinité de noms supposés & enveloppés
sous l'énigme.
Il est évident que tous les corps
métalliques découlent de ce premier
être universel, qui fait circuler la
semence dans toutes les matrices, &
après que les influences astrales ont
fait fermenter cette substance, les métaux
se forment & prennent leur accroissement.
Il en est de même des
végétaux, des plantes, du froment,
par exemple; car on aura beau exposer
aux rayons du Soleil & de la Lune,
aux influences des astres, la graine
d'une plante quelconque, si elle n'est
pas déposée dans sa matrice, qui est la
terre, où elle doit être placée pour
recevoir les influences astrales, elle
@
42 D I S C O U R S
ne germera jamais, parce que le sel
fixe qui n'existe que dans la terre, est
le véritable agent qui développe la
fermentation nécessaire à toute sorte
de génération.
Beccher dit, que l'esprit vivifiant
du sel fixe de la terre habite dans les
airs, que c'est lui qui agite les fleurs,
qui les fait fermenter & produit toutes
les couleurs que nous voyons dans le
monde, dans les trois règnes; c'est ce
même esprit qui guérit toutes les maladies,
qui renouvelle entièrement la
masse du sang en en séparant toutes les
humeurs nuisibles; il pénètre jusqu'au
centre de la terre pour mûrir & teindre
en même temps tous les métaux
dans les minières.
La substance la plus essentielle à
notre existence se trouve dans cette
matière; nous vivons tant que nous
pouvons prendre cette nourriture, &
nous mourons aussitôt que nous en
sommes privés.
Cet esprit ne paraît que sous la
forme d'un sel volatil aérien, qui est
une substance parfaite qui conserve tous
les êtres. Ce sel est contenu dans tous
les êtres; mais il y est renfermé, &
il faut les calciner pour l'en retirer &
le faire paraître.
@
P H I L O S O P H I Q U E .
43
Quoique cet esprit céleste soit répandu
dans tout l'univers, en tout
lieu, on ne doit cependant pas croire
qu'on pourra le prendre partout; car
la terre seule est sa matrice naturelle,
c'est dans la terre qu'il s'imprègne de
toutes les vertus élémentaires.
Quand on a fait l'extraction de ce
sel par le moyen d'une calcination
convenable, il faut lui donner un lieu
pour le contenir, parce qu'il est extrêmement
fugitif & volatil. Sans ce lieu,
il ne serait pas possible de lui faire
subir les opérations nécessaires pour
développer les vertus qu'il renferme.
Un Laboureur intelligent connaîtrait
bientôt la terre qui contient ce
sel, s'il voulait se donner la peine
d'examiner les productions de la Nature;
car la terre dont nous parlons
répand l'abondance par tout où elle
est employée. Quand on a envie d'acquérir
des connaissances, il faut étudier
& faire des expériences; voilà le
moyen de découvrir le trésor caché
des Philosophes, ou pour parler plus
clairement, voilà le moyen de trouver
la minière où l'on prend l'azoth
qui renferme une prodigieuse quantité
de sel fixe central, lequel attire continuellement
@
44 D I S C O U R S
d'autres sels qui s'incorporent
avec l'aimant sympathique vers
lequel toutes les influences astrales sont
dirigées.
Il est évident qu'on doit chercher
cette terre bénite & féconde, qui contient
le sel philosophique ou la matière
prochaine de la pierre, & qu'il est
presque impossible de la trouver ailleurs
qu'aux environs des mines d'or,
en Hongrie, en Transylvanie & à Nuremberg,
dans le Tokai & ailleurs,
pourvu qu'il y ait des mines d'or abondantes
ou non. Cette terre est jaunâtre,
parce qu'elle est imprégnée du soufre
volatil de l'or, ou d'or qui est entièrement
volatil.
Cette terre est excellente quand elle
est prise à quelques pieds de profondeur
directement sur la minière, parce que
l'or qui se coagule, se cuit & végète
dans sa minière, exhale continuellement
une vapeur qui se corporifie dans
la terre, vers laquelle elle se dirige par
l'expulsion du feu central de la minière;
elle est attirée par une vertu magnétique,
d'ailleurs, vers la surface de la
terre.
La terre, qui est perpendiculairement
au-dessus des minières, peut être
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P H I L O S O P H I Q U E .
45
considérée comme un ample chapiteau,
ou se condensent & se corporifient toutes
les exhalaisons qui montent comme
d'un creuset rempli d'or en fusion; mais
avec cette différence que les vapeurs
qui s'exhalent d'une Minière, sont des
vapeurs d'or vivant, tandis que celles
qui partent d'un creuset rempli d'or en
fusion, doivent être considérées comme
des émanations d'un corps mort.
L'aimant philosophique se trouvant
dans la terre, exposée à la vapeur d'une
minière d'or, doit être imprégnée d'un
véritable soufre d'or volatil, par le
moyen duquel les êtres universaux sont
mis en mouvement, & par leur grande
analogie avec l'or, l'aimant philosophique,
attirent copieusement d'en
haut, tout ce qui est nécessaire pour
conduire le magistère à son plus haut
point de perfection. Si l'on fait l'opération
avec cette terre de Hongrie ou
terre d'or, ou imprégnée d'effluves
d'or par le moyen d'un esprit convenable,
on en tirera une teinture qui a
des vertus infinies pour guérir toutes
les maladies, & renouveler entièrement
la masse du sang.
Il faut mettre quelques livres de cette
terre dans un alambic de verre, avec
@
46 D I S C O U R S
un menstrue analogue à cette terre d'or.
On fait digérer le mélange pendant un
mois sur les cendres tièdes, selon l'art;
au bout de ce temps, toutes les parois
du vase seront chargées d'une croûte
d'or très épaisse. On aura de la peine
à croire que la petite quantité de terre
qu'on emploiera pour faire l'opération,
pourra produire une si grande quantité
d'or.
D'après une pareille expérience, il
est évident qu'il serait bien plus commode
& plus avantageux de chercher
la matière de la médecine universelle
dans la terre aux environs des minières
d'or, ou près des rivières qui roulent
des paillettes de ce précieux métal,
que partout ailleurs.
Le sable d'or qu'on ramasse dans les
rivières des Indes Orientales, contient
certainement un soufre d'or volatil,
ou pour mieux dire, un or cru.
On a tenté en vain jusqu'à présent,
de réduire en corps le sable des Indes
Occidentales; on le met en fusion sans
difficulté, mais à cause de sa grande
volatilité, il s'envole aussi promptement
que le mercure vulgaire. Il est
étonnant de voir que tant d'habiles
Chimistes d'ailleurs ne fassent pas attention
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P H I L O S O P H I Q U E .
47
à cet or volatil; c'est un trésor
que la Nature nous présente; mais la
cupidité, l'ambition, l'avarice, l'amour
des richesses aveuglent bien des
personnes. On cherche à réduire ce
sable d'or en corps ou en lingots, &
l'on ne fait pas attention que cet or
volatil présente une matière toute
préparée pour faire la teinture universelle.
Nous savons qu'il y a des Artistes
expérimentés qui ont adopté une autre
matière plus agile à ce qu'ils disent,
& plus convenable pour faire
la teinture universelle, & qu'ils prétendent
avoir plus d'efficace dans la
partie médicale; mais nous laisserons
ces Messieurs dans leur opinion, en
ajoutant qu'ils ne peuvent avoir que
des petits particuliers, qui sûrement
ne les conduiront jamais à la teinture
universelle. Ne perdons jamais
de vue cet axiome philosophique:
Celui qui veut moissonner du froment
doit semer du froment, & par la même
raison celui qui veut moissonner
de l'or doit semer de l'or.
Quand on veut moissonner du blé,
il ne faut pas semer du pain; de
même quand on veut moissonner de
@
48 D I S C O U R S
l'or, il ne faut pas semer de l'or dont
le germe soit brûlé.
Nous laissons les Chimistes entêtés
dans leur opinion; ceux qui ne voudront
pas faire attention à ce que
nous venons te dire, verront à quoi
peut les conduire leur système. Ils
reconnaîtront, mais peut-être trop
tard, qu'ils sont dans l'erreur. Les
opérations chimiques sont longues &
dispendieuses, le Chimiste vieillit
& se trouve insensiblement hors d'état
de pouvoir rien entreprendre.
J'ai dit, que le sel fixe de la terre
avait la même origine que le sel volatil
aérien, quoiqu'ils paraissent d'une
qualité bien différente; mais si l'on
les fait fermenter ensemble, ils s'unissent
& se conjoignent amicalement.
Tous les végétaux & minéraux doivent
leur existence à ce sel fixe, qui
attire les esprits dont ils ont besoin
pour prendre leur forme & leur accroissement.
Le sel fixe de la terre attire d'en
haut le sel volatil pour fertiliser tout
ce qu'il rencontre; & si la terre ne
contenait pas ce sel fixe, elle ne
pourrait être une matrice propre à
recevoir ce sel volatil de l'air, pour
le
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P H I L O S O P H I Q U E .
49
le conserver, le faire fermenter & le
réunir.
Ces deux choses n'en font qu'une
seule, parce que, comme nous l'avons
dit ci-devant, elles n'en faisaient qu'une
dans le commencement; elles sortent
du même principe, & elles sont
de même nature; voilà pourquoi elles
doivent se réunir; le volatil devient
fixe, & le fixe devient volatil, & ils
se rendent l'un à l'autre ces secours
mutuels par le moyen du magnétisme
universel & par la grande sympathie
qui est entre eux.
La matière de la teinture universelle
vient d'être nommée par son propre
nom, ainsi que la saison, le temps favorable
pour faire l'opération.
Les Philosophes ont enveloppé avec
grand soin ces deux points essentiels,
& pour mieux réussir, ils ont employé
les allégories, les énigmes, & une
infinité de noms étrangers.
Voilà la matière de la teinture universelle
& la manière de la préparer.
Jusqu'à présent on n'a cherché qu'à
cacher ce que je viens d'écrire ouvertement;
ces noms sauvages qu'ont
employés les Philosophes, ont entraîné
une foule d'avares & de voluptueux
Tome II. C
@
50 D I S C O U R S
dans un labyrinthe d'où ils ne sortiront
jamais. Dieu a permis qu'ils se
trompassent ainsi eux-mêmes, parce
qu'ils ne cherchaient ce trésor que
pour satisfaire leurs désirs déréglés.
Nous venons de parler clairement;
mais ceux qui n'auront pas des vues
légitimes, n'en retireront jamais le
moindre avantage.
Le point essentiel de l'opération
dépend de la fermentation du sel volatil
aérien avec le sel fixe de la terre,
pour les conjoindre amicalement &
légitimement ensemble.
Si tous ceux qui ont travaillé sur
cette matière n'ont pas réussi, ça été
de leur faute plutôt que de celle des
Philosophes, qui ont écrit. Si ceux
qui ont erré s'étaient donné la peine
de réfléchir, ils auraient su éviter les
précipices dans lesquels ils sont tombés.
La plus grande partie des Chimistes
se borne à la connaissance des trois
noms génériques de sel, de soufre &
de mercure, & ils croient tout savoir
quand ils ont ces trois mots gravés
dans la mémoire. Il est bien constant
que ces trois minéraux exercent un
empire continuel & absolu dans les
@
P H I L O S O P H I Q U E .
51
trois règnes où ils dirigent & rassemblent
toutes les influences astrales;
mais il faut savoir quand, comment,
& à quelle fin ces merveilles s'opèrent.
On peut faire d'excellentes médecines
avec l'or, l'argent, le plomb,
le mercure vulgaire, le vitriol & plusieurs
autres corps semblables, qui
contiennent véritablement la matière
de la médecine universelle, mais il
est bien difficile de la purifier; car elle
est enveloppée de matières grossières
& hétérogènes qui sont capables de
faire manquer l'opération.
Nous ne prétendons pas dire qu'il
soit impossible de faire une médecine
universelle pour convertir les métaux
imparfaits en véritable or ou argent
avec les corps fixes que nous venons
de nommer; nous voulons seulement
dire qu'il est très difficile, & nous
pouvons assurer que de cent qui travaillent
sur ces matières, à peine s'en
trouvera-t-il deux qui réussiront à en
extraire la médecine universelle.
Plusieurs personnes ont échoué,
pour n'avoir su donner un temps suffisant
à l'opération; on pense vulgairement
qu'on peut commencer & achever
C ij
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52 D I S C O U R S
le grand oeuvre dans six semaines
ou deux mois. Cela arrive parce que
les Philosophes ont dit que c'était le
travail des femmes & le jeu des enfants;
ils ont employé ces expressions
pour induire les ignorants & les impies
dans l'erreur.
La seconde partie de l'opération
peut bien être regardée comme un jeu
d'enfant; mais il n'en est pas de même
des opérations préliminaires, qui renferment
la calcination, la dissolution,
la coagulation, la sublimation, la circulation
& la digestion. Toutes ces
opérations se font avec un feu gradué;
& je puis assurer que la plus
grande partie de ceux qui n'ont pas
réussi, ont eu ce malheur, faute d'avoir
su diriger leur feu dans chaque
opération: car si l'on fait un feu lent
où il faut un feu de fusion, la matière,
au lieu d'être ouverte, ne
sera qu'effleurée, & ne pourra jamais
être débarrassée des parties terrestres
sous lesquelles la quintessence est cachée.
Cette quintessence n'est pas encore
en état d'accomplir le magistère dont
le succès dépend absolument de la volatilisation
& de la fixation. Toutes
@
P H I L O S O P H I Q U E .
53
ces opérations sont très longues &
très ennuyantes.
Il est certain qu'un adepte, qui connaît
à fond toutes les opérations,
pourrait abréger le travail; mais celui
qui a eu le bonheur de connaître
la matière & qui n'a pas encore fait
l'oeuvre, ne doit point s'écarter de la
voie commune, il doit s'armer de
patience & travailler; car Dieu n'accorde
ce don céleste qu'en récompense
de la vertu & du travail.
Il serait très imprudent de commencer
l'opération avant de connaître
parfaitement la nature du sel volatil
de l'air & celle du sel fixe de la
terre. Il n'est pas moins essentiel de
connaître la méthode qu'on doit suivre
dans tout le cours de l'opération.
Si l'on veut acquérir une connaissance
parfaite de ces deux choses, il
ne faut pas se borner à la lecture des
Philosophes modernes, il faut lire ce
qu'on appelle les fables des anciens
Auteurs profanes. Cette expression ne
sortira jamais de la bouche d'un vrai
Philosophe qui connaît les choses merveilleuses
que les Grecs & les Egyptiens
ont décrites sous des hiéroglyphes,
des fictions & des allégories,
C iij
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54 D I S C O U R S
pour les dérober à la connaissance des
impies: le vulgaire ignorant, ne comprenant
rien dans les Métamorphoses
d'Ovide, dans la Théogonie d'Hésiode,
& autres ouvrages semblables,
prononce hardiment que ce sont des
fables qui n'ont pas de sens commun,
parce qu'il s'attache aux mots, sans se
donner la peine de réfléchir.
Je conviens que l'expression d'Hésiode
paraît fabuleuse, lorsqu'il dit,
que Thétis est fille du Ciel, & qu'Hypéricon
engendra le Soleil & la Lune.
Le Soleil échauffe une eau qui enflamme
le soufre, & il en résulte un mercure
qui est le principe de l'or; ainsi
quand on lit les ouvrages des Philosophes,
tant anciens que modernes,
il faut avoir de la patience & ne pas
s'arrêter à la première phrase; si l'on
rencontre de l'obscurité ou du ridicule
en apparence, il ne faut jamais se
rebuter; une phrase en explique une
autre, & cette explication ne viendra
quelquefois que dans un endroit où
vous vous y attendrez le moins, mais
sous l'énigme.
Hésiode ne s'est pas contenté de
dire que Thétis était fille du Ciel,
il a ajouté qu'elle était mère du Soleil,
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P H I L O S O P H I Q U E .
55
qui est le père de tous les métaux.
Ce mot Thétis, signifie le soufre
qui se convertit en mercure, & ce
mercure se métallifie par le moyen
d'un feu lent qui se trouve dans les
minières dans les entrailles de la terre.
Voilà une preuve non équivoque,
que les fables des Anciens, sont réellement
des ouvrages philosophiques,
qui, sous des emblèmes, renferment
les arcanes de la Nature.
Tubaliain, Cham, Chamia, Chemia,
tous ces mots signifient Chimie.
L'expression si souvent répétée dans
tous les ouvrages des Philosophes:
La Nature se réjouit avec la Nature,
la Nature retient la Nature, la Nature
triomphe de la Nature; cette
expression, dis-je, vient de l'Egypte.
Cela signifie, que la Nature est la
mère de la Chimie, & qu'elle préside
à toutes ses opérations.
Moïse avait appris toutes les sciences
des Egyptiens, c'est pourquoi les
Prêtres disaient que c'était un second
Hermès, en le voyant expliquer tous
les hiéroglyphes.
Adam reçut de Dieu même les
principes de toutes les sciences; Adam
C iv
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56 D I S C O U R S
instruisit Noé, celui-ci instruisit Seth,
dont les descendants communiquèrent
les mêmes connaissances à Abraham;
Abraham enseigna les Caldéens, les
Caldéens instruisirent les Egyptiens,
& les Egyptiens instruisirent Moïse.
Canaam signifie l'ancien Hermès &
rien autre; Misraim était frère de
Cham.
Hermès enseigna la médecine universelle
à Isis, qui guérissait toutes
les maladies; selon les anciens, Isis
est la Lune, & Osiris le Soleil, ou
l'or & l'argent.
Tubaliain fut le premier Vulcain
avant le déluge; Cham est le Jupiter
des anciens; l'enfant Egyptien est la
terre de Cham; cette terre de Cham,
selon Plutarque, est la Chimie; le
vieillard Hébreu, est le même qu'on
appelle Zeus.
Saturne est Noah, qui découvrit
son père; Vulcain fut Mitraim, depuis
le déluge, & Mercure inventa tous
les arts chez les Egyptiens: ce même
Mercure était frère de Mitraim.
Orphée, Homère, & Démocrite
ont voyagé en Egypte pour s'instruire
de même que Pytagore, qui pour être
initié dans les mystères des Egyptiens,
@
P H I L O S O P H I Q U E .
57
se soumit à un traitement bien
dur.
L'eau mercurielle que Pindar de Thèbes
a décrite, est la base de tous les
métaux.
Hippocrate fait voir dans ses ouvrages
qu'il connaissait les principes
de la science hermétique.
L'arsenic de la Sybille indique un
soufre, qui, en faisant les fonctions
de mâle, oblige le mercure de s'arrêter;
mais ce n'est pas dans l'arsenic vulgaire
qu'il faut chercher ce soufre: car le
bon sens & la raison nous indiquent
qu'il faut un soufre incombustible ou
un soufre vraiment philosophique.
Plusieurs Auteurs assurent que Virgile
indique la matière de la pierre,
dans son Enéide, où il parle de l'arbre
opaque, qui est une espèce de palingénésie
mystique des métaux, ou une
végétation métallique admirable.
Les vrais Chimistes font cette végétation
par le moyen d'une poudre
métallique qu'ils savent composer. Ils
font dissoudre un grain de cette poudre
dans quatre livres d'eau de pluie, &
y ajoutent du vif-argent, qui au bout
de six heures, végète si prodigieusement,
qu'il remplit tout le vase de
C v
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58 D I S C O U R S
filaments d'argent, ou de mercure converti
en argent; on met cette végétation
à la coupelle, & il en résulte
un argent très pur;
Les Philosophes font ces merveilles
en très peu de temps, & sans beaucoup
de dépense. Ils emploient des choses
que tout le monde connaît; car ils
n'emploient que de l'argent, du vif-
argent, réduits en quintessence ou première
matière, c'est-à-dire, en eau
métallique, claire & limpide.
Le fer mêlé de cuivre dans les minières,
indique le plus grand mystère
de la Chimie. Si l'on voulait se donner
la peine d'examiner ce mélange, on
serait bientôt en état de faire des végétations
de mercure en argent, &
quelque chose de plus avantageux:
car celui qui sait faire une véritable
végétation, n'ignore pas le moyen de
faire un verre malléable non plus que
des pierres précieuses.
Les cornes d'argent se font avec des
esprits acides contraires, qui développent
la teinture d'argent; ces cornes
sont brillantes, malléables, & fusibles
au feu de lampe.
On peut faire un sel malléable avec
du sel ammoniac, qu'on fait dissoudre
@
P H I L O S O P H I Q U E .
59
plusieurs fois dans de l'eau de pluie ou
de la rosée. Il se cristallise au point de
remplir toute l'étendue du vase dans
lequel on fait l'opération.
Le verre d'antimoine, qui est le
plomb des Philosophes, a une grande
vertu fixative, & celui qui travaillera
ce verre jusqu'à ce qu'il soit réduit au
point de perfection dont il est susceptible,
fera des prodiges avec tous les
métaux, qui sont de la classe de ce
minéral.
La nature fait tous les jours du verre
malléable avec le vitriol martial, le
plâtre & le talc de Moscovie, qui est
un verre naturel de la plus grande
beauté.
Il existe une terre rougeâtre, sablonneuse
& spongieuse, aux environs d'Arcueil,
près de Paris, qui est un objet
intéressant pour les Chimistes; car si
l'on expose cette terre dans des vaisseaux
de terre vernissée, aux influences
astrales, c'est-à-dire, à la pluie, à la
neige, aux rayons du soleil & de la
lune, & qu'on la lessive au bout de
deux mois, on en retire d'excellent
vitriol; & si l'on l'expose de nouveau
à l'air, elle donnera successivement
tous les mois, du plomb, de l'étain,
C vj
@
60 D I S C O U R S
du fer, du cuivre, de l'argent & de
l'or, si on l'expose les mois de Juillet
& d'Août.
Un Chimiste un peu expérimenté,
reconnaîtra facilement que cette terre
n'est point métallique; mais qu'elle
contient un sel fixe métallique & magnétique,
qui attire de l'air tout ce
qu'on peut en retirer après l'avoir exposée
aux influences astrales pendant
un temps convenable.
Toute la terre d'Egypte est nitreuse,
& c'est pour cela qu'on l'a appelée terre
de Cham, de Chamia, ou terre propre
à être employée dans la Chimie.
On peut faire une excellente teinture
avec le safran du Levant, par le moyen
de l'esprit de vin. Cette teinture est un
excellent remède pour guérir les plaies
& beaucoup de maladies.
Les fèces du safran se réduisent en
masse solide au fond de l'alambic après
l'extraction de la teinture, qu'on peut
volatiliser & rendre beaucoup plus parfaite
par le moyen de cette résidence.
Philalèthe assure que tous les métaux
sont formés de la même matière, qui
est le mercure par le moyen duquel
la Nature fait toutes ses fonctions.
La preuve la plus évidente que tous
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P H I L O S O P H I Q U E .
61
les métaux viennent du mercure, est
que tous les métaux peuvent être réduits
en mercure.
On peut naturellement convertir le
mercure en plomb & le plomb en
mercure, par le moyen de l'Art; on
convertit le plomb en fer, le fer en
cuivre; si l'on fait cuire le cuivre, on
le mettra au rang des métaux parfaits.
On peut aussi facilement convertir
l'antimoine en mercure précieux, &
qui est bien susceptible de prendre la
forme d'un métal parfait.
Le mercure d'antimoine est plus
précieux que l'or dans la Chimie vulgaire,
parce que l'on ne saurait le
dissoudre sans le menstrue philosophique
que les Apothicaires ou Chimistes
vulgaires ne connaissent pas.
Le mercure antimonial, au contraire,
se dissout facilement, & il
fournit beaucoup de moyens pour
parvenir à des découvertes importantes;
car, si on le mêle avec le
mercure des autres Métaux, & qu'on
les fasse cuire ensemble, le mercure
étant le lien de celui des autres métaux,
les oblige de se conjoindre avec
lui. Voilà la base de la Philosophie
hermétique.
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62 D I S C O U R S
Les Philosophes connaissent une substance
moyenne entre les métaux &
les minéraux; cette substance est la
matière première des métaux, & ceux
qui ont le bonheur de la connaître
n'ont pas besoin de les réincruder pour
avoir du mercure vierge.
Cette matière s'étend dans les minières
à travers les pores de la terre
pour former tous les corps métalliques;
mais il faut un lien pour la
retenir, c'est-à-dire qu'il n'est pas possible
de la convertir en élixir, sans y
joindre un ferment d'or ou d'argent.
Le vif-argent ou mercure vulgaire a
une infinité de propriétés; on peut
lui faire prendre la forme de tous les
métaux, sans en excepter l'or & l'argent.
Sendivogius l'appelle son acier,
parce qu'il est la clef & le principe
de la Philosophie hermétique.
Philalète dit, que la pierre des
Sages est de l'or digéré au suprême
degré, & circulé en essence ignée,
qui est de la plus grande pénétration.
Le même Auteur ajoute, que c'est un
corps mort qui teint l'argent à l'infini.
Ce corps mort peut-il être autre chose
que l'or mis à mort & putréfié, & ensuite
spiritualisé, mais il faut auparavant
@
P H I L O S O P H I Q U E .
63
dissoudre l'or dans un mercure
qui soit de la nature de l'or, sans
quoi il ne germerait jamais, parce
que ce mercure est comme une terre
dans laquelle on doit nécessairement
semer l'or pour le faire fructifier.
Les Philosophes n'admettent que
trois éléments qui sont l'air, l'eau &
la terre; car ils ne reconnaissent que
le feu commun, tel qu'il existe dans
nos foyers.
Tous les éléments proviennent naturellement
d'une conjonction de l'eau
qui est le principe de tous les corps
concrets: la terre est considérée comme
le lit ou le foyer où se fait cette
conjonction: l'air est le moyen ou
distributeur des vertus célestes. L'eau
est la semence de tous les êtres créés.
Tel est l'ordre que Dieu a établi dans
le cours des choses sublunaires.
Le vif-argent & tous les autres
minéraux sont composés d'une eau sèche
& fluide: le mercure ne peut
produire que du métal ou des minéraux
qui se convertissent ensuite en
étain, en plomb, en argent, en fer
& en or. Cela se fait par le moyen
de la conjonction de la graisse sulfureuse
& mercurielle; il cuit lui-même
@
64 D I S C O U R S
par sa chaleur naturelle, parce qu'il
contient un agent radical qui a la
vertu de conduire les métaux à leur
degré de perfection, sans le secours
d'aucun autre agent extérieur.
Le mercure n'a d'autre destination
qu'à produire de l'or ou de l'argent;
nais pour cela, il doit être délivré
& purgé de toutes les ordures, de
tout le soufre impur dont il peut être
souillé par accident.
Tous les métaux imparfaits sont
un or cru, impur, qui n'est pas encore
mûr; séparez-en donc les impuretés
par le moyen de notre arcane,
de notre feu, pour exalter l'or & le
faire digérer; notre feu exalte ce qui
est de sa nature, & consume tout ce
qui est impur.
Toute semence métallique est une
véritable semence d'or; il n'existe point
de semence d'étain, de plomb, de
cuivre, de fer, ni d'argent: car la
forme de tous ces corps imparfaits est
purement accidentelle; ainsi, toute
matière métallique est une véritable
minière d'or; il ne lui manque qu'une
digestion convenable pour en séparer
les fèces & toutes les crudités. Cette
digestion doit être fixative & destructive
@
P H I L O S O P H I Q U E .
65
de toutes les matières hétérogènes,
& la forme doit être introduite
en même temps.
Le plomb n'est pas multiplicatif dans
le plomb; mais il est multiplicatif dans
l'or qui contient une semence multiplicative
pour le blanc & pour le rouge.
La teinture blanche est contenue
dans le résidu de l'or seulement: elle
est la première perfection de la teinture
rouge qui est l'accomplissement
du magistère. La teinture blanche est
philosophique, parce que l'or est son
père, & elle devient rouge dans son
temps, quand elle a acquis la perfection
dont elle est susceptible par la nourriture
que lui donne notre feu philosophique.
Il faut absolument avoir la semence
de l'or pour faire la médecine universelle.
L'or doit être ouvert jusqu'au
noyau pour produire sa semence. Les
eaux régales & corrosives n'ont pas
la vertu de dissoudre l'or: elles ne
font que de le réduire en limaille fine
qu'on peut réduire en corps avec les
sels convenables; ce qu'il n'est plus
possible de faire quand l'or est dissous
par le moyen de notre eau mercurielle;
pour-lors il est uni & si bien
incorporé avec le dissolvant, qu'ils ne
@
66 D I S C O U R S
sont plus qu'un seul corps qu'il est
impossible de diviser, & c'est dans ce
même corps qu'est contenue la semence
multiplicative de l'or.
Pour extraire cette semence, il faut
détruire l'or, ou du moins le réduire
au point où il paraît détruit: c'est
pour-lors que toute sa substance est
convertie en sperme.
L'or est entièrement réduit en sperme,
quand il est réduit en eau: le
sperme habite dans l'eau. Voilà pourquoi
la semence de l'or est appelée
eau dans tous les Livres des Philosophes;
& pour avoir cette semence,
il faut faire disparaître l'or entièrement.
Ce point est essentiel, c'est le
grand secret de l'Art; il n'y a qu'un
sentier très étroit pour arriver à ce
but, & il n'y a point d'autre guide
que le feu secret des Philosophes,
qu'ils ont caché ou masqué sous une
infinité de noms, d'énigmes & d'allégories:
Basile Valentin l'appelle,
baume, urine, rosée du mois de
Mai, dragon venimeux, crible, marbre,
thériaque, talc, sel de nitre, &
vitriol Romain.
Voilà les noms que les Philosophes
ont donnés à leur menstrue, qui est
@
P H I L O S O P H I Q U E .
67
un diadème royal, sans lequel il n'est
pas possible de tirer le sperme du corps
solaire ou de l'or. Il faut faire paraître
ce sperme sous une forme mercurielle
pour l'exalter en quintessence, qui est
premièrement blanche, & qui, ensuite,
devient rouge par la cuisson
faite avec un feu continuel. Tout cela
se fait par le moyen d'un agent homogène
& mercuriel, pénétrant & pur,
cristallin sans être diaphane, liquide
sans être humide. Tel est le mercure
des Philosophes quant à l'extérieur;
mais intérieurement, c'est un être plein
de vie qui est l'âme de l'or ou la pure
quintessence de ce métal.
Les Sophistes qui pensent qu'avec le
mercure vulgaire seul, sans adjonction
d'aucune matière étrangère, on peut
extraire cette quintessence, sont dans
une erreur bien grossière. Quand ils
ont réduit le vif-argent en gomme fusible,
par une chaleur douce, ils
croient avoir trouvé le phoenix; ils
l'exposent au soleil pour attirer les influences
astrales; cette gomme mercurielle,
si elle est bien préparée, peut
se dissoudre au soleil; pour lors, le
pauvre Sophiste se réjouit, il se regarde
comme possesseur de la pierre des Sages;
@
68 D I S C O U R S
il fait faire des plans pour bâtir des
châteaux; il promet des fortunes, des
trésors à ses amis; il s'engage à leur
procurer une longue vie. Ensuite, il
fait provision d'or calciné qu'il fait dissoudre
dans de l'eau régale, pour faciliter
la Nature à ce qu'il dit; il précipite
la dissolution avec de l'huile de tartre,
& fait évaporer.
L'or se trouve réduit en poudre impalpable,
qui disparaît bientôt après
qu'elle a été mise dans la dissolution de
gomme mercurielle. Je conviens que
l'or s'y incorpore en quelque manière,
& qu'il en résulte un amalgame dont
les doreurs sur cuivre pourraient faire
usage, mais qui ne convient en aucune
manière à l'oeuvre philosophique.
Le pauvre Sophiste croit que son or
est radicalement dissous; il se flatte
d'en avoir extrait la quintessence, &
rien n'est capable de le persuader du
contraire; il veut continuer ses opérations
aussi vaines que ridicules; croyant
posséder tout ce qui est nécessaire au
magistère, il renferme cette matière,
ainsi préparée, dans l'oeuf philosophique,
pour la conduire à sa perfection.
J'ai connu une personne qui a suivi
cette marche de point en point, telle
@
P H I L O S O P H I Q U E .
69
que je viens de l'exposer. Cette même
personne était si entêtée & si prévenue
en faveur de son procédé, qu'elle fit
cuire cette composition pendant dix
ans, sans interruption. J'ai vu le fourneau
de ce pauvre Sophiste, qui est
mort dans la peine.
Ce fourneau était si ample, que j'y
comptai jusqu'à douze oeufs philosophiques;
la vue seule de tant de vases,
prouve bien que le Chimiste qui les
dirigeait, n'avait pas la moindre idée
de la vertu multiplicative de la pierre.
Les vrais Chimistes connaissent bien
ce qui manque au mercure vulgaire
pour en faire un mercure philosophique.
Les Sophistes ne font autre chose que
de laver, le sublimer, le spiritualiser
& le faire cuire; ils pensent qu'après
lui avoir fait perdre sa forme naturelle,
il doit prendre celle du mercure des
Philosophes.
Nous avons déjà dit, que tous les
métaux sortent d'une même source &
ont tous les mêmes principes matériels,
qui sont le mercure. C'est pourquoi il
paraît que le mercure vulgaire est la
matière métallique la plus analogue à
tous les métaux, & qu'il devrait, lui
seul, avec l'or pur, suffire à la composition
@
70 D I S C O U R S
de la pierre: il semble qu'il ne
lui manque autre chose qu'un degré de
pureté & de cuisson avec un ferment.
Mais les Philosophes ne pensent pas
ainsi; ils n'ignorent pas que le mercure
vulgaire contient une partie de
la matière de la pierre; & que si l'on
veut l'employer dans la composition
de la médecine, il faut lui donner ce
qui lui manque pour être un vif-argent
parfait.
La privation de l'air est, en partie,
la cause qui fait rester le mercure dans
l'état de crudité où nous le voyons. Il
attend ce qui lui manque pour parvenir
au degré de métal parfait; & quand
cela n'arrive pas, il faut nécessairement
qu'il ait été arrêté par quelques
accidents, quelque vice local, ou cette
matière a été si malade, si maltraitée,
qu'elle a perdu toute sa force & toute
sa vertu propagative aurifique.
Si l'on avait fait dissoudre de l'or
dans le mercure philosophique, que
le tout eut été préparé par un adepte,
& que rien n'y manquât pour faire la
pierre, si cette matière était même
dans l'oeuf, si après l'avoir fait cuire
pendant un mois, on la laissait refroidir,
la même chose arriverait, la vertu propagative
@
P H I L O S O P H I Q U E .
71
aurifique serait éteinte comme
elle l'est dans le mercure vulgaire qui a
essuyé des accidents dans les minières.
Pour faire un mercure convenable
au magistère, il faut commencer par
purifier ce corps métallique de toutes
les superfluités, & lui donner tout ce
qui lui manque, il faut l'animer avec
un vrai soufre brûlant pour consumer
toutes les impuretés qu'il rencontre. Ce
soufre doit avoir en même temps une
qualité générative & propagative. En
un mot, pour que le mercure vulgaire
devienne un véritable mercure philosophique,
il n'y a autre chose à faire
que d'en séparer ce qu'il a de contraire,
& lui joindre un soufre pur qui le guérit
de sa lèpre & de son hydropisie.
Il faut ensuite y ajouter une portion
convenable de matière tirée du règne
de Jupiter & de Saturne, & le mercure
philosophique sera préparé dans toute
sa perfection; mais gardez-vous bien
d'y rien ajouter de tout ce qui est d'une
nature contraire à la sienne; souvenez-
vous qu'il ne faut jamais sortir de la
voie métallique: car la pierre des Sages
n'est composée que de mercure, d'or
& d'argent, si ces trois métaux ne
sont pas intimement conjoints, dissous,
@
72 D I S C O U R S
sublimés, mortifiés & exaltés tous les
trois ensemble, ils ne produiront jamais
le moindre effet.
Pour faire la médecine universelle,
il n'y a autre chose à faire que te rassembler
les éléments qui nous environnent
de toutes parts; tous les êtres les
contiennent, & ils sont leur soutient.
La pierre des Philosophes est le premier
de tous les éléments, elle se
trouve dans tous les êtres créés; & dès
l'instant qu'elle cesse d'y exister, ils
périssent.
Pour s'assurer & se convaincre qu'on
travaille sur la véritable matière, il
faut la soumettre à l'épreuve du feu;
car elle est incombustible. Les Philosophes
disent, qu'on peut la calciner
ou préparer dans un fourneau de réverbère,
ou dans un four de verrier, sans
craindre qu'elle pût y recevoir aucun
dommage; car le feu ne peut avoir
d'impression que sur les parties étrangères
dont on doit la délivrer. Cela
prouve clairement que la matière de
la pierre ne peut exister que dans les
métaux, & même dans les plus parfaits.
Nous devons donc chercher dans les
métaux & ne jamais sortir de leur classe.
Nous devons chercher dans l'or, quand
nous
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P H I L O S O P H I Q U E .
73
nous voudrons engendrer de l'or; le
bon sens & la raison nous indiquent,
que nous devons chercher le germe
de l'or dans l'or même, & non ailleurs.
Voilà le raisonnement de tous les
Philosophes; il est bien évident qu'il
faut chercher la pierre dans les métaux
les plus parfaits, dont il faut extraire
le sperme ou semence multiplicative.
Pour réussir dans cette opération, il
faut détruire la forme métallique ou
la forme accidentelle; mais il faut conserver
l'espèce métallique qui réside
dans l'esprit.
Il faut donc changer la forme extérieure
de l'or, & le réduire en eau;
car l'esprit de l'or se conserve dans
l'eau, & cette eau s'épaissit, pour la
seconde fois, après la putréfaction;
elle reprend une nouvelle forme d'or,
telle qu'il l'avait auparavant.
Cette nouvelle forme que l'or reprend,
après sa réincrudation, est beaucoup
plus parfaite; car elle a acquis
une vertu multiplicative à l'infini.
L'or qu'on doit employer doit être
mûr; il faut le purifier plusieurs fois,
comme dit Flamel, en le faisant fondre
avec l'antimoine. L'or ainsi purifié
se dissout facilement dans le mercure
Tome II. D
@
74 D I S C O U R S
cru & froid. De ces deux choses
il en résultera un mercure qu'on appelle
eau-de-vie. On fait cuire cette
double matière ou ce double mercure,
& il en résulte un métal bien
plus précieux que l'or, puisqu'il convertit
tous les métaux en or.
Voilà la véritable composition de la
médecine universelle. Convertissez du
mercure vulgaire en mercure philosophique;
convertissez l'or vulgaire
en or philosophique, c'est-à-dire réincrudez
ces deux métaux, mêlez les
dissolutions sans y rien ajouter, faites
les cuire pendant un temps convenable,
& vous aurez l'élixir incombustible.
Si vous avez le secret du feu extérieur
que vous devez employer, vous
pourrez observer tous les jours une
révolution dans la matière jusqu'à ce
que l'humidité soit entièrement desséchée
par la calcination.
La fumée philosophique est cachée
dans l'oeuf philosophique qu'il faut
échauffer avec une chaleur modérée;
car si elle était trop forte, tout l'ouvrage
périrait; si elle était trop faible,
l'ouvrage périrait de même.
Le grand secret des Philosophes
@
P H I L O S O P H I Q U E .
75
consiste dans la connaissance des degrés
du feu; car il n'y a qu'un degré
convenable au magistère. Les Philosophes
se sont beaucoup étendus sur
ce sujet; mais il est impossible de les
accorder. Un grand nombre de bons
Artistes, qui avaient la véritable matière
en main, ont échoué pour avoir
ignoré les degrés du feu extérieur.
Le mercure philosophique est ce
qu'on appelle la fontaine ou le bain,
ou le Roi se baigne; il n'y faut rien
ajouter que de l'or réduit en limaille.
Nicolas Flamel dit que le mercure
philosophique exhale une puanteur
insupportable, & qu'il se fait assez
connaître par son odeur.
Quand vous serez possesseur de
cette matière, faites-la cuire comme
nous venons de le dire; faites une
conjonction secrète à laquelle les
mains n'ont point de part; & de
deux choses il ne vous en restera
qu'une, mais infiniment plus parfaite
que celles que vous aurez employées.
La partie sulfureuse ne doit point
être séparée de la substance mercurielle,
ni la partie mercurielle de la
partie sulfureuse: ils doivent être unis
inséparablement pour produire leur
D ij
@
76 D I S C O U R S
effet. Ce soufre mercuriel & ce mercure
sulfureux, sont la base & le fondement
de l'oeuvre philosophique.
Observez bien la nature de ce soufre
& de ce mercure, & prenez bien
garde de vous tromper; ces deux choses
n'en sont qu'une seule; le soufre
mercuriel est mûr & digéré; le mercure
sulfureux est cru, il faut les
conjoindre par le moyen d'une calcination.
Toute calcination qui ne se fait pas
intérieurement, est infructueuse.
La seconde calcination de l'or doit
se faire dans le mercure dissolvant;
mais il faut bien observer les poids &
doses. Aussitôt qu'ils sont conjoints,
la chaleur agit dans l'humidité & réduit
l'or en poudre subtile, & peu de
temps après en une espèce de gomme
noire.
Il faut conjoindre le mercure cru
avec l'or mûr, pour le réincruder, le
calciner & le faire dissoudre selon
l'Art. Le soufre qui est dans le mercure;
est une eau divine qui digère la
matière, c'est un azoth qui enrichit
celui qui a le bonheur de le posséder.
Le corps de l'azoth est une terre
@
P H I L O S O P H I Q U E .
77
que quelques Philosophes ont appelée
terre de Lemnos, ou terre sigillée.
Lemnos est une île d'où l'on tire
trois différentes terres minérales; la
première est employée dans les moulins
à foulon; la seconde est employée
par les Menuisiers, & la troisième renferme
une excellente médecine pour
guérir un grand nombre de maladies.
Lemnos appartient au Grand-Turc, il
n'y a qu'un très petit endroit dans
cette île où l'on pût prendre de la
terre sigillée médicale. Le Souverain
fait exploiter la mine pour son compte,
& fait transporter à Constantinople
toute la terre sigillée qu'on en
tire: il la garde pour son usage &
celui de ses sujets. Gallien a fait une
ample Dissertation sur cette terre. Les
philosophes qui semblent vouloir l'indiquer
pour le véritable sujet de la
pierre, ajoutent qu'elle doit être exposée
à l'air depuis le mois de Mars
jusqu'au mois de Septembre, afin que
l'eau de pluie qu'elle doit recevoir
pendant six Mois, l'imprègne de toutes
les influences astrales. Au mois de
Septembre, l'on extrait de cette terre
un mercure engendré par l'eau de
D iij
@
78 D I S C O U R S
pluie; mais il faut prendre ce mercure
précisément dans le temps qu'il
est mûr, si l'on manque en ce point
l'ouvrage tombera en ruine.
Le vulgaire méprise cette terre,
parce qu'elle est sale & puante, surtout
après avoir été exposée six mois
à l'air; elle devient comme de la boue,
comme de la vase tirée du fond d'un
fossé rempli d'eau croupissante; mais
les enfants de l'Art la trouvent éblouissante
en cet état. Ils savent bien que
c'est une vierge très pure, couverte
d'ordures, dont ils savent bien la dépouiller
par le moyen d'une forte calcination,
dans un four de verrier.
Cette matière n'est sale qu'extérieurement,
rien n'est malpropre que son
manteau dont il est bien facile de la
dépouiller par le feu.
Dieu l'a couverte ainsi d'ordures
pour la soustraire à la connaissance
des impies qui la cherchent partout,
& qui la foulent aux pieds sans la connaître.
Faites brûler les scories qui la couvrent,
& elle vous paraîtra éblouissante.
Cette terre vierge est soeur & femme
de notre Roi, rendez-lui les
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P H I L O S O P H I Q U E .
79
honneurs qu'elle mérite; si vous lui
prêtez la main pour se débarrasser de
ses habits malpropres, elle vous récompensera;
purifiez-la au suprême
degré, procurez-lui un corps céleste;
quand vous l'aurez débarrassée de toutes
ses impuretés, elle sera éblouissante:
elle n'est pas ainsi par sa nature,
mais nous la rendons ainsi éclatante
en en séparant toutes les superfluités
grossières. Aussitôt qu'elle sera
pure, vous aurez soin de la conjoindre
avec l'or pur; elle se nourrira &
prendra son accroissement de la propre
substance de l'or, & quand ils
seront bien unis ensemble, vous verrez
un nouveau corps beaucoup plus
éblouissant que le Soleil que vous
avez conjoint.
Cherchez donc les moyens de vous
procurer cette Reine, cette matière
divine, ce trésor incomparable, &
n'y ajoutez que de l'or pur, bien
calciné & réduit en limaille très fine,
vous serez le plus heureux de tous
les mortels.
Pontanus dit, que celui qui a le
bonheur de parvenir à l'automne de
son travail, doit abandonner tout le
reste au seul soin de la Nature; la
D iv
@
80 D I S C O U R S
dissolution & la putréfaction dépendent
entièrement du régime du feu:
toutes ces opérations se font sous le
sceau d'hermès.
Nous avons cependant encore un
feu double qu'on peut connaître facilement
quand on a les connaissances
préliminaires.
Quand les Philosophes parlent de
leur vase, il ne faut pas entendre,
une cornue, un matras, ni un alambic.
Le vase des Philosophes & le
mercure philosophique sont une seule
& même chose, parce que le mercure
philosophique est la matrice dans
laquelle il faut renfermer le sperme
de l'or pour y germer & fructifier:
ainsi le feu des Philosophes, la fumée
des Sages, le lait de la vierge, le
menstrue ou dissolvant universel, sont
tous la même chose à laquelle on a
donné tous ces noms & une infinité
d'autres.
Souvenez-vous donc, qu'après la
calcination préparatoire & l'extraction
du menstrue, il ne faut qu'un
feu, qu'un vase, qu'une fumée, c'est-
à-dire du mercure philosophique dans
lequel on fait dissoudre de l'or pur,
préparé d'une manière convenable,
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P H I L O S O P H I Q U E .
81
pour aider la Nature dans ses fonctions.
N'oubliez pas, que le feu digestif
fait blanchir le vase & le pénètre;
sa fumée ou le lien environne tout &
pénètre tout.
Le véritable feu est dans le mercure;
il y a un autre feu qui est double,
& une eau double: le feu & l'eau
sont différents par les différentes opérations
qu'ils produisent; mais ce n'est
qu'une seule & même chose, qui est
le mercure philosophique.
Le feu philosophique est vif, l'eau
est vivante, le vase est vivant ainsi
que la fumée.
Il n'existe que deux sujets dans le
monde qui contiennent le véritable
mercure philosophique, lequel est
semblable à l'essence de l'or; mais il
est différent de sa substance. Quand
vous saurez convertir les éléments,
vous saurez où prendre ce mercure.
Faites une conjonction amicale du feu
avec la terre, & vous aurez la clef
du magistère.
Vous pourrez facilement acquérir
la pratique pour conduire la teinture
au suprême degré de perfection; mais
il faut teindre ce mercure, si vous
D v
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82 D I S C O U R S
voulez l'employer pour teindre les
métaux, les pierres, & pour convertir
en humide radical, en substance
parfaite, toute la bile & les humeurs
morbifiques qui se trouvent dans tous
les corps.
Le mercure philosophique est cette
humidité admirable que les Philosophes
appellent lait virginal, eau du
Soleil & de la Lune, eau qui ne
mouille pas les mains, parce que c'est
une eau sèche, telle qu'il la faut
pour dissoudre l'or & l'argent, & leur
donner une nouvelle vie. Cette eau
céleste convertit l'or en pur esprit,
qui se multiplie d'une manière qui
tient du miracle, ce qui est bien suffisant
pour démontrer la bonté infinie
de Dieu envers nous.
Tâchez de connaître le fleuve philosophique
qui sort d'une montagne
dont le sommet se perd dans les nues;
une pluie méridionale vous indiquera
cette montagne, si vous voulez être
un peu attentif: car, quoiqu'elle soit
continuellement couverte de neige,
elle renferme cependant un feu dévorant
qui exhale une vapeur qui est
absolument nécessaire à l'opération
hermétique. Excitez ce feu pour augmenter
@
P H I L O S O P H I Q U E .
83
la vapeur. Creusez la terre
au pied de la montagne, & vous ferez
sortir le véritable mercure avec
son caducée qui opère des merveilles.
Voilà le mercure philosophique,
ainsi que le vase & le feu; mais ne
vous y trompez pas, ne prenez pas
du mercure vulgaire pour du mercure
philosophique. Je vous ai conseillé de
creuser la terre au pied de la montagne;
mais je ne dois pas vous laisser
ignorer que vous aurez beaucoup de
peine à faire cette besogne, car vous
rencontrerez des cailloux très durs.
Prenez ensuite de l'herbe de Saturne
qu'on trouve dans tous les lieux Saturniens.
Les branches de cette plante
vous paraîtront mortes; mais que
cela ne vous rebute pas; sa racine
est pleine de jus; arrachez-la & jetez-la
dans le trou que vous aurez
fait au pied de la montagne. Faites
ensuite intervenir Vulcain, & dans
l'instant tous les pores de la montagne
seront remplis de vapeur Saturnienne,
qui sera imprégnée de l'esprit
igné, philosophique, ou esprit
de Saturne, dont la propriété est de
blanchir. Voilà le mercure philosophique
& la manière de le préparer.
D vj
@
84 D I S C O U R S
Voilà la saturnie végétale & minérale
pour faire le bain du Roi.
Voilà le secret du mercure philosophique;
mais, comme il est aisé de
le voir, sans l'énigme. Les Philosophes
n'ont jamais parlé plus clairement
de cette partie du magistère. On reconnaît
que le mercure philosophique est
le vase dans lequel le roi ou l'or est
contenu & renfermé par le feu spirituel,
qui est une pure vapeur saturnienne,
qui embrasse l'or, le pénètre
l'amollit & le blanchit dans l'éjaculation
de son sperme.
Saturne fait des merveilles sans cesse
jusqu'à ce qu'il ait donné, à l'or, toute
la force qui lui est nécessaire pour exercer
son empire, & faire voir jusqu'où
peut s'étendre sa puissance, qui est
de fixer, coaguler & teindre. Voilà
pourquoi la pierre des Sages est un
monde actif & passif, car elle contient
l'assemblage de tout ce qui peut se
trouver sur la terre; elle est le mouvement
actif & passif de tous les êtres.
Elle est fixe & volatile, crue & mûre,
parce que sa crudité est corrigée par
sa maturité, & que l'une & l'autre lui
sont homogène.
Le soufre & le sel sont la même
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P H I L O S O P H I Q U E .
85
chose dans le mercure philosophique
dans le corps duquel ils sont identifiés;
ils sont du même genre, & ne
diffèrent que par une seule cuisson.
Les Philosophes ne conseillent pas
de mêler du mercure volatil avec du
soufre fixe, quoiqu'ils disent qu'il y a
un sel différent dans l'un & dans l'autre;
mais il faut un mercure analogue
à tous les métaux. Ces deux choses
étant mêlées ensemble, selon le poids
de la Nature, en faisant cuire doucement,
on a bientôt la médecine universelle.
La Nature fait de l'or avec le mercure
seul, dans les entrailles de la
terre sans aucun mélange; mais on
abrège le travail par le moyen de l'art,
c'est pour cela qu'on est obligé d'ajouter
un soufre fixe & mur. Le mercure
attire ce soufre par la force du feu,
ce soufre change le mercure & le convertit
en élixir.
Si vous réfléchissez bien sur les effets
de ce procédé, vous en découvrirez
la véritable cause: remarquez que l'or
est un corps froid & humide. Le mercure
tient un juste milieu entre ces
deux corps, & c'est lui qui développe
les, teintures.
@
86 D I S C O U R S
L'or est un corps cuit & digéré;
l'argent n'est pas mûr; le mercure est
le lien qui unit ces deux contraires.
Joignez donc l'argent avec le mercure
par le moyen d'un feu proportionné,
incorporez bien ces deux métaux,
faites-en un mercure qui retienne le
feu dans son corps; mais ayez soin
de bien purifier ce mercure, séparez-
en bien les fèces.
Quand vous l'aurez ainsi purifié,
faites-lui manger de l'or; le chaud &
le froid aimeront l'humide, ils coucheront
ensemble dans le lit ou dans le feu
de leur amitié. L'or se dissoudra sur
l'argent, & l'argent se coagulera sur
l'or, & ne seront plus qu'un seul corps.
Continuez l'opération, faites cuire jusqu'à
ce que l'esprit soit corporifié, &
vous aurez la médecine universelle
dans toute sa perfection.
Il y a des espèces métalliques qu'il
faut cuire alternativement, à l'imitation
des esprits minéraux & végétaux,
qu'on fait cuire tout simplement dans
leur eau.
La nature du mercure s'altère dans
la cuisson; mais la couleur & la forme
ne changent pas. Le mercure s'altère
dans la dissolution des métaux, & les
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P H I L O S O P H I Q U E .
87
métaux agissent ensuite dans le mercure
qu'ils coagulent.
Il paraît, par ce raisonnement, que
le mercure & les autres métaux ont
une grande affinité, & qu'ils s'accordent
bien lorsqu'on les met ensemble.
L'eau a la vertu d'améliorer les
corps, & l'eau corrigée par les corps,
prend leur nature. Cela démontre bien
l'erreur de ceux qui divisent l'homogénéité
du mercure en le desséchant
avec des esprits, ou en corrompant sa
terre avec des corrosifs.
Le mercure est le sperme des métaux;
la nature l'a formé pour être
un métal parfait; il ne lui manque
qu'une digestion pure par le moyen
d'un soufre pur & métallique, qu'il
contient intérieurement pour en faire
de l'or parfait; mais l'art ne connaît
pas ce secret, quoiqu'il peut très bien
exister, & rien ne paraît répugner à
cela; mais pour mûrir ainsi de l'or
avec le mercure sans y rien ajouter,
il faudrait bien des siècles pour le faire
cuire; la dépense serait immense.
Le soufre le plus parfait qui soit dans
le monde, existe dans le mercure où
il est amalgamé par la nature; c'est ce
soufre qui en détermine toutes les qualités,
@
88 D I S C O U R S
qui le fait mourir & ressusciter
en or spirituel, pénétrant, & dont
une très petite quantité teint, en un
instant, cent mille fois plus de métal
imparfait en or pur; les fèces sont
séparées en un instant, & la digestion
est aussitôt achevée que commencée.
Le mercure, par sa nature, n'est
point différent de l'or, mais il faut
le faire cuire & mûrir. Il ne peut faire
cela par lui-même; il faut y joindre
un esprit, en très petite quantité: la
Nature opère aussitôt une conjonction
secrète & merveilleuse, par le
moyen de l'art; mais ce n'est point
l'ouvrage de nos mains, puisque c'est
une chose incompréhensible.
Les ignorants ne savent faire autre
chose que de mêler l'or avec le mercure;
& ils appellent cet amalgame,
l'or animé des Philosophes, dont ils ne
retireront jamais le moindre avantage;
parce qu'il n'y a point de conjonction.
La conjonction philosophique est alternative,
& il n'y a pas la moindre
confusion entre les choses conjointes,
car l'esprit de l'or se mêle avec l'esprit
du mercure, aussi facilement que l'eau
se mêle avec l'eau; mais souvenez-
vous que l'or ne se conjoindra jamais
@
P H I L O S O P H I Q U E .
89
parfaitement avec le mercure, sans
l'adjonction d'un corps imparfait, par
le moyen du feu. Ce corps imparfait
est un métal luisant, qui renferme
un germe vivant, qui pénètre l'or,
l'altère & l'oblige de retenir son âme.
Mous ne cherchons pas à induire
dans l'erreur les véritables amateurs
de la science hermétique. Nous n'avons
pas envie de les engager à travailler
sur le mercure vulgaire; tant qu'il aura
la forme métallique, il n'aura point
d'esprit ni de feu. Si vous pouvez donner
au vif-argent vulgaire l'esprit & le
feu qui lui manquent, vous aurez le
véritable mercure philosophique. Cela
n'est pas impossible, mais il est bien
difficile.
Beaucoup de bons Artistes ont erré
dans la conjonction qu'ils ont voulu
faire avant le temps convenable, parce
qu'ils ignoraient que le mariage philosophique
n'est jamais célébré avant la
dissolution, qui ne se fait que par le
moyen de l'argent & par le feu, qui
doivent être contenus dans le menstrue.
La propriété de l'argent est de blanchir;
le feu mortifie & tarit toute l'humidité.
Nous devons abandonner la
plus grande partie de nos opérations
@
90 D I S C O U R S
au mercure; il fait toujours ses fonctions
quand il n'est pas troublé.
Les Sophistes font cuire de l'or avec
le mercure vulgaire, & ils ne trouvent
rien parce que toute la substance de
la pierre ne se trouve pas dans ces
deux métaux. Le mercure philosophique,
lui-même, n'est pas entièrement
la matière de la pierre: ainsi le mercure
vulgaire avec l'or ne contenant
ensemble qu'une partie de la substance
de la pierre, il est impossible de faire
une conjonction parfaite, & par conséquent,
ils n'engendreront jamais la
pierre, même après une cuisson de
plusieurs siècles.
L'or est le mâle dans la génération
philosophique; sa semence est cachée
dans ses scories les plus abjectes; mais
cela n'arrive qu'après qu'il a fait l'éjaculation
de son sperme dans une matrice
convenable; ce même sperme de
l'or, doit se mélanger avec le sperme
féminin ou d'argent, & doit être fomenté
avec une chaleur convenable;
il faut ensuite nourrir l'enfant qui en
provient, & lui faire manger sa propre
substance.
Dans ce cas, l'on peut faire des
merveilles avec l'or, qui, après avoir
@
P H I L O S O P H I Q U E .
91
passé par cette roue, rendra le centuple
& bien au-delà.
Nous avons déjà démontré que l'or
est le plus parfait de tous les métaux,
& nous ajoutons que ce n'est qu'à cause
de cette grande perfection, qu'il est le
père de notre pierre; mais il ne fournit
pas tout ce qui est nécessaire au magistère;
il ne fournit que le sperme qu'il
faut lui faire jeter, comme nous l'avons
dit, dans une matrice convenable;
ce sperme est la partie masculine
de notre pierre, qui n'est autre chose
que la semence propagative de l'or
digéré.
Voilà l'or vif des Philosophes; il
est aisé de voir qu'il faut réincruder
l'or vulgaire avant de le verser dans
sa matrice naturelle.
Tout ce qui entre dans le magistère
doit être animé; tout ce qui est mort
dois être vivifié avant de pouvoir être
propre à quelque production.
Revivifiez donc l'or, tirez-en le
sperme d'une manière suave; rendez-
le actif & convenable à notre magistère.
Il vous donnera la première matière
de notre pierre, je veux dire le mâle.
Pour lors, on ne peut plus dire que
c'est de l'or; car il ressemble plutôt à
@
92 D I S C O U R S
du cuivre, à du plomb, à une fumée;
qu'on ne peut faire redevenir or; en
un mot, c'est un corps spiritualisé.
Spiritualisez donc ce qui est corporel,
dit Hermès, tirez son ombre
jusqu'à sa racine; l'ombre dont parle
ce prince de la Philosophie, n'est autre
chose que le sperme de l'or, qui est
caché à l'ombre de son corps; la couleur
noire qui paraît dans la putréfaction,
est aussi contenue sous l'ombre.
Aristote dit, qu'il faut commencer
par sublimer le mercure pour le bien
purifier avant de lui donner un corps
à dissoudre; mais quel est ce mercure
qu'il faut sublimer? Il y a une infinité
de sublimations fausses, qu'il faut tâcher
d'éviter pour s'attacher à la véritable,
qui doit être purement philosophique;
elle consiste à rendre la matière
subtile en la dépouillant de toutes
les parties terrestres dont elle est enveloppée.
Cela arrive de la même manière que
la terre s'obscurcit par l'éclipse de
lune, qui par l'interposition de la terre
est privée de la lumière du soleil.
Cette sublimation se fait dans la
sphère obscure de Saturne, qui est couverte
d'un nuage épais pendant un certain
@
P H I L O S O P H I Q U E .
93
temps. Jupiter prend ensuite la
place de Saturne; il remplit le ciel
d'un nuage éclatant, & il fait distiller
une rosée suave sur la terre, qui s'amollit
d'une manière admirable. Ensuite,
des vents impétueux s'élèvent
dans ses entrailles. Ces vents soulèvent
la pierre en haut, pour la mettre à
la portée de recevoir les influences
astrales, qui la renvoient en bas, sur la
terre, pour se nourrir & se revêtir
d'un corps naturel.
Voilà l'explication de l'énigme des
Philosophes, qui disent tous, faites
recevoir à la pierre la vertu des choses
supérieures & inférieures. Ainsi, ni l'or
ni le mercure ne peuvent fournir la
première matière de la pierre, avant
qu'on eût tiré la teinture de l'or, par
le moyen du mercure dissolvant.
Cette teinture se vivifie aussitôt
qu'elle paraît, car elle est morte tandis
qu'elle est encore contenue dans le
corps de l'or. Voilà la matière des
anciens Philosophes qui ne paraît qu'après
que l'Artiste lui a ouvert la porte
pour sortir de la prison.
Tout le monde connaît cette matière,
dont on peut facilement tirer le
mercure qui y est très caché; c'est le
@
94 D I S C O U R S
mercure philosophique qui tue l'or;
c'est la terre philosophique où l'on
peut faire germer l'or. Donnez à cette
terre un époux qu'elle aime & qu'elle
désire ardemment; mettez-les ensemble
dans le lit nuptial, ou vous les
laisserez jusqu'à ce que le mercure,
par sa nature, eût produit un enfant
philosophique & royal, dont le père
est l'or & la mère l'argent, & rien
n'est plus vrai que cette expression.
Nous avons rapporté tout ce que les
Philosophes ont dit de plus intelligible
sur le sujet de leur pierre, sur leur
mercure, & sur les soufres d'or &
d'argent.
Il ne reste plus rien à expliquer que
le fourneau, le vase & le feu du troisième
degré.
Le fourneau doit être fait de terre
cuite, le vase doit être de verre, &
il faut un feu élémentaire.
Nous ne devons nous étendre ici
que sur les choses qui sont absolument
nécessaires à l'ouvrage, car les
choses vulgaires nous sont connues
d'une autre manière qu'aux Sophistes,
qui n'ont & ne peuvent avoir aucune
connaissance de nos matières; car
notre feu, notre vase, notre fourneau,
@
P H I L O S O P H I Q U E .
95
sont tous des secrets qui ne sont connus
que des véritables Philosophes;
c'est du moins le sentiment de Sendivogius,
de Raymond Lulle, & de Flamel,
qui assurent que le feu, le vase
& le fourneau ne sont qu'une seule
& même chose.
Le feu excite les corps & les met
en fermentation plus que le feu matériel;
c'est pourquoi on dit que le vin
ardent est un feu très fort.
Quand les Philosophes disent qu'il
faut brûler leur cuivre avec un feu
très fort, les Sophistes croient qu'il
faut faire un feu de charbon.
Le mercure philosophique contient
trois feux, qui sont, le feu naturel,
le feu inné, & le feu artificiel.
Philalèthe a donné la composition
du mercure philosophique aussi bien
que Flamel; quoique ces deux Adeptes
ne fussent pas contemporains, on serait
cependant tenté de croire qu'ils se
sont donné le mot pour écrire la même
chose, ou qu'ils se sont copiés l'un
l'autre. Quoi qu'il en soit, voici leur
procédé, & je pente que si l'on savait
les entendre, on ne manquerait pas
de réussir.
Prenez du plomb philosophique,
@
96 D I S C O U R S
amalgamez-le avec du vif-argent,
broyez la composition dans un mortier
de fer, avec de l'eau de pluie distillée;
il en résulte un amalgame très
blanc, que vous mettrez dans une
cornue de verre avec son récipient,
bien luté, & vous ferez distiller le
mercure que Philalèthe appelle son
aigle. Il faut cohober le mercure jusqu'à
neuf fois sur la résidence du plomb,
dans la cornue: après ces opérations,
le mercure, ainsi préparé, doit dissoudre
l'or radicalement, & le réduire
en teinture philosophique, selon Philalèthe;
mais je pense que ce mercure
ne produira jamais un effet pareil, si
l'on n'y ajoute la colombe de Diane.
Qu'est-ce que cette colombe de Diane?
Les Auteurs en ont beaucoup parlé;
mais nous n'en sommes guère plus
savants. Suichten pense que la colombe
de Diane n'est autre chose qu'une dissolution
d'argent de coupelle, qu'il faut
introduire dans le mercure; mais Bécher
n'est pas du même sentiment, il
assure qu'il existe un minéral dont le
sel est plus fort & plus pur que celui
de la marcassite. Si l'on emploie ce
minéral en place du plomb argenté,
le mercure est promptement acuité &
se
@
P H I L O S O P H I Q U E .
97
se trouve en état de dissoudre l'or radicalement.
Flamel emploie un plomb martial,
qui donne au mercure la force d'échauffer
le soufre d'or volatil, qui
s'imprègne de soufre philosophique,
pour produire l'hermaphrodite des Philosophes,
qui est mâle & femelle tout
à la fois, & qui est un soufre vivifiant;
mais il faut un aimant pour attirer ce
soufre, après avoir amolli le corps où
il est renfermé.
COMPOSITION
DU MERCURE PHILOSOPHIQUE
SELON PARACELSE.
Prenez deux onces d'argent, très
pur, sans alliage; réduisez-le en limaille,
que vous ferez rougir dans
un creuset, & vous y ajouterez une
once de régule martial: faites fondre
le tout ensemble; ajoutez-y deux onces
de mercure précipité; couvrez le
creuset, laissez-le sur le feu, pendant
un quart-d'heure, au bout duquel vous
le retirerez & le laisserez refroidir.
Pilez ensuite la composition dans un
mortier de marbre, lavez-la avec de
Tome II. E
@
98 D I S C O U R S
l'eau de pluie distillée, jusqu'à ce que
vous en ayez séparé toutes les scories,
& que l'amalgame soit aussi brillant
que de l'argent de coupelle.
Mettez cet amalgame dans une cornue
de verre, avec son récipient, bien
luté; placez-le sur un feu de sable, &
toute la substance du mercure passera
en mercure coulant: voilà l'aigle
des Philosophes, mais il faut répéter
la distillation de ce mercure jusqu'à
dix fois, en ajoutant de l'argent de
coupelle & du régule martial.
COMPOSITION DU REGULE MARTIAL.
Prenez neuf onces d'antimoine,
faites-les fondre dans un creuset, séparez-en
les scories.
Prenez ensuite quatre onces de fer
doux, on peut prendre des rognures
de clous de cheval; faites-les rougir
dans un creuset, & jetez-les ainsi
dans l'antimoine en fusion; il se fera
sur le champ une grande ébullition;
car l'antimoine dévore tous les métaux
à l'exception de l'or. Couvrez
le creuset avec un couvercle qui joigne
bien, laissez le ainsi pendant un
@
P H I L O S O P H I Q U E .
99
quart-d'heure. Ajoutez-y ensuite deux
onces de sel de nitre & autant de sel
de tartre raffinés & incorporés ensemble;
remuez bien avec une spatule
de fer; vous verrez paraître une
étoile éblouissante dans le creuset;
séparez les scories autant qu'il sera
possible, & versez le régule dans un
creuset de fer que vous frapperez avec
une baguette pour faire précipiter le régule
& surnager toutes les scories que
vous pourrez détacher facilement du
régule, qui restera beau, clair, pur,
& d'un jaune aussi éblouissant que
l'or.
Voilà la véritable composition du
régule d'antimoine martial avec lequel
on peut faire des merveilles dans
la Chimie & dans la Médecine; mais
nous croyons qu'il est de notre devoir
d'avertir nos Lecteurs & ceux qui
exécuteront ce procédé, de ne pas
se laisser séduire par cette belle couleur
d'or; car si l'on ne connaît pas
le premier agent métallique, on ne
réussira que très difficilement, & par
hasard, à faire la conjonction de l'or
avec le régule.
Si l'on voulait être un peu attentif
en composant ce régule avec du fer
E ij
@
100 D I S C O U R S
& de l'antimoine vulgaire, tel qu'on
le vend chez les Droguistes, on
pourrait acquérir de grandes lumières
qui conduiraient peut-être à la connaissance
du véritable antimoine ou
azoth des Philosophes: car si l'on
veut examiner les merveilles que ce
régule présente dans le fond du creuset,
on y verra d'abord une séparation
parfaite, & ensuite une réunion des
trois Principes, pourvu qu'on soit
exact à observer les doses, & qu'on
sache choisir un temps convenable pour
faire cette opération, dont le succès
dépend absolument de la position d'une
Planète.
Voici ce que nous avons pu découvrir
à l'égard des colombes de
Diane, après avoir consulté les ouvrages
des meilleurs Philosophes.
Prenez du sel de tartre pur, arrosez-le
avec de l'huile ou esprit de
tartre, jusqu'à ce qu'il soit bien saturé:
mettez-le dans un matras de
verre avec son chapiteau & récipient
bien luté, & faites distiller jusqu'à
siccité.
Vous extrairez le peu de sel fixe
qui restera dans le matras après la
distillation; vous le ferez calciner dans
@
P H I L O S O P H I Q U E . 101
un creuset avec un feu de fusion,
vous le remettrez dans le matras &
cohoberez dessus la liqueur que vous
en avez retirée en distillant. Vous distillerez
de nouveau comme la première
fois, & répéterez cette opération
jusqu'à ce que le sel fixe ait absorbé
tout l'esprit de tartre, ce qui
arrive ordinairement à la septième
distillation.
Versez ensuite de l'esprit de vin
rectifié sur ce sel de tartre ainsi imprégné
de son esprit, & faites distiller
jusqu'à ce que le sel fixe ait tout absorbé
l'esprit de vin; vous aurez un
sel imprégné de deux esprits sympathiques,
qui sont conjoints avec un corps
convenable.
Voilà les colombes de Diane qui
ont la vertu de faire sortir le soufre
arsenical qui est contenu dans le régule
martial d'antimoine philosophique.
Quand on a le bonheur de réussir
en faisant les colombes de Diane, il
est bien facile de convertir toute la
substance du régule en vif-argent coulant,
semblable extérieurement au mercure
vulgaire, mais qui renferme
d'autres propriétés admirables.
Le mercure qu'on tire ainsi du régule
E iij
@
102 D I S C O U R S
par le moyen des colombes de
Diane, est imprégné de soufre d'or
cru, participant en outre d'une vertu
martiale; on peut le sublimer avec du
vitriol & du nitre, & environ un
gros d'or en chaux par chaque livre
de mercure, qui a la vertu de dissoudre
l'or radicalement, parce qu'il contient
une vertu martiale apéritive,
que le bon Flamel appelle sabre chalybé
de Mars.
Ayant ainsi mêlé du vitriol, du
nitre pur, & de l'or calciné, avec le
régule martial-antimonial, réduit en
mercure coulant, faites digérer le
tout ensemble dans un matras fermé
avec un chapiteau aveugle, dans le
fumier de cheval pendant quinze jours,
au bout desquels vous trouverez votre
amalgame converti en cinabre éblouissant,
que vous revivifierez en le jetant
dans de l'eau de pluie bouillante.
Tous les sels se dissoudront dans l'eau,
& votre mercure reparaîtra avec un
nouvel éclat, que vous pourrez augmenter
prodigieusement, en répétant
cette digestion au fumier jusqu'à sept
fois; mais il ne faut pas oublier de remettre
chaque fois de nouveau sel de
nitre & autant de vitriol romain
purifié.
@
P H I L O S O P H I Q U E . 103
Cette opération est un peu longue
& ennuyante; il faut quatre mois
pour la conduire à sa perfection; mais
si l'on pouvait voir d'avance l'éclat
éblouissant de ce mercure ainsi préparé,
& les grandes connaissances qu'il
peut procurer, on ne regretterait pas
le temps qu'exige ce travail, qui d'ailleurs
se fait les trois quarts & demi
dans le fumier de cheval, sans qu'on
soit obligé d'y toucher, parce que le
fumier peut conserver une chaleur
égale pendant quinze jours.
Tout ce procédé est conforme à la
doctrine de Philalèthe qui paraît se
borner à mercurifier le régule.
Jean de Solis prétend qu'en mêlant
le mercure d'antimoine martial avec
le mercure vulgaire, on engendre un
dragon vivant qui est le véritable
mercure des Philosophes, qui dissout
l'or radicalement; mais je ne voudrais
pas garantir que ce procédé pût produire
un pareil effet.
La méthode de préparer le soufre
des Philosophes, est un des plus
grands secrets de l'Art; on peut le
découvrir en analysant les métaux,
en les réincrudant ou réduisant en
première matière, laquelle il faut conjoindre
L iv
@
104 D I S C O U R S
avec une autre matière de la
même espèce métallique & faire cuire
la composition pour avoir la teinture
universelle.
Les Philosophes assurent que l'or
& l'argent sont la base de la pierre,
c'est du moins le sentiment général,
mais il y a des personnes qui veulent
& assurent qu'il n'y a qu'à ajouter de
l'or au mercure; d'autres tirent une
conséquence différente, & se bornent
au soufre d'or avec le mercure.
Mais la plus raisonnable de toutes
les opinions est de mettre du sel de
Nature avec le soufre & le mercure,
qui sont la base de la pierre. Le soufre
doit être tiré du corps de l'or calciné,
& le mercure doit être tiré d'un
argent de coupelle réduit en première
matière; c'est le sentiment de Raymond
Lulle.
Le mercure extrait d'un corps métallique
imparfait, peut être convenable
au magistère, parce qu'il peut
très facilement s'imprégner de la teinture
de l'or & de l'argent, & porter
une teinture abondante dans tous les
métaux imparfaits.
Les Philosophes connaissent un triple
mercure qui cependant ne peut
@
P H I L O S O P H I Q U E . 105
avoir cette qualité, qu'après trois
opérations différentes, qui sont la calcination
& la sublimation de la matière
qu'ils veulent réduire en mercure philosophique,
l'imprégnation de la teinture
d'or réincrudé, & la rubification.
Quand on fait la première sublimation
du mercure, il faut faire les
travaux d'Hercule, dont les Soldats
sont si effrayés en voyant tant de
métamorphoses différentes, qu'ils meurent
tous: le mercure reste seul, mais
Diane & Vénus le protègent.
Géber dit que le mercure des Philosophes
n'est pas du mercure vulgaire,
ni dans sa nature, ni dans sa
substance; mais il assure qu'ils sont
sortis, l'un & l'autre, de la même
source ou minière.
Le mercure philosophique contient:
son soufre, qui, par le moyen de
l'art, se multiplie à l'infini. La moitié
de sa substance est naturelle, &
l'autre partie est artificielle; ce qu'il
contient intérieurement est naturel,
& se trouve après un travail ingénieux;
on ne peut le faire paraître
que par le moyen d'une sublimation
philosophique; car ce qui paraît extérieurement,
est accidentel. Il faut séparer
E v
@
106 D I S C O U R S
toutes les impuretés, tant intérieures
qu'extérieures, pour faire paraître
ce qui est caché.
Le mercure philosophique, ou la
matière dont on le tire, a tellement
été souillée dans son origine, qu'il
faut un triple travail pour le purifier
de toutes les impuretés qu'il a contractées
dans la minière.
Le vif-argent a une hydropisie invétérée,
dont il est bien difficile de le
délivrer; on en vient pourtant à bout
avec un souverain remède qui existe
dans le règne minéral. Sa plus grande
maladie provient d'une eau grasse,
limpide & très impure qu'il renferme
dans son corps, & qui en infecte
toutes les parties. Cette maladie ne
lui est pas naturelle; il est évident
qu'elle est accidentelle, & c'est pour
cela qu'elle est curable. On peut en
séparer toutes les impuretés, en le
mettant dans le bain humide de la
Nature, & dans un bain sec pour
faire évaporer tous ses flegmes. Après
sa troisième purification, le serpent
se dépouille de sa vieille peau, &
paraît avec un corps neuf & philosophique.
Le mercure philosophique a besoin
@
P H I L O S O P H I Q U E . 107
de deux sublimations; la première
consiste à en séparer toutes les superfluités
grossières: la seconde sublimation
lui donne ce qui lui manque,
c'est-à-dire, le soufre de Nature dont
il a le grain & le ferment; car le
mercure contient tout ce qui lui est
nécessaire, mais il n'en a que pour
soi-même; & si l'on veut qu'il soit
dans le cas d'en fournir aux autres
corps imparfaits, il faut augmenter
son soufre & le multiplier jusqu'à ce
que la première porte du sanctuaire
philosophique soit ouverte.
La lumière qui brille autour de
Vénus, & les petites cornes de Diane,
sont des guides que Dieu vous présente
pour vous conduire dans le
jardin des Philosophes, à l'entrée duquel
vous trouverez un horrible dragon
que vous devez vaincre pour pénétrer
jusqu'à la source de la fontaine
qui se divise en sept ruisseaux.
Celui qui cherche la médecine universelle
hors du règne minéral, est
dans l'erreur. Il faut chercher la multiplication
des métaux dans les métaux
même, & non ailleurs.
Les métaux parfaits contiennent une
semence parfaite, mais elle est cachée
E vj
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108 D I S C O U R S
sous une croûte bien dure. Celui qui
pourra amollir cette croûte avec un
adoucissant philosophique, parviendra
sûrement au comble de ses désirs;
mais ne perdons jamais de vue ce
point essentiel, que l'or seul contient
la semence de l'or.
Philalèthe dit que l'aimant philosophique
est une masse remplie de sel.
Sans ce sel, il est impossible de calciner
l'or.
Hermès & d'autres Philosophes disent
que le mercure martial, & le
mercure antimonial ne pourront jamais
s'incorporer & produire un métal
parfait à cause de l'opposition qui
se trouve entre l'antimoine & le fer;
mais il enseigne un moyen bien simple
pour rendre amis ces deux métaux
contraires, de la manière suivante.
Prenez le régule dont nous avons
donné la composition plus haut; réduisez-le
en poudre dans un mortier
de fer, séparez-en les scories & précipitez
le régule; pulvérisez ensuite
les scories martiales, mettez-les dans
un creuset sur un feu de braise pour
faire évaporer les parties antimoniales.
Cette poudre martiale aura toutes
@
P H I L O S O P H I Q U E . 109
les propriétés du fer calciné avec le
soufre commun; elle se résoudra en
une liqueur aigrelette, dans laquelle
des cristaux de vitriol précieux se formeront.
Joignez ensuite ce vitriol ou mercure
martial, qui contient l'âme de
l'or, avec le mercure d'antimoine,
ou avec du régule non mercurifié, &
vous verrez l'étoile dont parle Flamel.
Les étoiles paraissent toujours selon
ce procédé, pourvu toutefois qu'il soit
ponctuellement exécuté. Elles sont
éblouissantes & de différentes couleurs,
selon le temps, la saison, la
température de l'air.
Ce mercure martial contient un feu
dévorant qui paraît lorsqu'on le mêle
avec une terre sulfureuse imprégnée
d'esprit de rosée.
Tous les corps parfaits contiennent
un mercure qui renferme une humeur
balsamique & propre à purifier le vif-
argent; mais les soufres arsenicaux &
externes ne sont que des scories qu'il
faut rejeter, si on n'a pas le secret
de les purifier pour les employer à
purifier les autres métaux.
Quoique ces soufres soient imprégnés
d'une âme d'or, ils n'ont cependant
@
110 D I S C O U R S
pas la propriété d'épaissir & de
coaguler le mercure vulgaire; ils en
attirent seulement ce qui est de leur
genre.
Le feu de l'or n'est pas, lui seul,
suffisant pour brûler toutes les scories
qui se trouvent dans le mercure vulgaire,
qu'on amalgame avec le régule;
la véritable cause de cette insuffisance
provient de la grande quantité de soufre
arsenical qui est contenu dans le mercure
double du régule; mais on peut
le dissoudre artificieusement & d'une
manière qui est toute naturelle, car il
n'attire du mercure vulgaire que ce qui
lui est analogue.
Le régule d'antimoine martial, broyé
avec autant pesant d'antimoine, font
un mélange qui présente de belles
choses. On y joint ordinairement un
huitième de mercure vulgaire pour développer
le mercure d'antimoine martial,
qui se trouvant dégagé & délivré
de ses satellites, se précipite au fond
du vase, pourvu que la nature soit
aidée par une digestion au bain-marie,
ou au fumier de cheval.
Le mercure d'antimoine martial contient
toujours quelques parties de la
semence primordiale de l'or; mais le
@
P H I L O S O P H I Q U E . 111
plus grand inconvénient, est, qu'il
faut employer du mercure vulgaire
pour extraire le mercure d'antimoine;
sans cela le mercure d'antimoine martial
se trouverait animé.
On dira, peut être, qu'il ne serait
animé qu'après beaucoup de purgations
réitérées, pour le délivrer des
différents soufres impurs qui sont contenus
dans l'antimoine; mais je puis
certifier que le mercure extrait du régule
d'antimoine martial, est dépouillé
entièrement de tout soufre impur &
combustible, qu'il ne reste que le soufre
d'or, qui ne peut être lésé par le feu;
le fer, dans la confection du régule,
n'épargne que le soufre d'or, & brûle
& détruit tous les soufres communs &
impurs.
Pour vous assurer de cette vérité,
faites l'extraction du soufre de l'antimoine
cru, de manière que ce soufre
extrait de l'antimoine ressemble au soufre
commun, sans aucune différence,
& que l'antimoine conserve sa forme
extérieure. Faites fondre cet antimoine,
& jetez dans le creuset, un morceau
de fer assez échauffé pour jeter des
étincelles; faites en tout, comme si
vous vouliez faire un régule d'antimoine
@
112 D I S C O U R S
martial; vous verrez que l'opération
ne réussira pas, & que le fer demeurera
intact. Vous ne réussirez pas
parce que l'antimoine est dépouillé de
son soufre combustible, par le moyen
duquel le fer se dissout dans l'antimoine
en fusion.
Mais on dira, peut-être, que le germe
de l'or qui est contenu dans le fer,
n'est qu'une vapeur spiritueuse, car il
paraît que Philalèthe le pense ainsi? Je
répondrai à cela, en demandant à mon
tour, pourquoi ce feu volatil, qui
n'est point lié par le mercure martial,
ne s'envole-t-il pas dans tous les feux
de fusion qu'on peut lui faire subir,
& pourquoi rien ne le retient-il que
l'antimoine? Pourquoi délaisse-t-il son
ancien hôte, le mercure martial, qui
est dans le mercure antimonial, & qui
est bien plus précieux? D'où vient
cette ingratitude? Pourquoi cet esprit
d'or, sans corps d'or, est-il caché dans
le fer seul, dans la maison du Bélier?
Pourquoi fait-on un si beau régule avec
le fer? C'est parce qu'il contient une
bonne quantité de soufre d'or.
Philalèthe dit, chap; II, que tous ceux
qui ont travaillé sur le cuivre, ont
perdu leur temps, mais que le mercure
@
P H I L O S O P H I Q U E . 113
vulgaire & antimonial contient
un soufre fermentatif & actif, dont un
grain préparé, peut coaguler tout son
corps, pourvu qu'on en sépare les
impuretés & terrestréités. Quoique
cela paraisse très vrai, il ne faut cependant
pas suivre cette doctrine à
la lettre, c'est le conseil que nous
donnent plusieurs Auteurs éclairés sur
ce sujet.
La matière générique & prochaine
dans le règne minéral, est une substance
qui a la forme du mercure; elle est
pondéreuse comme le mercure. Il est
indubitable que cette même substance
a la vertu de réduire en mercure tous
les corps métalliques. Tous les métaux,
dit Arnaud de Ville-Neuve, sont composés
de mercure, & peuvent être
réduits en mercure.
La Nature forme tous les métaux
avec le vif-argent, par le moyen d'une
substance sulfureuse: on s'assure de
cette vérité, en faisant coaguler du
mercure par la seule vapeur du soufre.
Géber assure aussi que le vif-argent
est le principe de tous les métaux, &
qu'il ne se coagule que par le moyen
d'un soufre arsenical.
Les Philosophes parlent ici du mercure
@
114 D I S C O U R S
fluide métallique, sans aucune
préparation philosophique.
Le mercure vulgaire est un don de
Dieu, une chose précieuse qui contient
tout ce qui est nécessaire dans le magistère.
Tous les métaux inférieurs contiennent
une partie de cette même substance;
mais elle est impure. Il faut en
séparer les superfluités grossières par
le feu, & le soufre qui a la vertu de
déterminer en or toutes les parties qui
l'environnent dans la minière, se développe.
Voilà pourquoi Bernard dit, que le
dissolvant n'est point différent de ce
qu'on cherche à dissoudre, si ce n'est
par la digestion & par la maturité qui
l'a converti en métal.
Il n'y a point d'eau naturellement
réductible, qui puisse dissoudre les métaux;
le vif-argent seul a cette propriété,
toutes les autres dissolutions
ne peuvent être d'aucun avantage.
Joignez donc le mercure cru avec
son corps, par le moyen d'un esprit,
& le corps sera dissous dans la première
cuisson; mais garde-vous bien
d'altérer ce mercure avant de le conjoindre
avec son corps; car il doit
rester dans sa fluidité métallique. Il faut
@
P H I L O S O P H I Q U E . 115
seulement en séparer les scories, en le
sublimant avec du sel commun.
Tout ce qui est en proportion naturelle,
doit rester en espèce mercurielle
dans l'oeuvre. L'on peut faire une conjonction
intime, du mercure d'antimoine
martial avec son corps, par le
moyen d'une sublimation particulière,
par laquelle on vient à bout de séparer
toutes les superfluités grossières, & il
en résulte un dissolvant universel, tel
qu'il le faut pour faire la pierre.
Les Philosophes ne conseillent point
d'employer le mercure vulgaire; ils
recommandent, au contraire, de faire
faire usage du sel de nitre, de la terre
vierge, & des autres sels de toute
espèce; mais ils défendent tous de rien
chercher hors du règne minéral.
Si Hermès venait nous révéler la
matière, & nous mettre en main tout
ce qui est nécessaire au magistère, nous
n'en serions pas plus avancés, si nous
ignorions les secrets de la Nature; nous
finirions par où il faudrait commencer.
Si les Philosophes n'avaient pas connu
toutes ces difficultés, ils n'auraient pas
écrit d'une manière si intelligible, quoique
sous l'énigme.
Géber dit, qu'il faut purger le mercure,
@
116 D I S C O U R S
jusqu'à ce qu'il soit très blanc;
mais il ne dit pas quel moyen l'on emploie
pour le purger ainsi. Le même
Auteur ajoute, que si l'on purifie le
mercure en le rendant subtil, on aura
une teinture au blanc. Il semble qu'il
veuille indiquer en quoi consiste cette
opération, en disant, que le vif-argent
a un double soufre & une double humidité.
L'une est contenue dans son centre,
ou elle est dès le commencement
de sa mixtion; l'autre est extérieure &
corruptible, qui provient de différents
accidents auxquels il a été exposé dans
la minière. Il est impossible d'en séparer
la première, parce qu'elle tend à la
perfection du corps, & rend incombustible
le soufre parfait qui est contenu
dans le vif-argent; l'autre humidité en
est séparable; mais il faut un travail
pénible. D'après toutes ces difficultés,
Géber conseille de prendre la pierre
dans un autre sujet, qu'il dit avoir indiqué
dans le commencement de son
Livre; & il ajoute que celui qui n'a pas
un esprit pénétrant, ne parviendra jamais
à comprendre ce qu'il a voulu
dire.
Géber, Bernard, & Arnaud de
Ville-Neuve, assurent qu'il ne manque
@
P H I L O S O P H I Q U E . 117
qu'une coagulation & une digestion
au mercure vulgaire, qui est dans
la minière, pour en faire un métal
parfait.
Les anciens Philosophes ont préparé
leur mercure en suivant les opérations
de la Nature; ils y ont ajouté de l'or,
& l'ont fait mûrir en observant les degrés
de chaleur naturelle.
Ils ont ajouté de l'or à leur mercure,
parce qu'il contient un soufre différent
de celui qui est renfermé dans le mercure,
& parce que le soufre de l'or
est plus parfait, plus mûr & plus digéré
que le soufre du mercure. Voilà pourquoi
l'Artiste est bien plus prompt dans
ses opérations que la Nature.
L'or n'est autre chose que du mercure
digéré & coagulé: desséchez donc
le mercure, & ajoutez-y de l'or; le
mélange des deux spermes produira la
pierre. Cela se fait par une conjonction
admirable, de la même manière que
la Nature fait l'or dans les minières
du Pérou.
Nous ne nous étendons sur cette
matière, qu'à cause que peu de personnes
la connaissent; ceux qui comprennent
bien cette conjonction, pourront,
avec l'aide de Dieu, parvenir à
@
118 D I S C O U R S
l'accomplissement du magistère, dont
le succès dépend entièrement de la connaissance
d'un sel, qu'on reconnaît facilement
à l'odeur, comme le dit ingénument
Flamel.
Philalèthe a bien raison de se moquer
de ceux qui cherchent ce sel dans la
rosée du mois de Mai, & dans l'eau
de pluie des deux équinoxes. Ceux qui
cherchent le mercure des Philosophes
dans ces choses, perdent leur temps
& leur huile.
Souvenez-vous bien de cet axiome
qui subsistera éternellement. Le mercure
métallique contient tout ce qui
est nécessaire au magistère. Riplé dit,
qu'il faut joindre le genre avec le genre,
l'espèce avec les espèces. Bernard
ajoute au raisonnement du précédent,
que pour faire la médecine universelle,
il faut joindre deux choses de la même
espèce, & que tout le secret consiste
dans l'union du mercure fixe avec le
mercure volatil, ou corporel & spirituel.
Nous avons déjà dit, & nous le
répétons encore, que tous ceux qui
travaillent hors du règne minéral,
perdent leur temps & ne trouveront
jamais rien; parce qu'il n'est pas possible
@
P H I L O S O P H I Q U E . 119
de faire ou perfectionner des métaux
avec une chose qui n'est pas métallique.
Ne cherchons donc jamais le
mercure philosophique hors du règne
minéral. Quiconque voudra faire des
recherches ailleurs, sera toujours dans
l'erreur; tous les Philosophes sont d'accord
sur ce point essentiel.
La Philosophie avec tous ses secrets,
ne saurait faire un métal sans employer
une chose métallique, comme
on le voit dans la projection; quoique
la pierre soit fermentée avec des parties
métalliques les plus pures, elle
ne produit cependant jamais un métal
parfait, si on ne la projette auparavant
sur un corps métallique parfait,
qui lui soit analogue & sympathique.
Tous les effets merveilleux que produit
la pierre, ne proviennent que
de la conjonction & union parfaite de
l'or & de l'argent, qui ont une grande
affinité ensemble. Celui qui voudra
faire le contraire de ce que nous venons
de dire, travaillera contre le bon
sens, & contre tout ce que peuvent
lui indiquer les expériences chimiques.
Abandonnez donc tous vos sels factices;
attachez-vous au sel de nature;
vous le reconnaîtrez à l'odeur, comme
@
120 D I S C O U R S
nous vous l'avons déjà dit. Vous verrez
que les Philosophes ont dit la
vérité, en assurant que le sel & l'or
renferment tout ce qui est nécessaire à
la composition de la pierre.
Quoiqu'on donne à cette matière
le nom de sel de Nature, il ne faut
cependant pas la chercher dans un sujet
qui ait la forme de sel extérieurement;
écoutez ce que dit Géber:
Celui qui veut chercher la teinture
des métaux ailleurs que dans le vif-
argent, entre dans la pratique comme
un aveugle.
Le mercure des Sages est une substance
métallique très pure, qui contient
un soufre spirituel par le moyen
duquel la pierre se coagule.
Cette substance métallique est double;
elle est sèche & humide; elle
n'est bornée qu'à cause qu'elle est ornée
de son soufre qui occasionne la
coagulation, & qui avec le temps, fait
une teinture parfaite.
La Nature produit tous les métaux
dans les minières par le moyen d'un
seul sperme, en cuisant & digérant
le mercure seul qui contient deux
éléments qui sont l'eau & la terre:
l'eau est active, & la terre est passive.
Le
@
P H I L O S O P H I Q U E . 121
Le feu & la terre exercent leur empire
dans le même sujet; mais quand
la digestion & la coagulation sont
faites, il en résulte un métal sans le
secours d'aucune autre chose étrangère.
La différence des métaux dépend des
différents accidents; & lorsque la Nature
n'est pas troublée dans ses opérations,
elle fait de l'or parfait avec le seul
mercure vulgaire, quand rien ne l'empêche
de séparer les superfluités grossières
qu'il est presque impossible de
séparer par le moyen de l'art.
Le Mercure ne s'incorpore jamais
avec un corps métallique quelconque,
si auparavant on ne lui fait subir une
préparation parfaite. Il est impossible
de faire une conjonction stable & parfaite,
sans le secours d'un esprit. L'adhérence
ne se trouve que dans les
esprits, qui seuls peuvent pénétrer les
corps; mais il faut les purifier, les
altérer, les sublimer, les dessécher &
les exalter pour les dépouiller de toutes
leurs impuretés: après toutes ces
opérations, on peut en extraire la
quintessence qui convient au magistère.
Le mercure contient une cause de
corruption dans la partie terrestre &
Tome II. F
@
122 D I S C O U R S
combustible avec une substance aqueuse.
Il faut en séparer toutes ces superfluités
par le moyen du feu, &,
comme dit Géber, par le mélange des
fèces. Consultez & méditez sur tous
les points de la doctrine de ce Philosophe;
c'est le plus intelligible de
tous les anciens Auteurs. Si vous avez
le bonheur de le comprendre, vous
verrez sortir la lumière au milieu des
ténèbres les plus épaisses: vous verrez
la minière de tous les Philosophes;
mais tâchez de vous garantir
de l'odeur infectée qui sortira du sépulcre
après que vous l'aurez ouvert.
Lavez l'enfant royal jusqu'à ce qu'il
soit éblouissant comme le Soleil, &
vous admirerez ce que vous aurez
tiré du sépulcre puant. Vous verrez le
Prince de tous les métaux, le caducée
de Mercure. Les serpents renfermés
dans le vase, absorberont toute
la puanteur, & détruiront tout le
poison dont le corps du mercure est
rempli.
La base de notre métal double est
celle du mercure le plus pur & qui
n'a qu'une seule forme.
La Nature nous a ouvert plusieurs
chemins pour parvenir à l'accomplissement
@
P H I L O S O P H I Q U E . 123
du magistère; car nous avons
la voie sèche & la voie humide.
La voie humide est la plus noble, la
plus ancienne & la plus facile; mais
c'est la plus cachée. Néanmoins nous
allons l'indiquer autant qu'il est possible.
Prenez le plomb des Philosophes,
réduisez-le en première matière sans
y rien ajouter qui lui soit contraire;
ce plomb antimonial est un métal
mixte qui renferme un soufre d'or &
d'argent. Faites passer les ténèbres
dans la montagne de la fausse Vénus;
séparez la partie fixe de la partie volatile
par le moyen d'une calcination
convenable, que vous pourrez faire
dans un fourneau de réverbère ou
dans un four de verrier, sans craindre
d'altérer la matière essentielle au magistère,
parce qu'elle est incombustible.
Quand vous aurez ainsi préparé le
plomb antimonial ou azoth des Philosophes
par le moyen du feu, l'eau
pénétrera tous les interstices de la
terre, & formera la chaîne d'or d'Homère.
La sentence d'Hermès s'exécutera,
en ce que les choses d'en bas
seront semblables à celles d'en haut.
Aussitôt que votre terre sera imprégnée,
F ij
@
124 D I S C O U R S
elle produira des fleurs admirables,
c'est-à-dire que la matière
se convertira en mercure philosophique
ou en eau qui ne mouille pas les
mains. Cette eau engendrera plusieurs
petits poissons. Le premier qui paraîtra,
sera la rémore, très petit poison
qui arrête cependant un gros vaisseau
aussitôt qu'il s'y attache. L'on voit
ensuite paraître l'oiseau d'Hermès en
l'air: le feu fera germer les semences
de l'or & de l'argent, & l'on verra
longtemps des bêtes marcher sur la
terre & grimper au haut des montagnes
les plus élevées, où vous verrez
paraître une fleur dorée & argentée
qu'on appelle Calendule. Vous
cueillerez cette fleur & vous la sacrifierez
au mercure qui la dévorera avec
avidité; aussitôt qu'il l'aura mangée,
les ailes lui croîtront aux pieds & aux
mains, & il montera aussitôt sur son
trône, parce que les bons sont encore
mêlés & confondus avec les méchants
qui sont des meurtriers & empoisonneurs
qui habitent dans la terre philosophique.
Le feu les détruira tous, & occasionnera
le déluge, mais il faut que
l'arche de Noé soit bien fermée & bien
@
P H I L O S O P H I Q U E . 125
remplie de toutes les provisions nécessaires
à la subsistance de tous ceux
qui y sont renfermés; car il ne faut
pas les laisser mourir de faim, tandis
qu'ils sont ensevelis dans les ondes.
Au bout de quatorze jours, celui
qui convoquera les demi-Dieux, paraîtra
plein de joie pour couronner
ceux de ses sujets qui sont de sa race.
Lui seul sera le maître du ciel & de
la terre, & il vivra jusqu'à ce que le
mercure philosophique soit préparé &
orné de toute la parure que Dieu lui
a donnée à sa naissance.
Nourrissez l'enfant royal Prince des
Indes, avec la viande qu'il peut digérer:
vous aurez soin de lui en donner
en juste proportion ou quantité; car
les deux excès lui sont également funestes,
c'est-à-dire le trop ou trop peu.
Il doit avoir une chaleur convenable,
sans suer ni avoir froid, autrement la
végétation de l'enfant royal ne pourrait
s'effectuer, ou s'il prenait trop de
nourriture, il s'envolerait.
Selon cette méthode secrète, il ne
faut rien ajouter d'étranger au mercure;
il suffit d'en séparer toutes les
superfluités, & l'on doit abandonner
le reste de l'ouvrage à la Nature.
F iij
@
126 D I S C O U R S
Les Philosophes disent que leur azoth
est un électre minéral; car l'électre
métallique est un composé de plusieurs
substances différentes des métaux; mais
il faut faire l'analyse de cette matière
pour en séparer les trois principes, sel,
soufre & mercure, dont chacun contient
tous les éléments en particulier.
Le soufre philosophique de Saturne
est le père de tous les métaux, quoiqu'en
examinant le plomb des Sages,
lorsqu'il sort de la minière, on n'aperçoive
aucune trace de métal parfait;
la Nature n'a fait que commencer
légèrement à opérer en lui, & l'a
ainsi laissé imparfait pour l'empêcher
de tomber entre les mains des impies,
des avares, & des voluptueux, tandis
que celui qui a le coeur droit, craignant
d'offenser Dieu, parce qu'il est
infiniment bon, celui, dis-je, dont les
vues sont légitimes, découvrira bien
ce trésor à travers le voile qui l'enveloppe,
mais les impies ne le trouveront
jamais.
Quiconque connaît la génération
des métaux, peut trouver facilement
l'azoth des Philosophes avec l'aide du
Seigneur; mais il doit prier & travailler
avec assiduité.
@
P H I L O S O P H I Q U E . 127
Si ce raisonnement n'est pas assez
clair, vous pouvez lire les ouvrages
de Basile Valentin. Ce Philosophe vous
enseignera les chemins que vous devez
suivre pour arriver au temple de
la Philosophie hermétique; il vous
démontrera toutes les opérations depuis
la préparation de la matière par
la calcination jusqu'à la multiplication
de la pierre; mais je vous préviens
que vous ne trouverez que des énigmes,
des allégories, surtout lorsqu'il
est question d'indiquer la matière ou
pierre des Philosophes, qui se trouve
où résident les vapeurs venimeuses qui
vous indiquent le lieu, la minière où
vous devez chercher notre sujet.
Dieu a créé cette matière métallique
en notre faveur: nous pouvons
en extraire un corps dur, un corbeau
gras, dont nous devons séparer les
parties superflues pour n'en prendre
que le noyau, qui est un poison mortel,
avec lequel nous pouvons faire
un Alexipharmaque.
Quand vous aurez fait cette séparation,
vous aurez une eau visqueuse,
métallique, diaphane, qui ne mouille
pas les mains, qui contient les germes
de l'or & de l'argent, ou le vrai soufre
F iv
@
128 D I S C O U R S
philosophique qui est caché dans les
règnes de Saturne & du Soleil.
Dès que vous aurez le bonheur d'avoir
une once de cette matière, vous
pourrez la multiplier à l'infini, sans
être obligé de recommencer les opérations
préliminaires; vous aurez en
même temps une preuve non équivoque
que vous êtes dans le bon chemin.
Si vous suivez la voie humide, vous
ferez cuire le composé philosophique
avec plus de facilité: on commence
avec le feu du premier degré, &
on l'augmente successivement jusqu'au
quatrième degré pour achever la rubification.
La voie sèche n'a pas les mêmes
avantages: on a continuellement à
craindre la rupture des vases de verre
dans le commencement de l'opération,
à cause du feu intérieur qui est
renfermé dans la matière volatile qui
n'est point humide. En augmentant le
feu, on accélère la fixation de la
matière; mais une trop grande chaleur
fait briser les vases, brûle les fleurs,
& détruit entièrement la matière.
Celui qui a le bonheur de posséder
la teinture universelle, connaît parfaitement
la nature humaine, & peut
@
P H I L O S O P H I Q U E . 129
guérir toutes les maladies: il répand
la santé avec la même rapidité que le
Soleil distribue sa lumière.
La teinture faite par la voie sèche,
n'a pas des avantages si parfaits, parce
qu'elle participe de la nature des sels
dissolubles. Celle qui est préparée par
la voie humide consiste dans la simplicité
d'un seul sujet, qui, par le
moyen d'un travail, qui est à peu
près le même dès le commencement
jusqu'à la fin, produit ce dissolvant
fameux & inaltérable, qui réduit tous
les êtres dans leur première matière,
qui est le mercure philosophique. Il ne
me reste plus qu'à vous indiquer les
moyens d'en faire la cuisson avec de
l'or pur.
Le sujet que nous employons pour
faire la teinture par la voie humide,
produit un double mercure qui a la
propriété de composer & de détruire.
Si l'on conjoint de l'or corporel
avec le premier mercure, il en résulte
une teinture métallique parfaite.
Si, par ignorance, l'on conjoignait
de l'or avec le second mercure, l'or
serait infailliblement détruit & converti
en sel volatil, médicinal, qui,
étant conjoint avec une autre substance
F v
@
130 D I S C O U R S
se convertirait encore en eau élémentaire.
Ces deux mercures sont conjoints
si étroitement ensemble, qu'il n'est pas
possible de les séparer sans leur faire
subir une fermentation convenable.
Dieu a fait cette union admirable,
pour maintenir le monde dans l'état
où nous le voyons, afin qu'à chaque
instant nous ayons devant les yeux
des objets qui nous fassent penser à
une autre vie.
Basile Valentin parle de cette double
matière, à l'article de la destruction
& séparation du mercure.
Il ne suffit pas de bien connaître la
matière de la pierre philosophale ainsi
que le feu; il faut de plus une main
adroite pour empêcher la destruction
de l'or & le constituer en puissance.
Tout le secret consiste dans la préparation
de l'azoth, qu'il faut constituer
en putréfaction, si l'on veut le
rendre propre à la génération. Le Laboureur
& Sendivogius nous indiquent
assez clairement les moyens de réussir
dans cette opération. Ils disent que
dans le royaume philosophique de Saturne,
on voit dans un miroir toutes
les actions naturelles & tout le système
@
P H I L O S O P H I Q U E . 131
du monde à découvert: on y reconnaît
toutes les opérations du magistère,
la génération des métaux
dans les entrailles de la terre, & l'état
naturel de tous les êtres soumis aux
influences des astres.
Mais venons au second moyen de
faire la pierre par la voie sèche.
On objectera d'abord, que le mercure
vulgaire ne peut devenir mercure
philosophique sans le réduire en première
matière, ce qui est très difficile;
mais on doit bien voir qu'il y a une
grande différence entre un métal parfait
& un métal imparfait, entre celui
qui commence à devenir métal & celui
qui est métal consommé.
Si le mercure vulgaire est réellement
un métal, il convient d'autant mieux
au magistère, & l'on peut dire qu'il a
deux coagulations métalliques, dont
la première se fait par le moyen d'un
bon soufre interne, & la seconde par
le soufre antimonial externe; l'une &
l'autre se font naturellement selon l'intention
de la Nature.
Ces coagulations étant accidentelles,
il est bien facile de les défaire; car
si l'on sépare la cause de la coagulation,
la matière reprendra bientôt sa
F vi
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132 D I S C O U R S
forme primitive; mais les véritables
métaux ne sont pas dans ce cas, parce
qu'ils ne sont plus dans la classe du
mercure coulant.
Tout métal parfait a subi deux coagulations
par l'effet de deux coagulants;
séparez un de ces coagulants, &
vous verrez ce que deviendra la matière,
vous reconnaîtrez que le mercure
vulgaire n'est point un métal,
que c'est plutôt la matière des métaux,
qu'il ne lui manque qu'un agent pour
le coaguler & le faire résister sous le
marteau. Si donc il n'est que la matière
ou le principe des métaux, l'on
ne peut dire qu'il soit réellement un
métal.
Voilà pourquoi le mercure coulant
n'est point un métal, c'est plutôt une
eau métallique, spirituelle, qui est
propre à la coagulation métallique où
elle est reçue comme dans une matrice
naturelle, où elle démontre les effets
de sa puissance. Voyez ce que disent
sur ce sujet, Bernard, Arnaud de
Villeneuve, Géber & tous les anciens
Philosophes, qui ne méprisent pas le
mercure vulgaire.
Quand vous séparerez les impuretés
du mercure, prenez bien garde de le réduire
@
P H I L O S O P H I Q U E . 133
en scories ou terre noire, comme
il arrive avec le régule martial, lorsqu'on
le met en fusion avec des sels en trop
grande quantité, ou lorsqu'on y ajoute
trop de fer. Quand on n'observe pas
les justes proportions, un régule très
pur devient impur, & se convertit entièrement
en scories arsenicales.
Le mercure n'est pas toujours également
chargé d'impuretés en grande
quantité, mais il faut toujours beaucoup
de temps & de patience pour les
séparer. Voilà le point le plus difficile.
Il m'est arrivé plusieurs fois d'abandonner
du mercure que j'avais réduit
en scories noires qui me paraissaient
inutiles, & que l'air, les influences
des astres, convertirent en beau mercure
coulant dans l'espace de quelques
jours.
On fait un double mercure philosophique
de cette manière; mais il faut
faire les sublimations du mercure vulgaire
avec des corps qui lui soient analogues,
& ces mêmes corps doivent
être choisis dans le règne métallique,
& doivent être un peu fixes par eux-
mêmes, sans être malléables, comme
sont les pyrites.
Il y a deux sublimations, qui, à peine,
@
134 D I S C O U R S
différent l'une de l'autre. On peut
exécuter le procédé de Flamel en cette
occasion.
Philalèthe a aussi parlé de ces sublimations;
il est un peu obscur, & ne
développe pas assez la matière pour
un commençant; mais voici le résultat
de son procédé.
1°. Il faut donner un lien au mercure;
ce lieu doit être en proportion
discrète, afin qu'il ne soit pas plutôt
nuisible qu'utile.
2°. Il faut un feu minéral & naturel.
3°. Il faut un feu contre nature.
4°. Il faut faire intervenir le dragon
ailé.
5°. Il est aussi absolument nécessaire
de se procurer le dragon terrestre.
L'on confie toutes ces matières à
Neptune, sous les auspices de Vulcain.
Le dragon ailé & venimeux, empoisonnera
toutes les bêtes qui sont
dans la mer, & les laissera manger aux
aigles & aux vautours.
Le dragon ne pardonnera qu'à la
licorne marine; ensuite, Saturne parcourra
le rivage de la mer, & tuera
toutes les bêtes qu'il rencontrera sur
son territoire, & les jettera dans le
Tartare.
@
P H I L O S O P H I Q U E . 135
Neptune rendra au serpent exténué
toute sa vigueur. Le dragon terrestre,
en même temps, jettera un regard compatissant
sur la licorne marine épuisée
de fatigues; il la ranimera, en deviendra
éperdument amoureux, & l'épousera.
Ils habiteront ensemble, & deviendront,
par-là, extrêmement nuisibles
à tous les autres animaux venimeux
& non venimeux.
Quand le dragon aura habité deux
fois avec la licorne marine, elle mourra
& exhalera une puanteur si forte, qu'en
très peu de temps le dragon terrestre
mourra aussi. Peu de temps après, il
s'élèvera une horrible tempête dans
l'air: cette tempête sera causée par
les mauvaises vapeurs du soufre, qui
s'élèveront & occasionneront un feu
naturel en l'air; ce feu naturel se mêlera
avec le feu contre nature: ce mélange
fera un bruit épouvantable; l'air
sera rempli de vapeurs; le soleil & la
lune en seront obscurcis. L'éclipse durera
jusqu'à ce que la pleine lune aura
fait tomber une pluie abondante; Mercure
fera la paix, la publiera, & l'affichera
aux portes du ciel.
Voici l'explication de l'énigme par
Bernard.
@
136 D I S C O U R S
Tout ceci n'est qu'une sublimation
qui se fait par le moyen des corps
convenables avec lesquels il faut sublimer
la matière de la pierre des Philosophes,
dans une cornue ou un alambic
de verre; mais il faut calciner la
matière auparavant; car sans cette calcination,
il n'y a point de dissolution
à espérer.
Toutes ces opérations sont philosophiques,
& diffèrent totalement des
opérations vulgaires, quoiqu'elles paraissent
être de la même nature & s'accorder
ensemble.
La sublimation vulgaire du mercure
avec les métaux, prouve cette différence;
car elle ne sépare, pour ainsi
dire, qu'une très petite partie de terre
noire, en comparaison de la grande
quantité qu'on sépare par la sublimation
philosophique. L'on continuerait
cette opération pendant une année entière,
qu'on n'en séparerait pas plus
de scories, si l'on n'a pas les moyens
que nous employons dans notre magistère,
parce qu'il faut un médiateur
subtil qui ait la vertu de séparer
toutes les scories nuisibles.
J'ajouterai, que si vous aviez le bonheur
de réussir à sublimer l'or, par le
@
P H I L O S O P H I Q U E . 137
moyen d'une certaine manipulation qui
est possible & très familière aux Adeptes,
vous n'en seriez pas plus avancé
si vous manquiez dans un seul point
essentiel. Pour réussir, il faut, avant
toute chose, connaître le feu pur, minéral
& métallique, pour purifier le
mercure de toutes ses parties arsenicales,
terrestres & sulfureuses.
Le mercure chargé de toutes ses
scories, reçoit le feu dont nous parlons
bien facilement, & il change bientôt
de forme, parce que ce feu s'étend
partout son corps, qui se dépouille
promptement de ses parties terrestres.
C'est le sentiment de Flamel que vous
trouverez conforme à la vérité, dès
que vous serez dans le bon chemin.
Tout ce que nous venons de dire
sur ce sujet, est conforme à la doctrine
de Philalèthe, dont l'opération est
très longue, très puante & très malsaine,
à cause des vapeurs antimoniales-
arsenicales & sulfureuses qu'exhalent
les matières qu'il faut employer.
Le procédé que nous venons de
décrire est moins long, moins ennuyant;
mais il n'est pas exempt de vapeurs
venimeuses; c'est pourquoi l'Artiste
@
138 D I S C O U R S
doit toujours être sur ses gardes, avec
un bon contre-poison préparé.
On doit se procurer une eau mercurielle
de deux sujets très purs; & si
l'on fait cuire cette eau pendant deux
mois seulement, elle se précipitera &
se fixera en or.
Géber assure que les métaux ont
trois principes, qui sont le vif-argent,
le soufre & l'arsenic, & que toute
coagulation doit être attribuée à l'arsenic
& au soufre.
Le mercure philosophique doit être
entièrement dépouillé de soufre & d'arsenic
par une manipulation secrète,
& c'est pour cela qu'il perd sa vertu
coagulative & acquiert la propriété
de se précipiter par lui-même, sans
le secours de l'or.
Si vous amalgamez de l'or calciné,
avec le mercure des Philosophes, il se
convertira, par un feu tempéré, en
précipité éblouissant; vous pourrez
faire de l'or avec ce mercure sans y
ajouter de l'or, selon le procédé d'Helmont.
Ce mercure se précipitera en
terre sans feu, & de la manière la
plus simple, si vous avez la patience
d'attendre, vous aurez de l'or de bon
aloi.
@
P H I L O S O P H I Q U E . 139
Tout métal peut être le sujet de
l'art; l'objet est la teinture dont la
fin est de produire de l'or; par-là,
on peut voir clairement que la fin
résulte du principe.
Si, donc, vous voulez faire un métal,
prenez donc le principe du métal
que vous avez envie de faire. C'est
le sentiment de Sendivogius, qui assure
qu'on fait des métaux avec les métaux.
Si vous voulez faire de l'or & de l'argent,
cherchez donc la semence dans
ces deux métaux; joignez les espèces
avec les espèces, & les genres avec
les genres.
Sendivogius dit, qu'il faut joindre
l'or avec le mercure, comme avec une
chose de son espèce; mais il faut le
spécifier & le réduire en sa première
matière; alors, l'or ne sera plus de
l'or vulgaire, mais de l'or philosophique.
Il est évident, par ce que nous venons
de dire, que le sujet de l'Alchimie
est un métal formel & matériel,
car le germe de l'or ne peut exister que
dans l'or.
Bernard dit qu'on peut faire la pierre
avec tous les métaux, mais plus facilement
& plus promptement d'un que
@
140 D I S C O U R S
des autres, parce que la matière ou
le germe de l'or est plus proche dans
l'or que dans le cuivre & les autres
métaux.
Sendivogius dit, que la Nature primitive
est contenue dans tous les métaux,
mais qu'elle est bien plus renfermée
dans les uns que dans les autres,
& que les uns sont bien plus difficiles à
détruire que les autres, pour en extraire
le mercure philosophique.
Richard assure que l'Alchimie détruit
le mercure minéral, & qu'elle lui
donne une forme subtile dans la même
substance qu'il avait auparavant; &
Géber ajoute, qu'il y a plusieurs sentiers
qui conduisent au temple de la
Philosophie hermétique. On peut y
arriver par la voie sèche & par la
voie humide: il faut donc conclure
qu'il y a plusieurs sujets dont on peut
tirer le mercure des Philosophes, &
rien n'est plus évident ni plus certain.
On doit donc bien examiner le sujet
qui contient la matière prochaine &
celui qui renferme la matière éloignée,
& les choisir pour les employer selon
la voie qu'on veut suivre.
Selon Paracelse, Roger Bacon, Basile
Valentin, les deux Laboureurs &
@
P H I L O S O P H I Q U E . 141
plusieurs autres Philosophes, la matière
qui convient à la voie humide, est
contenue dans un certain sujet minéral
que la Nature a produit, & qu'elle a
laissé imparfait par défaut d'application;
mais la matière est plus éloignée
dans ce sujet qui est resté tel par l'inaction
de l'agent sur le patient.
Le sujet convenable à la voie sèche,
a été calqué par Géber, Arnaud de
Ville-Neuve, Bernard & Philalèthe. Ils
assurent tous que les sept métaux contiennent
le mercure des Sages, mais
il faudrait qu'ils eussent indiqué les
moyens qu'il faut employer pour faire
l'extraction du mercure philosophique.
Nous voyons donc clairement que
le sujet de l'art est un corps métallique
destiné par la Nature à devenir
de l'or, du genre duquel il doit être
nécessairement, & que les métaux imparfaits
ne sont restés tels que par accident,
par un mélange de choses hétérogènes,
ou par un défaut de cuisson;
mais qu'ils ont toujours une disposition
à devenir un or parfait. Voilà pourquoi
il faut en séparer les parties terreuses
& grossières, & le genre de l'or restera
dans toute sa pureté.
@
142 D I S C O U R S
L'or est une substance très pure, qui
ne contient qu'un mercure très pur,
qui est cuit pendant un temps considérable
par son feu naturel dans son
propre soufre, purifié au suprême degré,
par le moyen duquel il est épaissi
avec le concours de la chaleur externe
& modérée.
Voilà pourquoi le sujet de la pierre
doit de toute nécessité être du même
genre que l'or; par conséquent on peut
prendre toute sorte de mercure, pourvu
qu'il soit bien pur & qu'il ait la nature
de l'or, excepté que l'or est fixe, tandis
que le mercure est volatil.
Tous les Philosophes conviennent
que pour procéder à la multiplication
d'un être, il faut le conjoindre avec
son semblable. La Nature ne se multiplie
que dans sa propre espèce, & non
autrement. Les métaux, par la même
raison, ne peuvent se multiplier qu'avec
les métaux.
Tout mercure, surtout le vulgaire,
contient une quantité incroyable de
terre arsenicale, très fixe, avec une
très petite quantité d'eau sulfureuse &
puante; séparez du mercure vulgaire
toutes ces impuretés, & pour lors il
@
P H I L O S O P H I Q U E . 143
sera un véritable mercure philosophique;
mais le travail est pénible, &
il faut une main adroite.
Les anciens ont cherché deux moyens
pour convertir le mercure vulgaire en
mercure philosophique: ils disaient,
que si le mercure vulgaire était réellement
un corps inférieur, on pouvait
en retirer le mercure philosophique. En
conséquence, ils ont employé toutes
les sublimations & purgations connues
pour le délivrer de toutes ses impuretés.
Ils l'ont sublimé avec des sels,
avec du vinaigre distillé, avec de la
chaux vive; mais toutes ces opérations
n'ont abouti à rien. Il faut donc
conclure que les Philosophes ont une
manière particulière de travailler le
mercure vulgaire, si toutefois il est
vrai qu'ils le font entrer dans la composition
du magistère; mais il est à présumer
qu'ils tirent leur mercure d'un
métal beaucoup plus parfait. Cependant,
il est très certain qu'il n'existe
qu'un mercure dans toute la nature
métallique & minérale; & que si le
mercure vulgaire diffère du mercure
philosophique, ce n'est qu'accidentellement,
& par la seule raison que l'un
est pur, & l'autre plein de malpropreté;
@
144 D I S C O U R S
mais la base du mercure philosophique
est la même que celle du
mercure vulgaire.
Le mercure tiré de tout métal ou
minéral connu, est hétérogène, s'il
n'est pas tiré de l'or; mais il doit être
tiré selon la méthode philosophique.
Il faut préparer l'or philosophiquement,
si l'on veut le convertir en mercure
philosophique.
Si ceux qui croient qu'on ne peut
employer le mercure vulgaire pour
en faire un mercure philosophique,
avaient vu nos opérations philosophiques,
ils reviendraient de leur erreur:
ils verraient qu'il est très possible de
tirer du noyau du mercure vulgaire
cette terre arsenicale, qui est la seule
chose qui l'empêche de s'unir radicalement
avec l'or pour tourner en putréfaction.
Il y a un double moyen de
le précipiter en poudre rouge avec un
feu violent. Géber & Bernard ont enseigné
ces deux moyens, qu'on trouve
aussi dans le tombeau hermétique.
Mais il suffit de savoir qu'on doit
extraire le mercure d'une substance
métallique, & il importe bien peu de
savoir si on le tire d'une ou de plusieurs
substances métalliques; parce
que
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P H I L O S O P H I Q U E . 145
que dans la préparation philosophique,
il ne reste que la pure substance du
mercure qui devient homogène, dès
qu'il est délivré de son soufre arsenical;
alors, il est humide & ne mouille pas
les mains; il est coulant comme la
cire sur un feu léger, & aussitôt qu'il
est refroidi, il se durcit comme un
métal.
Ce que les Philosophes appellent
teinture, n'est autre chose que le soufre
de l'or, qui est cuit dans son propre
mercure, par une chaleur convenable
qui l'exalte au suprême degré de pureté
& de puissance.
L'or n'est autre chose que du mercure
épaissi par la chaleur de son soufre
interne, qui est fécondé par une chaleur
externe & modérée.
Sachez aussi que le mercure vulgaire
est composé matériellement d'une eau
élémentaire qui en fait toute la base.
Tout ce composé n'est que de l'eau &
du feu réunis. La preuve en est évidente,
en ce qu'on le réduit en eau,
en le réduisant par un feu violent qui
détruit toute sa semence astrale.
Si l'on a le secret de séparer du
mercure vulgaire tout ce qu'il a d'hétérogène,
on le réduit en alkaest ou
Tome II. G
@
146 D I S C O U R S
mercure homogène, en y ajoutant
une eau élémentaire qui se détruit
dans un instant.
La forme interne du mercure doit
être essentiellement analogue à l'élément
de l'air & des astres qui sont
d'une nature de feu, parce que les
corps célestes dardent continuellement
des rayons de feu vers le centre
de la terre, contre laquelle ils font
une répercussion: ils remontent ensuite
en passant dans le corps de l'eau
élémentaire, ou ils se coagulent; &
de cette concrétion il résulte la première
matière admirable qui est la base
de tous les métaux, qui se cuisent par
une chaleur interne qui circule dans
les minières: mais avant que cette
matière soit parvenue au degré de
métal parfait, la Nature doit en séparer
une grande quantité d'excréments.
L'or se forme ainsi dans les minières
de la seule substance du mercure, par
le moyen du feu interne fécondé par
le feu externe, & sans le concours de
ces deux feux, le mercure resterait
éternellement coulant.
Toutes les impuretés hétérogènes
qui se trouvent mêlées dans cette
coagulation, ne s'y rencontrent que
@
P H I L O S O P H I Q U E . 147
par accident, & contre l'intention de
l'agent qui a opéré la coagulation, &
qui n'abandonne jamais son ouvrage.
Il est probable que la pesanteur du
mercure provient de sa semence & de
l'eau élémentaire qu'il a contracté en
s'épaississant.
L'eau élémentaire se coagule par le
moyen d'un soufre astral particulier en
un corps opaque & grave qu'on appelle
vif-argent, qui devient un or
parfait par la cuisson convenable &
par la séparation des parties hétérogènes
qu'il contient, & c'est alors
que la Nature a accompli son dessein.
Le mercure contient un feu interne,
& se trouve en même temps environné
d'un feu externe dans les minières. Ce
feu externe & actuel est occasionné
par la grande quantité d'atomes ignés
& sulfureux qui se réunissent dans les
minières. Ces atomes ont reçu cette
propriété de l'Auteur de la Nature,
pour coaguler, fixer & cuire le mercure
minéral, pour en faire un métal
parfait.
Le feu céleste & le feu terrestre sont
du même genre; ils se réunissent facilement
pour concourir ensemble à
G ij
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148 D I S C O U R S
la même opération. La chaleur externe
s'associe insensiblement avec le soufre
mercuriel, ou il prend un corps. Dans le
temps où se fait cette admirable opération
de la Nature, le soufre grossier
qui se trouve dans le mercure, commence
d'en être séparé, comme par
force, & se trouve détruit au bout
d'un temps nécessaire.
Après cette destruction de soufre
impur, le mercure se trouve purifié &
blanchi comme la neige.
Ainsi, l'incorporation d'un feu pur,
commence le travail & ne l'abandonne
pas, s'il n'est empêché par quelque
accident, avant qu'il ait conduit le
mercure vulgaire au degré de perfection
dont il est susceptible, c'est-à-
dire avant qu'il n'en ait fait de l'or
parfait. Voilà pourquoi l'or est homogène
avec tous les métaux imparfaits;
mais il n'en est pas de même du mercure,
parce qu'il contient plus de feu
corporel que tous les métaux inférieurs.
La cause de cette différence
doit-être attribuée au feu concentré
dans le soufre mercuriel, où il s'est
corporifié; il s'accorde intimement
avec la matière aqueuse du corps
mercuriel qui n'est pas encore si bien
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P H I L O S O P H I Q U E . 149
incorporée que l'essence du soufre mercuriel.
Par la même raison, on peut, par
le moyen de l'art, séparer le soufre
de l'or, en détruisant totalement ce
métal & en le conservant en entier;
cela dépend des moyens qu'on emploie.
Cette vérité paraîtra un vrai
paradoxe aux personnes qui ignorent
les moyens qu'on emploie pour faire
cette séparation; mais il est très certain
que le feu se corporifie dans plusieurs
occasions; on en a une preuve
non équivoque, lorsqu'on réduit en
cendre le régule d'antimoine martial
avec le miroir ardent.
Mais revenons à la teinture qu'on
retire de l'or ou du mercure qui lui
est homogène, sans y rien ajouter,
pour faire cette extraction; car si l'on
y ajoutait quelque chose, la teinture
ne serait plus homogène, & par conséquent
ne pourrait entrer dans la
composition du magistère.
Arnaud de Ville-Neuve dit qu'il ne
faut introduire ni eau, ni poudre,
ni aucune autre matière, afin qu'on
soit sûr que le mercure qu'on veut
employer n'a point été souillé par une
substance hétérogène, afin que le
G iij
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150 D I S C O U R S
soufre de l'or puisse se corporifier
s'exalter & se multiplier dans le mercure
froid.
Quand l'or fixe est conjoint avec
l'or volatil, selon les proportions convenables,
par les moyens de l'art, il
acquiert d'abord une vertu fixative,
pénétrative, & il devient son égal en
puissance & en vertus. Cela se fait par
deux moyens, qui sont l'atténuation
& la cuisson; car il n'est pas possible
de le conduire à ce point de perfection,
sans le secours d'un feu interne
& externe.
Le soufre d'or volatil commence par
s'insinuer peu-à-peu dans le soufre d'or
fixe ou corporel, où il prend toujours
un prompt accroissement, pourvu qu'il
ne rencontre aucun obstacle; & par
le moyen de ce feu, il parvient au
plus haut degré de perfection dont il
est susceptible; voilà pourquoi les Philosophes
disent que leur teinture est
l'enfant du feu, parce que sans le feu,
cet enfant n'aurait jamais vu le jour.
Il est donc évident, par ce que nous
venons de dire, qu'il y a réellement
deux transmutations métalliques dans
le règne minéral; ces transmutations se
font en séparant toutes les superfluités,
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P H I L O S O P H I Q U E . 151
en faisant cuire la matière dégagée
de toutes ses parties hétérogènes; tout
le secret consiste dans la purification
du mercure, pour lui donner la force
de pénétrer dans tous les corps métalliques.
La première transmutation consiste
dans la destruction totale du mercure
qu'il faut brûler & réduire en cendre,
pour en tirer l'âme ou la quintessence
qui sert à exalter notre teinture; mais
il faut un agent pour altérer la nature
du mercure minéral, & en extraire la
seule partie homogène qui éclaire les
métaux de la même manière, & aussi
promptement qu'une chandelle répand
la lumière dans une chambre obscure,
lorsqu'on l'y introduit; mais avec cette
différence qu'en retirant la chandelle
de cette chambre, les ténèbres remplaceront
aussitôt la lumière. Au contraire,
notre teinture étant une fois
fixée & concentrée dans une matière
convenable, l'éclaire pour toujours,
sans distinguer la qualité, ni la pureté
du sujet.
Toutes ces qualités merveilleuses
proviennent de l'exaltation & de la
pénétration du mercure qui est d'une
si grande subtilité qu'il pénètre, en un
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152 D I S C O U R S
instant, jusqu'aux coeurs des métaux
imparfaits, pour y brûler & détruire
tout ce qui s'y trouve d'hétérogène.
Le mercure a un noyau pur qui
provient de l'eau élémentaire, qui se
trouve également dans les métaux imparfaits.
Cette eau pénètre aussi promptement
que la foudre; mais elle opère
des effets beaucoup plus étonnants; car
elle détruit & compose en même temps.
Elle brûle toutes les scories des métaux
imparfaits, en portant, en même
temps, le germe de la lumière
perpétuelle, qui est un mélange d'or
réincrudé avec le menstrue convenable.
Quand vous voudrez réincruder de
l'or, ne prenez jamais les feuilles dont
on se sert ordinairement pour dorer,
parce que cet or n'est jamais sans alliage
de cuivre ou d'argent allié avec
du cuivre; ce mélange ferait une dissolution
verte & empoisonnée, avec
laquelle vous ne feriez jamais rien de
bon.
D'après ce que nous venons de dire,
il est aisé de voir que les Philosophes
ne travaillent que sur un seul sujet métallique
qui contient leur véritable
mercure; mais pour faire paraître ce
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P H I L O S O P H I Q U E . 153
mercure philosophique, il faut calciner
la matière où il est renfermé.
Ceux qui ont quelques connaissances
naturelles, savent que toute calcination
parfaite produit nécessairement
un sel qu'il faut retirer de la cendre
ou de la chaux du corps calciné. Tout
sel est soluble ou réductible en eau;
car le sel n'est autre chose qu'une eau
coagulée.
Ainsi, quand les Philosophes disent
qu'il faut réincruder l'or, réduire le
mercure vulgaire en matière première,
brûler le mercure pour en tirer l'âme,
toutes ces expressions ne signifient
qu'une même chose, qui est, de réduire
en cendre une matière pour en
tirer le sel qui se résout facilement en
eau par lui-même.
Un grand nombre de Sophistes adoptent
le vitriol dans toute sa substance;
ils s'épuisent à le dessécher, le purger
& le dulcifier pour le faire passer par
toutes les couleurs jusqu'au rouge parfait;
ils ont obtenu une teinture, parce
que presque toutes les opérations chimiques
conduisent à quelques découvertes;
mais cette teinture ne peut
teindre que les draps & la toile. Quelques-uns
ont réussi à faire une teinture
G v
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154 D I S C O U R S
vitriolique pour convertir les métaux
imparfaits, non en or, mais en
cuivre.
D'autres Chimistes assez éclairés,
d'ailleurs, ont choisi l'antimoine pour
leur matière; ils ont réussi à séparer de
ce minéral la partie solaire qu'il contient;
plusieurs ont réussi à le rendre étoilé, &
à lui faire montrer toutes les couleurs;
ils l'ont fixé pour en extraire l'argent des
Philosophes qu'ils ont amalgamé avec
du mercure précipité, d'après les procédés
de Basile Valentin, qui conseille
de purger l'or avec son cousin l'antimoine.
Ils réussissent toujours à séparer
le soufre d'or, & à dégager les paillettes
d'argent qui sont contenues dans
l'antimoine de Hongrie; mais il ne s'en
trouve pas deux sur cent qui soient en
état de pousser plus loin leurs opérations
sur l'antimoine; car ceux qui ont
voulu volatiliser le soufre d'or tiré de
ce minéral, l'ont tellement tourmenté
en l'amalgamant avec mille ordures,
qu'à la fin de leurs sublimations, ils ne
pouvaient pas même l'amalgamer avec
l'argent.
Mais la plupart des Chimistes s'efforcent
de réduire l'antimoine en mercure
coulant. Ce secret est réel, &
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P H I L O S O P H I Q U E . 155
très beau; mais il est possédé de bien
peu de gens.
Ceux qui ont travaillé l'arsenic vulgaire,
ont réussi à faire des pierres
rouges & blanches, en cherchant les
moyens de faire de l'or.
Les marcassites & le cinabre minéral
n'ont pas été oubliés; les Chimistes
ont trouvé le moyen d'en extraire une
eau mercurielle admirable. Ils ont fait
cuire cette eau avec des feuilles d'or
pendant plusieurs années; mais ils n'ont
jamais pu réussi à dissoudre leur or
qui est demeuré intact, malgré les tourments
qu'ils lui ont fait subir.
L'excellent Traité du Laboureur sur
le plomb n'a pas manqué d'exciter de
l'émulation; mais tous ceux qui ont
voulu suivre au pied de la lettre le beau
procédé qu'on trouve dans ce livre,
ont échoué.
Après cela, ils ont employé la pierre
calamine, le bismuth, la céruse, le
talc, le soufre commun; ils ont vexé
à toute extrémité ces minéraux, & les
ont entièrement réduits en scories inutiles.
De tous les métaux, il n'en est
aucun qui ait été exposé à de si cruelles
vexations que le mercure vulgaire, il
G vj
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156 D I S C O U R S
a été privé de tout ce qu'il contient
de meilleur; il a été sublimé de mille
manières différentes, puis revivifié,
dissout, coagulé, précipité & calciné
d'une manière grossière, pour être
incorporé avec le roi des métaux.
J'ai connu plusieurs personnes qui,
pour avoir lu dans les livres des Philosophes,
que le principe des métaux
est une eau limoneuse ou visqueuse,
ont voulu faire une eau semblable avec
de l'esprit de vin, en le mêlant avec
de la terre; il en est résulté un mucilage
qui n'était guère propre qu'à décrasser
des habits.
D'autres ont fait putréfier les métaux
inférieurs pour composer artificiellement
cette eau visqueuse qui circule
dans les minières; après avoir
travaillé cette liqueur pendant des années,
ils l'ont mise en digestion avec
de l'or, croyant être possesseurs du
menstrue universel; mais leur or est
demeuré intact.
D'autres enfin se sont procuré un
mercure particulier qu'ils tiraient de
différents sels & de plusieurs végétaux
qu'ils réduisaient en putréfaction, pour
en extraire le suc mercuriel avec lequel
ils croyaient dissoudre l'or radicalement.
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P H I L O S O P H I Q U E . 157
On ferait une tragédie en quinze
actes, si l'on voulait représenter toutes
les tortures que les Sophistes ont fait
subir au mercure vulgaire.
Beaucoup de personnes ont tenté de
réduire l'or en première matière avec
le sel de nitre raffiné, parce que Sendivogius
a écrit que le nitre a la propriété
de dissoudre l'or radicalement.
Mais quand Sendivogius a parlé du
sel de nitre, il entendait certainement
le sel de nitre métallique, & non le
nitre végétal; & cela est bien évident,
parce que quelques lignes plus bas,
il ajoute que, si l'on veut faire un métal,
il faut employer un métal, un
chien engendre un chien. Il ne faut pas
être bien savant pour voir en quoi la
Nature est d'accord.
La Table d'Emeraude est allégorique
d'un bout à l'autre; quand l'Auteur
parle du vent, il ne parle que du
vent qui est renfermé dans l'oeuf philosophique.
Il s'est trouvé des personnes assez
simples pour prendre du sel de tartre
pour faire la terre feuillée des Philosophes
dans laquelle il faut semer l'or,
parce que Raimond Lulle a dit que
cette terre feuillée provenait du vin.
@
158 D I S C O U R S
D'autres ne pouvant trouver
dans les choses soumises aux éléments
ce qu'ils cherchaient, ont pris les éléments
mêmes; ils ont ramassé de l'eau
de pluie de tonnerre qu'ils ont fait putréfier
à l'air; ils en ont extrait un vinaigre
subtil, qu'ils ont mêlé avec du
sel fixe commun & de l'huile de vitriol;
ce mélange leur a procuré des
cristaux, par le moyen desquels ils ont
dissous des pyrites qu'ils ont ensuite
congelées en une teinture admirable.
Ceux qui ont cru connaître les secrets
de la Nature ont travaillé sur la
rosée du printemps & sur la neige, la
terre vierge creusée jusqu'aux genoux.
Ils ont cru cent fois que le sel fixe
qu'ils ont retiré de toutes ces matières,
était le véritable aimant philosophique,
parce que ce sel a la vertu d'attirer
l'humidité de l'air, sans faire attention
que l'aimant n'attire que son
semblable; & que pour attirer l'humidité
métallique, il faut de toute nécessité
employer un aimant du même
genre métallique.
Ne cherchons donc jamais la teinture
universelle hors du règne métallique;
n'oublions jamais que nous devons
employer une matière incombustible,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 159
puisque pour la préparer par la
calcination, nous devons l'exposer au
feu de réverbère, ou dans un four de
verrier. Nous répétons souvent cette
expression, afin qu'on s'en souvienne,
parce que c'est un point fondamental
& essentiel.
Les opinions des Philosophes sont
presque toutes différentes les unes des
autres. Les uns veulent qu'on conjoigne
la partie avec la partie; d'autres
conseillent de faire l'adjonction de l'humidité
lunaire avec l'argent fixe gradué
& du soufre d'or, pour ouvrir les
métaux & en extraire le mercure
philosophique.
On trouve des recettes pour composer
une teinture de soufre antimonial,
qui a la vertu de convertir le
mercure vulgaire en argent. Paracelse
a donné une pareille recette, & il assure
qu'on peut la faire dans l'espace
de deux mois. Le même Philosophe a
donné les moyens de faire une teinture
d'or avec de l'urine, pour convertir
l'étain & l'argent en or pur, & meilleur
que celui des minières.
On peut facilement faire de l'huile
de crin, avec laquelle on sépare l'argent
qui est contenu dans le fer; mais
@
160 D I S C O U R S
tous ces petits procédés ne rapportent
qu'un très petit intérêt, dont
les pauvres peuvent se servir pour
avoir simplement le nécessaire à la
vie.
Les Philosophes ont encore eu d'autres
raisons, en donnant de pareils
procédés: ils n'ont pas ignoré que les
avares & les voluptueux, qui ne cherchent
cette science divine que pour
nourrir leur orgueil & satisfaire leurs
passions déréglées, ne manqueraient
pas de s'amuser avec ces minuties,
n'ayant pas la patience d'attendre un
an pour faire une opération réelle;
car toutes les opérations dont nous
venons de parler, ne sont que des sophistications.
Les Sophistes eux-mêmes conviennent
que, pour faire mûrir un métal
d'une façon ou d'une autre artificiellement,
il faut nécessairement le secours
d'une teinture. Pour parvenir à
ce point de maturité, il faut délivrer
les métaux inférieurs de leur fixité,
& les réduire en mercure par le moyen
d'une cuisson convenable, & par l'adjonction
d'un purgatif & d'un feu externe
qui, par lui-même, ne peut
parvenir jusqu'au centre du mercure,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 161
s'il n'est secondé par un feu céleste qui
réduit la puissance en action.
Un feu doux, tel qu'il le faut pour
faire mûrir, n'agit que dans un corps
ouvert, & ne peut pas seulement
effleurer un corps fermé.
Il n'y a qu'un seul moyen d'ouvrir les
métaux & de rendre homogène le mercure
vulgaire; car la plupart des Sophistes
ne cherchent que les moyens de
fixer en corps malléable, le vif-argent,
sans se donner la peine d'examiner sa
nature; ils l'incorporent avec une infinité
de drogues contraires, & sont
toujours frustrés de leurs espérances;
mais rien ne peut les corriger.
Nous dirons donc, avec vérité,
qu'il n'existe aucun secret particulier
pour la transmutation des métaux, à
l'exception seulement d'un moyen que
l'on a de mûrir le vif-argent & quelques
minéraux; mais cette opération
est longue, & peu avantageuse.
Le seul particulier qui existe, pour
la conversion des métaux, est la teinture
imparfaite après la première rotation.
La teinture, pour lors, ne convertit
que la partie la plus pure du
métal imparfait.
Il vaut beaucoup mieux lire les ouvrages
@
162 D I S C O U R S
des Philosophes, que de s'amuser
à exécuter des recettes incertaines;
on prétend que Basile Valentin a trouvé
la pierre, en lisant le Museum hermétique.
Helvétius dit qu'on peut faire la médecine
universelle dans quatre jours,
avec une pistole, sans être obligé
d'employer d'autre vase qu'un creuset.
Basile Valentin indique cette voie
dans ses Clefs, où il a dépeint le creuset,
la roue, les feux de lampe, le
fumier de cheval & le feu de cendre,
ne faisant aucun cas des feux de flammes,
à cause de leur violence.
Il est échappé à un Philosophe de
dire qu'on peut faire la pierre en trois
ou quatre heures; mais il est bon de
savoir qu'il y a deux pierres, l'une
parfaite, & l'autre imparfaite; la
pierre parfaite est connue de bien peu
de personnes, & c'est pour cette
même raison qu'on lui a donné une
infinité de noms: ceux qui la connaissent,
n'ont d'autres opérations à faire
que celle d'y ajouter de l'or ou de
l'argent pour la spécifier & la multiplier.
La pierre que Basile Valentin dit
qui se trouve dans toutes choses, &
@
P H I L O S O P H I Q U E . 163
qui contient toutes choses, est une médecine
imparfaite dont il a donné la
composition dans ses six premières
Clefs; les deux autres Clefs suivantes
n'enseignent que la multiplication en
quantité & en qualité. Si cette pierre
est imparfaite, ce n'est que par rapport
à la grande perfection de l'autre pierre;
car celle-ci ne laisse pas que d'être parfaite.
Quand les Philosophes disent qu'on
peut faire la pierre en trois jours & en
trois heures, il faut entendre des jours &
des heures philosophiques, dont nous
parlerons ci-après.
La différence du ferment ou soufre
d'or ou d'argent qu'il faut joindre à la
pierre pour la mettre dans le cas de produire
son effet, est de bien peu de chose;
car le soufre d'argent coûte autant de
peines & de dépense que le soufre d'or.
L'année philosophique est composée
du temps que le soleil philosophique
emploie à faire le tour du monde par
toutes les maisons du zodiaque, & le
mois philosophique est une révolution
de la lune.
La semaine philosophique est l'espace
de temps qu'emploient les sept
planètes pour passer successivement
@
164 D I S C O U R S
les unes après les autres dans la lumière
& dans les ténèbres.
Le zodiaque, qui contient les douze
signes célestes, représente les douze
travaux d'Hercule, qui consistent dans
la formation de l'or, par le moyen du
premier acide qui est dans la matière
liquéfiée, & qui fait le tour des douze
signes du zodiaque dans le cours d'une
année philosophique.
L'argent est un alcali qui, étant en
fusion, parcourt toute la matière, &
se marie avec l'or son frère, dans l'oeuf
philosophique, pendant la putréfaction
qui dure environ un mois. La raison
en est bien évidente; car il ne peut y
avoir de putréfaction sans liquéfaction
des matières, point de dissolution sans
liquéfaction, & point de conjonction
sans dissolution.
Basile Valentin ne parle pas du mercure
dans ses six premières Clefs; mais
on en trouve une ample description
dans Philalèthe.
Si nous examinions ces Clefs attentivement,
nous verrons que la première
représente Saturne ou le plomb,
l'eau & la terre; la seconde représente
Jupiter ou l'étain & le feu; la troisième,
Mars ou le fer, la quatrième,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 165
la Lune ou l'argent; la cinquième,
Vénus ou le cuivre; la sixième représente
un Soleil éblouissant, ou l'or le
plus pur. On voit dans la dernière
Clef, un assemblage des quatre éléments.
La sixième représente le mariage
de l'or; & la septième, sa coagulation.
Quand on fait fondre le plomb des
Philosophes dans un creuset, il faut y
ajouter une partie de son esprit, pour
le multiplier de la même manière qu'il
se multiplie dans les minières, où l'esprit
mercuriel se coagule & se convertit
en plomb. Voilà pourquoi le mercure
ne se coagule jamais sans l'odeur
du plomb, qui devient un très bon
étain, après avoir subi certaines opérations
de la Nature, qui ne l'abandonne
pas pour cela; car elle en fait
ensuite du fer, du cuivre, de l'argent;
& quand elle ne rencontre point d'obstacles
dans les minières, elle en fait
de l'or parfait. Quand on a le bonheur
de réussir dans cette opération, on
fait paraître la lumière, & l'on dissipe
entièrement les ténèbres. Séparez bien
les scories qui surnageront; mais ne
les méprisez pas, car elles sont précieuses
aux yeux d'un vrai Chimiste.
@
166 D I S C O U R S
Versez la matière, en fusion, dans un
autre creuset, que vous frapperez plusieurs
fois avec une baguette pour précipiter
le régule, & faire surnager le reste
des scories. Si vous êtes un peu intelligent,
vous verrez paraître l'astre du
jour philosophique, l'étoile qui répand
une lumière céleste, qui prouve l'existence
d'un Ciel que nous ne pouvons
voir des yeux du corps.
On trouve la description du plomb
des Philosophes, dans les Métamorphoses
d'Ovide; ce métal contient
tous les autres métaux en confusion,
& l'on peut les séparer aisément par
la fusion.
Il est évident qu'il faut un creuset,
& non un vase de verre, pour faire la
première préparation ou calcination
du plomb des Philosophes. Il faut un
feu violent, & une personne intelligente
pour le diriger; & quand la matière
est convertie en mercure philosophique,
il faut y introduire un Agent
inné, pour lui faire développer extérieurement
ce qu'il renferme au-dedans
de soi.
Lorsque vous serez un peu plus avancé
dans la Philosophie, vous connaîtrez
facilement les degrés du feu que
@
P H I L O S O P H I Q U E . 167
vous devez employer. Vous verrez
que les opérations philosophiques sont
bien différentes de celle de la Chimie
vulgaire.
Si vous savez bien expliquer les
énigmes d'Hermès, quand il dit: faites
descendre en bas les choses qui sont
en haut, & faites monter en haut
celles qui sont en bas; si vous savez
bien expliquer, dis-je, toutes ces
énigmes, vous n'êtes pas éloigné de
la vérité; continuez le même chemin,
priez, travaillez, & vous serez récompensé.
Faites fondre tout ce que le plomb
des Philosophes vous donnera, vous
aurez soin de bien ramasser les scories
qui en sortiront pendant la fusion, vous
verrez tout ce qui est en haut & tout
ce qui est en bas; vous verrez les Colombes
de Diane, dont parle Philalèthe;
& si vous avez l'oreille un peu
attentive, vous entendrez le chant des
Cygnes qui nagent dans un étang profond,
où beaucoup de Chimistes imprudents
& maladroits, se sont noyés.
Faites fondre le plomb des Sages,
pour le convertir en régule sans fer;
car notre Roi veut entrer seul dans les
bains de Diane; répétez cette opération
@
168 D I S C O U R S
jusqu'à trois fois, & vous verrez
la différence du régule martial, d'avec
le régule sans fer pour vous instruire,
faites l'opération suivante, & réfléchissez
sur les effets qui en résulteront.
Faites un régule martial selon le procédé
que nous avons donné ci-devant;
ajoutez-y une demi-partie d'argent;
faites fondre le tout ensemble, & jetez-le
dans l'eau-forte, vous verrez
qu'il se précipitera une poudre noire,
qui est la même que celle que Beuher
a trouvé dans sa minière des sables,
& qu'il est impossible de la réduire en
fusion; vous verrez par-là, que
ceux qui pensent que le régule martial
ne retient que le soufre d'or qui est
contenu dans le fer, sont dans l'erreur.
Les expériences qu'on peut faire
avec le plomb des Sages, sont bien peu
coûteuses; on purifie ce métal dans
un creuset, avec du sel de nitre & du
sel de tartre; &, si l'on veut, l'on en
retirera toujours quelques particules
d'or & d'argent.
On peut acquérir beaucoup de connaissances,
en faisant un régule de
plomb des Philosophes avec un huitième
de fer, & autant d'or ou d'argent.
Faites
@
P H I L O S O P H I Q U E . 169
Faites ensuite fondre un métal quelconque,
& ajoutez-y quelques parties,
comme un huitième, du régule ci-
dessus; mettez des particules de régule
d'or dans du régule d'argent, ou
dans du régule de cuivre, & vous verrez
des métamorphoses admirables, le
cuivre deviendra aussi beau que l'argent,
par le moyen de quelques particules
de régule d'argent, & le régule
d'argent deviendra aussi beau que l'or
pur, par le mélange de quelques particules
de régule d'or.
Faites rougir un morceau d'argent
dans un creuset, sans le faire fondre; jetez
de la poudre de régule d'or sur votre
argent, couvrez le creuset, laissez-le
sur le feu pendent un quart-d'heure,
votre argent deviendra aussi beau que
l'or, parce qu'il se saturera d'or volatil
qui se trouve dans le régule.
J'ai fait d'autres expériences pour
m'instruire. J'ai fait fondre du plomb
qui avait été, pendant un siècle, pour
le moins, au faîte d'une maison; j'ai
jeté quelques morceaux de régule
d'or dans ce plomb, & j'ai vu des
choses admirables; je le tins en fusion
pendant deux heures; je pensais qu'il
tomberait tout en scories; mais le
Tome II. H
@
170 D I S C O U R S
contraire arriva; il fut purgé de toutes
ses ordures, n'essuya qu'une très petite
diminution, comme d'un vingtième,
& fut changé en un métal tout
différent.
Quand ce régule est fait par un Artiste
un peu expérimenté, il contient
un véritable or potable, qu'on peut
administrer aux hommes sans danger.
Flamel dit qu'on peut faire le véritable
mercure philosophique avec le
régule d'or & d'argent, si l'on peut
réussir à les conjoindre parfaitement par
le moyen du premier agent métallique.
Si cette conjonction est réellement philosophique,
on découvre un mystère
qui prouve qu'on a mis la main sur le
véritable plomb des Philosophes.
Ce plomb doit se convertir en beurre;
c'est une comparaison de Basile Valentin,
pour donner à entendre que les
régules d'or & d'argent doivent être
réduits en mercure par le moyen du
menstrue universel.
Le même Auteur assure que le plomb
des Philosophes contient le mercure
des Sages, & que ceux qui voudront
le chercher dans un autre sujet, perdront
leur temps, & ne parviendront jamais
à l'accomplissement du magistère;
@
P H I L O S O P H I Q U E . 171
mais la préparation de cette matière
est bien scabreuse & bien dangereuse
à cause du poison mortel qu'elle contient.
Il faut une main bien adroite
pour la travailler; mais je vous aiderai
autant qu'il me sera possible; je
vous indiquerai le chemin qui conduit
au jardin des Hespéries, où vous pourrez
cueillir la pomme d'or.
Souvenez-vous que le plomb des
Philosophes contient une humidité
aérienne, mercurielle, chaude, mixte,
& sèche. Cette matière est disposée &
préparée ainsi par les astres; ce sont
les rayons du Soleil & de la Lune qui
lui ont procuré toutes les propriétés
qu'elle renferme.
Voilà l'oeuf qui contient l'oiseau
d'Hermès; faites couver cet oeuf, &
vous verrez sortir l'oiseau de la coque:
nourrissez-le avec un aliment convenable,
ayez soin de le renfermer dans
une bonne cage; vous le verrez croître
à vue d'oeil, & l'entendrez chanter.
Basile Valentin indique le plomb des
Philosophes sous la forme d'un vieillard
qui est couvert de lèpre, & accablé
de beaucoup de maladies internes.
Cette matière ne procurera jamais le
moindre avantage à ceux qui voudront
H ij
@
172 D I S C O U R S
l'employer en cet état; il faut absolument
la dépouiller de toutes les ordures
dont elle est couverte, & la
bien purifier par le feu de la calcination
avec un feu violent.
Ceux qui prétendent trouver dans
le mercure vulgaire, tout ce qui est
nécessaire au magistère, sont encore
bien éloignés du véritable but: ils
ignorent encore, que le soufre des
Philosophes est ce chaud-humide, aérien,
esprit volatil, hermaphrodite,
qu'Ovide a décrit sous le nom d'alcali
volatil acide dans ses Métamorphoses,
où l'on voit que cet hermaphrodite
est le double mercure qui
contient le soufre & le sel des Philosophes,
de même que l'alcali fixe.
Toutes ces choses se trouvent dans
le plomb royal des Philosophes; mais
elles y sont en confusion & mêlées
avec une quantité incroyable de matières
hétérogènes qu'il faut séparer
adroitement, & ne laisser que la quintessence
pure dans laquelle on fait
dissoudre l'or, pour ressusciter ensuite
& se revêtir du manteau royal, avant
que de sortir du bain philosophique.
Le mercure philosophique se fixe,
se coagule, se précipite & se revivifie
@
P H I L O S O P H I Q U E . 173
successivement par le moyen d'une chaleur
convenable.
Sachez ce qu'entendent les Philosophes
quand ils disent que leur Roi
doit mourir; la mort philosophique
est la coagulation & fixation de la
matière, qui devient fixe, de volatile
qu'elle était auparavant. Le roi est
volatil; il faut le fixer & il sera mort;
on doit ensuite le ressusciter, afin qu'il
puisse monter au ciel; cela est absolument
nécessaire: car ce qui est fixe ne
peut pénétrer les métaux.
Voilà pourquoi il faut rendre la
vie au Roi quand on l'a fait mourir;
c'est-à-dire, que quand il est fixe, il
faut le rendre volatil, & il aura une
grande vertu pénétrative.
La couleur noire annonce la mort
du Roi, la blanche annonce sa résurrection.
Vous savez actuellement ce
qu'entendent les Philosophes quand ils
disent, qu'il faut noircir & blanchir:
l'étole blanche représente les Anges,
à cause de leurs ailes & de leur esprit
volatil.
Quand la pierre est parvenue au
rouge parfait, elle est si volatile, que
s'il arrivait que l'oeuf se fêlât tant
soit peu, l'oiseau d'Hermès prendrait
H iij
@
174 D I S C O U R S
son vol & partirait avec une rapidité
incroyable, & sans qu'il soit possible de
s'en apercevoir; mais ceci n'arrive que
par le concours de la chaleur externe.
Voilà pourquoi l'on a soin d'envelopper
la poudre de projection dans
de la cire, pour la projeter sur un
métal en fusion. Il ne faut qu'un feu
médiocre pour faire la projection sur
du vif-argent ou du plomb, &
aussitôt que la projection est faite,
on couvre le creuset, on le retire
de dessus le feu, & l'on charge le
couvercle de charbons ardents. L'on
fait ainsi le feu par-dessus, pour empêcher
la médecine de s'envoler dans
l'air, & pour la faire pénétrer &
transmuer le mercure ou le plomb
qu'on a chauffé convenablement dans le
creuset.
Ne concluez pas toujours définitivement
d'après l'inspection des couleurs,
pour abandonner l'ouvrage;
car vous ne serez en état de juger
des effets par les couleurs, qu'après
avoir accompli le magistère.
Quand notre terre est noire, il faut
la laver avec de l'eau, & elle deviendra
blanche avec le secours de
l'air supérieur qui est un feu céleste
@
P H I L O S O P H I Q U E . 175
qui conduira votre matière au rouge
parfait.
La couleur noire est le symbole
de la mort, comme nous l'avons
déjà dit; mais dès que le Roi est
ressuscité, il est environné d'une lumière
éclatante, & qui est d'une si
grande pureté, qu'on la compare à
celle qui environne continuellement
les Anges qui sont des esprits de la
nature du feu.
L'odeur de la mort ou des cadavres
est abominable & insupportable;
l'odeur puante de la pierre en putréfaction,
annonce sa fixation; l'odeur
suave indique la volatilisation, & la
chaleur est le symbole de la résurrection
& de la vie.
Plus l'air est pur & chaud, plus
l'odeur qu'exhalent les plantes est
agréable. Les plantes aromatiques de
l'Arabie reçoivent leurs parfums de
l'air de cette contrée, où il est très
pur. On imite la Nature par le moyen
de l'art avec une simple digestion.
Il est impossible de jouir naturellement
d'une bonne santé dans tous les
endroits ou il règne un air impur &
malsain.
Quand les excréments humains sortent
H iv
@
176 D I S C O U R S
du corps, ils n'exhalent pas une
odeur agréable; mais après qu'ils ont
passé par la putréfaction & la fermentation,
ils acquièrent une odeur bien
différente de celle qu'ils avaient auparavant.
Il est impossible de parvenir à l'accomplissement
du magistère, sans employer
le feu double dont Basile Valentin
& plusieurs autres Philosophes
ont donné la description. Le premier
est un feu terrestre qui est un corps
fixe, l'autre est un feu céleste qui
est un esprit volatil. Ce dernier feu
est plus chaud que le Soleil, & le
premier est beaucoup moins chaud que
cet astre.
Les Chimistes connaissent encore
plusieurs autres feux: les uns sont
froids, les autres chauds, & d'autres
sont humides. Le feu froid est
le mercure lui-même qui est volatil
& femelle, le feu chaud est sulfureux,
fixe & mâle.
On connaît encore d'autres feux;
les uns sont internes, comme ceux
qui sont renfermés dans la matière,
& que les Chimistes vulgaires prennent
pour des feux externes. Il y a des
feux externes, comme ceux qui arriveront
@
P H I L O S O P H I Q U E . 177
à la fin du monde philosophique,
pour faire l'épreuve avec le
plomb à la coupelle. Basile Valentin
donne la qualité de juge suprême à ce
feu, à cause de l'élévation de Saturne
au-dessus des autres Planètes. Le même
Philosophe l'appelle aussi le feu
de l'Etna, & le feu d'enfer.
Le vinaigre des Philosophes est une
liqueur bien précieuse après qu'elle a
été distillée & rectifiée par un habile
Chimiste. Ce vinaigre est violent &
bienfaisant tout à la fois. Il a la vertu
de tirer promptement la teinture du
corail & de tous les métaux, parce
qu'il est composé avec une matière
qui contient le premier acide ou soufre
fixe, le premier alcali fixe qu'il
faut distiller avec l'esprit de vin de
Saturne; ce vinaigre est potable après
la quatrième distillation; mais il vaudrait
beaucoup mieux l'employer à
faire la médecine universelle en le
faisant cuire avec de l'or, que de le
prodiguer en l'employant à d'autres
usages.
Les Philosophes n'emploient point
d'autre liqueur que ce vinaigre distillé;
c'est ce qu'ils appellent leur
alkaest qui dissout tous les métaux,
H v
@
178 D I S C O U R S
en retire la teinture sans l'altérer en
rien; & dès qu'on a le bonheur de
posséder cette teinture, on a déjà un
souverain remède pour guérir beaucoup
de maladies différentes, sans
qu'il soit nécessaire de la faire passer
par la roue philosophique. Je veux
dire qu'avec ce vinaigre ou menstrue
universel, on peut, en un jour, tirer
la teinture de l'or calciné, & qu'on
peut faire usage d'une partie de cette
teinture, tandis qu'on fait cuire l'autre
partie pour en faire la médecine
universelle.
On réussira à faire le vinaigre distillé
des Philosophes, ainsi que la
pierre, si l'on est assez éclairé pour
entendre ou comprendre la doctrine
de Basile Valentin, le plus grand de
tous les Philosophes modernes. Un
grand nombre de bons Chimistes,
d'ailleurs, après avoir lu superficiellement
une partie des ouvrages de ce
grand homme, ont voulu entreprendre
le travail de la pierre, & ont
échoué pour n'avoir point mis d'ordre
dans leurs opérations; la plupart ont
opéré avec la véritable matière, le
véritable plomb des Sages, & n'en
ont pas été plus avancés pour cela.
@
P H I L O S O P H I Q U E . 179
Après avoir perdu leur temps, leur
argent, & ce qui est infiniment plus
précieux, je veux dire leur santé,
ces sortes de Chimistes, qui ne veulent
pas se donner la peine de faire des
expériences instructives, qui voudraient
trouver le détail de toutes les
opérations de la pierre dans un sujet,
après avoir échoué, ou s'être estropiés,
finissent par dire que tous les
Philosophes sont autant de menteurs,
de trompeurs, qui les ont entraînés
dans l'état déplorable où ils se sont
réduits eux-mêmes par leur faute.
Basile Valentin est celui qui a essuyé
les plus fortes bordées de calomnies
injurieuses, tandis que c'est celui de
tous les Philosophes Européens qui
mérite les plus grands éloges à tous
égards. Personne n'a parlé de la pierre
avant lui, d'une manière si claire &
si positive, quoique sous le voile de
l'énigme; à chaque page, on voit
que ce saint homme ne respire que
pour Dieu, & qu'il aime son prochain
bien tendrement. Il voudrait donner
la pierre à tous ceux qui craignent le
Seigneur. On voit bien qu'il ne cherche
pas à tromper, puisqu'il se plaint
de ce qu'il ne lui est pas permis
H vi
@
180 D I S C O U R S
de parler autrement que par allégories.
En effet, tous les ouvrages de Basile
Valentin sont allégoriques & remplis
de fictions ingénieuses. Son nom
même, & sa qualité de Religieux
Bénédictin, sont autant de fictions &
d'allégories; car Basile, dérivé de
Βασιλευς, mot grec qui signifie Roi,
indique assez la matière qu'il faut convertir
en régule dont on fait le mercure
des Philosophes. Valentin annonce la
force, la puissance de la Médecine
universelle qui pénètre l'homme, le
change, le renouvelle, & le rend en
quelque façon spirituel, à cause de
l'essence spirituelle du mercure philosophique.
Il se dit Frère de l'Ordre de
Saint Benoît, parce qu'il avait besoin
de ce titre pour exécuter son dessein
allégorique, & faire connaître que le
Roi ou l'or répand la bénédiction céleste
sur ses frères indigents les métaux
imparfaits auxquels il communique une
essence aérienne très pure.
Basile Valentin personnifie le mercure
philosophique, ainsi que tous les
métaux, & il les fait parler. Il leur
souhaite à tous une bénédiction céleste,
qui est un don du Saint Esprit,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 181
ou le mercure des Philosophes, le dissolvant
universel de tous les métaux,
sans corrosif, dont il parle dans sa
première & sa seconde Clef. Il fait
parler ensuite Jupiter ou l'étain avec
mercure qui a déjà passé par la sphère
de Saturne ou du plomb. Jupiter se glorifie
d'être revêtu de la robe de Mercure,
oubliant qu'il a porté autrefois
la robe sale de Saturne: cela n'indique
autre chose que la progression philosophique,
qui est si rapide, qu'en un
instant la matière change totalement
dans toute sa substance.
Ce Philosophe continue sa prosopopée;
Mercure continue son discours
adressé à ses frères qu'il a guéris, &
à l'or réincrudé ou réduit en première
matière, par le moyen du menstrue
universel, qui rassemble l'esprit, l'âme
& le corps dans la conjonction du
soufre & du sel.
Mercure est considéré comme un
monde placé au-dessus des cieux, où
se trouve la racine & la source de
la vie, & c'est ce qu'on appelle le
premier mobile, que Basile Valentin
envisage comme un monde céleste,
qui est l'esprit ou le soufre élémentaire
du sel. Les habitants de ce monde céleste
@
182 D I S C O U R S
sont les métaux qui n'ont pas
encore été purifiés par le mercure
philosophique converti en médecine
universelle avec l'or réincrudé.
Basile Valentin ayant ainsi personnifié
tous les métaux, qu'il place dans
le monde céleste, leur suppose des
lois, une religion, une foi, dont le
Chimiste doit avoir une connaissance
parfaite; il doit savoir que l'azoth ou
plomb des Philosophes, est l'aimant qui
attire l'esprit mercuriel par une sympathie
si admirable, qu'ils s'unissent si
étroitement qu'il n'est plus possible de
les séparer l'un de l'autre.
De tous les métaux, il n'en est aucun
qui ne soit obligé de reconnaître
Saturne ou le plomb pour son père;
c'est pourquoi il est le premier qui ait
connu la foi du mercure. Notre Philosophe
assure, que tous les métaux
doivent avoir cette foi, c'est-à-dire,
qu'ils sont tous soumis à Saturne; l'or
n'en est pas plus exempt que tous les
métaux imparfaits, puisqu'on ne saurait
le passer par la coupelle sans le
secours du plomb.
Tout ceci ne signifie autre chose
que les connaissances suffisantes que
doit avoir le Chimiste pour séparer
@
P H I L O S O P H I Q U E . 183
le bon d'avec le mauvais, le pur d'avec
l'impur, & le soufre incombustible
d'avec le soufre combustible.
La plus grande lumière de la Chimie
est la sagesse qui doit briller dans les
ténèbres. Cette sagesse est le soufre céleste
dont il parle dans la septième
Clef.
Dieu a accordé aux Chimistes un
grand pouvoir dans leur ciel; il est aisé
de s'en convaincre en examinant leur
théologie.
Le vieillard qui prêche le Peuple,
représente Saturne ou le plomb, &
les premiers métaux. Ce vieillard n'est
autre chose, dans le sens de Basile
Valentin, que le sel de la terre, qui
exhale continuellement une vapeur
saline qui s'unit au mercure.
Nous avons déjà dit, que notre Philosophe
avait personnifié tous les métaux;
c'est ce qu'il ne faut pas oublier,
si l'on a envie de bien expliquer l'énigme.
Tous les métaux, surtout les imparfaits,
doivent être bons théologiens.
Ils ne doivent rien ignorer de
ce qui concerne leur foi, afin qu'ils
soient en état de distinguer l'esprit
mercuriel qui est attiré sur eux par
@
184 D I S C O U R S
un aimant martial. Voilà le mercure
des Philosophes & leur aimant, qui
est un acier propre à attirer l'esprit
igné du sel de la terre, & tout ce
qui lui est nécessaire d'ailleurs pour
pouvoir dissoudre l'or radicalement,
& le convertir en quintessence sans
l'altérer. Voilà l'explication de la cinquième
clef.
Le soleil qui éclaire le ciel des Chimistes,
est le soufre igné & volatil.
Il y a beaucoup de Chimistes qui
croient avoir une connaissance parfaite
des métaux; mais il en est bien peu
qui ne soient dans l'erreur. La plupart
s'attachent au cuivre pour en extraire
la teinture, ignorant que le soufre de
ce métal n'est pas fixé, & qu'il s'envole
dans l'air aussitôt qu'il est sur
le feu: ils écorchent ce métal, & lui
enlèvent jusqu'à la dernière écorce,
avec des adjonctions contraires qui
attirent son phlogistique pour le détruire
avec des corrosifs. Ils parviennent
même quelquefois jusqu'au coeur
de Vénus, qu'ils font mourir impitoyablement,
en éteignant son feu
vital.
Géber, lib. 2. chap. 14. se moque
de tous ceux qui perdent leur temps
@
P H I L O S O P H I Q U E . 185
en cherchant les moyens d'extraire la
teinture du cuivre.
Quand les Philosophes disent, qu'il
faut ouvrir l'or jusqu'au coeur, c'est
dire, qu'il faut le dissoudre radicalement
par le moyen du mercure philosophique.
Ce que Basile Valentin appelle occident,
n'est autre chose que le mercure
revivifié, qui ressuscite avec un
corps glorieux; mais il faut le décorer
avec un ornement qu'on prend dans
la partie méridionale, c'est-à-dire,
dans le soufre d'or qui a une infinité de
propriétés.
Le cachet d'Hermès, est la connaissance
du véritable mercure des Sages,
parce que ce mercure est le chancelier
de la Philosophie hermétique.
Les frères indigents du roi, sont,
comme nous l'avons déjà dit, les
métaux imparfaits: j'abandonnerai mes
trésors pour vous secourir, mes très
chers frères, dit le roi, ou l'or, aux
métaux imparfaits; vous êtes pauvres,
parce que vous n'avez point de soufre
fixe; je vous donnerai à tous une couronne
d'or pur.
Le feu qui échauffe les métaux indigents,
n'est autre chose que le soufre
@
186 D I S C O U R S
fixe de l'or réduit en quintessence saline.
Ce soufre doit les échauffer sans
altérer leurs esprits.
Les nuages épais qui s'élèvent dans
l'oeuf philosophique pendant la cuisson,
ne sont autre chose que l'humidité
mercurielle qui se dispose à la conjonction.
Ces nuages sont d'un grand secours
dans la pratique; ils annoncent à l'Artiste,
qu'il est dans le bon chemin.
Basile Valentin nous les a fait connaître
par des paraboles obscures;
mais nous tâcherons d'y répandre un
peu de clarté.
Quand les Philosophes parlent de
chaux vive, dans la pratique de la
pierre, il ne faut pas croire qu'ils
conseillent d'employer de la chaux vive,
faite avec des pierres ou cailloux.
La chaux dont ils font mention, est
une chaux philosophique, qui n'est
autre chose que de l'or calciné philosophiquement,
& dont il ne faut
prendre que l'esprit.
Basile Valentin enseigne la préparation
de cette chaux dans sa quatrième
Clef.
L'esprit de cette chaux vive est la
même chose que l'esprit du dragon
pétré, C'est ce qu'on reconnaît dans
@
P H I L O S O P H I Q U E . 187
la seconde Clef, où l'on voit aussi un
aigle qui représente le mercure; ce
vinaigre des Philosophes, l'alpha, l'oméga,
aleph & thau, la chaux vive,
le dragon pétré, le sel martial & son
esprit cristallin & igné réduit en liqueur.
Le soufre de Vénus est le disciple
de Mars, comme on le remarque dans
la onzième Clef, où l'Auteur s'étend
beaucoup sur les bons offices que les
planètes rendent aux métaux.
La troisième Clef contient une description
du manteau de pourpre pour
le plus grand roi de la terre; cette
couleur est produite par le feu, après
une cuisson convenable.
Le mercure vulgaire purifié peut
être comparé au cristal pour la beauté;
mais le mercure des Philosophes est
infiniment plus brillant que le cristal,
parce qu'il est tiré d'un très bon métal,
dont on ne prend que la quintessence
la plus pure, qui est aussi belle
qu'une étoile après qu'on a brûlé toutes
les ordures dont l'azoth est environné
en sortant de la minière.
Après que l'esprit igné du dragon
pétré ou de chaux vive a résolu en
liqueur le cristal mercuriel, Saturne
@
188 D I S C O U R S
qui est plus froid que la glace, coagule
cette liqueur, & coupe en même temps
les ailes de mercure; les yeux de l'écrevisse;
ainsi que l'argent philosophique,
tombe en dissolution, peu de
temps après, par le moyen d'une chaleur
bénigne.
L'argent philosophique est un alcali
qui a la vertu de dissoudre la pierre
dans la vessie & les callosités; c'est
en même-temps un souverain remède
pour guérir de la goutte, même remontée,
& beaucoup d'autres maladies.
Si la Médecine connaissait ce
remède, elle en retirerait un avantage
beaucoup plus grand que ne peut être
celui de tous les ors potables qu'elle
possède: parce que les Chimistes vulgaires
ignorent la véritable préparation
de l'or qu'ils veulent faire dissoudre.
Ils peuvent faire un or potable,
mais ils ne feront jamais un or potable
philosophique, dont ils puissent faire
avaler une goutte aux métaux imparfaits;
tandis qu'ils boivent avec avidité
celui que nous leur présentons,
ils s'en rassasient, se guérissent de
toutes leurs maladies, & acquièrent
une santé parfaite.
L'or potable philosophique se prépare
@
P H I L O S O P H I Q U E . 189
avec du mercure philosophique
dont on ne prend que l'esprit & la quintessence
la plus pure, qui sert aussi à
corporifier la teinture universelle.
La partie corporelle de l'or, est le
soufre fixe salin qu'on réduit en esprit
& en eau, qu'il faut joindre avec l'esprit
de soufre philosophique pour faire
une huile incombustible, qui guérit
toutes les maladies des métaux &
des animaux.
La métallurgie de Basile Valentin,
a pour objet les métaux qui existent
dans les minières. L'hospice des métaux,
en général, est dans leur humide
radical, qui renferme l'or philosophique,
l'aimant martial & son
soufre, qui pénètre l'or vulgaire & le
réduit en première matière.
Les trois règnes, animal, végétal
& minéral, chez les Philosophes, sont,
le sel, le soufre & le mercure. Ces
trois choses entrent dans la composition
de la médecine universelle: on
conjoint l'âme du soufre philosophique
avec l'or, par le moyen de l'esprit du
mercure.
Il existe un véritable soufre philosophique
dans tous les métaux, sans en
excepter un seul. Sans cela, il ne serait
@
190 D I S C O U R S
pas possible de les convertir en
or avec la médecine universelle. Basile
Valentin a donné une assez ample description
de tous les métaux dans les six
premières Clefs.
Quoique nous ayons déjà parlé, dans
le commencement de ce traité, de l'influence
des astres sur tous les métaux,
nous croyons que ce que nous en dirons
encore, d'après Basile Valentin,
ne déplaira pas à nos Lecteurs: cette
connaissance est absolument nécessaire
à celui qui veut entreprendre l'oeuvre
philosophique. Hermès & tous les autres
Philosophes, disent qu'il existe une
harmonie parfaite entre les choses qui
sont en haut & celles qui sont en bas;
& que quiconque n'aura pas une connaissance
parfaite de cette union, ne
parviendra jamais à l'accomplissement
du magistère.
Mercure n'est point mis au rang
des planètes chez les Philosophes,
quoiqu'il soit le principe de la médecine
universelle à cause du sel triple
qu'il contient. Son caducée, avec les
deux serpents ailés, représentent l'esprit
fixe & volatil qu'il renferme.
Le mercure vierge se marie avec la
Vierge, & s'incorpore avec les Gémeaux
@
P H I L O S O P H I Q U E . 191
dans le lait virginal; car tout
ce qui entre dans l'oeuvre philosophique,
doit être très pur. Voyez Philalèthe,
chap. 10, sur ce sujet. Il se
moque, avec raison, de ceux qui
vont chercher le mercure vierge dans
le golfe de Corinthe, tandis qu'ils
l'ont sous leurs pieds, & qu'ils n'ont
qu'à ouvrir la terre pour le prendre.
Il n'est pas moins ridicule de voir des
personnes chercher la terre vierge au
fond des étangs bourbeux.
Ne perdons donc jamais de vue cette
vérité, que le mercure philosophique
se forme dans les entrailles de la terre
vierge, où il se coagule ensuite par
l'odeur du plomb.
Les Gémeaux indiquent la nature
hermaphrodite du mercure, qui contient
l'esprit universel, sulfureux, volatil,
qui se coagule aussitôt qu'il est
conjoint avec l'esprit du sel fixe de la
terre. Si cet esprit de sel est pur, clair
& transparent, il en résulte un cristal
qui se durcit avec le temps.
Le mercure est la matière des pierres
aussi bien que des métaux; les uns &
les autres proviennent de la semence
du mercure qui a été coagulé par la
vapeur du plomb. Basile dit que cette
@
192 D I S C O U R S
coagulation doit être appelée emprisonnement.
Le froid qui se trouve dans les entrailles
de la terre, est aussi une des
causes de cette coagulation, selon Basile
Valentin; & selon Sendivogius,
il faut attribuer toute coagulation à la
chaleur interne de la terre. Accordons
ces deux grands hommes.
Toute eau se coagule par la chaleur
lorsque l'eau ne contient point d'esprit,
& lorsqu'elle a un esprit, elle se congèle
par le froid; car il est impossible
de congeler de l'eau qui est unie avec
un esprit par la chaleur; & celui qui
pourrait faire cette opération, serait
mille fois plus habile que celui qui
convertit les métaux imparfaits en or
pur.
Par la même raison, celui qui pourrait
congeler le mercure du plomb
des Philosophes avec le soufre igné de
Mars en régule, dans la fusion, par le
moyen du nitre & du tartre; celui-là,
dis-je, qui ferait cette découverte,
aurait fait tout ce qu'il faut faire pour
être possesseur de la médecine universelle,
dont le succès dépend d'une
conjonction contre nature. Voilà pourquoi
il y a un grand nombre de bons
Alchimistes,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 193
Alchimistes, d'ailleurs, qui ont travaillé
sur la véritable matière de la
pierre, pendant trente ans, infructueusement,
pour n'avoir pu réussir à faire
cette conjonction secrète, dont les
Philosophes n'ont jamais donné la
moindre idée. Consultez Hermès, Philalèthe
& Flamel, & vous verrez ce
qu'ils attribuent à la terre de Saturne.
Le premier jour de l'année commence
à la première nuit d'hiver. L'âge
de l'homme ne se compte que du jour
de sa naissance: de même, l'âge des
métaux ne se compte pas tandis que
le vif-argent court de côté & d'autre;
mais dès le moment de sa coagulation.
Basile Valentin, dans sa première
Clef, représente Saturne ou le plomb
des Philosophes, comme le père du
premier mercure, qu'il contient en soi,
& qui est déjà coagulé. Il est le premier
des métaux, & par conséquent
le principe de la pierre des Sages; c'est
lui qui occasionne la putréfaction, sans
laquelle le mercure ne s'ouvrirait pas,
& ne pourrait jamais recevoir l'esprit
de Mars. Saturne s'ouvre ce passage
avec la faux que l'Auteur de la Nature
lui a donnée. Il coupe, avec cet instrument,
toutes les impuretés des métaux,
Tome II. I
@
194 D I S C O U R S
en sépare tout le soufre combustible,
& procure ensuite la putréfaction
qui est annoncée par la couleur
noire.
La blancheur & la pureté qu'on attribue
à Jupiter, n'est autre chose que
l'humidité aqueuse de Saturne, qui dessèche
& détruit toutes les superfluités
qui se trouvent dans la matière de la
pierre.
Les Philosophes distinguent trois fermentations;
la première a lieu, lorsque
le mercure est animé par son soufre, la
seconde arrive lorsque le mercure animé
est nourri par son sel, qui est le
lion rouge & vert qui sont conjoints
par la fermentation philosophique, dont
parle Basile Valentin, pag. 275.
La troisième fermentation consiste
dans la résurrection du roi, ou revivification
de l'or, qui précède la multiplication
de la pierre, qu'on est obligé
de mettre en fermentation avec de l'or
ou de l'argent. Cette fermentation chimique
est attribuée à Jupiter, & elle est
entièrement aérienne. La première fixation
de Jupiter est indiquée par la première
blancheur qui paraît.
Nous avons déjà démontré, ci-devant,
que Mars ou le sel de fer est un
@
P H I L O S O P H I Q U E . 195
aimant auxiliaire qui attire les influences
célestes. Mars doit être considéré
comme un miroir ardent, ou
comme un rubis éclatant; sa hallebarde
& son épée représentent les esprits
ignés & volatils, qui sont les symboles
de la pénétration. C'est ce que
les anciens ont représenté par l'épée de
Cadmus, fils d'Agenor, Roi de Phénicie,
& par l'épée d'Achille.
Jupiter, le Lion d'orient, & l'oiseau
du midi, doivent entrer dans
notre mer salée, & s'y noyer.
Basile Valentin, pag. 34, dit qu'il
faut chercher le soufre des Philosophes
dans un soufre; mais qu'il n'est pas
possible de le trouver, se le corps de
ce soufre, qui est vulgaire, n'est absorbé
par le dragon pétré, qui est l'esprit
de sel de nitre & de sel ammoniac
philosophiques.
Ces deux sels philosophiques doivent
être calcinés dans un fourneau
de réverbère ou dans un four de verrier,
où ils acquièrent une vertu magnétique,
analogue aux influences astrales
dont ils doivent être imprégnés
pour entrer dans la composition de la
pierre.
Basile Valentin n'a pas écrit un mot
I ij
@
196 D I S C O U R S
par hasard; tout est réfléchi dans ses
ouvrages; la moindre expression renferme
des choses sublimes sous l'énigme.
Son miroir ardent est un moyen qu'il
présente pour découvrir ce qui est renfermé
dans sa cinquième Clef.
Le miroir céleste est l'image du
soufre qui développe son esprit par le
moyen d'une chaleur analogue à celle
qui est produite par la réflexion d'un
miroir ardent, qui renvoie tout ce
qu'il reçoit, comme par une amitié
réciproque
L'épée de Mars est aussi, à son tour,
un miroir ardent qui renvoie le soufre
céleste & igné, par la force de son
sel fixe. Mars remporte une victoire
complète sur l'esprit mercuriel igné,
dont il sépare tout le soufre impur,
qui deviendrait rebelle lorsque le soufre
du premier mercure double commencerait
à fermenter. Le soufre impur
provoque Mars au combat; mais il
est bientôt mis en prison & livré à
Vulcain, qui le tue avec l'épée de
Mars, dont la terre contient une graisse,
un sel, un baume & une huile incombustibles,
qui sont absolument nécessaires
à la composition du magistère.
La force de Mars est si grande, qu'il
@
P H I L O S O P H I Q U E . 197
remporte une victoire complète sur
le double mercure, par l'efficace de
ses esprits ou de sa quintessence, qui
a la vertu d'augmenter considérablement
les forces de celui qui en prend
le poids d'un grain dans de l'esprit de
vin ou de la bonne eau-de-vie.
Cette quintessence Martiale produit
promptement ses effets; elle ne se
borne pas à donner de la force; elle
donne des sentiments & un courage
de lion.
Mars domine dans la saison du printemps,
qui est la saison des fleurs;
mais nous ne devons pas faire attention
aux fleurs des végétaux. Les Philosophes
nous conseillent de nous occuper
des fleurs chimiques qui sortent
des cendres de la matière Saturnienne
après la calcination.
Ces fleurs chimiques sont le vrai
safran des métaux; la plupart des
Chimistes brûlent ce safran en faisant
un feu trop violent.
Basile Valentin a fait deux chapitres
sur l'âme & la teinture de Mars & de
Vénus; mais tous ceux qui ont voulu
opérer d'après la lecture & une profonde
méditation sur ces deux chapitres,
ont échoué, parce qu'ils sont
I iij
@
198 D I S C O U R S
faits pour des philosophes, & non pour
des Chimistes vulgaires qui n'y comprendront
jamais rien.
Les Philosophes attribuent la fixation
de la matière à l'esprit brillant de
Mars, pour le blanc seulement, quoique
cet esprit soit igné, rouge &
double.
La quatrième Clef enseigne la véritable
méthode de calciner l'argent qui
doit être dissous dans le mercure philosophique.
La Lune précède Vénus
dans son entrée. L'Auteur dit, que
l'or & l'argent sont les enfants de Mars
& de Vénus; c'est ce qu'on lit dans
son Livre sur l'enfantement admirable
des sept planètes, pag. 247, ou il dit,
qu'il faut conjoindre Mars avec Vénus,
ou le fer avec le cuivre, pour composer
un vitriol dont on retire un esprit
blanc; & que de ce même esprit blanc,
après une cuisson convenable, on retire
un esprit rouge qui est un vrai
soufre d'or philosophique. De pareils
exemples peuvent procurer de grandes
lumières; mais il faut savoir les mettre
à profit. On ne doit pas ignorer non
plus que la cinquième Clef est entièrement
consacrée à Vénus. Basile Valentin
a eu de bonnes raisons pour
@
P H I L O S O P H I Q U E . 199
placer la préparation de l'argent après
celle du mercure, père de tous les
métaux.
Il est essentiel à savoir que l'Auteur
fait entrer deux Vénus dans la composition
de la pierre. La première Vénus
est minérale, la seconde est métallique
& philosophique, qui n'est
autre chose que la quintessence ou le
soufre du cuivre rouge; mais il faut
être bien adroit pour faire l'extraction
de cette quintessence sans l'altérer.
Les embûches qu'Orphée tend au
Dauphin, expliquent la pensée de notre
Philosophe, quand il dit, que le sel
Martial & le sel de Saturne conjoints
avec Mercure & la Lune, élèvent Vénus
au suprême degré de splendeur.
Ce mélange ou conjonction se fait spirituellement
& avec la plus grande
harmonie.
L'argent est élevé, à son tour, au
suprême degré de pureté; il est si
éblouissant, qu'on ne le reconnaît plus
pour ce qu'il a été auparavant.
Le feu, qu'on considère comme un
grand secret, est contenu dans le sel
de Mars, que Cadmus appelle flamme
inextinguible.
L'harmonie provient de l'esprit de
I iv
@
200 D I S C O U R S
Vénus qui est brûlée par le feu de
Mars. L'un & l'autre sont enveloppés
dans le filet de fer par Vulcain, qui
les garrotte si bien, qu'il ne leur est
pas possible de se débarrasser; & Mars
convertit Vénus en Soleil éblouissant,
comme on le voit dans les Métamorphoses
d'Ovide. Celui qui comprendra
bien ceci, pourra facilement acquérir
les autres connaissances nécessaires au
magistère.
Les Philosophes indiquent deux fixations
de Vénus pour faire une teinture
rouge, & ils sont tous d'accord que
le cuivre contient une teinture plus
abondante que l'or même.
L'argent est le premier qui paraît
sur la terre philosophique, après la
résurrection des corps; les philosophes
l'appellent leur reine blanche, leur
Lune; ses cornes sont blanches, &
celles du Soleil sont rouges. C'est la
fille philosophique nouvellement née
& engendrée avec l'or & l'esprit de
Mars, préparé avec le vitriol, qu'il
faut réduire en corps. Basile Valentin
enseigne une méthode sûre pour faire
cette réduction. Le signe céleste de la
Lune ou de l'argent, est la Vierge,
qui convertit le mercure en argent pur;
@
P H I L O S O P H I Q U E . 201
mais il faut lui faire subir bien des opérations
pour le mettre en état d'entrer
dans la composition du magistère. Il
faut lui procurer une blancheur parfaite
par la calcination; mais cette
couleur n'est qu'externe; l'argent calciné
ou non, est toujours bleu intérieurement.
Cela provient de la conjonction
de l'eau lumineuse avec la
terre froide.
Si vous joignez de l'or calciné avec
de l'argent, préparé comme ci-dessus,
& que le Lion se jette impétueusement
dans le sein de la Vierge, faites une
digestion convenable, & vous verrez
que l'argent deviendra plus beau que
l'or même, en la nature duquel il sera
converti.
Cette admirable graduation se fait
par le moyen du vitriol ou de Vénus,
qui donne son manteau de pourpre à
l'argent, qui reçoit cet ornement par
l'adjonction du soufre de Mars, lorsqu'il
n'est pas encore fixe, mais pour
rendre stable cette graduation, il faut
nécessairement faire intervenir le soufre
de Saturne ou plomb des Sages.
Voilà la véritable méthode qu'on
doit suivre pour graduer l'argent.
Voilà en deux mots ce que les Sophistes
I v
@
202 D I S C O U R S
n'ont jamais pu dire dans leurs
volumes in-folio.
On peut voir, par ce que nous venons
de dire, que l'argent ne devient
véritablement blanc que par la calcination
de sa terre, qui doit être réduite
en cendre, pour qu'on puisse
avoir le moyen d'en extraire le sel
fixe. Le tartre des Philosophes ne se
trouve que dans la cendre: avec des
cendres & du sable on fait du verre,
& les pierres les plus dures se convertissent
en chaux vive, en les faisant
brûler. Toutes ces choses, bien
entendues, suffisent pour démontrer
la nécessité & la manière de calciner
le plomb des Sages avant de le faire
entrer dans la composition de la pierre.
Après l'avoir calciné, il faut le vitrifier
pour l'élever au suprême degré de
pureté, ensuite, il sera facile de le
convertir en huile qui a la vertu de
guérir toutes les maladies dont l'homme
peut être attaqué; elle a en même
temps le pouvoir d'élever tous les métaux
imparfaits au degré de l'or & de
l'argent.
L'or est placé au milieu des métaux
imparfaits, pour les rendre participants
de sa lumière, de la même manière
@
P H I L O S O P H I Q U E . 203
que le Soleil au milieu des planètes.
Basile Valentin dit, que l'or est
un roi environné de gloire, & qu'il
faut le marier avec la reine, qui est
la Lune ou l'argent. Au bout d'un certain
temps, cette reine accouchera
d'un prince royal, infiniment plus brillant
que ses père & mère.
Les Philosophes assignent au Soleil
dans le Zodiaque, l'ardente Ecrevisse,
& le Lion de feu ou de couleur d'or
éblouissant. Voilà les deux signes dédiés
au Soleil dans le Zodiaque.
Le roi ayant la couronne d'or sur la
tête, s'élève dans le ciel & remplit de
lumière tout l'espace qui l'environne.
Il triomphe de tous ses ennemis, &
foule aux pieds le monstre à trois
têtes, qui ressemblent à celle d'un
chien, d'un loup & d'un lion. Ces
têtes adhèrent à un seul corps, dont
la queue ressemble à un serpent.
La tête de chien représente le mercure,
celle du loup dénote le soufre,
& la tête de lion indique la force de
l'esprit salin.
La tête est le siège de l'esprit, &
l'on ne saurait lui en assigner un plus
convenable. Voyez la première Clef
de Basile Valentin, & son troisième
I vj
@
204 D I S C O U R S
Chapitre de la Génération occulte des
Planètes, où il dit que Jupiter est un
esprit igné & sulfureux; il explique sa
seconde Clef en parlant de Latone,
qui ayant couché avec Jupiter, devint
enceinte & accoucha de deux enfants,
qui furent Apollon & Diane; mais
elle fut bien tourmentée pendant tout
le temps de sa grossesse, par la Déesse
Junon, qui fut si jalouse de ce que Jupiter
avait couché avec Latone, qu'elle
envoya le serpent Python pour la dévorer.
Latone se sauva, & après avoir
parcouru toute la terre, arriva dans
l'île d'Ortygie, où elle accoucha d'Apollon
& de Diane.
Pour bien comprendre le sens de
l'Auteur, il faut savoir que cette île
était inondée, & qu'elle fut desséchée
par ordre de Jupiter.
En considérant les fatigues de Latone,
& l'île desséchée par ordre de
Jupiter, il est aisé de voir que tout
cela signifie la soif qu'endure le foetus
de la pierre des Sages, qui, comme
l'île d'Ortygie, a besoin des rayons
du Soleil pour dessécher l'humidité
dont il est couvert.
Voilà pourquoi il est nécessaire de
s'instruire, & d'apprendre à fond la
@
P H I L O S O P H I Q U E . 205
Philosophie hongroise, & ce que signifie
la faim qu'endure le Roi, &
l'intention de l'Auteur quand il parle
du plomb des Philosophes, du vitriol
de Hongrie, & de l'alun de roche qu'il
recommande d'employer préférablement
à tout autre minéral.
On ne doit pas ignorer non plus
pourquoi le monstre à trois têtes d'animaux
différents. Il est aisé de s'instruire
à fond de tout ce qui regarde le
chien, le loup & le lion, en consultant
les Métamorphoses d'Ovide,
les Fables Grecques, Phéniciennes &
Egyptiennes, qui sont d'excellents
Traités de Chimie.
Dieu a permis que personne n'ait
pu connaître les propriétés de l'antimoine
dont il est parlé dans le Char
triomphal. Voilà pourquoi le vulgaire
ignorant, qui ne veut pas se donner
la peine de réfléchir sur les effets que
peut produire une cause, a très souvent
préparé ce minéral plutôt à la
destruction du genre humain qu'à sa
conservation, parce qu'il ignore la
véritable manière de le préparer pour
en retirer une médecine salutaire &
un élixir incombustible.
Si l'on voulait se donner la peine
@
206 D I S C O U R S
d'examiner attentivement tous les phénomènes
que présente l'antimoine de
Hongrie, lorsqu'on le réduit en régule,
comme nous l'avons dit ci-
devant, on verrait que c'est le vrai
miroir philosophique dans lequel on
peut trouver l'explication de toutes
les fables des Anciens.
Si vous êtes un peu intelligent,
vous verrez paraître l'étoile sur le
régule dès la première préparation;
mais si vous faites un feu trop violent,
vous brûlerez tous les esprits, & dessécherez
l'humidité mercurielle.
Si vous n'apercevez pas l'étoile,
réduisez en poudre le régule, & faites-
le fondre avec autant pesant de nitre
& de tartre; répétez cette opération
jusqu'à ce que vous verrez paraître
l'étoile. Manipulez la matière jusqu'à
ce que les scories soient rouges; mais
ayez soin de vous garantir de la fumée,
car elle est venimeuse, & cause
l'étisie.
Votre régule sera préparé beaucoup
plus promptement & plus parfaitement,
si vous employez des cendres
gravelées, au lieu du nitre & du tartre.
L'antimoine de Hongrie ainsi préparé,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 207
contient un mercure précieux;
mais ce mercure est congelé; faites
disparaître l'étoile dans le temps convenable,
& vous aurez un mercure
qui ressemble extérieurement au mercure
des Philosophes, qui est composé
d'esprit de soufre & de sel conjoints
ensemble, c'est-à-dire, une réunion
du principe & de la fin, dont il est
plus facile d'obtenir de l'or potable,
que de l'or minéral.
Basile Valentin, dans son premier
Livre du Monde universel, enseigne
les moyens de faire cette conjonction
en bien peu de temps. Faites dissoudre,
dit-il, l'esprit du mercure cru avec
une chaleur douce, & le soufre sera
attiré comme avec un aimant; ce
soufre se trouve dans la terre, & le sel
se tire de l'esprit mercuriel, comme
avec son aimant naturel.
Le régule contient un acide fixe &
un acide volatil: ils sont renfermés
dans la matière & développés par le
feu externe & par le mouvement continuel
qui rassemble tous les êtres dans
un même corps pour les y faire mûrir.
Ce que nous venons de dire du régule
d'antimoine martial, doit suffire
aux personnes éclairées pour pouvoir
@
208 D I S C O U R S
en retirer un avantage réel; mais il
faut lire tout ce que nous en avons
dit, & ne pas se déterminer à faire
une opération après avoir lu un article.
Rassemblez donc tout ce que nous
avons dit du régule d'antimoine martial
dans le cours de ce petit Traité,
& vous serez en état de composer
un souverain remède pour guérir les
maladies du corps humain, & pour
purifier les métaux imparfaits.
Les Philosophes connaissent deux
dragons qui sont d'une nature différente:
l'un a des ailes & vole jusqu'au
sommet des plus hautes montagnes,
l'autre n'a point d'ailes & rampe sur
terre, dans les cavernes & dans les
minières.
Le dragon ailé est le mercure, &
celui qui n'a point d'ailes est le soufre
philosophique. Voilà l'Hercule que
les Interprètes ont appelé sel des
Philosophes, qui détruit toutes les
impuretés qu'il rencontre dans les métaux
imparfaits.
Tous les métaux & minéraux contiennent
un acide qui les empêche de
se délivrer des impuretés dont ils sont
environnés dans les minières; voilà
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P H I L O S O P H I Q U E . 209
pourquoi il est nécessaire d'employer
des alcalis pour porter une chaleur
naturelle dans des corps qui n'ont
d'autres maladies que celles qu'un
trop grand froid leur a occasionnées.
C'est pour cette même raison qu'on
ajoute du fer à l'antimoine dans la
confection du régule, dans lequel il
entre aussi du nitre & du tartre qu'on
fait détonner ensemble.
Le nitre se convertit en soufre, &
le tartre en alcali qui absorbe l'acide;
le fer empêche le mercure de s'envoler
& délivre en même temps le soufre
antimonial de son acide, & fait
précipiter le mercure au fond du vase,
où, comme quelques Chimistes le
prétendent, il attire le soufre salin
arsenical qui est de la même espèce que
le soufre antimonial. C'est ce qui a
fait dire à Basile Valentin, qu'un poison
en chasse un autre.
Plusieurs Philosophes avec Flamel,
prétendent que l'apparition de l'étoile
est occasionnée par l'adjonction d'une
grande quantité de sels différents; ils
fondent leur raisonnement sur ce que
la réunion d'un sel avec un soufre présente
une forme stricte; mais je pense
que cela provient de l'affluence de
@
210 D I S C O U R S
l'eau mercurielle ou du sel alcali volatil
interne conjoint avec la terre
pure & luisante qui occasionne une
congélation, & je crois que c'est à
cette congélation qu'on doit attribuer
l'apparition de l'étoile, préférablement
à toute autre chose. C'est du moins
ce qu'il semble que Basile Valentin a
voulu indiquer dans sa septième Clef.
La circulation du soufre des Philosophes
se fait intérieurement dans leur
matière: voilà pourquoi elle exhale
une odeur suave après la calcination.
Les Chimistes doivent dépouiller le
mercure philosophique de son soufre
impur, corrosif, dont la malignité &
la mauvaise odeur qu'il exhale continuellement,
absorbe l'odeur suave qui
se ferait sentir sans cet obstacle, &
il est impossible de procurer au mercure
philosophique une vertu pénétrative
sans cette préparation.
Je ne puis me dispenser d'ajouter
encore ici quelques opérations sur le
régule étoilé; je présenterai mes observations,
de manière qu'on pourra les
voir comme dans un miroir; & je
pense qu'un homme intelligent, & que
Dieu voudra favoriser, pourra facilement
découvrir la vérité qui est contenue
@
P H I L O S O P H I Q U E . 211
dans la doctrine que je présente.
Il faut savoir en premier lieu, que
le plomb des Sages est infesté & souillé
d'un soufre impur, dont il faut le délivrer
par la calcination dans le fourneau
de réverbère, ou dans un four
de verrier, où il doit être brûlé & réduit
en cendre. Si vous pouvez faire
mourir notre roi par le feu, vous le
verrez ressusciter avec un corps glorieux;
alors, il sera aussi pur que les
esprits célestes.
Les colombes que vous verrez paraître
après la putréfaction, sont engendrées
par l'esprit volatil, acide &
alcali; elles portent l'ambroisie à Jupiter,
& veillent continuellement pour
examiner tout ce qui se passe dans le
palais du roi.
Le crible des Philosophes se présente
dans la confection du régule; les scories
surnagent, & le mercure se précipite
au fond du creuset, pourvu
qu'on ait soin de frapper quelques
coups, sur les côtés du vase, avec
une baguette.
Il y a trois saisons au pôle, qui sont,
l'hiver, le printemps, & le commencement
de l'été.
L'ouvrage philosophique est à sa fin
@
212 D I S C O U R S
vers le dixième mois; pour lors;
notre roi commence à ouvrir les yeux
& à respirer. Voilà l'année philosophique.
Les quatre saisons de l'année philosophique,
sont ordinairement appelées,
heure, jour, mois, & année
solaire.
Le mois lunaire des Philosophes est
composé de quatre semaines par rapport
au cours de Vénus dans le ciel.
Les ténèbres durent environ quarante
jours, au bout desquelles on voit
paraître la lumière.
Toutes nos opérations doivent être
réglées; elles n'ont qu'un temps, &
il n'y a qu'un travail, dès que l'entrée
au palais du roi est fermée.
Le régule doit être composé en
pleine lune & dans la saison convenable.
Voilà la voie des anciens Philosophes,
par le moyen des esprits métalliques.
L'hercule des Philosophes est un sel
né d'un père acide & d'une mère alcaline.
Le Pluton des Philosophes est la
terre philosophique; leur Neptune est
le sel alcali fixe, & le mercure ou
le sel alcali volatil; leur Phoebus est
@
P H I L O S O P H I Q U E . 213
le soufre incombustible qui a résisté au
feu de fusion pendant la calcination
préparatoire.
Il paraît qu'Homère & Pytagore
sont les seuls qui aient reçu des Egyptiens
la connaissance de la pierre.
Jason, fils d'Esone & de Polymèle,
fut le héros de la Philosophie; les
victoires que ce Prince fut obligé de
remporter pour recouvrer son royaume,
ses voyages sur les montagnes de
la Liburnie, qu'on appelle aujourd'hui
Croatie; sa navigation sur la mer Adriatique,
ses amours avec Créuse, fille du
Roi de Corinthe: toutes ces aventures
ne représentent autre chose, que les
différentes opérations du magistère hermétique;
on peut voir l'histoire de
Jason dans les Métamorphoses d'Ovide,
où elle se trouve toute entière.
Les parties intérieures de notre
pierre sont très pures, mais il faut en
séparer les parties extérieures, qui
sont impures & hétérogènes.
La pierre des Sages est fille du feu;
La terre philosophique, qu'on appelle
Latone, contient de l'or & de l'argent
qui ne peuvent voir le jour que par le
feu.
L'odeur suave qu'exhale notre matière
@
214 D I S C O U R S
dans les opérations chimiques
est une preuve certaine qu'elle est
arrivée au suprême degré de pureté.
Notre Panacée est fille d'Esculape.
Les soufres de métaux contiennent un
acide ainsi que le chêne.
Les bouillons rafraîchissants de Jupiter,
sont la foudre & le triple esprit
volatil.
L'or n'aura jamais aucun pouvoir sur
les métaux inférieurs, qu'après avoir
perdu sa solidité.
L'or & I'argent doivent être rendus
volatils, pour pouvoir pénétrer
les métaux inférieurs.
L'or & l'argent sublimés, doivent
avoir une forme mercurielle.
La forme de la teinture philosophique,
dans le commencement de l'opération,
est semblable à celle du mercure
coulant, & lorsque l'opération
est finie, la matière doit être réduite en
poudre gommeuse.
Le vif-argent n'agit que sur soi-
même, & si l'on veut qu'il ait la vertu
d'agir sur les autres corps inférieurs, il
faut l'animer avec un agent interne.
Le vif-argent peut dissoudre les métaux
quand on l'a préparé à cet effet,
& il augmente dans la dissolution après
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P H I L O S O P H I Q U E . 215
laquelle on le fait passer par le chamois
avec les métaux.
Le mercure philosophique n'est
composé que d'un sel pur, métallique,
& d'un soufre mêlé d'embryons métalliques.
Les marcassites & l'antimoine sont
des corps remplis de sels métalliques;
on reconnaît cette vérité après qu'on
en a fait la dissolution.
L'agent igné est dans le fer; & le
sel résolutif est dans le plomb des Philosophes.
Le sel & le soufre des métaux se
trouvent dans le régule dont le mélange
fait le vrai mercure des Philosophes.
Il faut conserver soigneusement les
embryons métalliques qui se trouvent
dans le soufre des métaux.
La vertu médicale des métaux consiste
dans leur soufre, après qu'on l'a
purgé de ses parties arsenicales.
Le mercure philosophique contient
des parties aqueuses & terrestres dont
il faut le délivrer avant de conjoindre
avec notre or. Faites donc dissoudre
notre mercure dans son esprit, filtrez
la dissolution selon l'art, mettez-la
dans un matras bien lutté, faites distiller
avec un feu lent, & vous aurez
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216 D I S C O U R S
le véritable mercure philosophique
purgé de toutes ses parties hétérogènes;
& sans cette purgation, il est
impossible d'en retirer le moindre avantage,
parce que si l'on n'en sépare pas
ces ordures, il ne se conjoindra jamais
avec notre or. Sans cette conjonction,
il n'y aura jamais de putréfaction,
& sans putréfaction, il n'y aura
jamais de génération philosophique.
Lorsqu'on aperçoit que l'esprit s'élève
dans l'oeuf, & qu'il ne se fixe
pas avec la matière dans le temps où
il devrait se fixer, il faut diminuer
le feu pendant trois ou quatre jours,
tout au plus, vous verrez que l'esprit
redescendra sur la terre, & qu'il s'y
fixera; pour lors vous remettrez le
feu au même degré où il était auparavant,
& vous le laisserez ainsi jusqu'à
ce que la matière soit parvenue
au rouge parfait.
Raimond Lulle dit, que celui qui
ne fait pas convertir notre pierre en
huile, ne fait rien. Cette huile de
notre pierre réduit l'or en sa première
matière dans l'espace de trente jours,
au bain tiède.
Flamel dit, que quand la pierre est
parvenue au rouge, pour la première
fois,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 217
fois, il faut comprendre une once
qu'on incorpore avec huit onces de
mercure philosophique, dans lequel on
doit avoir fait dissoudre une once d'or
vulgaire, bien calciné; ce mélange
d'une once de médecine parfaite, avec
huit onces de mercure philosophique,
& une once d'or est ce que les Philosophes
appellent leur lait avec lequel
ils nourrissent l'enfant philosophique.
Le tout doit être bien broyé dans un
mortier de verre: on le met ensuite
dans un matras bien lutté, & on le
fait cuire jusqu'à ce qu'il soit parvenu
au rouge parfait.
Voilà la nourriture de l'enfant philosophique,
ou la matière préparée pour
multiplier la pierre à l'infini.
Les Philosophes n'ont jamais expliqué
ces opérations postérieures d'une
manière si claire, si intelligible; j'espère
que vous en profiterez, & que vous
me saurez bon gré d'avoir été moins
réservé que mes prédécesseurs. Je vous
ai découvert toutes les manipulations
les plus secrètes; je vous ai assez dépeint
la matière, pour que vous puissiez
la connaître facilement, & malgré
cela, je brûle d'envie de vous procurer
de plus grandes lumières; mais
Tome II. K
@
218 D I S C O U R S
il m'est défendu de passer certaines
bornes pour le présent.
Souvenez-vous qu'il faut un soufre
martial & antimonial, pour faire le
mercure des Philosophes, & que vous
ne parviendrez jamais à l'accomplissement
du magistère, qu'en faisant un
régule mêlé de deux substances, l'une
sulfureuse & l'autre arsenicale.
On rencontre de grands obstacles
dans la séparation du régule d'antimoine-martial;
mais il faut apprendre à
les vaincre par une méthode résolutive.
Il faut savoir convertir le régule en
mercure, qu'on précipite pour faire
l'or horizontal & le soufre des philosophes,
qu'il faut ensuite convertir
en poudre gommeuse & fixe, pour lui
procurer une vertu pénétrative.
Voilà le véritable & unique moyen
d'exalter la teinture, & de lui donner
la force d'entrer dans les corps métalliques.
On peut précipiter cette poudre
pour la résoudre en or vulgaire; mais
si l'on voulait faire cette opération,
le tiers de la poudre s'évaporerait &
serait entièrement perdu; c'est le
sentiment de Suichten & de Combache,
qui cite cet exemple dans son
@
P H I L O S O P H I Q U E . 219
second livre des Propriétés de l'antimoine,
où il dit qu'on peut convertir
en mercure l'or & l'argent tirés de
l'antimoine, par le moyen du vif-argent
d'antimoine, ce qu'on ne saurait
faire avec l'or & l'argent vulgaires,
parce que ces métaux prétendus parfaits,
tirés de l'antimoine, n'ont pas
toute la fixité qu'on veut bien leur
attribuer; c'est pourquoi il arrive
souvent, après beaucoup de travaux,
qu'on ne trouve que de l'or après avoir
cherché la poudre de projection, en
employant d'autres métaux.
La longueur & la brièveté de l'opération
dépendent de la préparation
du ferment; car si l'or est bien volatilisé,
il sera facile, en le mêlant
avec le mercure philosophique, de
faire une teinture parfaite en peu de
temps.
On convertit facilement le régule
en mercure, par le moyen des deux
Colombes de Diane, qui sont contenues
dans le premier sel qui détruit les
impuretés arsenicales, & fait paraître
le mercure qui a la vertu de dissoudre
tous les métaux, & de les convertir
en un mercure qui se coagule facilement
en digérant, pourvu qu'on en
K ij
@
220 D I S C O U R S
sépare le soufre arsenical; par ce
moyen, l'on peut faire de l'or philosophique;
& c'est ce qu'on appelle
abréviation en faveur des pauvres.
Nous avons déjà parlé plusieurs fois
des scories qui surnagent pendant la
confection du régule, & nous recommandons
encore d'en avoir grand
soin; faites-les bouillir dans de l'eau
de pluie, que vous filtrerez & ferez
évaporer pour en retirer un sel précieux;
après avoir ainsi lessivé ces
scories, vous le ferez calciner dans un
creuset, en y ajoutant quelques morceaux
de soufre commun; elles deviendront
rouges comme du cinabre;
vous en retirerez encore un sel beaucoup
plus précieux que le premier,
en les faisant bouillir avec du vinaigre
distillé, que vous filtrerez & ferez
évaporer.
Mêlez ces deux sels, & incorporez-
les avec du soufre d'or; faites cuire
le tout dans un creuset, & vous verrez
une chose qui vous surprendra
agréablement.
Le régule d'antimoine martial contient
une huile qui dissout les pierres
précieuses, comme les émeraudes,
les hématites, & autres semblables,
@
P H I L O S O P H I Q U E . 221
dont on retire une teinture qui a des
propriétés admirables; & l'on prétend
que cette huile est le véritable dissolvant
universel qui dissout tous les corps
sans ébullition. Beuher a donné une
ample description des propriétés de ce
dissolvant, dont on trouve la recette
dans les Ouvrages de plusieurs bons
Philosophes, qui n'ont pas dit tout ce
qu'ils savaient sur ce sujet; car il s'en
faut beaucoup que leur recette soit
entière.
Notre régule est composé de deux
métaux & de deux minéraux, qui sont
les seuls sujets du magistère. Basile Valentin
a employé les expressions obscures
de Sendivogius, pour indiquer
ces matières; mais il est aisé de voir
qu'il ne sort pas du règne métallique;
il indique en même temps aux enfants
de l'art, un sel philosophique, qui est
le plus convenable à la fermentation
des métaux, le plus conforme à leur
nature, & qui peut les dompter, les
dissoudre sans les altérer. Ce même sel
donne en même temps aux métaux une
vertu pénétrative, & fortifie leur
teinture métallique; mais toutes ces
opérations sont philosophiques; &
pour les faire, on ne doit rien employer
K iij
@
222 D I S C O U R S
qui ne soit de la même nature;
car tous ceux qui introduisent des matières
d'une nature contraire, ne réussiront
jamais à faire une multiplication
fructueuse.
Il n'existe que deux moyens sûrs
pour détruire les métaux & recueillir
leurs âmes internes, selon Géber. On
purifie, on tue, on ressuscite les métaux
avec les métaux, & on les spiritualise.
Lorsqu'ils sont dépouillés de
toutes leurs terrestréités, ils deviennent
or & argent vivants philosophiques,
pour vivifier les métaux imparfaits,
& renouveler & conserver le
corps humain.
Voilà une partie des effets merveilleux
qu'on peut opérer avec ce sel céleste
& spirituel, par le moyen duquel
d'une chose vile, corporelle & terrestre,
on fait un esprit pur qui, par
une vertu magnétique, attire l'esprit
de l'or & de l'argent pour le transmettre
dans les autres corps métalliques
inférieurs, pour les éclairer & les
transmuer.
Un corps métallique transmue &
éclaire son semblable, ou celui qui
participe de sa nature; la transmutation
se fait en or ou en argent, selon
@
P H I L O S O P H I Q U E . 223
la spécification de la pierre, pour le
blanc ou pour le rouge.
Van Helmont assure que l'acier contient
la véritable humidité mercurielle,
& exempte du corrosif, par le moyen
de laquelle, sur un feu ouvert, & dans
un creuset ouvert, on peut fixer les
soufres d'or & d'argent, en les séparant
de leurs corps pour les convertir
en mercure volatil, dont on fait une
teinture philosophique sèche, pour
transmuer tous les métaux imparfaits
en or & en argent.
Tous les bons Artistes connaissent
la qualité d'un métal par la couleur
qu'il fait paraître, lorsqu'il est dans
le feu, & ils savent régler leurs opérations
en conséquence.
Tout est engendré dans les entrailles
de la terre & ailleurs, par le moyen
d'une chaleur convenable. Les métaux,
les minéraux, les pierres précieuses,
proviennent d'un germe qui
est développé par le moyen d'une chaleur
proportionnée, & ils parviennent
au degré de maturité parfaite par la
même cause.
La terre se métamorphose aussi de
même, & se convertit en eau limpide,
& cette eau redevient terre,
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224 D I S C O U R S
laquelle, étant cuite par un feu plus
fort, se convertit en soufre métallique
plus ou moins pur, selon sa nature;
l'oeuf qui éclos, & dont il sort
un poulet par la chaleur de la poule
qui couve, nous présente un exemple
dont nous devons faire l'application
dans des circonstances convenables.
Le feu est la base & le fondement
de l'art. Faites un feu poreux, digestif
& continu; mais gardez-vous bien de
le faire violent; il doit être subtil,
environnant toute la matière; il doit
être renfermé, clair, aérien, pénétrant
& unique, afin qu'il puisse chauffer
sans brûler ni altérer. Examinez
bien ce que je viens de dire; tout le
feu du magistère est unanime.
Je vous ai indiqué toutes les voies
qui conduisent au temple de la Philosophie
hermétique: vous devez actuellement
connaître le plomb sacré
des Philosophes. Cette matière qui
contient les germes de l'or & de l'argent,
est le double azoth ou la magnésie
universelle qui reçoit sa nourriture
du Ciel & de la Terre; voilà
pourquoi les Philosophes disent qu'elle
renferme l'esprit de Dieu, qu'il faut
résoudre en liqueur saline, pour lui
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P H I L O S O P H I Q U E . 225
donner la vertu d'agir puissamment sur
tous les êtres.
Tout ce qui est nécessaire au magistère
se trouve renfermé dans cette
matière qui paraît sous la forme d'une
pierre, & qui n'est cependant pas une
pierre: elle a plutôt la forme d'un
corps métallique qui renferme une
substance spirituelle & céleste, qui a
des vertus incompréhensibles.
La santé parfaite, une longue vie
& les trésors inépuisables dont jouissent
ceux qui possèdent la pierre, ne
sont rien en comparaison des autres
grâces & faveurs que Dieu accorde
avec ce don précieux, qui est le comble
de sa miséricorde & de sa bonté
infinie.
Voilà ce qui a fait dire à Flamel qu'il
ne pouvait se rappeler l'heureux moment
où le Seigneur l'avait comblé de
tant de grâces & de bénédictions,
sans se jeter à genoux pour le remercier,
le louer & le bénir.
Je vous ai accompagné pendant le
cours des différentes saisons de l'année
philosophique, & nous sommes actuellement
arrivés vers la fin de l'automne,
c'est-à-dire, sur la fin de la
première opération de la pierre triangulaire,
@
226 D I S C O U R S
qui se trouve dans un âge
viril & près de sa maturité; à cette
époque, elle est près de sa fixation au
rouge parfait.
Elle n'a plus besoin d'autre chose
que des rayons du Soleil pour être
éclairée, enrichie, & pour acquérir
une santé robuste, en attendant du Ciel
la vertu qui lui est nécessaire pour vous
rendre heureux.
Fin du second Volume.
@
227
TABLE
| D E S T I T R E S | |
| |
|
| Contenus dans ce Volume. | |
| |
|
| P réparation de la Terre |
|
| des Philosophes, pour en retirer | |
| le sel, page | 1
|
| |
|
| Composition du Mercure philoso- |
|
| phique, selon Paracelse, | 97 |
| |
|
| Composition du Régule martial, | 98 |
| |
|
| |
|
| Fin de la Table du second Volume. |
|
@