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Page

Réfer. : 2002C .
Auteur : Stuart de Chevalier.
Titre : La Clef du Sanctuaire Philosophique. Tome 4.
S/titre : Et la véritable explication des douze Clefs...

Editeur : Santus, Libraire. Paris.
Date éd. : 178x .
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Note au lecteur.

Ce document est le 4ème tome d'une édition
parue à une date ultérieure à 1784, sous le titre
LA CLEF DU SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE,
et sous le nom d'auteur : Sabine Stuart de Chevalier,
auteur connu pour avoir fait paraître le : Discours
Philosophique sur les trois Principes Animal, Végétal
& Minéral en 1781, avec une réédition en 1784, au
nom de son mari Claude Chevalier.
Cette réédition en 4 tomes comprend les deux
tomes du : Discours Philosophique sur les trois
Principes, plus les 2 tomes de la réédition de
1784, dont celui-ci qui est le second.
Bien que l'auteur affiché sur la page de titre
du tome 4 soit : Sabine Stuart de Chevalier, en
fait c'est son mari : Claude Chevalier qui l'a rédigé,
comme on peut s'en assurer par ce qui est dit
à la page 64, où il cite sa femme, et donc se déclare
le rédacteur du document.

Le Traducteur.

@



L A C L E F
D U
SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE,
Et la véritable explication des douze
Clefs du célèbre & ingénieux Philosophe
BASILE VALENTIN.

Par SABINE STUART DE CHEVALIER,

pict
Prix des quatre volumes, avec figures, 8 liv. brochés.
pict

T O M E Q U A T R I È M E

pict

A P A R I S,

Chez SANTUS, Libraire, Quai des Augustins,
n°. 35.
pict

AVEC PRIVILEGE DU ROI.

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pict

D I S C O U R S

P H I L O S O P H I Q U E
SUR les trois Principes, Animal,
Végétal & Minéral.

pict

CHAPITRE PREMIER.

De la sublimation des végétaux.
T ous les végétaux peuvent se sublimer
à cause de ce pur qu'ils contiennent ;
car étant atténué & purifié,
ils peuvent être portés en haut
par la force du feu dans un vaisseau
convenable, & par l'aide du mercure
humide & volatil dont tous les végétaux
en ont une très grande quantité
dans l'humide gras, combustible &
inflammable, comme il est dit, on
Tome II. A

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2 D I S C O U R S

peut le prendre, c'est-à-dire, de la
terre, qui est le réservoir commun
des vivants.
De là vient que dans toutes les
pierres, minéraux & végétaux il y a
plus d'esprits des éléments, soit fixes
ou volatils, que dans les animaux
qui vivent d'autres esprits, & ils ne
prennent point immédiatement ce
nectar de vie de leur racine comme
tous les autres. Donc cet humide
radical volatil parfaitement purifié,
comme il est dit au Chapitre de la
distillation, est la cause principale de
la sublimation ; car ce qui est fixe
dans les végétaux & dans tous les
autres mixtes, ne peut pas être rendu
volatil qu'il ne passe dans une autre
substance : le volatil agit contre
le fixe, le convertit en sa même
substance.
En mêlant donc le volatil des végétaux
avec le fixe onctueux des mêmes,
& en donnant un feu léger &
continuel, des deux alors il ne se
fait qu'une seule chose, & sont inséparables ;
dans laquelle union, tout
ainsi que dans la séparation, paraissent
toutes les couleurs, ce qui provient
ordinairement de la crudité

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P H I L O S O P H I Q U E 3

que le mercure volatil & infixe introduit
dans le mercure fixe ; car
lorsque le mercure cru est mêlé
avec le mercure cuit, & qu'il est
cuit, indique la coction par les couleurs
qui dénotent la perfection ou
l'imperfection de la coction.
Cela est évident & palpable dans
la pierre parfaite ; car si on la mêle
avec le mercure cru & volatil, &
si elle est dissoute avec lui par sa
vertu, il est augmenté en quantité &
en qualité. La pierre cuite se réincrude,
& en la cuisant derechef les
couleurs paraissent ; de sorte que
toutes les fois qu'elle est submergée
dans son eau , autant de fois elle
meurt ; & étant ensuite cuite par un
feu léger & continuel, elle prend de
plus grandes forces, comme il sera
démontré dans le dernier Chapitre,
lorsque nous traiterons de la multiplication
& de tous les arcanes.
Après qu'ils sont unis ensemble tous
les deux, & qu'ils ne font plus qu'une
seule & même chose, moyennant un
feu léger & continuel, paraît la couleur
blanche ou la citrine ; & alors le
feu étant augmenté, notre sublimation
peut se faire en sûreté & sans
A ij

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4 D I S C O U R S

aucune erreur ; ensuite montent des
fumées très blanches , & elles ne se
résolvent point en eau, parce que
l'onctueux fixe par sa siccité a congelé
l'onctueux humide & aqueux.
De là vient qu'il n'y a point de
gouttes pluvieuses qui tombent, mais
des fleurs d'un sel cristallin, blanches
comme la neige, sont suspendues
tout autour du vaisseau, tout de
même que si on avait sublimé du
mercure vif mêlé avec du salpêtre &
du vitriol ; & leur ressemblance est
égale, à cause de laquelle ressemblance
plusieurs Philosophes ont caché
avec soin cette sublimation sous
la sublimation du mercure commun,
principalement Geber, au Livre 3,
Chap. 90, où il est dit : Tout le point
essentiel de toute l'oeuvre, est qu'il faut
prendre la pierre connue que vous trouverez
dans les Chapitres; ensuite il faut
apporter tous ses soins à continuer à la
sublimer pour la purifier & la dépouiller
de toutes ses impuretés & corruptions,
jusqu'à ce qu'elle devienne très pure
dans sa dernière perfection, & qu'elle
soit rendue très subtile ; par lesquelles
paroles Geber n'entend point la sublimation
du mercure commun, quoique

@

P H I L O S O P H I Q U E 5

dans les Chapitres précédents il l'ait
enseigné clairement ; car il a caché
tout l'art dans les endroits où il paraît
qu'il parle plus ouvertement,
comme au Livre 3, Chap. 91 : mais
il entend la sublimation de cette matière
dont nous parlons, qui renferme
toutes les autres, comme l'on peut
inférer des paroles de Geber citées
ci-dessus.
Car, quoique coaguler ne soit pas
proprement sublimer, attendu que
dans l'un le volatil se fait fixe & que
dans l'autre le fixe se fait volatil, ce
qui de soi-même engendre une contrariété
pourtant, parce que sublimer
signifie proprement amener la matière
à sa dernière perfection, & que
cette matière ne peut être perfectionnée
que dans la coagulation ; pour
cette raison, sublimer c'est coaguler,
& coaguler c'est sublimer.
Et attendu que dans la coagulation
sont cachées & comprises toutes les
autres opérations, il est très évident
qu'elle est la dernière opération, &
qu'en icelle se terminent toutes les autres :
ainsi la fin comprend toutes choses.
Nota. Sans la sublimation la coagulation
ne peut se faire ; car sans une
A iij

@

6 D I S C O U R S

due sublimation, on ne peut pas faire
une coagulation ferme : car si l'arcane
n'est point sublimé, il ne pourra
pas être d'une fusion très légère,
parce qu'il n'a pas eu une très grande
& proportionnée quantité de mercure
cru & aqueux, c'est-à-dire
humide ; car ce seul mercure est la
cause principale de la fusion : s'il ne
se fond pas d'abord, il ne pourra pas
pénétrer le centre du métal & perfectionner
les corps imparfaits.
La sublimation n'étant donc pas
bien faite, tout l'arcane périt, &
sans la sublimation les arcanes chimiques
ne peuvent pas se faire. La
saison du printemps nous représente
& nous met devant les yeux les rudiments
naturels de la sublimation ;
les fleurs des arbres & des plantes ne
témoignent autre chose que la partie
très subtile de l'épaisseur des éléments,
laquelle épaisseur étant finalement
cuite par une chaleur continuelle,
se perfectionne & donne des
fruits doux, & c'est là la sublimation.
Les fleurs sont donc les signes visibles
de la sublimation naturelle ; car
tout ainsi que tout arbre ne peut

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P H I L O S O P H I Q U E 7

point produire de fruit s'il ne fleurit
auparavant ; c'est-à-dire que la partie
très subtile des épaisseurs des éléments
qui est employée à leur nourriture,
ne se sublime en fleurs : ainsi de
même l'arcane des végétaux ne peut
pas être perfectionné ni celui des
animaux & des végétaux, que leur
mercure aqueux infixe & volatil ne
soit élevé en soufre de nature très
pur, qui est comme la fleur de toutes
choses ; car les minéraux ont leurs
fleurs, les animaux aussi & tous les
fruits.
Nota. La fleur est définie & appelée
la partie très subtile & éthérée
de quelque mixte que ce soit, poussée
de son centre à la superficie par
la chaleur céleste : ainsi la semence
de l'homme est appelée fleur de
l'homme. Cette espèce de duvet
friable de couleur d'or & d'une saveur
très douce, qui se trouve sur
les montagnes sulfureuses, est appelée
fleur de soufre ; & celui qui
naît dans plusieurs endroits creux &
dans les cavernes des montagnes,
qui est de couleur blanche & de saveur
de sel, est appelé fleur de salpêtre,
laquelle plusieurs appellent
A iv

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8 D I S C O U R S

barbe blanche de Saturne, & lui
donnent d'autres noms qui ne conviennent
pas à cette fleur, mais à une
autre qui lui ressemble, qui est notre
fleur, l'aigle d'Hermès ; & le soufre
de nature qui par la sublimation est
tiré du corps fixe par le mélange du
volatil & infixe. Finalement tous les
métaux ont leurs fleurs ; celle de
l'or & de l'argent est appelée azur,
celle de Jupiter & de Saturne est
appelée céruse, celle de Vénus vitriol,
& celle du fer safran de Mars ;
& ce sont les noms que les Chimistes
donnent à ces fleurs
Enfin tous les genres de mixtes ont
leurs fleurs, elles sont comme des
indices infaillibles de leur vertu pour
germer & produire, de sorte que
par un certain instinct il se fait une
sublimation perpétuelle dans toutes
choses, afin que les fleurs sortent du
centre à la superficie de la partie la
plus subtile de l'épaisseur des éléments,
laquelle conserve la semence
de toutes choses dans son centre
invisible, laquelle prend la forme
d'un grain.
Il en est de même de l'art spagyrique,
il ne peut point perfectionner

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P H I L O S O P H I Q U E 9

les arcanes sans la sublimation, donc
pour accomplir l'arcane des végétaux,
après que leur mercure fixe & permanent
aura été purifié par des lotions
réitérées, par des filtrations &
évaporations fréquentes, & aura été
séparé de toute terrestréité leur
mercure volatil & infixe & purgé de
tous les excréments aqueux par plusieurs
distillations, vous les joindrez
ensemble jusqu'à ce que les deux ne
fassent plus qu'un seul & même corps,
c'est-à-dire, un mercure seul infixe
& volatil qui sort dans la distillation
sans son compagnon, demeurant ledit
compagnon fixe & permanent au fond
du vaisseau, sur lequel il faut le verser
derechef, jusqu'à ce qu'il monte pur
avec son compagnon, lequel ensuite
il faut sublimer jusqu'à ce qu'il ait
acquis la dernière pureté & qu'il soit
très brillant.
Alors vous verrez comme des espèces
de feuilles de talc ou des écailles
argentées, attachées autour du
vaisseau sublimatoire, qu'il faut ramasser
avec soin & les garder à part
dans un verre net bien bouché.
A v

@

10 D I S C O U R S

pict

C H A P I T R E II.

De la sublimation des animaux.
L a perfection de tous les arcanes
consiste dans la sublimation : la sublimation
naturelle de l'homme est la
semence qui est appelé le sublimé de
nature, & la semence est la partie la
plus subtile de toutes les parties des
animaux qui contribuent à la nourriture.
La matière fixe onctueuse, volatilisée
par la volatile & infixe, par
le nom de semence, j'entends qu'elle
doit être sublimée, laquelle substance
peut être tirée de la substance alimentaire
des animaux par le moyen
de l'art chimique, & en la même
manière & pratique qu'on la tire des
végétaux.
Les Philosophes préparent seulement
les humeurs alimentaires des
animaux, les fixent & les coagulent
afin qu'elles donnent un aliment plus
ferme & plus fixe, qu'elles ne donneraient

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P H I L O S O P H I Q U E 11

si elles n'étaient pas préparées,
& telles que la nature les produit ;
& l'arcane animal spagyrique
n'est autre chose qu'un aliment parfait,
fixe & permanent, de sorte qu'il
ne puisse pas être consumé facilement
& s'évanouir, comme font les aliments
communs, qui s'évanouissent
d'abord, ce qui ne pourrait pas se
faire si les aliments étaient plus fixes,
& si leur humide était fixe.
Les arcanes chimiques contiennent
cet humide aqueux & aérien changé
en terre, parce qu'ils ont cette première
substance terrestre de l'humide
radical convertie en substance aqueuse
& aérienne, & celle-là derechef convertie
en substance terrestre à l'aide
de la substance terrestre, & celle-ci
en substance tout à fait fixe, à raison
de quoi, en tant qu'elle est fixe &
pure, fomente & entretient parfaitement
la chaleur naturelle nécessaire,
& la restaure & la conforte à cause
de la ressemblance de la substance ; car
dans cette chaleur naturelle, tous les
éléments sont renfermés purement
coagulés & fixes & principalement le
feu & l'air.
De là vient que notre vie n'est
A vj

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12 D I S C O U R S

autre chose que la quintessence de
tous les éléments enracinée, fixe &
permanente dans le corps élémentaire
joint à l'âme, laquelle pourtant
n'est pas si fixe qu'elle ne puisse s'éteindre
si elle n'est entretenue & restaurée
d'une autre quintessence ou
substance des éléments tout à fait semblable
& sans discontinuation.
Mais la quinte substance des éléments
de notre arcane est plus pure,
de beaucoup plus fixe & stable de
quelle autre quintessence que ce soit,
laquelle est retenue dans les aliments,
delà vient qu'elle est plus propre à
entretenir & à restaurer la vie que
que toute autre.
De là il paraît évidemment combien
est nécessaire la sublimation pour parfaire
& accomplir les arcanes ; car
le fixe ensemble avec le pur ne peuvent
pas être un aliment animal ;
qu'ils ne soient sublimés, autrement
ils auront leurs impuretés élémentaires
qui empêchent les éléments de
se convertir en aliment, & l'union
du feu avec l'air, qui sont les principaux
soutiens de la vie, ils ne peuvent
pas être faits terre, de là vient
qu'ils ne pourront pas se fixer, &

@

P H I L O S O P H I Q U E 13

n'étant point fixés, ils donneront
une nourriture très faible pour soutenir
la vie & n'auront pas plus de
vertu & de force que les nourritures
ordinaires.
De cette manière on ne pourrait
point distinguer l'arcane animal des
aliments ordinaires & communs, qui
sont corruptibles & passagers, toutes
lesquelles conditions & qualités ne
se trouvent point dans l'arcane animal,
& bien loin de là sa substance
est incorruptible, stable, ferme, constante,
& permanente, tout ainsi que
l'or très pur qui ne peut pas être
vaincu par le feu le plus violent,
ainsi l'homme se servant de notre
arcane pour aliment préparé selon mes
principes & philosophiquement ce que je
passe ici sous silence, alors celui qui
en fera usage ne sera point offensé
d'aucun accident, il ne vieillira point,
ne sera point fatigué, aura toujours
l'esprit sain, le corps ferme & robuste
& vivra tranquille jusqu'au terme que
Dieu lui a prescrit, jouissant d'une
santé parfaite.
Ceux qui possèdent des remèdes si
merveilleux en font un bon usage
pour ceux qui on ont besoin, mais

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14 D I S C O U R S

ils évitent avec un grand soin la société
des riches de ce monde, parce
qu'ils n'ont pas besoin d'eux & que
d'ailleurs ils sont incapables de se
faire un véritable ami de celui qui
les a à son pouvoir, & même il
semble que la Providence ne le permet
pas, parce qu'un mauvais riche
pour l'ordinaire est un ingrat, il est
avare quand il faut pratiquer le bien
& ne récompense pas, comme il le
doit, les services qu'on lui a rendu.
Toujours occupé de ses plaisirs
de ses richesses il les distribue avec
orgueil & profusion à la frivolité
pour se faire un nom qui ne signifie
rien ; s'il devient malade c'est une
autre chose, comme il n'a pas recherché,
lorsqu'il se portait bien,
l'amitié de celui qui pouvait le sortir
d'un état dangereux, & lui faire
prendre le nectar de la vie, il termine
enfin sa carrière en laissant souvent
à des ingrats, qui ne le regrettent
pas, des trésors dont il n'a pas
voulu faire un bon usage pour lui-
même.
Mais à l'égard de notre sublimation
elle se fait premièrement afin que
l'esprit animal dans l'arcane animal,

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P H I L O S O P H I Q U E 15

c'est-à-dire la partie la plus subtile
volatile de l'aliment animal soit faite
corps, c'est-à-dire, une substance de
l'aliment fixe & permanente.
Secondement afin que la partie fixe
de l'aliment, qui est la substance de
l'épaisseur onctueuse des éléments soit
faite volatile & infixe. Troisièmement
afin que ces deux substances réduites
en un seul corps soient purgées &
purifiées de toute impureté originaire
en les élevant par la sublimation ;
alors ce corps très pur fera des merveilles
tout ainsi que l'âme raisonnable
lorsqu'elle sera délivrée des liens
du corps, elle aura une puissance
inouïe & admirable d'agir, car elle
tournerait & ôterait de son centre
le globe du monde que Dieu tient
dans ses mains, elle parcourt dans
un instant, selon la permission de Dieu
& sa volonté, l'espace infini du Ciel,
& pénètre avec une forme invisible
tout ce qui est solide, la terre, les
cieux & les éléments.
Nota. La manie cause des effets
prodigieux, & les somnambules,
c'est-à-dire, ceux qui se promènent
pendant la nuit en dormant, ont des
esprits très forts, il est donc évident

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16 D I S C O U R S

que l'âme lorsqu'elle a des humeurs
subtiles & spiritueuses, elle fait des
choses surprenantes, c'est pourquoi
les Philosophes se sont imaginés de
composer un remède propre à cet
effet que je connais.

pict

C H A P I T R E III.

De la sublimation des minéraux.
L 'ARCANE des minéraux a besoin
d'une sublimation plus subtile que
celle de tous les autres esprits des
arcanes, étant plus rempli d'excréments,
de fèces & de tartre ; car
la terre quoiqu'elle soit la source de
la chaleur du ciel & de la chaleur
vitale dans le centre de laquelle les
épaisseurs des éléments s'amalgament,
& s'unissent avec le subtil du ciel,
qui par le moyen des rayons des
planètes & des étoiles est infusée
dans la terre, pour la génération de
toutes choses.
Cependant cette chaleur est moindre
dans la terre que dans les végétaux

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P H I L O S O P H I Q U E 17

& les animaux , à cause de la
grande quantité des excréments qui
éteignent cette chaleur, tout ainsi
que fait la terre & le sable jetés
sur des charbons allumés ; c'est pourquoi
tous les minéraux qui tirent leur
origine immédiatement de la terre,
sont plus froids que tous les autres,
qui sont engendrés & formés immédiatement
par la chaleur vitale de
la terre qui est l'architecte de toutes
choses, duquel ils devraient acquérir
une qualité plus chaude, étant
créés dans son sein.
Cette chaleur pourtant en montant
en haut, laisse dans la terre,
tout ce qu'il y a de grossier & bourbeux,
de quoi sont crées les métaux ;
& le subtil se trouve à la superficie
de la terre & de l'eau, dont les animaux
& les végétaux font créés.
Le subtil a plus de cette chaleur
que le grossier & l'épais, qui par
une très petite chaleur, qu'il retient
à demi-morte & suffoquée, est conservée,
en sorte qu'aucun autre,
excepté les Philosophes, ne croirait
pas qu'il y aurait un reste de vie
cachée dans les minéraux, qui pourtant

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18 D I S C O U R S

retiennent assurément cette chaleur
vitale dans toute sa vigueur.
Car cette chaleur de vie est la
seule dont la lumière pénètre les
lieux les plus reculés de la terre, &
dont la splendeur dirige la course
dans les bois dédiés à Proserpine, où
l'arbre des richesses couvre la terre
de son ombre, mais l'antre est couvert
d'un chêne touffu dont les feuilles
sont d'or, lequel chêne parmi les
Philosophes ne signifie autre chose
que les excréments & les fèces, dont
abondent tous les minéraux, ce que
le très savant Virgile a exprimé dans
ces termes : Latet arbore opaca... est
caché par un arbre ténébreux &
touffu...
Il faut dissiper ces ténèbres avec
les rayons de notre sublimation, &
lorsqu'elles seront dissipées le fruit
d'or paraîtra resplendissant sur le
chêne ténébreux ; mais il faut essuyer
un grand travail avant que d'avoir
cet honneur-là, car notre sublimation
n'est point un petit ouvrage &
demande beaucoup de soin, d'art &
de peine.
Il y a beaucoup d'opérations à
faire, qui sont très difficiles dont

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P H I L O S O P H I Q U E 19

nous avons parlé dans quelques chapitres
précédents, nous avons dit
beaucoup de choses, & il serait très
difficile de pouvoir tout dire, également
de l'écrire.
Il y a beaucoup de choses essentielles
qui ne peuvent pas être manifestées,
excepté à un véritable ami aussi
rare que le phénix. Il y a des opérations
qui ne peuvent être enseignées
que par l'expérience, il faut les voir
de ses yeux, c'est une manière de
parler ; de sorte que ceux qui s'imaginent
que par la seule lecture &
méditation des livres ils parviendront
à la possession de cet art & l'obtiendront
sans le secours d'un ami, ceux-
là, dis-je, sont dans l'erreur.
Il faut observer que les arcanes
des minéraux se sont du suc de la
racine centrale des minéraux, exprimez
ce suc de la racine centrale,
purifiez-le, & avec icelui, arrosez
la terre pure de ce même minéral
d'où vous avez tiré le suc en peu
de temps, il sortira de cette terre un
arbre très riche ayant les feuilles
d'or.
Nota. La sublimation est la dernière

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20 D I S C O U R S

& absolue atténuation du mercure
fixe, les excréments sont appelés mort.
Cette sublimation explique toute l'énigme
d'Aristée dans la tourbe qui
dit que les enfants de l'art sachent qu'il
se trouve dans le mercure tout ce que les
sages cherchent : on ne doit pourtant
pas entendre cela du mercure commun,
mais de celui qui est pur, sec,
brillant & sublimé de la racine minérale.
Nota. Le mercure infixe & le mercure
fixe composent toute la nature
minérale.
Les Philosophes se sont imaginés
de rallumer ce petit feu renfermé dans
les métaux qui était presque éteint
par les excréments terrestres, aériens,
aqueux & congelé par l'épaisseur
grossière de la matière & atténuant
la matière qui le renferme, & en y
ajoutant un feu plus grand, plus abondant
ou semblable, finalement ils ont
séparé ce petit feu de sa nature pure,
& l'ont eu pur, lequel ensuite ils ont
fixé comme de l'or très pur, & de
cette manière on a trouvé la pierre des
Philosophes qui a tant de vertu, que par
ce divin remède la dissolution fatale du

@

P H I L O S O P H I Q U E 21

corps humain est retardée si longtemps,
qu'il semble que ce soit une conservation
de l'homme quasi perpétuelle.
Nota. Toutes choses périssent parce que
notre feu s'évanouit, attendu qu'il est
volatil, soit qu'il soit pris de l'air ou des
aliments : s'il était permanent, la vie serait
plus longue. Mais la pierre des Philosophes
étant toute de feu fixe & permanent,
il fait pour ainsi dire en nous une
nouvelle régénération, en nous restaurant
ce feu divin qui nous fait vivre, ainsi
que Médée fit à Jason, avec cette douce
harmonie de tous les éléments, Orphée
ramenait Eurydice des enfers.
C'est pourquoi, chers enfants de
l'Art qui avez l'intention de pratiquer
le bien, mettez toute votre confiance
en Dieu, priez-le de vous éclairer,
ranimez votre courage, étudiez jusqu'à
ce que vous soyez en état d'extraire
du centre de notre précieux
minéral, cette merveilleuse & pure
substance composée de l'épaisseur des
quatre éléments, & de la sublimer en
soufre de nature très pur, duquel dépend
tout l'art, & avec lequel on
peut facilement faire l'or & l'argent.
Lorsqu'on a ce soufre de nature des

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22 D I S C O U R S

Philosophes, on est fort heureux ;
parce qu'ensuite l'ouvrage est très
peu de chose & le travail peu considérable
pour faire les arcanes des
animaux, des végétaux & des minéraux
selon leurs procédés.

pict

C H A P I T R E IV.

De l'union & de la fixation en général.

L 'UNION & la fixation ont une
correspondance ensemble ; l'union
précède la fixation, mais toutes les
deux par un même temps, si l'on veut
par un seul & même vaisseau, par un
seul athanor & même feu on peut
faire toutes ces opérations ; c'est pourquoi
l'union, pour une plus grande
intelligence, & pour m'expliquer autant
qu'il m'est possible sans dévoiler un si beau
mystère qui ne doit pas être rendu public.
L'union, dis-je, est définie conjonction
de l'humide radical pur & brillant
avec l'humide radical fixe & aussi
pur & resplendissant où est l'union,
une âme pure nouvelle & réitérée,
mêlée avec son corps pur.

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P H I L O S O P H I Q U E 23

Elle est aussi appelée réunion des
choses dispersées dans l'échelle des
Philosophes, sur laquelle il n'est pas
permis à tous de monter, parce que
le mercure volatil & fixe qui étaient
joints ensemble crus, point cuits &
impurs dans le corps minéral, sont
derechef conjoints ensemble, après
qu'ils ont été séparés, pour leur faire
déposer leurs excréments ; c'est pour
cela qu'on les appelle dispersés.
Etant donc purifiées, il faut les conjoindre,
ce qui est appelé conjonction
& union, ou réunion des choses
dispersées.
Nota. Par les âmes, certains Philosophes
entendaient les humides radicaux,
dans l'union desquels consiste
la métempsycose naturelle, par
le moyen de laquelle on peut transmuer
quelque animal en un autre,
c'est-à-dire, le dépouiller entièrement
des vertus naturelles de son humide
radical, & lui faire prendre les vertus
d'un autre animal.
Par les différents procédés & les
opérations qu'on doit faire, il en résultera
une liqueur par le moyen de
laquelle on donnera la douceur d'un

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24 D I S C O U R S

agneau à un tigre, à un lion, à un
loup & aux animaux les plus cruels,
& par la raison du contraire, on donnera
à ce même agneau, à un chien,
à une tourterelle & à tous les animaux
les plus doux, la fureur des
animaux les plus cruels. Un Médecin
doit être instruit de ces choses, & il apprendra
à guérir beaucoup de maladies
dont on ne connaît pas la cause ni les
remèdes.
Une de ces liqueurs étant mise dans
l'étable où sont les brebis ou autres
animaux, ils seront épouvantés jusqu'à
ce qu'on l'aie ôtée.
Si l'on met une autre liqueur bienfaisante
dans cette étable où sont les
moutons, brebis, vaches ou chevaux,
non seulement ladite liqueur leur
plaira infiniment & les rendra heureux,
mais aussi elle les défendra de
tous maux & maladies par la seule
odeur bienfaisante ; également aux
hommes, qui se répandra par l'air,
l'embaumera & chassera tout de suite
la peste & le scorbut de la maison qui
serait attaquée de ce fléau. Il y a partout
les pays un grand nombre de ces
maisons qui sont des sépulcres ouverts
à

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P H I L O S O P H I Q U E 25

et ceux qui ont le malheur d'y entrer,
& les gens de mer dans leurs vaisseaux
éprouvent souvent le même sort.
Mais à l'égard de ma métempsycose
chimique, je ne veux pas laisser ignorer
qu'elle s'étend aussi sur tous les
végétaux, elle en corrige toutes les
mauvaises qualités & leur en donne
de bonnes, ce qui est très utile à la
médecine. Elle rend le vin & les fruits
délicieux, ainsi que le tabac, le thé
& le café, qui sont des objets de commerce
de la plus grande importance
par le produit.
A l'égard des fleurs, on peut faire
les choses les plus agréables & en
même temps utiles. On donnera, si l'on
veut, toutes les propriétés & les
odeurs d'une rose, d'un oeillet, d'une
tubéreuse, &c... à un chou, à un
porreau, à des raves, salades, &c....
& on donnera toutes les vertus & les
odeurs de ces légumes aux fleurs ci-
dessus, & à telle autre qu'on voudra.
Nota. Le délateur des facultés célestes
est le mercure du monde... ..
Le lien de la vertu céleste est tellement
perfectionné dans l'union du
sperme, c'est-à-dire, des esprits fixes
& infixes de la semence élémentaire,
Tome II. B

@

26 D I S C O U R S

que le ciel dans cette union est fait
terre & élément, & il suit leur nature
& leur propriété ; quoi qu'aussi
la terre, & l'élément est forcé de suivre
& d'imiter les vertus & les propriétés
du ciel ; car de cette manière
se mêlent & se lient ensemble tous les
êtres de l'univers.
L'abondance des excréments est seulement
l'abréviation de la vie humaine,
& finalement elle en est l'extinction :
de là paraît la puissance & l'excellence
de l'arcane, lorsqu'on en a séparé avec
soin tous les excréments.
Je n'ai donné, comme on le voit dans
ce chapitre qui est en partie une clef de
tout cet ouvrage, & sur lequel je peux
dire beaucoup de choses essentielles, ni
aucune opération, ni aucun procédé sur
les objets utiles & curieux qu'il renferme
qui sont de la plus grande importance ;
il ne m'est pas permis de les révéler inutilement,
à moins qu'un homme curieux,
riche, & surtout très généreux, ne me
fasse changer de résolution, parce qu'il
n'est pas juste de donner inutilement &
sans fruit son bien & sa moisson. Celui
qui a semé du grain dans son champ,
doit recueillir pour payer sa taille.

@

P H I L O S O P H I Q U E 27

pict

C H A P I T R E V.

De l'union des végétaux.
D A N s les chapitres précédents,
nous avons parlé assez clairement de
l'union des végétaux, sans cependant
découvrir les plus grands mystères,
on peut les découvrir en étudiant les
principes que je donne, & qui sont
très bons. J'ai dit que les arcanes spagyriques
ont plus de vertu que tous
les autres mixtes, & cela est très
vrai.
La Zone Torride est fertile, parce
que l'ardeur du soleil sublime les vapeurs ;
de là vient que les pluies &
la rosée sont plus abondantes, par le
mélange desquelles l'esprit du monde
se fait eau avec elles, & tombe sur la
terre, & lui seul cause cette grande
fertilité & abondance à la terre,
&c...
De cette conversion naturelle de
l'esprit du monde en eau & rosée, les
enfants de l'art ont appris par la raison,
B ij

@

28 D I S C O U R S

que l'on devait convertir cet esprit
du monde en eau physique pour faire
les opérations chimiques dans leurs
vaisseaux chimiques, de la même manière
en laquelle tous les jours, dans
le macrocosme & dans la voûte du
ciel, cet esprit se change en rosée,
en gelée blanche, en pluie & en
grêle.
Nota. L'esprit du monde est un pur
esprit & une certaine vapeur invisible,
qui n'est perceptible qu'à la seule
odeur, parce qu'elle a une odeur forte
de soufre ou d'esprit de vin : cet esprit
se change en toutes choses, tantôt en
eau, tantôt en terre ; ce qui a fait
dire aux Philosophes que leur pierre
philosophale se trouvait partout,
parce que son esprit ou âme, sans
lesquels elle ne peut se faire, voltigent
partout.
La perpétuité & la durée de notre
vie consistent dans le pur. Servons-
nous donc des arcanes purs pour prolonger
la vie. On les trouve dans les
trois règnes.
La mort universelle, la fin & le
dernier période de toutes les générations
de ce monde s'ensuivra : de là

@

P H I L O S O P H I Q U E 29

vient que la vie devient tous les jours
plus courte, à cause du grand amas
& accumulation des excréments.
Le fumier, la fiente des animaux
& les excréments des hommes augmentent
la fertilité de la terre &c.

pict

C H A P I T R E VI.

De l'union des animaux.
L A vie des animaux consiste dans
l'union, la mort dans la dissolution
désunion : mais la vie est la demeure
continuelle de la chaleur céleste dans
le sujet rassemblé de l'épaisseur des
éléments, de l'union desquels résulte
l'âme sensitive, végétative ou raisonnable....
La chaleur céleste était le Dieu de
Zénon. ...
La nécessité de la mort provient de
la faiblesse & décadence de nos principes
fixes & volatils....
L'humide radical fixe & pur de
l'homme doit être conjoint avec l'autre
volatil aussi pur, afin que les deux
étant mêlés ensemble ne fassent qu'un
B iij

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30 D I S C O U R S

seul, & qui soient à jamais inséparables,
fixes & permanents.
Le flegme du vin affaiblit sa vertu
avec sa seule substance éthérée. Ce
qui fait l'eau-de-vie est le vin seul. Il
est donc évident que les excréments
de l'eau & de la terre empêchent les
vertus des mixtes ; c'est pourquoi les
Philosophes se sont imaginés d'en faire
la séparation, afin que cette substance
vertueuse étant libre, pût mettre sa
puissance en acte.
L'humide radical n'est autre chose
qu'une certaine matière onctueuse provenant
des semences des éléments, &
rassemblée par les esprits élémentaires
& célestes qui s'y mêlent.
Donc la vie longue dépend de l'abondance
des esprits : les mixtes suivent
les propriétés du ciel, la seule
liberté que Dieu a donné à l'homme
le dispense de la nécessité d'agir ; car
autrement il serait forcé de suivre les
actions de son propre tempérament,
ce que provenant de son humide radical,
lequel n'étant autre chose que
les vertus des planètes, lesquelles en
sa naissance & au commencement de
sa production, ont formé ce même
humide radical.

@

P H I L O S O P H I Q U E 31

Il s'ensuit nécessairement que l'homme
& tous les êtres vivants sont sujets
aux vertus du ciel. Le semblable
a ingrès dans le semblable très puissant,
parce que l'humide radical de
toutes choses est fait & formé des influences
célestes & des pures épaisseurs
des éléments.
Qui peut nier que l'homme & toutes
les choses sublunaires ne soient
sujettes aux vertus célestes. Mais si
quelquefois les hommes prudents s'échappent
de ces vertus astrales, elles
sont pourtant dans eux-mêmes imprimées
dans leur humide radical, il faut
rapporter cela à la puissance libre &
sur-céleste d'agir qui a été donnée à
l'homme d'une manière surnaturelle,
comme étant doué d'une âme raisonnable,
laquelle ne dépendant point
de son origine de l'épaisseur des éléments,
ni des esprits célestes, il a
aussi quelques propriétés de lui-même,
& des facultés d'agir qui sont indépendantes
de ces substances, desquelles
il se sert comme des instruments.
Quel sera l'arcane animal, pris du
sang ou de la chair de l'homme, s'il
est privé de sa propre forme, c'est-à-
dire, de l'âme raisonnable ?
B iv

@

32 D I S C O U R S

Il fera un très grand aliment dont
l'homme pourra se servir pour mener
longtemps une vie vraiment vitale,
l'art ne peut faire autre chose que de
tirer des corps des animaux des aliments
& des remèdes qui conservent
& soutiennent longtemps les aliments
intérieurs des vivants, par laquelle
seule raison & motifs, on leur a donné
ce nom d'arcane....

pict

C H A P I T R E VII.

De l'union des minéraux.
L 'UNION des minéraux, qui en le
commencement de la perfection de
cet arcane, consiste dans l'humide radical,
minéral, pur, clair & net, &
séparé de tout ce qui lui et hétérogène.
Lorsque je dis humide radical,
j'entends ce double humide dont sont
composés tous les minéraux ; savoir,
un fixe dans lequel réside la forme,
l'autre volatil & infixe, dans lequel
consiste la nourriture & l'aliment de
l'humide radical fixe, lequel ayant
une chaleur naturelle qui de jour à

@

P H I L O S O P H I Q U E 33

autre se consume par la chaleur, même,
& peu-à-peu est dévorée par la
faim intérieure.
Cet humide volatil se trouve seulement
dans les minières, tandis que
les minéraux se font.
Sans l'humide radical on ne peut
rien faire pour composer les arcanes.
Cet humide radical est le mercure des
Philosophes, l'eau de vie, l'esprit de
vie, la fontaine perpétuelle, & on
donne mille autres noms à cet humide
radical volatil.
Lisez tant & si longtemps qu'il vous
plaira tous les livres, vous ne trouverez
rien, parce que ce double humide
radical fixe & volatil fait toutes
choses, & rien sans lui ne peut se
faire. Hermes Trismégiste vous le dit
dans sa Table d'Émeraude : cet humide
est cette seule chose en question.
Mais parce qu'on ne peut l'avoir,
attendu que d'abord dans le le même
instant de sa génération, il est sublimé
dans tous les pores de la terre par sa
chaleur centrale, & dans cette même
voie il est rendu l'aliment de toutes
choses, & il est changé en la qualité
de chaque chose qu'il nourrit, parce
que d'abord il est occupé par divers
B v

@

34 D I S C O U R S

esprits des choses qui errent partout
le monde, c'est pourquoi il nous suffit
d'avoir l'humide particulier de chaque
chose pour faire des arcanes admirables ;
donc l'humide radical du monde
est imperceptible, attendu que d'abord
il est changé en diverses choses particulières.
La nature & l'humide radical sont
convertis : il est aussi appelé mercure
de vie, épaisseur des éléments ; nature,
première matière, esprit fixe &
volatil ; ainsi les enfants de l'art de
là pénétreront mieux les secrets de
la philosophie. C'est pourquoi par cet
humide radical particulier qui se
trouve dans le centre du minéral,
connaîtront la nature des minéraux,
laquelle étant connue, ils pourront
faire eux-mêmes ce que la nature fait
& peut faire dans les minéraux, avec
elle-même ; car elle peut beaucoup
& sa puissance est si grande qu'on ne
saurait le croire.
Car qui croirait que la vapeur, le
vent, l'esprit qui sont si subtils &
invisibles eussent le pouvoir d'engendrer
le soleil, Adam, &c... Pareillement
ce que nous cherchons dans le
centre des minéraux a la même nature,

@

P H I L O S O P H I Q U E 35

est aussi vapeur, vent & esprit,
& si nous ne les retenons pas dans
un vaisseau bien bouché, il est certain
& indubitable que l'ouvrage qu'on
doit faire avec toutes ces choses périt
& devient nul ; & le vulgaire nous
appelle fort mal à propos vendeurs de
fumée, se moquent, lorsque nous
disons que rien ne peut empêcher le
vent.
Mais il ne faut pas mépriser nos
fumées, car elles sont le soupirail
de la vie & les âmes de tout l'univers,
lesquelles étant un alcool &
une substance très subtile de tous les
éléments & des astres, ils sont avec
raison comparés à la vapeur, au
vent & à l'esprit ; car la fumée, la
vapeur, le vent & l'esprit sont les
choses les plus subtiles de tout ce
qu'on peut trouver dans les mixtes,
car dans iceux est cachée cette vertu
radicale de tout le mixte.
La nature se réjouit de la nature, &
le semblable aime son semblable ;
c'est pourquoi cette vertu suit les
fumées, les vents, les vapeurs &
les autres semblables résolutions des
mixtes, laquelle , quoique l'on la
trouve aussi dans les corps grossiers
B vj

@

36 D I S C O U R S

& durs, y est cependant dans toute
sa subtilité & puissance qui ne peut se
manifester que par la Chimie.
Nota. L'or & l'argent chimique
sont la substance onctueuse & fixe des
minéraux.
On tire du fer & du cuivre une
substance terrestre excrémenteuse très
verte, qui ne retient rien de l'esprit
de vénus ou de mars ou de leur substance
onctueuse, & c'est un verre
ou une émeraude vulgaire.
Quand, par exemple, de ces métaux
on prépare un vitriol duquel
ensuite lorsqu'on sépare son esprit ou
son huile acide, & ensuite de leur
tête morte en dissolvant & filtrant
un sel pur & clair, tout ce qui n'est
pas de nature de sel ne se résout
point dans l'eau, & demeure, en son
entier, se précipite au fond qui est
très vert.
Cela est l'excrément vert de vénus
& de mars qui est leur substance
terrestre, superflue, & excrémenteuse,
dont on fait des émeraudes très
semblables aux émeraudes fines & naturelles,
pourvu qu'elle soit vitrifiée par un
feu très violent.
De la même manière on peut séparer

@

P H I L O S O P H I Q U E 37

du plomb sa substance terrestre &
excrémenteuse de l'esprit de saturne
laquelle peut se réduire en un verre
très rouge de couleur de rubis, ainsi
des autres métaux.
Mais avec une bonne méthode
fondée sur de bons principes qui
sont ceux que la nature nous enseigne,
en l'imitant on peut faire toutes sortes
de pierres précieuses d'un grand prix &,
il n'est pas hors de propos de croire que
le verre peut être rendu malléable en connaissant
la cause primitive de sa fragilité ;
il est question de lui donner l'onctuosité
dont il est privé par la violence
du feu lorsqu'il est dans le creuset ;
& si on y parvient comme cela est
possible, alors on pourra forger ce
verre qui s'étendra sous le marteau
comme les métaux ordinaires qui
sont dépouillés de leur sel terrestre
fixe & trop fixe, puisque ce sel tient
la place de la substance onctueuse qui
manque dans le verre, ce qui le rend
aigre & cassant.
Avec une bonne méthode toujours
appuyée sur de bons principes, on
fera également des perles fines d'un
grand prix. Que ne fait-on pas avec
l'énergie du ciel & la vertu des quatre

@

38 D I S C O U R S

éléments ; il en résulte des choses surprenantes ?
On peut voyager dans l'air &
faire d'autres prodiges ?
Nota. Toutes les choses créées ont
une seule & même substance. La
pierre des Philosophes, & les arcanes
des Chimistes ont une grande force
d'aliment. La vie prend racine dans la
seule substance onctueuse. Cette substance
onctueuse de toutes choses est
l'unique racine de la vie, laquelle est
très abondante dans les pierres, dans
les métaux & dans les autres demi-
minéraux ; mais elle est inutile pour
soutenir la vie & la restaurer lorsqu'elle
languit à cause de la grande
abondance des excréments terrestres,
lesquels n'étant point séparés, embarrassent
tellement ce petit feu de la
vie, qu'ils le conservent comme presque
mort.
Mais comment faut-il tirer avec
adresse cette substance onctueuse des
excréments ? nous l'avons déjà enseigné
dans plusieurs endroits de ce livre ;
de sorte que si ce que nous en avons
dit ne vous suffit pas pour vous faire
comprendre la véritable préparation
de l'humide radical, nous n'ajouterons
ici autre chose sinon qu'il faut

@

P H I L O S O P H I Q U E 39

mettre dans des vaisseaux distillatoires
tous les minéraux après les avoir calcinés,
afin que par une seule & même
opération, l'esprit volatil minéral
soit tiré, & l'esprit qui est l'humide
radical fixe, c'est-à-dire la matière
onctueuse métallique ou minérale,
lorsqu'elle est séparée de son esprit
volatil, qu'il faut également séparer
de tout ce qui lui est hétérogène.
De cette manière par la seule distillation
qui se fait dans une cornue
bien lutée, vous obtiendrez notre
eau chimique & notre or, desquels
étant bien nets & purs, vous ferez
la première union, afin que par cette
conjonction, l'or puisse être sublimé,
avec lequel étant sublimé on fait la
seconde & dernière union avec son
eau, laquelle doit aussi avoir été dépouillée
de toutes les parties hétérogènes
par la distillation.
Finalement on met l'arcane à coaguler
selon l'art, afin que tout soit
dans sa perfection, & comme la fixation
& coagulation sont un moyen
pour la perfection de l'oeuvre, nous
en parlerons dans la suite.

pict

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40 D I S C O U R S

pict

C H A P I T R E VIII.

De la coagulation & fixation en général.

L A fixation & la coagulation différent
selon le plus ou le moins; la fixation
est donc une permutation de l'humide
radical, pur & volatil en une
substance permanente, radicale, onctueuse,
laquelle est premièrement
appelée coagulation & ensuite fixation ;
c'est pourquoi rien ne peut se
fixer & se coaguler, qu'il ne contienne
en soi quelques petites portions
de l'humide...
Nota. L'endurcissement de ce qui
est mol & l'occultation de l'humeur,
signifient la même chose. La fixation
& la coagulation présupposent l'humeur.
Dans le commencement des
arcanes toutes choses sont eau, &
à la fin sont poudre ; c'est pourquoi
il est vrai de dire que si vous ne
faites pas incorporel ce qui est corporel,
& ce qui est incorporel si vous
ne le faites pas corporel, vous n'avez
pas encore trouvé le commencement
de cet oeuvre.
Dans les chapitres précédents nous

@

P H I L O S O P H I Q U E 41

avons enseigné la manière de réduire
toutes choses en eau, excepté les
hétérogènes : il nous reste maintenant
à enseigner la manière de réduire l'eau
en corps ou en poudre.
Dans le centre de quelque chose
que ce soit, est cachée une substance
incorruptible, immuable dans toutes
ses parties, retenant toujours la vertu
du mixte duquel cette substance a été
tirée, purifiée, & séparée de tout
ce qui lui est hétérogène très fixe &
permanent. Si elle est mêlée à des
substances aqueuses, éthérées &
ignées volatiles, qui soient homogènes
à cette même substance, elle
devient à la fin eau, & est changée
en une substance éthérée, ignée &
volatile ; mais parce qu'elle est portée
naturellement à une certaine fixité,
delà vient, que moyennant une légère
& continuelle coction, cette substance
fixe peu-à-peu se rend victorieuse
de l'humidité, & la surmonte
quoiqu'elle l'eût auparavant rendue
eau ; & de cette manière elle lie ce
qui est humide, le congèle par sa siccité
naturelle, qui peu-à-peu; a été
augmentée par la chaleur externe, &

@

42 D I S C O U R S

finalement par un mouvement prompt
elle acquiert sa dernière perfection.
L'esprit volatil de la substance fixe
rend fixe la substance volatile : la
substance fixe quoiqu'elle soit dissoute
derechef elle est fixée.
L'humide radical tend naturellement
à la fixation...
La perfection lorsqu'elle est amenée
à son plus haut degré est alors
communicable....
La fixation est le symbole de la
résurrection....
Par la fixation des arcanes chimiques
la vie future & Dieu même sont
déclarés.
Aucun mixte ne meurt sinon à cause
des accidents....
L'humide radical dans son centre
ne souffre aucune corruption dans la
génération productive....
Les excréments sont les empêchements
de la nature, la privation des
mêmes excréments est la mort....
Dans le centre du mixte est cachée
une substance incorruptible qui démontre
qu'il y a un Dieu...
Dieu ne peut absolument être connu
d'autre chose que de l'entendement
& esprit de l'homme....

@

P H I L O S O P H I Q U E 43

La connaissance de Dieu, que l'on
a des choses créées, n'est point absolue
mais beaucoup imparfaite....
L'excellence de l'Alchimie est,
parce qu'elle démontre par ses oeuvres
qu'il y a certainement un Dieu tout-
puissant, créateur de l'univers.
On ne peut pas connaître l'Alchimie
sans venir en connaissance de
Dieu, toutes ses opérations le prouvent
évidemment.
La divinité humaine avant une origine
dénote qu'il y en a une autre
qui est fans origine....
Dans le corps humain il y a une
substance incorruptible....
La résurrection n'est ni création
ni génération....
L'âme raisonnable témoigne qu'il
y a un Dieu tout puissant....
L'homme en tant qu'il est fait à
l'image & ressemblance de Dieu on
conclus delà qu'il est divin....
L'homme ne cherche point le mal
que sous l'espèce du bien...
L'homme se réjouit de ses bonnes
oeuvres, il fuit la mort, & quoiqu'il
n'exerce point les oeuvres vertueuses,
cependant il les loue fort en les
voyant pratiquer aux autres....

@

44 D I S C O U R S

L'homme s'efforce d'imiter Dieu en
toutes choses, il est le singe de
Dieu....
Nous avons dit que le fixe est une
chose divine : Dieu se réjouit seulement
de tout ce qui est pur, & il
rejette l'impur.

pict

C H A P I T R E IX.

De la coagulation des végétaux;
T ANT que la substance spiritueuse
subsiste dans les végétaux leurs vertus
sont toujours conservées....
Les végétaux ont des esprits différents
de ceux des animaux.
Les bons Chimistes doivent parfaitement
bien connaître les substances
radicales des végétaux.
Voilà à peu-près la manière de
faire l'arcane des végétaux.
Prenez la substance spiritueuse très
pure des végétaux, & dans icelle
dissolvez la substance fixe des mêmes
végétaux, laquelle pareillement doit
être bien pure, imbibez cette substance

@

P H I L O S O P H I Q U E 45

fixe avec la substance spiritueuse
en réitérant les dissolutions,
les imbibitions & les distillations ou
cohobations, jusqu'à ce que cette
substance fixe, privée d'esprits, se
sublime & soit faite volatile.
Ensuite cette substance élevée par
plusieurs sublimations, & de terre
qu'elle était, étant faite ou devenue
ciel, vous la prendrez & en mettrez
un certain poids dans un verre net &
fort, à long col, avec autant de ladite
substance spiritueuse purifiée par plusieurs
distillations, & vous mettrez
le vaisseau au four secret des Philosophes,
à un feu très doux & tempéré,
où vous le laisserez jusqu'à ce
que tout soit fixé : par cette méthode
vous pourrez faire l'arcane des végétaux
dans sa dernière perfection.
Observez que dans toute les choses
qui se corrompent, il y a quelque
chose d'incorruptible caché qui est
l'objet de la Chimie. Dieu se manifeste
& se fait voir plus dans les
parties pures de la nature que dans
les autres choses....
L'homme après la mort montre
très clairement sa divinité....
Toutes les choses si elles ne meurent,

@

46 D I S C O U R S

ne peuvent point manifester
l'ombre de la divinité & le symbole
qu'elles ont.
Toute l'action dépend de la substance
pure. La dissolution des mixtes
se fait pour en ôter les excréments....
Les remèdes chimiques sont plus
parfaits que tous les autres, parce
qu'ils sont dépouillés de tous excréments.
Plusieurs maladies s'engendrent dans
l'estomac lorsqu'on avale des médicaments
communs, il n'y a que les
remèdes chimiques qui ont le pouvoir
de restaurer un estomac perdu
& de guérir ses maladies.
Le pur de la nature est l'unique
arcane contre toutes les maladies.
L'art spagyrique est la colonne &
le soutient de la médecine.

pict

@

P H I L O S O P H I Q U E 47

pict

C H A P I T R E X.

De la coagulation des animaux.
L A matière radicale des végétaux
& des animaux est la même, la nature
seulement peut faire le pur dans les
aliments & susciter la semence.
Le pur de la nature des végétaux
se change facilement au pur de la
nature des animaux.
La semence de toutes choses procède
de la semence du monde.
Dans toute semence il y a quelque
degré de feu.
Le pur des végétaux par la nutrition
se change facilement au pur des
animaux.
L'humide radical des minéraux
passe dans l'humide des végétaux.
Raymond Lulle dans sa théorie dit,
toute la vertu de l'arcane des animaux
consiste en la coagulation.
Le volatil & le fixe ont besoin
d'une aide mutuelle pour être purifiés.

@

48 D I S C O U R S

Les arcanes reçoivent leurs vertus
des feux....
Dans les énigmes des Egyptiens il
y a un grand secret caché sous le
dragon, ils ont conjoint le dragon
ailé & volatil avec le dragon rampant,
tous les deux en un cercle,
pour cacher l'arcane, & afin de ne
point divulguer à tout le monde la
mutuelle fraternité & l'oeuvre de
l'humide radical fixe avec l'humide
volatil ; car les Chimistes appellent
ces deux humides radicaux leurs dragons.
Pour composer & faire les arcanes ;
il faut auparavant purifier & réparer
de toutes impuretés les parties radicales.
La nature pour la génération des
animaux prend plutôt la semence que
toute autre chofe. L'Alchimie est la
séparation du pur d'avec l'impur.
L'esprit de vie est attiré par la faculté
aérienne vitale.
Le changement du dernier aliment
représente la fixation.
La nourriture est une nouvelle
génération.
La nature dans la génération des
animaux exerce l'art spagyrique.
CHAPITRE

@

P H I L O S O P H I Q U E 49

pict

C H A P I T R E XI.

De la coagulation des minéraux:
P A R la fixation & la coagulation
des minéraux il faut entendre une
union endurcie de la substance soit
volatile ou fixe faite par l'art & non
par la nature.
L'arcane minéral consiste dans la
fixation des partes radicales : il faut
donc étudier en premier lieu & tâcher
d'avoir une très grande quantité de
la partie radicale volatile des minéraux,
& qu'elle soit pure & séparée
de toutes ordures & de tout ce qui
lui est hétérogène, ce qu'on obtiendra
en la distillant plusieurs fois ; ce
que vous reconnaîtrez par le goût,
par la vue & par l'attouchement.
Nota. Le mercure des Philosophes
se connaît par ces marques, il a un
goût doux & acre, tout de même
que s'il était une liqueur de grenade ;
mais il est plus âcre que doux,
& outre cette grande douceur &
âcreté, il y a dans cette liqueur une
Tome II. C

@

50 D I S C O U R S

certaine violence ignée, comme
l'huile de soufre faite par la cloche,
mortifiée, & comme la quintessence
de vin circulée longtemps & imprégnée
de l'esprit de soufre...
Pour ce qui regarde les marques
qu'il présente à la vue il est fort
semblable à une liqueur très claire,
tenace & d'une substance visqueuse,
& il a une consistance de sirop épais
ou d'huile.
Après que le Chimiste spagyrique
aura connu tous ces signes dans sa
liqueur tirée de la partie radicale
volatile des minéraux, il est nécessaire
en outre qu'il connaisse les
qualités de la partie radicale, & ses
propriétés particulières, desquelles
on vient en connaissance de sa pureté
& de sa perfection.

pict

@

P H I L O S O P H I Q U E 51

pict

C H A P I T R E XII.

Par quels lignes on doit connaître l'or
physique.
E N quelle substance fixe ou terre
ce grain doit être semé & planté
c'est-à-dire, cette liqueur & eau minérale
doit être putréfiée & finalement
fixée, & avec les deux doit se
faire le soufre de nature, avec lequel
immédiatement & avec la même eau
se fait la pierre physique & cette si
fameuse teinture des Philosophes.
Nous connaissons par plusieurs indices
& marques de sa perfection
lorsque cette partie fixe radicale est
bien purifiée, & propre & convenable
pour notre oeuvre. En premier
lieu, lorsqu'elle étant dissoute avec
son eau, & l'ayant laissée reposer
elle ne dépose aucunes fèces au fond
du vaisseau, & qu'il n'y a aucun
atome qui voltige au milieu de l'eau,
qui troublent sa clarté, mais que
toute l'eau est claire & transparente,
tellement qu'il paraisse que l'eau ne
retient rien de solide dans ses pores,
C ij

@

52 D I S C O U R S

sinon qu'elle est de couleur rouge ;
En second lieu, que dans la dissolution
l'eau & la terre se mêlent ensemble,
& s'empâtent l'une & l'autre
comme si la terre était de la glu
& de la gomme ; & c'est véritablement
la glu de cette eau.
En troisième lieu, qu'elles se joignent
ensemble toutes les deux sans
aucun bruit ni combat, que la terre
se dissolve dans son eau peu à peu
sur une très légère & suave chaleur,
comme fait la glace dans l'eau chaude
ou le beurre dans l'huile bouillante...
Il faut qu'elle pèse & qu'elle ait le
poids du métal le plus parfait. Lorsque
vous aurez aperçu tous ces
signes, alors vous pouvez tenter
l'union des parties radicales minérales
sans aucun doute...
Mais pour faire cette union &
conjonction, il faut prendre un poids
convenable de chaque humide radical.
Si quelque partie est humide c'est-
à-dire liquide, & ayant la forme de
l'eau, cette partie humide radicale
minérale doit être en plus grande
quantité pour plusieurs raisons.
I°. Si la partie sèche pesait plus
que la partie humide il ne se ferait

@

P H I L O S O P H I Q U E 53

aucune corruption dans l'arcane,
c'est-à-dire, on ne verrait point la
noirceur, laquelle ne paraissant point,
il est impossible que les deux humides
se conjoignent ensemble, & qu'il se
fasse une union radicale ; & sans cette
union l'arcane périt, & la corruption
ne se ferait point, sinon par l'humide
qui dissout le sec... Il faut donc que la
partie humide pèse plus que la sèche.
Les Philosophes proposent divers
poids dans la tourbe, comme Morien,
R. Lulle, Artéphius & autres cependant
ils ne se moquent point des
Lecteurs, parce que dans le poids &
mesure de l'arcane physique, il y a
une certaine étendue de poids & de
mesure, soit tant dans la première
qu'en la seconde opération, laquelle
a divers degrés parmi lesquels se conserve
le poids convenable de l'arcane
physique en conservant la vertu générative...
Notre arcane peut être perfectionné
par divers poids, pourvu qu'ils
n'excèdent pas ces poids de la latitude
du poids de l'arcane physique
dans laquelle se conserve la vertu
productive de cet arcane : mais la
latitude peut être dans les limites d'un
C iij

@

54 D I S C O U R S

seul poids de la partie sèche parfaitement
purifiée & sublimée avec dix
ou douze parties de l'humide pareillement
purifié par plusieurs distillations
sans endommager aucunement
la vertu générative & productive.
De sorte que l'on peut conjoindre
une partie de notre terre foliée avec
deux poids de la partie humide avec
une partie de la partie sèche : ainsi
on peut faire la conjonction & l'union
de nos mercures sans aucun dommage
ni danger, sinon que lorsqu'il y a six
parties d'humide avec une partie de
sec, la coagulation ou fixation de
l'arcane se fait plus tard ; c'est pourquoi
il y a des Philosophes qui disent
avoir fait notre arcane dans deux
mois, d'autres dans douze mois, dans
vingt-quatre. Ainsi tous ne mentent
pas, parce que le temps court ou long
de la composition de notre arcane,
dépend du poids de l'eau physique
que j'appelle la partie humide de l'humide
radical des minéraux...
Le secret pour faire l'arcane en
moins de temps dépend aussi du mercure
rouge volatil, qui est la teinture
physique tirée de notre soleil,
c'est-à-dire du soufre de nature rubéfié

@

P H I L O S O P H I Q U E 55

par l'action du feu, lequel étant
dissout avec son eau imprégnée du
mercure solaire, ou de son sang, ou
teinture au double poids ; & étant
tous les deux cuits dans l'athanor,
avec un feu très doux & continuel,
dans deux mois ou plutôt tout l'arcane
sera fait & parfait.
De cette manière on voit que tous
les Philosophes parlent du temps qu'ils
ont employé à le faire, & selon que
le poids de l'eau mercurielle a été
différent, le temps pareillement l'a été
pour faire leur arcane ; car l'eau mercurielle
étant crue point cuite &
volatile infixe, ne peut pas se cuire
& se fixer d'abord, mais elle se cuit
& se fixe avec le temps, laquelle fixation
est accélérée par une petite
quantité de notre or physique, lequel
étant cuit & fixe, cuit & fixe
promptement les parties crues qui ne
sont point cuites de l'eau minérale ;
ce qu'elle pourtant ne ferait pas que
dans un espace de temps fort long,
s'il n'était notre sol qui avec son feu
interne aide & excite le feu interne
de son semblable, c'est-à-dire de
l'eau mercurielle, pour qu'elle se
puisse fixer plus promptement.
C iv

@

56 D I S C O U R S

Il est vrai qu'avec la seule eau
mercurielle on pourrait faire l'oeuvre,
mais cela demanderait un très
longtemps, étant de la même nature radicale
que notre or ; & pour cela elle
pourrait se fixer à la fin, & devenir
or ou teinture des Philosophes,
à cause de son feu ou soufre interne
qui naturellement & de lui-même
tend à la fixation ; ce qui a fait dire
aux Philosophes : Il se trouve dans le
mercure tout ce que les Sages cherchent;
il faut néanmoins entendre qu'ils parlent
du mercure imprégné de la teinture de
l'or, parce que ce mercure est leur véritable
mercure.
L'eau mercurielle crue volatile ne
peut pas se fixer si promptement ; c'est
pourquoi si elle n'est pas fixée elle est
vaine & presque inutile, s'envolant,
dans la projection & enlevant les esprits
métalliques, lesquels seuls peuvent
perfectionner les substances métalliques
crues qui ne sont point cuites :
c'est pourquoi il est absolument
nécessaire que cette humidité crue
volatile qui fait l'eau mercurielle &
qui renferme en soi les esprits métalliques,
soit cuite & fixée, afin que
pareillement avec elle soient cuits &

@

P H I L O S O P H I Q U E 57

fixés les esprits métalliques qu'elle
renferme ; car ces seuls esprits font
la vie & la perfection des métaux.
Mais que cela puisse se faire sans
l'or, je ne l'ai jamais éprouvé, & je
ne voudrais pas en faire la preuve ;
car si l'eau mercurielle seule était renfermée
dans un vaisseau, & fût cuite,
je pense que l'arcane se ferait : mais
en quel temps, je n'en fais rien ; car
je crois que ceux qui ont tenté cet
oeuvre n'ont jamais fixé cette eau
mercurielle toute seule en dix ans,
& encore on ne peut pas l'appeler
une fixation parfaite.
Chaque poids de terre fixe sur dix
poids d'eau mercurielle demandent
un an pour être parfaitement fixés :
donc si une partie de notre terre fixe
dix parties d'eau mercurielle dans un
an, je conjecture par là que si on
n'y ajoutait point de terre fixe à
l'eau mercurielle, elle ne pourrait
jamais se fixer, & parfaitement coaguler
que dans dix ans.
Dans le macrocosme cependant plusieurs
choses se coagulent sans aucunes
parties de cette terre fixe...
L'archée ou les esprits internes gouvernent
l'humide radical...
C v

@

58 D I S C O U R S

La fixation & la coagulation de
toutes choses dépend des esprits du
sel : l'eau mercurielle est très chaude.
Les parties de la terre fixe sont
ajoutées à l'arcane chimique pour
accélérer la fixation & la coagulation
de l'arcane physique.

pict

C H A P I T R E XIII.

De la multiplication des arcanes.
L A multiplication des arcanes ne
peut pas se faire que toute l'opération
ne soit faite & parfaite. Suit ici
la méthode pour la faire.
1°. Il est nécessaire que vous ayez
une suffisante quantité d'eau mercurielle
bien purifiée, & portée au dernier
degré de perfection par la distillation,
dans laquelle vous dissoudrez
votre arcane minéral ; étant dissout
vous le putréfierez : divisez la putréfaction :
purifiez-le avec les esprits
très légers & subtils & par les distillations,
jusqu'à ce qu'il ait acquis
le dernier degré de pureté,

@

P H I L O S O P H I Q U E 59

Quand il sera ainsi purifié, unissez-
le & le cuisez; finalement étant cuit
sur un feu léger jusqu'à ce qu'il soit
desséché, & l'arcane étant desséché
on le cuit derechef, le faisant passer
par toutes les couleurs jusqu'à la couleur
de pourpre, par cette coction sa
vertu sera augmentée au centuple de
ce qu'elle était auparavant ; & si vous
faites derechef sécher l'arcane,
vous l'élevez en fleurs subtiles par la
sublimation, l'ayant auparavant dissout
& fait cuire jusqu'à siccité, vous
aurez un arcane très parfait dont la
vertu fera mille fois plus puissante
que la première.
Toutes les fois que vous voudrez
multiplier les arcanes des animaux,
il faut avoir le sel fixe qui a été tiré
du caput mortuum du sang lorsqu'on
sublime la fleur du sel du sang animal,
pur, clair & très rouge, & étant dissout
avec l'esprit animal qui est la fleur
de son sel en eau très claire par putréfaction,
il faut en extraire sa teinture,
& avec cet esprit teint il faut
dissoudre l'arcane animal, ensuite le
cuire pour le fixer, car tout est renouvelé
par le feu des Chimistes,
qui a une puissance infinie & une vertu
C vj

@

60 D I S C O U R S

divine pour faire paraître la lumière
cachée universelle & resplendissante
de toute la nature dont tous les ouvrages
sont admirables.

pict

C H A P I T R E XIV.

Traité du soufre de nature.
S I les opérations de la nature qu'elle
nous fait voir tous les jours ne servent
pas assez d'exemple, aucun exemple
ne servira de rien : considérez avec
attention comment la nature opère,
& vous apprendrez plus d'elle, qui
est une savante maîtresse, que de tous
ses disciples.
L'extraction des âmes de l'or ou
de l'argent faite par quelque voie vulgaire
que ce soit des alchimistes, pour
être introduites dans un autre corps,
est une pure imagination, on vérifie
cela par le dommage que cette opération
cause. Au contraire, celui qui
peut faire cela (comme font les Philosophes)
sans aucune fraude, c'est-
à-dire, teindre le moindre métal avec
profit ou non de couleur d'or & d'argent

@

P H I L O S O P H I Q U E 61

réelle à toutes épreuves, alors
il a les portes de la nature ouvertes
pour passer plus avant, & avec l'aide
de Dieu faire de grandes choses.
La perfection de l'art consiste dans
les seules opérations de la nature :
suivez la bonne voie que la nature
prescrit dans toutes ses opérations
dont elle ne s'écarte jamais, écouter
donc mes paroles, chers enfants de l'art,
quand je vous parle des forces de la nature
qui a un si grand pouvoir, & quittez
toutes vos déalbations rubéfactions
des ignorants qui vous conduisent dans
le chemin de l'erreur.
Les livres de Geber & des autres
Philosophes, à peine peut-on les entendre
après les avoir lus mille fois :
leur explication est beaucoup plus difficile
que le texte ; dans tout ce que
vous lirez je vous conseille de vous
arrêter au texte, appliquez le tout à
la possibilité de la nature, faites des
perquisitions exactes pour savoir ce
que c'est que la nature.
Tous écrivent d'un commun accord
que c'est une chose vile, facile,
commune, cela est exactement vrai ;
mais cette chose vile & commune n'est
connue que par les Savants, & ces

@

62 D I S C O U R S

Savants la connaîtront toujours, fût-
elle parmi le fumier, la fiente & les
excréments, & l'ignorant ne croit pas
même qu'elle soit dans l'or.
Que mes chers lecteurs appliquent
donc toutes choses à la possibilité de
la nature & au cours ordinaire d'icelle.
Et si de mon exemple & de mes paroles
on ne peut pas connaître l'opération
de la simple nature & les ministres
de cet esprit vital qui contraignent
l'air, ni le sujet de la première
matière, à peine on entendra R. Lulle,
car il est difficile de croire que les
esprits aient tant de puissance dans le
ventre du vent.
Dans les siècles passés, la confiance
des amis, bien différents de ceux d'aujourd'hui,
était entière parce que la
bonne foi régnait, & cette science si
utile était dans tout son lustre, & on
la communiquait de vive voix à son
ami ; maintenant que la perfidie la plus
noire a chassé la bonne foi de son trône
celui qui est instruit est forcé souvent pour
éviter les embûches des ennemis & la destruction
de son individu ; oui , il est forcé
de garder le silence sur les choses utiles
qu'il pourrait communiquer, & voilà
comme la société est souvent privée de

@

P H I L O S O P H I Q U E 63

grandes lumières. On ne peut donc à
présent acquérir cette science que par
l'inspiration de Dieu tout puissant ;
c'est pourquoi celui qui l'aime de tout
son coeur & le craint, ne doit point
désespérer, en la cherchant avec soin,
de la trouver, parce qu'il est plus facile
de l'obtenir de Dieu tout-puissant
que des hommes sages, qui craignent
avec raison la perfidie des méchants.
Dieu est immense, bon & miséricordieux ;
c'est pourquoi il n'abandonne
jamais celui qui met toute sa
confiance en lui, auprès de Dieu il
n'y a point de prééminence de personne,
le plus pauvre & le plus méprisé
qui a sa crainte est préféré aux
Rois & à tous les Princes de l'univers
qui ne l'ont pas, il fait beaucoup plus
de cas de ceux qui ont le coeur contrit
& humilié, & il a toujours pitié
de ceux qui s'adressent à lui dans l'intention
de pratiquer le bien.
Ranimez donc votre courage, chers
enfants de l'art, mettez toute votre
espérance en Dieu, & il ne vous refusera
pas cette grâce. Adorez-le &
invoquez-le jour & nuit & sans cesse
si vous voulez qu'il vous ouvre les
véritables portes de la nature & si

@

64 D I S C O U R S

vous êtes introduits dans son sanctuaire,
vous y verrez, avec une surprise
agréable, de quelle manière la
nature travaille avec simplicité selon
le pouvoir qu'elle a reçu du Créateur.
Comme elle est simple, elle ne se plaît
qu'aux ouvrages qui sont simples.
Croyez-moi, tout ce qu'il y a de
plus noble, de plus merveilleux & de
plus surprenant à nos yeux, c'est justement
ce qui est le plus facile & le
plus simple quand on le connaît, parce
que toute vérité est simple. Dieu tout-
puissant n'a rien mis de difficile dans
la nature. Soyez l'imitateur de la nature,
demeurez dans la simple voie
de la nature, & vous trouverez toutes
sortes de biens, & certainement les
biens les plus solides.
Travaillez & ne vous lassez point
de chercher ; car si vous frappez on
vous ouvrira la porte : invoquez Dieu,
craignez-le & l'aimez, lisez avec attention
cet ouvrage, & celui de l'illustre
Sabine Stuart, ma chère épouse,
un des plus beaux modèles de son sexe
par ses vertus, ils vous donneront
certainement de très grandes lumières,
& il le pourra faire que par votre
travail vous vous mettiez en possession

@

P H I L O S O P H I Q U E 65

d'une grande fortune pour pratiquer
le bien, & je dis que si Dieu juge à
propos de vous favoriser en imitant
la nature dans vos opérations, & que
si vous parvenez heureusement au
port ou dans la terre promise, selon
la fin que vous vous proposerez,
alors il n'est pas douteux que vous
verrez de vos propres yeux, comme
je l'ai vu moi-même avec ma chère
Sabine, que tout ce que je vous ai dit
est bon & véritable....
Le soufre n'est point le dernier
parmi les principes, parce qu'il est la
partie du métal, & même la partie
principale de la pierre des Philosophes.
Les Sages nous ont laissé des écrits
très véritables du soufre. Geber dit
le soufre illumine tout corps, & c'est
la lumière de la lumière & la teinture.
Je veux décrire ici l'origine des principes
selon les anciens Philosophes.
Le soufre & le mercure sont les principes
des choses, principalement des
métaux, &, selon les modernes, ces
principes sont trois ; savoir, sel, soufre
& mercure. Les quatre éléments
sont leur origine. Nous commencerons

@

66 D I S C O U R S

d'en parler ici, ils renferment de
grands mystères.
Il y a donc quatre éléments, & chacun
d'iceux a dans son centre un autre
élément, par lequel il est élémenté,
& ces éléments sont les quatre statues du
monde, séparées du cahos en la création
du monde par la divine sagesse,
qui par leurs actions contraires en
égalité & proportion, régissent la machine
de ce monde, & par l'influence
des vertus célestes, produisent toutes
choses, soit dans la terre ou sur la
terre. J'irais trop loin si j'en disais
davantage en parlant du feu & de
l'eau, & surtout de l'air dans lequel
on peut voir de si beaux spectacles
qui étonneraient & rempliraient d'admiration
les plus incrédules. Cela se
verra quelque jour avec étonnement
dans l'air.

pict

@

P H I L O S O P H I Q U E 67

pict

C H A P I T R E XV.

De l'élément de la terre.
D ANS cet élément il y en a trois
autres, & principalement le feu qui
y repose : cet élément est grossier &
poreux, le centre du monde & des autres
éléments est spongieux, recevant
tout ce que les autres trois éléments
& projettent en lui.
L'élément de la terre ne produit
rien de soi-même, mais il est le réservoir
des autres dans lequel toute
chose produite est enfermée, & par
le mouvement de la chaleur se putréfie
dans icelui, & le pur étant séparé
de l'impur par la même chaleur, elle
se multiplie; ce qui est pesant se cache
dans lui, & ce qui est léger est poussé
par la chaleur en sa superficie....
La terre est la nourrice & la matrice
de toute semence & de tous
mélanges, elle conserve la semence &
le composé jusqu'à sa maturité, elle
est froide & sèche, & est tempérée
par l'eau ; par l'extérieur visible elle

@

68 D I S C O U R S

est fixe, & par l'intérieur invisible elle
est volatile. Elle est vierge dès la création
de la distillation du monde, séparée
de la tête morte qui quelque jour,
par la volonté divine, sera calcinée
après l'extraction de son humide, afin
que d'icelle soit créée une nouvelle
terre cristalline.
Cet élément est divisé en une partie
pure & une autre qui est impure ; elle
se sert de l'eau pure pour produire
toutes choses, & l'impure reste dans
son globe.
Cet élément est là caché, & il est
le domicile de tous les trésors. Il y a
dans son centre un feu d'enfer tenant
la grande machine de ce monde dans
son être, & cela par l'expression de
l'eau.
Ce feu est causé & allumé dans l'air
par les influences des étoiles. A ce
feu remédie la chaleur du soleil tempérée
par l'air pour mûrir & attirer
tout ce qui est déjà conçu dans son
centre ; c'est pourquoi la terre participe
avec le feu, & c'est son intrinsèque,
& elle n'est point purifiée sans
le feu, & par ainsi chaque élément
est purifié par son élément intrinsèque,
& l'intérieur de la terre, ou son centre,

@

P H I L O S O P H I Q U E 69

est une très grande pureté, mêlée
avec le feu où rien ne peut reposer ;
car c'est presque comme un lieu
vide, dans lequel les autres éléments
introduisent leurs actions, comme
nous l'avons déjà dit.
La terre est l'éponge & le réceptacle
des autres éléments, &c....

pict

C H A P I T R E XVI.

De l'élément de l'eau.
L 'E A U est un élément très pesant ;
plein d'un flegme onctueux, en dehors
il est volatil, & en dedans il est fixe,
il est froid & humide & il est tempéré
par l'air ; il est le sperme du monde ;
dans lequel est conservée la semence
de toutes choses, il est le gardien de
toutes les semences. Il faut pourtant
que vous sachiez que le sperme & la
semence sont deux choses bien différentes.
Le réservoir du sperme est la terre ;
& celui de la semence est l'eau ; tout
ce que l'air distille en eau à cause du
feu, c'est l'eau qui le porte dans la

@

70 D I S C O U R S

terre ; quelquefois le sperme n'a pas
assez de semence, & cela provient du
défaut de la chaleur qui le digère ;
car le sperme est toujours abondant
& attend la semence, laquelle par
l'imagination du feu, par le mouvement
de l'air est portée dans la matrice,
& bien souvent la semence
venant à manquer, le sperme entre,
mais il retourne sans fruit; c'est de quoi
nous avons parlé plus amplement ailleurs,
en parlant du sel, troisième
principe.
Il arrive souvent dans la nature que
le sperme entre dans la matrice avec
une semence suffisante ; mais la matrice
étant indisposée & pleine de
soufres pecans ou de flegmes, alors
elle ne conçoit point, & elle ne fait
pas ce qui aurait dû se faire, & dans
cet élément aussi il n'y a proprement
rien, sinon comme il est ordinairement
dans le sperme. Il se délecte beaucoup
de son propre mouvement qui est
causé par l'air, & se mêle facilement
aux choses à cause de son corps superficiel
volatil.
Il est le réservoir de la semence
universelle. La terre est facilement
purifiée en icelui, & se résout, &

@

P H I L O S O P H I Q U E 71

l'air en icelui se congèle, & se conjoint
avec lui intimement.
Le menstrue du monde est celui
qui, pénétrant l'air par la vertu de
la chaleur, attire avec soi la vapeur
chaude, qui cause naturellement la
génération de ces choses, dont la
nature est imprégnée comme matrice,
& lorsque la matrice a reçu une portion
convenable de semence, telle
qu'elle soit, elle fait son chemin, &
la nature opère sans intermission jusqu'à
la fin, & l'humide restant, c'est-
à-dire le sperme, tombe à côté,
agissant la chaleur dans la terre se
putréfie (ce qui est jeté à côté)
& d'icelui ensuite est engendrée une
autre chose, comme des petits insectes,
des vers, &c.
Un artiste adroit & subtil pourrait
voir dans cet élément comme dans
le sperme divers miracles de la nature ;
mais il faudrait qu'il prît ce
sperme, dans lequel est déjà imaginée
la semence astrale, a un certain poids,
parce que la nature fait en la première
putréfaction les choses pures,
dans la seconde putréfaction elles sont
plus pures & plus nobles; ainsi la
nature fait le bois dans sa première

@

72 D I S C O U R S

composition ; & lorsque le bois se
pourrit, il s'engendre dans icelui des
vers ayant la vie & la vue, & l'animal
sensible est plus noble que le
végétal, & demande une matière
plus pure pour former les organes de
l'animal.
Cet élément est le menstrue du
monde, il est plus pur & très pur,
De sa très pure substance ont été
créés les cieux : le plus pur s'est dissout
en l'air, & le pur simple a
demeuré dans sa sphère & par l'ordre
de Dieu & l'opération de la nature
qui suit exactement les lois qu'il lui
a prescrites, conserve toute chose subtile,
fait un globe avec la terre, il
a son centre dans le coeur de la mer,
& a un axe polaire avec la terre,
par lequel toutes les sources des eaux
sortent & forment de grands fleuves :
par la sortie de ces eaux la terre est
préservée de combustion , & par cette
humectation la semence est portée
dans les pores (j'entends la semence
universelle) de toute la terre, & cela
par le moyen du mouvement & de la
chaleur.
Nota. Toutes les eaux courantes
retournent dans le coeur de la mer ;
mais

@

P H I L O S O P H I Q U E 73

mais où elles parviennent ensuite,
cela n'est pas connu de tout le monde.
Les astres sont faits de l'air & du feu.
Les eaux sont retenues sur les fondements
de la terre comme dans un
tonneau par le mouvement de l'eau,
& vers le pole arctique par lui sont
contraintes, parce qu'il n'y a aucun
vuide dans le monde ; c'est pourquoi
dans le centre de la terre il y a un
feu d'une chaleur infernale, que l'archée
de la nature gouverne.
Car dans le commencement de la
création du monde Dieu tout puissant
en premier lieu de ce cahos confus,
en a exalté la quintessence des éléments,
& elle a été rendue plus parfaite ;
ensuite il a élevé sur toutes
choses la très pure substance du feu
pour placer sa très sainte majesté, &
la mise & affermie dans ses bornes.
Dans le centre du cahos ( par la
volonté de l'immense sagesse de Dieu)
a été allumé ce feu, qui ensuite a
distillé ces eaux très pures; mais parce
que déjà ce feu très pur s'est fermé
avec le trône du Dieu Très-Haut,
les eaux se sont condensées sous ce
feu, & pour s'affermir davantage le
feu plus grossier a distillé (agissant
Tome II. D

@

74 D I S C O U R S

toujours ce feu central) qui a resté
dans les eaux, sous la sphère du feu,
& ainsi les eaux entre deux feux se
sont congelées & comprimées en
cieux ; mais ce feu central n'a point
cessé & en distillant il a aussi résout
d'autres eaux moins pures en air,
lequel aussi a demeuré dans sa propre
sphère sous la sphère du feu, & il est
environné par l'élément du feu, &
comme les eaux des cieux ne peuvent
point surpasser ce feu sur-céleste,
ainsi l'élément du feu ne peut pas
surpasser les eaux des cieux, ni pareillement
l'air ne peut pas surpasser
& s'élever au-dessus de l'élément du
feu, & l'eau avec la terre a resté dans
un seul globe, parce qu'elle n'a point
de place en l'air, excepté cette partie
que le feu résout en air, pour fortifier
journellement la grande machine
de ce monde.
Car s'il y avait du vide en l'air,
alors toutes les eaux distilleraient &
se résoudraient en air ; mais la sphère
de l'air est déjà pleine, parce qu'elle
est remplie par les eaux qui distillent
toujours par le mouvement continuel
de la chaleur centrale ; de sorte que
les autres eaux par la compression de

@

P H I L O S O P H I Q U E 75

l'air s'assemblent autour de la terre,
& avec la terre elles tiennent le centre
du monde, laquelle opération se
fait de jour en jour, & ainsi le monde
est fortifié & demeurera naturellement
incorruptible, à moins que la
volonté de Dieu créateur de toutes
choses ne le permette autrement, sa volonté
étant absolue ; parce que ce feu
central ne cessera point de s'allumer
de chauffer les eaux à cause du mouvement
universel, & l'influence des
vertus célestes, ni les eaux cesseront
de se résoudre en air, ni l'air ne
cessera de comprimer le restant des
eaux avec la terre, & les contenir
si fortement qu'elles ne pourront
remuer & s'éloigner de leur centre ;
& ainsi naturellement ce monde a
été fait & il est soutenu par la divine
sagesse & sa toute puissance, & ainsi
à l'exemple de cela toutes choses se
font naturellement dans ce monde,
& il est absolument nécessaire que
cela se fasse ainsi.
Tout ce que je viens de dire est
afin que vous sachiez que les quatre
éléments ont une sympathie naturelle
avec les choses supérieures, parce
qu'elles sont la même chose, & qu'ils
D ij

@

76 D I S C O U R S

sont tirés d'un seul cahos ; mais ils
sont gouvernés par les choses supérieures
comme étant les plus dignes ;
& toutes les choses sublunaires doivent
leur obéir.

pict

C H A P I T R E XVII.

Du cours des eaux & du flux & reflux
de la mer.
L E S eaux se portent d'un pole à
l'autre. Il y a deux pôles, un arctique
en la partie supérieure septentrionale ;
l'autre, antarctique sous la terre en
la partie méridionale.
Le pole arctique a une force magnétique
pour attirer ; & le pole antarctique
a une égale force pour
chasser & repousser ; c'est ce que la
nature nous démontre dans les effets
de la pierre d'aimant, dont elle nous
donne des preuves par les expériences
qu'on en fait.
Le pole arctique attire donc les
eaux par l'axe, dans lequel étant entrées,
derechef par l'axe du pole
antarctique elles sortent avec une

@

P H I L O S O P H I Q U E 77

grande impétuosité; & parce que l'air
ne permet point l'inégalité, elles sont
de nouveau poussées au pole arctique
leur centre, & sont forcées à y retourner
aussitôt, & de faire continuellement
ainsi leur course, dans
laquelle course elles sont étendues
du pole arctique jusqu'à l'antarctique
par le moyen de l'axe du monde dans
les pores de la terre, & ainsi selon
qu'elles sont plus ou moins répandues,
se forment les sources, &
ensuite en augmentant dans leur
course, s'assemblent & forment des
rivières, & derechef elles retournent
en l'endroit d'où elles sont sorties,
& cela se fait sans discontinuer
par le mouvement universel.
Quelques ignorants disent que ces
eaux ne connaissant pas le mouvement
universel & les vertus polaires,
se consument dans le milieu de la
mer, & qu'elles sont engendrées par
les astres qui ne produisent ni engendrent
rien de matériel, & ne font
qu'imprimer leurs vertus & influences
spirituelles, lesquelles pourtant
ne donnent point le poids.
Les eaux ne sont donc pas engendrées ;
mais vous devez savoir qu'elles
D iij

@

78 D I S C O U R S

sortent du centre de la mer par les
pores de la terre, & qu'elles se répandent
par tout le monde.
De là vient que les Philosophes
ont trouvé divers instruments pour
conduire, où ils voudraient, les
eaux des fontaines & des rivières....
car l'art imite la nature.
Sachez donc, pour toute conclusion,
que les sources ne viennent
point des astres, mais du centre de
la mer où elles vont derechef se
rendre ; & ainsi elles observent le
mouvement continuel, car autrement
il ne s'engendre rien du tout,
ni dans la terre ni sur la terre, autrement
s'ensuivrait la ruine totale du
monde.
Il faut observer que l'eau étant distillée
& filtrée par les pores de la
terre perd son sel, elle s'édulcore
en passant par des lieux étroits,
& au travers des sables, de là viennent
les fontaines, les sources, les
minières, &c.
Ainsi pareillement, lorsque les
eaux passant par des endroits chauds,
sulfureux qui brûlent continuellement,
elles s'échauffent, de là proviennent
les eaux minérales & les

@

P H I L O S O P H I Q U E 79

bains chauds, dans lesquels lieux la
nature distille des mines de soufre,
& les sépare dans les entrailles de
la terre, & ces mines sulfureuses
s'allument par le feu central. L'eau en
courant par ces endroits ardents, elle
s'échauffe plus ou moins, selon qu'elle
s'en éloigne, & elle vient à la superficie
de la terre, & retient avec soi
la vapeur du soufre, tout ainsi que
fait toute forte de bouillon. Dans la
décoction des viandes, de même se
fait avec l'eau par les endroits de la
minière, soit sulfureuse ou alumineuse
qui retient en passant leur faveur.
Tel est donc le distillateur créateur
de toutes choses, entre les mains
duquel est ce distillatoire : à l'exemple
duquel, toutes les distillations
des Philosophes ont été inventées,
ce que Dieu même tout puissant &
miséricordieux a sans doute inspiré
aux hommes, qui pourra , lorsqu'il
lui plaira , ou éteindre le feu central,
ou casser le vaisseau, & ce
sera alors la fin de toutes choses.
Mais comme sa bonté divine tend
toujours au mieux , elle exaltera
quelque jour sa gloire, & rendra
ce feu le plus pur de tous, & donnera
D iv

@

80 D I S C O U R S

un degré plus fort au feu central,
afin que toutes les eaux s'élèvent
en l'air, & pour lors la terre
se calcinera, par ce moyen toute
l'impureté du feu étant consumée
rendra les eaux subtiles & circulées
en l'air de la terre pure, & par ainsi
le monde sera fait plus noble, s'il est
permis de parler ainsi.
Que les enfants de l'art sachent
que la terre & l'eau ont un seul
globe, & font toutes choses ensemble,
parce qu'ils sont des éléments
palpables, dans lesquels les deux
autres qui y sont cachés opèrent.
Le feu conserve la terre & l'empêche
d'être submergée ou dissoute ;
l'air conserve le feu afin qu'il ne s'éteigne
pas ; l'eau conserve la terre,
afin que le feu ne la brûle entièrement.
Cela doit suffire aux enfants
de l'art pour savoir en quelles choses
consistent les fondements des éléments,
& en quelle manière les Philosophes
ont observé leurs actions contraires,
conjoignant le feu avec la terre,
l'air avec l'eau, quoique lorsqu'ils
ont voulu quelque chose de noble,
ils ont cuit le feu, dans l'eau en
considérant qu'un sang était plus pur

@

P H I L O S O P H I Q U E 81

que l'autre, comme la larme est plus
pure que l'urine.
Il est donc évident, par ce que j'ai
dit, que l'élément de l'eau est le
sperme & le menstrue du monde,
& aussi le réservoir de la semence.

pict

C H A P I T R E XVIII.

De l'élément de l'air.
L 'A I R est un élément entier, très
digne dans sa qualité, très léger & invisible
en dehors ; mais en dedans
pesant, visible & fixe, il est chaud &
humide il est tempéré par le feu, il
est plus digne & plus noble que la
terre & que l'eau. Il est en vérité
volatil, mais il se fixe, & lorsqu'il est
fixé, il rend tout corps pénétrable.
De sa très pure substance ont été
créée les esprits vitaux & animaux,
le moins pur a resté dans la sphère de
l'air & a été élevé, & le restant, c'est-
à-dire, la partie la plus grossière a
demeuré dans l'eau, circulant avec
icelle, tout ainsi que le feu avec la
terre parce qu'ils sont amis. Cet élément
D v

@

82 D I S C O U R S

est très digne, & c'est le véritable
lieu de la semence de toutes choses ;
dans icelui la semence est ainsi
imaginée comme dans l'homme laquelle
ensuite, par le mouvement
circulaire, se jette dans son sperme.
Cet élément a la forme d'intégrité à
distribuer la semence à la matrice par
le sperme & le menstrue du monde.
Dans icelui est aussi l'esprit vital de
toute créature, joignant intimement,
pénétrant & contraignant la semence
aux autres éléments, tout ainsi que
l'homme fait aux femmes ; il les nourrit,
les imprègne, les conserve , &
témoin l'expérience par cet élément
non seulement vivent tous les animaux,
les végétaux & les minéraux,
mais aussi tous les autres éléments, &
toutes les eaux se putréfient & se
pourrissent sans du nouvel air, le feu
s'éteint si vous lui ôtés l'air (de là vient
que les Chimistes, par des registres,
distribuent le feu par l'air peu-à-peu
& par degré).
Les terres aussi sont conservées par
l'air, & finalement toute la machine
du monde et conservée par l'air, &
de même parmi les animaux ; car
l'homme périt quand on lui ôte l'air,

@

P H I L O S O P H I Q U E 83

Dans le monde rien ne croît sans la
force de l'air qui pénètre, altère &
amène avec soi la nourriture multiplicative.
Dans cet élément est imaginé la
semence par la vertu du feu, qui contraint
le menstrue du monde par cette
vertu occulte comme dans les arbres
& dans les herbes, lorsque par les
pores de la terre, par l'action de la
chaleur spirituelle le sperme sort avec
la semence & la vertu de l'air le contraint
& le congèle goutte à goutte,
& ainsi de jour en jour, de goutte en
goutte en croissant ils deviennent de
grands arbres.
Dans cet élément sont toutes choses
imaginables par l'imagination du feu,
lequel élément est plein de la vertu
divine ; car dans icelui est renfermé
l'esprit de Dieu, qui avant la création du
monde était porté sur les eaux, & volait
sur les ailes des vents. Il ne faut donc
pas douter qu'il n'ait laissé de sa vertu
divine dans cet élément : car Dieu a
orné cet élément de l'esprit vital de
toute création. Car dans cet élément
est renfermé la semence de toutes choses
dispersées dans le monde, auquel
dès la création a été d'abord renfermée
D vj

@

84 D I S C O U R S

cette force magnétique par le Créateur
du ciel & de la terre, laquelle
force, sil ne l'avait pas, il ne pourrait
attirer aucune nourriture, & la
semence demeurerait ainsi dans sa petite
quantité, & ne croîtrait point ni
ne multiplierait (mais comme la pierre
d'aimant attire le fer dur à soi en guise
de pôle arctique qui attire à soi les
eaux) ; ainsi l'air par l'aimant végétable,
qui est dans la semence, attire
à soi la nourriture du menstrue du
monde, c'est-à-dire, de l'eau.
Toutes ces choses se font par l'air
qui est le conducteur des eaux, & sa
force est renfermée & occulte dans
toute semence pour attirer l'humide
radical, laquelle vertu est toujours
dans chaque semence en la deux cents
quatre-vingtième partie.
Nous avons assez parlé de cet élément
qui est très digne & très noble,
dans lequel est la semence & l'esprit
vital, ou le domicile de l'âme de
toutes les créatures.

pict

@

P H I L O S O P H I Q U E 85

pict

C H A P I T R E XIX.

De l'élément du feu.
L E feu est un élément très pur, le
plus digne de tous, plein d'une onctuosité
adhérente & corrosive, pénétrant,
digérant, corrodant & très
adhérent, par dehors il est visible,
par dedans il est invisible, très fixe,
chaud & sec, & il est tempéré par la
terre.
Sa substance est la plus pure de
toutes les autres substances, & son
essence a été élevée avec le trône de
la divine majesté avant toutes choses
créées. Lorsque les eaux des cieux ont
été formées, comme nous l'avons
dit, de leur substance moins pure,
ont été créés Les Anges : de la moins
pure, de la très pure de l'air ont été
créés les luminaires & les étoiles.
Le moins pur, qui était encore dans
la sphère, a été élevé pour renfermer
les cieux ; & la substance impure &
onctueuse a été laissée par le très sage
Créateur dans le centre de la terre

@

86 D I S C O U R S

pour continuer le mouvement des
opérations, & l'y a renfermée, laquelle
nous appelons gêne.
Tous ces feux sont divisés, mais
ils ont contre eux une sympathie naturelle.
Cet élément le plus tranquille
de tous, & semblable à un chariot,
lequel court lorsqu'il est tiré, &
lorsqu'il ne l'est pas il reste tranquille,
il est aussi dans toutes choses imperceptiblement.
Dans cet élément sont les raisons
vitales & intellectuelles qui sont distribuées
dans la première infusion de
la vie humaine, laquelle est appelée
âme raisonnable, par laquelle seule
l'homme diffère des autres animaux,
& il est semblable à Dieu.
Cet âme est infusée d'une manière
divine dans l'esprit vital par ce feu
très pur élémentaire. C'est pourquoi
à cause de cette âme l'homme, après
la création de toutes choses, a été
créé en un macrocosme particulier.
Dans ce sujet de toutes choses, le
Dieu créateur a mis & placé son siège
& Sa Majesté, comme dans un sujet
très pur & fort tranquille, qui est
gouverné par sa seule volonté & sa
sagesse immense ; c'est pourquoi Dieu

@

P H I L O S O P H I Q U E 87

abhorre tout ce qui est impur, & rien
de tout ce qui est sale, taché & souillé
ne peut s'approcher de Dieu ; par
cette raison aucun mortel ne peut
voir ni entendre Dieu naturellement.
Car ce feu, qui est en la circonférence
de Dieu, & qui est le trône de
sa divine majesté, est si ardent & si pur,
qu'aucun oeil ne peut le pénétrer,
parce que le feu ne souffre point qu'aucun
composé s'en approche, parce
qu'il est la mort & la séparation de
tout ce qui est composé.
C'est un sujet fort tranquille (c'est
la vérité), autrement il s'ensuivrait
(dont la seule pensée serait absurde)
que Dieu ne pourrait pas reposer,
car il est très tranquille & d'un silence
que l'esprit humain ne peut comprendre ;
par exemple, dans la pierre à
feu où le feu est caché, & qui cependant
ne se fait point sentir, & ne paraît
pas jusqu'à ce qu'il soit excité
par le mouvement & soit allumé en
icelle afin qu'il paraisse.
Ainsi ce feu, dans lequel est placé
la très sainte majesté de notre Créateur,
ne se meut point, sinon de la
propre volonté du souverain Maître
de l'univers, lorsqu'il veut bien l'exciter,

@

88 D I S C O U R S

& alors il est transporté où sa
volonté veut qu'il se fasse sentir.
Car par la volonté de Dieu il se
fait un mouvement très véhément &
terrible ; nous avons un faible exemple
de cela dans les cours des Monarques
de la terre lorsqu'ils sont assis sur
leurs trônes en grande pompe ; quelle
tranquillité, quel silence n'y a-t-il pas
alors ? Et quand le Monarque vient à
se mouvoir, il se fait à l'instant un
bruit, un mouvement & un tumulte
universel, toute l'assemblée se remue
avec lui ; ainsi quand le Roi des Rois,
dont les Princes de la terre suivent
l'exemple, fait mouvoir son autorité,
quel mouvement alors, quel bruit &
quel tremblement ne se fait-il pas,
lorsqu'au tour de lui toute l'assemblée
céleste, les dominations, les puissances,
les vertus, les anges & les archanges
viennent à se mouvoir ?
Nota. Toutes ces choses sont manifestées
aux Philosophes & même par
la sagesse incompréhensible, beaucoup
de choses leurs sont inspirées qui sont
créées à l'exemple de la nature, &
par ces merveilleux arcanes, ils apprennent
que la nature suit en opérant
son modèle c'est-à-dire le ciel, &

@

P H I L O S O P H I Q U E 89

qu'il ne se fait rien sur la terre, sinon
à l'exemple de la monarchie céleste,
lequel exemple nous l'avons des divers
laboratoires des Anges ; ainsi rien
ne prend naissance, ni est engendré,
sinon naturellement, tous les artifices
proviennent des fondements de la nature.
Le Seigneur Dieu tout-puissant a
voulu manifester à l'homme toutes les
choses naturelles, & en outre il nous
a montré les choses célestes, même
qui sont faites naturellement, afin que
par icelles nous connaissions mieux
son absolue & incompréhensible puissance
& sagesse, toutes lesquelles choses
les Philosophes voient dans la lumière
de la nature comme dans un
miroir ; c'est pourquoi ils ont fait un
grand cas de cette science, non par la
cupidité de l'or ou de l'argent qui ne
sont pas l'objet de leurs recherches,
mais parce qu'elle donne la connaissance,
non seulement de toutes les
choses naturelles, mais aussi de la
puissance du Créateur même, & de
tout cela ils en ont parlé figurativement,
afin que les mystères de Dieu
par lesquels la nature est expliquée,
ne fussent jamais manifestés aux indignes,

@

90 D I S C O U R S

ce que vous comprendrez facilement
si vous savez vous connaître
vous-même, qui avez été créé non
seulement à la similitude du macrocosme
ou grand monde, mais encore à
l'image & ressemblance de Dieu même.
Vous avez donc dans votre corps
l'anatomie de tout le monde ; vous
avez dans le firmament la quintessence
des quatre éléments, tirée du cahos
des spermes dans la matrice & réservée
plus avant dans la peau ; vous
avez le très pur sang à la place du
feu, dans lequel le siège de l'âme
(ainsi qu'au Roi) est placé par l'esprit
vital : vous avec le coeur à la place de
la terre où le feu central opère continuellement
& retient cette machine
du macrocosme dans son être : vous
avez le pôle arctique, c'est-à-dire,
l'os ; vous avez aussi l'antarctique &
tous les membres correspondants aux
célestes. (Je pourrai peut-être parler de
cela dans un autre ouvrage d'une manière
beaucoup plus étendue, parce que j'ai
beaucoup de choses intéressantes & utiles
à dire qui surprendront mes lecteurs, &
répandront beaucoup de lumières sur tous
les arts qui peuvent être perfectionnés
beaucoup plus qu'ils ne le sont. Il n'est

@

P H I L O S O P H I Q U E 91

pas douteux qu'une grande perfection dans
les arts, qui sont la gloire des plus grands
Princes & la richesse d'un état, serait
une source inépuisable qui répandrait une
grande abondance dans la société).
La déité accomplit quelques choses
seulement que les Anciens ont réservé
pour les véritables enfants de l'art ;
j'ai voulu parler de cet arcane, afin
que l'incompréhensible puissance du
Dieu très haut éclaire davantage votre
coeur, & afin que ce même coeur
l'aime d'un amour plus ardent & l'adore
sans cesse jusqu'au dernier moment
de la vie.
Sachez donc que l'âme, dans le
macrocosme humain, tient la place
de son Créateur Dieu tout-puissant,
comme un Vice-Roi, laquelle est placée
dans l'esprit vital, & a son siège
dans le sang le plus pur & très pur
qu'on ne doit jamais tirer ; il faut seulement
le débarrasser de son impureté.
Cette âme gouverne l'entendement,
& l'entendement est le corps ; lorsque
l'âme conçoit quelque chose, l'entendement
fait toutes choses, tous les
membres entendent l'entendement &
obéissent à l'entendement, & attendent
avec ardeur pour accomplir sa

@

92 D I S C O U R S

volonté ; car le corps ne fait rien,
l'entendement (c'est-à-dire l'esprit)
donne la force & le mouvement au
corps.
Le corps sert à l'esprit, comme les
instruments servent à l'artiste, & l'âme
par laquelle l'homme diffère des autres
animaux, opère dans le corps.
Mais ses plus grandes opérations sont
hors du corps, parce que sa domination
hors du corps est absolue, & ainsi
diffère des animaux, parce que cette
âme raisonnable gouverne seulement
l'esprit & non l'âme de Dieu ; ainsi
pareillement notre Dieu opère dans
le monde les choses qui appartiennent
nécessairement au monde, & dans ces
choses il est renfermé dans le monde,
de là vient qu'il faut croire que Dieu
est partout.
Mais cette immense sagesse de Dieu
est exclue du monde & de son corps,
parce qu'elle opère hors du monde,
& s'imagine d'autres choses beaucoup
plus élevées & sublimes que le corps
du monde ne pourrait concevoir ;
ces choses sont surnaturelles, elles
sont aussi dans les secrets de Dieu
seul.
Comme nous avons l'exemple de

@

P H I L O S O P H I Q U E 93

l'âme, laquelle hors du corps s'imagine
des choses très profondes, &
par icelles est semblable à Dieu, qui
hors de son monde opère outre nature,
quoique ces choses soient aussi
comme une chandelle allumée devant
le soleil du plein midi, parce que
l'âme s'imagine des choses, mais elle
ne les exécute que par l'esprit : Dieu
au contraire exécute dans le même
moment tout ce qu'il s'imagine. Par
exemple, l'esprit s'imagine à Paris
d'être à Rome, à la Chine ou ailleurs,
ce qui se fait dans un clin d'oeil, mais
avec l'esprit seulement. Mais Dieu
fait tout cela essentiellement parce
qu'il est tout puissant.
Dieu donc n'est point renfermé
dans le monde, sinon comme l'âme
l'est dans le corps ; il a séparément sa
divine & absolue puissance de faire
d'autres choses incompréhensibles aux
hommes. Il a donc une très grande
puissance sur le corps s'il veut, autrement
notre philosophie serait vaine
& inutile.
Revenons à notre propos, & auparavant
observez que de tout ce que
je viens de dire j'apprends à connaître
Dieu autant que cela est possible

@

94 D I S C O U R S

l'homme, dont les connaissances sont
si bornées ; j'apprends aussi la différence
inexprimable qu'il y a du Créateur
à la misérable créature qui est
son ouvrage, laquelle ne peut subsister
que par sa bonté infinie. On
peut par ces raisons comprendre d'autres
choses plus grandes & plus sublimes,
si le Créateur qui nous a tirés
du néant, & qui est le père des lumières,
juge à propos de nous accorder
cette grâce, en l'invoquant
avec humilité : la porte est ouverte
pour cela ; les ténèbres se dissiperont,
& il ne sera pas difficile de s'introduire
dans l'auguste sanctuaire de la
nature pour y admirer les merveilles
du Créateur...
Je dis donc que l'élément du feu
est fort tranquille, & qu'il est excité
par le mouvement, laquelle excitation
a été connue des Sages. Il est
absolument nécessaire que le Philosophe
chrétien & non pas celui du monde
qui se décore si mal-à-propos d'un si beau
nom, sache la génération de toutes
choses & la corruption de cette génération,
auquel non seulement la
création du ciel est manifeste, mais
aussi la composition de toutes choses

@

P H I L O S O P H I Q U E 95

& le mélange d'icelles ; & quoique
les Philosophes sachent, pour ainsi
dire, toutes choses, cependant ils ne
peuvent pas faire toutes choses, ni
même la composition de l'homme
dans toutes les qualités & proportions,
& ils peuvent encore moins
lui infuser une âme.
Ce grand mystère est réservé à
Dieu seul, dont la puissance & les
secrets sont infinis ; mais ces choses
étant surnaturelles ne sont pas en la
disposition de la Nature ; elle n'opère
pas plutôt, sinon lorsqu'on lui donne
la matière.
La première matière vient du Créateur,
& la seconde du Philosophe ;
mais dans l'oeuvre des Philosophes la
Nature n'a qu'à exciter le feu, lequel
est renfermé par le Créateur dans le
centre de chaque chose : l'excitation
de ce feu se fait par la volonté de la
Nature, quelquefois par la volonté
du savant & industrieux Artiste qui
dispose la Nature.
Toutes les impuretés des choses
sont naturellement purifiées par le
feu ; tout composé est dissout par le
feu, comme l'eau lave & purge toutes
choses imparfaites non fixes,

@

96 D I S C O U R S

comme le feu purge toutes les choses
fixes ; & par le feu elles sont perfectionnées,
comme l'eau conjoint
tout ce qui est dissout : ainsi le feu
sépare tout ce qui est conjoint ; &
tout ce qui est de sa nature & propriété,
il le purge très bien & l'augmente
en vertu.
Cet élément agit d'une manière
admirable & occultement dans les
autres éléments & dans toutes choses :
car comme l'âme est composée de ce
feu divin & très pur , ainsi le végétable
l'est du feu élémentaire qui est
gouverné par la Nature. Cet élément
agit dans le centre de quelque chose
que ce soit de cette manière.
La Nature donne le mouvement,
excite l'air ; & l'air excite le feu, &
le feu sépare, purge, digère, colore
& fait mûrir toute semence, & étant
mûre la fait sortir, & la chasse par
le sperme en divers lieux ou matrices
pures ou impures, plus ou moins
sèches ou humides ; & par ainsi, selon
la disposition de la matrice, se forment
diverses choses dans la terre,
& autant de lieux sont autant de matrices.
Ainsi le Créateur Dieu très puissant
a

@

P H I L O S O P H I Q U E 97

a ordonné toutes choses afin que
l'une soit contraire à l'autre, & que
pourtant la mort de l'une soit la vie
de l'autre ; que ce que l'un produit
l'autre le consume ; & soit produite
une autre chose de ce qui est consumé,
plus noble & naturellement, & ainsi
est conservée l'égalité des éléments ;
& de cette manière la séparation de
toutes choses, principalement des
choses vivantes, est une mort naturelle.
C'est pourquoi il faut que l'homme
meure naturellement : pour cet effet
le composé de quatre éléments est
sujet à la séparation, attendu que
tout composé se sépare naturellement :
mais cette séparation du composé
de l'homme doit se faire seulement
au terrible jour du jugement ;
car dans le Paradis terrestre l'homme
était immortel, ce que tous les Théologiens
& la sainte Ecriture même
témoignent.
Cependant aucun Philosophe jusqu'aujourd'hui
ne nous a donné aucune
raison suffisante de l'immortalité,
laquelle les enfants de l'Art doivent
savoir, afin qu'ils voient comment
toutes ces choses se font naturellement,
Tome II. E

@

98 D I S C O U R S

& qu'ils puissent les entendre
très facilement.
Il est vrai & très vrai que tout
composé de ce monde est sujet à corruption,
& qu'il peut être séparé,
laquelle séparation dans le règne
est appelée mort ; & l'homme
étant aussi composé des quatre éléments,
qui pouvait être immortel,
que cela se fasse naturellement, il est
très difficile à croire : au contraire
on a regardé cela jusqu'aujourd'hui
comme une chose surnaturelle.

pict

C H A P I T R E XX.

Description du Paradis terrestre.
L E Seigneur a inspiré aux Philosophes
plusieurs siècles avant, que la
mort de l'homme était naturelle.
Le Paradis terrestre est un certain
lieu créé par le Créateur de toutes
choses, des véritables éléments non
élémentés, mais très purs & dans un
équilibre parfait, & toutes choses
créées dans ce Paradis sont incorruptibles.
Là a été créé aussi l'homme des
mêmes éléments incorruptibles assemblés
dans un juste équilibre & dans

@

P H I L O S O P H I Q U E 99

une égalité parfaite, afin qu'en aucune
manière il ne pût se corrompre ;
c'est pourquoi il fut consacré à l'immortalité,
parce que Dieu, sans
doute, avait créé ce Paradis pour
les hommes seulement ; mais ensuite
par le péché de désobéissance ayant
transgressé les commandements de
Dieu, le Créateur de toutes choses,
l'homme fut chassé du Paradis & relégué
en ce monde corruptible élémenté
que Dieu avait créé pour les
bêtes ; & il fut obligé, ne pouvant
pas vivre sans nourriture, de prendre
sa nourriture des éléments élémentés
& corruptibles, par laquelle
nourriture les éléments purs étaient
infectés.
De cette manière il a décliné peu-
à-peu, & il est tombé dans la corruption,
de sorte qu'une qualité a
vaincu & surmonté l'autre, tout le
composé a été ruiné par des infirmités,
& finalement la séparation étant
survenue, il s'en est ensuivi la mort.
Après cela, se sont encore plus
approchés de la corruption & de la
mort ceux qui ont été créés dans les
éléments déjà corrompus, & d'une
semence corrompue & hors du Paradis
E ij

@

100 D I S C O U R S

terrestre, parce que la semence
qui provient des nourritures corrompues
ne peut pas être perdurable ; &
tant plus long temps il y a que l'homme
a été chassé du Paradis terrestres, d'autant
plus les hommes s'approchent
de la corruption.
De là vient que la vie est plus
courte, & il arrivera à la fin que
la procréation ou génération humaine
cessera à cause de la brièveté de la
vie des hommes.
Il y a pourtant des endroits où l'air
est meilleur, & où les astres sont plus
favorables ; là, c'est-à-dire, dans ces
pays, les natures ne se corrompent
pas sitôt, parce que les hommes se
gouvernent mieux ; mais dans beaucoup
de climats la débauche, le dérèglement
de la vie & tous les excès
auxquels se livrent les hommes sensuels,
causent plus promptement la
corruption, les maladies & la mort,
& l'expérience nous fait voir tous
les jours que les malheureux enfants
qui sont nés de la semence de parents
impurs & accablés de maladies, ne
vivent pas longtemps.
Mais si l'homme avait eu le bonheur
de demeurer autant pour lui
comme pour sa postérité dans un

@

P H I L O S O P H I Q U E 101

lieu convenable à sa nature, où les
éléments incorruptibles sont tous vierges,
il aurait été éternellement immortel,
car il est certain que où les
éléments purs sont conjoints en vertus
d'égalité, ce sujet doit être incorruptible,
& telle doit être la pierre des
Philosophes : par les anciens elle a été
comparée à une telle création de
l'homme ; mais les Philosophes modernes
l'entendant à la lettre, tendent
à la génération corrompue de
ce siècle.
Cette immortalité a été la principale
cause pour laquelle les Philosophes
se sont grandement appliqués
à chercher cette pierre divine ; car
ils ont su que l'homme avait été
créé de tels éléments entiers. Ils ont
donc beaucoup médité sur cette création,
laquelle ayant connu être naturelle,
ils commencèrent à examiner
& tâcher de trouver des moyens
pour avoir ces éléments incorruptibles,
ou s'ils pouvaient les conjoindre
& les infuser dans quelque sujet,
auxquels le Seigneur inspira que la
composition de tels éléments était
dans l'or, parce qu'il est impossible
qu'elle se fasse dans les animaux
E iij

@

102 D I S C O U R S

parce qu'ils sont obligés de substanter
leur vie avec des éléments corrompus.
Elle ne se trouve pas aussi dans
les végétaux, parce que dans iceux
règne l'inégalité des éléments : &
toutes choses créées inclinant à la multiplication,
les Philosophes ont conclu
que cette possibilité de la nature
ne pouvait se trouver que dans le
règne minéral, & s'étant proposés
d'en faire les expériences, ils ont
trouvé cette possibilité, laquelle étant
découverte, ils ont reconnu que la
nature renfermait une infinité d'autres
arcanes, lesquels étant des secrets
de Dieu, ils n'en sont pas venus aux
expériences mais ils se sont contentés
d'en avoir la connaissance.
Le composé doit tomber par l'élément
de l'eau, & le feu qui est en
puissance dans les autres éléments, savoir
dans la terre & dans l'air s'unissent
ensemble, & étant conjoints se
rendent vainqueurs de l'élément de
l'eau, & la digèrent, la cuisent, & finalement
la congèlent, & de telle
manière la nature aide la nature.
Car si le feu central caché, qui
était privé de la vie, se trouve le
vainqueur, il agit dans ce qui lui
est plus prochain & plus pur, étant

@

P H I L O S O P H I Q U E 103

lui-même très pur, & il se conjoint
avec lui ; alors & de cette manière il
est le vainqueur de son contraire, il
sépare le pur de l'impur ; il s'engendre
ensuite une nouvelle forme ; & s'il
est encore aidé, la forme qu'il prend
de nouveau devient meilleure que la
première.
Il arriva souvent que par le génie
& l'esprit d'un savant artiste, on peut
faire des choses immortelles, principalement
dans le règne minéral. Ainsi
toutes choses se font par le feu & par
le régime du feu, & prennent d'icelui
leur être. Si vous m'entendez vous
serez heureux; je vous parles assez
clairement, c'est à vous à profiter
d'un si bon conseil.

pict

C H A P I T R E XXI.

Undique terror. Sur les dangers de la rage & des poisons

J E me crois indispensablement obligé
par mon état de veiller à la santé des
hommes, & de leur dire mon sentiment
sur les dangers de la rage & des
poisons, en offrant des secours très
efficaces à ceux qui n'en pourront pas
E iv

@

104 D I S C O U R S

trouver ailleurs. Comme on a tout à
appréhender à chaque instant des terribles
effets de la rage & des poisons
qui n'affligent que trop souvent l'humanité,
ceux qui auront le malheur
d'être attaqués de ces accidents si funestes,
pourront se procurer leur guérison
avec les remèdes suivants.

Arcane très puissant contre les poisons
les plus dangereux & la morsure des animaux enragés.
Il y a de grandes découvertes dans
la Chimie qui sont trop utiles à l'humanité
pour les laisser plus longtemps
dans les ténèbres & l'oubli, ce serait
faire un crime envers Dieu & un
grand tort aux hommes, en ne les
avertissant pas qu'ils peuvent qe procurer
le plus grand remède de la médecine
dans leurs pressants besoins, &
dans les dangers évidents où ils peuvent
se trouver de perdre la vie par
des accidents imprévus, pour se garantir
promptement de tous les poisons
les plus dangereux de la nature,
& se guérir lorsqu'ils auront le malheur
d'être empoisonnés ou mordus
des animaux enragés lorsqu'ils y penseront
le moins, cela n'arrive que
trop souvent dans tous les pays.

@

P H I L O S O P H I Q U E 105

La vertu de l'arcane que j'ai est si
puissante, qu'elle guérit radicalement
la rage des hommes & celle des animaux ;
c'est une thériaque, la plus
puissante & la plus souveraine de toutes
les thériaques contre tous les venins
des animaux, des végétaux & des
minéraux, elle les éteint & les détruit
entièrement. Avec cet arcane on
change une matière venimeuse, ainsi
que la nature des venins & des poisons
les plus violents en une médecine
salutaire qu'on peut prendre sans le
moindre danger, puisque c'est un remède
efficace pour se guérir.
Il y a plus de trente ans que j'en ai fait l'épreuve sur moi-même ; personne
n'ignore que l'arsenic est un poison
des plus corrosifs, je changeai sa nature
en une médecine salutaire, dont
je fis ensuite l'expérience sur moi-
même sans être malade, pour me
convaincre par son effet, que j'examinai
avec la plus grande attention,
de l'excellence du remède que j'avais
préparé. Si je n'avoir pas été aussi
certain que je l'étais de son efficacité,
il est bien sûr que je n'aurais pas fait
l'épreuve d'un poison aussi corrosif
sur ma personne. Je l'aurais plutôt
E v

@

106 D I S C O U R S

fait sur les animaux pour éviter le
danger, & m'assurer de l'effet de l'arsenic
que je savais n'être plus un poison
dangereux, mais un bon remède.
Cet arcane, c'est-à-dire mon remède
contre la rage, est un grand
cordial & un céphalique très souverain,
sa vertu surpasse celle de tous
les remèdes sublunaires ; elle égale
celle de l'or potable ; c'est pourquoi
on en peut faire usage dans toutes les
maladies, puisqu'il sert pour prolonger
la santé & la vie jusqu'au terme le
plus reculé.
Il est parfaitement bon contre la
peste, la petite vérole & toutes les
maladies les plus contagieuses si on
s'en sert dans un temps de calamité ;
en un mot, quiconque prendra de cet
arcane si souverain, ne pourra jamais
être empoisonné par aucun scélérat,
ni par quelque poison que ce soit,
parce qu'il sera bientôt guéri, quoiqu'il
soit prêt de mourir.
Comme il n'est pas possible qu'une
aussi belle découverte puisse jamais
tenir un rang dans la classe des remèdes
ordinaires les plus accrédités, &
qu'au contraire elle est un chef-d'oeuvre
de l'art de la médecine, & un

@

P H I L O S O P H I Q U E 107

remède d'état bien précieux par son
importance & son utilité, en guérissant
la rage & les poisons ; c'est pourquoi
il est bien juste qu'elle soit également
un chef-d'oeuvre de la reconnaissance
de ceux qui auront le malheur
d'être dans un état évident de
perdre la vie par les poisons des scélérats,
dont le nombre est si grand,
ou par la morsure des animaux enragés,
ce qui est fréquent, & dont personne
n'est exempt dans la meilleure
santé.

Réflexions à faire sur les dangers de la
rage & des poisons.
Contre les coups du sort, songe à te maintenir
De loin dans le présent, regarde l'avenir.
Non habet eventus sordida praeda bonos.

La morsure des chiens enragés est
une maladie si effrayante, qu'il n'y
en a pas une plus grande à redouter à
cause de ses terribles effets ; elle a
rempli de terreur tous les peuples
qui nous ont précédés, parce qu'ils
ont vu comme nous le voyons encore
par une triste expérience, que
la personne la plus paisible en santé
E vj

@

108 D I S C O U R S

qui a eu le malheur d'être attaquée de
ce venin mortel, est devenue tout
aussitôt transportée des accès de la
fureur la plus violente, & se jette,
dans le délire qui trouble son cerveau,
aussi bien sur sa famille, comme
sur ses meilleurs amis, pour les dévorer
impitoyablement.
Fût-il jamais un destin plus cruel,
puisqu'il nous réduit à la condition
humiliante des bêtes les plus féroces,
lesquelles dans le transport de leur
fureur & de la rage qui les animent,
courent de tous côtés pour étrangler
& dévorer les hommes & les animaux
qu'elles rencontrent ?
L'impie Nabuchodonosor, ce Roi si
puissant de Babylone, quoique dépouillé
de sa royauté & dégradé de
sa dignité d'homme par l'ordre de
Dieu, pour vivre misérablement avec
les animaux dans les forêts, n'eut pas,
à beaucoup près, un sort aussi
heureux que celui d'un enragé, puisqu'on
est forcé de le faire mourir ,
quelque cher qu'il puisse être a sa famille
& à ses amis, pour se préserver
d'un pareil accident pour lequel le
remède est inconnu.
Vivement pénétré d'un état si déplorable

@

P H I L O S O P H I Q U E 109

qui avilit l'homme, quand
même il serait plus puissant que Nabuchodonosor,
en le mettant pour
ainsi dire au-dessous des plus vils
animaux, les plus habiles Médecins se
sont empressés d'étudier ce genre de
maladie, aussi bizarre dans ses cruels
effets, qu'il est intéressant pour secourir
leurs semblables, & se préserver
eux-mêmes d'un fléau beaucoup plus
terrible que la peste la plus dangereuse ;
mais après avoir recherché
avec soin & inutilement la nature de
cette affreuse maladie qui porte la terreur
chez tous les hommes les plus
courageux, ils ont avoué ingénument,
& avec douleur, qu'ils ignoraient
une cause dont les effets toujours
malheureux ne se montraient
qu'à nos sens.
Il n'est pas difficile de former le
pronostic de cette maladie funeste, il
suffit d'examiner & de se rappeler
en même temps les tristes événements
qu'on voit arriver dans tous les pays,
puisqu'en effet, depuis la naissance de
la Médecine qui est si ancienne, jusqu'à
nos jours, les plus grands maîtres
de l'art n'ont cessé de gémir
avec raison sur le fort cruel de ceux

@

110 D I S C O U R S

qui ont été mordus des chiens véritablement
enragés, ils nous assurent qu'on
ne peut pas citer aucun exemple bien
constaté de la guérison de ceux qui
sont reconnus pour être hydrophobes
c'est-à-dire, qui craignent l'eau : (les
hydrophobes fuient l'eau, ils l'ont en
aversion, parce qu'ils s'imaginent voir en
icelle la personne on l'animal, qui les a
mordus & qui vient encore avec fureur
pour les dévorer) mais il est encore bien
plus fâcheux de voir qu'après tant
de siècles écoulés, témoins du mauvais
succès des remèdes qu'on a fait
jusqu'ici, on n'en a pas trouvé un
seul dans le grand nombre de recettes
qu'on trouve imprimées dans les
livres de Médecine, & qu'on assure
être spécifiques pour la rage ; mais
très inutiles pour l'hydrophobie.
Nous avons, dit un savant Médecin
qui aime l'humanité, dans l'Histoire
des Venins des raisons de ne point
désespérer, de trouver un jour l'antidote
qui convient à la rage, & aux
maladies qui ont passé jusqu'à présent
pour être incurables ; & par conséquent
de leur appliquer à toutes ce
que le grand Boerhave ne dit ici que
de l'hydrophobie ; car je suis fortement

@

P H I L O S O P H I Q U E 111

persuadé que la même Providence,
qui a permis que les hommes fussent
affligés & tourmentés par des maux
si grands, a pris soin de mettre à leur
portée les remèdes qui leur sont appropriés.
Pourquoi donc, s'écrie-t-il,
ne nous flatterions-nous pas de les
découvrir, si nous apportons à leur
recherche toute la prudence, l'étude,
le zèle & toute l'industrie qu'elle
exige ?
Encouragé par cette façon de penser,
qui est si louable & animé du
même zèle des grands Médecins qui
m'ont précédé, j'ai cherché à mon
tour à me rendre utile, non seulement
à l'humanité actuelle, mais encore
à tous nos descendants ; j'espère
que mon travail leur sera aussi agréable
qu'il leur sera utile, puisque je
n'ai rien épargné pour faire une si
belle découverte qui mérite la plus
sérieuse attention des Souverains &
des sujets.
Dans une aussi juste persuasion,
ayant beaucoup médité sur la nature
des Venins, qui sont si dangereux &
surtout quand ils sont employés par
des scélérats, ce qui n'est que trop
fréquent ; & pour nous garantir de

@

112 D I S C O U R S

leurs funestes effets, j'ai trouvé les
plus grands remèdes dans les trois
règnes, contre tous les poisons &
même les plus dangereux , afin de
garantir la vie des hommes des embûches
secrètes des lâches empoisonneurs,
qui sont les ennemis cachés
du genre humain, & beaucoup plus
des riches que des misérables qui n'ont
rien à perdre.
Je crois devoir rappeler ici en
abrégé ce que j'ai écrit sur les Venins
dans un livre intitulé : Dissertation
physico-médicale sur les causes de plusieurs
maladies dangereuses & sur les
propriétés d'une liqueur purgative & vulnéraire,
qui est une pharmacopée presqu'universelle,
dédiée à son Altesse
Royale & Electorale Madame l'Electrice
de Bavière, dont j'ai l'honneur
d'être le premier Médecin du Corps,
& qui a été imprimée en 1758, avec
privilège du Roi, chez Claude Hérissant,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve
Notre-Dame, à Paris.
Cette Dissertation se trouve chez moi & non ailleurs.
J'ai dit dans ma Dissertation physico-médicale,
tout ce qui dérange
l'économie du sang & des humeurs,

@

P H I L O S O P H I Q U E 113

tout ce qui peut corroder les différentes
parties du corps & arrêter le
cours des esprits, ou exciter les mouvements
les plus violents est un venin.
Il y en a de plusieurs espèces ; leur
action est de causer des maux déplorables
qui ne finissent souvent que
par la mort ; il y en a qui rongent &
qui ulcèrent tous les solides par leurs
sels piquants & corrosifs, ce qui cause
bientôt des mouvements convulsifs, la
gangrène, & termine ensuite la vie
malheureuse des malades.
D'autres coagulent le sang ; le venin
de la petite vérole est de cette nature,
il arrête le cours des esprits & agit
dans nos liqueurs comme sont les
venins de la vipère, du scorpion,
du crapaud & d'un chien enragé, qui
est le plus dangereux de tous en les
transmuant dans leur nature.
On ne saurait trop dire combien
le venin d'un chien enragé est à craindre
lorsqu'il vient à fermenter, comme
fait la bière, le vin de Champagne
ou toute autre liqueur semblable. Il
allume un feu dévorant dans le sang,
dans la bile, & dans les humeurs
qu'on ne peut pas éteindre ; il fait
sentir au malade l'excès de la fureur

@

114 D I S C O U R S

la plus violente, comme s'il était
dans une fournaise ardente ; il fait de
la personne la plus tranquille en santé,
une bête si féroce en maladie, qu'on
est forcé de la mettre aussi tôt dans les
fers, comme les animaux les plus
cruels, pour éviter d'en être égorgé
ou mis en pièces, parce que dans
cette affreuse maladie, un enragé dans
le délire des convulsions les plus horribles
qui troublent son imagination,
cherche à dévorer tout ce qu'il peut
rencontrer.
Il ne connaît pas plus ses parents
que ses meilleurs amis ; il s'imagine
qu'en les mordant il soulagera son mal,
qui est inexprimable, & qui finit ordinairement
par la mort la plus violente.
Ce sont là les accidents les plus
fréquents de ce venin secret qui se
cache à nos yeux , & qu'on reconnaît
cependant aux effets bizarres qu'il
produit pour le malheur de l'humanité
qui doit redouter un pareil accident.
Ce tableau doit être effrayant pour
tout le monde en général ; mais il
l'est bien davantage pour la famille
affligée, & pour les amis désolés d'un
enragé qui leur est si cher, auquel

@

P H I L O S O P H I Q U E 115

malgré le désir qu'on a de le conserver,
on est forcé de donner la mort,
quand on ne connaît pas le remède
qui pourrait le guérir.
On sait que l'air est le domicile &
le soutient de plusieurs matières hétérogènes,
comme des bonnes & des
mauvaises vapeurs, des exhalaisons,
du nitre, du soufre, &c.... & par
cette raison il devient la scène d'un
grand nombre de météores, dont les
prodiges en tout genre étonnent nos
regards.....
Celui qu'on respire d'un malade
attaqué de la peste ou d'autres maladies
contagieuses, ne manque pas
d'infecter le sang, aussi bien qu'un
venin inséré dans ce précieux fluide,
par la morsure ou la piqûre de quelque
animal venimeux.
En examinant de près & avec beaucoup
d'attention ce que c'est que
cette séparation qui se fait dans la
maladie de la petite vérole qui est
si contagieuse, on trouve bientôt
que ce n'est autre chose que le soufre
& l'excrément du sang, ou la partie
gangrenée de ce même sang qui est
dépouillée de la mumie, & de ce
baume par l'action du venin qui est

@

116 D I S C O U R S

de soi terrestre, plein de crasse, cru
& incuit, très infect & corrompu,
parce que le mercure & le soufre qui
sont unis dans une humeur visqueuse,
n'ont jamais pu être dépures d'une
aquosité immonde & froide qui coagule
tous les fluides, & brûle les
solides, quand le poison est volatil,
comme l'arsenic, l'eau-forte, & les
autres poisons de cette espèce qui
ulcèrent & corrodent toutes les parties
qu'ils attaquent avec leurs sels
âcres, venimeux & piquants, qui
causent l'inflammation, la gangrène
& la mort à ceux qui sont empoisonnés
ou mordus d'un chien enragé.
La rage est un venin très difficile à
dompter, & d'autant plus dangereux,
qu'il surpasse de beaucoup par sa très
grande activité qui est au-delà de tout
ce qu'on peut dire tous les autres
venins les plus contagieux. A peine
a-t-on été mordu d'un chien enragé,
plus ou moins malade, c'est-à-dire,
qui a un degré de venin plus ou moins
grand, âcre ou corrosif, & qui agit
en conséquence plutôt ou plus tard,
qu'il passe en grande ou petite quantité
avec autant de rapidité qu'un
éclair, ou qu'un oiseau qui voyage dans

@

P H I L O S O P H I Q U E 117

l'air ou toute autre chose, selon que la
morsure est grande ou petite, dans
toutes les parties du corps, où il ne
tarde pas d'établir son cruel & funeste
empire, & de faire éprouver ses terribles
effets par l'ardeur d'un feu brûlant
gui dévore les malades jusqu'au
dernier moment de leur vie.
Il n'est pas facile de déterminer
avec la dernière exactitude le caractère
& la qualité d'un tel venin, parce
qu'il n'est pas visible. Cependant si on
en juge par ses dangereux effets, on
pourra s'assurer qu'il a une qualité
sulfureuse, également putride, qui
peut se multiplier autant que la lumière,
étant aussi de sa nature fort
acre & très caustique, capable par
conséquent d'infecter tous les fluides
par une corruption sphacéleuse, &
d'ulcérer tout de suite toutes les parties
du corps qu'il attaque en très
peu de temps, ce qui cause quelque-
fois la mort dans les premiers accès,
selon le tempérament du malade,
qui a naturellement le sang plus ou
moins échauffé, comme cela arrive
chez les nations que le soleil brûle
& noircit par la vive ardeur de ses
rayons & où par cette raison, le

@

118 D I S C O U R S

danger est beaucoup plus grand à
cause de la chaleur excessive qui cause
plutôt l'inflammation dans la bile,
dans le sang & dans les entrailles.
Malgré la peinture effrayante que
présente à nos yeux ce genre de maladie,
& beaucoup plus encore à
celui qui est attaqué de la rage ; je
lui conseille, puisqu'il est maintenant
assuré d'avoir le remède qui doit le
guérir dans le plus horrible état où il
puisse être réduit, de bannir promptement
de son coeur le chagrin & l'inquiétude,
parce qu'ils sont mortels.
La peur est capable d'augmenter son
mal qui n'est déjà que trop grand pour
l'accabler & le conduire au tombeau.
Il est certain que l'âme, qu'on peut
comparer dans cette occasion aux
matelots qui sont exposés à la plus
violente tempête, ne peut agir sans
faire des efforts plus ou moins considérables,
comme font les soldats courageux,
pour vaincre leurs ennemis
dans une bataille sanglante, & ces
efforts font une forte détention qui la
tiennent, pour ainsi dire, ferme &
raide ; en sorte que le désespoir venant
à la relâcher, il lui ôte la puissance
d'agir pour sa conservation.

@

P H I L O S O P H I Q U E 119

Il faut donc de toute nécessité
quand on est malade, avoir beaucoup
plus de courage qu'on n'en n'a jamais
eu ; & pour le certain on n'obtiendra
pas le santé qui est le plus grand de
tous les biens, si l'âme ne fait quelque
grand effort, & même un effort héroïque
pour ranimer les esprits languissants,
& les mettre tout de suite,
en état de surmonter les plus grands
obstacles, comme font le Guerriers
lorsqu'ils combattent dans les champs
de la gloire ; & cet effort magnanime
que j'exige absolument du courage
des malades, fera d'autant plus facile
à faire, puisqu'on doit savoir à présent
qu'il a plu à la divine Providence
de faire connaître un remède certain pour
la guérison radicale de ceux qui ont été
mordus par des animaux enragés ou
empoisonnés par des ennemis secrets.
Si le venin a déjà attaqué le cerveau,
en transportant de fureur le
malade par sa qualité de venin, le
remède opposé, c'est-à-dire, mon arcane,
qui est le plus puissant de tous les
antidotes dont le secret n'a pas été connu
jusqu'à présent, y rétablira le calme,
lorsque la substance venimeuse dans

@

120 D I S C O U R S

laquelle était renfermé le venin, sera
dépouillée de ses excréments corrosifs.
S'il a agité le sang par un grand
feu, s'il a attaque les nerfs par des
violentes convulsions, il ne les agitera
plus quand les pointes des sels
qui les agitaient auront changé de
forme & de nature par l'action de
l'antidote qui les aura détruits, en les
arrondissant comme un ouvrage qui
est très poli & doux au toucher.
Après avoir donné une légère idée
de la nature de quelques venins & de
leurs effets toujours pernicieux, sur
lesquels j'aurais tant de choses à dire,
parce que la matière est vaste, profonde
& des plus intéressantes pour
l'humanité, soit à cause des venins,
dont on est si souvent attaqué sans
le savoir, soit à cause des empoisonneurs
secrets, dont le nombre n'est
certainement pas petit, & que la sagesse
des lois, à l'égard de ceux qu'on
peut découvrir, fait jeter avec raison
dans des feux ardents, pour réduire
en cendres ces monstres vomis par
l'enfer, pour le malheur de l'humanité
& surtout si dangereux aux
grands de la terre, qui ne font pas
toujours

@

P H I L O S O P H I Q U E 121

toujours sur leur garde comme ils le
devraient être.
Cette matière n'ayant pas été suffisamment
examinée mérite l'attention
la plus sérieuse : il importe infiniment
de connaître en particulier la nature
de chaque venin, mais il importe
bien davantage de connaître l'antidote
de ces venins dangereux ; & je
puis assurer que je connais parfaitement
l'antidote de chaque venin qui fait périr
non seulement les hommes, mais encore
les animaux, comme les boeufs, les vaches,
les moutons & autres... Cette
maladie désole l'Europe depuis très
longtemps & cause des pertes immenses,
parce qu'on ne connaît pas
le remède en le sortant des ténèbres
où il est caché, depuis tant de siècles
ce sera alors (si cela arrive) une des
plus grandes découvertes qu'ait pût
faire un Médecin pour préserver les
hommes des venins, également de la
méchanceté des empoisonneurs, &
les animaux de leurs maladies, dont
la perte a ruiné tant de pays, & continuera
de les ruiner jusqu'au moment
où le remède sera connu & mis
au jour, comme je peux le faire si les
hommes savent récompenser un travail
Tome II. F

@

122 D I S C O U R S

aussi utile entrepris pour les secourir dans
leurs besoins.
C'est donc aujourd'hui un avantage
des plus grands pour le Monarque
& ses sujets qui auront le malheur
d'être empoisonnés ou mordus des
animaux enragés, souffrent les douleurs
de la mort la plus violente sans
avoir aucun espoir de guérison, d'être
avertis que le remède est trouvé, &
qu'ils peuvent se procurer une guérison
certaine dans un état si désespéré
dont personne n'est exempt.
L'Histoire nous apprend qu'un Roi
des Indes mourut dans les plus grands
accès de cette maladie, parce qu'il
avait été mordu par un chien enragé.
En pareil cas, il est bien à désirer
qu'un pareil remède soit connu &
mis en usage.
Mais, dira-t-on, par quelle fatalité
les découvertes les plus utiles ne
réussissent-elles pas ordinairement
dans certains pays ? C'est que l'implacable
jalousie, la cupidité & la
méchanceté de ceux qui sont les ennemis
du genre humain, opposent
tant d'obstacles à ceux qui aiment le
bien public, soit pour se les approprier
injustement, ou pour les empêcher

@

P H I L O S O P H I Q U E 123

de réussir à secourir leurs
semblables, qu'à la fin ils les découragent,
malgré le désir sincère qu'ils
ont de servir utilement leur patrie.
Il n'en est pas de même chez un
peuple sage & vertueux qui fait apprécier
le mérite, parce qu'en récompensant
les travaux utiles, il en
retire tous les avantages ; c'est pourquoi
un Etat éclairé augmente toujours
sa propriété sur la ruine d'un
autre : ainsi va le monde.
Je crois qu'il n'est pas hors de propos
de dire ici que toutes les découvertes,
comme tous les remèdes,
paraissent souvent très simples aussitôt
qu'on en connaît leur composition.
Cela est vrai, & celui que j'ai
pour la rage est de cette nature ; mais
il faut convenir en même temps que
l'embarras ou la grande difficulté a
été de le chercher très longtemps
avant de le trouver, & qu'il en a
coûté beaucoup de travaux & de
dépenses pour réussir, & le faire
connaître ensuite à ceux qui ont fait
d'inutiles recherches, & aux malades
qui en ont besoin & qui ne le connaissaient
pas, sans quoi il n'est pas
F ij

@

124 D I S C O U R S

douteux qu'on s'en serait servi avec
le même succès que je m'en suis servi.
Dans ce cas-là il est certain que tous
les malades qu'on a été obligé &
même forcé de faire périr depuis tant
de siècles, n'auraient pas causé une
si grande désolation dans les familles
& une si grande terreur parmi toutes
les nations.
Par toutes les raisons que je viens
de dire, je ne peux pas ignorer combien
ce remède est précieux ; je sais
en même temps tous les services importants
qu'il rendra à l'humanité présente
& future, en guérissant ceux
qui n'auraient plus de droit à la vie,
étant mordus des animaux enragés,
également ceux qui seraient empoisonnés
ou attaqués de quelque venin
mortel.
On a bien raison de chercher un
spécifique qui aie des vertus pareilles
au mien : je souhaite beaucoup qu'on
puisse réussir ; en attendant, comme
mon antidote est trouvé, je ne refuserai
pas d'en céder le secret à quelqu'un
qui jugera à propos de le rendre
public, ou qui voudra s'en servir
pour en retirer tous les avantages

@

P H I L O S O P H I Q U E 125

qu'un remède unique pour la rage &
les poisons les plus dangereux, doit
nécessairement procurer de la part
des riches qui seront attaqués de ce
fléau.
Tous ceux d'ailleurs qui seront
prudents, seront charmés de se munir
de ce remède en cas d'accident ; mais
je ne le céderai jamais qu'à un homme
très riche, & surtout très généreux,
qui voudra se le procurer, par ce qu'il n'est
pas juste que j'aie travaillé en vain &
dépensé mon bien à pure perte pour faire
des heureux qui seraient indignes d'un si
grand bienfait s'ils étaient ingrats.
Mon arcane est un chef-d'oeuvre de l'art d'un Médecin expérimenté, par la
même raison il doit être également un autre
chef-d'oeuvre de la reconnaissance des
hommes, sans quoi ils se puniront eux-
mêmes en me forçant, par leur ingratitude,
de laisser une si belle découverte
qu'on a cherché dans les temps les plus
reculés, & qu'on cherche encore aujourd'hui
dans les ténèbres & dans l'oubli,
selon l'exemple du figuier de l'Evangile
qui fut maudit, arraché & jeté au feu
parce qu'il ne portait pas du fruit.
Je termine cet article sur la rage,
F iij

@

126 D I S C O U R S

les poisons & les venins, en donnant
les propriétés d'un topique, qui est
un grand remède pour se préserver
des venins & se guérir quand on en
est attaqué. Il sert également à faire
connaître au Médecin, comme au malade,
s'il y a du venin dans une maladie,
& s'il y en a ce topique l'attirera
bientôt, & le fera sortir promptement
du corps du malade.

pict

C H A P I T R E XXIII.

Topique éprouvé pour se préserver des
venins & attirer celui qui est dans le corps.
O N portera ce topique suspendu au
col avec un ruban. II doit être appliqué
sur l'estomac ou sur le coeur ; mais
comme il faut qu'il touche la chair,
on l'attachera avec une bande de linge
autour du corps, afin qu'il reste sur
l'estomac ou sur le coeur sans se déranger.
Ce topique est un remède très
puissant pour se préserver toute sa

@

P H I L O S O P H I Q U E 127

vie des venins, lorsqu'on se trouve
dans un endroit où l'air est contagieux ;
il attire également tout le
venin qui est dans le corps, en s'imbibant
des effluvions, c'est-à-dire, des
écoulements contagieux & pestilentiels
qui causent des maladies mortelles,
dont on ne connaît pas souvent
la cause, parce que le venin est
invisible.

Expérience utile à faire.
Par le moyen de ce topique, un
Médecin comme un malade reconnaîtront
facilement s'il y a du venin
dans la maladie, parce qu'il est doué
d'une vertu magnétique qui contient
des esprits sympathiques & analogues
au venin, lesquels mettent en mouvement
& attirent l'humeur morbifique
quand elle est fixée, de la même
manière que l'aimant attire le fer, ou
comme une éponge sèche qui reçoit
l'eau dans ses pores, & s'en imbibe
autant qu'elle en peut contenir.
Ce topique est parfaitement bon
pour les maladies épidémiques, fièvres
malignes, petites véroles, peste,
F iv

@

128 D I S C O U R S

cancer, humeurs froides, ulcères,
plaies, ou toutes autres maladies où
y a du venin.
Il est de la plus grande utilité aux
Marins, qui sont pour l'ordinaire attaqués
du scorbut ; ils se conserveront
en santé en se préservant de ce venin
& de tout autre mal contagieux.
Les personnes qui se portent bien,
comme celles qui sont malades, se
serviront utilement de ce remède :
les premières pour se préserver,
les secondes pour se guérir ; & l'on
verra avec étonnement que ceux qui
auront ce préservatif, ne tomberont
jamais malades par les accidents des
venins ; & avec le secours de ce remède,
on se conservera sain & sauve
au milieu des maladies épidémiques
& contagieuses.
On aura soin de regarder ce topique
de temps en temps pour voir s'il
change de couleur, & quand on aura
vu qu'il est devenu noir, on le détachera
promptement ; car la noirceur
indique qu'il a tiré le venin qui était
dans le corps.
On aura soin de bien cacher ce
topique & de l'enterrer dans un endroit

@

P H I L O S O P H I Q U E 129

où personne ne puisse le trouver,
parce qu'il est pestiféré.

pict

A V I S T R È S-I M P O R T A N T.

Si quelqu'un malheureusement venait
à flairer ce topique sortant du
corps d'un malade, il est certain qu'il
tomberait mort sur-le-champ ; c'est pourquoi
il faut le sortir avec précaution
en l'enveloppant dans un linge imbibé
de vinaigre pour l'enterrer ensuite,
& avant ce temps-là on lavera
ses mains avec du vinaigre ou toute
autre chose, & on en respirera pour
éviter tout accident. On peut se servir
de mon cordial qui est un remède des
plus agréables à respirer.
On remettra ensuite un autre topique
à la place, comme ci-dessus,
tant pour se préserver du venin, que
pour attirer celui qui pourrait être
resté dans le corps ; on en remettra
ensuite un troisième, si le besoin
l'exige, &, en un mot, jusqu'à ce
que le dernier topique appliqué sur
l'estomac ou sur le coeur reste absolument
blanc, parce qu'alors c'est une
preuve certaine qu'il n'y a plus de
venin dans le corps.
F v

@

130 D I S C O U R S

Ce topique est également bon pour
les animaux ; il est incorruptible :
ceux qui en auront besoin le trouveront
chez moi.

pict

C H A P I T R E XXIV.

Sur le nitre ; très exacte purification du
nitre pour faire les plus belles opérations de la Chimie.
C E n'est pas en vain que les Philosophes
ont fait les plus grandes recherches
sur le nitre qu'ils ont travaillé
à leur manière. Ils l'ont appelé
cerbère, sel infernal, mercure, serpent
de terre, leur aimant , &c....
pour nous cacher le véritable nom
du nitre dans les opérations dont ils
nous ont parlé.
Sachant aussi, comme ces grands
hommes qui méritent tous les hommages
de l'humanité, que le nitre est
un des plus grands agents de la nature,
j'ai fait une étude particulière
sur ce merveilleux agent pour en
connaître les propriétés qui sont immenses,

@

P H I L O S O P H I Q U E 131

& me mettre en état de m'en
servir avec succès dans les opérations
de la chimie, relatives à la médecine,
à l'agriculture & aux arts. Ces
objets importants auxquels je me suis
appliqué, m'ont mis en état de trouver
de très bons remèdes avec lesquels
j'ai donné des secours efficaces
aux malades, & de fertiliser les terres
les plus ingrates.
L'art du Salpêtrier est partout de
la plus grande utilité pour les arts, &
surtout pour la préparation du nitre
dont on se sert pour fabriquer la poudre
à canon ; mais il n'est pas assez
éclairé pour un travail aussi utile,
puisque le nitre le mieux purifié des
arsenaux est toujours rempli de beaucoup
d'impuretés qui empêchent les
grands effets que le nitre est capable
de produire, & qu'il ne produira jamais
s'il n'est bien purifié.
La perfection d'un art aussi merveilleux
n'appartient qu'à la Chimie ;
c'est uniquement par cette science
sublime, qui fera toujours le flambeau
des plus grands hommes, que furent
trouvés la poudre à canon, la porcelaine,
la verrerie, le verre malléable
F vj

@

132 D I S C O U R S

; sous l'Empereur Tibère, la
lampe éternelle qui brûle sans jamais
se consommer & tant d'autres choses
les plus utiles; c'est par elle encore
qu'on a découvert les merveilles du
nitre ou de cet esprit universel qui est
le miracle de la nature, avec lequel
on opère tant de prodiges quand on
fait s'en servir à propos, de si belles
connaissances ne furent & ne seront
jamais du ressort d'un salpêtrier trop
borné dans sa pratique, quoiqu'il soit
d'ailleurs un très bon artiste pour fabriquer
la poudre à canon ordinaire.
Les Vénitiens furent les premiers
qui s'en servirent, & par son moyen
ils remportèrent, en 1380, une grande
victoire sur les Génois. Tous les Souverains
s'en sont servis depuis ce temps-
là pour faire la guerre ; quelle fatalité
pour le genre humain, d'avoir
trouvé un si beau secret qui aurait dû
rester dans l'oubli, seulement pour
la guerre, mais qu'on aurait uniquement
employé pour la médecine, l'agriculture
& la perfection des arts.
Sans la poudre à canon on ne peut
pas forcer ni défendre les places ; &
comme par son usage on surmonte

@

P H I L O S O P H I Q U E 133

les plus grands obstacles, il est donc
nécessaire d'avoir une meilleure poudre
qu'à l'ordinaire, si on veut avoir
la supériorité sur ses ennemis. Cet
article n'en pas de mon ressort, parce
qu'il regarde la guerre qui détruit
malheureusement les hommes, que je
veux conserver dans la meilleure santé
autant que je le pourrai.
Ayant un besoin indispensable dans
mes opérations d'un nitre beaucoup
mieux purifié que celui qu'on trouve
ordinairement dans les arsenaux pour
en faire des remèdes d'une grande
vertu pour les malades, il a fallu que
je trouve un moyen pour le purifier
philosophiquement, & pour cet effet
je me suis servi du nitre le mieux
purifié de l'arsenal, ne sachant pas
où en trouver de meilleur.
J'ai fait plusieurs épreuves avant de
réussir ; car on n'a rien sans peine.
A la dernière expérience que j'ai faite,
je me suis servi de six livres du plus
beau nitre de l'arsenal & du plus pur,
& après l'avoir purifié selon ma méthode,
il m'est resté seulement une
livre un quart & deux gros de nitre
bien purifié. Ce qui a resté dans mon

@

134 D I S C O U R S

vaisseau après l'opération était un sel
fixe, très impur.
Je me suis servi avec succès de ce
nitre que j'ai purifié & qui est bien
différent de celui de l'arsenal qu'on
donne pour être très bien purifié, &
qui ne l'est pas à beaucoup près autant
qu'il peut l'être selon l'expérience
que j'ai faite & dont j'ai la preuve ; je
sens bien que si je le purifiais encore
mieux, comme je le peux, Jupiter
déjà trop puissant avec son manteau
plein de crasse, serait beaucoup plus
redoutable qu'il ne l'est, s'il était
dégagé des liens qui mettent un grand
obstacle à son incompréhensible force
qui peut être encore augmentée.
Tout le nitre qui fera purifié &
exalté à un si haut degré de pureté
que le mien aura des propriétés étonnantes,
& fera des effets dignes d'admiration,
non seulement dans la médecine
qui est mon principal objet,
mais encore dans l'agriculture, dans
l'artillerie & dans les arts ; il sera
également d'un très grand secours
dans les occasions où on aura besoin
d'une force extraordinaire pour aplanir
des chemins en ouvrant des

@

P H I L O S O P H I Q U E 135

montagnes pour chercher des mines
& les mettre à découvert pour les
exploiter avec une plus grande facilité.
Les différentes opérations de la
Chimie sur le nitre font bien voir
que c'est un des plus beaux secrets de
la nature, que d'en connaître les
propriétés & les différents usages auxquels
on peut l'appliquer, soit qu'il
soit pris dans la terre ou dans l'air
il est partout admirable, & même il
serait incompréhensible si on n'en
voyait pas les effets surprenants.
Selon la préparation que je veux
lui donner, il devient un sel bénit
aussi doux que le lait ; & par un travail
différent, on en peut faire un
foudre de guerre le plus terrible de
le nature.
Avec cette matière infernale on
soulève les montagnes les plus élevées,
on brise les pierres les plus dures,
& on fond tous les métaux avec une
grande facilité ; nous le voyons très
souvent dans les effets épouvantables
des éclairs & des coups de tonnerre
qui brisent, fondent, & calcinent
dans un instant, ce que mille forges

@

136 D I S C O U R S

embrasées avec le feu le plus violent
ne sont pas capables de faire aussi
promptement que lui.
Par ces terribles effets qui font
trembler les plus hardis & qu'il est si
facile d'imiter avec un nitre bien
purifié, on doit sentir quel degré
d'activité & de force la plus extraordinaire,
on peut donner au nitre,
toutes les fois qu'il sera préparé par
une main habile & d'une certaine
manière, soit pour l'artillerie ou pour
la perfection des arts, & surtout pour
l'agriculture cette partie si essentielle
sur laquelle on a tant écrit & dont
l'utilité est si reconnue, que je ne
m'étendrai pas beaucoup ici sur les
propriétés du nitre dans l'agriculture
pour avoir les plus riches moissons
& les plus beaux fruits, ni de sa vertu
pour multiplier les végétaux.

Grande propriété du nitre pour agriculture.

La force du nitre qui se trouve
cachée dans le simple fumier qui est
très impur, ne laisse pas de démontrer
tous les jours aux gens de la campagne

@

P H I L O S O P H I Q U E 137

la nécessité de s'en servir pour
avoir du pain, des légumes, & en un
mot, toutes les choses que la terre
produit à notre usage, & souvent en
abondance, en se servant d'un nitre
très impur ; mais que sera-ce donc &
quelles plus grandes richesses ne doit-
on pas espérer de la terre en se servant
du nitre préparé & purifié
comme le mien ? J'en ai vu les effets
les plus surprenants, & je les ai fait
voir dans mon jardin à des curieux
qui auraient eu de la peine à les
croire, s'ils ne les avaient pas vus
avec la plus grande admiration pour
la qualité & la quantité de différentes
productions dont il était orné.
Il est certain qu'avec tous les moyens
que j'ai pour porter l'agriculture à son
plus haut degré de perfection ; on
peut se procurer chaque année les
plus riches moissons, c'est-à-dire,
qu'un champ de bled dont j'aurai préparé
le grain, ou toutes autre choses
à semer, qui a coutume de rapporter
de trois ans l'un, sans être obligé de
me servir de fumier, rapportera tous
les ans sans laisser reposer la terre,
& le même champ qui exige un boisseau

@

138 D I S C O U R S

de semence, sera très bien ensemencé
avec un demi boisseau ; la
vermine ne se mettra pas dans le
grain â cause de sa préparation qui
empêchera la génération des insectes
dans la terre, dans un temps doux &
pluvieux ; on pourra le conserver
longtemps, & le pain sera beaucoup
meilleur pour la santé ; & on ne peut
rien désirer de plus pour augmenter
son revenu.
Le champ qui rapporte ordinairement
quinze boisseaux en rapportera
plus de quarante & même davantage
si on veut pousser l'opération plus
loin sans jamais épuiser la terre qui
sera toujours très féconde par la
préparation qui aura été donnée au
grain, laquelle est capable de fertiliser
les terres les plus ingrates sans
avoir besoin de fumier.
A l'égard des graines pour les légumes,
ou des végétaux, comme cette
préparation est un feu qui dissout sans
détruire, qui ouvre les corps sans les
tuer, si on met seulement quelques
gouttes de cette eau préparée dans de
l'eau ordinaire ou de pluie pendant
vingt-quatre heures, pour arroser ensuite

@

P H I L O S O P H I Q U E 139

des végétaux ou des plantes,
cela fera germer d'une manière étonnante
les graines, les fruits & les
fleurs qui parviendront promptement
à un degré d'accroissement auquel
elles ne seraient jamais parvenues
selon les lois ordinaires de la nature.
Si on arrose les pieds des arbres
avec la liqueur ci-dessus, les fruits
qu'ils produiront, seront d'une grosseur
extraordinaire & d'une beauté
sans égale, ils exhaleront une odeur
des plus suaves & auront le goût le
plus délicieux, parce que cet arcane
est une vraie lumière concentrée, &
l'âme vivifiante de tous les végétaux,
qui sert à les faire fructifier merveilleusement
bien.

Pour la Médecine.
Si on met environ trois gouttes de
cet arcane dans une médecine ou
potion quelconque préparée pour un
malade, il en développera & il en
augmentera infiniment la vertu ; &
aussitôt que l'infusion sera faite, la
médecine sera changée en teinture
homogène, vivifiante, & d'une grande

@

140 D I S C O U R S

efficacité pour celui qui en fera usage ;
en pareil cas, il y a tout lieu de croire
que les personnes les plus difficiles ne
refuseront jamais d'être traitées d'une
manière aussi agréable quand elles
seront malades.

pict

C H A P I T R E XXII.

Sur les avantages du cuivre & sur ses
dangers ; purification du cuivre.
C E métal qui est utile pour toutes
sortes d'ouvrages a été proscrit depuis
quelques années par les Médecins,
& par les Magistrats à cause du
poison mortel qu'il contient, lequel a
fait périr depuis plusieurs siècles un
très grand nombre de personnes qui
n'en connaissaient pas le danger ; c'est
pourquoi on l'a défendu dans beaucoup
d'usages, ce qui empêche sa plus
grande consommation.

Omnes me proscripserunt medici.
Comme je suis parvenu à le purifier
de son vert-de-gris, qui est un poison

@

P H I L O S O P H I Q U E 141

mortel, on peut dire à présent.....
unus tandem me regeneravit.
Tous les Médecins, chargés par
leur état de veiller à la sûreté de la
santé publique, ont reconnu qu'il y
avait un poison corrosif dans le cuivre,
& que par conséquent l'usage
en était absolument dangereux &
nuisible à la santé des Citoyens ; c'est
donc avec une juste raison qu'ils en
ont condamné l'usage par leurs décrets ;
& que la sagesse des Magistrats
en secondant leur zèle, la défendu
par ses arrêts, afin d'éviter les accidents
que ce métal funeste à occasionnés
en faisant périr des milliers de Citoyens
qui n'en connaissaient pas le
danger.
Cependant comme ce métal est une
source inépuisable de richesses pour
le commerce, & en particulier pour
les Souverains qui en ont des mines ;
que d'ailleurs il est de la plus grande
utilité pour toutes les Nations du
monde, j'ai cru devoir m'intéresser à
la recherche des moyens qui pourraient
purger ce métal du poison
corrosif & du vert-de-gris qu'il contient
& qui est si dangereux à la

@

142 D I S C O U R S

santé; & après tous les travaux convenables,
entrepris pour une découverte
aussi difficile qu'elle est utile ; à
la fin j'ai eu la satisfaction de me persuader
que j'ai réussi parfaitement,
en faisant un métal aussi beau que
l'or, lequel est entièrement purgé de
son vert-de-gris & du poison corrosif
dont il était infecté hoc opus, hic labor
est, c'est à l'ouvrage que l'on reconnaît
le véritable ouvrier.
Les premiers Médecins des Souverains,
au nombre desquels j'ai l'honneur
d'être depuis très longtemps
doivent soutenir la dignité de leur
état en travaillant continuellement &
sans relâche à faire des découvertes
utiles à l'humanité ; c'est par ce moyen
qu'ils peuvent se rendre dignes du
choix des Souverains, & c'est par
leurs succès qu'ils peuvent en mériter
la confiance.
On tire le cuivre de plusieurs mines
de l'Europe ; mais beaucoup plus particulièrement
& en plus grande quantité
de la Suède, on l'emploie à tant
de sortes d'ouvrages, que la consommation,
malgré le poison qu'il renferme
en est très considérable. Quelqu'un

@

P H I L O S O P H I Q U E 143

à qui j'ai fait voir le cuivre
que j'ai purifié, m'a dit pour certain,
que selon le calcul des Fermiers généraux,
il était prouvé qu'il entre en
France chaque année, & en sort cent
millions de livres de cuivre, laiton &
bronze ; cette quantité jointe à celle
des autres royaumes doit être immense.
Dans un pareil cas j'ai cru
qu'une branche de commerce aussi
grande méritait toute mon attention
pour la mettre dans sa plus grande
valeur.
J'ai agi en conséquence & j'ai trouvé
le moyen de rendre le cuivre aussi
beau que l'or après en avoir écarté
& même enlevé toute la partie corrosive
& venimeuse. De quelle utilité
ces mines ne doivent-elles pas être
aujourd'hui aux Etats à qui elles appartiennent
& si les vues des Souverains
secondées du zèle des Magistrats
qui en ont défendu l'usage à
cause du poison mortel qu'il renferme
dans son sein, ont été si universellement
applaudies des Citoyens, combien
le seront davantage celles des
Souverains propriétaires de ces mines,
qui secondant le travail de celui qui

@

144 D I S C O U R S

est parvenu à rendre ce métal aussi
beau que l'or, contribueront par leurs
règlements & ordonnances à le rendre
de la plus grande utilité à leurs finances,
comme à leurs sujets, par
l'immense consommation qui s'en fera
lorsqu'il sera prouvé que son usage
n'entraîne plus aucun risque ni
danger.
L'on se figure aisément les désordres
que le vert-de-gris a occasionnés
dans les siècles passées, & ceux qu'il
causerait encore, si l'on en perpétuait
l'usage sans le préservatif que
j'ai.
Les tentatives des plus habiles
Chimistes ont été inutiles jusqu'à
présent, puisqu'il est vrai qu'aucun
n'a encore pu parvenir à extirper de
ce métal ce poison mortel ; & j'ai eu
la satisfaction d'avoir réussi.
Quelle perte serait-ce pour le
commerce si une telle branche n'avait
pas toute la valeur qu'on en peut
retirer ? quelle richesse au contraire
pour le Souverain propriétaire de
ces mines, puisque j'ai trouvé le
vrai moyen de décomposer la substance
de ce métal impur pour parvenir
à

@

P H I L O S O P H I Q U E 145

à la destruction radicale du venin,
& le changer en une laitance douce
comme l'or ; & par un double avantage
j'ai su lui donner la couleur de
ce métal précieux, afin de l'employer
aux ouvrages de bijouterie.
Par ce moyen l'on peut conserver
l'or pour l'employer dans les monnaies,
& l'on donnera au cuivre une
valeur infiniment supérieure à celle
qu'il a jamais eu.
Ce sera en contribuant au bien
être des Citoyens verser de grands
trésors dans les coffres des Souverains
propriétaires de ces mines qui serviront
avec sécurité aux objets les plus
précieux quand à l'usage, tels que la
cuisine ; la Chimie pour tous les
vaisseaux, &c..... dont l'usage devenu
certain, n'exposera pas à l'avenir,
ni la santé, ni même la vie des Citoyens.
L'on pourra même employer, avec
le plus grand avantage, ce métal à
fabriquer la plus petite monnaie à
laquelle on pourra la substituer,
parce qu'elle sera beaucoup plus
belle.
Ce métal par sa riche couleur &
Tome II. G

@

146 D I S C O U R S

par sa pureté, deviendra sans être
cher, d'un plus grand prix qu'il n'est
actuellement, puisqu'il est devenu
égal à l'or par sa couleur, il ménagera
ce métal précieux, & conséquemment
il contribuera à augmenter
les revenus du Souverain propriétaire
de ces mines.
Par ce moyen économique en se
servant de l'or uniquement pour fabriquer
des espèces, & en les supprimant
dans beaucoup d'autres objets où
il est employé en pure perte, comme
dans les dorures sur bois & autres....
il en circulera une plus grande quantité
dans le commerce, ce qui répandra
alors l'abondance, facilitera
l'agriculture & les arts ; l'on dira ensuite
& avec vérité qu'une simple
mine de cuivre dont le prix a toujours
été borné à cause de ses risques
& ses dangers, sera d'une très grande
valeur, & vaudra pour ainsi dire plus
qu'une mine d'or, parce qu'on emploie
dans un grand nombre d'ouvrages
plusieurs milliers de cuivre
chez les fondeurs, & une petite quantité
d'or chez les orfèvres.
D'après cet exposé je crois qu'un

@

P H I L O S O P H I Q U E 147

Souverain ne serait pas fâché que le
cuivre de ses mines devienne de l'or
dans ses mains.
Nota. Comme il est possible de
donner au cuivre en le fondant une
couleur pareille à celle de l'argent
& aussi solide c'est pourquoi on
pourra faire tous les ouvrages qu'on
voudra.
Il y a tout lieu de croire que les
cloches auraient un son beaucoup
plus éclatant, & les canons une
meilleure qualité, si on se servait
de ce métal purifié de toute son impureté ;
les vaisseaux doublés de
cuivre dureraient beaucoup plus
qu'avec le cuivre ordinaire.

pict



G ij

@

148 D I S C O U R S

pict

C H A P I T R E XXV.

Purification de l'étain.
L 'O N fera toujours les plus belles
découvertes dans la Chimie, lorsqu'on
travaillera sur de bons principes.
La purification des métaux imparfaits
est un objet bien digne à tous
égards de l'attention & des recherches
de ceux qui cultivent cette science
pour augmenter la prospérité du commerce
en perfectionnant les arts.
Comme l'étain est une branche très
considérable de commerce chez toutes
les nations, j'ai cru qu'on pourrait
l'augmenter beaucoup plus, si on
pouvait parvenir à corriger son imperfection,
& le rendre aussi beau
que l'argent en lui donnant sa solidité
& son éclat ; dans cette persuasion,
j'ai examiné de près la nature de ce
métal qui est mou, malléable, rempli
d'un soufre impur, qui ternit sa blancheur
& son éclat, & occasionne le
cri qu'il a.

@

P H I L O S O P H I Q U E 149

Après avoir fait toutes les recherches
convenables à mes idées, je suis
parvenu à faire de ce métal imparfait
& vil à cause de sa crasse, un métal
aussi beau que l'argent, ayant la même
solidité, son poids & tout son
éclat après avoir perdu son cri.
Il résulte de cette découverte faite
il y a plusieurs années, qu'une simple
mine d'étain peut devenir beaucoup
plus riche qu'une mine d'argent par
le débit immense qu'on pourrait faire
de ce métal devenu si riche, puisqu'il
est comparable à l'argent en beauté,
en solidité, & qu'il est infiniment au-
dessous de la valeur ou du prix de
l'argent.
En pareil cas il est facile de croire
qu'on aimerait mieux avoir une grande
quantité de vaisselle de ce métal aussi
beau & aussi solide que l'argent, puisqu'elle
coûterait beaucoup moins ;
non seulement on aurait des plats,
des assiettes & tout ce qui sert à la
table, mais encore des batteries de
cuisine, jusqu'aux fontaines.
Tout ce que les Orfèvres font en
argent, les Fondeurs, les Chaudronniers
pour tous les vaisseaux de la
G iij

@

150 D I S C O U R S

chimie alambics, &c... pourraient
être fabriqués de ce métal, ainsi que
les vases, les chandeliers & les grandes
figures des Eglises : on pourrait
également faire des vases & des figures
de ce métal pour orner les appartements
& les jardins ; on en ferait des
gardes d'épées pour les troupes, des
boucles, des boutons pour leurs habits,
& des bords de chapeaux.
Par ce moyeu d'économie l'argent
serait plus abondant dans les monnaies
pour en fabriquer des espèces ;
& si le Gouvernement le jugeait à
propos, il pourrait faire fabriquer
des petites monnaies à la place des
sols, des liards & des pièces de deux
sols en leur donnant la valeur convenable.
Cette nouvelle monnaie serait
plus belle & plus solide que celle qui
existe dans le public.
Les Teinturiers, qui se fervent de
l'étain pour les couleurs, & surtout
pour l'écarlate, auraient, soit pour
la soie ou pour les laines, des couleurs
beaucoup plus éclatantes qu'ils
n'en ont pour les habits & pour les
tapisseries. Toutes ces choses réunies
ou séparées deviendraient des branches

@

P H I L O S O P H I Q U E 151

de commerce très riches pour le
Royaume, comme avec l'Etranger.
Il faut observer qu'on peut également
donner à cet étain une couleur
solide aussi belle que l'or pour faire
de la vaisselle de vermeil, des tabatières,
des boucles, montres & flambeaux,
&c... : on peut aussi filer
ce métal pour les usages auxquels ils
conviennent.
Je peux très bien purifier le plomb
& lui donner une belle couleur d'or
& d'argent.
On m'a dit qu'il entre en France ou
sort chaque année du Royaume six
cents millions pesant de plomb, d'étain
& de fer-blanc.
Si toutes ces matières étaient bien
purifiées, ce serait un très grand
avantage pour les arts, & le commerce
en serait beaucoup plus considérable
avec l'Etranger, qui s'empresserait
de s'en fournir en nous
apportant ses denrées ou son argent.
Le mercure peut être également
purgé au suprême degré de pureté de
toutes ses matières hétérogènes. Il
n'y a aucun chimiste qui ne sente le
prix d'une opération si belle & aussi
utile à ses travaux.
G iv

@

152 D I S C O U R S

Avec un mercure aussi pur & très
exalté, les curieux de la belle chimie
pourraient faire des végétations
étonnantes & magnifiques de couleur
d'or & d'argent : ces merveilles de la
nature serviraient à orner les appartements
des Rois & les cabinets des
curieux ; on y trouverait l'utile &
l'agréable.
L'huile qu'on peut tirer des métaux
est d'un grand prix pour ceux qui
savent s'en servir ; c'est-à-dire qu'il
faut résoudre les métaux en huile que
l'on purifie sans se servir de corrosif.
On peut aussi résoudre en eau &
en huile les perles fines, le talc, le
corail & toutes les pierres précieuses ;
on peut avoir les plus grands
remèdes pour guérir toutes les maladies.
Avec les eaux & les huiles qu'on
en peut retirer quand ces remèdes
seront purifiés très exactement de
toutes leurs parties hétérogènes, ils
agiront avec beaucoup plus d'activité
pour guérir les malades selon le désir
du Médecin qui pourra choisir dans le
grand nombre des remèdes ainsi préparés
ceux qui conviendront le mieux
à chaque maladie.

@

P H I L O S O P H I Q U E 153

Comme il ne sera jamais possible
de prendre tous les poissons qui sont
dans la mer, il en sera de même de l'alchimie ;
elle est si riche dans toutes
les productions de la nature, qu'on
ne pourra jamais trouver tous les secrets
précieux qu'elle cache à nos
yeux ; il faut cependant croire que
Dieu permettra qu'il naisse dans chaque
siècle des hommes extraordinaires
qu'il comblera de ses grâces pour
faire de belles découvertes dans cette
science inépuisable en prodiges : par
cette raison on ne doit pas négliger
son étude à cause des grands avantages
qu'on en retirera.
Nos anciens, qui sont de beaux
modèles à imiter, ont déjà trouvé
beaucoup de choses très utiles à la
société ; pourquoi n'en trouverions-
nous pas d'aussi avantageuses & peut-
être de beaucoup plus importantes, si
nous voulons travailler comme eux ?
Il est certain que le travail entrepris
pour pratiquer le bien a toujours un
heureux succès.
Je ne finirais pas si je voulais parler
d'une infinité d'opérations fort utiles
qu'on peut faire encore, ce qui me
G v

@

154 D I S C O U R S

conduirait à faire plusieurs volumes.
Je me bornerai pour terminer cet ouvrage
à donner des idées aux amateurs
de l'alchimie sur la transmutation
réelle qu'on peut faire des métaux
imparfaits en or & en argent,
afin qu'on puisse faire un bon usage
de ce rare secret, si on parvient à le
trouver.
La nature fait l'or dans ses mines,
cela est incontestable. Le mérite de
mon opération est d'aider puissamment
la nature dans son ouvrage, &
d'abréger beaucoup le temps de son
travail par le secours de l'art & le
génie de l'Artiste.
Je ne prétends pas dire dans cette
occasion, que l'art dont je me sers
dans mon travail soit capable de
changer les métaux imparfaits en or
ou en argent ; mais je veux dire que
la nature étant aidée par l'art, elle
sera capable de faire, par exemple,
dans dix ou vingt ans, lorsqu'elle
sera secondée par un habile Artiste,
ce qu'elle ne pourrait faire pendant
plusieurs siècles par son travail ordinaire,
qui est toujours très long.

@

P H I L O S O P H I Q U E 155

pict

C H A P I T R E XXVI.

Opération chimique, naturelle & très
simple pour faire la transmutation des métaux imparfaits en or & en argent, sans avoir besoin de la poudre de projection des Philosophes hermétiques, dont la nature ne s'est jamais servi.
E N étudiant la nature, j'ai vu qu'on
allait souvent chercher bien loin, ce
qui était très près de nous ; c'est le
défaut ordinaire de la plupart des Artistes,
de s'obstiner à chercher une
chose où elle n'est pas ; c'est pourquoi
ils ne réussiront jamais quand ils ne
voudront pas imiter la nature qui doit
être notre boussole, & celle de la
raison.
Presque tous les Chimistes ne travaillent
que pour faire de l'or & se
procurer des richesses ; ils passent leur
vie dans l'erreur & la peine en dépensant
mal à propos leur argent,
souvent celui des autres ; & jamais
ils ne réuniront dans leurs entreprises,
G vj

@

156 D I S C O U R S

parce qu'ils ne connaissent pas
la nature qui est toujours obéissante
à exécuter les volontés du Créateur
dans les ouvrages qu'il lui a ordonné
de faire.
S'ils avaient pris la peine d'étudier
ses mouvements & les lois invariables
qui lui ont été prescrites, & s'ils
l'avaient suivis dans sa marche ordinaire
qui s'accorde avec la raison &
l'expérience ; ils ne pourraient pas
ignorer que pour réussir dans une
opération, il faut toujours imiter
cette savante maîtresse, se servir
des mêmes principes qu'elle a reçus
du Créateur, & des mêmes voies
quand on veut parvenir au même
but.
Après avoir médité autant qu'il m'a
été possible cette savante maîtresse,
qui donne le mouvement à tous les
êtres de l'univers, je crois être maintenant
en état de dire à ceux qui veulent
transmuer les métaux imparfaits
en or & en argent, qu'ils réussiraient
très certainement dans leur entreprise,
s'il m'était permis de leur communiquer
un très grand & très bon
procédé, lequel sans être comparable

@

P H I L O S O P H I Q U E 157

aux merveilles du grand oeuvre, se borne
seulement à faire la transmutation des
métaux imparfaits en or ou en argent,
pareils à ceux des mines, sans avoir
aucun besoin de la poudre de projection
dont la nature ne s'est jamais
servi.
C'est l'ouvrage de la simple nature ;
il ne faut pour cette opération ni
creuset, ni fourneau, ni feu, ni aucun
vase chimique pour la transmutation
des métaux imparfaits en or ou en
argent ; en un mot, je le répète, c'est
l'ouvrage de la savante nature qu'il
faut suivre & imiter pas à pas dans
toutes ses démarches.
En confiant cette riche opération à
ses soins, on n'a pas besoin d'artiste
encore moins de laboratoire, ce qui
est fort agréable ; elle la suivra à son
ordinaire sans se tromper, c'est-à-
dire, peu à peu, comme une poule qui
couve ses oeufs pour avoir des poulets ;
& elle fera elle-même dans un temps
bien plus court, la transmutation
des métaux purifiés qu'on lui aura
confiés.
Il est bien vrai que dans un pareil
travail il faudrait peut-être plus de

@

158 D I S C O U R S

cent ans à la nature pour le finir
mais comme on sait que l'art peut
abréger de beaucoup son travail; par
ce moyen on peut rendre cette opération
très courte, & c'est précisément
là où est le mérite & le profit
immense de ce travail précieux.
Elle consiste, non pas à faire un
nouveau métal ; mais à se servir utilement
de celui que la nature a déjà
fait, & qui a resté imparfait à cause
des excréments dont il est rempli, &
qui l'ont empêché de parvenir à sa
maturité, comme un fruit ou un
raisin pour arriver plutôt à sa perfection.
Il faut donc purifier ce métal de sa
lèpre avec un grand soin & d'une
certaine manière en lui ôtant toutes
ses impuretés & sa crudité ; on ouvre
absolument tous ses pores, on l'aimante
ensuite d'un soufre aurifique
& astral très animé pour vivifier sa
chaleur intrinsèque, qui est fort languissante
& presque éteinte à cause des
impuretés dont il est rempli, & pour
ainsi dire suffoqué ; on l'enterre ensuite
à une distance marquée & précise
dans une mine d'or ou d'argent

@

P H I L O S O P H I Q U E 159

de la même manière que le laboureur
dépose ses grains dans la terre pour
les faire germer, végéter & produire
leurs semblables, parce que la mine
est remplie d'esprits & d'une substance
métallique fixe, qui se concentrent,
se lient très fort, s'unissent intimement
& se fixent promptement en
corps parfaitement solide au métal
préparé, qu'on a déposé dans la mine
& arrangé comme il convient, sapienti
satis...
Il faut observer que ce métal formé
en premier lieu dans une matrice impure,
qui a été ensuite bien purifié
de ses excréments dont les pores ont
été très ouverts ayant été surtout
bien aimanté par le soufre de l'or,
attirera dans lui & avec la plus
grande force de la mine même où
on l'aura enterré (de la même manière
que les arbres & les plantes
attirent l'esprit universel de la terre
des parties semblables à lui, c'est-à-
dire, le soufre de l'or, lequel agissant
continuellement dans le métal qui a
été déterminé à se changer en or par
les esprits puissants dont il a été nourri
& imprégné a cet effet dans la préparation

@

160 D I S C O U R S

qu'il a eue, le fécondera ensuite
& le mûrira plus promptement
par le secours de la chaleur centrale
de la terre & de celle du soleil & des
étoiles qui impriment aux corps sublunaires
toute la force & toutes les
vertus ou propriétés que Dieu leur a
imprimées dans leur création. Voyez
ce que devient un enfant qui tête,
& le blé qui a été semé dans une
bonne terre bien préparée.....
Comme ces forces & ces vertus
dardent & envoient sans cesse leurs
esprits qui sont d'une nature très
subtile & pénétrante dans les mines,
pour former les métaux, le fer préparé
qu'on aura enterré dans les
mines, lequel par sa nature incline à
devenir or, fera changé dans la nature
de l'or, parce que la nature en
produisant & en attirant son semblable,
(comme l'aimant attire le fer)
se réjouit dans sa propre nature,
comme une tendre mère avec ses
enfants, la nature amende la nature ;
c'est la nature qui perfectionne la
nature, comme l'a dit Parménidès, &
comme l'expérience le prouve à chaque
instant.

@

P H I L O S O P H I Q U E 161

Quand l'Artiste est une fois parvenu
à bien dégager le métal de tous
ses excréments superflus ; la nature
pour lors qui a été aidée a briser ses
liens, comme un prisonnier duquel
on a rompu les fers, a beaucoup
moins de travail à faire, moins de
peine à le mûrir & beaucoup plus
de facilité à lui donner sa dernière
perfection ; à quoi servent les yeux
si on ne veut pas s'en servir ?... & les
oreilles si on ne veut pas entendre ce
que je dis à mes Lecteurs ?
Les glands qu'on a plantés selon la
méthode ordinaire dans un vaste terrain,
produiront avec un temps bien
long une multitude d'arbres ; mais si
quelqu'un a le moyen comme je l'ai, de
faire croître en très peu de temps,
(par une végétation étonnante &
très riche des végétaux, comme des
métaux) ces mêmes arbres aussi grands
& aussi gros, comme ils le deviennent
en cent ans par l'ouvrage ordinaire
de la nature, qui est toujours
très long ; alors il n'est pas douteux
que cette abréviation très considérable
de travail, doit avoir le plus
grand avantage sur celui de la nature,
en imitant ses ouvrages qui sont si longs.

@

162 D I S C O U R S

Il en sera de même des métaux
purifiés selon ma méthode, qu'on
pourrait mettre dans des mines ; ils
produiront beaucoup plus que les
mines même sans les épuiser (parce
qu'elles attirent continuellement l'or
astral qui voltige sans cesse dans l'air),
& leurs produits seraient inappréciables
par cette opération, qui est
toujours la même, dont la nature se
sert ; mais que l'Auteur de la nature
permet d'abréger par le moyen de
l'art, qui vient également de lui.
C'est assez m'expliquer pour faire
voir la bonne volonté que j'ai d'instruire.
Il faut observer que le fer dans son
origine était fait pour devenir or
dans la suite du temps, comme tous
les autres métaux imparfaits. Si, par
exemple, on se sert du fer, & si l'on
fait des plaques longues & très larges
de ce métal, quand même il y en
aurait des millions de livres pesant
tout ce fer, qui a un penchant naturel
à devenir or, qu'on doit absolument
regarder comme un champ, ou une
véritable terre métallique, ou une
matrice dans laquelle on sèmera la

@

P H I L O S O P H I Q U E 163

semence de l'or pour faire croître de
l'or, sera converti en or ou en argent
très pur, qu'on ne sera pas
obligé de séparer de la terre à grands
frais & par de longs travaux comme
on le fait dans les mines : ceux qui
en ont doivent sentir le prix d'un
secret si rare qui sera d'un produit
immense sans altérer la mine.
Il y a tout lieu de croire que le
procédé dont je parle, sans en donner
la clef, qui est d'une si grande importance,
déterminera plusieurs Artistes
à vouloir faire mon opération, qui
n'est pas facile à trouver. Dans ce
cas-là, qu'il me soit permis de donner
un conseil à tous ceux qui voudront
l'entreprendre, afin qu'ils ne perdent
pas leurs temps & leur argent : c'est
d'aller auparavant à l'école de la nature,
qui a toujours été celle des
plus grands hommes, parce que cette
habile Maîtresse, qui ne se trompe
pas, leur apprendra certainement
beaucoup plus de doctrine solide que
n'en apprennent tous les livres ; elle
leur fera voir que la nature des animaux,
des végétaux & des minéraux
s'imprime avec une force incompréhensible

@

164 D I S C O U R S

sur la matière dont ils
sont formés, se sont accrus, nourris
& multipliés.
Ne voit-on pas qu'une grande
quantité de pâte par un peu de levain
devient tout levain elle-même ?
D'où ces surprenantes communications
prennent-elles leurs sources ?
Ce n'est que des esprits exaltés &
concentrés (pareils à ceux dont je
me sers pour aimanter le fer ou tout
autre métal d'un soufre aurifique),
lequel en se communiquant & en
s'introduisant dans les pores du métal
qu'on veut changer en or, soumettent
à leur empire tout ce qu'ils
rencontrent qui est propre & disposé
à recevoir leur vive impression.
Nous en avons la terrible épreuve
dans tous les poisons, mais surtout
dans les hommes & les animaux enragés,
qui font cette horrible transmutation
en communiquant aussi vite
qu'un éclair la rage à tous ceux qu'ils
ont mordus. Un exemple aussi effrayant
fait voir dans un autre genre
qu'il est également très possible de
changer avec la même facilité la nature
des métaux imparfaits en or ou

@

P H I L O S O P H I Q U E 165

en argent, lorsque les esprits sympathiques
qui ont été exactement préparés,
vivement concentrés, surtout
très doucement fermentés avec
l'or astral ou l'argent dont il faut se
servir dans cette opération, impriment
rapidement comme un cachet
sur la cire, ou comme la dent d'un
enragé sur la chair, le caractère de
l'un ou de l'autre sur la matière
passive & mercurielle des métaux
imparfaits qui ont été purifiés sans
éprouver l'action du feu qui détruit
tout.
Alors leur transmutation en or ou
en argent se fait avec autant de facilité
que celles des abeilles, qui changent
le suc le plus subtil des fleurs en
miel & en cire ; également le ver, à
soie, après avoir converti en soie la
feuille du mûrier, il se convertit
lui-même dans une espèce de fève,
& passe enfin de la basse condition
de reptile en celle de volatile ; comme
aussi les crapauds volatils, les
chauves-souris, les papillons, les
vers & les poissons volants...
L'eau fait aussi des transmutations ;
elle change en l'herbe qui s'en accroît

@

166 D I S C O U R S

elle-même, l'herbe en la bête qui la
broute, la bête en l'homme qui s'en
nourrit, & enfin le corps de l'homme
dans la terre qui le reçoit après sa
mort.
La même eau chez les végétaux se
change en racine, en écorce, en troncs,
en branches, en feuilles, en fleurs de
différentes couleurs & odeurs, en
graines, en légumes, en fruits, &
en tant d'autres choses différentes
qu'il est fort inutile de les citer,
parce qu'elles sont trop connues ; &
cependant la nature répète tous les
ans & chaque jour les mêmes changements
qui sont des transmutations
continuelles, d'une chose à un autre.
Seigneur que vos ouvrages sont grands &
admirables !
Comme il n'est pas possible de révoquer
en doute les différentes transmutations
qui se font sans cesse sous
nos yeux, on ne peut pas douter
également qu'un Artiste éclairé peut
faire à son tour des transmutations
pareilles à celles de la nature, &
abréger de beaucoup son ouvrage en
le conduisant comme elle, (par un
chemin plus court) à sa dernière
perfection.

@

P H I L O S O P H I Q U E 167

Il faut encore observer que les
bas métaux sont un or ou un argent
cru & imparfait auxquels un art
précieux & caché, sait procurer la
maturité & la perfection qui étaient
dans la première intention de la nature,
faits pour être perfectionnés ;
ce sentiment est confirmé par les expériences
suivantes.
Les essayeurs de la monnaie n'ignorent
pas que les bas métaux sont
tous embryonnés d'un grain fixe d'or
ou d'argent, lequel dans les mines
convertit insensiblement en lui-même
la partie mercurielle par une lente
maturation ; & ces ouvriers sont
obligés de dégager avec soin ce grain
précieux qui se trouve déjà formé
par la nature dans le plomb, lorsqu'ils
veulent se servir de celui-ci
pour éprouver les matières d'or &
d'argent dont il leur faut constater le
titre avec précision.
Le vif-argent, tel qu'il vient des
mines, après une longue & douce
coction qui a surmonté un peu sa
crudité, rend quelques grains de fin
or aux curieux assez patients pour attendre
une année l'effet de cette
épreuve,

@

168 D I S C O U R S

Mais pour revenir à la transmutation
des métaux imparfaits en or
ou en argent comme cette riche
opération n'est pas du ressort d'un
particulier (quelque science qu'il
puisse avoir) & qu'elle ne peut convenir
qu'aux seuls propriétaires des
mines d'or & d'argent, à moins
qu'ils voulussent me la céder) ; c'est
pourquoi je me suis vu forcé de laisser
cette belle opération dans les ténèbres
& dans l'oubli où elle peut encore
rester sans en jamais sortir, parce que
la vie est toujours très incertaine
surtout dans un âge aussi avancé que
le mien ; & que d'ailleurs je n'ai jamais
voulu mettre par écrit les choses très
importantes que j'ai apprises, afin
qu'elles ne tombent pas dans les mains
des ingrats ou de ceux qui en pourraient
faire un mauvais usage étant
trop riches.
Si j'avais pu disposer d'un petit
espace de terrain dans une mine d'or,
auquel j'aurais été bien certain qu'on
n'aurait pas touché ; alors il n'est pas
douteux que j'aurais fait l'opération
dont je parle, avec d'autant plus de
raison que je suis très certain qu'elle
réussira,

@

P H I L O S O P H I Q U E 169

réussira, & parce qu'aussi la dépense
de ladite opération est très modique,
le produit est immense ; j'aurais
fait croître l'or dans cette mine,
comme un jardinier fait croître des
légumes dans son jardin, ou dans
une ferre chaude, pour avoir pendant
l'hiver ce que la nature nous
donne à la fin de l'automne, & cette
mine par l'abréviation de mon travail
serait devenue la mine la plus riche de
l'univers.
Quelle satisfaction n'aurais-je pas
ressenti avant de terminer ma carrière
qui est peut-être si proche de sa fin,
si j'avais pu par un travail aussi utile
rendre les plus grands services à tous
mes compatriotes & surtout aux
malheureux dont le nombre est si
grand, cela sans jamais rien emprunter
à personne ; mais seulement
à la nature qui me connaît depuis
très longtemps, de laquelle j'ai toujours
écouté les conseils & les sages
leçons qu'elle a bien voulu me
donner.
Je sais à n'en pas douter que c'est
une bonne & tendre mère qui aime
Tome II. H

@

170 D I S C O U R S

les honnêtes gens lorsqu'ils la cultivent
dans l'intention de pratiquer le
bien ; par cette raison je me serais
adressé à elle qui possède tous les
biens de l'univers, parce qu'elle aurait
été mon banquier le plus solide.
Elle m'aurait prêté son or & son
argent sans aucun intérêt, & même
sans vouloir exiger aucun remboursement
de ma part; elle aurait ouvert
ses mains prodigues, ses coffres & ses
greniers, pour me donner avec largesse
& profusion, sans s'appauvrir,
tout ce que je lui aurais demandé
avec le plus grand zèle pour payer
les dettes de l'Etat, & y répandre
l'abondance sans qu'il en coûtât la
moindre chose à la Nation.
J'aurais retiré de cette bonne mère
tout ce que j'aurais voulu pour faire
le fort le plus heureux à tous les
braves militaires, depuis le premier
jusqu'au dernier qui servent la patrie
sur terre & sur mer, & ceux de mes
parents qui ne sont riches que par des
titres & des lauriers n'auraient pas été
oubliés.

@

P H I L O S O P H I Q U E 171

Mais quels efforts n'aurais-je pas
fait encore pour l'agriculture & les
arts, que j'ai toujours aimé, fait
pour les récompenser des services
qu'ils nous rendent ou pour les encourager,
& en même temps pour favoriser
le commerce qui est le soutient de
l'Etat ? Tous ces objets importants
lui auraient coûté, j'en conviens, des
trésors immenses ; malgré cela je ne
les aurais pas épargnés, parce qu'elle
est riche & bienfaisante envers ceux
qui font un bon usage de ses richesses,
lesquelles comme de raison auraient
servi à bâtir un vaste édifice
que l'univers aurait admiré pas sa
magnificence, & ses lambris dorés au
Dieu de la médecine & à ses sages
ministres qui auraient voulu l'occuper ;
& avant toutes choses ou du
moins en même temps à élever des
temples superbes très bien dotés au
maître tout-puissant de cette nature
qui nous comble à chaque instant de
tous ses bienfaits.
Voilà, me dira-t-on, le plus beau
de tous les projets ; & s'il n'est pas
chimérique, il ne laisse rien à désirer
H ij

@

172 D I S C O U R S

de plus, puisqu'il donne assurément
le meilleur de tous les moyens pour
se procurer de très grandes richesses
& à si bon marché, sans être obligé
de les jamais rembourser à personne ?
Si quelqu'un faisait une pareille
objection, la réponse serait bien
simple en disant qu'un homme prudent
ne doit jamais décider une chose
qu'il ne connaît pas, il doit même
savoir, que ce qu'il ignore, un
autre peut le savoir. Multa negat
ratio, at vera experientia monstrat. On
pourrait lui dire encore de prouver
le contraire par des faits bien constatés,
ou de faire lui-même cette
expérience s'il en doute, ou du
moins qu'il me mette en état d'avoir
à ma disposition pendant un certain
temps un espace convenable de terrain
dans une mine d'or ; alors je
ferai l'expérience à mes dépens, à
condition que j'en retirerai le bénéfice.
Comme j'ai toujours été l'ami sincère
du bien public, dans cette occasion,
c'est le désir que j'ai de

@

P H I L O S O P H I Q U E 173

l'obliger, qui m'engage à lui faire
savoir que cette opération qui a été
inconnue jusqu'à présent, existe, &
qu'il en peut retirer de grands avantages.
Au surplus, si je ne voulais pas
lui rendre un service aussi important,
je suis bien le maître de garder le
silence, & de ne la jamais sortir des
ténèbres où elle est cachée, avec
beaucoup d'autres choses que je connais,
qui sont plus importantes que
cette opération. Mais en faveur du
service essentiel que je veux rendre,
je ne refuserai pas qu'on fasse l'épreuve
du procédé dont je parle ici,
il en vaut bien la peine, puisque la
dépense est très modique, & le produit
est immense.
Mais si les circonstances me détermine
à communiquer un si beau
secret, qui est le fruit de mes travaux
& l'objet d'une fortune légitime, seulement
à un propriétaire d'une mine
d'or, je veux avoir la preuve la
plus certaine, non pas par de vaines
paroles qui sont si ordinaires, & ne
portent aucun fruit ; mais par des
H iij

@

174 D I S C O U R S

faits aussi réels que les miens,
qu'il veut être à son tour mon véritable
ami, en faisant aux autres tout
le bien que je ne peux pas leur faire
ni à moi avec ce procédé, qui m'a
coûté beaucoup de recherches, puisque
je n'ai pas une mine à ma disposition.
Dans cette certitude je sortirai
avec empressement cette riche lumière
des ténèbres épaisses qui l'environnent,
afin qu'on puisse en
éprouver toutes les merveilles, &
retirer tous les avantages de l'opération
la plus utile pour faire des
heureux sans qu'il en coûte rien à
personne.
En faisant un si beau présent d'une
manière si désintéressée à celui dont
je n'ai reçu aucun service ; tout le
monde conviendra qu'il est bien juste
que je sois payé du retour de l'amitié
la plus sincère, avec une telle
condition, on pourra s'acquitter à
très bon marché.
Cet homme existe assurément,
c'est-à-dire, ce propriétaire de mine

@

P H I L O S O P H I Q U E 175

d'or qui voudra être le bienfaiteur
de l'humanité, s'il se fait connaître
& s'il veut faire tout le bien que
je ne peux pas faire avec ce procédé,
& que je désire néanmoins
de faire, il peut s'adresser directement
à moi, s'il est dans l'intention
de faire exécuter cette opération,
& je lui communiquerai
mon secret, avec cette condition
expresse, qu'il ne fera pas rendu public,
à cause de l'abus que les libertins
ne manqueraient pas de faire
avec tant de richesses qui ne doivent
pas servir à favoriser la débauche ;
mais au contraire, elles doivent
être employées à pratiquer le bien,
selon mon désir, pour avoir la
grande satisfaction de faire des heureux.
Nulla major usura quam pascere
pauperes ; & comme la très bien
dit le grand Orateur des Romains :
Homines enim nulla re propius accedunt
ad Deos quam salutem hominibus
dando.
Les hommes ne peuvent pas s'approcher
de plus près de la majesté
divine qu'en faisant du bien aux
H iv

@

176 D I S C O U R S

hommes, & surtout aux malheureux
que nous devons soulager avec
empressement pour les consoler dans
leurs maux.

Fin du Tome second.
@

P H I L O S O P H I Q U E 177

pict

T A B L E

Du second du Volume du
Discours Philosophique sur
les trois principes, Animal,
Végétal & Minéral.

pict

CHAP. I. De la sublimation des vé-
gétaux. page I

Quelle est la cause des couleurs. 3

La saison du printemps nous représente
la sublimation. Les fleurs des arbres
& des plantes sont les signes de la
sublimation naturelle. 6

Définition des fleurs. 7

Les animaux ont leurs fleurs ; les mi-
néraux les ont aussi de même que tous
les fruits. ibid.

On trouve la fleur de soufre sur les
montagnes & dans les cavernes.ibid.
H v
@

178 T A B L E.

On trouve la fleur de salpêtre sur les
montagnes & dans les endroits creux.
ibid.

Les métaux & tous les genres de mixtes
ont également leurs fleurs. 8

Celles de l'or & de l'argent sont appelées
azur. ibid.

Celles de Jupiter & de Saturne sont ap-
pelées céruse. ibid.

Celle de Vénus, vitriol. ibid.

Et celle de fer, safran de mars. ibid.

CHAP. II. De la sublimation des ani-
maux. 10

Notre vie n'est autre chose que la quin-
tessence de tous les éléments. 11

Très grand remède ; heureux celui qui
pourra se le procurer. 13

Puissance extraordinaire de notre âme,
lorsqu'elle est séparée de notre corps. 15

Effets prodigieux des maniaques & des
somnambules, c'est-à-dire, ceux qui se
promènent pendant la nuit en dor-
mant. ibid.
@

T A B L E. 179

CHAP. III. De la sublimation des mi--
néraux. 16

Bois dédiés à Proserpine, ou l'arbre des
richesses, couvre la terre de son ombre.
18

Véritable ami aussi rare que le Phénix.
19

Vertus extraordinaires de la pierre des
Philosophes. La conservation de l'hom-
me serait quasi perpétuelle si le feu qui
entretient là vie qui est si fragile ne
s'évanouissait pas ; les Philosophes ont
trouvé ce grand remède, & je sais
qu'il n'est pas perdu, parce que j'en ai
vu des effets miraculeux 20

CHAP. IV. De l'union & de la fixation
en général. 22

Ce chapitre est très curieux & ses opé-
rations sont miraculeuses par les pro-
diges qu'on peut opérer par le moyen
d'une métempsycose naturelle qui a une
très grande puissance pour dépouiller en-
tièrement un animal des vertus naturelles
de son humide radical, & lui faire pren-
dre les vertus d'un autre animal, c'est-
à-dire qu'on pourra donner la douceur
H vj
@

180 T A B L E.

d'un agneau à un tigre, à un lion, à
un loup & aux animaux les plus cruels,
& par la raison du contraire, on or-
donnera à ce même agneau, à un chien,
à une tourterelle, & à tous les animaux
les plus doux, la fureur des animaux
les plus cruels.
Ces connaissances sont inappréciables
pour un Médecin ; car en étudiant la
nature, il découvrira ses secrets, ils le
mettront en état de rendre les plus grands
services à l'humanité, en guérissant les
hommes & les animaux les plus enra-
gés, les fous les plus furieux, également
ceux qui sont attaqués du mal caduc,
des convulsions & des maladies de
nerfs, &c...
Il y a dans ce chapitre, comme aussi
dans les quatre volumes de cet ouvrage,
qu'un doit lire avec attention, les choses
les plus utiles pour les arts, pour la
santé, & pour le bonheur des hommes.
intelligenti pausa.

Ma métempsycose chimique s'étend aussi
sur tous les végétaux ; elle produit les
choses les plus utiles & les plus agréa-
bles. 25

La vie est abrégée par l'abondance des
excréments. 26
@

T A B L E. 181

Le chapitre de l'union & de la fixation
est en partie une clef de tout cet ou-
vrage. ibid.

CHAP. V. De l'union des végétaux. 27
La pluie & la rosée sont plus abondan-
tes dans la zone torride qu'ailleurs.
ibid.
L'esprit du monde se change en toutes
choses. 28

En quoi consiste la durée de notre vie
& sa prolongation ? ibid.

CHAP. VI. De l'union des animaux.
29

En quoi consiste la vie des animaux,
& d'où vient la cause de leur mort ?
ibid.
Explication de l'humide radical. ibid.

Qu'est-ce qui peut prolonger la vie ? 30

Dieu a donné à l'homme le pouvoir
d'agir selon sa volonté. ibid.
Influence de planètes sur les hommes au
moment de leur naissance. 31

CHAP. VII. De l'union des minéraux.
@

182 T A B L E.

Explication de l'humide radical, mi-
néral. 32

Esprit des choses qui errent par tout l'uni-
vers. 34

Les fumées des alchimistes sont le sou-
pirail de la vie, & les âmes de tout
l'univers. 35

Pour faire des émeraudes très semblables
aux fines. 36

Manière de faire, en imitant la nature
des pierres précieuses & des perles fines
d'un grand prix. 37

Possibilité de rendre le verre malléable.
ibid.
Avec l'énergie du ciel & la vertu des
quatre éléments, il en résulte des choses
surprenantes. On peut voyager dans
l'air & faire d'autres prodiges. ibid.

CHAP. VIII. De la coagulation & fixa-
tion en général. 40

CHAP. IX. De la coagulation des vé-
gétaux. 44

Les remèdes chimiques valent mieux que
les autres. 46
@

T A B L E. 183

CHAP. X. De la coagulation des ani-
maux. 47
Dans les énigmes des Egyptiens, il y a
un grand secret caché au sujet des deux
dragons, l'un volatil, & l'autre ram-
pant. 48

CHAP. XI. De la coagulation des miné-
raux. 49

Moyen pour connaître le mercure des Phi-
losophes. ibid.

CHAP. XII. Par quels signes on doit
connaître l'or physique. 51

Par quels signes on doit connaître l'or
physique. ibid.

Quel doit être le poids de l'arcane. 51

Moyen pour faire l'arcane plus prompte-
ment. 54

CHAP. XIII. De la multiplication des
arcanes. 58

CHAP. XIV. Traité du soufre de nature
60
Conseils aux enfants de l'art. ibid.
@

184 T A B L E.

On verra quelque jour dans l'air des
prodiges qui étonneront ceux qui les
verront parcourir dans l'air ; alors on
comprendra ce que j'ai voulu dire ici il
y a quelques années en composant cet
ouvrage. 66

CHAP. XV. De l'élément de la terre. 67
L'élément de la terre ne produit rien de
soi-même, il est le réservoir des autres
dans lequel toute chose produite est
enfermée. ibid.

La terre est la nourrice, & la matrice de
toute semence, & de tous mélanges.
ibid.
La terre conserve la semence & le composé
jusqu'à sa maturité. ibid.

La terre est le domicile de tous les trésors.
68
Il y a dans le centre de la terre un feu
d'enfer, tenant la grande machine du
monde dans son être, & cela par l'ex-
pression de l'eau. ibid.

Chaque élément est purifié par son élément
intrinsèque. ibid.

CHAP. XVI. De l'élément de l'eau. 69
@

T A B L E. 185

L'élément de l'eau est le sperme du monde
dans lequel est conservée la semence de
toutes choses, & il est le gardien de
toutes les semences. ibid.

Il arrive souvent dans la nature que le
sperme entre dans la matrice avec une
semence suffisante ; mais la matrice
étant indisposée & pleine de soufres
perçants ou de flegmes ; alors elle ne
conçoit point comme elle aurait dû le
faire. 73

L'élément de l'eau est le réservoir de la
semence universelle. ibid.

Génération de vers & de petits insectes ;
un Artiste adroit & subtil peut voir
dans cet élément divers miracles de la
nature. 71

Cet élément est le menstrue du monde. 71

De sa très pure substance ont été créés les
cieux. ibid.

Par l'eau la terre est préservée de com-
bustion. ibid.

Toutes les eaux courantes retournent dans
le coeur de la mer. ibid.

CHAP. XVII. Du cours des eaux & du
@

186 T A B L E.

flux & reflux de la mer. 76

Les eaux se portant d'un pôle à l'autre.
ibid.

Le pôle arctique attire les eaux par l'axe
dans lequel étant entrées, derechef par
l'axe du pôle antarctique ; elles sortent
avec une grande impétuosité. ibid.

De quelle manière se forment les sources
& les rivières. 78

Les eaux sortent du centre de la mer par
les pores de la terre & se répandent
partout le monde. ibid.

L'eau étant filtrée par les pores de la terre
& au travers des sables perd son sel &
s'édulcore. ibid.

Pourquoi les eaux s'échauffent-elles dans
la terre ? ibid.

Toutes les eaux s'élèveront à la fin en
l'air, & la terre sera calcinée entière-
ment. 80

La terre & l'eau ont un seul globe.
ibid.

Le feu conserve la terre & l'empêche d'être
submergée. ibid.
@

T A B L E. 187

CHAP. XVIII. De l'élément de l'air.

Définition de cet élément. 81

De quelle substance ont été créés les esprits
vitaux & animaux ? ibid.

Cet élément est le véritable lieu de la se-
mense de toutes choses. 82
Cet élément fait vivre tous les animaux,
les végétaux & les minéraux. ibid.

Le feu s'éteint si on lui ôte l'air. ibid.

Toute la machine du monde est conservée
par l'air. ibid.

Dans cet élément sont toutes choses ima-
ginables. 83

Cet élément est plein de la vertu divine ;
car dans icelui est renfermé l'esprit de
Dieu, qui avant la création du monde
était porté sur les eaux & volait sur les
ailes des vents. ibid.

L'air est le conducteur des eaux. 84

CHAP. XIX. De l'élément du feu. 85

Définition de cet élément. ibid.

La substance du feu est la plus pure de
toute les substance, & sa substance a
@

188 T A B L E.

été élevée avec le trôle de la divine
majesté avant toutes choses créés. ibid.

De quelle substance ont été créés les
anges ? ibid.

De quelle substance ont été créées les lumi-
naires & les étoiles. ibid.

De quelle substance ont été renfermés les
cieux ? ibid.

L'élément du feu est le plus tranquille de
tous. 86

L'élément du feu est imperceptiblement
dans toutes choses. ibid.

Dans cet élément sont les raisons vitales
& intellectuelles qui sont distribuées
dans la première infusion de la vie
humaine. ibid.

De quelle manière notre âme est-elle in-
fusée ? ibid.

Le feu qui est dans la circonférence de
Dieu & qui est le trône de sa divine
majesté, est si ardent & si pur, qu'au-
cun oeil ne peut le pénétrer, parce que
ce feu ne soufre point qu'aucun com-
posé s'en approche parce qu'il est la
mort, & la séparation de tout ce qui
est composé. 87
@

T A B L E. 189

Il se fait un très grand bruit & un très
grand mouvement inconcevables, lors-
que toute l'assemblée céleste, les puis-
sances, les vertus, les archanges & les
anges viennent à se mouvoir ; toutes
ces choses sont manifestées aux Philo-
sophes. 88

L'homme a dans son corps l'anatomie de
tout le monde. 90

Il ne faut jamais tirer le sang, il faut
seulement le débarrasser de son impu-
reté. 91

Tous les membres de notre corps obéissent
à l'âme. ibid.

Tout ce qui est impur est purifié par le
feu. 95

Le feu donne la maturité à toutes cho-
ses. 96

CHAP. XX. Description du Paradis
terrestre. 98

Le Paradis terrestre a été consacré à
l'immortalité. 99

L'homme ayant transgressé les Comman-
dements de Dieu fut chassé du Paradis
& relégué dans ce monde corruptible
@

190 T A B L E.

élémenté que Dieu avait créé pour les
bêtes. ibid.

L'homme étant forcé de prendre sa nour-
riture des éléments élémentés corrupti-
bles & infectés ; il a décliné peu-à-peu
& il est tombé dans la corruption ; le
composé a été ruiné par des infirmités,
& la mort est survenue. ibid.

Pourquoi les hommes s'approchent de
plus en plus de la corruption & de la
mort ? ibid.

Il y a des endroits où l'air est meilleur,
& où les astres sont plus favorables à
la santé. 100

Si l'homme avait pu rester dans le Pa-
radis terrestre, sa vie aurait été im-
mortelle. ibid.

Par quelle raison les Philosophes ont-ils
recherché avec tant de foin la Médecine
universelle pour vivre plus longtemps.
101

CHAP. XXI. Sur les dangers de la rage
& des poisons. 101

Arcane très puissant contre les poisons
@

T A B L E. 191

les plus dangereux, & la morsure des
animaux enragés. 104

Epreuve faite sur moi-même il y a plus
de 30 ans. 105

Réflexions sur les dangers de la rage &
des poisons. 107

Différents effets des poisons. 112

Antidote pour les maladies des animaux.
121

Observation sur les grandes découvertes.
ibid.

CHAP. XXIII. Topique éprouvé pour se
préserver des venins & attirer celui
qui est dans le corps. 126

CHAP. XXIV. Sur le nitre ; très exacte
purification du nitre pour faire les
plus belles opérations de la Chimie.
130

Sur l'art du Salpêtrier. 131

La Chimie a toujours été la flambeau
des plus grands hommes ; c'est par son
étude qu'ils ont trouvé la poudre à
canon, la verrerie, la porcelaine, le
verre malléable, & la lampe éternelle
@

192 T A B L E.

qui brûle sans se consommer, & tant
d'autres découvertes. ibid.

Le nitre est le miracle de la nature avec
lequel on peut opérer des prodiges
quand on sait s'en servir à propos.
132

Les Vénitiens furent les premiers qui se
servirent de la poudre à canon en 1380.
ibid.

Belle expérience sur le nitre & son utilité
quand il est purifié au plus haut degré
de pureté comme le mien, il fera des
effets dignes d'admiration. 133

Selon la préparation qu'on peut donner
au nitre, il devient un sel bénit aussi
doux que le lait. 135

Le nitre est une matière infernale, il brise
les pierres les plus dures & fond tous
les métaux avec une grande facilité.
ibid.

Le nitre imite les effets épouvantables des
éclairs & des coups de tonnerre, qui
brisent, fondent & calcinent dans un
instant ce que cent fourneaux des ver-
reries embrasés avec le feu le plus violent
ne
@

T A B L E. 193

ne sont pas capables de faire aussi
promptement que lui. ibid.

Le nitre fait trembler les plus hardis
& met en poussière les plus téméraires.
136

Très grande propriété du nitre pour l'a-
griculture, quand il est préparé selon
ma méthode. ibid.

Avec le nitre que je fais préparer, on
peut se procurer chaque année les plus
riches moissons, c'est-à-dire, qu'un
champ de bled, dont j'aurai préparé
le grain, ou toutes autres choses à se-
mer, rapportera tous les ans sans
laisser reposer la terre, & le même
champ qui exige un boisseau de se-
mence, sera très bien ensemencé avec
un demi boisseau ; la vermine ne se
mettra pas dans le grain à cause de
sa préparation, qui empêchera la gé-
nération des insectes dans la terre dans
un temps doux & pluvieux, on
pourra le conserver longtemps, & le
pain sera beaucoup meilleur pour la
santé. On ne peut rien désirer de plus
pour augmenter son revenu & préserver
un Etat de la famine. 137
Tome II.
@

194 T A B L E.

Le champ qui rapporte ordinairement
quinte boisseaux, en rapportera plus
de quarante, & même davantage si
on veut pousser l'opération plus loin
sans Jamais épuiser la terre, qui sera
toujours très féconde par la prépara-
tion qui aura été donnée au grain,
laquelle est capable de fertiliser les
terres les plus ingrates sans avoir
besoin de fumier. 138

A l'égard des grains pour les légumes
ou des végétaux, comme cette prépa-
ration est un feu qui dissout sans
détruire, qui ouvre les corps sans les
tuer, si on met seulement quelques gout-
tes de cette eau préparée dans l'eau or-
dinaire ou de pluie pendant vingt-
quatre heures pour arroser ensuite des
végétaux ou des plantes, cela fera
germer d'une manière étonnante les
grains, les fruits & les fleurs, qui
parviendront promptement à un degré
d'accroissement auquel elles ne seraient
jamais parvenues, selon les lois ordi-
naires de la nature. ibid.

Si on arrose les pieds des arbres avec la
liqueur ci-dessus, les fruits qu'ils
produiront seront d'une grosseur ex-
@

T A B L E. 195

traordinaire & d'une beauté sans égale,
ils exhaleront une odeur des plus
suaves, & auront le goût le plus dé-
licieux, parce que cet arcane est une
vraie lumière concentrée, & l'âme vivi-
fiante de tous les végétaux, qui sers
à les faire fructifier merveilleusement
bien. 139

Pour la Médecine. ibid.

L'article ci-dessus étant trop long
pour une table, le Lecteur verra dans ce
volume les propriétés du nitre pour la
Médecine.

CHAP. XXII. Sur les avantages du
cuivre & sur ses dangers ; purifica-
tion du cuivre. Le cuivre est une bran-
che très considérable de commerce.140

On a proscrit avec une juste raison les
ustensiles de cuivre qui servent dans
les cuisines, & à d'autres usages, à
cause de son vert-de-gris qui est un
poison mortel, lequel a fait périr un
grand nombre de personnes qui n'en
connaissaient pas le danger. 141

Le cuivre étant purifié du poison mortel
I ij
@

196 T A B L E.

qu'il contient, on pourra se servir de
ce métal si utile sans craindre le
moindre danger. 143

Quand le cuivre est purgé de son vert-
de-gris & du poison corrosif dont il
est infecté, on peut rendre ce métal
aussi beau que l'or. ibid.

Ce métal étant bien purifié & ayant une
belle couleur, pourra servir (si on
le juge à propos) à remplacer les
monnaies de cuivre infectées de vert-
de-gris. 145

Le cuivre étant bien purifié du vert-de-
gris deviendra une branche de com-
merce très grande chez toutes les na-
tions, & conséquemment il contri-
buera à augmenter considérablement
les revenus des Souverains propriétaires
de ces mines. 146

Comme je peux donner au cuivre une
belle couleur d'or & d'argent ce sera
un moyen économique d'un grand prix
pour ménager ces métaux précieux qui
seront employés à fabriquer des mon-
noies, & qui ne seront pas mis en
usage en pure perte comme dans les
@

T A B L E. 197

dorures sur bois & autres ; par ce
moyen il circulera dans le commerce
une plus grande quantité d'espèces d'or
& d'argent, qui répandront l'abon-
dance dans le Royaume. ibid.

On emploie chez toutes les nations dans
un grand nombre d'ouvrages & sur-
tout chez les Fondeurs & chez les Chau-
dronniers, des millions de livres de
cuivre, & une petite quantité d'or chez
les Orfèvres. ibid.

On peut donner au cuivre une couleur
pareille à l'argent très solide. 147

Les cloches avec ce métal mêlé dans la
composition, auraient un son beau-
coup plus éclatant, & les canons une
meilleure qualité. ibid.

Les vaisseaux doublés de ce cuivre ;
purgé de son impureté, dureraient beau-
coup plus longtemps sur mer qu'avec le
cuivre ordinaire.

CHAP. XXV. Purification de l'étain.
148

L'étain est une branche de commerce très
considérable chez toutes les nations
ibid.
@

198 T A B L E.

Qualité de l'étain. 148

Une mine d'étain purifié selon ma mé-
thode deviendra plus riche qu'une mine
d'argent. 149

Avec cet étain purifié, aussi beau & aussi
solide que l'argent, on pourra faire
toutes sortes de vaisselles à bon marché.
ibid.

Tout ce que les Orfèvres font en argent
les Fondeurs & les Chaudronniers font
en cuivre pour tous les vaisseaux de la
Chimie, alambics, &c... pourraient
être fabriqués de ce métal. ibid.

Avec cet étain on pourrait faire des gar-
des d'épées pour les troupes, des bou-
cles & des boutons pour leurs habits,
& des bords de chapeaux en filant cet
étain. Par ce moyen économique l'ar-
gent serait plus abondant dans les
monnaies pour en fabriquer des es-
pèces ; & si le Gouvernement le jugeait
à propos, il pourrait faire fabriquer
des petites monnaies à la place des
sous, des liards & des pièces de deux
sous, en leur donnant la valeur con-
venable. Cette nouvelle monnaie serait
@

T A B L E. 199

plus solide que celle qui existe dans le
public. 150

Les Teinturiers qui se fervent de l'étain
ordinaire pour les couleurs & surtout
pour l'écarlate, auraient, en se servant
de mon étain, soit pour la soie ou
pour les laines, des couleurs beaucoup
plus éclatantes qu'ils n'en ont pour
les habits ou pour les tapisseries.
ibid.

Toutes ces choses réunies ou séparées
deviendraient des branches de commerce
très riches pour le Royaume, comme
avec l'étranger qui apportaient en France
des sommes immenses pour avoir toutes
sortes d'ouvrages de ce métal.

On peut également donner à cet étain
une couleur solide aussi belle que celle
de l'or pour faire de la vaisselle de
vermeil, des tabatières, des boucles,
des montres & des flambeaux , &c...
On peut aussi filer ce métal pour les
usages auxquels il convient, soit
pour les étoffes ou pour la broderie.

Le plomb peut être également purifié, &
je peux lui donner une très belle cou-
@

200 T A B L E.

leur d'or & d'argent ; si toutes ces
matières étaient bien purifiées, ce serait
un très grand avantage pour les arts,
& le commerce en serait beaucoup plus
considérable avec les étrangers qui
s'empresseraient de s'en fournir. ibid.

Le mercure peut être également purgé au
suprême degré de pureté. ibid.

Propriété de ce mercure exalté à un si
haut degré. 152

On peut refondre tous les métaux en
huile & cet huile est d'un très grand
prix. ibid.

On peut aussi résoudre en eau & en
huile (sans aucun corrosif) les perles
fines, le talc, le corail, l'or, &
toutes les pierres précieuses, pour
avoir les plus grands remèdes qui
opéreront des prodiges. Il est facile
de comprendre que toutes ces opéra-
tions sont les plus rares secrets de la
Philosophie hermétique la plus su-
blime ; & s'ils doivent sortir des
ténèbres, ils ne seront jamais ré-
vélés qu'à un véritable ami aussi
rare que le Phénix. ibid.
@

T A B L E. 201

On fera dans tous les siècles de grandes
découvertes dans la Chimie, malgré
cela on ne connaîtra jamais les grands
secrets qu'elle cache au vulgaire des
hommes. 153

CHAP. XXV. Opération chimique, na-
turelle & très simple pour faire la
transmutation des métaux imparfaits
en or & en argent, sans avoir besoin
de la poudre de projection des Philo-
sophes hermétiques, dons la nature
ne s'est jamais servi. 155

Fin de la Table du Tome second.

@

E R R A T A.

Page 9, ligne 5, lisez des.
Page 9, ligne 24, lisez talc.
Page 13, à la dernière, lisez en.
Page 63, quand ils.
Page 86, ligne 3, contre, lisez entre.
Page 113, ligne 8, arriva, lisez arrive.
Page 123, ligne 11, propriété, lisez
prospérité.


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