@
Réfer. : 0013D .
Auteur : Synesius.
Titre : Le Livre de Synesius.
S/titre : .
Editeur : André Cailleau. Paris. B. des Ph. Ch. Tome II.
Date éd. : 1740 .
@
175
LE LIVRE
D E
S Y N E S I U S,
Sur l'Oeuvre des Philosophes.

UOIQUE les anciens Philosophes
aient écrit diversement
de cette Science, cachant
sous une infinité de noms différents
les vrais Principes de
l'Art, néanmoins ils ne l'ont pas fait sans de
grandes considérations, que nous rapporterons
dans la suite. Et quoiqu'ils aient parlé
différemment les uns des autres, ils n'en
sont pas pour cela plus discordants entre eux.
Mais tendant tous à une même fin, & parlant
d'une même chose, ils ont jugé à propos
d'appeler principalement le propre
Agent, d'un nom quelquefois contraire à
sa nature & à ses qualités. Or concevez,
mon Fils, que le Dieu Tout puissant a
P iiij
@
176 Le Livre de Synésius.
créé deux Pierres avec cet Univers, qui
sont la
Blanche & la
Rouge; que ces deux
Pierres sont sous un même Sujet, & qu'elles
croissent en telle abondance, que chacun
en peut prendre autant qu'il en a besoin.
Leur Matière est de telle nature, qu'elle
tient le
milieu entre le Métal & le Mercure,
& elle est en partie fixe, & en partie volatile;
car autrement elle ne tiendrait point
le
milieu entre les Métaux & le Mercure.
Cette Matière est l'Instrument qui
accomplira notre désir, si nous lui donnons
la préparation qui lui est convenable.
Par cette raison ceux qui travaillent en cet
Art, sans connaître ce
milieu, perdent leur
peine; mais s'ils le connaissent, toutes
choses leur seront possibles. Sachez, mon
Fils, que ce
milieu, étant aérien, se trouve
avec les Corps célestes, & à proprement
parler les Genres,
Masculin &
Féminin
sont en lui, ayant une vertu forte, fixe &
permanente; & les Philosophes ont seulement
parlé de l'Essence de ces deux Genres
par similitudes, & par figures, afin que
la Science ne fût pas comprise par les Ignorants,
parce que tout périrait, si cela arrivait
de la sorte; mais qu'elle le fût seulement
par les Ames patientes & par les Esprits
subtils, pénétrants, & qui ne sont susceptibles
d'aucun sentiment d'avarice,
étant persuadés que ces Ames divines,
@
Le Livre de Synésius.
177
après avoir pénétré dans le Puits de Démocrite,
c'est-à-dire dans la vérité des Natures,
connaîtront que ce serait confondre
tous les Ordres, & toutes les Professions,
si les Méchants comme les Bons pouvaient
faire autant d'Or & d'Argent qu'ils
en pourraient désirer. C'est pour cela qu'ils
n'ont voulu parler que par figures, par
types, & par analogies, afin de n'être entendus
que par les Ames saintes & douées
de sagesse. Néanmoins ils ont dans leurs
Ouvrages indiqué une certaine Voie, &
prescrit de certaines Règles, par lesquelles
un Sage peut comprendre ce qu'ils ont
écrit occultement, & parvenir au but qu'il
se propose, après être tombé comme moi
dans quelques erreurs. Dieu en soit loué.
Et quoique ceux qui ne peuvent pénétrer
dans la Science, dussent comprendre ces
raisons, & ne pas condamner ce qu'ils ne
conçoivent pas, au contraire ils accusent
les Philosophes de fausseté & de méchanceté;
en sorte que l'Art en est presque
méprisé par tout, parce qu'il y a peu de
Sages qui parviennent à en connaître la
vérité pour la défendre. Or je vous dis,
mon Fils, que les Philosophes en ont toujours
écrit selon la vérité, mais obscurément,
& souvent même fabuleusement;
ce que je développe dans ce petit Livre,
& mets en une telle évidence, que ceux
@
178 Le Livre de Synésius.
qui désireront apprendre la Science, entendront
ce qui a été caché par ces Philosophes.
Cependant, s'ils pensaient m'entendre
sans connaître la nature des Eléments
& des Choses créées, & sans avoir
une notion parfaite de notre riche Métal,
ils se tromperaient & travailleraient
inutilement. Mais, s'ils connaissent les Natures,
qui
fuient & celles qui
suivent, ils
pourront, par la grâce de Dieu, parvenir
où tendent leurs désirs. Je demande donc
au Tout-puissant que celui qui pénétrera
dans le Secret des Sages, travaille à la
gloire de la Divinité. Sachez donc, mon
cher Fils, que l'Ignorant ne peut pénétrer
dans le Secret de l'Art, parce qu'il n'a pas
la connaissance du vrai Corps. Connaissez
donc, mon Fils, les Natures, le pur &
l'impur, car nulle chose ne peut donner
ce qu'elle n'a pas. Et comme les choses
ne sont & ne peuvent se faire selon leur
nature, servez-vous donc du plus parfait
& plus prochain
Membre que vous trouverez,
& cela vous suffira. Laissez donc
le
Mixte, & prenez son
Simple, car il en
est la
Quintessence. Considérez que nous
avons deux Corps de très grande perfection,
remplis d'Argent-vif. Tirez-en donc
votre Argent-vif, & vous en ferez la Médecine,
qu'on appelle Quintessence, ayant
une puissance permanente, & toujours victorieuse.
@
Le Livre de Synésius.
179
C'est une vive Lumière, qui éclaire
toute Ame qui l'aperçoit une fois. Elle
est le noeud & le bien de tous les Eléments,
qu'elle contient en soi, comme elle est
l'Esprit qui nourrit & vivifie toutes choses,
& par le moyen duquel la Nature agit
dans l'Univers. Elle est la force, le commencement,
le milieu & la fin de l'Oeuvre.
Pour vous déclarer le tout en peu de
mots, sachez, mon Fils, que la Quintessence
& la chose occulte de notre Pierre,
n'est que notre Ame visqueuse, céleste &
glorieuse, que nous tirons par notre Magistère
de sa Minière, qui seule l'engendre,
& qu'il n'est pas en notre pouvoir de faire
cette Eau par aucun Art, la Nature pouvant
seule l'engendrer. Et cette Eau est
le Vinaigre très aigre qui fait du Corps de
l'Or un pur Esprit. Et je vous dis, mon
Fils, de ne faire aucun compte des autres
choses, parce qu'elles sont vaines,
mais seulement de cette Eau, qui brûle,
blanchit, dissout & congèle. C'est elle
enfin qui putréfie, & qui fait germer. C'est
pourquoi je vous avertis que toute votre
intention doit être en la cuisson de votre
Eau, & que vous ne devez point vous
impatienter de la longueur du temps; autrement
vous ne retireriez aucun fruit de
votre travail. Cuisez donc doucement cette
Eau, jusqu'à ce qu'elle change une fausse
@
180 Le Livre de Synésius.
Couleur, en une Couleur parfaite, & prenez
garde dès le commencement de brûler
ses fleurs, ou de trop vous hâter pour
parvenir plus promptement à la fin que
vous vous proposez. Fermez exactement
votre Vaisseau, afin que ce que vous y
aurez mis ne puisse en sortir, & par ce
moyen vous pourrez réussir dans votre
travail. Et remarquez que dissoudre, calciner,
teindre, blanchir, rafraîchir, baigner,
laver, coaguler, imbiber, cuire,
fixer, broyer, dessécher & distiller sont
une même chose, & que tous ces mots
veulent dire seulement cuire la Nature
jusqu'à ce qu'elle soit parfaite. Remarquez
encore, Que tirer l'Ame, ou l'Esprit, ou
le Corps, n'est autre chose que les Calcinations,
qui signifient l'Opération de Vénus.
C'est donc avec le Feu que se fait
l'extraction de l'Ame, & que l'Esprit sort
doucement. Comprenez-moi bien. Cela
peut encore être dit de l'extraction de
l'Ame du Corps, & appelé réduction sur
le Composé, jusqu'à ce que le tout soit
conduit à la commixtion des quatre Eléments.
Ainsi ce qui est dessous est semblable
à ce qui est dessus, & de cette sorte
il s'y fait deux Luminaires, l'un fixe &
l'autre volatil; le fixe demeurant dessous,
& le volatil s'élevant dessus, en se tenant
dans un continuel mouvement jusqu'à ce
@
Le Livre de Synésius.
181
que celui qui est dessous, qui est le Mâle,
monte sur la Femelle, & que le tout soit
fixé. Alors il naît un Luminaire sans pareil.
Et comme au commencement un Seul
a été, de même en cette Matière tout
viendra d'un Seul, & retournera en un
Seul. Ce qui veut dire, convertir les Eléments,
& convertir les Eléments s'appelle
faire l'humide sec, & le fugitif fixe, afin
que la chose épaisse se diminue, & affaiblisse
celle qui fixe les autres, demeurant
le Fixatif de la chose. Ainsi se fait la mort
& la vie des Eléments, qui, étant composés,
germent & produisent. De même, une
chose parfait l'autre, & l'aide à combattre
contre le Feu.
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P R A T I Q U E.
I l faut, mon Fils, que vous travailliez
avec le Mercure des Philosophes, qui
n'est pas le Mercure vulgaire, ni du vulgaire
en tout, mais qui, selon ces Philosophes,
est la première Matière, l'Ame du
Monde, l'Elément froid, l'Eau bénite
l'Eau des Sages, l'Eau venimeuse, le Vinaigre
très fort, l'Eau minérale, l'Eau céleste
grasse, le Lait Virginal, notre Mercure
minéral & corporel. Lui seul parfait
les deux Pierres, la
Blanche & la
Rouge.
@
182 Le Livre de Synésius.
Prenez garde à ce que dit Geber, Que notre
Art ne consiste pas en la multitude des
choses diverses, parce que le Mercure est
une seule chose, c'est-à-dire une seule Pierre,
dans laquelle consiste tout le Magistère,
& à laquelle il ne faut ajouter aucune
chose étrangère. Au contraire, on doit
dans sa préparation en ôter toutes les Matières
superflues, d'autant que toutes les
choses nécessaires à l'Art sont contenues
dans cette Matière. C'est pourquoi il dit
précisément: Nous n'ajouterons rien d'étranger,
sinon le Soleil & la Lune pour la
Teinture blanche & rouge, qui ne sont
pourtant pas étrangers, mais qui sont le
Ferment par lequel se fait l'Oeuvre. Enfin,
mon Fils, remarquez que ces Soleils
& ces Lunes ne sont pas semblables aux
Soleils & aux Lunes vulgaires, parce que
nos Soleils & nos Lunes sont meilleurs en
leur nature, que les Soleils & les Lunes
vulgaires. Notre Soleil & notre Lune dans
un même Sujet sont vifs, & ceux du vulgaire
sont morts en comparaison des nôtres,
qui sont existants & permanents dans notre
Pierre. Après quoi vous observerez que
le Mercure, tiré de nos Corps, est semblable
au Mercure aqueux & commun, &
par cette raison la chose se réjouit de son
semblable, se plaît avec lui, & s'y unit
mieux & plus volontiers, ainsi que font le
@
Le Livre de Synésius.
183
Simple & le Composé; ce que les Philosophes
ont soigneusement caché dans leurs
Livres. Tout le bénéfice de cet Art est donc
dans le Mercure, dans le Soleil & dans la Lune,
& tout le reste ne sert de rien. Aussi, dit
Diomédes: Use de la Matière, dans laquelle
tu n'introduiras aucune chose étrangère,
ni Poudre, ni Eau, parce que les choses
diverses n'amendent point notre Pierre. Il
démontre par ces paroles, à qui l'entend
bien, que la Teinture de notre Pierre ne
se retire que du Mercure des Philosophes,
lequel est leur Principe, leur Racine, &
leur grand Arbre, d'où sortent tant de
Rameaux.
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PREMIERE OPERATION.
De la Sublimation,
N OTRE Sublimation n'est point vulgaire,
mais philosophique, par le
moyen de laquelle nous ôtons le superflu
de la Pierre, qui n'est en effet qu'élévation
de la partie non-fixe par la fumée ou vapeur;
car la partie fixe doit demeurer au
fond; aussi ne voulons-nous pas que l'un
se sépare de l'autre; mais nous voulons
qu'ils demeurent & se fixent ensemble. Et
sachez, mon Fils, que celui qui sublimera
@
184 Le Livre de Synésius.
comme il faut notre Mercure Philosophique,
dans lequel est toute la vertu
de la Pierre, il parfera le Magistère. Ce
qui fait dire à Geber, Que toute la perfection
consiste dans la Sublimation, & dans
cette Sublimation sont toutes les autres
Opérations, savoir Distillation, Assation,
Destruction, Coagulation, Putréfaction,
Calcination, Fixation, Réduction des Teintures
blanches & rouges, procréées &
engendrées dans un Fourneau & dans un
Vaisseau, & c'est le chemin droit jusqu'à
la consommation finale de l'Oeuvre. Sur
quoi les Philosophes ont fait divers Chapitres,
pour tromper les Ignorants, & les
écarter de la véritable voie.
Prenez donc, au nom de Dieu, mon
Fils, la vénérable Matière des Philosophes,
nommée premier
Hylec des Sages,
lequel contient notre Mercure Philosophique,
appelé première Matière du
Corps parfait; mettez-le en son Vaisseau,
clair, lucide & rond, bien bouché, & scellé
du Sceau des Sceaux, & le faites échauffer
dans son Lieu bien préparé, avec une chaleur
tempérée, pendant un mois Philosophique,
le conservant continuellement
dans la sueur de la Sublimation jusqu'à ce
qu'il commence à se purifier, s'échauffer,
se colorer & se congeler avec son
Humidité
Métallique, & qu'il se fixe de sorte
qu'il
@
Le Livre de Synésius.
185
qu'il ne monte plus rien par la Substance
fumeuse & aérienne; mais qu'elle demeure
fixe au fond du Vaisseau, altérée & privée
de toute Humidité visqueuse, purifiée
& noire, qui s'appelle Robe noire, Ténèbres,
ou la Tête du Corbeau. Ainsi, quand
notre Pierre est dans le Vaisseau, & qu'elle
monte au haut en fumée, cette manière de
monter se nomme Sublimation, & lorsqu'elle
tombe du haut en bas, elle s'appelle
Distillation & Descension. Quand elle commence
à tenir de la Substance fumeuse, &
à se putréfier, & que par la fréquente Ascension
& Descension elle commence à se
coaguler, alors la Putréfaction se fait, &
le Soufre dévorant se forme. Et enfin, par
la privation de l'humidité radicale de l'Eau,
la Calcination & la Fixation se font en un
même temps, par la seule Cuisson, & dans
un seul Vaisseau, comme nous l'avons
déjà dit. De plus la véritable séparation
des Eléments se fait dans cette Sublimation,
parce que dans cette même Sublimation
l'Elément de l'Eau se change en un Elément
terrestre, sec & chaud. Ce qui montre
manifestement que la séparation des
quatre Eléments en notre Pierre n'est pas
vulgaire, mais philosophique. Et cela fait
voir aussi qu'il n'y a seulement que deux
Eléments formels dans notre Pierre, savoir
la Terre & l'Eau; mais la Terre contient
Tome II; * Q
@
186 Le Livre de Synésius.
en sa Substance la vertu & la siccité
du Feu; & l'Eau contient en soi l'Air avec
son humidité. En sorte donc que nous ne
voyons dans notre Pierre que deux Eléments,
quoiqu'elle en contienne quatre en
effet. Vous pouvez juger par ce que je
vous dis ici, que la séparation des quatre
Eléments est purement philosophique, &
non pas vulgaire, comme la font tous les
Ignorants. Continuez donc, mon Fils,
votre Cuisson à feu lent, jusqu'à ce que
toute la Matière, qui paraît noire sur la
superficie, soit entièrement changée par
le Magistère. Les Philosophes nomment
cette noirceur, Robe ténébreuse de la
Pierre ; & quand elle est devenue claire,
ils l'appellent Eau mondifiée de la Terre,
ou bien de l'Elixir. Et remarquez que la
noirceur, qui apparaît, est le signe de la
Putréfaction, & que le commencement de
la Dissolution, est le signe de la Conjonction
de deux Natures. Et cette noirceur
apparaît quelquefois en 40 jours, plus ou
moins, selon la quantité de la Matière &
l'industrie de l'Ouvrier, qui aide beaucoup
à la séparation de cette noirceur. Or, mon
cher Fils, vous avez déjà, par la grâce de
Dieu, un Elément de notre Pierre, qui
est la Terre noire, la Tête du Corbeau,
ou l'Ombre obscure, comme quelques-
uns l'appellent; sur laquelle Terre, comme
@
Le Livre de Synésius.
187
sur un Tronc, tout le reste du Magistère
a son fondement. Et cet Elément terrestre
& sec, se nomme Laiton, Taureau, Fèces
noires, notre Métal, notre Mercure.
Ainsi, par la privation de l'Humidité adustive,
qui est ôtée par la Sublimation Philosophique,
le Volatil est rendu Fixe, &
le Mou est fait Sec & Terre. Et selon Geber,
se fait mutation de Complexion, comme
de la nature froide & humide, en chaude
& sèche; & selon Alphidius, de la Nature
liquide, en épaisse. C'est ici que l'on
voit comme à découvert l'intention des
Philosophes, quand ils disent, Que l'Opération
de notre Pierre, n'est que changement
de Natures, & révolution d'Eléments.
Vous concevez maintenant, mon
Fils, comment, par cette incorporation,
l'Humide se fait sec, & le Volatil Fixe; le
Spirituel Corporel, & le Liquide Epais;
l'Eau Feu, & l'Air Terre. Ainsi, en se circulant
les uns les autres, les quatre Eléments
changent leur véritable nature.
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DEUXIEME OPERATION.
De la Déalbation.
L A Déalbation convertit notre Mercure
en Pierre blanche par la seule Cuisson.
Quand la Terre sera séparée de son Eau,
Q ij
@
188 Le Livre de Synésius.
alors le Vaisseau se doit mettre sur les Cendres,
comme on le pratique au Fourneau
de Distillation, & il faut distiller l'Eau à
feu lent au commencement, de manière
que l'Eau vienne si doucement, que vous
puissiez compter jusqu'à quarante noms,
ou prononcer cinquante-six paroles. Il faut
observer cet ordre durant la Distillation
de toute la Terre noire; & ce qui se trouvera
dans le fonds du Vaisseau, c'est-à-
dire les Fèces restées, se dissoudra alors
avec une nouvelle Eau, & cette Eau contiendra
trois ou quatre parties de plus que
les Fèces, afin que tout se dissolve & se
convertisse en Mercure ou Argent-vif. Je
vous dis donc que vous réitérerez cette
Opération jusqu'à ce qu'il ne reste plus
que le marc. Il n'y a point de temps déterminé
pour cette Distillation, & elle se fait
selon la grande ou la petite quantité de
l'Eau, en observant toujours le régime du
Feu. Vous prendrez ensuite la Terre, que
vous aurez réservée en son Vaisseau de
Verre avec son Eau distillée; après quoi
vous continuerez à feu lent & doux, comme
était celui de la Distillation ou Purification,
jusqu'à ce que la Terre soit sèche &
blanche, & qu'elle ait bu toute son Eau
en se séchant. Cela étant fait, vous mettrez
de nouvelle Eau sur cette Terre, &
vous continuerez toujours votre Cuisson,
@
Le Livre de Synésius.
189
comme au commencement, jusqu'à ce
que cette même Terre soit entièrement
blanche & claire, & qu'elle ait bu toute
son Eau. Et remarquez que cette Terre
sera ainsi lavée de sa noirceur par la Cuisson,
comme je vous l'ai dit, parce qu'elle
se purifie facilement avec son Eau, ce qui
est la fin du Magistère; & alors vous garderez
soigneusement cette Terre blanche;
car elle est Mercure blanc, Magnésie blanche?
Terre feuillée. Après cela vous prendrez
cette Terre blanche, rectifiée comme
dessus, & vous la mettrez en son Vaisseau
sur les Cendres au Feu de Sublimation,
donnant à cette Sublimation un fort feu,
jusqu'à ce que toute l'Eau coagulée, qui
sera dans le Vaisseau vienne dans l'Alambic,
& que la Terre demeure au fond bien
calcinée. Alors vous aurez la Terre, l'Eau
& l'Air; & quoique la Terre contienne en
soi la Nature du Feu, néanmoins il n'est
point apparent en effet, comme vous verrez
qu'il le sera, quand vous l'aurez fait
devenir rouge par une plus grande Cuisson.
Alors vous verrez manifestement le
Feu en apparence. Après quoi vous devez
procéder à la Fermentation de la Terre
blanche, afin que le Corps mort s'anime
& se vivifie, & que sa vertu se multiplie
à l'infini. Mais mon Fils, remarquez que
le Ferment ne peut entrer dans le Corps
@
190 Le Livre de Synésius.
mort que par le moyen de l'Eau, qui a
fait le mariage ou conjonction entre le Ferment
& la Terre blanche. Et sachez qu'en
tout Ferment on doit observer le poids,
afin que la quantité du Volatil ne surmonte
pas le Fixe, & que le mariage ne s'en aille
pas en fumée. Car, dit Senior: Si tu ne
convertis la Terre en Eau, & l'Eau en Feu,
l'Esprit & le Corps ne se conjoindront
point ensemble. Pour en faire la preuve,
prenez une Lamine enflammée, & versez
dessus une goutte de notre Médecine; si
cette Médecine pénètre & se colore d'une
parfaite couleur, ce sera un signe de perfection.
Et s'il arrive qu'elle ne teigne point,
réitérez la Dissolution & la Coagulation,
jusqu'à ce que cette même Médecine soit
teignante & pénétrante. Remarquez, mon
Fils, que cinq Imbibitions au moins, &
sept au plus, suffisent pour que la Matière
se liquéfie, & soit sans fumée; & alors
cette Matière est parfaite au
Blanc. Sachez
que la Matière se fixe quelquefois en
plus de temps, & quelquefois en moins,
selon la quantité de la Médecine. Et sachez
encore que depuis la Création de
notre Mercure, notre Médecine demande
le terme de sept mois pour arriver au
Blanc, & de cinq autres mois pour parvenir
au
Rouge; ce qui compose une année
pour parfaire l'Oeuvre, sans, comme je
@
Le Livre de Synésius.
191
viens de dire, y comprendre le temps de la
préparation du Mercure.
------------------------------------------
TROISIEME OPERATION.
De la Rubéfaction.
P RENEZ, mon Fils, de la Médecine
blanche autant que vous voudrez, &
la mettez dans son Vaisseau, sur les Cendres
chaudes, où vous la laisserez jusqu'à
ce qu'elle se soit desséchée comme ces Cendres
mêmes. Donnez-lui ensuite de l'Eau
du Soleil, que vous aurez mise à part, &
que vous aurez gardée pour cette Opération.
Continuez alors le feu du second
degré, jusqu'à ce qu'elle devienne sèche.
Redonnez-lui encore de la même Eau, &
successivement imbibez & desséchez, jusqu'à
ce que la Matière se rubéfie, & se liquéfie
comme de la Cire, & coure, ainsi
que j'ai dit, sur la Lamine enflammée.
Alors cette Matière sera parfaite au
Rouge.
Mais remarquez que toutes les fois que
vous imbiberez, vous ne devez pas mettre
de l'Eau Solaire plus qu'il n'en faut
pour couvrir le Corps; & cela s'observe
exactement, de peur que l'Elixir ne se submerge
& ne se noie. C'est ainsi que vous
devez continuer le Feu jusqu'à la Dessiccation,
@
192 Le Livre de Synésius.
& faire alors la seconde Imbibition.
Vous procéderez alors par ordre jusqu'à
la perfection de la Médecine, savoir jusqu'à
ce que la puissance de la Digestion
du Feu la convertisse en Poudre très rouge,
qui est la véritable Huile des Philosophes,
la Pierre sanguinaire, le Corail
rouge, le Rubis précieux, le Mercure
rouge, & la Teinture rouge.
------------------------------------------
DE LA PROJECTION.
P Lus vous dissoudrez & congèlerez
mon Fils, plus vous multiplierez la
vertu de la Médecine, & la porterez jusqu'à
l'infini. Mais remarquez que la Médecine
se multiplie plus tard par Solution
que par Fermentation. C'est pour cela que
la chose dissoute n'opère pas bien, si auparavant
elle ne se fixe en votre Ferment.
Cependant la Multiplication de la Médecine
dissoute est plus abondante que celle
de la Médecine fermentée, parce qu'il y
a en elle plus de Subtilisation. Je vous
avertis encore de mettre, pour la Multiplication,
une partie de l'Oeuvre sur quatre
parties de Soleil ou de Lune, & en
peu de temps la Poudre se fera selon le Ferment.
EPILOGUE
@
Le Livre de Synésius.
193
------------------------------------------
E P I L O G U E
Suivant Hermès.
A INSI, mon Fils, vous séparerez la
Terre du Feu, le gros du subtil, doucement
& avec industrie; c'est-à-dire, que
vous séparerez les parties unies par la Dissolution
& Séparation; comme, la Terre
du Feu, le subtil de l'épais, &c. Savoir
la plus pure Substance de la Pierre, jusqu'à
ce qu'elle vous demeure nette & sans
aucune tache ni ordure. Quand Hermès
dit: Elle monte de la Terre au Ciel, &
puis une autrefois elle redescend en Terre;
il faut entendre la Sublimation des Corps.
De plus, pour bien expliquer la Distillation,
il dit, Que le Vent l'a portée dans
son ventre; savoir, quand l'Eau distille
par l'Alambic, où elle monte premièrement
par le vent fumeux & vaporeux, &
retombe ensuite au fond du Vaisseau encore
en Eau. Voulant aussi montrer la Congélation
de la Matière, il dit: Sa force est
entière, si elle retourne en Terre ; c'est-à-
dire, si elle est convertie en Terre par la
Cuisson. Et pour démontrer généralement
toutes ces choses, il dit: Et elle recevra
la force inférieure & supérieure, c'est-à-
Tome II. * R
@
194 Le Livre de Synésius.
dire des Eléments; parce que si la Médecine
reçoit la force des parties légères,
savoir de l'Air & du Feu, elle recevra
aussi les parties pesantes; les graves se
changeant en Eau & en Terre, & cela,
afin que les Matières, ainsi perpétuellement
conjointes, deviennent stables, fermes
& permanentes.
Loué soit Dieu.