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Réfer. : 0302A .
Auteur : Brouaut, I.
Titre : Traité de l'Eau de Vie.
S/titre : ou Anatomie Théorique et pratique du Vin.
Editeur : Iacques de Senlecque. Paris.
Date éd. : 1646 .
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T R A I T E'
D E
L' EAU D E VIE O U
ANATOMIE THEORIQUE
E T
P R A T I Q U E DU
VIN.
DIVISE' EN TROIS LIVRES.
Composez autrefois par feu Me I. Brouaut MEDECIN.
Dedié à Mr DE LA C H A M B R E, Conseiller & Medecin du
Roy, & Ordinaire de Monseigneur le CHANCELIER.
A
P A R I S,Chez IACQUES DE SENLECQUE, en l'Hotel de Bauieres,
proche la porte de saint Marcel:
OU A U P A L A I S,
CHEZ IEAN HENAVLT, dans la salle Dauphine à l'Ange Gardien.
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M. D C. XLVI.
A V E C P R I V I L E G E D U R O I.
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A
M O N S I E U R.
M O N S I E U R
D E
L A C H A M B R E,
CONSEILLER ET MEDECIN
D U
R O I. Et Ordinaire de Monseigneur le CHANCELIER.
ONSIEUR,
Il y a déjà long-temps que les devoirs de notrecommune amitié me demandent, ce que je rends
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E P I T R E.
aujourd'hui publiquement à votre mérite: Et
comme je ne pouvais ignorer que vous avez toujours
été des premiers dans l'estime des plus
Grands hommes du Monde, je ne devais pas
non plus souffrir que vous demeurassiez des derniers
à recevoir les hommages de mon Esprit.
Dieu nous commande par la bouche du Sage,d'honorer généralement tous les hommes de votre
Profession, parce qu'ils sont en quelque façon
nos Dieux Tutélaires; & que le Très-Haut leur
a commis ici bas la conservation du plus parfait
de ses Ouvrages.
Mais quand je ne me laisserais pas toucher àcette raison qui en regarde de beaucoup d'autres avec
vous; j'ai d'ailleurs de si puissants motifs de vous
honorer en votre particulier, que je puis dire,
que les Ordonnances du Ciel sont superflues,
où mon inclination m'a toujours attiré: & certes,
ce n'est pas tant un nouveau Présent que je
vous fais en vous donnant ce Livre, qu'une confirmation
publique du don que je vous ai fait autrefois
de moi-même.
Votre amitié sans doute, est trop sincère &trop généreuse pour être récompensée d'une autre
monnaie;
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E P I T R E.
monnaie; Et quand le bon-heur qu'elle me fais
goûter ne m'empêcherait pas de dissimuler avec
vous, vos Livres m'apprennent tous les jours, que
vous avez une trop parfaite connaissance de ce qui
se passe au dedans de nous mêmes, pour oser entreprendre
de ne vous donner que des compliments.
Vous pouvez donc connaître, Monsieur, quece témoignage de mon estime & de mon affection
est accompagné de la principale qualité qui le peut
rendre recommandable, je veux dire de la sincérité
de mon coeur; Et je l'ose assurer d'autant plus hardiment,
qu'il répond à toutes les marques que
vous nous avez données de l'Amour d'Inclination.
Mais aussi je vois bien, qu'en vous payant unedette si légitime j'en retire tout l'avantage: Car si
l'amitié suppose la connaissance de la personne
qu'on aime, il me suffit d'avoir su connaître en
vous ces excellentes & rares qualités qui font
l'admiration des plus Illustres Personnages de ce
temps, pour m'acquérir quelque partie de leur gloire,
sans avoir d'autre part à leur mérite, que celle
de vous honorer comme eux.
Je pourrais même sur ce point leur disputer lespremiers rangs, puisque je me sent attaché à tous
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E P I T R E.
ce qui vous regarde par une connaissance plus particulière,
& par une plus étroite Amitié que tous
les autres.
En effet tous les autres ont bien sujet d'admirerl'éclat de cette Lumière
que vous nous avez fait
paraître dans le Traité que vous en avez donné
au Public.
Ils ont vu dans celui du Débordement du
Nil,
l'éclaircissement de leurs doutes.
Vous les avez menés à la connaissance de l'économieintérieure de l'homme par vos Conjectures
sur la Digestion:
Et vous leur avez communiqué
tous les Trésors du Corps & de l'Ame dans
les Caractères
dont vous avez marqué les Passions.
Mais je trouve de plus que vous nous avez
donné dans ces Ouvrages une Bibliotheque générale
de la Nature, un Miroir parlant de l'homme
extérieur & intérieur: Et pour le dire en un mot,
que vous nous avez fait un présent de nous mêmes
à nous mêmes.
Que si les Anciens mettaient au revers de laMédaille d'Aristote, la Déesse Phusis toute voilée,
parce que la Nature lui avait été inconnue en
ce qu'elle a de plus remarquable, ne dois-je pas dire
que vous lui avez, ôté ce voile pour nous découvrir
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E P I T R E.
au naturel toute la beauté de son visage, nous
ayant enseigné dans vos Ecrits, les véritables
causes de ce qu'il y a de plus merveilleux & de
plus caché dans le Petit & dans le Grand Monde?
Ceux qui ont entrepris devant vous les mêmeschoses que vous, n'en ont remporté à mon avis
d'autre avantage que celui d'avoir beaucoup osé:
Et ils ont imité ces Peuples qui cheminent si
long-temps autour de la Montagne du Seir sans
pouvoir jamais entrer dans la Terre de Promission.
Combien de personnes se sont perdues dans leNil
où vous avez nagé de si bonne grâce? Et ne
semble-t-il pas que votre esprit se promenant sur les
Eaux de ce grand Fleuve, leur ait communiqué
une nouvelle fécondité, pour produire sur nous les
mêmes effets que sur les Terres de l'Egypte par
l'abondance des richesses que vous nous avez données,
dans le discours des causes de son Débordement?
Mais vous n'avez pas témoigné moins deforce sur l'Elément du Feu que sur celui de l'Eau;
Et sans le secours de cette fenêtre qu'un Philosophe
désirait au corps de l'homme, vous avez porté
votre vue jusques à la source de ce Feu secret qui
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E P I T R E.
entretient notre Vie, et que par sa modération ou
par son excès fais nos bons ou nos mauvais jours.
Il n'y a que votre Modestie qui ait assujettis vosOuvrages à quelque défaut lors qu'elle vous a fait
prendre le nom de Conjectures sur la Digestion
pour Titre de ce Traité, dans lequel vous avez
donné une entière certitude à des vérités qui nous
étaient auparavant inconnues, quoi qu'elles logeassent
dans notre sein.
Et certes ce n'est pas merveille que vous ayezparlé des choses mêmes les plus obscures avec une
si merveilleuse clarté; puisque Celui qui anime
tous les hommes de son souffle vous a inspiré ces
éclatantes & Nouvelles pensées de la Lumière
dont les rayons ont été les Avant-coureurs de ces
rares Chef-d'oeuvres que nous avons vu depuis
partie de vos mains.
Aussi de vrai ces excellents Caractères des
Passions
que vous nous avez donnés les derniers
font voir une particulière impression du doigt de
Dieu sur votre esprit, Et nous pouvons dire d'eux
fort justement ce que Platon a dit autrefois de la
Poésie, que ce n'est pas une Science humaine, mais
plutôt une Révélation divine.
Qu'on ne me parle donc plus des Temples ni des Autels
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E P I T R E.
Autels que l'Antiquité bâtit autrefois aux Passions,
vous leur en avez consacré dans vos Livres
de plus magnifiques & de plus durables qu'elles
n'eurent jamais: Et ceux qui auront dessein de se
rendre savants en cette si Admirable & si utile
Science de la connaissance d'autrui & de soi-même,
peuvent librement en apprendre tous les
moyens en venant rendre hommage à ces beaux
Portraits que vous y avez exposés à notre vue.
C'est en ce Lieu rempli de tant de Miracles, où ceque le Soleil n'avait encore peu découvrir, est rendu
visible par la force de vos Caractères:
Et le
coeur de l'homme ce Prothée industrieux qui se sert
d'Abîme à soi même lors qu'il entreprend de
cacher, paraît à cette heure si naïvement sur le visage,
qu'il ne peut plus déguiser l'Intelligence naturelle
qui est entre-eux.
C'est là où l'Amour & la Haine, la Douleur& la Joie; la Douceur & la cruauté, la Hardiesse
& la Crainte; Et pour abréger, c'est là où
toutes les Passions sont peintes au naturel: Et quoi
que les violentes y soient mêlées indifféremment
parmi les douces, elles y sont néanmoins plus obligeantes
que dangereuses; Et vous les avez toutes
accordées en ce point, que par l'Eloquence que
ï
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E P I T R E.
vous leur avez donnée, elles nous portent également
à la recherche du Bien & à la fuite du Mal.
Voila, Monsieur,
le privilège particulier quevous avez sur les autres de guérir aussi puissamment
les Passions de l'Ame par vos Discours, que
les infirmités du corps par les Remèdes que vous
ordonnez avec tant de prudence.
Que si la lecture des Histoires de Tite-Live& de Quinte-Curse a eu la force de rendre à de
grands Princes la santé que les Médecins ne leur
pouvaient donner; ne peut-on pas du moins espérer
de la connaissance de ce dernier Ouvrage des succès
aussi favorables pour toute sorte d'indispositions?
Voyez donc, Monsieur, s'il vous plaît l'intérêtque nous avons à l'achèvement de ce Tableau
des Passions, qui sans doute demeurerait imparfait
si vous même n'y mettiez la dernière Main:
Aussi de vrai les louanges que vous en recevez,
de toutes parts, comme une juste récompense de ce
que vous avez commencé, vous font encore autant
d'obligations, pour vous acquitter envers le
Public de ce qui vous reste à faire.
Mais quelque grand que soit cet Ouvrage, ilfaut néanmoins qu'il cède à celui auquel vous
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E P I T R E.
travaillez tous les jours si heureusement: Et personne
ne désire de voir la fin d'un Travail, dont
le Sujet serait immortel si les voeux des Gens de
bien étaient exaucés.
C'est, Monsieur, ce précieux Ouvrage de la
Santé de Monseigneur le CHANCELIER
dont la
continuation devrait tenir de l'immortalité de ses
actions, puis qu'elle conserve la Fortune d'un
Million de personnes.
Ainsi vous ne devez pas tant être considérécomme le Medecin d'un Illustre Particulier, que
comme le Medecin du Public: Et toute la France
doit avouer que vous êtes après Dieu le Conservateur
de cet Homme incomparable, qu'elle reconnaît
pour le souverain Protecteur de ses Lois,
& pour le Père commun des Savants & des
Misérables.
Continuez donc, Monsieur,
de veiller à la conservationde celui dont les veilles continuelles regardent
la tranquillité de l'Etat: Et si les opérations
de l'Ame suivent le tempérament du Corps,
n'avez vous pas l'honneur de contribuer en quelque
façon à la gloire de ce grand Ministre, qui
dispense avec tant d'égalité la Justice à tous le
Monde?
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E P I T R E.
Quant à moi, Monsieur,
je m'estimerai trèsheureux si en vous offrant ce Livre de L'Eau de
Vie,
je vous puis donner occasion d'en tirer
quelque secret pour prolonger les jours du Premier
Officier de la Couronne, qui les abrège par les travaux
continuels où l'engage le Zèle qu'il a pour le
service de Dieu & du Roi.
Mais comme votre profonde Science, & vossoins vous le rendent inutile pour ce sujet, c'est assez
pour ma satisfaction que vous ne dédaigniez
pas le Présent que je vous en fais, vu qu'un
Grand Roi reçut agréablement un peu d'Eau
qui lui fût offerte.
L'affection aussi de laquelle je l'Accompagne,mérite de vous cette favorable réception que je
m'en promets: Et vous ne douterez pas qu'elle ne
soit toute pure, puisque les Caractères
que vous
avez donnez aux mouvements de l'Ame vous
faisant discerner si facilement l'Ami d'avec le
Flatteur, vous pourront aussi faire connaître avec
certitude si je suis véritablement,
MONSIEUR,
Votre très-humble, très-obéissant
& très-affectionné serviteur,
I. BALESDENS.
@
E P I T R E
D E
Mr C H A R T I E R
L E
F I L S, CONSEILLER, ET MEDECIN ORDINAIRE
servant le Roi, Docteur Régent en la
Faculté de Médecine de Paris.
Sur le sujet du T R A I T E' DE L'EAU-D E-VIE.
A
M O N S I E U R Mr
B A L E S D E N S AVOCAT EN LA COUR
DE
PARLEMENT ET AU CONSEIL d'Etat & Privé du Roi.
ONSIEUR,
Vous méritez beaucoup du public, de
ce que vos emplois & les occupations assidues
qui vous engagent entièrement à la
JURISPRUDENCE, vous ont permis de
faire une charité si nécessaire à la SANTE'
des hommes, comme est le TRAITE' des avantageux effets
a
@
& utilité de L'EAU DE VIE: c'est un présent digne
de votre libéralité, de distribuer ainsi les curieuses recherches
d'un savant Auteur, & d'augmenter en cette
élection le fameux renom de l'un des plus célèbres MEDE-
CIN S de son temps.
Les Doctes se doivent cet échange, puisque les SCIEN-
CES sont tellement enchaînées, qu'elles s'étudient les unes
pour les autres: La MEDECINE peut proposer les plus
rares Tableaux de la POLITIQUE, & les peintures
vivantes de tous les ETATS, lors qu'elle exerce un ME-
DECIN sur les Méditations de son objet; lui faisant
connaître par démonstration; la MONARCHIE en la Région
première où le CERVEAU domine; l'ARISTOCRA-
TIE enfermée en la Région moyenne, où le POUMON
& le COEUR commandent; & la Région basse servir de
REPUBLIQUE où les sujets de cet Etat sont gouvernés
par les divers LOBES du FOIE. C'est un Crayon
& un Echantillon d'une véritable police en laquelle les
Lois se trouvent inviolables, & ne pouvoir être enfreintes
sans la perte générale de ces trois ETATS, desquels
l'homme emprunte l'établissement de sa VIE: les nerfs,
les artères, & les veines servent de correspondances à ces trois
puissances souveraines: les ESPRITS enfermés dans
ces vaisseaux sont les COURIERS qui portent la nouvelle
ou de la SANTE' ou des Maladies qui affligent incessamment
le CORPS, pour la Réparation duquel le
SANG est le Trésor, l'Arsenal, & le Magasin auxquels
se trouve ce qui est nécessaire à rétablir touts les dégâts
causés par les ELEMENTS qui le composent; à restituer
les forces suffisantes pour garantir ces ETATS de
la Rébellion des sujets, de la corruption & usurpation
des parties.
Aussi l'Art de guérir peut exposer à la Jurisprudence
@
& beaucoup plus Solide que la première, qui sert de
Matière au FEU & de propre nourriture à la flamme
en cette considération ils lui ont donné le nom de SOUFRE,
étant cette substance plus homogène & plus épurée
de toutes les substances grasses, & plus prompte à recevoir
les impressions du FEU, sans laquelle le FEU se rendrait incapable
d'être l'objet de nos sens; puisque le SOUFRE
est un FEU revêtu d'une MATIERE Terrestre pour entrer
en notre connaissance.
Il faut avouer que l' EAU-DE-VIE est un second principe,
en ce qu'elle s'enflamme aisément, & prend & conçoit
incontinent le FEU: ce n'est donc plus une EAU que de nom,
& un FEU en puissance; l'humeur vineuse ou SUC VINEUX
que remarque Aristote être au VIN; avoir les effets
le l'HUILE; Anathymiase ou vapeur vineuse qui est
la cause que toute sorte de VIN s'enflamme; un S O U F R E
aussi bien qu'un MERCURE; ou pour mieux dire une alliance
de ces deux principes unis par la puissance Divine:
ce que ces Philosophes ont doctement remarqué par ce nom
d'EAU-DE-VIE, Epithète admirable! d'autant que le FEU
semble animer toutes choses, & mêmes Hyppocrate établit
la VIE dans la Chaleur qui est la marque & le signe
particulier du FEU; en effet aussitôt que les vivants sont
privés de cette qualité, on les croit avoir abandonné la
VIE: & la différence de l'EAU & du SOUFRE est visible
en ce que l'un haït le FEU comme l'autre y est affectionné:
l'EAU-DE-VIE n'ayant aucune partie ennemie du
FEU ne pourrait pas être appelée EAU, si ce n'était l'union
de ces principes qui montre que le FEU ou plutôt le S O U-
F R E étant aqueux & Mercuriel obtient une pénétration
plus puissante, & une vertu plus efficace, en ce qu'il pénètre
comme un MERCURE; & agit comme Matière ignée;
& porte en cette façon les effets & du FEU & de l'EAU,
@
CORPS, puisque c'est un mélange élégant & du FEU &
de L'EAU si artistement composé, que l'on peut espérer par
cette industrie d'avoir en main tout ce qui est de plus précieux
& plus admirable en la Nature, pour faire paraître
un élément sensible & favoriser la SANTE des hommes.
CETTE première proposition est assez bien éclaircie
par démonstration chez les CHYMISTES (je dis les savants
& non pas ces Prométhées qui se font attacher au Caucase
après avoir abusé du FEU) lesquels ne reconnaissent aucun
ELEMENT qui ne soit tributaire aux sens & dans leur
Approbation, lequel ils tirent des CORPS qui se résolvent,
& le font passer pour PRINCIPE (le sens n'en pouvant remarquer
de plus petits) non pas qu'ils ignorent la PRIVA-
TION, la MATIERE, & la FORME, être des principes conçus
par l'esprit que les sens seul ne goûtent pas comme choses
qui surpassent leur portée; n'y qu'ils doutent de ces CORPS
simples appelez Eléments, véritables homogènes qui ne
se résolvent jamais en d'autres éléments, & desquels la
PHYSIQUE enseigne tous les MIXTES être composés; n'étant
ces corps simples de la visée des sens, s'ils ne s'allient
d'objets plus grossiers & plus sensibles pour être aperçus.
De façon que le CHYMISTE voulant des principes &
des éléments plus palpables s'en est fait de TROIS sortes,
semblables à ces TROIS ESSENCES ou substances que
GALIEN remarque en la dissolution du LAIT, lesquelles
sont tellement détrempées & mêlées dans la composition de
ce MIXTE qu'elles rendent le lait tempéré: & ce qui est admirable!
Alors qu'elles sont désunies par un des plus simples
degrés du FEU, elles sont toutes trois de qualités dissemblables,
& en consistances différentes entre elles; jusques à
être opposées & contraires en vertus & en effets.
Ce sont ces substances dites des Grecs ἀνομοιομερής
de parties dissemblables, nommées d'Aristote & de
plusieurs
@
plusieurs en suite ἑτερογενεις de différents genres, que nos
Philosophes appellent substances impures alors qu'elles
sont enfermées dans un MIXTE: mais hors la composition;
elles sont pures, homogènes, & de parties semblables;
comme sont le PETIT LAIT, le BEURRE, & le FRO-
MAGE, desquels je me servirai pour exemple, afin de donner
plus de clarté à ces commencements ou Eléments CHY-
MIQUES.
Le PREMIER est VOLATIL; c'est à dire une ESSENCE
légère, d'élévation facile au mouvement du Feu, laquelle
se détache aisément du MIXTE duquel elle fait partie composante
appelée MERCURE: d'autant que ce principe
est de consistance fluide, mouvante, aisément cédante au
FEU, & au rencontre des autres corps plus solide; lequel
n'étant pas capable de se borner soi-même, emprunte
la figure de tous les corps qui lui font résistance.
L'EAU-DE-VIE explique excellemment par ce nom
d'EAU, & premier principe des CHYMISTES: vu qu'elle
est une ESSENCE volatile, de facile transport vers
les voûtes d'un Alambic; l'ESSENCE humide de TRISMEGIST
E, qui circule & porte un ESPRIT pénétrant
propre à tirer les SECRETS des MIXTES; l'humeur
plus subtile du VIN; véhicule de son Esprit, comme
au Lait l'ESSENCE humide qui soutient les Esprits de
ce Mixte, laquelle Alcoolisée est un Mercure détaché
de la plus grande partie de son Flegme & de toute autre
impureté, qui pourrait à bon droit être considéré pour la
plus parfaite Image du MERCURE des Philosophes,
& être le premier dissolvant de la CHYMIE.
Pour SECOND PRINCIPE ils ont établi le SOU-
FRE ou principe Moyen, comme est l'ESSENCE grasse
au lait nommée communément BEURRE, en partie
VOLATILE, en partie FIXE, substance plus épaisse
ë
@
& beaucoup plus solide que la première, qui sert de
Matière au FEU & de propre nourriture à la flamme
en cette considération ils lui ont donné le nom de SOUFRE,
étant cette substance plus homogène & la plus épurée
de toutes les substances grasses, & plus prompte à recevoir
les impressions du FEU, sans laquelle le FEU se rendrait incapable
d'être l'objet de nos sens; puisque le SOUFRE
est un FEU revêtu d'une MATIERE Terrestre pour entrer
en notre connaissance.
Il faut avouer que l'EAU-DE-VIE est un second principe,
en ce quelle s'enflamme aisément, & prend & conçoit
incontinent le FEU: ce n'est donc plus une EAU que de nom,
& un FEU en puissance; l'humeur vineuse ou SUC VINEUX
que remarque Aristote être au VIN; avoir les effets
de l'HUILE; Anthymiase ou vapeur vineuse qui est
la cause que toute sorte de VIN s'enflamme; un SOUFRE
aussi bien qu'un MERCURE; ou pour mieux dire une alliance
de ces deux principes unis par la puissance Divine:
ce que les Philosophes ont doctement remarqué par ce nom
d'EAU-DE-VIE, Epithète admirable! d'autant que le FEU
semble animer toutes choses, & même Hyppocrate établit
la VIE dans la Chaleur qui est la marque & le signe
particulier du FEU; en effet aussitôt que les vivants sont
privés de cette qualité, on les croit avoir abandonné la
VIE: & la différence de l'EAU & du SOUFRE est visible
en ce que l'un haït le FEU comme l'autre y est affectionnée:
l'EAU-DE-VIE n'ayant aucune partie ennemie du
FEU ne pourrait pas être appelée EAU, si ce n'était l'union
de ces principes qui montrent que le FEU ou plutôt le SOU-
FRE, étant aqueux & Mercuriel obtient une pénétration
plus puissante, & une vertu plus efficace, en ce qu'il pénètre
comme un MERCURE; & agit comme Matière ignée;
& porte en cette façon les effets & du FEU & de l'EAU,
@
& par ainsi il entre en la composition de tous les Mixtes,
LE TROISIEME principe des choses créées, est
une ESSENCE grossière & semblable au FROMAGE;
partie terrestre, Base ou fondement, sur lequel tous les MIXTES
se forment & sont composés; principe de coagulation
& de fixation; substance qui de son propre mouvement
ne s'élève jamais, laquelle se borne aisément & se balance
de son propre poids, qu'ils ont nommé SEL étant la
vertu de ce principe excellente pour arrêter, & attacher
tout ce qui se veut éloigner des sens.
Quand je considère l'EAU-DE-VIE, & que j'admire
l'Alliance du FEU & de l'EAU (ces deux contraires ne
pouvant subsister ensemble s'ils ne rencontrent un moyen
unissant qui les puisse Arrêter) ce raisonnement me force de
conjecturer qu'il y a un TIERS en l'EAU-DE-VIE qui
assemble les deux autres: & comme il doit être fixe pour
faire résistance & au FEU, & à l'EAU; il faut que ce
soit un SEL, lequel donne consistance; allie & fixe les
deux autres, puisque tout SEL est le véritable Amalgame
& du FEU, & de l'EAU.
C'EST à bon droit ce TARTRE le grand Alcali
des Anciens, qui tierce nos deux principes, & à l'imitation
du SEL Armeniac rend ce puissant DISSOLVANT
le sujet des TEINTURES: ce que l'on peut observer dans
les Auteurs curieux; quand ils appellent l'EAU-DE-VIE,
Menstrual du végétable, acué de son SEL Armeniac:
MENSTRUAL ou DISSOLVANT; c'est à dire ce qui
sert à séparer les parties d'un Mixte: du végétable; qui
signifie la VIGNE: acué de son SEL; je l'interprète de
l'EAU-DE-VIE extraite & rendue plus propre aux TEIN-
TURES par le secours de son SEL.
ENFIN être composé du FEU, & de l'EAU, & de
dire que le Mercure le soufre & le SEL, entrent en la
ë ij
@
composition des MIXTES, c'est déclarer la même chose
par diverses phrases: & l'EAU-DE-VIE en sa dissolution
montre être établie par ces Trois ESSENCES ou
Eléments sensibles, qui disparaissent quand on les veut séparer
de leur SEL, & s'absentent des limites des S E N S pour
être seulement compris par l'Esprit: tellement que l'EAU-
DE-VIE à cause de son Mercure; est pénétrante, dissolvante,
& subtiliante les parties des Mixtes: comme SEL; elle
est la Base & le soutien des TEINTURES, coagulations
& des fixations: en qualité de SOUFRE; elle sépare
tous Hétérogènes, assemble les homogènes, & purifie
les corps impurs, chasse la corruption, & les infirmités
des corps imparfaits: comme EAU; elle circule les substances
séparées, & ce premier dissolvant arrose avec un
ESPRIT subtil ces ESSENCES extraites des Corps mêlés.
DE SORTE QUE l'on peut considérer en cette liaison
d'Eléments, un TERNAIRE accompli; un homogène
sensible, si bien assorti & si merveilleusement uni, qu'il faut
le croire être un choix fait exprès pour Symbole & véritable
hiéroglyphique de la DIVINITE; ce n'est pas que
ce même Ternaire ne se reconnaisse dans l'Anatomie de
tous les CORPS MIXTES & qu'il ne paraisse en iceux le
CARACTERE de son Architecte: Mêmes en ces trois
ETATS enfermés dans le Corps de l'homme, l'ordre, la
symétrie, & ornement de chaque partie, témoigne hautement
la bonté, la sagesse, & la puissance de cet admirable
ouvrier, qui a mis le CERVEAU le MONARQUE du Corps,
la partie Métropolitaine de l'humide, & le siège de notre
premier principe. Le Mercure que nos Anciens ont dépeint
avec des ailes à la Tête, aux bras, & aux pieds, démontre
évidemment cette vérité; puisque ces ailes sont la marque de
la vitesse, subtilité, & promptitude que les MONARQUES désirent
pour l'exécution de leurs commandements, choisissant
pour
@
pour cet effet les MINISTRES de leur ETAT, agissants,
subtils, pénétrants, & vigilants: tout ainsi qu'en cette Monarchie
dès le même temps que le CERVEAU envoie un esprit
par les nerfs, vers les mains & les pieds; cet agent ou Ministre de
cet ETAT pénètre en un moment à travers ces substances nerveuses,
& passe subtilement jusques aux parties les plus éloignées
pour faire exécuter les volontés de son Maître; c'est sans
doute sous ces divers messages que la Mythologie enveloppe
cette subtilité Mercuriale, quand notre MERCURE y
est connu pour le Messager des Dieux, & l'interprète des
Rois.
Mais avec combien d'allégresses de bonds & de sauts le
COEUR & les POUMONS témoignent t-ils les effets de notre
second principe, & la sagesse de ce divin artiste qui a placé
ce COEUR au milieu du Corps pour conserver la VIE aux
parties: les artères par leur batteries le manifestent l'Arsenal
de la VIE d'où ces parties tirent les forces pour se munir & se
pourvoir contre les ennemis de cet ETAT: c'est par ces conduis
que le SOUFRE, vital se distribue, & que la Mythologie
trouve au ventricule gauche du COEUR la force de
Vulcan.
Les LOBES du FOIE peuvent être dits le Magasin du
SEL, puisque les veines enferment le SANG qui marque par sa
saveur ce principe; joint aussi que cette République enfermée
au bas ventre est le soutien des autres ETATS, comme
le SEL est la Base de nos principes ce sont les Nymphes dorées
que la Fable veut être assistantes à la forge de Vulcan
pour le soutien des travaux de ce grand Artiste, non
seulement à cause que la veine est compagne & l'appui
de l'artère & du nerf, avec lesquelles elle est jointe, & comme
unie par Anastomoses & membranes: mais aussi d'autant
que Chem qui signifie chez les Arabes le FEU dans son repos,
qui est l'Agent de cette FORGE conduit par les artères,
é
@
est soutenu des veines & défendue par les nerfs: de sorte que
ces trois canaux ou vaisseaux contiennent les trois principes
desquels est composée cette EAU-DE-VIE l'entretien de
la SANTE des hommes & le soutien de ces ETATS. Voilà
ce TERNAIRE qui fait paraître l'homme composé à l'image
& ressemblance de la Divine Majesté qui a fait élection
par excellence de cet animal politique d'entre tous les
vivants; de même qu'il a fait choix de la VIGNE sur toutes
les plantes; ainsi que le ROI Manasses publié dans l'oraison
& actions de grâce qu'il rend à Dieu pour ce sujet: P L A N
ennobli par le plus grand Prince de l'Univers à raison de son
EAU-DE-VIE! ESSENCE de ce PLAN divin qui se déclare
L'AME de la VIGNE, & la plus vigoureuse partie, qui
animant ce bois, le rend capable de donner la VIE aux végétaux,
aussi bien qu'aux minéraux. & animaux.
A ce propos je me souviens de la dispute de Ioatas contre
Abimelech; cette Prosopopée (Monsieur) vous doit être
agréable, en ce que vous savez extrêmement bien découvrir
sous les paraboles & les feintes, les VERITES qui peuvent
y être enfermées. Tous les bois (ce dit Ioatas) voulurent
faire élection à un ROI, & parlèrent, à la VIGNE pour
l'établir leur souverain; où après lui avoir expliqué leur dessein,
la supplièrent de les vouloir régir & commander: la
VIGNE leur répondit, QUOI! vous imaginez vous que je
veuille ou que je puisse laisser mon VIN qui réjouit DIEU
& les HOMMES, pour me voir élevée au dessus de tous vous
autres? cette allusion nous donne à connaître la noblesse de
cette PLANTE, non pas à raison de sa figure, ni d'aucune
politesse qu'elle aie: mais à cause de la vertu de son S U C
qui réjouit DIEU & les HOMMES, pour cette excellente considération
elle est à préférer aux couronnes de la TERRE: VI-
GNE qui signifie la maison d'Israël , & le peuple de JESUS;
CHRIST, lequel est le principal & le plus délicieux GER-
@
ME de cette souche, qui a épandu un SUC merveilleux par
les plaies de son CORPS tout DIVIN: SANG admirable &
miraculeux de ce RAISIN! EAU-DE-VIE pour notre SALUT!
qui publie tous les jours sur nos A U T E L S notre rachat, notre
liberté & notre VIE, par l'Arrêt qui fut prononcé en la
Genèse. Lavabit in VIN O stolam suam & in SANGUINE UVAE
pallium suum. C'est la divine ESSENCE ou la véritable
EAU-DE-VIE, qui est le DISSOLVANT des AMES & des
CORPS: elle purifie tout ce qui est d'impur & change
& transmue l'impuissant en état de pouvoir, de perfection
& de gloire.
Et certes la corruption du CORPS des HOMMES ne peut
être détruite que par le SANG du Lion de la tribu de Judas
(je dits avec le respect que je dois & l'unique Monarque
de tous les ROIS) comme l'imperfection & la Lèpre des
METAUX est réputée des Philosophes ne pouvoir être guérie
ni défaite sinon par le SANG du Lion Rouge, puisqu'en
icelui l'OR de ces Philosophes se revêtit d'une VIE plus glorieuse
alors qu'il semble l'avoir tout à fait abandonné, jusques
à tirer de son CORPS par le moyen de ce DISSOLVANT,
comme un autre PHENIX, un SANG ou plutôt un SUC tout
de pourpre, or potable exquis ELIXIR admirable! &
précieux pour ôter les infirmités des METAUX aussi bien
que des HOMMES, & les garantir de toutes les MALADIES
qui les tourmentent!
C'est à cette dernière proposition que je désire arrêter
la postérité, & lui faire confesser les obligations qu'elle vous
doit avoir, favorisée un tel secours. Je souhaiterais encore
en ce siècle GALIEN, afin qu'il peut extraire par le pouvoir
de cette ESSENCE les qualités contraires que possèdent
les MIXTES en leur Composition, semblables à celles qu'il a
remarqué séparé au lait par la Chaleur, & particulièrement
détacher une de leurs Vertus laquelle il aurait
é ij
@
choisi pour s'opposer aux violences de quelque mal;
a corriger un merveilleux déboire qui succède après les
purgatifs pris en breuvage: & de cette façon avoir en
main les pures & simples puissances des REMEDES; &
par ce moyen détourner le soulèvement de l'estomac;
les Nausées, & les troubles que causent la mauvaise
couleur, Odeur, & le déboire d'un PURGATIF ordinaire;
duquel la simple pensée rend un MALADE toute une
nuit inquiet & sans repos; & confirmer la sentence d'HYP-
POCRATE sur la nécessité d'empêcher ces accidents fâcheux
lesquels accompagnent les Médicaments communément en
visage.
Ce sont des MYSTERES que l'on ne peut assez reconnaître,
& des SECRETS merveilleux que possèdent après une
longue étude les savants en la CHYMIE. Sur quoi je vous
entretiendrait plus longtemps (MONSIEUR) si je ne me souvenais
que vos emplois vous occupent, & crainte de vous être
ennuyeux je finirai vous souhaitant qu'après avoir fait présent
au public de cette EAU-DE-VIE, que je prouve être le
plus admirable & plus précieux mélange des principes
Hippocratiques; son usage, & ses Vertus restaurantes
vous puissent conserver durant une longue suite d'années,
par l'entretien de la paix & florissante prospérité de ces
trois ETATS & puissances Souveraines protectrices de
la SANTE' des mortels: vous assurant aussi que de ma
part je continuerai d'éprouver les divers effets de cette universelle
ESSENCE-DE-VIE, afin que dans les occasions je
vous puisse témoigner, avec combien d'affection je suis & désire
être.
MONSIEUR,
Votre très-humble
serviteur. I. C.
ce 7 Septembre 1644.
@
A U T R E
E P I T R E D' A P P R O B A T I O N,
Par un des plus doctes & curieux de ce temps,
sur le sujet du TRAITE' DE L'EAU-D E-VIE
A
M O N S I E U R, M O N S I E U R
B A L E S D E N S, AVOCAT EN LA COUR DE
Parlement, & au Conseil d'Etat
& Privé du Roi.
ONSIEUR,
Vous avez trouvé l'Invention d'être utile, &
au CORPS & à l'AME, & d'obliger les
Vivants & les Morts par cette merveilleuse QUINTESSEN-
CE que vous avez tiré des Fables, & par l'ANATOMIE DU
VIN, que charitablement vous exposez au jour.
CES belles maximes qui semblent expliquer AESOPE, mais
ê
@
2 II. E P I T R E
qui sont véritablement toutes vôtres, obligent les vivants pour
la Règle des moeurs; & ce Philosophe bossu est sans doute ravi
d'avoir si bonne grâce; de voir ses pensées plus belles qu'il ne les
avait conçu; & de sortir plus sage de vos mains, qu'il ne fût
en toute sa VIE.
Vous êtes encore plus favorable à ce grand Medecin, de
qui l'EAU-DE-VIE était morte, si son beau Livre n'avait eu
le bonheur de tomber en votre propre possession: car sans doute
quelque envieux l'aurait enseveli dans son cabinet, & privé son
Auteur de l'honneur qui est du à sa mémoire; & le public du
bien qu'il en peut retirer pour la santé du corps: Mais vous êtes
plus équitable, & rendant Justice à cet Auteur; vous suivez
son dessein, & donnez au Monde cet excellent ouvrage qui seul,
peut enseigner le vrai Remède à guérir toutes les maladies
qui surviennent à l'homme.
DANS ces bienfaits que le Monde doit reconnaître par les
louanges que méritent vos soins; J'admire les rapports qui se
trouvent entre l'origine de vos doctes Maximes politiques &
morales, & celle de l'excellente & utile EAU-DE-VIE: je ne
dit pas pour la ressemblance extérieure de la VIGNE à Æ S O P E,
(l'un aussi mal fait & de mauvaise grâce pour un homme, que
l'autre est tortue-bossue, & mal agréable pour une plante)
j'entends parler des Fables, de l'obscurité desquelles vous avez
tiré ce précieux ELIXIR, capable de guérir tous les défauts
de l'AME: & vous dirai que l'EAU-DE-VIE doit son
Invention aux Fables & fictions Hermétiques sur le
grand VIN des Philosophes, duquel la savante C H I-
MIE compose son grand Oeuvre, qui est l'universelle
MEDECINE des corps.
MERCURE Trismégiste en parle disant que la VIGNE
des Sages se tire en trois choses, & que son VIN se parfait
à la fin de Trente. Les Isiaques premiers Auteurs de l'occulte
Philosophie s'abstenaient du VIN commun, à cause de
@
D'A P P R O B A T I O N S
3
sa ressemblance à la liqueur Chimique, & Calasirés chez Heliodore
boit de l'EAU à la santé de Theagente, par respect &
cérémonie de Religion qu'il rendait au VIN, à cause qu'il était
grand Prêtre du Temple de Memphis, qui était dédié à la
Déesse Isis.
MAIS les Grecs au contraire par honneur, qu'ils désiraient
au VIN, sous la teinte des mystères de Bacchus, ont caché
tout le secret du grand ESPRIT DE VIE; ils le tirent de
Jupiter ou de l'Aether pour marque de sa subtilité, dans la
cuisse duquel il est nourri d'un aliment conforme à sa substance.
Cette précieuse liqueur est la même que le NECTAR que
Ganimède verse à la table des Dieux au CIEL DES PHILOSOPHES;
& c'est encore cette EAU-DE-VIE & précieuse
que Jupiter déguisé en mouton montra au bon PERE LIBER:
Hercule qui est fils de Jupiter aussi bien que Bacchus, n'aime
pas moins le VIN; car le tonneau qu'il perce en la grotte de
Chiron l'oblige au Combat contre tous les Centaures, & il
n'en peut jouir qu'après une entière victoire.
RAIMOND LULLE l'Incomparable Philosophe
Hermétique, qui connaissait ce VIN, le laisse en testament aux
Disciples de l'ART, par l'entière description de tout l'Oeuvre
Physique, décrivant ses opérations dessus le VIN commun: Isaac
Hollandais en son oeuvre végétal fait le même, & plusieurs
autres à son imitation décrivent tirer du VIN, ce précieux ES-
PRIT dont ils se servent pour ranimer les végétaux, minéraux
& animaux. BASILE VALENTIN savait bien ce SECRET,
quand il dit, Qu'un Oiseau *viste & méridional arrache le
coeur d'un grand Animal d'Orient: Et c'est cet Oiseau, ou cet
ESPRIT qui lave & qui nettoie ce CORPS de toutes ses taches,
qui est le moyen de rejoindre l'AME, & que les Philosophes disent
être medium conjungendi tincturas, & qui donne tant
de perfections à ce CORPS, qu'il le rend capable de chasser toutes
les imperfections de son Genre, & de guérir toutes les maladies
des Animaux végétaux ou Minéraux.
@
4 II. E P I T R E
C'E S T avec grand raison que les Philosophes ont appelé
cet Esprit EAU-DE-VIE, puisque c'est par cette EAU que se
font toutes les secrètes opérations du grand Oeuvre Chimique,
& que le précieux ELIXIR en reçoit la VIE & la végétation.
L'APPARENCE que donnent les discours des Philosophes,
qu'ils ont fait leur AZOTH dessus le VIN commun, & heureusement
persuadé les plus subtils esprits, puisque les engageant à travailler
sur le VIN, comme sur la vraie Matière Hermétique, ils
y ont découvert cette QUINTESSENCE ou cette EAU-
DE-VIE, qui possède des vertus qui sont presque sans
nombre, & qui outre celles qui lui sont naturelles, a de plus cette
qualité d'extraire & d'arracher des mixtes ce qu'ils ont
de plus excellent, pour le donner plus agréablement en
aliment & en Remède. C'est ce que votre Auteur enseigne
doctement, faisant voir encore que sa belle EAU-DE-VIE
est unique, & comme en tous les végétaux. Mais je ne lui ferais
pas de tort d'ajouter que sa substance est encore la VIE des
genres & Animal & Minéral.
Ce précieux ESPRIT-DE-VIE: qui a sa substance purement
aérienne, peut ce me semble par allégories, recevoir
une partie des hautes louanges, de celui dont parle Moyse,
quand il dit, Spiritus Domini ferebatur super aquas, avec
lequel la Terre n'ayant pas encore eu de commerce; il est dit pour
cette raison, Terra autem erat inanis & vacua, mais depuis
le mélange des Eléments, cet AIR, ou cet ESPRIT est l'Agent
Généralissime, sans lequel aucune chose n'est produite,
n'a VIE, & ne peut subsister; c'est lui qui reçoit les influences
des Corps célestes, & qui les communique aux
corps simples & composés; ce qui dans toutes les Générations
préside à l'HARMONIE; qui subtilise, élève,
& distribue les autres Eléments en la composition: Il
sert de véhicule à l'EAU pour l'approcher des CIEUX,
d'où descendant empreinte de lui-même, elle en est
plus
@
D'A P P R O B A T I O N S
5
plus subtile pour pénétrer la Terre; c'est lui qui l'introduit
dans sa grosse substance, & lui aidant à détremper
la portion plus subtile; il se fait la première mixtion, qui
est la nourriture de tous les VEGETAUX, & le commencement
de tous les MINERAUX; dans la PLANTE il élève, digère,
& rectifie l'aliment, & en forme, & des fleurs & des
fruits, dans lesquels même il passe pour les mener à
leur perfection: ce même ESPRIT humide est bien plus
agissant dedans les ANIMAUX; c'est lui qui s'introduit au
plus profond de tous les aliments, & qui se joignant à
son semblable qu'il rencontre dans tous, l'attire & le retire
de la grosse substance avec le plus pur du mélange, &
après l'avoir passé par les préparations,le porte & distribue
par toutes les parties du corps de l'Animal, dans lequel
il tâche de réparer par ce moyen, ce que la CHALEUR
NATURELLE a dissipé de cet esprit de VIE, ou HU-
MIDE RADICALE. Les actions de cette précieuse EAU se
rendent très-sensibles dans ces deux genres par ses ordinaires effets.
MAIS qui croirait jamais qu'un ESPRIT si subtil prit la
charge de travailler sous Terre au Règne minéral, & de s'appesantir
même, & s'enfermer dans la lourde substance des
METAUX: c'est pourtant lui qui est la Cause de toutes
les Concrétions Minérales, parce que cet ESPRIT se rendant
complice de l'inclination terrestre, la rend par son mélange
plus active à l'épaississement; car sa subtilité pénétrant
jusques au Centre des autres ELEMENTS, les introduit;
les mène par leurs plus menues parties: & enfin les
coagule selon l'intention spécifique; & quelque Amour
qu'il aie pour la liberté, il obéit à la NATURE, &
s'enferme au plus profond de la substance Métallique.
La couleur éclatante de l'OR montre assez, que son lustre
î
@
6 II. E P I T R E
provient de cet ESPRIT, & l'extension admirable de ce
parfait métal, est une marque que cet ESPRIT a fait tous ses
efforts pour le rendre homogène: Mais il n'a pas tant renoncé
à son inclination, qu'il ne soit encore dans l'OR
susceptible du FEU, quoique son humeur soit forcé, d'agir du
haut en bas, & d'obéir à l'inclination terrestre, parce qu'en
l'OR elle domine: car s'il ni avait qu'un épaississement simple
comme dans le salpêtre; par l'approche du FEU il monterait
impétueusement & reprendrait sa première consistance, & ce
serait plutôt par suite que par inflammation.
EN l'OR & au salpêtre il tient les deux extrémités; au premier
il est tout à fait fixe, & l'Art l'en peut retirer: & au
second il est trop cru & trop volage, & n'a contracté rien de
Noble pour le service de la Nature Animale; c'est pourquoi il
s'enfuit, tout honteux de n'avoir rien de bon.
Il y a bien d'autres corps Minéraux, où il est plus utile, & où
l'Art le peut prendre, mais avec grande peine: car il est si caché
qu'il faut de grands efforts pour le développer des choses qui le
couvrent: toutefois après avoir souffert toutes les violences & les
rigueurs du FEU, par un agent contraire; il en sort si subtil & si
beau, que c'est de toutes les substances celle qui conçoit plus promptement
le FEU: il ne sort pas tout seul, car il emporte avec soi
ce que MERCURE TRISMEGISTE dit, Le Vent la porté en
son ventre, qui est le plus grand & le plus précieux effet de cet
admirable ESPRIT, lequel n'étais ainsi caché & opiniâtré que
pour marquer son prix & sa grande excellence.
C'EST ainsi que la belle EAU-DE-VIE de votre Auteur se
trouve UNIVERSELLE dans tous les genres de la Nature,
& qu'elle en peut être utilement tirée pour la santé des hommes;
Mais il faut que ce soit par un Menstrue qui sois UNIVER-
SEL, ainsi qu'enseigne votre Auteur, & qui ait la Nature de
cet ESPRIT-DE-VIE.
LE plus propre est sans doute celui qui se tire du VIN,
@
D'A P P R O B A T I O N S
7
comme étant de toutes les substances celle qui abonde le plus en
cet ESPRIT, & dont l'usage ordinaire nous fait voir combien
il est ami de l'homme: c'est cette aimable liqueur, dont le bon
PERE NOE' se servit le premier pour Remède à la tristesse
que lui causait les ruines de Déluge, & pour suppléer au défaut
des aliments que la Terre a depuis produit moins nourrissants.
CETTE belle QUINTESSENCE que votre Auteur enseigne,
tiendra encore lieu d'un REMEDE UNIVERSEL,
si on pratique bien la savante Méthode qu'il décrit, avec laquelle
on peut facilement extraire toutes les bonnes qualités que
contiennent les CORPS: pour bien pratiquer ses enseignements avec
utilité, il ne faut pas être Philosophe vulgaire, il faut être
éclairé le l'ECOLE DU FEU, à savoir bien ce qu'on
cherche, avec les signes de la vraie connaissance; il faut savoir
bien joindre l'AGENT au PATIENT, & prendre
garde de ne rien altérer par le mélange des ESPRITS d'intention
contraire; Connaître la Nature du VIN; la MATIERE;
la FIGURE des Vaisseaux; & la Règle du FEU qui
sont tous nécessaires pour la perfection du grand ESPRIT-
DE-VIE: Mais certes, si on le prend de la Main d'un ignorant
artiste, on n'y trouvera pas les effets attendus; & ce n'est pas
d'un métier gagne-pain que la belle EAU-DE-VIE doit
être maniée: que si les Avares distillateurs prennent la peine de
lire votre Livre; ils y apprendront la Méthode de bien faire,
d'avoir plus d'EAU-DE-VIE, & de la préparer meilleure
qu'ils ne font.
VOTRE Auteur en pouvait bien enseigner davantage,
y ayant grande apparence qu'il n'ignorait pas le grand
secours qu'on peut tirer du VIN, & hors duquel il ne faut
point chercher de meilleure Médecine: son Anatomie
étant bien faite selon l'intention des Sages, & les parties de sa
divisions purgées de ce que Trismégiste appelle, Fumée, Noirceur,
@
8 II. E P I T R E
& Mort, qui est séparer le pur & l'impur, il se trouverait
un ESPRIT, une HUILE & un SEL, dont le Mariage ferait
plus de Merveilles que cette PANACEE, tant chantée
des Anciens.
Il faudrait Chercher de SEL dedans les fèces, & que la
Calcination en fut Philosophique; & l'extraction de même;
ce Magistère n'est pas pour le vulgaire & les communs Chimiques
ne le connaissent pas; non plus que l'excellence du VIN n'est
bien divulguée: votre Auteur donne assez de lumière, pour y
découvrir tout ce qui est nécessaire à ceux qui le liront avec l'attention
qu'il mérite, & sans doute il donnera le désir à ceux qui
savent l'Art de se servir du FEU de mettre en pratique les
choses qu'il enseigne.
COMME toutes choses sont sujettes à la corruption, il semble
que le VIN n'en doit pas être exempt, & que le VINAIGRE
serait en hasard de n'être plus utile qu'à faire des Ragoûts,
& que cet ESPRIT que j'ai dit être dans toutes choses ne se trouverait
pas dans celle-ci; Il est vrai qu'il y est en moindre quantité,
& que ses qualités sont beaucoup différentes de celui qui se tire
VIN, c'est néanmoins une même substance, & qui sans
changer de Nature, change de qualité; Dedans le VIN il est
comme en la superficie, dont il se sépare avec facilité: mais au
VINAIGRE il a un mélange plus fort, & sa subtilité
ayant pénétré jusques au plus profond de sa substance, &
se mêlant avec la Terre qu'il y trouve, il y contracte une
qualité froide & corrosive, qui est cause qu'il ne connaît
plus les couleurs, les huiles & les autres ESSENCE S où il se mêlait
étant ESPRIT-DE-VIN, & n'ayant quasi plus l'inclination
de l'AIR: il n'est plus inflammable, quoi qu'il ne laisse pas
d'être fort subtil & léger; cet ESPRIT acéteux ayant eu
grand commerce avec la Terre retient son inclination; &
même en la distillation il ne monte qu'après que tout le
flegme est distillé, & toujours le plus fort est le dernier
qui
@
D'A P P R O B A T I O N S
9
qui abandonne les fèces; au contraire du VIN, qui donne ses ES-
PRITS les premiers, comme de substance aérienne & légère, &
qui n'a pas encore ressenti les efforts du mélange.
CES grandes différences n'empêchent pas que le VINAIGRE
ne soit grandement utile en MEDECINE; & ce n'est pas sans sujet que
Galien souhaite de savoir la division de ses substances, &
de voir l'Anatomie entière du VINAIGRE; son désir aurait été
beaucoup plus violent, s'il avait su combien il est utile, & sur tout
pour retirer du genre Minéral ces admirables SEL S, VITRIOLS,
& TEINTURES, dans quoi la Nature a enfermé les plus efficaces
Remèdes pour tous les maux de l'homme, destinant cet
ESPRIT pour suppléer à la faiblesse de l'ESPRIT-DU-VIN, & afin
que si l'un tire les meilleures substances du genre végétal & animal:
l'autre aille fouiller dedans les Minéraux, & en retire ce
qu'ils ont d'excellent pour le secours des animaux.
SI le vrai Magistère du VIN n'est pas encore passé chez le vulgaire,
celui du VINAIGRE n'y est pas mieux connu: Il a quatre
substances, qui sont toutes extrêmement utiles, le FLEGME est ce
qu'on tire le premier; l'ESPRIT vient le second, après vient
l'HUILE, & au fonds il reste une Terre, qui contient en soi un SEL
si admirable, que l'ESPRIT en étant armé, avec un peu de l'Odeur
de son HUILE, il n'y a point de portes Métalliques qu'il
n'ouvre; point de Pierres qu'il ne pénètre; & point de Minéral
qui ne soit contraint de relâcher tout ce qu'il a de précieux.
ET cet ESPRIT UNIVERSEL que j'ai dit être dans toutes les
substances, sentant l'approche de l'ESPRIT du VINAIGRE, se
joint à lui par amour, & se séparant de la Masse grossière, emporte
avec soi tout ce qu'il y a de plus délicat & subtil, pour l'exhiber
à l'usage de l'homme, & l'obliger à rendre grâces à DIEU
d'avoir créé un ESPRIT si précieux, si officieux & utile: & qui dans
toutes choses étant une même substance, opère néanmoins
des effets différents.
MAIS combien est obligé le Monde à vous remercier, MON-
SIEUR, du beau présent que vous lui faites, puisque dans cet excellent
Livre de l'ANATOMIE-DU-VIN, on peut trouver de quoi
ô
@
10 II. E P I T R E
conserver la santé, & prolonger la VIE. Le choix que vous en
avez fait, suffit pour dire qu'il est bon, & que les meilleure esprits
auront beaucoup de satisfaction à le lire: si mon Approbation
pouvait ajouter une recommandation plus forte; je confesse que
votre Auteur a écrit sur le sujet de l'EAU-DE-VIE en homme
très savant & plein d'expérience, & que sans doute la pratique
de ce qu'il enseigne, donnera les effets de ce qu'il promet. Je
souhaite de tout mon coeur qu'il soit reçu comme il mérite, & que
vous en receviez l'honneur qui vous est du. C'est
MONSIEUR.
Votre très-humble & obéis-
Ce 7. SEPT-embre 1644. sant serviteur, I. D. B.
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CLARISSIMO
VIRO, ET DE LITTERIS BENE MERITO I. BALESDENO, IN SENATV
Parisiensi, & Regiâ Aduocato.
I. Bapt. Poisson Regius apud Andes, in subsidijs Gallicanis
Aduocatus, & Procurator Régius.
S. P. D.
ENSEO, (mi BALESDENE) quod
ex me sciscitaris, de Breuotij Opusculo, non
tam esse petitionem aut expectationem tuam,
quam mihi seniori & amico fideli honorem
delatum: Nam quomodo dubitares, an tradere
debeas hominum utilitati, Rationem prorogandi hujusce
VITAE Curriculi? Cum jam ipso numine suggerente, lucem
dederis pluribus piorum authorum libris ab omnibus
exoptatis, quibus docemur veram & absolutam Immortalitatem
adipisci? Nec tamen est, quod tanti fiat haec Aeternitatis
portiuncula, Tempus nempe quo nunc utimur, nisi ut his
@
D'A P P R O B A T I O N S
11
etiam oculis aspicere laetemur, à Deo datum Regem nostrum,
à Cunabulis tot Palmis insignem; Reginam Matrem ejus,
rerum omnium politicarum Galliae moderatricem foelicissimam,
omnibusque virtutibus Coronatam; & nostros
demum Principes, & proceres, Eminentissimunque praesertim
IVLIVM, Italiae decus & Galliae Ministrum fidelissimum,
totque praeterea summos, pace & bello viros, quos
omnes rem praeclarissimè gerentes vidisse, nulla non desiderabit
unquam posteritas.
QUANTAM igitur mereberis gratiam, si dum instant,
propter quae vivere in terris studendum est, Artem exhibueris,
quà VITAM illam producere possimus in diem
Galliae , de immanissimis hostibus triomphantis, & pacis
Inter universos populos firmatae.
NUNC autem tractatum AQUAE VITALIS istum, Cur
suscipi curares à Camerario Medico Regio peritissimo? nisi
vt alienis ac suis inuentis, augeat annos Excellentissimi
FRANCIAE CANCELLARII, (quo sospite,) non deerit,
qui litteris humanioribus, & tripartitae Philosophiae faueat;
idemque semper mente pura Religionem colat, dum
admirabiliter & magnificè efficit & navat opus politicum at
vero tuis curis (BALESDENE) jam debemus, quod, cum avitam
legem Segueriorum De Cognitione Dei & sui Protulisti,
cernamus ex quibus pietatis rudimentis & initijs, Gens ab antiquo
Clarissima, tantum sit assecuta virtutis suae experimentum,
& quibus fundamentis Domus haec fastigium ferat in coelum.
QUAMOBREM libenter dicam, & Codicillum tantae sapientiae
opificem à te publicatum, potiori jure quam legem duodecim
Tabularum, omnes omnium Philosophorum Bibliotecas,
superasse, & te probe facturum, si largitati tuorum munerum
addideris optandam appendicem, qua mirabilis MEDICI-
NAE ratione nobis praestita, longius frui foelicitate nostrorum
temporum valeamus, Fac ipse ut fruris & valeas.
Parisijs 7. SEPTEM-bris, Anno Recuper.
sal. M. VI.C XLIV.
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12
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A V E R T I S S E M E N T DE L'I M P R I M E U R
au Lecteur.
MI LECTEUR. J'ose espérer que les moins Zélés, ou mêmes
les Adversaires de la CHYMIE après avoir lu ces élégantes
& doctes Epîtres d'Approbation, doivent être entièrement persuadés
du Mérite du Sujet de ce LIVRE & de son savant AUTEUR,
pouvant connaître par icelui les merveilles & satisfactions
utiles & curieuses qui s'en peuvent espérer; ce qui sans doute leur donnera
lieu de s'excuser du passé par la Maxime, Ignoti nulla Cupido.
JE vous supplierai d'agréer ce mot d'Avertissement sur une petite Observation
particulière que j'ai fait autrefois dans la lecture de quelques-uns des plus
doctes écrits de Physiologie & Théologie
QUE tout ainsi qu'il y a un ART Physique de CHYMIE, pour tirer par
le moyen du FEU, les principes des Corps MIXTES: aussi y en a il Un Mystique
ou Théologique, pour Extraire par l'ART d'un ESPRIT subtil, les divers SENS
& principe des discours, ou Paroles Mixtes, ou FIGURES AENIGMATIQUES.
Ce qui dans ces CORPS est appelé SEL, SOUFRE, & MERCURE, & qu'aurez
pu remarquer être les Trois principes d'iceux; se peut comparer aux Trois divers
SENS ou principes d'un DISCOURS ou figure HIEROGLY-
PHIQUE, savoir; le LITTERAL, PHYSIOLOGIQUE, &
THEOLOGIQUE.
IL me faudrait une longue suite de lignes, pour mettre en parallèle ces deux
CHYMIE S, &: pour en faire les applications exactes: C'est pourquoi je me
contenterai de vous avertir, que j'ai osé ajouter un DISCOURS à la fin de ce
LIVRE, comme un effet de la Vérité de ma pensée sur ce sujet, & par Essai sur
l'Explication de ma MARQUE ou ECUSSON Typographique & Harmonique,
auquel j'ai prétendu (entre autre choses) faire voir en faveur du sujet de ce LIVRE,
les considérables Motifs que peuvent avoir ceux qui font profession de la
TYPOGRAPHIE & HARMONIE, ou mêmes de tous autres ARTS
& SCIENCES, a chérir l'usage du sujet de ce TRAITE' du VIN & de l'EAU-
DE-VIE.
Je recevrais l'entière satisfaction de mon DESSEIN, si par ce premier ou l'autre
de ces deux discours que je vous adresse, AMI LECTEUR, vous étiez invité, ou (en
cas de besoin) obligé par une douce contrainte de Curiosité, de vouloir faire
acquisition de ce présent LIVRE, & le conserver avec autant de soin que vous devez
chérir le TRESOR de la Santé qui doit être la Base & le fondement de toutes
les plus belles & les plus grandes BIBLIOTHEQUES que vous pourriez avoir; &
& de faire réflection sur le mérite du PRESENT, que vous fait cet Auteur par son
LIVRE, qu'il prouve si avantageusement être l'AME, & l'ESPRIT UNIVERSEL de
toutes choses; la QUINT-ESSENCE CELESTE, l'EXTRAIT, ou l'ELIXIR; par
les Rares Vertus duquel (ainsi qu'il prouve dans ses expériences) l'on peut acquérir
la Vigueur des Organes du Corps; la vivacité des fonctions de l'Esprit; & la
force inventive de GENIE: sans quoi vous seraient inutiles toutes les ILIADES
de VOLUMES curieux, manuscrits ou imprimez, qu'auriez peu rechercher jusques
à présent.
@
A V I S
A U L E C T E U R

'EST une chose étrange (mon
bien-aimé Lecteur) que nos Ancêtres
en la Philosophie & MEDE-
CINE, auxquels on donne tout
l'honneur & gloire de ces sciences,
n'aient point été assez clairvoyants, ni assez industrieux
pour découvrir & montrer par épreuve
cette maintenant si vulgaire liqueur, que nous
appelons EAU-DE-VIE; Et me semble chose encore
plus étrange, que portant la marque de ce
beau nom sur le front, elle est néanmoins si peu
recherchée & connue, que chacun sans en faire
cas la rejette en arrière, persuadé par l'
ignorance,
que ce soit une mauvaise EAU, tant cette grossière
& lourde bête, aveugle les yeux & abrutit les
esprits humains, qu'il sont
taupes à voir, &
ânes
à savoir, que ce précieux nom de VIE n'a point
été donné sans cause à cette
liqueur, dont je veux
parler en ce Livre.
â
@
A V I S
Mais surtout je trouve très-étrange, & perds
presque toute patience, que de nos MEDECINS
faisans profession de savoir tout, & d'être comme
DIEUX sur la
santé des mortels, se bandent
pour lui faire la guerre, s'efforçant calomnieusement
de lui arracher son propre nom de VIE,
pour lui donner celui de MORT: Car ils disent
que l'usage en est dommageable, réprouvé &
censuré du nombre des bons
remèdes. Véritablement
la raison me force d'avancer ce mot, que c'est
une
malice trop apparente, ou une trop épaisse
ignorance de voir priser tant le breuvage du VIN,
& néanmoins en avilir la meilleure & plus noble
partie.
Quant à ce qui touche les
Anciens, qui n'ont
point connu cette EAU, & spécialement les
Grecs,
je ne tiens pas cela pour grande merveille: Car
Hippocrate, bien qu'il fût très-grand personnage,
ni Galien, ni tous les autres, qui depuis les
ont suivis, n'ont jamais pensé que Nature nous
ait donné d'autres secours à guérir les maladies,
que les médicaments étalés (s'il faut ainsi parler)
devant nos yeux, & par le mélange d'iceux, composer
des
Antidotes, opiats, électuaires, & autres
semblables, sans autrement séparer les
spirituelles
ESSENCES où gît la vertu, d'avec la
masse corporelle,
qui n'en est que
l'étui.
@
A U
L E C T E U R:
La faute de ce mal est avenue, parce que la
doctrine des
Egyptiens, premiers INVENTEURS
des
extractions leur était inconnue; ou bien
qu'ils pensaient être chose peu séante à leur gravité
de se
salir les mains à bâtir des fourneaux; à
manier le
Charbon, & travailler en
Cyclopes à
la
boutique de VULCAIN: quoi qu'il en soit, on
ne trouve aucun de leurs écrits qui parle un seul
mot de la préparation de cette EAU-DE-VIE, ni
d'extractions d'ESSENCES.
Aristote, qu'on estime avoir percé jusqu'aux
profondes entrailles de toute la Nature, a-il jamais
songé, tant s'en faut que je dise pratiqué,
qu'il y eût du SEL en toutes choses? Les
Arabes
encore que par les
Grecs ils fussent surmontés en
bien dire, ont à mon jugement eu la
prunelle de
l'oeil de l'Esprit plus subtil: Car ils ont été soigneux
d'en admirer les choses, non seulement par
Théorie contemplation imaginaire; mais aussi par
pratique mettant la main à l'oeuvre, & par
l'expérience
des actions du FEU, vérifier avec
preuve des
sens l'effet de leur conception. Ces
Arabes ont
été suivis par autres non moins curieux perquisiteurs,
qui depuis ont ajouté beaucoup à l'invention
des premiers; & comme les choses se découvrent
chacune en son temps, ils ont trouvé
plusieurs
secrets qui ne doivent rien aux précédents,
@
A V I S
entre lesquels on peut donner plus haute
place à l'EAU-DE-VIE, comme à chose digne de
grande
merveille, ainsi que je dirai ci-après.
Cette EAU-DE-VIE donc ne fut point de l'invention
des premiers, mais de nos prochains devanciers,
il y a seulement deux ou
trois cens ans.
Ce qui se vérifie par le témoignage du très-savant
Arnault de Villeneuve, l'un des plus grands
Médecins qui ait été depuis
Hyppocrate, qui au
Livre de la conservation de
jeunesse, & retardement
de
vieillesse, a fait un assez long & beau discours
de cette EAU-DE-VIE, laquelle il dit avoir
été faite de son temps, & lui-même en avoir vu
comme par une grande
Merveille, lui donnant
des vertus si excellentes, que pour sa perfection,
il ne feint pas de l'appeler EAU d'OR, l'estimant
être le vrai, OR POTABLE. Raimond-Lulle
très-grand Philosophe le témoigne, au premier
Livre des Distinctions, disant, qu'il n'a connu
qu'un seul homme qui en eût la connaissance.
Ces Sages vivaient du temps de Robert Roi
d'Angleterre en l'an 1333. comme le même
Lulle
écrit en la fin de son dit Livre. Voila donc
comme le dernier
Siècle a été honoré de cette
invention la plus belle & salutaire, qui depuis
le premier âge ait été mise en lumière; Invention,
dis-je, que ces
Grecs n'ont point connu
pour
@
A U
L E C T E U R:
pour ne connaître aussi L'ART du FEU, & n'avoir
travaillé en
l'Anatomie, Résolution, & séparation
des corps naturels où gît la
Manu-opération de
toute la Philosophie.
Pour le regard de ceux qui en ce temps accusent
cette EAU-DE-VIE d'être chose
mauvaise &
dommageable, je ne veux point emmener beaucoup
de raisons pour les vaincre, & me contenterai
ici de dire, que
l'inexpérience plutôt les
fait ainsi parler, que la
fermeté d'aucune doctrine;
car ces accusateurs (spécialement ceux qui
font profession de traiter la MEDECINE suivant
la trace des Grecs) n'ont jamais cheminé que
par les voies d'une
imaginaire Philosophie, s'appuyant
sur des principes dont la
Théorie à bien
quelque grande & belle
apparence de paroles Grecques
& Latines, avec
Sophismes & disputes, qui
semblent presser de prés; mais dont il ne se peut
faire aucune
démonstration ni preuve par effet,
pour ce que leurs
méthodes & arguments ne répondent
point à la
vérité de NATURE.
La cause de ce mal, c'est que non plus que les
Grecs, ils n'ont jamais
anatomisé les Corps, ni
séparé les
Esprits, par le
découpement du FEU, qui
en est le
seul Maître & Artisan, voire
l'oeil, par
lequel
seul on voit & se manifeste la
Composition &
secrète vertu des choses; d'où vient que la plupart
@
A V I S
se contentent d'ordonner à tous maux le LAVEMENT,
ou prescrivent de boire par chacun jour
plein des seaux ou demi-seaux de TISANE ou
EAUX D'ORGE: ou bien se contentent d'ordonner entoutes rencontres la SAIGNEE, & profanant ainsi
cet ancien REMEDE, prétendent qu'il doive être
le REMEDE UNIVERSEL de la NATURE, dont comme
on dit en commun Proverbe, ils font une SELLE A
TOUS CHEVAUX; ce qui cause à plusieurs (étant de
la sorte indiscrètement ordonné) la MORT, ou
une
inanition & atténuation si grande, qu'ils en
deviennent
Paralytiques, ou
Hydropiques, ou en
autre maladie de si longue & si grande infirmité
que spécialement aux pauvres
Artisans, qui doivent
par leur
travail agir continuellement pour
gagner le
pain quotidien d'une femme, d'enfants,
& de toute la suite d'une famille, la MORT leur
serait beaucoup plus avantageuse qu'une LAN-
GUEUR traversée de mille pensées de
Désespoir,
qui leur fait souvent finir leurs jours dans une
grande
Misère, laissant le plus souvent leurs familles
réduites à la
Mendicité.
Or quand aux
points qu'ils avancent, pour
accuser & condamner cette EAU, je les déduirai
ci-après, avec leurs
solutions, voulant arranger
chacune chose en sa place, & ne confondre mes
discours par aucun désordre.
@
A V I S
A U L E C T E U R:
& plus spécifiques REMEDES que la BONTE' &
PROVIDENCE divine a destiné pour la prompte
& assurée guérison de toutes les infirmités qui
peuvent arriver au CORPS HUMAIN.
F I N.
@
@
I
T R A I T E'
D E
L'E A U-D E-V I E o u A N A T O M I E
T H E O R I Q U E E T
P R A T I Q U E
D U
V I N
L I V R E P R E M I E R.------------------------------------------------
C H A P I T R E
P R E M I E R.
Pourquoi l'EAU DE VIE
porte ce nom, & ce qu'il y
a une Eau-double, de Vie & de Mort.

N tous les aliments que la nature
nous départ pour l'entretien de notre
vie en ce commun passage du monde,
il y a du bon & du mauvais; du restaurant
& du détruisant; de la substance & de l'excrément:
A
@
2 T R A I T E'
l'un pour nourrir la lampe du feu vital;
l'autre pour l'éteindre & amortir.
Le premier est subtil, léger, clair, & comme céleste;
le second grossier, pesant, obscur & tout terrestre:
En celui-là gît notre maintien & conservation:
en celui-ci notre perte & destruction.
Or pour ce que ces deux sont de contraires effets,
il me semble bien raisonnable de leur donner
aussi des noms contraires. Celui donc qui
fait l'office de conserver & de maintenir doit justement
avoir le titre de VIE; l'autre qui détruit
& ruine mérite celui de MORT. Je dirai davantage,
c'est que notre esprit vital étant une substance
liquide, claire, subtile & déliée, & ce qui
l'entretient en son ardeur étant de même nature,
il est bien convenable que ce conservateur
soit comme une liqueur pareille pour être plus
aisément converti en aliment, & plus prochainement
s'unir à l'esprit vital, & il faut que cette liqueur
soit de nature de feu pour répondre à celle
du dit esprit, qui est une ardeur aethérée, afin que
comme l'huile entretient la lampe, elle versée
dans les vaisseaux, où flambe cet esprit, lui répare
les affaiblissements & les diminutions de
sa lumière. C'est pourquoi on lui pourrait commodément
donner le nom d'EAU D E VIE, si
ce nom d'Eau ne contredisait à sa substance oléagineuse
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 3
& susceptible de feu: Je dis oléagineuse,
pour ce que si elle n'était de cette nature, il lui
serait impossible d'être bue & sucée par l'esprit
luisant & vivant en ardeur, non plus que
l'Eau par la mèche flambante qu'elle éteindrait
plutôt que d'allumer & vivifier. Mais pour ce
que par autorité Philosophique, on peut adoucir
les lois de la nature aux nominations des choses,
& que cette liqueur doit avoir forme, consistance
& transparence d'Eau très claire, on ne
trouvera pas mauvais si nous empruntons ce
nom d'Eau pour l'exprimer, comme par un signe
plus apparent & visible.
Par quoi nous établirons ici une EAU double,
l'une de VIE, & l'autre de MORT, lesquelles
j'ai ailleurs remarqué par les noms de CHI-
ME, & REALGAR; c'est à dire SUC & VENIN,
au septième de mes livres de l'esprit du monde,
où j'ai fort amplement déchiffré cette matière.
L'EAU-DE-VIE, qui est dans les viandes &
breuvages, c'est cette vapeur ou liqueur spirituelle
cachée au dedans en petite quantité, laquelle
par l'estomac séparateur, est tirée & portée
jusqu'aux esprits vitaux pour leur entretien &
durée. Et telle vapeur provient de l'humide radical
né avec les semences de chaque chose,
@
4 T R A I T E'
s'accroissant par l'action de la chaleur solaire qui
réveille la chaleur innée aux dites semences, pour
les faire avancer à telle accroissance.
L'EAU DE MORT, ce sont les phlegmes &
limoneux excréments que nous avalons avec l'aliment,
lesquels ayant été sucés de la terre par
la plante, sont en beaucoup plus grande quantité
que l'Eau précédente; De sorte, que le pur est
toujours surmonté par l'impur; le bon par le
mauvais; & la substance par l'excrément, & en
cela gît la misère de notre condition, qui sommes
par manière de parler, en nécessité d'avaler la
mort avec le morceau, remplissant nos corps de
chose du tout nuisible à notre vie. Ce que nature
a pratiqué, non pas pour nous détruire
mais plutôt afin de manifester, & de maintenir
son action dedans nous, & s'employer aux séparations,
qui est son métier ordinaire aux boutiques
de l'humaine maison: car si nous ne prenions
que des choses pures elle n'y trouverait que
séparer, & demeurerait oisive en son économie.
Or la quantité de l'excrément, ou phlegme est
toujours plus grande que celle de la substance
nourricière, parce qu'en cette basse partie du monde,
où toutes grossières & corruptibles impuretés
s'amassent au tour du Centre, il y a toujours fort
peu de substance pure, qui aimant à rechercher
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 5
& se tenir aux lieux aethérés convenables à sa nature,
haït mortellement de s'arrêter aux inférieurs,
& s'y déplaît, comme un hôte sain & délicat
dans une *orde & sale maison. Et n'était
que l'établissement du monde est tel, que tout
soit haut, soit bas; doit avoir participation de VIE,
l'un plus, l'autre moins; cette pureté se tiendrait
toujours aux lieux où elle resterait simple, sans
vouloir jamais descendre ni se communiquer
à la basse & terrestre matière. Mais la bonté de
Dieu est si grande qu'elle n'a voulu rien laisser
dépourvu de quelque parcelle de ses biens,
qu'il distribue à chaque chose selon son rang &
mérite. C'est pourquoi tous corps terrestres
sont doués de quelque peu de cette substance,
laquelle est mêlée en eux, afin de les conserver
en durée tant que se doit étendre le fil de leur
prédestination.
b
@
6 T R A I T E'
C H A P.
II.
Que L'EAU DE VIE
est une pareille en tous
breuvages.

ETTE vapeur donc, ou liqueur substantielle,
que par emprunt de mot nous
appelons EAU-DE-VIE, est une & pareille
en tous aliments, mais non pas en même
quantité; car les uns en ont plus comme le VIN; les
autres moins comme les autres breuvages. Et bien
que cela semble fort étrange à ceux qui n'ont pas
bien examiné la composition des choses; si est-ce
que la vérité de l'expérience montre en cela ma
doctrine être certaine & bien fondée. Ceux qui
ont dûment anatomisé les breuvages par distillation,
ont fait preuve que de tous il se tire de
L'EAU-DE-VIE & ceux qui plus subtils que le vulgaire
des distillateurs ont recherché le centre de
cette eau par réitérations de distillation, & autres
opérations artificielles, peuvent témoigner
qu'étant réduite à son extrême pureté, elle est
en tous d'une semblable vertu, couleur, odeur,
goût, & action.
De là il faut conclure que c'est une liqueur comme
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 7
universelle & générale, puissante d'agir sur toutes
espèces avec une force & merveille incroyable
ayant le pouvoir d'attirer à soi, les ames, formes,
facultés & teintures des autres choses, si bien
qu'elles demeurent comme mortes par l'excorporation
de leur esprit faite en cette eau maîtresse, &
pleine de souveraine puissance, ce que je ferais paraître
ci-après en son lieu par la preuve de l'expérience,
où je montrerai comme elle sépare les
teintures de tous corps, les attirant à soi par une
admirable subtilité. Puis donc qu'elle est une &
générale en tous aliments, l'on ne doit estimer
mon opinion paradoxe, ni hors de raison, quand
je dirais que celle qui est tirée du Cidre, du Poiré,
de la Bière & autres tels breuvages, est aussi bonne,
forte, parfaite & vertueuse que celle du VIN,
fût-il le plus excellent du monde: car étant séparée
de tout phlegme, qui doute qu'elle ne soit
pareille à toutes épreuves, & fasse les mêmes
actions? Certainement, il n'y a aucune différence
que de la quantité; quand à la qualité, c'est
une même chose. Cela fait voir à l'oeil contre
l'opinion du vulgaire, que nonobstant la variété
des viandes & breuvages que nous prenons,
il n'y a qu'un aliment en tous, & nourricier de
tous. Car notre estomac, qui est comme un
Distillateur procède en ses opérations à la même
B ij
@
8 T R A I T E'
sorte qu'un Alchimiste faisant pareille séparation
que l'Alambic artificiel; & tout ainsi que cette
EAU-DE-VIE est rectifiée par plusieurs réitérations
de distillation, puis finalement exaltée par
circulations: aussi par l'économie de nature
dans nos corps, la nourriture est subtilisée, bien
que non si parfaitement, par l'opération de plusieurs
estomacs par où elle passe. Ces estomacs
sont, le petit ventre, le foie, & les autres lieux où
les aliments sont élaborés avant que de parvenir
à subtilité convertible en esprit vital.
De cela donc il faut tirer une conséquence,
que toutes plantes, racines & fruits participent
de cette liqueur, & qu'on la peut tirer de tous:
Car d'où vient celle qui est extraite de la bière &
cervoise, si ce n'est du houblon & bled, dont elle
est faite? L'eau où ces choses sont bouillies, n'a
de soi (comme dit Hyppocrate) aucune puissance
ni vertu nourrissante. Davantage d'où vient la
force d'enivrer à la bière, sinon de l'esprit de cette
liqueur qui est en elle? que s'il est ainsi que tout
breuvage qui peut enivrer en participe. Je dirai
que le Cahoüin même des Sauvages Topinambours
en l'Amérique n'en est pas aussi dépourvu:
car ce breuvage leur trouble le cerveau,
non autrement que le meilleur vin de la
terre, mais d'où lui peut venir cette vertu
enivrante?
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 9
enivrante? De la seule racine de Zucque qu'ils
font mâcher à leurs femmes, puis bouillir en eau
nette, & finalement lever ou fermenter comme
la Bière, afin d'en avoir le clair pour leur usage.
Véritablement, ce n'est point chose emerveillable
qu'il y ait de l'EAU-DE-VIE, même dans
les racines, plantes, animaux, poissons, & toutes
autres choses convenables à l'usage de nourriture.
Car si elle est le propre aliment que nous tirons
des choses prises, & s'il se trouve des hommes
qui vivent fort longuement sans l'usage du VIN,
cidre ni cervoise, n'ayant que de l'eau pour tout
breuvage, est-il pas nécessaire qu'ils tirent leur
aliment de la liqueur de l'autre viande mangée?
J'ai vu dans Bourgeuil un vieillard, honnête homme
nommé Perroteau, âgé de beaucoup plus de
cent ans qui n'avait jamais bu VIN, ni Cidre,
Bière, ni autre telle chose; n'avait jamais mangé
chair ni poisson, n'avait jamais été malade, n'avait
jamais été saigné ni pris médecine, ne
mangeait aucun fruit ni herbe, n'ayant pour son
repas, que du pain, du fromage mollet, & un oeuf
avec de l'eau pure pour son boire.
Je dirai avec hardiesse que j'ai tiré de L'EAU-DE-
VIE, du *Megue de lait, aussi bonne & puissante,
voire qui tirerait une teinture aussi bien que celle
du plus généreux vin que l'on puisse trouver
C
@
10 T R A I T E'
Et dirai bien encore une chose plus étrange laquelle
j'ai entendue de Gerard Dorn Docteur
Allemand, qui fut domestique de ce grand Theophraste
Paracelse, les livres duquel il a tournés
en langue Latine: C'est qu'il a tiré de l'EAU-DE-
VIE, du PLOMB même, par l'Art des distillations.
C H A P.
III.
Que l'eau de Vie est une humeur radicale, conservatrice des corps, & que les plantes ont mouvement & sentiment.

AR QUOI nous recueillerons
de ce qui est dit! que L'EAU-
DE-VIE est une humeur ou liqueur
radicale infuse aux corps,
spécialement des végétaux, &
plus aux fruits qu'aux autres
parties; qui est de nature claire, liquide, subtile,
aethérée & céleste, ayant pouvoir de nourrir &
conserver les corps où elle est, & faire le semblable
en ceux ou elle entre.
Mais il faut que nous déployons & déclarions
plus amplement toutes ces choses chacune à part,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 11
afin de rendre notre discours plus accompli, &
que l'on n'y puisse rien désirer qui manque à la
Théorie & Contemplation de la nature de cette
EAU dont nous parlerons. Et bien que nous en
ayons ci-devant jeté plusieurs traits, si est-ce
qu'il reste encore beaucoup de choses à dire
sans lesquelles notre dispute clocherait, & n'irait
pas tout le droit chemin où nous voulons
qu'elle parvienne.
L'Eau de Vie est une humidité ou liqueur radicale,
infuse dans les corps, pour leur conservation
& nourriture, ce qui peut être, étonnera
plusieurs, scandalisés, que je fasse telle humeur
être visible; mais je le montrerai en peu de
mots, au contentement de tous. Je n'emmènerai
point ici la distinction entre l'humide radical
des animaux & celui des plantes, parce que l'un
& l'autre bien considérés font une pareille chose
quant à la constitution des corps, car je laisse
l'ame vivante, mouvante, & sensitive à part, laquelle
ne provient qu'à raison de l'aisé maniement
& mollesse de la matière, qui est plus capable
de mouvement & sentiment, lesquels pour
cette cause sont plus manifestes aux corps animaux
que végétaux. Car ceux-ci à qui bien y
prendra garde, sont aussi pourvus de l'un & l'autre
jamais c'est si obscurément que l'oeil ne les
C ij
@
12 T R A I T E'
pouvant apercevoir le vulgaire qui ne juge rien
que par la grossière vue a pensé qu'ils en soient
du tout privés, n'est-ce pas un mouvement que
croître? voire un mouvement de lieu en lieu, depuis
la surface de la terre jusques au haut de l'air
où les arbres s'élèvent? car de monter de bas si
haut n'est point sans mouvement, quelque tardif
qu'il puisse être. Je donnerai bien encore un
plus apparent témoignage de ce mouvement,
par une admirable expérience de nature.
Regardez le Concombre, près l'extrémité des
jetons duquel si vous approchez un vaisseau
plein d'huile, vous verrez que le lendemain il se
sera détourné plutôt que de l'attoucher, tant
il y a de disconvenance & contre-passion grande
entre-eux. Considérez ce qu'on dit de la PALME
dont la femelle plantée au bord d'un ruisseau &
le mâle à l'autre bord, elles ne cesseront de courber
leurs branches, jusques à ce qu'elles s'entre-
touchent, & baisent comme par un secret amour
qu'elles se portent, & qui les fait rendre plus fertiles,
que si elles étaient plus éloignées & plantées
en lieux divers, & plus écartés. Je pourrais
ici emmener plusieurs autres exemples, mais je
ne veux étendre le fil de mon discours qu'à choses
plus nécessaires au sujet avancé. Toutefois
de ceci je tirerai la preuve de quelque manière
senti-
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 13
sentiment aux plantes mêmes: car d'où vient
que le concombre fuit l'attouchement de l'huile;
& que la palme s'aproche de sa compagne, si
ce n'est par une certaine odeur que l'un sent, &
une secrète affection que l'autre a comme caché
dans l'Ame végétative? Je dirai bien plus, c'est
que nous voyons communément les Héliotropes,
c'est à dire les herbes dont les fleurs suivent le
Soleil, s'ouvrir à sa vue, & se fermer à son départ,
voire se mouvoir à son mouvement, par une
étrange merveille de nature. Nous voyons aussi
plusieurs autres herbes présager & sentir la venue
de la tempête, voire se hérisser & roidir
contre elle, cela s'aperçoit au Trèfle.
C H A P I T R E
IV.
Pour quelles raisons l'Eau-de-Vie est l'hu- mide radical des Plantes.

R laissant cette matière, & revenant
d'où je suis parti. C'est que l'humide
radical du corps des animaux & des
plantes est un & semblable. Je soutiens,
que L'EAU-DE-VIE doit être cet humide
D
@
14 T R A I T E'
radical aux végétaux, soit que nous ayons égard à
leur semence, ou soit que nous considérions leur
nourriture & conservation. Quand à ce qui concerne
la semence, il faut considérer que leur
vertu de croître & végéter, c'est à dire leur Ame
végétative contient en soi un principe, qui est
cause de leur fertilité; c'est à savoir une chaleur
intérieure, qui n'est pas un feu matériel ni chose
qui lui ressemble, mais un esprit contenu en la semence,
la nature duquel, comme dit Aristote, répond
proportionnellement à l'Elément céleste des
étoiles. Or que la chaleur qui est dans L'EAU-DE-
VIE, par laquelle elle est susceptible d'inflammation
soit cet esprit contenu en cette liqueur, &
que cette liqueur soit la propre & engendrante
semence de la plante, je le démontre par raison
accompagnée d'expérience: car c'est ma coutume
en toutes preuves d'associer toujours l'un
avec l'autre, afin que je fasse voir à l'oeil & toucher
au doigt la vérité de ma doctrine.
Premièrement, cette chaleur spirituelle se manifeste
par ses effets en cette manière. Versez de
l'EAU-DE-VIE bien rectifiée sur les racines d'une
plante qui se veuille mourir, vous la verrez en
moins d'un jour reverdir, rejeter, voire fleurir, ce
que par l'ordinaire loi des saisons n'eût pu faire
avec longueur de temps. Faites davantage, semez
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 15
de la graine de Persil (qui est un mois à lever)
dans un vaisseau plein de terre, puis l'arrosez de
cette EAU, & le couvrez d'un linge bien doublé,
& d'un plat par dessus pour en empêcher l'évaporation:
Si vous le laissez ainsi l'espace de peu
d'heures, puis le découvrez, vous trouverez
votre Persil levé d'un bon doigt de haut, par une
merveille non moins étrange que plaisante. Ce
reverdissement donc de la plante demi-morte, &
cette germination de la semence du Persil faite
en peu d'heures, ne sont ils pas suffisante preuve
que cette EAU leur redonne leur esprit radical?
vous me direz que c'est la chaleur de cette EAU
qui fait cela, un rustique dira bien le semblable;
mais versez-y de l'eau chaude, tant & si souvent
qu'il vous plaira, voire faites cela dans une poêle,
où vous pensiez contrefaire une tiédeur de renouveau,
cela se fera-il? que si elle leur redonne
l'esprit, n'est-il pas nécessaire qu'elle l'ait en soi:
car donner ce qu'on n'a point est impossible. Or
puis que l'expérience montre la vérité de la chose,
ne faut-il pas que la raison la suive & accompagne?
Nature ne fait rien pour néant ni sans raison.
Par quoi la raison de ce que j'ai dit est, que
cette nature a mis en la plante (comme en toutes
autres choses vivantes chacune selon la condition)
une chaleur innée pour les entretenir &
D ij
@
16 T R A I T E'
contregarder, laquelle chaleur a été des anciens
(spécialement de Theophraste disciple d'Aristote,)
appelé
principe vital en nature.
Les Philosophes Allemands, qui depuis ont eu
les yeux plus subtils la nomment Baume, & ce
Theophraste Paracelse tant estimé entr'eux & orné
de plusieurs noms, ce riche trésor de nature,
l'appelant
aussi Baume, Mumie, Mercure, quintessence,
secret, Elixir, matière perlée, manne, & plusieurs
autres, voulant par cela signifier son abondante
vertu de restauration, germination & conservation.
Mais écoutons la raison & description
qu'en fait P. Severin Danois, l'un des premiers
Philosophes de toute la Germanie. Le Baume
des herbes, dit-il, Mumie, racine, élément,
ou comme on le voudra nommer, ne gît qu'en
l'humeur que la plante suce, & qui porte l'aliment
avec soi, dont cette plante est arrosée, &
ce Baume n'est point caché aux excréments *ords
& grossiers de la terre, mais bien en une beaucoup
plus excellente humeur qui résiste avec
très-puissante force, aux injures extérieures des
éléments, qui se mêlant parmi engendrent corruption.
Or que cela soit, cette chaleur native
qui est dans l'EAU-DE-VIE en fait foi; l'expérience
l'a montré par la restauration de la plante mourante,
& par la prompte germination qu'elle a
fait
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 17
fait en la semence du Persil, & autres semblables.
Si je voulais ici déployer cette matière selon
son mérite & dignité, il m'y faudrait employer
tout mon Livre. Cela donc suffira pour la
raison, que l'EAU-DE-VIE contient en soi cette
chaleur spirituelle qui fait vivre & garder la
plante.
C H A P I T R E
V.
Que l'Eau-de-Vie est la générale semence des Plantes; & de nature aethérée.

E cela nous tirons une suite que
cette EAU où gît telle chaleur en
est la propre & première semence,
par le soudain accroissement
& restitution que son arrosement
a fait à la graine semée, & plante
demi morte: Car comme se pourraient produire
tels effets, si elle n'avait en soi, ou n'était,
s'il faut ainsi parler, la semence de la semence
de la plante? Croire qu'une herbe n'ait
point d'autre semence première que sa graine,
c'est une opinion trop grossière. Les semences
E
@
18 T R A I T E'
visibles sont mises de puissance en acte par bien
autre semence qui ne se voit point, laquelle provient
des influences du Ciel, mères de cette vapeur
spirituelle, que l'Art des Distillations manifeste
sous la forme de L'EAU-DE-VIE. La preuve
de cela se fait visiblement par la subtilité qu'on
voit en elle. Car étant menée à parfaite rectification,
c'est à dire séparée de tout phlegme & autres
excréments tirés de la terre, puis circulée
comme il appartient, si vous la jetez en l'Air aux
rayons d'un clair Soleil d'Esté, vous verrez qu'elle
rencontrera d'où elle est venue; à savoir à la
région Aethérée, sans qu'il en retombe une seule
goutte à bas.
Et pour montrer qu'elle est de la nature de
l'Aether, qui est cette suprême partie de l'Air où
sont les Astres, voire beaucoup plus subtile que
l'Air même, si vous y surversez une goutte d'Huile,
vous la verrez soudainement aller au fonds,
comme beaucoup plus grossière, pesante, &
moins aérée que cette EAU qui la surnage.
Que si vous mettez de L'EAU commune au fonds
d'un verre, puis surversez de l'Huile, & sur l'Huile
de la très pure EAU-DE-VIE, vous verrez par
une plaisante invention l'Huile entre deux EAUX;
l'une terrestre, qui est au plus bas; l'autre céleste
nageant au plus haut, qui est une suffisante preuve,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 19
que cette EAU-DE-VIE est beaucoup plus
aérée que l'Huile même, & d'une bien autre nature
que L'EAU vulgaire: voire qu'elle est de nature
plus que l'Huile, & non point D'EAU, bien
qu'elle en représente la forme & ressemblance; car
si elle était EAU naturelle, comment nagerait-
elle dessus l'Huile? ni comment s'enflammerait-
elle, ce que L'EAU ne peut jamais faire?
C H A P I T R E
VI.
Que la conservation de la Plante gît en l'Eau-de-Vie.

AI donc assez prouvé par expérience
& raison, que cette EAU
est une semence, ou humide radical,
doué de chaleur innée
très-subtile & céleste, par laquelle
chacune Plante est produite &
conservée. Mais je veux encore ajouter à ce que
dessus une autre noble & belle preuve de sa vertu
conservatrice, non seulement aux Végétaux, mais
aussi aux Animaux; afin que je ne mette rien en
avant, qui ne soit vérifié par due expérience.
@
20 T R A I T E'
Mêlez cette EAU avec du sang récemment tiré
d'un homme sain dans une fiole de verre, & la
bouchez très-bien que rien n'en respire, vous
verrez que cette EAU gardera le sang, de cailler,
& le maintiendra toujours en sa clarté subtile,
comme s'il avait encore vie. Et pourrait bien
être que mêlé avec le sang tiré d'un malade,
elle le ramenerait en sa bonne constitution &
couleur. Cela fait clairement voir, que non seulement
aux Plantes, mais aussi aux corps animés,
elle communique une vertu restaurante &
conservante: Car comme nous avons dit du reverdissement
de la plante flétrie, aussi disons-
nous qu'étant prise par dedans, elle a pareille
action aux corps humains; voire, si je le dois
dire, en toutes autres. J'ai vu tel homme pour
en prendre tous les jours, avoir vécu sans aucune
maladie, outre l'âge de cent ans, & toujours
duré sain, jusqu'à-ce que par longue vieillesse,
il mourut comme en dormant sans aucun
sentiment de douleur.
C H A P.
VII
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 21
C H A P I T R E
VII.
Que l'eau-de-Vie ne brûle point dans les Corps.

CI une matière attirant l'autre, je
veux satisfaire & vider un doute,
ou plutôt une erreur où le vulgaire
se fourvoie par ignorance; à savoir
que cette EAU prise par dedans doit
brûler l'Estomac, le foie, & les autres parties nobles
du Corps. Car la populace qui juge des choses
avec indiscrétion, & par l'extérieure apparence,
estime (voyant cette EAU susceptible d'inflammation,
à cause de quoi il l'appelle ardente)
qu'elle brûle & *ard tout ce qu'elle touche dans
les entrailles, & s'y allume tout ainsi qu'elle ferait
si on l'approchait d'une chandelle ou papier
flambant. Or combien que j'aie disputé cela suffisamment
en mon Livre de l'Esprit de Vie, & fait
hautement chanter cette Chanson à la cinquième
de mes Muses, si est-ce que ce lieu le requérant,
j'en redirai encore quelque chose; afin d'éclaircir
la résolution de ce doute, & ôter le soupçon
F
@
22 T R A I T E'
imprimé en plusieurs, contre la vertu bénigne
de cette EAU-DE-VIE.
Il faut considérer qu'il y a double chaleur au
corps humain; L'une naturelle, par laquelle l'Esprit
de vie est maintenant en ardeur, non pas consumante,
mais conservante; Et cette-ci est celle
qui reçoit la vapeur des aliments pour se maintenir
en vigueur & en force jusques au temps prédestiné
de son amortissement: L'autre outre naturelle,
provenant de l'excrément des dits aliments;
lequel excrément pris dans le Corps en trop grande
quantité, & le corrompant par putréfaction
à cause que pour son excès il ne peut être digéré,
s'échauffe & enflamme d'une fumée sulfureuse
qui brûlant & consumant l'Esprit vital, & l'assiégeant
dans la forteresse du Coeur le met tout en
Fièvre, qui bien souvent si ce feu n'est éteint
avec le secours, ou de L'EAU, ou plutôt d'autre
convenable rafraîchissement, embrase non seulement
la citadelle du dit coeur, mais aussi toute la
ville du Corps. Ce qui donc enflamme & brûle
n'est pas une substance pure & liquide, mais une
matière *orde & limoneuse: car la pureté ajoutée
la pureté ne l'endommage pas; mais plutôt redouble
sa perfection; ou au contraire, l'ordure & lie
excrémenteuse la trouble, infecte, & gâte: Ainsi
ajoutant à l'Esprit vital du Corps un restaurant
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 23
clair, liquide, & séparé de toute étrange impureté,
voire un réparatif & conservatif de même
substance & nature, comment sera-il possible que
cet esprit en souffre mal ni perte? L'EAU-DE-VIE
parfaitement subtilisée n'a aucun excrément, ni
par conséquent aucune faculté nuisible; comment
donc prise par dedans pourra-elle brûler les
intestins, & consumer par inflammation l'Esprit
de VIE, auquel en tout elle ressemble? Le bon ne
fait jamais la guerre au bon, mais bien le mauvais;
qui machine toujours sa ruine.
L'excrément massif & limoneux que nous
avalons avec le manger & le boire, est du tout
inutile à nourriture, & nature le rejette par les
conduits destinés à purgation, comme chose dont
elle ne peut faire aucun profit, mais plutôt en reçoit
bien souvent un extrême dommage: Si cette
EAU-DE-VIE était excrémenteuse, elle pourrait
causer du mal remarquable; mais étant tout
esprit pur, & de nature aethérée, l'expérience a
maintes fois montré, qu'au lieu de brûler, elle a
défendu le Corps & son esprit vital, du feu que
l'excès des excréments s'efforçait d'y mettre: Car
aux indigestions causées par trop de gourmandise,
& qui par la putréfaction des choses prises, engendreraient
fiévreuse inflammation au Coeur, il
ne s'est jamais trouvé de plus excellent ni prompt
@
24 T R A I T E'
remède que cette liqueur de VIE, qui soudainement
avance la vertu digestive, fait sortir, ou
par vomissement ou par bas, les choses indigestes,
& ouvrant les conduits des esprits par tout le
corps, leur donne libre passage pour exercer leur
office à la conservation de la santé. Je confesse
bien qu'un corps déjà tout brûlé de fièvre, ou
qui a le sang cuit de lèpre, elle ajoutée à l'Esprit
vital, déjà flambant par les soufres excrémenteux,
qui ont causé la maladie, augmenterait
l'inflammation, s'enflammant elle-même; mais
au Corps sain & non embrasé d'ailleurs (quelque
ardeur naturelle de l'Esprit vital qu'il y aie) comment
s'enflammera-elle? L'expérience nous montre,
que si vous la mettez dans un vaisseau sur la
chaleur du feu, il n'y prendra jamais si la flamme
ne le touche: Aussi ne fera-elle dans le Corps, si
le soufre, outre-naturel & allumé par les excréments,
ne lui sert d'amorce. C'est donc à grand
tord qu'on la taxe de telle malice; & ceux qui calomnieusement
l'accusent de brûler montrent
bien n'avoir pas entré beaucoup avant au sacré
*pourpris de la Philosophie naturelle: Mais l'abus
en ceci, comme en toutes autres choses à cette
coutume de bander toujours les yeux au peuple,
empêché par ignorance & fausse persuasion d'apercevoir
la lumière de vérité. Que direz-vous,
me
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 25
me répliquera quelqu'un de l'ardeur qu'elle cause
à la bouche mêmes en la prenant. Mais que
direz-vous, lui répondrai-je, que là où elle touche,
elle ne laisse aucune marque de brûlement?
Toutefois j'apprendrai que cette EAU subtilisée
& préparée, tant par suffisantes distillations que
circulations, ne donne plus cette ardeur en la bouche
n'y ailleurs; mais est aussi agréable que le meilleur
VIN que produise le vignoble de Grave, ou de
Frontignac: Je ne parle ici que de sa préparation
simple. Mais que sera-ce si elle est ornée & enrichie
des Teintures de toutes les choses plus
excellentes, pour la conservation des parties nobles
du corps humain, ainsi que je montrerai en
discourant de la pratique? Certainement tant s'en
faut qu'elle soit nuisible, que comme le Baume de
nature est estimé avoir vertu d'échauffer & humecter,
combien qu'il ôte les chaleurs & humidités
des maladies, aussi cette EAU fait le semblable.
Ici je ne me peux garder de me plaindre que les
propriétés tant excellentes & désirables de cette
liqueur, soient tellement emprisonnées dans les
cachots de la malicieuse ignorance, qu'elles ne
puissent montrer à la nature humaine la faveur &
bienveillance qu'elle lui doit. Et de sa part elle
se plaint d'être venue en vain en la Province du
monde, & accuse incessamment la sottise des hommes,
G
@
26 T R A I T E'
qui ne se ressouvenant de si grande prédestination,
à laquelle ils étaient voués par la prévoyance
de nature, ont mis à si vil prix & mépris,
l'un de ses plus riches trésors. Et ceux qui font
profession de savoir la vertu des choses, sont contraints
de cacher leur ignorance par le blâme de
ce précieux Baume, ayant plus d'égard à leur ambition,
vaine gloire, avarice & vanterie, qu'à la
louange d'un présent si digne & si louable; cela
c'est dérober au jour sa lumière, & suffoquer
par imposture la claire vérité. Voila donc ce que
je dis sur le brûlement, dont le vulgaire l'accuse.
C H A P I T R E
VIII.
Pourquoi l'Eau-de-Vie s'enflamme.

Aintenant je veux déchiffrer la
cause pourquoi elle est susceptible
de flamme par l'approchement
du feu, afin de satisfaire
à ceux, qui de là voudraient
tirer la conséquence de
ce brûlement. Et combien que cette matière doive
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 27
être empruntée de la plus profonde Philosophie,
& requière un discours recherché de plus
loin, si est-ce que j'en toucherai le principal
point le plus succinctement qu'il me sera possible.
J'ai ci-devant dit, que cette liqueur est de substance
huileuse, mais quelle nature d'huile elle
représente, cela n'entre pas bien-aisément en une
dure cervelle: car où est celui qui ne jugeant d'elle
qu'à la vue de l'oeil, dit qu'elle soit de cette nature?
Toutefois le feu qu'elle reçoit au moindre
approchement montre qu'il est ainsi, par ce que
rien ne le peut enflammer que la substance oléagineuse:
Car je comprends sous le nom d'huile,
toute chose grasse, résineuse, ou sulfureuse, apte
à recevoir inflammation. Or quand ici je parle
d'huile, je n'entends pas signifier l'huile commun
& vulgaire; car ce serait Philosopher trop rustiquement,
mais bien une essence aérée, voire plus subtile
& légère, encore que l'Air, qui tant plus approche
en proportion de la nature de l'Aether, c'est à
dire de cette région suprême où les corps célestes
volent, faisant continuelle ronde alentour de la
Cité mondaine; plus elle est éloignée de la nature
D'EAU, & par conséquent approchante de celle
du FEU.
Cette Région a été des anciens appelée la Région
du FEU, non pas qu'elle en soit pleine comme
@
28 T R A I T E'
le vulgaire pense; mais pour ce que c'est la
partie de l'Air la plus légère, subtile & délivrée de
toute inférieure aquosité, vers laquelle incessamment
de tout le gros corps de la terre, monte la vapeur
spirituelle, de nature du feu élémentaire, laquelle
par nécessité doit être très-claire, pleine
d'ardeur vitale, & très-amie du feu. Autrement
si elle était aqueuse comme l'Air inférieur, sa froideur
trop humide, & de nature D'EAU serait obscurcir
les grands flambeaux célestes, qui ne peuvent
luire que dans un Air qui soit de leur nature.
C H A P I T R E
IX.
Que l'Eau-de Vie est de nature d'Huile & non d'Eau.

E cela il faut conclure, que notre
liqueur menée à subtilité parfaite,
& que nous avons enseignée ci-devant,
répond par proportion à l'Elément
des Astres, laquelle peut-
être élevée en la même force que
la vapeur qui monte aux Régions aethérées: Voire
qui
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 29
& qui s'envole au même lieu, comme à son naturel
centre & place, est par nécessité d'autre condition
& propriété que D'EAU, & faut qu'elle
tienne de nature d'oléagineuse vapeur, à raison
de quoi elle s'enflamme, ce que toutefois elle ne
serait sans l'attouchement du feu commun & brûlant,
comme j'ai déclaré ci-dessus, lequel feu
néanmoins elle peut recevoir aisément, à cause
de la grande subtilité de son Huile, & qu'elle est
comme une vapeur qui tâche incessamment de
s'envoler en haut, si elle n'est retenue dans un vaisseau
bien fermé, voire de telle matière & manière
qu'elle ne puisse échapper par aucun pores, comme
je montrerai ci-après. C'est pourquoi si la
flamme du feu commun la touche tant soit peu en
montant; elle s'allume soudainement, comme
l'on peut expérimenter en ouvrant l'Alambic où
elle distille, & approchant une chandelle de la vapeur
montante, à laquelle tout aussi tôt le feu
prendra, remplissant tout le vaisseau de son inflammation.
La cause donc pourquoi elle s'enflamme
n'est pas pour être de nature caustique ni brûlante,
mais subtile & aethérée & délivrée de toute aquosité,
voire menée à plus haute simplicité, que ni
L'EAU ni l'Air même, lequel tient en tout de la
nature de vapeur aqueuse & froide: à raison de
quoi il est respiré des animaux pour le continuel rafraîchissement
H
@
30 T R A I T E'
de l'ardeur de leur esprit vital. Ici
quelqu'un me pourra dire que cela n'est pas ainsi,
& que si notre air était une vapeur D'EAU froide,
la chandelle allumée s'y éteindrait en peu de
temps, ne se pouvant maintenir en ardeur en lieu
qui lui fût contraire. L'on me dira aussi que si la
région aethérée était semblable à la substance de
notre liqueur, les Astres qui sont des corps de
feu enflammeraient soudain toute cette Région là,
comme la chandelle approchée enflamme la vapeur
montante en la distillation. A quoi je réponds que la
vapeur aqueuse de l'Air ne peut éteindre la Chandelle
allumée, à cause de sa rareté, qui n'est
pas assez puissante pour ce faire, & ne lui peut
donner autre empêchement que de resserrer sa
flamme, comme nous voyons quelquefois en
temps fort humide que cette Chandelle éclaire
fort peu par le retirement & resserrement de sa
flamme, d'où provient qu'elle fait des *funges &
potirons au bout de sa mèche.
Quand à l'aether, les astres ne le peuvent enflammer,
à cause que leur feu n'est pas tel comme
notre vulgaire, parce qu'il n'y a en lui aucun
soufre excrémenteux, pour enflammer par son
approchement la substance aethérée. Car ils sont
faits d'un feu simple non consumant ni détruisant,
mais toujours vif & conservant. Que si notre
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 31
feu était pareil, qui croira que par son approchement
il enflammât la plus inflammable chose
du monde? Pour vrai ce feu astral est bien d'autre
& dissemblable nature. Au lieu que le vulgaire
monte de bas en haut, celui-là descend de
haut en bas, par continuelle influence, envoyant
ses rayons nourriciers & vivifiants sur le globe de la
terre: Car quelle folie serait-ce, de penser que les
influences astrales montassent au dessus d'elles, où
il n'y a rien sur quoi elles puissent avoir puissance
ni action, toutes choses y étant immortelles, &
n'ayant besoin de nourriture aucune pour accroître
leur vivacité? Il demeure donc pour résolu
que l'EAU-DE-VIE ne s'enflamme pas à cause
d'une nature brûlante & caustique; mais pour sa
parfaite substance menée par Art, à plus grande
exaltation que l'Air même; à quoi j'ajouterai
encore ceci, pour montrer qu'elle n'endommage
ni brûle pas dans le Corps les lieux où elle
touche. Si elle causait brûlement aux membres
intérieurs, pourquoi ne ferait-elle pas chose semblable
aux ulcères & plaies où la chair est découverte?
Or l'expérience nous montre à l'oeil, que
tant plus elle est subtile, & moins elle fait de douleur.
Que dis-je moins? car fût elle sans rectification,
elle est toute anodine, c'est à dire sans douleur,
& ne se peut trouver aucun remède ni Baume,
@
32 T R A I T E'
par lequel la Chair soit plus recréée. Que si on
l'applique très-pure & subtile; où est la plaie, l'ulcère,
le cancer, le
noli me tangere, qu'en peu de
temps elle ne guérisse? Mais je dis bien davantage,
c'est qu'on la peut mettre dans l'oeil même
sans aucune douleur ni dommage: Et toutefois
l'oeil est la plus sensible partie de tout le Corps, où
sera donc l'esprit si stupide, qui ose dire qu'elle
soit nuisible & brûlante? Or voila ce que je dis,
tant contre l'accusation de son brûlement, que
pour montrer qu'elle est de nature oléagineuse,
maintenant il faut parler de subtilité.
C H A P I T R E
X.
De la subtilité de l'Eau de Vie.

UICONQUE épluchera bien la
nature des VINS (sous ce nom
comprenant toute liqueur, d'où se
peut tirer EAU-DE-VIE) il connaîtra
que celle dont nous disputons,
bien qu'elle soit en quelques
uns entremêlée de grande quantité de phlegme,
désire toujours de monter en haut, & s'envoler
en
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 33
en l'Air, pour se délivrer des terrestres, grossiers,
& limoneux liens dont elle est attachée: Car quelque
garde qu'on en fasse, & en quelque lieu clos
qu'on la resserre, s'il y a tant soit peu d'ouverture,
elle échappera hors, & perçant les conduits presque
invisibles des murs de son vaisseau, elle sortira
subtilement comme un esprit délié, laissant le
corps du VIN où elle était, comme sans ame &
sans vie: C'est pourquoi les muids où ce VIN est
enclos ne le peuvent garder long-temps, à raison
de le porosité du bois, s'ils n'ont reçu la *pication
selon la mode des anciens; c'est à dire, s'ils n'ont
été poissés & enduits par dedans avec de la Résine,
où plutôt du soufre, comme font les Allemands,
pour empêcher son évaporation: Car
ils ont inventé la pratique de les soufrer, si bien
que le VIN s'y conserve par plusieurs ans, qui fait
que tout le leur, spécialement celui du Rhin, à
l'odeur & goût de souffre; & ce d'autant plus
qu'il est dans un vaisseau nouvellement soufré;
Mais encore cela n'est suffisant pour retenir cet esprit
qu'à la fin il ne sorte, parce que sa subtilité
maîtresse, dissout ces raisinés & souffres avec
le temps; afin d'ouvrir les pores du bois, & se mettre
en liberté.
L'expérience fera voir ce que je dis, si vous
mêlez de la Térébenthine dans du VIN blanc il
I
@
34 T R A I T E'
la dissoudra, & rendra potable; spécialement si
vous y entremêlez le jaune d'un oeuf. Les Peintres
font preuve de presque pareille chose par un
gentil
Vernis, dont ils usent sur le papier même,
en dissolvant de la Térébenthine bien claire avec
de L'EAU-DE-VIE; Et si voulez avoir témoignage
qu'elle peut faire le semblable aux résines
& gommes plus dures, voyez les Apothicaires
qui font dissoudre le
Mastic, même avec cette
EAU, & non seulement le
Mastic, mais toutes autres
gommes, comme le
Galbanum, le
Bdelium,
l'
Ammoniac, & l'
Oppoponax. J'ai plusieurs fois
éprouvé que le sang de Dragon se dissout aussi
dans elle, dont j'ai fait un très-excellent
Vernix,
rouge cramoisi, duquel j'ai usé avec le pinceau
sur l'Argent couché en feuille, à faire toutes sortes
de Moresques, & autres belles choses en l'Art de
portraiture, en l'exercice de laquelle quelquefois
je prends plaisir. Tout cela donc fait suffisante
preuve que cette liqueur est si subtile, que ni
soufre, ni résine, ni gomme, ne la sauraient
longuement retenir qu'elle ne les outre-perce, &
s'envole par sa spirituelle nature.
C'est pourquoi les plus curieux de garder le
VIN, le conservent en flacons de verre, qui
n'est aucunement poreux, & ce en les bouchant
de cire gommée, enveloppée d'une vessie de Pourceau
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 35
qui lui est impénétrable: Et n'avons peu
trouver chose qui puisse bien fermer les vaisseaux
de verre, où nous la réservons, que cette vessie,
laquelle aussi nous jugeons être sans pores, tant par
les urines qu'elle contient, encore qu'elles soient
d'une humeur séreuse très-poignant & salé, qui
peut même outre-percer les pores d'un fort vaisseau
de métal ou de terre. Car quand au métal,
elles le mangent, rongent, & percent: Et quand
à la terre, elle en est mangée en peu de jours, & ce
par le Salpêtre ou Nitre. Car on en peut tirer de
très-clair & beau, votre propre à faire de la poudre
à Canon; dont le sage & diligent rechercheur
des mystères de la Nature pourra tirer des jugements
qui le guideront au but d'une grande perfection
& science. Or Nature, sage ouvrière, a
pratiqué de rendre la vessie sans pores; afin que
les parties voisines ne fussent infectées de la vapeur
des urines au dommage de tout le corps: Le
moyen donc le meilleur de garder l'esprit en son
VIN, c'est de l'enfermer au verre, & me souvient
d'en avoir autre fois bu en Anvers, qui avait été
conservé en sa bonté & beauté par plus de quinze
ans.
Or je reviens à la
subtilité de cet esprit, laquelle
je veux encore montrer, par une très-admirable
& plus belle expérience, voire telle que sa grandeur
@
36 T R A I T E'
doit induire un chacun à grand étonnement. Regardez
& considérez l'opération des PASSE-VIN S
desquels (si vous ne l'avez vu) je vous enseignerai
la manière: Faites faire un vaisseau de verre
tout rond, ou en ovale, qui ait le col seulement
d'un ou deux doigts en haut: Faites faire aussi un
verre de grandeur & capacité pareille, sur la bouche
duquel vous puissiez renverser & tenir ledit
vaisseau: Ce fait, remplissez le verre de bon VIN
clairet, & remplissez D'EAU le vaisseau rond; puis
mettez le doigt à la bouche d'icelui, & le renversez
sur le verre, tellement que le col en touche au
VIN: Otez puis-après votre doigt, lors vous verrez
premièrement que le VIN & L'EAU ne se mêleront
point, & verrez encore ce VIN monter au
travers & milieu de L'EAU du vaisseau de dessus,
comme un filet de soie cramoisie, ou comme une
petite fumée qui s'élève au *coupeau du vase au
haut duquel tout le VIN montera, L'EAU descendant
toute au fonds du verre: En sorte que
l'un fait place à l'autre par une transposition qui
semble être plutôt un miracle qu'oeuvre naturel:
Voici la forme des PASSEVINS & de leur posture.
C H A P.
XI.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 37
C H A P I T R E
XI.
Des Passe-vins, & de leur Raison.

LUSIEURS se sont efforcés de
rendre la raison de cette merveille,
& la plupart de nos Médecins n'avaient
point encore été ci-devant
assez subtils, pour inventer ni
voir cela; mais aucun, que je sache,
ne l'a bien trouvé: Je la dirai donc à la vérité, pour
vous donner plaisir de l'intelligence d'une chose
si belle, & vider par un même moyen celle de la
subtilité de notre EAU-DE-VIE.
On a vu des hommes ingénieux avoir inventé
K
@
38 T R A I T E'
le moyen de faire monter L'EAU contre sa propre
nature, avec une merveille non moins utile que
plaisante; tellement qu'ils faisaient cela par artifice
des fontaines perpétuelles dont Cardan a voulu
enseigner la pratique, mais non telle, ni si belle
que Polyphile en l'Hypnerotomachie.
Or la Mathématique nous montre l'invention
de telle machines pour faire monter L'EAU par la
raison du vide: car nature abhorrant toute vacuité,
fait que L'EAU par sucement forcé, soit
tirée en haut pour emplir ce vide, ainsi que l'on
voit aux pompes, avec lesquelles on la fait monter
à telle hauteur que l'on veut, comme j'ai souvenance
d'en avoir vu en la maison du Seigneur de
Boussu près de Monts en Hainaut, ou par une pompe
L'EAU se portait dans une belle & riche fontaine
sur la porte, & jusques aux Ecuries, & grotte
bâtie au milieu du Jardin. Par ce même Art &
moyen, l'on pourrait faire un Moulin perpétuel
qui jetterait L'EAU dans l'Etang d'où il l'aurait pris.
Qui voudra voir une plus familière preuve de l'attraction
de L'EAU par le vide, mette de L'EAU dans
un plat, puis sur cette EAU un coffin de papier
renversé la pointe en haut, ce fait, allume le bout
du dit coffin, puis renverse dessus un verre vide
tant qu'il touche L'EAU, & lors il la verra monter
toute au *coupeau du verre, & demeurer là jusques
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 39
à ce que l'on le relève. C'est la même raison de la
ventouse des Chirurgiens, par laquelle on fait par
sucement élever la chair comme on fait L'EAU
même. Cette élévation & sucement advient par
la dissipation & consomption de l'Air, étant là-dedans
faite par la flamme, laquelle amortie, & le
lieu demeurant vide, il est forcé de se remplir de
quelque chose. Ce que nature tâche de faire par
l'attraction de L'EAU dans le verre, ou de la chair
dans la ventouse. Mais toutes ces raisons là n'ont
point de lieu aux PASSE-VINS: Car ce n'est pas
la vacuité qui attire le VIN au haut, ni L'EAU en
bas, vu que tout y est plein, & ne s'y peut faire
aucun vide. Certainement je trouve bien en cela
une plus grande merveille; à savoir de l'échange de
place que le VIN & L'EAU font l'un à l'autre, le VIN
en montant à travers L'EAU, & L'EAU en descendant
à travers le VIN, ce qui advient tout en un même
temps par très-grande industrie de nature: Quelle
cause donc pourra-on assigner de cette merveille?
sera-ce point la subtilité légère de l'un, & la grosseur
pesante de l'autre? Mais on me dira, si L'EAU
descend à bas à raison de sa grosseur & pesanteur:
pourquoi ne faire le VIN de même à cause du
phlegme & lie terrestre desquels il abonde? A ceci
je réponds, que l'élévation du VIN se fait par l'Esprit
qui est en lui, dont la force est si grande (bien
@
40 T R A I T E'
qu'il soit moindre en quantité) que de sa nature
cherchant le haut, il commande à ce phlegme &
lie, non encore séparés, de le suivre; car la nature
des esprits est si puissante, qu'elle donne ses
lois à celle des corps qui obéissent à leurs mouvements
& volontés, jusques à faire en eux des changements
& altérations miraculeuses; voire les élever
avec soi contre leur désir inné de tendre vers
le bas. L'expérience manifeste cela par l'effet des
sublimations en l'Art Chimique, comme du vif-
argent, du soufre, & plusieurs autres, dont les esprits
élève les fèces avec eux, cela se voit aussi en
la sublimation ou distillation du salpêtre, dont
L'EAU, quoi qu'elle soit très-claire, en distillant
par le filtre, attire avec soi des phlegmes terrestres
en grande quantité, qui se voient par les réitérations
de
Calcinations, Solution, & Distillation; De
sorte que d'une livre en sont quelquefois tirez trois
quarterons de limons terrestres. Le semblable donc
se fait aux PASSE-VINS, ou les phlegmes, tartres
& lies, ne font point descendre le VIN à bas, mais
sont élevés avec lui par la maîtresse force de son
esprit, encore qu'il soit beaucoup moindre en
quantité.
C'est donc la subtilité qui est cause de son élévation:
Car comme j'ai dit ci-devant; l'esprit du
VIN est une substance aethérée, & (s'il le faut ainsi
dire)
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 41
dire) supérieure des natures élémentaires, voire
un esprit général aux plantes & fruits, qui comme
Roi, se fait obéir aux formes partiales d'un
chacun; de quoi donnent assez de témoignage
les teintures qu'il tire de toutes, comme je montrerai
bientôt.
Mais si en toutes il est général, c'est à dire un
& semblable, & qu'il soit doué de puissance telle
qu'en s'élevant il élève aussi ses phlegmes & lies,
d'où vient que l'esprit du Cidre ne s'élève aussi
étant dans le PASSE-VIN? Car si vous mettez le
Cidre en la manière du VIN, vous verrez qu'il ne
s'y fera aucune élevation, & L'EAU ne descendra
point au bas: mais si vous les placez au contraire
savoir le Cidre au vaisseau supérieur, & L'EAU à
l'inférieur, soudain L'EAU s'élèvera, & le Cidre
dévalera. Cela se fait-il pour ce que L'EAU soit
plus subtile? rien moins: Car ce qui est esprit au
Cidre est de pareille vertu, nature, & force que
celui qui est au VIN, comme j'ai ci-devant assez
montré; & quand il est séparé de son phlegme: il
ne diffère en rien de l'autre, ayant égal pouvoir
de tirer les teintures. Quoi donc? est-ce que la
quantité de son phlegme est trop grande? non.
Ne serait-ce donc point pour la grosse viscosité
du dit phlegme & lie où il est si enserré, qu'il lui
est impossible de remuer les ailes pour s'élever, &
L
@
42 T R A I T E'
que la grosseur de cette viscosité lui attache comme
une pesante pierre aux pieds qui le fait abaisser?
Certainement, c'est la nature de toute chose visqueuse
d'être fort pesante, & d'agglutiner ce qui
peut être d'esprit dans elle avec la ténacité de son
mucilage. Or au Cidre il y a beaucoup de ce phlegme
visqueux, & fort peu d'esprit, voire beaucoup
moins que dans le VIN. Ce qui parait aux vaisseaux
où l'on tire le Cidre, au fonds desquels il s'attache
un gros phlegme & glaire fort épaisse, que
le vulgaire appelle
Maire; ce qui ne se trouve point
aux vaisseaux de VIN. C'est pourquoi ce trop de
matière terrestre & limoneuse empêche le peu
d'esprit d'échapper de sa prison, & pour sa pesanteur
coulante à bas, attire avec soi ce peu d'esprit,
qui peut (comme la pauvreté dans Alciat) se plaindre
& dire,
Mon esprit est si vif qu'il pourrait bien voler Iusqu'au doré lambris de la voute étoillée Si le fardeau pesant ou mon aile est colée Ne forçait par son poids, son vol à deualer.
Ce n'est donc point la quantité, mais la viscosité
du phlegme, dont la pesanteur & glu le retiennent,
& empêchent de monter, mais plutôt le
font couler à bas, forçant L'EAU de lui quitter
la place, & chercher le haut. Que si cet esprit est
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 43
une fois délivré de cette glu & fardeau, qui doute
que son aile ne devienne aussi légère que du
meilleur & plus généreux VIN du monde? Par
toutes ces choses on peut juger & connaître la
subtilité de l'esprit vineux à qui l'on a donné le nom
D'EAU-DE-VIE: Laquelle subtilité est telle, qu'il
ne peut être arrêté ni retenu dans aucun vaisseau
poreux, soit de bois, soit de métal, & n'a-on trouvé
par expérience que L'OR & le VERRE qui le
puissent contenir: celui-ci pour être sans pores;
celui-là pour être fort amassé & resserré.
C H A P I T R E
XII.
Que l'Eau-de-Vie, à cause de sa Nature aethérée, surpasse les Elémentaires.

E viens maintenant à sa Nature
aethérée & céleste, de laquelle encore
que j'aie parlé ci-devant, j'ajouterai
ici quelque chose pour
la confirmation de ce qui est avancé.
Le vulgaire des Philosophes, spécialement
ceux qui aux Ecoles bâtissent leurs disputes
sur la Physique d'Aristote, débattront fort
@
44 T R A I T E'
contre moi: & me proposeront qu'en la province
des Eléments rien ne se peut trouver, ni voir, qui
excède leur nature; & que bailler le nom d'Aether
aux choses composées, c'est une erreur en leur
Philosophie. Mais je leur répondrai par le témoignage
de Cardan, l'autorité duquel, vu sa
doctrine, mérite bien d'être avouée & reçue. Le
feu (dit-il au second Livre de la subtilité) qui est
très-chaud, est plus rare & délié que l'Aether, &
quintessence même. Car il est joignant au Ciel, &
pour ce très-léger, modérant par circulation la
chaleur imprimée des Astres, avec la ténuité &
rareté retenue. Par ce moyen (dit-il encore) L'EAU
ardente réduite à suprême subtilité parle FEU, est
rafraîchie par le mouvement des élevations & circulations,
& acquiert une température excellente.
Pourtant cette EAU & l'Aether sont presque une
chose moyenne, entre les mortelles & immortelles;
c'est pourquoi un peu auparavant il ne doute
point de l'appeler AETHER, à cause de sa substance
très-rare, mobile, & qui retient par son mouvement
la chaleur tempérée, & toutefois très-
abondante; à raison de quoi je confesse même
qu'elle peut non seulement conserver toutes les
vertus, mais aussi prolonger la vie. Car (dit-il)
attendu qu'elle est très-subtile, elle se mêle à la
première humidité radicale, en pénétrant les
parties
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 45
parties solides du corps, & séparant les excréments
contenus en ladite humidité. Mais pour ce
qu'elle a beaucoup de chaleur céleste; elle rejette
tout ce qui n'est pas pur, à cause de quoi elle restaure
& refait la chaleur naturelle, alors principalement
qu'elle est affaiblie par la vieillesse, qui
n'est autre chose que la diminution de cette chaleur.
Et c'est la raison pourquoi ce Cardan même
estime que telle EAU ne blesse ni le coeur ni le
foie; mais bien au contraire, elle conserve toutes
les parties du corps en parfaite économie de
santé, voire même les guérit de toutes leurs infirmités
par ses admirables vertus ci-dessus décrites
dans ce premier Livre de Théorie, & qui
seront encore plus au long exprimées dans les
deux Livres suivants, qui traiteront de la pratique,
pour la préparer avec toutes ses vertus.
F I N Du Premier Livre.
M
@
46 T R A I T E'
L I V R E
S E C O N D
C H A P I T R E
P R E M I E R.
Anatomie du VIN.

'AI, ce me semble, assez étendu
mon discours de la Théorie &
contemplation de la nature de
L'EAU-DE-VIE, dont néanmoins
j'aurais recherché plusieurs
choses considérables beaucoup
plus avant, si la crainte de trop m'éloigner,
& la difficulté en chose si peu intelligible à ceux
qui n'ont pas entré au profond *sacraire de la Philosophie,
n'eût retenu mes pas d'un si pénible
voyage: Mais j'estime en avoir autant enseigné
qu'il est besoin pour la claire & naïve connaissance
du sujet donc j'ai entrepris de parler, c'est pourquoi
je viendrai maintenant à la
pratique.
L'expérience nous fera voir, que les choses qui
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 47
ne sont point de même substance, ne sont jamais
unies ni mêlées parfaitement, & que par conséquent
elles sont séparables. Cela présupposé, il
pour déduire quelles sont ces ordures & phlegmes
qui sont dans le VIN, & parmi L'EAU-DE-VIE? de
quelle nature elles sont; & d'où elles proviennent.
C'est pourquoi, s'il est permis de le dire
ainsi, il nous faut
anatomiser le VIN, & en faire
comme une dissection avec l'instrument & action
du FEU, qui est le seul découpeur & sépareur des
parties hétérogènes & différentes.
Prenez donc du VIN & le distillez, si bon vous
semble, en un distillatoire sans réfrigératoire, &
ce jusques-à ce que tout étant monté, il ne demeure
au fonds que de la lie. Cette
lie obscure, grossière,
pesante, & visqueuse; est le
terrestre & matière
que le VIN a tiré de la terre. Ce qui se vérifie
par le
Sel que l'on en tire: car rien ne contient SEL
qui ne soit de nature terrestre, ainsi qu'il apparaît
en toutes choses brûlées, en la cendre desquelles le
Sel est contenu. Ce SEL proprement est ce que
nous appelons SEL de TARTRE, lequel si vous
faites dissoudre à-part-soi dans une cave, il se
tournera en cette liqueur que l'on nomme Huile
de TARTRE. Or pour séparer le SEL de cette
lie,
faites-là bien brûler & calciner dans un vaisseau de
terre qui endure le FEU, jusqu'à ce qu'elle devienne
@
48 T R A I T E'
grise-blanche. Puis la faites bouillir en EAU, laquelle
EAU si vous distillez par le filtre, qui est une languette
de drap en la manière que je dirai ci-après
au linge; puis la faites évaporer & fumer sur le
feu dans un vaisseau propre, vous aurez au fonds le
SEL très-blanc, convenable à beaucoup de bons
usages, & qui entre autres choses tire la teinture de
L'ANTIMOINE; voire fait parfaitement fondre
le Cristal, pour composer des pierres artificielles
de beauté non moins agréable que les naturelles.
Or ce qui fera demeuré au bout du filtre en distillant,
ce sera une fort vilaine terre & noire lie, qui
est le vrai terrestre excrément que la vigne avait
tiré de sa mère nourrice.
Vous avez donc en premier lieu la terre & le
SEL, qui étaient les plus grossières parties séparables
au VIN. Je ne dis rien ici de cette lie qui demeure
au fonds des muids après être épuisés; car
ce n'est pas celle que nous appelons TARTRE,
qui reste à la première distillation du VIN, & de
laquelle je viens de parler: L'autre est de nature
toute diverse descendant au fonds; & cette-ci s'attachant
au haut du vaisseau: Davantage, cette-là
n'est autre chose que les fèces & assiettes du VIN
trouble au sortir du Pressoir, mais cette-ci est la
partie solide de la teinture du dit VIN, qui, étant
volatilisée, se tient alentour du vaisseau en manière
de
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 49
de SEL, dont même elle représente le goût,
lequel SEL DE TARTRE d'aucun des plus
subtils Philosophes estiment symboliser plus avec
la Nature minérale qu'avec végétale: par quoi
cette première lie qui descend au fond du muid
n'est point de la substance du VIN, dont elle n'est
que le marc, & ne la faut mettre au rang des parties
ou membres de son
Anatomie.
Poursuivant le reste de laquelle, si vous prenez toute
L'EAU que vous avez distillé du VIN, & la passez
par le distillatoire de L'EAU-DE-VIE avec son réfrigératoire,
par régime d'un feu Médiocre; & quand
vous en aurez tiré jusqu'à-ce que ce qui sortira, ne
se ressente plus d'aucun goût D'EAU-DE-VIE, videz
ce qui est resté fade au fonds, & vous aurez de L'EAU
commune que la vigne avait sucé de la terre en
prenant sa nourriture par les arrosements de la
pluie: renversez après dans le vaisseau ce que vous
aurez distillé de bon, & le distillez derechef, faisant
comme devant jusques à-ce qu'il sorte de
L'EAU qui n'ait plus ou fort peu de goût. Continuez
cela par tant de fois, qu'il ne s'y trouve plus
de cette EAU, mais que tout soit pure liqueur de
VIE.
Si donc vous avez mis à part toutes ces fades
EAU X, vous aurez par ce moyen un excrément
& matière qui n'était mêlée parfaitement avec
N
@
50 T R A I T E'
l'esprit du VIN; à savoir de L'EAU ou phlegme
sucé des arrosements pluvieux par la vigne. Or
que cela soit ainsi, on le voit ordinairement alors
que l'année spécialement en l'Automne, a été
pluvieuse, car le raisin s'enfle D'EAU, tellement
que le VIN en est moins généreux, & n'a pas si
grande quantité d'esprit, ni D'EAU-DE-VIE.
Mais on me dira: Si ce phlegme aqueux provient
des arrosements de la terre, d'où vient qu'il
se tourne en vinaigre? car il s'en fait de très-bon:
Et comme est-il possible que cette EAU s'aigrisse
non plus que L'EAU de la pluie? cette question
n'a encore été débattue par aucun que je sache:
laquelle je réponds, que L'EAU de soi ne s'aigrit
point. Bien est vrai que par la corruption elle
acquiert un fâcheux goût contre la naturelle propriété,
qui est d'être insipide, tellement que la
meilleure est celle qui est sans goût: Mais quand
elle a passé par des choses acres, elle acquiert une
aigreur, & devient poignante, comme pouvant
recevoir toutes saveurs; & c'est le moyen enseigné
par Cardan au treizième livre de la subtilité, montrant
l'art d'en faire du vinaigre avec des meures
cornouilles, & poires sauvages séchées, puis
trempées en elle: Je dis donc que le phlegme
aqueux ayant été passé par le corps de la
Vigne ou
Raisin; puis fermenté & bouilli avec le VIN, retient
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 51
quelque chose, non de l'esprit vineux, mais
de la matière
Tartareuse, & salée, qui lui cause son
aigrissement: Car selon le témoignage du même
Cardan, les liqueurs salées deviennent aigres: Si
vous voulez donc faire aigrir le phlegme du VIN,
faites-le bouillir jusqu'à diminution du tiers; afin
que toute l'impression de l'esprit vineux qui y pouvait
rester s'envole: Cela fait, laissez le dans un
vaisseau débouché, lors avec le temps il s'aigrira,
ne cédant en rien au meilleur vinaigre, lequel
même ne s'aigrit pour autre raison que pour la
perte de son esprit vineux, & mélange du TAR-
TRE laissé dans lui. Ce TARTRE est si vigoureux
à causer aigreur aux liqueurs où il se mêle,
que si vous distillez trois ou quatre pots de vinaigre
commun, jusqu'à-ce que vous ayez au
fonds du distillatoire, une matière épaisse comme
lie, pues mettez une portion de cette matière dans
un muid de VIN, cela le fera dans peu d'heures
tellement aigrir, que l'esprit vineux demeurera
vaincu: de laquelle invention les Vinaigriers pourraient
tirer un très-grand profit en peu de temps.
Or outre ce phlegme, l'
Anatomie trouve encore
au VIN une autre chose séparable, & qui est bien
de plus grande conséquence, & de laquelle aucun
devant moi ne s'est aperçu. Car ni Lulle ni Ulstade,
ni Rupecissa, ni autres qui ont parlé
@
52 T R A I T E'
des distillations de L'EAU-DE-VIE, n'en ont
fait aucune mention, C'est une Huile qui nage sur
le phlegme étant au VIN; de couleur verte, &
au Cidre; de tannée, toutes deux en fort petite
quantité, mais si horribles en puanteur, qu'il
n'est possible de les sentir sans blessure du cerveau;
voire si gluantes, que le doigt après les avoir touché,
en garde la mauvaise odeur fort longtemps;
Or comme tout ce qui est bien odorant est ami de
l'Esprit de VIE, aussi tout ce qui est de mauvaise
odeur lui est ennemi. Et c'est pourquoi Nature
mis le sens du nez prés de la bouche pour discerner
la mauvaise de la bonne odeur avant que rien y
entre. Cette Huile donc étant si fâcheuse, doit
être quelque dangereuse chose, & faut estimer
qu'elle provient d'une mauvaise cause. J'ai longuement
discouru au
septième de mes Livres de
l'Esprit du monde, qu'en la Sphère inférieure ou
habitent les corps mortels, Nature pour observer
la vicissitude, & continuer toujours son action ordinaire,
a mis en tous corps deux semences; l'une
de VIE, l'autre de MORT: Celle de VIE est ce
qui reçoit & donne aliment pour l'entretien de
l'Esprit vital: Celle de MORT est ce qui fait continuelle
guerre à cet esprit, afin de le chasser hors de
son domicile. Et comme cette substance vitale est
une chose douce, claire, & de suave odeur: Au
contraire,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 53
contraire, ce qui la détruit est amer, obscur, &
puant.
Puis donc que L'EAU-DE-VIE convertie en
subtilité parfaite, est à cause de sa bonne odeur
le restaurant de l'esprit vital, dirons-nous sans raison
que cette Huile trouvée au VIN est par son
odeur puante, cause de la MORT & ruine de cet
esprit? Or bien que l'une & l'autre semence de VIE
& de MORT soient en petite quantité dans les
corps composés, si est-ce que cette Huile mortelle,
l'est en beaucoup moindre que l'esprit vital. Que
si ainsi n'était, ô bon Dieu! combien peu vivrions
nous, prenants avec les viandes plus de venin
que d'aliment? mais l'Auteur de Nature
comme un bon Père, nous désirant conserver en
vie d'une part, autant que le terme par lui ordonné
le permet, & ne voulant que pour notre offense
nous demeurassions immortels, a fait que
cette semence de MORT s'engendrât dans les aliments;
voire dans tous corps, mais en petite quantité,
pour nous attirer peu à peu à notre fin, &
souffrir la peine de la désobéissance de notre premier
Père. C'est pourquoi (comme l'on dit en
commun proverbe)
Nous avalons peu à peu la
mort avec le morceau, & ni a rien qui ait eu commencement
de VIE à quoi finalement la fin ne
s'attaque.
O
@
54 T R A I T E'
Et voila, ce me semble, une très-grande misère
aux mortels, que la traîtresse friandise suborne
à désirer l'excès du VIN, les excréments duquel
s'ils connaissaient, ils se contenteraient de
l'usage modéré d'icelui, par lequel ils se trouveraient
fortifiés dans l'économie de toutes leurs
fonctions naturelles, vitales & animales; & au
contraire l'on peut par une observation sinistre, &
que trop commune, voir comme toutes les fonctions
susdites sont offensées en l'homme de débauche
par de très grandes infirmités, comme
paralysie, épilepsie, apoplexie, hydropisie, gouttes,
fièvres, & autres innombrables maladies, que
plusieurs tiennent incurables, pour n'être expérimentés
en la partie de Médecine, appelée
thérapeutique, ou curative, étant en cela Médecins
de nom & de robe, & rien moins d'effet,
se contentant seulement de l'ostentation de quelque
Théorie Grecque ou Latine, & négligeant la
recherche & pratique des remèdes spécifiques
qui sont en la nature destinés par la Providence divine
& pour la guérison de toutes sortes de maladies.
Or pour revenir à la suite de mon Discours
commencé, cette Huile séparable que j'estime
être la semence de MORT, est une des substances
hétérogènes & dissemblables de l'esprit du VIN,
que l'Art sépare d'avec lui, à cause de son mélange
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 55
imparfait & divisible.
Il se trouve encore dans ce VIN un autre excrément
beaucoup plus difficilement séparable,
& mêlé obstinément dedans lui. C'est un Tartre
subtil qui ne se peut tirer ni chasser qu'aux dernières
distillations, lequel s'attachant aux vaisseaux
de verre, les marque d'une farineuse blancheur,
si bien attachés, qu'il n'est possible de l'en ôter
par aucun lavement. Ce
Tartre ne gît point en
L'EAU phlegmatique, mais en la substance du
VIN propre, de l'acrimonie & fumosité duquel
il est la cause, la séparation s'en connaît tant par
ladite blancheur, attachée aux vaisseaux, que par
le goût: Car aux dernières distillations, alors que
l'esprit de VIE est très-proche de la simplicité, si
vous goûtez de ce qui reste au fonds du vaisseau,
vous le trouverez acre & poignant à la langue;
d'où il faut conjecturer, que c'est cela qui donne
cette saveur ingrate & mordicante à L'EAU-DE-
VIE, laquelle séparée de cet excrément par réitérations
de distillation, & circulation, fait sentir
sa douceur amiable, beaucoup plus gracieuse
sans comparaison, que le plus suave VIN du
monde.
@
56 T R A I T E'
C H A P I T R E
II.
Des excréments du VIN, & de leur mélange.

AIS pour rendre cette opération
précédente encore plus intelligible
à ceux qui n'en ont pas eu l'expérience.
Nous tenons pour règle
certaine en la Philosophie, que
tout ce qui n'est point mêlé par les minimes parties,
(c'est à dire parfaitement) est séparable: car
les choses hétérogènes que nous pouvons interpréter
dissemblables ne s'unissent jamais en perfection
de mélange, & quelqu'union qui semble y être,
si est-ce que par le moyen de la séparation artiste,
la division s'en fait à l'oeil, & peut-on tirer à part la
substance d'avec ce qui n'est point de la nature.
Cela se peut voir au VIN même, dans lequel si
vous mêlez de L'EAU, vous la retirerez, comme
dit Cardan, par un assez léger artifice. Faites une
petite languette ou lèche de linge, en forme de
filtre, dont j'ai ci-dessus parlé, & la mettez par un
bout dans le verre ou sera le VIN, laissant pendre
le
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 57
le reste dans un autre verre vide, & lors vous verrez
l'Eau monter par cette Linguette, puis descendre
dans ledit verre vide aussi claire comme elle
était avant le mélange: ce qui se fait partie à raison
de la dissemblance & imparfaite mixtion de
L'EAU & du VIN; partie à cause de la clarté de
L'EAU que cette languette attire, délaissant arrière
le Corps du VIN plus épais pour sa teinture qui
contient encore quelque portion de lie: Car cette
couleur rouge qui semble si agréable, de la beauté
de laquelle nous sommes si tentés, n'est autre chose
que lie, qu'il laisse même à la première distillation
en forme de poix noire qui demeure au fonds
du vaisseau distillatoire.
L'on peut faire encore une autre séparation du
VIN & de L'EAU selon qu'écrivent quelques uns
par le moyen du bois de lierre; faites un vase ou
coupe de ce bois, puis l'ayant rempli d'eau & de
vin posez-le dans un plat, & laissez ainsi quelques
heures vous verrez l'eau passer & couler au travers,
le VIN pur demeurant au dedans. Ce que les Poètes
semblent avoir confirmé, dédiant le lierre à
Bacchus qu'ils faisaient le Dieu du VIN. Si cela est
véritable, n'est-ce point pour ce que ce bois est très
poreux, au travers duquel passe l'EAU qu'Aristote
dit être la liqueur plus subtile de toutes, & que le
vin à cause des teintures & tartres étant plus épais
P
@
58 T R A I T E'
ne peut outrepasser? Or que le VIN soit le plus épais
la preuve s'en fera mettant un oeuf dedans:
car s'il est pur, l'oeuf nagera; sinon, il dévalera au
fonds. Et c'est la raison pourquoi l'eau de la Mer
porte de grands vaisseaux, ce que celle de Rivière
ne peut faire. Ceux qui font le sel éprouvent aussi
cela, mettant un oeuf dans leur eau pour connaître
sa force ou faiblesse de sel.
C H A P I T R E
III.
Manière de séparer les dits excréments.

EST par l'Art
Anatomique du feu
que l'on sépare les excréments du
VIN pour en avoir la pure liqueur
aethérée & simple, dont j'ai (ce me
semble) montré la pratique au premier
Chapitre de ce second Livre: Mais afin que
vous n'ayez la peine de la rechercher par le menu
sans mon discours, je la déduirai de suite en peu
de paroles, & avec telle facilité, que le peu de travail
vous donnera désir d'en faire l'épreuve. Pour
donc éviter l'ennui de tirer L'EAU-DE-VIE du
VIN même.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 59
Prenez quatre ou cinq pots de la Commune plus
ou moins selon que bon vous semblera, & selon la
quantité que vous en voudrez faire, n'ayant égard
si elle est de VIN, Cidre, ou autre breuvage: Car
comme j'ai ci-devant enseigné, c'est une même
chose. Puis la mettez à distiller au bain à feu tel,
qu'elle donne loisir en distillant de compter jusques
au nombre de
cinq ou
six entre deux gouttes:
continuez ce régime de feu jusques à ce que vous
en ayez tiré les deux parts, ou bien qu'en goûtant
de ce qui sort, vous n'y trouviez plus aucune saveur
d'EAU-DE-VIE, & vous souvenez à la fin de la distillation
de laisser refroidir votre distillatoire de
lui-même.
Cela fait, ôtez le phlegme demeuré dedans, &
après avoir bien lavé & séché le vaisseau bas &
haut, afin qu'il ne ressente aucune odeur du phlegme,
reversez dedans ce qui aura distillé, & lutez
très-bien les jointures, tant du dit vaisseau que du
récipient, afin que rien ne se perde par respiration,
le lut sera suffisant de linge emplâtré de farine &
d'eau détrempés en manière de bouillie sans cuire
car la pâte arrête fort bien les esprits. Quand tout
sera bien joint, & le vaisseau placé dans le bain, r'allumez
le feu dans le fourneau, le réglant par diminution
de quelque peu de chaleur de la première
distillation: parce que l'esprit à chacune devenant
@
60 T R A I T E'
plus subtil, monte aussi plus légèrement & à moindre
feu.
Ayant fait cela distillez ce que vous pourrez jusques
au signe devant dit de la fadeur du phlegme
sortant. Que si vous voyez par le goût que ce
phlegme rapporte encore de L'EAU-DE-VIE,
continuez la distillation, tant que du tout, ou à peu
près il perde ce goût, & lors vous ouvrirez le vaisseau
refroidi pour le vider & laver comme dit est.
Recommencez les distillations de votre Eau tant
de fois qu'enfin vous l'ayez eu tout sans phlegme,
ce qui adviendra dans la
septième.
Cela fait, vous ferez épreuve de la perfection de
cette EAU en telle sorte.
Versez-en un peu dans une cuillère d'argent, &
y mettez le feu avec du papier, ou en l'approchant
d'une chandelle allumée, si le feu y prend
soudainement, & qu'elle brûle toute sans laisser
après son amortissement aucun phlegme dans la
cuillère rendant une flamme claire & large, non
point bleue ni montante en forme de pyramide,
elle est bien accomplie & parfaite. Vous en pourrez
faire une autre épreuve, y surversant une goutte
d'huile que vous verrez descendre au fonds contre
le naturel de l'Eau commune & phlegmatique.
Voila une sûre & assez bonne pratique pour tirer
l'esprit du VIN en sa pure simplicité.
Mais
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D E
L'E A U - D E - V I E. 61
Mais si vous en désirez une plus ingénieuse &
prompte, je la vous dirai. Faites que le bec de l'Alambic
entre dans un canal passant au travers d'un
réfrigératoire plein d'eau, & lutez très-bien les
jointures de l'un & de l'autre. Par cet artifice vous
la tirerez très-parfaite dés la troisième ou quatrième
distillation. Mais en cette opération il faut que
tant le vaisseau distillatoire que le canal soient de
verre ou de très-ferme terre, parce que s'ils étaient
de cuivre ou plomb, L'EAU prenant leur qualité en
deviendrait beaucoup pire & mal propre à la santé.
Quelques-uns ont voulu pour abréger le temps
user d'éponges huilées pour mettre sur l'embouchure
du vase distillatoire qu'ils appellent Courge,
afin que le seul esprit passe au travers, & que le
phlegme fuyant l'huile demeure derrière, ce que je
trouve être véritable; mais il en advient un mal
qu'on ne peut éviter, c'est que cet esprit en prend
le goût d'huile très-fâcheux, qu'il ne peut presque
jamais abandonner. Les autres ont autrement
pratiqué, mettant à ladite embouchure du Papier
en plusieurs doubles, espérant que le seul esprit y
passerait: mais j'ai vu par expérience qu'il est suivi
du phlegme presqu'autant qu'à la manière
commune. Les meilleurs donc, & plus assurés
moyens sont ceux que j'ai dit auxquels il n'y a aucune
perte, dommage, ni faute.
Q
@
62 T R A I T E'
Toutes ces distillations accomplies vous mettrez
votre EAU à circuler dans un pélican, qui est le
circulatoire dont je baillerai la forme ci-après, la
bouche duquel étant bien fermée avec plusieurs
couvertures de lut, vous le mettrez dans le bain, ou
si vous voulez dans un vaisseau plein de cendres
criblées, puis le poserez sur le feu lent que vous
continuerez fort long-temps en son égalité, jusques
à ce que débouchant le pélican vous sentiez
une odeur non pareille en douceur, & comme céleste.
Car tant plus la circulation sera longue, plus
votre liqueur se parfera devenant de nature sur-
élémentaire, à raison de quoi elle acquiert & mérite
lors le nom de QUINTSENCE. Par ces circulations
elle prend une température telle qu'on ne
la peut accuser d'excès de chaleur ni froidure, lequel
excès elle chasse des corps où elle entre.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 63
C H A P I T R E
IV.
Des fourneaux propres à distiller.

R pour ce qu'il est nécessaire d'avoir
des fourneaux propres aux opérations
distillatoires, je veux exprimer
ici la figure d'un très-commode, &
duquel j'use ordinairement, afin
qu'à faute d'en avoir bien bâti, on ne travaille
quelquefois en vain, avec perte de la peine & superflue
dépense: En voilà la forme,
@
64 T R A I T E'
| AA, parois du four- | FF, Cave sous le gril ou |
| neau. | tombent les cendres.
|
| B, ouverture sur la | G, Huis par où l'on vi- |
| quelle on place les | de les dites cendres, &
|
| Alambics. | donne vent au feu
|
| CC, creux ou dedans | pour le gouverner.
|
| du fourneau. | H, Porte pour fermer le- |
| D, gril de fer sur le- | dit huis avec un ou
|
| quel on allume le feu. | deux trous pour don- |
| E, trou par lequel on | ner ou ôter le vent au
|
| met le charbon. | feu.
|
En l'ouvrage de ce fourneau, il faut observer plusieurs
choses. Premièrement, qu'il soit égal de tous
côtés, sans pencher de par ni d'autre, mais planté
le plus droitement qu'il sera possible; parce que
s'il penche principalement sur le dedans, il chauffera
plus du côté contraire, & sera le vaisseau distillatoire
pour cette occasion en danger de rompre. Secondement,
il faut que le dedans du ventre en soit
en ovale, comme vous voyez en cette figure, afin
que la chaleur se joue également par tout, & n'aille
pas droitement toucher le fonds du vaisseau qui se
froisserait par la trop grande union & proximité du
feu. Tiercement, que le Gril en soit fort petit pour
éviter le trop d'ardeur & dépense. Car s'il est grand
&
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 65
& large, il consumera beaucoup de charbon en peu
de temps, & fera plus de feu qu'il ne faut. En quatrième
lieu, que les verges de ce gril soient proches
l'une de l'autre, de peur que le charbon ne
passe au travers. Cinquièmement, que ces verges
soient rondes, afin que les cendres tombent plus
aisément, & ne demeurent arrêtées sur icelui.
Sixièmement, que la cave où ces cendres descendent
soit assez spacieuse pour recevoir l'air suffisant
au feu.
Septièmement, que l'huis par où l'on tire les
cendres ait une porte qui ferme juste, afin que l'air
n'y entre que par les trous à ce destinés. Huitièmement,
qu'aux dits trous il y ait des bouchons de
terre bourrée, bien justes & appropriés pour les
ôter ou mettre selon le plus ou moins d'air qu'il
faudra donner au feu. Neuvièmement, que le trou
par où l'on met le charbon aie aussi une porte de
terre ou brique qui ferme bien pour contenir la
chaleur enclose, & de peur que son ouverture lui
donnant trop d'air, ne cause trop d'inflammation.
Dixièmement que le fourneau soit de brique ou
bonne argile battue & mêlée avec foin ou
bourre, de peur que se fendant il ne reçoive l'air
par ses crevasses, & lâche la bride au feu.
Dans ce fourneau seul vous pourrez faire toutes
distillations, sublimations, calcinations, circulations,
R
@
66 T R A I T E'
& autres opérations qu'il vous plaira, sans qu'il
vous soit besoin d'aucun autre. Je vous montrerai
néanmoins le moyen d'en faire un avec une telle
industrie, que par un seul feu vous puissiez faire
plusieurs distillations en même temps dont la
structure sera un peu plus pénible que du précédent.
C H A P I T R E
V.
Du Fourneau d'Epargne.

L y a plusieurs autres inventions
de fourneaux & vaisseaux, outre
celui que j'ai dit que chacun pratique
à la volonté, & selon son industrie
mais celui que j'ai figuré
suffira pour faire parfaitement
l'ouvrage dont nous parlons; car de quoi sert de
rechercher tant de choses fantastiques & difficiles
pour une chose si aisée. Je n'oublierai toutefois de
mettre ici la forme de mon Fourneau d'Epargne,
dont l'utilité est telle en cet Art & plusieurs autres
commodités, qu'on n'en saurait inventer qui le
puisse être d'avantage.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 67
F O U R N E A U
D'E P A R G N E.
| A, chauffe ou Tour du | de cendres tamisées
|
| Fourneau, par où | pour mettre des di-
|
| on met le charbon. | stillatoires.
|
| B, couvercle d'icelle. | DDD, trous pour met- |
| CC, chambres pleines | tre des distillatoires
|
@
68 T R A I T E'
| à sec ou au bain. | gler la chaleur sous
|
| EEE, voûtes sous les- | les voûtes.
|
| quelles on calcine, | HH, trous sur lesquels |
| ou on met à cuire ce | à forte chaleur on
|
| que l'on veut. | met des vaisseaux à
|
| F, huis pour vider les | bouillir ou autrement.
|
| cendres. | II, solier. |
| G, registres qu'on lè- | KK, caves pour mettre |
| ve ou abaisse pour ré- | à sécher ce qu'on veut. |
Bâtissez ce fourneau sous une cheminée en cette
manière que vous voyez dépeinte par le dehors.
Mais le dedans que le dessein ne peut représenter,
vous le ferez ainsi. Il faut en premier lieu, faire vos
murailles jusques à la bordure, I, laissant les ouvertures
par le devant, F, & K, laquelle bordure doit
être faite de larges tuiles portées sur des barres de
fer, & les bien joindre avec argile bourrée. Il sera
bon que les tuiles soient doubles, maçonnées ensemble
pour avoir plus de force & garder mieux la
chaleur. Au milieu de cette bordure vous laisserez
un trou sur lequel vous poserez un Gril de verges
de fer comme vous avez vu au fourneau précédent.
Et sur ce Gril bâtirez de brique la chauffe ou
tour, laquelle par le dedans montera toujours en
rétrécissant, il suffira qu'au bas elle soit large d'un
bon demi pied en rond, & au haut d'un peu moins.
Cette
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 69
Cette tour aux deux côtés, & au devant aura des
portes grillées de verges de fer, qui répondront
sous les voûtes, E, par lesquelles portes la chaleur
entrera pour échauffer les Alambics; & au devant
de chacune il y aura un registre ou plaque de fer
qui s'élèvera ou abaissera pour gouverner ladite
chaleur. Au derrière vous laisserez deux petits conduits
de la grosseur de plus d'un bon pouce, qui porteront
le feu aux trous de derrière. H, Or vous couvrirez
les voûtes de tuiles simples au dessous seulement
des chambres à cendres, C: car il n'en sera besoin
à l'endroit des Alambics, lesquels étant placés
dessus leurs trous, les fermeront si bien, que
dessous vous pourrez cuire ce que vous voudrez
comme pâtés, pain, & toute chair à rôtir qui seront
si bien assaisonnés & cuits qu'il n'y aura aucune
comparaison à toute autre cuisine; les caves de dessous
vous serviront à faire sécher des fruits, dragées,
toutes sortes de confitures & autres choses,
non autrement, voire mieux qu'à un Soleil d'Esté.
L'utilité de ce fourneau consiste,
Premièrement au peu de dépense. Car par un
seul & petit feu vous ferez distiller plusieurs Alambics,
& toutes autres opérations en un même
temps: voire une très-bonne cuisine à bonne quantité
de viandes, & bouillir une marmite au haut de
la chauffe.
@
70 T R A I T E'
Secondement, elle consiste au peu de soin qu'il
y faut; car remplissant la chausse de charbon au
matin, cela durera tout le jour & plus, selon qu'elle
sera haute. Et ne faut oublier de la faire unie par dedans,
afin que le charbon coule.
Tiercement, en ce que vous y réglerez le feu à
votre besoin & plaisir, sans aucun doute ni faute,
& par diverses opérations. Cette invention est si
gentille & commode pour tous oeuvres Chimiques
& domestiques, qu'il n'est possible d'en inventer
une plus belle & plus agréable: Et servira
même d'un très-bon poêle à la chambre du Philosophe,
voire d'une cuisine cachée, comme j'ai dit,
où les viandes seront si bien cuites, qu'elles auront
un goût incomparable en délices & bonté.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 71
C H A P I T R E
VI.
Des vaisseaux distillatoires.

I vous distillez dans le verre, & au
bain dont voici la forme, il faut
que votre vaisseau soit bien assuré
dans ledit bain avec du foin au
dessous & côtés, de peur que venant
à se vider, il ne nage & tombe,
& faut avoir soin de remplir le bain alors que
l'eau en sera évaporée & diminuée, & ce d'eau
chaude non froide, car le
verre sentant la froideur
se romprait détruisant
votre ouvrage. C'est
pourquoi il sera bon de
faire une ou deux gueules
au haut du fourneau
d'écrit au Chapitre IV.
ci-dessus, & ce à côté de
la grande ouverture pour
mettre un pot à chauffer de l'eau que vous ayez
toujours prête à verser au bain quand besoin en
@
72 T R A I T E'
sera. Le meilleur en ceci est de faire faire un vaisseau
de terre qui endure le feu, en la forme de celui
que vous voyez ci-dessous dans le fourneau.
Pour le placer sur le gril, & revêtir de terre si bien
qu'il ne rompe, l'une des gueules duquel vous servira
à chauffer l'eau, l'autre à mettre le charbon
dans le fourneau, chose qui vous sera très-commode
pour voir le degré, & mesure du feu.
Si vous voulez distiller au bain en vaisseaux de
terre, qui est bien le plus sûr, mais non pas le plus
plaisant, en voici la figure, en laquelle vous verrez
que le vaisseau porte son bain très-commode, où
l'Eau se garde fort long-temps sans s'évaporer.
A, le
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 73
A, le chapiteau.
B, le vaisseau où est ce
qui distille, étant
dans le bain.
C, la jointure des dits
vaisseaux.
DDD, le vaisseau dou-
ble dans lequel est
l'eau du bain.
E, le trou par lequel
on met ladite eau.
Si vous voulez distiller sans bain, & aux cendres,
Prenez un autre vaisseau de terre, ou un chaudron
de fer, qui est le plus sûr, lequel vous remplirez de
cendres tamisées, & la dedans vous enfouirez un
distillatoire qui ne portera point de bain, soit de
verre ou de terre: tellement qu'il n'y ait que deux
doigts de cendres entre le fonds du chaudron, &
celui du distillatoire; puis appliquez sur le fourneau
à feu convenable; Or en tout distillatoire, il
faut avoir soin d'une chose très-nécessaire, & dont
peu de gens s'aperçoivent, à raison de quoi, il se
commet de grandes fautes, c'est que le col du distillatoire
qui entre dans le chapiteau surmonte de
quelque peu celui du dit chapiteau, parce que cela
T
@
74 T R A I T E'
porte la vapeur droit au haut, & garde qu'elle ne
s'épande aux côtés & sorte par les jointures où elle
pourrait faire & trouver issue à cause de sa subtilité,
dont il arriverait grande perte à faute d'y prendre
garde, en voici la figure,
Il faut encore observer en ces vaisseaux que le
bec du chapiteau par où l'Eau distillé, soit assez ouvert
& libre, autrement il en advient un inconvénient
fort fâcheux, qui est que la goutte s'étrangle
au dedans, & se re-suce en arrière, sans pouvoir sortir
dehors pour couler dans le matras & récipient.
Que si cela est, il faut rompre un peu du dit bec jusques
à ce que l'ouverture soit assez ample.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 75
C H A P I T R E
VII.
Du lut des vaisseaux.

Avantage, il faut être soigneux de
très-bien luter les jointures, afin
que rien ne respire ni se perde. Car
les esprits qui sont fort pénétrants &
subtils, s'évanouiraient en peu de
temps par le moindre évent du monde: Or pour
éviter ce mal, il faut revêtir le col du distillatoire
avec du linge collé d'empois, faisant un petit bourrelet
de même au dessous à l'endroit où le chapiteau
descend, & ce quant aux vaisseaux de verre;
ceux de terre n'ont besoin de ce bourrelet, à cause
de leur arrêt, & suffit d'en revêtir le col comme dit
est.
De cet artifice il vient double bien: Le premier
est, que les jointures en sont parfaitement justes, &
faut peu de linge luté par dessus pour les bien étancher.
Le second, c'est que les vaisseaux se joignent
& approprient mieux l'un dans l'autre, n'étant pas
en danger de rompre alors qu'on les remue, il faut
faire le semblable au bec de l'Alambic, & le revêtir
@
76 T R A I T E'
de linge, afin que le matras de verre y touchant
le joigne mieux, & ne se froisse pas par contre
touchement. Si vous désirez avoir le plaisir de voir le
cours de votre distillation, il faudra prendre garde
qu'en appliquant & joignant votre matras au bec
de l'Alambic ou chapiteau, le dit bec ne touche pas
par dedans le col du matras, parce que vous ne
pourriez pas voir tomber la goutte ni juger de la
hâtiveté ou tardiveté de la distillation, qui est chose
très-nécessaire.
Notez aussi qu'il ne suffit pas de faire ces revêtements
de linge, mais il faut encore luter par dessus
à la jointure pour éviter tout dommage: pour
les revêtements il faut user de colle d'empois bien
forte & cuite; & pour le lut des jointures, la farine
détrempée en eau suffira parce que quand il sera
besoin de lever le chapiteau ou matras, il ne faut
que mouiller d'un peu d'eau le linge du lut fait de
farine, pour le lever aisément sans ténacité, ce que
vous ne pourriez faire si ce lut était de fort empois
ou autre colle.
CHAPITRE
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 77
C H A P I T R E
VIII.
Avertissement pour les vaisseaux de verre.

L reste encore une autre observation
pour les vaisseaux de verre, c'est que
tout distillatoire doit avoir le fonds
rond & sans assiette, car s'il en a tant
soit peu, il ne manquera jamais à se
rompre, alors que sur la fin de la distillation il demeurera
à sec, si le feu n'est conduit si lent que sa
chaleur n'ait puissance de ce faire. Pour donc éviter
ce danger, il est nécessaire que le fond en soit
rond, afin que l'humeur restant toujours au plus
bas en empêche la froissure.
D'où même advient une grande commodité
c'est qu'alors que l'on tire des essences par l'esprit
du VIN elles deviennent assemblées au fonds ainsi
rond, ce qui ne se ferait pas s'il était autrement.
Et pour ne donner occasion d'aucune faute, manque
d'avertissement, on aura toujours soin de ne
lever le vaisseau hors du bain ni des cendres qu'il
ne soit tout refroidi: car si vous le levez & posez en
lieu froid, il ne manquera jamais à se froisser par le
V
@
78 T R A I T E'
fonds, dont à chaque fois il en adviendrait perte.
C H A P I T R E
IX.
Comment il faut tirer l'Eau-de-Vie.

Près avoir suffisamment traité de
l'Anatomie du VIN; de ses excréments;
du moyen de les séparer; des
fourneaux & des vaisseaux propres
à distiller; mêmes du lut des dits
vaisseaux,il est temps de vérifier par
épreuve très-exacte les choses devant dites au I.
Livre de la théorie & contemplation de la nature
de l'EAU-DE-VIE, afin que la raison en cette doctrine
marche toujours accompagnée de l'expérience:
je veux donc en décrire ici la parfaite pratique,
voire plus soigneusement qu'aucun de mes devanciers,
au contentement d'un chacun de ceux
qui liront ce Livre.
Or il faut en premier lieu dire encore des moyens
de bien faire cette Eau simple avec toutes les
raisons de son artifice: puis après déduire l'extraction
des teintures par icelle: en après, pour retirer
l'âme de dites teintures: Et finalement conduire
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 79
le tout à telle perfection, que la liqueur étant
accomplie, surmonte en vertus & puissances tous
les remèdes & compositions de la médecine commune;
voire soit telle, qu'elle puisse chasser tout venin,
& conserver le corps en VIE, montrant par
effet la vérité du nom qu'elle porte.
Choisir du meilleur vin pour en croire tirer de
meilleure Eau-de-Vie, c'est un abus & dépense inutile:
car comme j'ai enseigné au Livre précédent,
elle est toute une, soit au vin, cidre, bière, ou soit en
leurs lies, desquelles coutumièrement on la tire,
& ni reste que l'artifice de la bien séparer de ses
phlegmes & ordures. Il ne m'est point ici besoin
de montrer le moyen vulgaire de la tirer, parce que
même les femmes & artisans le savent. Bien est
vrai que leur manière de faire est si grossière que
cela mérite avertissement & réprimande, car la faute
qu'ils commettent vient partie de l'Avarice, partie
de l'Ignorance. Le premier pour avoir plus
grande quantité d'EAU; qu'ils vendent encore pleine
de phlegme & de fort mal gracieux goût: Le
second pour ne savoir pas l'industrie de bien procéder
en la première extraction.
Cette faute se doit reformer par deux moyens;
l'un par la modération du feu qu'ils font trop violent,
forçant le phlegme de monter tout avec
l'esprit de vie; l'autre par le rafraîchissement de
@
80 T R A I T E'
l'eau où passe le canal qui porte L'EAU-DE-VIE dans
le récipient. Quiconque donc veut bien procéder
& faire plus en une distillation qu'il ne ferait en
quatre, il doit régler le feu modéré, gardant que le
vaisseau ne chauffe trop excessivement. Et si l'on
ne veut rien perdre, mais se diligenter d'avantage,
il faut si bien luter & boucher avec des linges
enduits d'eau & de farine démêlés, toutes les jointures
tant du canal que du vaisseau distillatoire,
qu'il n'y ait aucun évent; autrement, rien ne s'élèvera
ni sortira, l'esprit s'échappant par le moindre
conduit mal luté: d'autre part, il faut souvent rafraîchir
l'eau où passe le canal, laquelle tôt échauffée
attire par sa chaleur le phlegme avec l'esprit.
Le moyen de la rafraîchir sans avoir la peine de la
vider & renouveler, c'est d'avoir un autre caveau
plein d'eau froide, laquelle tombe peu à peu dans
celui où passe le canal & qu'à mesure qu'elle tombe,
il en ressorte autant par celui d'en bas, pour éviter
le trop grand remplissement. Il faut donc accommoder
les vaisseaux tellement que tout se fasse
comme je dis, & que la figure suivante démontre.
Mais
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 81
Mais cela se fera beaucoup mieux, & plus aisément
par le vaisseau où l'on tire les essences, & en
sortira de beaucoup meilleure EAU-DE-VIE en mettant
au dessus de son réfrigératoire le vaisseau que
je dis, d'où l'eau froide distillera dedans pour lui
maintenir sa fraîcheur, en voici la forme.
X
@
82 T R A I T E'
C H A P I T R E
X.
Raisons de l'extraction de l'Eau de Vie.

R cette pratique encore qu'elle soit commune
& de légère considération, si est elle
de grande subtilité, & la raison n'en est pas sans difficulté
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 83
car il faut rechercher d'une part pourquoi il
est besoin de rafraîchissement d'eau; d'autre part
pourquoi le canal sortant du vaisseau qui contient
la matière qu'on distille doit être petit, non large
ni spacieux, autrement il ne distillerait que du
phlegme fade, qui n'aurait aucun goût d'EAU-DE-
VIE.
La raison du réfrigératoire est, afin que l'esprit
passe, & non le Phlegme: car tels esprits glissent aisément
par la fraîcheur, ce que ne fait pas ledit
phlegme. Cela se vérifie en ôtant le réfrigératoire,
d'autant qu'il ne passera que du phlegme sans goût
par le canal, & n'aura-on pas une seule goutte qui
représente l'esprit du VIN. Ce qui advient à cause
que le phlegme échauffé ne perd pas sa lenteur &
viscosité, laquelle ne peut traverser si tôt par la
fraîcheur, comme l'esprit qui est beaucoup plus
subtil & pénétrant. Le naturel de la fraîcheur, c'est
de resserrer, épaissir & mener L'EAU en état de
congélation: le phlegme donc qui n'est que pure
eau (comme j'ai dit) en parlant de l'
Anatomie du
VIN, quand il vient à rencontrer la froideur du canal
étroit, il s'épaissit & engrossit tellement, que
fuyant ce froid il demeure au passage.
En quoi l'on peut remarquer l'esprit n'avoir en
soi rien de nature aqueuse, & pour cette raison n'être
aucunement sujet à congélation: Car L'EAU-DE-
@
84 T R A I T E'
VIE bien rectifié ne gèle jamais à cause de sa spiritualité
pleine de chaleur aethérée. Voila pourquoi
l'on a inventé le réfrigératoire en son extraction
mais la raison pour laquelle le canal doit être fort
petit eu égard à la grandeur du vaisseau distillatoire,
est presque semblable à la précédente, qui est
afin que l'esprit passe & non le phlegme: car l'esprit
qui est de nature subtile échappe beaucoup plutôt
par un petit conduit, que ledit phlegme dont il se
fait séparation à la rencontre de la froideur de
l'Eau, non toutefois telle qu'il n'en passe quelque
partie avec l'esprit; mais plus apte à séparer par
autre distillation qu'auparavant, pour ce que l'esprit
déjà rendu plus subtil à la première distillation, l'est
encore d'avantage à la seconde, & par ce moyen
devient plus libre à se tirer hors du phlegme, rencontrant
le rafraîchissement au travers duquel il
échappe, laissant ledit phlegme derrière. Telle
donc est la manière de tirer la première EAU-DE-VIE
beaucoup meilleure que la vulgaire qui est pleine
d'impuretés & de mauvais goût.
CHAPITRE
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 85
C H A P I T R E
XI.
Pourquoi les Philosophes appellent leur Eau- de-Vie CIEL.

A parfaite rectification de
L'EAU-DE-VIE achevée, il faut
entreprendre de montrer à
quelles utilités elle doit servir
pour la conservation de la VIE,
& les vertus qui sont en elle.
J'ai ci-devant dit que c'est une
substance ou essence générale infuse & cachée,
spécialement aux plantes par l'industrie de nature,
laquelle substance doit être élevée & subtilisée par
la séparation du mélange des choses élémentaires;
tellement qu'elle acquière une nature aethérée &
comme CELESTE, si haute & parfaite qu'elle surmonte
en sublime dignité toutes autres choses inférieures.
A raison de quoi les anciens pour sa grande simplicité
l'ont comparée au CIEL, lui donnant même
le nom de CIEL: parce que comme le Ciel est
orné de toutes sortes d'Etoiles & d'Astres, recevant
Y
@
86 T R A I T E'
unanimement toutes leurs vertus & natures sans
aucun discernement de chaleur, de froideur, d'humidité
ni sécheresse, car il est de toutes ces
qualités, ainsi que l'on expérimente par leurs diverses
influences, d'où proviennent la variété des
temps, le règlement du flux & reflux de la Mer; la
diverse faculté des plantes; les complexions des
hommes; & pour le dire en un mot, tous ces changements,
impressions & influences que ces Corps
Célestes font aux choses basses: Aussi cette essence
d'EAU-DE-VIE peut recevoir en soi tous les Astres
c'est à dire, les vertus, âmes, & qualités de chacune
chose.
Véritablement c'est une très-grande merveille
qu'en ce bas monde il se puisse trouver une ESSEN-
CE ou liqueur, qui par une
Magie admirable tire les
esprits de leurs corps, & en orne sa large étendue
comme le CIEL se pare d'Etoiles: ce n'est donc sans
cause que les Sages l'ont nommée leur CIEL, parce
qu'elle peut étendre & comprendre en sa Sphère
toutes sortes d'Astres avec leurs actions, vertus, &
propriétés. J'appelle
Astres les facultés, & puissances
imprimées aux corps des animaux, plantes,
pierres, métaux, & toutes autres espèces corporelles
de la région inférieure, & sublunaire: Car ces
vertus, natures, facultés & complexions ont leurs
cours & révolutions pareilles aux Astres célestes,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 87
au mouvement desquels chacune se règle & marche
par un sentier & ordre qui ne se détourne jamais.
J'éclaircirais ceci d'avantage si l'une de mes
Muses ne s'en était suffisamment acquittée au
contentement de ceux qui lui voudront quelquefois
faire l'honneur de l'ouïr parler.
C H A P I T R E
XII.
De l'incorruptibilité & conservation de l'Eau-de-Vie.

Vant que de traiter de l'ornement
de ce Ciel Philosophic ou ESSEN-
CE CELESTE par l'extraction des
teintures, je veux dire quelque
chose de sa nature incorruptible
& céleste, pour satisfaire au doute
que plusieurs pourraient avoir de sa perfection excellente.
Tout ainsi donc que le Ciel au respect des éléments
est incorruptible & immuable, ne recevant
en soi aucune impressions ni changements étranges
aussi est cette liqueur aethérée, spécialement
eu égard aux qualités du corps humain, car si par
@
88 T R A I T E'
distillations & circulations, elle est élevée à nature
CELESTE, elle devient maîtresse, & règne sur toutes
ces qualités par un tempérament acquis, & tel que
comme un Roi n'est point sujet aux Lois de son
Royaume, mais les change ainsi que bon lui semble
& que le besoin le requiert, réglant & modérant
tout par égale justice: aussi n'est-elle sujette aux
complexions des qualités élémentaires, l'excès &
mauvais ordre desquelles, elle châtie & change en
mieux pour la conservation & bon règlement de la
république du corps humain.
Par quoi comme le pouvoir des Monarchies est
fort durable à cause d'une seigneurie & commandement
que Dieu donne aux Rois sur les peuples,
qui ne leur pouvant nuire, ne peuvent aussi les
changer ni détruire: de même cette parfaite essence
d'EAU VITALE est de telle vigueur & puissance,
qu'elle ne peut être gâtée ni corrompue par ces
qualités des éléments corruptibles qu'elle force à obéir
à son tempérament, & à se régler dessous ses lois.
Pour cette cause elle est comme perpétuelle, sans
pouvoir être changée par altération aucune. Et
comme, selon le Prophète Samuël, Dieu met en la
face des Rois la majesté qui les rend autres que le
commun des hommes; aussi il imprime en l'essence
ou liqueur aethérée, dont nous parlons, une toute
autre & sur-excellente nature qu'aux inférieures
élémentaires.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 89
élémentaires. Car elle n'est point chaude ni sèche
comme le
Feu; ni humide & froide comme l'
Eau;
ni chaude & humide comme l'
Air; ni froide & sèche
comme la
Terre: Mais elle est comme le CIEL qui
quand il en est besoin influe la pluie, tantôt froide,
tantôt chaude, & tantôt fait la sécheresse & la chaleur,
chacune en son temps & saison, à cause de se propre
nature, & du mouvement avec les Planètes & Signes,
moyennant lesquels il meut diversement les
Eléments, les corps, les complexions, les régions, &
autres choses sous le Cercle de la Lune.
Or que cette essence aethérée ne soit point humide
comme l'Eau, il parait par la contrariété de
leur nature. Car elle est inflammable, l'
Eau ne l'est
point; elle nage sur l'huile,
l'Eau ne le fait point;
elle ne gèle jamais,
l'Eau se resserre au froid; le sel
ne se peut dissoudre en elle à cause de sa substance
oléagineuse,
l'Eau le dissout aisément pour son humidité:
bref elles ne se peuvent mener ni compatir
ensemble, parce que toute chose résiste à son
contraire. D'autre part, elle n'est point chaude &
humide comme on estime
l'Air, parce qu'elle ne se
corrompt point comme lui, qui engendre par la
putréfaction des mouches, araignées, crapauds, & autres
telles choses; mais elle n'engendre d'elle aucune
vermine par pourriture: qu'elle ne soit point
froide ni sèche comme
la Terre, il apparaît en sa
Z
@
90 T R A I T E'
subtile action par laquelle sans feu elle échauffe:
qu'aussi elle ne soit chaude ni sèche comme le
Feu, on le voit à l'oeil par sa fluidité qui ne convient
aux choses sèches. Davantage, la puissance du
Feu
si elle n'est actualisée ne la brûle point, c'est à dire
il ne la peut sans touchement actuel, enflammer
par sa seule puissance: & bien qu'elle soit de nature
inflammable, si est ce qu'elle ne brûle point ce
qu'elle touche, ainsi que l'on voit au linge trempé
en elle, puis allumé: car la flamme cessée, il demeure
entier, commençant enfin à s'enflammer par
l'extrémité d'en bas à la fin de son brûlement.
Elle est donc plus haute que les qualités élémentaires,
& par conséquent aethérée & CELESTE:
Que s'il est ainsi, comment se pourra-elle corrompre?
car la corruption ne vient que par ces qualités.
Mettez-la dans un vaisseau de verre bien clos
& bouché, elle y durera sans s'altérer une infinité
de temps; voire se garderait bien à perpétuité, ne
sentant jamais aucun accident de vieillesse, mais
toujours acquérant (plus elle est gardée) une plus
grande perfection, douceur & vertu. En quoi on
pourrait conjecturer que par cet accroissement de
perfection elle surmonterait (s'il le faut ainsi dire)
la nature du CIEL même, qui demeure toujours
en son état, sans recevoir aucun accroissement de
vertu par sa longue durée.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 91
L I V R E
T R O I S I E M E
C H A P I T R E
P R E M I E R.
Comment il faut tirer les T E l N T U R E S par l'esprit du V I N, & séparer leur A M E.

R je pense n'avoir rien oublié de ce
qui concerne l'art de bien & proprement
distiller, ayant montre de
point en point le moyen de bien tirer
& rectifier L'EAU-DE-VIE, reste
maintenant à déclarer encore deux choses: l'une
est
l'extraction des TEINTURES, & leur pratique:
l'autre, l'art de la
circulation de l'EAU rectifiée pour
la convertir en QUINTESSENCE. Les Anciens ont à
cette EAU donné le nom de CIEL, tant à cause de son
excellente
subtilité, ainsi que j'ai dit ci-dessus; que
comme le CIEL reçoit en soi toutes étoiles: aussi
@
92 T R A I T E'
cette EAU reçoit en soi toutes les teintures, vertus,
qualités & toutes autres choses.
Prenez donc les drogues dont vous voudrez tirer
l'AME, & broyez ou concassez celles qui en auront
besoin, puis les mettez à tremper en cette EAU,
dans un vaisseau de verre bien bouché, par tant de
temps que vous en voyez l'EAU parfaitement teinte,
ce qui adviendra dans peu de jours. Ce fait, retirez
votre EAU par douce inclination, & la gardez
en autre vaisseau bien clos, puis reversez d'autre
EAU rectifiée sur les dites drogues faisant après comme
dessus, & ce par tant de fois que cette EAU ne tire
plus aucune TEINTURE, & lors les dites drogues
resteront comme mortes & sans âme.
Enfin après avoir mis toutes vos EAU X teintes ensemble,
& pressé le marc des drogues pour en tirer
le reste, versez-les dans le distillatoire, & faites distiller
à feu lent sur les cendres, afin que les esprits
des
teintures puissent monter plus aisément, ce
qu'ils ne feraient dans le bain, dont la chaleur ne
serait pas assez puissante pour les faire élever.
Quand donc vous aurez retiré bonne quantité
de votre EAU, & que vous verrez sortir par le bec
de l'Alambic des gouttes comme de
lait, changez le
matras pour recevoir ce qui doit couler après: car
ce qui est déjà distillé c'est la pure EAU DE VIE, & ce
qui suit est L'ESSENCE, L'AME, ou FORME des
teintures,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 93
teintures, excorporées des dites drogues: Que si vous
voulez mêler tout ensemble, cela ne sera point
mauvais & toute
l'Eau retiendra les vertus de ces
teintures dont la lie sera demeurée au fonds du vaisseau
comme une chose morte, noire & sans grande
force ni propriété.
Mais si vous séparez la première EAU comme
j'ai dit, ce sera une liqueur toute particulière pour
les dites drogues, dont elle représentera les goûts
tout ensemble. S'il vous vient à gré de ne tirer
l'Esprit ou teinture que d'une chose seule, comme
de
Cannelle, Safran, Muscade, Girofle, & autres semblables
vous le pourrez faire en la manière suivante,
& vous aurez une liqueur de chacune si excellente,
qu'elle vous causera très-grande admiration.
C H A P I T R E
II.
De la Merveille en l'Extraction des T E I N T U R E S.

R comme cette EAU CELESTE peut élever
ces astres à soi, c'est à dire excorporer
les Esprits de touts Corps, & les joindre ou placer
A a
@
94 T R A I T E'
au lien: Je suis parvenu au point & lieu de le dire
& montrer par effet, afin qu'ayant premièrement
établi son CIEL par la
rectification subtilisation
& purification de sa substance; Je le pare d'une riche
marqueterie des vertus étoilantes de ces esprits
excorporés, qui le feront reluire en clarté si
belle par leurs teintures, & si promptement élevées
à sa sublimité qu'il n'y a homme d'esprit qui
n'en tombe en très-grande admiration.
Car où est celui, s'il n'est du tout sans jugement
qui n'admire cette *viste attraction des
teintures, &
cette pénétration si vive qu'elle va jusqu'au centre
des Corps en arracher & attirer les vertus spirituelles?
Mais qui est-ce qui ne s'étonnera de voir toutes
ces vertus passées en elle, si bien que les Corps
étant privés de leurs propres AME S, restent du
tout morts & prêts de retourner en terre.
Ou sont les Grecs Philosophes qui aient jamais
imaginé ou vu chose pareille? mais nous en
verrons l'expérience, afin que notre siècle étant
honoré d'invention si belle, nous montrions qu'il
ne doit rien aux devanciers; Car Dieu P E R E de lumière
duquel procède tout don de Grâce nous a
fait ce présent, voire favorisé d'en voir un autre
beaucoup plus grand en ces derniers temps où toute
chose s'approchant du général période sera
sue & connue.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 95
C H A P I T R E
III.
Des Astres du CIEL Philosophie, spécialement
du SOLEIL qui est L'OR.

UISque cette QUINTESSENCE
ou EAU spiritueuse est semblable
au CIEL, Il est bien raisonnable,
d'y placer des Etoiles & Astres
pour l'orner d'influences & vertus
diverses: car comme le premier
Ouvrier du monde, Créa le Ciel, puis le para de feux
Célestes que nous appelons Astres, pour être
signes & conducteurs des temps & des saisons: aussi
après avoir fait le notre, c'est à dire rendu parfaite
notre EAU-DE-VIE, nous le devons enrichir de
ses Planètes, & autres Etoiles pour influer & pour
rayonner sur le Corps humain; afin que tant par
soi que par la vertu des dits ASTRES la conservation
en soit attirée.
Mais de quels ASTRES l'ornerons nous? Le CIEL
en reçoit de toutes sortes, aussi fait cette EAU Céleste.
Mettez comme j'ai dit ci-devant à infuser ou
tremper dedans tout ce que vous connaîtrez être
@
96 T R A I T E'
propre soit à la conservation de santé; soit à la guérison
des maladies, & lors vous verrez sortir les
teintures en manière de FEUX clairs & subtils qui
reluiront en elle comme les ASTRES au CIEL.
Le premier desquels étant le Soleil, il faut que nous
lui donnions aussi la première place en celui-ci.
Ce SOLEIL c'est L'OR qui est le Roi des métaux,
& le plus excellent Corps, voire le plus parfait
qui soit au monde; Car le feu consumant toutes
autres choses ne le peut détruire; la rouille ne
le peut mordre; Il n'y a épreuve ni artifice qui le
ruine: mais tant plus on le tourmente par fontes
ciments & autres supplices; plus il s'embellit & parfait
demeurant invincible, & immortel, reluisant
toujours d'avantage avec des rayons incomparables.
C'est pourquoi les Sages Anciens lui ont donné
le nom de SOLEIL, par ce que (comme le CE-
LESTE est sur touts les Astres) ce TERRESTRE est
sur touts Corps inférieurs. D'autre part c'est le FILS
du SOLEIL duquel il est engendré aux entrailles
de la terre par une spéciale influence de sa vertu:
Mais si cet OR est inviolable & incorruptible au
FEU même, comment pourrons nous le placer en
notre CIEL? plusieurs en ont enseigné la manière
comme Raymond Lulle, Philippe Ulstade & en
ce dernier temps, Theophraste Paracelse, Gérard
Dorn,
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 97
Dorn, & quelques autres savants Philosophes,
chacun toutefois par divers artifices: mais tendant
tous à une même fin qui est d'en tirer la
teinture, & en imprimer la vertu dans L'EAU-
DE-VIE ou esprit de VIN; de tous desquels artifices,
Je dirai les plus probables pour en faire l'expérience.
Le plus difficile en ceci est de réduire l'OR à tel
état que la
teinture en puisse être tirée, chose à
vrai-dire très-difficile, & pratiquée de peu de gens;
Raymond Lulle & Ulstade le font réduire en poudre
très-subtile avec du vif-argent à la manière des
Orfèvres, qui est de le mettre en lamines déliées
ou en fine limaille (qui est le meilleur) ce qu'ayant
fait ils font chauffer le vif-argent en un creuset
jusques à ce qu'il commence à fumer, puis jettent
l'or dedans après l'avoir aussi chauffé, mouvant un
peu pour le faire amalgamer, c'est à dire mener
dissoudre: Après cela continuent le feu, tant que
le vif-argent soit tout évaporé en fumée, & que la
poudre de l'OR demeure sèche au fonds du creuset,
laquelle poudre ils lavent plusieurs fois avec eau
& Sel dissout, & finalement avec eau seule, puis
le mettent dans L'EAU-DE-VIE, ou esprit du
VIN.
Ce Lulle en dit une autre manière plus aisée,
c'est d'éteindre plusieurs fois en cette EAU des lames
B b
@
98 T R A I T E'
d'OR ardentes, ayant opinion qu'elle en prend
non la
teinture, mais la vertu & force, en quoi il
semble y avoir quelque apparence: Car comme le
Fer éteint en l'EAU lui communique sa vertu restringente,
aussi peut faire L'OR à L'EAU-DE-VIE:
Mais il y a grand inconvénient que l'ardeur de l'or
en l'éteignant, ne fasse évaporer cette EAU qui
par réitérations
d'extinction se perdait toute. THEOPHRASTE,
Paracelse, qui par dépit de la guerre que
lui faisait le VULGAIRE des MEDECINS, n'a jamais
voulu clairement écrire aucun de ses secrets, Calcine
l'or avec l'EAU de sel préparé, & mêlé au suc
de racine de *raphane, puis distille avec autant de
suc de bourse-au-pasteur: ce fait il le met en l'esprit
de VIN qu'il tire en cette sorte. Prenez un pot de
très-bon vin clairet ou blanc, mettez à Circuler au
bain bouillant dans un vaisseau propre & bien luté
par l'espace de dix jours (en quelques Livres il y a
quarante.) Puis le versez dans un alambic à distiller
sans feu, car il doit distiller à froid, & ce jusques à
ce que l'Esprit soit tout élevé, & que l'EAU-DE-VIE
commence à le suivre. Il en baille encore une autre
manière qui est telle.
Mettez des fioles pleines de VIN à la très-forte
gelée, & quand le VIN en sera glacé, rompez les,
vous trouverez au coeur du VIN une liqueur d'EAU
qui s'est retirée au Centre, & que le froid n'a pu
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 99
gagner ni congeler, c'est ce qu'il appelle
Esprit de
VIN. Autres le tirent ainsi: mettez une quantité de
VIN dedans un grand matras, puis versez dessus une
portion de parfaite EAU-DE-VIE, & mettez le tout
bien clos dans du fient de Cheval (qu'ils appellent
ventre Chevalin) enfoui jusques au col par l'espace
de quinze jours; Après ce temps ôtez le, & l'inclinant
doucement tirez l'
Esprit nageant dessus
avec un petit filtre ou languette de linge ou drap
délié, & distillez dans un autre vaisseau jusques à ce
que l'EAU-DE-VIE monte, quoi qu'il en soit.
J'estime cette EAU rectifiée à perfection être le pur
& vrai
Esprit de VIN qui tire les
teintures sans autre
artifice, à laquelle ils ont donné ce nom D'
Esprit pour
aucunement cacher leurs secrets: Je reviens à la
Calcination de l'OR lequel (comme dit Geber
Prince des Alchimistes) ne se peut calciner parfaitement
ou bien c'est à grand peine, & ce encore
sans utilité.
Quant à moi, je trouve une si étrange difficulté
à toutes leurs opérations pour rendre cet OR à tel
état que la
teinture en sorte, que le coût (comme
l'on dit) en fait perdre le goût, me rapportant plutôt
à l'opinion du bon Ville-neuve qui estime que
cette EAU-DE-VIE, où les esprits des fleurs des Romarins
& autres drogues sont excorporés, est la
@
100 T R A I T E'
vraie EAU d'OR ayant ainsi été nommée, tantpour la couleur des
teintures que pour son excellence.
C H A P I T R E
IV.
Comme il faut placer les autres Etoiles audit C I E L.

OULEZ-VOUS donc orner ce
CIEL de belles & puissantes Etoiles?
faites lui tirer les TEIN-
TURES de toutes les choses qui
seront propres pour la générale
conservation de la VIE longue,
ou bien pour la spéciale guérison de chacune
maladie.
Quant à la générale conservation, vous prendrez
les confortatifs des parties nobles, comme
du
Cerveau, du Coeur, du Foie, de l'Estomac, du
Poumon, des Reins, de la Rate, ou autres, & ne vous
sera besoin de faire un grand amas des appropriés
à chacun, mais il suffira de choisir celui qui sera le
plus haut en degré de vertu, comme pour le COEUR,
vous prendrez le
safran, le
macis: pour le CERVEAU
le
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 101
le
Musc le
Vitriol préparé: pour les NERFS & le CHEF;
la
Lavande, la
Primerole, la
Sauge, le
Romarin:
pour l'ESTOMAC; la
Menthe, le
Cyperus, le
Girofle,
la
Cannelle: pour le FOIE; l'
Agrimoine, les
Racines
apéritives: pour la RATE; le
Tamarin: pour les REINS;
la
Pierre indaiguë: pour la SEMENCE: les
Figues, le
Satyrion: pour les VENINS;
l'Angélique, pour le POUMON;
la
Réglisse, la terre sigillée.
Car les médicaments plus SIMPLES sont les
meilleurs, & le grand nombre ou amoncellement de
remèdes en un Corps ne fait jamais bon ni louable
effet, & nature s'exerce plus gaillardement à la réception
de peu, qu'à l'importunité de plusieurs
qui lui donnent trop de surcharge & empêchement.
Quant à la spéciale cure des maladies, vous ferez
le semblable; car cette nature a imprimé en
certaines choses la propriété de guérir chacune
la sienne sans avoir le soin de l'aide ni secours
des autres; comme à la
Primerole ou
Lavande;
la Paralysie: à la
soldanelle ou
choux-marin, &
aux
hièbles; l'hydropisie: à la
paone; l'Epilepsie: à
l'hypericon; l'impureté & corruption du sang, les
vers: & les fièvres; au
plantain, (comme dit Fernel,
le spécial remède de toutes: à la
lancelée; les ulcères
corrosifs: au
Bugle & saniole; les plaies: & ainsi des
autres. Que s'il vous plaît placer en notre CIEL
C c
@
102 T R A I T E'
D E-VIE les Astres & vertus des choses Aromatiques,
très-utiles à plusieurs maux: comme de la
Cannelle,
Girofle, Macis, Muscade, Gingembre, &
telles drogues odorantes, il sera très-facile en la
manière ci-devant enseignée.
Le semblable se pourra faire des laxatifs, comme
du
Séné, de la
Rhubarbe, Agaric, Turbith, & autres, lesquels
font une si louable opération, & sont de prise
si aisée, que c'est un soulagement admirable. Pour
exemple mettez du
Séné dans de l'EAU-DE-VIE rectifiée,
& le laissez en vaisseau bien bouché tant
qu'elle en ait pris la
teinture y ajoutant un peu d'
Anis
& Réglisse; ce fait exprimez tout par un linge &
mettez à distiller à feu raisonnable, sur les cendres
tant que les goûtes blanches commencent à sortir;
lors changez de récipient, & ce qui restera par après
sera ESPRIT de
Séné, continuez à distiller jusques
à ce que la
teinture devienne, comme
Huile
épais au fonds du vaisseau, puis laissez refroidir à
part soi. Cette ESSENCE aura encore grande force
de purger étant pris à la quantité d'une bonne
pilule.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 103
C H A P I T R E
V.
Comme il faut séparer l'esprit de la TEIN, TURE & de la perfection de cet esprit avec ses vertus.

R le dernier & suprême secret en
toutes ces opérations, c'est de quelque
chose que vous ayez tiré la
teinture,
distillez votre EAU teinte sur
les
cendres & non sur le
bain: car la
cendre chasse les esprits avec l'EAU, ce que le
bain ne peut pas faire. Puis mettez ce qui sera distillé
à circuler dans un
Pélican par tant de temps
que débouchant le vaisseau sous y sentiez une
odeur très-suave & parfaite, avec un goût sans aucune
ardeur ni acrimonie: Car la
circulation à cette
vertu de mener la liqueur à une douceur & odeur
très-agréable, représentant au vif les ASTRES & choses
dont elle a été ornée, que si cela n'advient; remettez
à circuler jusques à ce que vous ayez atteint
votre désir. Lors vous aurez une ESSENCE telle
que son excellente dignité surpassera de bien loin
tous autres médicaments, quelques estimés & renommés
@
104 T R A I T E'
qu'ils puissent être; & dont la
dose ou
prise est si petite, que c'est grande merveille que si
peu fasse une si grande & vertueuse opération.
Soit donc que vous avez élevé votre CIEL ou
liqueur D E VIE à perfection sans aucune étoiles;ou soit que vous l'avez orné de celles qu'il vous
aura plu, vous avez acquis un souverain
préservatif
& Conservatif de santé duquel vous pouvez prendre
à toutes heures qu'il sera besoin, ou en user
quelquefois pour le maintien de la VIE.
Les vertus de ce CATHOLICON sont telles qu'il
n'est bouche humaine qui les puisse déchiffrer par
le menu car il n'est mal qui n'y trouve son secours,
& les plus grands en sont plutôt déchassés.
Ou est l'
Epilepsie qui en prenant quelques gouttes
en son accès ne se relève soudainement où est
l'Apoplectique, quelque désespéré qu'il soit, qui ne
face le semblable? certainement, je dis avec très-
grande & assurée hardiesse, qu'il n'est au monde
plus fort ANTIDOTE contre le
venin ni la
peste
que cette EAU, comme j'ai souvent expérimenté;
Et depuis naguère en un de Caen que je guéris de
trois pestes en moins de
six heures, lui émouvant
avec petite
dose de cette liqueur une sueur universelle
qui le délivra parfaitement, à la grande merveille
& soudain étonnement de plusieurs, dont toutefois
il fût très-ingrat n'ayant reconnu d'un seul
remer-
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 105
remerciement de rachat de sa vie.
Cette liqueur est aussi de telle sorte que par la
prise d'une cuillerée ou peu d'avantage, elle fait
en moins de demie-heure délivrer toute femme
du travail d'Enfant, avec si grand heur & facilité,
que cela semble un miracle & non chose naturelle,
ce que j'ai pratiqué tant de fois mêmes es personnes
désespérées & qui avaient le fruit mort
dans le ventre, tellement que je tiens ce remède
en cela pour souverain sur tout autre. Bref cette
liqueur conduite jusques à nature aethérée, & (comme
disent les Doctes) quinte-essencialisée, acquiert
une température si parfaite, que prise dans le Corps
elle réduit en paix la sédition, & trouble de toutes
humeurs, modère l'excès des Chaleurs & froideurs;
étant comme un remède UNIVERSEL,
aux plus grandes maladies; elle rallume (s'il faut
ainsi parler)
La mèche de la lampe vitale, alors qu'elle
se veut éteindre par accidents de maladie ou
froideur de vieillesse, allongeant les jours avec
une ferme santé, outre le cours ordinaire des
hommes.
D e
@
106 T R A I T E'
C H A P I T R E
VI.
De la Circulation de la Quint-essence.

OUR ne rien laisser à désirer, à la
parfaite Instruction des Curieux
de la préparation de ce Chef-d'oeuvre
Physique, & pour l'intelligence
pratique de l'Elever à perfection
aethérée & Céleste qui dépend
de la Circulation. J'ajouterai ici les figures
des vaisseaux Circulatoires, dans lesquels doivent
être mises les
teintures susmentionnées pour les
mettre au plus haut & dernier état de perfection.
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 107
A petit matras qu'on renverse
dans le trou du Circulatoire.
B trou du Circulatoire.
C anses ou bers d'Alambic,
descendants dans le
ventre du Circulatoire,
par où l'EAU retombe d'où
elle est montée.
A Circulatoire.
B Autre petit renversé sur le précédent
& bien luté.
Ces vaisseaux ou Circulatoires sont par les Philosophes
appelés
Pélicans, dont le premier est
beaucoup plus excellent: mais difficile à recouvrer
par l'ignorance des Verriers à le bien faire.
Le second peut servir à faute de l'autre, mais il ne
Circule pas si *viste, & il y faut beaucoup plus de
temps à parfaire la Circulation. Or nous appelons
@
108 T R A I T E'
Circuler monter & descendre sans cesse en manière
de Roue comme un Cercle, ce que fait l'EAU
ou l'
Esprit, & la QUINTESSENCE ou
teinture dans ces
vaisseaux, qu'enfin elles deviennent tellement si subtiles
par les fréquentes élévations & descentes, acquérant
une incorruptibilité si grande & vertu si puissante,
qu'étant gardées en vaisseau fermé comme il convient,
elles se conserveront jusques à la fin du monde.
Je vous dirai bien chose plus émerveillable, c'est
que plus elles vieilliront plus elles augmenteront
en
excellence, perfection, vertu, goût, & odeur; s'il vous
plaît Circuler votre EAU-DE-VIE simple, sans
aucun esprit de
teinture, vous le ferez tout de même,
& trouverez enfin une liqueur générale si haute
en bonté, qu'on ne peut rien trouver de Comparable
pour la conservation de la vie.
C H A P I T R E
VII.
De la Conservation de la Quint-essence.

RES je veux enseigner le moyen de la
bien conserver qui consiste en deux choses:
l'une de
boucher bien le vaisseau; l'autre
de le tenir
en lieu frais.
La première se fera ainsi. Prenez de la Cire commune,
mune
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 109
& l'ayant fondue, dissolvez-y parmi sur le
feu autant de
Térébenthine qu'il suffira pour le
rendre plus maniable & gluante; De cette
cire vous
ferez une masse que vous garderez pour boucher
vos vaisseaux en cette manière. Faites-en une pilule
ou balle, puis l'enveloppez d'une
peau de
vessie
de pourceau séchée, tellement que le dedans de la
vessie soit tourné dehors; liez très-bien cela de
bon fil ciré, & en accommodez un bouchon sur
l'orifice de votre vaisseau, puis mettez encore & liez
par dessus une pièce de ladite
vessie, & par dessus
tout cela une autre de bon
cuir, afin que rien ne respire,
car c'est le seul moyen de retenir le vol de
tous
esprits.
L'autre chose ou consiste la
conservation de
cette EAU, C'est de la tenir en
lieu frais, ce que vous
ferez ensevelissant le vaisseau de verre dans un autre
de terre avec du sable, & mettre le tout dans
une cave en lieu sûr: Car si vous le posez en place
où il y ait
chaleur, l'ESPRIT de cette EAU est si subtilisé
que la sentant, il ne manquera jamais à se vouloir
élever, & ne cessera de chercher issue; de sorte
qu'il sera très-difficile de l'arrêter, tant il est désireux
de monter en haut, & s'envoler vers le CIEL,
comme en lieu dont il représente la parfaite nature.
E c
@
110 T R A I T E'
C H A P I T R E
VIII.
Si la vie peut être prolongée.

Ais ici on me pourra dire que la
VIE quelque
remède conservatif
que l'on fasse, ne peut être
étendue outre son
terme.
A quoi je réponds qu'en effet
nous tenons pour assuré, que
DIEU le Souverain Auteur de toutes choses, a
déterminé une
borne au cours de nos jours, laquelle
il ne nous est possible d'outrepasser, c'est l'extrémité
de la
vieillesse, non pas les maladies survenantes
à chacun âge: car toute maladie telle qu'elle
soit, n'emmène pas une MORT nécessaire, le DIEU
de Nature ayant établi des remèdes à chacune,
l'ignorance, desquels par notre paresse, fait mourir
le malade à faute de secours. Mais la
vieillesse que
je dis être la dernière
usure du corps humain, &
la
consomption de la
chaleur vitale qui s'amortit
quand la
mèche défaut à la
lampe de VIE, enfin nous
fait arriver à ce dernier terme, lequel quand le FEU
s'éteint, la mèche étant consumée &
que (comme
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 111
dit le vulgaire)
les jambes nous faillent, nous ne
pouvons passer outre, & faut que pour notre acquit
de la
Loi de Nature, nous nous arrêtions au
pas d'une MORT destinée.
C'est pourquoi je ne dis pas que notre LIQUEUR
DE VIE puisse étendre nos jours plus avant que la
borne de l'extrême & dernière
vieillesse, mais qu'elle
peut jusques-là, faire parvenir notre âge avec le
secours d'une
santé continuelle de sorte que nous
repoussions toutes les maladies qui nous pourraient
faire mourir au milieu du voyage. A cet égard
tous les Philosophes ont travaillé pour trouver
une chose créée à l'usage de l'homme qui puisse
empêcher la
putréfaction au corps corruptible;
conserver sans diminution ce qui est préservé;
& s'il se pouvait faire, perpétuer l'ESSENCE
du conservé: Car tous naturellement désirent
ETRE & ne MOURIR point: Mais pour ce qu'il est
ordonné à tous hommes de passer au détroit de la
MORT, ce serait vainement entreprendre de vouloir
trouver en cette périssable VIE moyen de la
rendre
immortelle.
Si notre premier Père n'eût transgressé le Commandement
de son Créateur, il eût joui de ce précieux
bien, ayant permission de manger de tous les
fruits du Paradis terrestre, excepté de l'
Arbre des
sciences du BIEN & du MAL qui seul lui était défendu:
@
112 T R A I T E'
Entre lesquels fruits était celui de l'ARBRE
de VIE dont il pouvait goûter comme des autres:
mais sa trop grande curiosité le faisant départir de sa
due obéissance, lui fît perdre ce Privilège, & fût
chassé hors du Jardin; au portail duquel DIEU mis
le
Chérubin avec un glaive ardent, afin de lui en
fermer & empêcher l'entrée, de sorte que pour
avoir trop désiré, il ne lui est resté qu'un perpétuel
regret de sa perte.
Toutefois ce bon DIEU ne le voulant du tout
priver de ses biens, lui a laissé l'usage de plusieurs
excellents & grands
remèdes contre les maux, où
pour sa faute il devait tomber durant le cours de sa
mortelle VIE: tellement qu'il n'y a chose, soit en la
Mer, ou en la
Terre, qui n'ait quelque
don & vertu
de le secourir, ayant tout comme étalé devant ses
yeux pour s'en aider à sa nécessité.
Sur quoi je ne me peux abstenir de reprendre la
grossière ignorance de plusieurs qui méprisent tels
dons de grâce, estimant que la MEDECINE soit chose
inutile, & qu'il n'est point (disent-ils) d'autre, ni
meilleur Médecin que DIEU, lequel il faut du tout
laisser faire. Tels homes sont si aveuglés de leur
bêtise, qu'ils ne peuvent s'apercevoir des
vertus
& propriétés visibles de mille & mille
herbes, pierres,
Animaux, & de leurs
parties,lesquelles ils me
confesseront, où devoir être employées à leur secours;
cours;
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 113
ou que DIEU a inconsidérément fait, de les
avoir imprimées en ces choses pour rester inutiles
au monde:
Car il n'a rien fait qui ne serve, & sa libéralité
prodigue envers ces ingrats, les a toutes
soumises à l'HOMME pour son usage. Si donc nous
voyons devant nous une si grande abondance de
remèdes aux maladies survenantes; penserons-nous
qu'il n'y ait aussi quelque chose pour la conservation
de la
santé? La Main du Créateur s'est elle accourcie
en l'un pour seulement s'élargir en l'autre?
Or comme nous avons perdu le bien de l'
Immortalité
par notre propre vice, aussi a-il voulu que
pour ce vice même nous
travaillions avec la sueur
de notre visage à chercher les secours à l'encontre
des
maladies où nous-mêmes nous sommes précipités
& obligés.
C'est pourquoi les plus sages entre les HOMMES
reconnaissant & déplorant leur
misère, se sont ingénieusement
étudiés à cette recherche, tant
pour le soulagement de leur prochain, que pour
avoir moyen d'accomplir eux-mêmes le voyage
pénible de cette mortelle VIE. La divine bonté donc
nous a mis en main des
conservatifs, comme des
remèdes,
afin que non seulement nous repoussions
les
assauts des
maladies; mais aussi nous empêchions
leur
venue: Car bien que nous soyons sujets à mille
maux, & que force nous soit de payer le
tribut de
F f
@
114 T R A I T E'
MORT, par l'obligation de notre
vice, toutefois il
n'est pas nécessaire que nous tombions aux maux
corporels, & l' HOMME peut faire le
pèlerinage de ce
monde, sans devenir
malade, encore qu'il ne puisse
éviter le dernier pas de la MORT.
On a vu des HOMMES si bien composés, ou si
bien pourvoyant à leur
santé, qu'ils ont étendu leur
âge jusques à l'extrême
vieillesse affranchis de toute
maladie. Ce qui toutefois ne provient, tant de leur
bonne
constitution, comme du
soin qu'ils ont eu de
se maintenir sains, par l'usage de bons
conservatifs,
lesquels si nous sommes ingénieux à rechercher;
nous pourrons, non pas nous garder de
mourir (car il
est ordonné à tous de franchir ce pas) mais bien traverser
la
Mer du
Monde, & vallée de misère, sans toucher
l'
écueil ni chopper contre la dure pierre de
maladie. Car encore que DIEU pour châtier les humains
de leur première faute, les ait condamnés à
vivre à la
peine de
leurs Corps, & sueur de leur visage,
c'est à dire, parmi les maux & le travail, si est-ce
qu'il ne lui a pas ôté la
discrétion, ni avis de se parer,
non de ce travail, mais de ces
maux, spécialement
corporels, & se détourner en cheminant, de la
roche qui le ferait tomber & blesser, s'il ne la fuyait
par prévoyance.
Encore donc qu'il soit privé de pouvoir perpétuer
sa VIE, si ne l'est-il pas de se conserver en
santé
@
D E
L'E A U - D E - V I E. 115
par les moyens que DIEU lui en a donnez
Entre lesquels, je tiens pour très-excellent l'EAU-
DE-VIE préparée, comme j'ai ci-devant enseigné,
je sais que l'
industrie en est
longue, & que
l'ex
traction n'en est point sans peine, mais il n'est pas
raisonnable que nous ayons un tel bien sans l'acheter
par quelque travail.
Les Dieux (comme disait
un Ancien)
vendent toutes choses pour du labeur, & le
Souverain Distributeur de toutes bien ne tient pas à si
haut prix la marchandise des conservations de santé, que
l'homme sage ne puisse trafiquer avec lui, & lui payer
tels joyaux, avec la monnaie d'humble prière & laborieux
travail: aussi à ce prix nous en met-il en possession
sûre, & nous en fait heureusement jouir
toute notre VIE.
Ce que je le supplie qu'il vous fasse (mon bien-
aimé Lecteur) afin que vous ayez occasion de le remercier
de ce bien-fait, & moi contentement &
honneur de vous y avoir servi.
F I N.
@
| T A B L E D E S F I G U R E S |
|
| CONTENUES EN CE LIVRE. | |
| |
|
I. Igure des Passe-VINS, pag. | 37.
|
| II. Figure d'un petit fourneau propre |
|
| à calciner, distiller, circuler, &c. |
|
| page | 63. |
| III. Figure d'un beau grand Fourneau d'Epargne, |
|
| artistement inventé pour servir seul, & en même | |
| temps à un nombre d'opérations, pag. | 67. |
| IIII. Figure de vaisseaux distillatoires de verre dans |
|
| le Bain, pag. | 71. |
| V. Figure d'un vaisseau de terre résistant au feu, & |
|
| qui porte son Bain, pag. | 72. |
| VI. Figure de vaisseau distillatoire de terre portant |
|
| son Bain,pag. | 73. |
| VII. Figure d'un vaisseau distillatoire de verre sans |
|
| Bain, pag. | 74. |
| VIII. Figure d'un vaisseau distillatoire de terre sans |
|
| Bain, pag. | 74. |
| IX. Figure de vaisseaux distillatoires de l'EAU-DE- |
|
| VIE sur le Fourneau, avec leurs réfrigératoires, p. | 81. |
| X. Figure de vaisseaux à distiller des ESSENCES |
|
| sur leur Fourneau avec deux réfrigératoires,pag. | 82. |
| XI. Figure d'un vaisseau circulatoire en forme de Pé- |
|
| lican, pag. | 107. |
| XII. Figure d'un vaisseau circulatoire d'une autre fa- |
|
| çon plus commune, pag. | 107. |
@
@
L'I M P R I M E U R
A U
L E C T E U R, Sur l'explication de sa Marque T Y P O G R A P H I Q U E,
O U
ECUSSON
H A R M O N I Q U E, En faveur du VIN ou de l'EAU-DE-VIE.

MI LECTEUR,
PLUSIEURS ont observé, que depuis
un nombre de siècles tous ceux qui ont acquis
quelque talent dans les ARTS;
voire même dans les SCIENCES ont eu en grand estime
l'usage du VIN ou de son EAU-DE-VIE: &
que s'il s'est rencontré quelqu'un qui se soit signalé dans ces
ARTS par quelque Intelligence extraordinaire & hors
A
@
2 A U L E C T E U R.
du commun, ce n'a pas été sans s'être servi des agréables Influences
de cette LIQUEUR spiritueuse & céleste.
Je ne doute point que l'on ne me puisse objecter, que d'aucun
aient été instruits par l'effet miraculeux d'une SCIENCE
Infuse, ou d'un bon-heur extraordinaire de tradition, amie &
confidente de quelque grand SECRET qui leur aie apporté
une extrême facilité pour la Théorie & Pratique de quelque
ART ou SCIENCE: ou bien mêmes qu'il s'en est peu rencontrer
du nombre de ceux de qui il est dit Gaudeant bene
nati, & ce tant à raison de ce qu'ils étaient doués d'un Génie
très-puissant, que d'une Constitution extrêmement vigoureuse,
& conformation d'organes fort avantageuse.
Mais je soutiens que lors même que ce rare bon-heur est
arrivé à quelques-uns; cela n'as pas empêché qu'ils n'aient
par succession de temps peu souffrir diminution de l'humide
radical & dissipation des ESPRITS-DE-VIE qui les aie
obligé d'avoir recours à ce Restaurant & Remède spécifique
DU VIN ou de l'EAU-DE-VIE.
Les Naturalistes estiment, que la cause de la noblesse & perfection
ou de défaut & imperfection des fonctions & raisonnements
de l'ESPRIT: Bref que l'inégalité des opérations de
l'AME en ce monde, dépende de la diverse tempérie et disposition
des Organes, ou bien de la différente qualité & rectification
des ESPRITS qui les animent; prétendant par ce moyen que
toutes les AMES d'elles mêmes soient de pareille intelligence
& capacité. Pour distinguer les SEPT opérations, & rectifications
du suc des aliment; par cette économie CHY-
MIQUE, on a donné ces sept noms à sept principales facultés,
savoir, la 1. Coctrice, 2. Naturelle, 3. Vitale,
4. Animale, 5. Imaginative, 6. Ratiocinative, 7. Mémorative.
Je crois que c'est là que le vulgaire a appris ce commun
Proverbe. Le bon VIN fait le bon sang, le bon sang
@
A U
L E C T E U R. 3
fait le bon sens, & le bon sens fait le bon Entendement: &
par ainsi il se rencontre que les uns & les autres estiment que la
base de la vigueur & entretien de la VIE, se doive référer
au VIN ou à son EAU-DE-VIE.
Cette observation a été tellement approuvée des anciens,
que pour ce sujet ils ont amplement traité dans leurs descriptions
mythologiques, que Bacchus (par lequel ils entendaient
parler du VIN) estait le conducteur des M U S E S; par ce que
disaient-ils la chaleur modérée du VIN, aiguise les ESPRIT S
& les réveille.
Ils lui donnaient le nom de Liber, parce qu'il soulage les
hommes des pensées, affligeantes & distractions d'ESPRIT,
qui arrivent presque toujours par des soins & ennuis superflus,
lesquels affaiblissent entièrement les facultés de l'ESPRIT, &
ainsi lui ravissent assez souvent l'Invention, & la méditation
utile, au lieu qu'ils devraient examiner sans passion toutes les
circonstances du mal, & des obstacles qui arrivent, & après avoir
dans la plus grande indifférence & calme d'ESPRIT qu'il est
possible médité le remède, ils devraient lors user de l'activité
d'ESPRIT & conduite de jugement d'autant plus attentive &
plus nécessaire, que la fortune est plus contraire par des événements,
malheureux en affaires de considération, faute de quoi les hommes
sont souvent privés du courage & force de Génie, d'entreprendre
de grands desseins qui sont d'ordinaire accompagnez
d'extrêmes difficultés & oppositions suscitées par l'Envie: laquelle,
comme dit un Philosophe, virtutis semper, comes est
inuidia.
Je pourrais apporter un nombre d'autorités, tant anciennes
que modernes, avec des raisons tirées de la Physiologie & Théologie
pour appuyer ma pensée, que la VIGNE, ou particulièrement
ce précieux Jus de sa GRAPPE de Raisin, est un
Trésor de vertus, à ceux spécialement qui savent l'usage
de la véritable CHYMIE: mais je me lairrais insensiblement
@
4 A U L E C T E U R.
engager dans une suite trop prolixe, & qui excéderait par trop
les limites d'un discours, & du dessein que j'ai de me contenir
tant qu'il me sera possible dans la Rigueur du Précepte.
Ne futor ultra crepidam.
Pour suivre l'ordre de cette maxime, je commencerai par
l'explication de l'Epithète de TYPOGRAPHIE que
je donne à ma Marque ou Ecusson: Et remarquerai qu'entre
tous les ARTS, soit que l'on considère, I. la haute recherche
de leur Invention, 2 ou la noblesse de leur exercice & fonction:
3 ou la docte Théorie universelle, requise en ceux
qui le veulent exercer selon leur mérite, 4. ou l'Industrie artiste,
& difficile pratique d'iceux; 5. ou leur miraculeux progrès; 6.
ou l'utilité & nécessité universelle de leur usage; 7. ou bien
finalement de plus fréquentes occasions d'implorer les secourables
effets de ce Remède universel du VIN & de son
EAU-DE-VIE. Je ne feindrai point de soutenir que la
Noble TYPOGRAPHIE mérite le premier rang, ainsi que
je prouverai ci-après suivant les SEPT lieux communs ci-dessus
proposés.
En premier lieu, pour prouver la haute recherche de son
Invention.
Quel dessein plus relevé peut-il y avoir au Monde, que celui
de l'Inventeur de la TYPOGRAPHIE ou IMPRIMERIE,
lequel a pris pour modèle les plus admirables & Incompréhensibles
effets du Monde Archétypique, ou prototypique,
qui ne reconnait immédiatement pour Auteur, que le souvenir
Créateur & admirable Ouvrier de la Nature; & s'il m'est
permis de continuer l'Allégorie Rabine, elle décrit que le DES-
SEIN de ces Caractères est le Décret Eternel, & que l'Adorable
& toute puissante pensée Divine, Architectrice & productrice
de toutes choses, est le BURIN qui a gravé tous les prototypes
des Caractères dont est composée l'Impression de ce beau
LIVRE de toute la Nature.
Sur la
@
A U
L E C T E U R. 5
Sur la réflection de ces merveilles, l'Inventeur de l'IMPRI-
MERIE commença par le dessein, puis travailla à la gravure
du Monde Archétypique ou prototypique, appelé
vulgairement frappe de POINCONS ou Originaux: Et
après ce, considérant qu'il y avait un Monde inférieur que l'on
appelle Macrocosme; aussi il s'avisa de faire un Monde
Ectypique, appelé vulgairement Frappe des MATRICES,
qui portassent toutes les signatures, & suivissent les diverses
figures & dessein de ce Monde ARCHETYPIQUE.
Outre ce considérant, que les MATRICES de l'univers doivent
être en lieu de situation & disposition propre à leur dessein
de production de plusieurs individus, selon l'intention & détermination
spécifique de leurs prototypes, le tout avec le secours de
l'Art du FEU; & que ces individus sont autant de Caractères
dont est composer l'Impression de ce grand LIVRE de l'Univers,
qui contient tant de sortes de créatures ou Caractères qui ont
leurs diverses signatures ou figures Typographiques, selon
l'Impression des vertus différentes de leur espèce, ainsi que
j'ai dit.
Sur cette Idée le même Inventeur de l'IMPRIMERIE commença
de méditer ce qu'on appelle communément MOULES
par un artifice fort exact (comme je dirai ci-après) dans lesquels
la MATIERE étant rendue en état de fluidité par l'ART
du FEU, est écoulée dans ces MATRICES, où se fait aussitôt
la génération des Caractères qui ont tous leur figure différente,
selon l'Impression faite auparavant dans chaque MA-
TRICE, qui représente exactement, comme j'ai dit, l'intention
première de son espèce Prototypique.
En suite; cet Inventeur de l'Imprimerie méditant sur ce
qu'encore que ces créatures ou Caractères de l'Univers, soient
assez souvent doués de facultés opposées, ils ne laissent pas néanmoins
de tenir chacun leur partie, & s'accorder dans le système
de cette harmonie universelle, régie par la Sage providence
B
@
6 L'I M P R I M E U R
du Souverain Auteur des Prototypes, & Caractères
de la Musique qui se chante dans le Concert de tout l'Univers;
& faisant aussi réflexion sur ce qu'il leur sait doctement
faire produire des accords fort agréables, ou quand il les voit
absolus.................., & avoir perdu la forme à laquelle ils
étaient pre......ez, alors par sa Toute puissance il leur sait
faire tenir le TACET quand il lui plaît, ou bien les destine aux
flammes en les retranchant du nombre des vivants.
Sur cette Méditation relevée cet inventeur de notre TYPO-
GRAPHIE par une admirable prévoyance, observa que tous ces
CARACTERES ainsi moulés par l'ART du FEU, desquels sont
composées les planches de toutes les impressions (nonobstant qu'ils
consistent assez souvent en figures & desseins de plume de
différentes intention & disposition) ils ne laissassent pas néanmoins
de tenir chacun leur partie, & s'accorder agréablement dans le
système de l'HARMONIE universelle du Monde Typographique,
régi par l'Industrieuse & artiste direction de l'Auteur
Archétypique, Ectypique & Typochusique, qui leur
sait par une exacte justification faire produire des accords
fort agréables; ou quand il les voit absolument inutiles, ayant
perdu la forme & figure à laquelle ils avaient été prédestinés
alors il leur sait faire tenir le TACET en les réduisant en l'état
de ce qu'on appelle QUADRATINS ou lettres rompues
sinon il les retranche du nombre des autres, & les dédie aux flammes
de ses fourneaux.
En SECOND lieu, pour prouver la Noblesse de l'exercice
& fonction de la TYPOGRAPHIE.
J'ai observé que le mot Typographie en général se pouvais
considérer en sept sortes: mais pour n'être ennuyeux, j'omettrai
en cet endroit la Première & Divine Typographie
des Tables de la Loi gravées du doigt de Dieu même, & me
contenterai d'en remarquer de trois sortes, qui peuvent être véritablement
appelées Typographies ou Imprimeries Royales.
@
A U
L E C T E U R. 7
Savoir, la première est la Typographie en Cire, dont on
use en CHANCELERIE, la seconde est la Typographie en
METAL, qui est sur la MONNAIE; la troisième est la Typographie
ou IMPRIMERIE Royale en Papier, ou LIBRAIRIE.
Combien de grandes excellences & prérogatives par dessus tous
les Arts, pourrais-je remarquer dans la Noble Typographie
en Cire? Combien de rares qualités à remarquer aussi dans la
Personne dont ce siècle est honoré pour l'équitable direction de
la même? ce sujet mérite des volumes entiers, & l'emploi des
meilleurs esprits; c'est pourquoi outre que le profond respect &
reconnaissance de mon peu de Capacité, semblent m'en ôter la
liberté, c'est que d'ailleurs le peu d'étendu préméditée de ce
discours ne me permet pas d'éprouver l'effet de sa bonté ordinaire,
dans l'acceptation des offrandes de ceux qui honorent, ainsi
que je fais, ses hautes vertus, en considérant plutôt leur bonne
volonté que le mérite de leur offrande, ce que je réserve à une
autre occasion plus sérieuse & plus favorable.
A l'égard de la Typographie en Métal ou MONNAIE.
J'ai beaucoup de choses à remarquer, mais qui m'obligeraient
à trop longue digression du sujet de la Typographie ou IM-
PRIMERIE en papier ou LIBRAIRIE, à laquelle je
suis obligé de restreindre ce discours: Je dirai seulement que je
me souviens de m'être autrefois imaginé un petit Dialogue
des trois Soeurs sur leur heureux rencontre au Château du
Louvre, dont la conclusion était que la Typographie en Papier
se réjouissait fort de se voir si proche voisine de sa Soeur la
Typographie en MONNAIE; & suppliait humblement la
Typographie en Cire de vouloir contribuer de tout son pouvoir
au rétablissement des voies du Commerce ancien, & visite
fréquente de sa Soeur la MONNAIE: se promettant que si
elle pouvait recevoir souvent le bonheur de quelques-unes de ses
visites, elle en recevrait fort grande Consolation. J'aurais bien
des choses à dire sur ce sujet que je prétends réserver à une autre
occurrence.
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8 L'I M P R I M E U R
Pour le regard de la Noblesse de l'Exercice & fonction de la
Typographie ou Imprimerie, en papier ou LIBRAIRIE,
je craindrais de trop ennuyer le Lecteur d'en traiter selon
le mérite du sujet; outre qu'il semble que personne n'en doive
douter. Je me contenterai d'en rapporter ici le sentiment d'un
docte Auteur Ancien, lequel considérant que ce qui a rendu
l'homme en sa création le plus Noble de tous animaux est que
Dieu lui inspira, une AME vivante ou parlante & raisonnable;
(car la parole de l'homme, ce dit-il, est à la ressemblance du
Verbe Divin) de la il remarque que cette parole peut être
considérée en deux qualités, l'une intérieure formée du Coeur,
où est le siège des pensées de l'homme; & la seconde extérieure
produite par les Rameaux du Coeur, & conduite à la bouche
pour la prononcer à la louange de Dieu, & pour la communication
des conceptions d'un homme à autre. Il décrit que cette seconde
a été quelque temps proférée par la seule voix Articulée,
& conclut, que Dieu a permis depuis, que l'usage de la
Main de l'homme pût miraculeusement produire cet effet par
le Noble & admirable ART de Typographie ou IM-
PRIMERIE, laquelle révèle ce qui était caché dans les
Coeurs des vivants & des morts, de quelque endroit le plus éloigné
du monde que ce puisse être, & que ce qui auparavant était
impalpable, invisible & comme inaccessible, est rendu visible &
palpable à tous les siècles de la postérité.
En TROISIEME lieu. Pour prouver la docte Théorie
universelle requise en ceux qui veulent exercer l'IMPRI-
MERIE selon son mérite.
Je dirais succinctement qu'il n'y a aucune LANGUE dans
l'univers, ni aucune SCIENCE, ni aucun ART: bref aucune
chose imaginable, dont l'Imprimerie ne puisse avoir charge
& commission de porter la parole des Auteurs, & faire leur
Ambassade par tout le Monde, & à toutes sortes de personnes.
Ce qui est confirmé par la remarque d'un grand personnage
qui
@
A U
L E C T E U R. 9
qui dit que Dieu avait donné les mains à l'homme, qu'il avait
fait sage ou raisonnable, afin d'en bien user pour la parole,
sur quoi il allègue S Grégoire Evêque de Nysse en son Oeuvre
de la Composition de l'homme: Car ceux, dit-il, qui font profession
de l'IMPRIMERIE ayant les Matrices de chaque
Lettre en toutes langues, peuvent être appelés les vrais Commissionnaires,
de la Sagesse enseignée par les écritures divinement
inspirées, vu que par leur ouvrage, ils montrent les Décrets
de l'Ecriture sainte, mêmes des Sciences & Arts libéraux.
Un autre assure que la plus parfaite imitation des Tables de
la Loi gravée du doigt de Dieu sur la Pierre, se fait par
l'IMPRIMERIE, qui est la vraie peinture des Esprits,
& au dire de Tertulian, Typographiae Caracteres
sunt indices Custodesque rerum.
EN QUATRIEME lieu, pour décrire l'Artiste Industrie &
difficile pratique, requise en ceux qui désirent faire profession
de la Typographie ou IMPRIMERIE, avec capacité &
intelligence parfaite.
Il faut avouer qu'à peine SEPT volumes entiers suffiraient-
ils pour énoncer toutes ces circonstances & divers incidents,
que pour rédiger en ordre plus succinct on peut référer à SEPT
principaux Chefs, qui peuvent être exprimés par SEPT termes
généraux tirés du Grec suivant la même liberté que celui
de l'usage commun du nom Général de Typographie.
Le I. est la TYPO - TYPIE, qui renferme sous soi le
DESSIN des Caractères.
Le 2. est la TYPOTOMIE, ou ARCHETYPOTO-
MIE, qui comprend, l'industrie exacte de graver les POIN-
ÇON S en leur perfection requise.
Le 3. est l'ECTYPIE , qui a pour but l'intelligence de la confection
des MATRICES, dans leur justification nécessaire.
Le 4. est la TYP-ORGANI E, qui peut être expliquée pour
la fabrique des MOULES justifiés dans leurs relations requises
avec les MATRICES. C
@
10 L'I M P R I M E U R
Le 5. est la TYPO-CHUSIE, qui exprime la fonte des Caractères
& planches d'IMPRIMERIE.
Le 6. est la TYPO-SYNTHESIE qui comprend la correcte
COMPOSITION des Caractères, selon la diverse occurrence des
discours de toutes sortes d'ARTS & SCIENCES, & en toutes sortes
de LANGUES.
Le 7. est la TYPO-LINIE, qui emprunte sa dénomination de
l'usage Industrieux & laborieux de toutes les diverses parties
de la PRESSE, que les Grecs ont appelé λιυος, duquel mot ils tire
celui de λιυαιος qu'ils ont attribué à BACCHUS, (parce ainsi
qu'ils décrivent en leur Mythologie) Il est celui qui préside &
doit avoir l'Intendance sur toutes les PRESSES, pour raison
(disait-ils) que le Premier & plus considérable effet qu'il y
avait à remarquer dans l'usage des PRESSES, était l'extraction
& expression du jus de la GRAPPE de Raisin: Outre que pour
méditer de grandes & belles Machines, il est requis d'avoir l'esprit
fort inventif, & que pour les faire mouvoir la force du corps
est bien nécessaire. Pour à quoi parvenir ils avaient recours au
Jus de cette GRAPPE.
Plusieurs se pourront persuader, que c'est de cette maxime si
ancienne de reconnaître BACCHUS pour l'Intendant des PRES-
SES, qu'a été institué depuis un long temps la coutume qui est
dans chaque IMPRIMERIE, d'avoir une CHAPELLE à laquelle
on dédie toutes les premières feuilles de ce qui s'imprime,
& que pour mieux & plus rigoureusement faire observer cette
ancienne Coutume; les Compagnons élisent en chaque IMPRI-
MERIE deux d'entre eux, dont l'un est appelé Procureur de
la Chapelle, qui doit avoir soin de faire payer & recevoir les
Offrandes de tous ceux qui font imprimer quelque chose, &
l'autre qui est nommé le Chapelain, doit être le dépositaire du
tout, pour être dédié au service de BACCHU S; envers lequel
plusieurs ont observé, que d'aucun font paraître un zèle si particulier
& superstitieux, qu'ils y sont quelquefois comme ravi en
extase.
@
A U
L E C T E U R. 11
EN CINQUIEME lieu, pour prouve les miraculeux progrès
de la Typographie ou IMPRIMERIE.
Il est constant que chaque Frappe de Poinçons ou Archétypes
sus-mentionnés, peut produire septante frappes de matrices
& plus, qui peuvent durer sept cens ans & plus.
Chaque frappe de matrices, qui dans l'Arabe ou le Grec
peuvent être de cinq, voire sept cens sortes diverses, peuvent
aussi produire chacune par jour trois mil fois leur nombre de
Caractères fondus; lesquels peuvent derechef chacun être reproduits
sur le papier d'impression encore trois mil fois par
chacun jour, & ainsi continuer un long temps.
Et outre cela, il y a encore une chose très-admirable; savoir
qu'une même planche de fonte de Caractères se peut diversifier
en sept mil différentes sortes de planches, voir si l'on
voulait en sept millions de façons.
Et ce qui est encore de plus remarquable est, qu'après avoir
vieilli par un nombre d'actions, ou effets étant remises à leur
source matrice, passer par l'ART du FEU & des fourneaux TY-
POCHUSIQUES, en iceux de leurs Cendres ou Vieille matière,
on les fait ressusciter & renaître de nouveau comme le Phoenix
par une vicissitude infinie & admirable.
Il y aurait pour emplir des volumes entiers, si je voulais mettre
en parallèle l'ordre de la multiplication innombrable de ces
Caractères avec celui des Circonstances de la Génération
& multiplication admirable, & comme Incompréhensible des
Créatures dont est composé tout l'UNIVERS. Je pourrais faire
voir qu'il n'y a Circonstance dans les miraculeux effets & progrès
de la NATURE, qui ne se trouve naïvement représenté dans
l'exercice le la Noble & Philosophique Invention de la
Typographie ou IMPRIMERIE, mais le docte Lecteur suppléera
(s'il lui plaît) à tout ce qui s'y peut remarquer.
EN SIXIESME lieu, pour prouver l'utilité & nécessité universelle
de l'usage de la Typographie ou IMPRIMERIE.
@
12 L'I M P R I M E U R
Je ne crois pas qu'il y ait aucun qui doute de son mérite, &
qui ne soit contraint d'avouer qu'elle est la Mère nourrice de
tous ARTS & SCIENCES, & qu'elle les ennoblit, puis que
par son usage, elles sont parvenues & élevées à perfection: ou
au contraire sans le suffrage de la TYPOGRAPHIE ou IM-
PRIMERIE, elles auraient été étouffées des le berceau, ou enfin
elles n'auraient été ornées de plusieurs belles Idées, curieuses recherches,
& utiles expériences pour l'instruction & grande
commodité du Public.
C'est ce qui a fait dire à plusieurs personnes de grande doctrine
& spéculation relevée, qu'il a été nécessaire que les ARTS &
exercices aient réparé les démolitions faites par le péché, pour
remettre en la mémoire de ceux lesquels avaient oublié le premier
monde, ce qui en était misérablement écoulé; & que l'ART de
TYPOGRAPHIE mérite d'autant plus d'être considéré du public,
qu'il remet en lumière les Caractères autrefois inventés par
Seth, & redonnés aux Hébreux par Moyse, par le moyen
desquels on peut beaucoup plutôt faire publier & courir par
tout les Lois Divines & Ordonnances Royaux, & pareillement
les Livres de tout ARTS & SCIENCES, bien plus fidèlement
& plus vite, sans comparaison, que ne ferait la plume de l'Ecrivain:
Ajoutant encore que DIEU a voulu faire connaître
ses oeuvres aux hommes savants, par les lettres & Caractères
de l'IMPRIMERIE; & aux ignorants par les figures & Images.
Ils concluent enfin que l'instruction & efficace des Caractères
d'IMPRIMERIE est d'enseigner aux uns & confirmer aux
autres la vertu que les Romains appelaient LITTERATU-
RAM, laquelle selon les institutions des Empereurs Constantius,
Julian & Theodosian est appelée la plus grande & plus
nécessaire de toutes les vertus que les Empereurs, Rois & Princes
puissent acquérir, & qui méritent de rendre Nobles d'effet,
ceux qui ne le sont d'extraction.
EN SEPTIEME & dernier lieu, pour faire voir les fréquentes
tes
@
A U
L E C T E U R. 13
occasions que la Typographie ou IMPRIMERIE, a d'implorer
les secourables effets des agréables impressions & vertus
souveraines de ce REMEDE UNIVERSEL du VIN ou de son
EAU-DE-VIE.
J'aurais beaucoup de choses à décrire, outre ce qui a été dit
ci-devant, tant par l'assiduité & force requise à faire agir les
PRESSES d'IMPRIMERIE, qu'à cause des fumées du Charbon
& chaleur des fourneaux où se fondent les Caractères
des planches de la même: vu que l'on pourrait particulièrement
remarquer, qu'elle a besoin d'un très-puissant ANTIDOTE
contre les vapeurs minérales & saturniennes de tous les
métaux qu'elle emploie & spécialement du PLOMB & de
l'ANTIMOINE, dont elle se sert continuellement, & en grande
quantité, pour la fonte des planches d'IMPRIMERIE.
mais je réserverai d'en traiter sur le Blason de ma TORTUE
Saturnienne, & Typographique, qui après la Grappe de
raisin est une des principales parties de mon ECUSSON, dont
le blason sera ci-après succinctement décrit en faveur du JUS de
cette grappe, ou de son EAU-DE-VIE.
AVANT que de commencer ce Blason, je crois être à propos
de déclarer les SEPT motifs qui m'ont fait méditer cet Ecusson,
tel qu'il est, & le forger par des saillies d'Esprit & conjectures
de l'Avenir, il y a environ dix ou onze Ans, sans l'avoir
osé communiquer à qui que ce fût quelque proche & confident
que ce peut être.
POUR I. motif. J'ai eu dessein de m'en servir comme d'une
Enseigne & marque d'Imprimerie.
POUR 2. Je le construisit en sorte qu'il me pût fournir le
dessein d'une CARTOUCHE d'harmonie & Typographie,
propre particulièrement aux commencements des Impressions de
MUSIQUE, que j'espère faire lors que je pourrai voir terrassé cet
Hydre à SEPT-CHEFS de l'Envie, qui depuis plusieurs années
m'a dévoré quantité de Curieux desseins sur la MUSIQUE.
@
14 L'I M P R I M E U R
pût produire l'Idée & l'Invention d'un nouveau CARA-
CTERE UNIVERSEL harmonique, qui SEUL peut servir tant
pour le PLAIN-CHANT, que pour la MUSIQUE, soit vocale ou
Instrumentale, dans toutes les occurrences de quelque instrument
imaginable que ce puisse être, & avec beaucoup plus de
facilité & commodité que tous les autres différents Caractères
qui ont été ci-dessus employés pour cet effet.
POUR 4. motif. J'ai prévu que cet Ecusson me pût
produire six Médailles dont il composa la SEPTIEME ou première
des sept, portant en Ecusson les Armes des six suivantes.
POUR 5. motif. Il y a environ onze ans ou plus que je tâché
de donner une telle trempe à cet Ecusson, que je pusse espérer
un jour lors que je me voudrais mettre en son ombre, qu'il
me servit de bouclier & défense contre mille traits, qui pourraient
être décochés contre moi, & que je prévoyais devoir être
empoisonnés du venin de cet Hydre sus-allégué, comme entre
autre de la Calomnie d'un particulier, qui tant par lettres
subreptices de Privilège que par supposition de mérite &
capacité extraordinaire, prétendre être seul pour l'Impression
de MUSIQUE, lequel dans les écritures qu'il a produit contre moi
au Conseil d'Etat & privé du Roi, s'est vanté entre autres
chose, que tous les Imprimeurs, & MOI particulièrement,
ne pouvions qu'à peine connaître un A, d'avec un B, ni aucunement
discerner un MI d'avec un FA, & autres innombrables
calomnies, dont quelques unes pourront être décrites ci-après
dans le Blason du Livre de MUSIQUE.
POUR 6. motif, ça été de réduire & composer en sorte cet
Ecusson, qu'il contient principalement l'ordre & dessein particulier
dont je me puisse servir, pour rédiger plus méthodiquement
par écrit toutes les définitions, divisions & subdivisions
de la Typographie Théorique & pratique, en Livres;
Chapitres, Sections ou Articles; en forme d'un Recueil
@
A U
L E C T E U R. 15
général qu'on peut appeler COURS DE TYPOGRAPHIE,
ainsi qu'on voit des Cours de Mathématique, Philosophie ou
Théologie: outre quoi pourra y avoir en forme de prolégomènes
le Dialogue de l'Imprimerie Française, avec son Génie sur le
rétablissement de son excellence par dessus toutes les Imprimeries
étrangères de l'Univers, qui n'ont de Caractères ou
planches considérables, que celles qui sont provenus de la Typotomie
des Français: & par ce moyen que cette MARQUE
TYPOGRAPHIQUE, suivant mes plus particulières & propres
Idées, me pût servir de Topique ou mémoire locale plus
sensible pour le ressouvenir des choses que j'ai remarqué plus
considérables, tant dans la Théorie & pratique de ma profession
que même dans la Physiologie & Théologie, que j'ai toujours
considéré, comme les plus nécessaires facultés d'Ecole, aux
Auditoires publics, desquelles j'ai étudié durant cinq ou six années.
POUR 7. & dernier motif. J'ai espéré aussi que ce même
Ecusson harmonique ou Enigmatique me peut produire six à
SEPT mil figures, par lesquelles soient explicitement décrites
les ESSENCES & EXISTENCES des choses contenues en sa DE-
VISE. IN ipsis & EX ipsis omnia.
Je ne doute point que d'abord on ne s'étonne de l'étendue
du dessein le cet Enigme, comme aussi de sa devise ci-dessus,
par l'emphase de laquelle plusieurs en jugeant (comme on dit)
sur l'étiquette du sac, la pourront condamner d'autant d'extravagance
que de témérité, m'accusant particulièrement de
ne devoir ni pouvoir parler de Physiologie ou Théologie,
sans me départir de la maxime que j'ai mis au frontispice de ce
discours. Ne Sutor ultra crepidam.
A quoi je réponds par une autre maxime ancienne de Socrate:
Nosce te ipsum.
J'aurais moyen d'appliquer à ce précepte Ancien, une Réflexion
sur la nécessité qu'un chacun peut avoir de l'Intelligence
@
16 L'I M P R I M E U R
de la Physiologie & Théologie, & qui pourrait servir de raisonnement
Apologétique en faveur de ceux, qui quoi qu'engagés
à faire profession des ARTS, ne laissent d'avoir la curiosité
se savoir quelque chose des MYSTERES Physiologiques &
Théologiques, vu que suivant la pensée unanime des Philosophes,
les principes de constitution de toutes les choses du monde
sont la MATIERE & la FORME, qui en l'homme sont le
Corps & l'Ame raisonnable, auxquels deux principes répondent
les deux facultés d'Ecole ci-devant alléguées, savoir
l'une pour la santé du corps; & l'autre pour le salut de l'Ame;
mais je craindrais, comme j'ai dit des le commencement de
ce discours, d'ennuyer le Lecteur qui aura peu trouver entière satisfaction
dans les écrits des doctes approbateurs de ce Livre précédent,
outre ce qui est contenu en icelui sur les plus beaux raisonnements
Physiques & Théologiques, qui se puissent désirer
à la louange du VIN & de l'EAU-DE-VIE.
Je ne prétend ici m'arrêter à entretenir le Lecteur, sur ce
que ma TORTUE a servi d'hiéroglyphe à plusieurs, pour signifier
la connexité du Corps avec l'Ame, qu'ils représentaient
par l'union qu'il y a entre sa Coquille & elle, mais je
me contenterai d'espérer qu'il me soit permis de mettre ici en
faîte une petite réflection morale en faveur des ARTS, appuyée
sur la pensée de l'Apôtre S. Paul, qui enseignait que, qui non
laborat non manducet, lequel semble vouloir donner à entendre,
que le moyen de mériter l'union du Corps avec l'Ame
se soit l'exercice de quelque ART.
C'est ce qui a fait observer, que dans les siècles passés auxquels
l'Ambition & la vanité n'étaient point adorées comme
à présent, plusieurs personnes, par la pure maxime d'éviter l'oisiveté,
laquelle est puluinar diaboli, ou plutôt par considération
de ne vouloir être à charge, ou comme membres superflus
au corps de la République; bref pour pouvoir être utiles &
charitables au prochain, ne laissaient de travailler avec assiduité,
siduité,
@
A U
L E C T E U R. 17
encore qu'ils eussent assez de biens acquis pour (sans rien
faire) vivre honnêtement selon leur condition, & arrivait assez
souvent que par leur travail exactement recherché, & hors des
inquiétudes de la nécessité, ils réussissaient beaucoup mieux aux
ARTS Libéraux, & à des ouvrages rares, utiles & curieux,
par lesquels ils rendaient leur patrie recommandable par dessus
toute les autres Nations.
POUR venir au sujet du Livre précédent, je désire
faire voir en passant combien la GRAPPE de raisin a de Relation
harmonique particulière, avec chacune de toutes les autres
parties de mon Ecusson, & spécialement montrer comme elle
est la Base d'icelui, & des six médailles qui le suivent: Pour à
quoi parvenir j'emploierai SEPT principaux moyens d'application
& réflexion sur le Blason de cette GRAPPE de Raisin.
PREMIEREMENT si j'y considère la TORTUE,
je trouverai d'abord, qu'elle peut être l'hiéroglyphique d'un
homme de spéculation laborieuse & Saturnienne, lequel
par son pas de TORTUE a été lentement & judicieusement
à l'entour du cercle de la révolution & vicissitude de plusieurs
heures, ou courses circulaires du Soleil, ou d'ouvrages recommencés
suivant l'exercice de son ART, dont la perfection dépende
du précepte Tarda diligentia, & d'un travail industrieux
& très-grande assiduité de corps & d'esprit attentif, & d'être sans
distraction enfermé dans sa Coquille, sur laquelle est pour cet
égard le signe de Saturne. ET (suivant le précepte)
Interpone tuis interdum gaudia curis.
Il est représenté par cette Tortue, ayant mis sa tête ou esprit
& pensée recluse, hors cette coquille, & du soin de toutes
affaires domestiques, vouloir passez par le règne du MER-
CURE, Inventeur de la MUSIQUE, pour s'aller reposer
quelque temps en passant à l'ombre de la GRAPPE.
De tous les Arts qui peuvent être censés symboliser au
naturel de la TORTUE, & à sa mélancolique spéculation
E
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18 L'I M P R I M E U R
& Saturnienne humeur. Je ne crois point qu'il y en ait à qui ses
qualités conviennent plus qu'à la Typographie, ou IM-
PRIMERIE, vu que outre ce qu'elle oblige un homme, à être
toujours sédentaire & enfermé dans sa Coquille (sur laquelle on
peut encore remarquer le signe de Saturne, pour ce que selon) plusieurs,
il est dit avoir le premier inventé l'Imprimerie en Italie;
elle a d'ailleurs pour Base métallique de ses Caractères &
PLANCHES d'IMPRIMERIE, le métal qui est dit
vulgairement symboliser à SATURNE, qu'on appelle
PLOMB, & le minéral qui symbolise au PLOMB, qu'on
appelle ANTIMOINE, desquels l'on respire les impures
vapeurs Saturniennes, très-désagréables, très-dangereuses &
contraires à la santé, pour la conservation de laquelle la Panacée
des Anciens serait très-nécessaire car les remèdes ordinaires
n'ont presque aucun effet pour la guérison de la Paralysie,
des coliques appelées par d'aucun Coliques de Peintre,
des fièvres continues extraordinairement aiguës & violentes,
dont par sinistre expérience, coutumièrement les symptômes
rendent plusieurs en tel état, que des plus célèbres médecins
désespèrent entièrement de leur convalescence, en laquelle ils ne
peuvent souvent revenir: outre qu'arrivant que ces mêmes vapeurs
Saturniennes soient une fois secondées par d'autres vapeurs
ou pensées mélancoliques de quelques affaires &
affliction d'esprit; C'est alors qu'elles causent d'innombrables
paroxysmes & symptômes, & que l'on éprouve qu'il y
a un souverain ANTIDOTE dans le bon VIN ou son
EAU-DE-VIE. Ce que j'ai dit des vapeurs se SATURNE,
& de l'ANTIMOINE, se doit aussi entendre de celles
des autres métaux, dont les signes sont pareillement dans le
Cercle de cet Ecusson de Typographie, parce qu'ils entrent
encore dans la Composition de la matière dont sont faites les
PLANCHES d'IMPRIMERIE.
SECONDEMENT, je pourrais ici prouver comme tous
@
A U
L E C T E U R. 19
les métaux & minéraux, peuvent être écrasés comme autant de
Scorpions, dont l'on peut par le moyen du JUS de la Grappe
tirer des remèdes de tout spécifiques contre les mauvais effets
de leurs vapeurs sulfureuses: mais je me contenterai de
faire emploi des savantes preuves & raisonnements de l'Auteur
du Livre ci-devant, & de ses doctes Epîtres d'Approbation,
par lesquelles le Lecteur doit être suffisamment
persuadé, que la QUINTESSENCE dont ils parlent à une
Relation admirable avec toutes les sept planètes du CIEL
des Philosophes, par le règne de chacun desquelles je prétends
que la TORTUE hermétique doive passer, pour corriger & séparer
leur léprosité métallique.
TROISIEMEMENT, je peux par une application
à la solitude laborieuse de ma TORTUE, considérer le naturel
de plusieurs qui font profession de la docte Théorie de MUSIQUE,
vu que les Anciens nous décrivent quelle a servi de modèle
à MERCURE, Inventeur de la MUSIQUE, pour
faire le premier Instrument d'icelle; & s'il m'était permis par
application à la qualité du poumon charneux, que Michael
Ephes. lib. 3. de par. An. cap. 8. & autres Naturalistes
remarquent être tel d'ordinaire en cette Tortue, je pourrais encore
considérer le naturel de plusieurs, qui font profession de
l'Artiste pratique de la MUSIQUE vocale on instrumentale,
vu que l'effet de leurs voix & instruments serait trop Saturnien
& mélancolique, sans les agréables influences du CIEL
Philosophique ou Bachique, qui anime tout, & donne le
moyen de gaiement Entonner.
QUATRIEMEMEMT, si je considère ce lien d'Amour,
qui quoi qu'au dessous de la Tortue se trouve néanmoins
disposé à l'ombilic de l'Ecusson, & au milieu entre icelle
& la Grappe, pour témoigner l'affection qu'il y a entre l'une
& l'autre: j'apercevrai aussi qu'il est entre la Palme mâle
& femelle; & entre la fleur Solaire & la Lunaire; entre la
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20 L'I M P R I M E U R
MUSIQUE vocale & Instrumentale; & qu'il a grande
Relation de ce lieu d'Amour avec notre Grappe, & sans
m'arrêter au Proverbe, sine baccho friget Venus, je remarquerai
seulement que plusieurs estiment, que ceux entre lesquels
il y a eu inimitié ou divorce, ne seraient parfaitement réconciliés,
ni que leurs affection pussent être entièrement r'alliées, sans ce
lien Bachique.
CINQUIEMEMENT, que si tout au bas, ou queue
de l'Ecusson, l'on y considère le chiffre du nombre de SEPT,
on y pourra adapter un nombre d'applications, ou sérieuses, ou
gaillardes sur la Grappe de Raisin: comme des sept Rectifications,
que l'Auteur du précédent livre prescrit pour la parfaite
préparation de l'EAU-DE-VIE; ou de l'économie
CHYMIQUE dans le Corps humain par les SEPT Rectifications
du suc des aliments pour l'entière préparation des ES-
PRITS de VIE; ou bien des sept imbibitions Philosophiques;
ou bien sur le motif que les Anciens ont peu avoir de nommer
le mois de la vendange le Septième, d'où vient qu'on
appelle encore par Périphrase assez commune, le VIN, Jus
de Septembre, & d'où quelques-uns concluent qu'on ne doit
boire plus de sept fois à quelque festin que ce soit, & que par sept
suffisantes ré-imbibitions de cette liqueur, plusieurs se sont trouvés
transportés dans ce ciel chimique, où ils découvraient avec
les verres de Bacchus, plus d'ASTRES que d'autres n'eussent pu
faire avec les lunettes de Galilée; ou bien selon la maxime des
MEDECINS, qu'il ne faut dormir plus de sept heures.
SIXIEMEMENT, si tout au haut de cet Ecusson l'on
considère la figure du Phoenix, l'on pourra observer la remarque
des Philosophes, qui estiment que leur EAU-DE-VIE doit
être le menstrue, dans lequel & par lequel se fasse la régénération
du Phoenix hermétique: d'autres par une méditation
plus gaye, pourront dire que ce Phoenix est pour représenter les
miraculeux effets du VIN, ou de son EAU-DE- VIE, qui selon
la
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A U
L E C T E U R. 21
la pensée de l'Auteur du livre précédent, semble devoir (s'il
faut ainsi dire) ressusciter ceux qui auraient déjà la MORT
sur les leurres, beaucoup mieux que la gène des seaux d'EAU
d'orge ou Tisane que plusieurs Médecins ordonnent de prendre
par chaque jour; ou bien ce diront-ils, pour représenter l'opinion de
quelques Médecins, qui prétendent qu'on doive faire une petite
débauche de temps en temps, particulièrement lors que l'on
est incommodé de quelque fièvre quarte, ou autre infirmité
cacochymique & mélancolique, & que cela soit capable de
faire faire corps neuf.
SEPTIEMEMENT. Et en dernier lieu, s'ils y considèrent
le FEU avec ses flammes à l'entour du Phoenix, ils pourront
y appliquer la pensée des Philosophes, que c'est par l'ART du
FEU que se font toutes les plus belles opérations de CHYMIE, & particulièrement
celle de l'EAU-DE-VIE: d'autres diront que par la
chaleur des ESPRIT S du bon VIN, & dans la rencontre d'une
dose un peu plus ample que l'ordinaire, plusieurs deviennent
insensibles au froid, quoi que dans la saison la plus rigoureuse
de l'hiver, & en quelque campagne qu'ils puissent être à découvert,
d'où ils concluent que deux verrées de bon VIN valent
mieux qu'un FAGOT.
Je ne doute point qu'il ne semble que ce soit trop présumer de
penser, que quelques-uns se donnent la patience de lire ces railleries,
non plus que d'oser espérer d'eux la liberté, de mettre ici en
suite les explications un peu plus sérieuses, & plus universelles,
auxquelles j'ai particulièrement dédié l'Enigme de l'Ecusson
sus-mentionné, sans craindre la Satyre & censure des moins complaisants
& moins spéculatifs, ou moins indulgents, qui m'accuseraient
de trop de prolixité, ou digression du sujet du livre précédent:
Mais je les prierai de considérer que j'ai été obligé de satisfaire à
la curiosité de quelques autres, dont les plus simples souhaits me tiennent
lieu de commandement absolu, outre que je prétends être appuyé pour
cet effet, sur la pensée de l'Auteur du livre précédent, qui prouve
F
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22 L'I M P R I M E U R
que le sujet d'icelui se rencontre avec quoi que ce soit, & qu'il
est le principe universel de toutes choses: c`est pourquoi pour y
procéder plus méthodiquement, je suivrai l'ordre de SEPT principaux
lieux communs de remarques & applications.
Le PREMIER doit être tiré de là DEVlSE de l'ECUSSON
sus-mentionné.
In ipsis, & ex ipsis, omnia.
Quoi que le sens de ce mots semble tenir du paradoxe, de dire
que dans les choses figurées dans cet Ecusson soient contenues,
& que d'icelles procèdent toutes choses. Je pourrais
néanmoins prouver d'abord cette pensée par les raisons qu'ont
autrefois apportés ces Philosophes, qui soutenaient que, omnia
sunt in omnibus: mais je craindrais de tomber dans l'incident
fâcheux de ceux qui veulent prouver une chose obscure par une
plus obscure; outre que j'ai des moyens d'explication si évidente,
qu'il ne s'en peut désirer de plus sensible.
Je ne m'arrêterai point à faire voir, que IN, exprime l'ES-
SENCE & EX, l'EXISTENCE des choses; & que le mot IPSIS peut
être entendu en divers égards; comme aussi que le mot OMNIA
reçoit diverses explications.
Avant que de parler du mystère du Chiffre de SEPT, par le
moyen duquel je prétends plus facilement parvenir à mon dessein
d'explication de la DEVISE ci-dessus. Je dirai quelque chose
des trois figures qui occupent le plus d'étendue dans cet Ecusson;
savoir du Triangle, du Quadrangle & du Cercle;
lesquelles trois peuvent être sensées les trois Principes de la
Typographie, ou plutôt Typo-Typie: & lors pour parfaire
le sens de cette application; après le mot omnia, doivent être
sous-entendus les deux mots Characterum genera: (Car en effet
tous les Caractères imaginables, tant Orientaux qu'Occidentaux;
soit inventés ou à inventer par ci-après, doivent être
composés de ces trois Principes; d'autres pourront apporter de
fort curieuses réflexions sur le Ternaire ou le Triangle, qui est
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A U
L E C T E U R. 23
le nombre mâle, ou bien la forme de la Composition du Nombre
de SEPT; & le quatre ou quadrangle qui est le nombre
féminin, ou Matière Elémentale; & sur le Cercle, qui représente
l'union sympathique au mélange des deux autres. Ou bien
le sens de cette devise ci-dessus se pourrait trouver encore mieux
représenté, sur le petit globe qui est dans la médaille de Typographie,
lequel outre qu'il représente en soi plus de quarante
ou cinquante figures de Caractères, parmi lesquels sont naïvement
figurés ceux, qui d'ordinaire signifient tous les métaux &
principaux minéraux, ainsi que je ferai voir en une autre occasion;
il peut être seulement remarqué en cet endroit contenir le
triangle, pour représenter le nombre de trois, & le quadrangle,
pour représenter le Quatre, dont est rempli le Cercle,
lequel signifie l'étendue orbiculaire de l'Univers; Cette
pensée est confirmée des plus célèbres Auteurs, & entre autres
de Bongus en ces termes suivants. Septenarius, est uniuersitatis
rerum omnium, cum corporalium tum & spiritualium,
absolutorius numerus.
La pensée des Philosophes Hermétiques a esté de couvrir de
grands mystères sous ces trois figures, dont entre autres l'un est.
Ex mare & foemina fac circulum, hinc triangulum: inde
quadrangulum. D'autres ont par le Cercle, entendu les mixtes;
par le Triangle, le trident d'hermès; en ses trois principes
Hermétiques Sel, Souffre & Mercure; ou Corps, Ame &
Esprit; ou les trois familles de la nature: savoir des végétaux
minéraux, & animaux &c. & par le Quadrangle avec ses
quatre notes de Musique qui l'environnent, peuvent être représentées
les quatre humeurs, ou bien les quatre Eléments, &c.
d'autres n'oublieront à faire réflexion sur le grand Elixir Hermétique,
qu'ils disent contenir la vertu de toutes ces closes.
D'autres élevant leur pensée encore plus haut, pourront y
remarquer les plus considérables & inconcevables attributs divins;
savoir par le Cercle, l'Eternité; par le Triangle, la
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24 L'I M P R I M E U R
sacrée Trinité; & par le Quadrangle, l'Immutabilité.
Bref encore que I. le mot Ipsis de la DEVISE pût être entendu,
ainsi qu'il a été dit, des trois figures ci-dessus il peut être
aussi facilement expliqué, 2. ou sur toutes les autres parties
ce cet Ecusson en particulier; 3. ou de toutes ensemblememt, 4. ou bien
seulement sur les sept caractères des planètes & métaux qui
y sont contenus: 5. ou bien sur ce que toute sa médaille peut signifier
par relation aux six médailles dépendantes, dont elle porte
les Armes en Ecusson; 6. ou sur chacune des autres six en particulier,
7. ou sur toutes SEPT ensemblement, considérées comme
sept catégories, dans lesquelles SOIENT, & desquelles EXI-
STENT toutes choses, & alors elles pourront recevoir les SEPT
noms suivants.
LA PREMIERE, est que la Médaille de l'Ecusson
sus-mentionné sera appelée Moles en Grec ὔγχος.
LA SECONDE, qui est la Médaille de Typographie,
peut être appelée Figura en Grec σχη̑μα.
LA TROISIEME, qui est la Médaille de l'harmonie,
peut être appelée Temperamentum en Grec χράιος.
LA QUATRIEME peut être appelée Ordo, ou Τάξις.
LA CINQUIEME peut être appelée Commensuratum,
ou συμμερτρία.
LA SIXIEME peut être appelée Color, ou χρω̑μα.
LA SEPTIEME & dernière Médaille, peut être appelée
Essentia, ou Res ipsa en Grec γσία, laquelle arrive la
septième, par la conjonction & union des autres parties: Car
ainsi qu'assure Plautinus. Essentia est congeries accidentium,
& selon le dire d'un autre: Illa enim enumerata accidentia
si tollas à corpore, eu anescit corporis Essentia. Bref si
quelqu'un se trouve scandalisé de ce nouvel ordre de Catégories,
& qu'il y rencontre quelque chose à redire; je m'assure
& espère, qu'il ne demandera long temps sans être satisfait
pour l'impression des doctes écrits d'un homme de mérite, & des
plus
@
A U
L E C T E U R. 25
plus grands Génies de ce siècle, que par respect je ne désire
nommer en ce rencontre.
Et si ce que dessus ne suffit pour faire entendre l'explication
du mot ipsis, je me servirai par hypothèse, d'une expression bien
familière: savoir qu'il n'y a qu'à supposer que les sept Médailles
ci-dessus mentionnées, soient comme sept cloches, desquelles
on pourrait faire un carillon, & que sur le son d'icelles
il y aurait moyen d'exprimer toutes sortes d'Airs que l'on y voudrait
adapter.
Il reste maintenant à expliquer le mot omnia, auquel d'abord,
la modestie & reconnaissance de mon bien peu de capacité,
ne me permettent de lui adapter autre signification, que de tout
le peu de choses que j'ai reçu autrefois quelque instruction &
intelligence; tant en ma profession de Typographie, que même
en Théologie & Physiologie, durant le temps que j'y ai
étudié.
MAIS s'il m'était permis d'employer toute l'étendue de la
comparaison du Carillon: Je pourrait prouver qu'encore qu'une
personne peu versée comme moi, n'y pût faire rencontrer que
fort peu d'Airs, & pensées de l'Harmonie Universelle, néanmoins
quand il en viendrait un autre doué de parfaite intelligence
& habitude, cela n'empêcherait pas qu'il pût y faire raisonner
toutes sortes d'A I R S, ou Pensées curieuses sur quelque sujet
que ce fût; ce qui pourrait, comme j'estime, rendre vraisemblable
la DEVISE ci-dessus, qui serait écrite sur la première des
sept cloches.
In ipsis, & ex ipsis, omnia.
Ou bien plutôt suivant une comparaison tirée de la Typographie:
Je peut soutenir que la composition des PLAN-
CHES de tous les livres du monde, faits & à faire, sur quelque
ART ou SCIENCE que ce soit, & en quelque langue que ce puisse
être, consiste en SEPT considérations. La I. est la lettre:
la 2. est la syllabe: la 3. est l'abréviation: la 4. est la diction:
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26 L'I M P R I M E U R
la 5. est la diction avec la diction: la 6. est la diction
avec les dictions: la 7. est les dictions avec les dictions.
OU BIEN pour rendre encore cette explication plus palpable:
toute PLANCHE peut être considéré Géométriquement
par les SEPT remarques suivantes, I. la longueur: 2. la largeur:
3. la profondeur: 4. le point: 5. la ligne: 6. la superficie:
7. le solide.
BREF en I. lieu la preuve du sens de cette DEVISE à l'égard
de la grappe de Raisin, peut être observée dans le livre
précédent, & dans les doctes Epîtres de ses approbateurs: savoir
que l'ESSENCE du JUS de cette Grappe E S T en toutes
choses; & que toutes choses EXISTENT & végètent par
sa vertu.
LE SECOND lieu Commun de remarque est sur la TORTUE
saturnienne.
PLUSIEURS Auteurs estiment que la qualité saturnienne
est le principe de congélation de tous les métaux, & qu'elle se rencontre
en tous. Je crois que c'est ce qui a fait dire aux Auteurs
plus renommés de Philosophie Hermétique, que
leur matière est de la famille de Saturne; & qu'elle doit être
séparée de sa Coquille, ou terrestréité, & passer en forme de
dissolution Mercuriale par l'entremise du JUS de cette Grappe,
qu'ils appellent ou l'EAU-DE-VIE ou le VINAIGRE des
Philosophes, ou pour mieux dire, le dissolvant universel, qui
résout & fixe tous les esprits Saturniens de cette TORTUE Hermétique:
ou bien selon la remarque des autres, que les Anciens
dans leur Mythologie n'attribuaient sans dessein à SATURNE
l'âge d'or tant chanté dans leur Poésie, & que mêmes les Egyptiens
lui peignaient un serpent, à la main pour signifier la
grande bonté, & l'usage en Médecine de ses parties séparées
par la docte CHYMIE: comme sel, huile, esprit, litharge, céruse,
minium, cendrée, sucre, & magistère.
D'AUTRES fondés sur la maxime, que Heroicum, ingenium,
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L E C T E U R. 27
melancholicum ingenium, ou que labor improbus
omnia vincit, disent qu'en tous ARTS & S C I E N C E S la sage
conduite & constance de la TORTUE Saturnienne est requise,
tant pour surmonter la difficulté des principes, que celle du progrès,
pour acquérir quelques sortes de perfection dans icelles.
Je crois que c'était en cette considération que les Péloponnésiens
battaient leur monnaie au coin & figure d'une Tortue, laquelle
à cet égard ils appelaient du nom de Tortue, à laquelle
ils donnaient cette Devise.
Ταν αρεταν χαι ταν σοφιας νιχαντι χελω̑ναι
Vincitur & sapientiâ, & à TESTUDINE Virtus.
D'AUTRES dans une pensée Théologique, disent que tout
ceux qui veulent se conserver la qualité de raisonnables, doivent
faire en sorte, que toujours la partie supérieure domine
sur l'inférieure, & suivant les prescriptions Evangéliques; disent
aussi qu'il faut porter toujours la Croix du signe de Saturne
dedans son coeur, pour mortifier toutes nos inclinations
sensuelles. Ce qui a fait dire à l'Apôtre S. Paul, qu'il
y a une Loi dans nos membres qui combat continuellement
contre celle de l'Esprit, ce n'est pas pourtant qu'il n'admette
l'usage du VIN, comme un souverain Remède UNIVER-
SEL: car en sa première Epître à Timothée chap. 5. vers. 23. il
lui écrit en ces termes, Ne bois plus d'EAU, mais use d'un
peu de VIN à cause de ton estomac, & à cause des maladies
que tu as souvent.
Je ne peux m'empêcher d'adjoindre encore une petite réflexion
Physique à celle de Théologie ci-dessus, & ce sur la D O S E
du correctif & remède à l'indisposition Saturnienne de ma
TORTUE, par la chaleur de cet ESPRIT vineux, dont l'usage
semble mal-faisant hors l'occurrence des repas, ou de quelque
infirmité, de Mélancolie, ou d'inanition après le travail;
bref n'être nécessaire qu'alors que l'harmonie des quatre
humeurs ou quatre qualités n'est pas dans son équilibre &
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28 L'I M P R I M E U R
tempérie ordinaire: car autrement l'on se rend blâmable d'un
pur dessein de débauche, désordre ou cacophonie contraire
à l'intention de l'harmonie de santé, ainsi que j'ai vu pratiquer
plusieurs fois dans les pays Septentrionaux, où l'on boit
plus par coutume & complaisance qu'autrement, suivant la
remarque d'un Ancien qui disait, non bibunt ut viuant, sed
viuunt ut bibant: Car disait-il, ce n'est pas boire pour vivre,
que d'en user par excès, puis que la santé, qui est le maintien de
la VIE, requiert la sobriété, & que les réplétions trop grandes des
aliments, quoi qu'on face choix des plus délicats & plus excellents,
causent souvent de grandes maladies, voire même la
MORT, suivant le Proverbe, Plures occidit gula, quam gladius.
Et c'est alors que par accident de l'indiscrétion de celui qui
use immodérément du VIN, ou de son EAU- DE-VIE, il en arrive
la même chose que de tous les autres plus précieux remèdes CHY-
MIQUES, dont si l'on n'observe une DOSE raisonnable, & judicieusement
dispensée par une exacte dogmatique, ils produisent
des effets d'autant plus nuisibles & dangereux; & lors
dans l'excès ils méritent plutôt le nom de Poison que de Remède:
le Lecteur pourra observer sur ce sujet les doctes sentiments
de l'Auteur du livre précédent, & de ses savants approbateurs.
Je RESERVERAIS à une autre occasion un nombre de curieuses
recherches sur plusieurs choses que les Philosophes ont appliqué
au Blason de tous les métaux nécessaires à l'IMPRIMERIE,
& entre autres à celui de Saturne ci-dessus mentionné, comme
dépendantes de son règne, savoir la TYPOGRAPHIE ainsi qu'il
a été ci-dessus remarqué; l'Astronomie, la Foi, la Prudence,la
Confiance, la Patience, la Douleur, la Tristesse, la
Fermeté, l'Aries & Aquarius, Décembre & Janvier, le
Samedi, le Diamant, l'Agate, le Geratien, le Marbre
noir, la Terre, l'Hiver, la Mélancolie, l'Age décrépit;
& pour couleur le Noir, & plusieurs autres choses, tant dans la
famille
@
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L E C T E U R. 29
famille des qu'en celles des minéraux, végétaux, & des animaux,
lesquelles je remettrai pareillement à une autre occasion.
Je différerais aussi à une autre occurrence la description curieuse
de l'Ile des Tortues, de leurs propriétés, & de l'usage
curieux de leurs Ecailles, ensemble de décrire la vénération
que les habitants de la Nouvelle France leur ont déferré, prétendant
être originairement provenus d'icelles.
Je ne m'arrêterais pas non plus à traiter du Mercure, dont le
le signe est aussi bien que celui de Saturne, au milieu de l'Ecusson
sus-mentionné, auquel les Anciens ont attribué d'être Inventeur
des LETTRES; de tous les Arts; & particulièrement
de la MUSIQUE, & de la MEDECINE Hermétique ou Universelle;
& même l'Invention du Commerce en toute Marchandises;
& réserverai aussi à un autre lieu de montrer le grand
estime que les Chimistes font du Mercure de Saturne.
POUR conclure, je dirai seulement que plusieurs ont donné le
nom d'Ecusson à la Tortue, tant à raison de la dureté impénétrable
de son Ecaille, qu'à cause qu'elle est en figure d'Esson,
d'où vient qu'ils l'ont appelé scutiporta, ou scutiformis.
Si le Lecteur se trouve ennuyé de l'entretien mélancolique
de la Tortue Saturnienne, je le convie à prendre
une petite DOSE du JUS de sa GRAPPE, avant que de
recommencer la lecture de la suite, & le supplie d'agréer
cet avertissement au lieu d'une division par Chapitres,
qui aurait peu rendre la lecture de ce discours
moins ennuyeuse.
LE TROISIEME lieu commun d'explications est ce lien
d'Amour, qui est posé vers le bas, quoi qu'au milieu de l'Ecusson
sus-mentionné, il peut être expliqué pour le principe,
que les Philosophes appellent privation ou sympathie,
qu'ils disent être absolument nécessaire à la génération, quoi
qu'il me semble qu'à parler proprement ce ne soit rien que la
H
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30 L'I M P R I M E U R
disposition, aptitude, ou relation Harmonique de la Matière à
la Forme; ou de la Forme envers la Matière réciproquement
Le Lecteur suppléera, s'il lui plaît, à toutes les autres choses
que j'aurais pu mettre sur ce sujet.
LE QUATRIEME lieu commun comprend le Phoenix
sur le FEU, qui est tout au haut de l'Ecusson sus-allègué; il
y a tant de choses à dire sur les divers effets du FEU, que le Lecteur
sera supplié de voir les livres entiers, qui traitent de la
PYROTECHNIE, ou Art du FEU; par lesquels il semble que
la qualité ignée soit l'Ame de toutes le choses du monde, &
la principale cause universelle de leur génération.
Il y a encore bien des choses à remarquer sur le Phoenix,
lequel outre qu'il représente la vicissitude des Caractères ou
PLANCHES d'IMPRIMERIE, des cendres desquelles par l'Art
du FEU qui est dans nos fourneaux Typochusiques, nous les
faisons renaître toutes nouvelles. Il peut encore signifier comme
les Monarques & hommes illustres par le moyen de la Typographie,
renaissent de leurs cendres ou actions mémorables &
vertus héroïques, dont on imprime des Histoires Chronologiques,
qui les rendent immortels à la postérité.
BREF ce même Phoenix peut être l'hiéroglyphe de la vicissitudes
de toutes les choses du monde, qui ne subsistent que par
des révolutions de moments, d'heures, de jours, de mois, d'années
ou de siècles, qui terminent la VIE de toutes les créatures; ou plutôt
peut représenter la vertu propagatrice que le souverain
Créateur de l'Univers a mis en toutes choses, s'étant réservé à
lui seul l'Eternité, ce qui nous fait continuellement voir les
effets du dire du Philosophe. Corruptio unius est generatio
alterius, ou d'un autre qui disait. Ut unda undam, sic
homo hominem trudit.
PLUSIEURS, outre ce voyant la figure de ce Phoenix y trouveront
sujet de Contemplation creuse, pour ne dire hypochondriaque,
sur l'immortalité des Essences ou des divers effets de
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A U
L E C T E U R. 31
la Métempsycose Hermétique; d'autres élevant leurs pensées
plus haut y pourront remarquer la figure de l'Espérance
de la Résurrection, ou bien mêmes du Mystère de la Rédemption
des Chrétiens.
LE CINQUIEME lieu commun concerne la Palme, mâle &
femelle; & la fleur Solaire & la Lunaire: les premiers par leur
penchement & caresses, témoignent assez la sympathie & inclination
naturelle qu'il y a entre les deux sexes, ou bien entre
toutes les choses homogènes: les derniers, que les Grecs appellent
Héliotrope, & Scelenotrope, lesquels suivent les inclinations
& figures du Soleil & de la Lune, n'ont pas moins d'applications
à recevoir sur la sympathie & correspondance des
choses sublunaires avec les célestes: & pour prouver les relations
harmoniques qu'il y a entre icelles; ensemble pour observer la
belle & curieuse connaissance des signatures de cette Typographie
Universelle, dont l'ARCHETYPE ou prototype est en
l'Empirée; l'ECTYPE est au Ciel inférieur; & les CARA-
CTERES sont dans le globe Géographique & hydrographique
du Macrocosme.
D'AUCUNS se souviendront en même temps de l'Allégorie
des saintes Ecritures, & particulièrement au Cantique des
Cantiques; où ils auront remarqué l'Amour spirituel de l'Eglise
envers son Chef & Epoux ; ou bien même celui de l'Eglise
militante avec la triomphante: d'autres pourront particulièrement
observer l'Emulation que l'homme doit avoir de suivre
les volontés & préceptes Evangéliques, ayant l'honneur par préférence
à toute les autres Créatures d'être comme un Héliotrope
créé à l'image & ressemblance de son Dieu, & illuminé de cette
étincelle de divinité & semence d'immortalité, qui est l'Ame
raisonnable: outre que par le mystère de l'Incarnation, la
Nature divine a été revêtue de l'humaine: & qu'aussi l'Apôtre
S. Paul appelle les vrais Chrétiens les Temples du S. ES-
PRIT, & de ses divines influences.
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32 L'I M P R I M E U R
LE SIXIEME lieu commun, est celui où je prétends expliquer
le mot HARMONIQUE, que j'ai donné pour Epithète à
l'Ecusson sus-mentionné, & sans m'arrêter à toutes les raisons
harmoniques qu'il y a dans les autres parties d'icelui, & dans
les autres six médailles suivantes; je ferai simplement réflexion en
cette occurrence sur la figure du 7. qui est précisément au bas &
queue de l'Ecusson sus-allègué, comme pour signifier qu'il est
de base générale & universelle à toute son étendue prolifique
d'harmonie, ou pour user des termes du Proverbe, à la queue
est la vertu propagatrice de l'Epithète harmonique, & ce
conformément à la pensée & l'autorité unanime des Philosophes
Anciens, lesquels quand ils ont voulu représenter l'UNIVERS
par une figure, qu'ils appelaient en Grec P A N, ils l'ont figuré
avec une flûte à SEPT chalumeaux, pour servir avec la L Y-
R E ou VIOLE à SEPT cordes, d'hiéroglyphique plus remarquable
de l'HARMONIE UNIVERSELLE; en parlant, de laquelle
ils ont dit.
In qua SEPTEM soni, SEPTEMO discrimina vocum.
L'HARMONIE, ce me semble peut être considérée dans toutes
les choses qui consistent & subsistent, par l'union, composition,
& accord de plusieurs circonstances & qualités requises,
suivant l'Etymologie du mot αρμόζω, qui signifie; adapter,
duquel est dérivé celui d'HARMONIE, qui est proprement la
correspondance & adaptation unie dans les systèmes de plusieurs
parties intégrantes à composer un Tout, ou Corps mixte, tel
qu'il soit.
J'AURAIS moyen de faire ici réflexion sur la pensée des Poètes
concernant la naissance de l'HARMONIE, qui semblent par esprit
Prophétique avoir voulu particulièrement décrire la Naissance
de l'HARMONIE TYPOGRAPHIQUE, plusieurs siècles
auparavant l'Invention de l'IMPRIMERIE, quand ils ont dit,
Ex concubitu Martis cum Venere nata fuit Harmonia.
Ce qui semble ne pouvoir recevoir d'explication moins contrainte
que
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A U
L E C T E U R. 33
que d'entendre sous le nom de MARS tous les prototypes ou
POINÇONS, qui sont d'ACIER; & sous le nom de VENUS
toutes les MATRICES qui sont de CUIVRE, lesquelles proviennent
les CARACTERES de toutes les PLANCHES
d'IMPRIMERIE.
COMBIEN de choses admirables à remarquer dans cette
Harmonie Typographique d'une belle impression, où
tous ses Caractères observent exactement les SEPT lois d'Harmonie
& symétrie suivantes: savoir, I. dûment représenter
les divers effets de la Plume; 2. d'être en grandeur;
3. en largeur d'Echantillon; 4. en ligne; 5. en approchement,
6. en penchement, 7. en hauteur en papier.
COMBIEN de merveilles en la MORALE TYPOGRAPHIE,
ou HARMONIE TYPOGRAPHIQUE des CARACTERES des
passions si doctement & élégamment enseignée par le sieur de
la Chambre MEDECIN DU ROI, & ordinaire de MON-
SEIGNEUR LE CHANCELIER.
COMBIEN de miracles à remarquer dans l'HAR-
MONIE de la santé du corps humain, & dans l'industrie de
tous les efforts de cette admirable Machine. Combien plus en
ceux de l'Ame raisonnable qui entretient la VIE de ce Microcosme
Chef-d'oeuvre de la Toute-puissance Divine.
COMBIEN d'admirables effets dans l'HARMONIE
des sept planètes; dans celle des sept métaux; & dans celle des
sept SCIENCES OU ARTS Libéraux: entre lesquels
(pour conclure) Je n'en trouve point qui aie de charmes plus
sensibles & plus ravissants que la MUSIQUE, à laquelle j'ai
par un voeu plus particulier dédié cet ECUSSON HAR-
MONIQUE, & par laquelle je désire finir le Blason d'icelui,
le plus succinctement qu'il me sera possible.
LE SEPTIEME & dernier lieu Commun de ce Blason,
comprends toute la MUSIQUE que je divise en vocale, représentée
par les deux Livres: & en Instrumentale aussi
I
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34 L'I M P R I M E U R
représentée par les deux Instruments qui sont dans cet
Ecusson.
JE subdivise la VOCALE, en Pleine, autrement appelée
Chorale: & en figurée, qu'ils appellent aussi diminuée.
L'INSTRUMENTALE se peut subdiviser en
Instruments à Chorde, & en Instruments à vent; les uns à
manche, les autres à clavier, ainsi que représentent la VIO-
L E, & la petite ORGUE, ou flûte de Pan dans cet Ecusson,
où il n'y a aucun de ceux qui peuvent être imaginés, & se peuvent
faire sans manche & sans clavier, comme étant dépendants
de l'un ou l'autre des deux sus-allégués, desquels doit être
emprunté tout ce que peuvent avoir d'agréable les autres qui
n'en sont que les diminutifs. Ainsi qu'il sera prouvé ci-après.
ENTRE tous les Instruments à VENT, je n'en trouve
point de plus considérable que l'ORGUE, qui est une riche Machine,
ornée de mille belles diversités de Jeux & d'Artifices
Harmoniques, qui représentent le Concert Universel de
tous les Instruments à Vent, laquelle peut être signifiée
par les sept chalumeaux dont est composée la flûte de PAN
ci-dessus mentionnée, que je prétends avoir été le modèle d'Invention,
sur la répétition de laquelle la Machine de l'Orgue
a été depuis trouvée.
ENTRE tous les Instruments à CORDE, je prétends
aussi n'y en avoir point de plus considérable que la VIOLE,
anciennement appelée LYRE, & quoi que contre l'opinion de
la Secte des Luthériens: Je soutiens que la VIOLE doive tenir
le premier rang, sous la figure de laquelle peut être aussi compris
le Violon, vu qu'il en est le diminutif, & auquel on doit
néanmoins attribuer de grandes louanges: dont je me contenterai
de dire, qu'encore qu'il soit des plus simples & plus communs,
il ne laisse d'avoir été appelé le R O I des Instruments
par plusieurs fort savants en la MUSIQUE; qui le disent
être le plus excellent après la VIOLE, pour avoir effet sur les
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A U
L E C T E U R. 35
passions & affections du Corps & de l'Esprit, & disent que
par dessus tous les autres Instruments, outre les Chants des
Animaux, tant volatiles que terrestres, il imite toutes les belles
modulations & divers accents de la VOIX:: humaine,
& contrefait touts sortes d'Instruments, comme les Orgues,
la Cornemuse, le Fifre, &c. En sorte qu'il peut apporter
de la tristesse comme fait le Luth, & animer comme la
Trompette, & que ceux qui le savent toucher en perfection,
peuvent représenter tout ce qui leur tombe sous l'imagination,
ce qui ne se peut pratiquer sur le Luth, ni autres; mais excellemment
bien sur la VIOLE, & avec d'autant plus de douceur
harmonieuse, & d'étendue, qu'elle a plus de concavité raisonnante
& plus de cordes que le Violon, qui n'en est que le diminutif,
ainsi que son nom le signifie.
POUR rendre sans réplique ceux qui favorisent le parti du
LUTH, & leur ôter la croyance que ce que je dit en faveur de
la VIOLE, soit par préoccupation d'Esprit, & pour être trop
particulièrement esprits de la curiosité d'icelle, ou bien par manque
de Connaissance des effets que peut produire ce Luth. Je
supplie le Lecteur curieux me permettre de lui faire entendre succinctement
mes SEPT motifs de Persuasion, que la VIOLE est
beaucoup plus propre à l'HARMONIE que n'est pas le
Luth; Et pour quelles raisons il lui doit céder la prééminence
aussi bien que tous les autres Instruments de MUSIQUE.
PREMIEREMENT, par l'ANTIQUITE, vu
que les Anciens Auteurs nous ont laissé par écrit dans leurs
descriptions Mythologiques que MERCURE, qu'ils disent
tous Inventeur de la MUSIQUE, avait inventé le premier
Instrument d'icelle, sur le modèle d'une TORTUE
morte qu'il rencontra inopinément en un champ, dans les Ecailles
de laquelle il s'aperçut qu'il y restait encore quelques
nerfs à demi desséchés, & que s'avisant le toucher ces nerfs,
ils lui semblèrent rendre un raisonnement agréable: après
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36 L'I M P R I M E U R
quoi, ils décrivent aussi qu'il y mit SEPT cordes que l'on touchait
avec un Archet, & que ce premier Instrument de MUSI-
QUE fût lors appelé LYRE, & depuis par les modernes a été
nommé VIOLE: ce qui peut aussi faire voir en passant, que c'est
par abus, si plusieurs ont estimé que la VIOLE & la LYRE fussent
deux choses différentes, vu qu'aussi en Angleterre, où j'ai
été durant trois à quatre années j'ai observé entre autres choses,
que le plus souvent ils appellent le jeu de VIOLE, jeu de LY-
RE, sur laquelle pour mieux jouer par accords, d'aucun admettent
SEPT cordes suivant l'institution originaire: au lieu
qu'à présent en France on n'en met ordinairement plus que
six, & semble que cela ne soit arrivé qu'en considération de ce
que la chanterelle fait ordinairement la fonction de deux
cordes.
Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur la primauté
ou antiquité de la VIOLE; que pour n'ennuyer le Lecteur, je réserverai
à une autre occasion; comme pareillement ce qui pourrait
être dit sur ses autres prérogatives & articles suivants:
dont le 2. peut être fondé sur la conformité qu'elle a avec les plus
agréables modulations & accents de la VOIX humaine,
qui est le naturel & ORIGINAL, dont l'imitation doit être le
but du dessein, & de l'effet de tous les Instruments de
MUSIQUE: Le 3. Article, sur la naïve expression de la durée
harmonieuse des sons: le 4. Article, sur la distincte représentation
de la vitesse d'iceux avec leur subit assoupissement
nécessaire dans les diminutions & divers ornements de l'HAR-
MONIE: le 5. sur sa grande commodité à la société & conversation
humaine: le 6. sur le peu de dépense & peu de
cordes à entretenir en état, & auxquelles il n'est besoin de
toujours vétiller, comme au LUTH: le 7. & dernier Article, peut
être sur la facilité à représenter tout ce qui d'abord peut tomber
en l'imagination, outre la parfaite expression continuée d'un
beau Chant, & mêmes de plusieurs parties par Accords, sans
qu'il
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A U
L E C T E U R. 37
qu'il soit requis d'y employer que les doigts d'une seule main:
Tous lesquels avantages de la VIOLE serviront quelque jour
de matière, pour emplir un traité exprès sur ce sujet, qui pourra
contenir SEPT chapitres.
FINALEMENT je ne laisserai davantage le Lecteur en suspends
de mon sentiment sur la question que l'on pourrait faire:
savoir quel est le plus excellent Instrument, la VIOLE
ou l'ORGUE, Ou bien enfin quel est le plus agréable, & dont
l'usage soit plus à estimer de tous les Instruments de
Musique en général, soit à CORDES ou à VENT.
POUR y procéder plus méthodiquement & plus brièvement:
Je ne prétends appuyer mon sentiment que sur l'autorité des
Anciens, & sur l'usage du sens commun.
LA MYTHOLOGIE nous ayant ci-dessus fait voir que la
flûte de Pan avec ses SEPT Chalumeaux, a été le modèle de
l'invention de l'ORGUE, & qu'elle n'est fondée que sur la répétition
des SEPT degrés de cette flûte de Pan, & par la continuation
de plusieurs DIAPASONS: Je peux dire qu'elle ne doit
être considérée comme un instrument seul: mais comme une Machine
composée de plusieurs instruments ou flûtes de
Pan ensemble, que l'on peut nommer pour cet égard ARCHIFLUTE
de PAN, & l'on lui peut lors mettre en parallèle
l'ARCHI-VIOLE, qui a été de même inventée par augmenta-
sur la VIOLE.
DE sorte que dans l'hypothèse, que l'on mette à une ARCHI-
VIOLE autant de cordes & de pareille invention aux tuyaux
de l'ORGUE, ou ARCHI-FLUTE de PAN.
Je ne feindrai point de dire, que l'ARCHI VIOLE sera d'un
effet beaucoup plus harmonieux & plus agréable par sa
charmante douceur, à raison de ce qu'entre autres choses tous
les sons auront la même Concavité, & étendue de raisonnement
de toute la capacité de la voûte tostudinaire de
l'instrument: au lieu qu'à l'ORGUE, quelque grande qu'en
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38 L'I M P R I M E U R
soit la Machine, chaque son différent a son tuyau particulier;
ce qui est cause de ce que ses sons plus aigus ne peuvent
avoir que la capacité de l'étendue d'un petit sifflet:
& ce qui est encore très considérable, c'est que le VENT de
l'ORGUE ne s'augmente ni diminue en un instant dans ces
tuyaux, à la discrétion momentanée de celui qui joue, vu
que c'est un autre, qui est commis pour souffler, & auquel il
lui serait bien difficile de prescrire à toutes les diverses occurrences
quand il devrait plus ou moins souffler: Outre que quand
mêmes il s'en voudrait donner la peine, il ne pourrait pas, ce me
semble, faire précisément & à chaque moment rencontrer
dans ces tuyaux, le plus grand ou moindre effet nécessaire de ses
soufflets: au lieu qu'un seul peut jouer de la VIOLE, & dans
chaque instant successif différemment de l'un à l'autre, régler
à discrétion le son, en forçant ou modérant le trait de
l'Archet sur icelle, dont le raisonnement amoureux, représente
exactement toutes les passions humaines: outre que suivant
l'opinion des plus spéculatifs, l'on peut encore considérer que
tous les Instruments à CORDE n'ont le défaut ordinaire de tous
ceux qui sont à VENT, lesquels commencent le plus souvent le résonnement
de chaque son, par un faux ton & imparfait, jusques à
ce que le V E N T soit parvenu dans l'état de pouvoir remplir
toute la capacité du TUYAU, & de la vient que les plus sensibles
en l'Harmonie, ne trouvent de satisfaction entière dans leur
diminutions où devraient être les plus grands ornements d'icelle.
ENFIN sans parler des miraculeux effets que les Anciens ont
attribué à la L Y R E ou VIOLE d'Amphion, ou d'Orphée:
Je terminerai le plus brièvement qu'il me sera possible, la question
du point d'honneur mû entre la VIOLE, comme originaire
de tous les Instruments à cordes; & la FLUTE de PAN qui a
aussi été le modèle de tous les Instruments à vent. Toute
l'Antiquité demeure d'accord qu'APOLLON reçut de MER-
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A U
L E C T E U R. 39
CURE la LYRE ou VIOLE, & qu'il fût puis après estimé CHEF
& conducteur des MUSES; qu'il vainquit Marsias & l'écorcha,
pour avoir osé contester contre lui pour la préférence de la
MUSIQUE; qu'il survint un différent entre cet APOLLON
& PAN, pour la précellence de leur Chant & Harmonie; &
qu'APOLLON avec sa Lyre ou VIOLE, & P A N avec sa
FLUTE jouèrent en l'Assemblée où Mydas fût appelé par
les Dieux, pour être arbitre avec le nommé Tmole du différent
sus-mentionné; Tmole ayant donné sa sentence en faveur
d'APOLLON, & de sa VIOLE, avec l'approbation de toute
l'assistance: MIDAS s'opposa à cette sentence de TMOLE
comme inique, & préféra PAN avec sa FLUTE, au désavantage
d'APOLLON & de sa VIOLE: Mais il est à remarquer,
que MIDAS fût aussitôt puni, & qu'en témoignage de son
peu d'esprit & de son peu de jugement; les Dieux lui firent
paraître à la Tête des oreilles d'Ane, qui lui sont toujours
demeurées depuis.
Je laisse au Lecteur de tirer telle conséquence qu'il lui plaira
du sens de cette description, & de ce qui ensuit dans la Mythologie:
savoir que les MUSES pour honorer la LYRE ou VIO-
LE de leur APOLLON, comme l'Impératrice ou Astre dominant
sur tous Instruments Harmoniques, la transportèrent
au CIEL, sous l'apparence de la constellation qui est encore
à présent appelée LYRA par les astronomes de ce temps,
dont les Judiciaires tiennent que ceux qui naissent sous cet astre,
sont adroits & prennent plaisir à manier les Instruments
de MUSIQUE.
Je ne parlerai point ici de la possibilité de l'ORGUE syllabique,
non plus que d'un Instrument Universel, qui puisse facilement
imiter l'effet de toutes sortes d'Instruments, soit ensemblement
ou distinctement selon la facile direction d'un homme
seul étant dans son lit, qui pourrait à discrétion faire jouer cet instrument
par le moyen de divers Registres qu'il n'aurait qu'à
tirer.
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40 L'I M P R I M E U R
Je ne décrirai point aussi l'artifice d'une ARCHI-VIOLE
à Manche d'une autre façon que ce que plusieurs appellent
improprement LYRE, sur laquelle ils mettent quinze cordes
Car il y aurait toute autre disposition en celle-là, pour l'effet du
filet, & pour l'effet du chevalet; & s'il s'en faudrait beaucoup
qu'il y eu tant de cordes: mais toutes ces choses quoi
que possibles, ne sont encore en Etre que dans la pensée des spéculatifs.
Je ne prétend points ici non plus parler du blason de l'Ecusson
Harmonique ci-dessus, enluminé de ses cinq couleurs &
deux métaux, & diversité de leur sept différents Champs, lesquels
lui donnent autant de divers sens qui fourniraient sept
traités d'explication.
BREF, je dirai seulement quelque chose sur l'explication de
ce CHIFFRE, qui est posé immédiatement au dessous du lien
d'Amour, dont dépend icelui CHIFFRE, lequel contient en
soi entrelacées les Lettres des noms qui me sont les plus considérables.
Je pourrais prévoir que quelques-uns qui ne les connaîtront,
& qui se pourront rencontrer être des plus spéculatifs en la
dévotion, expliqueront que le D. signifie DEUS; & que l'I qui
est dedans signifie JESUS; & que l'S. qui est contiguë signifie
SPIRITUS SANCTUS; que la double M, signifie MARIA MA-
TER: Et que d'autres qui auront l'imagination encore plus
préoccupée des Idées de dévotion, pourront supposer que la
Croix du Saturne, qui est vis à vis & au dessous du lien d'Amour,
soit au milieu d'icelui, & descendante par son extrémité inférieure
jusques au milieu de la double M: où on se pourra encore
aisément imaginer une barre transversale, en sorte qu'avec
les bases des deux côtés d'icelle M, elle représente la figure d'une
H, dont cette barre transversale servira d'appui à la Croix ci-
dessus mentionnée, & se rencontrera former un A avec le milieu
d'une des M; qui avec l'H; ci-dessus, pourra signifier encore
ces deux mots Hierarchiae Angelicae; ou bien considérant
dérant
@
A U
L E C T E U R. 41
cette H, avec l'S; qu'elles pourraient signifier aussi ensemble,
Hierarchiae sanctorum: mais je crains que ces Méditations
semblent trop Claustrales à plusieurs.
Il ne me reste à présent plus qu'à décrire quelque chose du
Blason des deux LIVRE S, qui sont dans l'Ecusson; sus-mentionné,
dont l'un est un LIVRE DE PLEIN CHANT; & l'autre
est un LIVRE DE MUSIQUE.
POUR dûment expliquer l'intention du LIVRE DE PLEIN-
CHANT; il me faudrait un long discours, duquel les principales
choses sont contenues dans le Privilège que j'ai obtenu de sa
Majesté, de mes nouveaux caractères de PLAIN-CHANT,
dont le dessein, & ordre observé en leur gravure & fonte, est
de remédier aux défauts & incertitude de rencontre de ceux
d'ordinaire, desquels les impressions se trouvent le plus souvent
défectueuses, en ce que de telle notes qui devraient être en ligne se
rencontrent en espace; & telles qui devraient être en espace se
rencontrent en ligne; & d'autres partie en ligne & partie en
espace, de sorte qu'on ne sait ce qu'elles signifient; & peut
aussi arriver dans les Caractères ordinaires qui s'impriment à
deux fois, que toutes les notes d'une Page soient ensemble d'un
ton plus haut ou plus bas, ou quelquefois dans l'incertitude, &
aussi on ne sait ce que Toutes ensemble doivent signifier: ce qui
peut ainsi arriver, & être causé par diverses dépendances qui
seraient trop ennuyeuses, & qui ont été rédigées par écrit dans
le procès que j'ai eu sur ce sujet, & particulièrement dans les
Réponses à une liste exagérée de prétendus moyens d'opposition,
faite lors de l'Entérinement de mon Privilège sus-allégué,
sur le sujet duquel j'ai été traversé plus de cinq ans durant.
ENFIN, pour conclure le Blason de l'Ecusson sus-mentionné
par l'explication du LIVRE DE MUSIQUE; quoi que
l'on dise communément, ne Hercules contra duos: Néanmoins
dans toutes les belles entreprises, il se faut résoudre à soutenir
L
@
42 L'I M P R I M E U R
un nombre d'obstacles & d'ennemis; car ainsi que j'ai remarqué
ci_dessus: Virtutis semper comes est Inuidia.
LES beaux desseins trouvent toujours des partisans de l'Envie,
qui forment mille sortes d'oppositions.
Si le Lecteur était curieux de voir une description plus
ample de tous les sujets de discorde & cacophonie de la MUSIQUE
de ce temps, je n'aurais qu'à le supplier de lire mes trois
paires d'Ecritures faites sur ce sujet, dont le procès après avoir
été au Parlement, est depuis plus de quatre ans en ça pendant
au Conseil d'Etat & privé du Roi, à présent au rapport de
Monsieur de Vertamont; contre celui qui prétend être S E U L,
qui doive imprimer de la MUSIQUE par tout le Royaume
de France: avec droit de confiscation de tous les Caractères de
MUSIQUE, faits ou à faire, & à perpétuité par tout ce
Royaume, avec six mil livres d'amende. Et ce qui rend encore
plus absurde & insupportable la prétention de ce particulier;
c'est qu'il n'excepte pas même ceux qui ont gravé & fondu les
Caractères ou PLANCHES dont il imprime, à la fabrique
& confection desquels, ni lui ni ses prédécesseurs, n'ont jamais
agi n'y su agir. Pour toutes raisons ce même particulier
érige des trophées dans ses écritures sur un nombre d'Invectives
contre moi, aussi contraires à la vérité, que la scandaleuse
calomnie qu'il a osé insérer dans icelles, exposant que je
ne suis de la Religion Catholique Apostolique & Romaine: il
continue avec des rodomontades aussi téméraires, que celles par
laquelle il expose en fait que tous les autres Imprimeurs, & moi
particulièrement, ne pouvons qu'à peine connaître un A d'avec
un B, ni aucunement discerner un MI d'avec un FA, ainsi que
j'ai ci-dessus remarqué: Mais après plusieurs exagérations de
paroles. Il conclut par une considération Politique, qu'il doit
être maintenu SEUL dans la faculté d'imprimer, &c. Quand
ce ne serait ce (dit-il) qu'à cause du désordre de qui arriverait dans
icelles impressions de MUSIQUE, si d'autres que lui s'en
@
A U
L E C T E U R. 43
mêlaient, vu qu'elles ne seraient remplies (selon sa prophétie)
que de fautes; de discours impies; lascifs; contre les bonnes
moeurs; & contre la FOI Catholique; ce qui serait de très-
pernicieuse conséquence au public: au lieu que lui S E U L, par
une capacité & un zèle de Religion du tout particulier &
exemplaire, n'imprime (ce dit-il) que les choses saintes, comme
MESSES, MOTETS, MAGNIFICAT & autre choses
propres & nécessaires à chanter dans les EGLISES le SER-
VICE DIVIN.
SUR quoi, pour n'ennuyer le Lecteur, je le prie de vouloir
voir les AIRS A BOIRE & A DANCER, qui se sont
de tout temps imprimé, & s'impriment encore chez lui; où je
m'assure que qui que ce soit sans passion, suivra mon sentiment:
que ces AIRS ne sont propres qu'à CHANTER
dans les TEMPLES des IDOLES de BACCHUS &
VENUS, le service de la BOUTEILLE & DU
VIN.
Le VIN est salutaire,
Le VIN est nécessaire,
S'il est sobrement pris,
Ce n'est pas sa substance;
Mais c'est l'intempérance
Qui trouble les ESPRIT S.
POUR un peu désennuyer & divertir le Lecteur qui aura eu
la Patience de lire tout le discours précédent: Je lui ferai une
petite description Poétique de la suite & état du Procès sus
mentionné par ANTI-THESES sur le CHEVAL VO-
@
44 L'I M P R I M E U R
LANT, qui est représenté dans la Marque d'IMPRI-
MERIE de ce particulier sus-allègué; & sur la TORTUE
qui est dans la mienne, sous la description d'une Bataille, au
Champ de laquelle ce particulier s'était promit de très grands
avantages, se voyant monté comme un Bellerophon sur le
Cheval Pégase, avec quoi il avait paru pour avoir dompté la
Chimère, & s'était fait admirer en Cour: ce qui fit qu'il envoya
son MANIFESTE, par lequel il me déclarait la
guerre, & en suite un CARTEL de DEFI, plein de
termes de mépris & de rodomontades, présupposant que ma
TORTUE serait trop épouvantée des gambades de son
CHEVAL VOLANT pour oser paraître contre lui, ni se
rencontrer à ce Champ de bataille: mais la TORTUE
s'apercevant des trophées & de l'audace de ce particulier, &
de son C H E V A L, qui quoi qu'Ailé, ne lui paru d'abord
qu'une BETE comme une autre; m'assura aussitôt qu'elle
emporterait la VICTOIRE dans le combat, & ce par les
SEPT considérations suivantes.
PREMIEREMENT en ce que la Nature s'enfermant
dans son Ecaille l'avait doué d'assez de calme d'Esprit & de
prévoyance, pour pouvoir former ses entreprises avec tant de
précaution & d'équité, qu'à la fin elle pût s'assurer d'un heureux
succès, nonobstant la tardiveté de son pas: de laquelle
est venu le Proverbe. Testudineo gradu incede, ou festina
lentè.
SECONDEMENT, que s'étant une fois résolue à quelque
entreprise, elle avait trop de Courage pour rebrousser chemin,
de telle route vers l'ennemi que je lui voulusse faire prendre;
& que dans quelque rude assaut où elle se pût rencontrer,
je pouvais m'assurer que le bruit des Canonnades ne la ferait jamais
envoler, d'autant que son Ecaille était à toute Epreuve,
d'où est venu le Proverbe, Testudo non timet Muscas.
TIERCEMENT, que je ne devais point craindre d'être
démonté;
@
A U
L E C T E U R. 45
démonté; d'autant que sa constance était trop inébranlable
pour devenir abattue par aucun effort de l'Ennemi, ni céder
à la fatigue des armes, ou se lasser par la longueur du chemin,
d'où vient le Proverbe, Testitudinea constancia, (ou labor
improbus) omnia vincit.
QUATRIEMEMENT, que quand mêmes les tranchées
& inégalité du chemin lui pourrait faire faire quelque
faux pas, par-dessus quoi ce Cheval ailé pourrait voler, que
je n'en saurais pour cela en aucun danger, pouvant toujours avoir
un pied proche de terre, & l'autre qui n'en serait pas loin, (ou
comme on dit communément) je pourrais toujours remonter aisément
sur ma Bête, d'où vient le Proverbe. Ab alto lapsus periculosior,
ou, noli altum sapere.
CINQUIEMEMENT, cette TORTUE me fait aussi remarquer,
que la Nature en récompense des Ailes qu'elle avait donné
au Cheval Volant, dont ce particulier se prévalait si fort,
par lesquels il pouvait espérer d'éviter plus promptement une
partie des coups dans le combat, qu'à elle outre la dureté de ses deux
Ecailles, qu'elle porte toujours comme deux boucliers ou Ecussons;
que la même Nature lui avait encore accordé une défense
telle, que lors qu'elle est offensée, en quelque endroit où elle
puisse une fois attacher la dent, fussent les choses les plus dures
& les plus solides, ainsi qu'on remarqué les naturalistes) elle
en emporte facilement la pièce, & que si elle pouvait une fois
attraper par l'Aile, ou ailleurs ce Cheval Volant, qu'elle
saurait bien le moyen de le pincer jusques au vif: d'où vient le
Proverbe, Unico vulnere vicit.
SIXIEMEMENT, qu'elle aurait assez d'adresse &
d'industrie dans l'attaque, pour (durant que ce Cheval ailé
voltigeait) le prendre, comme on dit en Proverbe, si bien au
défaut de la Cuirasse, qu'il serait bien tôt contrait d'avoir
recours à l'Elément auquel ses ailes le destinaient déjà, & de
s'envoler si loin, que l'ennemi ne serait plus en état de me
M
@
46 L'I M P R I M E U R
nuire: d'où est venu le Proverbe, Timor addidit alas.
SEPTIEMEMENT & finalement, que pour le regard
de la protection de ma personne, contre l'attaque de l'ennemi
même, elle me servirait d'armes défensives; & lors elle me promit
deux Ecailles, en forme de deux Ecussons, desquels je me
pourrais couvrir & armer contre la grêle des mousquetades.
d'où vient le Proverbe, Testudo domi-porra, ou scutiporta
est vulneris expers.
AINSI par ces considérations je fus encouragé, vu les
moyens de défense que ma Tortue espérait avoir contre la téméraire
attaque de ce Cheval Pégase.
ENFIN (pour n'ennuyer le Lecteur) l'heure de la bataille
étant arrivée; la Tortue reçut d'abord quelque coup, mais
il n'eût aucun effet sur la dureté de son Ecaille: le Chenal
Volant en reçut aussi quelqu'un dans l'une de ses ailes; &
des-lors il commençait (comme on dit en Proverbe) A ne battre
presque plus que d'une aile. Bref dans les grandes approches
la Tortue sentit l'effet de quelque tourbillon de vent du
battement de l'Aile de ce Pégase: mais en même instant elle
trouva moyen de lui arracher quelques unes de ses plumes principales,
& de l'attaquer si bien au vif d'un coup de Dent, qu'il
quitta aussitôt le champ de bataille, & eu recours à l'Elément
qu'il estima lui devoir être plus favorable que la Terre, s'envolant
si haut & si épouvanté du Combat, que l'Ecuyer eût
bien voulu lors être à terre ferme: Et lors même JUPITER
pour rabattre sa présomption, effaroucha avec son Foudre
tellement ce Cheval, que son Ecuyer ressentit la peine de Bellerophon
par sa chute de fort haut.
AINSI ce premier Combat fût terminé, & on me rapporta
lors que ce Cheval Volant était demeuré parmi les Astres,
d'où il ne voulait revenir, & que son Ecuyer était tellement
blessé de cette Chute, qu'à peine pourrait-il plus porter les armes:
néanmoins ayant repris quelques forces, après un espace de
@
A U
L E C T E U R. 47
temps: il s'est depuis présenté à un autre Champ de Combat, où
il espère avoir pris un poste beaucoup plus avantageux; &
quoi que fort ma armé, paraît être dans le dessein d'éprouver
le SORT d'une seconde bataille.
TOUTES les troupes étant parues de part & d'autre, n'attendent
que l'heure du Choc, & particulièrement ma Tortue,
qui voyant la Justice & l'équité de sa cause dans la défense
de ses biens & de sa liberté, a plus de Courage & d'Espérance
que jamais d'une seconde Victoire, par un second & favorable
aspect & assistance de JUPITER, qui est le Père
& commun Protecteur de toutes les créatures; sur le nom
duquel les Anciens ont fait allusion de JUPITER, QUASI JUSTITIÆ
PATER, ou bien, QUASI JUVANS PA-
TER; d'autant qu'il secoure tous ceux qu'on veut injustement
opprimer.
C'EST ce qui fait qu'à la fin, après douze ou treize années
de temps qu'il y a que ma TORTUE a commencé son voyage,
elle se promet à l'Exemple de ses Ancêtres de porter jusques
au sommet du MONT PARNASSE leur ETEN-
DART: à l'un des côtés duquel, y avait ces devises. ÆQUE
TANDEM, & au dessous PEDETENTIM: & un peu plus bas
SAT CITO, SI SAT BENE.
ET de l'autre côté de cet ETENDART, elle espère aussi d'y
voir arborée la DEVISE suivante.
Tardigrada assequitur PEGA-
SUM, TESTUDO volantem;
Assiduus quo non scit penetrare
Labor?
QUOIQUE cette description des avantages de ma TORTUE,
@
48 L'I M P R I M E U R
dans le Combat avec le CHEVAL VOLANT, puisse paraître à
plusieurs, être de la nature d'un Paradoxe, & m'obliger à prévoir
que l'on pourra tenir ma relation pour suspecte, & trop intéressée,
qui aurait du, se semble, être appuyée d'allégations
de témoins dignes de foi, pour la rendre vrai-semblable, & par
ce moyen éluder la censure des Satyriques & malveillants:
néanmoins mon dessein étant de mettre fin à ce discours, dont le
sujet m'a déjà trop insensiblement engagé à une plus longue
étendue que celle que je m'était prémédité: à cet égard j'omettrai
un nombre de témoignages irréprochables que j'aurais ici
pu employer; auxquelles je prierai le docte Lecteur de vouloir
suppléer, & me contenterai de faire emploi des trois plus graves
témoins d'entre le SEPT plus considérables que j'aurais
du au moins alléguer.
LE PREMIER est le docte & Ancien CAMERARIUS, qui
entre plusieurs autres choses à la louange de la TORTUE, a écrit.
TESTUDO licet lento incedat gradu, eo tamen peruenire
nititur: & confirme sa pensée par l'Emblème suivant
In cacumine PARNASSI Montis pinguntur Olores, &
TESTUDO fastigium ejus montis ascendens. lib. Emblem.
ex An. 92.
LE SECOND est le célèbre CAMERARIUS de notre siècle,
le Sieur DE LA CHAMBRE, que j'ose espérer me devoir être
d'autant plus favorable, que j'ai déjà le témoignage par écrit
de son prédécesseur ci-dessus allègué; outre que sous la protection
de son grand savoir, & de ses rares mérites, est par un
juste titre dédié ce Traité précédent DU VIN & de l'EAU-DE-
VIE, sous la faveur duquel si ce mien discours se peut rencontrer
assez heureux, que d'être avantagé de son ASILE; & APPRO-
BATION de ce grand GENIE, l'honneur des MEDECINS de
ce siècle: Je prévoit n'avoir besoin d'Apologie, ni de décrire
en ce rencontre les très-savants é très-solides raisonnements que
peu extraire de son docte & très-excellent LIVRE des
CARA-
@
A U
L E C T E U R. 49
CARACTERES des PASSIONS, comme autant de témoignages
en faveur de ce mien Discours, lequel pourrait être beaucoup
amplifié de ses belles & curieuses remarques sur la Noble TY-
POGRAPHIE & HARMONIE MORALE des Caractères des
Passions, en faveur de ma TORTUE TYPOGRAPHIQUE &
HARMONIQUE.
LE TROISIEME Témoin, par l'autorité duquel je prétend,
conclure, est le curieux & savant Auteur le Sieur BALESDENS,
au livre de ses Elégantes maximes politiques &
Morales, très-nécessaires & très-utiles pour l'instruction des
Princes & Monarques, lesquelles il a nouvellement composé
par le Commandement de ROI, & de la REINE, & qu'il a
dédié à leurs Majestés.
Je PRIERAI le Lecteur de vouloir entre autres choses faire
remarque dans ce livre sus-allègué au Chapitre 117. sur le sujet
de la Fable d'Aesope, qui traite du LIEVRE & de la
TORTUE: où il semble me donner lieu de conclure en faveur
d'icelle; que si elle a peu vaincre & avoir l'avantage par son
travail & constance, sur ceux qui étaient accompagnez d'Adresse,
Force & Courage, suivant les termes de sa Maxime:
J'ai sujet d'espérer qu'elle pourra dans tout rencontre beaucoup
plus facilement emporter la VICTOIRE su ceux qui
l'oseront attaquer, sans s'être auparavant acquis aucune de
ces trois belles qualités militaires.
J'ESPERE que l'Approbation de ce savant Auteur me sera
d'autant plus avantageuse, qu'elle pourra être plus considérée
d'un chacun, en tant que sa Curiosité & Capacité vigilante
& laborieuse, ont obligé le PUBLIC de plusieurs LIVRE S fort
curieux, auxquels lui a plu d'ajouter de nouveau celui des
Commentaires si élégants, si utiles, & si relevés sur les FA-
BLES d'AESOPE: Outre que pour comble, & ne rien laisser à désirer
aux plus curieux Il a encore voulu faire paraître au
jour ce dernier TRAITE' DE L'EAU-DE-VIE, qu'on
N
@
50 L'I M P R I M E U R
peut appeler l'ELIXIR & la QUINTESSENCE des
merveilles de la NATURE.
Ce qui me donna occasion de dire, que par ses doctes remarques
& préceptes de moralité sur les Fables d'Aesope; il a
enseigné la vraie préparation d'une MEDECINE d'Instruction
universelle pour le SALUT des AME S: Et
par ce dernier TRAITE' DU VIN & DE L'EAU-
DE-VIE, il met en lumière la connaissance de la facile & admirable
Composition d'un CATHOLICON ou MEDE-
CINE UNIVERSELLE, pour la prompte & parfaite
GUERISON de toutes les infirmités des CORPS. En
quoi il a obligé la POSTERITE' à des actions de GRA-
CES IMMORTELLES, & moi particulièrement de
s'être voulu servir de mon ministère, pour faire présent au
PUBLIC de cet excellent TRAITE' DE L'EAU-DE-
VIE, anatomique DU-VIN.
ENFIN, c'est trop abuser de votre patience, Curieux & affectionné
LECTEUR: Excuser je vous prie, si j'ai laissé
glisser les choses dans ce discours, par lesquelles il semble quelquefois
être interrompu de digressions du sujet de ce Traité précédent
DU VIN & de L'EAU-DE-VIE; vous savez
le Proverbe, In vino Veritas; & sans m'arrêter à l'explication
sérieuse d'icelui: Je dirai seulement qu'il m'a semblé, que
je devait espérer la liberté d'exprimer mes pensées dans telle suite
de discours, que les préoccupations en l'Exercice de ma profession
me l'ont peu permettre; outre que quand mêmes j'aurais
peu, j'aurais cru ne devoir me servir d'un style plus agréable,
quoi que moins ennuyeux aux délicats. Bref je l'ai conçu dans
les divers temps de mes heures de divertissement, ou plutôt de ressentiments
des diverses traverses que j'ai eu, & que j'ai encore
dans l'Exercice de ma profession TYPOGRAPHIQUE; &
sans recherche plus exacte d'autre liaison, ou cadences, de l'Euphonie
ou Symphonie des dictons, ni suite périodique autre que
@
A U
L E C T E U R. 51
celle, que les divers Enthousiasmes consolatoires du sujet de ce
LIVRE, m'ont quelquefois, & par intervalles peu dicter.
SI je peut reconnaître que ce LIVRE précédent vous ait
agréé; J'en pourrai mettre un autre sous la PRESSE; qui
contiendra plusieurs Collections sur le Blason de la VIGNE
& de sa GRAPPE de Raisin ci-dessus alléguée: & ce pour
tenir lieu de Premier supplément à ce présent LIVRE; en ce
qui concerne l'Anatomie & les vertus du Bois ou Serment de
la VIGNE: dont on peut tirer SEL, HUILE, ESPRIT,
très utiles en MEDECINE: lesquels Trois principes se
peuvent aussi extraire du Marc même de la Grappe; & outre
ce du Pépin se peut tirer une Huile fort souveraine: l'on peut
aussi tirer l'EAU de la feuille, & particulièrement de la seue
se tire une EAU beaucoup plus excellente: & par dessus tout les Remèdes
topiques se peuvent aussi tirer du TARTRE DU VIN, SEL,
HUILE, par *delique, ou par distillation & ESPRIT; & même la
Cremeur, le Magistère, le Tartre Vitriole, &c. dont les
usages produisent des effets miraculeux en MEDECINE: Et pareillement
il y a de souverains effets à espérer du JUS de cette
GRAPPE ou VIN seul, ou mélangé, sans en avoir néanmoins
rien séparé par distillation, dont l'on peut composer plusieurs
VINS Médicinaux, & de très-grande vertu: Comme aussi
pourra y avoir plusieurs belles remarques sur l'usage curieux &
utile du VINAIGRE.
ET finalement en ce que sur le sujet de l'EAU-DE-VIE, l'Auteur
du TRAITE' ci-devant avoue au premier Chapitre du
second Livre, n'avoir pas voulu pénétrer, de crainte, ce dit-il,
que cela ne fût d'abord trop difficile à ceux qui n'ont pas encore
entré dans le Sanctuaire de la Philosophie Hermétique.
ET mêmes je pourrai encore mettre tout au commencement de
ce Premier supplément SEPT Tables universelles, ou miroirs
de la CHYMIE, dans lesquelles se verront universellement
les principales définitions & divisions de toutes ses opérations:
@
52 L'I M P R I M E U R
comme aussi tous les noms & divers usages de ses Vaisseaux
& Fourneaux, le tout recueilli dans le sentiment des
plus célèbres Auteurs.
OUTRE ce premier supplément, j'en pourrai encore ajouter
un, en suite du TRAITE' précédent de l'EAU-DE-VIE; qui sera
comme un RECUEIL de remarques très-curieuses sur le Blason
de ma TORTUE, laquelle après avoir passé dans le Règne
du SATURNE; étant considéré passer aussi dans celui de chacune
de toutes les autres PLANETTES Hermétiques ou Métalliques,
ce RECUEIL pourra être divisé en SEPT Chefs, & dans
chaque Chef d'un METAL, seront compris tous les Minéraux
& Marcassites qui symbolisent à chacun, avec le moyen de les
anatomiser & en tirer les AMES ou ESSENCES, pour les placer
dans ce que l'Auteur du LIVRE précédent, prouve doctement
être LE CIEL des Philosophes, ou partie QUINTESSENCIEL-
L E du Jus de la GRAPPE de Raisin; avec l'utilité de leurs
vertus & influences minérales ou Hermétiques dans le
MICROCOSME du corps humain: ou bien même pour la
parfaite santé de tous les autres Minéraux, Végétaux ou
Animaux.
SI le LECTEUR est curieux de l'ASTRONOMIE
INFERIEURE, Hermétique ou Métallique; je le convie
à lire un très-curieux LIVRE sur ce sujet; que j'ai achevé
d'imprimer depuis peu de jours; En suite duquel aussi il y trouvera
un TRAITE' d'ESSAI de L'ASTRONOMIE naturelle
ou SUPERIEURE, contenant des nouvelles & très-curieuse observations
sur la vraie intelligence des Systèmes & accords
de l'HARMONIE Supérieure & céleste, &c. contre les erreurs
des Systèmes de Ptolomée, Copernic & Tyco-
brahé, &c.
AGREEZ le tout, je vous supplie, Ami LECTEUR,
& le recevez d'aussi bon coeur que vous l'offre celui, qui ne désire
avoir de pensées, paroles, ou effets; que pour en servir un
perpétuel
@
A U
L E C T E U R. 53
perpétuel CONCERT, avec tous les Accords de l'HARMONIE
& TYPOGRAPHIE des Caractères de ses véritables passions
à vous témoigner combien il est, & désire être toujours,
AMI LECTEUR.
Votre très-humble, & très
Ce 7. SEPT-embre 1644. affectionné serviteur,
JACQUES DE SENLECQUE
| T A B L E | |
| D E S C H A P I T R E S, | |
| |
|
| Contenus en ce Traité de l'EAU-DE-VIE, &c. |
|
| |
|
| Divisé en T R O I S LIVRE S. | |
| LIVRE P R E M I E R. | |
| |
|
CHAP. I. OURQUOI l'EAU-DE-VIE porte ce |
|
| Nom: Et qu'il y a de deux sortes |
|
| d'EAU, savoir l'une de VIE, & l'autre |
|
| de MORT. page | I
|
| II. Que l'EAU-DE-VIE est une pareille en tous |
|
| breuvages. | 6
|
| III. Que l'EAU-DE-VIE est une humeur Radicale, |
|
| conservatrice des corps: Et que les plantes ont |
|
| O | |
@
54 T A B L E D E S C H A P I T R E S.
| mouvement & sentiment. | 10
|
| |
|
| IV. Pour quelles raisons l'EAU-DE-VIE est l'humide |
|
| radical des Plantes. | 13
|
| V. Que l'EAU-DE-VIE est la générale semence des |
|
| Plantes; & de Nature Aethérée. | 17
|
| VI. Que la conservation de la Plante, gît en l'EAU- |
|
| DE-VIE. | 19
|
| VII. Que l'EAU-DE-VIE ne brûle point dans les |
|
| Corps. | 21
|
| VIII. Pourquoi l'EAU-DE-VIE s'enflamme. | 26
|
| IX. Que l'EAU-DE-VIE est de Nature d'huile, & non |
|
| d'EAU. | 28
|
| X. De la subtilité de l'EAU-DE-VIE. | 32
|
| XI. Des PASSE-VINS, & de leur Raison. | 37
|
| XII. Que l'EAU-DE-VIE à cause de sa Nature Aethé- |
|
| rée, surpasse les Elémentaires. | 43
|
| |
|
| LIVRE S E C O N D. | |
| |
|
| CHAP.I. ANATOMIE DU VIN. page | 46
|
| II. Des Excréments DU VIN, & de leur Mé- |
|
| lange. | 56
|
| III. Manière de séparer les dits Excréments. | 58
|
| IV. Des Fourneaux propres à distiller. | 63
|
| V. Du Fourneau d'Epargne. | 66
|
| VI. Des Vaisseaux distillatoires. | 71
|
| VII. Du Lut des Vaisseaux. | 75
|
| VIII. Avertissement pour les vaisseauxde verre. | 77
|
| IX. Comment il faut tirer l'EAU-DE-VIE. | 78
|
| X. Raison de l'extraction de l'EAU-DE-VIE. | 82
|
| XI. Pourquoi les Philosophes appellent leur EAU- |
|
| DE-VIE, CIEL. | 85
|
| XII. De l'Incorruptibilité & conservation de l'EAU- |
|
| DE-VIE . | 87
|
@
T A B L E
D E S C H A P I T R E S. 55
| LIVRE T R O I S I E M E. | |
| |
|
| CHAP. I. COMMENT il faut tirer les TEINTURES par |
|
| l'Esprit du VIN, & séparer leur AME. |
|
| page. | 91
|
| II. De la Merveille en l'Extraction des TEIN- |
|
| TURES. | 93
|
| III. DES Astres du CIEL Philosophic, spéciale- |
|
| ment du SOLEIL, qui est L'or. | 95
|
| IV. Comme il faut placer les autres Etoiles audit |
|
| CIEL. | 100
|
| V. Comme il faut séparer l'Esprit de la TEINTURE, |
|
| & de la perfection de cet Esprit avec ses |
|
| Vertus. | 103
|
| VI. De la Circulation de la QUINT-ESSENCE. |
|
| | 106
|
| VII. De la Conservation de la QUINT-ESSENCE. |
|
| | 108
|
| VIII. Si la VIE peut être prolongée. | 110
|
------------------------------------------------
E X T R A I T
D U P R I V I L E G E.
P
AR grace & Privilege du Roy il est permis au
S.r Balesdens aduocat en la Cour de Parlement,
& au Conseil d'Estat & Priué du Roy, &c. de faire
imprimer, vendre & distribuer Un Traité de l'EAU-
DE-VIE, &c. durant le temps & espace de SEPT ans
entiers, à compter du jour qu'il sera acheué d'imprimer
Avec tres-expresses inhibitions & deffences à tous Imprimeurs
@
56
ou Libraires, autres que ceux ayants charge &
pouvoir dudit Sieur Balesdens; d'imprimer & vendre
ledit Livre durant lesdites SEPT années, à peine de
quinze cens livres d'amande, confiscation des exem-
plaires, & de tous despens, &c. Donné à Paris, l'an
de grace 1635.
Signé, LE GROS, & sceellé du grand sceau de
cire jaûne.
Et ledit S.r Balesdens a ceddé & transporté son
Privilege à lacques de Senlencque, Graveur & fondeur de
Caracteres & PLANCHES d'IMPRIMERIE, Imprimeur
Libraire à Paris, pour en joüir suiuant la forme &
teneur, plus au long contenuës aux lettres qui en ont
esté expediées.
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