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Réfer. : 0414 .
Auteur : Helpen, Barent Coenders van.
Titre : Thresor de la Philosophie des Anciens.
S/titre : L'Escalier des Sages.
Editeur : Chez Claude Lejeune.
Date éd. : 1693 .
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@
TRESOR
DE LA
P H I L O S O P H I E
D E S
A N C I E N S
Où l'on conduit le Lecteur par degrés à la connaissance de tous les
METAUX & MINERAUX,
Et de la manière de les travailler & de s'en servir, pour arriver enfin
à la perfection du GRAND OEUVRE.
En forme de Dialogues
E T
Enrichis de très belles tailles douces Mis en lumière
Par BARENT COENDERS van HELPEN
Gentil-Homme.
A C O L O G N E--------------------------------------------------------------
Chez C L A U D E
le J E U N E 1693.
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P R E F A C E.
Amis Lecteur.

Uisqu'il semble que le Monde
d'à présent est charmé d'un si grand désir de
posséder des trésors d'or & d'argent, &
que les hommes n'emploient leurs esprits
à rien, avec plus de zèle, qu'à tâcher
d'acquérir des grands biens & des grandes
richesses, afin de satisfaire, s'il est
possible, à cette furieuse famine qu'ils ont après l'argent, &
qu'ils viennent pour cela faire peu de cas, & même à mépriser les
plus grands biens, qui doivent véritablement être le plus désirés;
à savoir la vraie sapience, qui consiste dans la connaissance
de Dieu leur Créateur, & leur Premier Etre, & dans celle
de ses créatures, la quelle, encore qu'elle soit la plus haute &
la plus nécessaire de toutes, ils la regardent de travers, comme
superflue, & d'une façon tellement dédaigneuse, que, lors
qu'on vient à discourir de la vraie Philosophie, on ose bien effrontément
répondre.
Non est de pane lucrando.
c'est à dire.
Ce n'est pas pour gagner du pain, ou pour faire du profit.
Ces sortes de gens ne pensent à rien moins qu'aux paroles très
salutaires de Saluste:
Non oportet nos vitam silentiô transire veluti pecora, sed studebimusmemoriam nostram quam maximè longam efficere.
c'est à dire:
Il ne faut pas que nous passions la vie sous silence, comme
font les bêtes, mais nous devons nous étudier, de faire en
sorte, que l'on se souvienne de nous aussi long temps qu'il est
possible.
Ayant considéré mûrement cette inclination & telle illicite
perverse, un désir m'a pris de tâcher de tendre l'arc de mon pe+
2
tit
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P R E F A C E.
| | tit esprit, pour considérer, s'il ne serait pas possible d'approcher |
| | à un but plus considérable & d'imprimer à mon prochain des penseés |
| | plus relevées en concevant une petite Philosophie, qui ne consista |
| | pas en une grandissime quantité de beaux mots, ni en des disputes |
| | ergoteuses, mais qui ne fut au contraire que fondée simplement |
| | & succinctement au possible sur des démonstrations Géométriques, |
| | & sur des expériences Chimiques: Voici pourquoi |
| | j'ai cru que le titre de l' |
| |
|
| | E S C A L I E R D E S S A G E S |
| |
|
| | ne conviendrait pas mal à cette Philosophie, & que je ferais |
| | bien de la faire paraître en manière d'un Dialogue entre FRANCOIS |
| | & VREDERIC, étant le premier celui qui tiendra son |
| | propos fondé principalement sur la Théorie, & l'autre sur la |
| | Pratique & sur des expériences. |
| | J'ai jugé que ce susdit titre serait donné à bon droit à cette |
| | Philosophie, à cause que les Anciens Sages, comme le père de |
| | tous les Philosophes, Hermès Trismégiste, Moïse le Prophète, |
| | St. Tomas d'Aquin, Le Roi Geber, & une infinité d'autres |
| | vrais Philosophes ont fait leur démarches sur cet ESCALIER, |
| | & qu'ils ont obtenu du grand Dieu leur sciences tant |
| | incomparables par l'ascension infatigable d'icelui. Je tâcherai |
| | de suivre & de poursuivre fidèlement & autant qu'il me fera |
| | possible les pas des ces Sages, & diviserai pour cette fin ce |
| | Traité en Quatre Livres, qui livreront à peu près les DIX |
| | DEGRES de l'ancienne sapience, & réduirai chacun Degré |
| | en plusieurs paragraphes, vu que les susdits Dix Degrés auront |
| | leur source de ces QUATRES LIVRES comme le nombre |
| | de Dix a son origine & son accomplissement des quatre premiers |
| | nombres. Car |
| |
|
| | Le PREMIER LIVRE livrera |
| | Le PREMIER ETRE. |
| | Le SECOND |
| | Les DEUX CONTRAIRES. |
| | Le TROISième |
| | Les QUATRE ELEMENTS. |
| | Et le QUATRième |
| | Les TROIS PRINCIPES. |
| |
|
| | Les nombres des quels, étant aussi assemblés, font de même |
| | le nom- |
@
P R E F A C E.
| le nombre de dix, comme nous venons de dire des Quatre premiers |
|
| nombres. |
|
| Ce sont, dis je, ces DIX DEGRES que les Anciens Sages | |
| ont monté, & étant parvenus sur la sommité d'iceux, ils |
|
| ont vu par les jeux de leur entendement, que, comme on avance |
|
| avec bon ordre depuis l'Unité jusqu'au nombre de DIX, comme |
|
| tous les nombres sont compris sous ce nombre de dix, & |
|
| qu'il ne se peut faire aucun progrès à d'autre nombres outre le |
|
| nombre de Dix, par aucune autre voie, qu'en retournant à l'Unité: |
|
| Qu'ainsi de même on monte par ordre de l'Unité de Dieu, |
|
| ou du Premier Etre de tous les êtres, aux Deux Contraires, |
|
| aux Quatre Elements, & aux Trois Principes, jusques au nombre |
|
| de Dix; que toutes choses sont aussi comprises sous ce Nombre, |
|
| & qu'il ne se peut non plus faire aucun progrès outre ce |
|
| nombre de Dix à aucun être que par le retour à l'Unité, qui est |
|
| le Premier Etre de tous, & qu'ainsi la plus haute science, |
|
| à savoir la connaissance parfaite du Créateur & de ses créatures |
|
| est à espérer & à Comprendre par cette connaissance. |
|
| Je tâcherai aussi de monter à ces Dix DEGRES de sapience le | |
| mieux que je pourrai & quand j'aurai le bonheur d'être parvenu |
|
| jusqu'à la sommité de cet ESCALIER; d'étendre mes esprits |
|
| & mes expériences sur les Trois Royaumes des Composés, qui sont, |
|
| le Royaume des Végétaux, des Animaux & des Minéraux, comme |
|
| du Centre jusqu'à la circonférence; de considérer les DIX |
|
| DEGRES de sapience autant qu'il me sera possible en chaque |
|
| Royaume à part, & de diriger à la fin mon pèlerinage en telle |
|
| sorte que j'aurai quelqu'espoir de parvenir aussi au havre éternel |
|
| de l'Unité de nôtre grand Dieu & Créateur. |
|
| Le Lecteur se contentera, s'il lui plaît, par provision, avec | |
| cette Première Partie de L'ESCALIER DES SAGES jusques |
|
| au temps que nôtre grand Dieu me favorise des ses grâces |
|
| pour produire & pour accomplir la Seconde Partie, qui est aussi |
|
| Commencée. Je le supplie qu'en lisant ce Traité il ne s'attache |
|
| trop à la lettre ni à l'écorce des choses que je représenterai, |
|
| mais qu'il en veuille regarder la substance & la moelle d'un oeil |
|
| attentif, & qu'il jouisse ainsi du fruit de ce labeur qu'on lui |
|
| présente d'un Coeur ouvert sincère. |
|
| |
|
| A D I E U. | |
| PRE- | |
@
@
@
Pag. 1
| P R E M I E R L I V R E | |
| D E L A | |
| P H I L O S O P H I E | |
| Des A N C I E N S. | |
| T R A I T A N T: | |
| DE L'UNITE DE DIEU. | |
| DU PREMIER ETRE. | |
| ET DE LA PREMIERE MATIERE | |
| DE LA PIERRE Des PHILOSOPHES. | |
| |
|
| D I A L O G U E. | |
| Entre FRANCOIS ET VREDERIC, | |
| F R A N C O I S | |
| Commençant à monter | |
| L E P R E M I E R D E G R E' |
|
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| De la connaissance du Créateur & des créatures; De l'Unité. De Dieu. |
|
| que les anciens Philosophes ont exprimé le Créateur & les créatures | |
| par des caractères. Comme aussi les lettres. Que toutes les lettres ont | |
| leur origine de l'O & de l'I démonstrations Géométriques de cela. | |
| |
|
On très cher ami je vous trouve |
|
| bien pensif & dans une bien profonde |
|
| méditation: Paix soit avec vous, & le |
|
| CREATEUR de toutes choses vous veuille |
|
| rendre véritablement riche de paix |
|
| (Vrederyk c'est à dire en Flamand Riche de |
|
| paix) selon vôtre nom de baptème qui |
|
| vous est donné au nom de Dieu le Père, le Fils & le Saint |
|
| Esprit. |
|
| A 4 VRE- | |
@
2
E S C A L I E R Des S A G E S. |
|
| | V R E D E R I K, |
| |
|
| | Mon plus cher ami: je vous remercie très affectueusement |
| | d'un abord tant amiable & vous souhaite réciproquement que |
| | vous soyez envoyé du grand DIEU du Ciel & de la Terre à tous |
| | les humains pour tâcher d'aider à les retirer du gouffre des ténèbres |
| | & d'ignorance, ou la plus part, (hélas!) est plongé pour |
| | le présent & pour les transplacer à une étendue infinie de clarté |
| | & de connaissance: c'est sur ce sujet que j'ai fixé mes pensées, |
| | & que j'adresse mes soupirs, car je vois, de plus en plus clairement, |
| | que le monde d'à présent devient tellement obscur, & |
| | ignorant à la connaissance de Dieu & de sa nature, qu'il se trouve |
| | un nombre infini de personnes les quelles (encore qu'ils |
| | soient savants à parler curieusement plusieurs langues & qui |
| | passent pour ça pour des grands savants) sont pourtant fort |
| | peu savants à la connaissance de leur Dieu, & de la nature de |
| | leur Créateur; Des Deux Qualités Contraires; Des Trois |
| | Principes; & des Quatre Eléments: des quels; es quels, avec |
| | les quels, & par les quels toutes choses sont faites, soutenues, |
| | gouvernées, & aux quels elles sont réduites: & (ce qui |
| | est grandement à plaindre) qui ne s'étudient à rien plus qu'à |
| | amasser de l'argent & des biens à droit ou à tort, ou par quelle |
| | voie que ce soit, afin de se rendre grands & bien venus par |
| § 1. | là auprès des impies & auprès des ignorants es sciences Divines |
| De la con- | & Naturelles, ne songeant à rien moins, qu'à la connaissance
|
| naissance | du Créateur & des Etres crées, qui est la science la plus relevée
|
| du créa- | de toutes les sciences, & par la quelle la félicité éternelle
|
| teur & des | est à espérer & à acquérir: selon les propres paroles de Jésus
|
| créatures. | Christ. St. Jean. c 17. v. 3. Cette est la vie éternelle, qu'ils te
|
| | connaissent seul vrai Dieu, & Jésus Christ que tu as envoyé. |
| | Et selon la maxime très véritable des Doctes confirmant les |
| | divines paroles de nôtre Sauveur, par ce sens: |
| | Scientia virtutis cultum praecedit, nemo enim fidelitex appercere potest |
| | quod ignorat. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je vous suis obligé d'un souhait tant gracieux que vous avez |
| | la bonté de me refaire, & m'estime heureux de vous rencontrer |
| | ici, afin d'avoir occasion de tenir avec vous un propos sérieux |
| | & fondamental sur cette matiere qu'il vous à plu d'entamer de |
| | la plus |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 3
| la plus haute science de Dieu le tout puissant, & de sa Nature. |
|
| Je vous promets que ce sera avec une probité & une sincérité |
|
| très grande que je vous en entretiendrai. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je m'estime aussi bien heureux de l'honneur du rencontre, | |
| que le bon dieu m'a fait naître d'avoir avec vous; & puisque |
|
| j'aperçois que, nous sommes, à peu près, d'un même génie, |
|
| d'une même inclination, d'une même étude, & d'un même calibre, |
|
| je tiendrai fort volontiers un discours avec vous qui soit |
|
| bien fondé, & même sur des démonstrations & sur des expériences |
|
| Mathématiques & Chimiques. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Le grand Dieu de paix soit avec nous par son Saint Esprit & | |
| nous veuille envoyer des telles influences dans nos esprits que, |
|
| nous puissions heureusement parfaire nôtre dessein, puisque |
|
| nous sommes bien intentionnés de le produire en lumière à sa |
|
| plus grande gloire, pour le service du Christianisme & pour le |
|
| salut éternel de nos âmes. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je joins mon souhait au vôtre & ce d'un zèle autant ardent | |
| qu'il peut être exprimé. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je prendrai donc, si vous plaît le commencement de nôtre | |
| discours sur moi; mais pour tâcher de savoir, si le grand DIEU |
|
| à également illuminé nos esprits de la lumière de sa grâce, tellement |
|
| que nous soyons en tout environ d'un même sentiment, |
|
| je prendrai la liberté de vous demander tout premier, qu'elle est |
|
| vôtre opinion de l'origine de tous les Etres? |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous commencez sagement vôtre discours, puisqu'il n'y a | |
| rien qui n'ait un commencement, & tout ce qui est, qu'il faut |
|
| nécessairement qu'il ait une origine. |
|
| Pour vous répondre donc quel puisse être mon opinion de | |
| l'origine de tous les Etres: je vous dirai là dessus, que le com- |
|
| B men- | |
@
4
E S C A L I E R Des S A G E S.| |
|
| §. 2. | mencement ou l'origine de tous les Etres est un Etre Unique; |
| De l'Unité | & comme tous les nombres prennent leurs origines de l'Unité,
|
| | qu'ainsi tous les Etres prennent leurs commencement d'un |
| | seul Etre, aussi bien les Supercélestes que les Célestes, tant les |
| | Supernaturels que les Naturels ou Elémentaires, ou de quel |
| | nom qu'on les puisse nommer. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je suis bien du même sentiment avec vous, mais comment est |
| | appelé un tel Etre Unique du quel toutes choses ont leur origine? |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| §. 3. | Un tel Etre Unique est appelé DIEU & n'est pas autre que
|
| De Dieu. | DIEU.
|
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Qu'est ce donc que DIEU, & comment en ferez vous la définition |
| | selon vôtre connaissance? |
| |
|
V R E D E R I C.
| |
|
| | Vous me demandez une chose difficile, car de faire la Définition |
| | d'un Etre qui est infini & qui est Tout, cela n'est pas bien |
| | possible de faire pour qui que ce soit: je vous en exprimerai |
| | pourtant mon sentiment selon la petite proportion de mon chétif |
| | esprit, qui est tel: |
| | Dieu est une Unité infinie, & un Etre éternel incréé de tous |
| | les Etres: une source de tout bien & de toute puissance, qui a |
| | pour sa demeure toutes les choses Supercélestes, Supernaturelles, |
| | Célestes, & Naturelles, & particulièrement une Lumière inaccessible |
| | & très grande: du quel, en quel, par le quel & au |
| | quel toutes les choses ont été & seront en toute éternité. En |
| | un mot: |
| |
|
| | D I E U E S T T O U T E N T O U T. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Vous dites fort bien, que DIEU est une Unité Infinie, & un |
| | Etre éternel incréé & infini de tous les Etres, & un principe de |
| | toute puissance: vu que les plus Anciens des Philosophes, à |
| | savoir les Hébreux, ont exprimé le mot Dieu par une seule lettre |
| | JOD, qui est à dire: Une divine Essence, & une fontaine de |
| | toute vertu & de toute puissance: & qu'ils n'ont exprimé |
| | aucun |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 5
| aucun autre mot par l'Unité (à mon savoir) que celui ci, & |
|
| sans doute l'ont ils fait à cette intention, qu'ils ont voulu exprimer |
|
| par un tel caractère, que, comme il n'est pas possible de |
|
| tirer aucune ligne qu'elle ne prenne son origine d'un point, |
|
| qu'ainsi de même, il est impossible qu'aucune créature puisse |
|
| prendre l'origine de son être que de l'Unité de son Créateur. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous n'avez pas mal profundé cette affaire: j'ai eu aussi au- | §. 4. |
| tre fois des spéculations sur des choses pareilles à celles là; & | Que les anciens
|
| il me semble que les Anciens ont aussi exprimé la Divinité par | Sages ont expri-
|
| une simple figure ronde, qui est un Cercle, pour Signifier par | mé le Créateur &
|
| là, que la Divinité est sans commencement & sans fin, comme | les créatures
|
| un cercle n'a ni commencement ni fin, & que la Divinité est | par des carac-
|
| l'unique Etre parfait, comme le cercle est l'unique Figure la | tères.
|
| plus parfaite de toutes les Figures Géométriques. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je crois que c'est ainsi comme vous dites: & je ne doute pas | |
| qu'ils ne l'aient fait à cette intention, & qu'ils n'ont pas exprimé |
|
| le CREATEUR tout seul par un Caractère, mais qu'ils |
|
| ont fait de même de la plus grande partie des créatures, & qu'ils |
|
| ont proportionné les caractères à proportion de la perfection des |
|
| créatures. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Assurément: & que plus est, qu'ils ont même formé les let- | §. 5. |
| tres à cette intention, & qu'ils les ont composé des lignes droites | Comme aussi
|
| & courbées, afin que par la composition & par la conjonction | les lettres.
|
| d'icelles ils pussent former des mots, pour pouvoir exprimer |
|
| des mystères par là, & les rendre ainsi manifestes à ceux qui font |
|
| des recherches infatigables des merveilles de Dieu & de sa |
|
| Nature. |
|
| Mon très cher amis, puisque nous sommes sur le propos des | |
| Caractères, & des Lettres, je ne puis pas bien m'empêcher à |
|
| vous faire un petit récit d'une spéculation que j'ai eu, il y a quelque |
|
| temps, lorsque étant dans ma solitude, j'avais dirigé mes |
|
| méditations sur l'histoire Divine & Supernaturelle de nôtre |
|
| Sauveur Jésus Christ, depuis sa conception jusques à son ascension |
|
| glorieuse, & ce qui m'est tombé dans l'esprit après avoir fait |
|
| une délinéation curieuse de ces trois mots: |
|
| B 2 DEUS | |
@
6
E S C A L I E R Des S A G E S.
| §. 6. | D E U S M A R I A J E S U S. |
| Exemple |
|
| aux trois |
|
| mots La- | Mais puisque les vrais Caractères & Figures des lettres Latines
|
| tins DEUS | sont devenues fort bâtardes, & que la vraie proportion d'icelles
|
| MARIA | n'est pas connue à tout le monde, & afin qu'un chacun
|
| JESUS. | puisse lui même prendre & faire le mesurage à la règle & au compas
|
| | de ce que nous allons proférer, je n'ai pas jugé mal à propos |
| | de faire ici la description fondamentale des lettres susdites |
| | auparavant avec leur juste proportion, vous suppliant, qu'encore |
| | que ce discours nous fera promener un peu depuis le centre |
| | jusqu'à la Circonférence, que vous ayez autant de patience |
| | que je les couche de bon ordre pour servir d'instruction pour les |
| | ignorants, & pour un Alphabet de nôtre petite Philosophie. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Très volontiers: j'ai désir de vous entendre, & d'avoir aussi |
| | occasion par après de produire quelque chose de même. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Prenez donc garde si vous plaît, afin que vous puissiez comprendre |
| | la démonstration que je m'en vais vous en faire au compas, |
| | & à la règle. |
| | Nous avons dit ci devant, que les lettres Latines sont composées |
| | de lignes droites & courbées régulières, mais nous n'avons |
| | pas spécifié, lesquelles, ni combien de ces dites lettres sont |
| | faites d'une seule ligne droite, ou d'une seule ligne courbée, |
| | ni combien il y en a qui sont composées des lignes droites & |
| | courbées tout ensemble; ni les spéculations qu'il y a à prendre, |
| | comme je vous démontrerai en suite. |
| | Sachez, si vous plaît, que les Latins ont donné la plus grande |
| | vertu, & attribué la plus grande puissance à leurs lettres voyelles, |
| | & que les consonantes ne sont proprement que des lettres |
| | assistantes & muettes, & les quelles ne peuvent être prononcées |
| | sans l'assistance des voyelles, car vous savez que le mot |
| | vocalis a sa dérivation du mot vox, qui est à dire voix, & qu'aussi |
| | le mot consonans est composé de la proportion cum & du |
| | verbe sono, qui est à dire en Français, je sonne avec. |
| | Or ces dites voyelles étant cinq en nombre, une d'icelles est |
| | un Cercle parfait à savoir l'O. |
| | Une est faite d'une ligne droite comme la voyelle I. |
| | Une |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 7
| Une de deux lignes droites comme sont les voyelles A & E. | |
| Il est à remarquer que la voyelle O pourrait être prise, avec | |
| assez bon fondement, pour une devise, marque ou Signature du |
|
| Premier Etre, pour les raisons susdites. |
|
| La voyelle V pour une marque ou Signature des deux qualités | |
| contraires, à cause du nombre de deux qu'on voit en |
|
| icelle. |
|
| La voyelle A pour une devise des Trois Principes à cause des | |
trois lignes qu'elle contient, qui construisent un Triangle Equilatéral.
| Et les lettres E & I, pour une signature des Quatre Eléments, | |
| vu que leur lignes jointes régulièrement font paraître un Quadrangle |
|
| Equilatéral. | §. 7. |
| Il est aussi à noter que le nombre de toutes ces lignes droites | Que les lignes
|
| de ces voyelles susdites font le juste nombre de Dix, du quel | droites des cinq
|
| nombre les Anciens ont fait grand cas, & beaucoup d'état | voyelles contien-
|
| comme vous savez. | nent le
|
| | juste nom-
|
| F R A N C O I S. | bre de dix.
|
| |
|
| Vous faites fort bien de traiter si méthodiquement, & que | |
| vous commencez nôtre Traité de Philosophie de l'origine des |
|
| Lettres même, afin que nous agissions ainsi fondamentalement |
|
| des grandes merveilles de Dieu, & que nous tâchions de donner |
|
| une telle instruction avec le compas & la règle aux ignorants tout |
|
| de même comme si vôtre intention était d'apprendre les enfants |
|
| à lire & à écrire. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il est nécessaire de l'entreprendre de cette façon là, vu que | |
| la vraie Philosophie est bien fort simple, mais qu'on la couvre |
|
| & l'obscurcit tellement pour le présent, qu'elle n'est presque |
|
| plus à connaître. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous dites la vérité, car la grandissime quantité de Définitions, | |
| de Divisions, d'Argumentations & tant d'autres altercations |
|
| obstinées causent une si grande confusion, & font tellement |
|
| éloigner les choses Divines, qui sont si proches & comme |
|
| dans le Centre, à une étendue ou circonférence si grande, qu'ils |
|
| font paraître par leurs distinctions subtiles & par la délicatesse |
|
| C de | |
@
8
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | de leurs langages, que les choses, qui sont véritablement très |
| | faciles à comprendre, & si claires à apercevoir, comme la clarté |
| | de la lumière du soleil même, paraissent si obscures & tellement |
| | éloignées de la vérité, que tout est presque couvert d'obscurité |
| | & de ténèbres: Et (ce qui est fort à plaindre) c'est que |
| | la plus part des savants d'à présent se font accroire, qu'ils ne |
| | peuvent faire voir la subtilité de leurs esprits, ni de leur sagesse |
| | en rien plus, qu'à la subtilité des disputes & à rendre toutes |
| | choses confuses. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | C'est ainsi comme vous dites fort bien: mais pour retourner |
| | à nôtre propos, & pour tâcher de faire éloigner les ténèbres |
| | de ce centre lumineux autant qu'il nous sera possible, & ce par |
| | le moyen de la petite étincelle que le bon Dieu a allumé en moi |
| | par sa grâce infinie, & pour montrer qu'une créature raisonnable |
| | est obligée d'imiter & d'obéir à la volonté & aux commandements |
| | de son Créateur, qui a aussi chassé les ténèbres arrière |
| | de sa lumière à la circonférence, lors qu'il a fait la création générale |
| | de tout l'Univers, je tâcherai de poursuivre ma petite entreprise |
| | touchant la démonstration Mathématique des lettres & |
| | particulièrement celle des cinq voyelles. |
| §. 8. | Prenez un Compas, posez l'un de ses pieds sur le Papier, |
| Démonstra- | étendez l'autre pied d'une telle distance que bon il vous semble
|
| tion Géomé- | & décrivez un cercle, ainsi aurez vous la voyelle O dont vous
|
| trique des | pourrez voir la figure Nom. 1.
|
| cinq voyelles |
|
| | Coupez cette lettre O (de laquelle vous verrez, que toutes |
| | les autres lettres prennent leur origine) par le milieu en deux |
| | parties égales, appliquant la règle depuis la circonférence au |
| | travers du centre, & vous tirerez le Diamètre qui est vôtre voyelle |
| | I. Voyez la Figure Num. 2. |
| |
|
| | Prenez ce Diamètre de la voyelle O qui est la dite & tirez |
| | la Horizontalement, & formez un Triangle par dessous selon |
| | l'art, dont vous laisserez la ligne horizontale imaginaire & les |
| | deux autres vous les écrirez avec de l'encre, & ainsi trouverez |
| | vous vôtre voyelle V. Voyez en la Figure Num. 3. |
| |
|
| | La lettre A sera formée de cette manière: faites le dit Triangle |
| | contraire à celui de l'V, divisez les deux lignes en deux parties |
| | égales & figurez un Triangle par dessous, dont la pointe fi- |
| | nira |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 9
| nira au Centre de la voyelle O susdite, ainsi aurez vous la |
|
| voyelle A. Voyez la Figure Num. 4. |
|
| |
|
| La lettre E soit façonnée de cette sorte: tirez le Diamètre | |
| de la lettre O perpendiculairement, divisez ce Diamètre en |
|
| quatre parties égales, posez le tout entière horizontalement |
|
| à la droite du bas de la perpendiculaire; trois parties d'icelle |
|
| de même au haut d'icelle, & une partie du centre de la même |
|
| perpendiculaire ou Diamètre, & ainsi formerez vous parfaitement |
|
| la lettre, ou la voyelle E. Voyez en la Figure |
|
| Nom. 5. |
|
| |
|
| Ainsi trouverez vous la description des cinq voyelles fondamentalement | |
| faite selon les règles de la Géométrie. |
|
| Touchant les autres lettres Latines elles sont formées toutes | |
| au compas & à la règle de la même manière, & elles ont aussi, | §. 9. |
| comme les voyelles, leur origine de la lettre O, & de son Diamètre, | Que toutes les
|
| qui est la I, des quelles un chacun pourra faire la délinéation | lettres Latines
|
| & la description sur les même fondements, que nous avons | ont leur origine
|
| dit des cinq voyelles, jugeant le temps trop précieux de | de l'O & de l'I.
|
| les coucher toutes ici. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Il n'est pas besoin non plus de nous arrêter plus long temps | |
| à la figuration des lettres, je vous prie de poursuivre à me révéler |
|
| les mystères que vous m'avez promis de me faire connaître |
|
| & comprendre des lettres de ces trois mots ou noms. |
|
| |
|
| D E U S M A R I A J E S U S. |
|
| |
|
| Je suis (comme vous savez) un amateur de toutes sortes de | |
| belles sciences & de curiosités louables, c'est pourquoi que j'aspire |
|
| d'entendre ce que vous en pourrez proférer. |
|
| J'ai, bien lu des Livres des Anciens Cabalistes, & ai vu | |
| entre autres des Caractères fort étranges & en grande quantité |
|
| dans les Livres de Cornelius Agrippa, par les quels il a produit |
|
| des effets prodigieux & inouïs, à ce qu'il dit, & qui |
|
| sont pour moi (je confesse ma faiblesse) quasi incroyables, |
|
| mais je n'ai jamais entendu ni lu, qu'il y a, quelque vertu cachée |
|
| dans la signature des lettres, la quelle je désire fort d'entendre |
|
| de vos grâces. |
|
| C 2 V R E- |
|
@
10
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | V R E D E R Y C. |
| |
|
| | Si vous croyez que je vous produirai des Caractères & des |
| | grimaces comme Cornelius Agrippa a fait, vous vous trouverez |
| | bien trompé, vu que mon intention n'est nullement de mettre |
| | en lumière des choses si subtile, & si artificielles qu'il a fait, |
| | mon esprit n'est pas assez subtil & mon cerveau trop flegmatique |
| | pour en concevoir des telles, & encore moins capable pour |
| | les faire comprendre & croire aux autres, ce pourquoi je les |
| | laisse en leur être pour ceux qui sont doués d'un Esprit plus astral |
| | que le mien, & qui ont la foi plus grande que moi; ce n'est |
| | pas non plus mon intention de vouloir attribuer quelque vertu |
| | aux lettres ou aux Caractères, & de faire accroire que l'une |
| | doive être plus & l'autre moins estimée à cause de la différence |
| | de leurs lignes: mais ma simple intention n'est autre que de tâcher |
| | de faire voir à mon prochain, qu'étant dans une profonde |
| | Méditation de nôtre grand Dieu, de la très Sainte Trinité, |
| | & de l'histoire supernaturelle de la conception, de la passion |
| | & de la mort, résurrection & de l'ascension de nôtre sauveur |
| | Jésus Christ, j'ai écrit Géométriquement les trois noms susdits, |
| | & qu'ayant très curieusement examiné la signature de |
| | leurs lettres, j'ai découvert (moyennant les influences divines) |
| | les choses & les mystères suivants. |
| | Au nom de DIEU, nous commencerons par la signature des |
| §. 10. | lettres qui composent le nom de DIEU: en Latin DEUS. |
| De la sig- | DEUS en la langue Grecque est autant à dire que, voyant
|
| nature des | tout, à savoir Deos:
|
| lettres du | J'espère que le DIEU tout voyant nous fera la grâce d'illuminer
|
| mot | tellement les jeux de nôtre entendement & de nôtre corps
|
| DEUS. | que nous ne passerons pas un atome (pour parler ainsi) qui
|
| | soit compris es lettres de son très saint Nom, sans que nous ne |
| | voyons tout & que n'en fassions des démonstrations & des interprétations |
| | tendant à l'augmentation de sa plus grande gloire |
| | & au profit de nôtre prochain. |
| | Le mot DEUS comprend donc en soi un Cercle & Six Diamètres |
| | du même cercle, comme je vous ferai voir ici en |
| | suite. |
| | La ligne droite de la premiere lettre du mot DEUS est le |
| | Diamètre AA. le quel étant divisé en deux parties égales, en B, |
| | & la demie circonférence étant tirée depuis l'un bout d'icelle |
| | jusqu'à |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 11
| jusqu'à l'autre, la lettre D sera formée; à la quelle demie circonférence |
|
| AA. la dernière lettre du même mot, à savoir la lettre |
|
| S, étant appliquée par les deux bouts, vous trouverez la |
|
| construction d'un Cercle parfait coupé par son Diamètre AC, AD. |
|
| |
|
| Vous ferez sur ce Diamètre, de sa longueur, une intersection | |
| E, de la quelle vous tirerez un cercle FFF. par les deux bouts du |
|
| Diamètre AA, & mettrez sur icelui l'une des lignes de la lettre |
|
| V marquée AG. depuis A en G. & l'autre ligne de la même lettre |
|
| marquée G H. depuis G en H. La quatrième ligne à savoir |
|
| la basse ligne horizontale de la lettre E marquée HI, depuis H |
|
| en I. La cinquième ligne marquée de IL, qui est la perpendiculaire |
|
| de la même lettre, depuis I en L. Et la sixième ligne qui |
|
| est composée des deux autres lignes de la même lettre marquées |
|
| LMM. Depuis L in A. Et ainsi recevez vous, par une seule extension |
|
| de vôtre compas, un Hexagone parfait comprenant |
|
| très parfaitement & très régulièrement toutes les lignes des lettres |
|
| du mot de nôtre grand DIEU, sans les augmenter ou diminuer |
|
| d'un seul point. Voyez en la Figure Num. 6. |
|
| |
|
| Vous pouvez remarquer aux lignes de ce mot, DEUS que | |
| le Centre, qui est son commencement, dénote & enseigne l'Unité |
|
| de laquelle tous les Etres du Monde ont eu leur source, & |
|
| proviennent incessamment, & à la quelle ils doivent aussi retourner: |
|
| car lorsque vous posez un point sur le papier, & que |
|
| regardez alors s'il y a moyen de tirer par aucune autre voie quelque |
|
| ligne, de quelle nature qu'elle soit, devant que vous |
|
| ayez mis le point, vous le jugerez assurément impossible, & |
|
| comme il faut très nécessairement, que toutes les lignes aient |
|
| leur commencement d'un point; ainsi faut il que tous les |
|
| Etres & tous les Nombres aient leurs principes de l'Unité. |
|
| |
|
| Mais afin que vous sachiez ce que c'est qu'un Nombre, vous | |
| observerez, si vous plaît, qu'un nombre n'est autre chose qu'une |
|
| répétition de l'Unité, c'est de quoi que nous prendrons occasion |
|
| d'en parler ailleurs plus amplement. |
|
| |
|
| Il est donc assez évident que le point ou le centre, & la circonférence | |
| ou le Cercle, qui se trouvent à la description des lettres |
|
| D tres | |
@
12
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | susdites, enseignent assez clairement, qu'il y a un commencement |
| | & une Fin de toutes choses, car il n'y a rien eu plus |
| | tôt qu'un & il n'y aura rien plus tard qu'un. |
| |
|
| | Il y a un Commencement de toutes choses & toutes choses retournent |
| | à l'Unité, il n'y a rien outre cette Unité, & toutes les |
| | choses qui sont, désirent la même Unité, à cause que le tout à |
| | pris son origine de l'Unité: Et pour afin que toutes choses deviennent |
| | une seule chose, il est très nécessaire, que le tout soit |
| | participant & partageant de cet un: car comme tous les Etres |
| | sont étendus d'un seul Etre en plusieurs, tous ces Etres sont inclinés |
| | de retourner à cet Un Etre, du quel ils sont sortis, & il |
| | est besoin que toutes choses se privent de la multitude. |
| |
|
| | C'est pourquoi que nous attribuons ici l'Unité Circulaire à |
| | DIEU, le quel, étant lui même unique & sans nombre, a pourtant |
| | fait & créé de lui des Etres innombrables, & les crée & les |
| | comprend en lui comme toutes les lignes, Lettres, Nombres |
| | Caractères & Figures ont leurs principe & leurs source d'un seul |
| | Point, qui est sans nombre, comme nous avons dit ci devant. |
| |
|
| | Voyons à ct'heure ce que les lignes droites du susdit mot DEUS |
| | nous découvrent: |
| |
|
| | Il me semble que la lettre V ne fera pas mal entrer nos pensées |
| | à la création des Etres, vu que la V est composée de deux |
| | Diamètres, & que le nombre de Deux est appelé des Anciens |
| | le germe de l'Unité, & la Procréation la première: comme aussi, |
| | que le grand Dieu, étant comme sorti hors de son Unité, à créé |
| | & crée encore tous les jours toutes les créatures, par le moyen |
| | de ses DEUX QUALITES contraires qui sont le Sec & l'Humide, |
| | des quelles nous discourrons, Dieu aidant, plus amplement, |
| | lors que nous tiendrons propos de la Génération des |
| | Végétaux, des Animaux & des Minéraux. |
| |
|
| | Lors qu'on applique les deux bouts de la lettre V susdite |
| | aux deux bouts du Diamètre ci dessus exprimé, on verra la figure |
| | d'un Triangle équilatéral qui ne représente pas mal un Caractère |
| | de la Trinité, & le nombre des Trois Principes dans tous |
| | les mixtes. |
| |
|
| | Et pour découvrir sur ce même fondement un Caractère des |
| | Qua- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 13
| Quatre Eléments; on pourra commodément appliquer les lignes |
|
| de la lettre E sur le même Diamètre du susdit cercle, & ainsi |
|
| se présentera aussi un Quadrangle parfait, qui exprime le nombre |
|
| des Quatre Eléments, & de cette manière sera le |
|
| |
|
| PREMIER ETRE représenté par le Centre & la Circonférence, | |
| marqués du Nombre I.I.I. |
|
| |
|
| Les DEUX QUALITES CONTRAIRES par la lettre | |
| V marquées de 2.2. |
|
| |
|
| Les TROIS PRINCIPES par le TRIANGLE équilatéral | |
| marqué de 3.3.3. |
|
| |
|
| Et les QUATRE ELEMENTS par le QUADRANGLE | |
| marqué de 4.4.4.4. Voyez en la Figure Nom. 7. |
|
| |
|
| Le nombre des lettres du mot DEUS donne aussi à connaître | |
| le nombre des Eléments; & qui plus est chacun de ces quatre |
|
| lettres ne pourrait pas mal exprimer un caractère d'un Elément |
|
| à part, de cette sorte: |
|
| |
|
| La Lettre S étant fléchie & formée de la façon que les deux | |
| bouts viennent à toucher l'un l'autre, représentera une Rondeur |
|
| parfaite, laquelle n'enseignera pas mal un caractère de l'Elément |
|
| du FEU: car comme le centre d'un cercle étend tous ses |
|
| rayons à l'entour de soi à la circonférence: tout de même fait |
|
| le soleil, le quel, étant sphérique, le coeur & le centre de tout le |
|
| monde, & la cause de tout le feu dans icelui, jette les rayons |
|
| de sa lumière à l'entour de lui à la circonférence, & donne à |
|
| tous les êtres composés des vicaires, qui sont proprement les |
|
| vies dedans les corps, lieux de leurs résidences, les quelles étendent |
|
| de même les rayons de leur feu dedans leurs Microcosmes |
|
| de puis le centre jusqu'à la circonférence, comme le Soleil leur |
|
| père les darde à la circonférence de son Macrocosme. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je vous entends fort volontiers: mais je vous prie de me faire | |
| le plaisir de me donner un peu plus d'éclaircissement touchant |
|
| le centre & la circonférence du Macrocosme & du Microcosme, |
|
| devant que vous avanciez davantage vôtre discours, car vous |
|
| savez qu'il y a des opinions bien différentes touchant cette matière |
|
| D tiè- | |
@
14
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | entre les Philosophes; dites en moi vôtre sentiment si |
| | vous plaît, & puis je vous en dirai le mien. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Il est vrai que cela se pourrait fort bien faire par cette occasion, |
| | mais puisque nôtre entretien n'est ici que des lignes, caractères |
| | & des lettres, vous m'obligerez de me permettre d'achever |
| | ce que j'ai commencé, & de différer ce que vous me demandez, |
| | jusqu'à que nous entamions le discours de l'écriture de |
| | Dieu même, qui sont ses créatures. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Si vous le jugez ainsi, vous pourrez poursuivre. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | La lettre D (à ce qu'il me semble) ne nous enseigne pas mal |
| | un caractère de l'Elément de l'Air, à cause que cette lettre est |
| | composée d'un Diamètre & d'un demi cercle: car comme la rondeur |
| | de cette lettre enseigne la perfection, la Spiritualité |
| | l'activité du Feu, & la ligne droite, l'imperfection, la corporalité |
| | & la matière souffrante & concevante: ainsi est aussi |
| | l'Air un Elément le quel est principalement composé d'une Eau |
| | étendue à la circonférence & imprégnée du Feu. |
| |
|
| | Il me semble que l'Elément de l'Eau ne serait pas mal exprimé |
| | par le caractère de la lettre V, à cause qu'elle est composée |
| | d'une telle façon, qu'elle contient deux Diamètres, les quels |
| | s'unissent en bas en forme d'un coing, dont les deux pointes |
| | montants en haut démontrent les deux Eléments supérieurs, comme |
| | la pointe d'en bas enseigne l'Elément le plus bas, à savoir |
| | la Terre, des quels elle est composée: & que plus est, la courbure |
| | de cette lettre donne à connaître la propriété de la fléchibilité |
| | & de la fluxibilité de l'Eau: & la forme angulaire d'icelle |
| | donne à savoir que l'Eau conjointe avec les deux Eléments supérieurs |
| | est un Agent sur & dedans la Terre, comme un coin |
| | est un instrument propre pour fendre quelque matiere dure, soit |
| | bois, soient pierres ou autres. |
| |
|
| | La Signature de la lettre E ne fait pas tant mal aller nos pensées |
| | à l'Elément de la Terre, car, comme trois lignes de trois |
| | longueurs différentes se présentent sur la perpendiculaire d'icelle, |
| | le, que |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 15
| que les trois Eléments supérieurs sont aussi de trois qualités |
|
| différentes, puisqu'ils sont de trois distances différentes, & |
|
| qu'il faut qu'ils fassent leur opérations & imprégnations dans la |
|
| Terre par trois degrés différents, comme nous dirons plus amplement |
|
| à son lieu. |
|
| |
|
| Voyez comment les lignes des lettres du mot DEUS donnent | |
| à connaître plusieurs choses bien remarquables, & qu'elles |
|
| donnent encore à remarquer, qu'il y a une rotation ou conversion |
|
| perpétuelle, aussi bien des Eléments, que de tous les composés |
|
| de la Nature, ainsi que la Figure Nom. 8. représentant le |
|
| nombre parfait de Dix, vous enseignera très clairement, & |
|
| dont la description Géométrique est telle: Posez un Point sur |
|
| le papier & le notez de Nombre I. |
|
| |
|
| Mettez l'un des pieds de vôtre compas sur ce point, étendez | |
| son autre pied d'une telle distance que vous voulez, & marquez |
|
| le point de vôtre distance Nombre 2. |
|
| |
|
| Faites de cette même étendue du Compas un Cercle & le | |
| signez des Nombres 3. 3. |
|
| |
|
| Tirez le Diamètre de ce Cercle depuis Nom. 2. au travers du | |
| centre jusqu'à la rencontre de la circonférence, & en notez le |
|
| dernier bout du Nombre 4. |
|
| |
|
| Faites sur ce Diamètre, de la longueur d'icelui, une croisée | |
| & marquez le milieu d'icelle du Nombre 5. |
|
| |
|
| Laissant l'étendue de vôtre compas de la même distance vous | |
| décrirez du Nombre 5 une circonférence par les deux bouts |
|
| du Diamètre du premier cercle 2. & 4. & la marquerez du |
|
| Nombre 6.6.6.6.6.6. |
|
| |
|
| Mettez l'un des pieds du compas, toujours de la même distance | |
| du Diamètre du premier, ou du Demi diamètre du second |
|
| cercle, sur Nombre 2. & mettez l'autre pied d'icelui sur la circonférence, |
|
| & marquez le premier point du Nombre 7. Le |
|
| second du Nombre 8. Le troisième du Nombre 9, & le quatrième |
|
| du Nombre 10. Ainsi avez vous une démonstration très |
|
| nette du Nombre parfait de Dix, le quel est procuré des lignes |
|
| du mot DEUS, par dix opérations différentes du compas & de |
|
| la règle. Voyez en la Figure Nom. 8. |
|
| E Voyez | |
@
16
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Voyez ici comment tous les nombres, toutes les lignes, tous |
| | les Caractères & toutes les figures ont leurs origines de l'Unité: |
| | Car d'un proviennent Deux, puisque deux fois un font deux. |
| | L'unité fait le centre & le nombre de Deux fait le Rayon. |
| | De un & de Deux proviennent Trois, vu que un & Deux |
| | font Trois. |
| |
|
| | Comme le nombre Deux, à savoir le Rayon, sorte de l'Unité |
| | ou du Centre: & comme le nombre Trois provient de l'Unité |
| | & du nombre Deux, ainsi proflüe la circonférence du centre |
| | & du Rayon; au quel nombre de Trois l'Unité étant ajoutée, |
| | à savoir le Rayon prolongé depuis le centre jusqu'à la |
| | circonférence, vous trouverez le Nombre de Quatre, puisque |
| | Trois & un font Quatre, tout ainsi que le Centre, le Rayon, |
| | la Circonférence & le Diamètre font Quatre en nombre, tout |
| | de même comme un, un & Deux par la Règle de l'Addition |
| | font Quatre. |
| |
|
| | Et comme les Quatre premiers nombres de l'Arithmétique, |
| | 1, 2, 3, & 4, étant aussi perpendiculairement mis les uns sur les |
| | autres, selon la Règle de l'Arithmétique susdite, parfont le |
| | Nombre parfait de Dix. |
| |
|
| | Ainsi proviennent aussi, & sont formé toutes sortes de lignes |
| | & Figures d'un Centre, d'un Rayon, d'une Circonférence, & |
| | d'un Diamètre, & très particulièrement la Figure Hexangulaire |
| | régulière, la laquelle prend son commencement de l'unité, |
| | & monte jusques au nombre parfait de Dix (comme nous avons |
| | dit ci devant) où elle cesse, puisqu'alors la perfection de sa |
| | Figure est accomplie, & qu'elle est en état de multiplier sa Figure |
| | en infini. |
| |
|
| | Tout de même comme à ce nombre de Neuf, l'Unité étant |
| | ajoutée le parfait nombre de Dix se trouve: la quelle unité |
| | est alors un commencement de la multiplication des nombres |
| | premiers jusques à une étendue quasi infinie & inexprimable, |
| | car outre le nombre de Neuf il n'y a plus de nombre simple. |
| | C'est de cette manière qu'on va naturellement & démonstrativement |
| | de l'Unité à un nombre innombrable, du centre à la |
| | circonférence, & c'est de cette manière que le Créateur s'étend |
| | infiniment dans ses créatures, & que les créatures retournent |
| | à leur |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 17
| à leur Premier Etre, du quel toutes choses sont sorties: comme |
|
| un certain Philosophe en parle aussi très sagement & très fondamentalement, |
|
| en disant: |
|
| |
|
| Omnis Naturae consistens limitibus operatio mirandorum ex UNITATE |
|
| per BINARIUM in TERNARUM descendit, | |
| non prius tamen quam à QUATERNARIO per ordinen | |
| graduum in SIMPLICITATE consurgat. | |
| |
|
| Nam cum QUATUOR numerare velis, non aliter quam ab |
|
| UNITATE scis inchoandum, ut cum dicis: Unum, Duo, | |
| Tria, Quatuor, quae simul sumpta, faciunt Decem. | |
| |
|
| Haec omnis numeri perfecta consummatio est, quia tunc fit regressus |
|
| ad unum, & ultra denarium non est numerus simplex. |
|
| |
|
| Quicunque hujus purae simplicitatis simplici notitià sublimatus |
|
| est, in omni scientia consummatus erit, perficietque opera | |
| miranda, & stupendos inveniet effectus. | |
| |
|
| C'est à dire: Toute opération des merveilles de la Nature, qui |
|
| consiste en des limites ou bornes, descend hors de l'Unité | |
| par le nombre de Deux au nombre de Trois, non plus tôt | |
| pourtant, qu'elle ne monte du nombre de Quatre par un ordre | |
| de degrés en Simplicité: car vous savez que lors que vous | |
| voulez compter Quatre, qu'il ne faut commencer que de l'Unité, | |
| comme quand on dit. Un, Deux, Trois, Quatre, | |
| les quels étant pris ensemble, font dix. | |
| |
|
| Celle ici est la parfaite consommation de tout nombre, à cause |
|
| qu'il se fait alors une régression à l'Unité: & qu'il n'y a pas de | |
| nombre simple autre le nombre de Dix. | |
| |
|
| Tout icelui qui est sublimé à la connaissance simple de cette simplicité |
|
| pure, il sera parfaitement consommé en toutes sortes | |
| de sciences, il fera des oeuvres dignes d'admiration, & trouvera | |
| des effets prodigieux. | |
| |
|
| C'est d'une telle manière qu'il faut entendre que le Monde est |
|
| E 2 créé | |
@
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E S C A L I E R Des S A G E S.
| | créé de rien, & qu'il retournera à rien, quand ce sera ainsi le bon |
| | plaisir de l'Unité éternelle & incréée. |
| |
|
| | Outre les choses susdites vous pourrez regarder les Figures |
| | qui suivent ici, qui serviront pour confirmer nôtre discours. |
| |
|
| | Voyez, mon très cher, combien les lettres du mot DEUS |
| | nous font comprendre clairement: Le PREMIER ETRE; |
| | Les DEUX Qualités CONTRAIRES; Les QUATRE |
| | ELEMENTS: & les TROIS PRINCIPES: & de quelle façon |
| | il faut entendre que tous les Etres sont sortis d'un seul |
| | ETRE. |
| |
|
| | Outre ce que je viens à vous dire, il me semble que je vous |
| | pourrai encore faire comprendre la création des composés, & |
| | de quelle façon le créateur s'est étendu dedans les créatures |
| | d'une autre manière; & ce par les lignes des lettres du mot |
| | JESUS. |
| |
|
| | Lors que vous conférez ensembles les lignes du mot JESUS |
| | avec celles des lettres du mot DEUS vous pouvez apercevoir |
| | parfaitement, de quelle façon la seconde Personne de la Divinité |
| | est sortie de la Première, & comment il est à comprendre |
| | qu'elle est réunie à la Premiere: |
| §. 12. | |
| Que les lig- | Considérant curieusement les lignes des lettres du mot JESUS,
|
| nes du mot | vous trouverez effectivement, qu'elles sont les mêmes,
|
| JESUS sont | que le mot DEUS contient, & qu'il n'y a que cette différence;
|
| les même | que celui ci n'a que quatre, & celui là cinq lettres, de
|
| de DEUS. | telle sorte que la première & la troisième lettre du mot JESUS
|
| | sont faites de la première lettre du mot DEUS. |
| |
|
| | La lettre S, qui contient le milieu du mot JESUS (faisant |
| | ici l'augmentation & le changement au mot DEUS) pourrait |
| | être prise ici pour un Caractère de la Quinte Essence: car comme |
| | les deux bouts de la lettre S, étant joints ensemble, font |
| | une figure ronde au milieu du mot JESUS, & comme elle a son |
| | origine de la première lettre du mot DEUS, ainsi le fils de |
| | Dieu est aussi la Rondeur parfaite, ou la Quinte Essence sortie |
| | des flancs de Dieu le Père. |
| |
|
| | Comme les lettres du mot JESUS redeviennent un même |
| | mot |
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| mot avec le mot DEUS, lors que la lettre S est réunie à la lettre |
|
| I, qui refont un D, ainsi est le Fils de Dieu un même Dieu |
|
| mais la Deuxième personne procréée de Dieu le PERE. Comme |
|
| il est écrit: |
|
| |
|
Celui ci est mon fils bien aimé, que j'ai engendré aujourd'hui.
| Je tâcherai de vous démontrer, avec la règle & le compas, | |
| de quelle façon cette génération s'est pu faire, & ce, en faisant |
|
| une description parfaite de ces deux mots susdits. |
|
| |
|
| Prenez pour cette fin une plume, de l'encre, un compas, une | |
| règle & du papier, écrivez, selon la susdite proportion des |
|
| lettres, le mot DEUS, & formez des lignes de ces lettres un |
|
| Hexagone régulier, de cette manière: |
|
| |
|
| Tirez la ligne a b de la même longueur qu'est celle de la lettre | |
| D, ou de la lettre I du mot susdit de JESUS, de la manière |
|
| que nous avons dit ci devant: divisez cette ligne en deux parties |
|
| égales, posez l'un des pieds de vôtre compas sur le milieu |
|
| d'icelle, étendez l'autre pied d'icelui jusques au deux bouts |
|
| de cette dite ligne, & écrivez un demi cercle finissant aux deux |
|
| bouts susdits, qui formera la lettre entière de D, ici marquée |
|
| par la figure de c.c. faites continuer vôtre demi cercle de la ligne |
|
| de la lettre S, qui est au milieu du mot JESUS, de la même |
|
| façon: faites de la longueur de la ligne A B à chaque coté d'icelle |
|
| un Triangle équilatéral a d b. Ecrivez de la même étendue de |
|
| vôtre compas hors de d les cercles e e. Continuez de la même |
|
| étendue de transporter le pied du dit compas de a en f, qui est |
|
| ici la ligne du bas de la lettre E, aussi bien de celle qui est au |
|
| mot JESUS que de celle du mot DEUS, mettez de même la |
|
| perpendiculaire de ces même lettres E E sur g g. Comme aussi |
|
| la longueur des deux autres travers de la dite lettre jointes ensemble |
|
| sur h h, & les deux lignes des deux lettres V V, qui sont |
|
| comprises aux même mots, sur ii, & ll. Ainsi voyez vous que |
|
| les lignes du mot JESUS sortent d'un même centre, d'un même |
|
| Rayon, d'une même circonférence, & d'un même Diamètre |
|
| du mot DEUS, & que cette figure démontre par les lignes des |
|
| lettres donc elle est composée, de quelle façon qu'on peut faire |
|
| un enseignement très net & clair, comment il est à comprendre |
|
| comme Dieu le Fils est sorti de Dieu le Père, comme Dieu le |
|
| F Père | |
@
20
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Père & Dieu le Fils ne font qu'un, au regard de la Divinité, |
| | mais Deux au respect de leurs personnes. Voyez les Figures au |
| | feuillet suivant. |
| |
|
| | Nous pourrions bien faire ici un discours fort ample de cette |
| | matière, mais puisque nôtre intention n'est pas autre que de |
| | faire seulement mention des trois mots susdits, nous verrons, s'il |
| §. 13. | n'est pas possible, d'apercevoir de leurs lignes & signes, comme |
| Contem- | aussi par celles des lettres du mot MARIA, la conception, la
|
| plation du | nativité, la passion & la mort de Dieu le Fils.
|
| mot MA- |
|
| RIA. | Ayant arrêté ma contemplation sur ce mot susdit, j'ai jugé
|
| | digne de remarque, que la Sainte mère de nôtre Sauveur Jésus |
| | Christ à été appelé Maria, qui est un mot qui à sa dérivation du |
| | mot Latin Mare, vu que Maria en Latin est autant à dire que |
| | Mer en Français, car comme les Mers reçoivent les semences |
| | spirituelles & astrales, étant comme la matrice des deux Eléments |
| | générants, qui sont le Feu & l'Air; que la sainte vierge devrait |
| | de même concevoir la semence spirituelle de Dieu, & qu'elle |
| | devrait aussi devenir enceinte par le Saint Esprit de Dieu le |
| | Père, ce que la ligne courbée du mot susdit montre quasi au |
| | doigt à la lettre du milieu, à savoir à l'R, ou les deux lignes courbées |
| | (qui dénotent la perfection) touchent la ligne droite |
| | d'icelle, (qui signifie l'imperfection) de deux manières, l'une |
| | qu'elle y est comme attachée & arrêtée, & l'autre comme en ressortant; |
| | comme le Saint Esprit de Dieu le Père s'est pénétré |
| | dedans la sainte vierge, & qu'il en est ressorti avec la très glorieuse |
| | nativité de Jésus Christ. |
| |
|
| | Il est aussi remarquable que les lignes droites du mot MARIA |
| | sont douze en nombre, & qu'elles font justement un nombre |
| | d'autant que font les lignes droites des deux mots susdits DEUS |
| | & JESUS tout ensemble. |
| |
|
| | Ces dites douze lignes étant jointes en quatre Triangles |
| | équilatéraux représentent justement les douze cotés des quatre |
| | plans d'un Tetraedrum comme il est à voir à la Figure Nom. I. |
| |
|
| | Les six lignes droites, du mot JESUS aussi bien que de celui |
| | de DEUS, font aussi les six coins réguliers & égaux du corps |
| | régulier du Tetraedrum, comme il est aussi à mesurer par la proportion |
| | portion |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 21
| de leurs lettres, & comme il est à voir à la Figure |
|
| Nombre 2. |
|
| |
|
| Outre ce que je viens de dire, j'ai considéré les lettres du | |
| dit nom d'une manière, s'il ne serait pas possible d'enseigner |
|
| par la composition de ses lignes, de quelle façon il est à comprendre |
|
| que le verbe (selon l'Evangile de St. Jean) est devenu |
|
| chair: ou bien l'Esprit corps, ou l'incorporel corporel, & |
|
| ayant fixé mes spéculations là dessus, j'ai trouvé, qu'on le pourrait |
|
| comprendre assez bien, lors qu'on met les quatre Triangles |
|
| susdits par ordre & successivement, comme les lignes des lettres |
|
| du nom MARIA s'entre suivent, & présupposant que les lignes |
|
| courbées expriment la perfection (comme nous avons dit ci |
|
| devant) ou la spiritualité, on verra ici que les dites lignes |
|
| courbées de la lettre R étant fléchies en rondeur, formeront |
|
| un cercle, le quel vient lui même s'appliquer de dans le troisième |
|
| Triangle, qui se forme par ordre des lignes des dites lettres, |
|
| selon le nombre qu'elles s'entre suivent, comme vous les |
|
| pouvez voir ici en suivant, car en commençant par la première |
|
| ligne de la lettre M, vous trouverez que les trois premières |
|
| lignes d'icelle donneront le premier Triangle. |
|
| |
|
| Que la Quatrième ligne de la même lettre, & les deux lignes | |
| de l'A, qui la suivent, donneront le deuxième Triangle. |
|
| |
|
| Que le troisième Triangle est formé de la dernière ligne de | |
| cette dite lettre, de la ligne droite de la lettre R, (la quelle |
|
| fait tourner naturellement ses lignes courbées) & de la lettre I, |
|
| la quelle donne l'accomplissement au troisième Triangle: d'une |
|
| telle manière que ces lignes courbées étant tournées en cercle |
|
| viennent d'elle même s'appliquer dedans ce troisième Triangle. |
|
| |
|
| Et le quatrième Triangle se fait des trois lignes de la dernière | |
| lettre A. |
|
| |
|
| Tellement que les lignes des cinq lettres du nom M A R I A | |
| donnent, de cette manière, bien clairement à connaître: de |
|
| quelle façon la nature divine se devait joindre à la nature humaine, |
|
| & ce au milieu de la matrice de la vierge, comme le milieu |
|
| de la ligne courbée le démontre Géométriquement sur la lettre |
|
| du milieu de son nom. Voyer les Figures Nom. 3 & Nom. 4. |
|
| F 2 Remar- | |
@
22
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Remarquons ici, mon très cher FRANCOIS; que la recherche |
| | de cette conception supernaturelle du Fils de Dieu, que |
| | j'ai observé, par cet examen des lignes du nom de la vierge, |
| | a fait étendre mes contemplations à la conception & à la génération |
| | de tous les Etres composés, & m'a fait considérer, que la |
| | conception d'iceux peut être comprise de la même manière comme |
| | celle là, vu que la semence ignée, jointe à l'air, & spirituelle, |
| | après qu'elle est devenue corporelle & spermatique, par |
| | la conjonction de l'Elément de l'Eau, elle devient à être semée |
| | dans la terre, (qui est la nourrice générale des mixtes) & enfermée |
| | & nourrie d'icelle, jusques à que l'opérateur général de |
| | la nature en produise ou un végétal, on un Animal, ou bien |
| | un Minéral en sa perfection, selon le cours du temps & selon la |
| | période pour cette fin ordonnée du créateur; tout de même comme |
| | la semence supernaturelle & divine de Dieu le Père a transpercée |
| | incorporellement & spirituellement la virginité de la vierge, |
| | par l'adumbragement du St. Esprit, pour produire le fruit |
| | de Dieu le Père au bout du terme ordonné & prédestiné pour la |
| | perfection de la nativité. |
| |
|
| §. 14. | Touchant la conjonction des lignes des lettres des trois mots
|
| Contempla- | sus mentionnés, DEUS JESUS & MARIA, considérez, si
|
| tion de la | vous plaît:
|
| conjonction |
|
| des trois | Premièrement le nombre des lignes droites de ces trois mots,
|
| mots DEUS | le quel est justement de celui du nombre de toutes les lettres Latines,
|
| JESUS & MA- | à savoir de vingt & quatre; & figurez vous que c'est
|
| RIA. | aussi par la que nôtre grand Dieu nous fait connaître, que nous
|
| | devons sur toutes choses employer les lettres à l'expression de la |
| | contemplation de nôtre créateur, & de l'histoire supernaturelle |
| | de nôtre Médiateur & de nôtre Sauveur Jésus Christ, puisque |
| | c'est par là que les trésors éternels & incorruptibles des |
| | âmes sont uniquement à trouver, & que tous les Esprits de tous |
| | les hommes du monde ne sont pas capables ni suffisants de comprendre |
| | avec leur esprits, de retenir par leurs mémoires, ni d'exprimer |
| | avec leurs langues la cent millième partie de la sapience |
| | & de la puissance inexprimable & des biens inépuisables qui |
| | y sont compris. |
| |
|
| | Secondement: que les vingt & quatre lignes susdites étant |
| | divisées en six parties, & en ayant formé six Carrés parfaits, sur |
| | la fi- |
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 23
| la figure d'un Hexagone, vous trouverez une telle symétrie & |
|
| une telle correspondance du Triangle avec le Quadrangle, qu'ils |
|
| se laissent régulièrement joindre & unir ensemble depuis le centre |
|
| même jusqu'à une étendue de circonférence telle qu'il vous |
|
| plaît; de sorte que l'extension de l'Unité à la multitude, de |
|
| ces figures, ne peut être faite par aucune voie plus régulière, |
|
| que par celle ici, car par cette voie l'unité s'étend infiniment |
|
| & régulièrement à la circonférence, sans qu'il se commet aucune |
|
| confusion de figures, ce qu'il n'est pas possible de faire par |
|
| aucune autre sorte de figures, vu que toutes les autres figures, |
|
| hormis celles ici, de quelle façon qu'on pense de les joindre, |
|
| causent toujours une irrégularité & une confusion. Voyez en les |
|
| figures qui suivent ici. Nom. I. 2. 3. |
|
| |
|
| Tiercement: que les vingt & quatre lignes de ces trois mots | |
| étant jointes d'une telle manière, que dix huit d'icelles soient |
|
| élevées perpendiculairement, & six de travers, entre la deuxième |
|
| & la troisième ligne, en figure de croix, prenant la longueur |
|
| de chaque ligne de la mesure d'un pied, cette croix sera |
|
| peut être de la même grandeur de celle de Jésus Christ; & lors |
|
| que vous appliquez les lignes courbées des dits mots, les bouts |
|
| d'icelles tenants ensemble, à la dite croix, vous verrez la figuré |
|
| d'un Serpent pendu à la croix, comme Moïse avait ordonné |
|
| aux Juifs, dont vous pourrez voir ici la Figure A. |
|
| |
|
| En Quatrième lieu: que les six Carrés susdits étant mis d'une | |
| façon qu'un d'iceux soit au milieu de quatre autres, & que |
|
| le sixième soit appliqué dessous le cinquième, comme il est à |
|
| voir à la Figure B. vous trouverez alors une façon d'une croix |
|
| composée de six carrés réguliers, dont les six Plans, étant pliés |
|
| ensemble forment la superficie du corps stéréométrique régulier |
|
| du Cube, dedans lequel les deux S S du mot JESUS étant enfermées, |
|
| en sorte que les deux bouts soient joins ensemble en cercle, |
|
| l'enterrement de nôtre seigneur Jésus Christ pourrait être |
|
| observé. |
|
| |
|
| Car, comme les Philosophes nous assurent, que l'Or, (qui | |
| à naturellement la signature sphérique) lors qu'il est joint à son |
|
| sel (au quel la nature a donné la signature cubique) & qu'il a |
|
| été son temps limité enterré dedans le feu infernal des Philosophes, |
|
| qu'il en sortira glorieusement, & qu'il sera alors une médecine |
|
| G deci- | |
@
24
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | très glorieuse pour ses frères qui sont es royaumes végétal, |
| | Animal & Minéral: Ainsi nôtre sauveur Jésus Christ a |
| | transformé & glorifié son corps composé des Eléments par la descension |
| | de son St. Esprit aux enfers, & par le retour d'icelui |
| | à son corps, qu'il a pu rendre son corps incorporel selon son |
| | bon plaisir divin; en telle sorte, qu'il a pu transformer, & qu'il |
| | peut encore transmuer de même, par son St. Esprit, tous ceux |
| | qu'il lui plaît, d'une manière, que cependant leurs vies, & après |
| | leur mort, ils ont pu faire des grands miracles, comme il a |
| | paru aux Apôtres, dont les ossements, après leurs mort, ont |
| | même pu ressusciter des corps morts, comme le nouveau Testament |
| | nous en donne quantité d'exemples, & d'histoires. Vous pourrez |
| | regarder les Figures ci dessous qui vous confirmeront ce que |
| | nous venons de dire, dont la dernière cubique est celle marquée |
| | de la lettre C. |
| |
|
| | Voila ce que j'avais à vous dire des nombres, lignes & Caractères |
| | les quels me sont tombé dans l'esprit lors que j'avais arrêté |
| | un peu ma méditation à l'histoire de nôtre Seigneur Jésus |
| | Christ en regardant les lettres des trois mots DEUS JESUS & |
| | de MARIA. Je vous supplie, mon très cher, d'excuser la simplicité |
| | de mon style & de la chétivité de mon propos, puisque |
| | mon discours n'a été jusqu'à présent que des nombres, des lignes |
| | & des lettres, j'attends quelque chose de plus beau de votre |
| | faveur. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| |
|
| | Que c'est la volonté de Dieu que les Créatures raisonnables cherchent à connaître |
| | le Créateur par le connaissance des créatures. Que toutes les |
| | créatures proviennent d'un seul Dieu, comme tous les Nombres de l'Unité. |
| | Description de Hermès Trismégiste de la création du Monde. |
| | Moïse de la création du Monde. Que Dieu est dit souvent d'être un feu. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | J E vous ai entendu volontiers & vous remercie |
| | de tout mon coeur de la peine qu'il vous a plu de prendre; |
| | ce ne sont pas seulement des lignes & des lettres des |
| | quelles vous avez discouru, & les quelles doivent être considéré |
| | sim- |
+@
+@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 25
| simplement comme des lignes & des lettres, puisque vous en |
|
| avez commencé à faire une écriture la quelle démontre le grand |
|
| Tout, non seulement avec la plume, mais même avec le compas |
|
| & avec la règle: vous ne sauriez non plus arrêter mieux |
|
| vos pensées, ni aiguiser vôtre esprit qu'à des choses qui tendent |
|
| à la gloire de Dieu, & qui sont utiles pour la procuration |
|
| de nôtre salut éternel; C'est aussi à ces choses la qu'on doit employer |
|
| très particulièrement beaucoup de peine & de labeur, |
|
| puisqu'on acquiers par là des trésors qui ne périssent pas, mais |
|
| qui sont divins & éternels; C'est aussi la volonté du créateur, | §. 1. |
| que les hommes, à qui il a eu la bénignité de donner une âme | Que c'est
|
| raisonnable, outre toutes ses autres créatures, apprennent à le | la volonté de
|
| connaître par la connaissance des créatures, afin que les hommes | Dieu que les
|
| connaissant bien leur Créateur par la connaissance d'icelles, | hommes cherchent
|
| se rendent de plus en plus capables de l'adorer, de le servir & | à connaî-
|
| de le louer: Car il est impossible d'estimer grandement une chose | tre le créa-
|
| qu'on ne connaît pas, & qu'on ne sait pas ce que c'est, | teur par les
|
| comme la plus part des hommes (hélas!) ne savent pas ce que | créatures.
|
| c'est que Dieu: C'est une chose honteuse de le dire, & il le faut |
|
| pourtant dire, puisque c'est la vérité; ils sont provenu de Dieu, |
|
| il sont en Dieu, ils subsistent par Dieu, ils ne sont rien sans |
|
| Dieu, & il faut qu'ils retournent à Dieu à la fin, puisqu'il est |
|
| leur commencement & leur fin, étant pourtant sans commencement |
|
| & sans fin, & encore ne connaissent ils pas Dieu: n'est il |
|
| pas grandement à plaindre, que l'ignorance est si grande dans le |
|
| monde qu'entre des milliers des personnes il ne s'en trouve pas |
|
| quelque fois une qui connaisse bien son Dieu, son Créateur, ou |
|
| son Premier Etre, & qui sait ce qu'il doit répondre, quand |
|
| on lui demande ce que c'est que Dieu? Comment telles gens |
|
| trouveront ils Dieu puisqu'ils ne le connaissent pas? Comment |
|
| estimeront, honoreront & loueront ils Dieu vu qu'ils ne savent |
|
| ce que c'est que Dieu? Comment peut un lourdaud ou un |
|
| paysan faire état de la pierre des Philosophes quand il ne sait |
|
| pas ce que c'est ? Ne la dédaignera il pas comme si elle était de |
|
| nulle valeur? Encore qu'elle serait purifiée mille fois par le feu |
|
| de purification des Philosophes, & qu'elle serait d'une valeur |
|
| de cent mille millions d'Or? |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il en est ainsi comme vous dites, & il en a été de même il y | |
| G 2 a quel- |
|
@
26
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | a quelques mille ans, car il me souvient des paroles du plus ancien |
| | des Philosophes, savoir de Hermès Trismégiste des quelles |
| | il s'est servi dans son Pimandre, au Chap. 7. avec une très |
| | grande cordialité aux ignorants, & les quelles je ne puis m'empêcher |
| | de réciter ici. |
| |
|
| | Ces paroles sont les suivantes: |
| |
|
| | Quo rapimini, ô temulenti homines qui merum ignorantiae sermonem |
| | epotastis, quem ne ferre quidem potestis! Atqui jam |
| | ipsum vomite: State sobriè degentes elapsum visum oculis |
| | cordis recipientes. Sin minus potestis omnes at saltem qui poteritis. |
| | Ignorantiae namque pravitas universam terram alluit, |
| | & profligat deploratam in corpore animam, non patiens eam |
| | salutis portubus applicare. Ne igitur unà periclitemini cum |
| | multo fluctu. Contrarias autem undas passi, qui incolumitatis |
| | portum apprehendere potestis, ad hunc applicate. Percontamini |
| | ducem, qui ad manum viam vos doceat, ad intelligentia: |
| | fores: ubi emicans est lumen, vacuum à tenebris: ubi nullus |
| | temulentiae indulget: sed omnes sobriè degunt, corde |
| | aspicientes ad eum, qui conspici vult. Non enim audiri, non |
| | dici, non videri oculis potest, quin imo mente & corde. Primum |
| | decet te perrumperc, quem defers amictum, ignorantiae |
| | texturam, nequitiae firmamentum, corruptionis nodum, |
| | tenebrosum ambitum, vivam mortem, sensitivum cadaver, |
| | circumlatum sepulchrum, inquilinum furem, per ea quae amat |
| | osorem, per quae autem odit invidentem. Talis est quo |
| | tectus est inimicus amictus, suffocans infra te ipsum: ne visum |
| | recipiens & veritatis pulchritudinem speculatus, & in ea |
| | incumbens Bonum, oderis ipsius nequitiam perspectis ejus infidiis, |
| | quibus tibi insidiatus est, efficiens insensilia ea, quae |
| | censebantur & visu erant sensilia, multà materià illa obstruens, |
| | ac abominabili voluptate implens, ne quae te audire decet, |
| | audias, nec videas quae te conspicere decet. |
| | |
| | C'est à dire: |
| |
|
| | O hommes étourdis qui avez bu le vin de l'ignorance le quel |
| | vous ne pouvez souffrir! Mais le revomissez! Vers où vous |
| | emportez vous? Soyez sobres & voyez avec les yeux du coeur: |
| | si vous ne le pouvez pas faire tous, voyez seulement vous qui |
| | le pouvez, car la perversité de l'ignorance surnage toute la |
| | terre |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 27
| terre & fait abîmer l'âme déplorable dans son corps, ne souffrant |
|
| pas qu'elle aborde les ports du salut. Ne vous mettez donc |
|
| pas en péril au grand flux, mais approchez le port de sauveté au |
|
| travers des ondes contraires autant que vous le pouvez aborder. |
|
| Cherchez le guide qui vous apprenne le chemin qui mène à la |
|
| porte de l'intelligence où est la lumière brillante sans aucune |
|
| ténèbre: où personne n'est ivre, mais où que tout le monde vit |
|
| sobrement, & regarde avec le coeur celui qui veut être regardé, |
|
| car il ne peut être ouï, prononcé, ni vu avec les yeux, |
|
| mais avec le coeur & l'esprit; Il faut que vous tâchiez de déchirer |
|
| l'habit d'ignorance que vous portez, le firmament de la malice, |
|
| le noeud de la corruption, le circuit ténébreux, la mort vive, |
|
| la charogne sensible, le sépulcre que nous portons avec nous, le |
|
| larron locatif, celui qui hait par les choses qu'il aime, mais qui |
|
| est envieux par les choses qu'il hait. Tel est l'habillement ennemis |
|
| avec le quel vous êtes couvert, qui te suffoque toi même, |
|
| que ne puisses recevoir la vue, & qu'ayant arrêté tes spéculations |
|
| à la beauté de la vérité & le Bien qui repose en elle tu ne |
|
| haïsses la méchanceté d'icelle après avoir pénétré ses embûches |
|
| avec les quelles elle l'a expiée, faisant les choses qui semblent |
|
| être visibles & sensibles, insensibles, & les étoupant de quantité |
|
| de matière, & les emplissant d'une volupté abominable pour |
|
| ne pouvoir ouïr les choses que tu devrais ouïr, & pour empêcher |
|
| de voir les choses que tu devrais voir. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Mon très cher, ne faisons pas de la sorte, & ne soyons trouvé | |
| parmi une troupe de pourceaux qui aiment la saleté, mais acceptons |
|
| avec ardeur cette belle admonition de Hermès, ruminons |
|
| la bien, imitons la pieusement, & montrons que nous aimons la |
|
| pureté & que nous l'estimons outre tous les trésors du monde, |
|
| puisqu'elle sorte de la Pureté même, vu que Dieu n'est que Pureté |
|
| lui même, & qu'aucune impureté n'est en lui: le soleil est |
|
| pur & clair, & les ténèbres ne peuvent avoir aucun lieu en lui |
|
| puisqu'il est habité de la lumière de Dieu: & la Pierre des Philosophes |
|
| est pure puisqu'elle est composée des rayons concentrés |
|
| du soleil, & c'est pour quoi qu'elle ne souffre aucune impureté |
|
| prés d'elle, mais qu'elle transforme tout en pureté; cherchons |
|
| ceux là particulièrement, & tâchons d'apprendre à les connaître, |
|
| car le soleil est le Lieutenant du Grand Dieu au ciel, & la Pierre |
|
| H des | |
@
28
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | des Philosophes est le Lieutenant de Dieu sur la Terre, & c'est |
| | par la connaissance de ceux ici que nous pourrons apprendre à |
| | monter l'Escalier des Sages, & par icelui jusqu'à la connaissance |
| | de Dieu. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Vous parlez fort bien: sed hic labor hoc opus. C'est à dire. |
| |
|
| | C'est là où gît la difficulté. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Il est bien vrai; mais vous savez aussi le proverbe, qui dit: |
| |
|
| | Omnia Dii vendunt laboribus: & labor improbus omnia |
| | vincit. |
| | C'est à dire. |
| |
|
| | Les Dieux vendent toutes choses pour le labeur: & que le |
| | labeur infatigable survainque toutes choses. |
| |
|
| §. 2. | Vous avez bien commencé à discourir: que comme tous les
|
| Que toutes | nombres sortent de l'unité qu'ainsi toutes les créatures *profluent
|
| créatures | d'un seul Dieu; touchant le premier vous l'avez démontré assez
|
| proviennent | clairement, mais il me semble que le dernier doit être étendu
|
| d'un seul | un peu plus au large.
|
| Dieu, comme |
|
| tous les | V R E D E R I C.
|
| nombres |
|
| de l'Unité. | Vous avez raison j'attends cela de vôtre grâce, & ne doute
|
| | pas que vous ne donniez à tous les amateurs de Dieu, de la |
| | nature de Dieu, & d'eux même, une très grande satisfaction par |
| | vôtre entretien. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Au nom de Dieu: je tâcherai de faire mon possible pour exprimer |
| | & pour mettre en lumière ce qu'il a plu à nôtre grand |
| | Dieu de communiquer par ses influences divines à ma chétive |
| | personne, qui ne m'estime qu'un petit vers de terre, écoutez |
| | donc si vous plaît: |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | J'ai désir de vous entendre. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Mon très aimable ami: il faut que vous sachiez, que devant |
| | qu'il y a eu commencement d'aucune chose, qu'il n'y a eu rien |
| | autre |
* proflüer: émaner, provenir.
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 29
| autre chose que Dieu tout seul, qui a fait & créé toutes choses |
|
| de soi, en soi, par soi & avec soi, le quel Dieu n'a pas d'autre |
|
| propriété, nature, ni d'autre volonté, que de produire toutes choses |
|
| parfaites, selon son propre image, qui est la perfection même: |
|
| car Dieu parla (dit Moïse au Genèse) & c'était, & Dieu |
|
| vit que cela était bon. |
|
| |
|
| Le grand Dieu, étant tout en tout, & comme enceint, laissa | |
| provenir en public par son Saint Esprit la Lumière & les Ténèbres, |
|
| qui sont le Ciel & la Terre, le pur & l'impur, (pour parler |
|
| en tel terme, puisqu'au respect de la création il n'y a rien |
|
| d'impur) étant combiné ensemble; au quel l'Esprit de Dieu |
|
| ayant été étendu, comme un âme dedans son corps, il l'a séparé, |
|
| par sa vertu divine, en des choses hautes & basses, subtiles & |
|
| grossières, spirituelles & corporelles, naturelles & supernaturelles, |
|
| célestes & supercélestes: car le Saint Esprit de Dieu a fait |
|
| paraître tout premier, dans son grand tout, les deux qualités |
|
| contraires, savoir le Chaud & le Froid, les quels étaient ennemis |
|
| ensemble in gradu intenso, mais amis in gradu remisso. |
|
| |
|
| Ces deux qualités contraires ont commencé tout aussi tôt à | |
| travailler ensemble, & ont produit l'humidité & la sécheresse: De |
|
| ces quatres sont provenus les quatre Eléments; le Feu, l'Air, l'Eau, |
|
| & la Terre: de ceux ici sont sorti les Trois Principes: le Souphre, |
|
| le Mercure ou l'Esprit, & le Sel; & de tous ces susdits. |
|
| Du Premier Etre; Des Deux Qualités contraires. Des Quatre Eléments; |
|
| & des Trois Principes ont tous les mixtes ou composés |
|
| leur origine, aussi bien les célestes que les terrestres, aussi bien |
|
| les purs que les impurs, ou les subtils que les grossiers, comme |
|
| je me donnerai l'honneur de vous enseigner ici en suite & de |
|
| bon ordre; faisant comme vous, avec justice, mon commencement |
|
| du Premier Etre, avec intention de tâcher de clarifier, |
|
| autant qu'il nous sera possible la lumière qui est pour le présent |
|
| fort couvert d'obscurité, & d'en chasser les ténèbres comme ses |
|
| ennemis à une circonférence inaccessible à la vue. |
|
| |
|
| Voyons, mon très cher, ce que Hermès Trismégiste (qui | §. 3. |
| a vécu environ un siècle & demi devant Moïse, selon Patricius) | Description
|
| donne à connaître du Premier Etre & de la nature de Dieu, & | de Trismégiste
|
| combien de désir qu'il a eu d'apprendre à savoir ce que c'était | de la création
|
| de Dieu & de sa nature, & au quel degré de perfection il à été il- | du Monde.
|
| H 2 lumi- | |
@
30
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | luminé, lors qu'il parla avec l'Esprit de Dieu, quand Poemander |
| | (qui était l'Esprit de Dieu) lui demanda ce qu'il désirait d'apprendre |
| | & de savoir, & qu'il répondit; Je désire d'apprendre |
| | les Etres du Monde, d'entendre leur nature, & de connaître |
| | Dieu: Poemander lui parla alors, en disant: Comprenez |
| | moi derechef dans vôtre Esprit, & je vous apprendrai ce que |
| | vous désirez d'acquérir. Hermès parlant lui dit. |
| |
|
| | Lorsqu'il avait dit ceci, il transforma son idée, & le tout |
| | me devint manifeste dans un moment, & je vis une vision infinie. |
| | Il devint une lumière, la quelle était fort amiable & fort agréable; |
| | peu après il s'en sépara une ténèbres fort triste & affreuse & |
| | la quelle se finissait à une courbure en forme de cercle, tellement |
| | qu'il me sembla que la ténèbres se transforma à une nature humide |
| | étant inexprimablement confuse, laquelle faisait sortir d'elle |
| | une fumée comme de feu, & une résonance triste. |
| |
|
| | Il en sortit par après une voix confuse, la quelle je croyais être |
| | la voix de la Lumière. |
| |
|
| | Une sainte parole monta en après hors de la lumière sur la |
| | nature, & le feu pur s'éleva en haut de la nature humide, & il |
| | était léger & subtil, & de grande puissance. |
| |
|
| | L'Air, qui était aussi léger, suivait l'Esprit, & monta de |
| | la Terre & de l'Eau jusques au Feu, comme s'il était suspendu |
| | sur icelui. |
| |
|
| | La Terre & l'Eau demeurèrent mêlées ensemble, en sorte |
| | que la Terre ne pouvait pas être vue à cause de l'Eau, & elles |
| | recevait la motion de la Parole Spirituelle qui était épandue sur |
| | icelles. |
| |
|
| | P O E M A N D E R. |
| |
|
| | Poemander me dit alors: avez vous bien entendu cette vision, |
| | & ce qu'elle signifie? |
| |
|
| | H E R M E S. |
| |
|
| | Je parlais: J'y penserai. |
| |
|
| | P O E M A N D E R. |
| |
|
| | La Lumière, dit il, je le suis, l'Esprit, vôtre Dieu, qui |
| | est |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 31
| est devant la Nature humide, qui a parue hors des ténèbres: la |
|
| Parole qui luit hors de l'Esprit; le Fils de Dieu. |
|
| |
|
| Le Père de toutes choses (l'Esprit étant Lumière & vie, | |
| mâle & femelle) a procréé l'homme son semblable, & l'a aimé, |
|
| le quel croyait de comprendre avec son esprit la puissance de celui |
|
| qui a la place de sa résidence dans le Feu, & c'est pour cela |
|
| que l'homme est outre tous les autres animaux devenu d'une |
|
| composition double, à savoir mortel selon le corps, & immortel |
|
| à cause de l'homme substantiel. |
|
| |
|
| Mais l'homme est devenu de la vie & de la lumière à une âme | |
| & un Esprit: de la vie à une âme, & de la Lumière à un Esprit, |
|
| & il est demeuré dominant ainsi par dessus tous les membres du |
|
| Monde sensuel, jusques à la fin du but, & générant. |
|
| |
|
| Ecoutons encore son sermon sanctifié: Dieu, dit il, & la | |
| Divinité, & la nature divine, est la gloire de toutes choses. |
|
| |
|
| Dieu est le commencement & l'Esprit, & la Nature, & la | |
| Matière, & l'Opération, & la Nécessité, & la Fin, & la Rénovation |
|
| de toutes choses. |
|
| |
|
| Car il y avait des ténèbres infinies sur l'abîme, & l'Eau & | |
| l'Esprit intellectuel subtil étaient comme cachés dedans le |
|
| Chaos. |
|
| |
|
| La Lumière sainte provenait, & les Eléments se sont séparés | |
| de la nature humide sur le sable, & tous les Dieux (ou Planètes) |
|
| séparaient la nature séminale. |
|
| |
|
| Et lors que le tout était auparavant sans ordre & sans préparation, | |
| le léger fut séparé à la hauteur, & le pesant fut établi |
|
| sur le sable humide: & le feu entourait tout ceci: & lorsqu'il |
|
| était suspendu, il fut porté de l'Esprit. |
|
| |
|
| Et le ciel devenait visible en sept cercles, & les Dieux paraissaient | |
| par des Idées d'étoiles avec tous les signes d'icelles, |
|
| & les étoiles furent divisées & comptées avec les Dieux qui étaient |
|
| parmi elles, & la circonférence devenait environnée de l'Air |
|
| & fut portée par l'Esprit divin d'un cours circulaire. |
|
| |
|
| Les Dieux produisaient de leur propre vertu ce que leur était | |
| I ordon- | |
@
32
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | ordonné: & ils furent produis des animaux à quatre pieds, des |
| | reptiles & des volatiles; toutes les semences fertiles, les herbes, |
| | fleurs, & l'herbe verte retenaient les semences de la régénération |
| | en elles même. |
| |
|
| | Et aussi la génération des hommes pour la connaissance des |
| | oeuvres de Dieu, & pour un témoignage opérant de la Nature, |
| | & pour la multiplication des hommes, pour la domination sur |
| | toutes les choses qui sont sous le Ciel, & pour la connaissance |
| | du Bien, & qu'ils croissent & se multiplient en quantité. |
| |
|
| | Comme aussi toutes les âmes dans la chair, & la sémination |
| | monstrueuse par le moyen des Dieux circulaires pour la contemplation |
| | du Ciel, des Dieux, des ouvrages divins, des oeuvres |
| | de la Nature, & pour des signes des choses bonnes pour la connaissance |
| | de la puissance divine. |
| |
|
| | Comme de même toutes les générations de la chair animée, des |
| | fruits, des graines, & de tous les ouvrages artificiels, & les choses |
| | qui sont diminuées seront renouvelées par la nécessité. |
| |
|
| | Car toute la température du monde étant renouvelée par la |
| | Nature, c'est la Divinité; puisque la Nature consiste dans |
| | la Divinité. |
| |
|
| | O mon fils, j'écris ces choses ainsi par amour envers les hommes, |
| | & par devoir envers Dieu. |
| |
|
| | Car il ne se peut pas faire de devoir plus juste, que lorsqu'on |
| | observe les Etres, & que l'on témoigne de la gratitude à celui |
| | qui les a fait, auquel je ne manquerai jamais. |
| |
|
| | Tâchez d'être doué de probité, puisque c'est icelui qui est le |
| | plus grand Philosophe, car il est impossible de la posséder sans |
| | la Philosophie. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | La Sainte Ecriture, les oeuvres de Trismégiste & de tous les |
| | vrais Philosophes sont bien remplis de telles matières que vous |
| | proférez ici, mais vous faites pourtant fort bien d'en faire quelque |
| | récit afin qu'on puisse voir combien que nôtre Philosophie |
| | concorde avec celle des Anciens. |
| | FRAN- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 33
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Il est vrai: car au commencement du vieux Testament, Moï- | §. 4. |
| se le Prophète, parlant de la création du Monde au Premier | Moïse de
|
| chapitre de Genèse, en fait aussi mention de cette sorte: | la création
|
| | du Monde.
|
| Dieu créa au commencement le Ciel & la Terre; Et la terre | |
| était sans forme & vide: & les ténèbres étaient sur les abîmes, |
|
| & l'Esprit de Dieu était épandu par dessus les eaux. |
|
| |
|
| Et Dieu dit: Qu'il y ait lumière: & la lumière fut. | |
| |
|
| Et Dieu vit que la lumière était bonne, & Dieu sépara la | |
| lumière des ténèbres. |
|
| Et Dieu appela la lumière jour: & les ténèbres il les appela | |
| Nuit: lors fut fait du soir & du matin le premier jour. |
|
| |
|
| Derechef Dieu dit: qu'il y ait une étendue entre les Eaux: & | |
| qu'elle sépare les Eaux avec les Eaux. |
|
| |
|
| Dieu donc fit l'étendue & divisa les Eaux qui étaient sous l'étendue | |
| d'avec celles qui étaient sur l'étendue, & fut ainsi fait. |
|
| |
|
| Et Dieu appela l'étendue Ciel: lors fut fait du soir & du | |
| matin le second jour. |
|
| |
|
| Puis Dieu dit: que les eaux qui sont sous le ciel soient assemblées | |
| en un lieu, & que le sec apparaisse, & fut ainsi fait. |
|
| |
|
| Et Dieu appela le sec Terre; il appela aussi l'assemblée des | |
| eaux, Mers: & Dieu vit que cela était bon. |
|
| |
|
| Et Dieu dit, que la terre produise verdure, herbe procréant | |
| semence, & arbre fructifiant faisant fruit selon son espèce, lequel |
|
| ait la semence en soi même sur la terre, & fut fait ainsi. |
|
| |
|
| La terre donc produisit verdure, herbe procréant semence selon | |
| son espèce, & arbre faisant fruit, le quel avait sa semence |
|
| en soi même selon son espèce. |
|
| |
|
| Et Dieu vit que cela était bon: lors fut fait du soir & du matin | |
| le troisième jour. |
|
| |
|
| Après Dieu dit: Qu'il y ait luminaires en l'étendue du Ciel, | |
| pour séparer la nuit du jour & soient en signes, en saisons, en |
|
| jours & en ans. I 2 Et soient |
|
@
34
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Et soient pour luminaires au firmament du Ciel, afin de donner |
| | lumière sur la terre, & fut fait ainsi. |
| |
|
| | Dieu donc fit deux grands luminaires, le plus grand luminaire |
| | pour gouverner le jour, & le moindre pour gouverner la |
| | nuit, & les étoiles. |
| |
|
| | Et Dieu les mit en l'étendue du Ciel pour luire sur la terre, |
| | & avoir gouvernement sur le jour & sur la nuit, & pour séparer |
| | la lumière des ténèbres: & Dieu vit que cela était bon. |
| |
|
| | Lors fut fait du soir & du matin le quatrième jour. |
| |
|
| | En après Dieu dit: que les eaux produisent reptile ayant |
| | âme vivante: & que volaille voltige sur la terre envers l'étendue |
| | du Ciel. |
| |
|
| | Dieu donc créa des grandes baleines & toute créature vivante |
| | se mouvant, que les eaux avaient produites selon leur espèce, |
| | & toute volaille ayant ailes chacune selon son espèce: & |
| | Dieu vit que cela était bon. |
| |
|
| | Adonc il les bénit, disant: fructifiez & multipliez, & remplissez |
| | les eaux en la mer: & que la volaille se multiplie en la |
| | terre. |
| | Lors fut fait du soir & du matin le cinquième jour. |
| | Outre Dieu dit: que la terre produise créature vivante selon |
| | son espèce, bétail & reptile, & animaux de la terre selon leur |
| | espèce, & fut ainsi fait. |
| |
|
| | Dieu donc fit l'animal de la terre selon son espèce & le bétail |
| | selon son espèce, & tout le reptile de la terre selon son espèce, |
| | & Dieu vit que cela était bon. |
| |
|
| | Outre plus Dieu dit: Faisons l'homme à nôtre image & selon |
| | nôtre semblance, & qu'ils aient domination sur les poissons de |
| | la mer, & sur les oiseaux du Ciel, & sur les bêtes & sur toute |
| | la terre, & sur tout reptile qui bouge sur la terre. |
| |
|
| | Dieu donc créa l'homme à son image, il les créa à l'image de |
| | Dieu, mâle & femelle il les créa. |
| |
|
| | Et Dieu les bénit & leurs dit: Fructifiez & multipliez & remplissez |
| | plissez |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 35
| la terre, & l'assujettissez: & ayez seigneurie sur les |
|
| poissons de la mer, & sur les oiseaux du Ciel, & sur tous animaux |
|
| qui se bougent sur la terre. |
|
| |
|
| Et Dieu dit: voici je vous ai donné toute herbe portant semence | |
| qui est sur toute la terre, & tout arbre qui a en soi fruit |
|
| d'arbre portant semence, afin qui vous soient pour viande. |
|
| |
|
| Même aussi à tous animaux de la terre, & à tous oiseaux du | |
| Ciel, & à toute chose mouvante sur la terre, qui a en soi âme |
|
| vivante, j'ai donné toute verdure d'herbe pour manger: & fut |
|
| ainsi fait. |
|
| |
|
| Et Dieu vit, que tout ce qu'il avait fait, était bon: lors | |
| fut fait du soir & du matin le sixième jour. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il est digne de remarque, que Poemander, ou l'Esprit de | §. 5. |
| Dieu dit a Hermès: | Que Dieu est
|
| Qui a sa résidence dans le feu. | souvent dit être
|
| | un Feu.
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Il est bien vrai: mais vous savez aussi ce que David dit sur le | |
| même sujet, en parlant de Dieu: |
|
| Qui tabernaculum suum posuit in Sole. | |
| C'est à dire. |
|
| Qui a posé son tabernacle dans le Soleil. | |
| |
|
| Et que le tout puissant est appelé plus souvent dans la St. Ecriture | |
| une Lumière & un Feu, qu'aucun autre être, & qu'il est |
|
| aussi bien souvent comparé à iceux, & ce, sans doute, à cause |
|
| que la nature de la lumière & du feu est de soi même mouvante, |
|
| générante & reconsummante, comme Moïse en fait mention |
|
| au Deutéronome Chapit: 4ième. |
|
| Le Seigneur ton Dieu est un feu consumant. | |
| |
|
| Et Exode chap. 3. v. 2. & 3. | |
| |
|
| Et l'ange du Seigneur s'apparut à lui en une flamme de feu au | |
| milieu d'un buisson, & il regarda, & voici le buisson ardait au |
|
| feu & le buisson ne se consumait point. Lors Moïse dit: je me |
|
| détournerai maintenant & verrai cette grande vision, pourquoi |
|
| le buisson ne brûle point. Adonc le Seigneur vit qu'il se détournait |
|
| K nait | |
@
36
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | pour regarder, & Dieu l'appela du milieu du buisson: e.c. |
| |
|
| | Exode ch. 14. v. 24. |
| |
|
| | Et advint en la veille du matin que le Seigneur étant en la Colonne |
| | de feu & nuée, regarda sur le camp des Egyptiens, & |
| | étonna le dit camp des Egyptiens. |
| |
|
| | Exode ch. 19. v. 18. |
| |
|
| | Et le mont de Sinaï était tout en fumée, pourtant que le seigneur |
| | descendit de dessus en feu, & la fumée d'icelui montait |
| | comme la fumée d'une fournaise, & toute la montagne tremblait |
| | fort. |
| |
|
| | Lévitique ch. 10. v. 1. et 2. |
| |
|
| | Les enfants de Aaron Nadab & Abihu offrirent du feu étrange |
| | devant le Seigneur, le quel il ne leur avait point commandé; A |
| | donc le feu issit de devant le Seigneur, & les dévora. |
| |
|
| | Nombres ch. 6. v. 22, 23, 24. |
| |
|
| | Le Seigneur parla à Moïse, disant. Parle à Aaron & ses fils, |
| | & leur dit vous bénirez ainsi les enfants d'Israël, en leur disant: |
| | Le Seigneur te bénie & te regarde. Le Seigneur fasse reluire sa face |
| | sur toi & ait merci de toi. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Tout ce que vous rapportez ici, est bien très excellent, très |
| | plausible & ne doit être contredit de personne, puisque ce sont |
| | les paroles du Saint Esprit même prononcées par le Prophète & |
| | par le Père des Philosophes les quelles découvrent avec assez de |
| | clarté l'obscurité de la création du Monde & des Etres composés: |
| | mais il me semble que la science & le maniement de la Pierre |
| | des Philosophes ne donnera pas aussi peu de lumière aux esprits |
| | ignorants à la connaissance du Créateur & des créatures: Et puisque |
| | je sais fort bien que vous en avez lu quantité d'Auteurs |
| | qui en ont écrit savamment, qui l'ont aussi possédé assurément, |
| | & que vous avez vous même passé beaucoup de temps & pris bien |
| | de la peine à la culture de la Terre des Sages, j'aurais bien de |
| | l'inclination de tenir propos avec vous de cette illustre sujet |
| | tant relevé & tant recherché. |
| | C H A P- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 37
| C H A P I T R E III. | |
| |
|
| Si la science de la Pierre des Philosophes est véritable. Récit des Auteurs |
|
| qui ont possédé la science de la Pierre des Philosophes. La vérité de la | |
| science de la Pierre des Philosophes tirée de la St. Ecriture. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| V Ous le savez: j'en suis d'accord; faisons | |
| en donc un commencement pour autant que le petit talent | |
| de nôtre connaissance le permet, & descendant de | |
| la Lumière inaccessible de Dieu le Créateur, tournons nous |
|
| vers les créatures, & demeurant pourtant arrêté à l'Unité, entretenons |
|
| nous quelque temps de la Pierre des Philosophes, de |
|
| la quelle on a fait tant de bruit dans le Monde, & la quelle a été |
|
| de tout temps, & est encore aujourd'hui tant recherchée des |
|
| plus grands & des plus savants de toute la Terre, & voyons si |
|
| nous avons juste raison d'oser dire que c'est par la science d'icelle |
|
| que les Anciens Sages ont monté, & que les vrai savants modernes |
|
| ont apparence d'approcher l'ESCALIER des SAGES. | §. 1. |
| Voyons donc premièrement s'il est conforme à la vérité que la | Si la science
|
| Pierre des Sages a été au Monde, & si elle y est encore: & puis en | de la Pierre des
|
| découvrons à l'un l'autre avec probité & avec sincérité nos sentiments | Philosophes
|
| & nos expériences. | est véritable
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je suis prêt de philosopher avec vous de cette matière tant | |
| pure & tant illustre; de vous produire ce que j'en ai lu & entendu, |
|
| & puisqu'il y a plusieurs années que j'ai aussi tenu infatigablement |
|
| la main à la charrue, je vous promets de vous rendre |
|
| participant avec candeur de mes expériences, & de vous montrer |
|
| que je pourrai toujours vérifier mes paroles par des effets: |
|
| si vous en faites de même, il y aura espérance que nôtre Dialogue |
|
| ne sera pas inutile. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Hé bien, je ne ferai pas moins le devoir d'un homme d'honneur, | |
| & désire déjà de savoir, si vous êtes sur le vrai chemin |
|
| ou point, & si vous avez consommé & perdu vôtre temps & vos |
|
| dépens en vain avec tant d'autres; mais devant que d'avancer |
|
| jusqu'à là, voyons premièrement ce qui est de la vérité de la |
|
| chose, & ce que les vrais Philosophes en disent. |
|
| K 2 V R E- | |
@
38
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | V R E D E R I C. |
| | |
| | J'en suis content: mais soyons auparavant d'accord les quels |
| | des auteurs sont acceptables pour des vrais Philosophes, & les |
| §. 2. | quels peuvent subsister pour tels, puis voyons & considérons, |
| Noms des au- | ce qu'ils disent de la Pierre des Philosophes, & finalement de
|
| teurs qui ont | quelle façon nôtre oeuvre est concordant avec celui des Phi-
|
| possédé la | losophes.
|
| Pierre des |
|
| Philoso- | F R A N C O I S.
|
| phes. |
|
| | Fort bien; qu'est ce qu'il vous semble de |
| | Hermès Trismégiste ? |
| | De Moïse ? |
| | De Morienus ? |
| | De Calid ? |
| | De Plato ? |
| | De Petrus Bonus Ferrariensis ? |
| | De Johannes de Padua ? |
| | De Geber ? |
| | De Rasis ? |
| | De Haly ? |
| | De Hamel ? |
| | De Virgile ? |
| | D'Ovide ? |
| | De Bernardus Comes Trevisanus ? |
| | De Basilius Valentinus ? |
| | De Sendivogius ? |
| | De D. Tomas Aquinatus ? |
| | D'Arnoldus de villa nova ? |
| | De Raimundus Lullius ? |
| | D - - - - - - - - - |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Cessez, je vous prie, de faire un plus grand récit d'auteurs, |
| | car j'entends bien que vous en avez lu les bons & les vrais: je |
| | les ai aussi lu la plus part & encore bien d'autres par de là, dont |
| | le nombre serait ennuyeux de réciter ici, poursuivez vôtre propos: |
| | si vous plaît. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je poursuis, & vous prie d'avoir seulement la patience d'écouter |
| | ce que les bons auteurs profèrent unanimement de la vérité |
| | rité |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 39
| de l'être de la Pierre des Philosophes: Et Premièrement, ce |
|
| qu'en dit |
|
| |
|
| H E R M E S: In secundo septem Tractatuum. | |
| |
|
| Scias fili, inquit, quod omnes sapientiae, quae in mundo sunt, |
|
| huic nostrae sapientis subditae sunt: haec enim in mirabilibus | |
| arcanis quae in iis sunt Elementis finita est & consecuta. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Sachez, mon fils, que toutes les sapiences, qui sont dans le |
|
| Monde, sont sujettes à cette nôtre sapience, car elle est acquise | |
| & finie dans des Eléments admirablement cachés en | |
| elles. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Omnium bonorum clavem vobis Philosophorum librum nuncupavi. |
|
| | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le livre des Philosophes, je vous l'ai appelé la clef de tous les |
|
| biens. | |
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| Le même. | |
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| Sicque habebis gloriam claritatis totius mundi. |
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| C'est à dire: | |
| Et ainsi aurez vous la gloire de la clarté de tout le monde. |
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| M O R I E N U S. | |
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| Haec est scientia quae inter alias maximè inquiri debet cum per |
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| ipsam ad aliam magis admirabilem pervenire possimus. | |
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| C'est à dire: | |
| Celle ici est la science qui doit être le plus recherchée entre les |
|
| autres puisqu'on peut parvenir par icelle à une autre plus admirable. | |
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| Le même. | |
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| Utilitas hujus artis duplex est: nam & animam felici jucunditate |
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| decorat, & corpus à paupertate & servitute liberat. | |
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| C'est à dire: | |
| L'utilité de cet art est double: car elle orne l'âme d'une réjouissance |
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| bien heureuse & délivre le corps de pauvreté & de | |
| servitude. | |
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| P L A T O. | |
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| Haec est lucerna sapientis in vita sua sicut lumen lucens: filii auL |
|
| tem | |
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40
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tem naturae in loco tenebroso vexantur & sunt vacui ea. |
| |
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| | C'est à dire: |
| | Celle ici est une lanterne d'un Sage comme une lumière luisante |
| | en sa vie: mais les enfants de la nature sont tourmentés dans un |
| | lieu ténébreux & sont privés d'icelle. |
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|
| | H E R M E S. |
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| | Verum sine mendacio certum & verissimum: quod est superius |
| | est sicut id quod inferius? & quod inferius sicut quod est superius |
| | ad perpetrandum miracula rei unius. |
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| | C'est à dire: |
| | Il est vrai, sans menteries certain, & très vrai: ce qui est en |
| | haut est comme ce qui est en bas, & ce qui est en bas est comme |
| | ce qui est en haut, pour considérer les merveilles d'une |
| | chose. |
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|
| | M O R I E N U S. |
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| | Si ea quae tibi dixi & testimonia antiquorum rectè inspexeris, bené |
| | & aperte cognosces, nos omnes in uno convenire, & omnia |
| | quae dicimus, vera proferre. |
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| | C'est à dire: |
| | Ayant bien pris garde aux choses que je vous ai dit, & bien considéré |
| | les témoignages des Anciens, vous connaîtrez bien à |
| | découvert, que nous sommes tous d'accord, & qu'il est tout |
| | vrai ce que nous disons. |
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| | A R I S T O T E L E S 10. Ethicorum.
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| | Consonare videntur sapientum opiniones. Neminem igitur sapientem |
| | in naturalibus concedere necesse est Artem Alchymiae |
| | non esse veram, quamvis cam ignoret, sufficit enim habere |
| | testes tales, ut Isocratem, Hermetem & plures alios. |
| |
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| | C'est à dire: |
| | Il semble que les opinions des Sages sont consonantes. Ce pourquoi |
| | il n'est pas besoin, que personne, qui est savant es choses |
| | naturelles, viens à céder que l'Art de l'Alchimie n'est pas |
| | vrai, encore qu'il ne la sache, car il suffit d'avoir des témoins |
| | tels qu'Isocrates, Hermès & plusieurs autres. |
| |
|
| | PETRUS BONUS FERRARIENSIS. |
| |
|
| | Haec scientia omnibus tam speculativis quam practicis (exceptâ |
| | lege |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 41
| lege in qua est salus animae per divinam revelationem extensa) | |
| nobilior est, nam ferè omnes qui addiscunt tam in artibus | |
| quam scientiis quibusdam, id faciunt propter aurum & argentum | |
| acquirendum, quia cum iis omnia necessaria acquiruntur. | |
| Cum ergo omne quod est nobile, & propter se, magis sit eligendum | |
| & concupiscendum, quam quod est propter aliud | |
| & per accidens, ideo quoad hoc haec scientia omnes alias superat. | |
| Haec autem scientia propter seipsam additcitur, quia | |
| in ea est intrinsecum aurum & argentum, & non extrinsecum; | |
| & veritatis inquisitio. Et quia est de nobili subjecto cui omnia | |
| obediunt, & quod omnia suppeditat, ipsa est nobilis valdé. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Cette science est plus noble que toutes les sciences spéculatives |
|
| pratiquées (excepté la loi, dans la quelle le salut de l'âme | |
| est étendu par la révélation divine) car presque tous les | |
| hommes qui ont dessein d'apprendre quelque chose, en quelles | |
| sciences que ce soit, ils les apprennent à cause de l'inclination | |
| qu'ils ont pour l'or ou pour l'argent, puisque c'est par | |
| iceux qu'on peut acquérir toutes sortes de nécessités. Puisque | |
| toutes les choses qui sont donc nobles d'eux même, sont plus | |
| à désirer & à choisir, que celles qui sont nobles à cause de | |
| quelque autre, ou par aventure, ce pourquoi, pour autant | |
| que cela est, cette science surpasse toutes les autres. Mais | |
| cette science, on l'apprend pour l'amour d'elle même, à cause | |
| que l'or & l'argent intérieur & non pas l'extérieur, & l'inquisition | |
| de la vérité est en elle. Et puisqu'elle est d'un sujet | |
| noble, au quel toutes choses obéissent, & qui fournit toutes | |
| choses, elle est très noble. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Multi antiqui Philosophi affirmant, & docent, quod haec ars |
|
| sit verissima, & sequela naturae, & regulans naturam in propria | |
| materia ad finem a natura intentum, quem natura sola | |
| attingere nunquam posset. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Plusieurs anciens Philosophes affirment & apprennent, que cet |
|
| art est très véritable & une suivante de la nature, & réglant | |
| la nature dans sa propre matière, jusqu'à la fin, selon l'inL | |
| 2 ten- | |
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42
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tention de la nature, la quelle la nature seule ne pourrait jamais |
| | atteindre. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Tota operatio, ratione generationis & mixtionis, est naturalis, |
| | ratione autem ministrationis est artificialis, sicut patet in decoctione |
| | ciborum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Toute l'opération est naturelle à raison de la génération & |
| | de la mixtion, mais au regard de l'administration elle est |
| | artificielle comme il parait à la cuisson des viandes. |
| |
|
| | S E N D I V O G I U S in Novo Lumine. |
| |
|
| | De veritate artis si quis dubitat, legat copiosissima Philosophorum |
| | antiquissimorum ratione & experientià verificata scripta, |
| | quibus ut fide dignis in sua arte fides non est deroganda: Qui |
| | vero illis fidem non adhibet, contra eum principia negantem |
| | non esse disputandum novimus. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | S'il y a quelqu'un qui doute à la vérité de l'Art, il n'a qu'à |
| | lire les écris très abondants des très anciens Philosophes qui |
| | sont vérifiés par la raison & par l'expérience: au quels il ne |
| | faut pas déroger la foi, comme à des personnes qui sont dignes |
| | de soi en leurs art: si pourtant quelqu'un fait difficulté de |
| | les croire, nous savons qu'il n'y a pas à disputer contre une |
| | personne qui nie les principes. |
| |
|
| | Le même. |
| | Quam praerogativam in hoc mundo res omnes haberent prae metallis? |
| | Cur haec sola per denegationem seminis immerito à summi |
| | creatoris universali multiplicationis benedictione excludemus, |
| | quam Sacrae Literae affirmant omnibus rebus creatis statim |
| | à condito mundo inditam & impertitam fuisse: si vero semen |
| | habent, quis tam fatuus qui non credat in duo semine illa posse |
| | multiplicari? In natura sua ars Chemiae vera est, vera etiam natura, |
| | sed raro vertus artifex. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Qu'elle prérogative auraient toutes choses dans le monde plus |
| | que |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 43
| que les métaux? pourquoi les exclurons nous seuls de la bénédiction | |
| universelle du créateur par la dénégation de la semence? | |
| ce serait injustement, vu que la Sainte Ecriture affirme, | |
| qu'elle est donnée & communiquée, depuis le commencement | |
| du Monde, à toutes les choses créées: Si les métaux | |
| ont donc semence, qui est ce qui sera si fol qui ne croie | |
| qu'ils peuvent être multipliés dans leurs semence? L'Art de | |
| la Chimie est vraie dans la nature, la nature est aussi vraie, | |
| mais il se trouve rarement un vrai artiste. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Res omnis sine semine imperfecta est ratione compositi: qui |
|
| hanc indubitatae veritati fidem non adhibet, non est dignus ut | |
| naturae secreta scrutetur; nil enim in orbe nascitur quod semine | |
| destituatur. Semen metallorum veré & realiter ipsis est inditum. | |
| | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Toute chose qui est sans semence, au regard de la composition, |
|
| est imparfaite: celui qui n'ajoute pas foi à cette vérité indubitable, | |
| n'est pas digne de se mêler de faire inquisition aux | |
| secrets de la nature: car il ne naît rien dans le monde qui soit | |
| privé de semence. La semence des métaux est véritablement | |
| & réellement mise dans eux. | |
| |
|
| J O H A N N E S De P A D U A. |
|
| |
|
| Den sahmen so man in den acker wirft, erndt man, und geneust |
|
| sein hundertfeltich, den von einen einigen Kornlein gewartêt | |
| man die fruchte, nach dem wieder nach folgende fruchte | |
| zu hoffen. Dann ich Johan de Padua schwere auf de letzt meiner | |
| hinfart, und wil darauf sterben, das diese herliche kunst | |
| recht und warastich erfunden wirdt, wie dan hierinnen ohne | |
| einige vertrucknung von wort zu wort, von hand zu der | |
| hand verzeichnet. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| On ramasse toujours telle semence que l'on a semé, & on en reçoit |
|
| cent fois le double, puisque d'un seul grain on attend le | |
| fruit, & puis de ce fruit il y a d'autre fruits à espérer. Car | |
| moi Jean de Padoue, je jure à la dernière heure de ma vie, & | |
| veux mourir là dessus que cet Art tant excellent se trouve | |
| M juste | |
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44
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | juste & véritable, comme elle est écrite ici sans aucune suppression, |
| | mais de mot à mot, de la main à la main. |
| |
|
| | DIVUS T H O M A S DE A Q U I N O. |
| | ln Tractatu de Lapide Philosophico: |
| |
|
| | Ego per artificium, natura cooperante, separavi à quibusdam |
| | corporibus inferioribus quatuor Elementa, ita ut singula haberem |
| | ad partem, scilicet Aquam, Ignem & Terram, & quaebet |
| | de per se depuravi accidentibus in quantum potui, quâdam |
| | aperatione secreta, tandem depurata conjunxi, & venit |
| | mihi quaedam admirabilis res, quae à nullo istorum, etiam |
| | inferiorum Elementorum subjugatur. |
| | Nam si semper staret ad Ignem, nunquam combureretur, & |
| | nunquam transmutaretur. |
| |
|
| | Parum hujus lapidis rubei super multum aeris projectum efficiebat |
| | aurum purissimum. |
| |
|
| | Benedictus Deus qui talem dedit hominibus potestatem, ut imitator |
| | naturae existens species naturales commutare possit, & |
| | quod natura pigra hoc multis temporibus operatur. |
| |
|
| | Hoc quidem opus est veruro & perfectum, tamen tantum laborem |
| | & foetorem, ac etiam corporis mei imperfectionem sum |
| | perpessus, ut disponerem hoc opus nullô modô, nisi necessitate |
| | coactus, iterum attentare. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | J'ai séparé les Quatre Eléments de quelques corps inférieurs par |
| | l'aide de la nature & par artifice, tellement que j'avais chacun |
| | à part, à savoir, l'Eau, le Feu & la Terre: & j'ai purifié |
| | chacun à part soi autant que j'ai pu de leurs accidents, & ce |
| | par quelque opération secrète; j'ai joint à la fin ce que j'avais |
| | dépuré, & il m'est venu une chose admirable, qui ne se laisse |
| | subjuguer à aucun de ces Eléments inférieurs. Car si elle demeurait |
| | toujours sur le feu, elle ne se brûlerait ni se transmuerait |
| | ou changerait jamais. |
| |
|
| | Un peu de cette Pierre rouge, jeté sur beaucoup de cuivre, |
| | parfaisait de l'or très pur. |
| | Dieu soit bénit, qui à donné une telle puissance aux hommes, |
| | qu'é- |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 45
| qu'étant un imitateur de la nature, il peut changer les espèces | |
| naturelles, & que la paresseuse nature opère cela de long | |
| temps. | |
| |
|
| Cette oeuvre est bien vrai & parfait, j'ai pourtant souffert un si |
|
| grand labeur & tant de puanteur & aussi une si grande incommodité | |
| de mon corps, que je me résoudrais bien de ne recommencer | |
| jamais cette oeuvre, à moins que d'y être contraint | |
| par la nécessité. | |
| |
|
| Qu'est ce qu'il vous semble, mon très cher, ces témoins ici |
|
| seront ils suffisants pour confirmer la vérité de la science des | |
| Philosophes, ou bien vous en plaît il encore davantage? je | |
| pourrai fort bien satisfaire à vôtre désir par le moyen de l'autorité | |
| de plusieurs centaines d'autres auteurs qui ne seront | |
| pas moindres que ceux que je vient d'alléguer. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Monsieur, il n'est pas besoin que vous vous donniez cette peine |
|
| là; & encore que je sois assez assuré de la vérité de la chose, | |
| sans l'allégation de tant de braves savants, je ne trouverais | |
| pourtant pas mal à propos de tâcher de vérifier la scien- | §. 3. |
| ce de la Pierre des Philosophes par le moyen de la Sainte Ecri- | La vérité de
|
| ture même. | la science de la
|
| | Pierre des Philo-
|
| F R A N C O I S. | sophes tirée de
|
| | la sainte E-
|
| Vous ne feriez pas mal, si cela se pouvait. | criture.
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je ne sais si vous avez lu dans l'Exode de Moïse au chapitre |
|
| 28. vers. 30ième ce qui, à mon avis, peut fort bien être | |
| appliqué à la Pierre des Philosophes. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| J'ai bien lu & parlu la Sainte Ecriture plusieurs fois, mais |
|
| je ne sais si j'ai justement pris réflexion sur ce que vous avez | |
| dessein de proférer. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je vous dirai donc les paroles que nôtre grand Dieu parla à |
|
| Moïse: |
|
| M 2 Tu | |
@
46
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Tu mettras au Pectoral de jugement Urim & Thummin les |
| | quels seront sur le coeur d'Aaron, quand il viendra devant le |
| | Seigneur. |
| |
|
| | Or à ct'heure, vous savez, que Urim est autant à dire que Lumière |
| | en Français, & Thummin autant que perfection. |
| |
|
| | Vous savez aussi que la Première matière ou le Menstrue |
| | des Philosophes (du quel, dedans le quel, par le quel & avec |
| | le quel, selon le dire des Philosophes, l'universel doit être |
| | fait) est une matière luisante, à la quelle les vrais Philosophes |
| | ont aussi pour cela donné le nom de Aqua glacialis lucida, |
| | qui est à dire: |
| |
|
| | De l'eau glacée luisante: & que la dernière matière qui en |
| | doit provenir est l'Etre le plus parfait de tout le Monde, cela est |
| | aussi assez connu à tous les vrais Philosophes: & lors que ce Urim est |
| | produit par la nature & par l'art jusqu'à l'être de Thummin, ou |
| | jusqu'à la perfection de la Teinture, il me semble que ma soutenue |
| | ici n'est pas fort égarée de croire que l'Urim & Thummim, |
| | que le Tout puissant avait ordonné à Aaron de les porter |
| | continuellement sur son coeur, ont été la Lumière commençante |
| | & la fin perfectionnée de la Pierre des Philosophes. |
| |
|
| | Je crois aussi que vous êtes d'accord avec moi que Moïse a |
| | possédé la science du grand universel. |
| |
|
| | Voyons ce qui en est écrit chez EZRA au deuxième verset du |
| | chapitre huitième, du Livre Troisième: |
| |
|
| | Tout ainsi que si tu interroges la terre, elle te dira, qu'elle |
| | produit beaucoup de matière terrestre pour faire les pots: mais |
| |
|
| | Pour faire l'or elle ne donne qu'un petit de poudre. e. c. |
| |
|
| | C'est par là qu'il est à voir que l'Or a été fait en ces vieux |
| | temps par un peu de poudre. Et je vous prie quelle poudre |
| | peut ce avoir été autre que celle de la Pierre des Philosophes? en |
| | Latin appelé Pulvis projectionis, & en Français Poudre de |
| | projection. |
| |
|
| | Mon très cher il ne faut pas entendre, qu'il est parlé ici de la |
| | poudre de la Terre vulgaire, mais de celle que la Terre des métaux |
| | Qu'est |
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E S C A L I E R
Des S A G E S. 47
| Qu'est ce que nous en trouvons écrit dans le Livre second des | |
| Macchabées au Premier chapitre, vers: 18. & suivants. |
|
| |
|
| V. 18. Nous donc qui voulons faire la purification du Temple |
|
| au vingt cinquième jour du mois de casleu il nous a été avis | |
| qu'il était nécessaire de vous le signifier, afin que vous solennisiez | |
| pareillement le jour de la fête des tabernacles, & | |
| le jour du feu, quand Nehemie offrit les sacrifices, après qu'il | |
| eut édifié le Temple & l'Autel. | |
| |
|
| V. 19. Car quand nos pères furent menés en Perse, les Sacrificateurs |
|
| qui alors adoraient Dieu, prirent secrètement le | |
| Feu de l'Autel, & le cachèrent en une vallée, là où il y | |
| avait un puis profond & sec: & le gardèrent là, tellement que | |
| le lieu fut inconnu à tous. | |
| |
|
| V 20. Et quand plusieurs ans furent passés & qu'il plut à Dieu |
|
| que Nehemie fut envoyé du Roi de Perse, il envoya les neveux | |
| de ces sacrificateurs qui avaient musé le feu, pour le | |
| requérir; & comme ils nous ont récité, ils ne retrouvèrent | |
| point le feu, mais trouvèrent de l'Eau grasse. | |
| |
|
| V 21. Et leur commanda de la puiser, & de lui apporter: & |
|
| le Sacrificateur Nehemie commanda que les Sacrifices qui | |
| étaient mis sur l'autel, & le bois, & les choses qui étaient | |
| mises sus, fussent arrosées de cette Eau. | |
| |
|
| V. 22. Et quand cela fut fait & que le temps vint, que le soleil |
|
| resplendit, le quel était auparavant couvert d'une nuée: un | |
| grand feu s'alluma si que tous s'en émerveillaient. | |
| |
|
| V. 23. Et tandis que le sacrifice brûlait, tous les sacrificateurs faisaient |
|
| oraison, Jonatan commençait, & tous les autres répondaient. | |
| e.c. | |
| |
|
| Et au versets suivants: | |
| V. 31. Et quand le sacrifice fut tout brûlé, Nehemie commanda |
|
| que les plus grandes Pierres fussent arrosées du demeurant | |
| de l'Eau. | |
| |
|
| V. 32. Quand cela fut fait, la flamme s'alluma d'icelles: mais |
|
| elle fut consumée de la lumière qui resplendissait de l'autel. | |
| |
|
| V.33. Et quand cela fut manifesté, il fut rapporté au Roi de |
|
| N Perse, | |
@
48
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Perse, qu'on avait trouvé de l'Eau au lieu où les Sacrificateurs |
| | qui avaient été transportés avaient musé le feu, de la |
| | quelle Nehemie, & ceux qui étaient avec lui avaient purifié |
| | les sacrifices. |
| |
|
| | V. 34. Et quand le Roi eut diligemment examiné la chose, il |
| | environna le lieu de muraille, & le fit saint. |
| |
|
| | V. 35. Et y donna grands biens & les y distribua. |
| |
|
| | V. 36. Et Nehemie appela ce lieu là cepthar, qui est interprété |
| | Purification: mais de plusieurs est appelé Nepthar. |
| |
|
| | Et au treizième chapitre du même Livre est fait mention aussi |
| | bien de la Cendre Sainte que du Feu Saint: car il est dit au. |
| |
|
| | Verset. 5. Or il y avait au même lieu une tour de cinquante coudées |
| | de haut pleine de cendres, la quelle avait une machine se |
| | tournant de toutes parts en bas en la salle. |
| |
|
| | V. 6. Celui qui était convaincu de sacrilège, ou qui avait |
| | commis quelque autre grand crime, était jeté de tous à la |
| | mort. |
| |
|
| | V. 7. Or il advint que ce prévaricateur mourut de telle peine, |
| | sans être enseveli. |
| |
|
| | V. 8. Ce qui advint justement: car pour ce qu'il avait commis |
| | beaucoup de péchés auprès de l'autel de Dieu auquel était le |
| | feu pur & la cendre, aussi lui même à été condamné à mourir |
| | en cendre. |
| |
|
| | Voyez, mon bien aimé, s'il n'est pas très apparent que ce Feu |
| | Saint de l'autel n'a pas été le même qu'est la matière de la |
| | Pierre des Philosophes? la quelle, étant séchée, est capable |
| | d'allumer en un moment les matériaux qui sont faciles à concevoir |
| | la flamme, & de causer en très peu de temps un feu |
| | prodigieux, comme celui qui est cause par un éclair, là ou |
| | cette dite matière ne se consume pas elle même, mais devient |
| | par l'attraction de l'air une Eau grasse, la quelle est sans doute |
| | capable de faire toutes les opérations que l'Eau de l'autel |
| | à pu faire, de la quelle nous discourrons (Dieu aidant) plus |
| | amplement quand nous traiterons de la Matière de la Pierre |
| | ou du Menstrue des Philosophes. Tou-
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 49
| Touchant la Cendre Sainte: il est aussi très apparant, que ç'a |
|
| été la cendre des Philosophes, puisqu'il se laisse séparer une | |
| Terre ou Cendre très fine de la matière des Philosophes très | |
| ressemblante à la Cendre des bois ou des tourbes pour l'aspect | |
| extérieur, laquelle peut être procurée par des circulations | |
| itératives de ses Eléments, de la quelle nous parlerons aussi | |
| plus au large lors que nous tiendrons propos des Quatre Eléments, | |
| & spécialement de la Terre des Philosophes, laquelle | |
| peut être produite par le NEPTHAR ou CEPTHAR à une si | |
| grande pureté & à une telle perfection qu'elle est capable de | |
| faire les même merveilles que les cendres de l'autel. | |
| |
|
| L'Or même, qui est le plus pesant de tous les métaux, peut être |
|
| réduit, par cette purification ou Cepthar, à une cendre si fine | |
| & si légère qu'il peut même nager sur l'eau comme la cendre | |
| commune, de la même manière que Moïse à sans doute | |
| pulvérisé le veau d'or qu'il a épart sur l'eau comme il est à | |
| voir au Deutéronome Chap 9. v. 21. ou il est dit: | |
| |
|
| Puis je pris vôtre péché que vous aviez fait, savoir le veau, |
|
| & le brûlai au feu, & le brisai en le bien broyant jusqu'à ce | |
| qu'il fut menu comme poudre & jetai la poudre d'icelui au | |
| fleuve qui descend la montagne. | |
| |
|
| Il est ici à remarquer, en passant qu'il est dit: |
|
| |
|
| Je le brûlai au feu, & le brisai en le bien broyant jusqu'à qu'il |
|
| fut menu. | |
| |
|
| Moïse aura sans doute se servi de la matière des Philosophes |
|
| pour brûler le veau d'or au feu, pour le briser & pour le broyer; | |
| à cause que l'or, comme vous savez, ne se laisse pas brûler, | |
| briser, ni broyer menu par d'autre voie que par celle du feu | |
| humide de la matière de la Pierre, comme nous dirons | |
| ailleurs. | |
| |
|
| Ne vous semble il pas que ce que nous avons dit ici pour la confirmation |
|
| de la vérité de la Pierre des Philosophes, & qu'il y | |
| a plusieurs siècles qu'elle a été dans le monde, doit suffire? | |
| Je suis autrement prêt de vous le vérifier encore davantage | |
| par des histoires de la vraie transmutation des métaux en or, | |
| qui sont même arrivées dans le siècle que nous vivons: mais | |
| N 2 puis- | |
@
50
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | puisqu'il me semble, que ce que vous & moi avons récité & |
| | allégué ici abondamment doit suffire pour des personnes qui |
| | sont douées d'un esprit raisonnable, & qui aiment la recherche |
| | de la vérité, je cesserai de douter avec tant de milliers de |
| | personnes, si la Pierre des Philosophes a été autre fois au monde |
| | & si la connaissance d'icelle y est encore, mais commencerai |
| | de parler avec une assurance indubitable de la Matière |
| | de la Pierre des Sages. |
| |
|
| | ------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E IV.
|
| |
|
| | De la Matière de la Pierre des anciens Sages. Récit du labeur inutile de |
| | l'auteur. Le sentiment de l'auteur de la matière de la Pierre des |
| | Philosophes. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Out ce que vous avez rapporté de la |
| | Sainte Ecriture est fort digne de remarque, car cela met le |
| | sceau sur nôtre discours, ceux qui ne se veulent pas contenter |
| | avec tout ce qui est dit ici, ils se pourront contenter de |
| | la façon comme il leur plaira, il nous en importe fort peu. Con§. |
| 1. | tinuons de poursuivre nôtre intention, & voyons, ce que c'est |
| De la Ma- | de la vraie Matière de la Pierre des Philosophes & de quoi elle
|
| tière de la | doit être préparée.
|
| Pierre des |
|
| Philosophes. | V R E D E R I C.
|
| |
|
| | Hé bien François, qu'est ce qu'il vous en semble? Soyez |
| | franc & parlez franchement. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | En vous parlant franchement: je vous puis dire que j'en ai |
| | lu plusieurs Auteurs, & que j'en ai discouru avec beaucoup de |
| | personnes de ma connaissance qui ont aussi travaillé long temps |
| | à la Chimie, & ai trouvé, qu'ils ont, aussi bien que moi, travaillé |
| | long temps en vain avec le comte de Trévisan & avec une |
| | infinité d'autres tout en sauvage & sans aucun fondements, & |
| | qu'ils ont fait des grands frais & des sottises innombrables es végétaux, |
| | Animaux & Minéraux, à ct'heure dans un seul, après |
| | dans plusieurs ensemble; aussi dans le Souphre commun, dans |
| | le Mer- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 51
| le Mercure commun, dans le sel commun, & dans une infinité |
|
| d'autres sujets particuliers. Mais que je n'ai à la fin trouvé rien |
|
| de meilleur que le Mercure double, qui est réduit par son père |
|
| à une Eau la quelle le poisson Rémora rend toujours trouble, & |
|
| dans un état quelle est capable de réduire tous les métaux & minéraux |
|
| à leurs première matière, & de là à un être meilleur |
|
| qu'ils n'ont été: lequel double Mercure, sans addition d'aucune |
|
| chose étrange, de lui même, en lui même, avec & par |
|
| lui même un sage artiste peut faire passer par la couleur noire à la |
|
| blanche, & de là à la rouge: qui sont les trois couleurs capitales, |
|
| par les quelles il faut que la matière de la Pierre passe, selon |
|
| le dire de tous les Philosophes. |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous dites là bien des choses en peu de paroles, & si vous y | |
| mettiez encore quelques unes auprès, il ne vous serait pas fort |
|
| difficile de me faire accroire que vous possédez l'universel vous |
|
| même. |
|
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Non, mon très cher, je ne possède nullement ce haut secret, | |
| mais ce que je viens de dire, & ce que je tâcherai de proférer en |
|
| suite, je le puis faire en homme d'honneur, & encore que je |
|
| m'estime indigne de ce grand trésor des Sages, je me trouve pourtant |
|
| obligé de poursuivre mon entreprise, sous espérance que le |
|
| St Esprit arrosera mon dessein de sa rosée céleste! Et vous, mon |
|
| ami, n'avez vous pas aussi bien fait des choses & des sottises devant |
|
| que vous êtes parvenu à quelque chose de bon? ou bien n'avez |
|
| vous pas encore rien qui vaille? |
|
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Non non, j'ai aussi quelque chose de bon, mais si je vous di- | §. 2. |
| sais, que je n'ai pas employé un labeur indicible & que je n'ai | Récit du
|
| pris une peine incroyable en vain, j'épargnerais la vérité: & | labeur inutile
|
| pour vous montrer que je ne vous veux rien celer, mais que je | de l'auteur.
|
| vous veux déclarer le tout en toute sincérité comme au meilleur |
|
| ami que j'ai au monde, je vous supplierai d'avoir la patience |
|
| d'écouter un peu combien j'ai été facile de croire les belles paroles |
|
| des imposteurs, en combien de sortes de matières j'ai été |
|
| occupé, & combien d'années j'ai été séduit: il est bien vrai |
|
| qu'il me serait impossible de vous dire le tout, puisqu'on en écrirait |
|
| O rait | |
@
52
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | un gros livre, ce qui n'est pas ici nôtre intention, je vous |
| | en raconterai seulement quelques uns, & cèlerai cependant les |
| | noms des séducteurs, encore qu'ils mériteraient bien qu'on les |
| | mettrait en public, ceux pourtant qui auront lu de leurs |
| | livres les reconnaîtront fort bien. |
| |
|
| | L'an 1654, étant en France j'ai eu la rencontre d'une Dame |
| | de Condition, qui disait avoir demeuré à la cour du Roi, |
| | & d'avoir reçu un secret du père défunt de son mari, pour faire |
| | grader l'argent en Or: moi, ayant été dès ma jeunesse curieux |
| | & désireux d'apprendre toutes sortes de sciences & de curiosités |
| | honnêtes, je m'adressais auprès de cette dite Dame, & |
| | après beaucoup de civilités j'obtenais autant de sa grâce, qu'elle |
| | me communiqua son eau gradante, la quelle n'était rien autre |
| | chose que de l'eau de pluie assemblée en temps d'orage d'éclair |
| | & de tonnerre, de la quelle il fallait amasser dix à douze pots, |
| | & la distiller tant de fois par dessus des atomes d'argent de coupelle |
| | jusqu'à tant que tout l'argent fut gradé en Or: je faisais |
| | assembler de cette eau susdite en France, & après que j'avais fait |
| | travailler longues années avec grand soin, selon l'ordre de la |
| | Dame susdite, il n'en est demeuré rien que de l'eau & de l'argent |
| | de la même façon qu'on les avait joins ensemble: je donne |
| | à penser à tous ceux qui ont la moindre connaissance, si ce n'était |
| | pas une très grande sottise de s'amuser à des choses si peu fondées, |
| | vu que l'eau de pluie n'a point d'ingrés dans l'argent, |
| | & qu'elle ne peut en suite y faire aucune altération, & encore |
| | moins aucun amendement. |
| |
|
| | L'an 1656. Un certain Liégeois s'est adressé à moi, proposant |
| | qu'il pouvait faire transmuer le vif argent en argent très fin, |
| | & ce en vingt & quatre heures de temps, & que cette gradation |
| | du vif argent étant une fois faite, que la même eau pouvait faire |
| | la même graduation plusieurs fois de suite avec un grandissime |
| | profit: il demandait pour cette science une somme de deux mille |
| | écus, mais moi, étant bien désireux de l'apprendre, je souhaitais |
| | de lui d'en voir une épreuve, devant que de m'engager |
| | avec lui d'aucune chose, il m'octroya ma demande, & mettre |
| | dans une bouteille, (qui contenait environ deux pintes d'humidité) |
| | une once de vif argent dedans une eau qui paraissait |
| | claire comme de l'eau de roche, le quel se transformait en vingt |
| | & quatre heure de temps au froid en argent très fin de coupelle; |
| | le; la |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 53
| la quelle opération j'ai fait deux fois de suite de mes propres |
|
| mains, & nonobstant que j'étais alors encore bien ignorant |
|
| aux opérations chimiques, j'avais pourtant la prévoyance, qu'après |
|
| avoir vu le Mercure coagulé en cristaux transparents, que |
|
| je les pesais sur une balance, & après avoir aperçu que ces cristaux |
|
| pesaient bien trois ou quatre fois plus que le mercure avait |
|
| pesé auparavant, & qu'après la fonte il n'en sortait non plus |
|
| d'argent que l'argent vif avait pesé, j'ai pourtant encore pu connaître |
|
| pour alors autant, que la chose n'était pas sincère, sans |
|
| en avoir pu donner aucune raison fondamentale, ce pourquoi |
|
| je l'ai considéré comme un trompeur, & n'ai pas voulu traiter |
|
| avec lui: ayant pensé par après à cette affaire, j'ai trouvé que |
|
| cette eau gradante (comme il disait) n'a été rien autre chose qu'une |
|
| solution d'argent fin, & que le vif argent en a attiré autant |
|
| d'argent comme il était environ pesant, le quel est envolé en |
|
| fumée, avec les esprits de l'eau forte qui étaient coagulé avec lui |
|
| lors qu'on l'a mis pour le fondre, & a ainsi laissé l'argent dans le |
|
| creuset. |
|
| |
|
| Le même avait aussi un secret, de priver le cuivre rouge de sa | |
| rougeur & de le blanchir, lequel il estimait aussi beaucoup; ce |
|
| qu'il faisait effectivement en jetant une poudre blanche sur le |
|
| cuivre rougi au feu, car le cuivre devenait blanc mais cassant, |
|
| & le borax qu'il jeta dessus en ressortait rougeâtre: mais puisque |
|
| je remarquais qu'en jetant de cette poudre sur le cuivre il se garda |
|
| fort de la fumée qu'elle causa, je n'ai pas voulu avoir à faire |
|
| avec lui, jugeant dès ce temps que la fumée était vénéneuse, |
|
| comme elle l'est véritablement, puisque cette dite poudre n'a |
|
| été autre chose que de l'arsenic, comme j'ai expérimenté assez |
|
| par après en des opérations pareilles. |
|
| |
|
| Après ceci il m'a fallu converser quelques années (par ordre | |
| de mon patron) un certain vieux & vénérable Alchimiste Allemand, |
|
| qui avait beaucoup labouré & expérimenté à la Chimie, |
|
| & qui croyait aussi de posséder quantité de particuliers & des universels: |
|
| mais hélas! j'ai trouvé qu'il a su fort peu de choses |
|
| de la science métallique. Car au commencement de sa conversation |
|
| il me faisait travailler avec de l'esprit de sel armoniac sur des |
|
| atomes d'argent, les quels il fallait tenir long temps en digestion |
|
| sur un feu de lampe, le quel y devrait grader beaucoup d'or, |
|
| mais, j'ai expérimenté que l'esprit de sel armoniac a dissout avec |
|
| O 2 vec | |
@
54
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | le temps le cuivre, qui avait resté auprès de l'argent, & en |
| | avait fait une solution bleue de couleur de Saphir enfoncé, & |
| | qu'il avait laissé l'argent sans être gradé aucunement. |
| |
|
| | Après cette belle opération m'a il fait digérer long temps de |
| | l'esprit de sel sur des atomes d'argent fin, & ce dans des matelas |
| | d'argent fin, pour empêcher que les verres ne se cassassent par |
| | le feu de lampe; il n'en est rien venu qu'une chaux d'argent fort |
| | fusible à cause des esprits de sel qui y étaient concentrés, mais il |
| | ne s'y est pas trouvé de l'or gradé dedans: il a décrié cette chaux |
| | d'argent être un Mercure de Lune, & lui a attribué beaucoup de |
| | vertus, aussi bien pour les transmutations particulières que pour |
| | les universelles, mais il ne s'est rien trouvé à la réduction que de |
| | l'argent fin. |
| |
|
| | Celle ici étant réussie comme auparavant, il m'a fait faire |
| | plusieurs fulmens, aux quels il faisait ajouter les métaux en |
| | forme de poudre, disant que les âmes de métaux passeraient par |
| | le moyen de ces fulminations, & que d'icelles on pouvait fixer |
| | des teintures: je n'ai trouvé par l'examen que des chaux des |
| | métaux très fines qui étaient passées. |
| |
|
| | Que de l'or tonnant on pouvait tirer l'âme par la même méthode, |
| | & qu'alors on la devrait fixer: mais vrai comme auparavant. |
| |
|
| | Que l'huile de vitriol digérée avec du tartre devrait produire |
| | une teinture: mais vanité. |
| |
|
| | Que par le moyen de l'eau forte cohobée par dessus des cheveux |
| | d'hommes on pouvait procurer une teinture: mais ô teinture |
| | capable d'éteindre la vie des hommes, & de les mettre à |
| | mort par la puanteur épouvantable qui en sorte! |
| |
|
| | Que de l'huile de Souphre tout seul on pouvait fixer une |
| | teinture. |
| |
|
| | Que par le moyen du susdit Mercure de Lune prétendu joint |
| | aux cendres d'étain & cimenté avec des raclures de cuivre, le |
| | cuivre se devrait changer en argent contenant beaucoup d'or: |
| | mais l'argent est la plus part évanoui sans laisser aucune apparence |
| | de l'or. |
| | J'ai |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 55
| J'ai fait des telles opérations par centaines, les quelles n'étaient |
|
| qu'imaginaires, ni aucunement fondées sur des moindres fondements | |
| de l'art métallique; jusques à, qu'au bout d'environ | |
| seize ans, un ami qui avait pitié de moi, & de mes labeurs | |
| infatigables, m'a présenté cordialement le vrai Menstrue des | |
| Philosophes le quel j'ai accepté avec joie, & avec un grand | |
| témoignage de gratitude. | |
| |
|
| Mais devant que je cesse à vous faire ce récit de mes opérations |
|
| vaines, il faut que je vous sois encore importun avec la narrée | |
| d'une opération ou deux encore, les quelles paraissaient | |
| extérieurement d'avoir quelque apparence de fondement. | |
| |
|
| Une bonne eau royale distillée par dessus de l'Antimoine prend |
|
| avec elle par l'alambic un Souphre très rouge qui devrait être | |
| une teinture pour les métaux. | |
| |
|
| Une solution d'or précipitée par une solution d'argent faite par |
|
| l'eau forte, & le précipité étant dulcifié par l'eau commune | |
| devrait donner une teinture par la digestion. | |
| |
|
| Le vif argent étant digéré avec de l'or potable (comme il l'appelle) |
|
| le vif argent se transmue effectivement en or très fin | |
| (comme il paraît) mais je n'ai jamais gagné mais bien perdu | |
| de l'or à des telles opérations: Il m'est arrivé entre autres, | |
| que j'avais fait une bonne partie de ce dit or potable, lequel | |
| j'avais mis dans une bouteille de porcelaine, sur la quelle | |
| j'avais appliqué un col long d'une fiole de verre; y ayant | |
| versé une bonne quantité de vif argent dedans, je l'ai appliqué | |
| sur le feu libre, afin que (selon les ordres de Monsr. le | |
| Philosophe) le vif argent, en montant & descendant souvent, | |
| se put fixer en quantité & avec bon profit: mais lors | |
| que j'avais fait sublimer le vif argent la première fois au Col | |
| de ma bouteille, il s'y refroidit, & descendant en assez bonne | |
| quantité en bas sur l'or potable fondu & rouge du feu, sur | |
| lequel il était, ma bouteille de porcelaine se cassa en mille | |
| pièces d'étonnement, tellement que j'ai ainsi perdu ma bouteille | |
| de porcelaine avec mon or potable & mon vif argent, | |
| non pas sans grand péril de ma vie. L'auteur de cet or potable | |
| à fait publier par un livre imprimé, qu'il allait faire la | |
| démonstration de cette transmutation du vif argent en or puP | |
| blique- | |
@
56
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | bliquement à Amsterdam, & l'a fait aussi en la présence de |
| | plusieurs personnes de considération & d'étude, qui étaient |
| | venu pour ce sujet de vienne en Autriche, de Francfort, de |
| | Dresde en Saxe, de Leide, de la Haye, d'Amsterdam, & |
| | de Frise les quelles je pourrais bien nommer de nom & de surnom, |
| | puisque j'en suis témoin oculaire, & ai entendu les |
| | discours & les disputes que ces Messieurs faisaient ensemble |
| | touchant cette transformation du mercure en Or, & puis dire |
| | en vérité qu'ils ne l'ont tous considéré autrement, que pour |
| | une transmutation véritable de vif argent en Or, & qu'ils l'ont |
| | accepté tous pour telle avec grande admiration & applaudissement: |
| | pour ce qu'il me regarde, je l'ai aussi considéré |
| | long temps après pour telle, & en ai fait la démonstration |
| | depuis à plusieurs personnes de condition, mais pour le présent, |
| | j'en ai un autre sentiment nonobstant que c'est quelque |
| | chose de bien rare de voir l'or joint au souphre par un |
| | sel Alcali. |
| |
|
| | Je cesserai ici à vous faire un plus long discours de cette matière; |
| | je vous ai seulement voulu faire connaître combien que |
| | le monde court aveuglement à la chimie, combien il y en a |
| | qui passent pour des braves Philosophes, & même des Professeurs |
| | des Universités, qui n'ont pas la moindre connaissance |
| | de la transmutation des métaux: & combien il y en a |
| | qui se gâtent de fonds en comble eux même & quantité d'autres |
| | avec eux. |
| |
|
| §. 3. | Je vous dirai à ct'heure mon sentiment de quelle matière qu'il me |
| Le sentiment | semble que la Pierre des Philosophes doit être fabriquée, &
|
| de l'auteur | puis je tâcherai de vous confirmer mon sentiment par l'autorité
|
| de la matiè- | de quantité de très excellents auteurs.
|
| re de la Pierre |
|
| des Philos. | Il est très vrai ce qu'il vous a plu de dire de la matière de la
|
| | Pierre des Philosophes; je sais aussi fort bien, qu'elle a son |
| | origine du vif argent, mais la plus grande difficulté que nous |
| | aurons, consistera en cela, de quelle façon il faudra préparer |
| | ce vif argent pour le rendre propre & capable d'effectuer tout |
| | ce qui en est dit & écrit. |
| |
|
| | Il m'est fort bien connu aussi qu'il faut que le Mercure soit lavé |
| | plusieurs heures durant de ses saletés & de ses impuretés |
| | noires |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 57
| noires, qu'il soit séché, amalgamé, distillé, sublimé & préparé | |
| d'une telle manière qu'il puisse par une vertu aimantine attirer | |
| à lui les rayons du Soleil & de la Lune, & qu'il les puisse | |
| rendre corporels devant qu'il puisse mériter le vrai titre de | |
| la matière de la Pierre. | |
| |
|
| Je tiens donc pour certain & pour un fondement inébranlable, |
|
| que la matière de la Pierre, ou le menstrue des Philosophes | |
| ne peut être fait hors le royaume minéral, ni particulièrement | |
| sans le vif argent, & qu'icelui vif argent est la base | |
| seule, sur laquelle tous les ordres des colonnes de toute la | |
| Nature, du règne minéral, se reposent. | |
| |
|
| Nous parlerons en son temps, de quelle façon ce dit argent vif, |
|
| peut être réduit, par l'aide des deux autre Principes, savoir | |
| par le souphre & par le sel, en un tel état; que la naissance | |
| glorieuse & incorruptible de la Pierre des Philosophes en doive | |
| suivre par la seule circulation & conversion de ses Quatre | |
| Eléments propres sans addition d'aucune chose étrangère. | |
| |
|
| Vous pourrez poursuivre si vous plaît avec l'allégation des Auteurs, |
|
| & moi je demeurerai cheminer avec constance sur l'unique | |
| chemin que mon ami m'a enseigné, & sur le quel j'ai | |
| trouvé conforme à la vérité tout ce que les Philosophes ont | |
| écrit du maniement de la matière de la Pierre des Philosophes. | |
| | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E V. | |
| |
|
| Que c'est une seule chose de la quelle la Pierre des Sages se doit faire, & |
|
| éprouvé par les vrais auteurs. Des noms étranges des quels la | |
| Pierre des Philosophes est nommée. Confirmation des auteurs, que | |
| la Pierre des Philosophes est faite d'une seule matière, & d'une seule | |
| manière & disposition. Que le Menstrue ou la matière de la Pierre | |
| des Philosophes comprend en soi le nombre parfait de Dix. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| F Ort bien: j'entends bien autant que vous | |
| n'avez pas été endormi en vôtre temps non plus, & que vous | |
| n'avez pas épargné vos mains moins que moi à les noir- | |
| P 2 cir en | |
@
58
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | cir en maniant les charbons; que vous avez aussi pris de la peine |
| | assez; & que nous demeurons jusqu'à présent tout doucement |
| | d'accord touchant la matière de la quelle la Pierre des |
| §. 1. | Anciens Sages doit être préparée: Tâchons à ct'heure de vérifier
|
| Que c'est que | avec une quantité d'auteurs irréprochables, ce que nous
|
| seule chose de | avons soutenu, & éprouvons tout premier que ce ne doit
|
| la quelle la | être qu'Un SEUL ETRE le quel contienne le tout depuis
|
| Pierre des | le commencement jusqu'à la fin.
|
| Sages se doit |
|
| faire, & | Voyons ce qu'en dit HERMES TRISMEGISTE in TABULA
|
| éprouvé par | SMARAGDINA:
|
| les vrais |
|
| auteurs. | Quod est superius est sicut id quod est inferius, & quod inferius
|
| | sicut id quod superius, ad considerandum miracula rei Unius: |
| | & sicut onnnes res fuerunt ex UNO meditatione UNIUS, sic |
| | omnes hae res creatae sunt ex UNA hac re adaptatione. e. c. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, & ce qui est en |
| | bas comme ce qui est en haut, pour considérer les merveilles |
| | d'UNE chose, & comme toutes choses ont été d'UN par la |
| | méditation d'UN, ainsi toutes ces choses sont créées de cette |
| | UNE chose par appropriation. e. c. |
| |
|
| | ZENIOR ZADITH: in digressione autoris ad alia. |
| |
|
| | Sophismata sapientum dicunt: |
| |
|
| | Res nostra est ex una re: non opinetur aliquis quod fit |
| | ex una re, sed ex diversis quae praeparatae factae sunt |
| | unum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Les devises prévoyantes des Sages disent: Nôtre affaire est d'UNE |
| | chose: Qu'on ne pense pas qu'elle soit d'UNE chose, mais |
| | des choses différentes, les quelles préparées sont faites UNE |
| | chose. |
| |
|
| | Le même: De l'opération de la Teinture: |
| | Est unum quod non moritur quamdiu fuerit Mundus, & vivificat |
| | quodlibem mortuum, & manifestat colores occultos, & |
| | celat manifestos. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il y a une chose qui ne meure pas tant que le Monde dure, & qui |
| | vivifie |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 59
| vivifie toute chose morte, qui rend les couleurs cachées manifestes, | |
| & les manifestes cachées. | |
| |
|
| B E R N H A R D U S. | |
| |
|
| In re non variant autores, cum illa semper sit unica, sola, & |
|
| eadem materia & ejustem semper naturae, in qua nihil ingreditur | |
| quod non sit extractum ab ea, & hoc quod ipsi proximum, | |
| & de sua natura est. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Les auteurs ne varient pas dans la chose, vu qu'elle est toujours |
|
| UNE, seule & la même matière, & toujours d'une même | |
| nature, dans la quelle il n'entre rien qu'il ne soit tiré d'elle, | |
| & ce qui lui est le plus proche & de sa nature. | |
| |
|
| F R A T E R F E R R A R I U S. | |
| |
|
| Lapis UNUS est, medicina UNA in qua totum magisterium |
|
| consistit, cui non additur res extranea aliqua, neque minuitur | |
| nisi quod in praeparatione superflua removentur. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| C'est une même Pierre, une même médecine dans la quelle tout |
|
| le magistère consiste, à la quelle on n'ajoute aucune chose | |
| d'étrange, ni on n'en ôte rien, si non qu'à la préparation | |
| d'icelle on ôte les choses superflues. | |
| |
|
| Le Même. | |
| |
|
| Materia omnium generabilium & corruptibilium est UNA, nec |
|
| deversificatur nisi per formas. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La matière de toutes choses qui naissent, & qui sont sujettes |
|
| à la corruptibilité, est UNE, & elle n'est pas diversifiée que | |
| par les formes. | |
| |
|
| Le même. ailleurs. | |
| |
|
| Et UNA res totum est. |
|
| |
|
| C'est à dire: | |
| UNE chose est le tout. |
|
| |
|
| B E R N H A R D U S. | |
| |
|
| Per Calib satis apertè patet in hac arte non esse nisi duas materias |
|
| spermaticas UNIUS & ejusdem radicis, substantiae & essentiae, | |
| scilicet Mercurialis, solius substantiae viscosae & siccae, | |
| Q quae | |
@
60
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | quae nulli rei jungitur in hoc Mundo nisi corporibus. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il parait assez à découvert par Calib, qu'il n'y a dans cet art |
| | que deux matières spermatiques d'une & même racine, à savoir |
| | d'une substance & d'une essence Mercurielle, qui est seule |
| | d'une substance visqueuse & sèche, la quelle ne se joint à |
| | aucune chose dans ce monde qu'aux corps. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Opus nostrum fit ex unica radice, & ex duabus substantiis Mercurialibus, |
| | crudis, assumptis & ex minera tractis, puris & |
| | mundis, igne conjunctis amicitiae, ut exigit ipsa materia, assidue |
| | coctis, usque dum ex duobus fiat UNUM, in quo quidem |
| | UNO corpus spiritus, & iste corpus facta sunt à commixtione. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Nôtre oeuvre se fait d'une seule racine, & de deux substances |
| | Mercurielles, crues, prises & tirées de la mine, jointes par |
| | le feu d'amitié comme la matière même le requière, qui sont |
| | continuellement cuites, jusqu'à tant que de deux il devienne |
| | un, pourtant que dans cet un le corps soit fait esprit, & |
| | l'esprit corps, par la commixtion. |
| |
|
| | S E N D I V O G I U S in Dialogo.
|
| |
|
| | Scito quod mihi UNUS talis tantum est filius, Unus ex septem |
| | est, & primus est; ipse quoque omnia est qui Unus tantum |
| | erat; nihil est, & numerus ejus integer est; in illo sunt quatuor |
| | Elementa, qui tamen non est elementum; Spiritus est |
| | qui tamen corpus habet. e. c. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Sachez que je n'ai qu'un tel fils, il est un des sept, & est le |
| | premier, il est aussi tout, qui était seulement Un; il est rien, |
| | & son nombre est entier; les quatre Eléments sont en lui qui |
| | n'est pourtant pas un Elément; il est esprit qui a pourtant un |
| | Corps. e. c. |
| |
|
| | Le Même. |
| |
|
| | Scito etiam pro certo, quod haec scientia non in fortuna, neque |
| | casuali inventione, sed in reali scientia locata est, & non nisi |
| | haec |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 61
| haec UNICA materia est in Mundo, per quam & ex qua | |
| praeparatur lapis Philosophorum. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Sachez aussi pour certain que cette science ne consiste pas à la |
|
| fortune, ni à une invention casuelle, mais qu'elle a son lieu | |
| dans une science réelle, & il n'y a que cette matière Unique | |
| dans le Monde par la quelle & de la quelle la Pierre des Philosophes | |
| est préparée. | |
| |
|
| J O A N N E S de P A D O U A. |
|
| |
|
| Unser Wasser wird genennet, wenn es bereitet wird, Ein Ewiges |
|
| immerwehrendes und bestendiges Waffer, welchs aus | |
| nichts den aus einen EINIGEN STRAHL, gleich so schon | |
| als der sonnen glantz aufgezogen mag werden. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Nôtre Eau, quand on la prépare, est appelé Une Eau éternelle |
|
| toujours durable & persistante, la quelle ne peut être tirée | |
| que d'Un seul Rayon, qui est beau comme la lueur du soleil. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Weil alle metall durch meisterschaft in ein Argentum vivum |
|
| sichtlich verwandelt werden, so ist ein genuglich und gewislich | |
| zeichen das alle metalla Argentum vivum gewefen feind. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Puisque tous les métaux deviennent visiblement à être transmués |
|
| par artifice en vif argent, il est un signe agréable & évident, | |
| que tous le métaux ont été du vif argent. | |
| |
|
| P E T R U S B O N U S. | |
| |
|
| Expressè patet Solum Argentum vivum esse perfectivum hujus operis, |
|
| sine alicujus sulphuris vel alterius rei commixtione. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Il parait expressément que le seul vif argent est le perfectant de |
|
| cette oeuvre, sans la commixtion d'aucun souphre ou d'aucune | |
| autre chose. | |
| |
|
| R A S I S in 70. praeceptis. | |
| |
|
| Mercurius est radix unius rei, & ipse solus est praeparandus, & |
|
| Q 2 erit | |
@
62
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | erit ex eo tinctura bona, & impressio vehemens & fortitudo. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le Mercure est la racine d'une chose, & c'est lui seul qu'il faut |
| | préparer, & il sortira de lui une bonne teinture, une impression |
| | forte, & la fortitude. |
| |
|
| | A L P H I D I U S. |
| |
|
| | Omne sapientum opus & Philosophorum in solo consistit Argento |
| | vivo, nam ad Argenti vivi scientiam pervenientes nesciebant, |
| | quod totius sui operis perfectio effet in Argento |
| | vivo, cujus Argenti vivi substantiam prius ignorabant esse. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Tout l'oeuvre des Sages & des Philosophes consiste dans le vif |
| | argent seul, car ceux, qui parvenaient à la science du vif argent, |
| | ne savaient pas, que la perfection de tout leur oeuvre |
| | était dans le vif argent, du quel vif argent ils ignoraient |
| | auparavant la substance. |
| |
|
| | G E B E R. |
| |
|
| | Si per Solum Argentum vivum perficere poteris, perfectionis |
| | pretiosissimae indagator eris. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Si vous le pouvez parfaire par le vif argent seul, vous serez un |
| | enquêteur d'une perfection très précieuse. |
| |
|
| | P E T R U S B O N U S.
|
| |
|
| | Solum argentum vivum est causa tota materialis, & tota substantia |
| | Lapidis Philosophorum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le vif argent seul est la cause matérielle entière, & toute la substance |
| | de la Pierre des Philosophes. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Oportet quod ex Solo Argento vivo per artificium aliquod occultissimum |
| | & divinum generemus Argentum vivum, mediante |
| | Sulphuris actione extrinseci sibi à natura mixti. e. c. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il faut que nous progenions un Argent vif par quelque artifice |
| | très secret & divin, de l'Argent vif seul, & ce par le moyen |
| | de l'a- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 63
| de l'action d'un Souphre extérieur qui lui est mêlé de la |
|
| nature. | |
| |
|
| Le Même. | |
| |
|
| In Solo Argento vivo consistit tota perfectio. |
|
| |
|
| C'est à dire: | |
| Toute la perfection consiste dans le vif argent seul. |
|
| |
|
| En voilà assez de l'Unité de la Matière de la Pierre des Philosophes: |
|
| je tâcherai de vous rendre à ct'heure certain que cette | |
| UNIQUE MATIERE doit être une Eau Mercurielle. | |
| |
|
| Voici l'autorité des auteurs qui en sont d'accord avec moi. |
|
| |
|
| B E R N A R D U S en parle ainsi. | |
| |
|
| Cum natura haec sub forma aquae apparet, appellarunt illam Philosophi |
|
| Argentum vivum, Aquam permanentem, Plumbum, | |
| Sputum Lunae, Stannum, & C. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Quand cette nature paraît sous la forme de l'eau, les Philosophes |
|
| l'ont appelé de l'Argent vif, de l'Eau permanente & du | |
| Plomb, du crachat de Lune & de l'Etain: & c. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Scias quod Aqua nostra Mercurialis sit viva, & ignis adurens, |
|
| mortificans & restringens aurum plus quam Ignis communis: | |
| & propterea quanto melius cum eo miscetur, fricatur, tanto | |
| plus ipsum destruit, & aquà viva igneâ plus attenuatur. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Il faut savoir que nôtre eau mercurielle est vive, & un feu ardent |
|
| & mortifiant & restringent l'or plus que le feu commun: | |
| & voici pourquoi, tant mieux qu'il est mêlé, frotté, & broyé | |
| avec lui, tant plus le détruit il, & tant plus devient il à être | |
| atténué par cette eau vive ignée. | |
| |
|
| Ex Epistola E D U A R D I K E L L A E R I Angli An. 1587. |
|
| |
|
| Concludunt omnes Philosophi, Lapidem nihil aliud esse quam |
|
| argentum vivum animarmn: hoc vero Argentum vivum nisi | |
| animatum fuerit, non est de intentione illorum. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Tous les Philosophes concluent ensemble, que la Pierre n'est |
|
| R n'est | |
@
64
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | autre chose que de l'Argent vif animé: mais si ce vif argent |
| | n'est animé, il n'est pas de leur intention. |
| |
|
| | G E B E R in Summa.
|
| |
|
| | Exactissimé singula sumus experti, suis idque probatis rationibus; |
| | nihil potuimus unquam reperire permanentis in igne praeter |
| | viscosam humiditatem, solam radicem omnium metallorum, |
| | reliquae omnes humiditates ab igne per evaporationem |
| | facilè fugiunt, & per separationem unius Elementi ab alio, |
| | velut aqua per ignem pars una in sumum abit, alia in Aquam, |
| | in Terram alià manente in fundo vasis: sic in omnibus: quoniam |
| | quae in homageneatione haud bene sunt unita, minimô |
| | consumuntur igne, ae separantur à naturali sua compositione. |
| | At humiditas viscota, Mercurius videlicet, nunquam in co |
| | consumitur, nec separatur à sua Terra, nec ab alio suo Elemento, |
| | nam vel omnia simul manent, vel simul abeunt, ut |
| | nihil omnino de pondere pereat. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Nous avons très exactement examiné tout à part, & ce avec des |
| | raisons éprouvées: nous n'avons pu jamais trouver rien de |
| | permanent au feu, que l'humidité visqueuse, la seule racine |
| | de tous les métaux, toutes les autres humidités s'enfuient facilement |
| | du feu par l'évaporation & par la séparation de l'un |
| | Elément de l'autre, comme l'eau se fait par le feu, donc l'une |
| | partie s'en va en fumée, l'autre en eau, l'autre en terre demeurante |
| | au fond du vase; ainsi en tous les autres: par ce que |
| | ceux qui ne sont pas bien unis en l'homogénation se consument |
| | au moindre feu, & se séparent de leur composition |
| | naturelle. Mais l'humidité visqueuse, savoir le Mercure, ne |
| | se consume jamais en lui, ni se sépare de la Terre, ni d'aucun |
| | autre de ses Eléments; car ou ils demeurent tous, ou ils |
| | s'en vont tous ensemble, afin qu'il ne périsse rien de leur poids. |
| |
|
| | A R N O L D U S de V I L L A N O V A. |
| |
|
| | Totum tumn studium intendatur in digerendo & coquendo Mercuriosam |
| | substantiam, & pro sua dignitate digna reddet corpora |
| | quae nihil aliud existunt quam substantia Mercuriosa decocta. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Que toute vôtre étude ne soit autre qu'à digérer & cuire la substance |
| | stan- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 65
| Mercurielle, & elle rendra les corps, (les quels ne sont | |
| autre chose qu'une substance Mercurielle cuite) dignes selon | |
| leur dignité. | |
| |
|
| M O R I E N U S & A R O S. |
|
| |
|
| Nostrum sulphur, inquiunt, non est vulgare sed fixum, & non |
|
| volatile, de natura Mercurii & non ex re alia quapiam. Naturam | |
| exactissimèe imitamur, quae in suis mineris aliam non habet | |
| materiam in quam operetur, praeterquam puram formam | |
| Mercurialem, ut etiam apparet optimis rationibus, auctoritatibus | |
| & experientià: Mercurio huic inest sulphur fixum, & | |
| incombustibile, quod opus nostrum perficit absque alia substantia | |
| quam pura substantia Mercuriali. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Nôtre souphre, disent ils, n'est pas un souphre vulgaire, mais |
|
| un souphre fixe & point volatile, de la nature du Mercure & | |
| non pas d'aucune autre chose. Nous suivons très exactement | |
| la nature, la quelle n'a pas d'autre matière dans ses mines | |
| dans la quelle elle fasse son opération qu'une pure forme Mercurielle, | |
| comme il paraît aussi par des très bons raisonnements, | |
| autorités & par l'expérience: Il y a du souphre fixe & incombustible | |
| dans ce Mercure, qui parfait nôtre oeuvre sans aucune | |
| autre substance qu'une pure substance Mercurielle. | |
| |
|
| A R O S & C A L I B. |
|
| |
|
| In toto nostro opere, (inquiunt) Ignis & Mercurius tibi sufficiunt, |
|
| in medio & in fine, sed in principio non ita se res habet: | |
| siquidem non est Mercurius noster, quod intellectu facillimum. | |
| | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Feu (disent ils) & le Mercure vous suffisent en tout nôtre |
|
| oeuvre, au milieu & à la fin, mais il n'en est pas ainsi au commencement: | |
| par ce que ce n'est pas nôtre Mercure, ce qui | |
| est très facile à entendre. | |
| |
|
| S E N D I V O G I U S. In Tractatu tertio. | |
| |
|
| Prima metallorum materia duplex est, sed una fine altera Metallum |
|
| non creat: Prima & principalis est humidum aeris caliditate | |
| mixtum, hanc Philosophi Mercurium nominarunt, qui | |
| R 2 radiis | |
@
66
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | radiis Solis & Lunae gubernatur in Mari Philosophico: secunda |
| | est Terrae caliditas sicca quam vocarunt Sulphur. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | La première matière des métaux est de deux sortes, mais l'une |
| | ne crée pas le métal sans l'autre: La Première & la principale |
| | est l'humidité de l'air mêlée de la chaleur, celle ici les Philosophes |
| | l'ont appelé Mercure, le quel est gouverné des rayons |
| | du soleil & de la Lune dans la Mer des Philosophes: la seconde |
| | est la chaleur sèche de la Terre la quelle ils ont appelée |
| | souphre. |
| |
|
| | Le même. Au Traité 7ième. |
| |
|
| | Quatuor Elementa, in prima operatione naturae , stillant per |
| | Archaeum Natura in terrae centrum vaporem aqua ponderosum, |
| | qui est metallorum semen, & dicitur Mercurius propter |
| | ejus fluxibilitatem. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Les Quatre Eléments font dégoûter, à la première opération de |
| | la Nature, par l'Archée de la Nature, au centre de la Terre |
| | une vapeur d'eau pesante, la quelle est appelée Mercure à |
| | cause de sa fluxibilité. |
| |
|
| | Le même. Au même traité. |
| |
|
| | Non dicimus Mercurium Philosophorum commune quid esse, & |
| | aperté nominari, sed materia ex qua Philosophi Sulphur & |
| | Mercurium suum creant: Quoniam Mercurius Philosophorum |
| | non habetur per se super terram, sed ex Mercurio & Sulphure |
| | conjunctis educitur arte: non prodit in lucem, nudus |
| | enim est sed à natura miris modis involutus est. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Nous ne disons pas que le Mercure des Philosophes est quelque |
| | chose de commun, & qu'il est nommé ouvertement, mais la |
| | matière de la quelle les Philosophes font leur souphre & leur |
| | Mercure: vu que le Mercure des Philosophes ne se trouve |
| | pas de soi sur la terre, mais il est produit par l'art du souphre |
| | & du Mercure joints ensemble: il ne vient pas au jour, car il |
| | est nu mais il est merveilleusement enveloppé de la Nature. |
| | Le mê- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 67
| Le Même. Au même Traité. | |
| |
|
| Sulphur & Mercurius sunt minera nostri Argeuti vivi (conjuncta |
|
| tamen) quod Argentum vivum habet posse metalla solvere, | |
| occidere & vivificare, quam potestatem accepit à sulplure | |
| ocetoso suae propriae naturae. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le souphre & le Mercure sont la mine de nôtre Argent vif (conjoints |
|
| pourtant) le quel Argent vif a le pouvoir de dissoudre | |
| les métaux, de les occire, & des les vivifier, la quelle puissance | |
| il a reçu du souphre aigre de sa propre nature. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Mercurius vulgi non solvit aurum nec Argentum ut ab illis non |
|
| separetur, Argentum vivum vero nostrum solvit Aurum & | |
| Argentum, & non separatur ab illis in aeternum, sicut aqua | |
| mixta aquae. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Mercure vulgaire ne dissout pas l'Or ni l'Argent, qu'il ne |
|
| se sépare plus arrière d'eux, mais nôtre Argent vif dissout l'Or | |
| & l'Argent, & n'est pas séparé d'eux en éternité comme l'eau | |
| mêlée avec de l'eau. | |
| |
|
| Le Même. | |
| |
|
| Dicimus Argentum vivum materiam primam istius operis esse, & |
|
| verè nihil aliud; quicquid additur illi oritur ex illo. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Nous disons que le vif argent est la Première matière de cet |
|
| oeuvre, & il n'est véritablement autre chose: tout ce qu'on | |
| lui ajoute a son origine de lui. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Vox: Tibi sacro sanctè dico, Sulphur in Auro & Argento perfectissimum, |
|
| sed in Argento vivo facillimum est. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Je vous jure saintement que le souphre est le plus parfait dans |
|
| l'Or & dans l'argent, mais qu'il est le plus facile dans le Mercure. | |
| | |
| Le mê- | |
@
68
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Le même. |
| |
|
| | Saturnus: Praepara Argentum vivum & Sulphur & vitrum |
| | huc da. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Préparez le vif argent & le souphre, & donnez le verre, |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Saturnus: absque Argento vivo, in cujus regno sulphur jam rex |
| | est, Philosophi nihil fecerunt, nec ego scio aliter. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Les Philosophes n'ont rien fait sans le vif argent, au royaume duquel |
| | le souphre est déjà roi, & moi je ne sais rien faire autrement |
| | aussi. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Si non sublimabitis sulphur à sulphure, & mercurium à mercurio, |
| | nondum invenistis aquam, quae ex Sulphure & Mercurio |
| | quinta essentia creatur & destillatur: non ascendet qui non |
| | descendit. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Si vous ne sublimez le souphre du souphre & le mercure du |
| | mercure, vous n'avez pas trouvé l'eau, qui est la quintessence |
| | la quelle se crée & distille du souphre & du Mercure: il ne |
| | montera pas qui n'a pas descendu. |
| |
|
| | J O H A N N E S de P A D O U A. |
| |
|
| | Unser stein wird gezogen aus den mercurio, so urserm werck |
| | notig, welches ist, Corper, Zeel und Geist; aber welcher |
| | herkombt und geschicht aus einem unzustorlichen, volkommenen, |
| | und gantzen reinen leichnam. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Nôtre Pierre se tire du mercure, le quel est nécessaire pour nôtre |
| | Oeuvre, qui est corps, âme & esprit, mais le quel provient |
| | & se fait d'un corps irréductible, parfait, & très pur. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Unser sulphur und mercurius seind de prima materia. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Nôtre souphre & mercure sont la première matière. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Unser resolvir wasser, der lebendige mercurius, ist de gistige |
| | schlan- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 69
| schlange, darin unser König solvirt und getodtet wirdt. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Nôtre eau résolvante, le mercure vif, est le serpent vénéneux, |
|
| dans le quel nôtre roi se dissout & se mortifie. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Die fluff soo durch den garten des Paradis rint und fleust, und |
|
| theilet sich darnach in vier heuptwasser, zu erquicken den | |
| baum des lebens, welcher ist unser wurtzel, ist nichts anders | |
| den unser Mercurial wasser, dar in viel golt ist, das kostlich | |
| ist, vertsche unser wurtzel, so von Mercurial wasser umbsangen | |
| wird, dem in ihm wird funden rein Indiansch golt. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La rivière qui court & passe au travers du jardin du Paradis, & qui |
|
| se divise par après en quatre rivières capitales pour arroser | |
| l'arbre de vie, la quelle est nôtre racine, n'est autre chose que nôtre | |
| Eau Mercurielle, dans la quelle il y a beaucoup d'or qui | |
| est précieux, entendez nôtre racine, qui est environnée de | |
| l'or fin Indien. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Der haupt fluff, und das erste getheilte wasser genandt Pison, |
|
| ist ein gleich bedeutnus unser Mercurial wassers, den es ist | |
| je de erste heupt fluff, da von de andern fluffe und wasser sich | |
| theilen, verstehe de Element. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La rivière capitale, & la première Eau divisée appelée Pison, |
|
| est en comparaison nôtre Eau Mercurielle, car elle est la première | |
| rivière capitale de la quelle les autres eaux & rivières | |
| se divisent, entendez les Eléments. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Weil alle metall durch meisterschaft in ein Argentum vivum |
|
| sichtlich verwandelt werden, soo ist ein genuglich und gewislich | |
| zeichen, das alle metal argentum vivum geweden seind. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Puisque tous les métaux se changent par artifice visiblement en |
|
| S 2 Argent | |
@
70
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Argent vif, c'est un signe plaisant & certain que tous les métaux |
| | ont été de l'Argent vif. |
| |
|
| | EXPOSITOR IN LUMINE LUMINUM. |
| |
|
| | Non est confidendum in Mercurio sublimato, sed in calcinato |
| | post sublimationem: quia cum suerit sublimatus Mercurius |
| | Philosophorum candidus, de sua natura est volans ab igne; |
| | cum autem à suo coagulo coagulatur, calcinatur, figitur & |
| | retinetur, & hoc coagulum est Aurum Philosophorum, & |
| | clavis illorum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il ne se faut pas confier au Mercure sublimé, mais à celui qui est |
| | calciné après la sublimation: par ce que lors que le Mercure |
| | des Philosophes blanc est sublimé il est de son naturel volatil |
| | mais quand il est coagulé de sa pressure, il se laisse calciner, |
| | fixer, & retenir, & cette pressure est l'Or des Philosophes, |
| | & leurs clef. |
| |
|
| | L U C A S: In Turba Philosophorum.
|
| |
|
| | Accipe Argentum vivam, quod est ex masculo, & iplsum secundum |
| | consuetudinem coagulate. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| |
|
| | Prenez l'Argent vif qui est sorti du mâle, & le coagulez selon |
| | la coutume. |
| |
|
| | P E T R U S B O N U S.
|
| |
|
| | Ex Argento vivo & sulphure natura generat corpora metallorum |
| | omnium. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | La Nature fait la génération des corps de tous les métaux de l'Argent |
| | vif & du souphre. |
| |
|
| | Le même. |
| | Nihil aliud adhaeret metallis nisi Sulphur & Argentum vivum, & |
| | quae sunt ex ipsis, cum sint ejusdem natura. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Rien ne demeure attaché aux métaux que le souphre & le vif argent, |
| | & ce qui est d'eux, puisqu'ils sont d'un même nature. |
| | GE- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 71
G E B E R.
De Procreatione Veneris.
| Studeas in omnibus tuis operibus Argentum vivum superare in |
|
| commixtione. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Vous devez vous étudier en tous vos ouvrages de vaincre l'Argent |
|
| vif en la mixtion. | |
| |
|
| Le même. Capite, de Principiis Magisterii. | |
| |
|
| Consideratio autem rei quae ultimô perficit, est consideratio electonis |
|
| purae substantia Argenti vivi, & est medium, quae | |
| ex illius materia sumpsit originem, & ex illa creata est. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La considération de la chose qui parfait à la fin, est la considération |
|
| du choix d'une pure substance de l'Argent vif, & c'est | |
| le moyen, qui a pris son origine de la matière & elle est faite | |
| d'elle. | |
| |
|
| Le Même. | |
| |
|
| Laudetur benedictus gloriosus Deus altissimus, qui creavit illud; |
|
| scilicet Argentum vivum, & dedit ei substantiam, & substantiae | |
| proprietates, quas non contingit ullam ex rebus in Natura | |
| possidere, ut in ipsi possit inveniri. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Dieu le benoît, le glorieux & le très haut soit loué, qui l'a |
|
| créé, à savoir l'Argent vif, & qui lui a donné une substance | |
| & des propriétés de substance, les quelles il n'est pas permis | |
| à aucune des choses dans la Nature, qu'elle puisse être | |
| trouvée en elles. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Id ipsum Argentum vivum est quod ignem superat, & ab eo nori |
|
| superatur, sed amicabiliter in ipso quiescit, gaudeus eo. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| C'est ce même Argent vif qui surmonte le feu, & n'est pas surmonté |
|
| d'icelui, mais se repose amiablement en lui, étant | |
| volontiers avec lui. | |
| T MORIE- | |
@
72
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | M O R I E N U S. |
| |
|
| | Quod si sumus albus non effet, nullatenus aurum purum Alchimia |
| | fieri posset. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Si la fumée blanche n'était pas, l'Or pur de la chimie ne se pourrait |
| | jamais faire. |
| |
|
| | P E T R U S B O N U S.
|
| |
|
| | Sulphur rubeum, luminosum, occultum in Argento vivo, cum |
| | sit forma aurui, est tingens & transformans omne genus metallorum |
| | in Aurum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le souphre rouge, lumineux, & caché dans l'Argent vif, puisqu'il |
| | est la forme de l'Or, il teint & transforme toute sorte |
| | de métaux en Or. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Advertendum quod Philosophi Saturno attribuerunt Plumbum: |
| | Jovi Stannum: Marti Ferrum: Soli Aurum: Veneri Cuprum: |
| | Lunae Argentum: Mercurio autem nullum metallum |
| | attribuerunt, cum non reperiantur nisi metalla praedicta sex |
| | numerô: scilicet quae pervenerunt ad coagulationem cum liquefactione |
| | & extensione. Et ideo Philosophi tunc reversi |
| | sunt ad materiam propriam ex qua metalla originem contraxerunt, |
| | cum ipsa materia sit corum substantia, & dixerunt |
| | omnes, quod erat Argentum vivum, quod attribuerunt Mercurio: |
| | ita quod coacti ab ipsa veritate posuerunt Materiam |
| | metallorum de numero metallorum, ut complerent corum |
| | numerum, juxta numerum Planetarum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il est à remarquer que les Philosophes ont attribué: Le Plomb à |
| | Saturne: L'Etain à Jupiter: le Fer à Mars: l'Or au Soleil: |
| | le cuivre à Venus: l'Argent à la Lune: mais qu'ils n'ont attribué |
| | aucun métal au Mercure, vu qu'il ne se trouvent d'autre |
| | métaux, que les dits, qui sont six en nombre: à savoir qui |
| | sont parvenus jusques à la coagulation, joint la liquéfaction & |
| | l'extension. Et c'est pourquoi que les Philosophes sont retourné |
| | à la propre matière, de la quelle les métaux ont pris |
| | leur origine, puisque la matière même est leur substance, & |
| | ils ont tous dit, que c'était l'Argent vif, qu'ils ont attribué |
| | au mer- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 73
| au Mercure: de sorte qu'étant contrains de la vérité même, | |
| ils ont mis la matière des métaux du nombre des métaux pour | |
| emplir le nombre d'iceux selon le nombre des Planètes. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Si ex elementis debet fieri aurum, oportet nocessario ut per dispositiones |
|
| transeat ordinatas: scilicet ut ex eis fiat Aqua Viscosa | |
| gravis cum terra ténuissima sulphurea, quae sit Argentum | |
| vivum: post hoc autem mediante mixtione & actione Sulphuris | |
| extrinseci, in eo fiat aurum, vel metallum aliud, quod | |
| post fiat aurum. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Si l'Or se doit faire des Eléments, il faut nécessairement qu'il |
|
| passe par des dispositions ordonnées: savoir qu'il s'en fasse | |
| une Eau Visqueuse enceinte d'une Terre souphreuse très | |
| subtile, qui soit de l'Argent vif, mais qu'après cela moyennant | |
| la mixtion & l'action du souphre extérieur, il se fasse | |
| dans icelui (vif argent) de l'Or, ou quelque autre métal, | |
| qui devienne de l'Or par après. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Materia prima, propinqua & proxima & univoca, metallorum |
|
| omnium est Argentum vivum, non in natura sua, sed ut est ab | |
| agente proprio, scilicet sulphure liquabili in terrae mineralibus | |
| coagulatum, ut cum ipso sulphure, ergo Materia. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La Première Matière, la proche & la plus proche, & l'univoque |
|
| de tous les métaux c'est l'Argent vif, non pas comme il | |
| est en sa nature, mais comme il est coagulé de son propre agent | |
| es minéraux de la terre, à savoir du souphre fusible, comme | |
| du souphre même, c'est donc la Matière. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| In vanum ergo laborant in alio quam in Argento vivo cum sulphure, |
|
| sicut Natura docuit. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Ceux donc qui travaillent en autre chose, qu'en l'Argent vif avec |
|
| le souphre, comme la Nature l'a apprise, ils travaillent | |
| en vain. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Foetus est ex spermate sicut ex efficiente, & ex menstruo sicut ex |
|
| T 2 mate- | |
@
74
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | materia. Eôdem etiam modô dicimus omnino quod Aurum |
| | & Lapis Philosophorum est ex sulphure, sicut ex efficiente, |
| | & ex Argento vivo sicut ex Materia. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le fruit de l'homme provient du sperme comme de la cause efficiente, |
| | & du menstrue comme de la Matière. De la même |
| | manière disons nous aussi, que l'Or & la Pierre des Philosophes |
| | provient assurément du souphre comme de la cause |
| | efficiente, & de l'Argent vif comme de la Matière. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Cum ergo aurum fit generatum, nutritum, perfectum & completum |
| | à natura ex solo Argento vivo, ab extrinseco sulphure |
| | digesto, & ultimo ab eo expoliato: ergo & Lapis Philosophorum |
| | ex eisdem debet generari, perfici & compleri, ex |
| | quibus est Aurum, & non ex extraneis. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Puisque l'Or est donc engendré, nourri, parfait, & accompli |
| | de la Nature, du vif argent seul digéré de son souphre extérieur, |
| | & à la fin dépouillé d'icelui: La Pierre des Philosophes |
| | doit donc être engendrée, nourrie, parfaite & accomplie |
| | des mêmes que l'or, & non pas des choses étranges. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Cupiens naturam sequi per Artem Alchimiae, non impendet |
| | laborem in Argento vivo solo, scilicet vulgi, nec in suphure |
| | solo, scilicet vulgi, nec cum aliquibus aliis intermixtis, sed |
| | nec Naturae, imo nec in Argento vivo & sulphure conjunctim, |
| | quod forsan videtur mirabile: sed in co, in quo sunt à |
| | Natura conjuncta, quia Natura praeparavit arti sicut Ancillam. |
| | Conjungit autem Natura ipsa a principiis generationis, |
| | sicut in lacte butirum, caseum & seraceum, quae post digerit, |
| | & ab invicem separat, & sequestrat: similiter & ars. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Celui qui a désir de suivre la Nature par l'Art chimique, il |
| | n'emploiera pas son labeur à l'Argent vif seul, savoir à l'Argent |
| | vif vulgaire, ni au souphre seul, savoir le souphre |
| | com- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 75
| commun, ni avec aucune autres choses entre mêlées, mais | |
| ni à ceux de la Nature, ni même à l'Argent vif & souphre | |
| joints ensemble, ce qui semble peut être admirable: mais en | |
| celui dans le quel ils sont joints de la Nature, puisque la Nature | |
| les a préparés pour l'art comme une servante. Mais la Nature | |
| les joints dès les commencements de la génération, comme | |
| elle joint le beurre, le fromage & le petit lait dans le lait, les | |
| quels elle digère par après & les sépare d'ensemble, & les met | |
| en séquestre: de même fait l'Art. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Mon bien aimé François, vous nous faites presque les matines |
|
| trop longues, en récitant tant d'Auteurs qui ont écrit de la | |
| Matière de la Pierre des Philosophes. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Mon très cher, il est nécessaire que je le fasse, à cause que la plus |
|
| part des gens, des savants aussi bien que les ignorants, n'ont | |
| pas seulement de la peine de croire qu'elle soit dans la Nature, | |
| mais nient même absolument son être, & puisque nous n'avons | |
| pas d'autre intention que de produire des choses conformes à | |
| la vérité & à l'expérience, c'est donc le fait des gens de bien | |
| & d'honneur, de ne se point tâcher de menteries mais de vérifier | |
| leur paroles par l'autorité des auteurs sains & savants, | |
| & qui sont estimé tels de tous ceux qui ont de la vertu & de la | |
| connaissance. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous avez raison, & vous en avez cité assez pour faire croire à |
|
| toutes personnes raisonnables, qu'il faut que la Matière de | |
| la Pierre soit procurée hors des métaux, dans les métaux, avec | |
| les métaux, & par les métaux, & particulièrement par l'Argent | |
| vif: & qu'il faut qu'il soit réduit à un Etre Unique, ap- | §. 4. |
| pelé d'Hésiode, d'Ovide & d'autres Chaos: vous savez aussi | Des noms étran-
|
| qu'elle est nommée de plusieurs noms: de quelques uns Fon- | ges des quels la
|
| tina & Aqua glacialis lucida: par d'autres Aqua viscosa: | Pierre des Phi-
|
| Menstruum Philosophicum: Aqua unctuosa: Aqua manus | losophes est
|
| non madefaciens: Superius & Inferius: Azoth & Grone | nommée.
|
| Leew: Aqua Pontica: Mercurii spiritus, Aqua Coelica: Miraculum | |
| miraculorum: Wit Leliensap: Lunae water ou Argentum | |
| vivum: Acetum acerrimum: Lac virginis: Sapo saV | |
| pien- | |
@
76
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | pientum: Unser Wurtzel: Spiritus vitae, & avec une infinité |
| | d'autres noms, mais que les Philosophes n'ont pourtant en§. |
| 3. | tendu par là qu'Une & même matière, & qu'un & même
|
| Confirmation | maniement; tellement que l'Art de l'Alchimie n'est pas seulement
|
| des Auteurs | une au regard de la Matière, mais en toute façon; en
|
| Que la Pier- | sorte que toutes les choses, qui sont requises en cet art,
|
| re des Phi- | se réduisent toujours à Une chose, comme à son genre général,
|
| losophes est | le quel ne r'accepte aucune diversité: Et une marque
|
| faite d'une | certaine de cette Unité & celle ici, est, que tous les savants
|
| seule matiè- | en cet art s'entre entendent toujours, encore qu'ils s'entre
|
| re, d'une | parlent d'une manière fort étrange, tout de même comme
|
| seule maniè- | s'ils parlaient d'une même langue, & d'un même langage qui
|
| re & dispo- | n'est connu qu'à eux seuls, ce qu'il ne pourrait être si l'art
|
| sition. | était divers & diversifié en plusieurs, aussi bien touchant
|
| | la Matière qu'au regard de la manière de l'opération |
| | & du maniement: c'est pourquoi que dit. |
| |
|
| | L I L I U M. |
| |
|
| | Unâ viâ, unâ re, unâ dispositione, unô actu totum magisterium |
| | terminatur. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Tout le magistère se termine, par un chemin, par une chose, |
| | par une disposition, par une action, ou par une façon d'agir. |
| |
|
| | A L P H I D I U S. |
| |
|
| | Non indiges nisi unâ re, scilicet Aquâ, & unâ actione, quae est |
| | coquere, & non est nisi unum vas ad Album & Rubeum sisimul |
| | faciendum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Vous n'avez besoin qu'une chose, à savoir l'Eau, & d'une façon |
| | d'agir, qui est de cuire, & il n'y a qu'un vase, pour |
| | faire le Blanc & le Rouge tout ensemble. |
| |
|
| | M O R I E N U S. |
| |
|
| | Licet sapientes sua nomina & dicta mutarent, tamen semper in |
| | telligere voluerunt unam rem, & dispositionem unam, & |
| | viam unam, & qui alium Lapidem ad hoc Magisterium quaefierit, |
| | assimilabitur viro per scalas absque gradibus ascendere |
| | nitenti. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Encore que les Sages changeraient leurs noms & dictons, ils ont |
| | pour- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 77
| pourtant toujours voulu entendre Une même chose, & Une | |
| disposition, & Un chemin; & celui qui aura cherché une autre | |
| Pierre pour ce Magistère, il sera comparé à un homme | |
| qui tâche de monter un escalier sans degrés. | |
| |
|
| Y E S M U D R U S. | |
| |
|
| Omnia nomina sunt vera, sicta tamen sunt eo quod Unum sunt, |
|
| & opinio Una & Unum iter. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Tous les noms sont vrais, ils sont pourtant contrefaits à cause |
|
| qu'ils sont Une chose, & Une opinion & Un chemin. | |
| |
|
| H E R C U L E S R E X S A P I E N S. |
|
| |
|
| Hoc autem magisterium ex Una sola prima radice procedit, & |
|
| postmodum in plures res expanditur, & iterum in Unum revertitur. | |
| | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Ce Magistère procède d'Une seule première racine, & s'étend |
|
| par après en plusieurs choses, & retourne derechef en Un. | |
| |
|
| M O R I EN U S. | |
| |
|
| Res sive Materia ista est tantum Una, tam ad Tincturam Albam |
|
| quam ad Rubram, & dispositio una, & via una, & vas | |
| unum, & terminus & finis unus, & modus operandi unus, | |
| omnia unum, sed pluribus modis & infinitis quasi tradita. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Cette chose ou cette Matière, aussi bien pour la Teinture |
|
| Blanche que pour la Rouge, n'est qu'une, & une disposition, | |
| & un chemin, & un vase, & un terme & une fin, & une manière | |
| d'opérer, & toutes choses sont une mais qui est apprise | |
| de plusieurs & quasi d'une infinité de manières. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| In una dispositione mutantur omnes colores, sod quanto ignis |
|
| magis ejus colores innovat, tanto plura nomina sibi imponunt. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Toutes les couleurs se changent en une disposition, mais tant |
|
| plus que le feu change ses couleurs, tant plus de noms lui | |
| donnent ils. | |
| C'est assez discouru, à ce qu'il me semble, de la Matière de la |
|
| quelle la Pierre des Sages doit être faite. | |
| V 2 FRAN- | |
@
78
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Très abondamment: & s'il y a quelqu'un qui pourrait souhaiter |
| | d'en savoir davantage, il pourra prendre la peine de regarder |
| | les auteurs que je viens d'alléger, il y trouvera une |
| | satisfaction entière: mais il semble qu'une chose doit être |
| | avertie ici, à savoir: que nous n'entendons pas simplement |
| | ici par la Première Matière la semence astrale, ou la semence |
| | spirituelle & incorporelle des métaux, mais le sperme corporel |
| | d'iceux, dedans le quel la semence spirituelle est attirée |
| | par la vertu aimantine, & dans le quel il est devenu, par |
| | le Nitre spirituel de l'air, à une huile grisâtre & épaisse, la |
| | quelle paraît de jour à la chaleur du soleil comme une huile d'olive, |
| | & la nuit comme une eau congelée luisante de tous cotés |
| | comme un argent poli, & qui pour cette raison est appelée, |
| | avec justice, Aqua glacialis lucida, qui est à dire: |
| | de l'Eau glacée luisante. |
| |
|
| | F R E D E R I C. |
| |
|
| | Vous faites bien de donner ici cette advertance, car nôtre discours |
| | ne tend pas ici à cette Première Matière, de la quelle |
| | le grand Dieu à fait l'effusion de son sein au Soleil du Ciel au |
| | commencement lors qu'il a créé la Lumière, de la quelle tous |
| | les mixtes, par le moyen de l'Air & de l'Eau, reçoivent leur |
| | naturel végétant & vivant dans la Terre; mais nous enten§. |
| 4. | dons ici une telle Matière, laquelle, quand elle naît, provient
|
| Que le Mens- | & paraît en forme & façon d'une Eau épaisse, de la
|
| true ou la | couleur d'un Calcédoine ou d'une nuée chargée de pluie la
|
| matière de | quelle contient
|
| la Pierre | Premièrement: La Première Matière des métaux, ou leur
|
| des Philo- | semence astrale.
|
| sophes com- | Secondement: Les Deux qualités Contraires: L'Humide &
|
| prend en | le Sec.
|
| soi le nom- | Tiercement: Les Trois Principes: le Souphre, le Mercure
|
| bre parfait | & le Sel.
|
| de dix. | Et en quatrième lieu: les Quatre Eléments: le Feu, l'Air
|
| | l'Eau & la Terre, selon le poids de la Nature, & le nombre |
| | parfait de dix; & tout cela dans Une Eau métallique faite |
| | par la Nature. |
| | CHAPI- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 79
| C H A P I T R E VI. | |
| |
|
| Interprétation les noms étranges que les Anciens Sages ont donné à la Pierre |
|
| des Philosophes. Expérience de l'auteur touchant le Lion vert. La | |
| raison pourquoi tant de sortes de noms sont donné à la Pierre des Philosophes. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| C 'est ainsi comme vous dites: mais devant | |
| que nous finissons ce chapitre nous tâcherons de | |
| parler encore un peu plus clairement de cette Première | |
| matière, de nous divertir encore un peu dans l'Unité, & | §. 1. |
| de faire une interprétation, autant succincte que faire se peut | Interprétation
|
| des noms que les auteurs, que vous vous êtes donné la peine | des noms étranges
|
| d'alléger, qui ont possédé la Pierre des Philosophes, ont | que les Anciens
|
| donné à leur Première Matière, afin que vous puissiez ju- | Sages ont donné
|
| ger si j'en discoure avec bon fondement, & afin que tous ceux, | à la Pierre des
|
| qui sont des amateurs de cette science, se puissent garder de | Philosophes.
|
| tous les imposteurs & trompeurs, & qu'il puissent croire constamment | |
| avec nous, qu'il n'y peut pas avoir d'autre Matière | |
| dans la Monde, de la quelle l'Or & la Pierre des Philosophes | |
| peuvent être préparés, que celle dont nous discourons | |
| présentement. | |
| Cette Matière est appelée Chaos de Hésiode, d'Ovide & d'autres |
|
| qui les suivent, & ce avec des raisons bien profondes: | |
| car comme on entend par le Chaos une matière crue, confuse | |
| & liée en une seule matière, de la quelle tous les mixtes | |
| ont eu leur être naturel. Mais est aussi cette matière au Règne | |
| minéral un Chaos, ou une matière crue, confuse & liée en | |
| une seule matière, de la quelle l'Or & la Pierre des Philosophes | |
| ont leur origine, les autres métaux devenant par accident | |
| du Plomb, de l'Etain, du Fer, du Cuivre & de l'Argent, | |
| & en cas qu'on pourrait dire qu'une matière palpable | |
| peut être sans couleur, on pourrait appeler cette matière | |
| ou Chaos des Philosophes telle, n'ayant quasi aucune couleur, | |
| contenant pourtant en elle caché toutes les couleurs capitales, | |
| comme la Noire, la Blanche, la jaune, la verte, | |
| la Bleue, la Rouge & la Pourpre, qui se découvrent successivement | |
| par une et même opération, et dans un et même vase, | |
| c'est pourquoi que les Anciens l'ont dit être de la couleur de | |
| la peau d'un Loup, ou d'un Lion. | |
| X Cette | |
@
80
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Cette matière est aussi appelée Chaos, à cause, qu'encore |
| | qu'elle soit faite naturellement hors des métaux, dans les métaux, |
| | avec les métaux & par les métaux, par les influences |
| | célestes, sans aucune addition des mains, du Feu, de l'Eau, |
| | ni de la Terre, il ne s'y peut voir ni on n'en peut retirer jamais |
| | aucun corps métallique. |
| |
|
| | Elle est appelée de Bernard Comte Trévisan, Fontina: puisqu'elle |
| | est une vraie Fontaine de vie, & comme toutes les |
| | choses créées, & même les trois autres Eléments ne peuvent être |
| | ni subsister sans l'Eau: Ainsi de même est celle ici une |
| | Fontaine de vie pour les trois Royaumes, le végétal, Animal |
| | & minéral, puisqu'il se prépare dans icelle une Eau de |
| | vie, à savoir une Teinture Universelle pour tout ce qu'il |
| | végète & pour tout ce qui a vie. |
| |
|
| | Aqua Glacialis Lucida: à cause qu'elle paraît à la fraîcheur de |
| | la nuit comme une glace luisante, principalement en hiver, |
| | lors qu'elle paraît telle de jour aussi bien que de nuit. |
| |
|
| | Aqua Viscosa: à cause qu'elle paraît en toute façon comme une |
| | glu, & qu'elle s'attache aux métaux comme une glu |
| | s'attache au bois & aux autres matières qui sont en affinité |
| | avec elle. |
| |
|
| | Menstruum Philosophicum: à cause que, comme le sang menstruel |
| | donne la nourriture & l'entretien au foetus jusqu'à sa |
| | perfection entière: qu'ainsi ce menstrue rend aussi son enfant, |
| | du quel il est enceint, participant de son sang & de sa |
| | vertu végétante jusques à l'accomplissement de sa perfection. |
| |
|
| | Aqua unctuosa: à cause qu'elle n'a pas seulement quelques fois |
| | l'aspect extérieur d'un Onguent, mais comme un onguent est |
| | appliqué sur les plaies pour les soulager & pour les guérir; |
| | qu'ainsi de même cet onguent vient à guérir les métaux malades, |
| | ladres, imparfaits & blessés par le mercure souphreux |
| | imparfait, & les produit même jusqu'à la perfection de l'Or, |
| | à la quelle la Nature les a prédestinés. |
| |
|
| | Elle est appelée de S E N D I V O G I U S:
|
| |
|
| | Aqua Pontica & manus non madefaciens: à cause qu'elle ne |
| | peut pas être préparée sans le sel commun de la Mer, ni sans |
| | le vi- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 81
| le vitriol, les quels sont cachés dans la Mer, nonobstant | |
| qu'il faille qu'ils soient lavés & clarifiés de toutes leurs impuretés | |
| par l'ascension et par la descension. Elle ne mouille pas | |
| les mains devant son imprégnation astrale: elle ne mouille pas | |
| les mains lors qu'elle paraît, par l'opération de la Nature seule, | |
| (sans application aucune de l'Art ou de la main) comme | |
| une gomme de sandarac, de genièvre, de prune ou de cerise attachée | |
| au côté du verre, comme je le garde encore par curiosité | |
| chez moi. Elle ne mouille pas les mains, lors que l'Elément | |
| de l'Eau en est séparé pour la plus grande Partie, suaviter | |
| & magno cum ingenio (comme dit Hermès) c'est à dire: | |
| doucement & avec grand esprit; & que la matière est devenue | |
| pondéreuse & pesante comme du vif argent. | |
| |
|
| H E R M E S T R I S M E G I S T E S l'appelle |
|
| |
|
| Superius & inferius: à cause que les semences astrales d'en haut |
|
| sont conçues du sperme métallique d'en bas, & qu'ils sont | |
| devenus ensembles une matière métallique fertile, dont le père | |
| est le Soleil, & la mère la Lune, (selon le dit Hermès) ce | |
| que j'entends, de cette façon: dont le père est le Soleil ou le | |
| Feu astral, & la Mère, les trois Eléments d'en bas, l'Air, | |
| l'Eau, & la Terre, qui sont au commencement cachés & invisibles | |
| dans le ventre de l'Eau. | |
| |
|
| P A R A C E L S E lui donne le nom d'Azoth & de Lion vert. | |
| Azoth est à dire une matière purifiante; & qu'est ce qu'il y | |
| a qui purifie davantage les métaux que nôtre Matière? vu | |
| qu'elle les fait retourner dans le ventre de leur mère, & qu'elle | |
| les aide, premièrement par la Putréfaction, de passer | |
| par la couleur Noire, & puis après par des degrés, par la couleur | |
| Blanche, & par la Rouge, jusqu'à la perfection de la | |
| teinture, & ce par des Solutions & des Coagulations itératives. | |
| | |
| |
|
| Touchant le Lion vert: je n'en puis pas juger autrement, si non | §. 2. |
| qu'il faut que Paracelse ait préparé cette teinture par l'addi- | Expérience de
|
| tion de Vénus, puisque la couleur Verte se montre fort peu, | l'auteur tou-
|
| lors qu'on procède avec le menstrue tout seul, & seulement | chant le Lion
|
| parmi les couleurs de l'arc au ciel, & ce qui en confirme mon | Vert.
|
| opinion, est une expérience que j'en ai pris; & vous, mon | |
| très cher, qu'est ce qu'il vous en semble? | |
| X 2 VRE- | |
@
82
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Sans vous interrompre à vos interprétations, je vous raconterai |
| | en peu de paroles ce qui m'en est arrivé touchant ce sujet; |
| | j'avais en dessein de préparer la Médecine de deux façons différentes: |
| | L'une par le Menstrue seul, & l'autre par l'addition |
| | de quelques métaux & principalement par l'addition de |
| | Vénus, de laquelle j'avais bien ajouté une once tout entière |
| | au menstrue: Le premier est passé par les degrés différents |
| | des couleurs capitales, savoir par la couleur Noire, par |
| | la Blanche jusqu'à la rouge, mais touchant l'autre il a toujours |
| | paru quelque verdure auprès de la couleur Noire aussi |
| | bien qu'auprès de la Blanche & la Rouge, & elle s'y montre |
| | encore telle, nonobstant que toute la matière paroisse d'une |
| | couleur Rouge enfoncé, lors qu'elle est réduite à l'Elément |
| | de la Terre, & cette couleur verte paraît plus particulièrement |
| | lors que l'on fait descendre la rosée du ciel sur icelle, |
| | mais, des lors que l'Elément de Feu recommence à prédominer, |
| | toute la matière redevient aussi tôt d'une couleur rouge |
| | enfoncé comme est celle du sang de boeuf; j'ai contribué tout |
| | ce que j'ai pu pour tâcher de séparer la couleur verte de la |
| | matière, pour voir ainsi s'il ne serait pas possible d'en séparer |
| | quelque autre chose de matériel que la dite poudre rouge, |
| | la quelle se laissait toujours rejoindre à nôtre feu humide d'une |
| | couleur rouge, mais qui ne se laissait pas fondre d'une |
| | couleur verte dans l'Elément de l'Eau, mais il m'a été jusqu'à |
| | présent impossible d'en produire autre chose que je viens |
| | de dire; ce qui me semble être une marque infaillible, que la |
| | Vénus, aussi bien que les autres métaux, sont parvenus jusqu'à |
| | une matière d'une seule couleur, la quelle les Philosophes |
| | appellent Aurum & Argentum nostrum, c'est à dire: |
| | nôtre Or & nôtre Argent & de laquelle il ne se peut retirer |
| | aucun corps métallique. |
| |
|
| | Cette opération m'a encore découvert une chose assez digne de |
| | remarque; qui est, que lors que j'avais réduit toute ma verdure |
| | jusqu'à environ la quantité d'une petit cuillère, & que j'avais |
| | mis la matière corporelle ou terrestre auprès de la matière |
| | rouge, que cette liqueur verte est tellement concentrée, |
| | qu'elle est bien capable de teindre cinq à six pots d'eau |
| | de pluie ou de fontaine, si on la versait dedans. |
| | FRAN- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 83
F R A N C O I S.
| Vous avez fort sagement institué cette expérience, quand même |
|
| il ne servirait que pour donner de l'assurance à ceux qui ne | |
| peuvent pas croire que les métaux peuvent être réduits à leur | |
| première matière: & pour vous confesser naïvement la vérité, | |
| j'ai été aussi bien incrédule que tous les autres ignorants, | |
| jusqu'à tant que j'ai expérimenté, qu'il reste bien une couleur | |
| verte fort long temps, mais que je n'en ai jamais pu retirer | |
| un corps qu'il s'est laissé redissoudre d'une couleur | |
| verte. | |
| |
|
| Il me semble aussi, qu'il parait par cette opération véritable, ce |
|
| que SENDIVOGIUS vient à dire de la destruction des métaux: | |
| | |
| Qui ita scit destruere metalla ut per amplius non sunt metalla, ille |
|
| ad maximum per; enit arcanum. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Celui qui sais détruire ainsi les métaux qu'ils ne soient plus des |
|
| métaux, il est parvenu au plus haut des secrets. | |
| |
|
| Et P A R A C E L S E: | |
| |
|
| Facilius est metalla construere quam destruere. |
|
| |
|
| C'est à dire: | |
| Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire. |
|
| |
|
| Si vous désirez de savoir davantage de l'Azoth & du Lion vert, |
|
| & de la destruction des métaux les susdits auteurs & quantité | |
| d'autres vous en donneront une satisfaction entière. | |
| |
|
| B A S I L E V A L E N T I N: Appelle nôtre matière. |
|
| |
|
| Mercurii Spiritus: à cause qu'il n'y a rien à faire dans nôtre oeuvre |
|
| sans l'Esprit du Mercure ou du vif argent, puisque c'est lui | |
| qui tue & qui revivifie, & que c'est icelui qui parfait l'ouvrage | |
| tout entier depuis le commencement jusqu'à la fin, & que | |
| sans lui nôtre art est vain. (Entendez l'esprit du vif argent des | |
| Philosophes & non pas l'esprit du Mercure vulgaire.) | |
| |
|
| R A Y M U N D U S L U L L I U S l'appelle: |
|
| |
|
| Aqua Coelica: & ce avec des raisons fort fondamentales; par |
|
| ce que l'impression, qui est faite dans cette Eau, pour produire | |
| un fruit céleste, est descendue du Ciel, sans la quelle | |
| ce fruit céleste ne pourrait jamais être produit. | |
| Y NOR- | |
@
84
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | A N G L U S appelle cette matière Miraculum
|
| | miraculorum: vu qu'il ne se peut faire par aucune chose du |
| | monde des plus grandes merveilles que par celle ci: car il ne |
| | se peut pas quasi faire de plus grande merveille, que lors qu'une |
| | chose spirituelle, impalpable, incompréhensible & invisible |
| | vient descendre du Ciel, & loger dans un corps qui est composé |
| | des quatre Eléments & qui parvient, par la Sage conduite |
| | d'un Artiste, jusqu'à un être qui est capable de perfectionner |
| | non seulement les métaux imparfaits, mais de les transformer |
| | même jusqu'à un être céleste. |
| |
|
| | Le P E T I T P A Y S A N l'appelle |
| |
|
| | Le Suc des Lys Blanches: sans doute à cause que cette matière |
| | est tirée des sels minéraux & métalliques qui sont blancs |
| | comme des Lys. |
| |
|
| | De la T O U R B E des S A G E S elle est nommée |
| |
|
| | Aqua Luna; qui est à dire: de L'Eau de la Lune, ou bien |
| |
|
| | Argentum vivum: à cause que la Lune est prise pour la mère de |
| | l'humidité, & que cette matière est un Argent vif, le quel |
| | rend les métaux, qui sont morts, participants de la vie. |
| |
|
| | D'autres l'appellent |
| |
|
| | Acetum acerrimum, Lac Virginis, Sapo Sapientum: qui est à |
| | dire: Le vin aigre très aigre; Le lait de la vierge; Le Savon |
| | des Sages, & lui donnent une infinité d'autres noms, les quels |
| | sont très faciles à entendre pour ceux qui entendent l'art, mais |
| | les ignorants qui s'arrêtent aux lettres & aux paroles n'y |
| | voient goutte; |
| | C'est pourquoi que L I L I U M dit: |
| | Nostri Lapidis tot sunt nomina quot res, vel rerum notabilia. |
| | C'est à dire: |
| | Nôtre Pierre a tant de noms qu'il y a des choses, ou des choses |
| | notables. |
| |
|
| §. 3. | R O S I N U S.
|
| La raison |
|
| pour quoi | Philosophi millibus millium legionum nominum ipsum nuncuparunt,
|
| tant de sorte | unde homines in eo errare secerunt.
|
| de noms sont | C'est à dire:
|
| donnés à la | Les Philosophes ont nommé la Pierre des Philosophes de beaucoup
|
| Pierre des | de millions de légions de noms, dont ils ont fait égarer
|
| Philosophes. | les hommes à la chercher.
|
| | Ceci |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 85
| Ceci soit assez dit de la matière de la Pierre des Philosophes, des |
|
| noms d'icelle, & aussi de l'Unité, & ce pour les entendus | |
| dans cet art: touchant les ignorants, il en est déjà dit trop | |
| pour eux, puisqu'ils ne peuvent ou ne veulent comprendre | |
| ce qui en est dit, vu qu'ils haïssent plus tôt les arts & les | |
| sciences qu'ils ne les aiment selon le proverbe: | |
| Ars non habet osorem nisi ignorantem. | |
| C'est à dire: | |
| Il n'y a que les ignorants qui haïssent les arts. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il en est véritablement ainsi: & j'ai de la peine de m'abstenir à |
|
| vous en réciter une rencontre ou deux que j'ai eu entre autres | |
| touchant ce propos. | |
| |
|
| Lors que j'étais en France j'avais l'honneur d'accompagner |
|
| plusieurs personnes de condition pour aider à faire un accord | |
| très curieux de violes chez une matrone bien noble qui touchait | |
| la Basse continue, où il se trouvait entre autres une | |
| grande Dame, à la quelle étant demandé son jugement de | |
| cette belle harmonie, qui était fort approuvée de tous les circonstants, | |
| elle vient à répondre qu'elle aimait mieux d'entendre | |
| une vielle avec une musette aux assemblées des villageois que | |
| d'écouter une musique avec tant de patience. | |
| |
|
| Un autre osa soutenir qu'il n'y avait pas de plus belle musique |
|
| au monde à son goût que le son d'un tambour. | |
| Hélas! il y en a tant de cette sorte de gens dans le monde, qu'il |
|
| ne vaut pas la peine de nous amuser à en citer davantage d'exemples. | |
| | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous avez raison, il vaut mieux que nous poursuivions nôtre |
|
| discours en considérant le Nombre de Deux le quel les Anciens | |
| ont appelé. | |
| |
|
| Primum Unitatis germen & prima procreatio. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le premier germe ou surgeon de l'Unité, & la première procréation. |
|
| | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Fort bien: nous finirons donc ce PREMIER LIVRE & le |
|
| PREMIER DEGRE de L'ESCALIER DES SAGES: | |
| Y & in- | |
@
86
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | & invoquerons l'Unité Eternelle du plus intérieur de nos âmes |
| | avec Dix soupirs appropriés à l'Unité Divine, en disant: |
| | ô Unique Dieu! |
| | ô Unité Simple! |
| | ô Eternité unique! |
| | ô Sapience unique! |
| | ô Principe unique de tous les êtres! |
| | ô Unique Lumière incréée! |
| | ô Toute Puissance Unique! |
| | ô Unique Bonté infinie! |
| | ô Unique Créateur du Monde! |
| | ô Père Unique de tous les êtres créés! |
| | Par vôtre Divinité Unique faites nous connaître nôtre humanité! |
| | Par vôtre Unité simple, nôtre multitude! |
| | Par vôtre Eternité Unique, nôtre temporalité & nôtre corruptibilité. |
| | Par vôtre Sapience Unique, nôtre ignorance & nôtre stupidité. |
| | Par vôtre Principe Unique de toutes choses, nôtre nullité & la |
| | néantise de toutes les choses créées. |
| | Par vôtre unique Lumière incréée, les ténèbres & les obscurités |
| | de toutes choses. |
| | Par vôtre unique Toute puissance nôtre débilité & fragilité. |
| | Par vôtre Bonté infinie & unique, nôtre perversité & nôtre malignité. |
| | Faites nous comprendre que vous êtes l'Unique créateur du |
| | Grand Univers & que nous sommes vos créatures viles & abjectes. |
| | Et que vous êtes le Père unique de toutes les choses créées, & |
| | que nous sommes vos enfants pauvres & misérables que vous |
| | avez créés & fait pour faire vôtre volonté divine, pour apprendre |
| | à vous connaître par la connaissance de vos créatures, |
| | pour vous adorer, pour vous louer, pour vous honorer, |
| | pour vous remercier, & pour vous servir, ici bas |
| | temporellement tant qu'il plaira à vôtre bonté paternelle de |
| | laisser nos âmes alliées à nos esprits & à nos corps, & puis après |
| | éternellement, quand ce sera vôtre volonté divine de les délier |
| | d'ensemble, & puis de les réunir, & finalement de les |
| | enlever en vôtre gloire éternelle: |
| | Veuillez nous Seigneur rendre pour cette fin capables, afin que |
| | nous puissions jouir éternellement de vôtre aspect Divin! Ainsi |
| | soit il. |
| | LIURE |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 87
| L I U R E S E C O N D | |
| D E | |
| L'E S C A L I E R | |
| DES S A G E S. | |
| TRAITANT | |
| DU NOMBRE DE DEUX, | |
| DES DEUX QUALITES CONTRAIRES | |
| E N G E N E R A L | |
| ET DES QUALITES CONTRAIRES | |
| DANS LA MATIERE | |
| DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES. | |
| LE SECOND ET TROISIEME | |
| D E G R E'. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| De la séparation de la Lumière d'avec les Ténèbres. Que le Soleil est l'agent |
|
| & les Ténèbres le patient général. Comment que la Première | |
| Matière a prise son Origine de la Lumière. Que la génération se fait | |
| d'une manière amiable, & non pas par des voies contraires. Que | |
| la Première Matière de la Pierre est engendrée fort doucement. | |
| Qu'il faut que toutes les opérations chimiques se fassent sans violence. | |
| Plusieurs démonstrations de cela. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
OUS savez, Mon très cher, |
|
| qu'au commencement de la Création la Lumière |
|
| est séparée des Ténèbres par le Saint | §. 1. |
| Esprit de Dieu; Que ce grand Dieu à concentré | De la séparation
|
| toute la lumière, qui était invisiblement | de la Lumière
|
| étendue dans le Chaos, à un seul être, | d'avec les
|
| qui est le Centre de ce grand tout, à savoir | Ténèbres.
|
| le Soleil, & qu'il a depuis chassé les Ténèbres comme ses enneZ |
|
| mis | |
@
88
E S C A L I E R Des S A G E S.
| §. 2. | mis à l'entour de lui à la circonférence, & que la Lumière
|
| Que le soleil | concentrée (savoir le Soleil) est devenu, dès ce temps là,l'Agent,
|
| est l'agent | & les Ténèbres le Patient général. Que la Lumière a
|
| & les Ténèbres | reçue & conçue la Forme & les Ténèbres la Matière universelle.
|
| le patient | La Lumière les qualités de la chaleur & de la sécheresse,
|
| général. | & les Ténèbres celles de l'humidité & de la froidure. L'une
|
| | l'office du Mâle & l'autre celui de la femelle. |
| |
|
| | C'est de la Lumière, que la Première Matière & les Eléments, |
| §. 3. | qui en sont sortis, ont leurs première forme, & qu'ils ont
|
| Comment que | fait un amour & une amitié fort étroite par ensemble par
|
| la Première | cette Nature générale de la lumière, comme par une alliance;
|
| matière a | & qu'ils se sont unis si fermement ensemble, qu'ils croissent
|
| prise son o- | & végètent en toutes sortes de corps composés, & ce selon
|
| rigine de la | & à proportion du naturel & de la propriété d'un chacun: car
|
| Lumière. | chaque créature en particulier a caché en soi une étincelle de
|
| | la Lumière universelle, dont les rayons communiquent invisiblement |
| | une vertu mouvante à leur semence quand ils sont |
| | animé à cela par les rayons de la grande lumière: de sorte |
| | qu'il est à croire, que la génération ne se fait pas par aucune |
| | contrariété, mais par un amitié & par une sympathie naturel§. |
| 4. | le, vu que la Nature est par tout paisible & débonnaire dans
|
| Que la généra- | ses opérations, & même dans les actions de la génération
|
| tion se fait | comme chatouillante, & lors que les Eléments des créatures
|
| d'une maniè | viennent ensemble qu'alors elles se dissolvent quasi entièrement
|
| re aimable | en des voluptés, afin qu'elles puissent croître ensemble
|
| & non par des | par les embrassements étroits, & que de plusieurs elles deviennent
|
| vraies con- | à une: & quand il se découvre aucune contrariété,
|
| traires. | que cela arrive par une trop grande extension des qualités,
|
| | quand elles viennent s'assembler ensemble en un sujet. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Je trouve que vos spéculations sont fort bien fondées, car il est |
| | certain, que la génération se fait par tout par un amour naturel, |
| | & par une vertu aimantine, & qui est attirante, & |
| | non pas par la moindre haine ou par la moindre contrariété |
| | du monde, ce que je vous démontrerai très palpablement |
| | par nôtre oeuvre de Philosophie, car lors que je viens offrir |
| | mes trois Principes bien alliés ensemble, à Jupiter, qui est |
| | fort étroitement uni avec son fils Mercure, & ce amiable- |
| | ment |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 89
| ment, dignement, & ingénieusement sur l'autel de Vulcain, | |
| il arrive que Jupiter & son fils Mercure deviennent tellement | |
| épris d'amour sur l'offrande, & puis l'offrande redevient si | |
| charmée de ces Dieux, que les uns & les autres étant devenus | |
| d'accord par ensemble attirent les rayons très fertiles du | |
| soleil & de la lune, d'une telle altération, & d'une telle avidité | |
| à eux qu'en étant imprégnés & rassasiés entièrement, | |
| ils deviennent capables de produire des fruits Solaires & Lu- | §. 5. |
| naires comme leurs père & mère; & c'est ainsi que nôtre pre- | Que la Première
|
| mière Matière n'est seulement engendrée amiablement, mais | matière de la
|
| aussi attirée par une manière aimantine, & imprégnée des | Pierre est en-
|
| rayons du soleil, qui sont spirituellement sèches & chaudes, | gendrée fort
|
| & de la Lune, qui sont humides & froides. | doucement.
|
| |
|
| Toutes nos autres opérations chimiques se font aussi de mê- | §. 6. |
| me: car la solution de tous les corps se fait fort doucement | Qu'il faut que
|
| dans nôtre oeuvre, & avec grand esprit, sans aucun bruit, | toutes les opé-
|
| ni par violence aucune, aussi bien celle des métaux que de | rations chimi-
|
| tous autres corps selon le dire de Trismégiste: Suaviter & | ques se fassent
|
| magno cum ingenio, sine strepitu. | sans violence.
|
| |
|
| La Coagulation, la Fermentation, la Sublimation, la Calcination, |
|
| la Conjonction, la Séparation, la Putréfaction & | |
| toutes les autres opérations se font de même, fort doucement | |
| par une inclination naturelle & aimantine des particules | |
| pour l'un l'autre, & non pas par force, vu que de tout ce | |
| qui se fait par force, on ne peut jamais assurer qu'aucune | |
| multiplication en est à espérer, & les particules ne peuvent | |
| être dites contraires les unes aux autres, qu'à cause de leurs | |
| opérations violentes, les quelles se découvrent lors que les | |
| qualites différentes deviennent à être concentrées & conjointes | |
| ensemble comme par Exemple: | |
| |
|
| Un esprit de vin qui est bien subtil ne se laisse aucunement unir | §. 7. |
| à la liqueur des cailloux, ou à l'huile de sel de tartre, ni a- | Exemple à
|
| vec aucun alcali concentré, nonobstant que l'esprit de vin | l'esprit de
|
| susdit aussi bien que l'huile de sel de tartre soient provenus tous | vin & sel de
|
| deux d'une seule liqueur, qui est le vin; encore que cette | Tartre.
|
| union se refasse fort facilement par l'addition d'une eau tirant | |
| sur aigre, soit par le vin, soit par le vin aigre, ce qui | |
| est un moyen de réunir les deux extrémités, & les raisons | |
| Z 2 pour- | |
@
90
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | pourquoi cela se fait ainsi, sont les suivantes, à savoir, que |
| | le sel alcali & l'esprit de vin viennent à s'étendre bien loin |
| | tous deux dans le corps de l'eau ou du phlegme, & ainsi se |
| | peut rejoindre cet esprit subtil à ce corps grossier, particulièrement |
| | quand on a rajouté sa proportion de vin aigre à |
| | l'eau, le quel soit capable d'altérer le sel de tartre d'autant |
| | que la composition redevienne comme le tartre a été dans le |
| | vin devant la séparation de son esprit, de son plegme & de |
| | son sel, & que les extrémités se puissent ré-embrasser & réunir |
| | ensemble comme la nature avait joint les principes du vin durant |
| | sa croissance, & pendant sa fermentation. |
| |
|
| §. 8. | Les huiles vous serviront d'un autre exemple, car les huiles des |
| Exemple aux | végétaux se laissent fort difficilement joindre aux acidités
|
| huiles des | concentrées, les quelles s'étendront plus tôt comme un éclair
|
| végétaux. | dans l'air, qu'elles s'uniront radicalement avec les acides concentrés,
|
| | mais lors qu'on dissout ces dites huiles par des lessives |
| | des sels alcali, & qu'on étend les acides concentrés dans |
| | de l'eau de pluie & qu'on les verse alors ensemble, il s'entre |
| | acceptent fort volontiers, & il en redevient une liqueur à |
| | peu près telle qu'était celle dans la quelle les huiles étaient |
| | étendues dedans les végétaux devant la séparation d'iceux: ce |
| | qui ne peut être fait autrement, puisque les huiles susdites |
| | étant un Souphre très subtil des végétaux, quand elles sont |
| | jointes aux esprits très subtils, & concentrés des sels, qui sont |
| | deux grandissimes extrémités, il se fait un combat si grand |
| | qu'il ne céderait guère aux effets de la poudre à canon. |
| |
|
| | C'est ainsi, mon très cher, que vous pouvez voir, que tout |
| | ce qui doit devenir de durée & parfait, qu'il faut que cela |
| | se fasse entre des limites de l'amour, & de la sympathie, & nullement |
| | par des voies violentes, ni par des tels moyens qui |
| | soient contraires les uns aux autres, & que lors qu'on parle |
| | des qualités contraires, qu'elles ne peuvent pas véritablement |
| | être contraires, que lors qu'elles sont rendues fort subtiles, |
| | exaltées ou concentrées, & qu'il ne se trouvent des qualités |
| | tellement contraires, qu'elles ne puissent être unies par des |
| | moyens propres à cela. |
| §. 9. | |
| Exemple au | Prenez un autre exemple au Salpêtre. Le Salpêtre est un sel qui
|
| salpêtre. | est d'une composition fort tempérée, mais lors qu'on le divise
|
| | selon |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 91
| selon l'art, & qu'on en sépare l'esprit & son sel fixe, on trouvera | |
| qu'ils se font extrêmement contraires, & que l'esprit du | |
| Salpêtre étant subitement joint au sel fixe qu'il se fera un | |
| combat si grand de ces deux qu'ils pousseront tout arrière: | |
| d'eux d'une très grande violence: Mais si on les étend doucement | |
| dans de l'eau, & qu'on les reverse ensemble jusques | |
| à tant qu'il ne se fasse plus aucune ébullition, après avoir évaporé | |
| l'humidité jusques à une pellicule, il se re-coagulera | |
| à la froidure un salpêtre tout de même comme était celui, du | |
| quel était fait l'esprit & le sel fixe susdit. | |
| |
|
| L'Esprit d'urine & l'acidité vous donneront un autre exemple. | §. 10. |
| Si vous croyez de joindre un esprit d'urine souphré à une acidité | Exemple à
|
| concentrée, vous verrez un combat si furieux de ces deux & | l'esprit
|
| qui produira un effet si prodigieux, qu'il ne cédera en rien | d'urine.
|
| à l'éclair ni à la tonnerre, ni même aux tremblements de terre: | |
| Mais étant gouverné d'un artiste Sage ces deux grandissimes | |
| extrémités peuvent être réduites à une humidité & à un | |
| sel fort pénétrant & salutaire. | |
| |
|
| Considérez l'Or tonnant, dont peu de grains font autant de | §. 11. |
| bruit que plusieurs livres de la poudre à canon. | Exemple de
|
| | l'Or tonnant.
|
| L'Or tonnant se fait ainsi: |
|
| Dissolvez de l'Or, autant qu'il vous plaît, avec de l'Eau | |
| Royale, précipitez le par un esprit d'urine, dulcifiez bien | |
| le précipité avec de l'eau commune, séchez le avec prudence, | |
| afin qu'il ne vous arrive du malheur en le séchant, puisqu'il | |
| se fond, étant sec, comme la cire, & qu'en fondant | |
| ainsi, il fait en même temps son opération. | |
| |
|
| La raison pourquoi une si petite portion de cet Or tonnant |
|
| peut produire un si grand effet, c'est que l'or étant dissout | |
| dans l'eau royale, & puis précipité par l'esprit d'urine, prend | |
| avec soi, & concentre en son corps autant de l'esprit de nitre | |
| & autant de l'esprit d'urine qu'il a besoin pour pouvoir | |
| produire un si grand effort, car ayant corporifié ces deux | |
| esprits contraires en soi, il leurs laisse faire les grands effets, | |
| quand l'or tonnant est mis dans une cuillère, sur un petit | |
| charbon de feu, puisqu'il se fond fort facilement, & qu'alors | |
| les esprits contraires s'unissant, il faut que l'or les quitte, & | |
| A a qu'ils | |
@
92
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | qu'ils s'exposent à leurs combat spirituel corporifié, qui est |
| | infiniment plus grand que les esprits seuls, où les corps seuls |
| | ne peuvent produire. |
| |
|
| | Voyez, mon ami, de quelle façon il vous semble que les qualités |
| | contraires doivent être considérées selon nôtre expérience, |
| | & comment toutes choses prennent leur commencement, |
| | & comment elles ont leurs progrès & leur fin toujours |
| | par amour, par tempérance & par sympathie & jamais |
| | par force ni par violence. |
| |
|
| | Voyez combien sagement nôtre grand Dieu a ordonné toutes |
| | choses en ce grand tout, comment tout croît & fleurit où l'amour |
| | gouverne, & comment tout péri, anéanti, & se |
| | résout dans ses principes là où les qualités contraires accroissent |
| | & surmontent, comme je vous en pourrais réciter une infinité |
| | d'expériences, si je ne craignais de vous ennuyer trop |
| | par un si long discours, j'ai pourtant de la peine à m'empêcher |
| | de vous faire récit de quelques expériences, qui serviront |
| | bien à nôtre propos touchant le traitement que j'ai |
| | donné à mon Oeuf des Philosophes pour autant que le bon |
| | Dieu m'en a donné la connaissance. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | De l'Oeuf des Philosophes en comparaison des oeufs des animaux. De quelle |
| | façon on doit ménager sa langue & sa plume en traitant du haut |
| | secret des Anciens. Enigme Philosophique. Explication du susdit |
| | Enigme. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | V Otre discours ne m'ennuierait pas, quand |
| | il durerait bien plus long temps, à cause que les choses |
| | que vous récitez sont toutes les expériences qui vous |
| §. 1. | sont passées par les mains, & je vous assure qu'aucune histoire
|
| De l'Oeuf des | de tout le monde ne me pourra être plus agréable à entendre
|
| Philosophes | que celle que vous nous promettez de l'oeuf des Philosophes
|
| en comparai- | qui fait tant de bruit dans le monde, & de la quelle
|
| son des Oeufs | j'ai entendu & lu une grande quantité d'auteurs, & particulièrement
|
| des animaux. | (vu que nous traitons ici des qualités contraires
|
| | res & |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 93
| & de l'amour) quelle concordance elle puisse avoir avec | |
| le couvement des Oeufs des oiseaux. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Fort bien: Je vous serai naïvement participant de ce qu'il |
|
| m'est passé par les mains touchant cette affaire, de quelle façon | |
| l'amour y a opéré jusqu'à présent, & combien de malheurs me | |
| sont survenus, lors que les qualités contraires ont commencé | |
| à dominer sur ma négligence; mais devant que nous avançons | |
| jusqu'à là, vous me ferez plaisir de me raconter ce que savez | |
| du couvement des Oeufs des animaux, afin que nous | |
| puissions considérer de quelle façon l'une manière accorde | |
| avec l'autre. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Très volontiers: mais puisqu'il me souvient d'une histoire, sur |
|
| le propos des Qualités contraires in gradu intenso, la quelle | |
| est admirable, & rapportée de J. Struis dans son voyage des | |
| Indes Orientales, vous ne prendrez pas de mauvaise part, si | |
| vous plaît, que je la raconte auparavant que d'entamer la matière | |
| de la génération des Animaux. | |
| |
|
| Il dit que le 13ième de juillet de l'an de grâce 1671. il s'éleva |
|
| à Scamachi en Perse un Orage si terrible d'éclair & de tonnerre, | |
| que l'air était rempli de tous les côtés d'un feu bleuâtre, | |
| du quel il tombait quelques fois des masses bien grandes dégouttantes | |
| comme du souphre fondu. Je voyais entre autres | |
| (dit il) tomber en bas une masse de feu, la quelle descendant | |
| jusques à sur la terre, se creva d'une si grande violence, | |
| qu'il sembla que le ciel & la terre en tremblèrent. J'ai | |
| (dit il) quelques fois entendu décharger les canons des | |
| Turcs sur les châteaux près des Dardanelles étant chargés de | |
| boulets, les quels donnaient des très grands coups, à cause | |
| de leurs grandeurs dont ces canons sont réputés; mais ces | |
| coups n'étaient non plus à comparer à ce coup sus mentionné | |
| qu'un coup de clef, dont les enfants se servent en jouant, est | |
| à raison d'un coup de canon. J'en ai vu descendre (dit il) | |
| en dégoûtant jusques à six, de la grosseur d'une futaille, qui | |
| me causait une frayeur inexprimable. | |
| J'ai lu plusieurs histoires semblables à celle là, & qui arrivent |
|
| bien souvent dans l'Arabie stérile, les quelles rendraient nôA | |
| a 2 tre | |
@
94
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tre discours trop long pour les raconter ici: Je veux seulement |
| | dire par cette histoire qu'il semble qu'il en arrive de même généralement |
| | dans les Eléments comme il vous plaît de dire de |
| | vos Eléments particuliers. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Assurément; car ce ne sont que des esprits ou des vapeurs nitreuses, |
| | Souphreuses & subtiles, les quelles étant conçues |
| | d'une matière mince & visqueuse, & concentrées de la lumière |
| | du Soleil, deviennent à être fort subitement allumées |
| | dedans l'air intempéré de chaleur & d'humidité, & c'est ainsi |
| | qu'il s'en produit des effets si effroyables: Mais ceci en |
| | passant. |
| | Je vous supplie de poursuivre à ct'heure vôtre discours de la génération |
| | des Animaux qui se fait par le couvement des Oeufs, |
| | la quelle prend son commencement d'une manière douce, |
| | amiable, & agréable à la nature, afin que je puisse tâcher de |
| | rapporter une même façon de procéder qui se fait dans l'oeuvre |
| | des Philosophes, & que nous en puissions confirmer la |
| | vérité de ce qu'en disent les anciens Philosophes, autant qu'il |
| | nous est possible. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je suis prêt à vous obéir: Touchant la génération des Animaux, |
| | vous savez que les illustres Harvejus, Malpigius, Swammerdam, |
| | Kerckring, Parisanus, Fabricius & d'autres savants |
| | en ont écrit merveilleusement bien, & que les savants |
| | sont la plus part d'accord, que toutes sortes d'Animaux ne |
| | sont pas seulement conçus au commencement dans des oeufs, |
| | & qu'ils sont couvés en iceux jusques à leurs maturité parfaite, |
| | mais que même la semence féminine, depuis son commencement |
| | matériel, est formée en rondeur ou d'une figure |
| | ovale dedans leurs testicules, devant qu'elle soit projetée |
| | par l'action vénérienne; & qu'il se trouve aux testicules susdites |
| | des Oeufs de différentes grandeurs, des quels il y en a, |
| | qui sont prêts & propres à recevoir & concevoir la semence |
| | masculine, & d'autres qui ne pont pas encore propres à cette |
| | conception. Que les Oeufs les plus parfaits sont attirés de la |
| | matrice, durant l'action vénérienne, par les conduis à cette |
| | fin destinés du Grand Architecte de l'Univers & que ces |
| | oeufs |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 95
| oeufs étant là touchés de la semence masculine, en deviennent | |
| fertiles. | |
| |
|
| Pour ce qu'il me regarde, je puis dire que je suis bien d'accord |
|
| avec eux jusqu'à là, & pour en dire mon sentiment au de là: | |
| je ne puis m'empêcher de dire, qu'il me semble, (je parle | |
| ici de la génération des hommes) que la semence de l'homme | |
| étant jetée assez loin dedans la matrice de la femme, | |
| qu'elle y puisse ou toucher les Oeufs de la femme, ou bien | |
| que l'esprit de cette semence puisse pénétrer jusques à ces dits | |
| Oeufs: que ces Oeufs en deviennent imprégnés, & quasi entés | |
| pour provenir à la motion de la production du fruit humain; | |
| car cependant que la motion ou action vénérienne se fait du | |
| sexe Masculin & Féminin, il me semble que la matrice de la | |
| femme se doit ouvrir par le doux & agréable attouchement | |
| de l'homme, & que l'homme devient à projeter son sperme | |
| (vulgairement dit la semence) ému par le chatouillement de | |
| la femme, de sorte que tous deux étant d'un grandissime contentement | |
| d'accord, l'un pour donner sa semence & l'autre | |
| pour la recevoir, la conception se fait du genre humain, & | |
| que la matrice de la femme étant satisfaite qu'elle se ferme, | |
| & après avoir retenue le sperme viril son temps, pour donner | |
| son esprit aux oeufs de la femme, qu'elle requitte la corporalité | |
| du dit sperme, qui n'a servi que pour véhicule de son | |
| esprit, & que dès lors elle se referme si bien & si étroitement, | |
| qu'il est impossible de la rouvrir sans qu'il n'arrive un | |
| très grand dommage & un empêchement irréparable à la production | |
| parfaite de son fruit. | |
| |
|
| Ainsi se fait la conjonction de la semence virile avec celle de la |
|
| femme par amour & avec grand plaisir, & ainsi s'unissent les | |
| principes des Animaux, non pas par des moyens violents & | |
| rudes, mais par des voies douces & agréables. | |
| |
|
| C'est de la sorte que la Forme & la matière, l'Agent & le Patient, |
|
| le chaud & le Froid, le Sec & l'Humide s'unissent naturellement | |
| selon leurs juste poids & mesure. | |
| |
|
| C'est de cette manière que les étincelles des spermes masculines |
|
| & féminines qui sont conjointes ensemble dans leur matrice | |
| ou terre, parviennent végétantes & croissantes moyennant la | |
| B b cha- | |
@
96
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | chaleur vivifiante de la mère, qui la reçoit de la vive chaleur |
| | du soleil, la quelle le soleil emprunte continuellement & inépuisablement |
| | de la vertu divine, jusques à tant que les principes |
| | visibles en commencent à paraître. |
| |
|
| | La première chose visible de ce grand oeuvre de Dieu à la génération, |
| | est une eau fort transparente, claire, luisante & |
| | quasi sans aucune couleur, dans la quelle on ne peut voir |
| | aucune autre chose distinctement non plus que dedans de |
| | l'eau de pluie distillée il ne se voit que de l'eau, étant environnée |
| | d'une pellicule si tendre au commencement, qu'elle |
| | ne peut presque être touchée sans qu'elle se crève, & que son |
| | humidité n'en coule dehors. |
| |
|
| | La seconde chose visible est une petite macule d'une couleur grise |
| | ou blanchâtre, la quelle vient à s'étendre par la vertu plastique, |
| | qui est cachée dedans cette eau luisante, comme un |
| | esprit dedans son corps; & ce en quelques cercles ronds de la |
| | forme comme une prunelle de l'oeil d'un homme, un petit |
| | point blanchâtre demeurant au milieu pour le centre, le quel |
| | vient à s'évanouir en peu de temps? & un petit point noir se |
| | montre à sa place, le quel se change en une rougeur luisante, |
| | la quelle darde d'elle peu à peu quantité de petits rayons rouges |
| | à la circonférence, & la change aussi avec le temps en un |
| | cercle rouge, mais devant que ces rayons rouges peuvent être |
| | découverts de la vue commune, on découvre par les microscopes |
| | que ce point susdit rouge & luisant est mouvant, remuant |
| | & comme travaillant comme le coeur d'un animal. |
| |
|
| | Ce principe visible coloré, ou bien ce centre Animal est la seconde |
| | machine de l'esprit animal, la quelle est nageante, |
| | croissante & se nourrissant dedans cette première matière |
| | ou Eau limpide, & se multipliant dans icelle en qualité & en |
| | quantité, jusques à, que, son âme végétante ayant attirée |
| | l'âme animale à son temps, il ai reçu tant de nutriment de |
| | cette même eau limpide, (la quelle s'augmente toujours, la |
| | créature accroissante à proportion selon qu'elle en a besoin,) |
| | l'animal imparfait soit crû à une telle perfection, qu'il devienne |
| | à jouir de l'air libre, & d'être d'une telle vigueur |
| | qu'il puisse prendre & attirer à soi, digérer & consumer du |
| | lait de sa mère & d'autre nourriture convenable à sa nature, |
| | jus- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 97
| jusques au temps de sa grandeur parfaite, & d'une telle vigueur, | |
| puissance & capacité, qu'il puisse engendrer en suite d'autres | |
| ses semblables, & s'enrichir ainsi infiniment de postérité. | |
| |
|
| Voila, mon très cher, en peu de paroles avec combien de subtilité, |
|
| tendresse, & amabilité que la génération des animaux | |
| se fait, combien qu'elle est admirable, & qu'il ne s'y rencontre | |
| aucune contrariété. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| C'est assez parlé de la génération des animaux, ceux qui en voudront |
|
| savoir davantage ils n'ont qu'à prendre la peine d'en | |
| lire les auteurs susdits: pour moi, j'en ai aussi lu in Actis | |
| Philosophicis Societatis Regiae Anglicanae, in Bartholino, in | |
| Miscellaneis Medico Physicis Academiae Naturae curiosorum | |
| Germanorum, in Harvejo, Malpigio & autres, mais je n'ai | |
| nulle part pu voir assez clairement, comment que la génération | |
| de l'enfant des Philosophes est à comparer & quelle ressemblance | |
| qu'elle peut avoir à la génération, de celle des animaux. | |
| | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Il est vrai que ces Messieurs découvrent plusieurs choses qui |
|
| sont très belles, très relevées, très utiles, & qui ont été inconnues | |
| jusqu'à présent, & que tous les amateurs des arts, | |
| des sciences & de la vérité leurs en sont redevables, mais ils | |
| font fort peu mention du haut secret des anciens Sages, c'est | |
| aussi sans doute qu'ils ont leurs raisons pour cela, puisque | |
| les vrais Philosophes donnent des advertances fort sérieuses | |
| qu'on doit ménager si bien sa langue, & sa plume, qu'on | |
| ne vienne jamais à profaner une affaire d'une telle importance | |
| & se charger ainsi par là & de l'ire de Dieu, & de leur indignation. | |
| | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous parlez fort bien: j'en ai lu les advertances des Philoso- | §. 2. |
| phes, & suis aussi bien persuadé de quel horrible péché que | De quelle façon
|
| celui se charge qui découvre ce haut secret des Sages à un in- | on doit ménager
|
| digne, mais par ce que les vrais Philosophes recommandent | sa langue et sa
|
| avec beaucoup d'instances, que les amateurs de la science | plume en trai-
|
| doivent sérieusement & constamment lire & relire leurs écrits, | tant du haut secret
|
| & qu'ils y trouveront à la fin la vérité de leurs paroles, il me | des anciens.
|
| B b 2 sem- | |
@
98
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | semble, (sous vôtre correction) qu'une personne, croyant |
| | d'être arrivé sur le vrai chemin, (après une très grande fatigue |
| | d'avoir lu quantité d'auteurs, d'avoir mis soi même la |
| | main à la charrue, & après avoir fait des grandes dépenses) ne |
| | fera pas mal, comme ils ont fait de même, de faire connaître |
| | secrètement & à couvert à ceux qui se connaissent à cette science, |
| | en quelle matière il semble qu'on doit employer sa |
| | peine & son labeur, & quelles mauvaises rencontres qu'on y |
| | a eu, & d'avertir ainsi tous les gens de bien & d'honneur avec |
| | des raisons fondamentales & par des expériences dommageables |
| | & douloureuses, qu'il n'y a rien de bon à attendre des |
| | Royaumes végétal & Animal, mais que tout est à espérer |
| | du Royaume Minéral & particulièrement des métaux, comme |
| | on en a déjà bien vu des choses qui sont entièrement |
| | conformes aux écrits des Anciens Sages, les quelles il est raisonnable |
| | que l'âme croie puisque les yeux les ont vu & que |
| | les mains les ont touché. |
| |
|
| | Je vous prie aussi de croire, que mon intention n'est nullement |
| | de vouloir faire accroire, comme si je possédais cette haute |
| | science, point du tout, car je confesse rondement de n'en être |
| | pas le possesseur, & d'être indigne d'un si grand trésor. |
| |
|
| | Ce n'est pas non plus la moindre de mes pensées de tâcher d'attirer |
| | l'un ou l'autre pour tenir correspondance avec lui, ou pour |
| | présenter mon secret pour ci ou pour ça, comme font les |
| | charlatans & les trompeurs, bien loin de là, puisque j'estime |
| | ma liberté trop précieuse, & que cette oeuvre veut être |
| | gouverné avec une très grande prudence & longanimité, vu |
| | qu'il suit le cours de la Nature la quelle ne veut ni peut être |
| | hâtée ni pressée: mais il me semble qu'il est permis, & que |
| | c'est le devoir d'un homme de bien & d'honneur, & qui fait |
| | profession d'être un amateur ses sciences & des vérités, de donner |
| | connaissance à ceux qui sont de son calibre, que l'on ne |
| | prend rien plus à coeur que la recherche de la connaissance de |
| | Dieu & de sa Nature, & qu'il n'est pas répugnant à la volonté |
| | de Dieu, ni contre l'intention des Philosophes que la lumière |
| | soit séparée des ténèbres, & la vérité des mensonges, |
| | & ce par des expériences, que l'on en a fait selon la petite |
| | capacité de son esprit & selon le temps que nôtre vocation |
| | nous |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 99
| nous l'a permis, car les choses que nous récitons ici nous sont | |
| ainsi simplement passé par les mains, nôtre intention n'étant | |
| autre, que de donner des advertances & des avis salutaires | |
| à tous ceux qui nous voudront écouter, & qui nous voudront | |
| croire, pour tâcher de les persuader à quitter leurs soins & labeurs | |
| inutiles, & de cesser de se nourrir des espérances vaines; | |
| & qu'au contraire ceux qui ne voudront pas ajouter de foi | |
| à nos paroles, qu'ils puissent persévérer à poursuivre leurs | |
| vanités & sottises. | |
| |
|
| Ecoutez à ct'heure les choses qui me sont arrivées durant le traitement |
|
| & l'entretien de mon oeuf ou aimant des Philosophes, | |
| & si le cours de la Nature & le régime du couvement de Cet | |
| oeuf est aucunement semblable à ce que vous venez de dire | |
| de la génération des animaux. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| J'écoute, & désire de vous que vous ayez la bonté de me le communiquer |
|
| d'une manière la plus simple qu'il se puisse faire. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je le ferai; mais il faut que vous sachiez, que les vrais Philosophes, |
|
| & ceux à qui on se peut fier le plus, ont tous écrit | |
| fort simplement, & que les entendus l'entendent comme les | |
| savants aux lettres savent l'A.B.C. mais que les ignorants en | |
| jugent à proportion de leurs connaissance, & qu'ils n'y voient | |
| ordinairement goutte, encore qu'ils soient bien doctes aux | |
| autres sciences, vu qu'ils ne comprennent pas les termes Philosophiques, | |
| ni les allégories des anciens Philosophes; vous | |
| m'entendrez pourtant fort bien. | |
| |
|
| J'ai préparé un bain pour une Vierge si belle & si blanche, que | §. 3. |
| le grand Dieu Jupiter même en était amoureux, & nonob- | Enigme
|
| stant qu'elle ne cédait en blancheur ni en beauté à la Déesse | Philoso-
|
| Diane même, j'ai pourtant lavé son corps si bien, en le flat- | phique.
|
| tant & caressant fort long temps, qu'il a encore quitté tant | |
| de noirceur, que le bain en est devenu si pale & si impur, | |
| qu'il m'a fallu changer le bain plus de vingt fois, devant que | |
| j'ai pu obtenir son corps si net, que le bain en pouvait demeurer | |
| pur & clair, par ce que la saleté, qui se lavait chaque fois | |
| C c de son | |
@
100
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | de son corps, rendait l'eau si trouble, comme si l'on y avait |
| | mêlé de la boue parmi. |
| |
|
| | Cette vierge étant lavée au plus net, je l'ai mis sur un lit d'honneur, |
| | & l'ai fait accoupler par le prêtre à un jeune homme très |
| | beau & blanc comme neige; Ces deux personnages, nonobstant |
| | qu'ils étaient fort proche parents ensemble, se sont tellement |
| | amourachés de l'un l'autre, qu'ils se sont incontinent |
| | unis si étroitement ensemble, comme si s'avaient été |
| | le Dieu Mars & la Déesse Vénus même, de sorte qu'après |
| | l'invocation du Dieu Apollon & de la Déesse Diane, ils ont |
| | été bénits d'une semence très désirable & très admirable. |
| | Cette semence a été quittée & jointe par un si grand feu d'amour, |
| | que la mère n'était pas capable de l'enfermer dans sa |
| | matrice, pour la conserver & la nourrir jusqu'au terme prédestiné: |
| | il était aussi prédit à ces deux jeunes amoureux par |
| | un devin, qu'ils ne quitteraient qu'une fois leur semence; que |
| | toutes les forces de tous deux, pour la génération, passeraient |
| | toutes ensemble d'un seul coup dans cette semence; |
| | que la mère ne serait pas capable de nourrir ce fruit, & qu'il |
| | devrait être nourri & élevé d'une manière fort étrange, non |
| | pas par l'artifice ni par l'aide de la mère, par ce qu'elle était |
| | sa propre mère, non plus par celui du père, par ce qu'elle était |
| | son propre père, ni par l'aide d'aucun autre, que par |
| | celui d'un Sage artiste & d'un naturaliste très expérimenté, |
| | puisque cette semence contiendrait en elle les vertus du soleil |
| | & de la Lune, de l'Homme & de la Femme, de l'Humide & |
| | du Sec, du Chaud & du Froid, de la Forme & de la Matière, |
| | du Ciel & de la Terre, de la Lumière & des Ténèbres, |
| | de la Génération & de la Corruption, de la vie & de la Mort, |
| | du Souphre, du Mercure & du Sel; & que cette même semence |
| | deviendrait à être exaltée & élevée jusqu'à la perfection |
| | d'un fruit céleste; que pour cette fin ses parents soient |
| | fort en peine pour trouver un tel artiste & nourrisseur, & |
| | qu'ils en trouveraient à la fin un par la très Sage conduite de |
| | Jupiter, auquel ils le donneraient entre les mains, qu'ils le |
| | lui recommanderaient au plus haut degré, & le feraient baptiser |
| | du nom de Hermaphrodite. |
| |
|
| | Entendez vous bien ce que je vous viens de dire par Allégorie, ou |
| | bien vous plaît il que je vous en donne encore plus d'éclaircissement; |
| | FRAN- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 101
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Pour moi j'entends fort bien tout ce qu'il vous plaît de proférer, |
|
| mais il me semble qu'il est bien obscur pour beaucoup de | |
| personnes, ce pourquoi il ne serait pas mauvais, à mon avis, | |
| que vous élucidassiez les mots obscurs un peu davantage, | |
| puisque ceux qui ne sont pas experts dedans cet art n'y pourront | |
| rien comprendre aussi bien, & qu'a ceux qui s'y entendent, | |
| on le leur souhaite de tout son coeur. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| J'en suis content, & le dirai donc encore plus clairement. | §. 4. |
| Vous entendrez, si vous plaît, par la vierge si belle & blanche, | Explication
|
| que ce sont les métaux Mercuriels, des quels on lave la noir- | du susdit
|
| ceur dans le bain. | Enigme.
|
| |
|
| Par le lit d'honneur vous prendrez l'écusson fabriqué de Vulcain, |
|
| & que les plus grands honneurs, sont souvent acquis | |
| par des actions martiales. | |
| |
|
| Par le jeune homme blanc comme neige vous entendrez l'esprit |
|
| Mercuriel Métallique. | |
| |
|
| Le Prêtre signifie le père de ce jeune homme & de cette vierge |
|
| qui sont frère & soeur. | |
| |
|
| L'invocation du Dieu Apollon & de la Déesse Diane: vous donnera |
|
| à connaître l'attraction aimantine des rayons du Soleil | |
| & de la Lune. | |
| |
|
| La semence est le Menstrue des Philosophes, qui est nommé |
|
| d'une infinité de noms par les Philosophes, comme nous avons | |
| dit ci devant. | |
| |
|
| Le reste, me semble, qu'il est assez clair pour les entendus, & |
|
| pour les ignorants il en est déjà dit trop. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Certainement il est vrai: mais de quelle façon ferez vous venir |
|
| cette oeuvre en comparaison à la génération des animaux? | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Fort bien, mon ami: Ce qui est dit jusqu'à présent, n'est proféré |
|
| que de la copulation ou conjonction de la semence masculine | |
| avec la féminine: Qu'est ce qu'il vous en semble? | |
| C c 2 FRAN- | |
@
102
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Il me semble que c'est tout de même. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Ce qu'il vous plaît de rapporter de cette eau qui est luisante ou |
| | limpide devant qu'on n'y puisse apercevoir aucune autre chose |
| | visible: nous l'appellerons le Menstrue des Philosophes |
| | le quel est d'un aspect & d'une couleur si semblable à la vôtre |
| | comme l'une eau de pluie est semblable à l'autre, & dans celui |
| | ci est aussi caché & étendu l'enfant des Philosophes tout entier |
| | en vertu. |
| |
|
| | Quand vous parlez d'une macule grise blanchâtre, vous entendrez |
| | que nôtre matière devient aussi au commencement de la Putréfaction |
| | d'une même couleur, la quelle se change peu à |
| | peu, par la chaleur d'une poule couvante, en une couleur |
| | noire, comme il vous à plu de dire de vôtre macule grisâtre |
| | qui se change de la même manière eu une couleur noire. |
| |
|
| | Vous dites que la noirceur se change tout doucement en rougeur |
| | & qu'il s'étendent peu à peu quantité des rayons rouges de |
| | ce centre rouge à la circonférence & que la dite circonférence |
| | devient rouge aussi, cela arrive de la même manière en nôtre |
| | matière quand on la traite suaviter, c'est à dire fort doucement, |
| | car toute la noirceur devient alors rouge. |
| |
|
| | Et comme le Sang de l'animal s'augmente de plus en plus, jusques |
| | à que son corps vient à couvrir ombrer & environner son |
| | centre & ses rayons rouges, en façon d'une substance blanchâtre, |
| | tellement que la rougeur ne peut être plus vue, |
| | mais qu'il ne paroisse plus rien qu'un corps blanc & diaphane |
| | à l'entour: ainsi voit on de même à la génération de l'enfant |
| | des Philosophes, car la première couleur rouge devient à |
| | s'évanouir tout doucement, & à être environné d'un corps |
| | diaphane & blanc comme du lait, qui est si semblable au lait |
| | des animaux, qu'il est quasi impossible de l'en distinguer, la |
| | quelle contient cachée en elle tout aussi bien la couleur rouge, |
| | que le corps diaphane blanc de l'animal: selon le dire des Philosophes. |
| |
|
| | Sub Albedine latet Rubedo. |
| | Touchant la nourriture de la quelle les animaux jouissent en |
| | suite, |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 103
| suite, lors qu'ils sont émancipés des oeufs ou du ventre de | |
| leur mères, comme sont le lait & les autres nutriments, qui | |
| se changent, par la circulation & par la séparation, en Chyle, | |
| & de là en sang, pour faire croître & agrandir le corps de | |
| l'animal en qualité & en quantité; il s'en fait de même en l'oeuvre | |
| des Philosophes, qui est aussi nourri de son propre lait, | |
| qui s'augmente toujours par la circulation & par la séparation | |
| des ses propres Eléments sans addition d'aucune chose étrangère; | |
| & ce même lait change bien tôt après en chyle & le | |
| chyle en sang, qui est une couleur ou teinture rouge par la | |
| quelle l'enfant des Philosophes se peut augmenter aussi en | |
| qualité & en quantité. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Est il possible? mais il faut que je le crois puis que vôtre narrée |
|
| est fondée sur vos propres expériences. Mais mon très cher | |
| ami, je vous supplie de ne pas oublier de nous dire, ce de | |
| quoi il vous a plu de faire mention autre fois, à savoir des | |
| mauvaises & malheureuses rencontres, qui vous sont arrivées, | |
| lors que vous avez cru de faire avancer vôtre oeuvre avec | |
| trop d'impatience, & que vous avez pensé de pousser vos opérations | |
| avec trop de violence, sans les gouverner bien doucement | |
| & par longanimité, quelles ont été les causes des vos | |
| malheur; & de quelle façon vous avez redressé vos fautes | |
| quand vous avez trop irrité les qualités contraires les unes contre | |
| les autres, soit par vôtre négligence, soit par vôtre imprudence. | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E III. | |
| |
|
| Du régime de l'oeuvre des Philosophes. Des expériences nuisantes pour |
|
| s'avoir trop hâté. Que la couleur rouge de la matière des Philosophes | |
| est cachée sous la blanche, comme la couleur rouge du sang sous | |
| la blanche du chyle. Qu'on ne peut pas facilement faillir en l'oeuvre | |
| des Philosophes. La cause pourquoi le vase vient quelques fois à rompre. | |
| Le moyen d'empêcher que le vase ne se casse. Qu'on ne doit entreprendre | |
| rien à la chimie sans qu'on sache auparavant ce qu'il en | |
| doit arriver. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | §. 1. |
| | Du régime
|
| J E ne manquerai pas à vous les raconter. | de l'oeuvre
|
| Les vrais Philosophes (aussi bien Hermès Trismégiste que | des Philo-
|
| D d tous | sophes.
|
@
104
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tous les autres) disent unanimement, qu'il faut nécessairement |
| | donner au commencement une petite chaleur à l'oeuvre |
| | des Philosophes, car le dit Hermès commande bien exprès |
| | dans sa Table d'Emeraude ou Smaragdine, qu'il faut séparer |
| | la terre arrière du feu, le subtil du gros, doucement & avec |
| | grand esprit par ces paroles: |
| |
|
| | Separabis Terram ab Igne, Subtile à spisso, suaviter & magno |
| | cum ingenio. |
| | C'est à dire: Vous séparerez la Terre du Feu, le subtil arrière du |
| | grossier, & ce doucement & avec grand esprit. |
| | D'autres disent: qu'il faut donner au commencement à la matière |
| | un feu d'une poule couvante. |
| | D'autres l'appellent un ouvrage de Patience. |
| |
|
| | D'autres disent. |
| |
|
| §. 2. | Omnis festinatio à Diabolo est. Et ainsi des autres. |
| Des expé- | Pour ce qui me regarde. J'ai expérimenté la même chose, par
|
| riences | une grandissime perte de peine & de labeur, car lors que j'avais
|
| nuisantes, | exposé mon sperme Philosophique quelque temps à la
|
| pour sa- | putréfaction, croyant de procéder, (selon le dire de tous les
|
| voir trop | Philosophes,) & de produire la matière, jusqu'à la couleur
|
| hâté. | Noire, qui est la Première, le temps d'un ouvrage,
|
| | qu'il fallait manier avec une si grandissime patience, commença |
| | à m'ennuyer; croyant donc, selon mon jugement, de faire |
| | avancer la putréfaction, en augmentant un peu la chaleur du |
| | feu extérieur & intérieur, j'ai expérimenté, à mon grand regret, |
| | que mon vase est crevé, & toute ma matière perdue, |
| | de sorte qu'il m'a fallu recommencer tout de nouveau, & |
| | prendre mieux garde aux leçons des maîtres, dont l'observation |
| | exacte m'a fait heureusement passer par la couleur Noire, |
| | (la quelle paraissait comme un limon, ou comme un savon |
| | noir) jusqu'à la couleur blanche comme lait: la quelle |
| | ayant obtenu par la grâce de Dieu, j'ai repris l'assurance |
| | d'exciter trop le moteur intérieur de la matière par l'extérieur, |
| | & ai ainsi perdu fort malheureusement pour la seconde |
| | fois toute ma peine, tout mon labeur, toute ma matière & |
| | tout mon temps. Pour la troisième fois, je suis devenu encore |
| | plus sage, & ai gouverné le feu d'une telle manière, que |
| | j'ai eu le bonheur de repasser par la couleur Noire, (par l'aide |
| | de la Nature) jusqu'à la couleur Blanche comme du lait, |
| | & que |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 105
| & que j'ai trouvé véritable ce que les vrais Philosophes confirment, | |
| à savoir: que sous la couleur Blanche de la matière | |
| la Rouge est cachée comme la Blanche l'est sous la Noire: | |
| car ils disent: | §. 3. |
| Sub Albedine later Rubedo. | Que la couleur
|
| C'est à dire: | rouge de la
|
| La Rougeur est cachée sous la Blancheur. | matière des
|
| Les Physiciens & Médecins modernes ont aussi expérimenté que | Philosophes
|
| la rougeur du Sang est cachée sous la Blancheur du chyle, & que | est cachée
|
| le chyle se change peu à peu, par la circulation & par la fer- | sous la blan-
|
| mentation du sang continuelle, en sang; car plusieurs des | che, comme la
|
| savants de ce temps, qui vérifient leurs sciences par des expé- | couleur rouge
|
| riences fort sagement, produisent quantité d'exemples, que | du sang sous
|
| le chyle s'est séparé du sang après être sorti de la veine, & que | la couleur
|
| le sang est même sorti de la veine d'une couleur blanche, le | blanche du
|
| quel ne peut, (sous correction) être autre chose que du chyle, | chyle.
|
| qui n'a pas été encore produit à la perfection du sang par la | |
| circulation & fermentation qui est requise pour une telle perfection. | |
| | |
| C'est ainsi, que je dis, que j'ai expérimenté tout de même dans |
|
| nôtre oeuvre; que nôtre Blancheur se transmue avec le temps, | |
| moyennant la circulation ou rotation & fermentation continuelle, | |
| en Rougeur, & que la Blancheur est couverte de la | |
| Rougeur, comme nous avons dit que le chyle est caché dans | |
| le sang à l'aspect extérieur, & laquelle; s'en laisse séparer | |
| sous une couverte blanche, jusques à qu'elle soit tout à fait | |
| changée & transformée en Rougeur, comme nous venons de | |
| dire du chyle & du sang, & alors nôtre matière Blanche parvient | |
| à une Matière ou huile pondéreuse & métallique la quelle | |
| contient bien les métaux en elle, mais étant produite à sa | |
| plus haute perfection il ne s'en peut séparer des métaux: mais | |
| hélas! ayant ainsi tiré une partie de ce sang de nôtre Pélican, | |
| & croyant de poursuivre & de conduire mon ouvrage bien sagement, | |
| il est arrivé pour la troisième fois, que mon vase | |
| est rompu & que tout mon sang imparfait que j'avais assemblé | |
| avec beaucoup de peine, est perdu & évanoui. Ne vous semble | |
| il pas que j'ai été bien malheureux? | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Assurément: mais aussi heureux que vous avez ainsi pu retour- |
|
| D d ner | |
@
106
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | ner sur le vrai chemin: je vous prie, ne savez vous pas la |
| | raison pourquoi vos vases sont rompu si souvent? |
| §. 4. | Pour retrouver le vrai chemin il n'y a pas de si grande difficulté |
| Qu'on ne peut | par ce qu'en procédant à nôtre manière on a la Nature même
|
| pas facile- | pour guide, de la quelle, pourvu qu'on la suive seulement
|
| ment faillir | avec nôtre régime d'opérer, il est presque impossible d'égarer,
|
| en l'oeuvre | au moins que vous ne veuillez être plus Sage que la Nature même,
|
| des Philoso- | ce qu'il n'arrive, hélas! que trop souvent, & agissant
|
| phes. | de cette manière, vous menez la Nature mal, & vous vous
|
| | trompez vous même & la Nature, comme j'ai fait aussi avec |
| | tant d'autres avec grande perte de peine & de temps, mais |
| | j'ai à la fin aperçu autant par une lecture infatigable des écrits |
| | des vrais Philosophes, & par des expériences que mon |
| | vase ne m'est plus cassé, mais qu'il est encore présentement |
| | en état de faire tirer toujours du sang de mon Pélican, le quel |
| | j'espère qu'il ne périra pas facilement, mais qu'il donnera de |
| | la nourriture abondamment à ses petits jusques au temps de |
| | leurs croissance en age parfait. |
| | |
| | Vous désirez de savoir de quelle façon que les vases puissent être |
| | gardés contre les malheurs d'être cassés? La principale |
| | cause, pourquoi le vase, qui enferme nôtre matière, se |
| §. 5. | rompe quelque fois, procède principalement de là, que la
|
| La cause pour- | chaleur externe n'est pas bien gouvernée à son temps, vu
|
| quoi le vase | que les Eléments qui sont compris dans nôtre matière font
|
| vient quel- | leurs opérations in gradu intenso & remisso à proportion du
|
| ques fois à | gouvernement du feu extérieur, car il est très nécessaire (comme
|
| rompre. | nous avons déjà touché ci devant) qu'au commencement,
|
| | quand nôtre matière paraît en forme de sperme, qu'on |
| | ne lui donne qu'un feu très lent & une chaleur fort petite & |
| | douce, afin qu'il soit gouverné comme un vin, ou autre |
| | breuvage, au quel on donne une telle chaleur pour aider à |
| | sa fermentation; ou bien une chaleur telle par la quelle les |
| | esprits végétants des semences des végétaux peuvent être émus |
| | & entretenus en végétation & en croissance. |
| |
|
| | Vous pouvez penser, si un vin ou quelque autre breuvage semblable, |
| | ne fera crever la tonne qui le contient, en cas qu'il |
| | soit |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 107
| soit trop irrité par une chaleur trop âpre, encore que les douves | |
| en seraient d'une épaisseur bien grande, au moins qu'on | |
| ne lui donne quelque ouverture, pour donner de l'air à la furie | |
| de son mouvement; & puisque le naturel des breuvages, | |
| étant forcé de la sorte par la chaleur, changera en bref en une | |
| liqueur acre sure & dissolvante, comme est le vinaigre, il est | |
| certain que la nature ne l'a pu produire à la perfection d'un | |
| vin ou d'un breuvage agréable à l'homme comme s'en était | |
| son dessein; car les esprits des breuvages, qui sont les soutiens | |
| principaux d'iceux, viennent à s'envoler par une telle | |
| fermentation intempérée, laissant un phlegme insipide & un | |
| tartre limoneux en arrière; dont il me semble qu'on ne peut | |
| pas bonnement donner d'autres raisons, si non, que l'on à | |
| donné de l'empêchement à la nature, pour parfaire le sage | |
| régime de son dessein, & que l'on l'a détournée par impatience | |
| & par ignorance de sa bonne intention, qui était telle, | |
| qu'elle croyait de conjoindre les atomes du Souphre du Mercure | |
| & du Sel, & de les unir par un tel lien d'amour & d'amitié | |
| par ensemble, que cette liqueur aurait reçue un corps si | |
| bien proportionné & enrichi d'esprit, par une fermentation | |
| due & naturelle, qu'était requise pour un vin ou breuvage | |
| parfait, au lieu que les susdits principes deviennent à être séparés, | |
| changés & rendus inhabiles par une fermentation énorme | |
| (comme nous avons dit) pour ne pouvoir plus jamais | |
| être réunis ensemble, selon le dessein de la mère Nature. | |
| |
|
| Pareillement: si vous pensez de faire hâter le sperme d'aucun animal, |
|
| & de le faire avancer par des voies autres que la Nature | |
| vous en ordonne ordinairement, vous trouverez que vôtre | |
| semence s'évanouira bien tôt, & que les oeufs resteront stériles | |
| & sujets à une pourriture subite. | |
| |
|
| Il en va de même avec nôtre sperme métallique, si vous ne tâchez |
|
| au commencement de tenir ensemble les Eléments avec patience | |
| & avec prudence dans la fermentation, par une chaleur | |
| fort tempérée, comme la matière le requière, & que vous | |
| ne l'y entretenez son temps, mais qu'au contraire vous croyez | |
| de faire croître vôtre enfant glorieux métallique par un régime | |
| de feu autre que n'est requis à la nature de la semence métallique, | |
| & qu'ainsi vous avez dessein de faire avancer sa naE | |
| e vité. | |
@
108
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tivité; je vous puis assurer que vous n'aurez jamais la rencontre |
| | de l'heureux aspect des trois couleurs capitales: |
| |
|
| | Car vous n'apercevrez jamais le Corbeau Noir, si vous en avez |
| | fait troubler l'oeuf, qui le contenait, par des orages d'éclair |
| | & de tonnerre, puisque sa forme & la matière en ont été |
| | rendu confuses. |
| |
|
| | Le cygne blanc ne paraîtra pas si le Corbeau son père n'est auparavant |
| | en être. |
| |
|
| | Ni la Salamandre résistante persistante & se nourrissant de feu ne |
| | sera jamais vue, si son père & sa mère sont suffoqués incontinent |
| | après sa conception. |
| |
|
| | C'est ainsi, mon très cher! qu'il m'en est arrivé: j'ai cru de |
| | voler avec Icare, mais mes ailes n'ont pas été propres, c'est |
| | pourquoi que je suis tombé avec lui. |
| |
|
| | J'ai voulu voir les plumes noires du corbeau, devant que son |
| | corps était formé dans l'oeuf, & puisque j'ai gouverné mon |
| | Oeuf Philosophique au commencement par une imprudence |
| | si grande, que les quatre Eléments, (qui commençaient à |
| | fermenter fort paisiblement dans mon Chaos, & y faire leur |
| | opération selon le cours de la nature,) se sont élevés au gradu |
| | intenso (comme les Géants chez Ovide) les uns contre |
| | les autres avec tant de véhémence & de violence, que mon |
| | Oeuf des Philosophes, en crevant, m'a reproché mes sottises |
| | selon mes mérites. |
| |
|
| | Quand mon vase est sauté pour la seconde fois, la faute en était |
| | telle; que la Lumière étant séparée des Ténèbres & les Eléments |
| | supérieurs des Inférieurs, & que les Eléments les plus |
| | pondéreux s'ayant précipités en bas, ma terre métallique (la |
| | quelle n'était plus du métal, n'y pouvait être réduite en aucun |
| | corps métallique) est tellement allumée & émue de son |
| | feu intérieur par ma conduite imprudente de mon feu extérieur, |
| | qu'elle a excitée, par une commotion impétueuse, un tremblement |
| | & un mouvement si fort & si grand, que mon vase |
| | Hermétique est sauté en air & en pièces comme s'il avait été |
| | frappé d'un coup de tonnerre. |
| |
|
| | Pour ce qui est du troisième malheur qui m'est arrivé, je vous |
| | puis dire qu'il est aussi provenu d'un trop grand zèle pour faire |
| | hâter |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 109
| hâter la Nature outre sa puissance, car après l'avoir long | |
| temps caressé fort doucement, & après l'avoir produite par | |
| une patience indicible, qu'elle m'avait fait voir les Roses rouges, | |
| que j'avais souhaité si long temps, & qu'elle m'avait | |
| apprise comment & de quelle façon le rosier devrait être cultivé | |
| & entretenu, pour pouvoir produire une infinité de roses: | |
| j'ai été derechef si ignorant, que j'ai osé lui demander qu'elle | |
| m'eût fait venir en maturité & en perfection non seulement | |
| les fleurs, mais aussi tout d'un coup les fruits & les graines, | |
| ce que lui étant impossible, ne me l'a pas seulement refusée, | |
| mais m'a rencontrée d'un regard si furieux & si âpre que | |
| l'aspect de Méduse même n'aurait presque pu être plus dangereux | |
| ni plus malheureux, puisqu'elle commençait à vomir | |
| contre moi un feu tellement étouffant, qu'il était capable | |
| de me tuer en un moment, si je n'avais eu la prudence | |
| de retenir mon haleine en m'en fuyant hors de la chambre tant | |
| que je pouvais. | |
| |
|
| C'est dès ce temps là que j'ai appris, d'être mieux sur mes gardes, | §. 6. |
| de suivre pertinemment la Nature à sa sage conduite, d'obéir | Le moyen d'em-
|
| précisément à ses ordres, & de l'assister & de l'aider en tout | pêcher que le
|
| avec dévotion, & c'est par cette façon d'agir que je me suis | vase ne se
|
| trouvé bien, & que je me trouve bien encore. | casse.
|
| |
|
| Voilà, selon vôtre désir, les raisons & les causes de mes malheurs, |
|
| qui ne sont arrivé que par le mauvais régime des Eléments | |
| contenus de notre matière, & d'une trop grande impatience | |
| d'avoir voulu faire avancer la Nature plus qu'elle n'a | |
| pu; Mais si vous tâchez de l'entretenir avec esprit au lit | |
| d'amour, & de la gouverner tout doucement par prudence & | |
| par amitié, vous pouvez croire avec moi qu'il ne vous arrivera | |
| pas ce malheur, que vôtre vase ne rompra jamais, & | |
| que vous pourrez, si vous voulez, cuire & parfaire vôtre | |
| matière, depuis le commencement jusqu'à la fin, dans un | |
| seul vase, selon le dire des Philosophes. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je vous remercie de tout mon coeur de la communication sincère |
|
| de vos expériences, & de vos advertances tant cordiales; Le | |
| proverbe dit: qu'il faut apprendre avec honte ou avec dommage, | |
| vous en avez fait de même, & j'entends bien que vous | |
| E e 2 n'avez | |
@
110
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | n'avez épargné ni peine ni labeur, & je n'aurai pas beaucoup |
| | de peine de croire que vous vous entendez passablement |
| | bien à la conduite & au gouvernement du grand oeuvre des |
| | Philosophes. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| §. 7. | Vous savez bien aussi, que les Dieux vendent tout pour du labeur |
| Qu'on ne | infatigable, mais bien heureux sont ceux qui n'entreprennent
|
| doit rien | rien qu'ils ne sachent auparavant ce qu'il en doit
|
| entreprendre | arriver, & qui savent préparer toute la matière de l'universel,
|
| à la chimie, | d'une telle manière, qu'ils soient assurés qu'ils viendront
|
| qu'on ne | à voir tout ce que nous avons dit ci devant; quel la
|
| sache ce qu' | dite matière ne leurs coûte qu'une pistole, & qui le pourront
|
| il en doit | entretenir un an tout entier avec une charretée de bonnes
|
| arriver. | tourbes ou de charbons sans aucune autre dépense; mais très
|
| | malheureux & misérables sont ceux, qui travaillent en sauvage, |
| | qui ne savent ce qu'ils font, & qui prennent des Animaux |
| | & des végétaux pour n'en faire de l'or ou de l'argent |
| | seulement, mais aussi même des teintures pour en teindre les |
| | métaux en or & en argent. Ce ci en passant. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E IV.
|
| |
|
| | Des opérations des Deux qualités contraires selon les auteurs. De la différence |
| | entre les vrais Philosophes & les communs. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Ous avons assez parlé des tromperies, |
| | des méchancetés des ignorants & des trompeurs, celui qui |
| | en voudra savoir davantage il n'a qu'en lire le Comte |
| | Trévisan, Sendivogius & d'autres; Nous retournerons, si |
| | vous plaît, à nôtre nombre de Deux, & puis nous quitterons |
| | ces Degrés pour tâcher de monter les suivants, vu que |
| | nôtre intention n'est pas de faire ce propos si ample; Il est |
| §. 1. | vrai pourtant que je ne puis pas bien m'empêcher d'en apporter
|
| Des opéra- | ici ce que j'en ai lu chez quelque auteurs.
|
| tions des | H. CORNELIUS AGRIPPA dit en la Philosophie Occulte
|
| deux qualités | entre autres du Nombre de Deux ce qui s'en suit.
|
| contraires | Binarius primus numerus est, quia prima multitudo est, à nullo
|
| selon les | potest numero metiri, praeterquam à sola unitate omnium
|
| auteurs. | nume-
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 111
| numerorum mensura communi: non compositus ex nnmeris, | |
| sed ex sola unitate una & una coordinatus. Dicitur numerus | |
| charitatis & mutui amoris, nuptiarum & societatis, sicut dictum | |
| est à Domino: Erunt duo in carne una. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le nombre de Deux est le premier nombre par ce que c'est la |
|
| première multitude; il ne peut être mesuré d'aucun nombre | |
| que de l'unité seule, qui est la mesure commune de tous les | |
| nombres. Il n'est pas composé des nombres, mais il est coordonné | |
| de l'unité seule d'un & d'un. On l'appelle le nombre | |
| de la charité & d'un amour réciproque, des noces & de société, | |
| comme il est dit du seigneur. Ils seront deux en une | |
| chair. | |
| |
|
| Le même dit autre part. | |
| |
|
| Binarius dicitur numerus connubii & sexus, Duo enim sunt |
|
| sexus Masculinus & foemininus. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Nombre de Deux est appelé le nombre du Mariage & des |
|
| Sexes, puisqu'il y a Deux Sexes, le Masculin & le Féminin. | |
| | |
| |
|
| Le Même. | |
| |
|
| Dicitur etiam Binarius Numerus Medietas capax, bona malaque |
|
| participans, principium divisionis, multitudinis, & distinctionis, | |
| & significat materiam. Dicitur etiam aliquando hic, | |
| numerus discordiae & confusionis, infortunii & immundiciae, | |
| undè Divus Hyeronimus contra Jovianum inquit, quod ideo | |
| in secundo die creationis non suit dictum: Et vidit Deus quoniam | |
| bonum; quia Binarius numerus sit malus. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Nombre de deux est aussi appelé une moitié capable partageant |
|
| le bon d'avec le mauvais: un commencement de division, | |
| de multitude & de distinction, & signifie la matière. | |
| Ce nombre est aussi appelé quelques fois le nombre de désunion | |
| & de confusion, de malheur & d'impureté. C'est de | |
| quoi que Hierome parle contre Iovian, qu'il n'a pas été dit | |
| au second jour de la création: Et Dieu voyait qu'il était bon, | |
| à cause que le nombre de Deux était mauvais. | |
| |
|
| P Y T H A G O R A S: (selon Eusebius) | |
| |
|
| Unitatem Deum esse dicebat & bonum intellectum: Dualitatem |
|
| F f vero | |
@
112
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | vero Daemonem ac malum, in quo ewt Materialis multitudo; |
| | quia Pythagorici dicunt: Binarium non esse numerum, sed |
| | confusionem quandam unitatum. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Pythagore disait: que l'unité était Dieu & un bon intellect: que |
| | le nombre de Deux était le Démon & le mal, dans le quel est |
| | la multitude matérielle: par ce que les imitateurs de Pythagore |
| | disent, que le nombre de Deux n'est pas un nombre, mais |
| | une confusion d'unités. |
| |
|
| | S E N I O R Z A D I T H. De Plumbo & Azoth Philosophorum. |
| |
|
| | Plumbum, inquit, est nomen masculi, Azoth foeminae: Masculus |
| | est calidus & siccus, Foemina autem humida & frigida: |
| | quae cum commixta fuerint jam commixtum est calidum cum |
| | frigido & humidum cum sicco, & hoc non est dubium intelligenti. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le Plomb est le nom du Mâle & Azoth le nom de la Femelle: Le |
| | Mâle est chaud, & sec: la Femelle humide & froide. Les quels |
| | étant mêlés ensemble, le chaud est mêlé avec le froid, & l'humide |
| | avec le sec, & cela ne donne pas de doute à celui qui |
| | a de l'entendement. |
| |
|
| | J O S E P H U S. |
| |
|
| | Commisce Aquam & Ignem & erunt Duo. Commisce Aerem & |
| | Terram & erunt quatuor. Deindé fac quatuor unum & pervenisti |
| | ad id quod vis. Et tunc fit corpus non corpus, & debile |
| | super ignem non debile, & apprehendisti sapientiam. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Mêlez l'Eau avec le Feu & ce seront Deux. Mêlez l'Air avec la |
| | Terre & ce seront quatre. Faites après ce là les quatre un, & |
| | vous êtes parvenu à ce que vous désirez. Et le corps se fait |
| | alors qu'il n'est pas corps, & ce qui est faible sur le feu, qu'il |
| | n'est plus faible, & vous avez appris la sapience. |
| |
|
| | J O H A N N E S B E L Y E: Anglus. |
| |
|
| | Quicquid veritatis constat in arte Alchymiae, est jungere humidum |
| | sicco; per humidum intelligatis spiritum liquidum ab |
| | omni sorditie purgatum, & per siccum, corpus perfectum |
| | purum & calcinatum. |
| | C'est |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 113
| C'est à dire: | |
| Tout ce qu'il y a de la vérité en l'art de l'Alchimie, c'est de joindre |
|
| l'humide au sec; vous pouvez entendre par l'humide un | |
| esprit liquide purgé de toutes immondices, & par le corps, un | |
| corps parfait pur & calciné. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Temperantia Elementorum numquam contingere valet absque |
|
| conjunctione corporis & spiritus: quoniam per corum conjunctionem | |
| suppletur defectus Elementorum tam ex parte | |
| corporis quam spiritus: & sic corpus efficitur spirituale, & | |
| spiriitus corporalis & videbis conversionem Elementorum. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La tempérance des Eléments ne se peut jamais faire sans la conjonction |
|
| du corps avec l'Esprit, puisque les défauts des Eléments | |
| deviennent accomplis par leur conjonction, aussi bien | |
| du côté de leurs corps que de l'esprit, & ainsi le corps se rend | |
| spirituel, & l'esprit corporel & vous verrez la conversion | |
| des Eléments. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Elementa intermediantia sunt causa transmutationis unius Elementi |
|
| in aliud. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Les Eléments moyennants sont la cause de la transmutation de |
|
| l'un Elément en l'autre. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Unum quodque Elementorum intermediat aliud, & nullum Elementum |
|
| potest in naturam alterius converti quod est suum | |
| contrarium, nisi prius convertatur in Elementum Intermedians | |
| ipsum & suum contrarium. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Un chacun Elément entre-moyenne l'autre, & nul Elément ne |
|
| peut être converti en la nature d'un autre qui lui est contraire, | |
| à moins qu'il ne soit converti auparavant en un Elément | |
| entre-moyennant icelui & son contraire. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Unum quodque Elementum habet in se qualitates quatuor, duas |
|
| activas & duas passivas: Ergo unum quodque Elementum habet | |
| per suas qualitates activas agere in suum contrarium; viF | |
| f 2 deli- | |
@
114
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | delicet, si Elementum fuerit frigidum & secum, scilicet |
| | Terra, tunc habet agere in humidum & calidum scilicet in |
| | Aerem; & econtra per suas qualitatzs passivas habet pati |
| | suum contrarium in ipsum agere, scilicet illud quod est calidum |
| | & humidum quod agat in illud quos est frigidum & siccum, |
| | & sic circulariter debet intelligi de caeteris Elementis. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Un chacun Elément a en soi quatre qualités, deux actives & |
| | deux passives: Un chacun Elément donc à de quoi agir, par |
| | les qualités actives, en son contraire: à savoir, si un Elément |
| | est froid & sec, comme la Terre, il a alors à agir dans |
| | l'Elément humide & chaud, à savoir dans l'Air; & au contraire, |
| | il a à pâtir par ses qualités passives que son contraire agisse |
| | en lui, entendez, que celui qui est chaud & humide |
| | agisse en celui qui est froid & sec; & ainsi le doit on entendre |
| | des autres Eléments circulairement. |
| | B E R N H A R D U S C O M E S T R E V I S A N U S. |
| |
|
| | Subjectum, inquit, hujus admiranda: scientiae est Sol & Luna, |
| | seu potius Mas & Foemina; Mas Calidus est & siccus, Foemina |
| | vero frigida & humida. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le sujet, dit il, de cette admirable science est le Soleil & la |
| | Lune, ou bien plus tôt le Mâle & la Femelle; Le Mâle est |
| | chaud & sec, & la femelle froide & humide. |
| |
|
| | Le même. |
| |
|
| | Corpus recipit impressionem à spiritu sicut Materia à Forma, |
| | & spiritus à corpore, quoniam facta sunt & creata à Deo ut |
| | agant et patiantur invicem. Materia quidem flueret infinité, |
| | si forma fluxionem non tardaret et filteret, qua propter, cum |
| | corpos sit Forma informans, informat et retinet spiritum ut |
| | ita deinceps non fluat amplius. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le corps reçoit l'impression de l'esprit comme la Matière la |
| | reçoit de la Forme, et l'esprit du corps, puisqu'ils sont fait |
| | et créés de Dieu, afin qu'ils agissent et pâtissent ensemble. |
| | La Matière coulerait sans cesse si la Forme ne tardait sa |
| | fluxion, et qu'elle ne l'arrêtait: ce pourquoi puisque le corps |
| | est la Forme informante, il informe et retient l'esprit qu'il ne |
| | coule plus ainsi par après. Le
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 115
| Le même. | |
| |
|
| Materia patitur, & Forma agit, assimilans sibi Materiam, & |
|
| hac ratione Materia naturaliter appetit Formam, uti mulier | |
| appetit maritum & res vilis charam, impura puram; sic etiam | |
| Mercurium appetit Sulphur, ut imperfectum perficiens, sic | |
| quoque corpus appetit spiritum quo possit ad suam perfectionem | |
| tandem pervenire. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La Matière pâtit, & la Forme agit, rendant la pareille à elle, |
|
| & de cette façon la Matière désire naturellement la forme, | |
| comme la femme désire le mari, & la chose vile la précieuse, | |
| l'impure la pure; ainsi aspire aussi le souphre après le Mercure, | |
| comme la chose imparfaite après la parfaite; de même | |
| le corps l'esprit, par le quel il puisse à la fin parvenir à sa | |
| perfection. | |
| |
|
| Ces autorités des auteurs allégués ne suffisent elles pas bien tôt |
|
| pour confirmer ma soutenue & vos expériences; ou bien vous | |
| semble il que j'en dois citer encore quelques uns, vu que | |
| vous savez qu'il ne nous est pas difficile d'en rapporter une | |
| très grande quantité d'autres qui ne seront pas moins d'accord | |
| avec nous que ceux là. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il n'en est pas besoin, puisqu'il m'est assez connu que tous les |
|
| vrais Philosophes concordent parfaitement avec vos sentiments | |
| & avec mes démonstrations. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous parlez si souvent des vrais Philosophes, je vous supplie de | §. 1. |
| me dire quelle distinction que vous faites entre des Philoso- | De la différen-
|
| phes communs & les vrais Philosophes? | ce entre les
|
| | vrais Philosophes
|
| V R E D E R I C. | & les communs.
|
| |
|
| Mon très cher ami, j'appelle des Philosophes communs ceux |
|
| qui ont beaucoup de paroles & peu d'effets, qui savent | |
| beaucoup discourir de la circonférence, mais qui ne savent pas | |
| ce que c'est ni où est le Centre, & les quels (comme dit | |
| un certain Philosophe dans un Dialogue) ont appris Contentiosè | |
| rixari, pro et contra (ut ajunt) pertinaciter argumentari. | |
| | |
| G g C'est | |
@
116
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | C'est à dire: |
| | A ergoter et tenir des disputes contentieuses et des argumentations |
| | obstinées pour et contre (comme on dit.) Sur quoi |
| | un autre demande: |
| | Quae chimera bestia est haec? |
| | C'est à dire: |
| | Qu'elle bête chimérique est celle là? |
| | Ce sont des telles gens qui ne regardent après des bons fondements |
| | ni qui font état des bons auteurs, mais qui mettent leur |
| | desseins en effet, non seulement suivant leurs fantaisies mal |
| | fondées, mais qui font même leur profession de séduire & de |
| | tromper lâchement tous ceux qui sont bien désireux d'apprendre |
| | des vérités mais qui sont des innocents par ignorance, comme |
| | ils vous ont fait & moi aussi, avec quantité d'autres comme il est |
| | à voir es livres des auteurs que nous avons allégué ci devant. |
| | Les vrais Philosophes, au contraire, sont des gens qui sont craignant |
| | Dieu, sincères, aimant la probité & la vérité, qui n'écrivent |
| | ni disent rien que ce qu'il est conforme à la vérité & |
| | ce qu'il leurs est aussi facile à démontrer qu'à le dire. Il est bien |
| | vrai qu'ils parlent bien couvertement & qu'ils écrivent de même |
| | pour ceux qui ne les entendent pas, & qui sont ignorants |
| | de la vraie Philosophie, & particulièrement quand ils traitent |
| | de la Pierre des Philosophes, mais tout est découvert & |
| | clair comme le jour pour ceux qui sont des entendus de cette |
| | science, & même toute les façons de parler énigmatiques, |
| | toutes sortes d'emblèmes, caractères, & ce qui peut être davantage |
| | d'autres termes & choses obscures au commun & aux |
| | ignorants, elles sont tellement connues & si communes entre |
| | les vrais Philosophes comme l'A,B,C, l'est parmi ceux qui |
| | ont bien appris l'Orthographe: mais c'est assez discouru des |
| | Deux Contraires. |
| | Nous finirons ce Chapitre si vous plaît avec les paroles propres |
| | de Trismégiste dont il se sert dans sa |
| |
|
| | T A B L E d'E M E R A U D E:
|
| |
|
| | Pater ejus Sol est, Luna Mater. Separabis Terram ab igne subtile |
| | à spisso suaviter & magno cum ingenio: ascendet in coelum |
| | iterumque descendet in Terram, & acquirit vim superiorum |
| | & Inferiorum. |
| | Sic habebis gloriam totius mundi, |
| | Ideo a te fugiet omnii obscuritas. |
| | LIVRE |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 117
| L I V R E T R O I S j e m e. | |
| DU NOMBRE DE QUATRE. | |
| D E S Q U A T R E E L E M E N S |
|
| ET DES QUATRE ELEMENTS qui sont dans la | |
| Matière de la | |
| P I E R R E D E S P H I L O S O P H E S. |
|
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Ce que le Nombre de Quatre comprend. Pourquoi le Nombre de Quatre est |
|
| préféré au nombre de Trois. Que les Quatre Eléments ne peuvent être | |
| trouvés chacun à part. De la séparation de la Lumière des Ténèbres | |
| dedans l'oeuvre des Philosophes. Démonstration par l'Oeuvre des Philosophes | |
| que les Eléments ne peuvent être à parts. Ce que c'est que l'étincelle | |
| opérante dedans la matière de la Pierre des Philosophes. Qu'il | |
| faut que l'artiste procède de même avec l'oeuvre des Philosophes comme | |
| la Nature procède dedans le grand Monde. | |
| |
|
| F R A N C O I S, | |
| |
|
Ous avons traité amiablement |
|
| de l'Unité & du nombre de Deux, les quels |
|
| étant assemblés font le nombre de Trois: Si |
|
| nous ajoutons le nombre de Quatre à celui |
|
| là par la règle d'addition nous trouverons le |
|
| nombre de sept tout de même comme d'un |
|
| centre & de Six demi diamètres, d'une |
|
| même étendue du pied du compas, il se forme une figure Géométrique |
|
| Hexagonale, composée de sept points, comme |
|
| nous en avons fait autrefois mention plus amplement & avec |
|
| plus de circonstances, ce qui serait ennuyeux de répéter, vu |
|
| que nôtre intention est de traiter ici particulièrement du |
|
| nombre de Quatre, du quel j'entamerai, si vous plaît nôtre |
|
| discours le quel je tâcherai de fonder comme les autres sur la |
|
| Théorie, vous pourrez aussi continuer vôtre entretien, que |
|
| vous vous êtes donné la peine de commencer sur les fondements |
|
| démonstratifs & les vérifier par des expériences comme |
|
| vous avez fait auparavant. |
|
| G g 2 VRE- | |
@
118
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Je le veux bien: vous n'avez qu'à commencer. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Ceux qui suivent la doctrine de Pythagore préfèrent le Nombre |
| §. 1. | de Quatre à toutes les vertus de tous les nombres, puisqu'il
|
| Ce que le | est un fondement & une racine de tous les autres Nombres.
|
| Nombre de |
|
| Quatre com- | Ce Nombre signifie la solidité ou la fermeté selon la démonstration
|
| prend. | de la figure Carrée.
|
| |
|
| | Le Nombre de Quatre emplit par quatre termes tout simple progrès |
| | des Nombres: à savoir avec une unité 1. avec un 2. comme |
| | aussi d'un 3. & avec un 4. les quels étant assemblés par l'addition, |
| | il s'en fait le nombre parfait de Dix, comme nous avons |
| | dit ailleurs & comme nous avons alors démontré par l'addition |
| | de ces quatre nombres. |
| |
|
| | Le Nombre de Quatre comprend même le Nombre des lettres du |
| | Saint nom de Dieu, vu que presque toutes les nations du |
| | Monde écrivent le très saint nom du Seigneur par Quatre |
| | Lettres. |
| |
|
| | Comme les Arabes l'écrivent par les lettres ALLA; Les Persans |
| | des lettres SIRE; les Mages ORSI; les Grecs ΘΕΟΣ; |
| | les Latin DEUS; les Allemands GODT; les François DIEU; |
| | les Espagnols DIOS, & ainsi les autres. |
| |
|
| | Le Nombre de Quatre comprend aussi en soi les Quatre Eléments: |
| | le Feu; l'Air; l'Eau & la Terre. |
| |
|
| | De même les Quatre premières qualités: la Chaleur; la Froidure, |
| | la Sécheresse, & l'Humidité; |
| |
|
| | Des quelles proviennent les Quatre Humeurs: comme sont l'Humeur |
| | Sanguine, la Colère; le Phleme & la Mélancolie: des |
| | quels nous tâcherons de parler plus particulièrement en suite, |
| | & ferons notre commencement de Quatre Eléments. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Mais devant que de entamer la matière des Eléments; il me semble, |
| | sous vôtre meilleur avis, que vous ne feriez pas mal de |
| | apporter ici auparavant les raisons pourquoi vous venez à |
| | préférer le Nombre de Quatre au Nombre de Trois, vu que |
| | celui ci suit immédiatement dans l'Arithmétique au Nombre |
| | de Deux. |
| | FRAN- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 119
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je vous réponds: Qu'il a plu à Dieu tout puissant de tenir lui | §. 2. |
| même cet ordre à la création du Monde: car après le Nom- | Pourquoi le
|
| bre de Deux, à savoir après la Lumière & les Ténèbres, il | Nombre de
|
| a fait provenir le Ciel & la Terre, le Ciel comprenant Deux | Quatre est
|
| Eléments opérants, & la Terre deux souffrants. Le ciel ayant | au Nombre
|
| compris en lui la lumière ou l'Elément Feu, & l'Air; & la | de Trois.
|
| Terre l'Elément de l'Eau & de la Terre; & de ces Quatres à | |
| il fait produire le Nombre de Trois à savoir les végétaux, Animaux | |
| & Minéraux, qui en sont crû & provenu, & qui en | |
| ont leur nourriture & leur entretien par le moyen des Trois | |
| Principes, qui sont comme des seconds Eléments, comme | |
| sont le souphre, le Mercure & le sel, le quel entretien pour | |
| les dits trois Royaumes ce grand Dieu sera, sans doute, durer | |
| si long temps que la circulation des Eléments durera, car les | |
| trois Principes ont leur naissance & leur croissance de la conjonction | |
| des Quatre Eléments tellement que paraissant notoirement | |
| dans la Genèse même que le Nombre de Quatre est préféré | |
| à celui de Trois, il est plus que raisonnable, que nous | |
| fassions ici de même, ne pouvant manquer nullement en suivant | |
| l'ordre que nôtre grand Dieu nous a prescrit lui même | |
| de son propre doigt. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il en est de même dedans nôtre oeuvre des Philosophes, comme |
|
| je vous le démontrerai en suite. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Nous sommes donc certains que les Trois Principes, le Souphre, |
|
| le Mercure & le Sel ont leur origine & sont provenus de la conjonction | |
| des Quatre Eléments, comme les Quatre Eléments de | |
| la conjonction de la Première Matière & de la Forme universelle, | |
| qui sont les Principes simples de la Nature; que | |
| les Eléments aussi bien que les Principes, ou seconds Eléments, | |
| ne sont rien autre chose que la Première Matière, la quelle | |
| a reçue sa Forme de différentes manières; & que la Matière | |
| seconde provient de la commixtion des Eléments, la quelle | |
| est le plus sujet aux accidents & qui vient à souffrir les tours & | |
| vicissitudes de la génération & de la corruption. | |
| H h Trismé- | |
@
120
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Trismégiste dit bien en peu de paroles, mais qui sont de grand |
| | efficace, & qui méritent d'être bien considérées. |
| |
|
| | Quod est superius simile est ei quod est inferius. |
| | C'est à dire: |
| | Ce qui est en haut est semblable à ce qu'il est en bas. |
| | Car les choses en haut & en bas sont bien faites & créées d'une |
| | même Forme & d'une même Matière, mais au regard de leur |
| | lieu, de leur commixtion & leur perfection elles sont fort |
| | différentes. |
| |
|
| | Monsieur J. d'Espagnet parle fort agréablement & intelligiblement |
| | de la Première Matière de la Pierre des Philosophes |
| | en comparaison de cette très ancienne & première masse, de |
| | la quelle toutes les choses sont sorties, lors qu'il dit: |
| |
|
| | Antiquae illius massae confusae seu Materia Primae specimen aliquod |
| | nobis Natura reliquit in Aqua sicca manus non madefaciente, |
| | quae ex Terrae vomicis aut etiam lacubus scaturiens, |
| | multiplici rerum femine praegnans effluit, tota, calore etiam |
| | levissimo, volatilis; ex qua cum suo masculo copulata qui |
| | intrinseca Elementa eruere & ingeniose separate, ac iterum |
| | coujungere noverit, pretiosissimum Naturae & artis arcanum, |
| | imo coelestis essentia compendium adeptum se jactet. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | La Nature nous à laissé quelque signe ou marque de cette très ancienne |
| | masse confuse de la Première Matière dedans cette |
| | Eau qui ne mouille pas les mains, la quelle étant imprégnée |
| | de plusieurs sortes de semences des choses, proflüe des cavités |
| | & des profondités de la terre, étant volatile même par un |
| | feu très petit; celui qui sait ingénieusement séparer & rejoindre |
| | les Eléments intrinsèque d'icelle, quand elle est copulée |
| | avec son mâle, il se peut vanter d'avoir acquis le secret le |
| | plus précieux de la Nature & de l'art, & même un abrégé |
| | d'une Essence céleste. |
| |
|
| §. 4. | Les Quatre Eléments ne peuvent pas être trouvés ni acquis chacun |
| Que les Qua- | à part & séparés de toute commixtion & ces Eléments ne
|
| tre Eléments | sont pas simples ni à part, mais plus tôt mêlés inséparablement
|
| ne peuvent | ensemble; tellement que la Terre, l'Air & l'Eau sont plus
|
| être trouvé | tôt des Eléments parfaisant, ou des particules parfaisantes,
|
| chacun à | & des corps, que des Eléments, les quels peuvent bien véri-
|
| part. | table-
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 121
| tablement être appelé des réceptacles & des mères des Eléments: | |
| car la Nature se sert pour l'oeuvre de la génération des | |
| Eléments tels qu'ils sont impalpables & incompréhensibles | |
| pour les sens, à cause de leur subtilité & incorporalité, jusques | |
| à tant qu'ils soient assemblés & conjoints à une matière, | |
| ou corps épais. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| C'est ainsi qu'il en va aussi avec notre oeuvre des Philosophes: |
|
| mais il faut que je vous dise en passant, que les Eléments, des | |
| quels la Nature se sert pour la génération des Animaux, | |
| sont plus subtils, invisibles & insensibles, comme nous en | |
| avons fait mention autrefois en discourant de la génération des | |
| animaux. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| J'en suis d'accord avec vous, &, ce qui est digne d'admiration, |
|
| c'est que tous les composés se laissent pourtant réduire en des | |
| Eléments sensibles, c'est ce que Lucretius exprime fort bien | |
| quand il dit: | |
| |
|
| Ex insensibilitus omnia consistunt Principiis. | |
| C'est à dire: | |
| Toutes choses sont faites des Principes insensibles. | |
| |
|
| Tous les mixtes ou composés semblent bien extérieurement d'être |
|
| consolidés seulement de deux Eléments à savoir de l'Elément | |
| de l'Eau & de la Terre, mais les deux autres Eléments | |
| sont cachés sous ceux ici en vertu & en puissance, vu que | |
| l'Air étant invisible à notre regard, est en quelque façon compté | |
| entre les êtres spirituels; & le Feu de la Nature ne peut | |
| être touché ni séparé par aucun artifice, puisqu'il est le Principe | |
| Formel, car la Nature des Formes ne peut être soumise | |
| au jugement des sens parce qu'elle est spirituelle. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je viens de vous dire qu'il en va de même en nôtre Oeuvre des |
|
| Philosophes, comme il vous plaît de nous en faire part par | |
| vôtre Théorie, & si vous en désirez d'entendre réciter les expériences | |
| je vous les raconterai. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Fort Volontiers. |
|
| H h 2 VRE- | |
@
122
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Ayez donc un peu de patience pour m'écouter. |
| |
|
| | Puisque vous avez confirmé par des raisons assez solides que le |
| | Nombre de Quatre doit être préféré en rang au Nombre de |
| | Trois, il ne sera pas besoin de les répéter, ni de les réfuter, |
| | mais j'y ajouterai seulement les choses que l'expérience |
| | m'en a découvert dedans l'oeuvre des Philosophes. |
| |
|
| §. 4. | Lors que j'ai commencé à faire la séparation de la Lumière des |
| De la sépa- | Ténèbres de nôtre Chaos, j'ai vu que l'Air & l'Eau se sont
|
| ration de la | présenté au dessus de la Matière comme une rosée, ou comme
|
| Lumière des | une sueur, & ce fort lentement & doucement que le Feu
|
| Ténèbres de- | joint à la Terre sont allés peu à peu en bas vers le fond; Que
|
| dans l'oeuvre | le Feu s'unit ou commencement si fermement à la Terre, qu'il
|
| des Philoso- | ne s'en laisse aucunement séparer, & qu'il ne se veut relever
|
| phes. | en haut, devant que la Première couleur (entendez la Noire
|
| | les Ténèbres ou la Putréfaction, soit tout à fait passée ou |
| | précipitée, & que la couleur Blanche, ou la couleur de la Lumière, |
| | soit découverte; c'est alors que l'Elément Feu vient |
| | au jour, le quel se fait assez connaître par la lueur, par sa couleur, |
| | & par les opérations qu'il fait par & dedans les autres |
| | Eléments, laissant le Feu Central à la Terre & la Lumière à |
| | l'Eau & à l'Air de la Matière. |
| |
|
| | Ainsi se sépare le Nombre de Quatre, (entendez les Quatre Eléments) |
| | de nôtre Chaos, & ainsi se produit le Nombre de |
| | Trois (à savoir les Trois Principes, le Souphre, le Mercure |
| | & le Sel) par cette opération ou séparation; & ainsi sont |
| | engendré les seconds Eléments des Premiers Eléments; les |
| | quels se laissent exalter & parfaire par l'art en des Principes plus |
| | subtils & meilleurs, jusques à qu'un Artiste en fasse naître un |
| | être d'une durée & d'une perfection éternelle, par sa sage conduite, |
| | & qui soit résistant aux Eléments sans être sujet à aucun |
| | changement. |
| §. 5. | Ce qu'il vous a plu de dire ci devant des Eléments, & particulièrement |
| Démonstra- | que les dits Eléments ne peuvent pas être trouvé chacun
|
| tion par l'oeu- | à part, sans aucune commixtion; que le Eléments communs
|
| vre des Phi- | devraient plus tôt être appelés des matrices ou des réceptacles
|
| losophes que | des premiers Eléments, & que la Nature se sert des
|
| les Elé- | Eléments impalpables & insensibles pour les sens, & quasi spirituels;
|
| | rituels; |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 123
| cela est très vrai, car on le trouve tout de même dans | ments ne peu-
|
| l'oeuvre des Anciens, puisque la génération de la Pierre des | vent être
|
| Philosophes, selon le dire des vrais savants, se doit faire de | à part.
|
| dans les Eléments communs, avec iceux, & par les mêmes Eléments, | |
| mais ce qui a fait au commencement l'imprégnation | §. 6. |
| dans la matrice des métaux, & ce qui rend l'étincelle mou- | ce que c'est
|
| vante, ou la semence de leur sperme, opérante, & ce qui la | que l'étincelle
|
| tient dans cet état végétant jusques au temps de la nativité | opérante de-
|
| de ce fruit Philosophique, ce n'est rien autre chose que les E- | dans la Pierre
|
| léments astraux intérieurs, ou bien la Lumière du Ciel, qui | des Philoso-
|
| agissent continuellement dedans les Eléments communs com- | phes.
|
| me dedans l'Air, l'Eau, le lieu & la Terre de la matière, & | |
| ce par l'aide de l'Artiste & par le feu matériel extérieur; & ce | |
| sont ces mêmes Eléments les quels, agissants ainsi, tendent jusqu'à | |
| la perfection entière de l'enfant Philosophique, le quel | |
| doit provenir en perfection, sans faire aucun détriment à sa | |
| mère, qui sont les quatre Eléments vulgaires, tout de même | |
| comme le fruit d'un animal se produit en perfection, sans faire | |
| aucun dommage à ses père & mère. | |
| |
|
| Si les Quatre Eléments pouvaient être séparé d'ensemble (ce |
|
| que la Sage mère la Nature n'a jamais permise) nôtre fruit | |
| jouirait tout aussi peu de croissance qu'un arbre ou quelque | |
| autre végétal, le quel étant seulement privé entièrement un | |
| moment de temps d'un seul des Eléments serait réduit aussi | |
| tôt dans un état qu'il n'en serait jamais à espérer aucun accroissement. | |
| Pensez un peu, je vous prie, si l'Elément de | |
| Feu manquait, si le végétal, étant privé de l'âme végétante, | |
| qui consiste au Feu Elémentaire, ne mourrait incontinent? | |
| S'il était privé de l'Air, s'il ne périrait tout aussi | |
| tôt, vu que le Medium Conjungendi duo extrema, qui sont | |
| le Feu & l'Eau étant ôté, il ne le pourrait plus faire refaire | |
| aucune conjonction, & par conséquent il ne se pourrait plus | |
| faire aucune croissance, parce que l'Air est celui qui unit le | |
| Feu & l'Eau à la Terre, & le quel est attiré du végétal, | |
| par une vertu aimantine, qui lui est innée, & ce par les | |
| veines & les pores qui lui servent d'en pouvoir croître & s'augmenter | |
| par icelui en quantité & en qualité. Si l'Elément de | |
| l'Eau n'était, de quelle façon le végétal pourrait il jeter | |
| & étendre sa racine dans la Terre & par quelle voie pourrait | |
| I i l'Air | |
@
124
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | l'Air conduire le Feu, qui est la nourriture principale de son |
| | âme végétante, pour son entretien? ne serait il pas incontinent |
| | réduit en ses Principes? Et si la Terre venait à faillir, sur |
| | quoi est ce que le végétal se reposerait? Si vous m'objectez |
| | qu'il y a bien des végétaux qui croissent sur l'Eau & dedans |
| | l'Eau, qui s'y multiplient, & qui ne touchent en aucune |
| | façon à la Terre? Je vous donnerai pour réponse, que je |
| | connais bien ces végétaux aussi, mais qu'il est à considérer |
| | sur quoi que l'Eau reposerait elle même? |
| |
|
| §. 7. | C'est ainsi, & tout de même avec nôtre végétal des Philosophes; |
| Qu'il faut | car en cas que l'Artiste ne gouvernerait les Quatre Eléments,
|
| que l'Artiste | qui sont dedans nôtre oeuvre, de la même manière,
|
| procède de | que fait la Sage mère la Nature, selon les ordonnances
|
| même avec | de ce grand Dieu, qu'il lui à plu d'établir dès le commencement
|
| l'oeuvre des | pour l'entretien & pour le gouvernement du Macrocosme
|
| Philosophes | ou du grand Monde, nous travaillerions assurément
|
| comme la Na- | en vain, & n'aurions jamais à espérer aucun succès heureux:
|
| ture procède | mais en cas que nous laissions éclairer nôtre Air tout doucement
|
| dedans le | de nôtre Soleil, suivant la Sage mère la Nature; que
|
| grand Monde. | nous fassions pénétrer nôtre Air ainsi imprégné dedans notre
|
| | Eau, & que nous laissions imbiber nôtre Terre de ces dits |
| | Eléments imprégnés de cette façon; que nous la fassions tout |
| | doucement suer, moyennant la commotion naturelle de |
| | nôtre soleil & de nôtre feu central, tellement qu'elle soit |
| | arrosée de nuit par la rosée, & puis étant séchée de jour |
| | qu'elle devienne à se sécher autant qu'elle commence à fendre |
| | comme une terre grasse & fertile se crève & se fende par |
| | la chaleur du Soleil: que puis après elle soit arrosée d'une |
| | pluie fertile, re-séchée, & qu'il soit ainsi continué en l'arrosant |
| | & la séchant; ainsi nôtre végétal croîtra & s'élèvera |
| | de nôtre Terre, comme il se fait d'un Végétal commun |
| | selon le cours de la Nature. |
| |
|
| | Voyez, mon très cher, combien étroitement que nôtre oeuvre |
| | correspond aux oeuvres de la Nature au Règne Végétal, |
| | Animal & Minéral. |
| |
|
| | Ceci soit dit assez des Eléments en général, passons à ct'heure aux |
| | Eléments particuliers & avançant de nôtre pied sur le quatrième |
| | Degré nous recommencerons nôtre discours de l'Elément |
| | ment |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 125
| le plus haut, à savoir du Feu, le quel ne viendra pas | |
| mal ici en suite, vu que nous avons déjà traité quelque | |
| peu de la Génération, & que cet Elément représentera, | |
| après Dieu & après son vicaire, le Soleil, la principale personne | |
| dans nôtre Histoire de la Nature. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vôtre intention est bonne: j'en suis bien content; vous vous |
|
| reposerez un peu, si vous plaît, en attendant que je fasse le | |
| commencement de ce discours, & que j'entame cette agissante | |
| matière. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je vous obéirai. |
|
| |
|
| Ii 2 LE QUA- | |
@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 127
| L E Q U A T Rième D E G R E'. |
|
| DE L'ELEMENT DU FEU. | |
| E T D U F E U D E S P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Que les Prophètes & les Philosophes ont comparé Dieu souvent à un Feu |
|
| & qu'ils l'ont dit même d'être un Feu. Qu'il n'y a pas d'autre Elément | |
| du Feu que celui du Soleil. Que tous les principes de la génération | |
| proviennent du Soleil. Le soleil est le premier opérateur dedans | |
| le Monde. Les générations sont de différentes qualités à proportion | |
| que le Soleil est proche ou éloigné. Exemples de cela au Royaume végétal. | |
| Au Royaume Animal. Et au Royaume Minéral. | |
| Quand l'homme reçoit l'âme raisonnable. Pourquoi Dieu a ordonné le | |
| lieu de sa demeure principalement dans le Feu. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
E Feu est le plus haut, le plus | §. 1. |
| excellent & le plus digne des Quatre Eléments, | Que les Prophè-
|
| & pour cette raison Moïse le Prophète, Trismégiste, | tes & les Philo-
|
| les Prophètes, les Apôtres, les | sophes ont com-
|
| Evangélistes, & une infinité d'hommes | paré Dieu à sou-
|
| Sages n'ont pas seulement comparé Dieu même | vent à un Feu,
|
| à un feu, mais l'ont aussi dit être un feu, | & qu'ils l'ont
|
| vu que ce grand Dieu tout puissant s'est manifesté souvent | dit même être
|
| en forme de feu, comme nous avons commencé à dire ci devant, | un Feu.
|
| & comme nous tâcherons de vérifier encore davantage |
|
| ici par des passages de la Sainte Ecriture. |
|
| |
|
| Car au Chapitre 16ième, verset 15ième du Livre 4ième de |
|
| Moïse, appelé Nombres, est écrit. | |
| |
|
| Le feu sortant du Seigneur consuma les deux cent cinquante |
|
| hommes qui offraient la perfumigation. | |
| |
|
| Au I. L. des Chroniques C. 21. v. 16. | |
| Le Seigneur exauça David par le feu du ciel sur l'autel de |
|
| l'holocauste. | |
| |
|
| Psaume 18. v. 9. | |
| Fumée montait de ses narines & feu de sa bouche qui consumait, |
|
| & charbons s'embrasaient de lui. | |
| K k Et au | |
@
128
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Et au v. 13. |
| | De la lueur qui était devant lui ces grosses nuées partirent, & |
| | charbons de feu. |
| |
|
| | Ps 80. v. 2. |
| | O Pasteur d'Israël, toi qui es assis entre les Chérubins montre |
| | ta splendeur. |
| |
|
| | v. 4. |
| | O Seigneur ramène nous & fait luire ta face & serons délivrés. |
| |
|
| | v. 5. |
| | O Seigneur Dieu des armées jusqu'à quand fumeras tu encontre |
| | l'oraison de ton peuple? |
| |
|
| | Ps 84. v. 12. |
| | Le Seigneur Dieu nous est Soleil & bouclier. |
| |
|
| | Ps 97. v. 2. |
| | Nuée & obscurité épaisse sont à l'entour de lui; justice & jugement |
| | sont la base de son siège. Le feu chemine devant lui & |
| | embrase tout au tour ses adversaires. |
| |
|
| | v. 5. |
| | Les montagnes fondent comme cire pour la présence de l'Eternel. |
| |
|
| | Ps 104. v. 2. |
| | Il s'accoutre de lumière comme un vêtement, & étend les |
| | cieux comme une courtine. |
| |
|
| | Jesaie c. 23. V. 14. |
| | Le quel de nous pourra habiter avec le feu dévorant? |
| |
|
| | Ch. 60. v. |
| | Tu n'aura plus le soleil pour la lumière du jour, mais le seigneur |
| | te fera pour lumière éternelle, & ton Dieu pour ta magnificence. |
| |
|
| | Ezechiel Ch. 34 v. 2. |
| | La Terre resplendissait de sa gloire. |
| |
|
| | Esdras L. 4. Ch. 2. v. 35. |
| | Soyez préparés aux salaires du royaume: car la lumière éternelle |
| | luira sur vous à perpétuité. |
| |
|
| | Ch. 8. v. 23. |
| | Du quel le regard sèche les abîmes, & l'indignation fait abaisser |
| | les montagnes. |
| |
|
| | J. Syrach. Ch. 22. v. 25. |
| | Il ne connaît point que les yeux du Seigneur sont dix mille fois |
| | plus clairs que le soleil. |
| | Saint |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 129
| Saint Jean Ch. 1. v. 4. | |
| En la parole était la vie, & la vie était la lumière des hommes, |
|
| |
|
| Ch. 12. v. 46. | |
| Je suis la lumière qui suis venu au monde afin que quiconque |
|
| croit en moi ne demeure point en Ténèbres. | |
| |
|
| Actes des Apôtres. Ch. 2. V. 3. | |
| Et leur apparurent langues départies comme de feu, & se posèrent |
|
| sur un chacun d'eux. | |
| |
|
| Ch. 26. v. 13. | |
| Je vis, ô Roi, en chemin à midi une lumière du Ciel plus grande |
|
| que la splendeur du soleil reluire à l'entour de moi. e. c. | |
| |
|
| Saint Paul à Timothé Ep. 1. c. 6. v. 16. | |
| Le Seigneur des Seigneurs qui a seul immortalité & habite lumière |
|
| inaccessible, le quel nul des hommes n'a vu, & ne | |
| peut voir. | |
| |
|
| Aux Hébreux. Ch. 12. v. 29. | |
| Aussi nôtre Dieu est un Feu consumant. |
|
| |
|
| L'Epît. de St. Jean Ch. 1. v. 5. | |
| Nous vous annonçons que Dieu est lumière & n'y a nulles ténèbres |
|
| en lui. | |
| Une très grande quantité des savants ont cru que l'Elément Feu | §. 2. |
| avait sa propre sphère à l'entour & au dessus de l'Air, & cette | Qu'il n'y a pas
|
| opinion est encore acceptée de la plus part des Philosophes de | d'autre Elément
|
| ces temps! mais ceux qui s'entendent à la vraie Philosophie | du Feu que
|
| de Moïse, & de Hermès Trismégiste, ils ne connaissent au- | celui du
|
| cun autre feu de Nature que la lumière du soleil: & c'est sans | soleil.
|
| doute pour cette raison que Moïse n'a fait aucune mention | |
| en sa Genèse de l'Elément de Feu comme il a fait de la Terre, | |
| de l'Eau & du Ciel, à cause qu'il avait dit que la Lumière | |
| (qui était le vrai feu de la nature) était créée le premier jour. | |
| |
|
| Lors que le grand Dieu avait séparé la lumière des Ténèbres au |
|
| commencement de la Création du Monde, & que de la Lumière | |
| il avait formé le soleil, il lui a donné alors aussi la chaleur | |
| vivifiante, afin qu'il pourrait communiquer & rendre tous les | §. 3. |
| autres corps de l'univers participants de l'esprit igné de la béné- | Que tout les
|
| volence de sa chaleur, car c'est de la chaleur du soleil que pro- | principes de
|
| flüent généralement tous les Principes de vie & de génération. | la génération
|
| Monsieur d'Espagnet parle fort ingénieusement du soleil, in sua | proviennent
|
| Physica restituta, quand il dit: | du soleil.
|
| K k Sol | |
@
130
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Sol creatoris universi est oculus, quo sensibiles suas creaturas sensibiliter |
| | intuetur, quo blandientes amoris sui radios in eas effundit |
| | quô se conspicuum illis exibet, vix enim insensibilem |
| | autorem natura sensibilis agnovisset: propterea corpus |
| | tam nobile glorià suâ indutum sibi nobisque singere voluit, cujus |
| | radii Divinitati proximi sunt spiritus & vita. Ab illo universali |
| | Naturae principio calor omnis insitus tam in Elementa |
| | quam mixta destuit, qui ignis nomen meruit; ubicunque enin |
| | calor spontaneus, motus naturalis, aut vita hospitatur, ibi suum, |
| | ignem, tanquam corum principium, & primum Elementorum |
| | motorem Natura occultavit, à quo Elementa etiam sensibilia, |
| | seu Mundi nostri Provinciae Elementatur, & velut |
| | animantur; arctius tamen terrae utero constrictus, propter |
| | ejus densitatem & frigiditatem, inhaeret. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le soleil est l'Oeil du Créateur de l'univers, par le quel il regarde |
| | sensiblement ses créatures sensibles, par le quel il verse les |
| | rayons flattant de son amour sur elles: par le quel il se rend |
| | manifeste à icelles; car la Nature sensible aurait difficilement |
| | reconnue un auteur insensible; c'est pourquoi qu'il s'est voulu |
| | faire un corps tant noble & revêtu de sa gloire pour lui & |
| | pour nous, du quel les rayons étant très proches à la Divinité, |
| | sont esprit & vie. Toute chaleur qui est par tout descend |
| | de ce Principe universel de la Nature, aussi bien dedans les |
| | Eléments que dedans les mixtes, la quelle à mérité le nom de |
| | feu; car là où il loge une chaleur volontaire, un mouvement |
| | naturel ou la vie, c'est là où la Nature à occultée son feu, comme |
| | leur Principe, & comme le premier moteur des Eléments, |
| | du quel, même les Eléments sensibles, ou les Provinces de nôtre |
| | monde reçoivent leur Eléments & deviennent être comme |
| | animés; ce feu se tient pourtant plus étroitement au centre |
| | ou à l'utere de la Terre à cause de la froidure & de la solidité |
| | d'icelle. |
| §. 4. | Le soleil emplit de son esprit & de sa vertu vivifiante tous les |
| Le Soleil | autres Eléments, Principes & composés. Il assemble les Eléments
|
| est le pre- | à l'oeuvre de la génération, il les unit & les vivifie, car
|
| mier Opérateur | le feu de la Nature est le premier opérateur dans le monde, il
|
| dedans le | a sa résidence dans le soleil & verse ses vertus par ses rayons,
|
| monde. | par & avec l'Air dans l'Eau, & par le moyen de ceux là dans
|
| | la Ter- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 131
| la Terre, & par tous ceux ici dedans les semences des végé- | §. 5. |
| taux des Animaux & des Minéraux, afin qu'ils puissent infini- | Les générations
|
| ment croître & se multiplier, de sorte que je dis, que le soleil, | sont de dif-
|
| étant le premier moteur & opérateur de la Nature, vient à faire | férentes qua-
|
| toutes les opérations par sa chaleur à proportion qu'il est proc- | lités à pro-
|
| he ou éloigné de la Terre, car tant plus proche que la lumière | portion que le
|
| étend sa chaleur vers la Terre, tant plus vivement, & au | soleil est
|
| contraire tant plus qu'elle demeure éloignée de sa superficie, | proche ou
|
| tant plus lentement, qu'elle cause les générations, & tant plus | éloigné comme
|
| imparfaits deviennent les composés. | il paraît.
|
| |
|
| Vous pourrez prendre des exemples très apparents de ce que je | §. 6. |
| viens de dire dans tous les Trois Royaumes de la Terre: | Au Royaume
|
| | végétal.
|
| Et considérant premièrement le Royaume Végétal; on trouvera |
|
| que les végétaux, qui étaient aux Indes & es autres lieux | |
| où le soleil cause une grande chaleur, sont beaucoup plus | |
| grands de corps & de vertus que ceux qui croissent ici aux | |
| Pays Bas. Que la ciguë & d'autres herbes vénéneuses ne font | |
| pas seulement mourir ceux qui en mangent en ces pays là, | |
| mais tuent même par l'odorat, des quelles les animaux mangent | |
| ici sans en recevoir aucun dommage. Que les arbres parviennent | |
| en ce pays épaisses de plusieurs brassées, les quelles | |
| étant crûs ici jusques à leurs plus grande perfection ne | |
| sont guerre plus grosses que d'une brassée. | |
| |
|
| Touchant le Règne Animal; en regardant les hommes aussi | §. 7. |
| bien que toutes sortes d'autres Animaux, on verra qu'ils sont | Au Ro-
|
| beaucoup plus robustes & pourvus de bien plus d'esprit que | yaume
|
| ne sont ceux de ces Pays ici. Trouverait on bien ici des hom- | Animal.
|
| mes qui pourraient prendre l'un l'autre d'une main par un bras | |
| ou par une jambe pour lui faire ainsi le tour de la tête ou | |
| le jeter contre un arbre ou contre un parois comme il y en a | |
| dans les pays de Brésil à qui cela est facile de faire? Ne trouve | |
| on pas là des serpents d'une grandeur si épouvantable qu'ils | |
| peuvent engloutir des hommes, des pourceaux & des cerfs tous | |
| entiers, des quels il ne s'en trouvent ici qui soient guère plus | |
| que de l'épaisseur d'un bras? Des araignées de la grosseur de | |
| deux poings, qui ont même la hardiesse d'attaquer & de se | |
| combattre contre des crabes de mer, & qui les peuvent même | |
| survaincre? & que plus est, que des oiseaux de la granL | |
| l deur | |
@
132
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | deur des grives peuvent être arrêtés & pris dedans leurs filets? |
| | comme il est à voir aux voyages des Indes, & selon |
| | que la vérité m'en est encore confirmée depuis peu d'un homme |
| | qui avait demeuré sept ans aux Indes occidentales; & vous |
| | savez que les plus grosses araignées de ces pays ici ne sont pas |
| | de la grosseur du bout d'un doigt. |
| |
|
| | Et considérant les Minéraux, les Métaux & les Pierreries, com§. |
| 8. | bien que les pierreries sont précieuses & en quelle quantité l'or,
|
| Et au Royau- | l'argent & les pierres précieuses sont trouvé dedans les pays
|
| me Minéral. | chauds. Il s'en faut tout à fait émerveiller, & demeurer épouvanté
|
| | d'étonnement quand on lit les livres qui ont écrit de la |
| | grande puissance, des richesses & des magnificences du grand |
| | Turc, de l'Empereur de la Chine, de Japon & du grand Mongol, |
| | du Roi de Perse & de plusieurs autres grands Prince, |
| | des Indes, des quels il me souvient entre autres d'une Histoire |
| | que j'ai lu, il y a quelque temps, du dernier Roi de Pérou, |
| | qui avait fait fabriquer, au temps de la naissance de son fils, |
| | une chaîne d'or d'une telle pesanteur qu'elle ne pouvait être |
| | soulevée de deux cents des plus forts de la nation de Pérou, |
| | qui ont la renommée d'être bien robustes (si chaque personne |
| | pouvait soulever deux cents livres, le poids de 200. hommes |
| | porterait vingt & huit millions à raison de 700. tt. la |
| | livre d'or) |
| |
|
| | Quelle prodigieuse quantité d'or que les Espagnols ont reçu |
| | lors qu'ils ont occupé les Pays de Pérou cela n'est presque |
| | pas exprimable, & ne peut être dit en peu de paroles, |
| | mais nous épargnerons telles & d'autres histoires rares du même |
| | calibre pour un autre temps, lors que nous parlerons des |
| | trois Royaumes en particulier: Je vous prie, mon très cher, |
| | de considérer à l'encontre de ce que je viens de dire combien |
| | peu d'or, & d'autres métaux, de l'argent, & des pierreries que la |
| | chaleur du soleil vient à opérer & à produire dedans le terroir |
| | des Pays bas, & s'il vaut bien la peine de s'en ressouvenir. |
| |
|
| | Vous pouvez voir en tout ce que nous avons rapporté ici de |
| | quelle façon & combien inégalement ce puissant dominateur |
| | & recteur du Monde, le Soleil, vient à faire effusion de ses |
| | vertus & de ses dons à proportion de sa présence ou de son absence, |
| | & ce selon les ordonnances qu'il en reçoit de son créaIl |
| | teur. Il sem-
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 133
| semble que Virgile a été aussi de nôtre sentiment, quand il |
|
| dit: | |
| |
|
| Inde hominum pecudumque genus, vitaeque volantum, |
|
| Et quae marmoreo sert monstra sub aequore Pontus, |
|
| Igneus est illis vigor & coelestis origo |
|
| Seminibus. |
|
| |
|
| C'est à dire: | |
| C'est de là qu'est le genre des hommes & des brutes, & que sont |
|
| les vies des oiseaux: En les monstres de la mer ont une vigueur | |
| ignée ou de feu. Et les semences ont une origine céleste. | |
| | |
| |
|
| S E N D I V O G I U S parlant de l'Elément de Feu. | |
| |
|
| Ignis, inquit, est Elementum purissimum, & omnium dignissimum, |
|
| plenum adhaerentis unctuose corrosivitatis, penetrans, | |
| digerens, corrodens, maximè adhaerens, extra visible, intus | |
| vero invisible, fixissimum: Est calidum & siccum & temperatur | |
| Terrà. Ejus omnium purissima substantia & essentia | |
| cum Throno Divina: Majestatis in creatione primum elevata | |
| est: ex minus purissima ejus substantia Angeli creati sunt. | |
| Impura & unctuosa in centro Terrae ad continuandum motus | |
| operationem, à summo creatore sapientissimo relicta & inclusa | |
| est, quam nos gehennam vocamus. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le Feu est l'Elément le plus pur & le plus digne des tous, il est |
|
| plein d'un corrosif gras, il est pénétrant, extérieurement visible, | |
| mais intérieurement invisible, très fixe; il est | |
| chaud & sec, & se laisse tempérer par la Terre. Toute sa plus | |
| pure substance & essence s'est élevée à la création avec le trône | |
| de la Majesté Divine. Les Anges sont crées de sa substance | |
| moins pure. L'impure & l'onctueuse ou grasse est laissée & | |
| enfermée du très haut & très sage créateur dedans le centre de | |
| la Terre, pour continuer l'opération de la motion, la quelle | |
| nous appelons la géhenne ou l'Enfer. | |
| | §. 9. |
| C'est dans le Feu que les raisons vitales, & l'intellect sont com- | Quand l'hom-
|
| prises, les quelles l'homme reçoit de son créateur avec la pre- | me reçoit l'â-
|
| mière infusion de la vie étant dans l'état végétant, & c'est | me raison-
|
| alors que l'homme est doué de Dieu d'un âme raisonnable, | nable.
|
| & c'est pour lors qu'il est appelé l'image de Dieu. | |
| L l 2 Ce n'est | |
@
134
E S C A L I E R Des S A G E S.§. 10.
| Pourquoi Dieu | Pourquoi ce n'est pas aussi sans grandissimes raisons, que nôtre Dieu tout
|
| a ordonné | puissant à mis le siège de sa Divine Majesté dedans le Feu; car
|
| le lieu de sa | c'est pour cela qu'il ne peut souffrir aucune chose impure,
|
| demeure prin- | composée, ni tachée; Aucun homme ne peut même regarder
|
| cipalement | ni approcher ce grand Dieu vu que le feu le très subtil
|
| dans le Feu. | & le très pur, qui environne sa très Sainte Majesté Divine,
|
| | doit être présumé & cru tellement concentré, qu'il est impossible |
| | & tout à fait contraire à sa nature de souffrir aucune |
| | chose composée auprès de lui, sans le résoudre dans un moment |
| | en ses principes. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | Que les Feux d'en bas ont leur origine des Feux d'en haut. Ce que c'est |
| | que du feu & comment le feu vient manifeste. Les sortes de feux |
| | qui se trouvent dedans les Animaux. Dedans les végétaux. Et dedans |
| | Minéraux. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | V Ous avez, à ce me semble, assez solidement |
| | & assez bien discouru de l'Elément du Feu, & particulièrement |
| | de son origine; De la lumière; Du Soleil, |
| | & de ses influences dedans les composés, & de ses opérations |
| | en iceux: vous êtes même monté avec vôtre esprit |
| | jusques au feu glorieux qui environne le Trône du Créateur; |
| | mais vous avez parlé fort peu des feux matériels, terrestres, |
| | centraux, Souphreux, Minéraux & Mercuriels. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Il est vrai, mais je les ai réservé pour vous, afin que vous les résolviez |
| | par la clef de vos expériences. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Fort bien: je m'en vais donc l'entreprendre selon la petite ca§. |
| 1. | pacité de mon esprit, & tâcherai d'en faire mon commencement
|
| Que les feux | de la circonférence de la Terre, pour le finir au centre
|
| d'en bas ont | d'icelle, puisque nôtre oeuvre des Philosophes doit être
|
| leur origine | principalement produit en perfection par le Feu central de la
|
| des feux | Terre, nonobstant que toutes sortes de Feux, aussi bien
|
| d'en haut. | ceux d'en haut que ceux d'en bas, aient une grandissime
|
| | simpa- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 135
| sympathie ensemble, & que les feux d'en bas aient leur origine | |
| de ceux d'en haut. | |
| |
|
| Vous avez bien touché quelque chose du Feu qui est caché dedans |
|
| les Animaux pour autant qu'il est descendu du Feu ou | |
| de la Lumière du Soleil; qu'il les rend participants de la Lumière | |
| & de la vie, & même d'une telle manière qu'ils ont | |
| en leurs pouvoir de le multiplier en infini par le moyen de la | |
| transplantation & de la génération. Mais quelles sortes de | |
| Feux il y a encore dedans les Animaux outre celui là, vous | |
| n'en avez encore fait aucune mention; & puisqu'il s'y en | |
| trouve plus d'une sorte, par la voie de nôtre Anatomie chimique, | |
| qui sont utiles & nécessaires à savoir aux amateurs | |
| des sciences naturelles,il ne sera pas mal à propos de vous les | |
| communiquer ici par mes expériences. | |
| |
|
| Il faut que vous sachiez: Premièrement, qu'on appelle tou- | §. 2. |
| tes sortes de matières brûlables, du Feu, lors qu'elles sont | Ce que c'est
|
| allumées par quelque feu brûlant, comme du feu commun | que du Feu, &
|
| qui sert à la cuisson des viandes, ou d'un feu causé par une | comment le
|
| émotion subite, ou par une contrition des bois durs, ou par | feu vient
|
| la conjonction des deux matériaux contraires & concentrés | manifeste.
|
| en vertu. Car les superfluités de Nature qui se trouvent aux | §. 3. |
| hommes & autres animaux, comme sont les cheveux, les | Les sortes de
|
| ongles, la peau insensible, & (sans vous perdre le respect) | feux qui se trou-
|
| les excréments étant séchés, aussi bien que les sept parties ca- | vent dedans les
|
| pitales d'iceux, comme sont, le Coeur, le Cerveau, le Foie, | Animaux.
|
| le Poumon, les Nerfs & les Veines, les ossements durs & mous | |
| les muscles & les ligaments, avec toutes les matières que les | |
| corps des animaux peuvent livrer davantage, étant (dis je) | |
| bien séchées, se changent tout aussi bien en feu & en cendres | |
| que les bois secs ou autres matières brûlables: Et les raisons, | |
| pourquoi cela se fait ainsi ne sont autres; si non, que nous | |
| pouvons tirer, par nôtre art chimique, de toutes sortes des | |
| corps des animaux, un souphre très parfait, & qui est tout | |
| à fait égal à celui du quel on se sert pour en faire des allumettes, | |
| comme je vous ferais paraître par mes expériences ici | |
| en suite. | |
| |
|
| Secondement: Il se trouve un espèce de Feu humide dedans les |
|
| animaux, le quel est fermentant, digérant & séparant les | |
| M m viandes | |
@
136
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | viandes & nutriments en des matières pures & impures, parfaisant |
| | les pures en chyle, le chyle en sang, & le sang jusques |
| | à une nourriture & un entretien général des sept parties capitales |
| | susdites des Animaux, & jusques à la production non |
| | seulement du sperme, mais aussi même jusques un soutien & |
| | refocillation des esprits vitaux, & séparant les impures par les |
| | émonctoires & particulièrement par la sueur, par l'urine & |
| | par la selle. |
| |
|
| | Tiercement: Il se tire un feu des corps des Animaux le quel est |
| | fort semblable à celui de l'esprit de vin lequel se prépare de |
| | la façon suivante. |
| |
|
| | Prenez les corps de quelques animaux, séparez en les superfluités |
| | de nature & les excréments, hachez les bien menus, cuisez |
| | les si long temps avec de l'eau commune que vôtre matière |
| | animale soit devenue insipide, & que l'eau en aie tirée toute |
| | la substance; faites rafraîchir cette liqueur jusqu'au point |
| | qu'elle soit propre pour la faire fermenter selon l'art, laissez |
| | la bien travailler, & tirez en alors l'esprit par l'alambic, & |
| | vous en recevrez un esprit qui ne sera pas seulement buvable, |
| | mais qui se laissera allumer aussi de la même façon que |
| | l'esprit de vin. |
| |
|
| | En Quatrième lieu: On peut tirer un Feu humide des corps des |
| | Animaux, & particulièrement, de leur cheveux, ongles, |
| | cornes, & de leur urine, le quel est capable de produire des |
| | beaux effets en Médecine par la vertu de sa grandissime spiritualité, |
| | & plus particulièrement encore, quand on l'a mis à |
| | fermenter selon l'art, lors qu'il s'en fait un esprit tellement |
| | subtil, qu'il ne pénètre pas seulement intérieurement le corps |
| | tout entier comme un éclair, mais qu'il est aussi capable d'amener |
| | avec lui & de conduire les souphres des végétaux dedans |
| | les corps des animaux, & de les guérir de leurs maux |
| | quasi en un moment de temps, c'est de quoi nous nous entretiendrons |
| | une autre fois plus amplement. |
| |
|
| | En Cinquième lieu. Il se trouve un feu dedans les animaux, le |
| | quel nous pouvons véritablement appeler le vrai réceptacle |
| | de l'humide radical, puisque c'est icelui qui arrête & lie |
| | l'humide radical en son sein, & que c'est icelui qui est le |
| | princi- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 137
| principal lien de tout le corps composé qui lie les Eléments ensemble, | |
| & encore que les Eléments viennent à être séparés, | |
| & qu'ils sont j'à séparés, ce feu demeure persistant éternellement, | |
| & résiste même si vigoureusement contre le feu matériel | |
| tout dévorant & tout détruisant, qu'il ne peut pas seulement | |
| dissoudre les cendres des corps des animaux brûlés, & | |
| les parfaire à un corps diaphane pareil à celui d'un verre ou | |
| d'un Cristal, mais qui est même capable d'arrêter leur souphre | |
| volatil, & de fixer & l'élever à une matière blanche, | |
| claire, transparente & résistante au feu comme un Cristal. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous parlez des choses presque si rares & si admirables comme |
|
| on en récite du Poisson Eschiné ou Rémora, lequel, à ce | |
| qu'on dit, peut arrêter en un moment une navire en pleine | |
| voile, & la rendre, quasi au même instant, immobile. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il s'en faut guère; & quand je vous dirais, que l'on peut rendre |
|
| l'esprit brûlant, qui est tiré du suc des corps des animaux, | |
| (comme nous venons de dire) non seulement corporel mais | |
| aussi résistant au feu, & ce par le moyen d'un feu qui se trouve | |
| dans les même corps des animaux, vous aiguiserez bien les | |
| oreilles encore d'une autre façon, & n'en croirez peut être | |
| non plus rien que du susdit poisson Rémora, nonobstant qu'il | |
| soit bien faisable & assez souvent passé par nos mains, comme | |
| nous dirons ailleurs plus au long quand nous entamerons nôtre | |
| discours des sels. | |
| |
|
| En Sixième lieu: j'ai trouvé encore une espèce de Feu dans les |
|
| corps des animaux, qui attaque & dissout pour la plus part | |
| les corps des végétaux, Animaux & des Minéraux en chemin | |
| humide aussi bien, qu'en chemin sec, puisque ce feu est de la | |
| nature du Salpêtre & qu'il peut faire toutes les opérations | |
| qu'on attribue au Salpêtre. | |
| |
|
| En Septième lieu: je puis dire que les corps des Animaux sont |
|
| encore doués d'un autre feu, qui est de la nature du sel commun, | |
| dont on se sert à la cuisine & qui fait les même effets du | |
| sel de mer. | |
| |
|
| Voila les sortes de feux qui se trouvent dedans les corps des |
|
| M m Ani- | |
@
138
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Animaux, & qui en peuvent être tirés effectivement. |
| |
|
| | Voyons un peu à ct'heure de quelles sortes de Feux que les Végétaux |
| | sont imprégnés. |
| |
|
| §. 4. | Les Végétaux sont doués de deux sortes de Feux différents, outre |
| Dedans les | cette étincelle de leur vertus & de leur qualités qu'ils ont
|
| végétaux. | reçus par l'infusion première du soleil ou de la lumière.
|
| | L'un en étant volatile & l'autre fixe. Le volatile est de trois |
| | sortes, à savoir; un esprit ardent, une huile, & un esprit |
| | ou sel volatile. Le Feu fixe est de deux sortes: un Acide & |
| | un Alcali. |
| |
|
| | Nous trouvons que le Feu spirituel se découvre lors que les végétaux |
| | sont hachés, fermentés & distillés, car c'est alors que |
| | l'esprit passe fort volontiers par l'alambic, comme si c'était |
| | un esprit de vin, & se laisse de même allumer par les vapeurs |
| | du souphre, comme nous avons dit ci devant du feu humide |
| | animal. |
| |
|
| | Le second feu qui se trouve dans les végétaux est leur huile, |
| | la quelle se laisse aussi allumer, encore qu'elle puisse de même |
| | être réduite par l'art à une matière résistante au feu, comme |
| | nous avons dit quand nous avons tenu discours du feu |
| | animal. |
| |
|
| | Le Troisième Feu que les végétaux contiennent est leur esprit |
| | & leur sel volatil les quels sont leur opérations de la même |
| | manière que l'esprit d'urine, mais il est à remarquer que quelques |
| | uns végétaux donnent plus, les autres moins de sel volatil, |
| | à proportion de leur qualité qu'ils ont reçus au commencement. |
| |
|
| | Le Quatrième Feu se découvre au sel acide, duquel l'artiste |
| | sait tirer un esprit de sel ou de Nitre pour s'en servir pour les |
| | objets Mercuriels ou souphreux comme bon lui semble. |
| |
|
| | Le Cinquième Feu qui est dans les végétaux, est le sel fixe qui |
| | reste dedans les cendres des végétaux brûlés, qui s'en tire par |
| | le moyen de l'eau commune. Ce sel est dit, à bon droit, sel |
| | fixe, à cause qu'il est capable de dissoudre même la Terre fixe |
| | & de l'aider à parvenir jusqu'à une matière fixe & résistante |
| §. 5. | au feu comme le verre.
|
| Et dedans | Il nous reste encore le Feu Minéral qui se trouve par nôtre anatomie
|
| les Minéraux. | dedans les minéraux & dedans les métaux & qui est véritablement
|
| | rita- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 139
| une humidité sure ou corrosive, vu que tous les | |
| métaux & minéraux se laissent dissoudre par un tel feu humide | |
| & vaporeux, ce que ne se pourrait faire, s'il n'y avait un tel | |
| feu pareil caché dedans les sels fixes & volatils des métaux & | |
| des minéraux, car chaque chose aime son semblable, & se | |
| délectent par ensemble: c'est pourquoi que les atomes ou | |
| les particules de ces feux humides ou esprits salins savent si | |
| bien pénétrer & entrer dedans les pores des métaux & des minéraux, | |
| qu'ils viennent aussi tôt attaquer les sels, qui sont | |
| joints & unis avec leur Souphre & leur Mercure per minima, | |
| & qu'il les font fondre fort volontiers avec eux, | |
| & en leur propre nature, à cause que la plus grande partie | |
| des corps des métaux est un sel fixe coagulé, & qu'ils possèdent | |
| aussi fort différemment peu ou beaucoup de sel fixe ou | |
| volatil à proportion de leur qualités différentes. | |
| |
|
| Il est à remarquer ici, que ce feu humide qui se trouve au Royaume |
|
| Minéral, est de deux sortes. L'une sorte étant de la | |
| nature du Souphre, l'autre de celle du Mercure. | |
| |
|
| Les métaux que nous jugeons être plus de la Nature du Mercure |
|
| que du souphre sont: le Plomb, l'Etain, le | |
| Fer, le Cuivre, l'Argent, & le vif argent, ce qu'il me semble | |
| de paraître par là, que les dits métaux se laissent fort facilement | |
| attaquer, fondre & dissoudre par les feux humides | |
| souphreux, par ce que le souphre comme la mâle agit fort | |
| volontiers dans la femelle, qui est le Mercure, puisqu'il l'embrasse | |
| & qu'il l'accepte avec grand amour. | |
| |
|
| Et que l'Or contient plus de Souphre que de Mercure, cela est |
|
| évident par là, qu'il ne se laisse aucunement unir par des dissolvants, | |
| souphreux, mais qu'au contraire il se laisse fort volontiers | |
| aborder, fondre & dissoudre par des feux humides | |
| mercuriels; car vous cuirez bien long temps l'or avec un esprit | |
| de Salpêtre, avec un esprit de vinaigre, ou de vitriol: ou | |
| le rôtirez une infinité de temps avec du Salpêtre ou avec du | |
| vitriol corporel devant que l'or soit diminué par iceux de la | |
| pesanteur d'un seul grain, ou qu'au contraire ces esprits attaquent | |
| & dissolvent la plus part fort volontiers, les susdits | |
| Plomb, l'Etain, le Fer, le Cuivre, l'Argent & le vif | |
| argent. | |
| N n Vous | |
@
140
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Vous bouillirez aussi bien long temps les susdits métaux, & particulièrement |
| | le Saturne, le Mercure & la Lune avec de l'eau |
| | royale, ou avec quelque autre feu humide, où il y a du sel de |
| | mer ajouté, sans qu'il s'en laisse dissoudre fort peu de chose, |
| | au lieu que l'Or se joint fort volontiers avec eux. |
| |
|
| | Ce qui est dit ici des métaux & de leurs dissolvants peut être entendu |
| | aussi des minéraux; vu que les minéraux ne sont autre |
| | chose que des métaux imparfaits comme les métaux imparfaits |
| | sont aussi sur le chemin de parvenir à la perfection de l'Or. |
| |
|
| | Je ne trouve pas à propos de discourir davantage de cette matière |
| | ici, ni de toucher tous les minéraux en particulier en ce |
| | lieu, la matière en étant trop ample pour l'entretien que |
| | nous avons entamé de l'Elément du Feu: il nous reste seulement |
| | de faire encore un peu mention d'une sorte de Feu, qui |
| | est le Feu Central, du quel nous nous servons à nôtre oeuvre |
| | des Philosophes, & puis nous tâcherons de finir nôtre discours |
| | de cet Elément. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E III.
|
| |
|
| | Ce que c'est que le feu central de la Terre. Que le feu des Philosophes est |
| | semblable au feu central. Différence entre le feu commun & le feu des |
| | Philosophes. Confirmation des Philosophes du Feu humide. Que l'aspect |
| | des trois couleurs capitales doit suffire pour la confirmation de |
| | la vérité de la Pierre des Philosophes. |
| |
|
| §. 1. | L E Feu Central de la Terre n'est autre
|
| Ce que c'est | chose qu'un feu humide de la nature du Souphre & du
|
| que le feu | Mercure tout deux, & aimant pour cela aussi bien les
|
| central de la | mixtes souphreux que les Mercuriels au Royaumes végétal
|
| Terre. | qu'Animal & Minéral; & nous pouvons dire, que nôtre feu
|
| | humide, duquel nous nous servons dans nôtre oeuvre des |
| §. 2. | Philosophes est un feu de la même nature, car comme le feu
|
| Que le feu | Central de la Terre vient à partager & à donner indifféremment
|
| des Philoso- | par l'aide du soleil, à tous les végétaux souphreux &
|
| phes est sem- | Mercuriels, & de même à tous les Animaux & Minéraux,
|
| blable au feu | leur commencement, leur accroissement leur perfection
|
| central. | leur déclinaison, leur changement & leur séparation en leurs
|
| | Princi- |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 141
| Principes; ainsi fait nôtre feu des Philosophes tout de la même | |
| manière, puisqu'il opère indifféremment dans le Royaume | |
| Métallique, y dissolvant, coagulant, séparant & rejoignant | |
| tous les métaux Souphreux & Mercuriels, les produisant, | |
| par la putréfaction à une matière qui n'est plus fusible, la | |
| quelle ne peut être réduite en aucun corps métallique non | |
| plus, (selon le dire des Philosophes) qu'à la seule perfection | |
| des corps métalliques de l'Or. | |
| |
|
| Nôtre feu n'est pas de la Nature du Feu commun, qui est con- | §. 3. |
| traire à toute sorte de génération, car il détruit & anéanti | Différence
|
| toutes sortes de souphres combustibles qui sont dedans les feux | entre le feu
|
| végétaux, dedans les Animaux, & dedans les Minéraux, & | commun & le feu
|
| même les vies d'iceux, & peut être appelé à bon droit un en- | des Philosophes.
|
| nemi héréditaire de toute la nature des mixtes, car il n'a pas | |
| un corps propre de lui même, mais il possède seulement un | |
| corps étranger, au quel la flamme allumée & le souphre gras | |
| venant à faillir, il s'éteint & s'évanoui. Nôtre feu, dis je, dont | |
| nous nous servons pour l'oeuvre des Philosophes, n'est pas | §. 4. |
| un tel feu, par ce qu'il faut qu'il amende toujours nôtre ma- | Confirmation
|
| tière, & qu'il l'exalte en qualité; ce que les vrais Philoso- | des Philosophes
|
| phes nous confirment unanimement; voyons ce qu'il en dit | du feu humide.
|
| le Père des Philosophes. | |
| |
|
| H E R M E S T R I S M E G I S T E S, in Libro |
|
| De Compositione. | |
| |
|
| De cavernis, inquit, metallorum qui est Lapis venerabilis, calore |
|
| splendidus, mens sublimis & mare patens, ponite eum | |
| in igne humido, & coquere facite qui calorem humoris augmentat, | |
| & incombustionis siccitatem necat, donec appareat | |
| radix, deindè rubedinem & partem levem ab eo extrahite. | |
| e.c. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La Pierre vénérable qui est tirée des Cavernes des métaux, qui |
|
| est splendide de chaleur, qui a l'âme sublime & qui est une | |
| mer ouverte, mettez la dans le feu humide, & faites la cuire, | |
| que la chaleur de son humeur s'augmente, & que la sécheresse | |
| de l'incombustibilité se tue, jusques à que la racine | |
| paraisse, puis après tirez en la Rougeur & la partie légère. | |
| e.c. | |
| N n 2 ANO- | |
@
142
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | A N O N Y M U S De Massa Solis & Lunae.
|
| |
|
| | Tota hujus artis efficacia consistit in igne suo, qui est humidus. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Toute l'efficace de cet art consiste en son feu, qui est humide. |
| |
|
| | A N O N Y M U S De Principiis Naturae & artis Chymicae.
|
| |
|
| | Radix auri aliud non est quam humorosa & pinguis vaporeitas |
| | collecta ex duabus naturis, Argento vivo & Sulphure. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | La racine de l'Or n'est autre chose qu'une vapeur humide & |
| | grasse, assemblée des deux natures, de l'Argent vif & du |
| | Souphre. |
| |
|
| | S E N D I V O G I U S in Tractatu de Sulphure.
|
| |
|
| | Sulphur & Mercurius sunt minera Argenti vivi (conjuncta tamen) |
| | quod Argentum vivum habet posse metalla solvere, occidere |
| | & vivificare, quam potestatem accepit à sulphure acetoso |
| | suae propriae naturae. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le souphre & le vif Argent sont la mine de l'Argent vif (pourtant |
| | joints ensemble) le quel vif argent a le pouvoir de dissoudre, |
| | de tuer & de revivifier les métaux, le quel pouvoir il |
| | a reçu du souphre aigre de sa propre nature. |
| |
|
| | S E N I O R Z A D I T H.
|
| |
|
| | Aqua Philosophorum est caput operis eorum, & clavis, & vita |
| | corporis defuncti corum, quae est terra eorum benedicta |
| | sitiens. Et sicut Aer est calidus & humidus, similiter Aqua |
| | corum est calida & humida, & est ignis Lapidis, & est ignis |
| | circumdans, & humiditas Aquae eorum est Aqua. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | L'Eau des Philosophes est le chef de leur oeuvre, & la clef, & |
| | la vie de leur corps défunt, qui est leur terre bénite, qui |
| | a soif. Et comme l'Air est chaud & humide, ainsi est aussi |
| | leur Eau chaude & humide, & est le feu de la Pierre, & est |
| | le feu entourant, & l'humidité de leur Eau est de l'Eau. |
| |
|
| | H E R M E S. |
| |
|
| | Ignis quem tibi monstravimus est Aqua. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Le feu que nous vous avons montré est de l'Eau. |
| | SENIOR |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 143
| S E N I O R Z A D I T H: | |
| |
|
| Parvenit in hanc aquam praeparatione primà virtus superior & |
|
| interior. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| La vertu supérieure & Inférieure est parvenue dans cette Eau |
|
| par sa première préparation. | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Nominavit Hermes Aquam Philosophorum Albam Aurum, |
|
| ideo quod anima tingens latet in Aqua illorum Alba, cum dominetur | |
| ei spiritus calore suô & albedine. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Hermès a appelé cette Eau blanche des Philosophes de l'Or; à |
|
| cause que l'âme qui teint est cachée dedans leur Eau blanche, | |
| lors que l'esprit domine sur elle par la chaleur & par la blancheur. | |
| | |
| |
|
| Le même. | |
| |
|
| Tinctura est tota Aqua tingens. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Toute la teinture est une Eau teignante. | |
| |
|
| B E R N H A R D U S. | |
| |
|
| Scias quod Aqua nostra Mercurialis sit viva, & ignis adurens |
|
| mortificans & restringens aurum plus quam ignis communis: | |
| Et propterea, quanto melius cum eo miscetur, fricatur & | |
| teritur, tanto plus ipsum destruit, & aqua vivà igneà plus | |
| attenuatur. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Sachez que nôtre Eau Mercurielle est vive, & un feu brûlant, |
|
| mortifiant & restringent l'or plus que le feu commun; Et | |
| pour cette raison, tant mieux qu'il est mêlé, frotté & broyé | |
| avec lui, tant plus le détruit il, & tant plus est il rendu menu | |
| par cette Eau vive ignée. | |
| |
|
| R O S I N U S: | |
| |
|
| Certum habeas, quod nulla tinctura fit unquam, nisi per Aquamm |
|
| sulphuris mundam. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Vous pouvez être assuré qu'il ne se fait jamais aucune teinture |
|
| que par une Eau pure de souphre. | |
| O o PETRUS | |
@
144
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | P E R U S B O N U S.
|
| |
|
| | Aqua Sulphuris est Argentum vivum de sulphure composito extractum, |
| | & est Aqua viva, & hoc est quod propriè dicitur, |
| | Lac Virginis, Aqua sincera, coelestis & gloriosa. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | L'Eau de souphre est de l'Argent vif extrait du souphre composé, |
| | & est une Eau vive, & c'est cela ce qui est proprement |
| | dit le lait virginal, l'Eau sincère, céleste & glorieuse. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Mon bien aimé! je sais fort bien que le Feu est un Elément qui |
| | doit être considéré dans l'oeuvre des Philosophes de tous les |
| | vrais Philosophes pour un feu humide participant de la nature |
| | du souphre & du Mercure. Ce pourquoi il me semble, |
| | (sous vôtre meilleur avis) qu'il n'est pas nécessaire que vous |
| | vous donniez la peine d'alléger un plus grand nombre d'auteurs |
| | pour vérifier & pour établir davantage par là vôtre sen§. |
| 5. | timent, mais selon mon jugement, qu'il doit suffire ce que
|
| Que l'aspect | vous venez à démontrer par vos expériences: savoir, que
|
| des trois | les trois couleurs capitales viennent à paraître par ordre par le
|
| couleurs | moyen de nôtre feu humide qui est dedans nôtre matière, &
|
| capitales | que les métaux peuvent être conduits par icelui en un état
|
| doit suf- | tel, qu'ils ne peuvent plus être réduits en des métaux.
|
| fire pour la |
|
| confirma- | Vous savez aussi ce que SENDIVOGIUS assure de la destruction
|
| tion de la | des métaux quand il en parle en ces termes:
|
| vérité de la |
|
| Pierre des | Qui ita metalla scit destruere ut per amplius non fint metalla, is
|
| Philosophes. | ad maximum pervenit arcanum.
|
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Celui qui sait tellement détruire les métaux, qu'ils ne soient |
| | plus des métaux, il est parvenu au plus grand arcane. |
| |
|
| | Et P A R A C E L S E.
|
| |
|
| | Facilius est metalla construere quam destruere. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Il est plus facile de construire les métaux, que de les détruire. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Il est vrai, vous avez vu tous ces auteurs & bien d'autres avec |
| | vous: |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 145
| vous: rompons donc ce propos & avançons à l'Elément de | |
| l'Air, ou bien vous semble il que nous étendrons encore un | |
| peu davantage nôtre discours sur cette matière? | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- | |
| |
|
| C H A P I T R E IV. | |
| |
|
| Des feux souterrains & des montagnes embrasées par toute la terre. Dans |
|
| l'Asie. Dans l'Afrique & dans l'Amérique. Que le feu central est | |
| tout autre que celui des montagnes embrasées. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| C Omme il vous plaira: il est bien vrai | |
| que nôtre intention est bien d'être court & simple en nôtre | |
| discours, & nous savons bien aussi tous deux, qu'il | |
| n'est pas besoin de se servir de beaucoup de circonstances pour | §. 1. |
| ceux qui ont de la connaissance de l'art, puisqu'ils les haïs- | Des feux sou-
|
| sent, & qu'ils les fuient; il me semble pourtant, qu'il ne | terrains &
|
| serait pas désagréable au lecteur curieux, si nous étendions | montagnes em-
|
| nôtre entretien encore quelque peu du feu souterrain, & des | brasées par
|
| autres lieux & des montagnes qui jettent du feu. | toute la
|
| | Terre.
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous touchez bien cette matière, & je ne trouve non plus mal |
|
| à propos que nous exprimions un peu nos sentiments de quelle | |
| façon les feux souterrains comme celui du mont Etna, | |
| de Vésuve, du mont Hecla & des autres montagnes peuvent | |
| brûler si longtemps & si continuellement: d'ou provient | |
| tel embrasement: de quelle façon il s'éteint & se r'allume; | |
| comme aussi de quelle façon il peut arriver qu'il en surviennent | |
| à la Terre & aux Végétaux, Animaux & Minéraux des | |
| si grands accidents, altérations & maladies: Et outre tout cela, | |
| de profunder si ceux là sont bien fondés qui soutiennent que | |
| le feu central est de la même sorte & d'une même nature qu'est | |
| le feu souterrain, & celui qui s'allume dedans les montagnes | |
| & dedans les conduits de la Terre, à savoir s'il est aussi d'une | |
| propriété corrompante & consummante comme celui de | |
| la flamme. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Nous sommes d'accord, & vous avez raison de parler de la sor- |
|
| O o te, | |
@
146
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | te, car il me semble aussi bien que vous que nous passerions & |
| | finirions trop tôt nôtre discours de l'Elément du Feu, si nous |
| | ne nous émerveillâmes aussi bien que tant d'autres, des effets |
| | prodigieux & épouvantables que nôtre grand Dieu fait paraître |
| | & produire par le moyen du feu souterrain, car les cheveux |
| | dressent les personnes sur la tête, quand on entend parler |
| | ceux qui ont vu & visité les montagnes embrasées: ou |
| | bien quand on vient à lire les livres de ceux qui en ont écrit |
| | les histoires. |
| §. 2. | |
| Dans l'Eu- | Quelles merveilles ne raconte on pas de la montagne de Etna
|
| rope. | en Sicile toujours brûlante? qui est ce qui n'est épouvanté de
|
| | ses admirables & de ses horribles effets? |
| |
|
| | La hauteur perpendiculaire d'icelle est, selon la mensuration de |
| | Macrobius & de Clavius, de trente mille pas: on ne voit |
| | sur la pointe d'icelle que des Cendres & des pierres ponce, mais |
| | en regardant vers le pied de cette montagne il paraissent des |
| | belles prairies, des vignes & des fôrets de sapins. |
| |
|
| | La plus grande ouverture est jugé de comprendre Une circonférence |
| | de douze lieues, & il semble que son creux descend |
| | jusqu'aux enfers. |
| |
|
| | Ce trou semble d'être un abîme horrible, & la montagne ne |
| | donne seulement par là, mais aussi de tous les cotés, une fumée |
| | & une flamme avec un hurlement si terrible comme s'il en |
| | sortait de l'éclair & de la tonnerre, d'une telle fureur, que |
| | ce bruit & cet éclat tant furieux est capable de faire prosterner |
| | à terre les plus hardis d'aleration & d'épouvante, & |
| | de leur faire faire des prières à Dieu qu'il plaise à la divine |
| | Majesté qu'ils en puissent retourner sains & saufs comme d'un |
| | gouffre d'Enfer. |
| |
|
| | On y voit des rochers brûlés comme de pierre ponce spongieuse: |
| | Des concavités qui sont capables de contenir un nombre |
| | de plus de trente mille hommes: Une grande quantité de très |
| | grandes pierres ponce rouges & des autres matières comme |
| | sont celles qui se séparent du fer & des autres métaux aux |
| | forges. |
| |
|
| | Vous voyez là des passages & des chemins par où les métaux fondus |
| | sont coulé, qui sont brûlés comme du verre trouble, et |
| | qui |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 147
| qui n'est pas transparent: Et, ce qui est digne d'admiration, | |
| c'est que la neige demeure toujours sur la sommité d'icelle | |
| sans se fondre. | |
| |
|
| On peut laisser juger ceux qui l'ont vu & qui l'ont monté, comme |
|
| il fait périlleux de monter une telle montagne, vu qu'ils | |
| en racontent non sans un grandissime effroi de ceux qui | |
| l'entendent, que quantité de personnes, tant spirituelles que | |
| des temporels, qui croyaient de la monter par curiosité pour | |
| la voir, sont tombé dans des creux & des cavernes qui étaient | |
| légèrement couvertes de cendres & y sont engloutis et péris | |
| misérablement. | |
| |
|
| Il n'est pas peu dangereux non plus de se laisser trouver sur cette |
|
| montagne ou auprès d'elle quand l'air est ému ou qu'il fait | |
| du grand vent, à cause qu'il se fait alors un tel mouvement à | |
| la neige & à la cendre, que tous ceux qui sont à l'environ | |
| peuvent être assuré qu'ils en seront couverts & suffoqués. | |
| |
|
| Les Histoires font mention qu'il y a des cavités & des trous dedans |
|
| le mont Etna, par où les minéraux & les métaux fondus | |
| sont descoulé, qui sont quelque fois de la largeur de mille | |
| pas, quelque fois de deux mille, & quelque fois de trois | |
| & de quatre mille pas, & cela quelques fois de la longueur | |
| de dix huit mille pas, de sorte qu'on ne se peut étonner assez | |
| d'où une si prodigieuse quantité de matière fondue peut être | |
| provenue. | |
| |
|
| Il n'est moins digne d'admiration que des pierres de la grandeur |
|
| d'une maison toute entière, & rouges comme des charbons | |
| sont quelque fois jetées du profond de la montagne de | |
| l'étendue de plusieurs lieues. | |
| |
|
| Comme aussi: que la mer est par des places bouillante par le |
|
| mouvement du feu souterrain comme un pot ou comme un | |
| chaudron qui est sur le feu & ce de l'étendue quelque fois de | |
| plusieurs lieues, & qu'elle est aussi par places élevée de la | |
| hauteur de quelques piques. | |
| |
|
| Ces mouvements admirables ne sont pas seulement propres & |
|
| communs au mont Etna mais les monts Vésuve & Strongilus | |
| en Sicile sont de la même nature, les quels sont jugés de | |
| plusieurs, que nonobstant qu'ils soient bien éloignés les uns | |
| P p des | |
@
148
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | des autres, qu'ils communiquent pourtant la matière |
| | brûlante ensemble par des conduits souterrains, vu que une |
| | grande partie d'Italie n'est qu'une combinaison de souphre |
| | & de sel. |
| |
|
| | Je ne doute pas que toutes les autres montagnes brûlantes dans |
| | l'Europe, dans l'Asie, dans l'Afrique & dans l'Amérique ne |
| | soient composées par la Nature de la même matière, à cause |
| | qu'elles jettent du feu & font les mêmes effets que celui ici. |
| |
|
| | Je vous en ferai paraître la plus grande partie de toute la Terre, |
| | & en continuant celles de l'Europe, je vous dirai: qu'il |
| | y en a une en Allemagne dans le pays de Meissen qui est une |
| | Montagne de houille qui jette quelque fois de la fumée & |
| | du feu. |
| |
|
| | En Laplande il y a aussi des hautes montagnes qui jettent & vomissent |
| | de la flamme comme le mont Etna. |
| |
|
| | En Islande il y a la Montagne de Hecla, qui est connue quasi |
| | à tout le monde, sa sommité étant toujours couverte de neige, |
| | & son pied tellement brûlant, que personne ne l'ose |
| | approcher de la distance de plusieurs miles sans péril. Elle |
| | jette une quantité de pierres & de Cendres si grande, que tout |
| | le terroir qui est à l'entour en est rendu stérile, puisqu'il en |
| | est couvert: Quand les habitants à l'environ en entendent les |
| | hurlements & fracassement terribles, ils s'imaginent que les |
| | âmes des damnés souffrent là des tourments, & que c'est pour |
| | cela qu'ils font des cris si lamentables. |
| |
|
| | En Groenland, près du Pôle Arctique, il y a une Montagne |
| | brûlante, qui donne par son pied une fontaine si chaude, que |
| | les celles des moines d'un cloître, qui n'est pas bien loin de |
| | la montagne, n'en sont pas seulement chauffées, comme |
| | par des étuves, mais aussi que les viandes & le pain sont cuits |
| | par sa chaleur. On a là des jardins qui produisent (cause de |
| | cette chaleur) toutes sortes de fleurs & de fruits. Cette eau |
| | coule par ces jardins dans un havre qui n'est pas loin de là, |
| | qui ne gèle jamais à cause de sa chaleur; ce pourquoi il arrive |
| | qu'il se trouve là une si grande quantité d'oiseaux & de |
| | poissons que les habitants s'en peuvent nourrir aisément. |
| |
|
| | On trouve par places aux Iles de Finlande, de Norvège, de |
| | Lap- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 149
| Laplande & des autres quartiers, de la Mer aussi bien que de | |
| la Terre, des places où la Terre produit de l'herbe, des fleurs | |
| & des fruits qui sont propres & bons pour en nourrir les hommes | |
| & les bêtes, & qu'en d'autres places, qui ne sont pas loin | |
| de là, on n'y trouve que de la neige & de la glace; & que la | |
| mer est par places toujours ouverte, sans être gelée, ou qu'elle | |
| est au même temps, à peu d'espace de ces lieux, toujours | |
| gelée, & la glace épaisse quelque fois jusqu'à septante ou | |
| quatre vingt brassées. | |
| |
|
| Dans L' A S I E. | |
| |
|
| Il y a une île en Perse, appelée Ocmusium, dont toute la terre | §. 3. |
| est presque remplie de feu souterrain: Et il se trouve dans la | Dans l'Asie.
|
| Perse même partout tant de puits & des concavités de souphre | |
| qu'elles font bien souvent avoir peur à ceux qui voyagent | |
| de nuit. | |
| |
|
| En Mède, près de la ville capitale Sufa, sort le feu d'une telle |
|
| furie hors de la terre avec un bruit si horrible comme s'il | |
| sortait par quinze cheminées. | |
| |
|
| Et en Tartarie, du coté de la Muscovie, sont les ouvertures |
|
| brûlantes fort communes. | |
| |
|
| Dans les Royaumes d'Indostan, de Mogor, de Tibet & dans le |
|
| grand Royaume de la Chine les feux souterrains & les montagnes | |
| brûlantes y sont fort communes: Il y a même dans le | |
| pays de la Chine des campagnes tout entières des quelles le | |
| feu sorte d'une telle manière, que les habitants de ces pays | |
| mettent leur pots sur ces petits puits ou cavités de feu pour cuire | |
| leur viande dessus. | |
| |
|
| Dans le Japon il y a une montagne qui vomit de jour & de nuit |
|
| une telle fumée & un si grand feu, qu'elle ne peut pas être | |
| vue seulement de ceux de la fameuse ville de Firando qui en | |
| est de la distance de soixante & dix miles, mais qu'elle donne | |
| de la lumière & qu'elle éclaire toute l'Ile comme un flambeau. | |
| | |
| |
|
| Les Iles des Philippines & toute l'Archipelague de St. Lazare |
|
| sont si pleines de feu souterrain qu'il se découvre en quantité | |
| aux cavités & es profondeurs des plates campagnes. | |
| |
|
| Dans l'Ile de Java il a une montagne de la quelle l'embrasement |
|
| a été des longues années tranquille, mais il s'est réveillé | |
| P p 2 l'an | |
@
150
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | l'an 1586. par une décharge de souphre brillant si violente |
| | qu'il y a eu dix mille hommes des circonvoisins qui en ont été |
| | tués. |
| |
|
| | Sur l'Ile de Timor il y a eu une montagne, appelée Picus, d'une |
| | telle hauteur qu'on pouvait voir sa flamme sur la mer à |
| | plus de trois cent lieues à de là. Cette montagne à été attaquée |
| | l'an 1636. d'un tremblement de terre si rude qu'elle a |
| | été enfoncée avec l'ile tout ensemble dans la mer, comme si |
| | la mer l'avait engloutie. |
| |
|
| | La montagne Gonnapi sur l'une des iles de Bandana s'est rallumée |
| | d'une telle furie, après avoir brûlée dix sept ans de |
| | temps, qu'elle a jetée une si prodigieuse quantité de grosses |
| | pierres, des cendres, des pierres ponce & de pierres souphreuses, |
| | qu'il semblait que toute la mer en était couverte, |
| | & qu'elle en brûlait & que tous les poissons & autres animaux, |
| | qui étaient à l'environ, en sont péris. |
| |
|
| | Sur l'ile de Ternate, qui est une des Iles des Molucques, il y |
| | a une Montagne qui perce les nues, dont la partie supérieure |
| | brûle toujours. |
| |
|
| | Aux iles de Maurice, & particulièrement des spelonques de |
| | la Montagne Thola, il se jette tant de cendres & de si grandes |
| | pierres qu'elles ne cèdent en rien aux plus grandes arbres, |
| | & que l'ouverture paraît comme la gueule de l'Enfer. |
| |
|
| | En A F R I Q U E.
|
| |
|
| §. 4. | On a découvert huit montagnes brûlantes principales en Afrique, |
| Dans l'A- | outre quantité de spelonques & des cavités souphreuses.
|
| frique. | Il s'en trouve une en Abassia: une dans la Lybie: deux
|
| | en Monopata: & quatre dans les pays de Angola, de Congi |
| | & de Guinéa. |
| |
|
| | La mer Atlantique à sous elle une si grande quantité de feu souterrain, |
| | qu'il en sortent encore aujourd'hui par places des |
| | feux & des grandissimes flammes hors de l'eau, des quels |
| | Colombus & Vesputius ont expérimenté les cruautés. |
| |
|
| | Les Iles de Terzere ne sont presque pas habitables à cause de la |
| | véhémence de la grande quantité du feu souterrain. |
| |
|
| | Sur les Iles de Canaries il y a la montagne renommée de Picus, |
| | cus, |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 151
| qui est d'une hauteur surprenante & jetant toujours | |
| un feu terrible. | |
| |
|
| On compte au Royaume de Chili quinze montagnes brûlantes, |
|
| des quelles il y en a quelques unes qui ont causé à ce Royaume | |
| tant de malheurs l'an 1645, qu'il y a eu tant de villes bouleversées | |
| & englouties, que le temps ne nous permet pas d'en | |
| faire ici le récit de cette histoire. | |
| |
|
| Il se trouve au Royaume de Pérou Six montagnes embrasées outre |
|
| une quantité de spelonques brûlantes, & ces montagnes | |
| sont d'une hauteur excessive. | |
| |
|
| L'A M E R I Q U E. | |
| | §. 5. |
| On a aperçu cinq montagnes brûlantes dans l'Amérique sep- | Dans l'A-
|
| tentrionale qui se trouvent partie dans la nouvelle Espagne, | mérique.
|
| & partie dans la Californie & autres lieux. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il n'est pas besoin que vous vous donniez la peine de faire ici un |
|
| grand récit d'une quantité de montagnes embrasées, vu que | |
| j'ai lu aussi bien que vous, ce qu'en ont écrit Franciscus Ricardi: | |
| Andreas Perez: Alphonsus d'Ovale. P Tursselinus: | |
| Massejus; Martinus Martinius; N. Zenetus: Olaus: Kircherus: | |
| Nieuhof: Montanus: Blaeu: Dapper: Baldeus: | |
| Zeilerus, & quantité d'autres; ce qu'ils ont écrit, dis je des | |
| feux souphreux souterrains & des montagnes brûlantes; vous | |
| savez bien aussi qu'il se trouve par tout le monde assez de matière | |
| brûlable, comme du bois, des tourbes & de la houille: | |
| mais que ces feux là seraient de la nature & de la même propriété | |
| du feu Central de la Terre, & que les feux susdits ne | §. 6. |
| seraient allumés de tous les cotés que du feu Central, com- | Que le feu cen-
|
| me quantité de Philosophes ou naturalistes modernes (ou qui | tral est d'un natu-
|
| veulent passer pour tels) veulent soutenir, cela n'est pas con- | rel tout autre
|
| cordant avec les opérations du feu des Philosophes, non plus | que celui des
|
| qu'il serait requis des serpents de cuivre avec des alambics des- | montagnes em-
|
| sus pour empêcher l'eau de mer à monter avec son sel, quand on | brasées.
|
| la veut dulcifier par la distillation, comme un certain auteur | |
| moderne qui a écrit quantité de beaux volumes prend l'assurance | |
| d'enseigner. Non, mon bien aimé, toutes ces sortes de | |
| feux n'ont pas rien de commun avec le feu Central de la Ter- | |
| Q q re, ni | |
@
152
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | re, ni avec celui des Philosophes, les quels (comme nous |
| | avons dit assez) sont des feux humides & qui font amender les |
| | métaux & les minéraux, au lieu que les susdits ne font que détruire |
| | & corrompre toute chose. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E V.
|
| |
|
| | Comment le feu peut être allumé aux lieux souterrains. Comment les embrasements |
| | souterrains peuvent durer si long temps. Comment les tremblements |
| | de terre & autres altérations se font. |
| |
|
| | Q Ue le feu humide central de la Terre |
| | peut allumer le souphre commun & tous les composés |
| | brûlables, cela doit être entendu & accepté avec un |
| | grain de sel (comme on dit) par ce qu'il peut être, que les |
| | matériaux, qui sont faciles à être allumé, n'acceptent jamais |
| | le feu central; & qu'il peut arriver aussi, que le feu central |
| | les allume fort facilement, comme nous avons dit ci devant |
| | assez amplement; mais il est temps d'observer & de démontrer |
| | ici, comment, d'ou & de quelle manière les embrasements |
| | susdits se font dedans les conduits des montagnes & de la Terre, |
| | ce qu'il me semble qu'il arrive ordinairement de cette |
| | manière. |
| |
|
| §. 1. | La matière dedans les conduits de la Terre qui reçoit facilement |
| Comment le | le feu, comme le souphre commun, est très aisément allumé
|
| feu peut être | par l'éclair & par l'attouchement des pierres qui viennent à
|
| allumé aux | tomber les unes sur les autres & causer ainsi de la flamme comme
|
| lieux souter- | il est à voir aux pierres de fusil, & autres pierres dures
|
| rains. | quand on les frappe les unes contre les autres, n'y ayant pas
|
| | aucune matière dans le monde qui embrasse plus volontiers la |
| | flamme que le souphre commun, comme il est connu à tout |
| | le monde; mais de quelle façon que l'éclair se forme dans l'air |
| | par le moteur général de toute chose, nous en avons donné |
| | ci devant de l'éclaircissement assez. |
| |
|
| | Il me semble qu'il n'est pas besoin de Philosopher beaucoup en |
| | ce lieu, de quelle façon que l'éclair allume le souphre avec |
| | beaucoup de facilité, vu qu'il est même assez connu aux Soldats, |
| | qui se voulant assurer de la décharge de leurs fusils, |
| | ajoutent un tant soit peu de souphre à la poudre. |
| | Il ne |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 153
| Il ne paraît aussi (hélas) que trop dans le monde, combien |
|
| que les magasins à poudre sont poursuivis de l'éclair, & combien | |
| de dommages & de malheurs que le souphre vient à causer | |
| par tout à cause de sa grandissime susceptibilité du feu, comme | |
| les expériences annuelles nous en pourraient suppediter | |
| une très grande quantité d'histoires. Je vous prie quelle merveille | |
| serait ce, qu'aux pays chauds, comme dans l'Italie & dans | |
| d'autres pays innombrables, où le souphre possède non seulement | |
| des montagnes, mais des pays, des Provinces & des Royaumes | |
| tout entiers, & où les animaux ne se peuvent presque pas | |
| tenir un moment de jour au soleil; que le souphre, dis je, soit | |
| allumé là par l'éclair, & que l'éclair soit en ces lieux là cause | |
| des embrasements & des feux souterrains, vu qu'en Allemagne, | |
| en Angleterre, aux Pays bas & aux autres pays humides | |
| l'éclair n'allume pas seulement la poudre à canon, mais aussi | |
| le foin, la paille & le bois comme on en entend des exemples | |
| tous les jours. | |
| |
|
| Je soutiens que le feu est d'ordinaire allumé aux lieux mentionnés |
|
| de la manière que je viens de dire, encore qu'il y ait plusieurs | |
| voies par les quelles le souphre peut être enflammé; | |
| & ce qui confirme encore ma soutenue, c'est que le moteur | |
| est ordinairement fort grand en ces pays souffreux, & que le | |
| souffre y est fort sec & susceptible, vu que l'humidité n'y est | |
| pas abondante mais rare; L'Eau même nous servira d'exemple; | |
| car vous savez qu'une grande étendue d'Eau, comme | |
| une mer ou autre, reçoit fort volontiers un air humide pour | |
| l'attirer & pour concevoir son humidité: & son aquosité; ainsi | |
| fait le feu très subtil du soleil & de l'éclair de même, en s'étendant | |
| avec avidité dedans l'oléaginosité du souphre, qui | |
| est fort peu éloignée de leur propre nature. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Je puis fort bien comprendre de quelle façon le feu doit être |
|
| conçu des montagnes & des pays souterrains souphreux, | |
| mais j'entendrai volontiers vôtre opinion de la continuation | |
| & de la longue durée de ces embrasements. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Fort bien: je vous le ferai comprendre. Je m'étonne que vous | §. 2. |
| Q q me | Comment
|
@
154
E S C A L I E R Des S A G E S.
| les embrase- | me faites une demande si simple, car je veux croire, que vous
|
| ments sou- | avez quelquefois allumé du souphre, de la poix, du Sarafin,
|
| terrains peu- | de l'arcanson, de la cire, de l'huile ou d'autre matière
|
| vent durer si | susceptible du feu; & que vous avez vu que la matière ne
|
| long temps. | donne de la flamme que pour autant que l'air puisse toucher
|
| | la superficie d'icelle, & que cette matière ne se consomme |
| | tout d'un coup, comme fait la poudre à canon mais ainsi peu |
| | à peu, & si longtemps que le vaisseau fournit de la matière: |
| | Comme par Exemple: |
| |
|
| | Prenez un creuset empli de souphre: un écuelle pleine d'esprit |
| | de vin ou de quelque autre matière qui conçoit facilement la |
| | flamme allumez la matière par une allumette ou par quelque |
| | autre feu par en haut & vous verrez que vôtre matière |
| | ne brûlera pas tout d'un coup, mais peu à peu & si long |
| | temps que la matière durera, & qu'il n'y aura que le dessus |
| | de la matière qui donnera de la flamme jusques à que tout |
| | soit consumé, & qu'il ne reste plus rien dedans le creuset |
| | ou dedans l'écuelle, ce qui faut qu'il continue à brûler & |
| | donner de la flamme à proportion de la quantité de la matière |
| | que vous aurez fourni, jusques à que vôtre outil soit tout |
| | à fait déchargé de la nourriture de la flamme, la quelle cessera |
| | quand son entretien viendra à manquer. |
| |
|
| | C'est tout de même des concavités de la Terre, qui sont remplies |
| | & bouchées par le souphre commun, & par d'autres |
| | matières bitumineuses, qui sont sublimées ou crues en ces conduits |
| | ou creux souterrains: Car comme un pot ou un creuset |
| | de la hauteur de plusieurs pouces, étant empli de souphre, |
| | est capable d'entretenir la flamme le temps de quelques heures; |
| | tout ainsi quelque conduit ou creux dans la Terre rempli |
| | de souphre étant allumé, ne peut seulement continuer à |
| | brûler le temps d'un jour, d'une semaine, d'un mois, d'un |
| | an, mais plusieurs années & même plusieurs siècles. |
| | L'avez vous compris; |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je l'ai fort bien compris. Vous avez assez bien parlé & fait comprendre, |
| | comment que la matière brûlable peut concevoir |
| | le feu & combien long temps elle peut continuer à brûler aux |
| | mon- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 155
| montagnes & aux lieux souterrains qui sont rempli de souphre | |
| ou de matière souphreuse, & ce en grand aussi bien qu'en | |
| petit, à moins que les cendres, pierres ou quelque autre obstacle | |
| vienne à priver le feu de l'âme de l'air, & ainsi l'étouffer; | |
| mais puisque vous avez entendu par les histoires que je | |
| me suis donné l'honneur de vous réciter ci devant, qu'il arrivent | |
| des altérations épouvantables par le feu souterrain, | |
| aussi bien dedans & sur la Terre que dedans les eaux, & que même | |
| les animaux, qui sont là environ, en viennent quelquefois | |
| à être étouffés & périr misérablement, & que des villes & | |
| des Provinces toutes entières sont bouleversées & comme englouties | |
| par les tremblements de terre: je vous supplie de me | |
| donner un peu plus d'éclaircissement de ces merveilleux effets. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Ces choses vous font elles étonner? Je vous prie qu'elles ne vous | §. 3. |
| semblent étranges, quand vous vous mettrez dans la pensée, | Comment que
|
| quelles altérations ne peuvent être causées, s'il arrive que le | les tremble-
|
| souphre est brûlé & consumé du feu souterrain, dessous la | de terre & au-
|
| superficie de la terre, ou de quelque montagne, de l'éten- | tres altéra-
|
| due de huit ou dix lieues ou plus, & que cette terre, comme | tions se
|
| voutée, vienne à être précipitée, avec des arbres, des mai- | font.
|
| sons, des lacs, des rivières & des animaux dessus, dedans | |
| un feu de souphre de l'étendue peut être de même de plusieurs | |
| lieues, & qu'ainsi la froidure se joigne si subitement à la | |
| chaleur & l'humidité à la sécheresse; pensez, dis je, si ces | |
| rencontres tant effroyables ne doivent causer des merveilleux | |
| effets & des altérations épouvantables? Songez un peu, | |
| je vous prie, qu'il faut nécessairement, qu'une si grande | |
| quantité de feu, recevant si subitement une si prodigieuse | |
| multitude d'eau & d'autre matière froide, qu'il se fasse un | |
| combat plus horrible qu'on ne se saurait imaginer. | |
| |
|
| Qu'il ne vous semble non plus étrange quand vous entendez |
|
| qu'il arrive quelque fois, que des conduits souterrains remplis | |
| de sel commun, ou de Salpêtre, ou de vitriol, ou d'alun, | |
| ou d'autres sels, viennent à tomber dedans les gouffres | |
| brûlants, & que par la conjonction d'iceux il se fait un étonnement | |
| & des efforts si étranges, comme les histoires en parlent; | |
| car vous savez que quelques livres de la poudre à ca- | |
| R r non | |
@
156
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | non peuvent faire un grandissime dégât, à cause de la conjonction |
| | du souphre & du salpêtre, qui font proprement |
| | cette poudre: combien de plus grandes destructions ne ferait |
| | donc une précipitation de plusieurs centaines de mille |
| | livres de souphre brûlant dans une grandissime quantité de |
| | salpêtre fondu, ou de quelques millions de livres de salpêtre |
| | dans une spelonque de souphre fondu, & si une telle conjonction |
| | de souphre & de salpêtre n'est pas capable de faire |
| | quasi crever toute la terre? |
| |
|
| | Quand vous voyez qu'il arrive que les animaux de la terre & |
| | dedans la mer viennent à être étouffées; & à périr là où ces |
| | mouvements épouvantables se font par celui du feu souterrain, |
| | quelle merveille est ce? vu qu'il arrive souvent, qu'il |
| | y a des minéraux d'Antimoine, d'Arsenic, d'Orpiment, de |
| | Mercure & du Cinabre & d'autres mêlés parmi les matériaux |
| | qui viennent à être plongé dedans les susdits souphres brûlants, |
| | & par ainsi se sublimer & se étendre comme des |
| | esprits au travers des eaux, au travers de la Terre, & dedans |
| | l'Air, où ils tuent & détruisent toutes choses vivantes |
| | qu'ils rencontrent. |
| |
|
| | Faites étendre vos pensées un peu davantage sur cette matière, |
| | si vous plaît, & vous cesserez bien tôt à admirer les histoires |
| | prodigieuses qui font mention de tant d'effets miraculeux |
| | qui sont causés par les feux souterrains, car vous |
| | avez manié les charbons aussi bien que moi, & entendant |
| | parfaitement bien les opérations chimiques, les merveilleux |
| | effets de la nature dedans le grand monde ne vous peuvent |
| | pas sembler étranges, encore que vous fassiez semblant, avec |
| | le commun, qu'ils vous sont incompréhensibles. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je veux croire avec vous, que vous & moi sommes à peu près |
| | également savants aux sciences naturelles, & que nos discours |
| | ne servent que pour donner des instructions aux ignorants: |
| | il me semble pourtant, qu'il s'en faut encore beaucoup |
| | que nous n'ayons traité assez clairement de quelle |
| | le fa- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 157
| façon que le feu central fait ses opérations dedans & dessus | |
| la Terre. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il est vrai: mais il me semble (sous vôtre meilleur avis) que |
|
| cela viendra mieux à propos quand nous traiterons plus particulièrement | |
| des Trois Royaumes de la Nature, & que | |
| c'est assez en ce lieu, que nous avons enseigné, ce que c'est | |
| que le Feu Central de la Terre, & que ce feu diffère grandement | |
| du feu commun, & de quantité d'autres ci dessus | |
| spécifiés. | |
| |
|
| Finissons donc nôtre entretien de l'Elément du feu & faisons |
|
| un commencement de l'Elément de l'Air. | |
| R r 2 LE CINQ- | |
@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 159
| L E C I N Quième D E G R E'. |
|
| DE L'ELEMENT DE L'AIR. | |
| E T D E L'A I R D E S P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Des qualités de l'Air. Que le S. Esprit de Dieu est épandu dans la lumière |
|
| & dans l'air. Que l'Air est la matrice de la lumière. Des degrés différents | |
| de l'Air. Que la vie de toutes choses est dans l'Air. Que l'Air est | |
| un conducteur du Feu. Que le vent est un Air agité. Que les opérations | |
| de la poudre à canon se font par le moyen de l'Air. Que l'Air fait émouvoir | |
| les Eléments inférieurs. Que l'Air cause les changement à tous les | |
| Etres. Que l'Air est continuellement allumé de la lumière. Que l'Air | |
| est divisé en trois sortes d'Airs. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
E n'est pas sans grandissime raison |
|
| que le Prophète Moïse fait bien expressément | |
| mention au commencement de son Premier | |
| chapitre de Genèse par ces paroles: | |
| Et l'Esprit de Dieu était épandu par dessus | |
| les Eaux. | |
| Lors que nous avons traité de l'Elément du Feu, nous avons | |
| dit, que Dieu le tout puisant à mis son tabernacle dedans | |
| la lumière ou dedans le soleil; nous avons aussi démontré, | |
| comment que la divine Majesté engendre, comment il compose | |
| & comment il entretient toutes choses dans le monde par | |
| le moyen de sa lumière: &c. | |
| |
|
| Nous traiterons à ct'heure de l'Elément de l'Air, & considérerons |
|
| les qualités qu'il possède. | |
| |
|
| L'Air est chaud & humide, extérieurement invisible, mais in- | §. 1. |
| térieurement visible, & encore qu'il est volatil, il peut pour- | Des qualités
|
| tant être fixé par le feu, & c'est alors qu'il rend tous les | de l'Air.
|
| corps pénétrants. | |
| | §. 2. |
| C'est l'Air dedans lequel l'esprit de Dieu était épandu sur les | Que le S. Es-
|
| eaux devant la création du Monde, & c'est la lumière & | prit de Dieu
|
| l'Air dedans lesquels ce même Esprit est encore épandu pré- | est épandu
|
| S s sente- | |
@
160
E S C A L I E R Des S A G E S.
| dans la lu- | sentement, & par les quels & avec les quels il pénètre toutes
|
| mière & dans | choses, & qu'il est par tout présent.
|
| l'Air. |
|
| §. 3. | L'Air est la matrice de la lumière & des influences des astres, |
| Que l'Air | les quelles il attire à soi par une inclination amoureuse, & les
|
| est la ma- | porte (comme sur une charrette) aux lieux où le créateur
|
| trice de la | & directeur de l'univers les a ordonné.
|
| lumière. |
|
| | C'est l'Air dedans le quel proviennent & se font les Esprits vitaux |
| | des animaux, entendez de sa plus pure substance qui est |
| | le plus près approchante de la lumière; & puisque la lumière |
| | est le moteur général de tout, elle vient communiquer |
| | sa vertu mouvante à sa plus proche parente & voisine, |
| | qui est l'Air le plus pur, & la darder comme du centre à la |
| | circonférence, pour transporter ses vertus, par des degrés différents, |
| | comme une servante fidèle, aux végétaux, Animaux, |
| | & Minéraux créés & à créer. |
| |
|
| §. 4. | L'Air a plusieurs degrés différents de pureté, car tant plus près |
| Des degrés | qu'il est au soleil tant plus subtil & tant plus pénétrant qu'il
|
| différents de | est, mais tant plus qu'il en est éloigné, tant plus qu'il est
|
| l'Air. | grossier, à cause que le soleil ne souffre rien de grossier à l'entour
|
| | de lui, vu qu'il pousse toutes choses composées naturellement |
| | arrière de lui à la circonférence. |
| |
|
| | Toute la plus pure substance de l'Air se tient dans sa propre sphère, |
| | & le plus près de l'Elément de la Lumière, ou du soleil: |
| | mais l'Air le plus grossier est celui qui se trouve le plus près |
| §. 5. | & dedans les Eléments de l'Eau & de la Terre.
|
| Que la vie | L'Air est le conducteur de la vie & contient la vie en lui, aussi
|
| de toutes | bien celle des autres Eléments, que des trois Royaumes des
|
| choses est | Etres composés, du végétal, Animal & Minéral: car rien
|
| dans l'Air. | ne pourrait subsister & croître, ni se multiplier dans le monde,
|
| | s'il n'y avait pas une vertu aimantine dans l'air pour attirer |
| | à soi ce nutriment universel, pénétrant, altérant & multipliant, |
| | comme il est à voir à l'attraction de l'eau qu'il fait, |
| | & à la respiration itérative des animaux, qui n'attirent pas |
| | seulement l'air à eux pour rafraîchir le coeur (selon l'opinion |
| | vulgaire) mais principalement pour jouir de la nourriture & |
| | de l'entretien de la vie, de la quelle la sage mère Nature l'a |
| | pourvue, rejetant la partie de l'air comme inutile lors qu'elle |
| | en est privée. L'Air
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 161
| L'Air est le conducteur & le gouverneur des Eaux, & sa vertu aimantine |
|
| est secrètement cachée dedans toute sorte de semences | |
| pour attirer à eux cette nourriture universelle, afin qu'elles | |
| puissent recevoir du menstrue du Monde l'humide radical | |
| & la croissance jusqu'au terme de l'intention de la Nature. | |
| | |
| |
|
| L'Air n'est pas seulement un conducteur & un porteur de l'Elé- | §. 6. |
| ment du Feu, de l'Eau, & des esprits végétaux & sensitifs, | Que l'Air est
|
| mais aussi même des âmes raisonnables & irraisonnables, com- | un conducteur
|
| me il paraît au septième verset du Chapitre deuxième de Ge- | du Feu.
|
| nèse, où il est écrit. | |
| |
|
| Et le Seigneur Dieu avait formé l'homme de la poudre de la |
|
| Terre, & souffla dans la face d'icelui respiration de vie, & | |
| l'homme fut fait en âme vivante. | |
| |
|
| Et H E R M E S T R I S M E G I S T E dans sa Table | |
| d'Emeraude. | |
| |
|
| Ventus portavit illud in ventre suo. | |
| C'est à dire: | |
| Le vent (ou l'Air) l'a porté dedans son ventre. | |
| |
|
| Vous savez que le vent n'est autre chose qu'un air agité, com- | §. 7. |
| me il est à voir à la respiration des animaux, qui peuvent | Que le vent est
|
| souffler du vent par le moyen de l'air, & aux fusils au vent, | un Air agité.
|
| au quels on peut attirer l'air par une pompe & l'y comprimer | |
| si étroitement, qu'en le relâchant, il cause un vent & un soufflement | |
| si fort, qu'il peut pousser une balle de plomb d'une | |
| telle furie comme si elle était quasi chassé & jetée par la violence | |
| de la poudre à canon. | |
| | §. 8. |
| C'est l'Air aussi qui fait faire des opérations si violentes à la pou- | Que les opéra-
|
| dre à canon, parce qu'il est condensé & concentré dedans le | tions de la
|
| salpêtre qui est le principal opérateur de la dite poudre, le- | poudre à canon
|
| quel, étant allumé subitement par le souphre commun & par | se font par le
|
| celui du charbon, fait étendre son air humide concentré d'u- | moyen de l'Air.
|
| ne très grande véhémence en sa sphère & y produit des effets | |
| tant violents, comme il est connu. | |
| | §. 9. |
| Nôtre grand Dieu se sert de l'Air comme d'un instrument ou | Que l'Air fait
|
| d'une machine par la quelle il peut faire secouer & émou- | émouvoir les E-
|
| voir les Eléments inférieurs d'une telle manière que ce sont des | léments inférieurs.
|
| S s 2 choses | |
@
162
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | choses surprenantes & étonnantes quand on y pense. |
| |
|
| | N'est ce pas par le moyen de l'Air qu'il fait renverser & bouleverser |
| | des forêts, des montagnes, des châteaux, des villes, |
| | & même des Iles & des pays tous entiers? |
| |
|
| | N'est ce pas par le moyen de l'Air agité que le Seigneur transporte |
| | les nues de l'une région à l'autre? qu'il fait doucement descendre |
| | la pluie imprégnée des rayons généralement fertiles |
| | du soleil? Qu'il fait secouer les nuées les unes contre les autres |
| | par des vents contraires, & qu'il les fait ainsi tomber en |
| | bas d'une grande violence? Qu'il cause les Oricanes? |
| |
|
| | Qu'il excite l'éclair & le tonnerre? |
| | Qu'il émeut les eaux d'une telle furie, qu'il n'y a ni digues, ni |
| | murailles, ni aucune défense assez suffisante pour les résister, |
| | mais, qu'elles rompent, fracassent, ruinent & bouleversent |
| | des Provinces toutes entières, faisans écraser & ruiner des |
| | maisons, des villages, des villes, des navires & des animaux |
| | d'une perte inexprimable. |
| |
|
| §. 10. | L'Air apporte de la chaleur, de la froidure, de l'humidité, & |
| Que l'Air cau- | de la sécheresse aux deux Eléments inférieurs, & aux mixtes,
|
| se les change- | qui sont sur & dedans iceux; soit végétaux, soit Animaux
|
| ments à tous | ou Minéraux, & à proportion de leurs qualités concentrées
|
| les Etres. | où étendues il leur communique de la fertilité ou de la stérilité
|
| | & toutes sortes de changement selon chacun son tempérament |
| | & naturel. Aux quelques uns il augmente la vie, aux |
| | autres il fait approcher la mort, & fait résoudre d'autres entièrement |
| | en leurs principes, la nature de l'Air étant une |
| | moyenne nature entre les corps supérieurs & inférieurs; c'est |
| | pour quoi que l'Air attire fort facilement à lui les qualités |
| | des corps qui lui sont les plus proches. C'est aussi pour ces |
| | raisons que l'Air inférieur ou le détroit le plus bas de l'Air est |
| | tempéré de diverses manières. |
| |
|
| | L'Air est fort inconstant & fort sujet au changement, & son inconstance |
| | provient de là, qu'il est ou fort proche des Eléments |
| | inférieurs & grossiers ou qu'il en est éloigné, entendez de |
| | l'Eau & de la Terre, des quelles les tempéraments se changent |
| | fort facilement par la chaleur ou par la froidure, vu |
| | que l'Air tout entier (appelé le Ciel de quelques Philosophes) |
| | au |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 163
| auquel les trois autres Eléments, & toutes les autres choses | |
| créées, & même les étoiles, ont leur demeures, & leur lieu | |
| de repos; est comme un tamis de la Nature par où les vertus | |
| & les influences des autres corps sont transportées. | |
| |
|
| L'Air est une fumée ou une vapeur qui est allumée de la lumiè- | §. 11. |
| re céleste, comme pour une flamme éternelle. | Que l'Air est
|
| | continuel-
|
| Les vrai Philosophes donnent à l'Air le nom d'Esprit quand ils | lement al-
|
| parlent de leur mystère, à cause qu'il est fort proche à la na- | lumé de la
|
| ture spirituelle; qu'il est un serviteur fort amiable & volon- | lumière.
|
| taire; & qu'il est bien un receveur, mais non pas un conservateur | |
| obstiné de la Lumière, des Ténèbres, du Jour de | |
| la Nuit, des choses transparentes & presque de toutes les | |
| sortes des qualités & de changements. | |
| |
|
| L'Air est divisé de quelques uns de trois sortes de façons diffé- | §. 12. |
| rentes, qui sont; l'Air en bas, l'Air du milieu & l'Air en | Que l'Air est
|
| haut. Ils prennent pour l'Air le plus bas les nues, & celui | divisé en trois
|
| qui est dessous icelles entre les nues & la Terre, au quel les | sortes d'Air.
|
| tempêtes, la grêle, la neige & la pluie sont formées, & ou | |
| l'éclair & le tonnerre sont vu & entendu à la partie la plus | |
| haute. Ils statuent pour l'Air du milieu celui qui est au dessus | |
| des nues, au quel la nature de l'Eau ne peut monter à | |
| cause de sa pesanteur; mais au quel les vapeurs & les halaisons | |
| spirituelles, qui se causent par les grandes chaleurs ou | |
| par les embrasements parviennent, vu qu'elles sont déchargées | |
| de la pesanteur des vapeurs aqueuses, & c'est pour ces | |
| raisons, que je crois qu'elles peuvent être là allumées ou par | |
| leurs propres ou par d'autres mouvements étrangers. | |
| |
|
| Il est à présumer que la région de l'Air du milieu est souvent |
|
| imprégné abondamment, & rempli d'une graisse humide, | |
| chaude & spirituelle, mais point aqueuse, comme sont quelques | |
| uns nutriments du feu. | |
| |
|
| Je juge qu'il faut qu'il y ait en cette région une très grande |
|
| tranquillité & une grandissime tempérance, à cause que les | |
| vapeurs pesantes, aqueuses, & corporelles ne savent monter | |
| jusqu'à là, & que cet Air, par conséquence, n'y peut | |
| être comprimé par les vapeurs susdites, comme elles compriment | |
| l'Air d'en bas. | |
| T t L'Air | |
@
164
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | L'Air le plus haut est jugé d'être un Air très pur, qui n'est infecté |
| | ni chargé des vapeurs aqueuses, ni d'exhalaisons souphreuses, |
| | mais tout à fait pur à cause qu'il est si proche du Ciel |
| | qu'il diffère fort peu, & qu'il change selon ma croyance peu |
| | à peu même en Lumière. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Mon très cher ami, vous avez tenu en peu de paroles un discours |
| | bien aérien, à ma fantaisie, & qui allume mon esprit pour retoucher |
| | l'air par ma langue, afin que vous puissiez pareillement |
| | entendre par vôtre intellect, sur les tympans de vos |
| | oreilles, un petit récit de ce combien nécessaire qu'est l'Elément |
| | de l'Air à nôtre oeuvre des Philosophes, & quelles opérations |
| | il y fait: de quelle façon il y est attiré par une vertu |
| | aimantine: quels effets il fait au régime du feu extérieur: & |
| | comment il peut être rendu visible, corporel, palpable & |
| | résistant au feu. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| | |
| | Combien l'Air est nécessaire pour l'oeuvre des Philosophes. Et pour toutes |
| | les opérations chimiques. Que l'Air est la cause de la couleur Noire. |
| | De la Blanche. Et de la Rouge. Expérience de la fixation de l'Air |
| | invisible & impalpable. |
| |
|
| §. 1. | T Ouchant la nécessité de l'Air pour l'oeuvre |
| Combien l'Air | des Philosophes: je vous puis donner des assurances
|
| est nécessaire | que nôtre sperme Mercuriel peut tout aussi peu être préparé
|
| pour l'oeu- | sans l'Air, que le sperme Animal, & les semences des
|
| vre des Phi- | végétaux; vu que c'est l'Air qui donne l'haleine à nôtre
|
| losophes. | homme & femme métallique, afin qu'ils puissent faire émission
|
| | de leur sperme dans la conjonction vénérienne. |
| |
|
| | C'est l'air qui fait joindre les spermes par ensemble, & qui les fait |
| | couler en menstrue. |
| | C'est l'Air qui fait putréfier la semence métallique dans son |
| | menstrue. |
| | C'est l'Air qui donne la vertu opérante en juste proportion au |
| | feu matériel du bois, des tourbes & des charbons pour entretenir |
| | l'oeuf des Philosophes dans une chaleur requise à son couC'est |
| | vement. C'est
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 165
| l'Air qui souffle & qui porte les rayons du soleil à nôtre aimant |
|
| Mercuriel, les quels donnent l'âme, l'esprit & la croissance | |
| au fruit des Philosophes, qui l'entretiennent en vie, & | |
| qui le font croître & mûrir jusqu'à sa perfection entière. | |
| |
|
| La moindre opération chimique ne peut être parfaite sans l'aide |
|
| de l'Air. | |
| Comment ferez vous couler les sels sans addition d'aucune ma- | §. 2. |
| tière humide si l'air vous manque? & au contraire, com- | Et pour toutes
|
| ment en ferez vous évaporer l'humidité, faute de l'air? | opérations
|
| | chimi-
|
| Comment ferez vous les solutions, coagulations, sublimations, | ques.
|
| cohobations, fermentations, putréfactions, & d'autres opérations | |
| chimiques nécessaires pour l'oeuvre des Philosophes, | |
| & particulièrement dans un seul verre, avec une seule | |
| matière sans addition d'aucune chose étrangère, si l'Air, | |
| qui est un médiateur entre le feu & l'eau, ne représentait ici, la | |
| principale personne à la comédie de la Nature? | |
| |
|
| Il faut que l'Air fasse mouvoir la Putréfaction par la Fermenta- | §. 3. |
| tion, & qu'il fasse paraître la couleur Noire. | Que l'air est la
|
| | cause de la
|
| Il faut qu'il sublime & qu'il putréfie si long temps la matière noi- | couleur
|
| re & puante de son impureté jusqu'à que le corbeau noir, sa- | Noire.
|
| le & puant se transforme en un Cygne qui est beau, agréable | |
| à la vue, & à l'odorat, & blanc comme neige. | |
| |
|
| Il faut que l'air fasse voler ce cygne, & le battre l'eau avec ses | §. 4. |
| ailes par une cohobation & circulation itérative si long temps, | de la Blanche.
|
| qu'il ne vienne pas seulement à changer ses plumes blanches | §. 5. |
| en une couleur citrine & jaune, mais aussi en une belle cou- | Et de la
|
| leur rouge pareille à sa chair. | Rouge.
|
| |
|
| Vous avez généralement fait mention que l'Air invisible & vo- | §. 6. |
| latil peut être rendu visible & fixe: Qu'est ce qu'il vous en | Expérience de
|
| semble? Les rayons du soleil dedans l'air, du temps qu'ils | la fixation de
|
| sont attiré par l'aimant des Philosophes, ne sont ils pas invi- | l'Air invisi-
|
| sibles & volatiles? vous ne sauriez répondre que oui. Et lors | ble & impal-
|
| qu'on fait les rotations ou les circulations des Eléments de | pable.
|
| l'oeuvre secret des Philosophes, les couleurs susdites la Noire, | |
| la Blanche & la Rouge ne viennent elles pas à paraître | |
| successivement? | |
| T t 2 FRAN- | |
@
166
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Assurément: car je les ai vu aussi bien que vous. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Mais si cette matière demeure dans un tel état, qu'elle ne |
| | vienne pas à attirer les rayons du soleil & de la Lune, par le |
| | moyen de l'air, pourriez vous bien faire paraître les susdites |
| | couleurs capitales successivement par aucune autre voie |
| | du monde, premièrement la Noire; secondement la Blanche, |
| | & finalement la très belle & la très excellente couleur |
| | Rouge? |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Non pas par aucune autre voie du Monde. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Il faut que vous croyez & que vous confessiez donc avec moi, |
| | que ces couleurs & ces autres métamorphoses dedans nôtre |
| | matière sont produites visibles, & rendues corporelles par |
| | le moyen de l'Air imprégné des rayons du soleil. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Je le confesse fort volontiers avec vous; & souhaiterais avec |
| | une passion extrême d'entendre si quelqu'un pourrait faire |
| | voir les trois couleurs capitales, dans une même matière, & |
| | dans un même verre, par aucune autre voie, que par celle |
| | que nous venons de dire. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Cela ne se peut: ce pourquoi émerveillez vous avec moi des |
| | grandissimes merveilles de Dieu, & ne soyez pas ingrat au |
| | Seigneur, qu'il vous a envoyé & qu'il vous a rendu palpable |
| | ces trois visions capitales par sa lumière céleste & par son |
| | Air divin. |
| |
|
| | Voyez quel Elément admirable qu'est l'Air, & combien ma |
| | pratique concorde avec vôtre Théorie? |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Il en est ainsi comme vous dites, & les effets de nos paroles |
| | n'accorderaient avec nos noms de baptême s'il en était autrement, |
| | ment, |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 167
| car nous serions en une contention continuelle ensemble, | |
| selon la manière d'aujourd'hui, ce qui serait tout à fait | |
| contre nôtre inclination au lieu que nous n'aimons rien plus | |
| qu'une conversation paisible & respectueuse, & qu'un entretien | |
| fondé sur des vérités. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il en doit aller ainsi entre tous les bons chrétiens qui sont doués |
|
| d'une probité sincère, à qui l'Air doit aussi servir particulièrement | |
| pour exécuter la volonté de leur créateur, non | |
| seulement avec les machines de leurs corps, mais ils doivent | |
| outre cela chercher à pénétrer au travers de l'Air très subtil | |
| & spirituel avec leurs âmes raisonnables pour tâcher de monter | |
| & d'approcher la Lumière éternelle & incréée, & de | |
| se rendre participants des grâces divines de leur Dieu & de | |
| leur Seigneur. | |
| |
|
| Ceci soit assez discouru de l'Air, cessons de parler davantage |
|
| des Eléments spirituels & descendants aux Eléments matériels | |
| & corporels, voyons en suite de quelle façon que l'Elément | |
| de l'Eau se laissera manier dedans la chambre de l'Anatomie | |
| de la Nature: je m'en vais entamer cette matière | |
| s'il ne vous est contraire. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Fort bien: Commencez au nom de Dieu. |
|
| V v FRAN- | |
@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 169
| L E S I Xième D E G R E'. |
|
| DE L'ELEMENT DE L'EAU. | |
| E T D E L'E A U D E S P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Que l'Eau est un réceptacle des deux Eléments supérieurs. Des qualités de |
|
| l'Eau. Que l'Eau est le sperme du Monde. Pour quoi les sels attirent | |
| l'humidité. Combien nécessaire qu'est l'Eau auprès des sels. Auprès | |
| du sel commun. Auprès du Salpêtre & vitriol. Auprès du souphre. | |
| Que la mer est le centre de l'Eau. Grandes puissances de | |
| l'eau. | |
| |
|
| F R A N C O I S | |
| |
|
Ous avons fait mention de l'Air, | §. 1. |
| qu'il est le réceptacle de la vertu mouvante | Que l'Eau est
|
| & opérante du soleil & de ses rayons vivifi- | un réceptacle
|
| ants, nous dirons & démontrerons présente- | des deux Elé-
|
| ment ici que l'Elément de l'Eau a une vertu | ments supérieurs.
|
| & une faculté attirante, pour attirer & pour | |
| recevoir les deux Eléments actifs, l'Air & la | |
| Lumière, laquelle est prise, de la plus part, pour le Feu, | |
| comme nous avons dit. | |
| |
|
| La propriété & la qualité principale de l'Eau c'est être humide, | §. 2. |
| ce qui paraît assez par là, qu'elle rend humide presque tout | Des qualités
|
| ce qu'elle touche, étant d'une nature moyenne entre l'Air & | de l'Eau.
|
| la Terre, & entre le subtil & le grossier. | |
| |
|
| L'Eau est participante de l'humidité & de la froidure & plus particulièrement |
|
| de l'humidité, de la quelle elle est la base & la | |
| racine, à cause qu'elle mouille naturellement par son humidité | |
| coulante, & les composés humides sont dit humides à proportion | |
| qu'ils contiennent peu on beaucoup d'Eau en eux. | |
| |
|
| L'Eau peut être dite, à bon droit, un Mercure ou un esprit des |
|
| autres Eléments par ce qu'elle accepte quelque fois la nature | |
| d'un esprit & par fois celle d'un corps; car lors qu'elle a prise | |
| la forme d'un esprit, elle ne prend pas seulement avec elle les | |
| vertus & la nature de tout ce qui est dedans, dessus & à l'entour | |
| de la Terre, mais étant montée en haut elle reçoit aussi | |
| V v 2 les | |
@
170
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | les vertus des Eléments supérieurs, les quelles viennent premièrement |
| | à être changées en nuages, & puis étant métamorphosées |
| | en pluie, elles viennent à tomber sur la terre, & |
| | s'assembler là, par des révolutions itératives, en un menstrue |
| | corporel de toute la Nature. |
| |
|
| §. 3. | L'Eau est le sperme du monde, au quel la semence spirituelle de |
| Que l'Eau est | toutes choses est conservée.
|
| le sperme du |
|
| Monde. | La Terre se purifie & se dissout dans l'Eau: L'Air s'y coagule:
|
| | & le feu s'y arrête & s'y lie très fermement avec les autres. |
| |
|
| | L'Eau est le premier sujet de la Nature dans la quelle elle emploie |
| | sa première sollicitude, son soin & son labeur, |
| | comme il est à voir à la génération & à la multiplication des |
| | végétaux & des Animaux & des minéraux. |
| |
|
| | Il accepte très volontiers toutes sortes de qualités de quelle |
| | odeur ou de quel goût qu'elles soient. |
| |
|
| | C'est à l'Eau que les dons & les vertu spirituelles sont communiquées |
| | tout premier; c'est là où qu'elles vont loger, & ou |
| | elles commencent à faire paraître leurs premières opérations. |
| |
|
| §. 4. | Les sels attirent naturellement l'eau à cause que les sels ont été |
| Pourquoi les | une humidité auparavant qu'ils ont pu devenir des sels.
|
| sels atti- |
|
| rent l'humi- | L'Eau est aussi très nécessairement requise auprès des sels, vu
|
| dité. | que les sels ne pourraient procurer sans elle les effets qu'ils
|
| §. 5. | doivent auprès des végétaux, Animaux & Minéraux.
|
| Combien né- |
|
| cessaire | Car ni le sucre, ni le miel, ne pourraient préserver les fruits
|
| qu'est l'Eau | contre la corruption, s'ils ne pouvaient être dissous par
|
| auprès des | l'Eau.
|
| sels. |
|
| §. 6. | Le sel commun ou de mer ne pourrait pas garder les viandes, les |
| Auprès du | poissons & d'autres de putréfaction, ni leurs donner un goût
|
| sel commun. | agréable & salutaire, s'il n'était dissout & traité avec de
|
| | l'eau auparavant. |
| §. 7. | Pareillement les métaux & les minéraux ne pourraient pas être |
| Auprès du | servis commodément du salpêtre, du vitriol, de l'Alun, du
|
| Salpêtre & | sel Armoniac, du sel commun & d'autres, s'ils n'étaient réduits
|
| vitriol. | en des humidités par les quelles l'anatomise de la Nature
|
| | les |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 171
| les puisse produire & parfaire à des êtres meilleurs, si les sels | |
| ne pouvaient être dissous par le moyen de l'Eau, & qu'ainsi | |
| les esprits n'en pourraient être distillés. | |
| |
|
| N'est ce pas l'Eau qui est très nécessairement requise pour la solu- | §. 8. |
| tion du souphre commun, & de toutes les matières bitumi- | Auprès du
|
| neuses comme sont la résine, la cire, l'arcanson, l'Asphalte, | Souphre.
|
| la poix, le suif, les huiles & d'autres? je vous prie de me | |
| dire comment que vous pourriez bien joindre aucune des susdites | |
| avec les sels sans l'addition de l'Eau. | |
| |
|
| L'Eau ou l'humidité est de plusieurs sortes & des qualités soit |
|
| différentes, aussi bien au Macrocosme qu'aux Microcosmes. | |
| |
|
| On n'a pas seulement la mer pour le centre & pour la base ou | §. 9. |
| pour le fondement de l'Eau au Macrocosme, de la quelle tou- | Que la mer est
|
| te l'eau à son origine, & de la quelle elle s'étend à la circon- | le centre de
|
| férence, aussi bien dedans que dessus la Terre, d'ou pro- | l'Eau.
|
| viennent les fontaines, les eaux douces, salées, amères, acides, | |
| souphreuses, minérales, métalliques, médicinales, | |
| vénéneuses, & quantité d'autres: Mais elle fait aussi ses opé- | §. 10. |
| rations de plusieurs manières selon le bon plaisir de l'auteur | Grandes puis-
|
| & du moteur de la Nature, ôtant & détruisant la Terre | sances de
|
| par places, & la remplaçant en la faisant accroître en d'au- | l'Eau.
|
| tres: faisant enfoncer & abîmer par places des villages, des | |
| villes, des Pays & des Provinces: & en faisant recroître d'autres, | |
| & ressortir des Iles toutes entières hors des Eaux & hors | |
| de la Mer même. | |
| |
|
| Il est impossible à la Nature de subsister sans l'Eau, ni de faire |
|
| aucune opération parfaite sans icelle. | |
| |
|
| Comment la Terre pourrait elle subsister sans l'Eau, vu que |
|
| l'Eau est celle qui forme & qui donne principalement le corps | |
| à la Terre? | |
| |
|
| Comment l'Air pourrait il être privé de l'Eau quand on considère |
|
| que l'Eau est le soutien & le fondement de l'Air? L'Air | |
| ne serait il pas continuellement enflammé? & la Terre ne serait | |
| elle pas séchée à une tête morte, & ne serait elle pas brûlée | |
| à une matière vitreuse, si l'Eau leurs venait à faillir? | |
| X x CHAP. | |
@
172
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | Que la Nature produit tous les mixtes par une humidité visqueuse. Comme |
| | les Animaux. Les végétaux. Et les Métaux. Combien nécessairement |
| | que l'Eau est requise pour les végétaux. Et pour les Animaux. |
| | Que l'Eau est le principal opérateur dans l'oeuvre des Philosophes. |
| |
|
| §. 1. | L A Nature forme ses premiers principes
|
| Que la Nature | de l'Eau & de la Terre, pour en construire les corps,
|
| produit tous | vu que ces deux sont les deux natures les plus épaisses
|
| les mixtes | entre les Quatre Eléments: car il se fait une matière glutineuse
|
| par une humi- | de leur mixture parfaite, dans la quelle tous les Eléments
|
| dité visqueuse | sont confusément ensemble, comme dans un chaos, & c'est
|
| §. 2. | d'une telle matière ou d'un tel limon humide que tous les Animaux
|
| Comme les | sont provenu.
|
| maux. |
|
| §. 3. | Les semences des végétaux se résolvent pareillement en une matière |
| Les végétaux. | limoneuse, & s'établissent puis après par des degrés
|
| | en des corps végétaux. |
| |
|
| §. 4. | Et c'est de la même manière que les métaux se produisent; car |
| Et les métaux. | il se fait une eau grasse ou limoneuse du souphre & du Mercure
|
| | parfaitement bien mêlés ensemble, laquelle se digère |
| | par la longueur du temps en des corps durs tillasses, & métalliques. |
| |
|
| | Combien nécessairement que l'Eau est requise pour les Microcosmes |
| | & combien peu que les microcosmes peuvent subsister |
| | sans l'Eau: encore que cela est assez bien à voir, à ce que |
| | nous venons de discourir du Macrocosme, nous traiterons |
| | pourtant encore un peu plus particulièrement de la nécessité |
| | de l'Eau pour les mixtes, & premièrement pour les végétaux. |
| |
|
| §. 5. | L'Eau n'est pas seulement très nécessairement requise pour les |
| Combien l'Eau | végétaux, (comme nous avons dit) afin que de réduire leur
|
| est nécessai- | semences à une matière limoneuse, mais principalement
|
| rement requi- | pour les faire fermenter & végéter, car il est impossible à la
|
| se pour les | nature d'émouvoir l'esprit végétal & de le faire agir, si elle
|
| végétaux. | ne leur amène par le moyen de l'Eau le sel de la terre, qui
|
| | donne la principale nourriture à tous les végétaux, & qu'elle |
| | ne les fasse fermenter avec elles par une circulation itérative |
| | dedans les fibres & canaux d'iceux: Qu'elle ne le fasse changer |
| | ger |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 173
| en suc, en moelle, en paille, en bois, en écorce, en tiges, | |
| en feuilles, en fleurs, en fruits & en graines; & qu'elle | |
| ne le fasse prendre & coaguler en herbes, arbres, fruits & en | |
| semences parfaites selon la qualité & selon la perfection qui | |
| est requise pour un chacun en particulier. | |
| |
|
| L'Eau n'est pas moins requise pour les Animaux; & ce non seu- | §. 6. |
| lement afin que de pouvoir conserver la semence ou l'esprit | Et pour les
|
| Animal qui est dedans le sperme pour en faire la transfusion | Animaux.
|
| dedans la matrice: mais aussi principalement pour en arroser | |
| l'utere, afin que l'esprit subtil animal y étant conçu & enfermé, | |
| puisse commencer à s'y mouvoir, & s'y augmenter, & | |
| à y devenir opératif jusqu'à la perfection de son fruit; l'Eau | |
| n'est pas moins en après nécessaire, vu que ni la viande, ni | |
| le breuvage, ni aucune nourriture, ni le chyle, ni le sang, | |
| ni la lymphe, ni le coeur, ni le cerveau, ni le foie, ni les | |
| poumons, ni la rate, ni les veines, ni les nerfs, ni les os, | |
| ni les muscles, ni les ligaments, ni la peau, ni les cheveux, | |
| ni les ongles, ni l'urine, ni la sueur, ni les excréments, ni | |
| généralement aucun autre corps composé puisse être ou subsister | |
| en son être sans icelle, comme il est très évident dans | |
| l'examen des corps composés quand nous en faisons la section | |
| par l'anatomie chimique, & comme il est connu assez à tout | |
| les entendus. | |
| |
|
| Combien l'Eau est besoin au Royaume Minéral, je le déferrerai |
|
| à vôtre sentiment & en entendrais volontiers vos expériences. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je vous contenterai fort bien! mais pour vous dire mon avis | |
| en peu de paroles, il me semble qu'il n'est pas besoin de traiter | |
| si amplement de l'Elément de l'Eau comme il nous en suppéditeroit | |
| bien de la matière, par ce que au lieu, où nous | |
| formerons nôtre discours en particulier des Trois Royaumes, | |
| l'Eau nous viendra aussi fort bien à point pour faire couler l'encre | |
| sur le papier, vu que tant plus que nous nous étendrons | §. 7. |
| du centre à la circonférence pour écrire des choses naturelles | Que l'Eau est
|
| tant plus de matière qui nous sera fournie pour faire re-mou- | le principal
|
| voir la plume, mais puisque nôtre intention est d'être succinct, | opérateur dans
|
| & que mon dessein est principalement d'agir par des démon- | l'oeuvre des
|
| strations, je ne dirais ici, que l'Eau n'est pas seulement la | philosophes.
|
| X x 2 prin- |
|
@
174
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | principale matière de l'oeuvre des Philosophes, mais qu'elle |
| | y est aussi l'opératrice principale, aussi bien au commencement, |
| | qu'au milieu & qu'à la fin, puisqu'il faut que nôtre |
| | Hermaphrodite soit au commencement lavé long temps avec |
| | elle: qu'il soit tellement purifié par elle qu'il soit rendu propre |
| | & capable de recevoir la semence astrale de l'Air & de la |
| | Lumière, de la nourrir & de la défendre jusques à la maturité |
| | parfaite de son fruit. |
| |
|
| | Quand nôtre matière est produite de la Nature au point qu'il |
| | faut que l'Artiste y mette la main pour l'aider à la faire parvenir |
| | en plus grande perfection, la nature la présente alors |
| | dans l'état d'une matière humide, qui contient une Eau |
| | très pure. |
| |
|
| | Lors que la dite matière est dans l'état de la fermentation & de |
| | la putréfaction, jusques à tant que la couleur Noire paraisse, |
| | cela ne se peut faire par aucune autre voie que par celle de |
| | l'Eau. |
| |
|
| | Pareillement: quand vous avez intention de faire voir la couleur |
| | blanche: vous avez vu qu'il faut que cela soit fait & |
| | conduit par l'Eau: & que la belle vache Io, & le Cygne |
| | blanc & enflé ne peuvent être produis sans Eau aussi peu qu'un |
| | melon ou une citrouille sans icelle. |
| |
|
| | On ne saurait avancer d'aucune autre manière à la couleur |
| | jaune, car cet oeuvre n'est conduit à ce degré de perfection |
| | que par l'humidité, vu qu'une fleur de crocus ou de |
| | nymphéa peut recevoir tout aussi peu sa couleur jaune que |
| | la matière des Philosophes sans la conduite de l'Eau. |
| |
|
| | Tout ainsi faut il qu'il soit procédé jusqu'à la couleur Rouge, |
| | & comme il est impossible que le chyle blanc des animaux peut |
| | être avancé sans humidité jusques à la perfection d'un sang |
| | rouge; tout aussi peu est il possible à la nature & à l'Artiste, |
| | d'aider le lait virginal blanc sans Eau, à le faire changer en |
| | le sang rouge de Dragon: & la Pierre des Philosophes même |
| | étant produite jusques à sa plus haute perfection se doit |
| | fondre comme la cire sur un petit feu, & couleur comme une |
| | eau fixe, sans donner aucune vapeur. |
| | L'Eau |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 175
| L'Eau (en un mot ) est l'Elément, sans le quel, par le quel |
|
| avec le quel il faut que la plus part des opérations chimiques | |
| soient faites, car il faut que les solutions, les | |
| coagulations, les fermentations, les putréfactions, les distillations, | |
| les cohobations & d'autres semblables soient procurées | |
| par l'aide de l'Eau; & comme vous avez démontré | |
| les qualités de l'Eau & combien qu'elle est nécessaire dedans | |
| le cours de la Nature, tout ainsi trouvez vous de même que | |
| ses qualités sont requises dans l'art, vu que l'art ne doit | |
| être considéré qu'un suivant fidèle & volontaire de la | |
| Nature: & il faut nécessairement, qu'en cas que l'art vienne | |
| à s'égarer de l'ordre de la Nature, qu'elle produise | |
| quelque monstre; mais pour donner de nôtre coté | |
| un fondement ferme & solide à l'Elément de l'Eau & | |
| à l'Art, nous tâcherons de préparer la Terre pour cette fin, | |
| & d'examiner combien qu'elle est nécessaire pour la perfection | |
| de la machine du monde, & pour l'oeuvre des Philosophes, | |
| quelles qualités qu'elle possède, & comment & | |
| de quelle manière elle doit être cultivée, aussi bien au regard | |
| du grand, qu'à la considération du petit Monde | |
| des Philosophes. | |
| Y y CHAPI- | |
@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 177
| L E S E P Tième D E G R E'. |
|
| DE L'ELEMENT DE LA TERRE. | |
| E T D E L A T E R R E D E S P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Des Qualités de la Terre. Pourquoi la Terre est froide. Pourquoi la Terre |
|
| est poreuse. Que la Terre reçoit les trois autres Eléments. Que la | |
| Terre à été au commencement unie à l'Eau, éprouvé par la Genèse | |
| de Moïse. Que la Terre a été imprégnée dès le commencement. Comment | |
| il est à croire que la Terre sera métamorphosée quand le monde | |
| périra. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
A Terre est le plus pesant, le | §. 1. |
| plus grossier & le plus Solide des Quatre | Des qualités
|
| Eléments. | de la Terre.
|
| La qualité principale de la Terre est d'être | |
| froid & sec, mais plus froid que sec, vu | |
| que la sécheresse provient plus tôt par accident | |
| que naturellement, à cause qu'à | |
| la création de la Terre l'Eau à été, selon l'aspect extérieur, | |
| le corps le principal & le premier visible de la quelle la Terre | |
| à été séparée. | |
| |
|
| Que la Terre possède entre ses qualités la Froidure pour la prin- | §. 2. |
| cipale, cela provient de ce qu'elle contient le plus de la Na- | Pourquoi la
|
| ture obscure & opaque de la Première matière. | Terre est froide.
|
| |
|
| Il n'y a rien de plus épais ni de moins transparent que la Terre, |
|
| à cause de son corps ou de sa matière très grossière & très épaisse, | |
| la quelle ne laisse pas passer la lumière que très difficilement, | |
| & c'est à cause de la très grande froidure qu'il arrive | |
| que la Terre est dure, coagulée & malaisée à fondre, comme | |
| il paraît au sable, au marbre, aux rochers, & aux autres | |
| matières pierreuses, qui sont d'une qualité & d'une nature | |
| froide & concrües d'une substance terrestre. | |
| |
|
| Encore que la Terre soit naturellement froide & sèche, nôtre | §. 3. |
| grand Dieu l'a pourtant créée en sorte que son corps est fort | Pourquoi la
|
| poreux & spongieux, aussi bien pour pouvoir servir d'un ré- | terre est poreu-
|
| Y y 2 cepta- | se.
|
@
178
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | ceptable des autres Eléments que d'une mère & d'une nourrice |
| | de tous les Etres qui sont composés des Eléments afin que |
| | la froidure & la sécheresse de la Terre pussent imbiber & engloutir |
| | avec avidité la chaleur de l'Air & de la Lumière, & |
| | l'humidité de l'Eau, & que la Terre, qui est stérile à cause |
| | de sa froidure & de sa sécheresse, pût être rendue fertile par |
| | la chaleur & par l'humidité, qui sont les principales causes de |
| | toutes les générations; & afin qu'elle pût comprendre & contenir |
| | en elle les quatre qualités en telle mesure & d'un tel |
| | poids, qu'elle soit capable de produire en son ventre, & de |
| | nourrir avec ses seins les végétaux aussi bien que les Animaux |
| | & les Minéraux jusques à les limites données de Dieu à la Nature |
| | pour leur perfection. Et ceci est conforme à ce que le |
| | saint homme de Dieu & Prophète Moïse dit au Premier chapitre |
| | de Genèse vers. 2ième. |
| |
|
| §. 5. | La Terre était sans forme & vide, & les ténèbres étaient sur |
| Que la Terre | les abîmes: (y joignant aussi tôt auprès)
|
| a été au com- |
|
| mencement | Et l'esprit de Dieu était épandu par dessus les Eaux.
|
| unie à l'Eau | Et au verset 9.
|
| éprouvé par | Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu
|
| la Genèse | & que le sec apparaisse.
|
| de Moïse. | Et au vers. 10.
|
| | Et Dieu appela le sec Terre: il appela aussi l'assemblée des |
| | Eaux Mers. |
| | Et au vers. I.ième. |
| | Et Dieu dit, que la Terre produise verdure, herbe procréante |
| | semence, & arbre fructifiant, faisant fruit selon son espèce, |
| | le quel avait sa semence en soi même selon son espèce. |
| | Et au vers. 24. |
| | Outre Dieu dit: que la Terre produise créature vivante selon |
| | son espèce, bétail & reptile & animaux de la Terre selon |
| | leur espèce. |
| | Et au vers. 26. |
| | Et Dieu dit faisons l'homme à nôtre image. e. c. |
| | Au Chap. 2. vers. 4, 5, 6, & 7ième. |
| | Telles sont les générations du Ciel & de la Terre quand ils furent |
| | créées au jour que le Seigneur Dieu fit la Terre & le Ciel. Et |
| | tout jetton du champ, devant qu'il fut dans la Terre, & tout |
| | herbage du champ devant qu'il germât: car le Seigneur Dieu |
| | n'avait |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 179
| n'avait point fait pleuvoir sur la Terre, & n'y avait homme pour | |
| labourer la Terre: mais une vapeur montait de la Terre. Et | |
| le Seigneur Dieu avait formé l'homme de la poudre de la Terre, | |
| & souffla en la face d'icelui respiration de vie, & l'homme | |
| fut fait en âme vivante. e.c. | |
| |
|
| Il est assez à connaître par ces paroles que cette Terre froide, |
|
| dure, opaque, obscure, infusible, spongieuse & poreuse à | |
| été unie, au commencement de la création, à l'Eau, & | |
| qu'elle a été une même matière avec elle, devant qu'elles | |
| ont été séparées d'ensemble; que la séparation de la Terre | |
| d'avec l'Eau n'a été faite que le troisième jour, que l'Esprit | |
| de Dieu était épandu, dès le commencement, sur les Eaux; | §. 6. |
| & que les Eaux, (dedans les quelles la Terre était radicale- | Que la Terre
|
| ment unie) ont été tellement imprégnées de cet Esprit & | a été impré-
|
| de la Lumière tant pénétrante, que les Eaux ont été assem- | gnée dès
|
| blées en un lieu, selon l'ordonnance de Dieu & que le sec est | le commen-
|
| paru au jour, le quel il a appelé la terre, la quelle ayant | cement.
|
| fait sécher de son humidité par la vertu opérante de la Lumière, | |
| elle a retenue prés d'elle les semences spirituelles des | |
| végétaux & des Minéraux, & a été douée d'une fertilité si | |
| grande, qu'elle a été devenue enceinte comme la vierge imprégnée | |
| du St. Esprit: de sorte qu'elle a été depuis, qu'elle | |
| est encore, & qu'elle sera, (s'il est la volonté du Seigneur) | |
| tant que le Monde durera, capable non seulement de se multiplier | |
| ou augmenter en grandeur par les semences, mais d'en | |
| entretenir même aussi les Animaux, (qu'il a crée le cinq & | |
| le sixième jour,) & de les nourrir; le grand Dieu ayant créé | |
| & entretenu la machine du monde depuis son commencement | |
| d'une telle tempérance & en un tel équilibre des Eléments, | |
| au quel il le conserve encore pour le jourd'hui de même, | |
| en telle sorte, que l'un ne surmonte l'autre en vertu, | |
| vu qu'autrement la Hermonien' aurait pu subsister, ni | |
| ne pourrait subsister encore aujourd'hui, car la rotation des | §. 7. |
| Eléments parfaits ne se pourrait faire, la quelle venant à man- | Comment il est
|
| quer, il est à présumer que le Seigneur augmentera le Feu | à croire que la
|
| Elémentaire dessus & dedans la Terre, qu'il la fera sécher | Terre sera méta-
|
| de son humidité d'une telle sorte que la Terre ne deviendra | morphosée quand
|
| pas seulement calcinée, mais qu'elle sera métamorphosée en | le Monde
|
| un être meilleur, & qu'ainsi il en sera produit un Monde nou- | périra.
|
| Z z veau | |
@
180
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | veau d'une Nature spirituelle, incorruptible & glorieuse, & |
| | qui ne sera plus sujet à aucun changement. |
| |
|
| | L'Elément de la Terre, le quel nous avons dit être froid & sec, |
| | n'a pas seulement dedans, mais aussi dessus & à l'entour d'elle |
| | plusieurs sortes de Terres de différentes natures; & les |
| | mixtes même ont leur Terres particulières aussi bien au Royaume |
| | Végétal, qu'Animal & Minéral. |
| |
|
| | --------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | Que la Terre n'est autre chose qu'un souphre fixe. Comment que la cendre |
| | des montagnes embrasées n'est autre chose que du souphre fixe. Comment |
| | que la cendre des montagnes souphreuses devient Terre. Que la |
| | Terre n'a pas été fixé au commencement de la création. Démonstration |
| | chimique sur ce sujet du souphre commun. |
| |
|
| | A Terre étant considérée étroitement, |
| §. 1. | n'est autre chose qu'un souphre fixe & irréductible, qui ne
|
| Que la Terre | peut seulement être fait & tiré par nôtre art chimique de
|
| n'est autre | tous les composés du monde, comme vous savez, mais aussi
|
| chose qu'un | du souphre vulgaire, des esprits végétaux, & des huiles des a-
|
| souphre fixe. | nimaux.
|
| | La Terre la plus fixe & la plus irréductible dedans & dessus la Terre |
| | se trouve aux environ les lieux où sont les montagnes & les |
| | lieux souterrains de souphre, les quelles étant allumées jet§. |
| 2. | tent & vomissent une très grande quantité de cendres à l'entour
|
| Comment que | d'elles; les quelles ne sont rien autre chose que du souphre
|
| la cendre des | fixe ou de la terre, comme nous avons dit: il faut pourtant
|
| montagnes | faire distinction entre ce dit souphre fixe & les cendres
|
| embrasées n'est | souphreuses minérales & métalliques, & aussi celles qui sont
|
| autre chose | devenu pierreuses & vitreuses, comme sont celles qui sont
|
| que du souphre | changées de nature, soit par les sels, soit par la conjonction
|
| fixe. | subite de l'eau & du feu, qui y sont souvent des étranges métamorphosés
|
| | à proportion que l'un ou l'autre vient à prédominer; |
| | car ces cendres, ou souphre fixe susdit (encore qu'el§. |
| 3. | les soient de leur nature & sans l'addition d'autre choses, irréductibles,
|
| Comment que | inutiles, ni propres à aucune chose) peut, moyennant
|
| la cendre | la rotation des Eléments supérieurs, peu à peu être réduit
|
| des monta- | à la nature d'une terre commune, & changé d'une telle
|
| | ma- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 181
| manière qu'elle peut devenir une mère & une nourrice pro- | gnes souphreu-
|
| pre pour concevoir la semence des végétaux & des Minéraux | ses devient
|
| pour les alimenter jusques au degré de leurs perfection, & que | Terre.
|
| plus est, pour en faire vivre & entretenir les Animaux, & | |
| d'exécuter en tout la volonté du Créateur de même que fait la | |
| Terre générale, ce qui est très facile à connaître à tous les experts | |
| de la Nature, quand ils vont considérer & pénétrer la Nature | |
| de la Terre aux environ des places souphreuses, comme | |
| ils le peuvent démontrer réellement & clair comme le jour | |
| par l'art joint à la Nature, comme j'en attends ici les expériences | |
| & les démonstrations de vos grâces. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Je ne refuserai pas à donner satisfaction à vos désirs, & de vous |
|
| soulever de la peine que vous pourriez prendre à la poursuite | |
| de ce discours, étant assez persuadé que vous l'auriez pu | |
| continuer aussi bien que moi. | |
| |
|
| Vous portez fort bien à propos les paroles du Prophète Moïse |
|
| au Genèse I. chap. 3ième verset. | |
| Et la terre était sans forme & vide, & les ténèbres étaient sur |
|
| les abîmes, & l'Esprit de Dieu était épandu par dessus les | |
| eaux. e. c. | |
| |
|
| Il est à soutenir que la Terre n'a pas encore été fixe au commen- | §. 4. |
| cement de la création de l'Elément de la Terre, à cause qu'el- | Que la Terre
|
| le était encore unie à l'Eau, & qu'elle n'en était pas encore | n'a pas été fixe
|
| séparée par la fixation, ce qui est assez à connaître par ces | au commence-
|
| paroles. | ment de la
|
| | création.
|
| La Terre était vide: car il fallait bien qu'elle fut vide si long |
|
| temps qu'elle n'était encore séparée des autres Eléments, & | |
| c'est pour cette raison que ces paroles y suivent aussi tôt: | |
| Et les ténèbres étaient sur les abîmes. | |
| |
|
| Il est à soutenir qu'on doit entendre par les Ténèbres sur les abîmes, |
|
| qu'il fallait que la putréfaction & la couleur Noire se | |
| montrât premier & devant la séparation des Eléments combinés, | |
| auparavant que la Terre fixe ou le souphre fixe pouvait | |
| paraître; ce pourquoi il dit. | |
| |
|
| Et l'esprit de Dieu était épandu par dessus les Eaux. |
|
| |
|
| L'Esprit de Dieu à été l'opérateur, du temps de là création, & |
|
| Z z 2 il a | |
@
182
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | il a été le séparateur des Eléments par ses puissantes vertus & |
| | opérations, comme il est à voir en ces paroles. |
| |
|
| | Et Dieu dit. |
| |
|
| | Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient assemblées en un lieu |
| | & que le sec apparaisse. Et Dieu appela le sec Terre: |
| | Il appela aussi l'assemblée des Eaux mers. |
| |
|
| §. 5. | Si vous voulez avoir démontré à ct'heure comment que la Terre a |
| Démonstra- | été un souphre commun & volatile avant la séparation d'icelle
|
| tion chimi- | des Eaux, selon ma soutenue ci devant, qu'il n'a pas
|
| que sur ce | bien pu être autrement, & comment la Terre ou le souphre
|
| sujet. | volatile est réduite à un souphre ou une Terre fixe, je vous
|
| | exposerai les expériences suivant à les examiner, & vous |
| | trouverez, que ce que nous venons de proférer sera trouvé |
| | conforme à la vérité. |
| |
|
| | Prenez du souphre vulgaire pulvérisé très fin, ou des fleurs de |
| | souphre, mettez le dans une fiole ou dans une cornue de |
| | verre, versez dessus autant d'une bonne lessive faite de cendre |
| | de quelque végétal, & les digérez ensemble jusques à |
| | que tout le souphre soit dissout en une liqueur fort rouge, versez |
| | cette huile par un philtre, afin que vous soyez assuré, |
| | qu'il n'y demeure rien de terrestre, remettez cette liqueur |
| | dans une cornue, & distillez en fort lentement l'humidité, |
| | qu'il ne reste plus dans la cornue qu'un sel desséché, faites |
| | ainsi cimenter ce sel souphreux l'espace de deux ou trois fois |
| | vingt & quatre heures par un tel degré de feu que le souphre |
| | ne se puisse sublimer au col de la cornue, faites peu à peu éteindre |
| | le feu pour empêcher que le verre ne se casse, le quel |
| | étant refroidi, vous le nettoierez avec un linge mouillé, |
| | versez autant de l'eau commune dessus la matière qu'elle puisse |
| | dissoudre le sel que toute la matière contient, & vous |
| | trouverez au fond du verre une bonne partie de souphre fixe, |
| | ou de la terre qui rendra vôtre lessive trouble, le quel étant |
| | dulcifié, séché & mis au feu dans un creuset, vous verrez |
| | qu'une partie de vôtre souphre commun sera devenue d'une |
| | nature tellement fixe & irréductible, qu'il ne pourra être réduit |
| | tout seul & sans addition d'autres choses, par le feu en |
| | aucun autre corps qu'il a, à savoir en un souphre ou terre |
| | fixe, hormis qu'elle peut être préparée par les sels d'une telle |
| | le ma- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 183
| matière, qu'elle peut devenir capable & propre de produire | |
| des végétaux & des minéraux aussi bons & tout aussi propres | |
| à nourrir & à entretenir les Animaux que la Terre générale | |
| peut faire. | |
| |
|
| Ce serait bien assez démontré par ceci comment que la Terre |
|
| commune n'a été qu'un souphre vulgaire avant la fixation & | |
| la séparation d'icelle d'avec l'Eau, & que les semences de tous | §. 6. |
| les végétaux & des minéraux y peuvent être semées, nourries | Qu'on peut
|
| & produites à leurs perfection: mais pour vous montrer, | tirer un sou-
|
| qu'un souphre fixe ou terre peut être tirée & faite de tous | phre fixe de
|
| les végétaux, Animaux & Minéraux, vous pourrez pren- | tous les
|
| dre la peine de considérer les expériences qui suivent. | mixtes.
|
| |
|
| -------------------------------------------------------------- | |
| |
|
| C H A P I T R E III. | |
| |
|
| Que la Terre ne contribue rien aux végétaux qu'un sel humide. Des expériences |
|
| comment on peut faire provenir un souphre fixe des végétaux. | |
| Qu'il a un souphre caché dedans les végétaux qui est de la | |
| même nature de celui de souphre vulgaire. Expérience comment on | |
| peut faire produire un souphre fixe des corps des Animaux. Et | |
| aussi des Minéraux. | |
| |
|
| I L est connu à peu de personnes, qui font | §. 1.
|
| recherche des secrets de la Nature, que la Terre ne contri- | Que la Terre ne
|
| bue rien autre chose pour l'accroissement de la plus part des | contribue rien
|
| végétaux, (qui proviennent des semences, ou par les opé- | aux végétaux
|
| rations des Eléments supérieurs,) qu'une proportion due | qu'un sel humide.
|
| d'un sel nitreux & de l'humidité, & qu'il se trouve pourtant | |
| une grande quantité de souphre fixe ou de terre, (vulgai- | §. 2. |
| rement appelée des cendres) lors qu'on les a brûlés. Cette | Des Expériences
|
| terre (mon très cher) ne peut avoir été autre chose, com- | comment on
|
| me vous savez, qu'un souphre commun, qui s'est fixé, du- | peut faire pro-
|
| rant son brûlement, en un terre ou souphre fixe, ou cen- | venir un sou-
|
| dre; & ce par le moyen du sel ou de l'acidité: qui a été au- | phre fixe des
|
| près: Et pour vous montrer, qu'il ne peut être aucune ter- | végétaux.
|
| re dedans les végétaux, vous n'avez qu'à prendre quelque | |
| végétal; le laver bien net, le piler ou racler bien fin, le | |
| mettre dans de l'eau forte, ou dedans quelque autre corrosif, | |
| & le digérer quelque temps avec elle, & vous expérimenterez | |
| que le dit végétal tout entier se dissoudra d'un telle | |
| A a a manié- | |
@
184
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | manière qu'il n'en demeurera non plus que vous pourrez |
| | mettre dans l'oeil, mais que le tout sera changé en une eau ou |
| | humidité transparente, ce qui fait voir qu'il n'y a eu aucune |
| | terre ou cendre dedans le végétal, vu qu'il est assez |
| | connu que l'eau forte & les autres corrosifs n'ont aucune prise |
| | à la terre, souphre fixe, ou cendres & qu'ils les laissent sans |
| | les attaquer aucunement. |
| |
|
| | Voila une seconde séparation de la terre qui se fait des quatre |
| | Eléments généralement combinés ensemble. |
| |
|
| | Je vous en donnerai une troisième d'une autre manière. |
| |
|
| | Prenez du sel commun, dont on se sert pour saler les viandes |
| | & à la cuisine, parties 3, & de l'huile de souphre ou de |
| | vitriol 2 parties, faites dissoudre vôtre sel avec de l'eau |
| | commune, ajoutez y l'huile susdite, distillez en l'humidité, |
| | prenez le sel qui est demeuré au fond du vase, pulvérisez |
| | le, mêlez y environ la quatrième partie de charbon |
| | de bois en forme de poudre fine, selon l'aspect & non pas selon |
| | le poids) faites bien fondre cette matière ensemble dans un |
| | creuset au fourneau à fondre, la quelle étant bien fondue |
| | vous lui donnerez du charbon pulvérisé de temps en temps |
| | avec une cuillère de fer, jusques à que vous voyez que la matière |
| | se tienne en repos dedans le creuset, car c'est alors que |
| | le loup affamé est rassasié; cette matière étant bien fondue versez |
| | la dans un mortier ou dans quelque autre vaisselle de cuivre |
| | chauffée, laissez la refroidir, pillez la en poudre fine, dissolvez |
| | avec de l'eau commune ce qui peut être dissout, filtrez |
| | l'humidité salée, la quelle passera d'une couleur rougeâtre, |
| | faites évaporer l'humidité à la consistance du sel par |
| §. 3. | une cornue, & faites cimenter vôtre rémanent tout doucement
|
| Qu'il y a un | environ le temps de cinq à six jour, cassez vôtre cornue,
|
| Souphre com- | pillez la matière bien fine & dulcifiez la avec de l'eau
|
| mun caché de- | commune, & vous trouverez une poudre noirâtre, la quelle
|
| dans les végé- | n'est rien autre chose que le souphre qui a été dedans le
|
| taux semblables | charbon, car lors que vous rougirez vôtre cornue par des degrés
|
| & de la même | de chaleur, le souphre volatil se sublimera au col d'icelle,
|
| nature du | tout semblable à celui qu'on tire des mines de souphre,
|
| souphre vul- | aussi bien en couleur qu'en toutes sortes d'autre qualités,
|
| gaire. | & celui qui est devenu fixe, il demeurera au fond du
|
| | ver- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 185
| verre, comme une terre, la quelle ne peut être refondue | |
| par aucun feu, à moins qu'on lui ajoute des sels, qui le | |
| font réduire en verre comme il se fait de la terre & du | |
| Sable. | |
| |
|
| Si vous désirez une expérience au Royaume Animal, à savoir | §. 4. |
| de quelle façon il s'en peut tirer un souphre volatil & fixe, | Expérience com-
|
| semblables à ceux que nous venons de dire? | ment on peut
|
| | faire produire
|
| Prenez un morceau du coeur, un partie du cerveau, du foie, | un souphre
|
| du poumon, de la chair, des ossements, ou de quelque partie | fixe des corps
|
| du corps d'un animal qu'il vous plaira, mettez la dans une | des Animaux.
|
| cornue, faites en évaporer l'humidité par les degrés du feu, | |
| donnez à la fin du feu tant que la cornue rougisse, & que la | |
| matière rémanente devienne en charbon noir, ôtez en le | |
| charbon, pilez le, & traitez le de la même manière, comme | |
| nous avons dit ci devant amplement des végétaux, & | |
| vous produirez de cet animal un tel souphre vulgaire volatile | |
| aussi bien, que fixe & irréductible, comme nous en avons tiré | |
| des végétaux. | |
| |
|
| C'est de la même manière que vous pouvez procéder avec les | §. 5. |
| minéraux, & particulièrement avec l'Antimoine qui vous | Et des Mi-
|
| donnera aussi deux sortes de souphre, l'un volatil, & l'au- | néraux.
|
| tre fixe, mais il sera nécessaire, que les flèches & les lances, | |
| pour tirer & pour tuer ce griffon, soient fortifiées & aiguisées | |
| un peu davantage. | |
| |
|
| Touchant les métaux, mon très cher, ils veulent être traité |
|
| encore d'une autre manière, vu que leur souphre est beaucoup | |
| plus fixe, qu'il n'est dedans les mixtes des deux Royaumes | |
| précédents, & qu'il y est lié si fortement, que ceux qui | |
| se voudront mêler de le délivrer de la prison des métaux, qu'il | |
| faudra qu'ils implorent le secours du plus grand Dieu, de | |
| Jupiter même; & de son fils Mercure, parce que sans l'aide | |
| d'iceux & sans leurs assistance ils n'auront jamais la moindre | |
| espérance du monde de jouir de l'aspect de la toison d'or; ni | |
| du Salamandre résistant au feu à jamais. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous avez bien assez clairement démontré par vos propos précédents |
|
| de quelle façon qu'on peut produire du souphre com- | |
| A a a mun | |
@
186
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | mun & un souphre fixe ou terre, du souphre des végétaux & des |
| | Animaux, mais il me semble (sous vôtre correction) que |
| | vous avez encore dit trop peu, de quelle façon que le souphre |
| | peut être tiré des métaux, & qu'il sera nécessaire que |
| | nous nous entretenions un peu davantage de cette matière. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Il est bien vrai ce que vous dites, & il est bien aisé d'en discourir, |
| | mais il est bien difficile à le démontrer: ayez seulement |
| | un peu de patience, & je prendrai la peine & le labeur sur |
| | moi, pour vous enseigner assez clairement, comment que le |
| | souphre fixe se sépare des métaux. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E IV.
|
| |
|
| | Comment on sépare le souphre fixe des corps des métaux. Expression du |
| | tremblement de terre par le maniement de l'oeuvre des Philosophes. |
| | Que le Mercure des Philosophes est la clef des corps tant solides |
| | des Métaux. |
| |
|
| §. 1. | P Renez de l'argent, du cuivre, de l'étain, |
| Comment on | du fer, du plomb, qui soit limé bien fin, ou du
|
| sépare le | vif argent, une once: mettez le auprès du Menstrue des
|
| souphre des | Philosophes, autant que savez qu'il est besoin, faites passer
|
| corps des | le tout ensemble par la couleur Noire jusqu'à la Blanche,
|
| métaux. | & le menstrue susdit fera tellement altérer le métal, & le
|
| | changer de nature, qu'il laissera peu à peu suivre son souphre |
| | fixe métallique au souphre métallique qui se fixe en même |
| | temps dedans le menstrue, & qu'il le transformera par l'aide |
| | du Dieu Mercure en sa propre nature, tellement que le métal |
| | n'en pourra jamais être retiré en forme métallique. |
| |
|
| | C'est de cette façon que j'ai procédé avec la plus part de tous |
| | les métaux en particulier, & aussi avec tous les métaux ensemble. |
| |
|
| | C'est par cette manière de procéder que toutes les opérations |
| | chimiques se font suavement & doucement, sans aucune violence, |
| | dans un même verre, que la solution se fait sans bruit, |
| | que la coagulation se fait magno cum ingenio, c'est à dire, |
| | avec |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 187
| avec grand esprit, car en cas qu'on ne procédât pas fort prudemment | |
| avec elle, & que le feu central de nôtre terre n'est | |
| seulement qu'un tant soit peu ému plus qu'il ne faut par le | §. 1. |
| feu extérieur, il arrive par places en nôtre terre un tel écou- | Expression
|
| lement, tremblement, & un tel étonnement, qu'ils ne sont | du tremble-
|
| pas fort dissemblables aux mouvements qui se font au Macro- | ment de terre
|
| cosme: mais j'ai appris avec perte, qu'il faut environner les | par le manie-
|
| métaux avec le Mercure des Philosophes, comme l'estomac | ment de l'oeu-
|
| des animaux fait des viandes, & de les y faire fondre com- | vre des Philo-
|
| me il se fait de la glace dedans l'eau, sans que la solution | sophes.
|
| vienne aucunement à paraître visiblement. | |
| |
|
| C'est ainsi qu'il se peut faire une putréfaction, une fermentation |
|
| & une séparation du pure d'avec l'impure, & des particules | |
| subtiles des grossières; & c'est par cette manière, & | |
| non pas par aucune autre (que je sache) que le souphre | |
| fixe ou la terrestréité peut être découvert & produit hors des | |
| corps métalliques solides où il est très étroitement enfermé. | |
| Car lors que vous dissolvez les métaux, avec de l'Eau forte, |
|
| avec de l'eau Royale, avec de l'esprit de sel, avec de l'esprit | |
| de souphre, avec de l'esprit de vitriol ou par quelque autre | |
| corrosif, les métaux ne laisseront suivre ni séparer d'eux aucun | |
| souphre fixe, ni aucune terrestréité, mais on les pourra | |
| toujours faire réduire en des métaux tels qu'ils ont été quand | |
| on les y a mis. | |
| |
|
| P A R A C E L S E, (faisant mention de la destruction des métaux,) |
|
| dit. | |
| Facilius est construere metalla quam destruere; |
|
| |
|
| C'est à dire: | |
| Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire. |
|
| |
|
| Car il est impossible de détruire les métaux & de les réduire à | §. 3. |
| leurs principes, (à leurs Sel Souphre & Mercure) par aucune | Que le Mercure
|
| autre voie que par le Mercure des Philosophes, qui est l'uni- | des Philosophes
|
| que clef qui peut délivrer le souphre fixe (les corps métalliques | est la clef des
|
| au quels il est enfermé & enchaîné très étroitement; c'est | corps tant so-
|
| lui qui possède le Souphre, le Mercure & le Sel des Philoso- | lide des mé-
|
| phes en juste poids & mesure, mais non pas le Souphre, le | taux.
|
| Mercure & le Sel commun. | |
| |
|
| C'est lui qui rend véritable la devise des Philosophes qui dit: |
|
| B b b Natu- | |
@
188
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | Natura naturà gaudet; Natura naturam vincit; Natura naturam |
| | retinet. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | La Nature se plaît à sa nature; La Nature survainque la Nature; |
| | La Nature retient la nature; puisque le Sel, le Souphre & le |
| | Mercure, qui sont dedans le menstrue des Philosophes, ont |
| | le pouvoir de attaquer le Souphre le Sel & le Mercure qui sont |
| | dedans les métaux, de se joindre amiablement & radicalement |
| | avec eux, & ainsi se entre attirer & se embrasser ensemble |
| | comme l'aimant fait le fer & le fer réciproquement l'aimant, |
| | & de se unir & s'incorporer si bien les uns aux autres, |
| | qu'à la fin ils se changent entièrement en une même matière |
| | & qu'ils deviennent d'une même nature; tellement que s'il |
| | arrive que le souphre fixe, qui est dedans le menstrue ou dedans |
| | le Mercure des Philosophes, viennent en séparer, le |
| | souphre ou la terre, qui a été dedans les métaux; & qui est |
| | fixé par le Mercure des Philosophes, s'en sépare aussi; & qu'ils |
| | ne soit plus à connaître, ni à distinguer, en couleur, ni en |
| | propriété ni en qualité de l'un l'autre, que de l'eau de pluie |
| | est à distinguer de l'eau de pluie. |
| |
|
| | C'est ainsi qu'avec le mariage la copulation & la consommation |
| | du Souphre, du Mercure & du Sel, qui dont dedans le menstrue |
| | des Philosophes, se font avec le Souphre le Sel & le Mercure |
| | qui sont dedans les métaux, de sorte qu'à la fin il faut |
| | (à mon avis) que par les conversions & transformations |
| | itératives des Eléments, qu'il provienne de cette matière des |
| | Philosophes, ce que Trismégiste promet avec tant d'assurance |
| | dans la Table d'Emeraude, par ces paroles. |
| |
|
| | Portavit illud ventus in ventre suo. Nutrix ejus est terra. |
| | Virtus ejus integra est si versa fuerit in terram. |
| | Separabis terram ab igne, subtile à spisso suaviter & magno cum |
| | ingenio. |
| | Ascendit à terram coelum, iterumque descendit in terram, & |
| | reccipit vim superiorum & inferiorum. |
| | Sic habebis gloriam totius mundi. |
| | Ideo à te fugiet omnis obscuritas. |
| |
|
| | Haec est totius fortitudinis fortituso fortis quia vincet omnem |
| | rem subtilem omnemque solidam penetrabit. |
| | Sic Mundus creatus est e. c. |
| | LIVRE |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 189
| L I V R E Q U A T Rième. | |
| NOMBRE DE TROIS. | |
| DES T R O I S P R I N C I P E S: | |
| DU S O U P H R E, DU M E R C U R E | |
| ET DU S E L. | |
| ET DU S O U P H R E, DU M E R C U R E ET DU S E L | |
| de la Matière de la | |
| P I E R R E DES P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Du nombre de Trois. Que les opérations de la Nature dépendent de la Volonté |
|
| de Dieu. De la naissance du souphre, du Mercure, & du | |
| sel. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
On très cher ami, nous avons | §. 1. |
| dit ci devant, que toutes les opérations des | Du nombre
|
| choses, des quelles il se faut admirer, descen- | de Trois.
|
| dent de l'unité par le nombre de Deux au | |
| nombre de Trois, mais non pas plus tôt, | |
| qu'elles ne viennent à se relever ensemble en | |
| simplicité par le nombre de quatre. | |
| |
|
| Nous avons traité assez amplement, à ce qu'il me semble, des |
|
| trois nombres, savoir de l'unité, du nombre de Deux, & | |
| du nombre de quatre, & nous avons aussi déduit les raisons, | |
| pourquoi nous jugeons que le nombre de quatre doit être | |
| préféré à celui de trois, & ce à cause que le grand Dieu a tenu | |
| cet ordre lui même à la création & à la production du grand | |
| Monde, comme j'ai appris de mon coté; & comme vous avez | |
| démontré pareillement, qu'il faut que cet ordre soit observé | |
| au cours de l'oeuvre des Philosophes: nous irons voir | |
| à ct'heure comment que le nombre de trois, savoir comment | |
| que les Trois Principes viennent à sortir du nombre de quatre, | |
| à savoir des quatre Eléments en la suite de la création, & | |
| de quelle façon que les êtres créés & à créer reçoivent d'iceux | |
| leur commencement, leur croissance, leur perfection, leur | |
| multiplication & leur déclin, & comment ils se réduisent à | |
| B b b 2 leur | |
@
190
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | leur premier être, & qu'ainsi le nombre de dix devient à être |
| | parfait & entier. |
| |
|
| §. 2. | Vous savez que la volonté opérante dépend de la volonté de |
| Que les opé- | nôtre grand Dieu, & que ça été dès le commencement, & que
|
| rations de la | c'est encore la volonté du très haut, que les Eléments d'en
|
| Nature dépen- | haut ont dû, & doivent encore opérer incessamment dedans
|
| dent de la vo- | les Eléments qui sont en bas, & que le Souphre est produit
|
| lonté de Dieu. | par l'opération que le Feu ou le soleil fait dans l'Air.
|
| | Que le Mercure s'engendre par l'opération que le Feu & l'Air |
| | font dans l'Eau; & que le Sel provient par l'opération que le |
| | Feu, l'Air & l'Eau font dans la Terre: tellement que ces |
| | Trois Principes, le Souphre, le Mercure, & le Sel sont des |
| | Etres moyens entre les Quatre Eléments & les mixtes, comme |
| | des seconds Eléments, qui sont pro-générés de la Nature |
| | par les opérations des Eléments supérieurs dedans les Eléments |
| | inférieurs, pour se étendre par iceux & avec eux en trois |
| | Royaumes ou Provinces si puissantes que tout ce qu'il est compréhensible |
| | pour l'esprit de l'homme sur la terre, & tout ce |
| | qui est composé de ces dits Principes, est compris & compté |
| | sous la juridiction d'iceux. |
| |
|
| | Ces Trois Royaumes sont appelés: Le Règne des Végétaux. |
| | Le Règne des Animaux & le Règne des Minéraux: Mais devant |
| | que nous tâchions de entreprendre nôtre pèlerinage, |
| | jusqu'à là, pour les visiter en particulier, il sera besoin que |
| | nous traitions auparavant un peu plus particulièrement des |
| | Trois Principes chacun à part, faisant nôtre commencement du |
| | Souphre. |
| | LE HUIT |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 191
| L E H U I Tième D E G R E'. |
|
| DU SOUPHRE. | |
| ET DU S O U P H R E Des P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Le Souphre considéré de deux façons. De la matrice du Souphre. Du Soufre |
|
| des Météores. Du Souphre des Végétaux. Du Souphre des Animaux. | |
| Du Souphre fusible & volatil des Animaux. Du Souphre | |
| fixe des Animaux. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
E Souphre n'est pas un des |
|
| moindres des Trois Principes, vu qu'il est | |
| estimé des anciens Sages pour le principal des | |
| Trois, comme étant la principale partie même | |
| de la Pierre des Philosophes. | |
| Le Souphre, (à mon avis) doit être | §. 1. |
| considéré de deux manières; premièrement | Le Souphre con-
|
| comme mouvant & générant, & puis, comme étant pro- | sidéré de deux
|
| généré. | façons.
|
| |
|
| Le souphre mouvant & pro-générant est la Lumière ou bien le |
|
| Soleil, le quel fait concevoir & produire en perfection toutes | |
| sortes de Souphres, par le moyen des autres Eléments, dedans | |
| leurs matrices, soit dans l'air, soit dans l'eau, dans la terre, | |
| dedans les Végétaux Animaux & Minéraux; de sorte que le | |
| souphre se trouve abondamment dedans les trois Royaumes, | |
| vu qu'il est possible à l'art d'en faire provenir aussi bien du | |
| Souphre spirituel que du corporel, de la même manière que | |
| que la sage mère Nature le fait engendrer. | |
| |
|
| La matrice, dans laquelle le souphre générant du soleil vient |
|
| prendre sa demeure est fort différente & provient subtil ou | §. 2. |
| grossier, spirituel ou corporel, à proportion des qualités | De la matri-
|
| qu'elle possède. | ce du Souphre.
|
| |
|
| La matrice du Souphre le plus subtil est la circonférence la plus |
|
| proche à l'entour du soleil, où le souphre paraît le plus éclatant | |
| comme une lueur sortante de la lumière, & comme un | |
| air allumé, & éternel, dedans le quel les âmes & les esprits | |
| C c c subtils | |
@
192
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | subtils ont leurs résidences à proportion de leur subtilité & |
| | de leur dignité. |
| |
|
| §. 3. | La matrice du Souphre des Météores, de l'éclair, & des autres |
| Du Souphre | vapeurs qui conçoivent facilement le feu, est dedans l'air
|
| des Météores. | qui environne la Terre, le quel est subtil ou grossier à proportion
|
| | que l'Air est proche ou éloigné de la Terre. |
| |
|
| §. 4. | La matrice du Souphre des Végétaux, des Animaux & des Minéraux |
| Du Souphre | est dessus & dedans l'Eau & la Terre, du quel il nous
|
| des végétaux. | sont livrées trois sortes par l'Anatomie d'iceux, vu qu'une
|
| | partie d'icelui est spirituelle & volatile, une partie corporelle |
| | & volatile, & une partie fixe & résistante au feu. |
| |
|
| | Les particules spirituelles & volatiles du Souphre des Végétaux |
| | consistent aux âmes & aux esprits d'iceux, comme il est à |
| | voir & à connaître par l'examen de l'esprit de vin & des autres |
| | végétaux. |
| |
|
| | Le Souphre corporel & volatile des végétaux consiste en leurs |
| | graisses & huiles & en une matière qui est facile à fondre & à |
| | brûler, qu'on appelle du Souphre commun. |
| |
|
| | Touchant le Souphre corporel fixe & incombustible: ce sont |
| | les particules les quelles deviennent fixes par les opérations |
| | des sels à l'occasion que les végétaux viennent à être putréfiés |
| | & brûlés, le quel demeure au fond ou dedans le filtre quand |
| | on en a dissout le Sel. |
| |
|
| §. 5. | Les Souphres spirituels que nous trouvons dedans les Animaux |
| Du Souphre | sont les suivants.
|
| des Animaux. |
|
| | Les Souphres les plus spirituels & les plus volatils, qu'il y a dedans |
| | les Animaux, ce sont les âmes d'iceux, les quelles sont les |
| | moteurs & les opérateurs des animaux à proportion de la bonté |
| | & de l'excellence qu'ils possèdent: & comme elles ont reçu |
| | leur commencement, leur accroissement, & leur perfection |
| | du moteur général, qui est le soleil, & comme l'âme |
| | est gardée dedans le corps des animaux, & entretenu là comme |
| | dans un réservoir; elle reprend aussi le lieu de son refuge |
| | (quand elle vient à quitter la demeure qui est son corps) à la |
| | lumière de la quelle elle à eue son origine: L'âme raisonnable |
| | ble |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 193
| de l'homme même est obligée d'approcher ou de s'éloigner | |
| de la Lumière de la face de Dieu à proportion des grâces qu'elle | |
| aura reçue de son créateur, & à proportion de ses comportements | |
| en cette vie. | |
| |
|
| Le souphre fusible & volatile, que nous trouvons par la sépa- | §. 6. |
| ration anatomique chimique des corps des Animaux, est l'hui- | Du Souphre fu-
|
| le, la graisse, & les autres matières qui reçoivent facile- | sible & vola-
|
| ment le feu, comme il est à voir à l'opération de la Nature | til des Ani-
|
| même qui se fait par la putréfaction, ou par celle de la Natu- | maux.
|
| re aidée par l'art: comme sont la graisse, & le suif que la Nature | |
| fait croître en plusieurs places aux corps des Animaux: | |
| L'huile des cheveux, des ongles & des cornes d'iceux; comme | |
| aussi le Souphre que nous tirons des parties principales des | |
| corps de toutes sortes d'Animaux. | |
| |
|
| Le Souphre corporel fixe & incombustible qui se tire des corps | §. 7. |
| des Animaux est celui, qui se découvre ou par le cours de | Du Souphre fixe
|
| la Nature, ou par l'art chimique. | des Animaux.
|
| |
|
| Il se découvre naturellement, & comme de soi même, lors que |
|
| l'âme en est séparée (ce qu'on appelle vulgairement la mort | |
| naturelle) & que une étrange fermentation est excitée dedans | |
| l'humidité des corps des animaux leur vie encore durant, & | |
| que ces humidités incitées par les Eléments supérieurs deviennent | |
| à se putréfier & ainsi à être réduites en les mêmes Eléments | |
| des quels les corps étaient composés: car c'est de cette | |
| manière que le souphre vient à se fixer par la longue digestion | |
| qui se fait pendant la séparation des Eléments des corps, | |
| & que la matière terrestre devient à s'en séparer comme une | |
| tête morte. | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- | |
| |
|
| C H A P I T R E II. | |
| |
|
| Des Expériences pour faire provenir du Souphre fixe des corps des Animaux. |
|
| Du Souphre des Minéraux & des métaux. Que les minéraux | |
| ont moins & les métaux plus de souphre fixe. | |
| | §. 1. |
| L E Souphre corporel & incombustible | Des Expériences
|
| des corps des Animaux vient à paraître de deux sortes de | pour faire pro-
|
| manières: & cet par l'Art chimique. | venir du Sou-
|
| C c c L'une | |
@
194
E S C A L I E R Des S A G E S.
| phre fixe | L'une se fait par une voie humide, & l'autre par la voie sèche:
|
| des corps | Celle qui se fait par la voie humide, se fait ou par la digestion
|
| des animaux; | avec de l'eau commune seule: ou avec de l'eau par l'addition
|
| | des sels: ou par des humidités acides & fortes. |
| |
|
| | Quand on digère long temps la plus grande partie des Animaux: |
| | avec de l'eau commune, & particulièrement les parties les |
| | plus solubles, il arrive que les humidités visqueuses & salées, |
| | qui résident dedans la chair, dedans les nerfs, dedans les veines, |
| | & autre part, viennent peu à peu à se dissoudre, & à se |
| | unir avec l'eau, de sorte que cette eau ne devient seulement |
| | de cette façon capable de rendre la chair, les nerfs & autres, |
| | tendres, mais qu'elle devient ainsi aussi un menstrue qui est |
| | propre de produire leur composition à une séparation, & de |
| | fixer avec le temps leur souphre soluble & volatil en un souphre |
| | fixe & incombustible. |
| |
|
| | Quand on vient à dissoudre du Sel dedans l'eau commune, & |
| | qu'on digère les parties susdites des Animaux avec un tel mentrue, |
| | comme nous venons de dire de l'eau commune, vous |
| | verrez que cette séparation & fixation du Souphre se fera |
| | beaucoup plus tôt, à cause que le menstrue est rendu plus |
| | fort & plus puissant pour exécuter ce qu'on lui demande. |
| |
|
| | Et quand on se sert des esprits acides & corrosifs au lieu des dits |
| | menstrues, vous trouverez que vous ferez autant d'effet avec |
| | eux & que vous fixerez plus de Souphre soluble & volatil |
| | des animaux en peu de jours que ne pourriez faire par les |
| | susdits en plusieurs mois. |
| |
|
| | Si vous désirez pourtant de rendre tout le Souphre, qui est dedans |
| | les corps des animaux, corporel, palpable & incombustible; |
| | il faudra dissoudre l'animal tout entier dans un menstrue |
| | qui est capable de cet effet, le digérer son temps avec |
| | lui, en tirer alors peu à peu l'humidité, & cimenter le rémanent |
| | tout doucement, jusques à que tout le Souphre de |
| | l'animal soit devenu irréductible, & qu'après que vous en aurez |
| | dissout le Sel, qu'il puisse résister au plus grand feu que |
| | vous lui puissiez donner; & que même vous en puissiez faire |
| | du verre par l'addition des sels fixes; voila la meilleure méthode |
| | de fixer le Souphre volatil & de le rendre incombuAprès |
| | stible par la voie sèche. Après
|
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 195
| avoir tenu propos du Souphre des végétaux & des Ani- | §. 2. |
| maux, nous parlerons à ct'heure du Souphre des Minéraux. | Du Souphre des
|
| | Minéraux et
|
| Les Minéraux & les métaux ont aussi bien du Souphre volatil | des Métaux.
|
| & fixe que les végétaux & les Animaux; quelques uns | |
| ont moins de Souphre volatil & plus de fixe, & d'autres plus | |
| de volatil & moins de fixe. | |
| |
|
| Les minéraux, qui sont sur le chemin de parvenir jusqu'à la |
|
| perfection des métaux, (non seulement à celle des moindres, | |
| mais même des plus parfaits, comme à celle de l'argent | |
| & de l'or) contiennent plus de souphre volatil que de souphre | |
| fixe, mais les métaux ont plus de souphre fixe que de | |
| volatil. | |
| |
|
| Les minéraux ni les métaux ne se laissent pas dissoudre par l'eau | §. 3. |
| commune, pour ainsi faire paraître & rendre libre le souphre | Que les Minéraux
|
| qu'ils contiennent, (comme nous en avons fait mention en | ont moins & les
|
| discourant de la fixation du souphre des végétaux & des Ani- | les métaux plus
|
| maux) vu que l'eau commune n'a point d'ingrès dedans les | de Souphre fixe.
|
| minéraux, & encore moins dedans les métaux, ce pourquoi | |
| leur souphre volatil ne peut être produit par l'eau à un être | |
| meilleur, à un souphre fixe, ou à un meilleur minéral ou métal; | |
| & encore qu'ils ont leur Sel aussi bien que les deux autres | |
| Royaumes, & qu'ils ne peuvent être dissous sans le | |
| moyen des sels, ces sels des minéraux & des métaux sont pourtant | |
| d'une nature plus ferme & plus solide, à cause que les | |
| souphres d'iceux, (qui font la partie principale des minéraux | |
| & des métaux) les embrassent si fort, que les sels viennent | |
| à être changé avec eux, que le sel vient aussi bien représenter | |
| une des principales personnes au royaume minéral, | |
| que ne sont le souphre & le Mercure, c'est pourquoi qu'il est | |
| requis un potentat plus puissant que l'eau commune pour | |
| assaillir ce royaume. | |
| D d d CHAPI- | |
@
196
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | La clef de toute la Nature. Que le menstrue des Philosophes dissout tous |
| | les métaux sans bruit, comme l'eau fait la glace. Que le menstrue des |
| | Philosophes fait le souphre des minéraux & des métaux fixe & volatil. |
| |
|
| | L Es Sels dissous peuvent faire quelque |
| | peu davantage auprès des minéraux, mais fort peu de |
| | chose auprès des métaux. |
| |
|
| | Les esprits des Sels ont bien plus de pouvoir, mais ne peuvent |
| | à beaucoup près effectuer auprès les minéraux ce qu'ils peuvent |
| | auprès les végétaux & les Animaux. |
| |
|
| §. 1. | Il faut ici la clef de toute la Nature pour ouvrir les cabinets |
| Le clef de | fermés des minéraux & des métaux, & même de l'argent &
|
| toute la Na- | de l'or, & pour les refermer, & manier les trésors de ce royaume
|
| ture. | selon son bon plaisir, & pour en disposer d'une telle
|
| | manière, que le souphre volatil qui est dedans les minéraux |
| | & dedans les métaux imparfaits vienne à être rendu fixe |
| | & incombustible, & qu'au contraire le souphre fixe des métaux |
| | parfais soit fait volatil, & puis après que ce souphre |
| | fixe volatilisé soit re-fixé: selon la maxime de SENDIVOGIUS |
| | & de plusieurs autres, qui disent: |
| |
|
| | Fac fixum volatile & volatile fixum. |
| |
|
| §. 2. | Vous savez, mon très cher, que nôtre menstrue ou Mercure |
| Que le mens- | des Philosophes ouvre & referme indifféremment tous les
|
| true des Phi- | minéraux & tous les métaux, non pas avec violence, ni avec
|
| losophes dis- | du bruit, comme il arrive quand on dissout les minéraux
|
| sout tous les | ou les métaux par des eaux fortes, royales ou autres corrosives;
|
| métaux sans | mais qu'il les dissout suavement, peu à peu étant gouverné
|
| bruit comme | & conduit avec grand esprit, & qu'ils viennent à s'y
|
| l'eau fait | fondre comme fait la glace ou le sel dedans l'eau commune;
|
| la glace. | le sel & la glace étant d'une telle convénience avec l'eau,
|
| | qu'il se entre acceptent & se unissent ensemble sans aucune |
| | contrariété: que nôtre eau des Philosophes est aussi d'une |
| | même nature avec les minéraux & les métaux, s'unissant radicalement |
| | & fort amiablement avec eux, sans qu'il se voit |
| | la moindre marque de contrariété, sans qu'on puisse entendre |
| | dre |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 197
| le moindre bruit, les fondant & les dissolvant sans aucune | |
| résistance; mais il faut que tout ceci se fasse avec grand | |
| esprit, aussi bien au regard de la composition de l'aimant | |
| qu'au respect du régime de l'eau mercurielle, pour y faire | |
| baigner les métaux & les minéraux, pour les y faire laver & | §. 3. |
| purger de leurs immondices, pour y faire fixer les souphres | Que le mens-
|
| volatils, & faire voler les fixes, & pour y faire fixer le vif | true des Phi-
|
| argent vulgaire même & de la même pesanteur qu'on l'y met; | losophes fait
|
| en sorte qu'il soit impossible de le réduire en vif argent cou- | le Souphre des
|
| rant, par aucune voie que ce soit, mais qu'il demeure irré- | minéraux & des
|
| ductible comme une matière la plus incombustible du monde, | métaux fixes
|
| ce que vous savez aussi bien que moi, ce pourquoi nous | & volatils.
|
| cesserons de discourir davantage du souphre en ce lieu, n'en | |
| réservant que le souphre de nôtre esprit pour faire étinceler | |
| le propos du Mercure & pour voir quel entretien il suppéditera | |
| à nôtre discours. | |
| D d d 2 LE NEUF | |
@
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 199
| L E N E U Vième D E G R E'. |
|
| DU MERCURE. | |
| ET DU M E R C U R E DES P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Que le Mercure est le réceptacle du Souphre spirituel en général. Que le Mercure |
|
| est un moyen de joindre le Souphre avec le Sel. Du Mercure | |
| spirituel. Du Mercure corporel. Dedans les végétaux. Dedans les | |
| minéraux. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
E Mercure ou l'esprit est celui |
|
| à qui appartient le rang après le Souphre entre | |
| les trois Principes, qui ont leur origine | |
| des Quatre Eléments, vu que le Mercure est | |
| engendré & produit par l'opération du Souphre | |
| spirituel, & ce par le moyen de la Lumière, | |
| de l'Air & de l'Eau: & comme l'office | |
| du mâle appartient au Souphre, ainsi appartient aussi l'office | |
| de la femelle, au cours de la Nature, au Mercure. | |
| |
|
| Le Mercure doit être considéré de deux façons: Généralement | §. 1. |
| & Spécialement. | Que le Mercure
|
| Considérant le Mercure généralement, on le doit juger d'être | est le récepta-
|
| un conceveur & un conservateur du souphre spirituel en gé- | cle du Souphre
|
| néral qui proflüe de la fontaine générale de la lumière, & | spirituel en
|
| qui vient à se reposer aux flancs de cet esprit pour l'imprégner | général.
|
| de toutes sortes de formes, & c'est de cette imprégnation ou | |
| engrossissement, moyennant le Principe du Sel, que toutes | |
| sortes d'individus, ou des composés différents proviennent | |
| |
|
| Et comme toutes sortes de souphres particuliers, des quels nous |
|
| avons fait mention ci devant au traité du souphre, ont leur | |
| origine du souphre général, qui est la Lumière, tout ainsi | |
| ont aussi toutes sortes de Mercures ou esprits leur profluences | |
| de ce Mercure ou de cet esprit universel susdit, comme | |
| d'un magasin inépuisable, & viennent à paraître dedans les | |
| trois Royaumes des êtres composés, aussi bien que fait le | |
| souphre. | |
| E e e Le | |
@
200
E S C A L I E R Des S A G E S.
| §. 2. | Le Mercure est un Medium coujungendi Sulphur cum Sale, |
| Que le Mercu- | c'est à dire un être moyen de conjoindre le Souphre avec le
|
| re est un mo- | Sel; & il est impossible de les unir dans la composition des
|
| yen de join- | choses créées, sans l'interposition du Mercure; comme il est
|
| dre le Sou- | impossible de joindre le Souphre au Mercure sans le moyen
|
| phre avec le | du Sel.
|
| Sel. |
|
| | Le Mercure est aussi bien que le souphre, spirituel & corporel. |
| |
|
| §. 3. | Le Mercure spirituel conçoit la vie de toutes les créatures par |
| Mercure | l'activité de la Lumière dedans l'Air, & la conserve comme
|
| spirituel. | une nourrice fidèle pour la donner, pour en nourrir, & pour
|
| | en fomenter naturellement, & par une vertu aimantine, tout |
| | ce qui est ordonné & prédestiné de la Sagesse infinie du grand |
| | Dieu à recevoir la vie. |
| |
|
| | Le Mercure spirituel a sa résidence dans l'Elément de l'Air, par |
| | le quel & avec le quel il vient descendre, (comme par des |
| | degrés) du haut de la Lumière ou du soleil jusques à la circonférence |
| | des Planètes & de leurs satellites, (ou gardes qui |
| | les font éclipser) & des autres corps innombrables, connus |
| | & inconnus, visibles & invisibles, vulgairement appelé des |
| | étoiles, & même jusqu'à la circonférence de la Terre; il |
| | y vient pénétrer l'air le plus grossier par sa forme spirituelle, |
| | se mêler avec lui, comprimer l'Elément de l'Eau avec lui |
| | à l'entour & dedans la Terre, & imprimer comme avec un |
| | soufflement la vie aux Eléments d'en bas, qui sont comme à |
| | demi morts & aspirants pour prendre l'haleine, devenir ainsi |
| | peu à peu corporel avec lui & par lui, & mériter à la fin par |
| | des degrés le titre de Mercure qui est volatil, qui est fixe, |
| | qui est Hermaphrodite, igné, aérien, aqueux, Terrain, Végétal, |
| | Animal, Minéral & Métallique. |
| |
|
| §. 4. | Le Mercure corporel à principalement le lieu de sa résidence de |
| Du Mercure | dans l'humidité & se montre pour la plus part en forme humide
|
| corporel. | dedans les végétaux, dedans les Animaux & dedans les
|
| | Minéraux, mais plus humide aux Végétaux & aux Animaux |
| | qu'aux Minéraux, encore que les minéraux ne peuvent être |
| | produits sans un mercure humide comme nous dirons plus |
| | amplement quand nous nous entretiendrons de la générations |
| | des minéraux. |
| | Le |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 201
| Le Mercure corporel dedans les végétaux contient leur souphre |
|
| & leur Sel volatils, comme nous les découvrons fort | |
| agréablement par l'anatomie chimique des plantes, dont la | |
| séparation se peut faire aussi bien de leurs racines, que des | |
| écorces, de la moelle, que du bois, des feuilles, des fleurs, | |
| des fruits & des semences; & ce d'une manière, que le souphre | |
| & le sel volatils se trouvent combinés ensemble en une | |
| substance humide, & aussi le sel & le souphre fixe à part soi, | |
| à savoir, que les huiles & les sels volatiles des végétaux soient | |
| unis radicalement à leur humidité, & que leur sel fixe avec | |
| le souphre fixe (ou la terre) en soient séparés. | |
| |
|
| Le Mercure corporel qui est dedans les Animaux contient bien | §. 5. |
| aussi leur souphres & leur sels volatils, mais d'une tout au- | Dedans les
|
| tre manière, vu que leur souphres les plus subtils, qui sont | |
| leur âmes, ne peuvent être arrêtés ni prises par aucune voie | |
| imaginable quand on fait la séparation d'iceux d'avec leur | |
| souphres & leur sels fixes, mais qu'elles retournent incontinent, | |
| après cette séparation de leur corps, à la périphérie du | |
| centre, du quel elles sont envoyées & descendues; au lieu | |
| que les âmes des végétaux peuvent être arrêtées & rendues | |
| corporelles, comme nous avons dit. | |
| |
|
| Nous finirons ici nôtre discourt des âmes des animaux, pour |
|
| en raisonner un autre fois plus à loisir, & considérerons en ce | |
| lieu, comment que les souphres & les sels des animaux, qui | |
| sont volatils & fixes peuvent être séparés & réunis avec le | |
| Mercure. | |
| |
|
| Le Mercure corporel des animaux contient en soi l'âme des ani- | §. 6. |
| maux quand ils sont encore en vie, les quelles ont leurs as- | Dedans les
|
| siette principalement dans le Mercure du cerveau, & des | Animaux.
|
| nerfs, comme il paraît par les effets prompts de l'obéissance | |
| des membres pour exécuter la volonté de l'âme. | |
| |
|
| Le Mercure comprend en soi les sens des animaux, comme l'Intellect, |
|
| la Volonté, la Mémoire, la Vue, l'Ouïe, l'Odorat, | |
| le Goût, & le Sentiment. | |
| |
|
| Lors que les âmes des animaux sont séparées de leurs corps, le |
|
| Mercure de ces animaux contient alors en soi les sels & les | |
| souphres de leurs corps concreus qui sont volatils, comme | |
| E e e 3 le sou- | |
@
202
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | le souphre & le sel volatil du cerveau, du coeur, du foie, |
| | du poumon, des nerfs, du sang, de la lymphe, de la bile, |
| | des cheveux, de la peau, des ongles, de la chair, des ossements, |
| | de la graisse, de l'urine & des excréments; & le sel fixe avec |
| | le souphre fixe s'en sépare comme une tête morte, soit par |
| | une putréfaction naturelle; soit par l'art en aidant la Nature, |
| | comme nous avons dit autre part, & comme nous nous étendrons |
| | davantage, Dieu aidant, sur cette matière lors que |
| | nous traiterons de la génération & de la corruption des Animaux. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E II.
|
| |
|
| | Du Mercure dedans les Minéraux & dans les métaux. Que la proportion du |
| | Mercure est cause de la dureté & de la fusibilité des minéraux & |
| | des Métaux. Que le Mercure est fixe & résistant au feu dedans l'argent |
| | & dans l'Or. Que le vif argent vulgaire peut être fixé par le |
| | Mercure des Philosophes si pesant comme on le met dedans. Que le |
| | Mercure des Philosophes est la chose la plus admirable de tout le |
| | monde. |
| |
|
| §. 1. | T Ouchant le Mercure des Minéraux & |
| Du Mercure | des Métaux.
|
| dedans les | Le Mercure qui est dedans les Minéraux & dedans les
|
| minéraux & | Métaux se trouve la plus part corporel, mais d'une fixité
|
| dans les | fort différente.
|
| métaux. |
|
| §. 2. | La présence du Mercure est la principale cause de la fusibilité |
| Que la pro- | des Minéraux & des Métaux: & son absence cause la dureté
|
| portion du | d'iceux, comme il est à voir, entre les minéraux, à l'antimoine,
|
| Mercure est | aux marcassites, au zinc & autres: & entre les métaux,
|
| la cause de | au Saturne, au Jupiter & au Mercure vulgaire; es
|
| la dureté & | quels le Mercure est abondamment, y causant une fusibilité
|
| de la fusi- | fort grande, où on trouve au contraire par son absence une
|
| bilité des | très grande dureté à l'arsenic, à l'orpiment, à la pierre calaminaire,
|
| minéraux & | à l'aimant & autres; & entre les métaux principalement
|
| des métaux. | au fer.
|
| |
|
| | Le Mercure des Minéraux & des Métaux est de fort différente nature, |
| | car il est aux uns plus & aux autres moins volatil ou fixe. |
| | Le |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 203
| Le Mercure du cinabre ou du vermillon, celui de l'Antimoine |
|
| de l'Arsenic, de l'Orpiment, des marcassites & d'autres minéraux | |
| est fort volatil: comme aussi celui des métaux & particulièrement | |
| le Mercure du Plomb, de l'Etain, & du vif | |
| argent: mais il est beaucoup plus fixe dans le Fer; dans le | §. 3. |
| Cuivre, & dans l'Argent; & dans l'Or le plus résistant aux | Que le Mercure
|
| injures du feu de tous les métaux; mais vous savez que ce- | est fixe & ré-
|
| lui, qui sait parfaitement bien préparer le Mercure vulgai- | sistant au feu
|
| re, qu'il peut facilement rendre tous les Mercures des miné- | dedans l'argent
|
| raux & des métaux incombustibles & d'une durée éter- | & dans l'Or.
|
| nelle. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il en est ainsi comme vous dites: les Mercures des minéraux & | §. 4. |
| des métaux ne peuvent pas seulement être convertis de la sor- | Que le vif ar-
|
| te, mais aussi le Mercure vulgaire, qui est bien naturellement | gent vulgaire
|
| courant & volatil, mais il peut être privé par nôtre art de | peut être fixé
|
| sa nature coulante & volante, & rendu au contraire fixe, | par le Mercure
|
| incombustible & tout à fait résistant aux injures des Elé- | des Philosophes
|
| ments. | si pesant qu'on
|
| | l'y met.
|
| Le Mercure est le sujet le plus admirable de toute la Nature | §. 5. |
| corporelle, puisque étant vif il se laisse tuer: étant volatil | Que le Mercure
|
| il se laisse fixer: étant opaque il se laisse préparer, qu'il est | des Philoso-
|
| transparent comme un cristal, & qu'il revient obscur com- | phes est le
|
| me une terre: qu'il devient soluble comme un sel, & puis | sujet le plus
|
| indissoluble comme une cendre d'os: il se laisse noircir, & | admirable de
|
| puis se reblanchir, & accepte même toutes les couleurs de | tout le Monde.
|
| tout le monde: il est parfois le plus grand venin, & quelque | |
| fois la plus grande médecine: il est quelquefois le mari, & | |
| puis la femme, & parfois le mari & la femme tous deux ensemble: | |
| il est corps, & puis esprit: il est visible, & puis invisible: | |
| il est parfois en forme de fumée, & puis du feu, & | |
| quelquefois de la fumée & du feu tout ensemble: parfois il | |
| est du feu: parfois de l'air: parfois de l'eau parfois de la | |
| Terre: et quand il est produit à sa plus haute perfection, il | |
| est alors du feu, de l'air, de l'eau et de la terre tout ensemble, | |
| et joints selon le juste poids de la Nature, fixe, fusible, | |
| & pénétrable dans tous les composés des trois Royaumes, des | |
| Végétaux, des Animaux des Minéraux, & les amendant, | |
| comme telles & quantité d'autres qualités extraordinaires sont | |
| F f f don- | |
@
204
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | données par les Philosophes au Mercure des Philosophes, |
| | comme nous avons dit assez amplement autrefois, & entre |
| | autres quand nous avons tenu propos du Menstrue des Philosophes. |
| |
|
| | Je finirai ici le discours du Mercure en disant avec le Philo- |
| | sophe: |
| |
|
| | Est in Mercurio quiequid quaeruat sapientes. |
| |
|
| | C'est à dire: |
| | Tout ce que les Sages cherchent est à trouver dans le Mercure. |
| |
|
| | Et qu'aucun composé ne peut être parfait au Royaume des |
| | Végétaux, ni des Animaux, ni des Minéraux, sans le |
| | Mercure. |
| | LE DIX- |
+@
+@
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 205
| L E D I Xième D E G R E'. |
|
| DU SEL | |
| ET DU S E L DES P H I L O S O P H E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. | |
| |
|
| Que le Sel est la clef du Palais Royal. Qu'il y a plusieurs sortes de sels. |
|
| Que le Sel commun est le premier Sel de la Nature & que d'icelui tous | |
| les autres sels proviennent. Comme le Salpêtre. Le Vitriol. L'Alun. | |
| Le Tartre. Le Sucre. Les Sels qui sont dedans les Végétaux | |
| Animaux & Minéraux. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
E Sel est la Clef la quelle repré- | §. 1. |
| sente la troisième personne entre les se- | Que le Sel est
|
| conds Eléments, ou bien entre les trois | la clef du Pa-
|
| Principes, & il est celui qui donne une en- | lais Royal.
|
| trée libre au Palais Royal qui est pourvue | |
| de toutes sortes de choses précieuses. | |
| |
|
| Le Sel, encore qu'il a son premier origine de la teinture universelle |
|
| de la Lumière ou du soleil, aussi bien que les deux | |
| autres principes, il provient pourtant en être par la compression | |
| de l'Air & de l'Eau: il vient descendre dans l'Air en forme | |
| spirituelle, & se rendre corporel dedans l'Eau, la quelle | |
| transporte & imbibe le sel dans la terre spongieuse comme un | |
| conducteur ou porteur fidèle, afin que les trois chefs d'oeuvre | |
| de la nature de Dieu, les Végétaux, les Animaux & les | |
| Minéraux puissent parvenir par son moyen jusques à leur perfection | |
| prédestinée. | |
| |
|
| Nous entendons par le mot Sel, (étant généralement pris) tou- | §. 2. |
| tes sortes de sels qui sont solubles, & qui donnent quelque | Qu'il y a
|
| goût sur la langue, du quel l'intellect donne par après son | plusieurs
|
| jugement, savoir, s'il est salé, ou sur, ou doux, ou amer; | sortes de Sels.
|
| ou de quel goût il est, salé, sur, doux, amer, ou composé | |
| d'iceux. | |
| |
|
| Sous le mot de sel salé est compris le sel que l'on tire de l'eau de |
|
| mer, soit par le moyen de la chaleur du soleil, soit qu'il se | |
| coagule par l'évaporation de l'humidité superflue, qui se fait | |
| F f f 2 dessus | |
@
206
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | dessus le feu, & qu'il soit purifié par des solutions & des coagulations |
| | itératives d'une telle manière qu'il devienne propre |
| | & utile pour en saler les viandes, les poissons & d'autres |
| | animaux & végétaux qui servent de nourriture pour les hommes, |
| | dont l'usage est presque connu à tous les hommes de |
| | la terre. |
| |
|
| | Ce sel ici se trouve peu ou beaucoup dans l'eau de mer à proportion |
| | que le soleil darde les rayons de sa lumière fort ou |
| | faiblement dedans la mer comme nous avons dit autre fois. |
| |
|
| | Le sel de montagne est aussi compté entre les sels salés, puisqu'il est |
| | du même naturel d'icelui; ce sel se tire par des gros morceaux |
| | comme des pierres hors des montagnes, le quel on fait |
| | piler menu, & purifier par l'eau commune de sa matière graveleuse |
| | & terrestre pour la laisser coaguler en sel clair & |
| | blanc. |
| |
|
| | Ce même sel se trouve aussi en plusieurs places, comme es lacs, |
| | es rivières, dans des eaux souterraines, dans des puits & dans |
| | des fontaines, & se laisse purifier de la même manière que |
| | nous venons de dire pour le rendre utile à l'usage. |
| |
|
| | Il y a aussi quantité de végétaux qui croissent dedans & au bord |
| | de la mer qui contiennent beaucoup de ce susdit sel. |
| |
|
| §. 3. | Ce même sel est le premier duquel la Nature a imprégné l'Elément |
| Que le sel | de l'Eau & qu'elle a rendue corporel dedans l'eau, &
|
| commun est | c'est de ce sel que tous les autres sels ont leur origine & leur
|
| le premier | source comme le Salpêtre, le sucre, le vitriol, le tartre, &
|
| sel de la na- | les autres sels composés, comme le sel armoniac, le borax,
|
| ture, & que | l'alun, le sel d'urine, le sel alcali ou le sel fixe, & les sels qui
|
| d'icelui tous | se trouvent dedans les végétaux, dedans les animaux & dedans
|
| les autres | les minéraux; & comme un Carré se laisse former premier
|
| sels provien- | entre les figures Géométrique, Régulières que l'Hexagone,
|
| nent. | & que l'Hexagone soit successivement le Carré &
|
| | puis après les autres: tout de même est ce que tous les autres |
| | sels suivent la signature du sel commun, qui est cubique, & |
| | qu'ils ont leur commencement & leur source du sel commun, |
| | & premièrement le Salpêtre. |
| §. 1. | |
| Comme le | Le Salpêtre se fait du sel de mer naturellement de cette ma-
|
| Salpêtre. | nière.
|
| | Dissol- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 207
| Dissolvez du sel de mer avec de l'eau commune, imbibez en |
|
| des briques ou des tuiles nouvellement tirées du fourneau, | |
| formez en un monceau, ou bien maçonnez en une muraille, | |
| qui soit à couvert, & vous verrez qu'avec le temps il en sortira | |
| un sel, en façon d'un frimas, qui sera un sel tout à fait pareil | |
| à celui du Salpêtre à toute épreuve; par où il est à juger | |
| que l'humidité en étant exhalée, le sel qui est resté dedans | |
| les briques s'est changé en Salpêtre par les influences & par | |
| les opérations des Eléments supérieurs. | |
| |
|
| Le sel de mer se change d'un autre manière en Salpêtre de la |
|
| manière suivante. | |
| |
|
| Prenez de la chaux vive faite de pierres ou d'écailles, faites |
|
| la éteindre dedans de l'eau de mer, ou dedans de l'eau ou | |
| vous avez dissous du sel commun dedans, servez vous de cette | |
| chaux pour maçonner des murailles; ou de quelle façon | |
| qu'il vous plaira, & vous trouverez qu'avec le temps il en | |
| sortira comme un frimas de sel, qui ne sera rien autre chose | |
| que du Salpêtre: ce qui est assez connu à ceux qui sont assez | |
| malheureux qui se sont servi de la chaux qui a été éteinte par | |
| de l'eau salée ou qui se servent du sable de mer, qui n'a pas | |
| été dulcifié par la pluie ou par l'eau commune, comme l'expérience | |
| l'apprend aux Pays bas & ailleurs, qui ne sont pas | |
| éloignés de la mer. | |
| |
|
| Le sel de mer est encore changé d'une autre sorte en Salpêtre |
|
| & ce en peu d'heures de temps. | |
| |
|
| Dissolvez du sel de mer avec de l'eau commune, versez la solution |
|
| dedans une cornue, ajoutez y la portion due d'un | |
| esprit de nitre, tirez en toute l'humidité par la distillation, | |
| & le rémanent qui restera dedans la cornue sera tout chargé | |
| en Salpêtre, & fera toutes les mêmes opérations que le Salpêtre, | |
| duquel l'esprit à été tiré, aurait pu faire; par ou | |
| on peut voir clairement assez que le Salpêtre a son origine du | |
| sel commun de mer, comme je vous en pourrais bien donner | |
| encore une quantité de démonstrations autres que les susdites, | |
| les quelles prendraient trop de temps pour en faire le | |
| détail en ce lieu. | |
| |
|
| Ce n'est pas seulement le Salpêtre qui à son origine du sel com- |
|
| G g g mun | |
@
208
E S C A L I E R Des S A G E S.
| §. 5. | mun, mais le vitriol en a aussi sa source, le quel ayant plusieurs
|
| Le vitriol. | espèces différentes, n'est autre chose qu'un minéral
|
| | ou un métal qui est dissous par une eau ou par un esprit de sel |
| | comme il est évident par sa signature; car le vitriol étant dissout |
| | avec de l'eau commune & puis évaporé jusques une cuticule, |
| | il se forment des corpuscules carrés en forme de pyramides |
| | la pointe en bas, qui se précipitent au fonds du vase, |
| | quand on poursuit l'exhalaison de l'humidité de la solution |
| | du vitriol; un signe très évident que la signature du vitriol |
| | vient à descendre de la figure du Carré, & du corps |
| | cubique, qui est la vraie signature du sel de mer purifié, & |
| | que le vitriol r'acceptera sans doute la signature cubique après |
| | qu'il sera déchargé de sa vertu minérale. |
| |
|
| | L'expérience nous enseigne que le vitriol à sa source du sel commun |
| | de mer, vu que le sel commun étant dissous avec de |
| | l'eau commune, dissout peu à peu le cuivre, le fer ou autre |
| | métal ou minéral calciné ou mis en poudre, quand on les digère |
| | quelque temps avec cette solution; & lors que la solution |
| | est faite, & l'humidité évaporée, il se coagule un sel, |
| | qui n'est rien autre chose qu'un vitriol d'une telle nature qu'a |
| | été le minéral ou le métal que le sel aura dissous. |
| |
|
| | Le vitriol se fait encore plus aisément par le moyen des esprits |
| | acides & corrosifs, que par la solution des sels comme nous |
| | dirons à son lieu. |
| |
|
| §. 6. | L'alun peut aussi être dit, à bon droit, avoir son origine du sel |
| D'Alun. | commun, & y pourra être conté aussi entre les espèces de vitriol,
|
| | vu qu'il est aussi doué d'une qualité astringente minérale. |
| |
|
| §. 7. | Le tartre a de même sa source du sel commun, à cause qu'il est |
| Le Tartre. | provenu d'une eau nitreuse qui a séparé le tartre du suc de la
|
| | vigne, premièrement par la circulation qu'il a fait dans la |
| | Vigne même, & puis après par la fermentation qui se fait dedans |
| | le vin, vu que le Salpêtre a été premier du sel commun, |
| | qui a été changé par la rotation des Eléments supérieurs |
| | en la nature du Salpêtre, qui est un sel qui est agréable |
| | aux végétaux & qui les fait augmenter en qualité & en |
| | quantité. |
| §. 8. | |
| Le Sucre. | Le sucre, le miel & tous les autres sels doux ont aussi leur commencement
|
| | mence- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 209
| généralement du sel de mer, vu que l'acrimonie | |
| d'icelui se change premièrement, par la circulation de | |
| l'eau de pluie, & de la rosée (qui sont imprégnées de la | |
| teinture universelle du soleil) en Salpêtre, & que cette humidité | |
| nitreuse se transforme puis après, par la circulation | |
| qu'elle fait avec le suc des cannes de sucre & d'autres végétaux, | |
| par des degrés, jusques à un telle matière douce la | |
| quelle se laisse purifier par l'art, & coaguler en sucre parfait. | |
| | |
| |
|
| Pareillement faut il entendre que tous les sels, qui se trouvent | §. 9. |
| dedans les végétaux, dedans les animaux & dedans les miné- | Les sels qui
|
| raux ont leur origine du sel commun de la mer, le quel (com- | sont dedans les
|
| me nous avons dit) vient à se métamorphoser, (par des de- | Végétaux Ani-
|
| grés de circulations que la Nature fait toujours de l'humidité | maux & Miné-
|
| en Salpêtre & en vitriol, les quels viennent à se changer avec | raux.
|
| le temps, par la motion & par la fermentation continuelle | |
| qui se fait avec l'humidité qui est dedans les végétaux, animaux | |
| & minéraux, en un sel, qui est d'une telle qualité & | |
| d'un tel goût, que leur en a doué le créateur, & que la Nature | |
| leur à confiée pour exécuter la sainte volonté de Dieu. | |
| |
|
| Les sels doivent être considérés de deux façons: l'une comme |
|
| étant aigres ou corrosifs, d'autre comme alcali, qui sont | |
| aussi volatils & fixes. | |
| |
|
| Les sels susdits, le sel commun, le Salpêtre, le vitriol & l'alun |
|
| sont tous des sels acres & corrosifs, à cause que l'on en tire | |
| des grands corrosifs, car du sel commun on tire un esprit de | |
| sel qui est fort acide ou acre: du Salpêtre on tire un esprit | |
| fort corrosif vulgairement appelé de l'Eau forte: & du vitriol | |
| & de l'alun on distille une eau fort corrosive communément | |
| appelée de l'huile de vitriol. | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- |
|
| |
|
| C H A P I T R E II. | |
| |
|
| Que tous les acides ou corrosifs peuvent être changés en des alcali par le souphre. |
|
| Expérience que les Acides dissolvent le souphre. Dissolution | |
| du souphre noire par un corrosif. Des autres expériences. | |
| |
|
| D U tartre il se tire aussi un esprit acide très | |
| subtil, mais son sel se change par cette opération en un sel | |
| G g g 2 tout |
|
@
210
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | tout à fait contraire à son esprit à cause que d'un sel acide il |
| | devient un sel alcali ou fixe, vu que le Souphre végétal, |
| | qui est dedans le tartre, vient à tuer son acrimonie, & que |
| | le souphre devient à être fixé. |
| |
|
| §. 1. | Il est à remarquer ici en passant, que tous les acides ou corrosifs |
| Que tous les | peuvent être changés en des alcali, & que tous les alcalis
|
| acides peu- | peuvent être changés en acides par le moyen du Souphre; &
|
| vent être | que tous les alcalis peuvent être rechangés en acides par le moyen
|
| changés en | des acides, comme nous montrerons ici en suite.
|
| des alcali | par
|
| le souphre. | V R E D E R I C.
|
| |
|
| | Je soutiens bien la même chose avec vous, mais vous savez pourtant |
| | que le sentiment des naturalistes vulgaires à été ordinairement |
| | tel, que les alcalis ou les sels fixes ne se trouvaient |
| | nulle part que dedans les cendres des végétaux brûlés, les |
| | quels s'en tirent par de l'eau commune pour en obtenir les |
| | sels fixes après l'évaporation de l'humidité: Mais l'expérience |
| | nous a apprise au de là de cette soutenue, que les sels fixes |
| | se font par les acides & des acides même, & que les acides |
| | peuvent être préparés, qu'ils sont capables de dissoudre le |
| | souphre plus facilement, & en bien plus grande quantité que |
| | ne peuvent faire les sels alcalis, & que les alcalis ne sont préparés |
| | par d'autre voie que par le moyen des acides & du souphre, |
| | comme je vous ferai comprendre très parfaitement |
| | par l'expérience suivante. |
| |
|
| §. 2. | Prenez du souphre vulgaire en poudre fine, ou des fleurs de |
| Expérience | souphre tt. r. mêlez ce souphre avec un sel, qui est fait &
|
| que les aci- | composé d'un esprit de vitriol très subtil & du sel commun
|
| des dissol- | dissous avec de l'eau de pluie, dont vous aurez tiré l'humidité
|
| vent le | par la cornue, pilez le sel qui demeure au fonds de vôtre
|
| Souphre. | verre dans un mortier de verre, ou bien broyez le sur une
|
| | pierre de porphyre avec le souphre susdit, en sorte & si bien |
| | que vous ne puissiez distinguer le souphre d'avec le sel, mais |
| | que la matière paraisse d'une seule couleur: mettez de cette |
| | matière dans un bon creuset autant qu'il soit environ à demi |
| | plein, mettez le dans un fourneau à fondre, couvrez vôtre |
| | creuset d'un couvercle de terre, donnez peu à peu du feu, faites |
| | fondre vôtre matière, & prenez garde qu'elle n'ébullisse, |
| | se, |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 211
| laissez la fondre son temps, puis versez en la matière dans | |
| un bassin de cuivre échauffé, & laissez refroidir le creuset, & | |
| vous verrez qu'il sera au fond couvert d'une matière brune | |
| comme du verre: mettez la matière, que vous avez versé | |
| dedans le bassin de cuivre, dans un mortier de cuivre chauffé, | |
| pillez la menue & la mettez dans un verre, versez de l'eau de | |
| pluie dessus afin qu'elle en puisse dissoudre le sel sur un bain | |
| de sable, filtrez en la solution, & vôtre solution ne passera | |
| pas au travers du papier d'une couleur d'eau commune, comme | |
| était la solution de vôtre sel devant la conjonction avec le | |
| souphre; elle ne sera non plus d'une couleur rouge, telle | |
| qu'est la couleur du souphre dissous par une lessive de sel | §. 3. |
| fixe, mais elle sera noire comme de l'encre à écrire selon l'a- | Dissolution du
|
| spect extérieur; vous trouverez dans vôtre papier une ma- | souphre
|
| tière noire comme du charbon pulvérisé, la quelle vous dul- | noir par un
|
| cifierez tant que l'eau passe comme l'avez versé dessus, & sans | corrosif.
|
| goût, & vous verrez alors que cette matière sera en toutes | |
| choses pareille à une poudre de charbons de bois, aussi bien | |
| au regard de la couleur qu'au respect de toutes ses autres qualités, | |
| & elle n'est aussi en effet rien autre chose qu'une poudre | |
| de charbons mêlée de quelques cendres, vu que la matière | |
| du charbon de bois n'est aussi rien autre chose qu'une | |
| matière composée d'un souphre volatil commun mêlé d'un | |
| peu de souphre fixe vulgairement appelé des cendres ou de | |
| la terre, sans être séparés de l'un l'autre, & l'humidité noire | |
| qui est passée au travers le papier n'est autre chose qu'une lessive | |
| comme une huile de tartre, qui est imprégnée de souphre | |
| que ce sel corrosif a dissous dans la fonte par le feu. | |
| |
|
| Pour vérifier encore davantage ce que nous venons de dire, vous |
|
| pourrez plus particulièrement prendre garde à ces quatre | |
| choses. | |
| |
|
| Premièrement: A la matière qui demeure dedans le creuset. |
|
| |
|
| Secondement: A la matière qui est versée hors du creuset. |
|
| |
|
| Tiercement: A la matière qui est passée au travers le papier. |
|
| |
|
| Et en Quatrième lieu: A la matière qui est restée dedans le |
|
| papier. | |
| |
|
| Touchant la Première; savoir la matière qui est restée dedans le |
|
| creuset, & qu'elle est une matière comme un verre rougeâtre | |
| H h h être; | |
@
212
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | il paraît par là que les esprits acides, qui ont été concentré |
| | dedans nôtre sel susmentionné, n'ont pas attaqué seulement |
| | le souphre commun, qu'ils l'ont dissous en ayant été |
| | fondu avec lui, qu'ils n'ont pas agi seulement sur le souphre, |
| | mais que le souphre a aussi agi de même sur les esprits acides, |
| | & que le souphre a eu tant de pouvoir sur les acidités qu'il |
| | leur à fallu s'arrêter auprès le souphre; & que les esprits acides |
| | ont autant triomphé du souphre qu'il lui a fallu se laisser |
| | fixer par ces esprits dedans ce combat; de sorte qu'il s'est fait |
| | une matière fixe & incombustible de ces deux volatiles, qui |
| | étaient le souphre & l'acidité concentrée. |
| |
|
| | Pour ce qui est du Deuxième point: à savoir la réflexion qu'on |
| | doit prendre à la matière quand elle est versée hors du creuset: |
| | il est à remarquer que cette matière attire l'air humide à |
| | soi avec avidité, (quand elle est refroidie) plus qu'aucun |
| | Sel de tartre ou aucun sel alcali ne peut faire, & que la matière |
| | est noire de couleur, brûlante sur la langue, d'un odeur |
| | & d'un goût comme un oeuf pourri, ou comme une lessive |
| | de la poudre à canon. |
| |
|
| | Touchant la Troisième: Il est à observer que la matière qui est |
| | passée au travers du papier est premièrement noire de couleur, |
| | & puis secondement d'un goût comme est le souphre |
| | dissous par un alcali; |
| |
|
| | Pour ce qui est de la couleur, en cas que cette solution avait été |
| | blanche quand elle est passée au travers du papier, le souphre |
| | n'aurait assurément été attaqué du sel, mais puisqu'elle a |
| | été noire de rougeur comme de la poix, c'est un signe très |
| | assuré & infaillible que l'acide a donné un coup mortel au |
| | souphre, & qu'il a englouti son sang pour exalter son corps |
| | à un être vitrifié & incombustible. |
| |
|
| | Pour ce qui regarde son goût: il est tel que nous avons déjà dit; |
| | à savoir brûlant sur la langue, & quasi en tout semblable aux |
| | solutions qui se font par les sels alcalis ou fixes qui sont connues. |
| |
|
| | Touchant la Quatrième réflection: Il est à remarquer que la |
| | matière qui est demeurée dedans le papier, n'est autre chose |
| | qu'une matière comme celle de la composition du charbon, |
| | laquel- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 213
| laquelle étant anatomisée n'est rien que du souphre commun | |
| volatil mêlé d'un peu de cendres ou souphre fixe ou terre, | |
| la quelle est fixée par l'acidité durant la fusion & la dissolution | |
| du souphre avec le sel corrosif, cependant le peu de | |
| temps qu'ils ont soufferts ensemble au feu, car toute la matière | |
| du souphre n'a pas pu être fixé en si peu de temps par | |
| le sel, ce qui aurait été fait en cas que la conjonction de ce | |
| souphre avec ce sel corrosif avait durée & continuée long | |
| temps dedans le feu. | |
| |
|
| La façon de préparer le sel fixe des cendres de bois vous pour- | §. 4. |
| ra servir d'un autre expérience. | Des autres
|
| | expériences.
|
| Le sel de tartre d'un autre. |
|
| |
|
| Le sel Nitre qui est le sel fixe du Salpêtre & la manière de le |
|
| préparer vous pourra servir d'une autre expérience. | |
| |
|
| Et vous pourrez encore prendre une autre expérience à la façon |
|
| de préparer la liqueur des cailloux, & d'autres, des quels | |
| nous parlerons (Dieu aidant) plus particulièrement, quand | |
| nous instituerons nôtre propos de la génération & de la corruption | |
| des Végétaux, des Animaux & des Minéraux; qu'il | |
| suffise ici que nous avons palpablement démontré, que le | |
| souphre & le sel commun de mer viennent à causer les sels alcalis | |
| ou fixes, & les souphres fixes, vulgairement appelé | |
| terre ou cendre, nonobstant que le souphre commun & le sel | |
| de mer soient tout deux volatils & corrosifs. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous l'avez démontré clair comme le jour, & ces expériences |
|
| ne serviront pas mal contre ceux, qui soutiennent que la Terre | |
| a été de toute éternité comme nous entreprendrons de réfuter | |
| plus au long en son lieu: ceux qui ne peuvent ou ne | |
| veulent pas croire ce que nous venons de dire, ils se pourront | |
| donner la peine d'en prendre les épreuves comme nous | |
| avons fait, & comme nous les pouvons encore démontrer à | |
| tout moment: mais avançons nôtre propos, & examinons | |
| un peu si vous plaît de quelle façon que les sels doivent être | |
| considérés les volatils aussi bien que les sels fixes. | |
| H h h CHAPI- | |
@
214
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | C H A P I T R E III.
|
| |
|
| | Que les sels sont naturellement volatils. Et qu'ils deviennent fixes par accident. |
| | Que les sels sont tout à fait fixes dans l'or & l'argent. Qu'on |
| | peut faire une belle comparaison de l'Oeuvre des Philosophes à la création |
| | du Monde. Et aussi au grand mystère de Jésus Christ. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | J E vous le dirai: Les sels sont volatils ou |
| | fixes à proportion qu'ils sont rendu volatils ou fixes, soit |
| | par la Nature soit par l'art. |
| §. 1. | |
| Que les Sels | Tous les Sels sont naturellement volatils, vu qu'étant purifiés
|
| sont naturel- | de leur limon ou de leur terrestréité, ils peuvent être transformés
|
| lement vo- | & changés en esprits, comme il paraît aux distillations
|
| latils. | de l'esprit de sel, de l'esprit de vitriol, de l'esprit de
|
| | nitre, de l'esprit de tartre, de l'esprit d'urine & des autres |
| | sels, des quels nous ne donnerons pas la description en ce |
| | lieu, vu que Beguinus & d'autres en ont écrit assez bien. |
| |
|
§. 2.
| Et qu'ils | Les sels & les esprits d'iceux deviennent à se fixer à proportion,
|
| deviennent | qu'ils viennent à rencontrer les souphres des Végétaux, des
|
| fixes par | Animaux & des Minéraux, soit par les opérations naturelles,
|
| accident. | soit par celles de l'art, & à proportion que les solutions
|
| | & les coagulations se font souvent ou peu souvent dedans |
| | les corps composés, à proportion que les sels ou les esprits |
| | d'iceux viennent à être liés, enchaînés, & fixés auprès d'eux; |
| | auprès de quelques uns pour une partie comme auprès les |
| | Végétaux, les Animaux & Minéraux, & auprès des autres |
| §. 3. | tout entièrement, comme il arrive après les métaux, &
|
| Que les Sels | principalement auprès l'argent & l'or, où les sels ou leurs
|
| sont tout à | esprits sont emprisonnés & enchaînés pour jamais, ou jusques
|
| fait fixes | au temps que ce sera la volonté du Seigneur de les re-délivrer
|
| auprès de | de leur prisons au jour du jugement, & de les métamorphoser
|
| l'or & de | avec leur frères le Souphre & le Mercure en des êtres
|
| l'argent. | glorieux & spirituels.
|
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| §. 4. | Vous prononcez là quelques paroles qui font descendre mon |
| Qu'on peut | âme en des pensées bien profondes, & qui me font rêver,
|
| faire une | comment on ne pourrait pas faire seulement une fort belle
|
| belle | comparaison de nôtre oeuvre des Philosophes à la création du
|
| | grand |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 215
| grand Monde, mais aussi même à l'accroissement d'icelui, à | comparaison
|
| son entretien, à sa fin (communément cru & appelé a- | de l'oeuvre
|
| néantissement) & à sa ressuscitation ou glorification: &, que | des Philosophes
|
| plus est, qu'il s'en pourrait faire une fort belle comparaison | à la création
|
| au commencement, à l'accroissement, à la déclinaison, & à | du monde.
|
| la ressuscitation ou transformation des Microcosmes à des | |
| êtres meilleurs & glorieux. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| On ne pourrait pas seulement faire les comparaisons que vous |
|
| dites, mais on pourrait même approcher assez plausiblement, | |
| par le traitement de l'oeuvre des Philosophes, à la comparaison | |
| d'icelui avec le mystère supernaturel de l'histoire de | |
| nôtre Seigneur & Sauveur Jésus Christ, à sa conception & nativité | |
| d'une vierge, à sa passion, à sa crucifixion, à sa mort, à sa | |
| résurrection de la mort, & à sa glorification ou ascension au ciel. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Vous en avez déjà fait mention au commencement de ce Traité |
|
| quand vous avez tenu propos de ces trois paroles Deus | |
| Jésus & Maria. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Il est bien vrai qu'il vous plaît de dire, j'ai eu pour alors |
|
| mes pensées sur la Signature des lettres des ces trois mots, & | |
| cette spéculation n'a été fondée que sur des démonstrations | |
| Géométriques d'un point & des lignes; mais ce que je vous | |
| dirai à ct'heure sera rapporté par des démonstrations Stéréométriques | |
| & par des corps palpables. | |
| |
|
| Nous avons traité ci devant assez amplement de la Création du |
|
| Macrocosme, encore que nous en aurions bien pu avoir dit | |
| davantage qui n'aurait peut être pas été désagréable au | |
| lecteur. | |
| |
|
| Nous dirons aussi (Dieu aidant) à peu près ce qu'il faut au |
|
| Traité des composés, ce que c'est des commencements, de | |
| l'accroissement, de l'anéantissement & de l'exaltation ou | |
| glorification des Microcosmes ou des mixtes, mais nous tâcherons | |
| de finir ce Traité par une comparaison que nous ferons | |
| de ce grand oeuvre des Philosophes à l'histoire sanctifi- | |
| I i i ante | |
@
216
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | ante de nôtre sauveur, & de fermer aussi le nombre de dix |
| | & la porte de la Première partie de l'ESCALIER DES SAGES |
| | par la clef du Sel. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E IV.
|
| |
|
| | Que les Prophètes ont pu prédire l'histoire de Jésus Christ par la connaissance |
| | de l'Oeuvre des Philosophes. La conception. La Passion. Le |
| | crucifiement. La mort. La Résurrection & l'Ascension. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| §. 1. | L Es Prophètes & d'autres élus de Dieu,
|
| Que les Pro- | n'auraient ils pas bien pu savoir & prédire les grands mystères
|
| phètes ont pu | de l'histoire de nôtre Seigneur par la connaissance
|
| prédire l'his- | qu'ils ont eu du mystère de l'oeuvre des Philosophes?
|
| toire de Jésus |
|
| Christ par la | V R E D E R I C.
|
| connaissance |
|
| de l'oeuvre | Assurément l'ont ils pu savoir pour une grande partie: car,
|
| des Philoso- | outre les influences qu'ils en ont eu du Saint Esprit, ils ont
|
| sophes. | pu connaître par ce mystère sa conception par une vierge
|
| | pure, sa passion, sa crucifixion, sa mort, sa résurrection |
| | & sa glorification, comme je vous enseignerai ici par |
ordre.
| |
|
| | Touchant sa conception: |
| §. 4. | Vous savez que les Prophètes & tous ceux qui ont possédé le secret |
| La concep- | des anciens sages ont pu connaître & comprendre la
|
| tion. | conception par la connaissance de ce grand mystère, vu
|
| | qu'ils ont vu que l'imprégnation de leur pure vierge, qui est |
| | la matière immaculée des Philosophes, attirait les rayons |
| | spirituels & invisibles du soleil d'une plus grande avidité qu'aucune
|
| | personne du monde du sexe féminin pouvait être désireuse |
| | de concevoir la semence virile: & devant que cette conception |
| | se pouvait faire commodément, ils ont aussi bien su |
| | qu'il fallait que leur aimant fut purifié auparavant au plus |
| | haut degré, & qu'elle était inhabile de concevoir & de produire |
| | le fruit parfait des Philosophes en cas qu'elle ne fut très |
| | bien lavée de toute impureté & saleté noire, & que cette |
| | matière ne fut exaltée & sublimée à une matière luisante & |
| | blanche. |
| | Com- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 217
| Comme il en va avec la conception ou l'imprégnation de l'enfant |
|
| pur des Philosophes, il en a été de même avec la conception | |
| du fils de Dieu dedans la matrice de la Sainte vierge | |
| Marie; car comme la matrice de la Pierre des anciens Sages | |
| est purifiée de ses impuretés noires, devant qu'elle a pu être | |
| propre & capable d'attirer & de concevoir la semence astrale | |
| & spirituelle du soleil: ainsi la Sainte vierge s'est elle rendue | |
| auparavant propre & digne par son humilité, par sa contrition, | |
| par une purification de ses péchés, & par ses prières | |
| ardentes à son créateur, pour entendre cette annonciation | |
| de l'ange, qu'elle attirerait, par une vertu aimantine, du | |
| Saint Esprit la semence spirituelle de Dieu le Père, & qu'elle | |
| la concevrait comme il en est écrit. | |
| |
|
| Spiritus Domini superveniet in te & virtus altissimi adumbratit | |
| tibi. | |
| |
|
| C'est à dire: | |
| Le St. Esprit surviendra en vous, & la vertu du Très haut vous |
|
| couvrira de son ombre. | |
| |
|
| Or les possesseurs du grand secret des Philosophes ont bien su |
|
| aussi, que la semence Philosophale qui est tirée de la teinture | |
| générale du soleil par le moyen de l'air, doit demeurer | |
| & rester son temps dans sa matrice, pour se pouvoir incorporer | |
| peu à peu avec la nature minérale & métallique, & ils | |
| ont bien pu juger par là comment il a fallu que la semence | |
| divine spirituelle devrait demeurer dedans la matrice de la | |
| vierge, afin que la nature divine put être unie & comme | |
| entée à l'humaine; & qu'ainsi la nature humaine jointe à la | |
| divine put être produite, au temps de la nativité, en forme | |
| d'un enfant humain. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Mais cette conception susdite de la semence spirituelle du soleil |
|
| & la conception spirituelle de la semence de Dieu, n'auraient | |
| elles pas pu arriver d'une manière plus facile & plus | |
| naturelle, vu que tous les autres composés aussi bien que les | |
| métaux ont leur origine du soleil? & puisque tous les hommes | |
| sont créés de Dieu; pourquoi ne pourrait aussi bien naturellement | |
| l'enfant Philosophal être produit par les métaux | |
| I i i 2 com- | |
@
218
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | comme le sont les métaux? & le sauveur aussi bien du genre |
| | humain que les hommes? |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Je vous donnerai des raisons là dessus qui sont bien solides; |
| |
|
| | Premièrement: pour ce qui regarde la Teinture des Philosophes. |
| | Savoir. |
| |
|
| | Que la Teinture des Philosophes pourrait être produite des |
| | métaux par l'opération de la Nature seule. |
| |
|
| | Je vous réponds: que nôtre grand Dieu a donné des telles bornes |
| | à la Nature, qu'elle a bien du pouvoir, qu'elle peut |
| | perfectionner le souphre, le Mercure & le Sel spirituels, non |
| | seulement en souphre, Mercure & en sel corporels, & en des |
| | corps qui sont composés de ces Principes au Royaumes Végétal, |
| | Animal & Minéral, & parfaire même les métaux, si ne |
| | sont interrompus par des accidents, jusques à la plus haute perfection |
| | de l'Or; mais les ayant produits jusqu'à ce degré de |
| | perfection, le grand Dieu a fait arrêter là son cours, & a voulu, |
| | que, ce que la Nature n'a pu faire avancer davantage, que cela |
| | se pourrait faire par l'aide de l'art, & par l'industrie de ceux |
| | qui sont relevé en esprit, en vertus, en sciences & en sagesse, |
| | afin que ce que la Nature ne peut produire qu'à la perfection |
| | de l'or, puisse être exalté par l'art, venant au secours de la Nature, |
| | à un être beaucoup plus parfait & glorieux, & qu'au lieu |
| | qu'il n'est donné à l'or, que ce qu'il a très nécessaire pour représenter |
| | les qualités que le Créateur a voulu qu'il possède, que |
| | ce même or puisse être exalté, par l'application des choses naturelles |
| | & compatibles à sa nature, jusques à un si haut degré |
| | de perfection, qu'il puisse pénétrer tous les corps composés |
| | comme un esprit, & transformer les métaux en sa propre nature |
| | & perfection. |
| |
|
| §. 3. | Mais devant que cet or puisse parvenir à monter jusqu'à un tel |
| La passion. | degré de perfection, il faut croire que cela ne se peut, sans
|
| | des grandes rencontres & difficultés: |
| |
|
| | Car il faut qu'il souffre in Ponto, c'est à dire dans la mer. |
| |
|
| | Il faut qu'il soit crucifié. |
| | Il faut qu'il meure. |
| | Il faut |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 219
| Il faut qu'il soit enterré. | |
| Il faut qu'il descende aux enfers. | |
| |
|
| Il faut qu'il soit ressuscité de la mort à vie, afin qu'étant glorifié |
|
| après sa résurrection, il ai la puissance de mondifier ses | |
| frères, (les métaux imparfaits) de leur taches & immondices, | |
| & de les transformer avec lui jusqu'à la perfection des | |
| êtres éternellement durables. | |
| |
|
| Je viens de dire, qu'il faut que l'or vienne à souffrir in Ponto: |
|
| qui est à dire dans la mer, entendez la mer des Philosophes | |
| qui est faite des esprits des sels; c'est à dire, qu'il faut qu'il | |
| soit attaqué de tous cotés des esprits souphreux & mercuriels | |
| imparfaits puants & vénéneux, & qu'il souffre les plus grandes | |
| anxiétés des enfers. | |
| |
|
| Il faut qu'il soit crucifié: | §. 4. |
| | Le crucifie-
|
| Entendez que lors que le sel de mer est produit à une telle per- | ment.
|
| fection, que ses esprits coagulés viennent à représenter un | |
| corps Stéréométrique cubique, qu'il faut que l'or soit alors | |
| crucifié, ou bien Cloué à la croix; Couronné d'une couronne | |
| d'épines; Qu'il faut qu'il soit arrosé avec du fiel & du | |
| vin aigre. | |
| |
|
| Qu'il faut qu'il soit percé d'une lance, que sang & eau coulent |
|
| de son coté: ce que vous pourrez entendre de cette façon: | |
| |
|
| Le crucifiement de l'or se fait par la conjonction d'icelui avec les |
|
| esprits des sels coagulés, (les quels viennent à former une figure | |
| cubique comme nous avons dit.) | |
| |
|
| Or vous savez que je vous ai démontre ci devant par les lignes |
|
| de ces trois mots DEUS JESUS & MARIA que lors | |
| qu'on les joint ensemble en six carrés il s'en fait six planes, | |
| que ces six planes font une croix, les quelles, étant pliés en | |
| semble, viennent à former un corps cubique, selon l'aspect | |
| extérieur, n'étant composé que des lignes & des figures planes: | |
| mais l'or vient ici à être tellement incorporé réellement | |
| avec le sel, qu'il vient bien véritablement à être crucifié par | |
| lui, vu qu'il ne vient pas seulement l'environner & le couronner | |
| d'aiguilles & d'épines de la longueur d'un doigt, & | |
| plus, mais aussi qu'il le vient blesser en telle sorte, qu'il sorte | |
| K k k du sang | |
@
220
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | du sang & de l'eau, par les blessures j'entends du phlegme & |
| | une liqueur rouge, qui est une solution radicale de l'or. |
| §. 5. | |
| La mort. | II faut aussi que l'or meure: c'est à dire: que l'or se fonde dedans
|
| | le menstrue des Philosophes, comme la glace se fond |
| | dans l'eau commune, & qu'il s'unisse tellement avec lui, qu'il |
| | ne paroisse plus jamais de l'or corporel. |
| |
|
| | Il faut que l'or soit enterré: |
| |
|
| | C'est à dire, qu'il soit enterré dedans la terre métallique des |
| | Philosophes, & tellement qu'il ne soit pas à distinguer de la |
| | terre Philosophale, ce qui arrive: |
| |
|
| | Premièrement: par la putréfaction dans la quelle l'or reçoit la |
| | couleur noire & véritablement morte de la terre avec elle. |
| |
|
| | Puis par la solution: dans la quelle l'Or vient à paraître avec la |
| | terre métallique d'une couleur blanche comme du lait, & |
| | tout de même comme du lait caillé. |
| |
|
| | Et qu'après cela l'or devienne avec la terre des Philosophes, par |
| | la coagulation, d'une couleur rouge, comme une cendre |
| | rouge: mais il ne suffit pas que ce Médiateur, qui doit aider |
| | les métaux imparfaits à parvenir jusqu'à la perfection de |
| | l'or même, vienne à pâtir de la manière, à être crucifié, à |
| | mourir, & à être enterré. |
| |
|
| | Il faut aussi qu'il descende aux enfers; Entendez: qu'il faut que |
| | le souphre & le Mercure combustibles & volatils, qui sont |
| | ajoutés à l'or pour le tourmenter & pour le survaincre, qu'il |
| | faut, dis je, qu'ils soient réduits par le sel spirituel des Philosophes, |
| | à un être incombustible avec l'or, en sorte que |
| | ayant quittés ensemble leur nature volatile, combustible & |
| | corruptible, ils viennent à recevoir un corps glorieux, éter§. |
| 6. | nel & tout pénétrant, par où la résurrection glorieuse
|
| La Résurrec- | triomphante est assez à comprendre.
|
| tion & l'As- |
|
| cension. | Finalement: Les possesseurs de ce dit haut mystère ont aussi pu
|
| | prévoir par là, qu'il fallait, que l'ascension glorieuse du |
| | Seigneur se fit: & ce par l'exaltation & par la multiplication |
| | infinie qui se fait de la qualité & de la perfection de la |
| | Pierre des Philosophes: comme aussi de la métamorphose |
| | des |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 221
| des corps corruptibles en des corps incorruptibles, qui se | |
| fait par la projection de leur teinture ou de la poudre de projection | |
| sur les métaux imparfaits les quels étant préparés & | |
| rendu dignes pour la réception de la teinture, viennent à | |
| être transmués en un moment, ou en Or, ou en teinture; approchant | |
| l'universelle en vertu. | |
| |
|
| -------------------------------------------------------------- | |
| |
|
| C H A P I T R E V. | |
| |
|
| Que la Nature ne peut pas passer les limites que le Créateur lui a donné. |
|
| Que Dieu a donné aussi bien des limites à l'homme qu'à l'or. Quel | |
| doit être le Médiateur entre Dieu & l'homme. De la fragilité de | |
| l'homme qui est créé pour exécuter la volonté de son créateur. | |
| |
|
| V Ous avez donc entendu, mon très cher. | §. 1.
|
| de quelle façon que nôtre grand Dieu a donné des bor- | Que la Nature
|
| nes à la Nature, comment il n'est pas permis à la Nature | ne peut passer
|
| de surpasser ces limites, comme aussi, comment & quand | les limites que
|
| ceux, qui sont doué de Dieu de la connaissance de Dieu & | le créateur lui
|
| de sa Nature, doivent venir secourir au cours de la Nature, | a donné.
|
| & en un quel degré de perfection, au Royaume minéral, | |
| que l'or peut être produit par l'art servant à la Nature, & | |
| quelles opérations merveilleuses peuvent être procurées par | |
| cet être tellement exalté & glorieux. | |
| |
|
| Touchant vôtre seconde demande; Si le sauveur du genre humain |
|
| n'aurait pu être produit aussi bien de la semence humaine | |
| que de la semence de Dieu même; | |
| |
|
| Je vous réponds que cela ne se peut nullement; |
|
| |
|
| A cause que Dieu le tout puissant a donné à l'homme aussi bien | §. 2. |
| qu'à l'or des limites les quelles il ne peut pas passer non plus: | Que Dieu a
|
| car la nature humaine a bien été douée, dès le commence- | donné aussi bien
|
| ment, de la connaissance du bien & du mal, mais il s'est tel- | des limites à
|
| lement éloigné du bien par sa désobéissance, qu'il est chassé | l'homme qu'à
|
| par un glaive ardent du Paradis, où il n'y avait que de l'éter- | l'or.
|
| nité & de la béatitude, & est si pénétramment châtié par ce | |
| glaive de son créateur, qu'au lieu d'avoir pu posséder la béatitude | |
| éternelle, il a été tellement blessé de sa corruptibilité, | |
| qu'il lui a fallu se rendre sujet aux changements des Eléments, | |
| K k k 2 & se | |
@
222
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | & se laisser réduire en un état si misérable, qu'il a fallu obéir |
| | avec toute la postérité à la solution & à la séparation de son |
| | corps en les Eléments changeants, comme ses successeurs y seront |
| | sujets tant que le Monde durera. |
| |
|
| | Ces hommes misérables qui se sont tellement éloignés de la connaissance |
| | du bien d'avec le mal, & qui étant tellement abâtardi, |
| | qu'ils ne se connaissent presque plus eux même, qui |
| | ne savent presque ce que c'est que Dieu, ou Diable, ni |
| | ce que c'est du Ciel ou de l'Enfer, s'il y aura après cette vie |
| | un bonheur ou un malheur éternel: ces hommes qui ne savent |
| | quelquefois par devant pourquoi ils sont vivants par |
| | derrière, & dont ceux sont estimés bien savants qui savent |
| | réduire les composés en leur Principes & s'acquérir par là |
| | quelque connaissance de la Divinité, car il faut qu'ils cherchent |
| | le reste de leur science hors les livres, & qu'ils croient |
| | ce que les autres ont cru & écrit devant eux, ce qui |
| | leur est encore bien difficile à comprendre, de sorte que tout |
| | ce que l'homme le plus savant, le plus sage & le plus parfait |
| | peut faire, consiste en cela, qu'il puisse apprendre à connaître |
| | Dieu son Créateur, & soi même, qui est sa créature, |
| | & qu'il vienne à se rendre en quelque façon digne & participant |
| | des grâces de Jésus Christ: Comment dis je un tel homme |
| | pourrait il aider d'autres personnes à parvenir à la béatitude |
| | éternelle, où il ne se peut aider soi même? |
| |
|
| | Adam (translaté) est à dire autant que Terre rouge. Si les descendants |
| | d'Adam ont hérité tous cette macule terrestre de |
| | leur premier père & si faut qu'ils la retiennent tant que le |
| | monde dure; par quel homme pourra être effacé une telle macule, |
| | & changé en une nature glorieuse & céleste? il est impossible |
| | à l'homme à le faire & la semence corruptible de l'hom§. |
| 3. | me ne le peut: mais il faut que ce soit un homme sans macule
|
| Quel doit | qui est engendré de Dieu même, & il faut qu'un tel soit le
|
| être le mé- | médiateur pour réconcilier l'homme avec Dieu: car il faut
|
| diateur entre | nécessairement, qu'un homme, qui a Dieu même pour son
|
| Dieu & l'hom- | père, & une vierge pure pour sa mère, soit participant aussi
|
| me. | bien de la nature divine que de l'humaine, & une telle nature
|
| | double est propre & suffisante pour pouvoir pâtir sous Ponce |
| | Pilate (comme l'Or in Ponto) afin que le genre humain |
| | puisse voir & connaître, qu'il faut que les hommes souffrent |
| | sem- |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 223
| semblablement, & qu'il faut qu'ils tâchent à suivre son exemple | |
| en tout, car il faut que le royaume des cieux ou la béatitude | |
| éternelle souffre violence, & que ce soient les violents | |
| qui l'occupent; à savoir les violents en pénitence; en humilité, | |
| en bénignité, & en prières; & il en est si éloigné | |
| que l'homme peut approcher de Dieu sans souffrances | |
| & sans bonnes oeuvres, comme il est impossible, qu'un | |
| souphre volatil & flambant puisse être transformé en | |
| une terre fixe & incombustible sans les sels, ou sans les esprits | |
| corporels d'iceux: car si quelqu'un pourrait avoir espoir de | |
| parvenir à la béatitude éternelle sans souffrances & sans bonnes | |
| oeuvres,il serait de nécessité nécessitante qu'il fut sans péchés, | |
| mais puisqu'il n'y a né homme au monde sans péché, il | |
| ne peut arriver autres de la Divine Majesté, qu'il ne se purifie | |
| par ses pâtissements, par des mortifications de ses péchés, | |
| par des pénitences, par des prières ardentes & par des bonnes | |
| oeuvres, & qu'il ne se prépare pour devenir participant | |
| de la teinture de Jésus Christ par l'aide de sa grâce & de sa miséricorde; | |
| & ce à proportion qu'il vienne à obéir à la doctrine, | |
| & à suivre l'exemple de la vie & de la passion de nôtre | |
| sauveur & seigneur. | |
| |
|
| Jésus Christ, ne dit il pas lui même à ses disciples allants à Emaus |
|
| après sa résurrection: | |
| |
|
| Ne saviez vous pas qu'il fallait que ce Jésus pâti auparavant |
|
| qu'il pouvait entrer en sa gloire? | |
| |
|
| Si fallait, que Jésus Christ, qui est né, qui a vécu & qui est mort |
|
| sans péché, pâti avant que de pouvoir entrer dans la gloire: | |
| savoir, selon sa nature humaine, qui était unie à la Divine, | |
| pour s'acquérir par là son corps glorieux, & pour transformer | |
| ainsi, par sa passion & par sa mort à l'arbre de la croix, son | |
| corps corruptible, humain & composé des Eléments, en un | |
| corps céleste & divin? Combien plus ne faudra il pas que nous | §. 4. |
| pauvres pécheurs souffrions, vu que nous hommes conçus, | De la fragilité
|
| & nés en péché, que nous vivons & mourons en péché, & que | du genre hu-
|
| ne sommes créés que pour obéir & pour exécuter la volonté | main qui est
|
| de nôtre créateur, combien, dis je, ne nous faudra il donc | crée pour exé-
|
| souffrir davantage devant que nous puissions devenir partici- | cuter la volon-
|
| pants de la gloire éternelle vu que la différence de nos corps | té de son
|
| à celui de nôtre Seigneur Jésus Christ est plus grande que n'est | créateur.
|
| celle du corps imparfait du souphre commun à celui du corps | |
| L l l très | |
@
224
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | très parfait & glorieux de la Pierre des Philosophes; tellement |
| | qu'il nous est tout autant impossible de jouir de la clarification |
| | & de la gloire éternelle de nos corps sans la grâce |
| | & sans la miséricorde de Dieu comme il est impossible que les |
| | métaux imparfaits peuvent être transformés en or, ou l'or en |
| | teinture sans la Sage direction d'un bon artiste, & sans la |
| | projection de la teinture, la quelle consiste au pouvoir & |
| | à la grâce de celui qui la possède. |
| |
|
| | Voyez, mon très cher, en peu de paroles ma soutenue de quelle |
| | façon que les anciens Philosophes, comme Trismégiste, |
| | Moïse, Marie Prophétesse, les Prophètes & quantité d'autres |
| | hommes saints & sages ont pu savoir & prédire des |
| | mystères du Sauveur à venir, & ce par la connaissance & par |
| | le maniement du grand secret des Sages: & considérez aussi, |
| | si vous plaît, combien acceptable qu'est la comparaison, que |
| | je viens de faire entre la conception, la vie, la passion, le |
| | crucifiement, la mort & la résurrection glorieuse de nôtre Seigneur |
| | & Sauveur Jésus Christ, & l'histoire de la conception, |
| | de la passion, de la mort & de la résurrection glorieuse de |
| | l'Or des Philosophes. |
| |
|
| | -------------------------------------------------------------- |
| |
|
| | C H A P I T R E VI.
|
| |
|
| | Différence entre la vertu teignante de Jésus Christ & celle de la Pierre des |
| | Philosophes. Confession de l'Anéantissement de l'homme & admonition |
| | pour la vertu. Souhaits de l'Auteur. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | T Out est fort bien, mon ami, & il me |
| | semble que vous seriez bien capable de soutenir une assez |
| | bonne matière pour la confirmation du sentiment de nôtre |
| | religion & de nôtre foi Chrétienne; mais il me semble |
| | aussi (sous vôtre correction) que le discours, que vous avez |
| | fait de la teinture du Sauveur & nôtre Seigneur Jésus Christ, |
| | est un peu trop matériel, vu que vous la comparez à la teinture |
| | corporelle des Philosophes, la quelle il faut, à mon avis |
| | qu'elle cesse avec la vertu transmuante, encore qu'elle |
| | soit exaltée ou réchauffée en sa qualité & quantité autant qu'elle |
| | le puisse être, & que les grâces & les vertus transformantes |
| | tes de |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 225
| de Jésus Christ sont à ct'heure & seront au Jour du Jugement | |
| infinies & sans cesse. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| Vous admonestez fort bien: car les grâces & les vertus transmu- | §. 1. |
| antes de Jésus Christ sont & seront toujours d'une telle natu- | Différence entre
|
| re & d'une propriété telle, qu'il est & qu'il sera en toute éter- | la vertu teig-
|
| nité le même Christ glorifié sans être sujet au moindre chan- | nante de Jésus
|
| gement du monde: & comme le soleil fait continuellement | Christ & celle
|
| étendre à l'entour de lui ses vertus & ses qualités luisantes, | de la Pierre des
|
| échauffantes, & générantes sans se diminuer aucunement en | Philosophes.
|
| sa grandeur; tout de même est ce à entendre de la vertu profluante | |
| du Sauveur des hommes, qui rend participant de ces | |
| grâces tous ceux qui font de leur âme un aimant qui puisse attirer | |
| à soi ses vertus béatifiantes, sans qu'elles en diminuent | |
| aucunement: & la vertu & la propriété de Jésus Christ sera | |
| telle au jour du jugement, qu'il jugera & qu'il glorifiera | |
| les vivants & les morts à proportion de la pureté de leur tabernacle, | |
| sans que par une défluxion telle ses vertus se viennent | |
| aucunement à diminuer, ni à changer: vous dites fort bien | |
| que c'est tout autre chose avec la qualité transmuante de la | |
| teinture des Philosophes, la quelle vient à se diminuer & | |
| à finir quand toute sa vertu transformante est étendue dedans | |
| les métaux imparfaits par la projection. | |
| |
|
| Il faut aussi que vous sachiez si vous plaît, que c'est tout autre |
|
| chose de la vertu & des opérations du Créateur de tout, | |
| que de celles des créatures, les quelles peuvent être exprimées | |
| avec la plume & avec la langue, au lieu que la cent millième | |
| partie des autres ne peut être comprise des esprits de | |
| toutes les créatures vivantes de la Terre encore qu'elles fussent | |
| toutes assemblées & fondues ensemble. | |
| |
|
| F R A N C O I S. | |
| |
|
| Ce pourquoi considérant nôtre chétivité, humilions nous | §. 2. |
| comme des vers de terre, apprenons par les dix degrés de | Confession de
|
| cet Escalier des Sages à connaître nôtre Dieu, nôtre Sau- | l'anéantisse-
|
| veur & nous même, étudions nous à faire la volonté de Dieu | ment de l'homme
|
| & à obéir à ses commandements, & tâchons de fortifier & | & admonition
|
| d'aiguiser l'aimant de nôtre intellect & de nos âmes par des | pour la vertu.
|
| L l l 2 priè- | |
@
226
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | prières si ardentes, que nous ne soyons pas seulement attiré |
| | & sublimé par les puissantes vertus du Saint Esprit, mais que |
| | nous soyons même tout entièrement transformé & glorifié |
| | par lui & en lui. |
| |
|
| | C'est là, mon très cher, le désir zélé de mon âme, le quel soit |
| | ouvert & conduit avec le double nombre de dix, & avec le |
| | dixième degré de sapience des Anciens Sages à savoir avec |
| | la clef du Sel, jusques au pied du Trône de la Divine Majesté, |
| | & ce même souhait soit refermé par la clef de l'Unité |
| | de Dieu: de qui, en qui, par qui & à qui sont toutes choses. |
| |
|
| | V R E D E R I C. |
| |
|
| | Il semble, à vous entendre, que vous êtes d'intention de finir |
| | déjà ce Traité & de fermer la porte à nôtre discours avec la |
| | clef du Sel qui représente le dixième degré de nôtre Escalier: |
| | vous faites en quelque façon bien, mais je suis d'avis qu'après |
| | être monté sur la sommité de cet Escalier, il nous |
| | commencera seulement à paraître l'aspect de la terre de promesse |
| | des Trois Royaumes, selon l'intention de nôtre pèlerinage, |
| | & que nous ne ferions que commencer à éveiller |
| | & à aiguiser nos esprits & nos autres sens en les faisans occuper |
| | à l'aspect & à l'examen des composés, vu que les trois |
| | Royaumes de la Nature ne comprennent pas seulement le centre |
| | & la superficie, mais aussi le corps de la Terre toute entière: |
| | mais devant que d'entreprendre ce voyage tant spacieux, |
| | je ne me peut empêcher à vous dire, que la très Sainte Trinité |
| | ne viendrait pas mal non plus en comparaison de ces Trois |
| | Principes susdits, vu que le souphre ne serait pas mal comparé |
| | à la personne de Dieu le Père; Le Sel à la personne de |
| | Dieu le fils, & le Mercure à celle du Saint Esprit, car Dieu |
| | le Père, Dieu le Fils & Dieu le St. Esprit sont con-substantiellement |
| | un même Dieu en Trois Personnes, comme le Souphre, |
| | le Mercure & le Sel sont con-substantiellement un composé |
| | en Trois Principes, qui comprennent une Ame, un |
| | Esprit & un corps. |
| |
|
| | F R A N C O I S. |
| |
|
| | Vous m'excuserez, si vous plaît: je n'ai pas mis en oubli le |
| | dessein que nous avons entrepris pour faire un voyage au travers |
| | vers |
@
E S C A L I E R
Des S A G E S. 227
| des trois Royaumes de toute la Nature, & ce que j'ai | |
| dit de la clef du sel & de l'Unité, je l'ai fait à cette intention | |
| & à cause que le sel vient à représenter & à finir le dixième & | |
| le dernier degré de nôtre Escalier, & qu'il nous donne ouverture | |
| & entrée pour approcher les trésors des dits Royaumes, | |
| pour afin, que, les ayant bien contemplés & bien anatomés, | |
| nous tâchions à la fin de retourner à l'Unité de Dieu. | |
| |
|
| V R E D E R I C. | |
| |
|
| C'est fort bien fait: & pour parvenir heureusement à nôtre intention, |
|
| & afin que nous puissions obtenir le bonheur de | |
| pouvoir employer avec utilité le peu de temps de nôtre vie à | |
| sa contemplation des merveilles de nôtre grand Dieu, je ferai | |
| un souhait du profond de mon âme: | |
| |
|
| Que nôtre intellect puisse être illuminé pour cette fin de la Lu- | §. 3. |
| mière la Majesté divine! | Souhait de
|
| | l'Auteur.
|
| Que nôtre volonté soit entièrement faite conforme à la très |
|
| Sainte Volonté de Dieu? | |
| |
|
| Que nôtre mémoire soit fortifiée pour pouvoir retenir tout ce |
|
| qui peut tendre à l'augmentation de la gloire de nôtre créateur. | |
| | |
| |
|
| Que nos yeux puissent être éclairés, pour pouvoir regarder |
|
| les créatures, & les composés avec un oeil de connaissance & | |
| de sapience, & pour y considérer leur Premier Etre, les | |
| Deux Qualités contraires, les Quatre Eléments & les Trois | |
| Principes ou Seconds Eléments. | |
| |
|
| Que les oreilles de nos âmes puissent être purifiés afin de pouvoir |
|
| entendre avec attention le son de la voix des hommes | |
| Saints & sages par la quelle ils nous viennent donner un connaissance | |
| parfaite de Dieu & de ses créatures. | |
| |
|
| Que les membres sensibles de nos corps soient déchargés de tous |
|
| les obstacles qui puissent donner de l'empêchement à toucher, | |
| à sentir, à manier & à anatomer les composés des Végétaux, | |
| des Animaux & des Minéraux, pour les anatomer | |
| pour les admirer & pour exclamer par haute voix; | |
| |
|
| O Seigneur qui es seul Dieu, seul éternel, seul bon, seul grand, |
|
| seul tout puissant, seul sage, seul incompréhensible, seul | |
| M m m infini, | |
@
228
E S C A L I E R Des S A G E S.
| | infini, seul le tout en tout, & le Principe radical de tous les |
| | êtres! aidez nous qui ne sommes que des créatures misérables |
| | composés, créées à vôtre image, qui ne peuvent subsister |
| | un moment sans la lumière de vos grâces, mais qui |
| | sommes par le moyen d'icelle des instruments & des machines |
| | propres pour faire vôtre sainte & divine volonté! veuillez |
| | nous rendre prompts à les faire & à les exécuter par une obéissance |
| | telle, comme une main ou autre partie des membres |
| | de nôtre corps est prête pour obéir aux commandements de |
| | nos âmes, afin que nous puissions apprendre à vous connaître |
| | par vos créatures comme nôtre Dieu & nôtre créateur; |
| | que nous puissions apprendre à nous approcher de vous par |
| | la connaissance de la génération & de la résolution d'icelles, |
| | & que par l'ascension des dix degrés de sapience, nous puissions |
| | entièrement être résolus & transformés en vous nôtre |
| | Premier Etre éternel. Amen. |
| |
|
| | Si tantum valemus ab UNO est. |
| | INDICE. |
@
229
I N D I C E
Des
| C H A P I T R E S ET DES P A R A G R A P H E S |
|
| DES DIX DEGRES | |
| D E | |
| L' E S C A L I E R | |
| DES S A G E S | |
| Du PREMIER DEGRE | |
| TRAITANT. | |
| |
|
| DU PREMIER ETRE. | |
| |
|
C H A P I T R E I. Feuillet 1
| |
|
| §. 1 DE la connaissance du Créateur & des Créatures. |
|
| | 2 |
| 2 De l'Unité. | f. 4 |
| 3 De Dieu. | f. ib:
|
| 4 Que les anciens Sages ont exprimé le Créateur & | |
| les Créatures par des caractères. | f. 5
|
| 5 Comme aussi les lettres. | f. ib:
|
| 6 Exemple aux trois mots Latins DEUS MARIA. | |
| JESUS. | f. 6
|
| 7 Que les lignes droites des cinq voyelles contiennent | |
| le juste nombre de dix. | f. 7
|
| 8 Démonstration Géométrique de cinq voyelles. | f. 8 |
| 9 Que toutes les lettres Latines ont leur origine de | |
| l'O & de l'I. | f. 9
|
| 10 De la Signature des lettres du mot DEUS. | f. 10 |
| 11 Que les lignes du mot JESUS sont les même de | |
| DEUS. | f. 18
|
| 12 Contemplation du mot MARIA. | f. 20 |
13 Contemplation de la conjonction des trois mots
| DEUS JESUS & MARIA. | f. 22
|
| M m m 2 CHAPI- | |
@
230 I N D I C E.
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Que c'est la volonté de Dieu que les hommes cherchent |
|
| à connaître le Créateur par les créatures. | |
| | 25 |
| 2 Que toutes créatures proviennent d'un seul dieu, | |
| comme tous les nombres de l'Unité. | f. 28
|
| 3 Description de Trismégiste de la création du | |
| Monde. | |
| 4 Moïse de la création du Monde. | f. 33 |
| 5 Que Dieu est souvent dit être un Feu. | f. 35 |
| |
|
| C H A P I T R E III. |
|
| |
|
| §. 1 Si la science de la Pierre des Philosophes est |
|
| véritable. | f. 37
|
| 2 Noms des Auteurs qui ont possédé la Pierre des | |
| Philosophes. | |
| 3 La vérité de la science de la Pierre des Philosophes | |
| tirée de la St. Ecriture. | |
| |
|
| C H A P I T R E IV. |
|
| |
|
| §. 1 De la Matière de la Pierre des Philosophes. | f. 50 |
| 2 Récit le labeur inutile de l'auteur. | f. 51 |
| 3 Le sentiment de l'auteur de la matière de la | |
| Pierre des Philosophes. | f. 56
|
| |
|
| C H A P I T R E V. |
|
| |
|
| §. 1 Que c'est une seule chose de la quelle la Pierre des |
|
| Sages se doit faire, & éprouvé par les vrais | |
| auteurs. | f. 58
|
| 2 Des noms étranges des quels la Pierre des Philosophes | |
| est nommée. | f. 75
|
| 3 Confirmation des Auteurs que la Pierre des Philo- |
|
| sophes est faite d'une seule matière, d'une | |
| seule manière & disposition. | f. 76
|
| 4 Que le menstrue ou la matière de la Pierre des | |
| Philosophes comprend en soi le nombre parfait | |
| de dix. | f. 71
|
| CHA- | |
@
I N D I C E.
231
| C H A P I T R E VI. |
|
| |
|
| §. 1 Interprétation des noms étranges que les Anciens |
|
| Sages ont donné à la Pierre des Philosophes. | |
| | 79 |
| 2 Expérience de l'auteur touchant le Lion vert. | 81 |
| 3 La raison pourquoi tant de sortes de noms sont | |
| donné à la Pierre des Philosophes. | f. 84
|
| |
|
| DU S E C O N D Et T R O I Sième | |
| D E G R E. | |
| DES D E U X Q U A L I T E S C O N T R A I R E S. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 De la séparation de la Lumière d'avec les |
|
| Ténèbres. | |
| 2 Que le Soleil est l'agent & les Ténèbres le patient | |
| général. | f. 88
|
| 3 Comment que la Première matière a prise son | |
| origine de la Lumière. | f. ib: |
| 4 Que la génération se fait d'une manière amiable | |
| & non par des voies contraires. | f. ib: |
| 5 Que la première matière de la Pierre est engendrée | |
| fort doucement. | f. 89
|
| 6 Qu'il faut que toutes les opérations chimiques se | |
| fassent sans violence. | f. ib: |
| 7 Exemple à l'esprit de vin & sel de tartre. | f. ib:
|
| 8 Exemple aux huiles des Végétaux. | f. 90 |
| 9 Exemple au Salpêtre. | f. ib:
|
| 10 Exemple à l'esprit d'urine: | f. 91 |
| 11 Exemple à l'Or tonnant. | f. ib:
|
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 De l'oeuf des Philosophes en comparaison des |
|
| oeufs des Animaux. | f. 92
|
| 2 De quelle façon on doit ménager sa langue & | |
| sa plume en traitant du haut secret des | |
| Anciens. | f. 97
|
| 3 Enigme Philosophique. | f. 99 |
| 4 Explication du susdit Enigme. | f. 101
|
| N n n CHAPI- | |
@
232 I N D I C E.
| C H A P I T R E III. |
|
| |
|
| §. 1 Du régime de l'oeuvre des Philosophes. | f. 103 |
| 2 Des expériences nuisantes pour s'être trop hâté. | f. 104 |
| 3 Que la couleur rouge de la matière est cachée | |
| sous la blanche comme la couleur rouge | |
| du sang sous la couleur blanche du chyle. | f. 105 |
| 4 Qu'on ne peut pas facilement faillir en l'oeuvre | |
| des Philosophes. | f. 106 |
| 5 La cause pourquoi le vase vient quelquefois | |
| à rompre. | f. ib: |
| 6 Le moyen d'empêcher que le vase ne se casse. | f. 109
|
| 7 Qu'on ne doit rien entreprendre à la chimie | |
| qu'on ne sache ce qu'il en doit arriver. | f. 110 |
| |
|
| C H A P I T R E IV. |
|
| |
|
| §. 1 Des opérations des deux qualités contraires selon |
|
| les auteurs. | f. ib: |
| 2 De la différence entre les vrais Philosophes & | |
| les communs. | f. 115 |
| |
|
| DES Q U A T R E E L E M E N T S. |
|
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Ce que le nombre de Quatre comprend. | f. 118 |
| 2 Pourquoi le nombre de Quatre est préféré | |
| au nombre de Trois. | f. 119 |
| 3 Que les Quatre Eléments ne peuvent être trouvés | |
| chacun à part. | f. 120 |
| 4 De la séparation de la Lumière des Ténèbres dedans | |
| l'oeuvre des Philosophes. | f. 122 |
| 5 Démonstration par l'oeuvre des Philosophes que | |
| les Eléments ne peuvent être à parts. | f. 123 |
| 6 Ce que c'est que l'étincelle opérante dedans la | |
| Pierre des Philosophes. | f. ib: |
| 7 Qu'il faut que l'Artiste procède de même avec | |
| l'oeuvre des Philosophes comme la Nature | |
| procède dedans le grand monde. | f. 124 |
| DU Q U A- | |
@
I N D I C E.
233
| DU Q U A T Rième D E G R E. |
|
| DU FEU | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Que les Prophètes & les Philosophes ont comparé |
|
| Dieu souvent à un Feu & qu'ils l'ont | |
| dit même être un feu. | f. 127 |
| 2 Qu'il n'y a pas d'autre Elément de Feu que celui | |
| du Soleil. | f. 129 |
| 3 Que tous les principes de la génération proviennent | |
| du Soleil. | f. ib: |
| 4 Le Soleil est le meilleur opérateur dedans le | |
| Monde. | f. 130 |
| 5 Les générations sont de différentes qualités à proportion | |
| que le Soleil est proche ou éloigné, | |
| comme il paraît. | f. 131 |
| 6 Au Royaume végétal. | f. ib:
|
| 7 Au Royaume Animal. | f. ib:
|
| 8 Et Royaume Minéral. | f. 132
|
| 9 Quand l'homme reçoit l'âme raisonnable. | f. 133
|
| 10 Pourquoi Dieu à ordonné le lieu de sa demeure | |
| principalement dans le feu. | f. 134 |
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Que les feux d'en bas ont leur origine des |
|
| feux d'en haut. | f. ib: |
| 2 Ce que c'est que du Feu & comment le feu | |
| vient manifeste. | f. 135 |
| 3 Les sortes de feu, qui se trouvent dedans les | |
| Animaux. | f. ib: |
| 4 Dedans les Végétaux. | f. 138
|
| 5 Et dedans les Minéraux. | f. ib:
|
| |
|
| C H A P I T R E III. |
|
| |
|
| §. 1 Ce que c'est que le feu central de la Terre. | f. 140 |
| 2 Que le feu des Philosophes est semblable | |
| au feu central. | f. ib: |
| 3 Différence entre le feu commun & le feu des | |
| Philosophes. | f. 141 |
| N n n 2 Confir- | |
@
234 I N D I C E.
| 4 Confirmation des Philosophes du feu humide. | f. ib:
|
| 5 Que l'aspect des trois couleurs capitales doit | |
| suffire pour la confirmation de la vérité | |
| de la Pierre des Philosophes. | f. 144 |
| |
|
| C H A P I T R E IV. |
|
| |
|
| §. 1 Des feux souterrains & montagnes embrasées |
|
| par toute la terre. | f. 145 |
| 2 Dans l'Europe. | f. 146
|
| 3 Dans l'Asie. | f. 149
|
| 4 Dans l'Afrique. | f. 150
|
| 5 Dans l'Amérique. | f. 151
|
| 6 Que le feu central est d'un naturel tout autre | |
| que celui des montagnes embrasées. | f. ib: |
| |
|
| C H A P I T R E V. |
|
| |
|
| §. 1 Comment que le feu peut être allumé aux lieux |
|
| souterrains. | f. 152 |
| 2 Comment les embrasements souterrains peuvent | |
| durer si long temps. | f. 154 |
| 3 Comment que les tremblements de terre & autres | |
| altérations se font. | f. 155 |
| |
|
| DU CINQuième D E G R E. |
|
| DE L'AIR | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Des qualités de l'Air. | f. 159 |
| 2 Que le St. Esprit de Dieu est épandu dans la | |
| Lumière & dans l'Air. | f. 160 |
| 3 Que l'Air est la matrice de la Lumière. | f. 160
|
| 4 Des degrés différents de l'Air. | ib: |
| 5 Que la vie de toutes choses est dans l'Air. | ib: |
| 6 Que l'Air est un conducteur du Feu. | f. 161
|
| 7 Que le vent est un Air agité. | f. ib:
|
| 8 Que les opérations de la poudre à canon | |
| sont par le moyen de l'Air. | f. ib: |
| 9 Que l'Air fait émouvoir les Eléments inférieurs. | f. ib: |
| Que | |
@
I N D I C E.
235
| 10 Que l'Air cause les changements à tous les Etres. | f. 160 |
| 11 Que l'Air est continuellement allumé de la Lumière. | |
| | f. 163 |
| 12 Que l'Air est divisé en trois sortes d'Airs. | f ib: |
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Combien l'Air est nécessaire pour l'oeuvre des |
|
| Philosophes. | f. 164 |
| 2 Et pour toutes les opérations chimiques. | f. 165
|
| 3 Que l'Air est la cause de la couleur Noire. | f. ib:
|
| 4 De la couleur Blanche. | f. ib:
|
| 5 Et de la Rouge. | f. ib:
|
| 6 Expérience de la fixation de l'Air invisible & | |
| impalpable. | f. ib: |
| |
|
| DU S I Xième D E G R E. |
|
| DU L'EAU. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Que l'Eau est un réceptacle des deux Eléments |
|
| supérieurs. | f. 169 |
| 2 Des qualités de l'Eau. | f. ib:
|
| 3 Que l'Eau est le sperme du Monde. | f. 170
|
| 4 Pourquoi les sels attirent l'humidité. | |
| 5 Combien nécessaire qu'est l'Eau auprès des Sels. | f. ib: |
| 6 Auprès du Sel commun. | f. ib:
|
| 7 Auprès du Salpêtre & Vitriol. | f. 170
|
| 8 Auprès du Souphre. | f. 171
|
| 9 Que la mer est le centre de l'Eau. | f. ib:
|
| 10 Grandes puissances de l'Eau. | f. ib:
|
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Que la nature produit tous les mixtes par une humidité |
|
| visqueuse. | f. 172 |
| 2 Comme les Animaux. | f. ib:
|
| 3 Les Végétaux. | f. ib:
|
| 4 Et les Métaux. | f. ib:
|
| 5 Combien l'Eau est nécessairement requise pour | |
| les Végétaux. | f. ib: |
| O o o 6 Et pour | |
@
236 I N D I C E.
| 6 Et pour les Animaux. | f. 173.
|
| 7 Que l'Eau est le principal opérateur dans l'oeuvre | |
| des Philosophes. | f. ib:
|
| |
|
| DU S E P Tième DEGRE. |
|
| DE LA TERRE. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Des qualités de la Terre. | f. 177 |
| 2 Pourquoi la Terre est froide. | f. ib:
|
| 3 Pourquoi la Terre est poreuse. | f. ib:
|
| 4 Que la Terre reçoit les trois autres Eléments. | f. 178 |
| 5 Que la Terre a été au commencement unie à l'Eau, | |
| éprouvé par la Genèse de Moïse. | ib:
|
| 6 Que la Terre à été imprégnée des le commencement. | |
| | f. 179 |
| 7 Comment il est à croire que la Terre sera métamorphosée | |
| quand le monde périra. | f. Ib: |
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Que la Terre n'est autre chose qu'un Souphre |
|
| fixe; | f. 180 |
| 2 Comment que la cendre des montagnes embrasées | |
| n'est autre chose que du Souphre fixe. | f. ib: |
| 3 Comment que la Terre des montagnes souphreuses | |
| devient Terre. | f. 181 |
| 4 Que la Terre n'a pas été fixe au commencement | |
| de la création. | f. ib: |
| 5 Démonstration chimique sur ce sujet. | f. 182
|
| 6 Qu'on peut tirer un Souphre fixe de tous les | |
| mixtes. | f. 183 |
| |
|
| C H A P I T R E III. |
|
| |
|
| §. 1 Que la Terre ne contribue rien aux Végétaux |
|
| qu'un sel humide. | f. ib: |
| 2 Des expériences comment on peut faire provenir | |
| un Souphre humide des végétaux. | f. ib: |
| 3 Qu'il y a un Souphre commun caché dedans les | |
| végé- | |
@
I N D I C E.
237
| végétaux semblable & de la même nature | |
| du Souphre vulgaire. | f. 184 |
| 4 Expérience comment on peut faire produire un | |
| Souphre fixe des corps des Animaux. | f. 185 |
| 5 Et des Minéraux. | |
| |
|
| C H A P I T R E IV. |
|
| |
|
| §. 1 Comment on sépare le Souphre fixe des corps |
|
| des métaux. | f. 186 |
| 2 Expression du tremblement de terre par le maniement | |
| de l'oeuvre des Philosophes. | f. 187 |
| 3 Que le Mercure des Philosophes est la clef des | |
| corps tant solides que métaux. | f. ib: |
| |
|
| DES T R O I S P R I N C I P E S. |
|
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Du nombre de trois. | f. 189 |
| 2 Que les opérations de la Nature dépendent de | |
| la volonté de Dieu. | f. 190 |
| |
|
| DU H U I Tième D E G R E. |
|
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| DU SOUPHRE. | |
| |
|
| §. 1 Le Souphre considéré de deux façons. | f. 191 |
| 2 De la matrice du Souphre. | f. ib: |
| 3 Du Souphre des Météores. | f. 192 |
| 4 Du Souphre des Végétaux. | f. ib: |
| 5 Du Souphre des Animaux. | f. ib: |
| 6 Du Souphre subtile & volatil des Animaux. | f. 193 |
| 7 Du Souphre fixe des Animaux. | f. ib: |
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Des expériences pour faire provenir du Souphre |
|
| fixe des corps des Animaux. | f. 194 |
| 2 Du Souphre des Minéraux & des Métaux. | f. 195
|
| 9 Qui les minéraux ont moins & les métaux plus | |
| de Souphre fixe. | f. ib: |
| O o o 2 CHAPI- | |
@
238 I N D I C E.
| §. 1 La clef de toute la Nature. | f. 196 |
| 2 Que le menstrue des Philosophes dissous tous les | |
| métaux sans bruit comme l'eau fait la glace. | f. ib: |
| 3 Que le menstrue des Philosophes fait le Souphre | |
| des minéraux & des métaux fixe & | |
| volatile. | f. 197 |
| |
|
| DU N E U Vième D E G R E. |
|
| DU MERCURE. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Que le Mercure est le réceptacle du Souphre spirituel |
|
| en général. | f. 199 |
| 2 Que le Mercure est un moyen de joindre le Souphre | |
| avec le sel. | f. 200 |
| 3 Du Mercure Spirituel. | f. ib:
|
| 4 Du Mercure Corporel. | f. ib:
|
| 5 Dedans les Végétaux. | f. 201
|
| 6 Dedans les Animaux. | f. ib:
|
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Du Mercure dedans les minéraux & dans les métaux. |
|
| 2 Que la proportion du Mercure est la cause de | f. 202
|
| la dureté & de la fusibilité des minéraux | |
| & des métaux. | f. ib: |
| 3 Que le Mercure est fixe & résistant au feu dedans | |
| l'argent & dans l'Or. | f. 203 |
| 4 Que le vif argent vulgaire peut être fixé par le | |
| Mercure des Philosophes si pesant comme | |
| on le met dedans. | f. ib: |
| 5 Que le Mercure des Philosophes est le sujet le | |
| plus admirable de tout le monde. | f. ib: |
| Du Dix | |
@
I N D I C E.
239
| DU D I Xième D E G R E. |
|
| DU SEL. | |
| |
|
| C H A P I T R E I. |
|
| |
|
| §. 1 Que le sel est la clef du Palais Royal. | f. 205 |
| 2 Qu'il y a plusieurs sortes des sels. | f. ib:
|
| 3 Que le sel commun est le premier sel de la | |
| Nature & que d'icelui tous les autres | |
| sels proviennent. | f. 206 |
| 4 Comme le Salpêtre. | f. ib:
|
| 5 Le Vitriol. | f. 228
|
| 6 L'alun. | f. ib:
|
| 7 Le Tartre. | f. ib:
|
| 8 Le sucre. | f. ib:
|
| 9 Les Sels qui sont dedans les Végétaux, Animaux | |
| & Minéraux. | f. 209
|
| |
|
| C H A P I T R E II. |
|
| |
|
| §. 1 Que tous les acides peuvent être changés en des |
|
| alcalis par le Souphre. | f. 210 |
| 2 Expérience que les acides dissolvent le Souphre. | |
| 3 Dissolution noire du souphre par un | |
| corrosif. | f. 211 |
| 4 | |
| |
|
| C H A P I T R E III. |
|
| |
|
| §. 1 Que les sels sont naturellement volatils. | f. 214 |
| 2 Et qu'ils deviennent fixes par accident. | f. ib:
|
| 3 Que les Sels sont tout à fait fixes auprès de l'Or | |
| & auprès de l'argent. | f. ib: |
| 4 Qu'on peut faire une belle comparaison de | |
| l'oeuvre des Philosophes à la création du | |
| monde. f. 21 | 4. 215 |
| |
|
| C H A P I T R E IV. |
|
| |
|
| §. 1 Que les Prophètes ont pu prédire l'histoire |
|
| de Jésus Christ par la connaissance de | |
| l'oeuvre des Philosophes. | f. 216 |
| P p p 2 La | |
@
240 I N D I C E.
| 2 La Conception. | f. ib:
|
| 3 La Passion. | f. 218
|
| 4 Le crucifiement. | f. 219
|
| 5 La mort. | f. 220
|
| 6 La résurrection & l'ascension. | f. ib:
|
| |
|
| C H A P I T R E V. |
|
| |
|
| §. 1 Que la Nature ne peut passer les limites que le |
|
| Créateur lui a donné. | f. 221 |
| 2 Que Dieu a donné aussi bien des limites à l'homme | |
| qu'à l'or. | f. ib: |
| 3 Quel doit être le Médiateur entre Dieu & | |
| l'homme. | f. 222 |
| 4 De la fragilité du genre humain qui est créé | |
| pour exécuter la volonté de son créateur. | |
| | f. 223 |
| |
|
| C H A P I T R E VI. |
|
| |
|
| §. 1 Différence entre la vertu teignante de Jésus Christ |
|
| & celle de la Pierre des Philosophes. | f. 225 |
| 2 Confession de l'anéantissement de l'homme & | |
| admonition pour la vertu. | f. ib: |
| 3 Souhait de l'Auteur. | |
| |
|
| F I N. | |