@
Réfer. : 2102 .
Auteur : Tiffereau G. Th.
Titre : L'art de faire de l'or.
S/titre : .
Editeur : Chez l'auteur.
Date éd. : 1896 .
@
CONFÉRENCE
faite à
L'INSTITUT POPULAIRE DU TROCADÉRO
par
Théodore TIFFEREAU
LE 29 DECEMBRE 1895
@
TABLE ANALYTIQUE
Indiquant les passages saillants de la
Conférence
| Pages |
|
| |
|
| Commencement de transmutation de pièces d'argent en or. | 4
|
| Microbes attaquant les bijoux et les caractères d'imprimerie | 5
|
| L'or et l'argent juxtaposés dans les minerais . . . . . . | 7
|
| Changement éprouvé par une médaille de vermeil . . . . . | 7
|
| Microbes spéciaux au nitrate de potasse . . . . . . . . . | 8
|
| Microbes traversant la porcelaine . . . . . . . . . . . . | 9
|
| Microbes producteurs de métaux précieux dans l'eau de mer | 10
|
| Evolution probable opérées par les métaux, grâce à l'in- |
|
| tervention des microbes . . . . . . . . . . . . . . . | 12
|
| Expériences sur les colloïdes minéraux. . . . . . . . . . | 13
|
| Expériences sur les eaux d'égouts pour la détermination des |
|
| microbes animaux ou végétaux et des microbes miné- |
|
| raux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 15
|
| Microbes vivant dans des solutions fortement acides . . . | 16
|
| Théorie de M. Jules Garnier sur l'origine des gisements |
|
| aurifères du transwaal . . . . . . . . . . . . . . . . | 18
|
| Analogie mais non identité des microbes animaux ou végé- |
|
| taux et des microbes minéraux. . . . . . . . . . . . . | 19
|
| Les microbes minéraux seraient mieux déterminés sous le |
|
| nom de « spérules » . . . . . . . . . . . . . . . . . | 20
|
| Avis charitable aux victimes de la fièvre d'or . . . . . | 22
|
| Expérience concluante prouvant la possibilité d"ac- |
|
| croissement de la matière minérale . . . . . . . . . . | 22
|
| Extrait du Figaro . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 25
|
| Extrait du Petit Journal . . . . . . . . . . . . . . . . | 29
|
| Extrait du Radical . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 31
|
| Autre extrait du Petit Journal . . . . . . . . . . . . . | 33
|
| Extrait de la Petite Gironde . . . . . . . . . . . . . . | 35
|
@
CONFÉRENCE
Faite à
L'INSTITUT POPULAIRE DE TROCADÉRO
Le 29 Décembre 1895
Messieurs,
Dans mes recherches sur la composition des
métaux en général et sur les évolutions par lesquelles
passent les métaux ordinaires pour arriver
a l'état de métaux précieux, je n'ai pas procédé
comme les alchimistes qui s'entouraient de mystère.
J'ai, au contraire, fait connaître les différentes
phases de ma découverte et j'ai sollicité la collaboration
des hommes de science. J'avais, en effet, à
coeur de faire passer dans le domaine industriel une
expérience réussie dans le laboratoire et, en adressant
des appels réitérés à l'intelligence, à l'habileté
de tous, j'espérais obtenir la vulgarisation de l'or
artificiel à bas prix et faire ainsi bénéficier l'humanité
entière d'inappréciables avantages.
Personne ne doute que cette découverte ne doive
déterminer, après une crise passagère, une réforme
générale des lois économiques et financières.
@
- 4 -
D'autre part, la salubrité, l'inaltérabilité, la ductilité
et les autres qualités des métaux précieux
les rendront éminemment propres aux multiples
usages du ménage, de la cuisine, du laboratoire et
de l'industrie, lorsque le prix n'en sera guère supérieur
au prix actuel du cuivre. Il est inutile d'insister
sur le surcroît de valeur que la dépréciation de
l'or et de l'argent conférera à la terre et aux immeubles
en général. C'est la grandeur de ces résultats
éventuels qui m'a soutenu dans mes recherches
constantes, malgré l'indifférence de presque tous
ceux à qui j'ai essayé de faire partager mes espérances.
Livré à mes seules ressources, je n'en ai pas
moins continué mes travaux et j'ai été récompensé
de ma persévérance par ce que je pourrais appeler
une seconde découverte expliquant ma première :
j'ai acquis la conviction des microbes, et je suis
persuadé que ces êtres infiniment petits ont joué
un rôle prépondérant dans la réussie de mon expérience
initiale de Guadalajara.
Je crois pouvoir rappeler ici quelques faits
curieux de la production des métaux précieux qui
tendent à confirmer mon expérience de Guadalajara.
M. V. H., architecte à Paris, me signale un fait
sur lequel il est bon d'appeler l'attention des métallurgistes.
Ayant eu, me dit-il, à faire un paiement
à une époque postérieure, il en avait mis le montant
@
- 5 -
de côté, dans un tiroir. Cette somme était
constituée en pièces de 20 francs et de 2 francs,
formant toutes ensemble un rouleau. Quand il
défit ce rouleau, dix-huit mois après, il s'aperçut
que les pièces de 2 francs avaient pris la teinte
jaune de l'or, que cette teinte était peu sensible sur
la partie des pièces d'argent correspondant au disque
intime des pièces d'or, tandis qu'elle était très
accentuée sur le pourtour des pièces d'argent et sur
la partie non recouverte par l'or. Cette couleur
jaune n'est pas due à du cuivre, ainsi qu'on s'en
est assuré par expérience. Si on juge par l'épaisseur
de la pellicule d'or formée pendant ces dix-huit
mois, il faudrait plusieurs siècles pour que la transmutation
de la monnaie d'argent en or fût complète.
Ce phénomène doit être attribué à l'action d'un
ferment de l'or sur l'argent. Il est a regretter que le
papier imprimé qui servait à envelopper cette monnaie
n'ait pas été conservé, car il est probable que
ce papier contenait des microbes producteurs d'or
qu'on aurait pu recueillir.
Il y a quelques années, les journaux ont fait
mention d'un fait qui s'était produit sur des bijoux
d'or et d'argent entourés de coton et enfermés
dans des boites. Ces bijoux, expédiés de Paris en
Espagne, furent trouvés tout ternes à leur arrivée
à destination ; ils furent soumis à des chimistes qui
les virent recouverts de deux espèces de microbes,
auxquels ils n'hésitèrent pas a attribuer l'érosion
des métaux précieux.
@
- 6 -
En Allemagne, on a constaté l'attaque des caractères
d'imprimerie par des ferments qui, transportés
sur des caractères neufs, les ont corrodés.
Puisque des ferments attaquent ainsi les caractères
d'imprimerie, composés d'un alliage de plomb
et d'antimoine, on peut admettre que le papier
imprimé qui formait le rouleau de l'architecte précité
contenait des microbes dont l'action s'est fait
sentir sur l'or et l'argent empilés. C'est d'autant
plus probable que les minerais de plomb et d'antimoine
contiennent de l'or, dont on peut attribuer
la production à des ferments spéciaux agissant sur
les deux métaux inférieurs.
A remarquer, en passant, que les alchimistes se
sont beaucoup occupés du plomb et de l'antimoine
et qu'ils n'ont cessé d'affirmer l'action continue de
certains ferments. Quoi qu'il en soit, il est probable
que si l'or et l'argent des rouleaux étaient restés
plus longtemps en présence, les couches d'or
déposées sur l'argent auraient été plus appréciables
et auraient permis de faire des expériences
intéressantes. La couche d'or â l'état naissant ainsi
formée n'a pas de consistance, c'est ce qu'explique
M. Le Brun de Virloy dans ses expériences sur
l'accroissement de la matière métallique. Le métal
provenant de l'accroissement parait d'abord, dit-il,
être à l'état naissant et ne possède pas encore
toutes les propriétés du métal adulte, pas plus qu'il
n'accuse les mêmes réactions ; il est même si instable
qu'il peut disparaître en tout ou en partie ;
@
- 7 -
mais il finit par parvenir a l'état adulte sous l'influence
de certaines réactions chimiques.
La nature nous offre des exemples de ces transformations
graduellement opérées. Dufrénoy, dans
sa Minéralogie, t. III, p.22, parle d'un alliage d'or
et d'argent désigné par Klaproth sous le nom d'électrum.
Le minerai est, dit-il, constitué, par places,
de lamelles couleur d'or juxtaposées à d'autres
lamelles d'un blanc jaunâtre. Ne faut-il pas conclure
de ce fait que certaines parties de ces minerais
d'argent commencent leur évolution vers l'or,
évolution que d'autres parties ont déjà terminée ?
Ne peut-on pas, dans ce cas, attribuer à des microbes
de pareilles transformations ?
Voici encore, dans cet ordre d'idées, un autre
fait qui a bien son importance; en 1861. M. Favre,
Sénateur, Maire de Nantes, me conféra une médaille
commémorative de l'exposition de Nantes.
Cette médaille, en cuivre argenté, est, depuis lors,
toujours restée enfermée dans son écrin.
J'ai été fort étonné, ces jours-ci, de constater
qu'elle avait perdu son argent dans certaines parties
sur une de ses faces, et que l'autre était moins
altérée. Qu'est devenue, dans l'espace de 34 ans, la
mince pellicule d'argent qui recouvrait la médaille ?
N'a-t-elle pas subi, par l'effet d'un microbe ou ferment,
une sorte de transformation en or que semblerait
indiquer son aspect jaunâtre ? Dans ce cas,
l'argent aurait été transformé en or. On pourrait
d'ailleurs admettre une autre interprétation de ce
@
- 8 -
phénomène et supposer que l'argent ait été transformé
en un autre métal inférieur, certains microbes
défaisant le travail accompli par d'autres.
MM. Gayon et Dupetit ont prouvé que cela se
passe ainsi pour le nitrate de potasse, et récemment
M. le Dr Wagnier a constaté que, parfois, les sels
ammoniacaux, au lieu d'être transformés, comme
à l'ordinaire, en nitrates, sont décomposés par des
microbes spéciaux qui s'approprient leur oxygène
et mettent leur azote en liberté. Peut-être même
est-il permis de supposer que cet azote à l'état naissant
est indispensable aux microbes agents de ces
transformations.
En tout cas, ce qui s'est produit sur ma médaille
d'argent doit attirer l'attention du monde savant et
aussi celle des propriétaires de pareilles médailles.
Si le même phénomène s'était produit sur un certain
nombre de médailles, il serait intéressant de
recourir à des analyses qui mettraient sur la voie
de découvertes importantes.
Je mets ma médaille et une des pièces de l'architecte
V. H. a la disposition des métallurgistes que
tenteraient des recherches d'un ordre nouveau.
Des faits analogues doivent se produire sur les
dorures exposés aux intempéries des saisons. J'examinais
dernièrement quelques flèches ou lances
dorées qui terminent les grilles de nos monuments
« dont l'or est devenu d'un gris blanchâtre dans certaines
parties, tandis que dans d'autres il a conservé
sa couleur naturelle. Il se pourrait faire que cet or
@
- 9 -
poursuive son évolution et se transforme, à notre
insu, en platine ou en un autre métal de la même
famille. Si l'on recueillait ces dorures altérées par
les intempéries, on découvrirait sans doute des ferments
particuliers qui seraient pour nous une véritable
révélation.
Je ne saurais insister assez pour qu'on accorde
à cette idée d'investigation l'importance qu'elle
mérite de prendre. Des insuccès préalables ne
devraient pas arrêter les expériences entreprises, car
on doit se rappeler qu'au début, le daguerréotype
demandait un quart-d'heure de pose en plein soleil,
tandis qu'aujourd'hui on obtient un meilleur résultat
rien qu'en un dixième de seconde. Il est bon de
rappeler ici que mon expérience du Mexique m'a
demandé plus d'un mois.
Parmi les microbes extrêmement variés des
égouts, on a signalé dernièrement des micro-organismes
capables de traverser en 48 heures les meilleures
bougies de filtration en porcelaine, c'est-à-
dire des milieux beaucoup plus résistants que les
métaux. Comme on voit, il n'est guère possible
d'arrêter la marche envahissante de cette armée
spéciale qui nous donne chaque jour des preuves
nouvelles de sa formidable puissance. Aussi est-il
assez singulier de s'obstiner à ne pas les voir jusque
dans les métaux, dont ils se nourrissent et dans
lesquels ils évoluent aussi bien que quelques-uns
d'entre eux le font dans le règne animal et dans le
règne végétal.
@
- 10 -
Puisque nous sommes sur le sujet des transformations
métalliques effectuées par les microbes,
qu'il me soit permis de parler du travail important
que vient de faire M. Baucher sur les altérations
des métaux dans l'eau de mer. M. Baucher a constaté
que ces altérations provenaient de micro-organismes
vivant dans l'eau de mer à raison de 30 mille
par centimètre cube. On peut par ce fait juger du
nombre immense de ces petits êtres dont la science
a constaté la présence dans les solides, dans les liquides,
et dans les gaz comme l'air. Les uns produisent
de l'ammoniaque en abondance, d'autres produisent
de l'acide nitrique, puis des acides chlorhydriques,
sulfuriques, etc., en décomposant les sels qui se
trouvent dans l'eau de mer : les acides ainsi obtenus
détériorent les bois et les métaux dont se compose
la coque de nos navires, sans être arrêtés par les
enduits qui les couvrent.
M. Baucher a examiné les boues formées sur les
plaques métalliques et il y a reconnu des microbes
liquéfiants, de petites algues vertes dont la présence
constitue un danger pour la conservation des peintures
et des tôles. Les algues sont, en effet, très
friandes du fer, et dans l'acte de la nutrition, elles
dégagent en outre de l'oxygène naissant, produit très
actif. Dans les réactions que subissent les métaux
en contact avec l'eau de mer, les microbes produisent
successivement divers acides qui aident aux
évolutions ininterrompues d'autres microbes, lesquels
finissent par aider à la formation des métaux
@
- 11 -
précieux trouvés en dissolution dans l'eau de mer.
En un mot, ce qui se produit dans ce cas est tout à
fait analogue, sinon semblable, à ce qui s'est passé
dans mon expérience de Guadalajara. La nature dispose
de moyens différents pour arriver à un but
déterminé, puisqu'elle produit de l'or dans l'eau de
mer aussi bien que dans le sein des mines.
Que je rappelle maintenant les différentes expériences
par lesquelles je me suis confirmé dans mon
opinion sur l'existence des microbes minéraux.
Alors que je ne soupçonnais pas encore la présence
des microbes minéraux, je vis, un jour, les
matières métalliques que j'arrosais d'acides se
couvrir d'une sorte de boursouflure dont la couleur
était jaune d'or. Je crus même, tout d'abord, que
la transformation des matières métalliques en or
s'était déjà opérée, mais je finis par m'apercevoir
que j'avais affaire à une végétation se développant
sur les métaux employés, et je n'en pus plus douter,
lorsque je constatai que cette végétation transportée
sur d'autres métaux prenait un sensible accroissement.
Je dus donc conclure de ce fait que, contrairement
à l'opinion en cours, des ferments
peuvent exister, se développer, s'accroître dans les
acides les plus corrosifs, et que les microbes minéraux
s'accommodent d'un milieu dans lequel les
microbes animaux et végétaux sont anéantis.
Telles sont les conséquences auxquelles je suis
arrivé en m'aidant plutôt de l'analogie et de la
théorie que de la pratique, vu que mes faibles
@
- 12 -
moyens ne m'ont pas permis de me procurer les
instruments indispensables à de si délicates investigations.
D'ailleurs, les savants ont confirmé ma
manière de voir, notamment M. Winogradski, lorsqu'il
a découvert les microbes de l'acide nitreux et
de l'acide nitrique, précisément de ces deux acides
dans lesquels s'est accompli mon essai. Si ces infiniment
petits réussissent a produire des quantités
presque incommensurables de nitrates, pourquoi
les microbes des métaux ne pourraient-ils aider
d'incessantes transformations de la matière métallique ?
A nous à trouver les moyens de les mettre en
oeuvre, de leur faire produire, en un mot, autant de
métaux précieux que les microbes d'acide nitreux
et d'acide nitrique produisent de nitrates sur de
vastes étendues.
De même que dans le règne animal et végétal, les
microbes préparent les transformations de la matière,
de même, par exemple, que le ferment ayant
son habitat à la surface de la peau de raisin, opère
sur le sucre du moût et le transforme en alcool et
en acide carbonique, de même des ferments particuliers
opèrent sur l'ammonium, le font passer à
l'état de potassium, puis de sodium, puis de métal
alcaline-terreux et finissent par le transformer en
des métaux divers utilisés par l'industrie. A chacune
de ces différentes étapes, surviennent de nouveaux
organismes qui se chargent de l'élaboration
commencée par d'autres et disparaissent à leur tour
@
- 13 -
pour laisser place à d'autres chargés de continuer
la transformation. Dès que les métaux sont arrivés
à l'état précieux, ils sont parvenus à leur maturité,
comme semble en témoigner leur inaltérabilité dans
l'air et dans la plupart des acides.
Enfin, quand ils se transforment en platine, ils
acquièrent leur maximum de densité, se trouvent
saturés de tous les éléments cosmiques qu'ils peuvent
s'assimiler, et alors, en vertu de la loi générale
qui impose une fin à tout être ayant eu un commencement,
ils perdent de leur énergie et redeviennent
attaquables par une série d'acides et de micro-
organismes par lesquels ils sont décomposés en
leurs éléments constituants. Dès lors ils recommencent
à parcourir un nouveau cycle semblable
ou analogue au précédent.
Cette théorie que je me suis formée sur l'évolution
des métaux, je la tire des expériences et des
observations suivantes :
M. Raulin a reconnu qu'un champignon particulier,
croissant sur des tranches de citron, vivait fort
bien dans un milieu purement minéral et constituait
une sorte de transition entre les microbes du
règne végétal et ceux du règne minéral.
Il y a quelques années, j'ai fait des expériences
sur les colloïdes minéraux, aux dissolutions desquels
j'ai mélangé des dissolutions de cuivre et
d'argent. An bout d'un certain temps de contact et
d'exposition à la lumière solaire, j'ai précipité l'argent
par une lame de cuivre. La même liqueur
@
- 14 -
étant restée exposée pendant deux mois à la lumière
solaire, j'y ai replongé une lame de cuivre qui a
déterminé un nouveau précipité d'argent, mais
moins important que le premier, après cette opération,
la dissolution étant encore restée trois mois
à l'exposition de la lumière solaire, une lame de
cuivre y a déterminé un troisième précipité d'argent.
Ces trois expériences successives m'ont fait
supposer qu'une partie du cuivre s'était transformée
en argent et que cette transformation avait été
due à l'intervention de microbes. Malheureusement,
faute d'instruments voulus, je n'ai jamais pu m'assurer
de la réalité de mon hypothèse. On m'objectera,
peut-être, qu'en continuant mes expériences
dans des conditions aussi défavorables, j'ai agi en
aveugle. Non, répondrai-je ? Car j'étais en possession
d'un fait incontestable qui me tenait lieu de
fanal de direction.
En effet, mon expérience de Guadalajara consistant
dans la projection de la limaille d'argent dans
l'acide nitrique et ayant abouti à la transmutation
de cette limaille en or pur, était toujours présente
à mon esprit et légitimait, en quelque sorte, mon
espoir d'arriver à ma nouvelle réussite.
Depuis le jour où je me suis persuadé que le
succès de mon opération était dû à l'intervention
de microbes minéraux spéciaux, j'ai imaginé différentes
manières de constater l'existence de ces
microbes. Voici celle à laquelle j'ai cru devoir
m'arrêter.
@
- 15 -
La pluie, en s'échappant des nuages, entraîne
avec elle les innombrables microbes qu'elle rencontre
dans son trajet à travers l'air et sur la surface
des toits, des feuilles des arbres et de la terre.
Tous ces petits organismes qui peuvent être végétaux,
ou animaux, ou minéraux, elle les emmène
avec elle jusque dans les égouts, où elle les accumule
dans la proportion de trente mille par centimètre
cube. J'ai donc mis de l'eau d'égout dans de
l'acide nitrique fortement dilué et exposé à la
lumière solaire. Tout d'abord ont été ainsi anéantis
les microbes les plus sensibles aux effets corrosif
de l'acide. Ceux qui avaient résisté ont été mis dans
une autre solution plus forte ; après cette deuxième
opération, les suivants ont été soumis à une troisième
intoxication dans une solution encore plus
concentrée. Et ainsi de suite a été continuée l'expérience.
Je suis porté à croire que les microbes animaux
et végétaux ont été ainsi graduellement éliminés
et que les microbes minéraux ont survécu,
ainsi que cela était arrivé aux microbes qui ont
aidé à Guadalajara à la transformation de l'argent,
du cuivre et du fer en or. Si j'en suis réduit à faire
de simples suppositions sur le résultat de cette
expérience, c'est parce que j'ai manqué des instruments
propres à déceler la présence des microbes
dans mes solutions. C'est par cette raison que je ne
cesse de demander l'aide qui me permettrait de
contrôler mes théories par la pratique.
Par de telles expériences on établirait une sorte
@
- 16 -
de classification des microbes, basée sur leur plus
ou moindre résistance à l'acide nitrique et à l'action
de la lumière solaire. On parviendrait ainsi à faire
des cultures dont on établirait sûrement les différentes
propriétés que l'on pourrait utiliser, soit
pour l'accroissement de la matière minérale, soit
pour la transformation des métaux inférieurs en
métaux précieux, soit pour notre propre médication,
suivant les propriétés qu'on leur découvrirait.
Aux expériences sur l'acide nitrique que je viens
d'indiquer, s'en ajouteraient d'autres sur l'acide
sulfurique, chlorhydrique et les divers
acides, et, par ce procédé, on arriverait à la connaissances
des différentes espèces de microbes minéraux
qui opèrent sans le concours de l'homme et
par la seule intervention de la nature.
Je dois faire aussi connaître une autre importante
expérience.
Ayant fait dissoudre du cuivre dans l'acide
nitrique, je n'avais pu d'abord obtenir aucun précipité
par l'introduction d'une lame d'aluminium
dans cette dissolution, mais dès que j'y eus ajouté
une des cultures ci-dessus décrites, la lame se
couvrit sur ses bords de petits bâtonnets de cuivre
disposés en chapelets. Sur d'autres de ses parties,
cette même lame laissa voir des cristaux cubiques
de cuivre d'une belle couleur rouge. Et comme
cette couleur rouge se détachait sur le blanc
brillant de l'aluminium, il eût été facile, avec des
@
- 17 -
appareils convenables, de découvrir le mystère de
cette formation microbienne. De plus, la lame
d'aluminium présenta des trous à jours d'environ
un millimètre de diamètre.
Vous pouvez en juger vous-mêmes, car je la
soumets présentement à votre examen. Cette expérience
effectuée sous l'action de la lumière solaire
est, en quelque sorte, le pendant de celles de
M. Raucher sur l'altération des métaux dans l'eau
de mer par des micro-organismes.
Dans une autre dissolution de cuivre à laquelle
j'avais ajouté une dissolution d'argent, la lame
d'aluminium s'est d'abord recouverte d'argent,
sur lequel est venu se déposer à son tour le cuivre,
en filaments soyeux. Comme ces dépôts ont très
peu d'adhérence à la lame, je n'ai pu les apporter ici.
Une troisième expérience n'est pas moins intéressante :
ayant ajouté une culture très acide à une dissolution
d'argent pur, j'ai constaté qu'une lame de
fer chauffée à la lampe à alcool y est restée d'abord
passive pendant deux jours. Mais, à partir du 3e jour,
l'argent a commencé à se déposer en paillettes sur
la lame de fer, au niveau de la dissolution ; vers
la fin, l'argent s'est déposé sur le fer, au-dessous
de la surface du liquide. Il faut faire remarquer
que, dans cette expérience faite sous l'influence de
la lumière solaire, la lame de fer a été littéralement
coupée au niveau du liquide. Peut-être est-ce à
l'action d'organismes aérobies qu'il faut attribuer
cette action.
**
@
- 18 -
D'autres expériences de ce genre qu'il serait
trop long de rapporter ici, me portent à penser
qu'au moyen de cultures appropriées agissant sur
des solutions minérales connues, on réussirait
à reproduire toutes les merveilles opérées par
la nature dans le règne minéral. Ce qui me confirme
dans cet espoir, c'est le fait scientifique suivant :
M. Jules Garnier, géologue éminent, vient de
communiquer à la Société de Géographie une
étude sur l'origine des gisements aurifères du
Transvaal sud africain. D'après lui, cette origine
serait autre que celle des gisements d'Amérique
et d'Australie. Tandis, en effet, que ces derniers
se présentent sous la forme de filons et de placers
attribuables à un mouvement de transport des
éléments minéraux, l'or du Transvaal se trouve
dans des couches de terrains sédimentaires et doit
avoir été précipité d'une solution d'or, d'un trichlorure,
sans doute, sous l'action de produits gazeux
réducteurs provenant de la décomposition des
matières organiques.
Une publication spéciale se base sur cette
théorie pour conclure à la supériorité incontestable
des gisements aurifères du Transvaal sur ceux du
Mexique et de l'Australie, qui ont pourtant fourni,
comme on sait, des montagnes d'or. Il faudrait
donc attendre encore plus d'or de l'Afrique du
Sud. Si cette théorie est à l'avantage des mines
d'or du continent africain, elle est aussi à l'avantage
@
- 19 -
de ma découverte, dans laquelle l'or a été
obtenu sous les dégagements de gaz réducteurs.
C'est aussi à ce même dégagement qu'est due la
production de l'or et de l'argent dans l'eau de mer.
Si le manque de ressources et d'instruments ne
m'a pas permis d'obtenir des faits plus précis, j'ai
lieu d'espérer que je pourrai bientôt m'appuyer sur
autre chose que des hypothèses, car des amis m'ont
assuré le concours d'hommes de science ayant la
pratique des manipulations bactériologiques. Grâce
à eux je cesserai, sans doute, de tâtonner et de
perdre mon temps en de longues et vaines expériences,
et je n'hésite pas à croire que bientôt l'industrie
sera en état de produire à bas prix les
métaux précieux.
Quand j'emploie l'expression de « microbes minéraux
», je n'entends pas dire que les microbes
des minéraux soient organisés absolument comme
les microbes des végétaux et des animaux. Je crois
même devoir faire la-dessus des réserves formelles
et les appuyer par les observations suivantes, car
il est certain que, dans les trois règnes, la vie ne se
manifeste pas absolument de la même manière,
mais bien d'une manière analogue. C'est ainsi que
les hautes températures et les acides sont nuisibles
aux microbes animaux et végétaux et peuvent aider,
au contraire, dans de certaines conditions, au développement,
à la multiplication des microbes minéraux.
Ce qui m'autorise à croire que l'organisation
de ces derniers doit être différente de leurs correspondants
@
- 20 -
dans le règne végétal et animal, c'est,
entre autres raisons, la différence du mode de reproduction
chez les animaux et chez les végétaux.
Les organes de reproduction sont, en effet, dans ces
deux règnes juxtaposés, non semblables, mais simplement
analogues par leurs fonctions. Il en est de
même pour le mode de reproduction des microbes
minéraux et, à plus forte raison, pour leur organisation
qui ne saurait rappeler qu'imparfaitement celle
des microbes animaux et végétaux. J'aurais même
dû, dès le commencement de cette Conférence, aller
au-devant de toute contestation, en donnant,
comme l'a fait un de ceux qui partagent mon opinion,
le nom de « sporules » aux microbes minéraux :
la différence de nom eût prévenu toute
velléité d'assimilation et laisser subsister toute
possibilité d'analogie.
Au reste, si la notion des micro-organismes minéraux
a été postérieure à la notion des micro-organismes
végétaux et animaux, c'est par la même raison
que l'humanité primitive s'est occupée des animaux
et des végétaux avant même de soupçonner
l'existence des minéraux ces derniers étaient dissimulés
dans les entrailles de la terre alors que les
premiers s'offraient naturellement aux yeux de tous.
Voici ce que je disais dans une de mes conférences
en parlant des microbes minéraux : Ils ont des
propriétés multiples qui sont surprenantes, et leur
puissance vitale fécondante surpasse notre imagination.
Ils ont, dans leur infinitésimale petitesse,
@
- 21 -
une énergie potentielle incompréhensible ; rien ne
leur est impossible. Nous les voyons effectuer, par
leur présence, des réactions chimiques que nous
avons peine à produire par nos moyens les plus
puissants. Quand nous saurons distinguer ces différents
petits êtres, ces ingénieurs de construction,
de décomposition et de reconstitution, nous pourrons,
avec leur concours, former les produits qui
nous intéressent, les utiliser à ce que nous voudrons
qu'ils nous produisent, comme nous les
employons aujourd'hui à la production de notre
pain. C'est à nous â les étudier avec soin afin de
découvrir ceux qui ont des propriétés particulières
que nous pourrons utiliser soit pour nos besoins,
soit pour la guérison de nos maux. Tous ces petits
êtres travaillent tous ensemble par familles ayant
toutes une aptitude spéciale dans l'oeuvre de la
création.
Tout cela ne montre-t-il pas l'existence d'une
puissance infinie qui a présidé a la création de
tous ces petits êtres pour les faire converger
tous vers un but déterminé ?
Si nous sommes parvenus à pénétrer déjà quelques
mystères des infiniment petits du règne
végétal et du règne animal, nous ne réussirons pas
moins à surprendre les secrets des microbes minéraux,
quelques difficultés que semble présenter
cette nouvelle investigation ; et, comme tout est
analogie dans la nature, après avoir découvert les
innombrables parasites qui nuisent au développement
@
- 22 -
de l'animal et du végétal, nous suivrons des
yeux ceux qui, par exemple, rouillent le fer, le
cuivre, le zinc et autres métaux, lesquels, plongés
dans des dissolutions diverses, laissent apercevoir,
au bout d'un certain temps, des moisissures, des
arborescences, ainsi que je l'ai moi-même observé
dans mes expériences.
L'or obtenu par mon expérience de Guadalajara
est resté inaperçu aux expositions antérieures, et
il ne pouvait guère en être autrement, vu la petitesse
de l'échantillon qui attestait ma découverte.
Je serai amplement dédommagé de mes travaux et
de ma longue attente, si cette même découverte
est représentée à l'Exposition de 1900, par d'énormes
lingots d'or artificiellement obtenus.
On peut donc prévoir le temps où il n'y aura
plus de monométallistes ni de bi-métallistes, car dès
que l'or et l'argent seront produits à bas prix,
ils ne pourront, dans les divers systèmes monétaires,
aspirer qu'à remplacer le billon actuel.
Alors la terre, les constructions et les produits agricoles
et industriels auront seuls une valeur réelle,
pour laquelle il faudra trouver un nouveau mode
de représentation et, par suite, de mobilisation.
Cette éventualité devrait donner a réfléchir à
ceux qui s'engouent pour les mines d'or, dont
le produit n'aura pas beaucoup plus de valeur que
celui des mines de cuivre. Que celui-là entende,
qui a des oreilles pour entendre !
Je termine en faisant appel à la presse et aux
@
- 23 -
hommes de progrès désireux de réformes économiques.
Que la presse veuille bien accorder quelque
publicité à mes travaux et à mes théories;
qu'elle me fasse connaître de ces hommes curieux
de nouveautés et prêts à aider les entreprises
dédaignées du vulgaire ; que, par l'aide de ces
derniers, je puisse procéder aux essais indiqués
brièvement ici et surtout à ceux qui tiennent la
première place dans mes pensées, et, avant peu,
la production industrielle de l'or étant devenue
une réalité, il faudra, après une crise passagère,
procéder à des réformes qui donneront à la terre
sa véritable valeur et feront disparaître bien des
iniquités économiques et sociales.
Ma conférence était déjà préparée lorsque des
savants appartenant au monde officiel et qui, par
intérêt pour mes études, avaient bien voulu se
charger de l'analyse microbiologique de mes cultures,
m'ont fait savoir qu'il n'avaient pu découvrir
de microbes dans ces cultures mais qu'ils
ne pouvaient pourtant assurer qu'il n'y en avait
pas. Ils m'ont en effet appris que si les microbes
de certaines maladies ont été découverts, ceux de
certaines autres, de la rougeole et de la syphilis,
par exemple, sont encore à déterminer.
Pour ma part, je reste dans ma conviction,
c'est-à-dire que j'espère que la science ne tardera
pas à découvrir les microbes minéraux.
@
- 24 -
Quelques expériences dont l'analyse vient de
me faire connaître les résultats, méritent d'être
citées ici.
Après avoir institué, sur des données qui me
sont particulières, des expériences tendant à confirmer
celles déjà faites par M. Le Brun de Virloy
sur l'accroissement de la matière métallique, je
puis affirmer que j'ai obtenu les résultats suivants
dont l'authenticité est contrôlée par l'analyse du
laboratoire de chimie de MM. Itasse et Legeret.
65, rue de Provence :
Dans une dissolution particulière contenant
8 gr 467 de cuivre, on a pu constater, après 9 mois,
14 gr. 400 de cuivre, soit une augmentation
de 70,07 0/0.
De même le fer a donné un accroissement de
44,33 0/0, et le zinc, un accroissement de 44,75 0/.
De là à conclure qu'une augmentation de matière
peut s'obtenir par les métaux précieux, il n'y a
qu'un pas, et ce pas, j'espère pouvoir dire bientôt
que je l'ai franchi.
TIFFEREAU.
@
EXTRAITS D'ARTICLES
PARUS DANS DIVERS JOURNAUX
-------
Le Figaro, du 19 Octobre 1895 :
Les Placers de Grenelle.
Le cinquième alchimiste est peut-être le bon, le
vrai, le seul, l'unique. De celui-là, nos confrères
Francisque Sarcey, Charles Limouzin, Emile Berr,
Jules Huret nous contèrent l'odyssée et les espoirs.
Je l'ai vu,
ego quoque ! je l'ai vu, cet excellent
M. Tiffereau, chimiste, qui, sans théories superstitieuses,
a fabriqué de l'or -- oui, de l'or, vous
entendez bien. Voulez-vous le voir, cet or ? Il est
là à votre disposition, dans une petite boite.
Il faut dire que la transmutation n'a réussi
qu'une fois, et au Mexique. Mais n'est-ce pas déjà
énorme que ce premier miracle ?
Allez à Grenelle, au fond de Grenelle, rue du
Théâtre, et vous connaîtrez ce « rara avis » entre
@
- 26 -
les savants. Ne vous attendez pas à trouver un
gaillard fanfaron mi en charlatan loquace. Vous ne
découvrirez au fond de ce couloir ténébreux, dans
cette salle à manger où s'agite une famille nombreuse
d'enfants joyeuses et saines, et où la table
est encombrée, dés le matin, de la longue planche
à repasser, qu'un doux petit vieux de soixante-quatorze
ans, qui se plaint de n'avoir pas le langage
très facile. Pour plus de silence, il vous fera traverser
une cour minuscule, et vous serez dans une
pièce étranglée, mi-établi de menuisier, mi-cuisine
chimique. Les flacons d'acide fraternisent avec la
lime et le marteau. Le gentil petit homme, pas
aigre, souriant, sympathique avec sa face rasée où
ne surnage qu'une moustache étroite, avec ses yeux
aux cils rares d'opérateur, et la rose tranquille de
ses joues, vite a sorti du tiroir ses brochures, vite
vous a apporté le palladium de la maison, l'écrin
des merveilles. Prenez la loupe qu'il vous offre et
comparez sous les deux verres ronds les petites
limailles, les unes d'or naturel, -- l'or des mines,
-- les autres d'or artificiel, son or a lui, à cet
homme (on dirait la monnaie menue d'une poupée).
A côté, dans un creux, un métal étrange, scintillant,
blanc et noir. C'est le résultat manqué des
expériences d'Europe.
Tiffereau, à l'exemple du tambourinaire de Daudet,
nous raconte comment « ça lui est venu » :
« J'étais préparateur de chimie à l'Ecole supérieure
@
- 27 -
de Nantes, et, depuis longtemps, la transmutation
des métaux me trottait dans la tête. En 1842, je
partis pour le Mexique, la tète pleine de projets, la
poche vide et un daguerréotype pour faire fortune.
Là-bas, les mineurs eux-mêmes me mirent sur la
piste. Ils disaient « Ceci est de l'or bon et mûr ;
« ceci est de l'or qui n'est pas encore arrivé. » Je
pensai qu'il s'agissait d'accomplir artificiellement
et rapidement cette évolution que la nature met
plusieurs siècles à achever. » En effet, Tiffereau
(j'abrège), avec huit ou dix grammes d'argent en
poudre, attaqué par l'acide nitrique à plusieurs
reprises et exposé au soleil, au bout de vingt neuf
jours de manipulation, créa de l'or « Oui, de l'or,
celui que vous voyez et que le chimiste Itasse a
reconnu vrai. » Tiffereau rentre aussitôt à Paris
pour faire profiter sa patrie de cette découverte.
Mais l'or devient indocile. « Depuis quarante-trois
ans, je demande en vain aux Académies de s'occuper
de ma découverte. Chacun fait la sourde
oreille, sans doute par la peur inconsidérée d'une
perturbation économique. Songez-y ! Grâce à ma
méthode, le prix du kilogramme d'or serait de
76 francs, au lieu de 3,444 francs, » Puis, ouvrant
le
Bulletin de la Société de Géographie : « Tenez,
voici un article de M. Jules Garnier, qui prétend
que les mines d'or du Transvaal sont dues à une
réaction chimique et que le métal a été déposé d'un
trichlorure réduit par des dégagements de gaz nitreux.
J'ai donc agi, moi, comme la nature ! » Mais
@
- 28 -
comme je m'étonnais de ses tentatives manquées
en Europe : « Je crois en avoir trouvé la raison,
continua M. Tiffereau, L'évolution du minéral s'accomplit,
comme celle du végétal, par des microbes.
Sans cesse ces minuscules ouvriers font leur invisible
travail. Vous savez que, dans les levures de
vin, les ferments n'apparaissent qu'au commencement
de la maturation des raisins et seulement
dans les lieux plantés de vigne. Au Mexique, pendant
mon opération, les ferments d'or étaient apportés
dans mon laboratoire par le voisinage des
mines d'or et d'argent. En France, la culture de
l'or est plus difficile le microbe n'y habite pas. --
Tenez, autre fait qui confirme mon système : un
architecte de mes amis avait gardé en rouleau des
pièces de 20 et de 2 francs. Au bout d'un certain
temps, les pièces de 2 francs s'étaient accrues, au
pourtour, d'une mince couche d'or. Le microbe,
assurément ! Car on vient de découvrir que les
caractères d'imprimerie sont attaqué, par des micro-organismes.
Ceux-ci, transportés sans doute par
le papier imprimé du rouleau, ont dû faire évoluer
l'or. Voyez-vous, il faudrait analyser avec attention
jusqu'au nouveau métal, inférieur ou supérieur, que
les intempéries ont développé sur les dorures des
flèches de nos monuments... » M. Tiffereau vous
explique cela et bien autre chose, de sa voix calme
et, malgré la hardiesse des idées, avec un esprit
très positif. D'ailleurs il a trouvé encore des siphons
flotteurs, des sabliers à secondes (pour les
@
- 29 -
oeufs à la coque, des sabliers à kilomètres (pour
les canons), des horloges hydrauliques, des gazomètres,
et Grenelle raffole de ses photographies.
En somme, cet inventeur est un homme laborieux,
honnête et ingénieux infiniment. Ah, qui sait l'avenir
des placers de Tifferrau, des placers de Grenelle !
Jules Bois.
*
* *
Le Petit Journal du 30 Décembre 1895 :
Microbes aurifères
Hier, à l'Institut populaire du Progrès, nous
avons assisté à une conférence peu banale ; elle
était faite par M. Tiffereau sur la production artificielle
des métaux précieux.
Le conférencier, que le Petit Journal a déjà
présenté à ses lecteurs il y a quelque sept ans, est
un petit vieillard a lunettes. Il commence par
déclarer qu'il ne faut pas voir en lui un alchimiste,
mais simplement un chercheur.
Au Mexique, à Guadalajara, il a, un beau jour,
réussi à changer en or pur du plomb vil ; et il a
acquis la certitude que cette métamorphose était
l'oeuvre de microbes minéraux. L'expérience
remonte loin. Depuis il a maintes fois tenté de la
@
- 30 -
renouveler, il n'a pu y parvenir ; les microbes
français résistent.
Mais M. Tiffereau ne désespère pas de les
vaincre; il a l'intime conviction qu'un jour ou
l'autre il finira bien par rééditer son expérience de
Guadalajara ; qu'il en déterminera les bases, et
qu'il produira de l'or.
Il a d'ailleurs, avec les faibles moyens dont il
dispose, obtenu des résultats appréciables. En 1861,
M. Favre, sénateur, maire de Nantes, lui avait
remis une médaille commémorative en cuivre
argenté de l'exposition de cette ville. Or, au bout
de 34 ans (je dis trente-quatre ans) M. Tiffereau
a pu constater que les bords de cette médaille se
tintaient vaguement en jaune. C'était les microbes,
les fameux microbes aurifères, qui commençaient
d'opérer.
D'après les calculs du conférencier, il faudrait
plusieurs siècles pour que la transformation fût
complète, c'est-à-dire pour que la médaille de
cuivre devint une médaille d'or. C'est un peu long,
et aussi M. Tiffereau regrette-t-il amèrement de
n'avoir ni les moyens ni les appareils nécessaires
pour activer le travail desdits microbes.
Avec des larmes dans la voix, le bon vieillard
supplie la presse de faire connaître sa découverte
et de l'aider ainsi à se procurer les moyens d'action
qui lui manquent.
« Si seulement en 1900, s'écrit-t-il, je puis
envoyer à l'Exposition des lingots d'or obtenus
@
- 31 -
par mon procédé, je serai amplement dédommagé
de mes travaux et de ma longue attente, car
j'aurai, pour ma part, contribué au bonheur de
l'humanité.
Excellent homme ! voila son désir satisfait en
ce qui nous concerne. Quant à son espérance, elle
est, hélas plus difficile à réaliser.
N'importe ! sa théorie microbienne est au moins
réconfortante ; et il l'a développée avec des arguments
scientifiques et une absolue conviction.
*
* *
Le Radical du 3 Janvier 1896 :
BAVARDAGE
Je ne sais pas ce qu'il faut le plus admirer de la
persévérance des convaincus, ou de la persistance
des indifférents. Je faisais cette réflexion en trouvant,
dans un journal, le compte-rendu d'une
conférence faite à l'Observatoire du Trocadéro par
M. Tiffereau, l'apôtre invincible et inlassable de
la transmutation des métaux.
Eh oui, M. Tiffereau affirme qu'on peut fabriquer
de l'or de toutes pièces. Bien plus, il en a fait,
oui, personnellement. Et il est tout prêt à vous le
montrer.
@
- 32 -
Et savez-vous depuis combien de temps il combat
pour sa cause ? Depuis 1845, ci, depuis cinquante
années.
Mais, me direz-vous, s'il a fait de l'or, pourquoi
n'en fait il plus ?
Par une raison bien simple, c'est que pour faire
du bouilli, il faut du feu. Et que pour faire de l'or,
il faut du soleil, et que ce fut au Mexique, à Guadalajara,
que M. Tiffereau put résoudre le problème,
grâce à l'atmosphère ambiante.
Son principe est celui-ci ; les métaux ne sont
pas des corps simples ; ils évoluent lentement sous
l'action des forces naturelles. L'or n'est que de
l'argent mûri, comme un homme n'est qu'un
enfant développé. Et il développa de l'argent qui
s'est transformé en or. Trois fois il réussit.
Je vous fais grâce des luttes qu'il a soutenues,
des fins de non-recevoir, des railleries auxquelles
il s'est heurté. Mais ce petit Vendéen, mince et
vieilli, a encore l'énergie de la prime jeunesse.
Que demande-t-il ?
Ceci. Ce qu'on ne peut faire ici avec notre pâle
soleil, on peut le réaliser à l'aide des chaleurs artificielles,
fours électriques, etc. Le minéral vivant
évoluerait sa vie et arriverait à son
summum de
développement, l'or.
Mais pour ces expériences coûteuses, il faut un
capital. Il le cherche. Il le veut avant 1900, pour
doter la France de cette découverte qui stupéfierait
@
- 33 -
le monde beaucoup plus que la tour Eiffel. Le
voilà bien, le clou, un clou en or !
Réussira-t-il ? Je le lui souhaite de tout mon
coeur, ne fût-ce que pour affirmer la victoire de
l'indomptable énergie sur la routine et la paresse.
Un Parisien.
*
* *
Le Petit Journal du 4 Janvier 1896 :
La Théorie des microbes aurifères développée
par M. Tiffereau, et que nous avons reproduite,
serait-elle moins fantaisiste qu'elle ne le paraît au
premier abord. Le docteur Chalvon nous affirme,
en effet, qu'on peut voir, en Suède, des microbes
sécréter du fer ; et il explique ainsi le phénomène
« Dans le pays, à certaines époques, on récolte
« du fer très pur dans les mares, les étangs, les
« ruisseaux ; le docteur Chalvon pense que les
« microbes absorbent cette eau et en secrètent ensuite
« du fer comme les abeilles du miel. Il suppose
« donc que si Tiffereau a pu constater
« seulement à Guadalajara la transformation qu'il
« a rapportée, c'est que cette contrée est aurifère. »
*
* *
Je crois devoir rapprocher de cet article ce
que j'ai déjà dit dans ma conférence du 10 décembre
@
- 34 -
1893, au sujet d'expériences faites sur
une sorte de production spontanée du fer. On a
démontré, disais-le, que des plantes cultivées
dans un milieu clos, sur un sol privé complètement
de fer et alimenté d'eau pure et d'air
soigneusement filtré, ont fini par contenir, à
leur maturité, des quantités notables de sels de
fer. Il a bien fallu admettre, dans ce cas, que le
fer s'était formé par la combinaison des gaz de
l'air et de l'eau avec les matières fixes constituant
le sol mis en expérimentation : il y a donc
là une véritable transmutation, dans l'acception
propre du mot. Et, pour ma part, je n'hésite
pas à l'attribuer à des microbes particulier,
qui, par la digestion des divers éléments mis en
présence, ont produit le fer. Peut-être est-ce en
agissant sur l'oxygène magnétique que les microbes
ont produit ladite transformation.
De même, faute de renseignements précis, je
suis porté à croire que le fer, contenu naturellement
à l'état de dissolution dans la plupart des
eaux de Suède, s'accroît par l'intervention des
microbes cités dans le précédent article.
Th. Tiffereau.
@
- 35 -
UNE RECTIFICATION
---------
J'ai parlé, il y a quelques jours, d'une conférence
faite à l'institut du Trocadéro par
M. Tiffereau,
inventeur d'un procédé pour la production artificielle
de l'or. L'invention me paraissait folle, et je
l'ai dit trop nettement, au gré de son auteur, qui
m'écrit, comme c'est son droit, pour protester
contre une telle appréciation de son oeuvre et
essayer d'établir l'excellence de sa découverte.
Condamner les gens sans les entendre, et surtout
leur causer quelque préjudice en donnant de
leurs travaux un aperçu erroné, est si loin de mes
habitudes et de mon penchant, que j'ai accueilli
très volontiers et que j'aurais voulu publier immédiatement
ici même la rectification et les explications
que m'adresse M. Tiffereau à propos de sa
production artificielle de l'or. Par malheur, la lettre
de M. Tiffereau est longue, aussi longue qu'une
de mes
Causeries ordinaires, et je n'ai pas le droit
de rogner, pour mes commodités personnelles, la
place réservée à mes collaborateurs. Je me décide
@
- 36 -
donc à publier cette lettre, non pas à la suite d'une
Causerie, comme je l'aurais voulu, mais à la place
d'une Causerie.
« Grenelle, le 17 Janvier 1896.
« Monsieur,
« D'abord, je vous ferai remarquer que ce n'est
pas par un simple caprice d'homme déséquilibré
que je poursuis depuis longtemps mes travaux.
« En 1840, étant préparateur de chimie à l'Ecole
professionnelle de Nantes, je fus particulièrement
attiré par l'étude des métaux précieux, et je résolus,
en conséquence, d'aller faire des investigations
dans le pays où ils se trouvent en abondance. Je
partis donc pour le Mexique en 1842, et, après
cinq années d'observation des gisements et des
placers, je parvins à transmuer en or pur, une certaine
quantité d'argent, de cuivre et de fer.
« Plus tard, en 1853, je soumis à l'Académie des
sciences un échantillon de mon or.
« Au reste, pour vous donner une idée des
fatigues que j'ai supportées et des dangers que j'ai
courus pour réaliser ma découverte, je me contente
de vous transcrire ici un passage d'une de mes
nombreuses conférences, passage qui vous prouvera
que j'étais poussé par autre chose que par la
@
- 37 -
folie pour persister, malgré tout, dans mes recherches.
« Voici donc ce que, le 11 décembre 1892, je
disais dans une conférence faite au Trocadéro, à
propos de quelques objections qui m'étaient faites :
« Pourquoi M. Berthelot n'a-t-il pas tiré de sa
« découverte des microbes de la terre toutes les
« conséquences qui en découlent : Les moyens ne
« lui auraient pas fait défaut, tandis qu'a moi tout
« m'a été refusé ; cependant j'ai fait progresser ma
« découverte, quoique je ne sois pas arrivé à reproduire
« en France mon expérience du Mexique.
« Mes adversaires disent que je veux vendre la peau
« de l'ours avant de l'avoir tué: je leur répondrai
« que si je ne l'ai pas tué, du moins je n'en ai pas
« eu peur. J'aurai voulu les voir exposés aux multiples
« traverses par lesquelles je suis passé. En
« 1843, j'étais au milieu des déserts du Mexique
« entouré de sauvages et de bêtes féroces, seul
« avec un guide et un domestique. Outre ces dangers,
« nous avons été exposes à mourir de faim et
« de soif, le guide s'étant trompé dans son orientation ;
« nous avons été perdus pendant plus de
« douze heures sans pouvoir retrouver notre chemin ;
« nos animaux étaient épuisés de fatigue. En
« outre, à cette époque, le pays était bouleversé
« par les révolutions et ne laissait aucune sécurité
« aux étrangers.
« Ma vie, Messieurs, n'a été que lutte au Mexique
@
- 38 -
« et en France pour une découverte dont l'importance
« est si évidente aux yeux de ceux qui veulent
« réfléchir. »
« Je n'en continue pas moins, avec les faibles
ressources que me procure mon travail, à compléter
ma découverte pour en faire bénéficier mon
pays.
« Depuis 1848, époque a laquelle je suis rentré
en France, j'ai fait démarches sur démarches pour
qu'on m'aidât à continuer efficacement mes études.
Mais, m'étant vu abandonné de tous ceux qui
auraient pu me seconder, j'ai repris l'industrie du
daguerréotype, au moyen de laquelle j'avais pu
subsister au Mexique pendant le cours de mes
recherches. Plus tard j'ai exercé la photographie,
et j'ai fondé une maison qui existe encore, 130, rue
du Théâtre, à Grenelle. Là, je suis assez honorablement
connu pour n'avoir rien à craindre des
investigations qu'on pourrait faire sur mon compte.
J'ai cédé ma maison, et aujourd'hui je continue,
comme par le passé, à faire des sabliers compteurs
de mon invention ; et, malgré mes soixante-dix-sept
ans, je me porte à merveille, je poursuis les perfectionnements
de ma découverte, que j'espère
faire figurer dignement à l'Exposition de 1900.
« Je ne crois pas, Monsieur, avoir par ce court
exposé abusé de
mon droit de rectification, et je
compte sur votre bonne foi pour faire connaître
@
- 39 -
aux lecteurs de la
Petite Gironde que je ne ressemble
pas au triple
fou qu'on leur a dépeint.
« Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations bien
distinguées.
« T. Tiffereau. »
« P.-S. - Je compte, Monsieur, que vous ferez
paraître cette lettre dans votre prochain numéro. »
Voilà qui est fait. Puissent ces explications
convaincre mes lecteurs du mérite de l'invention
comme elles m'ont convaincu moi-même de la foi
profonde et de la louable persévérance de l'inventeur.
Simplice.
(Petite Gironde)
---------------------------------------------------
Paris, imp. A. Quelquejeu, rue Gerber, 10.
@
TABLE ANALYTIQUE
Indiquant les passages saillants de la
Conférence
| Pages |
|
| |
|
| Commencement de transmutation de pièces d'argent en or. | 4
|
| Microbes attaquant les bijoux et les caractères d'imprimerie | 5
|
| L'or et l'argent juxtaposés dans les minerais . . . . . . | 7
|
| Changement éprouvé par une médaille de vermeil . . . . . | 7
|
| Microbes spéciaux au nitrate de potasse . . . . . . . . . | 8
|
| Microbes traversant la porcelaine . . . . . . . . . . . . | 9
|
| Microbes producteurs de métaux précieux dans l'eau de mer | 10
|
| Evolution probable opérées par les métaux, grâce à l'in- |
|
| tervention des microbes . . . . . . . . . . . . . . . | 12
|
| Expériences sur les colloïdes minéraux. . . . . . . . . . | 13
|
| Expériences sur les eaux d'égouts pour la détermination des |
|
| microbes animaux ou végétaux et des microbes miné- |
|
| raux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 15
|
| Microbes vivant dans des solutions fortement acides . . . | 16
|
| Théorie de M. Jules Garnier sur l'origine des gisements |
|
| aurifères du transwaal . . . . . . . . . . . . . . . . | 18
|
| Analogie mais non identité des microbes animaux ou végé- |
|
| taux et des microbes minéraux. . . . . . . . . . . . . | 19
|
| Les microbes minéraux seraient mieux déterminés sous le |
|
| nom de « spérules » . . . . . . . . . . . . . . . . . | 20
|
| Avis charitable aux victimes de la fièvre d'or . . . . . | 22
|
| Expérience concluante prouvant la possibilité d"ac- |
|
| croissement de la matière minérale . . . . . . . . . . | 22
|
| Extrait du Figaro . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 25
|
| Extrait du Petit Journal . . . . . . . . . . . . . . . . | 29
|
| Extrait du Radical. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | 31
|
| Autre extrait du Petit Journal . . . . . . . . . . . . . | 33
|
| Extrait de la Petite Gironde . . . . . . . . . . . . . . | 35
|
@
@