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Réfer. : 0013A .
Auteur : Anonyme.
Titre : La Tourbe des Philosophes.
S/titre : ou l'assemblée des disciples de Phytagoras.

Editeur : André Cailleau. Paris. B. des Ph. Ch. Tome II.
Date éd. : 1740 .
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B I B L I O T H E Q U E

D E S

P H I L O S O P H E S

CHIMIQUES

NOUVELLE EDITION,

Revûë, corrigée & augmentée de plusieurs
Philosophes, avec des Figures
& des Notes pour faciliter l'intelligence
de leur Doctrine,

Par Monsieur J. M. D. R.
T O M E II



A P A R I S.

Chez ANDRE CAILLEAU, Place de Sorbonne,
au coin de la ruë des Maçons,
à S. André.
------------------------------------------
M. D CC. XL.
Avec Approbation & Privilége du Roi.

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pict

T R A I T E S

C O N T E N U S

Dans ce second Volume.


I. Morien.

II. La Tourbe des Philosophes.

III. Artéphius.

IV. Flamel.

V. Le Trévisan.

VI. Zachaire.

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pict

LA TOURBE

DES PHILOSOPHES,

O U
L'ASSEMBLE'E
DES DISCIPLES
DE PYTHAGORAS,

APPELE'E LE CODE DE VERITE'.

pict R I S L E U S dit: Je vous
dis que notre Maître Pythagoras
est le pied des Prophètes,
& la tête des Sages, &
qu'il a eu tant de Dons de
Dieu & de sagesse, que personne après
Hermès n'en a eu tant que lui. Il a donc
voulu assembler ses Disciples, qui étaient
envoyés par toutes les Régions & Provinces,
pour traiter de ce précieux Art, afin
que leur parole serve de règle à ceux qui
viendront après eux. Et il a commandé
Tome II. * A

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2 La Tourbe

qu'IXIMEDRUS parlât le premier, qui
était de très bon conseil, lequel dit: Toutes
choses ont un commencement & une nature,
laquelle d'elle-même est suffisante,
sans aide d'autre, pour se multiplier à l'infini,
autrement tout serait perdu & corrompu.
LA TOURBE dit: Maître, si tu commences,
nous suivrons tes paroles. Et
PYTHAGORAS dit: Sachez, Vous tous,
qui cherchez cet Art, que jamais il ne se
fait de vraie Teinture, sinon de notre
Pierre rouge, par quoi ne perdez pas
vos âmes ni votre argent, & ne recevez
pas de tristesse en vos coeurs, & de ce, je
vous assure, & tenez ceci de moi, comme
de votre Maître. Que si vous ne changez
cette Pierre rouge en blanc, & si ensuite
vous ne la faites encore rouge, & ainsi si
vous ne faites Teinture de Teinture, vous
ne faites rien. Cuisez donc cette Pierre &
la rompez & lui ôtez sa noirceur en la cuisant
& en la lavant jusqu'à ce qu'elle soit
blanche, & puis la redressez comme elle
doit.
ARISLEUS dit: La Clef de cette
Oeuvre est l'Art de blanchir. Prenez donc
le Corps que je vous ai montré, & que
notre Maître vous a dit, & en faites de
subtiles Tablettes, & les mettez dans l'Eau
de notre Marine, laquelle Eau est permanente,

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des Philosophes 3

& notre Corps est (1) gouverné
d'elle, & puis mettez tout à un feu lent,
jusqu'à ce que les Tablettes soient rompues,
& réduites en Eau. (2) Mêlez & cuisez
continuellement à léger feu, jusqu'à ce qu'il
se fasse Bouillon (3) poivré & le cuisez
& tournez en son Eau, jusqu'à ce qu'il
soit congelé, & vous fasse varier les yeux
comme les fleurs, que nous appelons fleurs
de Soleil. Cuisez-le jusqu'à ce qu'il n'y ait
rien de noir & que la blancheur apparaisse,
& puis le gouvernez & cuisez avec la (4)
Gomme de l'Or, & mêlez tout par feu sans
y toucher, jusqu'à tant que tout soit fait
rouge. Et ayez patience, & ne vous ennuyez
point, & l'abreuvez de son Eau,
qui est sortie de lui, laquelle est Eau permanente,
jusqu'à ce qu'il soit fait rouge.
Celui-ci est l'Airain brûlé, & la Fleur &
le Levain de l'Or, lequel vous cuirez avec
l'Eau permanente, qui est toujours avec
lui, & digérez & cuisez jusqu'à ce qu'il
soit desséché. Faites ceci continuellement


(1) Gouverneur. phique, dont ceux, qui
(2) Ce Corps, est l'Or veulent s'adonner à la
des Philosophes, qui se Science Hermétique, peu-
prépare, comme on peut vent prendre connaissance
le voir dans la première dans la Parabole du Cos-
des douze Clefs de Phi- mopolite.
losophie de Basile Valen- (3) Gras.
tin: Et l'Eau de Marine, (4) L'Ame.
est le Mercure Philoso-
A ij
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4 La Tourbe

jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'humidité, &
que tout se fasse une Poudre très subtile.
PARMENIDES dit: Sachez que les Envieux
ont parlé en maintes manières,
d'Eaux, de Bouillons, de Pierres & de
Métaux, afin de vous tromper, vous qui
cherchez cette Science secrète. Laissez
tout cela, & faites (1) le blanc rouge.
Connaissez & avisez premièrement ce que
c'est que Plomb & Etain l'un après l'autre,
& sachez que si vous ne prenez les Natures,
& vous ne conjoigniez les Parents (2)
avec leurs proches Parents, & qui sont de
même sang, vous ne ferez rien: car les Natures
se rencontrent & se poursuivent l'une
l'autre, & se pourrissent & s'engendrent:
car Nature est gouvernée par Nature qui la
détruit, & la réduit en poudre, & la fait
devenir à rien: puis la renouvelle & l'engendre
souventes fois. Etudiez (3) & lisez
afin que vous sachiez la vérité, & ce


(1) Le rouge blanc, & lui qui l'a retiré de ses er-
le blanc rouge reurs, parle ici du combat
(2) Ce sont l'Or & le qui se fait entre l'Or & le
Mercure. Ils sont l'un & Mercure dans le premier
l'autre de même sang, par- Régime du second Oeuvre.
ce que l'Or tire son origine Flamel en fait la descrip-
du Mercure, comme on tion dans le quatrième Cha-
peut le voir dans le Cha- pitre de son Livre, sous la
pitre V. du Livre II. de la figure de deux Dragons,
Somme de Geber. l'un ailé, & l'autre sans ai-
(3) Parménidès, que le les.
Trévisan dit avoir été ce-
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des Philosophes 5

que c'est qui la pourrit & la renouvelle, &
quelles choses ce sont, & comme elles s'entr'aiment,
& comment après leur amour,
il leur arrive inimitié & corruption, &
comment elles s'embrassent ensemble, jusqu'à
ce qu'elles soient faites Un. Quand vous
connaîtrez ces choses, mettez la main à
cet Art; autrement, si vous les ignorez,
ne vous approchez point de cette Oeuvre
divine, car tout ne sera qu'infortune, désespoir
& tristesse pour vous. Regardez
donc les paroles des Sages, comme ils ont
compris toute l'Oeuvre en ces paroles, en
disant, Nature s'éjouit en Nature; Nature
surmonte Nature, & Nature contient Nature.
En ces paroles est contenue toute
l'Oeuvre, & pour ce laissez tant de choses
superflues, & prenez l'Eau vive & la congelez
dans son Corps, & en son Soufre qui
ne brûle point, & faites nature blanche, &
ainsi tout deviendra blanc. Et si vous cuisez
encore plus, il se fait rouge, & l'Eau
de Mer devient rouge & de couleur de
sang, & c'est signe que Dieu a fait tout son
temps, & vient pour glorifier les bons, &
c'est le dernier signe de son avènement,
Mais auparavant le Soleil perdra sa lumière,
(1) & la Lune fera la fonction du Soleil, &


(1) Le Soleil des Philoso- dissolution qu'en fait leur
phes c'est-à-dire l'Or, Mercure, lorsque l'Artiste
perd sa lumière dans la les a mis ensemble sur le
A iij
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6 La Tourbe

puis pareillement aussi la Lune s'obscurcira
& se tournera en sang, & toute la Mer
& toute la Terre se fendra, & les Corps qui
étaient morts se lèveront des tombeaux,
& seront glorifiés, & auront la face glorieuse
& plus reluisante mille fois que le Soleil.
Et le Corps, l'Esprit & l'Ame seront
en unité glorifiés, rendant grâces à Dieu,
de ce qu'après tant de tourments, peines &
autres tribulations, ils sont venus à tel bien
& à telle perfection, que jamais ils ne peuvent
être corrompus ni séparés. Si vous
ne m'entendez, n'étudiez plus, & ne vous
en mêlez jamais, car vous êtes hors du
nombre des Sages. Je ne saurais parler
plus clairement. Si tu ne l'entends la première
fois, étudie-le la seconde, troisième
& quatrième fois, ou toujours, jusqu'à
ce que tu l'entendes; car tout est en cette
Figure, depuis le commencement jusqu'à
la fin, aussi bien qu'Homme le saurait
exposer. Romps-toi la tête à l'entendre,
afin que tu travailles & que tu manges.
LUCAS dit: Sachez que le Corps &


feu dans l'Oeuf Philoso- & cet Esprit, qui ne sont
phique; & la Lune qui est plus qu'une même subs-
ce Mercure, s'obscurcit à tance, par l'union de leurs
son tour, l'un & l'autre moindres parties, sortent
devenant comme de la poix comme du tombeau, &
noire fondue pendant le prennent une nature nou-
Régime de Saturne. Après velle, plus brillante & plus
quoi ces deux Corps, ou parfaite que celle qu'ils
pour mieux dire ce Corps avaient avant cette union.
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des Philosophes 7

l'Esprit s'aident l'un à l'autre; l'esprit rompt
premièrement le Corps, afin qu'il lui aide
par après. Quand le Corps est mort, abreuvez-le
de son lait, qui est en lui, & prenez
garde que l'Esprit ne s'enfuie; mais tenez-
le toujours joint avec son Corps. Et si l'un
fuit le feu, & que l'autre le souffle bien,
quand ils sont tous deux joints ensemble,
tous deux souffrent bien le feu: Et sachez
qu'une partie du Corps en surmonte dix
de l'Esprit (1) & le fortifie: Et sachez que
notre Soufre brûle tout, & qu'il se fait lui-
même depuis le commencement jusqu'à la
fin, en lui aidant selon Nature.
LE VICAIRE dit: Sachez que sans
feu rien n'est engendré, mettez votre Composition
en son Vaisseau, & faites feu modéré,
tout partout, & gardez-vous de feu
fort & violent; car ils n'auraient point de
mouvement l'un à l'autre. Observez que le
feu soit lent; car si vous faites le feu plus
fort qu'il ne faut, il sera rouge avant son
temps. Car premièrement nous le voulons
noir, & puis blanc, & puis rouge: parce
que Nature ne travaille que par degrés &
altérations. Je vous ai dit l'Art suffisamment,
si vous êtes raisonnables; car vous
n'avez pas à travailler de plusieurs choses,
mais seulement d'une, laquelle s'altère


(1) Voyez sur cet Article & du Cosmopolite.
les Paraboles du Trévisan
A iiij
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8 La Tourbe

de degrés en degrés jusqu'à la perfection.
PYTHAGORAS dit: Disons autres choses
qui ne sont pourtant pas autres choses;
mais les noms sont autres & différents. Et
sachez que la chose que nous entendons,
de laquelle les Philosophes parlent en tant
de manières, suit & atteint son Compagnon
sans feu, comme l'Aimant tire le Fer. Et
cette chose, en l'embrassement, fait apparaître
plusieurs Couleurs, & est trouvée
partout; & est Pierre, & n'est pas Pierre,
chère & vile, claire & précieuse, obscure
& connue d'un chacun, & n'a qu'un nom,
& si en a plusieurs; & c'est le crachat (1) de
la Lune. Fendez donc la Géline noire, (2)
& l'abreuvez de lait, & lui donnez de la
gomme à manger, afin qu'elle se guérisse,
& gardez son sang dedans son ventre, &
la nourrissez tant de lait, qu'elle perde &
mue ses plumes noires, & perde ses ailes
& ne vole plus. Alors vous la verrez belle,
& qu'elle aura les plumes blanches & reluisantes.


(1) Influences Célestes après le Régime de Sa-
que la Lune reçoit pour les turne, durant lequel le
communiquer aux Corps Corps & l'Esprit s'unissant
inférieurs. ensemble, font après leur
(2) Pythagore appelle union, devenus noirs, &
ici Géline noire, ce que ne se subliment plus jus-
d'autres Philosophes nom- qu'au Régime de Jupiter.
ment Corbeau, dont il faut Voyez Philalèthe Chapitre
couper la tête, c'est-à-* XXV. & XXVI.
dire blanchir le Composé
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des Philosophes 9

Lors donnez-lui à manger du safran
& de la rouille de fer, & puis lui donnez
à boire du sang, & la nourrissez ainsi par un
long temps, & puis la laissez aller; car il n'y
a venin qui lui puisse nuire & qu'elle ne
vainque. Et elle regarde le Soleil fixement
sans cligner.
ACSUBOFES dit: Maître tu as dit sans
envie ce qu'il appartient de dire; Dieu te
récompense.
PYTHAGORAS dit: Et toi Acsubofes,
dis ce qu'il t'en semble: Et il dit: Sachez
que Soufre contient Soufre, & une Humidité
contient l'autre.
LA TOURBE dit: Est-ce tout? Tu
ne dis rien de nouveau. Et il dit: L'Humidité
est un venin, lequel, quand il pénètre
le Corps, il le teint d'une couleur invariable.
Car quand l'un fuit & l'autre suit;
l'un prend l'autre & ne fuient plus, pour
ce que Nature a pris son pareil, comme
son Ennemi, & se sont entre-tués. Voici
comme vous ferez, & le régime est tel.
Confisez-le en Urine d'Enfant, & en Eau
de Mer, & en Eau nette permanente (1),
avant qu'il soit teint, & le cuisez à petit
feu, jusqu'à ce que la noirceur apparaisse:
car lors il est certain que le Corps est dissous
& pourri: Et puis cuisez-le avec son


(1) Ces trois termes si- c'est-à-dire le Mercure des
gnifient la même chose, Philosophes.
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10 La Tourbe

humeur, jusqu'à ce qu'il vête une Robe
rouge, & toujours cuisez plus, jusqu'à ce
que vous y voyez la couleur serpentine
que vous demandez.
SICTUS dit: Sachez, tous Investigateurs
de l'Art, que le fondement de cet
Art, pour lequel tout le monde pense,
n'est qu'une chose, que les Sages estiment
la plus haute qu'aucune Nature qui soit;
mais les Fous la croient la plus vile de toutes
les choses. Vous êtes bien maudits,
vous qui êtes fous; je vous jure si les Rois
la savaient, jamais nul n'y viendrait.
PYTHAGORAS dit: Nomme là: Et il
dit: C'est Vinaigre très aigre (1), qui rend
le Corps noir, blanc & rouge, & de toutes
couleurs, & convertit le Corps en Esprit.
Et sachez que si vous mettez le Corps sur
le feu sans vinaigre, il se brûle & se corrompt,
& sachez que la première humeur
est froide. Gardez-vous donc de faire le
feu trop fort au commencement, parce
qu'il est ennemi de froideur, & si vous le
cuisez bien, & lui ôtez sa noirceur, il devient
Pierre, ressemblant au Marbre d'extrême
blancheur. Et sachez que toute l'intention
& le commencement de l'Oeuvre


(1) Dissolvant des Philo- losophale. Le Cosmopolite
sophes. Quiconque le con- & l'Auteur de la Lumière
naît, a une parfaite con- sortant des Ténèbres en
naissance de la Pierre Phi- parlent assez clairement.
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des Philosophes 11

est la blancheur, après laquelle vient la rougeur,
qui est la perfection de l'Oeuvre. Je
vous jure par mon Dieu que j'ai cherché
longtemps dans les Livres, afin de parvenir
à cette Science, & j'ai prié Dieu qu'il
m'enseignât ce que c'était: Et quand Dieu
m'eut ouï, il me montra une Eau nette,
que je connus être pur vinaigre, & après
plus je lisais les Livres, plus je les entendais.
SOCRATES dit: Sachez que notre
Oeuvre est faite de Mâle & de Femelle:
Cuisez-les jusqu'au noir, puis jusqu'au
blanc: Cuisez tout cent cinquante jours, &
je vous dis que pourvu que vous connaissiez
les Matières qui sont nécessaires en
notre Oeuvre, & les Régimes, vous trouverez
que ce n'est autre chose de leurs Régimes
qu'Oeuvres de Femmes & Jeu d'Enfants.
Mais les Philosophes ont dit tant de
Régimes, afin de vous faire errer. Mais
quoi? Entendez tout selon Nature & selon
son Régime. Et me croyez, sans tant chercher.
Je ne vous commande que cuire;
cuisez au commencement, cuisez au milieu,
cuisez à la fin, & ne faites autre chose; car
Nature se parachèvera bien.
ZENON dit: Sachez que l'Année est
divisée en quatre parties (1). L'Hiver est


(1) Zénon parle ici des rieur, qui donne le mou-
divers degrés du feu exté- vement au Feu intérieur du
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12 La Tourbe

de complexion froide, pluvieuse & aquatique.
Le Printemps est un peu chaudelet.
Le troisième est chaud, à savoir l'Eté. Le
quatrième, à savoir l'Automne, est fort sec,
& l'on y cueille les fruits, car ils sont mûrs.
En cette manière gouvernez vos Natures
& non autrement, sinon ne vous en prenez
qu'à vous-mêmes, & non pas à nous.
LA TOURBE dit: Tu parles bien,
dis encore quelque chose: & il dit, c'est assez.
PLATON dit: Notre Gomme (1) baille
notre Lait, & notre Lait dissout notre
Gomme, & ils croissent dans la Pierre de
Paradis, qui est le bois de vie, en laquelle
Pierre il y a deux contraires ensemble, à
savoir Feu & Eau. Celui-ci vivifie celui-
là, & celui-ci tue celui-là, & ces deux étant
conjoints, demeurent toujours, dont il y
apparaît rougeur orientale & rougeur de
sang, & notre Homme est vieux (2), &
notre Dragon jeune, qui mange sa tête
avec sa queue, & la tête & la queue sont
Ame & Esprit; & l'Ame & l'Esprit sont
créés de lui, & l'un est d'Orient, savoir l'Enfant,
& le vieux est d'Occident. Le Corbeau
volant par l'air & au temps d'Août,


Soufre des Philosophes. Soufre des philosophes:
Voyez Artéphius sur la na- (2) L'Homme vieux,
ture des Feux, & Philalè- c'est l'Or des philosophes;
the dans ses sept Régimes. & le Dragon jeune, le
(1) Semence de l'Or, ou Mercure Philosophique.
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des Philosophes 13

mue sa plume en un creux de Chêne, & il
a la plume jaune, qui lui tombe en mangeant
des Serpents, & la tête lui devient
rouge comme pavot. C'est la Fontaine du
torrent; elle court par deux veines (1), &
leur commencement vient d'un canal; l'une
est salée, l'autre est douce. Le Corbeau se
purge, & elle le nettoie, & il dira: Celui
qui m'a nettoyé, me fera rouge; sinon je
le tuerai & m'envolerai. Qui a vu ceci en
peut parler & porter témoignage; & qui
ne l'a vu, ne le peut croire. Eveille la Bête
sauvage (2), mets lui des Oiseaux domestiques
auprès d'elle, qui la prennent & l'empêchent
de voler, & puis quand elle est
prise, donne aux Oiseaux, pour leur peine,
son foie à manger & son sang à boire, pour


(1) Les deux Veines ou Mercure & d'un Soufre, qui
Ruisseaux de cette Fontaine tirent l'un & l'autre leur
sont les deux Mercures, origine de l'Esprit Univer-
que le Trévisan appelle sel.
Mercure double. L'un est sa- (2) Cette Bête sauvage
lé, c'est-à-dire, qu'il a en est l'Or préparé par l'An-
soi une ponticité ou acri- timoine, ou pour parler
monie, qui lui donne la comme Basile Valentin
puissance de dissoudre le c'est le Lyon vainqueur du
Corps de l'Or. L'autre est Loup; Et les Oiseaux do-
doux; c'est-à-dire, le Mer- mestiques, sont les Aigles
cure, qui est extrait de cet c'est-à-dire, les dix parties
Or par la Dissolution; le- du Mercure Philosophique
quel, selon le témoignage contre une de cet Or, qu'on
des Philosophes, a une met dans le Vaisseau pour
douceur très agréable. Ces dissoudre ce même Or, le
deux Mercures ont leur com- réduire en ces premiers
mencement d'un Canal, parce Principes, & en tirer le
que l'Or est formé d'un Soufre Solaire.
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14 La Tourbe

les animer après: Et au Cheval que tu montes,
fait lui une couverture blanche, & le
Cheval est un fort Lyon couvert d'un
poil, & dessus l'un & l'autre est un Griffon.
Cette chose a trois Angles en sa Substance,
(1) & en a quatre en sa vertu, & en a
deux en sa Matière, & en a une en sa Racine.
J'ai passé par plusieurs chemins, &
toujours mon Chien près de moi. Il vient
un Loup d'Orient & mon Chien & moi
d'Occident. Le Loup mordit le Chien, &
le Chien mordit le Loup, & tous deux sont
devenus enragés, & s'entre-tuent l'un l'autre,
jusqu'à ce que d'eux se fasse un grand
Venin, & ensuite une Thériaque. C'est
là la Pierre cachée tant aux Hommes qu'aux
Démons. Je t'ai exposé ce que chacun avait
celé, & je te l'ai dit. (2)
THEOPHILUS dit: Tu as parlé bien
obscurément. Et PLATON dit: Expose ce
que j'ai dit. Et il dit: Sachez, tous Fils
de doctrine, que le secret de tout est une
couverture ténébreuse, de laquelle les Philosophes


(1) Cette chose a trois Mâle & la Femelle. Un en
Angles en sa Substance; ce sa Racine; c'est l'Esprit
sont les trois Principes, le universel, en qui sont réu-
Sel, le soufre & le Mercu- nies toutes les vertus des
re. Quatre en sa vertu; ce Cieux, & duquel ces deux
sont les Qualités des qua- Mercures sont produits.
tre Eléments, le Froid, le (2) Cette Enigme se
Chaud, le Sec & l'Humide. trouve développée dans les
Deux en sa Matière; ce sont Oeuvres de Philalèthe & de
les deux Mercures, ou le Basile-Valentin.
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des Philosophes 15

ont tant de fois parlé, & cette
veste ou couverture se fait ainsi. Faites de
votre Corps Tablettes menues, & les cuisez
avec le venin, deux à sept & deux, c'est
tout. Cuisez-le en cette Eau quarante jours,
& tirez votre Vaisseau, & vous trouverez
le vêtement que vous demandez. Lavez-le
en le cuisant tant qu'il n'y ait point de noirceur,
& le congelez; car quand il est congelé,
c'est un grand Secret, & il s'en fait
une Pierre, qui est appelée Dasuma, c'est-
à-dire grasse. Mais premièrement, après
qu'elle est pourrie, jetez un peu de sel
blanc pour la sécher, & qu'elle ne pue point,
& alors vous trouverez ce que je vous ai
dit. Cuisez-la jusqu'à ce qu'elle soit comme
une Manne blanche; & puis encore recommencez
jusqu'à ce que vous voyez apparaître
diverses couleurs.
LA TOURBE dit: Tu as très bien parlé.
NOTIUS dit: Et moi, je veux dire aussi
quelque chose. En l'Homme il y a deux
digestions; la première se fait en son estomac,
& est blanche: la seconde, se fait dans
le foie, & celle-là est rouge. Car quand
je me lève au matin, & que je vois mon
urine blanche, je me remets au lit, & j'y
demeure trois ou quatre heures davantage,
& mon urine, quand je la regarde à midi,
est rouge comme sang, car elle est fort
cuite. La première ne fut cuite que trois

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16 La Tourbe

heures, & pour ce était-elle encore blanche
& crue: mais après par quatre heures,
elle est très bien cuite, & de couleur
de sang. Je t'ai dit ce que j'ai fait. Qui a
oreilles, les ouvre & qu'il écoute; & qui
a bouche, qu'il la tienne close.
BELE dit: Tu as très bien parlé & sans
envie, Dieu t'aide, & donne grâce aux
Disciples de t'ouïr & entendre. Si jamais
aucun Philosophe n'eût parlé davantage,
les gens n'erreraient pas tant qu'ils font.
Car autre chose ne les fait errer que tant
de paroles & divers noms. Mais moi je
dis que tous Métaux sont imparfaits durant
qu'ils sont en noirceur, & pour ce
le Plomb n'est pas parfait, car il est noir.
Mais celui qui lui ôte sa noirceur, est en lui-
même, & le blanchira. Par quoi il ne te faut
guères chercher. Blanchis donc le Plomb,
& ôte la rougeur du Laton & rougis la
Lune, & c'est tout. Mais entends par ceci
que notre Plomb est un Métal qui n'est pas
vulgal, mais qui vient de notre Minière,
& aussi l'Argent, & aussi toute la Composition.
BOCOSTUS dit: Tu as bien parlé pour
ceux qui viendront après nous, & je te
veux aider. Sachez, vous qui cherchez
ce précieux Art, que si vous n'ôtez l'Esprit
du Corps mort, & ne le cachez en un
autre Esprit, & puis si de tous deux vous
n'en

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des Philosophes 17

n'en faites une Ame, vous ne faites rien.
Tuez donc le Corps & le pourrissez, & tirez
de lui l'Esprit blanc, & l'Ame le glorifiera.
Et sachez que l'Esprit ne vient point
du Corps, mais vient de l'Esprit, & l'Ame
vient de tous deux. Le Corps est Esprit,
mais l'Esprit n'est pas Corps: l'un a l'autre;
mais l'autre ne le tient pas, & notez ceci
car autrement vous ne faites rien.
MELOTUS dit: Il vous faut pourrir
tout par quarante jours, & puis le sublimer
* neuf fois en son Vaisseau, puis encore
pourrissez-le & le confisez, & pour lors sachez
qu'il teint tout ce dans quoi il entre, &
infiniment. Vous l'entendez assez dire, mais
personne ne le croit sinon que Dieu le
veille, & c'est par juste jugement de Dieu
que cela est ainsi. * Cinq.
GREGORIUS dit: Notre Pierre est
appelée Ephoddebuts, c'est-à-dire, Vêtement
de pourpre, & n'est autre chose que
tuer le Vif & vivifier le Mort; & en vivifiant
le Mort, tu tues le Vif, & en tuant
le Vif tu vivifies le Mort. Et sache que
c'est tout un, & que ce n'est rien d'étrange;
car lui-même se tue, & lui-même se vivifie,
LE VICAIRE dit: Vous parlez trop
clairement.
BELE répond: Tu es fort Envieux. Et
il dit: Je vous commande de prendre ce
qu'il vous ont dit & y faites ce que vous
Tome II. * B

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18 La Tourbe

devez sans erreur, & vous avez un bon
exemple. Si vous ne savez comment faire,
faites comme Nature fait; aidez-lui seulement.
Quand la Lune est en conjonction, elle
n'a point de lumière; mais quand elle est
vis-à-vis du Soleil, elle est claire. Et si ce
n'était l'Air, qui est entre nous & le Feu,
le Feu consumerait tout.
LA TOURBE dit: Vicaire, vous parlez
négligemment & peu, & il dit: La première
fois que je parlerai, je dirai les Poids, le
Régime, les Couleurs, le temps & les lieux
de notre Venin. Que chacun de vous parle
à son plaisir. J'ai dit le mien.
BONELLUS dit: Prenez le royal Corsufle
(1), qui est rouge, & lui donnez de l'urine
de Veau jusqu'à ce que sa nature soit
convertie; car Nature convertit Nature &
la transmue. Et la Nature est cachée dans
le ventre de Corsufle. Nourrissez-la jusqu'à
ce qu'elle soit d'âge & grande, & qu'elle
puisse aller d'elle-même.
BRIMELIUS dit: Prenez la Matière que
chacun connaît, & lui ôtez sa noirceur, &
puis lui fortifiez son feu à son temps, car déjà
elle peut le souffrir, & il viendra diverses
couleurs. Le premier jour safran; le second
comme rouille; le troisième comme pavot


(1) Corps, que les Phi- deux Substances, le Soufre
losophes appellent Rébis, & le Mercure.
parce qu'il est composé de
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des Philosophes 19

du désert ; le quatrième comme sang fortement
brûlé. Quand il est ainsi, alors le
Corps est spirituel, teignant & purifiant
tous les Imparfaits. Vous avez tout le Secret.
ARISLEUS dit: La Pierre est une Mère
qui conçoit son Enfant & le tue (1) & le
met en son ventre. Alors il est plus parfait
qu'il n'était auparavant, & se nourrit dans
elle. Après il tue sa Mère & la met en son
ventre & la nourrit; & le Fils est le Persécuteur
de sa propre Mère, & ils ont divers
temps de tribulations ensemble; & c'est
un des plus grands miracles dont on ait jamais
ouï parler: & il est vrai, car la Mère
engendre le Fils, & le Fils engendre sa Mère
& la tue.
LA TOURBE dit: Sachez, Fils de doctrine,
que notre Pierre est faite de deux
choses seulement. Toutefois les Envieux
disent qu'il n'y en a qu'un seule, parce que
la Racine n'est qu'une, car c'est toute une
Matière. Les autres Envieux disent, qu'il
y a quatre choses, car il y a quatre qualités,
Froid, Chaud, Sec & Humide; mais


(1) La Mère qui tue son c'est l'Or, qui en se dissol-
Fils, & le met dans son ven- vant, congèle le Mercure,
tre, c'est le Mercure qui qui est Esprit, & le réduit
dissout l'Or, dont celui-ci en Corps. C'est ce que les
tire son origine, & l'ab- Philosophes appellent fai-
sorbe en sa Substance. Et re le volatil fixe, & rendre
le Fils tue sa Mère, & la le fixe volatil.
met aussi dans son ventre,
B ij
@

20 La Tourbe

cela est trouvé en deux, qui se font jusqu'à
la fin.
PYTHAGORAS dit: Vous parlez bien,
Enfants, & n'êtes pas Envieux. Toute la
TOURBE dit: Nous parlerions bien plus
clairement ; mais vous avez commandé que
nous ne parlassions point trop clairement,
parce que les Fous sauraient cette Science
aussi bien que les Sages. Et PYTHAGORAS
dit: Autrement, si vous parliez trop
clairement, je ne voudrais point que vos
paroles fussent écrites en aucun Livre;
mais aussi je vous commande que vous ne
soyez pas trop obscurs.
BALEUS dit: Je vous dis que la Mère
porte le deuil de la mort de son Fils, & le
Fils porte une robe de joie couleur de
sang de la mort de sa Mère, & ainsi se récompensent.
La Mère est toujours plus pitoyable
envers l'Enfant, que l'Enfant envers
la Mère.
STICOS dit: Si vous n'ôtez le Feu, qui
est enfermé dans le Corps, & ne le joignez
avec l'Eau, vous ne faites rien. Partant je
vous commande que vous laviez par Feu
votre Matière, & la cuisiez par Eau; car
notre Eau la cuit & la brûle, & notre Feu
la lave, & la dépouille. Et entendez bien
mes paroles, & ne vous rompez point la
tête à imaginer tant de choses. Sachez que
rien n'engendre rien, & chacun fait son

@

des Philosophes 21

semblable. Et vous ne trouverez pas ce
que vous cherchez en la chose, si elle n'y
est, quoique vous fassiez.
BONELLUS dit: Sachez que notre Eau
n'est pas l'Eau vulgaire; mais que c'est une
Eau permanente, qui cherche sans cesse
son Compagnon; & quand elle le trouve,
elle le prend subitement, & lui & elle sont
une chose tant seulement. Elle le parfait, &
lui la parfait sans autre chose quelconque;
& tout se fait Eau premièrement couverte
de noirceur; & quand vous le voyez noir,
sachez que la noirceur ne dure que quarante
jours ou quarante-deux au plus; puis
vous le verrez blanc & épais, & c'est signe
que le Fixe commence à avoir domination
sur l'Humide, & que le Sec boit le Froid,
& le Chaud le congèle de lui-même.
SISTOCOS dit: Vous, qui cherchez cet
Art, je vous prie laissez tant de noms obscurs,
car notre Matière n'est qu'une; c'est-
à-dire Eau. Mais quoi? quand un Aveugle
mène l'autre, tous deux tombent dans la
fosse: pourquoi vous-même pouvez tout
faire; car c'est Nature qui vous achève
tout. Cuisez la Neige, cuisez le Lait, cuisez
la Fleur du Sel, cuisez le Marbre, cuisez
l'Etain cuisez l'Argent, cuisez l'Airain,
cuisez le Fer, cuisez le Soleil, & vous
aurez tout. Vous voyez que je ne vous commande
que cuire, car le feu lent est tout.

@

22 La Tourbe

EPHISTUS dit: Sachez que le feu léger
est cause de perfection, & le contraire
est toujours cause de corruption. Cuisez
donc premièrement par un feu lent, jusqu'à
ce que tout puisse souffrir un feu fort ; car si
vous faites votre feu fort, il ne se dissoudra
point, & s'il ne se dissout point, il ne
se congèlera jamais. Car le Corps ne peut
cuire l'Eau par tout elle, ni entièrement;
& le feu qui est enfermé dedans le Corps,
n'est point réveillé ni excité si le Corps
n'est dissous.
MORIEN dit: L'Eau teint l'Eau, & une
Humeur teint l'autre, & un Soufre l'autre
& le blanc blanchit le rouge petit à petit;
aussi pareillement peu à peu le rouge rougit
le blanc, & l'un rend l'autre volatil, &
puis l'autre le fixe, & puis se fait Un en une
moyenne Substance parfaite, plus que ni
l'une ni l'autre toute seule auparavant. Entends-moi
& laisse ces Herbes, ces Pierres,
ces Métaux & ces Espèces étrangères, &
prie Dieu de tout ton coeur qu'il te fasse
être des nôtres.
BASEM dit: Vous ne pouvez venir à
votre fin sans illumination & sans patience,
& sans avoir courage d'attendre; car qui
n'aura patience, n'entrera point en cet Art.
Comment croyez-vous entendre notre
Matière dès la première fois, ni de la seconde,
ni de la troisième? Lisez tout tant

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des Philosophes 23

de fois que vous doutiez & ayez ce Livre
comme une lumière devant les yeux, &
ayez patience d'attendre. J'ai vu en mon
temps un grand Philosophe, qui savait
aussi bien que moi, & que pas un de nous;
mais par son impatience & trop grande hâte,
& trop de convoitise, par la justice de Dieu,
comme je crois, par force de feu il perdit
tout, & ne peut pas voir ce qu'il voulait.
Et pour ce, notre Maître Pythagoras dit,
que quiconque lira nos Livres, & y vaquera,
& n'aura point de vaines pensées
en la tête, & priera Dieu, il commandera
par le Monde. Car vous cherchez un grand
Secret; pourquoi donc ne voulez-vous
pas prendre peine? Ne voyez-vous pas
qu'un Homme tue l'autre, & aussi se tue
lui-même pour de l'argent? Que devriez-
vous donc faire, & quelle peine prendre
afin de parvenir à cette haute Science, qui
est de si grand profit? Quand vous plantez
& semez, n'attendez-vous pas le fruit jusqu'au
temps de sa maturité? Comment donc
voulez-vous avoir le fruit de cet Art en si
peu de temps? Je vous le dis, afin qu'après
vous ne nous maudissiez, que toute précipitation
en cet Art vient de par le Diable,
qui tâche de détourner les Hommes de
leurs bons propos. Soyez fermes & croyez
votre Maître, comme nous croyons le
nôtre. Pour l'avoir cru & avoir su, nous

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24 La Tourbe

avons eu profit: pareillement si vous nous
croyez, vous aurez profit.
BELE dit: Vous avez bien conseillé
les Disciples. Mais je vous dis que Dieu
a créé le Monde de quatre Eléments, & le
Soleil en est le Maître & Seigneur; mais
on n'en voit que deux tant seulement; c'est
la Terre & l'Eau. Et il y a un Air enfermé
dans l'Eau, & un autre dans la Terre
& l'Air est tiré du Feu, qui tient la Terre
dans l'Air, & la Terre tient l'Eau & le
Feu dessus l'Air. La Terre & le Feu sont
amis; l'Air & l'Eau sont amis; le Feu est
ami à l'Eau par l'Air, & l'Air est ami à la
Terre par l'Eau; & l'Eau tient l'Air dessus
& dessous, & la Terre tient l'Air, &
l'Air aussi tient la Terre. Le Feu est tenu
en la Terre, & l'Air l'ouvre & l'enferme
en l'Eau: & l'Eau l'ouvre par l'Air, & le
met en l'Air, qui est enfermé en la Terre,
par le Feu qu'y est aussi enfermé. L'Air
ouvre, & le Feu ferme l'Eau en l'Air, &
l'Air ouvre le Feu en la Terre. Celui-là
est béni qui entend mes paroles; car jamais
Homme ne parla plus clairement. Ce
sont les paroles de notre Maître Pythagoras.
AZARME dit: Quand Dieu fit le Monde,
il le fit tout rond pour plus comprendre.
Et le Père de tout est Fils à son Oncle,
& son Oncle est Fils de ce Père. Le
Fils

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des Philosophes 25

Fils est Frère de l'Oncle, & le Père est sa
soeur. Le Fils est Père de l'Oncle, &
l'Oncle est Fils du Père, & le Père est Fils
de son Oncle, qui est Fils de lui. Et qui
ne m'entend, ne le croit pas. Sa Soeur est
Père du Fils, & le Père est Oncle grand
de sa Soeur, qui est Père du Fils. Le Fils
est la Mère du grand Oncle de sa Soeur,
qui est son Père, & son Fils est son Oncle,
& sa Soeur est sa Mère & sa Fille. Et la Fille
est Nièce du Père, qui est son Fils d'elle,
& celui-là est Père d'elle, qui est son Fils.
Entendez-nous nous deux, qui parlons
bien; car Dieu a voulu que nous parlassions
ainsi par sa justice & son jugement.
LE VICAIRE dit: Vous parlez bien
obscurément & trop. Mais je veux tout
déclarer la Matière, sans faire tant de sermons
obscurs. Je vous commande, Fils
de doctrine, congelez l'Argent vif. De
plusieurs choses faites deux, trois, & trois,
un. Un avec trois c'est quatre. 4, 3, 2, 1.
de 4. à 3. il y a un, de 3. à 4. il y a 1. donc
1. & 1, 3, & 4. de 3. à 1. il y a 2. de 2. à 3.
1. de 3, à 2, 1. 1, 2, & 3. & 1. 2. de 2. &
1. 1. de 1. à 2. 1. donc 1. Je vous ai tout
dit.
SIRIUS dit: Vous êtes tous Envieux.
Sachez, Fils de doctrine, que l'Enfant
est engendré d'Homme & de Femme, &
si les deux Spermes ne sont conjoints ensemble,
Tome II. * C

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26 La Tourbe

vous ne faites rien. Mais quand le
Sperme de la Femme vient à la porte de la
matrice, & rencontre le Sperme de l'Homme,
ils se conjoignent ensemble: Et l'un est
chaud & sec, l'autre froid & humide. Et
incontinent qu'ils y sont entrés, ils sont mêlés,
& Nature, qui gouverne par la volonté
de Dieu, ferme la porte de la matrice,
& ils entrent dans une peau, qui est dans
la matrice, laquelle est une des chambres
d'icelle, & se ferme si exactement la porte
de la matrice & la cellule de ladite peau,
où sont les Spermes, que la Femme n'a
point ses purgations, & ne sort rien dehors.
Donc se tient la chaleur naturelle tout à
l'entour de la matrice, doucement, digérant
les deux Spermes ensemble: & le
Sperme de l'Homme ne fait sinon de convertir
& mûrir celui de la Femme, & lors
peu à peu la Substance que la Femme jette,
augmente le Sperme, & le nourrit & en
grossit, & se convertit par l'oeuvre du Sperme
de l'Homme & de la chaleur naturelle,
en l'aide du Composé ensemble, & se cuit,
& digère, & subtilise, & purifie, jusqu'à ce
que l'Esprit ait mouvement dans cette composition.
Aux premiers quarante jours il y
a mouvement, & aux autres jours il se fait
en lait, puis en sang, puis en membres principaux,
& en la formation du coeur & du
foie & des autres membres. Et alors les

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des Philosophes 27

purgations, qui étaient sales, sanguines &
noires de putréfaction, se blanchissent par
décoction, & sont portées blanches aux
mamelles, de quoi après se nourrit l'Enfant
& s'allaite jusqu'à ce qu'il soit grand.
Et lors on lui donne à boire toute sorte de
breuvages, & à manger de toutes viandes,
& il s'agrandit & se fortifie d'os, de nerfs,
de veines & de sang. Il en est ainsi de notre
Oeuvre, qui bien l'entend. Et sachez que
quoi que nous disions en plusieurs lieux,
mettez ceci, mettez cela; toutefois nous
entendons qu'il ne faut mettre qu'une fois
tant seulement, & fermer jusqu'à la fin,
quoique nous disions, ouvrez & mettez:
car nous faisons tout ceci afin d'en faire
errer plusieurs. Mais les Sages, qui entendent
nos paroles, savent bien notre intention,
& comme Nature se gouverne.
Car nous ne faisons autre chose, sinon d'administrer
à la Nature la Matière, dont elle
puisse d'elle-même travailler à son intention,
comme vous voyez en toute génération.
Premièrement, quand nous voulons faire un
Arbre, nous le semons de sa semence parfaite,
qui est venue de lui; car chaque semence
fait le fruit semblable à ce dont elle
est sortie; & puis quand nous l'avons semée,
nous la laissons en terre. Alors elle
se pourrit, & puis pousse un germe blanc
que la terre nourrit, & c'est par la vertu
C ij

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28 La Tourbe

active, qui est dedans la semence pourrie,
& croît tant qu'elle fait un Arbre, tel que
celui dont elle est sortie. Et lors de cet Arbre
vient une autre semence, qui peut encore
se multiplier à l'infini. Ainsi nous, nous
ne faisons sinon aider à la Matière, & Nature
l'achève. Aussi si une Femme va à
plusieurs Hommes, jamais elle ne conçoit;
& si d'aventure elle conçoit, elle rend l'Enfant
mort. Car si vous mêlez des choses
crues avec des choses cuites, il se fera mauvaise
digestion! Par quoi il ne nous faut
avoir autre chose, sinon les deux Spermes
d'une Racine, & les cuire: car ils s'altèrent;
mais que vous leur aidiez de la manière
que vous devez jusqu'à la fin. Donc
faites ainsi, & laissez tant de paroles & régimes,
& regardez comme Nature fait, &
tâchez de l'imiter en son régime, & ne
soyez pas si téméraires que de vouloir faire
plus par vos régimes qu'elle: car si elle ne
le fait, vous ne le sauriez faire par chose
qui soit de votre invention. Car nul ne peut
faire notre Pierre, sinon de notre seule Matière,
& par notre seul Régime. Et pour
ce, laissez toutes ces paroles étranges, &
vous conformez à Nature. Car je vous
dis que ce n'est autre chose qui vous fait
faillir, sinon que les paroles étranges &
les mots divers, & les régimes, & tant de
poids qu'ils ont dit. Mais notez qu'en quelque

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des Philosophes 29

manière qu'ils aient parlé, Nature
n'est qu'une chose, & sont tous d'accord,
& disent tous le même. Mais les Fous
prennent nos paroles comme nous les disons,
sans entendre ni quoi ni pourquoi.
Et ils doivent regarder si nos paroles sont
raisonnables & naturelles, & alors si elles
sont raisonnables & naturelles, ils les doivent
prendre; mais si elles ne sont point raisonnables,
ils doivent entendre notre intention,
& non pas s'en tenir aux paroles.
Mais sachez que nous sommes tous d'accord,
quelque chose que nous disions.
Donc accordez l'un par l'autre, & nous
considérez; car l'un éclaircit ce que l'autre
cache, & ainsi tout y est, qui bien le
cherche. Et quiconque voit nos Livres &
les entend, il n'a que faire d'aller chercher
Pays, ni villes, ni de dépenser son argent;
BASEN dit: Tu as été trop hardi; notre
Maître n'entendait pas qu'on parlât si
clairement. Et il dit: Je ne veux point être
Envieux comme vous autres. Sachez
vous tous, qui cherchez cet Art, que
quelques Philosophes, afin de cacher cette
Science, ont dit qu'il faut la faire par heures
& par images. Mais je te dis que ceci
n'y est pas nécessaire, ni n'y aide, ni n'y
nuit; car toujours la Matière est prête à
recevoir la vertu qu'elle doit. Et notre
Maître le dit plus clairement en disant:
C iij

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30 La Tourbe

Notre Médecine se peut faire en tous lieux,
en tout temps, en toutes heures, & de toutes
gens, & est trouvée partout, & n'y a
rien à faire. Mais ceux qui disent cela, ce
n'est que pour cacher la Science. Car je
te dis que toi-même, quand tu la sauras,
tu la cèleras. C'est pourquoi ne t'étonne
pas s'ils la cèlent, car c'est la volonté de
Dieu.
LANUS dit: Sachez que notre Oeuvre
est faite de 3. de 4. de 2. & d'un, & le
Feu est 1. & est 2. & les Couleurs trois, &
les Jours 7. & 3. & 4. & un, & m'entendez.
Et sachez que le Vinaigre, si vous faites
trop de feu s'envole, & vous trouverez au
dessus * de la Maison comme petits * Monts
blancs; car le Vinaigre est spirituel & s'envole:
Par quoi je vous commande que vous
le gouverniez sagement & par petit feu;
car petit feu est toujours cause seulement
de recueillir la chaleur du Soufre dissous.
Autrement vous ne ferez rien; Et sachez
que Dieu créa une Masse & sept Planètes,
& quatre Eléments & deux Pôles, là où tout
se soutient, & neuf ordres d'Anges & deux
Principes, Matière & forme. Entendez ce
que je vous ai dit, car je vous ai révélé
Merveilles. * Dessous. * Noeuds.
ACSUBOFFES dit: Mettez l'Homme
rouge avec la Femme blanche en une Maison
ronde, environnée de chaleur lente
continuellement, & les y laissez tant que

@

des Philosophes 31

tout soit converti en Eau, non pas vulgaire,
mais Philosophique. Alors, si vous
avez bien gouverné, vous verrez une
noirceur dessus, laquelle est signe de pourriture,
& durera quarante, ou quarante-
deux jours. Laissez-les là tous deux continuellement
jusqu'à ce qu'il n'y ait plus
de noirceur, & faites à la fin comme au
commencement. Et sachez que la fin n'est
que le commencement, & que la mort est
cause de la vie, & le commencement de la
fin. Voyez noir, voyez blanc, voyez rouge,
c'est tout; car cette mort est vie éternelle
après la mort glorieuse & parfaite.
LA TOURBE dit: Sachez que vous avez
ouï les vérités. Prenez-les là où elles sont,
& les triez comme on trie les bonnes herbes
des mauvaises. Et sachez que notre Oeuvre
se doit cuire sept fois, & qu'à chacune
des sept, il faut lui donner une couleur
jusqu'à sa perfection. Et quand il est parfait,
c'est une Teinture vive, plus excellente
qu'elle ne peut entrer en tête d'Homme,
& n'est rien, ni la Matière, ni le Régime.
Et si l'on savait le vrai Régime, &
qu'on le dît aux Fous, ils diraient qu'il
n'est pas possible, par si petit Régime, de
faire une chose si précieuse. Mais laissez-
les en leur croyance, & n'y allez point par
croyance; mais nous entendez & connaissez
les Racines dont tout se multiplie.
C iiij

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32 La Tourbe

THEOPHILUS dit: Sachez que
toute la Tourbe a bien conclu.
PYTHAGORAS dit: Laissez-moi parler
& vous taisez. Je veux que vous
commenciez de nouveau à parler chacun
de vous. Car les Envieux ont tellement
gâté cette Science, que maintenant à peine
personne la peut-il croire, & par ainsi un
tel Don de Dieu est réputé faux. Mai je
vous dis que c'est une chose que je sais;
que j'ai vu & touché: Et je sais la raison, &
la raison est partout aux Herbes & Arbres
& Hommes & Anges & en toute Nature.
THEOPHILUS dit: Notre Maître
il me semble que les Serpents portent un
venin dans leur ventre, duquel si on mangeait,
on en mourrait: Mais qui prendrait
après du Venin d'une Pâte, qui est la Thériaque,
un Venin consommerait l'autre,
& empêcherait de mourir.
SOCRATES dit: Sachez que les
Philosophes ont appelé notre Eau, Eau
de vie, & ont bien dit; car premièrement
elle tue le Corps, puis le fait vivre & le fait
jeune.
SEVERILIUS dit: Tu es Envieux.
Et il dit. Dites ce qu'il vous semblera bon.
Sachez que notre Matière est un Oeuf, la
Coque c'est le vaisseau, & il y a dedans
blanc & rouge: laissez-le couver à sa Mère
sept semaines, ou neuf jours, ou trois

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des Philosophes 33

jours; ou une, ou deux fois: ou le sublimez,
lequel que vous voudrez, à petit
bain deux cent quatre-vingts jours, &
il s'y fera un Poulet, ayant la crête rouge,
la plume blanche, & les pieds noirs. Je t'ai
dit ce que mes Frères t'avaient celé, &
m'entends.
ARISTOTE dit: Sachez que plusieurs
parlent en diverses manières; mais
la vérité n'est qu'une chose, laquelle est au
fumier, & d'elle-même se connaît.
PYTHAGORAS dit: Comment Aristote
es-tu assez hardi de parler? Tu n'es
pas encore assez savant pour parler avec
nous; tu devrais écouter; toutefois ce
que tu as dit est vrai, écoute les Maîtres
& Platon.
LUCAS dit: Je me suis tant émerveillé
du Soleil de ce que quand je regarde vis-à-
vis d'une forte épaisse nuée, elle apparaît
jaune, verte, rouge & bleue, & ce sont
nos Couleurs diverses, que le Soufre fait
paraître.
NOSTIUS dit: Prenez la Pierre qui
est appelée Bénibel; Car toute l'eau d'elle
est couleur de pourpre & de rougeur serpentine.
Lavez donc le Sable de la Mer
jusqu'à ce qu'il soit blanc, & le laissez sécher
au Soleil, & divers vents se lèveront
d'Occident, & puis viendra le Soleil sur
le Midi en son règne, & puis s'élèveront

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34 La Tourbe

les vents d'Orient; mais la Lune fait lever
les vents d'Occident, & puis tout s'apaise.
ARCHIMIUS dit: Sachez que Mercure
est caché sous les rayons du Soleil, &
la Lune les lui fait perdre & le prend, &
domine sur lui: mais toutefois cette domination,
le Soleil la lui a donnée par deux
jours; après elle la rend au Soleil, & va en
déclinant. Et Vénus est Messagère du Soleil,
& lui fait avoir sa Seigneurie; & Mars
est celui qui lui présente. Et quand le Soleil
a son Royaume, pour la peine que ses
six Compagnons ont pris, il leur donne de
très beaux vêtements de sa livrée. Ainsi
sachez, Enfants, que le Soleil n'est point ingrat
à ses Serviteurs, comme vous voyez.
Et qui a vu ceci en parle sûrement, & l'entend
clairement.
LE PHILOSOPHE dit: Notre Matière
est appelée Oeuf, Serpent, Gomme,
Eau de vie, Mâle, Femelle, Bembel, Corsuffle,
Thériaque, Oiseau, Herbe, Arbre,
Eau; mais tout n'est qu'une chose, à savoir,
Eau; & n'est qu'un Régime, à savoir,
Cuire.
DANAUS dit: Sachez que les Envieux
ont dit que cet Oeuvre se fait en trois
jours, les autres en sept, les autres en un;
ils disent tous vrai selon leur intention. Mais
sachez que nos mois durent chacun 23.

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des Philosophes 35

jours, & deux jours avec: & la semaine de
chacun mois, à sept jours, & chaque jour
40 heures; car ce sont nos temps & nos heures;
donc tout y est, & le temps.
EXIMIGANUS dit: Mouillez, séchez,
noircissez, blanchissez, pulvérisez & rougissez,
& vous avez tout le secret de l'Art en
ce peu de mots. Le 1. est noir, le 2. blanc,
& le 3. rouge. 80. 120. 280. deux les font,
& ils sont faits 120. Gomme, Lait, Marbre,
Lune. 280. Airain, Fer, Safran, Sang,
80. Pêche, Poivre, Noix. Si vous m'entendez,
vous êtes bienheureux; sinon, ne
cherchez plus rien, car tout est en mes paroles.
NOSTIUS dit: Sachez qu'Homme
ne produit qu'Homme, & Oiseau qu'Oiseau,
ni Bête brute que Bête brute: Et
sachez que nulle chose ne s'amende qu'en
sa nature & semence: Et sachez que quelque
chose que nous disions, nous sommes
tous d'accord. Mais les Ignorants croient
que nous sommes différents; cependant sachez
que tout est un, & qu'il faut un fort
petit feu pour dissoudre, car la froideur de
l'Eau nous serait contraire, & nous voulons
qu'elle domine sur son Corps. Comment
donc la froideur pourrait-elle dominer,
si elle est consommée? Par quoi nous
t'avons souvent parlé de petit feu, & par
ce feu lent, la noirceur apparaît, qui est

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36 La Tourbe

l'Esprit altérant l'autre Esprit. Après ténèbres
vient clarté, & après tristesse grande
joie, & fondement sur Pierre marbreuse
est de notre intention, & parole continue.
ISIMINDRIUS dit: Sachez que notre
premier Esprit s'altère: le second se
mêle, & le troisième se brûle. Premièrement
donc mettez sur neuf onces de notre
Matière, du Vinaigre deux fois autant au
premier, quand il se met sur notre feu, &
faites cuire Bembel, Yeldic, Salmich, Zarnech,
Zenic, Orpiment blanc, Soufre rouge,
le nôtre, non pas le vulgal, Bembel est
noir, & Yeldic aussi, & ont domination
en hiver durant les pluies, lorsque les
nuits sont longues: Et le Soleil en ce temps-
là descend du Signe de la Vierge dans celui
des Balances & du Scorpion qui sont froids
& humides, quatre-vingts ou quatre vingt-
deux degrés; puis vient Zarnech & Zenic
très blanc & Orpiment, qui est quand la
Lune monte trois autres Signes, les uns à
demi froids & humides, & les autres à demi
chauds & humides, & durent chacun de
ces Signes 23. points de leur nombre. Et
notre Soufre rouge est quand la chaleur du
feu passe les nues, & se joint avec les rais
du Soleil & de la Lune; & Vénus a déjà
vaincu Saturne, & Jupiter par la convenance
qu'il a à la complexion. Alors Mercure,
qui n'a plus d'aide, descend, car toutes

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des Philosophes 37

les Influences célestes sont contre lui, &
le Feu & Vénus; & le Soleil brûle les rais
froids & humides: & lors par la grande
contrariété de chaud & de froid, Mercure
étincelle, jette étincelles spirituelles impalpables,
& en ce débat descend trois Signes
chauds & secs, & il demeure en chacun
Signe quarante-trois, vingt-quatrième
d'un degré, & un tiers. Et ainsi celui qui
ne m'entendra, relise; car j'en appelle Dieu
à témoin que voici la plus claire parole que
j'eusse jamais ouïe, pour savoir cette
Science, & moi-même l'ai fait ainsi.
EXIMIGANUS dit: Sachez que toute
notre intention première est la veste ténébreuse
vraie: car sachez que sans noirceur,
vous ne pouvez blanchir. Prenez
donc la Pierre rouge la blanchissez de noirceur,
& la rougissez de blancheur: & sachez
que dans le ventre de la noirceur, la
blancheur y est cachée: tirez-la dehors
comme vous savez: puis tirez du ventre
de cette blancheur, la rougeur, comme
vous voudrez, car tout gît en ces trois
points.
LA TOURBE dit: Maître, tout ce que
nous disons n'est sinon faire du fixe le volatil,
& du volatil le fixe: & puis du tout
faire un moyen entre deux, qui n'est ni
sec ni humide, ni froid ni chaud, ni dur ni
mol, ni fixe ni trop volatil, & le tout pour

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38 La Tourbe

faire un moyen entre deux: car il tient en
lui deux Natures unies ensemble. Et sachez
que ceci se fait en sept bons jours, &
non pas en un moment. Car toute altération
se fait par continuelle action & passion: Et
notez ce que je dis, car c'est la fin de notre
Science.
ARCHIMUS dit: Prenez Arzent; ce
sont Vers noirs, & Venin de vielles tuiles
rouges marines, & ont horrible regard, &
les cuisez à feu ni trop chaud ni trop froid:
car s'il est froid, ils ne s'altèrent point; &
s'il est trop chaud, il ne se fait pas conjonction
par vrai amour d'eux-mêmes. Continue
ton feu trois jours durant comme aux
Oeufs de Poule sous la Mère, & comme
une chaleur de fièvre environnée, & gardez-les
bien en leur coque. Et sachez
que s'ils commencent à s'altérer, ils s'achèvent
& ils s'embellissent d'eux-mêmes:
Et sachez que si vous confisez sans poids
juste, il y aura grand retardement, & grand
péril de feu, par lequel retardement tu
croiras avoir failli. J'ai vu un Homme en
mon temps qui savait ceci aussi bien que
moi-même, & que pas un de nous, & en
travaillant, par sa grande hâte, grande avarice
& convoitise, il ne put voir la fin,
& crut avoir failli, & laissa l'Oeuvre. Soyez
fermes & non pas légers d'entendement,
de croire tantôt l'un, tantôt l'autre; tantôt

@

des Philosophes 39

douter & tantôt croire. Car avant que de
t'y mettre, considère bien ce que nous te
disons, & songe souventes fois en nos paroles.
MINDIUS dit: Sachez vous tous,
Investigateurs de cet Art, que l'Esprit est
tout, & que si dans cet Esprit, il n'est
enfermé un autre Esprit semblable, tout
ne profite de rien. Et sachez que quand
la Magnésie est blanche après la noirceur,
ceci est accompli. Et sachez qu'il sort du
Corps ce qui l'amende: ainsi vous êtes
quittes de l'aller chercher: mais il vous le
faut gouverner avec épargne. Car ceux
qui ignorent le Régime sont comme des
Aveugles, & comme un Ane qui touche
la harpe. Ainsi ne vous mettez point en
peine de tant de noms & de plusieurs Régimes,
car la vérité de Nature est une, qui est
cachée en son ventre, & alors les paroles de
notre Maître s'accompliront, qui dit: Nature
s'éjouit de Nature, & Nature surmonte
Nature, & Nature contient Nature.
PYTHAGORAS dit: Vous avez
tous très bien parlé. Mais sachez que
quelques-uns ont parlé plus clairement
que les autres. Et je vous dis que notre
Oeuvre a dès son premier commencement
à travailler de deux Natures, & ne sont
qu'une Substance; l'une est chère & l'autre
est vile; l'une dure, l'autre aquatique;

@

40 La Tourbe

l'une rouge, l'autre blanche; l'une fixe;
l'autre volatile; l'une Corps, l'autre Esprit;
l'une chaude & sèche, l'autre froide
& humide; l'une mâle, l'autre femelle, de
grands poids, & de très vive matière; &
l'une tue l'autre; & ce n'est autre chose
que Magnésie & Soufre. Et sachez qu'au
commencement l'un domine les trois parts;
& l'autre, qui a été tué, commence à dominer,
& à tuer son Compagnon quatre
parts; & il se lève de trois parts Kuhul
noir, Lait blanc, Sel fleuri, Marbre blanc,
Etain & Lune, & des quatre parts s'élève
Airain, Rouille, & Fer, & Safran, Or
& Sang, & Pavot, & l'Esprit venimeux,
qui a dévoré son Compagnon. Et sachez
que l'un a besoin de l'aide de l'autre; car
vous ne pouvez faire le Corps dur, être
spirituel ni pénétrant, sans l'Esprit: ni aussi
vous ne pouvez faire l'Esprit corporel ni
fixe ni permanent, sans le Corps: lequel
Corps est rouge & mûr, & l'Esprit est
très froid & cru en sa minière. Et sachez
qu'entre l'Eau vive & l'Etain blanc
& net, il n'y a aucune proximité, ni autre
nature sinon commune. Car l'Eau vive a
son certain Corps, auquel elle se conjoint.
Et sachez que celui qui n'entend ce que
j'ai maintenant dit, n'est qu'un Ane,
& jamais ne se mette à cet Art, car il est
prédestiné de jamais n'y parvenir. Laissez
Homme

@

des Philosophes 41

Homme & Nature humaine; laissez Volatils,
& Pierre marine, Charbon & Bête
brute, & prenez Matière métallique. Et
sachez que s'il y en avait vingt-quatre onces,
la tierce partie nous est seulement nécessaire
sans les autres; c'est à savoir huit
onces: Et cuisez en trois de blanc, & en
Soleil, & il se fera noir par quarante jours.
Et sachez que le premier Oeuvre est plutôt
fait que le second: & le second se fait
du dixième Septembre jusqu'au premier de
Février, par grande chaleur d'Eté: & les
Hivers & Printemps passés, les fruits sont
déjà mûrs & cueillis des Arbres; ainsi est-il
ici.
LA TOURBE dit: Notre Maître, sauf
votre révérence, il semble que vous avez
trop clairement parlé. Et il dit: Il vous
le semble, mais aux Ignorants qui leur dirait
encore plus clairement, à peine l'entendraient-ils.
LA TOURBE dit: Il le faut
celer aux Fous, & le révéler aux Sages
& non autrement, car ce serait damnation.
FLORUS dit: L'Eau du Soufre est mêlée
de deux Natures, & se congèle & se
dessèche, & s'altère & se blanchit, & se
rougit par l'aide de feu, administré comme
l'on doit tant seulement.
BRACCHUS dit: Prenez l'Arbre blanc
Tome II. * D

@

42 La Tourbe

de cent ans, (1) environné d'une Maison
ronde de chaleur humide, environnée, &
fermée pour la pluie, le froid & les vents,
& y mettez son Homme, qui a les cent ans:
Et je te dis que si tu le laisses cent quatre-
vingts jours, ce Vieillard mangera tout le
fruit de cet Arbre, jusqu'à ce que le Vieillard
soit mort, & tourné en cendres; &
il demeurera autant de temps, ni plus ni
moins.
ZENON dit: Sachez que l'Arbre blanc
vient de la Minière noire de quatre vingt
ans, & les dix ans davantage le font blanc
& beau, & les autres rouges en divers degrés;
Et sachez que si vous ne teignez la
Lune, que vous avez dans votre Vaisseau,
jusqu'à ce qu'elle soit resplendissante
comme le Soleil, vous ne faites rien. Car
je vous dis que la Lune est le moyen de
la concordance, & non pas le Plomb ni
l'Etain.
LUCAS dit: Sachez que le Feu contient
l'Eau en son ventre, & cette Eau se
tire par feu convenable, & puis par le


(1) L'Arbre blanc, c'est jusques vers le milieu du
Mercure. L'Homme rou- Régime de Mars, ce vieil-
ge, c'est l'Or. La Maison lard, ou, pour parler plus
ronde, c'est le Vaisseau. Si clairement, le Soufre de
on laisse dans ce Vaisseau le l'Or convertira en sa subs-
Vieillard durant cent qua- tance toute celle du Mer-
tre-vingt jours, c'est-à-dire, cure.
@

des Philosophes 43

moyen de l'eau chaude & tiède (où le feu
se baigne continuellement.) Et la Chambrière
met la noirceur de la nuit dehors &
contre la cheminée. Pour ce, faites que le
feu soit clair, & qu'il ne se prenne à la suie
trop âprement: Et sachez que moi-même
ai fort cherché avant que d'y parvenir;
mais Dieu merci je suis venu à mon désir
après grande peine; car qui ne laboure,
ne mangera point, ni ne se reposera en sa
vieillesse.
ISINDRIUS dit: Mêlez l'Eau avec l'Eau,
la Gomme avec la Gomme, le Plomb
avec le Plomb, le Marbre avec le Marbre,
le Lait avec le Lait, la Lune avec la
Lune, le Fer avec le Fer, l'Airain avec
l'Airain, ou Soleil. Cuisez tout cent cinquante
jours, puis cuisez jusqu'à votre
désir, comme vous savez, & que tout
soit impalpable. Lisez nos Livres & relisez,
afin que vous sachiez la vérité; car notre
Science n'est autre chose que changer le
dur en mol, & le chaud en froid, & le
froid en chaud, afin que de tout ensemble
vienne un moyen ni chaud ni froid, ni dur
ni mol, mais modéré en toute complexion.
Et sachez qu'après, deux cent quatre-
vingts jours lui suffisent. Environnez l'environné
du dedans au dehors, contenant
le contenu, & tout vaincra; un blanc, un
noir, un rouge: Fortifiez les deux; faites
D ij

@

44 La Tourbe

bon le premier, & il se multiplie à atteindre
dix examens, & l'autre n'est un examen.
Retourne en retournant, fais-le parfait
en contenant le contenu en ligne. Et
notez ma ligne du contenant, le voyant est
contenu, & vous enseigne ce que nul n'avait
encore dit. Entendez mon dire.
LA TOURBE dit: Sachez que plus
notre Pierre est bien digérée, plus son feu
est actif, & se fait d'une Nature plus ignée
sur les autres Eléments, & aussi teint davantage.
Et sachez que qui entend les
vénérables mots d'Isindrius, il entend un
degré outre les autres, & deux & trois &
quatre jusqu'à l'infini en vertu augmentée
& ignée.
PYTHAGORAS dit: Isindrius, Dieu
te récompense de ce que tu as dit. Car
c'est assurément le Particulier de quoi nul
de nous n'avait parlé. Allez Enfants, notez
ces derniers mots touchant la glorieuse
action & transmutation très soudaine. Sachez
que le Monde vivait au premier,
deux cent quatre-vingts ans; mais le temps
vient que le Fils de ce temps ne dure que
trois ans, & à la fin est plus malicieux dix
fois à trois, que le Père à deux cent quatre-vingts;
& fait autant en un an que son
Père à quarante & quarante, & ainsi est
partout. Et sachez que qui bien se médecine,
prend médecine laxative par-dedans,

@

des Philosophes 45

& confortative par-dehors, à ce que
l'un n'éteigne l'autre: & nous entendez &
notez.
LE PHILOSOPHE dit: Notre Composition
est faite de deux choses, qui sont faites
une chose, & est appelée, quand ils
sont Un, blanc Airain, & puis quand tout
est vaincu, il s'appelle Argent vif, non
pas vulgaire, & est Teinture vive, laquelle
les Philosophes ont celée par tant de paroles.
Et je vous dis que cette Science n'est
que Don de Dieu, là où il veut: & que ce
n'est autre chose que dissoudre, & tuer le
Vif, & vivifier le Mort, & de tout faire
une vie inséparable.
LA TOURBE dit: Sachez que notre
Oeuvre a plusieurs noms, lesquels nous
voulons décrire. Magnésie, Kuhul, Soufre,
Vinaigre, Pierre citrine, Gomme,
Lait, Marbre, Fleur de Sel, Safran,
Rouille, Sang, Pavot, & Or sublimé, vivifié
& multiplié, Teinture vive, Elixir,
Médecine, Bembel, Corsuffle, Plomb, Etain,
Veste ténébreuse, Vers blanchis, Fer, Airain,
Or, Argent, Rouge sanguin, &
Rouge très hautain, Mer, Rosée, Eau
douce, Eau salée, Dazuma, une Substance,
Corbeau, Chameaux, Arbres, Oiseaux,
Hommes, Noces, Engendrements, Résurrection,
Mortification, Etoiles, Planètes,
& autres noms infinis. Mais sachez que

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46 La Tourbe

le tout n'est autre chose que les Couleurs
apparentes en l'Oeuvre, & l'ont ainsi appelée
pour raison & à cause des ressemblances
d'icelles à notre chose. Et prenez
garde que ces noms ne vous fassent manquer:
& ayez le coeur ferme, & non pas
muable, & soyez assurés que nulle chose ne
teint le Métal, fors le Métal même, en sa
nature. Et sachez que nulle Nature n'est
amendée sinon en sa propre Nature; car
autrement elle ne serait amendée. Après
je vous parlerai du feu, afin que vous
soyez certains du tout, & que vous n'ayez
pas sujet de blasphémer contre nous, &
que notre Livre soit accompli du tout &
par tout sans aucune diminution. Car quiconque
a ce Livre, il a les paroles de
Pythagoras, qui était le plus sage Homme
qui ait été, & à qui Dieu a donné toute
la Science, & lui à ses Disciples. Et sachez
que dans ce Livre tout l'Art y est
entier & sans aucune envie, la Matière
& les Jours & les Couleurs, & le Régime &
la manière, & le poids, sans aucune diminution.
Maintenant je veux dire quel doit être
le feu. Sachez que j'ai vu faire le feu en
maintes manières; l'un se fait de petites
bûchettes, l'autre de petits charbons avec
cendres mêlées, à lent feu; & les autres de
cendres chaudes; les autres sans flamme,

@

des Philosophes 47

& le font de vapeurs chaudes: les autres
de très petites & moyennes flammes. Mais
pour venir à la perfection de tout, & à
l'accomplissement de votre Oeuvre, je ne
vous commande que feu lent, continuel
& chaud, digérant & cuisant, comme la
Nature le requiert, ce que l'expérience
vous montrera en le faisant: Et sachez
que cette Science est plus facile qu'aucune
autre que ce soit; mais les noms & les régimes
la rendent obscure; car les Ignorants
prennent nos mots sans nous entendre. Et
sachez que quiconque a cet Art est hors
de pauvreté, de misère, de tribulations, &
de maladie corporelle. Ne croyez pas que
notre Art soit un mensonge; c'est la fin celée
de notre précieux Art. Celez-la à un
chacun qui la demande. Disciples, prenez
en gré nos Livres, nos Couleurs, notre
Matière, nos Temps, nos Régimes, qui
n'est tout qu'un.

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La distinction de l'Epître qu'Arisléus
a composée pour savoir
ce précieux Art.

P YTHAGORAS dit: Nous avons déjà
tout écrit comme ce précieux Arbre se
doit planter, de peur qu'il ne meure, &

@

48 La Tourbe

comme le fruit, après les fleurs blanches,
se peut parfaire & manger: Et quiconque
en mangera, n'aura jamais faim ni tribulations;
mais sera Prince & du nombre de nos
Philosophes, & aura le Don que Dieu réserve
à ses Elus & non à autres, & aura
cette récompense pour la peine de son esprit,
en rémunération & rétribution de
Philosophie. Mais toutefois, quoi que
nous ayons bien parlé tous, encore aucun
n'y pourront parvenir en plantant cet
Arbre, s'ils n'ont une plus grande certitude
de leur travail. Et pour ce, afin que ceux
qui le planteront ne puissent blasphémer
contre nous, ni aussi être frustrés de leur
intention, si cet Arbre mourrait: Je veux,
ARISLEUS, que toi, qui as recueilli toutes
nos Sentences, & qui as assemblé mes
Disciples & moi, que tu en parles plus
clairement en charité & sans envie pour les
Survenants, & que nous puissions être cause
du bien de nos Successeurs, & que nul ne
puisse manquer en cet Arbre précieux.
ARISLEUS dit: Volontiers; mais donnez-
moi terme. Et PYTHAGORAS dit: Prends
terme à demain: & le lendemain les Disciples
étant assemblés & Arisléus, PYTHAGORAS
dit: Qu'as-tu vu?
ARISLEUS dit: Je me suis vu moi & dix
de nous, qu'il nous semblait que nous allions
tournoyants toute la Mer, & je vis
les

@

des Philosophes 49

Habitants de la Mer qui couchaient les Mâles
avec les Mâles, & d'eux ne venait aucun
fruit; & ceux-là plantaient des Arbres
& ne fructifiaient point, & de ce qu'ils semaient
il ne venait rien. Il me semble que
je leur dis: Vous êtes plusieurs Personnes,
& il n'y a aucun de vous qui soit Philosophe
& qui enseigne les autres. Et ils dirent:
Quelle chose est-ce qu'un Philosophe? Je
répondis: C'est celui qui connaît les vertus
de toutes choses créées, & leurs natures.
Et ils me dirent: De quoi profite cette
Science? Nous n'en faisons aucun conte,
s'il n'y a profit. Et je répondis: Si en vous
il y avait Philosophie, ou Science & Sagesse,
vos Enfants seraient multipliés, &
vos Arbres croîtraient & ne mourraient
point; & vos Biens seraient augmentés, &
seriez tous Rois, surmontant vos Ennemis.
Ils m'ouïrent, & incontinent s'en allèrent,
& rapportèrent ce que j'avais dit
au Prince grand & majeur du Pays, & lui
dirent les Dons que nous leur avions dits. Et
quand le Roi les eut ouï parler, il envoya
à nous, & nous dit: Qui vous a amené à
nous? Et nous lui répondîmes: Notre Maître,
la tête des Sages, & le fondement des
Prophètes, PYTHAGORAS, qui nous a envoyé
à vous pour vous offrir un Don très
grand. Et le Roi dit: Où est-il ce Don là?
Tome II. * E

@

50 La Tourbe

Et je dis: L'offre & le Don sont cachés,
non pas découverts. Et il dit: Donnez-les
moi présentement, sinon je vous tuerai. Je
répondis: Notre Maître vous envoie par
nous l'Art d'engendrer & planter un Arbre,
dont quiconque mangera le fruit, jamais
il n'aura faim. Et le Roi me répondit:
Votre Maître m'envoie un grand Don,
s'il est ainsi que vous dites. Et je dis: Notre
Maître jamais ne vous l'enverrait, ni
nous le révélerions pour rien, s'il n'était
ainsi qu'en ce Pays, jamais ne fût sue aucune
nouvelle de cet Arbre; car s'il y en
eût eu mention, jamais ne l'eussions fait. Mais
afin que la Science ne fût périe; & qu'elle
fût connue par tous Pays & Terres, notre
Maître, qui est le Maître des Sages & des
Philosophes, à qui Dieu a fait plus de Dons
qu'à nul Homme après Adam, nous a ici
envoyés afin que nous la communiquions
chacun en un Pays. Et le Roi dit: Dis-moi
quelle chose c'est: Et je dis: Seigneur
Roi, combien que vous soyez Roi, & votre
Pays bien fertile; toutefois vous usez
de mauvais régime en ce Pays, car vous
conjoignez les Mâles avec les Mâles, &
vous savez que les Mâles n'engendrent
point: car toute génération est faite d'Homme
& de Femme: Et quand les Mâles se
joignent avec les Femelles, alors Nature

@

des Philosophes 51

s'éjouit en sa nature. (1) Comment donc,
lorsque vous conjoignez les Natures avec
les étranges Natures indûment, ni comme il
appartient, espérez-vous engendrer quelque
fruit? Et le Roi dit: Quelle chose est convenable
à conjoindre? Et je lui dis: Amenez-moi
votre Fils Gabertin, & sa Soeur
Béya: Et le Roi me dit: Comment sais-
tu que le nom de sa Soeur est Béya? Je
crois que tu es Magicien. Et je lui dis: La
Science & l'Art d'engendrer nous a enseigné
que le nom de sa Soeur est Béya. Et
combien qu'elle soit Femme, elle l'amende;
car elle est en lui. Et le Roi dit: Pour


(1) Le Trévisan étant allé semblable. Ce même Reli-
à Rhodes, y trouva un Re- gieux prenait sans doute le
ligieux, qui passait, dit-il, Mercure vulgaire, simple-
pour un grand Clerc, & pour ment sublimé, pour la Fe-
savoir la Pierre. Il rappor- melle, qu'il fallait con-
te que ce Religieux lui fit joindre avec le Mâle, &
mettre dans la Composition ignorait que quand les Phi-
de l'Oeuvre Hermétique de losophes disent de mettre
l'Or & de l'Argent avec l'Homme rouge avec la
quatre parties de Mercure femme blanche, ils enten-
sublimé, & qu'après avoir dent par le premier le Sou-
distillé pendant environ fre de l'Or, & par le second
trois ans, il ne se fit aucune leur Mercure, qu'ils appel-
conjonction de ces Matiè- lent Lune, pour tromper
res. La raison pour laquelle ceux qui ne les entendent
cette conjonction ne se fit pas encore assez pour dé-
point, c'est parce que l'Or mêler l'équivoque dont ils
& l'Argent, étant des se servent en parlant de
Corps mâles, ils ne pou- leur Mercure & de l'Argent
vaient s'unir d'une union vulgaire.
propre à engendrer leur E ij
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52 La Tourbe

quoi veux-tu l'avoir? Et je lui dis: Pour
ce qu'il ne se peut faire de véritable génération
sans elle, ni ne se peut aucun Arbre
multiplier. Alors il nous envoya ladite
Soeur, & elle était belle & blanche,
tendre & délicate. Et je dis: Je conjoindrai
Gabertin à Béya. Et il répondit: Le
Frère mène sa Soeur, non pas le Mari sa
Femme. Et je dis: Ainsi a fait Adam; c'est
pourquoi nous sommes plusieurs Enfants;
car Eve était de la matière de quoi était
Adam; & ainsi est de Béya, qui est de la
matière substantielle de quoi est Gabertin le
beau & resplendissant. Mais il est Homme
parfait, & elle est Femme crue, froide &
imparfaite; & croyez-moi, ô Roi! si vous
êtes obéissant à mes commandements, & à
mes paroles, vous serez bienheureux. Et
mes Compagnons me disaient: Prends la
charge, & achève de dire la cause pour
laquelle notre Maître nous a ici envoyés.
Et je répondis: Par le Mariage de Gabertin
& de Béya, nous serons hors de tristesse,
& non pas autrement; car nous ne
pouvons rien faire tant qu'ils soient faits
une Nature, Matière. Et le Roi dit: Je
vous les baillerai. Et incontinent que Béya
eut accompagné son Mari & Frère Gabertin,
& qu'il fut couché avec elle, il mourut
du tout & perdit sa vive couleur, &

@

des Philosophes 53

devint mort & pâle, de la couleur de sa
Femme. (1) Et le Roi voyant ceci, fut
très courroucé, & dit: Vous êtes cause
de la mort de mon Fils & cher Enfant, qui
était aussi beau & aussi luisant que le Soleil:
Sa face en quel point est-elle maintenant!
Je vous mettrai tous à mort. Je craignais
bien toujours votre Art magique,
& vous êtes venus céans avec mauvaise intention
par votre Art maudit; je vous
tuerai. Et il nous prit tous dix & nous
enferma dans une prison d'une Maison de
Verre, sur laquelle est édifiée une autre
Maison, sur laquelle encore bien & sagement
on en a édifié une autre. Et ainsi nous
avons été emprisonnés en trois Maisons
rondes, bien clauses & bien fermées. (2)
Alors je lui dis: O Roi! pourquoi vous
fâchez-vous tant, & nous faites tant de
peines? Donnez-nous au moins votre Fille,


(1) Le Livret d'Or, que (2) Ces trois Maisons
le Trévisan laissa tomber rondes, sont premièrement
dans la Fontaine, & la l'oeuf Philosophique, qui
Pomme d'un semblable Mé- est de verre, où sont les
tal que le Cosmopolite Matières préparées. Secon-
vit mettre dans l'Eau qu'on dement l'Ecuelle de terre,
avait tirée du Ciel, sont la dans laquelle on met des
même chose que Gabertin, cendres de Chêne pour y
qui perd sa vive couleur & poser cet Oeuf. Troisième-
meurt, c'est-à-dire, qui se ment le Fourneau, dans le-
dissout dans le Lit de Béya, quel on enferme l'un &
laquelle représente la Fon- l'autre après la fin du pre-
taine & l'Eau céleste dont mier Oeuvre pour com-
parlent ces Philosophes. mencer le second.
E iij
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54 La Tourbe

& peut-être que Dieu aura pitié de nous,
& fera que votre Fille avec notre aide en
peu de temps rendra le Fils qu'elle tient
mort en son ventre, & qu'elle a tout animé,
jeune, fort & puissant, multipliant
très fort sa lignée plus que vous ne fîtes
jamais. Et la Roi dit: Voulez-vous encore
tuer ma Fille? Et je lui répondis: O
Roi! ne pensez point tant de malice de
nous, & ne nous faites point souffrir tant
de peines. Ayez un peu de patience, &
nous donnez, de grâce, votre Fille. Et le
Roi nous la donna, laquelle demeura avec
nous en la prison de la Maison de verre
quatre-vingts jours. Et nous tous demeurâmes
en ténèbres & obscurités dans les
Ondes de la Mer, & en grande chaleur
lente d'Eté, & en agitation & soulèvement
de la Mer, dont jamais n'avions vu le semblable.
(1) Quand nous fûmes laissés,


(1) Béya demeura qua- ensemble, parvinrent au
tre-vingts jours dans la mai- Noir très noir, dans les on-
son de verre; c'est-à-dire, des & le soulèvement de la Mer
que le Soufre des Philoso- en grande chaleur lente d'Eté;
phes & leur Mercure de- c'est-à-dire, dans le com-
meurent pendant les Ré- bat qui se fait entre le Dra-
gimes de Mercure & de Sa- gon ailé, dont parle Flamel,
turne dans l'Oeuf Philoso- qui est le soufre même des
phique, où se fait durant ce philosophes, & le Dragon
temps-là l'union parfaite de sans ailes, qui est leur Mer-
ces deux parties de l'Oeu- cure, de l'union desquels,
vre, dans les ténèbres & l'obs- par leurs moindres parties,
curité; parce que ces Ma- se forme le Laiton, qu'il
tières, s'étant putréfiées faut blanchir ensuite, & le
@

des Philosophes 55

nous vous vîmes, PYTHAGORAS, en notre
Songe, & nous vous priâmes que vous
nourrissiez notre Enfant, lequel fut nourri
& encouragé & animé, & vainquit sa Femme,
qui l'avait vaincu auparavant, & ils
firent multiplication semblable au Fils.
Alors nous fûmes réjouis, & nous dîmes
au Roi, Que son Fils était en état d'être
vu.


rougir après, pour pouvoir risléus fait entendre par ce
dire au Roi, Que son fils est qu'il raconte à Pythagore.
en état d'être vu; ce qu'A-

F I N.

E iiij

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Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.