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Réfer. : 0014A .
Auteur : Anonyme.
Titre : Traité de Chymie Philosophique et Hermétique.
S/titre : Enrichi des Opérations les plus curieuses de l'Art.
Editeur : Charles-Maurice d'Houry.
Date éd. : 1725 .
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T R A I T E
D E
C H Y M I E,
PHILOSOPHIQUE
E T
HERMETIQUE,
Enrichi des Opérations les plus curieuses
de l'Art.
Chez CHARLES-MAURICE d'HOURY,
seul Imprimeur de Monseigneur
le Duc d'Orleans.
MDCCXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
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T R A I T E
D E
C H Y M I E.
PHILOSOPHIQUE
E T
HERMETIQUE.
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T R A I T E
D E
C H Y M I E,
PHILOSOPHIQUE
ET HERMETIQUE:
ENRICHI des Opérations les plus curieuses de l'Art.

U commencement qu'il
plut au Tout-Puissant créer
toutes choses de rien, il mit
un très bel ordre dans la
Nature, pour faire que les individus
de chaque espèce fussent conservés &
perpétués; ce que les Sages ayant bien
considéré, ils ont reconnu que l'or engendre
A
@
2 Traité de Chimie,
l'or, & l'argent l'argent, &
qu'ils peuvent se multiplier en leurs espèces.
Les anciens Philosophes voulant
donc accomplir leurs Magistères, ont
travaillé par la voie sèche, par laquelle
ils ont rendu une partie de leur or volatil:
& l'ont réduit en sublimé, blanccomme neige, & luisant comme cristal;
& pour l'autre partie du même
corps de l'or, ils l'ont converti en sel
fixe: après ils ont uni le volatil avec le
fixe, & de cette conjonction ont fait
leur Elixir; mais c'est avec grande dépense,
longueur de temps, & beaucoup
de peine,
Ce qu'ayant été remarqué par les
Philosophes modernes, ils ont médité
sur les opérations de Nature, & ont
reconnu que le Mercure primitif ou
première matière, de laquelle elle se
sert pour la production des Métaux,
est trop simple & éloignée pour leur
ouvrage, qu'ils ne pouvaient arriver
jusqu'à cette simplicité mercurielle,
hors laquelle (quoiqu'on la pût avoir)
ils n'eussent su rien faire en l'oeuvre
minéral. Pour cette raison ils ont pris
@
Philosophique & Hermétique. 3
le mercure corporel minéral; par leurs
opérations ont extrait de l'intérieur
d'icelui un esprit igné, minéral, végétal
& multiplicatif: dans la concavité
humide duquel est caché & spécifié
le mercure primitif, simple, ou
quintessence catholique.
VOIE HUMIDE.
Par le moyen duquel esprit mercuriel,
humide & minéral, comme d'une
clef vive & physique, ils ont ouvert le
corps de l'or, & attiré au-dehors la
semence spirituelle contenue en icelui;
de sorte que par cette voie qu'ils ont
nommée
Voie humide, leur soufre &
leur mercure ont été faits: car l'esprit
mercuriel agissant sur le corps solaire,
la substance séminale, animale & sulfurée
de l'or s'élevant en superficie de
son dissolvant, s'unit magnétiquement
avec la substance spirituelle & mercurielle
d'icelui; ainsi par cette sublimation
philosophique & non commune,
est produite une terre feuillée, qui est
tout ensemble soufre de nature & Mercure
des Philosophes, lequel n'est pas
Aij
@
4 Traité de Chimie,
en consistance solide comme le métal,
ni mol ainsi que le corps de l'argent-
vif; mais bien la moyenne substance
des deux: c'est ce qu'ils ont caché tant
qu'ils ont pu; savoir la manière d'extraire
l'esprit du corps du Mercure,
parce que c'est la clef, le commencement,
le milieu, & la fin de l'oeuvre,
Les Philosophes sachant donc que
pour leur travail il était nécessaire d'avoir
une très subtile & très pure substance,
ils ont pris le mercure corporel
minéral, comme étant le sujet plus
prochain, plus convenable, & du corps
duquel on pourrait extraire artistement
cette très subtile substance plus
facilement que du corps de l'or qui la
contient aussi, à cause qu'il en a déjà
été séparé une matière subtile.
OEUVRE GROSSIER.
Pour parvenir à ce but, il faut premièrement
purger le corps du mercure
avec sel & vinaigre,
II. Le sublimer avec vitriol & salpêtre.
III. Le dissoudre dans l'eau-forte
de vitriol & de salpêtre.
@
Philosophique & Hermétique. 5
IV. Le sublimer derechef.
V. Le calciner & fixer.
VI. En dissoudre une partie par défaillance
à la cave, où il se résoudra en
liqueur ou huile.
VII. Distiller cette liqueur pour en
séparer l'eau spirituelle, l'air & le feu.
VIII. Mettre de ce corps mercuriel
calciné & fixé, dans l'eau spirituelle,
ou esprit liquide mercuriel distillé.
IX. Les putréfier ensemble jusqu'à
la noirceur, puis il s'élèvera en superficie
de l'esprit un soufre blanc, non
orant, qui est aussi appelé
Sel armoniac.
X. Dissoudre ce sel armoniac dans
l'esprit mercuriel liquide, puis le distiller
tant que tout passe en liqueur, &
pour lors en sera fait le vinaigre des
Sages.
XI. Cela parachevé, il faudra passer
de l'or à l'antimoine par trois fois,
& après le réduire en chaux.
XII. Mettre cette chaux d'or dans
ce vinaigre très aigre, les laisser putréfier,
& en superficie du vinaigre il
s'élèvera une terre feuillée de couleur
de perles Orientales, qui sera le vrai
Aiij
@
6 Traité de Chimie,
soufre & le vrai mercure des Philosophes;
lequel soufre contient tout ce
que les Sages requièrent: car c'est la
mère de tous les métaux & de la Pierre,
& la matière prochaine qui est esprit,
corps & moyenne nature, soufre
& mercure tingent. Il faudra sublimer
derechef, tant qu'il soit très pur &
privé de fèces noires & brûlées, lesquelles
demeureront au fond du vase;
ce qu'il faut jeter comme inutile.
Par ce moyen vous aurez accompli
l'oeuvre appelé grossier & manuel, &
aurez préparé comme il faut cette
moyenne substance cristalline, qui est
la vraie chaux vive & philosophique,
avec laquelle vous passerez à l'oeuvre
physique, c'est-à-dire à la deuxième
opération, en laquelle la Nature travaille
naturellement le composé mis
dans le vase hermétiquement sigillé,
sans que l'Artiste y contribue plus en
autre chose que d'entretenir le régime
du feu externe, pour exciter doucement
le feu interne du même composé, jusqu'à
la parfaite rougeur & blancheur.
Prenez donc au nom de Dieu une
part de cette chaux vive, & deux parts
@
Philosophique & Hermétique. 7
de l'eau spirituelle ou esprit mercuriel
airé de son sel armoniac; puis mettez
cette noble confection dans l'oeuf cristallin
sigillé du sceau d'Hermès, posez-
le à l'athanor, & lui donnez feu doux
& continuel: par ce moyen l'eau ignée
par la chaleur externe dissoudra peu à
peu la chaux vive cristalline, & la réduira
à première matière qui sera une
eau, non pas une eau de nuée; mais
l'eau des Sages & leur vrai cahos,
contenant les qualités élémentaires,
chaud, sec, froid & humide. Cette
dissolution est proprement réduction
de la chaux en vive & vraie eau minérale,
qui est oeuvre de Nature & non
de l'Art, & le vrai principe de notre
Magistère; car de ces deux, savoir de
cette chaux vive corporelle & spirituel,
& de l'esprit mercuriel, est faite
la magnésie composée, & une même
matière indivisible, d'autant que le
dissolvant & le dissout sont d'une même
racine & d'un même genre.
Le composé étant donc réduit en
eau, le Soleil ou la substance solaire
contenue en icelle vient à se putréfier,
& par cette putréfaction s'éclipse,
Aiiij
@
8 Traité de Chimie,
s'obscurcit & noircit; & les natures
étant corrompues, se fait la conception
& la génération de l'âme. Cette
noirceur du composé, qui est appelée
Tête de Corbeau, & le Saturne des Sages,
apparaît lorsque la chaleur agit
dans l'humide, auquel temps on voit
une nuée noire & ténébreuse qui vole
doucement par la moyenne région du
vase, & au fond d'icelui est une matière
en forme de poix noire, qui est
dite morte & privée de sa forme, &
séparée de son âme, & pour lors est
manifestée l'humidité en couleur d'argent-vif,
noir & fétide, quoiqu'auparavant
il fût net & dépuré; mais la
noirceur susdite est le vrai signe qui
fait connaître à l'Artiste qu'il est en
son chemin.
Or pour ôter cette noirceur de cette
matière, qu'on appelle
Terre noire,
qui a l'odeur sépulcrale, il faudra
l'abluer; ce qui s'effectue en continuant
la douce chaleur Athanorique,
laquelle fait élever peu à peu au haut
du vase la fumée, c'est-à-dire le vent
qui emporte avec lui l'eau grasse &
glutineuse qui se produit au fond, &
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Philosophique & Hermétique. 9
cela en se circulant, montant, distillant,
& retombant sur la terre; la terre
se nettoie de sa noirceur, se subtilise
& devient volatile; & ce corps s'unissant
avec l'esprit, monte sur l'eau;
& des deux substances ainsi sublimées,
se fait une quintessence blanche comme
neige.
Il faut donc assurer notre léton par
les degrés du feu, afin qu'il se sublime;
car si par le feu & l'eau il n'est atténué
& subtilisé jusqu'à ce qu'il monte,
comme un esprit, argent-vif fuyant,
ou comme l'âme blanche séparée de
corps, & emportée en la sublimation
des esprits, il ne se fait rien en cet Art;
mais en montant ainsi en haut, il naît
en l'eau & se change en air, se faisant
vie avec la vie spirituelle & incorruptible:
ainsi le corps se fait esprit de subtile
nature, & l'esprit s'incorpore avec
le corps, & se fait un avec lui, & en
cette sublimation tout se fait blanc, &
ce corps nouveau inspiré de l'air vit
végétablement; & ce corps est pour
lors appelé
Cygne, à cause de sa grande
blancheur.
Pendant la circulation, en faisant la
@
10 Traité de Chimie,
sublimation, vous verrez l'eau spirituelle
se coaguler avec le corps, &
l'humide devenir sec, & l'esprit pénétrera
le corps, & le corps attirera son
humeur, c'est-à-dire son âme blanche,
à cause de sa similitude & proximité de
nature, qui fait qu'ils ne se quittent
jamais.
Pour ce qui est de la calcination &
fixation de cette substance blanche,
sublimée & congelée, il ne faut que
continuer la coction à l'athanor, tant
qu'elle soit réduite en poudre très subtile
& impalpable, de laquelle vous
ferez deux parts; une pour la médecine
blanche si vous voulez, & l'autre
pour la médecine rouge.
Laquelle poudre blanche vous imbiberez
& incérerez peu à peu & de
temps en temps avec son huile blanche,
c'est-à-dire son esprit mercuriel, airé
de son sel armoniac, tant qu'elle flue
sur le feu sans fumée, aussitôt que la
cire; laquelle incération étant faite,
la glorieuse Pierre blanche des Sages
sera faite & accomplie, & sera fluante,
fixe, tenante & congelante l'argent-
vif vulgaire, & transmuante tous métaux
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Philosophique & Hermétique. 11
imparfaits en Lune pure, à tous
examens.
Mais si vous voulez passer au rouge
tout d'une suite, sans vous arrêter à la
Pierre blanche, il faudra cuire à feu
plus fort cette vraie blancheur resplendissante
comme un glaive nu,
sans la tirer hors de son vase, & continuer
tant que la calcidité & siccité fassent
enfin paraître la citrinité, & puis
la rougeur très étincelante, & pour
lors sera faite la Pierre rouge, qui sera
toute de feu & toute teinture.
Pour incérer & multiplier cette
Pierre rouge, faudra derechef dissoudre
icelle dans son eau-de-vie ou dissolvant
vif aérien & igné; puis par
coction la noircir, blanchir & rougir,
observer les degrés du feu au premier
régime, & continuer cette dissolution
& congélation jusqu'à sept fois, ou
bien tant que la Pierre soit fusible
comme cire: ainsi vous la pourrez
multiplier en quantité & qualité, selon
votre volonté; car par nouvelle corruption
& génération s'introduit de
nouveau un nouveau mouvement, &
la Pierre qui a eu son origine de notre
@
12 Traité de Chimie,
eau dissolvante, entrant derechef dans
le ventre de sa mère, renaît & sort de
nouveau plus robuste & plus forte.
Au regard de la projection de la
Pierre accomplie, elle se fait sur le
corps de l'or fondu, qu'elle rend en
médecine frangible & fusible; puis
cette médecine ainsi fermentée se projette
sur le mercure, la lune, & autres
métaux, lesquels elle convertit en pur
sol.
Finalement & pour récapitulation,
je dis qu'il vous suffit de disposer & purifier
exactement la matière: car elle
travaillera suffisamment en son intérieur,
d'autant que la nature a en soi
un mouvement très certain & selon la
vraie & droite voie, beaucoup meilleur
qu'aucun ordre qui puisse être
imaginé de l'homme. Préparez donc
seulement, & la nature parachèvera;
car si elle n'est empêchée par le contraire,
elle ne passera pas son maniement
qu'elle a certain, tant pour concevoir
que pour enfanter. Gardez-vous seulement,
après la préparation de la matière,
de ne pas trop échauffer le bain,
& ne rien laisser fuir & échapper des esprits
@
Philosophique & Hermétique. 13
que vous aurez mêlé dans le vase;
parce que si cela arrivait, il n'y aurait
point de solution, putréfaction,
mortification, ni de revivification, &
les natures ne pourraient s'embrasser
ni pacifier au feu lent; ni nature ne
pourrait se joindre par la nature, ni
la nature retenir la nature, & la convertir
en nature blanche, rouge, fixante,
pénétrante & extingente.
I. Par les opérations ci-devant écrites,
vous aurez en premier lieu le lion
vert, dans lequel est la vraie matière,
qui s'appelle aussi
Miesverd.
II. Comme le soufre de nature ou la
vraie chaux vive contenant les vraies
substances mercurielles & solaires, se
convertit en première matière ou eau
minérale.
III. Comme par la putréfaction la tête
du corbeau apparaît, & que la plupart
de cet abîme ténébreux se convertit
en terre noire, glutineuse, fluante,
qui demeure au fond.
IV. Comme cette terre est abreuvée
& modifiée de sa noirceur par son eau,
& que les nuées noires voltigeantes
sur l'eau dans le vase descendent &
@
14 Traité de Chimie,
rentrent dans le corps duquel elles sont
sorties.
V. Comme cette terre ou cendre est
élevée ou sublimée & devient air, en
l'air se convertissant en substance blanche
& cristalline.
VI. Laquelle étant calcinée & fixée,
devient en poudre très blanche.
VII. Puis étant incérée & nourrie du
lait dont elle a eu sa production, on a
pour lors l'élixir au blanc.
VIII. Que si l'on cuit davantage cette
poudre très blanche, elle se convertira
en poudre très rouge, transparente
comme un rubis, en laquelle le feu
prédominera.
IX. Ensuite cette poudre rouge
étant incérée avec son huile aérienne &
igné, alors sera accompli l'élixir au
rouge.
Or nous avons enseigné ces opérations
tant par ordre que par nombre,
afin de donner quelques éclaircissements
de ce que nous ont laissé par
écrit les anciens Sages, la plupart desquels
ont seulement parlé de deux
opérations; savoir de la distillation
qui réduit le composé en eau, & de la
@
Philosophique & Hermétique. 15
coagulation qui le convertit en terre
dissoute & coagulée: mais cela est bien
laconique. Les autres nous en ont laissé
quatre qui sont:
I. La solution par laquelle le gros
s'est fait simple & subtil.
II. L'ablution qui fait l'obscur être
lucide par insurmation, distillation &
calcination.
III. La réduction qui convertit l'humide
en sec par incération, imprégnation
& subtilisation.
IV. La fixation qui unit le volatil
avec le fixe par épousailles, résolution,
& coagulation.
Par la solution la nature se change
intérieurement; par l'ablution, extérieurement;
par la réduction, supérieurement;
par la fixation, inférieurement.
Les autres Philosophes nous ont appris
cinq opérations.
I. La cohésion, qui se fait quand
notre eau mercurielle est avec notre
terre.
II. La conception, qui est lorsque la
terre commence à retenir l'eau mercurielle.
@
16 Traité de Chimie,
III. L'imprégnation, quand la terre
commence à se blanchir.
IV. La naissance, qui est lorsque le
ferment ou l'âme se réunit avec le
corps.
V. Et la nutrition, qui se fait en imbibant
souvent la Pierre du lait duquel
elle a été produite.
Nous avons dit ci-devant que les
Sages ont distingué leurs ouvrages en
deux diverses opérations: la première
qu'ils ont nommée l'oeuvre grossière,
comme étant manuelle & de grand labeur;
& la deuxième oeuvre physique
& philosophique, d'autant que c'est
principalement la nature qui la compose.
Pour faire donc cette seconde opération,
ils ont pris leur soufre & leur
mercure conjoint & préparé par la
première opération ou oeuvre grossière,
lesquels ils ont mis dans l'oeuf philosophique,
& par une lente coction le
font passer par leurs couleurs, & continuent
jusqu'à l'accomplissement de
leurs magistères.
Mais pour la première opération,
ils en ont parlé fort obscurément & en
termes
@
Philosophique & Hermétique. 17
termes si couverts, que les Artistes
n'ont pu découvrir leurs intentions:
ce n'est pas néanmoins que l'on n'aperçoive
à travers leurs discours ténébreux,
si on les médite bien, quelque
rayon de vérité: car lorsqu'ils parlent
de leur eau, ou dissolvant simple, de
leur eau dissolvante acérée, & de leur
eau seconde permanente, il est facile
d'entendre que ces dissolvants
sont humides, puisque c'est pour faire
la dissolution d'une chose sèche. A cet
effet il est requis, comme dit Geber,
L. 2. ch. 5, qu'elle soit très subtile &
grandement acuée & pontique, afin
que la dissolution du corps étant faite,
la congélation s'en ensuive & paroisse
en forme de sel; ce qui ne saurait jamais
s'effectuer par les amalgames de
l'or ou de l'argent avec le mercure vulgaire,
ainsi que beaucoup de Sophistes
croient, mais abusivement.
Or il faut remarquer que lorsque
les Sages ont écrit des sublimations du
mercure & des séparations des éléments,
ils ont entendu cela doublement
& en deux diverses manières:
car la première sublimation est celle du
B
@
18 Traité de Chimie,
mercure vulgaire avec le vitriol, sel
& tartre; la deuxième sublimation est
celle du Mercure des Philosophes,
laquelle se fait par le moyen de l'esprit
extrait du mercure vulgaire, & réduite
en son huile.
Par la séparation des éléments, la
première est celle des substances du
mercure vulgaire sublimé, que l'on tire
en forme d'eau spirituelle, en huile
aérienne & en huile ignée, la terre demeurant
au fond du vase, qui sont les
dissolvants philosophiques, lesquels il
faut que l'Artiste travaille avec grand
soin, diligence & adresse, pour s'en
servir à faire le soufre de nature. Mais
l'autre séparation des éléments se fait
dans le vase hermétique, tant par l'excitation
d'une douce chaleur externe,
que par le mouvement du feu interne
de nature, qui par la dissolution fait
paraître le composé en eau physique,
par la putréfaction en terre noire, par
la calcination finale en feutre rouge,
sans que l'Artiste y mette la main.
Pour éclaircir ceci plus amplement,
il faut dire les raisons pour lesquelles
les Sages ont donné divers noms, tant
@
Philosophique & Hermétique. 19
à leurs dissolvants qu'à leur Pierre
blanche & rouge. Ils ont dit l'eau simple,
l'esprit mercuriel liquide, qui
distille le premier du corps du mercure,
convertit en huile & dissolvant simple,
parce qu'il n'est pas même fortifié de
son sel armoniac, ou de son soufre qui
de sa nature est aigre. L'eau seconde
est dite acuée & dissolvante, d'autant
qu'ayant mis dans la première eau simple
(ainsi nommée eu égard à celle-ci
composée) de son sel armoniac, elle
devient âcre, perforante & pontique.
O bénite eau mercurielle perforante
& pontique, qui dissolvez radicalement
les corps métalliques !
Eau minérale, parce qu'ayant dissous
le corps parfait de l'or, elle le réduit
en première matière, c'est-à-dire
en eau visqueuse, le réincrudant & rétrogradant
de métal qu'il était en substance
minérale.
Eau calcinatoire, parce qu'ayant
dissous le corps, elle le calcine, non
pas en chaux vulgaire morte, mais en
chaux vive qui s'élève & nage en superficie
de cette eau, l'interne de laquelle
s'y conjoint & s'y congèle parfaitement.
B ij
@
20 Traité de Chimie,
Vinaigre très aigre & très aigu des
montagnes, à cause que c'est une humidité
très aigre, échauffée & allumée
par chaleur vivifiante qui résout les
corps parfaits, & qui contient une
teinture invariable, laquelle ne peut
être effacée, & qui n'est autre chose
que l'esprit des corps convertis en nature
de quintessence.
Eau permanente, d'autant que l'or
étant dissous en icelle, & réduit en son
premier principe des parties homogènes
de l'or & de l'eau dissolvante, s'unissent
d'une union indivisible & permanente
au feu.
Lion vert & eau-de-vie végétable,
parce qu'elle vivifie & fait végéter le
corps mort de l'or, qu'on appelle le
lion rouge; & la substance de ce lion
vert, c'est-à-dire cru & indigeste,
agissant sur la substance cuite & digeste
du lion rouge: de ces deux il s'en fait
une moyenne substance, qui n'est pour
lors ni trop cuite ni trop digeste, mais
est la première & prochaine matière
de la Pierre.
Cette eau permanente est aussi appelée
Azot, lequel il faut, comme
@
Philosophique & Hermétique. 21
disent les Sages, diviser en deux parties,
avec l'une desquelles se doit abluer
la terre noire du composé, & avec
l'autre partie nourrir & allaiter le même
composé après avoir été ablué &
mondifié de sa noirceur, & blanchir.
Toutefois il faut noter très expressément,
qu'on ne doit nullement prendre,
comme beaucoup d'Artistes se
pourraient imaginer, l'eau permanente
qui aurait été mise en putréfaction
dans l'oeuvre physique, pour en faire
la division: car il n'y faut point toucher
du tout, mais il faut laisser travailler
paisiblement la nature sans l'interrompre;
au contraire il convient
mettre de cet azot ou eau permanente
à part en quantité, afin de s'en servir
pour allaiter l'enfant déjà né, accroître
& multiplier ses forces, jusqu'à prompte
fusibilité.
Et d'autant que le composé croît en
quantité & vertu par cette cibation,
potion ou rétention qu'il faut à cet
azot, le même azot a été appelé aussi
lait virginal, humidité mercurielle,
grasse, vivifiante & eau divine, en laquelle
gît le secret très secret des Philosophes,
@
22 Traité de Chimie,
parce que ladite eau permanente,
leur Pierre est accomplie, étant
en icelle l'humidité vivifiant la Pierre,
la vie & résurrection d'icelle, & le tout
se faisant par elle: car elle dissout tout,
congèle tout ce qui est congelable, &
est la chose qui teint & qui est teinte:
c'est aussi la vraie huile fixe, pénétrante
& incombustible: l'on attribue
encore d'autres noms à cette eau, mais
nous en avons dit les principaux, avec
leurs véritables explications.
Lorsque le composé est mis dans le
vase hermétique, il paraît après une
totale dissolution premièrement en
eau blanche, laquelle dissolution procède
de la chaleur externe, existante &
pontique, & vertu très aigre & admirable
du venin de notre mercure liquide,
qui résout impalpablement ce qui
lui résiste.
Par après la chaleur agissant intérieurement
sur & contre l'humidité
radicale métallique & visqueuse, ce
même composé par le moyen de la
putréfaction devient en liqueur noire
comme charbon, puis il s'épaissit comme
poix fondue, qui est le noir plus
@
Philosophique & Hermétique. 23
noir de Raimond Lulle, & l'esprit
fétide de Geber: en cet état il est appelé
sel brûlé, plomb fondu des Philosophes,
léton non nettoyé, terre ou
corps mort privé de sa forme & éloigné
de son tempérament: car son âme
séparée d'icelui, voltige & circule dans
le vase sphérique.
Il est aussi nommé Cimérien & voile
noire du navire de Thésée, & finalement
de tous les noms appropriés à la
noirceur: toutefois son nom plus convenable
est la tête du corbeau, d'autant
qu'il signifie la putréfaction & la couleur
noire tout ensemble, en laquelle
il se nourrir, corrompt, & conçoit
pour engendrer, parce qu'elle est toute
corruption & est génération; & certes
qui ne voit dans quarante jours
cette noirceur parfaite provenant de la
substance métallique, ce qui dure &
ne se perd qu'en l'espace de cinq mois,
il a manqué entièrement le magistère,
& ne le pourra plus parfaire avec ce
cahos physique, d"autant qu'il ne putréfie
& ne corrompt point, n'engendre
point aussi, & par conséquent la
Pierre ne peut prendre vie végétative
@
24 Traité de Chimie,
pour croître & multiplier. Que si au
commencement vous voyez une couleur
orangée ou demi-rouge, il vous
faudra recommencer tout le travail;
car la verdeur & la vivacité de la Pierre
sera brûlée par trop de chaleur externe,
& cette faute est irréparable &
incorrigible.
Incontinent que la noirceur commence
à décliner, la couleur verte lui
succède & dure plus longtemps que
les autres fausses couleurs: cette verdure
démontre que le composé a une
âme végétative, & qu'il est converti
par la nature & par l'art au vrai & par
germe, pour germer abondamment &
produire après des rameaux infinis;
car c'est cette bénite verdeur qui produit
toutes choses, & sans laquelle rien
ne peut végéter, croître, ni multiplier.
Après cette viridité, le composé se
liquéfie & coagule souvente fois, &
parmi ces diverses & contraires opérations
que l'âme végétative qui est en
lui, lui fait parfaire en même temps,
d'où il se colore de toutes les couleurs
imaginables: car il s'intinicise, verdit,
rougit
@
Philosophique & Hermétique. 25
rougit non d'un vrai rouge, jaunit,
devient bleu, orangé, & d'autres diverses
couleurs; & c'est pour cette
raison, que les Sages ont appelé cette
variété, tantôt queue de paon, & tantôt
iris.
Toutes ces fausses couleurs étant
vaincues par la calidité & siccité, la
blancheur vient ensuite: car réagissant
le composé en son bain, il se fait en
eau blanche & permanente, devenant
en forme d'argent-vif vulgaire; ce
qu'il faut noter, d'autant que cela a
causé de l'abus, c'est-à-dire que l'âme
séparée du corps mort, monte en vapeur,
se convertit, & est mise par sublimation
philosophique en l'ordre &
état de spiritualité; & ainsi avec une
partie du corps uni avec une portion
de notre eau, est fait l'esprit volant &
montant en l'air, & c'est pour lors
que cette très subtile substance du soleil
& du mercure nettoyée par la sublimation,
prend vie & est inspirée
par son humeur, c'est à savoir par son
eau vive, comme l'homme par l'air,
& c'est pourquoi dorénavant elle se
multiplie & croît en son espèce.
C
@
26 Traité de Chimie,
Cette très subtile substance étant
donc éclairée & nageant sur l'eau, est
appelée esprit & quintessence, qui est
blanche comme la neige, & est la
vraie teinture blanche, d'une très
exubérante réflexion, séparée de toutes
les fèces noires & adustibles; ainsi
notre leton noir se régit avec notre eau
azotique, se purifie & orne de couleur
blanche, puis devient en terre feuillée,
qui est le vrai talc des Philosophes;
laquelle couleur ne se fait que par la
cohésion & coagulation de l'eau, &
c'est en cette seule blancheur que les
esprits s'unissent & se fixent ensemble
inséparablement & permanément.
Notre composé se putréfie donc
premièrement en noirceur, puis se
nettoie en l'élévation ou sublimation;
après il se dessèche, & la noirceur s'en
va, & alors il se blanchit: car la forme
blanche pénètre dans le corps nouveau,
& les esprits se restaurent dans
la sécheresse, & se corrompt de forme
& devient noire par l'humidité évanouie:
alors aussi le corps nouveau
ressuscité est clair, blanc & immortel,
& comme la chaleur agissant sur l'humide
@
Philosophique & Hermétique. 27
engendre la noirceur qui est la
première couleur, de même en cuisant
toujours, la chaleur agissant sur le sec,
engendre la blancheur qui est la seconde
couleur.
Cette substance très blanche est appelée
Mercure blanc, soufre blanc de
nature, non vraie terre feuillée & perlée,
alun sublimé, sel armoniac, &
le signe philosophique.
Or ce soufre blanc non brûlant
ayant été élevé par sublimation, il faudra
le calciner en sèche décoction, tant
qu'il soit réduit en poudre très subtile,
impalpable & privée de toute humidité
superflue; puis après faudra l'incérer
& le nourrir avec son huile blanche
ou lait virginal, mais toutefois,
peu à peu, tant qu'il flue au feu sans
fumée aussitôt que la cire; & ainsi la
Pierre au blanc sera accomplie & parfaite.
Elle est aussi nommée Sel fusible de
nature: car elle est en forme de sel,
elle flue promptement au feu. Cette
Pierre est aussi appelée Elixir & la fille
blanche des Philosophes, qui transmue
l'argent-vif vulgaire & tous les métaux
imparfaits en pure lune. C ij
@
28 Traité de Chimie,
Ainsi par cette transmutation de
nature en nature, le composé physique
s'éloigne de la première imperfection,
& s'approche du terme de la pureté &
vraie perfection; tant qu'il anime,
comme nous avons dit, à l'accomplissement
de cette pure quintessence &
Pierre, une nouvelle nature pure,
blanche, privée de toute corrosion aiguë,
amère, selugineuse & pontique,
de graisse ou onctuosité adustible de
flegme, évaporable, & de superfluité
terrestre & corrompante: ce qui est
vraiment chose digne d'admiration,
mais pourtant connue de peu d'Artistes
& Philosophes communs.
Etant en possession de la Pierre au
blanc lunaire, vous la pourrez partager
en deux parts: l'une pour servir
à la transmutation des corps métalliques
imparfaits en lune; & pour l'autre,
il faudra la faire cuire derechef au
feu sec & continuel, jusqu'à ce qu'elle
devienne rouge comme sang; & lors la
Pierre sera toute de feu, & vraie teinture,
convertissant les corps des métaux
en vrai sol.
La voulant multiplier, vous la ferez
@
Philosophique & Hermétique. 29
résoudre comme auparavant en nouvelle
eau dissolvante, & puis derechef
la noircir, blanchir & rougir, par décoction
& par les mêmes degrés de feu
que la première fois, réitérant tant
qu'il vous plaira la dissolution & congélation.
Or comme on appelle le composé
lorsqu'il est en noirceur, des noms de
toutes choses qui ont la couleur noire,
& c'est par similitude: de même aussi
dit-on, quand il est arrivé à la blancheur,
le nommant du nom de toutes
choses blanches; par conséquent du
nom des rouges, lorsqu'il est parfaitement
rubéfié.
Cette Pierre rouge ainsi préparée est
dite sel fusible de nature, huile incombustible
des Philosophes, nom qui lui
convient fort bien: car étant hors du
feu, elle est en forme de sel, & est une
poudre très rouge; mais étant cuite
sur le feu, elle fond aussitôt que la
cire, paraissant en forme d'huile, sans
évaporer, fumer, ni brûler aucunement;
laquelle fusibilité procède de la
viscosité mercurielle, & l'onctuosité
sulfurée du soleil y contenue, ce qui
C iij
@
30 Traité de Chimie,
donne l'ingrès; & la fixité est causée
par la vertu congélative, sèche & styptique
du sel métallique.
Elle pénètre tout corps, agit spirituellement,
& donne à toutes choses
un être accompli: elle est dite végétable,
parce qu'elle végète & croît comme
un animal, d'autant qu'elle a corps,
esprit & âme; non pas toutefois comme
l'homme, mais similitudinairement:
& minérale, à raison qu'elle est
composée de choses minérales, savoir
de l'esprit du mercure, & du soufre de
l'or extrait par l'Artiste du corps mercuriel
& solaire, engendré par la nature
dans les matières minérales.
@
Philosophique & Hermétique. 31
PRATIQUE OPERATIVE
Pour faire le grand Magistère des Sages.
L A Philosophie naturelle & les Philosophes
qui l'ont suivie, nous apprennent
que ce que les Sages cherchent,
se trouve dans le mercure; ils
n'entendent pas néanmoins ce mercure
vulgaire, tel qu'on le vend aux boutiques,
mais bien l'esprit extrait de ce
corps mercuriel, c'est-à-dire réduit
en la première matière ou principe,
lequel est la source ou l'origine de ce
mercure vulgaire, & encore de l'or &
de tous les métaux, sans lequel esprit
mercuriel on ne pourrait rendre l'or
ou l'argent spirituel ni potable.
Or les Sages ayant bien considéré
que la sage nature pour travailler dans
les magasins souterrains à la production
des métaux, se servait du mercure
& du soufre physique & spirituel
unis ensemble, & non pas du mercure
& du soufre vulgaire, & que de cette
union se faisait une eau visqueuse ou
C iiij
@
32 Traité de Chimie,
liqueur onctueuse contenant invisiblement
un sujet terrestre ou sel de nature.
C'est pourquoi eux aussi, pour imiter
cette prudente ouvrière, & pour
faire leur admirable élixir, ont trouvé
le moyen de rétrograder le mercure
vulgaire, tant pour le réduire en un
être spirituel & très proche de son
premier principe, & le réunir à son
propre corps par la sublimation philosophique,
que pour l'animer du soufre
physique emprisonné dans le corps
solide de l'or, sans l'union duquel soufre
solaire le mercure spirituel ne serait
pas le mercure des Philosophes,
d'autant qu'il ne serait animé comme
il conviendrait, & partant on n'y
trouverait pas les choses requises &
nécessaires, savoir une humidité remplie
de chaleur, qui est à proprement
parler un feu aqueux des Sages, c'est-
à-dire leur esprit mercuriel & leur âme
sulfurée solaire, contenant un sel spirituel
qui est le
médium entre l'esprit &
l'âme.
Mais pour arriver à ce but, il est
très nécessaire d'ôter à ce mercure
vulgaire les superfluités qui sont en
@
Philosophique & Hermétique. 33
lui, savoir une eau superflue élémentaire,
& qui empêche la coagulation,
un esprit subtil, fuligineux, corrodant
& adustible, qui empêche la fixation.
Le soufre combustible qui corrompt,
& la terre triste noire qui empêche
l'ingrès.
1. Pour avoir donc cette eau spirituelle
mercurielle, il faut premièrement
purifier le mercure vulgaire, en
le revivifiant du cinabre avec le vinaigre
sel.
II. Le sublimer avec vitriol & salpêtre.
III. Le dissoudre dans l'eau-forte
faite de vitriol & salpêtre, puis retirer
l'eau-forte par distillation, & le faire
sublimer.
IV. Puis faudra calciner ce mercure
sublimé pour le rendre ouvert, & après
le réduire en liqueur ou huile par défaillance.
V. Cela fait, on séparera par distillation
une eau mercurielle resplendissante,
qu'on appelle eau-de-vie, lait
virginal, & l'esprit de mercure; ensuite
l'on extraira la liqueur ou huile
aérienne blanche, puis une huile ignée
@
34 Traité de Chimie,
rouge, & la terre noire inutile demeurera
dans le vase: toutes lesquelles
opérations nous enseignerons ici fort
exactement, afin que l'Artiste la puisse
faire selon l'ordre qui suit.
CINABRE ARTIFICIEL
Prenez quatre onces de soufre commun
pilé, & le faites fondre à feu modéré
dans un vase de terre verni; puis
y mettez peu à peu deux onces de mercure
vif minéral, mettez exactement
le tout avec une spatule de bois hors
du feu, tant que le mercure soit absorbé
par le soufre: la masse noirâtre
étant refroidie, faudra la broyer dans
un mortier de marbre, puis la mettre
dans un vase de verre bien luté, &
faire sublimer, en donnant feu modéré
au commencement, & l'augmentant
après. Premièrement une fumée
citrine montera, ensuite une rougeâtre;
& lorsque la fumée apparaîtra
noire, il faudra donner feu très fort
pendant cinq heures; & le cinabre se
sublimera, & adhérera aux parois du
vase, & sera fort beau. Rompez le
@
Philosophique & Hermétique. 35
vase, prenez ce cinabre qui sera au
milieu, & ôtez ce qui sera monté au
chapiteau du vase, & les fèces qui seront
au fond; ainsi votre mercure
contenu dans le cinabre sera déjà privé
de son humidité.
REVIVIFICATION DU CINABRE
en Mercure coulant.
Mêlez le cinabre pilé avec autant
de limaille de fer, mettez cela dans une
retorte bien lutée, joignez-y un récipient
à demi plein d'eau, puis distillez
à feu cru, & tout le mercure passera
& tombera avec bruit dans le récipient
vif & coulant.
Prenez ce mercure, & le purifiez
avec vinaigre & sel par quatre fois,
puis le passez par le chamois. Il faudra
broyer ce Mercure avec du sel commun
purifié, l'arrosant avec un peu de
bon vinaigre, tant que le sel devienne
noir, puis le laver avec du vinaigre;
& ayant fait ainsi quatre fois avec nouveau
sel & vinaigre, il faudra à la dernière
fois le passer par le chamois, puis
le faire sécher.
@
36 Traité de Chimie,
SUBLIMATION DU MERCURE
de Cinabre.
Prenez une livre de mercure purifié
brouillez-le avec un peu de sublimé
corrosif pour le mortifier, après vous
le mêlerez & broierez peu à peu avec
une livre de salpêtre purifié & raffiné,
l'arrosant d'un peu de vinaigre distillé,
tant que tout le mercure soit englouti,
& que la masse soit réduite en pâte
blanche, laquelle vous la ferez dessécher
à feu lent, puis la ferez sublimer
pendant vingt-quatre heures à feu gradué;
& vous trouverez au haut du vase
une poudre blanche, subtile comme
folle farine, laquelle vous séparerez &
jetterez: car c'est l'esprit subtil, corrodant
& adustible du mercure, lequel
par sa volatilité empêche la fixation. Pour la matière blanche & cristalline
qui sera sublimée au-dessous de
l'esprit corrodant, & qui sera aussi sur
le
caput mortuum du vitriol & salpêtre,
vous la prendrez; car c'est la pure
substance du mercure; & dans le
caput
@
Philosophique & Hermétique. 37
mortuum demeure tout le soufre combustible
qui corrompt, & la terrestréité
noire qui empêche l'ingrès.
Prenez une livre de cette pure substance
mercurielle, broyez-la avec
une livre de vitriol calciné, une livre
de salpêtre raffiné, puis faites sublimer
comme la première fois.
Réitérez cette sublimation pour la
troisième fois, avec les mêmes doses;
& ainsi votre mercure sublimé sera
bien imprégné de l'esprit vitriolique.
Faites-le derechef sublimer seul
sans addition par deux autres fois; &
ainsi il sera pur, blanc & cristallin, &
propre pour être dissous en l'eau-forte
suivante.
DISSOLUTION, CALCINATION,
& sublimation du Mercure sublimé.
Faites l'eau-forte de parties égales
de vitriol calciné & de salpêtre raffiné,
puis rectifiez cette eau.
Prenez deux livres de cette eau,
faites-y dissoudre deux onces de votre
sublimé, & continuez tant qu'elle ait
dissous une livre du dit sublimé; cela
@
38 Traité de Chimie,
fait bouchez le vase, & mettez cette
dissolution au bain-marie pendant dix
jours, puis retirez par la chaleur du
bain ladite eau-forte; & après cette
distillation le Mercure demeurera au
fond du vase, blanc & calciné par le
moyen du feu corrosif contenu dans
l'eau corrodante: faites sublimer ce
mercure ainsi calciné, & réitérez cette
sublimation par deux autres fois, &
pour lors il sera très blanc & pur, &
s'appelle Mercure exubéré. Si vous
avez par exemple-trois livres de ce
mercure vous en prendrez une livre,
laquelle broierez subtilement, & la
fixerez par fréquentes élévations dans
un vase sublimatoire, tant qu'elle demeure
au fond en masse dure & fixe
sans plus sublimer; ou bien vous la fixerez
dans un vase convenable dans le
four fixatoire pendant quarante jours;
& ainsi cette matière mercurielle sera
calcinée fixée ouverte, allumée &
propre pour servir à la réunion de son
esprit humide.
Cette matière est nommée aigle glutineux
corps préparé, permanent &
de volatil rendu fixe. Pour ce qui est
@
Philosophique & Hermétique. 39
des deux autres livres de mercure sublimé
que vous aurez réservé des trois,
vous les broierez bien, puis les accommoderez
sur un marbre dans une
cave bien froide & humide; & cette
matière se réduira en liqueur, principalement
pendant les mois de Juin,
Juillet, & Août; laquelle liqueur
contiendra eau, air, feu, & terre: filtrez-la.
SEPARATION DES ELEMENTS
de la Liqueur Mercurielle.
Prenez la liqueur mercurielle faite
par défaillance, laquelle est appelée
huile; mettez-la dans un vase de
verre que vous boucherez bien & la
faites digérer pendant neuf jours; puis
la distillez au bain bouillant, & l'eau
spirituelle mercurielle passera dans le
récipient: cette liqueur est nommée
l'esprit de la Pierre blanche; conservez-la
à part.
Ayant tiré par le bain cette liqueur,
il restera au fond du vase une matière
crasse, dans laquelle sont enclos deux
éléments incombustibles, savoir l'air
@
40 Traité de Chimie,
& le feu, & un troisième combustible,
qui sera terre.
Pour faire l'extraction & séparation
desquels trois éléments, vous ferez
ainsi:
Prenez cette matière crasse, & la
faites digérer à l'athanor, ou étant séchée
pendant neuf ou dix jours afin de
l'ouvrir, puis atténuer, faites-en la
résolution en liqueur par défaillance;
distillez cette liqueur après l'avoir filtrée
par le feu de cendre, & l'élément
de l'air passera dans le récipient en
forme d'huile bleue & resplendissante:
conservez-la à part; ensuite quand
vous verrez qu'il ne distillera plus d'air,
vous augmenterez le feu enfin à un degré
très violent, & l'élément du feu
distillera en huile de couleur rouge;
conservez-la aussi à part.
Et au fond du vase restera l'élément
de la terre de couleur noire, que vous
jetterez comme inutile, d'autant que
le sel qui y était contenu, sera monté
& passé par distillation avec les autres
éléments.
Or pour vous servir de ces trois éléments,
savoir de l'eau spirituelle &
mercurielle
@
Philosophique & Hermétique. 41
mercurielle de l'air & du feu, il faudra
déflegmer & rectifier ladite eau
pour l'avoir pure. Il faudra aussi déflegmer
l'air par le vin, puis le rectifier
en cendres.
Pour l'élément du feu, il faudra le
rectifier au feu de sable, afin que les
parties feuillantes demeurent au fond
du vase; & ainsi vous aurez les substances
homogènes, & preuves d'un
corps mercuriel préparé comme il
faut. Mais il faut noter que l'eau &
l'air sont appelés esprits, & ainsi
joints, sont deux éléments qui humectent
& dissolvent la terre physique.
L'air & le feu conjoints ensemble
sont appelés âme, & ce sont eux qui
digèrent & unissent le composé: ainsi
quand vous voudrez vous servir de
l'eau mercurielle, joignez-y la moitié
du poids de l'huile blanche ou air; &
la même chose se fera pour l'élément
du feu ou huile rouge, c'est-à-dire,
que vous y mêlerez l'autre moitié du
poids de l'air ou huile blanche: car
l'air donne la vie au feu & à l'eau: l'eau
& l'air unis servent pour l'oeuvre lunaire,
& l'air & le feu pour le soleil;
D
@
42 Traité de Chimie,
Pour l'élément de la terre qui est
un sel contenu dans les trois autres
éléments, il a une vertu astringente &
coagulative, qui a le pouvoir d'arrêter
sa fluxibilité des éléments fluides,
& symbolise avec le feu par la siccité.
Pour accomplir l'oeuvre lunaire, il
faut faire ce qui suit.
OUVRAGE LUNAIRE.
Prenez une part de l'aigle glutineux
ou corps préparé & fixé, comme
on a dit, c'est-à-dire le corps du sublimé
fixé, & une part de l'esprit
mercuriel, ou eau mercurielle imprégnée
de l'huile aérien, mettez cela
dans l'oeuf de verre, que vous sigillerez
en putréfaction au bain, à lente
chaleur; & ainsi seront conjoints le
mâle & la femelle, l'esprit avec son
corps, & le mercure avec sa propre
terre.
Laissez-les en putréfaction pendant
cent cinquante jours sans les mouvoir;
& après quarante jours la noirceur
apparaîtra, laquelle est nommée
la tête du Corbeau; & ensuite plusieurs
@
Philosophique & Hermétique. 43
fausses couleurs: finalement la
couleur blanche se fera voir & augmentant
le feu un peu, il montera une
terre cristalline & feuillée, laquelle adhérera
aux côtés du vase; & cela s'appelle
soufre de nature, lequel sert tant
pour faire l'élixir blanc, que pour l'élixir
rouge.
Mais auparavant que de s'en servir,
il faut sublimer derechef ce soufre
seul, afin qu'il soit pur & sans fèces;
car si vous le sublimez sans le séparer
de ses fèces, il ne peut être bon. Il est
nommé armoniac, car il a eu son esprit
humide. Ce soufre étant donc sublimé
& réduit en pureté, est la terre
exubérée des Sages, & ce qu'ils appellent
tantôt soufre blanc non brûlant,
qui est le moyen de conjoindre
les soufres avec les corps, & tantôt
mercure de nature subtile & nette qui
s'unit avec les corps, pénètre & adhère
au fond d'iceux, moyennant la
chaleur & humidité d'icelui, & cela
s'effectue lorsqu'il est rendu fixe & fusible
par lui-même.
Prenez une part de ce soufre de nature,
& deux parts des esprits ou eau
D ii
@
44 Traité de Chimie,
mercurielle imprégnée de l'huile aérienne;
mettez-les dissoudre au bain
pendant six jours, puis retirez ce qui
pourra distiller de l'humidité mercurielle,
& le soufre demeurera au fond
en forme de liqueur huileuse, qui est
dite alors liqueur de soufre blanc, ou
de la Pierre blanche faite du sel armoniac.
Lequel soufre & liqueur mercurielle
il faudra conjoindre avec la liqueur
du soufre d'argent; faite comme sera
ci-après dit, comme étant son propre
ferment: car si le soufre huileux du
mercure n'était fermenté par le soufre
huileux de l'argent, il n'y aurait pas
moyen de faire l'élixir au blanc, ni l'élixir
au rouge, si le même soufre de
mercure n'était fermenté par l'huile
du soufre de l'or: car ce sont ces deux
soufres métalliques, mais vifs, qui
sont les âmes, lesquelles se joignent
per minima à l'esprit & au corps dumercure, & qui vivifie la Pierre.
Voyez les pages suivantes.
Pour faire la fermentation au blanc,
prenez trois parts de soufre de nature,
liqueur mercurielle, & une part de
@
Philosophique & Hermétique. 45
soufre huileux de l'argent; mettez-les
dans un vase de verre, sigillez-le, &
le posez sur les cendres chaudes à cuire
& dessécher tant que les couleurs
passent, & la vraie blancheur apparaisse
& demeure fixe; alors sera fait
l'élixir ou la teinture blanche pour
teindre & convertir le mercure, & les
métaux imparfaits en pure lune.
Si vous voulez multiplier cette Pierre
ainsi composée, & lui augmenter
infiniment la vertu, il faut en dissoudre
une part dans deux parts de l'eau mercurielle
imprégnée de son huile blanche
aérienne, retirez l'humidité superflue
par distillation, puis desséchez
la Pierre par coction comme à auparavant,
& retirez la dissolution avec
nouvelle eau imprégnée, & la dessiccation
de la matière, par tant de fois
qu'elle ne puisse plus se congeler, mais
demeure en huile incombustible: ainsi
sera accompli l'élixir, & multiplié en
vertu.
Mais pour la multiplier en quantité,
il faudra que ce soit en projection en
cette manière.
Faites fondre dix onces d'argent de
@
46 Traité de Chimie,
coupelle dans un bon creuset, puis
projetez dessus une dragme de votre
élixir fusible & incombustible, & l'argent
se convertira en une masse frangible,
laquelle vous pulvériserez, &
en projetterez une part sur cent parts
d'argent-vif vulgaire, & se convertira
en Médecine, de laquelle une part
transmuera cent parts des autres métaux
imparfaits en pure lune.
Si vous désirez faire l'élixir rouge,
prenez deux onces de la terre cristalline
ou soufre blanc, composé de l'esprit
& du corps du mercure sublimé,
que j'ai dit servir tant pour l'élixir
blanc que pour le rouge: mettez-les
dans vase de verre, sigillez-le, & le
posez en coction au feu de cendre lent,
& en l'espace de quatre-vingt ou quatre-vingt-dix
jours, ce soufre blanc se
convertira en soufre rouge. Prenez
une part de ce soufre rouge, broyez-
la & la mettez dans un vase de verre,
versez dessus une part & demie de la
teinture ou huile rouge ignée, imprégnée
de l'huile aérienne, comme il est
dit ci-devant, baignée au bain-marie
pendant quinze jours: puis retirez par
@
Philosophique & Hermétique. 47
distillation ce qui pourra monter, &
le soufre rouge mercuriel demeurera
au fond du vase en forme de liqueur
huileuse: joignez à trois parts de ce
soufre une part de ce soufre d'or, comme
il sera enseigné ci-après; cuisez-
les, & les desséchez ensemble aux
cendres chaudes & jusqu'à parfaite
rougeur. Voyez la page suivante.
Ensuite dissolvez cette Pierre rouge
ainsi fermentée avec son huile rouge
mercurielle imprégnée de son air, puis
la desséchez, continuant cette dissolution
& dessiccation, tant que ladite
Médecine ne se puisse plus congeler,
mais demeure en huile incombustible;
& pour lors vous aurez l'élixir rouge
multiplié en vertu, pour vous en servir
à transmuer les métaux imparfaits en
pur soleil.
LIQUEUR HUILEUSE
du Soufre d'argent.
Prenez quatre parts d'eau mercurielle,
ou l'esprit de mercure; faites
comme il est enseigné ci-devant: faites
dissoudre dans icelui une part de
@
48 Traité de Chimie,
sel armoniac ou soufre de nature, décrit
à la page ci-devant de l'Oeuvre
lunaire, puis distillez en cohobant tant
de fois, que l'armoniac passé en eau
spirituelle, laquelle pour lors sera évacuée,
imprégnée de son feu aérien;
pontique & perforante, & par ce
moyen a la puissance de dissoudre radicalement
l'argent, & le réduire en
chaux vive spirituelle, & en leur premier
principe: car cette eau composée
qui contient en soi une vertu ignée si
grande, qu'elle brûle & réduit tout
corps métallique en eau minérale onctueuse,
au lieu que le feu élémentaire
avec tout son plus grand effort ne le
réduit en chaux morte. Pour cette raison
les Sages ont nommé cette eau, feu
aqueux, eau ardente, feu de géhenne,
dans lequel le diamant se résout en liqueur,
ce qui est véritablement un
miracle de la nature, qui a mis cette
efficacieuse activité dans cet armoniac
physique, qui n'est autre que la quintessence
des éléments, & par conséquent
la clef, le commencement, le
milieu, la fin du grand oeuvre des Philosophes,
& sans quoi l'or & l'argent
potable ne se peut faire. Prenez
@
Philosophique & Hermétique. 49
Prenez donc au nom de Dieu une
part d'argent de coupelle, calciné par
le Moyen du mercure vulgaire, &
deux parts du vinaigre très aigre mercuriel,
fait comme il est dit ci-devant;
mettez le tout dans un vase de verre,
& laissez dissoudre l'argent au froid,
tant qu'il s'en pourra dissoudre; puis
posez le vase au bain pendant neuf
jours; & toute la substance de la lune
sera dissoute en eau de couleur verte;
laissez refroidir le bain, & évacuez la
dissolution lunaire dans une cucurbite
de verre; joignez-y le chapiteau, puis
faites distiller à la chaleur du bain l'eau
dissolvante; & la lune demeurera au
fond du vaisseau, non pas en chaux,
mais en forme de liqueur huileuse:
videz cette liqueur dans un autre vase,
& versez dessus d'excellent esprit de
vin, à l'éminence de quatre doigts,
bouchez bien ce vase & mettez digérer
au bain pendant dix jours; & alors
la liqueur lunaire sera convertie en
tenuissime eau oléagineuse, privée &
séparée de toute addition imparfaite
& hétérogène, & réconfortée de son
humidité perdue; ainsi elle sera préparée
E
@
50 Traité de Chimie,
comme il faut, pour être mise en
putréfaction; retirez l'esprit de vin.
Mettez la donc dans un vase convenable
sigillé, & le posez à la demie chaleur
du bain pendant cent cinquante
jours; & comme vous verrez le signe
de la putréfaction qui est la noirceur,
dite tête de corbeau, vous augmenterez
un peu le feu, tant que les fausses
couleurs apparaissent & disparaissent
l'une après l'autre, & que la blancheur
se fasse voir.
Lorsque la matière sera en blancheur,
vous augmenterez encore la
chaleur du bain, & la matière s'élèvera
sublimera, & adhérera aux parois
du vase, luisante & blanche comme
des yeux de poisson, laquelle pour
lors sera le soufre ou le sel de nature
extrait du corps de la lune, qui ne sera
pas si dur que le corps, ni si molle
comme l'esprit; mais sera une moyenne
substance entre le corps & l'esprit,
qu'on appelle Mercure des Philosophes,
& le médium pour conjoindre
les teintures. Prenez cette moyenne
substance ou sel de nature faites-le dissoudre
dans deux parts de mercure
@
Philosophique & Hermétique. 51
blanc, le laissant au bain pendant six
jours; ensuite retirez par distillation
au bain l'esprit mercuriel, & le soufre
lunaire demeurera au fond en forme
de liqueur huileuse, laquelle liqueur
il faudra joindre avec la liqueur de
mercure, comme il est dit, pour en
faire l'élixir blanc; car cette liqueur
lunaire onctueuse est le ferment blanc
& l'âme qui vivifie toute la Pierre, &
sans laquelle elle serait morte & demeurerait
inutile, ne donnerait point
de forme, ni ne pourrait teindre en
lune les métaux imparfaits.
LIQUEUR HUILEUSE
de Soufre d'or.
Prenez une part d'or pur purgé
par l'antimoine, faites-le dissoudre
dans une part de notre vinaigre
très aigre, mêlée avec égale partie
d'eau-forte, dans laquelle vous
aurez fait dissoudre un peu de sel armoniac
vulgaire, laissant la dissolution
solaire au bain pendant quatre
jours: après videz cette dissolution
rouge dans un vase distillatoire, puis
E ij
@
52 Traité de Chimie,
en retirez au bain par distillation toute
l'eau dissolvante, & la substance solaire
demeurera au fond du vase en
forme de liqueur huileuse.
Videz par inclination, cette liqueur
dans une autre vase, versez dessus de
vrai esprit de vin, à l'éminence de
quatre doigts; bouchez ce vase, & le
mettez en digestion dix jours au bain,
& la liqueur solaire sera très tenue,
rare, & privée d'adustion étrangère;
mais il faudra en séparer l'esprit de
vin à la chaleur du bain: & ainsi elle
sera propre pour être mise à putréfier à
la chaleur du bain pendant cent cinquante
jours, dans lequel temps elle
passera par toutes les couleurs jusqu'à
blancheur, laquelle apparaissant, vous
augmenterez le feu du bain; & la substance
solaire s'élèvera & adhérera aux
parois du vase fort blanche & luisante:
alors vous laisserez refroidir le vase,
puis le poserez au feu de cendre modéré;
car autrement la matière pourrait
se vitrifier: continuez le degré de chaleur,
tel que vous puissiez tenir le vase
à la main, jusqu'à ce que cette blancheur,
soit convertie en soufre de nature
très rouge & parfait.
@
Philosophique & Hermétique. 53
Faites dissoudre une part de ce soufre
rouge dans une part & demie de la
teinture où huile rouge ignée, imprégnée
de l'huile aérienne extraite du
mercure, comme il est enseigné: digérez-le
au bain pendant six jours, puis
retirez par distillation aux cendres ce
qui pourra distiller de l'huile mercurielle
rouge, & le soufre de l'or demeurera
au fond du vase en liqueur
oléagineuse; & par ce moyen sera
accompli le ferment rouge, lequel il
faudra joindre avec la liqueur huileuse
du mercure, comme il est dit ci-devant,
d'autant que c'est l'âme, la vie,
la forme, & la teinture de l'élixir rouge,
pour teindre & convertir les métaux
imparfaits en soleil parfait.
Pour la multiplication de l'élixir
rouge en vertu, elle se fait avec la même
huile rouge mercurielle.
Mais pour l'augmentation en quantité,
elle se fait par projection dudit élixir
sur le corps de l'or pur & fondu, comme
il est dit, de l'élixir blanc, sur le
corps de l'argent, puis du corps de l'or
qui sera médecine frangible: vous en
projetterez sur le mercure vulgaire;
E iij
@
54 Traité de Chimie,
& de ce mercure aussi médicinal vous
ferez projection sur les corps aussi imparfaits,
pour les convertir en or.
ELIXIR DE VIE SPIRITUEL,
ou Or potable.
Lorsque l'or est réduit en liqueur
par notre vinaigre très aigre, & réconforté,
privé & adouci par l'esprit
de vin de toute adustion étrangère, il
peut être appelé or potable; & l'on
s'en peut servir intérieurement pour la
guérison de plusieurs maladies, parce
qu'il n'est plus or corporel: toutefois
pour avoir l'or potable parfait, il faut
qu'il soit réduit en quintessence, c'est-
à-dire en élixir rouge, comme il est dit
ci-dessus, puis faire ainsi.
Faites fondre cent parts d'or pur
passées par l'antimoine, & projetez
dessus une part de votre élixir rouge,
& tout l'or se convertira en masse rouge,
frangible & pulvérisable.
Prenez ce que vous voudrez broyer,
puis le mettez dans un vase de verre;
versez dessus de bon esprit de vin, posez
le verre au bain pendant deux jours,
@
Philosophique & Hermétique. 55
& la poudre rouge se dissoudra: retirez
l'esprit de vin par distillation au bain;
& l'huile d'or demeurera au fond du
vase, pure, fixe, & rouge comme sang;
& pour lors ce sera le vrai or potable,
& l'élixir de vie spirituel des anciens
Sages.
Par la même méthode vous ferez l'argent
potable, en projetant une part de
l'élixir blanc fait comme il est dit ci-
dessus, sur cent parts d'argent de coupelle
fondu dans un creuset; & l'argent
se convertira totalement en masse blanche,
cristalline, frangible & pulvérisable,
de laquelle vous prendrez une partie,
& la ferez dissoudre dans l'esprit de
vin deux jours au bain; puis retirerez
l'esprit de vin par distillation au même
bain; & ainsi l'huile d'argent demeurera
pure au fond du vase, & sera le vrai argent
potable.
Cet élixir de vie blanc, médecine
blanche ou argent potable, est excellente
pour diverses maladies, guérissant
parfaitement & radicalement toutes les
maladies de la tête, comme vertiges,
syncopes, épilepsies, frénésies, la lèpre,
& autres.
E iiij
@
56 Traité de Chimie,
Pour ce qui est des vertus de l'or potable,
elles sont incomparables; car
en le prenant intérieurement, & s'en
oignant extérieurement, il guérit toutes
les infirmités de l'homme, extirpant
radicalement la racine des plus
fâcheuses maladies, comme lèpre,
goutte, épilepsie, apoplexie, paralysie,
hydropisie, calcul, fièvre, frénésie,
fièvres pestilences, & toutes autres
maladies telles qu'elles puissent être:
enfin c'est la médecine universelle,
dont Dieu soit loué & béni éternellement.
TEINTURE, HUILE ET PIERRE
Solaire.
Prenez de l'or passé trois fois par
l'antimoine ce qu'il vous plaira, faites-
le dissoudre dans l'eau-forte Royale &
composée d'une livre d'eau-forte commune,
faite de deux parts de vitriol &
d'une part de salpêtre, avec quatre onces
de sel armoniac: quand tout l'or
sera dissous, versez sur la dissolution
de bonne huile de tartre bien clair,
goutte à goutte à cause de l'ébullition;
@
Philosophique & Hermétique. 57
& l'or qui était en liqueur se précipitera
au fond du vase, & l'eau-forte royale
qui était auparavant rouge & citrine,
deviendra claire, laquelle vous laisserez
reposer, afin que tout l'or aille au
fond, puis la viderez par inclination:
vous dulcifierez la chaux d'or précipitée
par dix ou douze fois avec de l'eau
commune, la ferez sécher à l'air & non
au feu; car elle s'enflammerait, irait
en fumée, & vous n'en pourriez rien
retrouver: c'est cette poudre qu'on appelle
Or fulminant & tonnant. Pour lui
ôter la qualité fulmineuse & s'en servir
surement, versez sur icelle de bon vinaigre
distillé & en bonne quantité, faites-les
bouillir ensemble l'espace de
vingt-quatre heures, & les remuez
doucement avec un bâton, de crainte
qu'elle ne s'attache au fond du vase;
par ce moyen vous lui ôterez la fulmination:
cela fait, retirez le vinaigre
par inclination, puis dulcifiez la poudre
d'or avec de l'eau tiède, & la faites
bien sécher.
Cette poudre ou chaux subtile peut
être élevée par l'alambic, belle, diaphane,
& rouge comme sang; ce qui
@
58 Traité de Chimie,
est certes une très grande merveille.
Elle peut aussi s'unir avec l'esprit de
vin, sans pouvoir être recorporée par
aucun artifice de coagulation; & c'est
là le secret que je veux déclarer sur votre
conscience, à condition que vous
le tiendrez sans le révéler.
Prenez donc un très excellent esprit
de vin, & y laissez tomber quelques
gouttes d'huile de tartre; puis
ajoutez à la chaux d'or trois fois son
poids de fleurs de soufre bien subtilisé,
mêlez-les bien ensemble, & les mettez
réverbérer dans une cherbe plate dessous
la moufle à feu lent, en sorte que
ladite chaux soit rouge de feu, laquelle
jetterez toute rougie & enflammée
dans l'esprit de vin susdit, & l'y laisserez
éteindre & refroidir: après prenez
cette chaux; & l'ayant fait sécher,
elle sera fort spongieuse; réitérez ce
labeur six autres fois, réverbérant toujours
avec trois fois autant pesant de
fleurs de soufre, & l'éteignant dans
l'esprit de vin; & vous verrez à la fin
que ladite chaux d'or deviendra enflée
& molle comme du beurre; faites-la
sécher à feu lent, d'autant qu'elle fond
incontinent.
@
Philosophique & Hermétique. 59
Alors vous aurez une cucurbite Tubulée,
faite le plus artistement qu'il
vous sera possible, laquelle vous poserez
sur le sable, & y adapterez sa
chape avec son récipient, puis la ferez
échauffer tant que le sable commence
à rougir; ce que voyant, vous ferez
aussi échauffer ladite chaux, autrement
la cucurbite casserait, & la jetterez
par le tuyau de ladite cucurbite,
que vous boucherez soudain, & à l'instant
même les gouttes rouges ou huile
d'or monteront dans l'alambic &
distilleront dans le récipient, dans lequel
vous aurez mis auparavant que
de distiller, trois fois autant pesant
d'esprit de vin excellent que pèse la
chaux solaire; tenez le feu en ce degré
autant de temps que vous ne voyiez
plus tomber de gouttes dans le récipient,
lesquelles se mêleront avec l'esprit
de vin.
Retirez cet esprit doré, mettez-le
dans un pélican que vous sigillerez
hermétiquement, & ferez circuler
pendant un mois; ainsi il s'en fera une
Pierre plus rouge que sang, fondante
au feu comme cire, laquelle broierez
@
60 Traité de Chimie,
& mêlerez avec deux fois autant de
chaux d'argent de coupelle; puis les
ferez fondre dans un bon creuset, les
laisserez refroidir, jetterez le tout dans
l'eau forte commune; & il se précipitera
une chaux noire, laquelle vous fondrez,
& trouverez qu'outre l'or ajouté,
la moitié de ladite chaux d'argent sera
convertie en soleil, & l'autre moitié
ne sera aucunement changée, mais sera
bonne, comme devant.
Si vous travaillez bien, certes vous
aurez de quoi louer Dieu; toutefois
si vous errez, ne m'en attribuez pas la
faute; car je ne le vous puis décrire
plus intelligiblement que je fais.
Cette poudre d'or, soit qu'elle soit
réduite en huile rouge, soit qu'elle soit
convertie en Pierre rouge, sert grandement
pour la santé; mais il s'en faudra
servir sans la mêler avec la chaux d'argent,
mais avec les liqueurs convenables
dans lesquelles elle se mêlera, &
ainsi sera un or vraiment potable.
@
Philosophique & Hermétique. 61
V R A Y E conjonction physique du Soleil,
de la Lune, & du Mercure des Philosophes.
Les anciens Sages, pour accomplir
leur grand oeuvre, après avoir la connaissance
des vraies matières sur lesquelles
& avec lesquelles ils devaient
travailler, n'ont point eu d'autre soin
que de bien préparer & purifier exactement
ces matières de toutes leurs
humidités superflues, terrestréités &
soufre combustible, & les réduire en
forme de pierre cristalline, afin que
leur corps mondifié fût apte à recevoir
son esprit aussi parfaitement dépuré, &
que cet esprit pût descendre & s'insinuer
dans le corps, pour après y conjoindre
le ferment qui est l'âme, & par
conséquent unir ces trois en un: savoir
le corps de la lune, l'esprit du
Mercure, & l'âme du soleil: les préparations
desquels astres terrestres se
font sans aucune séparation des éléments,
ni sans aucune déperdition de
poids que la sage nature a mis en chacun
d'eux pour leur production; c'est
@
62 Traité de Chimie,
ce qui est digne d'être considéré. Pour
donc travailler à ce haut mystère, il
faut faire ce qui suit.
Prenez deux livres de bon vitriol
dépuré & calciné en blancheur, &
deux livres de salpêtre bien raffiné &
desséché, pilez-les & mettez-les ensemble,
puis incorporez cela & peu à
peu une livre de mercure revivifié du
cinabre; mettez le tout dans une
grande cucurbite de verre, joignez-y
un grand alambic & un récipient convenable
lutez bien les jointures, puis
distillez par degrés, donnant le feu lent
au commencement pendant quatre
heures, puis l'augmenterez de temps en
temps jusqu'à vingt heures, dans lequel
temps l'eau-forte de vitriol & salpêtre
passe dans le récipient; alors
vous continuerez le feu, & le mercure
se sublimera dans l'alambic, blanc
comme neige, & emportera avec soi la
teinture ou le soufre de vitriol; & cette
sublimation après la distillation de
l'eau forte se fera en vingt heures:
conservez cette eau-forte.
Prenez ce mercure sublimé, & l'incorporez
derechef avec deux livres de
@
Philosophique & Hermétique. 63
nouveau vitriol & deux livres de salpêtre:
distillez & sublimez comme la
première fois, réitérez cela encore par
deux autres fois avec nouveaux ingrédients,
& ainsi vous aurez assez d'eau-
forte, & votre mercure sera sublimé
quatre fois, & son corps bien rempli
de teinture.
Ensuite prenez quatre onces de lune
de coupelle battue en lame, subtile, &
découpée en petits morceaux; mettez-
la dans un vase de verre dessus huit
onces d'eau-forte susdite, & laissez
dissoudre la lune susdite totalement
sur les cendres chaudes.
Prenez aussi deux onces de pur soleil
passé par le ciment royal ou par
l'antimoine, battu en lame, subtil, &
coupé en petits morceaux; mettez-les
dans un vase de verre, versez dessus six
onces de votre eau-forte, dans lesquelles
vous aurez auparavant fait dissoudre
une once de sel armoniac purifié;
laissez dissoudre entièrement le
soleil sur les cendres chaudes.
Prenez encore trois onces de votre
mercure sublimé quatre fois, broyez-
le très bien, puis le mettez dans un
@
64 Traité de Chimie,
vase de verre avec six onces d'eau-forte
susdite, & laissez dissoudre le sublimé
sur les cendres chaudes.
Notez que vous pourrez faire ces
trois dissolutions en même temps & sur
un même fourneau à feu de cendres;
mais la dissolution du mercure sublimé
sera plus longue à faire que celle du
soleil & de la lune. Ces dissolutions
achevées, mettez deux petits morceaux
de lames d'argent dans la dissolution
de la lune, mettant deux petits morceaux
de lame d'or dans la dissolution
du soleil; & aussi dans la dissolution
du mercure sublimé, vous mettrez un
peu de sublimé pulvérisé.
Quand vous verrez que la lune, le soleil
& le mercure seront totalement
dissous chacun dans leur eau, vous remettrez
deux petits morceaux de lame
d'argent dans la dissolution lunaire, &
ferez le semblable avec des lames d'or
& du mercure sublimé dans chacune
de leurs dissolutions: finalement vous
réitérez cela tant de fois, que les eaux-
fortes qui seront dans les trois vases
ne puissent plus dissoudre, & n'agissent
plus sur les lames d'or, d'argent, &
sur
@
Philosophique & Hermétique. 65
sur la poudre de mercure sublimé que
vous y aurez mis la dernière fois; mais
au contraire qu'elles demeurent entières,
quoique vous les y laissez tremper
dedans dix ou douze jours sur les
cendres chaudes; & ainsi les eaux-fortes
auront perdu leurs vertus dissolvantes.
Cela parachevé, versez doucement
par inclination les trois dissolutions
dans chacune une cucurbite de verre,
accommodez les alambics dessus, & y
joignez les récipients; lutez bien les
jointures, puis distillez au feu de sable
modéré toute l'humidité de ces eaux-
fortes; tant que les matières de la
lune, du soleil & du mercure restantes
au fond du vase, soient si sèches, qu'elles
puissent être pulvérisées.
Prenez alors ces trois matières; &
les ayant broyées chacune à part, vous
les remettrez chacune dans un vase de
verre, & verserez sur icelles de bon
esprit de vin rectifié à l'éminence de
quatre doigts; puis laisserez dissoudre
& digérer les dites matières au feu de
cendres fort lent, les vases bien bouchés
pendant quatre jours; après vous
F
@
66 Traité de Chimie,
viderez doucement par inclinaison,
chacune des dissolutions claires, & ce
chacun dans un vase particulier que
vous boucherez bien.
Derechef vous verserez de l'esprit
de vin sur les fèces restées dans chacun
des vases, & ce à l'éminence de quatre
doigts, dissoudrez & digérerez comme
devant par quatre jours, puis verserez
l'esprit de vin imprégné de la lune avec
le premier qui aura dissous auparavant
de la substance de la lune; & ainsi
vous ferez du soleil & du mercure sublimé
dans chacun leur vase particulier:
réitérez cela tant de fois que l'esprit
de vin ne dissolve plus rien des fèces
de la lune, du soleil & du mercure;
alors vous mettrez à part les dites fèces
indissolubles chacun dans un vase.
Cela fait; prenez tout l'esprit de vin
imprégné de la lune, & le retirez par
distillation au bain jusqu'à la siccité.
Dissolvez & digérez derechef la matière
restée au fond du vase, avec nouvel
esprit de vin à l'éminence de quatre
doigts pendant quatre jours, & il
restera encore au fond du vase de nouvelles
fèces, videz par inclination la
@
Philosophique & Hermétique. 67
dissolution pure dans un vase, & mettez
ces fèces avec les premières indissolubles
de la lune, puis retirez l'esprit
de vin par distillation au bain-marie;
continuez ce procédé en dissolvant la
matière lunaire avec de l'esprit de vin
récent, rejetant toujours celui qui
aura servi, & qui aura été retiré par
distillation, d'autant qu'il ne vaudra
plus rien, & mettant chaque fois les
fèces restantes avec les premières &
secondes, & ce par tant de fois, que la
matière lunaire ne laisse plus aucune
fèces, toutes lesquelles fèces vous conserverez
pour les calciner, comme sera
dit ci-après.
Or tout ainsi que vous aurez préparé
& purifié la matière lunaire avec
l'esprit de vin, vous ferez le semblable
de la matière solaire à part, & de la matière
mercurielle aussi à part; & par ce
moyen vous aurez chacune de ces
trois matières réduites en une grande
subtilité & bien rectifiées, chacune
desquelles contiendra en soi les purs
éléments de l'eau, de l'air, & du feu,
avec les mêmes poids que la nature y
a mis auparavant.
F ij
@
68 Traité de Chimie,
Pour l'élément de la terre, vous le
tirerez des fèces en cette manière.
Mettez toutes les fèces lunaires dans
un vase de verre, que vous boucherez
bien avec son antipatoire, puis le poserez
au fourneau de cendres à calciner
pendant trente-deux heures toujours
à même chaleur & degré de feu: ainsi
le vase étant froid, vous le retirerez;
& s'il y a quelque chose qui soit sublimé,
vous l'ôterez avec une plume;
versez sur ces fèces calcinées de l'eau
commune distillée, faites bouillir pendant
une heure sur cendres chaudes
dans un vase de terre, filtrez la dissolution
& la conservez.
Versez derechef de l'eau commune
distillée sur les fèces restées, faites bouillir
derechef pendant une heure, filtrez
la dissolution, & la conservez avec
l'autre; réitérez cela encore pour la
troisième fois: ainsi vous aurez extrait
l'élément de la terre qui était contenu
dans les fèces lunaires, lesquelles fèces
vous jetterez après comme inutiles.
Pour lors vous ferez évaporer aux
cendres chaudes toute l'eau commune,
& le sel lunaire restera au fond du vase
d'une couleur gris-blanche.
@
Philosophique & Hermétique. 69
Prenez ce sel & le faites dissoudre
dans de nouvelle eau commune distillée,
faites-le bouillir pendant une
heure, filtrez la dissolution, jetez les
fèces derechef, faites évaporer l'eau
commune & le sel demeurera au fond
du vase plus pur & plus blanc qu'auparavant:
réitérez cette dissolution,
filtration & évaporation tant de fois,
que tout le sel lunaire ne laisse plus aucune
fèces: par ce moyen l'élément
de la terre sera purifié comme il faut,
& sera une vraie terre philosophique.
Vous ferez des fèces du soleil & du
mercure sublimé tout ainsi que vous
avez fait des fèces lunaires en calcinant
celles du soleil pendant six heures,
& celles du mercure sublimé pendant
vingt heures afin d'en extraire
l'élément de la terre, ou ses sels purs y
contenus.
Puis après prenez l'élément de la
terre ou le sel de la lune, mettez-le
dans un vase de verre avec la matière
lunaire préparée comme dit est, avec
l'esprit de vin contenant les trois éléments;
savoir l'eau, l'air & le feu,
sans aucune séparation d'iceux; versez
@
70 Traité de Chimie,
dessus de l'esprit de vin, & le tout étant
dissous, retirez doucement l'esprit de
vin par distillation au bain, tant que
ces quatre éléments alors conjoints
commencent un peu à s'épaissir & deviennent
en forme huileuse; ce que
voyant, vous mettrez le vase en lieu
froid & humide pendant quatre jours,
& ainsi se produiront des cristaux ou
petites pierres cristallines: tirez par inclination
la liqueur restante, & conservez
les pierrettes ou cristaux; continuez
ainsi, tant que la matière contenant
les quatre éléments, soit toute
convertie en cristaux diaphanes.
Ayant donc ainsi conjoint les quatre
éléments lunaires, & converti iceux en
cristaux, vous en ferez de même des
quatre éléments de l'or, les joignant
ensemble semblablement, comme dessus,
pour avoir les cristaux.
Vous procéderez en cette manière,
pour avoir les cristaux des quatre éléments
du mercure sublimé.
Tous ces cristaux, lunaires, solaires,
& mercuriels étant parachevés, comme
dit est:
Vous prendrez un vase fixatoire de
@
Philosophique & Hermétique. 71
bon verre, mettez dans icelui tous les
cristaux lunaires, sigillez-bien le vase,
& le mettez au fourneau de cendres, à
tel degré & chaleur de feu que vous y
puissiez tenir le doigt sans aucune lésion;
& comme le vase commencera à
s'échauffer, vous verrez incontinent
que les cristaux se liquéfieront en forme
d'huile, monteront & descendront
en mille petites fibres; puis de jour
en jour elles s'épaissiront: & quand vous
remarquerez qu'au lieu de cette grande
quantité de fibres, il n'en montera
plus que dix ou douze, alors vous augmenterez
le feu de cendres à telle chaleur,
que vous puissiez seulement y
tenir le doigt l'espace d'un
Avé maria.
Derechef ne voyant plus de fibres
monter ni descendre, vous augmenterez
encore le feu de cendres à telle
chaleur, que vous n'y puissiez plus durer
le doigt, entretenez alors le feu en
ce degré vingt-quatre heures, & dans
lequel temps si vous ne voyez plus rien
monter ni descendre, ce sera signe que
votre matière lunaire est fixé & fluante;
& cela s'effectuera infailliblement
dans quarante jours dans ledit vase fixatoire.
@
72 Traité de Chimie,
Par cette voie vous aurez la matière
lunaire que nous appelons corps philosophique,
préparé comme il faut:
car elle n'est plus corps imparfait, mais
un corps glorifié & une haute médecine
qui a la vertu de convertir les corps
imparfaits métalliques en vraie lune;
& qui plus est, étant projetée sur de
l'or fondu dans un creuset, elle le
transmuera dans sa propre nature d'argent;
& ainsi sera vérifié ce dire d'Hermès:
Celui qui du soleil ne saurait faire
lune, celui aussi ne pourra transmuer
la lune en soleil; & Geber dit aussi:
Qui du rouge ne sait faire le blanc,
ne saura aussi du blanc faire le rouge.
Or de la même manière que vous
aurez faite pour fixer les cristaux lunaires,
vous procéderez de la même voie
pour fixer les cristaux solaires; & ainsi
sera fait le ferment ou l'âme de l'or,
qui sera une haute médecine, & plus
parfaite que celle de la lune; car elle
convertira la lune & les autres métaux
imparfaits en très pur or.
Et pour les cristaux du mercure sublimé,
il faudra les mettre dans le
vase fixatoire, & les tenir en coction
tant
@
Philosophique & Hermétique. 73
tant qu'ils ne montent plus en fibres
dans ledit vase; & pour lors ils seront
réduits en une substance partie volatile,
& en partie fixe, laquelle fixité
est causée tant par quintessence sulfurée
qui était enclose dans l'esprit de
vitriol, que par la propre terre cristalline
du mercure préparé, comme nous
avons dit ci-devant: tellement que par
le susdit degré de la chaleur des cendres,
cette substance demi-fixe ne peut monter
dans le vase fixatoire. Mais si cette
substance mercurielle était mise avec
son vase de verre, dans un creuset, au
feu de cendres très violent, certes
pour lors on verrait sublimer une partie
de cette substance, & l'autre partie
demeurerait fixe au fond du vase; ce
qui n'arrive pas ainsi, en le faisant dans
son vase fixatoire à plus lente chaleur
des cendres, ainsi que nous avons dit
pour la cohésion des cristaux de la lune
& du soleil; car par ce moyen elle est
rendue fixe & préparée, ainsi qu'elle
est requise pour être jointe, comme
l'esprit physique avec le corps physique
de la lune. Et ce qu'Aristote a entendu,
lorsqu'il a dit: » Prenez le
G
@
74 Traité de Chimie,
» corps jusqu'à ce qu'il soit parfait,
» puis vous y joindrez l'esprit préparé;
» & ainsi se fera un, de ces deux,
» qui ne pourront plus être séparés
» par le feu; au contraire ils demeureront
» unis permanément.
Notez que vous pourrez faire en
même temps les cohésions de la lune, du
mercure & du soleil, dans chacun leur
vase fixatoire, posez dans un même
fourneau, & à même degré de cendres.
Ayant donc préparé ces trois substances,
prenez au nom de Dieu le
vase fixatoire où sera la matière lunaire
fixée & fluante, comme dit est, ouvrez
ce vase & versez chaudement dedans
la matière du mercure sublimé:
je dis chaudement; car si cette matière
mercurielle fixe & fusible était refroidie,
elle serait trop épaisse, & ne
pourrait couler blanche: lutez bien le
vase, & mettez derechef au feu de
cendres pendant sept jours, à tel degré
de chaleur que vous puissiez tenir le
doigt dans les cendres; & par ce moyen
l'esprit mercuriel qui est une essence
neutre s'élèvera, & conjoindra avec le
@
Philosophique & Hermétique. 75
corps de la lune, & seront après pour
recevoir le ferment masculin du soleil,
qui est l'âme ou le soufre de l'or.
Prenez donc la matière fixe & fusible,
& la versez chaudement dans le vase
où est le corps de la lune, & l'esprit du
Mercure unis ensemble; lutez bien le
vase, puis le posez au feu de cendres
pendant sept jours: étant passés, vous
mettrez & viderez le plus précieux
dans l'oeuf philosophique, & le ferez
encore cuire au four d'athanor pendant
quarante jours, à tel degré de chaleur
que vous y puissiez tenir la main l'espace
d'un
Pater; & dans ce temps-là le
corps, l'âme & l'esprit qui auparavant
étaient séparés, seront unis, incorporés
ensemble inséparablement, & convertis
en une médecine coagulée, fixée,
entière, diaphane & rouge, obscure
comme un rubis, qui est le sel fusible
& l'huile incombustible des Philosophes,
dont vous ferez projection,
tant sur la lune, que sur le saturne, &
seront transmués en grande quantité
en très pur or.
Prenez cent parts des cristaux de
mercure sublimé, comme dit est, devant
G ij
@
76 Traité de Chimie,
d'être fixé; & desquels vous devez
faire provision, d'autant que ces
esprits sont multiplicatifs; joignez ces
cristaux avec une part de votre Pierre
rubiconde refroidie & pulvérisée, dans
laquelle sont unis le corps lunaire,
l'esprit mercuriel, & l'âme solaire;
mettez-les dans un vase fixatoire bien
bouché, posez-le au feu de cendres à
telle chaleur que vous puissiez à peine
y tenir le doigt, continuez ce feu quinze
jours, puis mettez cette composition
dans l'oeuf que vous sigillerez, puis
vous le ferez cuire à l'athanor pendant
quarante jours, à telle chaleur que
vous y puissiez tenir la main sans lésion,
entre la partie intérieure & extérieure
de l'athanor l'espace de temps
qu'il faudrait pour réciter l'Oraison
Dominicale: retirez l'oeuf ensuite, &
prenez cette matière multipliée, & avec
icelle vous ferez la projection comme
la première fois sur la lune & saturne.
Ainsi vous pourrez connaître que la
lune préparée est le corps pur dans lequel
l'esprit du mercure multiplicatif
s'insinue & y est retenu par la vertu
magnétique de ce corps; & que l'âme
@
Philosophique & Hermétique. 77
du soleil qui est le ferment du corps &
de l'esprit, & qui leur donne la vie, &
les réduit en sa nature, ne peut servir
parfaitement avec le corps lunaire, que
par le moyen de l'esprit mercuriel, lequel
est le médiateur entre l'âme & le
corps, & celui qui les joint, s'unissant
aussi avec eux par homogénation; de
sorte qu'il se fait un lien d'amour si
ferme entre ces trois, qu'ils ne peuvent
plus jamais être séparés.
Vous remarquerez aussi que l'esprit
mercuriel croît & s'augmente toujours
dans le corps lunaire; & comme
le corps se multiplie en quantité, cet
esprit subtil s'y insinuant & s'y fixant,
le rend plus fort & plus apte à sympathie
& vertu en quantité, pour le retenir
plus copieusement & plus soudainement;
de manière que par réitération
cette matière devient si subtile,
qu'elle flue au feu comme cire, &
poussée plus outre en la multiplication;
elle a la puissance de pénétrer le
verre, comme l'huile pénètre le cuir.
La quantité de la pierre se fait donc
par l'insinuation de l'esprit dans le
corps, & la rétention d'icelui par le
G iij
@
78 Traité de Chimie,
même corps; mais la qualité procède
de la vertu de l'âme solaire qui anime
tout le composé. Notre Pierre est donc
composée du corps, de l'esprit, & de
l'âme. La lune est dite corps imparfait,
l'eau est l'esprit du mercure, le ferment
est l'âme solaire, l'eau spirituelle mercurielle
purifie, subtilise, & blanchit
le corps.
Le corps lunaire est la matière qui
reçoit & retient l'esprit; le ferment est
l'âme solaire qui donne la vie au corps,
& lui donne meilleure forme qu'il n'avait
auparavant; derechef l'esprit retient
l'âme, comme le corps retient
l'esprit; car l'âme ne demeurerait pas
avec le corps, si ce n'était par le moyen
de l'esprit; mais lorsqu'ils sont tous
trois conjoints & unis ensemble, ils ne
peuvent plus être séparés.
L'esprit pénètre, l'âme copule, le
corps a la vertu rétentive pour retenir
l'esprit humide, & l'esprit a la force de
retenir l'âme huileuse; l'huile retient
aussi la teinture, fait paraître la couleur
qui fait la démonstration de la teinture;
en quoi est la vie & la perfection du
Magistère. Louange & bénédiction en
@
Philosophique & Hermétique. 79
soit éternellement donnée à la Très-
Sainte-Trinité, Père, Fils, & St
Esprit.
MAGISTERE METALLIQUE.
L'astre du soleil, j'entends le soufre
incombustible, ou une particule &
étincelle du feu vital, ou âme catholique,
que le soleil céleste a mis dans l'or
appelé soleil céleste, à cause de leurs
sympathies, ne se trouve pas seulement
dans le corps de l'or, mais encore dans
les corps de mars & de vénus, & dans
le bon vitriol minéral, avec lesquels
soufres tant métallique que minéral,
unis avec l'esprit ou mercure des Sages
dupliqué, on peut faire l'oeuvre ou
médecine des Philosophes, parce qu'ils
sont terres d'une même racine & origine,
ont une même teinture de semblable
substance & couleur; & la substance
de cette teinture est un esprit &
une fumée qui se réduit en liqueur,
laquelle pénètre tous les corps métalliques.
Or comme de vénus & de mars on
peut faire du vitriol, qui est proprement
G iiij
@
80 Traité de Chimie,
rétrograder, réincruder, & réduire
le métal ou minéral; aussi peut-
on réduire le minéral, c'est-à-dire le
vitriol pur, qui croît dans les mines
en une essence spirituelle, gardant les
propriétés métalliques; toutefois cette
substance n'est pas la première matière,
mais elle peut être convertie &
réduite par l'art en la première matière
ou hilé qui est la semence des métaux
& minéraux; de manière qu'il
ne serait pas nécessaire de recourir aux
métaux pour en avoir le vitriol, puisque
leur semence se rencontre & se
trouve dans le vitriol minéral toute
nue & à découvert.
Mais d'autant qu'il faut pour cette
opération avoir du vitriol pur qui ne
soit point imbu dans la minière d'esprits
arsenicaux, ni d'autres choses
hétérogènes, & qu'on n'est pas assuré
si les vitriols qu'on apporte de Chypre
& de Hongrie, sont adultères ou non;
je conseille de se servir du vitriol extrait
de verdet,
viridis aëris, qui est
de couleur émeraude, d'un degré fort
haut, & qui répand la couleur au large;
car par ce moyen vous aurez assez de
@
Philosophique & Hermétique. 81
matière pour la réduire & en faire le
Magistère des Sages, en cas que vous
fussiez en doute de ne pouvoir accomplir
cette arcanité par d'autres vitriols.
EXTRACTION DU VITRIOL
émeraudin contenu dans le Verdet, & sa distillation.
N°. 1. Le verdet que les Latins appellent
viridis aëris, & les François
vert-de-gris par un mot corrompu,
n'est autre chose que le cuivre calciné
par corrosion lente en poudre de couleur
vert-de-mer; laquelle calcination
se fait par ératification, c'est-à-dire
qu'on fait un lit avec les aines ou
marcs de raisins pressés au pressoir, &
un autre lit de lames de cuivre, contenant
lit sur lit, tant que le vase contenant
soit rempli; puis par succession
de temps les lames se convertissent en
verdet, qui se fait abondamment en la
Province de Languedoc.
Prenez donc douze livres de verdet
ou davantage si vous voulez, pilez-les,
& les mettez dans huit cucurbites de
@
82 Traité de Chimie,
verre, à chacune une livre & demie;
versez dessus du vinaigre distillé à l'éminence
de huit doigts en travers:
laissez digérer aux cendres les vases
clos pendant quarante-huit heures,
remuant souvent la matière avec un
bâton; puis filtrez le menstrue teint
par le papier gris, remettez de nouveau
vinaigre sur les fèces; digérez, filtrez,
& continuez ainsi tant que toute la
teinture verte soit extraite; & que les
fèces demeurent de couleur d'ocre
brun: faites ensuite évaporer le menstrue
teint, tant qu'il n'en demeure que
le tiers ou le quart, & le mettez en lieu
froid, & se formeront de beaux cristaux
émeraudins, videz par inclination le
menstrue resté, faites évaporer & cristalliser
comme devant, tant que vous
ayez tout le vitriol du verdet en couleur
d'émeraude, qui sera à la quantité
de six livres, qui est demi-livre
par livre de verdet. Ce vitriol est appelé
des Peintres verdet calciné, mais
improprement, duquel ils se servent,
parce qu'il est excellent pour faire une
très belle couleur émeraudine; faites-
le dissoudre derechef en le faisant
@
Philosophique & Hermétique. 83
bouillir dans de l'eau commune, puis
filtrez & cristallisez, afin de l'avoir plus
pur, & privé de ses excréments terrestres.
Prenez quatre livres de ce vitriol,
desséchez à lente chaleur, mettez-le
dans une retorte bien lutée; posez-la
au fourneau de Ponuture à feu nu;
adaptez-y un grand récipient, lutez-y
bien les jointures, puis distillez selon
l'art, donnant feu lent au commencement,
& l'élément de l'eau passera:
augmentez un peu, & l'élément de
l'air passera abondamment dans le récipient
en fumée blanche, & la liqueur
qui tombera du bec de la retorte, sera
verdâtre; augmentez encore le feu enfin
très violent, & vous verrez l'élément
du feu passer en liqueur rougeâtre,
& ses fumées seront plus troubles
qu'en la distillation de l'air. Pendant
que les esprits fumeux entrent dans le
récipient, il s'échauffe fort; c'est pourquoi
il faut tremper des linges dans
l'eau froide, & les appliquer prudemment
de temps en temps sur le récipient,
afin de faire résoudre les vapeurs en
liqueurs. Lorsque vous verrez que le
@
84 Traité de Chimie,
récipient sera éclairci & refroidi, ce
sera signe que la distillation sera finie;
ce qui s'effectue en sept ou huit heures,
ou environ. Vous laisserez refroidir les
vases & le fourneau pendant douze
heures puis ôtant soigneusement le récipient,
après avoir bien humecté le culte
du col, vous verserez dans une forte
bouteille de verre la liqueur contenue
dans ledit récipient, & la boucherez
avec de la cire.
Pour déflegmer cet esprit & le rectifier,
vous poserez au bain-marie, &
vous ferez distiller le flegme ou l'eau
insipide, qui sera en petite quantité,
& la goutterez souvent; & quand la liqueur
commencera à distiller avec acidité
alors vous porterez la retorte au
fourneau, où seront accommodées des
cendres chaudes; vous y joindrez un
récipient, luterez les jointures, & ferez
distiller jusqu'à siccité; & ainsi
vous aurez un esprit mercuriel & sulfureux,
de couleur hyacinthe, pénétrant
d'une agréable acidité, & qui sera
au poids de vingt-neuf onces ou environ.
Par la même méthode vous ferez
@
Philosophique & Hermétique. 85
distiller tout votre vitriol émeraudin,
& de douze livres d'icelui, vous aurez
quatre-vingt-quatre onces & plus d'esprit
sulfureux, & au fond des retortes
il restera des dites douze livres, soixante-neuf
onces de matière cuivreuse.
Je vous donnerai encore ici une autre
manière pour faire l'esprit de vitriol
extrait du verdet, laquelle est
meilleure que la première, mais plus
pénible.
DISTILLATION DE L'ESPRIT
mercuriel & sulfureux du Vitriol du Verdet.
N°. 2. Prenez du vitriol du verdet
extrait comme il est dit, avec du vinaigre
distillé, puis dissous avec de l'eau
commune filtrée & coagulée par trois
diverses fois, & ainsi il sera bien purifié;
faites le calciner doucement, tant
qu'il commence à devenir rouge; joignez
à trois livres de ce vitriol une livre
& demie de cailloux calcinés &
éteints par trois fois dans du vinaigre
distillé; pilez, mêlez, & mettez tout
cela dans une retorte lutée, posez-la
@
86 Traité de Chimie,
aux cendres, joignez-y son récipient
convenable, puis donnez feu lent pendant
24 heures; & passeront premièrement
des esprits blancs & verts,
puis après en augmentant le feu autres
24 heures, il sortira des gouttes rouges
avec les esprits; continuez la même
force de feu, tant que tous les esprits
& les gouttes rouges soient passés
dans le récipient: cela fait, les vases
étant refroidis vous prendrez, tout ce
qui sera dans le récipient, & le renverserez
dans une cucurbite, puis distillerez
doucement au bain, le flegme
sortira, & l'huile rouge demeurera au
fond de la cucurbite.
EXTRACTION DU VITRIOL
de fer.
N°. 3. Prenez une livre de limaille
de fer bien nette; mettez-la dans une
cucurbite, mêlez dessus une livre de ladite
huile rouge de vitriol de verdet,
& deux livres d'eau commune distillée,
faites digérer aux cendres chaudes; &
quand la limaille sera dissoute, vous filtrerez
la dissolution; puis vous en ferez
@
Philosophique & Hermétique. 87
distiller les trois parts, & mettrez le
reste en lieu froid; & il se cristallisera
un autre vitriol, dans lequel Vénus &
Mars seront unis, & sera de saveur
douceâtre; faites trois livres de ce vitriol.
Calcination & distillation du Vitriol de Mars.
No. 4. Calcinez doucement & subtilement
ce vitriol sous le moufle à feu
lent, le remuant souvent avec la verge
de fer, & il se convertira en une poudre
subtile de couleur rouge-brun;
mettez cette poudre dans une retorte
lutée, joignez-y son récipient, lutez
bien les jointures, & distillez par les
degrés du feu, tout ainsi que vous aurez
fait en la distillation du vitriol du
verdet, c'est-à-dire pendant quarante-
huit heures, en distillant l'huile rouge.
Ainsi premièrement vous distillerez
l'esprit blanc qui est le mercure des
Philosophes; puis suivra l'esprit rouge,
qui est leur soufre ou huile incombustible,
des deux teintures de
mars & de vénus, réduits en un, qui
@
88 Traité de Chimie,
ne se peuvent plus séparer; & ainsi sera
joint le sang du lion vert; c'est-à-
dire, du vitriol de mars, duquel double
sang, leur père qui est le soufre
de l'or, (dont nous parlerons ci-
après) doit être alimenté.
Mettez cette huile au bain-marie,
dans un vase distillatoire, & en séparez
exactement le flegme, & l'huile
demeurera au fond rouge comme
sang.
EXTRAIT DU SEL DE MARS
& de Vénus.
N° 5. Prenez le
caput mortuumresté après la distillation du vitriol de
mars, qui sera aussi rouge que l'écarlate;
broyez-le subtilement, & le mettez
dans un vase de verre; versez dessus
de bon vinaigre distillé, faites digérer
à lente chaleur par trois jours
& trois nuits, afin que le vinaigre
distillé attire le sel, dans lequel est
caché le trésor de gloire; que si ce
sel manquait votre labeur serait inutile;
par après filtrez le menstrue, &
l'ayant retiré par distillation aux cendres
dres
@
Philosophique & Hermétique. 89
jusqu'à siccité, le sel demeurera
au fond du vase, lequel dissoudrez
en eau de pluie distillée, filtrez &
congèlerez par trois fois, pour l'avoir
pur.
VOLATILISATION DU SEL DE
Mars.
N° 6. Versez sur le sel dépuré
qu'aurez mis dans une retorte lutée
toute l'huile de mars & de vénus déflegmée,
& il s'y résoudra promptement,
alors vous distillerez à forte
chaleur, & l'huile rendra volatil &
emportera son propre esprit de sel en
la distillation de flegme cette liqueur
au bain; & je vous assure qu'elle sera
dix fois plus forte qu'elle n'était auparavant,
à cause qu'elle sera imprégnée
de son sel rendu spirituel. Par ce moyen
sera préparée l'huile incombustible,
qui est tout ensemble mercure, soufre
& sel, venants tous trois d'une même
racine, la vraie première matière
des métaux, & la racine, dont l'or a
été premièrement engendré.
Il
@
90 Traité de Chimie,
DULCIFICATION DE L'HUILE
incombustible de Mars & de Vénus.
N°. 7. Prenez sept onces de cette
huile très aigre, mettez-les dans une
retorte lutée; versez dessus cinq onces
d'esprit de vin réduit au suprême
degré; posez la retorte au sable, joignez-y
son récipient, lutez bien les
jointures, puis distillez d'abord à feu
assez fort sans observer les degrés;
versez derechef par-dessus cinq autres
onces de nouvel esprit de vin;
distillez comme la première fois; retournez
encore à faire ainsi pour la
troisième fois, en sorte qu'il y ait
quinze onces d'esprit de vin, pour les
huit onces d'huiles; faites-les après
circuler au bain tiède pendant un
mois, & par ce moyen l'huile perdra
son acrimonie, & deviendra douce &
agréable; car le feu éthéré contenu
dans la concavité de cet esprit de vin,
moyennant la digestion circulatoire,
mûrit les choses acides, adoucit les
âpres & acerbes, subtilise les choses
crasses, cuit les crues, adoucit aussi
@
Philosophique & Hermétique. 91
les corrosifs, non pas qu'il soit doux
de soi, mais par ce qu'il emporte
avec soi, par distillations réitérées,
les esprits corrosifs.
Cette huile ayant donc digéré &
circulé, comme dit est, sera mis au
bain tiède pour en tirer l'esprit de
vin par distillation; & ainsi l'huile
demeurera au fond préparée, comme
il faut, corrigée de son acrimonie, réduite
en douceur subtile, pénétrant,
d'agréable saveur, & de bonne odeur,
ayant la puissance de résoudre l'or
converti en chaux pour premier, en
ce que l'on nomme manteau de pourpre,
le faire monter & passer par
l'alambic, & le réduire en or potable;
ce qui s'effectuera par les opérations
suivantes, la première desquelles
est la purification de l'or par l'antimoine.
PURIFICATION DE L'OR.
N° 8. Prenez une part d'or de départ,
& trois parts de bon antimoine;
pillez-les, & les mêlez, puis les mettez
dans un creuset neuf, & les faites
M ij
@
92 Traité de Chimie,
fondre ensemble au four avant, en
soufflant & donnant bon feu; le tout
étant bien fondu, vous le jetterez dans
un verre d'acier en forme pyramidale,
ainsi que font les Orfèvres: il faut que
ce vase soit premièrement oint avec
un peu de suif par-dedans, & qu'il
soit chaud, puis soudain vous frapperez
les bords du dit vase avec un marteau,
afin de faire descendre au fond
le régule qui contiendra l'or, lequel
régule, vous détremperez & abattrez
avec le marteau.
Pour ce qui est de l'Antimoine demeuré
au-dessus du régule, vous le
ferez fondre derechef dans le creuset,
le jetterez dans le vase pyramidal, &
en séparerez le second régule, puis
ferez ainsi pour la troisième fois, afin
de ne rien perdre de votre or.
Cela fait, prenez vos régules, mettez-les
dans un cherbe ou coupelle sèche
de terre de creuset; posez-la sur
le feu, & l'environnez de charbons
ardents, l'ayant auparavant couverte
d'un moufle de terre; après soufflez
avec le soufflet, tant que tout l'antimoine
contenu dans les régules soit
@
Philosophique & Hermétique. 93
entièrement exhalé; cela fait l'or paraîtra
pur, & se congèlera soudain; il
faut faire encore deux fois cette même
opération, & en la même manière
que ci-dessus; savoir, une part d'or
& trois parts d'antimoine: par ce
moyen vous aurez un or sans aucun
mélange, purifié & de haute couleur;
d'autant qu'en cette opération, l'or
retient à soi la teinture où ce soufre
fixe de l'antimoine, parce qu'il lui
est homogène, dérivant de la même
source.
CALCINATION DE L'OR.
N° 9. Prenez une part d'or passé
par l'antimoine & six parts de mercure
revivifié de cinabre, ou du sublimé
corrosif; & bien purifié avec sel &
vinaigre; coupez votre or en petits
morceaux après l'avoir réduit en lame
déliée, puis le faites rougir dans un
creuset neuf; faites aussi chauffer votre
mercure dans un autre creuset, retirez
les creusets du feu; versez le
mercure chaud dans le creuset où est
l'or, & remuez bien tout ensemble
@
94 Traité de Chimie,
avec un bâton sec, tant que le mercure
ait englouti l'or: prenez cette
matière appelée amalgame qui pèsera
par exemple sept onces, puis ayant
fait fondre quatorze onces de fleurs
de soufre dans un creuset à feu lent,
vous jetterez dedans votre amalgame,
& remuerez bien fort avec un
bâton, tant qu'il se mette en poudre
noire, laquelle vous broierez & mettrez
exhaler & réverbérer sous le moufle,
ce qu'étant fait l'or demeurera en
chaux, laquelle conserverez pour la
mettre dans l'eau forte royale.
EAU FORTE ROYALE.
N° 10. Prenez salpêtre purifié,
sel armoniac aussi purifié, de chacun
deux parts, cailloux pillés une part;
pillez & mêlez ensemble le tout:
après vous prendrez une retorte de
bonne terre, & qui soit tubulée,
lutez bien ladite retorte, & la posez
au réverbère, & y joignez son récipient;
dans lequel vous aurez mis un
peu d'eau commune pour attirer l'esprit,
lutez les jointures; échauffez
@
Philosophique & Hermétique. 95
peu à peu la retorte, tant qu'elle
commence à rougir; alors vous jetterez
quatre onces de la matière par le
tuyau, que boucherez promptement,
& soudain verrez les matières nébuleuses
passer dans le récipient, & l'en
remplir: c'est pourquoi il doit être
grand, comme ceux dans lesquels on
fait l'eau-forte, les susdites vapeurs
venant à se résoudre peu à peu, se
mêleront avec l'eau commune qui
sera au fond du dit récipient, lequel
alors s'éclaircira; quoi voyant, vous
rejetterez quatre onces de nouvelle
matière, faisant comme dessus, continuant
ainsi tant que toute la matière
soit distillée; après vous déflegmerez
la liqueur par le bain marie, & la rectifierez
aux cendres, & ainsi sera faite
l'eau appelée des deux champions;
mais d'autant qu'elle est assez difficile
& hasardeuse à faire, j'en donne ici
une méthode pour la faire plus facilement
& avec moins de danger.
Prenez une livre de salpêtre, trois
livres d'argile ou cailloux pilés; mêlez,
& les distillez au réverbère, selon
l'art, adaptant au bec de la retorte
@
96 Traité de Chimie,
de verre bien lutée un grand
récipient, & les esprits rouges comme
feu passeront dans icelui; déflegmez
cet esprit de salpêtre & le rectifiez.
Prenez après une livre de sel armoniac
& quatre livres de cendres, desquelles
vous aurez ôté le sel, par le
moyen de l'eau chaude commune;
mêlez, & puis distillez au sable à bon
feu, & l'esprit de l'armoniac passera
dans le récipient, lequel vous déflegmerez
au bain, & rectifierez aux
cendres; cela fait, prenez parties
égales de salpêtre & d'armoniac; mêlez-les,
& les distillez au feu de cendres,
& vous aurez le dissolvant solaire.
EAU FORTE DE SEL MARIN.
N° 11. Toutefois je vous avertis que
l'esprit de sel Marin, distillé comme
on fait le salpêtre, fait la même opération
que l'eau des deux champions,
& si elle n'est pas si corrosive. Prenez
donc trois parts de cet esprit de
sel Marin, & une part d'esprit de salpêtre,
par ce moyen vous aurez une
eau
@
Philosophique & Hermétique. 97
eau royale, qui dissoudra l'or plus
promptement que l'esprit de sel armoniac,
& le ferez monter & passer par
l'alambic & tomber dans le récipient.
DISSOLUTION DE LA CHAUX
de l'Or, & sa conversion en Vitriol.
N° 12. Mettez dans un vase de
terre une part de chaux d'or du N°
9. versez dessus trois parts de l'eau
des deux champions du N° 10. ou plutôt
de celle d'esprit de sel marin mêlé
avec celle de l'esprit de salpêtre du
N° 11. Laissez dissoudre la chaux sur
les cendres chaudes; versez par inclination
ce qui sera dissous, puis remettez
trois parts d'eau nouvelle sur les
fèces, tant que toute la chaux soit dissoute;
séparez la dissolution d'avec
ce qui sera demeuré indissoluble, qui
sera en petite quantité, & la faites digérer
au bain marie pendant vingt-
quatre heures; séparez encore les fèces,
s'il y en a, puis les mettez à digérer
pendant neuf jours & autant de
nuits, & alors distillez l'eau dissolvante
par le bain, jusqu'à l'acuosité &
I
@
98 Traité de Chimie,
la cohobez tant de fois que vous trouviez
au goût l'eau débilitée, & comme
insipide, sur cette consistance huileuse,
imprégnée des esprits du dissolvant,
vous verserez de nouvel esprit
de sel marin & de salpêtre; mêlez-les
ensemble, & referez les mêmes
digestions, distillations & cohobations,
comme devant, excepté que
les dites dernières distillations & cohobations
se doivent faire sur le sable,
fortifiant le feu d'un degré, tant que
tout l'or soit dissout & s'élève épars
par l'alambic avec le dissolvant &
tombe dans le récipient.
Cela fait, vous distillerez le dissolvant
par le bain jusqu'à consistance
huileuse, puis mettrez le vase de verre
en lieu froid & humide, & se formeront
des cristaux diaphanes qui seront
le vitriol de l'or; l'eau surnageante,
distillez la par inclination
jusqu'à obite, & remettez à cristalliser
pour avoir tout le vitriol de l'or.
@
Philosophique & Hermétique. 99
Conversion du Vitriol d'Or en Crocus
de couleur pourprée appelée Manteau de Pourpre.
N° 13. Prenez tous les cristaux, ou
vitriol de l'or, faites-le dissoudre dans
de l'eau commune distillée; puis jetez
dans cette dissolution du mercure revivifié
du cinabre, & purifié trois fois
le poids du vitriol; remuez bien cette
mixtion, & vous verrez diversité de
couleurs, puis l'eau de jaune qu'elle
était deviendra claire, & l'amalgame
qui sera fait de l'or en vitriol, & du
mercure se précipitera au fond du vase,
laquelle vous prendrez, dessécherez &
mettrez à feu lent sous le moufle dans
une cherbe de terre de creuset, remuerez
doucement avec une petite
baguette de fer, tant que tout le mercure
soit évaporé, & ainsi votre vitriol
sera converti en crocus, qui sera
une poudre belle, de couleur d'écarlate
pourprée, laquelle se dissout incontinent,
dans vinaigre distillé en couleur
rouge comme sang; cela s'appelle
aussi manteau de pourpre des Philosophes.
I ij
@
100 Traité de Chimie,
Lequel manteau pourprin, il faudra
séparer en trois parties, l'une desquelles
servira pour extraire le soufre
avec l'eau mercurielle, comme il est
dit ci-dessous N° 15.
L'autre partie pour la convertir en
liqueur spirituelle dorée, comme l'on
voit ci-dessous N° 17. & la troisième
partie de ce manteau de pourpre
sera employée pour en extraire le soufre
avec l'esprit de sel marin, adouci
par l'esprit de vin, pour après en faire
l'or potable, ainsi qu'il sera enseigné
aux pages suivantes.
Préparation & distillation de l'Eau Mercurielle attractive.
N° 14. Prenez du mercure sublimé
avec le sel marin préparé & vitriol
calciné; car le mercure enlève
avec soi en la sublimation la quintessence
de vitriol, sans laquelle on ne
saurait faire aucune extraction réelle
de l'or, ni par conséquent aucun vrai
or potable: pulvérisez subtilement ce
sublimé, & l'étendez sur une feuille
de fer, que vous poserez à la cave,
@
Philosophique & Hermétique. 101
& dans peu il se résoudra en eau,
laquelle vous verserez dans un verre;
& quand il ne se fera plus d'eau, filtrez
nettement ce que vous aurez recueilli.
Prenez cette liqueur mercurielle au
poids d'une livre; mettez-la dans un
grand récipient, puis faites une eau-
forte avec deux livres de bon vitriol,
& deux livres de salpêtre sans les déflegmer,
& changez par degrés les esprits
de cette matière par le réverbère
dans ledit récipient, où sera l'eau du
sublimé, & lorsque tous les esprits seront
sortis de la cornue; prenez tout
ce que vous trouverez dans le récipient,
& le rectifiez par l'alambic au
feu de cendres, & il demeurera au
fond du vase beaucoup de terre, mais
l'eau mercurielle attractive sera claire
& nette.
Extraction du Soufre de l'Or contenu
dans le Manteau de Pourpre.
N° 15. Prenez six parts de l'eau
mercurielle attractive susdite, versez-
la dans un vase de verre, dans lequel
vous aurez mis une part de l'or préparé
I iij
@
102 Traité de Chimie,
en manteau de pourpre réservé,
comme il est dit, fermez bien le vase,
& le tenez à la chaleur lente, tant
que cette eau ait tiré l'âme ou le soufre
de l'or, & soit teinte en couleur
très rouge: tirez cette liqueur teinte
par inclination, & si la poudre qui
reste au fond du vase paraît encore
jaunâtre; jetez dessus de nouvelle eau
mercurielle, & extrayez de nouveau
jusqu'à ce qu'il reste un corps blanc
comme neige, lequel corps solaire
demeure au fond du vase sans être dissous,
& sera conservé pour en extraire
le sel, comme il sera dit au N° 18.
cette attraction du soufre d'or étant parachevée,
vous en retirerez par distillation
avec l'alambic toute l'eau mercurielle
jusqu'à siccité, & le soufre
d'or demeurera au fond; mettez du
vinaigre distillé à l'éminence de quatre
travers de doigt, faites-le digérer jusqu'à
ce que le vinaigre se colore d'un
rouge haut; versez par inclination
ce menstrue teint, remettez-en de
nouveau; digérez & continuez ainsi
tant que le vinaigre n'attire plus rien;
ainsi vous aurez la vraie séparation;
@
Philosophique & Hermétique. 103
du soufre solaire, extrait de son corps
mettez les fèces à part, puis retirez par
distillation le vinaigre jusqu'à siccité,
& le soufre restera au fond du vase,
lequel dulcifierez plusieurs fois avec
eau de pluie distillée, & en le retirant
de dessus par distillation.
CONVERSION DU SOUFRE D'OR,
en Or potable.
N° 16. Prenez six parts de l'huile
incombustible de mars & de vénus,
adoucis avec l'esprit de vin, comme
il est enseigné ci-devant N° 7. versez
les sur une part de soufre d'or susdit
au N° 15. dans un vase distillatoire,
puis distillez & cohobez tant de fois
que l'âme de l'or monte & passe spirituellement
avec ladite huile incombustible
dans le récipient; alors mettez
cette liqueur à circuler dans un
pélican, ou autre vase distillatoire pendant
un mois, & ainsi vous aurez l'or
potable qui ne retourne plus en corps,
& est un très grand secret pour la
santé.
I iiij
@
104 Traité de Chimie,
Distillation de l'Or en Crocus, & sa conversion en eau spirituelle.
N° 17. Prenez six onces de l'huile
incombustible préparée & dulcifiée du
N° 7. & deux onces d'or préparé en
crocus ou manteau de pourpre du N°
13. mettez-les ensemble, & les faites
digérer en vase clos, tant que le
crocus soit dissous; s'il y a des fèces, séparez-les;
car elles ne valent rien pour
votre oeuvre; mettez cette dissolution
d'or dans une cucurbite basse; joignez-
y son chapiteau, & adaptez-y son récipient:
fermez les jointures, puis
distillez & remettez chaudement ce
qui sera distillé sur ce qui restera dans
le vase, & continuez la distillation
& cohobation tant de fois que la
dissolution passe dans le récipient en
liqueur; que s'il demeure quelques
fèces blanches, séparez-les. Gardez
bien cette liqueur dorée, car l'or y
est en essence spirituelle, mercurielle
& sulfurée.
@
Philosophique & Hermétique. 105
EXTRACTION DU SEL DE L'OR.
N° 18. Prenez tout le corps blanc
qui est resté au fond du vase après
l'extraction du soufre de l'or, comme
il est dit ci-devant au N° 15. faites-
le réverbérer par trois jours & trois
nuits, puis le faites sublimer avec partie
égale de sel armoniac purifié; remettez
ce qui sera sublimé avec ce
qui sera demeuré au fond du sublimatoire,
& faites sublimer, comme
devant, réitérez cette sublimation tant
de fois que tout ce corps blanc solaire
soit monté & rendu volatil, alors
versez sur ce sublimé de l'eau commune
tiède, & le sel armoniac se dissoudra,
& le corps solaire se précipitera
en poudre, laquelle vous dulcifierez
entièrement de l'armoniac avec
eau de pluie filtrée, & puis la ferez
sécher à lente chaleur; cela fait, vous
en extrairez le sel avec vinaigre distillé,
ce qui s'effectuera en trois jours
par digestion douce, après vous retirerez
le vinaigre par distillation aux
cendres jusqu'à siccité, & le sel solaire
@
106 Traité de Chimie,
demeurera au fond du vase, lequel
vous clarifierez ainsi.
Faites dissoudre ce sel dans deux
parts d'esprit de vin, & retirez par distillation
trois quarts de cet esprit, &
mettez le reste à la cave ou autre lieu
froid, & il se formera des cristaux que
vous conserverez; après ayant vidé
par inclination l'esprit de vin resté,
vous le ferez distiller davantage, & remettrez
à cristallisation au froid, réitérez
ce labeur tant qu'il ne se fasse
plus de cristaux, lesquels ferez doucement
sécher, & ainsi vous aurez le
vrai sel de l'or bien clarifié.
Toutes les opérations susdites étant
parachevées, selon que je l'ai clairement
enseigné, il vous faudra mettre
tout ce sel d'or, autant que vous en
aurez pu recouvrer, avec le mercure
le soufre de l'or au four des Philosophes
dans un vase de verre que
vous sigillerez, ce que vous effectuerez
comme il s'ensuit en la commixtion
& composition des dites substances
Physiques & Philosophiques
pour faire & accomplir la médecine,
tant occultée & célébrée par les anciens
@
Philosophique & Hermétique. 107
sages & vrais Philosophes naturels.
Composition & conjonction des substances
Physiques & Philosophiques.
N° 19. Prenez au nom du Très-
Haut, l'or potable du N° 16. versez-
le sur la distillation de l'or en crocus,
converti en liqueur spirituelle dorée
du N° 17. puis y ajoutez autant pesant
que font ces deux ensemble de
l'huile incombustible de mars & de
vénus préparée & adoucie par l'esprit
de vin du N° 7. finalement; mettez-
y tout le sel de l'or du N° 18. puis
enfermez tout cela dans l'oeuf Philosophique,
duquel les trois parts demeureront
vides pour la circulation
des esprits, sigillez ce vase hermétiquement,
& le posez à l'athanor an
four des Philosophes, & puis lui donnez
doucement le premier degré du
feu qui doit être suave, lent, vaporeux,
clos & subtil. Alors le feu interne
du soufre de l'or excité par le
feu externe s'échauffera & s'allumera
de son propre sang, & pendant dix
@
108 Traité de Chimie,
mois se convertira & éclora en une
grande noirceur, qui est la vraie putréfaction,
puis s'unira avec son sang;
c'est-à-dire, l'huile incombustible de
vénus & de mars qui lui est homogène,
& avec sa chair qui est le sel de
son propre corps blanc, le tout se convertira
en une seule nature fort subtile
volatile; après (s'entend après
la noirceur passée) vous augmenterez
le feu de deux degrés, & ce qui était
volatil se rassoira au fond du vase;
& la noirceur se perdra en bref après
avoir duré quarante ou quarante-deux
jours, puis apparaîtront des couleurs
fort diverses, & en ce second degré
de feu tous les flegmes seront joints
en la nominature du Roi, incontinent
que vous verrez que les couleurs dorées
s'éclairciront, & commenceront
à disparaître; pour lors augmentez le
feu jusqu'au troisième degré, & le continuez
ainsi tant que votre ciel; c'est-
à-dire, la voie sphérique, soit couvert
de broderie d'argent, qui est la teinture
ou élixir d'argent.
Ce que voyant vous donnerez le
quatrième degré de feu, & la blancheur
@
Philosophique & Hermétique. 109
luisante s'anéantira, & paraîtront
en sa place dans le vase, mille
petites stries ou veines montantes &
descendantes: finalement, lorsque les
veines ne paraîtront plus, la matière
se précipitera entièrement, s'arrêtant
au fond du vase, & se changera en
une poudre fixe de couleur rouge-brun
comme un grenat & de grande pesanteur,
alors le salut est prêt, & la
régénération de la teinture rouge est
parfaite.
Multiplication de la Pierre tant en quantité qu'en qualité.
Prenez une partie de cette poudre
Philosophique, faites comme il est
dit ci-dessus N° 19. & six parties de
l'huile incombustible de mars & de
vénus, adoucie par l'esprit de vin du
N° 17. broyez ladite poudre subtilement
sur le marbre; mettez la dans
un pélican ou oeuf Philosophique, &
versez dessus votre huile incombustible;
sigillez le vase hermétiquement,
& le mettez en coction à l'athanor;
observez le même régime & degré de
@
110 Traité de Chimie,
feu, comme vous aurez fait ci-devant,
& ainsi la poudre se résoudra facilement
en liqueur, se noircira, blanchira
& rubéfiera en peu de temps; de
sorte que ce que vous aurez fait la première
fois en dix mois, vous le parachèverez
cette deuxième fois en deux
mois, d'autant que la pierre très fixe
est pleine de feu, & peut fixer & dessécher
sa teinture liquide; c'est-à-dire,
l'huile de mars & de vénus en bref; si
bien qu'elle s'unit à notre pierre,
parce qu'elle la pénètre promptement
par son activité ignée & grande puissance.
Vous procéderez plus avant en la
même manière que vous aurez fait la
deuxième fois en dissolvant la pierre
avec l'huile incombustible, & congelant
l'huile avec la pierre, & ainsi
vous aurez une multiplication comme
à l'infini de la pierre Physique, laquelle
en chaque dissolution & coagulation
s'augmentera en vertu & en
poids, & fait à chaque fois une plus
haute projection.
Cette médecine universelle guérit
la lèpre, l'épilepsie, l'hydropisie, goutte,
@
Philosophique & Hermétique. 111
calcul, & généralement quelques
malades que ce soit par sa grande
vertu, & ceux qui en useront jouiront
d'une santé parfaite, & sentiront
un entier rétablissement de leurs forces;
elle pénètre tout le corps, agit
spirituellement, & donne à toutes choses
un être accompli.
La dose est un grain dans deux cuillerées
de bon vin blanc, dans quoi
elle se dissout, ou dans quelqu'autre
liqueur convenable, s'il y a fièvre.
Fermentation & Spécification de la
Pierre.
Prenez une part de cette pierre préparée,
comme il est dit; pilez-la, &
trois parts de pur or passé par l'antimoine,
comme il se voit au N° 8. &
battu en lame très déliée; mettez-les
ensemble dans un creuset bon & neuf,
en faisant S S S, & leur donnez feu
modéré les douze premières heures,
puis les fondez, & les tenez en ce
feu de fusion pendant trois jours naturels,
& le tout sera changé en vraie
médecine d'une nature subtile & spirituelle
@
112 Traité de Chimie,
& pénétrante; mais elle ne
teindra pas aisément les métaux imparfaits,
à cause de sa grande subtilité:
le ferment de l'or corporel étant donc
fermenté de son semblable, la teinture
entre facilement.
PROJECTION.
Prenez une part de cette médecine
fermentée, & la jetez sur mille parts
de métal imparfait fondu, & le tout se
convertira en pur or; car un corps
prend aisément un autre corps, & bien
qu'il ne lui soit pas semblable, il doit
néanmoins lui être conjoint, afin que
par sa grande force & vertu il lui soit
rendu semblable, vu que le semblable
a été engendré de son semblable.
Aucune chose créée ne peut être
comparée à la grande subtilité de cette
Pierre; car elle seule comprend & possède
toutes choses que l'on peut trouver
par raison naturelle, contenues encloses
dans la circonférence de l'univers.
Voilà donc comme s'accomplit le
grand Magistère métallique; que si
vous
@
Philosophique & Hermétique. 113
vous prenez la peine d'en considérer
profondément les circonstances & les
merveilleuses opérations physiques &
philosophiques d'icelui, vous connaîtrez
que l'art aide grandement la nature,
& que les choses qu'elle n'a pu faire,
purement, sont accomplies par le sage
artiste, auquel elle fournit le sujet, duquel
il sépare les principes, les purifie
de leurs hétérogénéités, & les réunit.
Puis la nature opérant entièrement par
sa chaleur naturelle, étant doucement
excitée par la chaleur externe artificielle,
en produit ensuite une matière
contenant une forme bien plus noble
qu'elle n'était auparavant, ce qui est
proprement le grand oeuvre des Philosophes;
lesquels ont voilé cette vérité
par énigmes & paraboles que nous
avons expliqué sincèrement, afin que
les ignorants & Sophistes n'eussent l'intelligence
d'une chose si sublime &
précieuse; par laquelle Dieu soit loué
& béni éternellement.
MAGISTERE, ARTI-MAGISTERE
Minéral.
L'Artiste curieux qui désire apprendre
K
@
114 Traité de Chimie,
à travailler l'oeuvre minéral, doit
nécessairement savoir comme les minéraux
& métaux s'engendrent dans
les entrailles de la terre; car ayant cette
connaissance, il peut être assuré de
pouvoir séparer les principes que les
astres & les éléments ont mis dans les
métaux & minéraux; mais ayant bien
remarqué que chacun n'a pas cette
science (d'autant qu'elle est plus céleste
que terrestre) j'ai bien voulu en
mettre ici un véritable éclaircissement,
afin qu'il puisse servir comme le fil d'Ariane
pour sauver tant de Thésées qui
sont enveloppés dans ce labyrinthe.
Sachez donc, amateurs de la Philosophie
naturelle, que le premier commencement
pour la génération de la
semence des métaux se fait dans la
terre par l'impression & influence des
propriétés astrales, laquelle passe du
haut en bas dans le ventre de la terre,
y opère & y produit la chaleur incessamment
par l'aide des éléments; car
ces deux doivent être ensemble nécessairement.
L'astral donne l'imagination
ou l'impression afin de disposer
la terre à la conception & imprégnation:
@
Philosophique & Hermétique. 115
les éléments nourrissent le fruit,
& l'élément par la propriété de la
chaleur continuée en perfection à la
substance terrestre, donne la forme;
ainsi la semence minérale & métallique
est engendrée primitivement, savoir
d'une imagination astrale, d'une
opération élémentaire, & d'une forme
terrestre; l'astrale est céleste, l'élémentaire
spirituelle, & la terrestre
corporelle; & ces trois produisent de
leur centre la première essence métallique.
Les Philosophes ont approfondi
plus avant, & ont reconnu que de
cette essence il s'était fait une forme
de matière métallique composée palpablement
de trois choses: savoir
soufre métallique célestement, d'un
mercure métallique spirituellement, &
d'un sel métallique corporellement:
ce qui se trouve & se voit aussi dans la
résolution; mais il faut corrompre &
ouvrir les métaux & minéraux par les
minéraux, parce qu'ils sont de même
sang, propriété & nature que les métaux;
seulement ils ne sont point parvenus
à une coagulation maturative,
& peuvent être estimés pour des métaux
K ij
@
116 Traité de Chimie,
non mûrs, d'autant que l'esprit
métallique est en eux aussi puissant
que dans les métaux parfaits; & aussi
les métaux peuvent être détruits & réduits
en minéraux, & des minéraux
se préparent des médecines qui mûrissent
& transmuent les métaux, ce
qu'il faut soigneusement observer; &
cela se fait lorsque l'esprit, l'âme & le
corps sont séparés, puis remis en leur
première pureté. Quand donc l'aquosité
& la terrestréité superflues sont
ôtées, il s'enfuit une génération & maturation
parfaite par le moyen de la
chaleur, lesquels esprits & corps ont
été en leur semence primitive une eau
céleste, laquelle a engendré ces trois;
& de ces trois s'est fait un soufre, un
mercure vif, & un sel métallique, lesquels
en leurs copulations ont engendré
un corps visible, palpable & permanent;
savoir un corps minéral en
leur commencement ensuite rendu
métallique par imagination sidérale
décuit & naturé par les éléments, &
enfin rendu formel & matériel par la
substance terrestre.
Quand donc ce corps des minéraux
@
Philosophique & Hermétique. 117
& métaux sera réduit en son premier
principe, alors la semence céleste se
démontrera spirituellement, en sorte
que d'icelui, c'est-à-dire l'esprit blanc
mercuriel volatil, il s'en fera un corps
terrestre par le moyen de son sel métallique,
& par la copulation de son
âme soufrée ou huile rouge, qui est le
lien mitoyen de leur conjonction;
puis de cette conjonction il s'en produit
une médecine portant santé, longue
vie, sapience & richesses; & c'est
vraie semence des Philosophes, & la
lumière qu'ils ont si longtemps cherchée,
& la première matière qui gît
devant les yeux de tout le monde sans
être reconnue, savoir le mercure, le
soufre, & le sel, desquels trois a été
faite une eau minérale ou liqueur métallique
séparée de sa forme, comme
étant leur centre. Si vous prenez peine
de bien méditer ce que je viens de dire,
vous me ferez grande estime, car je
vous assure que c'est la vraie clef de la
sage nature des vrais Philosophes, laquelle
est devenue astrale & élémentaire,
& de laquelle toutes choses terrestres
sont produites; elle est naturelle
@
118 Traité de Chimie,
aussi bien que surnaturelle, & a sa naissance
de l'esprit de mercure divinement,
de l'esprit de soufre spirituellement, &
de l'esprit du sel corporellement.
Cette clef contient en soi trois principes,
car elle est mercure, puisque
c'est une eau céleste qui est le commencement
de toutes choses; elle est soufre,
d'autant que c'est une huile incombustible
qui a son origine d'un
soufre spirituel, & est le moyen unissant
de l'esprit & du corps, parce que
c'est leurs âmes: enfin elle est sel, puisque
c'est un corps, quoique spirituel.
Lesquels trois principes après avoir
été artistement séparés de notre matière
minérale, parfaitement dépurés
de leurs aquosités & terrestréités hétérogènes,
puis liqueur mercurielle,
sont la première racine des minéraux
& métaux, & le vrai dissolvant pour
réduire tous les métaux en leur première
matière, les résolvant sans aucune
corrosion, & aussi doucement
comme l'eau tiède résout la glace.
Ainsi vous pourrez connaître que
toute chose a son commencement de
l'esprit mercuriel qui est revivifié par
@
Philosophique & Hermétique. 119
le soufre spirituel; de manière qu'il
s'en fait une essence toute céleste: & si
cette essence est jointe à son sel, il s'en
fera un corps clarifié & glorifié, doué
de vertus incomparables.
Finalement vous saurez que sans
cet esprit de nature l'or ne saurait
être potable, ni le Magistère des Sages
accompli.
Or, comme nous avons dit ci-devant
au Magistère métallique, que l'astre
du Soleil ne se trouve pas seulement
dans l'or, mais peut être aussi
préparé de mars & de vénus, lesquels
sont mâle & femelle, & ont des propriétés
tingentes & coloratives en
rouge, tout ainsi que l'or, soit que cela
se fasse de l'un des deux seulement,
ou tous les deux unis ensemble.
Maintenant nous disons qu'il se
trouve un vitriol minéral, dont le
meilleur croît en Hongrie, dans lequel
l'âme de l'or se trouve par excellence.
Quand vous aurez de ce vitriol
si haut gradué, lequel se trouve d'ordinaire
tout cru aux mines où croissent
l'or, le cuivre, & le fer, vous devez
prendre soin d'en chasser tous les
@
120 Traité de Chimie,
esprits blancs tant qu'il y en aura; car
en ce vent au bain mercuriel sont contenus
invisiblement les trois principes.
Voyez les pages suivantes.
Que si vous séparez cet esprit de son
flegme, il vous restera au fond du vase
le trésor & fondement de tous les
Philosophes, qui est une huile aussi
pesante que du sang, épaisse comme
sang, & de propriété pontique &
ignée, qui est l'or coulant des Philosophes,
dans lequel est caché l'aigle ou
oiseau d'Hermès, avec son sel clarifié.
Mettez donc ce corps ouvré en sa
naturelle & due solution par certain
temps, puis séparez l'esprit blanc surnageant
d'avec la matière restante au-
dessous, & dans laquelle réside encore
l'âme immortelle & le sel de gloire;
& ces deux ne se peuvent acquérir
que par le moyen de l'esprit, d'autant
que ce vitriol est un corps ouvert
qui n'est entré encore en aucune coagulation,
& n'a souffert le feu de fusion:
c'est pourquoi l'esprit & le corps
s'entraînent & s'unissent tellement,
qu'il s'en fait une extraction de sel
aussi
@
Philosophique & Hermétique. 121
aussi blanc que la neige.
Joignez donc ces esprits à son
corps, afin que par la dissolution d'icelui,
il se convertisse en esprit, &
qu'après le changement de toutes les
couleurs, il se produise un autre corps
très blanc, la fille ou élixir des Philosophes.
De ce corps glorifié vous
n'oublierez de joindre son âme, que
vous aurez aussi séparée auparavant
avec le même esprit, & ainsi est engendré
le vrai rouge de putréfaction
très immense.
Vous pouvez aussi réduire notre naturel
en sa première matière par une
plus courte voie en prenant l'esprit
minéral ou l'or des Philosophes, dans
lequel est enfermé le soufre, mercure
& sel: versez dessus du tartre calciné
en blancheur goutte à goutte, tant que
le bruit & combat qui se fait par antipathie
soit cessé, & que notre or soit
caché entièrement dans le champ salé
du végétable, après cela distillez-le au
bain tiède doucement; puis par feu
plus fort, l'oiseau d'Hermès se sublimera
de notre or, se rendra & distillera
dans le récipient; alors mettez
L
@
122 Traité de Chimie,
le vase dans les cendres, & augmentez
le feu afin qu'il vole plus vite, & que
le dragon rouge commence à s'élever
pour suivre son frère blanc; ce qu'ayant
fait, laissez refroidir le vase,
& gardez ce que vous trouverez dans
le récipient, parce que ce sera la vraie
eau céleste, qu'ailleurs j'appelle esprit
de mercure. N. Souvenez-vous
bien de ceci & le notez bien.
Que si vous ne laissez paître cet oiseau
blanc avec le sel du métal blanc,
& l'abreuvez avec le soufre huileux
rouge, vous ferez un particulier qui
ne sera pas trop éloigné de la Pierre
des sages.
Mais pourtant cette dissolution n'est
qu'un miroir de celle des Philosophes,
laquelle ne se fait pas si promptement
& ne réside qu'en une seule chose qui
est 1, 2, & 3; & derechef se termine
en un, & est la force aurée des
métaux avec l'Aigle & le corps blanc
qui ne se trouvent qu'en ce seul corps,
& sont consanguins.
Les Philosophes nous ont dépeint
sa procédure dans la préparation de
l'esprit de vin; en ce que premièrement
@
Philosophique & Hermétique. 123
ils nous ont enseigné de tirer l'esprit
de vin sans aucun flegme, puis le séparer
en deux parts en versant une partie
de cet esprit sur le tartre calciné,
pour extraire le véritable & secret esprit
de vin de son mercure végétable.
Secondement, de là ils ont tiré le
sel de la terre & l'ont rejoint à l'autre
partie de l'esprit rectifié pour le fortifier,
& par similitude en faire l'oeuvre
ou le magistère non pas qu'il faille
prendre l'esprit de vin ni l'or commun;
car quoique de lui & des autres
métaux on puisse obtenir cet oiseau,
si est-ce toutefois que vous ne viendrez
jamais à bout de faire l'universel
de ce corps fixe de l'or sans le mercure
ou l'esprit de mercure.
Or notre hermaphrodite minéral
contient un miracle de nature; savoir
deux esprits l'un blanc l'autre
rouge, servant à la transmutation, &
dans la terre demeure le sel qui a eu son
mercure & son soufre lorsqu'ils sont
unis ensemble; bien plus si vous savez
séparer l'esprit de son huile, vous
y trouverez derechef les trois principes;
savoir un esprit en forme blanche,
L ij
@
124 Traité de Chimie,
une huile de qualité rouge, & un
sel cristallin, lesquels après leurs parfaites
commixtions vous produiront
la pierre; l'esprit blanc est le mercure
des Sages; l'huile est l'âme; & le sel
est le corps magnétique. Et comme
dans l'esprit de vitriol était caché une
teinture aurée, dans son huile vous
trouverez une teinture cuivreuse,
parce que les centres de l'un & de l'autre
sont fort différents.
Séparez donc cet esprit en trois diverses
parties; savoir, en esprit, âme
& corps, lesquels étant séparés visiblement
l'un de l'autre, ne le peuvent
être pourtant radicalement, à raison
de la grande affinité qu'ils ont entr'eux,
l'un attirant l'autre avec grande
avidité, comme l'aimant fait le fer,
toutefois en une seule substance beaucoup
meilleure qu'elle n'était auparavant.
Voyez ci-après.
Ayant donc séparé par une douce
chaleur l'eau dorée ou esprit mercuriel,
vous extrairez magnétiquement
avec cet esprit son âme sulfureuse; &
comme dans la terre le sel est caché,
vous le tirerez aussi par l'esprit mercuriel,
@
Philosophique & Hermétique. 125
comme par son propre aimant;
ainsi l'un est l'aimant de l'autre, & se
porte un amour magnétique; l'esprit
est le premier aimant qui attire son
âme; & s'il est derechef séparé par
distillation, il exercera la même vertu
magnétique sur le sel; puis l'esprit
étant joint au sel par due proportion,
& posé au four Philosophique, on verra
comme l'esprit se travaillera pour
résoudre ce sel dans quarante jours par
art magnétique, afin de le rendre en
cette nature d'eau ou d'esprit qu'était
ledit sel avec sa coagulation, & c'est
où la noirceur & les ténèbres apparaissent.
Mais lorsque la blancheur se démontrera,
le sel qui était auparavant
aqueux, dissout & fluant, usera encore
une fois de sa force magnétique,
& coagulera l'esprit humide mercuriel
en un corps fixe, & ce corps glorifié
étant après abreuvé de son âme,
il la liera à soi, & se l'incorporera par
vertu aimantine en la plus haute rougeur
du monde; ainsi vous avez ici
une brève déclaration du vitriol, soufre
& aimant des Philosophes. Voyez
ci-après.
L iij
@
126 Traité de Chimie,
Or quand on distille le vitriol minéral,
l'esprit blanc passe le premier,
il est aigre, donne de l'appétit & aide
à la digestion: cet esprit blanc est
le soufre blanc pour l'élixir blanc.
L'esprit rouge fait le blanc; il est
encore plus pesant que le blanc, aussi
a-t-il besoin de plus grand feu en sa
distillation, d'autant qu'il est plus fixe
en son degré. Cet esprit rouge est le
soufre rouge pour l'élixir rouge, comme
l'essence pour l'élixir blanc; ce
qu'il faut noter très particulièrement.
Avec l'esprit blanc on fait l'argent
potable en le distillant avec le soufre
bleu céleste de l'argent: car cet esprit
le rend volatil, spirituel & en liqueur
potable; après toutefois qu'il sera
adouci par l'esprit de vin. Voyez la
page ci-après.
Pareillement vous pouvez faire l'or
potable avec le soufre de l'or, extrait
par le moyen de l'esprit doux du sel,
en le joignant avec l'esprit rouge susdit
selon son poids; en sorte que le
soufre d'or se résolve dans l'esprit rouge,
puis le faire putréfier quelque
temps avec de l'esprit de vin; ensuite
@
Philosophique & Hermétique. 127
distillerez & cohoberez tant de fois
qu'il ne demeure rien au fond du vase:
mais je vous dis que pour bien faire
cette opération, il faut que l'esprit
rouge soit corrigé de son acrimonie
& réduit en douceur, subtil, pénétrant,
d'un goût agréable & de bonne
odeur: Voyez ci-après.
Cette huile douce est l'essence du
vitriol & est une médecine, faisant la
troisième colonne du Livre des merveilles
de la médecine. Il ne contient
aucune propriété froide & humide;
mais il est très chaud & sec en sa substance
& qualité; d'où procède que
cette huile peut échauffer les autres
choses par son feu surabondant, les
cuire & les réduire complètes avec
surabondance par le régime du feu
gradué, & par un temps limité, ce sel
doux s'extrait du vitriol & se dissout
dans l'esprit blanc, ou dans l'esprit
rouge ou huile, ou dans tous les deux
ensemble, puis on les distille après sa
dissolution pour le rendre spirituel;
alors si on le fermente avec le soufre
de l'or, il teindra les métaux imparfaits;
mais s'il est fermenté avec le vénus,
L iiij
@
128 Traité de Chimie,
il composera une teinture qui
en la fusion transmuera le mars ou
fer en cuivre.
L'on tire aussi un esprit doux du
soufre volatil du vitriol, lequel brûle
comme le soufre commun avant que
d'être détruit; car le soufre des Sages,
duquel ce soufre brûlant est privé au
commencement ne brûle point, parce
qu'il est intime & de substance semblable
au soufre d'or, lequel soufre
solaire est dérivé de lui. Voyez ci-
après.
Alors quand le vitriol est attaqué par
le sel armoniac, le soufre brûlant contenu
en icelui, monte & s'élève en sa
sublimation avec son mercure, qui est
toutefois en petite quantité, d'autant
que le soufre abonde plus en lui: puis
ayant séparé le sel armoniac d'avec le
soufre par le moyen de l'eau tiède;
car l'armoniac s'y dissout, & le soufre
se précipite au fond en poudre.
Vous prendrez ce soufre, le dulcifierez
avec l'esprit de vin & le réduirez
en cette liqueur ou esprit doux que
j'ai déjà dit se faire avec le soufre du
vitriol. Voyez ci-après.
@
Philosophique & Hermétique. 129
Il y a encore une voie plus courte
pour faire le soufre brûlant du vitriol,
qui est de le faire dissoudre dans de
l'eau tiède, filtrer la dissolution, puis
sur icelle verser goutte à goutte un peu
de bonne huile de tartre faite par défaillance;
car par ce moyen le soufre
se précipitera au fond du vase, lequel
il faudra adoucir avec de l'eau tiède,
& le sécher doucement.
Ou bien vous pourrez extraire ce
soufre avec une lessive faite avec les
cendres du hêtre; toutefois la meilleure
voie est celle avec le sel armoniac,
d'autant que ce sel étant incorporé
avec le vitriol en ouvre le corps,
puis enlève & fait sublimer le soufre
avec lui.
Vous voyez ce que j'avais à vous
enseigner pour la théorie; mais comme
vous la trouverez peut-être à votre
jugement trop profonde, & que d'abord
les termes vous en sembleront
trop obscurs, j'ai bien voulu de suite
vous déclarer la pratique opérative
sans aucun embarras, afin qu'en travaillant,
selon icelle, la vérité vous
soit montrée tout à nu. Priez le créateur
@
130 Traité de Chimie,
de toutes choses mettez la main
à l'oeuvre, & vous aurez toutes choses
encloses & uniques choses.
PRATIQUE OPERATIVE
Contenant la secrète & vraie séparation
des trois principes Physiques de la Matière minérale, leur dépuration, réunion & cohésion pour en faire le grand magistère des Philosophes.
A Yant appris par les Livres des Philosopheshermétiques le nom de
la matière, sur laquelle ils ont travaillé,
& avec laquelle ils ont fait leur
magistère. Je pris il y a quelques temps
de la même matière, à savoir le vitriol
minéral, & fis la séparation requise
des éléments, en quoi je réussis
d'abord avec un contentement indicible;
mais comme je vins aux points
de la réunion de ces éléments; je fus
étonné de voir que la terre ne voulait
embrasser son esprit, d'autant que la
matière de ladite terre, ni aussi l'esprit
@
Philosophique & Hermétique. 131
de mon mercure n'étaient pas dépurés
comme il convenait, de sorte que
m'étant remis à lire & relire & méditer
derechef les écrits du bon &
docte Basile Valentin, je remarquai
que son procédé & ses opérations
étaient bien autres que ces vulgaires.
Je commençai donc cet ouvrage,
& à cet effet je fis dissoudre vingt
livres de bon vitriol de Hongrie dans
de l'eau de pluie distillée: au défaut de
ce vitriol, on peut se servir de celui
de Goffart, petite ville dans la Saxe
vers la Thuringe. Puis ayant filtré la
dissolution chaudement par le papier
gris, je la laissai reposer vingt-quatre
heures, & il se fit au fond des vases
de verre une grosse résidence d'impureté,
je filtrai derechef cette dissolution,
& la fis rapporter jusqu'à sa pellicule
superficielle, & la mis cristalliser
en lieu froid, & il se trouva un
beau vitriol, lequel je fis sécher modérément;
après quoi je le fis dissoudre
de nouveau dans de l'eau de pluie
distillée, filtrer, évaporer & cristalliser,
comme devant; ce que je réitérai tant
de fois que je vis le vitriol se changer
@
132 Traité de Chimie,
en une belle couleur verte, tirant sur
le bleu, duquel il ne se précipitait
plus aucune impureté, & même en le
goûtant, je remarquai que son corrosif
était comme éteint, la matière ayant
acquis une saveur douce & plus agréable,
qu'elle n'était avant la préparation,
laquelle faisant, on lui ôte les
sels, alun, salpêtres & autres choses
hétérogènes.
Cela fait, je calcinai doucement ce
vitriol jusqu'à blancheur, & puis en
mis cinq livres en une grande retorte
bien lutée, laquelle je passai au réverbère
à feu nu, & y adaptai un
grand récipient; lutai très bien les
jointures, puis commençai à donner
feu lent à neuf heures du matin, &
augmentai le feu peu à peu jusques
vers les huit heures du soir, auquel
temps le flegme ayant passé, les esprits
blancs commencèrent à paraître, &
augmentant le feu, en mettant de quart
d'heure en quart d'heure du charbon
dans le fourneau, les esprits ont passé
& entré abondamment dans le récipient
en fumée blanche, & continuai
sans cesse jusqu'au Vendredi suivant
@
Philosophique & Hermétique. 133
dix heures du soir; ayant feu de flammes
& de chasse avec du bois sec sur la fin
pendant une heure & demie que le
récipient est devenu clair, ainsi la distillation
dura en tout soixante-deux heures.
Puis ayant laissé refroidir les vases
pendant vingt-quatre heures, je délutai
le récipient, & versai par inclination
la liqueur y contenue, qui
était fort acide, ignée, & de couleur
jaune hyacinthe, & qui est ce vent
mercuriel, duquel j'ai déjà parlé ci-
devant dans lequel sont contenus invisiblement
les trois principes Physiques
& Philosophiques.
Après je pris cette liqueur qui pesait
vingt-cinq onces, & en séparai
tout le flegme insipide par le bain, &
il resta au fond du vase une liqueur
rouge, obscure & poudreuse, de laquelle
j'ai parlé à la même page susdite,
ce qui est le trésor & le fondement
des Philosophes, parce qu'elle
contient leur aigle ou oiseau d'Hermès,
qui est l'esprit ou le mercure
blanc, leur or coulant ou soufre huile
rouge, & leur sel clarifié spirituel.
@
134 Traité de Chimie,
Je mis cette liqueur dans un matras
lequel je sigillai hermétiquement, &
l'ayant accommodé dans l'hymen ou
boule de bois faite de deux pièces,
dont la partie supérieure s'emboîte
dans l'inférieure, je colloquai le tout
sur un trépied de fer posé dans un bain
vaporeux; en sorte que la boule était
éloignée du bain environ deux doigts;
ayant demeuré un mois dans cette
douce, vaporeuse & naturelle digestion,
je trouvai cette matière séparée
en deux; savoir, une liqueur claire,
transparente & surnageante, & l'autre
une matière terrestre, adhérente au
fond du vase, comme de la poix noire
très épaisse; je séparai donc l'esprit
blanc mercuriel surnageant, & ce par
douce inclination, puis remis la matière
noire derechef au bain à digérer,
& après quelques jours, je séparai l'esprit
blanc qui surnageait sur la terre,
& continuai ce labeur tant que la terre
me parut toute aride, mais rouge de
couleur.
Cela fait, je purifiai & rectifiai exactement
cet esprit blanc par distillation,
& avec tant de soin qu'il semblait
@
Philosophique & Hermétique. 135
à le voir du cristal. Puis je calcinai
doucement la terre ou matière
contenant l'âme immortelle, & le
sel de gloire enfermé dans un vase de
verre rond, luté & posé au réverbère
sous la moufle, ou elle devint comme
de la poussière enflée & spongieuse.
Alors je la mis dans un vase de verre,
& versai dessus de son esprit blanc
& rectifié, & les ayant laissé en digestion,
l'esprit mercuriel blanc premier
principe en ordre ne manqua
pas par sa vertu aimantine, d'attirer
son âme soufre en or Physique, le colorant
d'un jaune rougeâtre, je renversai
cet esprit teint par inclination,
puis retirai cet esprit par distillation
au bain, & passa clair & blanc dans
le récipient, & le soufre ce second
principe en ordre, demeura au fond
du vase en forme d'huile rouge, comme
un rubis si ardente & ignée que je
ne sais rien qui le soit davantage; ce
soufre est le vrai soufre des Philosophes.
Je mêlai derechef cet esprit blanc
retiré par distillation sur la même terre
restée, & achevai ainsi d'extraire d'icelle
@
136 Traité de Chimie,
tout le soufre y contenu, & la
terre resta de couleur jaune pâle.
Je calcinai derechef cette terre désanimée
pendant quelques heures,
puis versai sur icelle l'esprit blanc
que j'avais retiré la dernière fois par
distillation de dessus le soufre; & cet
esprit par la même vertu magnétique
fit extraction du sel contenu dans la
terre, lequel sel après en avoir retiré
l'esprit extracteur par le bain, demeura
beau, clair & blanc, & trouvant
après la terre sans goût & très
légère je la laissai là, croyant qu'elle
ne contenait plus rien de bon; & aussi
après avoir extrait le soufre de la
terre, & le sel y contenu par le moyen
de leur esprit blanc, je trouvai qu'il
m'était encore resté, huit onces d'esprit
que je n'avais pas employé à ces
extractions; que j'avais une once &
& deux dragmes de soufre des Philosophes,
& beaucoup moins de ce sel
clarifié, qui est le troisième principe
en ordre. Voyez la page ci-devant &
de suite.
Or ayant remarqué le poids que
j'avais eu de ces trois principes, extrait
trait
@
Philosophique & Hermétique. 137
par distillations violentes de mes
premières cinq livres de vitriol calciné
en blancheur, épuré par naturelle digestion,
comme il était, je reconnus
que je n'en avais pas assez pour accomplir
ce que je voulais faire; c'est
pourquoi je retournai à distiller cinq
autres livres de vitriol, & ayant procédé
comme la première fois, jusqu'à
la même quantité de ces trois principes,
à savoir, mercure blanc, soufre
rouge, & sel cristallin, je retournai
encore à faire deux autres distillations
violentes.
Je conservais ensuite chacune à part
l'esprit blanc, qui est le mercure des
Sages en forme blanche; l'huile de
qualité sulfureuse qui est l'âme & de
couleur rouge; le sel cristallin qui est
le corps magnétique qui attire à soi
son esprit mercuriel, & son âme sulfureuse
avec grande avidité.
Par la méthode susdite j'ai donc eu
le mercure du mercure, cet ordre privé
de son flegme mercuriel insipide
& aqueux. Le soufre du soufre; c'est-
à-dire, le soufre spirituel qui est la
force aurée des métaux, séparé d'un
M
@
138 Traité de Chimie,
soufre corrosif & métallique resté dans
le
caput mortuum de quatre violentes
distillations premières & secondes, chacune
desquelles pesait environ trente-
huit onces de couleur brune, & le
corps blanc qui est le sel spirituel élevé
avec l'esprit & l'âme par les distillations
violentes, laissant son sel fixe
métallique dans le même
caput mortuum.
Or le procédé de ce magistère mérite
d'être considéré attentivement,
car je vous assure que c'est la très secrète
séparation des principes Physiques
& Philosophiques, contenue
dans les entrailles du vitriol minéral,
laquelle séparation les anciens Philosophes
& les modernes ont occulté,
tant qu'ils ont pu, parce que d'icelle
dépend toute la science & expérience
hermétique, & sans icelle vous ne
sauriez avoir ces trois principes spirituels
venants tous trois d'une même
racine.
C'est la vraie & première matière
des métaux, & la racine dont l'or a
été premièrement engendré, & par le
moyen desquels principes l'or est réduit
@
Philosophique & Hermétique. 139
en son premier principe spirituel;
car dans cet aimant doré est caché la
résolution de tous les minéraux & métaux,
leurs puissances & vertus, comme
aussi la première de leur naissance,
coagulation & fixation, & l'opération
de leurs vertus pour la guérison des
maladies.
Cet aimant doré qui contient la force
aurée métallique est le premier mobile
des métaux, lequel dérive & procède
du premier mobile céleste qui
n'est autre que l'âme, l'esprit & le
corps catholique, qui descendant d'en
haut le glorifie, détermine, & particularise
dans les entrailles de la terre,
& y produit un embryon, duquel la
sage nature construit la nature minérale;
& ainsi cet embryon ou sel hermaphrodite
est à notre égard le premier
mobile minéral dérivé immédiatement
du premier mobile céleste;
duquel embryon par après moyennant
la chaleur naturelle, se forme un minéral
qui est notre vitriol; puis de ce
vitriol qui est né le bon Artiste sépare
les trois principes putréfiés, mercure,
soufre & sel; & par la dépuration
M ij
@
140 Traité de Chimie,
d'iceux il les rend le plus qu'il
est possible approchants de la simplicité,
pureté & exurgie de leurs principes
premiers principaux, pour en faire
& accomplir le magistère des Philosophes.
Ayant donc, comme j'ai dit ci-
devant, parachevé la secrète séparation
des trois principes susdits, je passai à
la réunion de ces mêmes principes;
pour ce faire je pris une once de
sel astral clarifié: après l'avoir dissous
dans de l'eau de pluie distillée, filtrée
& congelée jusqu'à parfaite pureté,
& l'ayant mis dans un vase de
verre convenable, je versai dessus dix
dragmes de son esprit mercuriel blanc
rectifié, qui n'avait point servi aux
extractions du soufre, ni du sel; je sigillai
le vase, & l'ayant mis en digestion
quelque temps après j'aperçus que
l'esprit humide commençait d'agir &
dissoudre le corps sec du sel, ce qui
me donna occasion d'y ajouter encore
dix autres dragmes du même esprit
mercuriel, & tout à l'instant cette
même mixtion devint noire comme
du charbon, montant tantôt au col
@
Philosophique & Hermétique. 141
du vase, puis descendant, & tantôt
s'arrêtant au milieu d'icelui, ce qui
dura quarante jours: à la fin ces substances
s'étant unies, je vis que ce mélange
s'était précipité au fond de
l'oeuf en poudre noire & sèche; alors
je retirai le vase de la digestion humide;
c'est-à-dire: du bain, & le mis au
four d'Athanor dans l'hymen de cuivre
sur les cendres au feu du second degré,
& dix jours après la matière
commença à se blanchir, je la tins en
ce degré de feu, tant qu'elle fût entièrement
blanche dessus & dessous, ressemblant
à des feuilles, d'argent battu;
néanmoins après l'avoir éprouvé sur
le feu, je reconnus qu'elle n'était pas
encore fixe, c'est pourquoi je la remis
en cohésion au feu de sable, qui est
le troisième degré du feu, & pour lors
ladite matière s'éleva du fond jusqu'au
milieu du vase, où elle s'attacha
& demeura trente-quatre jours &
nuits, démontrant cependant grandes
variétés de couleurs, finalement cette
matière retomba en poudre au fond
du vase, & était fixe & très blanche.
Cette poudre ainsi préparée s'appelle
@
142 Traité de Chimie,
la fille ou l'élixir blanc des Philosophes,
laquelle il faudra séparer en deux
parts, si vous voulez; l'une, pour passer
l'élixir, & l'autre pour multiplier
l'élixir blanc par le moyen de son esprit
mercuriel blanc humide, & ce
par sept fois, en le dissolvant, congelant
& passant par les degrés du feu,
comme la première fois; finalement il
le faudra fermenter & animer avec le
soufre d'argent rendu spirituel, comme
il se voit ci-après, & pour lors vous aurez
la médecine blanche qui convertira
les métaux imparfaits en parfaite lune.
Mais d'autant que la plupart des
Philosophes ne s'arrêtent pas au blanc,
mais passent de suite au rouge, comme
étant le plus précieux, vous ne
manquerez de les suivre & imiter, &
pour ce faire vous procéderez ainsi.
Prenez le second principe en ordre,
à savoir, l'âme ou le soufre vif
& coulant des Philosophes, au poids
de cinq onces & deux dragmes; mettez-les
dans un vase de verre, versez
dessus de votre esprit de mercure
blanc qui n'aura point servi aux extractions,
& que vous aurez réservé
@
Philosophique & Hermétique. 143
part, & ce en la quantité de trois onces
puis les faites distiller & passer
par l'alambic, afin qu'ils soient bien
unis ensemble; cela fait, vous partagerez
cette eau spirituelle, c'est-à-dire,
le soufre où il y a son esprit en sept parties
égales: ensuite vous en verserez
une part sur toute la terre blanche clarifiée,
ou teinture blanche & fixe réservée
pour l'élixir rouge, comme il
est dit; ou bien sur tout l'élixir blanc
qui n'aura pas été multiplié avec l'esprit
blanc mercuriel, ni fermenté avec
le soufre d'argent, & vous verrez que
ce corps blanc uni à son esprit, recevra
ladite teinture en soi avec grande
avidité, & dans un mois elle commencera
à devenir rouge. Poursuivez ainsi
les sept imbibitions & cohésions qui se
feront beaucoup plutôt que la première,
& le tout sera converti en médecine
rouge, fixe & subtile, & aurez neuf
onces & deux dragmes d'icelle terre
non fermentée, de laquelle voulant
faire essai j'en jetai un peu sur du fer,
lequel fut transmué en franc cuivre:
par cette belle métamorphose de mars
en vénus qui me donna de l'admiration,
@
144 Traité de Chimie,
mais non pas la satisfaction que
je désirais, je reconnus que les Sages
avaient fort bien dit que la semence
de l'or était dans l'or, & que la médecine
blanche ou rouge ne pouvait teindre
ou convertir aucun métal imparfait
en argent ou en or, si elle n'était
fermentée, à savoir, la médecine
rouge avec le soufre d'or, de manière
que je fus obligé de fermenter cette
médecine rouge avec l'âme & le soufre
d'or, comme il sera dit ci-après.
Voilà donc la parfaite réunion des
trois principes très purs du vitriol minéral;
savoir, du corps du sel de
l'esprit de mercure, de l'âme du soufre,
chacun desquels sera porté convenablement
à son attribut; car l'esprit
est comme l'entreteneur & conservateur
de l'âme avec le corps, lequel
par le moyen de ce même esprit
est pareillement joint à l'âme; mais
l'âme vivifie l'esprit & le corps.
De tout ce que l'on a dit, vous avez
connaissance du premier mobile minéral;
c'est-à-dire, du trium contenu
dans l'intérieur du vitriol, son exacte
séparation, dépuration & réunion,
sans
@
Philosophique & Hermétique. 145
sans qu'il soit besoin d'autre individu
que celui-là, ni qu'il faille détruire,
ni réduire les métaux en minéral pour
ce sujet, attendu que la médecine catholique
se prépare & accomplir parfaitement
de la première substance du
vitriol naturel, qui contient aussi en
soi l'esprit métallique aussi puissant que
celui qui est dans les métaux parfaits,
& duquel se fait la médecine qui mûrit
& transmue les métaux imparfaits
en parfaits moyennant la fermentation
lunaire ou solaire; car comme
le vitriol naturel contient invisiblement
la première matière, & le premier
être de la nature métallique, il
est indubitable que ces principes spirituels,
à savoir, mercure, soufre &
sel extraits selon notre secrète préparation,
n'étant pas encore chargés de
la massivité solide, & épaisseur des
métaux, mais retenant la nature de
corps spirituel, sont doués & participent
d'une qualité vive, efficace &
active; c'est-à-dire, d'une vertu immense
& ineffable, d'autant qu'ils sont
moins éloignés de la pureté & simplicité
élémentaire & minérale, & c'est
N
@
146 Traité de Chimie,
la raison pour laquelle dans ce vitriol
naturel, comme en leur source gisent
secrètement & sont potentiellement
tous les esprits & vertus & propriétés
de tous les métaux, & principalement
les esprits vitrioliques de vénus, mars,
soleil & lune terrestres, lesquels se
joignent à lui d'un si grand contentement
& accord qu'ils s'y épandent,
& s'en tirent même par l'art chimique
en bonne quantité, & de là provient
que les esprits du vitriol naturel
réduits en quintessence, visent non
seulement aux maladies du cerveau
comme lunaire, & aux indispositions
du coeur, comme solaire, & aussi aux
infirmités du foie, comme métaux.
Retournons maintenant à la fermentation
de notre médecine rouge
avec le soufre solaire qui se fait ainsi.
Prenez deux onces de crocus d'or
ou manteau de pourpre, faites ainsi
qu'il est dit ci-devant, extrayez-en
toute la teinture ou soufre rouge avec
l'esprit de sel marin, adoucis avec
l'esprit de vin, comme il est dit ci-
après; réduisez ce soufre d'or en liqueur
ou esprit spirituel, potable,
@
Philosophique & Hermétique. 147
rouge, comme sang qui est ci-après;
& c'est par le moyen de l'huile incombustible.
Prenez quatre onces & demie de
soufre; extraites, comme dit est, deux
onces de crocus d'or ou manteau de
pourpre spiritualisé par ladite huile:
séparez cette huile incombustible solaire,
en deux parties, puis en imbibez
& décuisez par diverses fois votre médecine
rouge, jusqu'à parfaite rougeur,
fixité & fusibilité.
Cette médecine ainsi préparée est
universelle pour guérir toutes les maladies
du microcosme prise au poids
d'un grain dans les liqueurs convenables.
Pour en faire votre projection
sur les métaux, vous ferez en cette manière.
Fondez dix parties d'or pur dans un
bon creuset, & projetez dessus
une part de votre médecine rouge fermentée,
fixante, pénétrante, tingeante
& fluante, & l'or se réduira
en un métal cassant comme du verre,
duquel vous projetterez une part sur
dix parties de cuivre ou autre métal
imparfait, & il se transmuera en or,
N ij
@
148 Traité de Chimie,
lequel vous ferez adoucir par la coupelle,
puis le passerez par les examens,
auxquels il restera & demeurera permanent.
Par les opérations ci-dessus déclarées
vous avez toutes les explications de
tous les énigmes & paraboles des Philosophes,
lesquels ont voulu cacher
ce secret, afin que les Sages mondains
& les sophistes n'eussent la connaissance
de ce précieux élixir qui par son
activité spirituelle & ignée pénètre
l'or corporel sur lequel on le projette
jusqu'au profond, & joint son feu à
sa teinture exubérante avec le soufre
solaire qui lui est homogène, le spiritualise,
& le multiplie en soi, parce
que l'âme de l'or en est provenue, &
par ce moyen l'or étant uni & ouvert
séminalement a la vertu ignée de cet
élixir, il communique & donne sa
vertu orifiante à cette médecine céleste,
astrale & élémentaire, & lui-
même est un feu de médecine, laquelle
étant tout feu & toute teinture consomme
en un instant toutes les impuretés
des métaux imparfaits, sur lesquels
elle est projetée, les teint & réduit
@
Philosophique & Hermétique. 149
en même temps la substance mercurielle
qui est dans les dits métaux
imparfaits, & les convertit en pur
sel.
Soufre d'or pour fermenter la médecine
rouge mercurielle.
J'ai ci-devant enseigné en parlant
du magistère métallique, comme il fallait
purifier l'or, le calciner, le convertir
en vitriol & en crocus ou manteau
de pourpre, & qu'il fallait diviser
ce manteau en trois parties, l'une
desquelles serait employée, comme
ci-devant pour en extraire le soufre
avec l'esprit de vin. Maintenant je
vous donne la façon de faire cette extraction.
Mettez ce manteau pourprin dans
un vase de verre; versez dessus de
l'esprit de sel marin; faites & adoucissez
avec l'esprit de vin, ainsi qu'il
sera tantôt dit, & ce à l'éminence de
deux doigts; laissez digérer à lente
chaleur, tant que l'esprit se teigne
d'un haut rouge; videz par inclination
cet esprit teint; remettez-en de
N iij
@
150 Traité de Chimie,
l'autre sur les fèces, tant de fois que le
crocus d'or demeure en chaux blanche
privé de sa teinture ou soufre rouge,
dans laquelle chaux blanche seront
pourtant contenus le sel & le
mercure de l'or, laquelle conserverez
pour vous en servir, comme il
sera dit ci-après: retirez par le bain
tout le dissolvant ou esprit de sel qui
distillera claire la teinture. L'âme ou
le vrai soufre de l'or restera au fond
du vase en couleur très rouge, lequel
vous dulcifierez très bien par dix ou
douze fois avec eau de pluie distillée,
que retirerez chaque fois par distillation,
puis le ferez sécher.
Esprit de sel marin & son adoucissement par l'esprit de vin.
Prenez du sel marin ce qu'il vous
plaira, dissolvez-le dans l'eau commune,
faites-le filtrer, évaporer & congeler,
puis le décrépitez dans un grand
creuset à feu modéré tant qu'il ne pétille
plus.
Mettez une livre & demie de ce
sel préparé avec quatre livres & demie
d'argile ou bol commun, pilez
@
Philosophique & Hermétique. 151
& mêlez le tout ensemble, & les jetez
dans une grande retorte bien lutée,
posez-la au réverbère; joignez-
y un grand récipient; lutez les jointures,
puis distillez tout ainsi que l'on
fait en distillant l'eau-forte commune,
déflegmez très bien cet esprit, & le
rectifiez, qu'il ne laisse point de fèces
au fond du vase.
Prenez une part de cet esprit de sel
privé de son aquosité & de sa terrestréité
étrangère, & deux parts d'esprit
de vin qui soit aussi sans flegme,
& un vrai soufre de vin; mettez-les
dans un alambic, & les chassez d'abord
par distillation à feu médiocrement
fort, tellement qu'il ne demeure
rien au fond du vase distillatoire;
versez derechef par-dessus autant que
toute la matière pèsera de nouvel esprit
de vin, & retirez toute la liqueur
alors plus fort que la première fois;
pesez derechef, & y joignez de nouvel
esprit de vin, & distillez pour la troisième
fois en fortifiant toujours le feu;
alors mettez toute la liqueur dans un
vase circulatoire que vous boucherez
très bien, puis le ferez digérer au bain
N iiij
@
152 Traité de Chimie,
marie pendant un mois à feu lent, ou
autant de temps que l'esprit de sel ait
perdu toute son aquosité & soit devenu
doux.
Cette liqueur ainsi adoucie, s'appelle
aussi eau tempérée, pour laquelle
parfaire il faut de l'adresse; car
si cet esprit n'était dulcifié, vous ne
feriez rien qui vaille; & au lieu d'obtenir
un soufre ou teinture d'or diaphane
& rouge comme un rubis, qui
après son extraction laisse un corps
blanc, ne colorant plus aucun esprit,
vous demeurerez frustré de votre labeur,
& ne tirerez qu'une teinture
verte ou d'autre couleur, qui ne serait
pas le soufre solaire que nous demandons
pour le réduire en esprit ou
or potable.
ESPRIT DE VIN ALCOOLISE'.
Prenez d'excellent vin telle quantité
qu'il vous plaira; faites-le digérer
au bain marie pendant quinze jours,
puis en distillez l'esprit, & rectifiez
cet esprit par trois fois, afin qu'il
soit bien déflegmé.
@
Philosophique & Hermétique. 153
Prenez deux livres de cet esprit rectifié;
mêlez-les avec six livres du
même vin qui aura été digéré pendant
quinze jours, puis le distillez n'en retirant
que la même quantité de deux
livres d'esprit.
Redistillez ces deux livres d'esprit
avec six autres livres de vin digérés,
& en retirez seulement deux livres
d'esprit; réitérez cela par sept ou
huit fois en tout, n'en retirant à chaque
distillation que 2 livres d'esprit,
& ainsi vous aurez le vrai soufre, &
le vrai alcool de vin très fort, très
pénétrant & très subtil: il est si volatil
qu'en le jetant, il n'en tombe pas
une goutte, mais s'évanouit en l'air.
Cet esprit est chaud & sec & incorruptible,
résiste à la putréfaction, renforce
les apoplectiques & diurétiques,
en prenant d'icelui intérieurement
environ une dragme.
Extérieurement il résout les tumeurs
froides & scorieuses; empêche
la coagulation du sang aux contusions.
C'est le vrai soufre du vin qui adoucit
l'esprit du sel marin, & l'huile incombustible
@
154 Traité de Chimie,
de mars & de vénus pour
le magistère métallique, & adoucit
aussi l'huile incombustible du vitriol
naturel pour réduire le soufre d'or en
esprit ou or potable, comme il est dit
ci-devant.
Pour le vin qui sera resté après l'extraction
de cet esprit, vous le ferez
distiller pour en avoir l'eau-de-vie qui
contenait cet alcool, afin de vous
en servir en d'autres opérations.
Réduction du soufre d'Or en esprit ou
liqueur potable.
Prenez une part de soufre d'or,
comme il est dit ci-devant, mettez-le
dans un vase de verre; versez dessus
quatre fois son poids de l'huile incombustible
des Philosophes adoucie par
l'esprit de vin, comme il sera dit ci-
après.
Bouchez bien le vase, & le mettez
en douce digestion pendant un
mois au bain-vaporeux, tant que tout
le soufre d'or soit dissous & remis en
sa première matière; puis ferez distiller
cette matière, & cohoberez tant
@
Philosophique & Hermétique. 155
que tout passe en liqueur spirituelle
rouge comme sang, si belle & transparente
que le rubis ne lui est pas égale.
Par ce moyen vous aurez le vrai
or potable & spirituel, qui ne retournera
plus en corps, & qui est un très
grand secret pour la santé des hommes.
Huile incombustible minérale & sa dulcification
pour réduire le soufre d'or en esprit.
Prenez la liqueur mercurielle pesant
vingt-cinq onces extraite de cinq
livres de vitriol, comme il a été enseigné
ci-devant par distillation violente;
déflegmez-la au bain, & sur son
caput mortuum, vous mettrez de bon
vinaigre distillé, ferez digérer trois jours
afin qu'il attire le sel sans lequel votre
labeur serait inutile. Filtrez le vinaigre
imprégné, retirez-le par distillation
au bain, & le sel demeurera au
fond du vase, lequel vous ferez dissoudre
en eau de pluie distillée, filtrerez
& congèlerez par trois fois, & il
sera fait.
@
156 Traité de Chimie,
Versez sur ce sel toute la liqueur
mercurielle parfaitement déflegmée,
& ce dans une retorte lutée, & le sel
s'y résoudra promptement; alors vous
distillerez à forte chaleur, & cette liqueur
ou esprit mercuriel sulfureux
rendra volatil & emportera avec soi
son propre esprit de sel par la distillation,
& sera bien plus fort qu'auparavant.
Par ce moyen sera préparée
l'huile incombustible minérale qui est
tout ensemble mercure, soufre & sel,
qui viennent tous trois d'une même
racine, vraie & première matière des
métaux, & la même racine dont l'or
a été premièrement engendré.
Mettez huit onces de cette huile
très aigre, pontique & ignée dans une
retorte lutée; versez dessus cinq onces
d'esprit de vin; faites, comme il
est dit ci-devant, posez la retorte au
sable; joignez-y son récipient; lutez
bien les jointures, & distillez d'abord
à feu assez fort sans observer les degrés;
versez derechef cinq autres onces
de nouvel esprit de vin, & distillez,
comme la première fois; retournez
& faites ainsi pour la troisième
@
Philosophique & Hermétique. 157
fois; en sorte qu'il y ait quinze onces
d'esprit de vin pour les huit onces de
votre huile incombustible contenant
les trois principes spirituels du vitriol
naturel. Faites-le après circuler au
bain tiède pendant un mois, & ainsi
l'huile perdra son acrimonie, deviendra
douce & agréable; car l'esprit de
vin, comme nous avons dit, mûrit
pendant la digestion l'acerbité de
cette huile, en adoucit la grande acidité,
non pas que l'esprit de vin soit
doux de soi; mais il corrige l'âpreté
du feu contre nature, & emporte
avec soi par distillations réitérées tous
les esprits corrosifs: conservez cette
huile incombustible, après en avoir retiré
l'esprit de vin par le bain, pour
vous en servir, comme il a été dit
ci-dessus, afin de rendre spirituel, &
en première matière le soufre de l'or.
Or Potable.
Le principal or potable pour la
santé du microcosme, est la pierre
même des Philosophes avant qu'elle
soit fermentée avec l'or corporel, &
@
158 Traité de Chimie,
la médecine universelle pour guérir
la lèpre des métaux est la même teinture
ou pierre après la fermentation,
laquelle je vous ai ci-devant enseigné
clairement & sincèrement avec toutes
les circonstances: c'est pourquoi je me
contente de vous déclarer ici l'entier
procédé de faire l'or potable avec l'or
vulgaire sommairement dépure.
Prenez donc l'âme de l'or ou son
soufre, extrait par le moyen de l'esprit
doux de sel marin, faites comme
nous avons enseigné: retirez ledit
esprit de sel par distillation, & dulcifiez
très bien l'âme de l'or restée au
fond du vase par dix ou douze fois
avec de l'eau de pluie distillée, que
vous relèverez chaque fois; puis le
ferez sécher nettement & doucement.
Pesez-la & versez dessus quatre
fois son poids de notre huile incombustible
Philosophique & adoucie
par l'esprit de vin: bouchez bien
le vase, & faites putréfier au bain
vaporeux à douce chaleur, tant que toute
l'âme de l'or soit dissoute & tournée
en eau & première matière, & de
ces deux, il se fera une liqueur
@
Philosophique & Hermétique. 159
rouge comme rubis belle & transparente.
Mais je vous avertis que lorsque
l'âme de l'or commencera à se résoudre
& entrer en la première matière de
son essence; c'est-à-dire, à se liquéfier
dans l'huile incombustible, comme
la glace fait dans l'eau chaude,
qui lui est homogène, parce qu'elle
en dérive, il paraîtra premièrement
aux bords du verre, au niveau de la
matière un cercle entièrement vert,
puis un cercle bleu, puis un jaune,
& enfin de toutes couleurs, ainsi que
l'arc-en-ciel, lesquelles couleurs
néanmoins seront de petite durée.
Après donc que l'âme de l'or sera
entièrement dissoute, & qu'on ne verra
rien de reste au fond du vase; versez
sur cette dissolution deux fois autant
d'esprit de vin rectifié: fermez
bien le vase, & faites digérer & putréfier
à lente chaleur pendant quinze
jours; puis distillez à l'alambic, & il
passera dans le récipient une liqueur
aurée, belle, diaphane & rouge comme
sang. Réitérez cette élévation si
souvent en cohobant, que rien de corporel
@
160 Traité de Chimie,
ne demeure au fond, & ainsi
vous aurez le vrai or potable, qui ne
pourra plus jamais être réduit en
corps; mais prenez garde qu'il est nécessaire,
& souvenez-vous que l'or
avant sa destruction ou décomposition
& extraction de son âme ou soufre,
doit être purifié & passé par l'antimoine
trois fois, afin de l'exalter
& priver de toutes hétérogénéités.
Animation & coloration du corps blanc de l'Or.
La nature par le moyen de l'art peut
accomplir un autre secret très utile,
qui est le corps blanc de l'or dépouillé
de son âme soufre ou teinture, comme
il a été déjà enseigné ci-devant
peut être coloré & remis en très pur
or, lequel secret je vous veux aussi
manifester fraternellement.
Vous avez sans doute pris garde,
& gravé secrètement dans votre coeur,
ce que je vous ai véritablement enseigné
& confié sur votre conscience;
à savoir, que la pierre universelle
des Philosophes repose sur l'esprit
blanc
@
Philosophique & Hermétique. 161
blanc du vitriol; que les trois principes
se trouvent seulement en cet esprit
ou vent mercuriel, & comme
vous devez mettre chacun de ces principes
en son ordre pour vous en servir.
Prenez donc le soufre des Philosophes
qui est le second en ordre, lequel
s'extrait par le moyen de l'esprit blanc
mercuriel, de la terre des Philosophes,
comme il a été dit, ci-devant.
Versez-le sur le corps blanc de l'or
dénué de son âme tingente; que le
sel & le mercure solaire n'en soient
pas séparés; faites-les digérer un mois
au bain à chaleur modérée; puis les
fixez sur les cendres, & enfin sur le
sable jusqu'à tant que vous voyez une
poudre brune & fixe, laquelle vous
fondrez avec un bon fluant fait de
plomb, & cela deviendra doux au
marteau, & sera converti en bon or,
auquel ne se trouvera rien à redire ni
en couleur, ni en vertu.
En ceci il y a deux belles choses à
considérer la première, c'est qu'on
extrait l'âme ou la teinture de l'or pour
s'en servir, comme il se voit aux pages
ci-devant. Q
@
162 Traité de Chimie,
Et la seconde c'est que l'on anime,
& teint le corps blanc de l'or en
bon or; ainsi l'Artiste détruit & construit
l'or avec double utilité, tant
pour la santé des hommes que pour
la transmutation des métaux imparfaits
en parfaits fluants. Prenez sable
blanc ou cailloux de rivière, une partie;
litharge trois parties; fondez-les
à grand feu tant qu'ils deviennent
en verre jaune.
Extraction du Sel contenu dans le corps
blanc de l'Or.
Prenez le corps blanc l'or, duquel
vous aurez auparavant tiré l'âme ou le
soufre avec l'esprit du sel dulcifié,
ainsi qu'il est enseigné ci-devant; faites-le
réverbérer doucement l'espace
de demie heure, pour un peu le recorporer;
puis versez dessus l'eau de
miel bien rectifiée, claire & corrosive,
& en dix jours à chaleur lente
cette eau attirera le sel du corps blanc
de l'or: après filtrez la dissolution, &
retirez par distillation au bain, l'eau de
miel, puis adoucissez le sel par distillation;
@
Philosophique & Hermétique. 163
réitérez avec eau commune distillée
pour lui ôter l'acrimonie de
l'eau de miel; puis clarifiez ce sel en
le dissolvant, filtrant, & congelant
avec de bon esprit de vin.
Ce sel d'or est un insigne diaphorétique
& très propre pour toutes les maladies,
où il est nécessaire de provoquer
les sueurs. La dose est depuis un
grain jusques à quatre dans du vin
blanc ou autre liqueur convenable.
L'extraction du sel du corps de l'argent
resté après que son soufre bleu
en est séparé se fait avec la susdite eau
de miel corrosive, & se clarifie avec
l'esprit de vin, observant le même
procédé que ci-dessus est dit pour l'or.
Le sel d'argent est excellent pour
toutes les maladies capitales, & pour
dessécher les eaux des hydropiques; la
dose est comme à l'or depuis un grain
jusqu'à quatre.
EXTRACTION DU MERCURE.
de l'Or.
Sur la matière qu'il restera après
O ij
@
164 Traité de Chimie,
avoir séparé le sel du corps blanc de
l'or, il faudra verser de l'esprit du sel
blanc de tartre, les digérer ensemble
un mois durant, puis chasser le mercure
vif par la retorte à bon feu, &
il coulera & tombera dans le récipient,
que vous aurez premièrement rempli
à demi avec l'eau froide; & ainsi vous
aurez le vrai mercure vif & coulant
du corps de l'or, après lequel plusieurs
travaillent en vain.
L'extraction du mercure du corps
de l'argent resté après en avoir tiré
le sel, se fait comme celle du mercure
du corps de l'or.
BELLES ET RE'ELLES
opérations sur l'argent.
Nous avons ci-devant enseigné les
opérations les plus rares & les plus
excellentes qui se puissent faire sur
l'or, pour le réduire en ses principes
spirituels, tant pour en faire la médecine
catholique que des pièces particulières.
C'est pourquoi nous passons à l'argent
pour en extraire les pures substances,
@
Philosophique & Hermétique. 165
afin d'en faire les médecines
pour la transmutation des métaux imparfaits
& pour la santé des hommes.
L'argent potable est le vrai spécifique
pour guérir les maladies du cerveau,
comme l'or potable est le spécifique
pour dissiper les infirmités qui oppressent
le coeur, le siège de la vie.
EXTRACTION DU SOUFRE
de l'argent.
Prenez chaux d'argent fin de séparation,
comme elle est abattue de
l'eau-forte avec les lames de cuivre,
comme font les Orfèvres; puis les stratifiez
lit sur lit avec du sel marin fixé
avec de la chaux vive, comme il est
dit ci-après.
Ensuite mettez dans une cucurbite
de verre & versez dessus de l'eau faite
de Galle, partie de vitriol & salpêtre,
& distillez l'eau-forte à bon feu; faites
ainsi par trois fois, & vous trouverez
l'argent beau, transparent & bleu
comme de l'azur outre marin.
Versez dessus cet argent azuré de
fort vinaigre distillé; mettez-le, en digestion,
@
166 Traité de Chimie,
& le vinaigre distillé deviendra
bleu comme un saphir, attirant la
teinture de l'argent qui demeurera au
fond du vase, privé se son âme, lequel
vous conserverez pour vous en
servir, ainsi qu'il est enseigné ci-après.
Pour ce qui est de la teinture bleue,
il faudra la séparer d'avec le sel marin,
ce qui se fait ainsi.
Mettez tout le vinaigre teint en
bleu dans un vase distillatoire, & le retirez
par distillation jusqu'à siccité, &
la teinture d'argent demeurera avec le
sel marin au fond du vase. Versez sur
cette matière de l'eau de pluie distillée,
& il faut en extraire le sel marin par
dissolution, tant que la teinture azurée
de l'argent qui restera au fond soit
adoucie & totalement privée de sel
marin, puis faites sécher cette teinture
ou soufre d'argent; versez dessus
de bon vinaigre distillé; retirez-le par
distillation, & le cohobez tant de fois
que le soufre d'argent monte & passe
avec le vinaigre dans le récipient en
couleur saphirée, puis distillez au bain
le vinaigre, & la teinture ou soufre spirituel
de l'Argent demeurera au fond
@
Philosophique & Hermétique. 167
du vase en substance sèche.
Prenez ce soufre & le mêlez avec
autant de sel armoniac purifié, & les
faites sublimer ensemble, ainsi l'armoniac
élèvera le soufre d'argent en
bleu céleste.
Mettez ce qui sera sublimé dans un
verre plat, & en séparez l'armoniac
avec eau de pluie distillée, & desséchezdoucement ce soufre, lequel
mettrez dans un vase de verre, &
verserez dessus d'excellent esprit de
vin; laissez-les digérer au bain, le
vase bien clos pendant 24 heures,
& l'esprit de vin attirera à soi le
soufre de l'argent, & colorera en beau
saphir, fort peu de fèces au fond, lesquelles
vous séparerez, & ainsi vous
aurez un excellent argent potable,
lequel est admirable pour les maladies
lunaires, pris au poids de cinq ou cinq(six?)
gouttes dans du vin.
FIXATION DU SEL MARIN.
Prenez du sel marin & de la chaux
vive restante; pilez & mêlez le tout,
puis les faites rougir ensemble fortement
@
168 Traité de Chimie,
avant dans le four, tant qu'ils
se fondent. Puis séparez le sel d'avec
la chaux par le moyen de l'eau chaude,
filtrez & coagulez la dissolution; joignez
à ce sel coagulé, autant pesant de
nouvelle chaux vive; rougissez-les
& les faites fondre au feu; retirez le
sel avec eau chaude, filtrez & coagulez.
Faites encore ainsi pour la troisième
fois, & vous aurez le sel fixe pour
vous en servir, & stratifier la chaux
d'argent à la page ci-devant, afin d'en
tirer le soufre bleu.
ARGENT POTABLE.
Prenez le soufre bleu céleste, extrait
par le vinaigre distillé (ainsi qu'il est
enseigné ci-devant) & dulcifié. Mettez-le
dans un vase de verre; versez
dessus d'excellent esprit de vin; faites
digérer au bain pendant vingt-quatre
heures, & l'esprit de vin attirera à soi
le soufre par distillation, & le soufre
demeurera préparé comme il faut.
Prenez une part de ce soufre, versez
dessus trois fois son poids de notre
esprit blanc mercuriel extrait du
vitriol
@
Philosophique & Hermétique. 169
vitriol minéral, comme il est enseigné
ci-devant car c'est le même esprit;
bouchez bien le vase de verre; faites
digérer au bain vaporeux, tant que
tout le soufre soit réduit en liqueur,
& qu'on ne voie plus rien au fond,
alors versez dessus de très bon esprit
de vin à poids égal, digérez-les ensemble
quinze jours; poussez après le
tout par l'alambic, & cohobez tant
de fois que tout passe spirituellement
& que rien ne demeure au fond du
vase distillatoire. Retirez l'esprit par
le bain tiède, & il restera une liqueur
qui sera le vrai argent potable, ou le
soufre de l'argent réduit en son premier
principe, & qui ne peut plus
être remis en corps.
Vous pourrez fermenter & animer
avec ce soufre spirituel d'argent la
médecine ou élixir blanc décrit ci-
devant en la même façon que j'ai enseigné
pour la fermentation & animation
de la médecine ou élixir rouge,
avec le soufre spiritualisé de l'or
ci-devant.
Avec cet argent potable vous ferez
des merveilles en la médecine:
P
@
170 Traité de Chimie,
car il est diaphorétique, quelque peu
anodin, très utile pour guérir l'inflammation
du cerveau, la convulsion
des nerfs, la folie, la mélancolie. C'est
un singulier remède aux obstructions
du foie, de la rate, & des mois. Il
conforte toutes les parties principales
& réveille merveilleusement les esprits
animaux. C'est le vrai spécifique
capital, lequel contient aussi la vertu
de guérir parfaitement l'hydropisie.
La dose est de trois jusqu'à dix gouttes
dans les véhicules convenables
aux maladies.
Vous pouvez aussi rendre l'argent
volatil, soit par les esprits du sel armoniac
& de salpêtre, ou par les esprits
de sel marin & salpêtre; mettez-les
ensemble; puis convertissez cet argent
volatil en vitriol; ensuite ayant fait
dissoudre ce vitriol dans de l'eau de
pluie distillée, vous y jetterez du mercure
purifié, & de cela il se fera un
amalgame: voyez ci-devant ou il est
dit la même chose pour le vitriol d'or,
laquelle mettrez sous la moufle, ferez
réverbérer lentement, tant que
tout le mercure soit évaporé, & il
@
Philosophique & Hermétique. 171
restera un crocus lunaire, lequel vous
mêlerez avec un poids égal de sel armoniac,
les ferez sublimer ensemble;
& l'armoniac élèvera le soufre d'argent
en couleur bleue céleste. Alors
vous remettrez ce qui sera sublimé
dans un verre, & en séparerez l'armoniac
par dissolution avec eau de pluie
distillée, puis sécherez lentement le
soufre resté au fond du vase; versez
dessus d'excellent esprit de vin, ferez
digérer au bain pendant vingt-quatre
heures, & l'esprit de vin s'imprégnera
du soufre d'argent, & se colorera en
couleur saphirée. Finalement vous retirez
l'esprit de vin en consistance mielleuse
ou de sirop, & ainsi vous aurez
un excellent argent potable pour guérir
toutes les maladies lunaires, pris
depuis trois jusqu'à six gouttes dans
du vin ou autre liqueur convenable.
Si vous prenez une part de cet argent
spirituel, & que vous le nourrissiez
avec trois parts du lait virginal
mercuriel, les mettre en fixation, vous
aurez un vrai augment d'argent, qui
s'achèvera tous les mois, & ce que
vous en retirerez, vous le remplacerez
P ij
@
172 Traité de Chimie,
avec du mercure vulgaire purifié,
& cela se fera quantité de fois en forme
de minière. Pour la poudre fixe
qu'on en tirera chaque fois, il faudra
la réduire en corps avec borax, & sera
bonne lune.
Conversion des corps de l'argent désanimé
ou privé de son soufre en pur or.
Prenez une part du soufre bleu de
l'argent, demie part du soufre de l'or
fait par le moyen de l'esprit dulcifié
du sel marin ci-dessus, six parts de
l'huile incombustible adoucie, ci-dessus;
mettez ces trois choses ensemble
dans une cucurbite lutée, & les laissez
digérer à douce chaleur, tant qu'il
s'en fasse une liqueur rouge brune;
puis les faites distiller & cohober tant
que le tout ait passé par l'alambic sans
laisser aucune fèces.
Versez cette liqueur sur la matière
corps ou chaux, de l'argent désanimé
qui vous sera resté après l'extraction
seulement de sa teinture ou soufre
bleu, comme il se voit ci-devant.
Sans toutefois que ce corps d'argent
@
Philosophique & Hermétique. 173
soit privé de son sel & de son mercure;
mettez tout cela dans un vase luté
à coaguler sur les cendres chaudes,
& à fixer pendant 40 jours & nuits,
ou tant que vous voyiez le corps de
l'argent désanimé, demeurer sec & de
couleur brune, sans qu'il monte plus
aucune vapeur ou odeur; alors faites
fondre la matière à feu prompt & violent;
jetez-la en lingots, & la trouverez
convertie en or fin, & malléable.
MEDECINE BLANCHE.
Si vous voulez faire la teinture, ou
l'argent au blanc, procédez ainsi: prenez
le soufre bleu céleste extrait de
l'argent, & rectifié avec l'esprit de
vin, comme il est dit ci-dessus.
Mettez-le dans un vase de verre;
versez dessus deux fois son pesant
d'esprit de mercure fait de l'esprit
blanc de vitriol ci-devant. Prenez aussi
du sel clarifié, extrait du corps de
l'argent qui vous est resté après la séparation
de son soufre bleu, comme
il se voit ci-dessus, lequel sel vous tirerez
du corps de l'argent par l'eau
P iij
@
174 Traité de Chimie,
corrosive du miel, & dulcifierez ou
édulcorerez par fréquentes distillations
d'eau commune, & le clarifierez avec
l'esprit de vin, ainsi qu'il est dit pour
le sel d'or ci-devant. Prenez donc,
dis-je, ce sel d'argent; versez dessus
dans un vase à part trois fois son poids
de semblable esprit de mercure, faites
de l'esprit blanc de vitriol. Lutez ensuite
chacun des dits deux vases contenant
les matières, puis les mettez dans le
bain vaporeux fort doux pendant huit
jours & huit nuits & se dissoudront:
mais prenez garde que tant le sel que
le soufre d'argent aient été mis à leurs
poids; c'est-à-dire, qu'ils soient à ce
composé aux mêmes poids qu'ils ont
eu leurs extractions: car ceci est la
réunion de l'âme sulfureuse, avec le
corps salé de l'argent par le moyen
de l'esprit du mercure. A la fin des
dits huit jours vous joindrez ensemble
les deux dissolutions du soufre & du
sel, puis sigillerez le vase du sceau
d'Hermès, lequel vous poserez aux
cendres à feu doux, tant que tout le liquide
entre après en une congélation
blanche & claire; finalement, fixez les
@
Philosophique & Hermétique. 175
degrés du feu, & la matière deviendra
blanche.
Par ce moyen vous aurez la teinture
blanche, pour l'élixir blanc, lequel
vous pourrez multiplier avec l'esprit
blanc mercuriel, pour faire la projection
au blanc.
Vous pourrez aussi si vous voulez
passer de la teinture ou matière blanche,
devant qu'elle soit multipliée
avec l'esprit blanc à la teinture rouge;
& ce en animant & fermentant la matière
blanche avec le soufre de l'or dissous
& rendu volatil & spirituel, puis
la nourrissant & multipliant avec l'esprit
rouge complet & incombustible
du vitriol naturel.
Notez aussi que vous pourrez faire
le même procédé pour l'or, comme
vous avez fait pour l'argent, c'est-à-
dire, que vous travaillerez avec le
sel & le soufre de l'or, y joignant l'esprit
rouge complet, qui n'est autre
que la liqueur ou huile incombustible,
extraite du vitriol qui est toute
ensemble mercure, soufre & sel, &
ferez les opérations pour le rouge
comme pour le blanc.
P iiij
@
176 Traité de Chimie,
Extraction du soufre volatil & brûlant contenu dans le vitriol.
Prenez de bon vitriol, ce qu'il vous
plaira, dissolvez-le en eau commune,
puis ayez des cendres dont les teinturiers
se servent pour teindre, lesquelles
pareillement vous dissoudrez dans
de l'eau, en ferez une lessive; filtrez-
la, & puis la versez peu à peu sur la
dissolution du vitriol que vous aurez
aussi filtré; & il se fera tumulte & séparation
du soufre externe du vitriol,
lequel tombera au fond du vase; videz
l'eau par inclination, & dulcifiez
ce soufre avec eau commune, & le
faites sécher. Faites-en bonne provision.
Ce soufre brûle, comme le soufre
commun, lorsqu'on le jette sur les
charbons ardents; faites-le sublimer
en faire tout seul sans aucune addition,
& laisserez les fèces que vous séparerez.
Conversion du soufre volatil du vitriol
en huile très douce.
Prenez ce soufre sublimé, broyez-
@
Philosophique & Hermétique. 177
le avec la moitié de son poids de bon
sel de tartre bien dépuré; faites-les
distiller ensemble par la retorte à feu
de suppression dessus & dessous enfin
très fort, & il passera dans le récipient
une huile rougeâtre sur laquelle vous
verserez un peu de vinaigre distillé, &
il se précipitera au fond du vase une
poudre brune qui sera le soufre embryonné
du vitriol, & l'esprit de sel
de tartre se mêlera & demeurera dans
le vinaigre: dulcifiez cette poudre brune
avec eau commune froide: après
prenez cette poudre (dans laquelle est
le trésor que vous cherchez,) versez
sur icelle de très bon esprit de vin,
& les faites circuler pendant huit
jours en un vase bien clos à lente chaleur,
& l'esprit de vin attirera l'essence
très douce du soufre volatil du
vitriol, laquelle nagera au-dessus de
l'esprit de vin, en forme d'huile,
comme fait l'huile de cannelle. Alors
vous séparerez avec un entonnoir de
verre ladite essence de dedans l'esprit
de vin, & la conserverez, comme
chose précieuse.
Cette essence prise au poids d'un
@
178 Traité de Chimie,
grain jusqu'à quatre dans l'eau de Mélisse,
dessèche les humidités superflues
du sang, guérit la stérilité de l'un
& de l'autre sexe & rectifie la matrice
& en guérit la suffocation, exhale toutes
les humeurs nuisibles, dissipe l'hydropisie,
étant prise quatorze jours
durant dessus de l'eau de persil. Enfin
cette essence est équipollente & égale
en vertu à la vraie teinture d'antimoine.
Notez qu'il faut faire la sublimation
de ce soufre du vitriol en cette
manière: mettez ce soufre dans une
cucurbite de verre, & y posez son chapiteau;
donnez feu de sable, & quand
vous verrez une portion de ce soufre
sublimé dans le chapiteau; ôtez ce
chapiteau, & y en remettez un autre,
& continuez ainsi tant que tout le soufre
soit sublimé, lequel vous ôterez
des chapiteaux & le conserverez pour
vous en servir à faire l'essence, comme
il est dit.
Autre extraction de l'Huile du soufre du vitriol.
Faites une lessive de cendres de
@
Philosophique & Hermétique. 179
(Tagus) puis la filtrez: dissolvez dans
icelle trois livres de bon vitriol; filtrez
cette dissolution, & versez dessus
à peu près environ quatre onces de
bonne huile de tartre par défaillance;
remuez avec une spatule de bois; (mais
non pas de chêne) & la dissolution fera
du bruit, & le soufre du vitriol se
précipitera au fond du vase. Laissez un
peu reposer cela, puis tirez la lessive
par inclination; dulcifiez le soufre
avec eau commune; faites-le sécher,
& il sera de couleur jaune; mais si
vous le mettez au feu dans un creuset,
il deviendra rouge.
Versez sur ce soufre de l'huile blanche
des grains de genièvre, laissez digérer,
& l'huile de genièvre s'imprégnera
de la teinture rouge du soufre.
Alors vous ferez digérer cela avec l'esprit
de vin, puis distillerez, & l'esprit
de vin, & l'huile de genièvre passeront
dans le récipient & au fonds du vase
demeurera l'huile du soufre de vitriol,
qui sera de couleur rouge. Cette huile
est excellente pour guérir les vertiges,
l'hydropisie, peste, gravelle &
grattelle.
@
180 Traité de Chimie,
Notez que le vitriol calciné à rougeur
se sublime avec le sel armoniac,
& cette façon est meilleure que par
la lessive, d'autant que le corps du vitriol
est rendu plus ouvert.
Ce sublimé se résout en huile qui
coagule le mercure & le cinabre.
Extraction du sel du vitriol, sa volatilisation
& cristallisation.
Prenez de bon vitriol minéral, faites-le
calciner jusqu'au commencement
de la couleur jaune & non plus
avant. Pilez cinq livres de ce vitriol,
mettez-le dans une retorte bien lutée,
& si grande que la matière ne l'emplisse
qu'à moitié: joignez-y un grand récipient,
lutez bien les jointures; cela
fait, commencez votre distillation, &
réverbérez à chaleur si lente qu'elle
n'excède pas d'abord la chaleur du soleil
ès jours caniculaires; puis augmentez
le feu de degré en degré, & enfin
poussez les esprits avec feu violent, &
continuez tant que les gouttes rouges
tomberont de la retorte dans le récipient,
à quoi faire employez trois
jours & trois nuits.
@
Philosophique & Hermétique. 181
Après prenez le
caput mortuum resté
dans la retorte qui sera brun-noir, &
qui pèsera environ trente-huit onces:
pilez & versez dessus de l'eau commune
distillée; faites bouillir ensemble
tant que le sel de
caput mortuum se dissolve
dans l'eau, laquelle filtrerez &
ferez évaporer lentement, jusqu'à la
coagulation du sel, dissolvez ce sel
dans de l'eau distillée; filtrez, évaporez,
& coagulez; réitérez cela par trois
diverses fois.
Ce sel étant ainsi bien purifié sera
mis à dessécher, puis le mettrez dans
une retorte bien lutée, & verserez
dessus votre esprit que vous en aurez
tiré, comme il est dit: ensuite vous
distillerez cela lentement, & quand
toute l'humidité sera passée dans le récipient,
augmentez le feu, & donnez
feu de chasse bien fort, tant qu'il ne
sorte plus rien. Alors prenez tout ce
qui sera dans le récipient, & en séparez
tout le flegme par distillation à
lente chaleur, jusqu'à ce que vous
voyez que la liqueur soit au fond de
la cucurbite de couleur rouge obscure,
ce qu'étant ainsi vous mettrez la cucurbite
@
182 Traité de Chimie,
contenant la matière dans une
cave, & il se formera des cristaux
blancs, clairs & transparents, qui est
le sel passé spirituellement avec son
mercure & son soufre liquides, qui
étaient contenus dans le vitriol.
Conversion du Sel cristallin du vitriol en
Essence huileuse, rouge & douce.
Prenez tout ce sel cristallin après
avoir retiré par inclination ce qui restera
de liqueur dans la cucurbite; mettez-le
dans un matras à long col; versez
dessus de l'esprit très blanc de térébenthine
nouvellement faite, & qui
soit aussi claire que de l'eau: mais vous
le verserez goutte à goutte, d'autant que
cela fait grand bruit, puis après le sel
se dissoudra, & teindra l'esprit de térébenthine
en couleur de sang; versez
sur cette matière trois fois autant de
bon esprit de vin sans flegme; en sorte
qu'il surnage de deux bons travers de
doigts; les digérer quelque peu, puis
les distillez au bain marie tiède, & la
teinture huileuse du sel de vitriol passera
dans le récipient avec l'esprit de
@
Philosophique & Hermétique. 183
vin de saveur fort agréable; & la corrosion
demeurera dans la viscosité de
l'esprit de térébenthine, quand l'esprit
de vin sera distillé.
Or quand ce même esprit de vin sera
donc distillé avec ladite teinture;
mettez-les ensemble dans un vase avec
un peu de nouvel esprit de vin, & les
distillez doucement au bain, afin que
s'il y a quelque chose de corrosif
passé en la première distillation, il soit
retenu en arrière en cette seconde.
Réitérez ce labeur pour la troisième
fois, & sera fait: mettez cette essence
spirituelle, douce, rouge & transparente
dans un pélican, & s'il y en a
par exemple une livre, ajoutez-y une
dragme de Licorne, ou de corne de Rhinocéros
en poudre pour l'épilepsie;
faites circuler un mois entier à lente
chaleur; retirez après la teinture essencifiée
par inclination, & la séparez
des fèces.
La dose est demie scrupuleuse jusqu'à
demie dragme dans une cuillerée
d'eau de muguet un peu auparavant
le paroxysme épileptique, en réitérant
cela par trois fois; celui qui
@
184 Traité de Chimie,
aura le mal caduc s'en trouvera guéri
la prenant dans du vin huit jours de
suite. Cette teinture guérit les dévoyés
d'entendement, les vertiges,
les mélancoliques & asthmatiques, endurcissement
de nerfs & les podagres.
PARTICULIER RE'EL.
Prenez partie égale du soufre d'or
décrit ci-devant & du soufre de mars
uni à celui de vénus; faites comme
il est enseigné ci-après; broyez-les ensemble,
& versez dessus de l'huile
incombustible ci-dessus, tant qu'il surnage
la matière de deux doigts, afin
que les soufres se résolvent mieux.
Laissez donc résoudre tant qu'il ne
paroisse plus rien au fond du vase;
mais que tout soit en liqueur de couleur
de rubis; alors chassez-les conjointement
ensemble par distillation,
afin qu'ils soient un, comme ils sont
tous venus d'un, & prenez bien garde
que rien ne gâte votre distillation.
Versez une partie de cette liqueur
dorée, sur six fois autant de chaux
d'argent précipité par le sel dulcifié
desséché
@
Philosophique & Hermétique. 185
desséché, comme il est dit ci-après.
Mettez cela au four de fixation en
un vase de verre bien luté jusqu'à ce
qu'il ne monte plus rien, mais que
tout demeure fixe au fond. Alors vous
fondrez cette matière au four avant à
grand feu, & ainsi vous aurez uni l'époux
& l'épouse, c'est-à-dire, le soleil
& la lune, & l'aurez gradué en or
très haut.
SOUFRE DE VENUS ET DE MARS.
Faites le vitriol de verdet de cuivre
par le moyen du vinaigre distillé, comme
il est dit ci-devant.
Pilez-le & versez dessus le jus exprimé
des raisins, non mûrs; c'est-à-
dire de verjus qui soit purifié, recuvé
& non salé, laissez-les en chaleur
douce, & le jus se colorera en vertd'Emeraude clair & diaphane, & tirera
la teinture de vénus à soi, & lorsque ce
verjus ne se colorera plus, mettez toutes
les extractions ensemble, & distillez
le verjus doucement jusqu'à moitié,
puis le posez en lieu froid, & se
formera un très beau vitriol Emeraudin,
Q
@
186 Traité de Chimie,
qui est une excellente couleur
pour les peintures; & par ce moyen,
vous aurez assez de matière pour le réduire
& en faire la Pierre des Sages,
en cas que vous fussiez en doute de ne
pouvoir accomplir cet arcane ou ariane
par d'autres vitriols; & c'est cette
préparation dont j'ai parlé paraboliquement
dans un autre endroit, disant
que le vinaigre brun, commun ou azot
n'était pas la matière de notre Pierre;
mais que notre azot ou première matière,
se devait extraire par l'azot
commun, & par le vin qui est le jus
empreint des raisins non mûrs.
Prenez donc ce vitriol de
verdet,calcinez-le, & le distillez, comme il
se voit ci-dessus pour en avoir une
liqueur, ou huile rouge, auquel
vous joindrez de l'eau commune, &
avec cela, dissoudrez de la limaille de
mars & le convertirez en vitriol, lequel
calcinerez sous la moufle, & deviendra
en poudre belle & rouge, puis
en extrairez la teinture rouge avec vinaigre
distillé, tant qu'elle n'en rende
plus: alors vous distillerez le vinaigre
jusqu'à siccité: Et les soufres de vénus
@
Philosophique & Hermétique. 187
& de Mars demeureront conjoints au
fonds du vase, auxquels vous conjoindrez
le soufre de l'or au poids ci-devant
dit, & fixerez le tout sur deux
fois autant de chaux d'argent, ainsi que
je l'ai enseigné ailleurs.
De plus je vous dis, que si vous
distillez ce vitriol de mars, fait par le
moyen de l'huile de vénus, comme il
est dit, à grand feu pendant trois jours,
vous aurez une huile rouge, dans laquelle
serons conjoints & unis inséparablement,
les soufres de mars & de
vénus, auxquels vous additionnerez le
soufre de l'or, les coagulerez & fixerez.
Par ce moyen, vous aurez une médecine
qui guérit les hommes & purifie les
métaux.
Avec cette huile on gradue la lune;
& on obtient une bonne partie de la
couronne de l'oeuvre.
Davantage si vous fondez une bonne
part d'or, & une part d'argent ensemble,
les faites s'animer puis putréfier
dans cette huile, pendant huit
jours & huit nuits, ils se convertiront
en pur soleil.
Cette huile rouge tingente de mars
Q ij
@
188 Traité de Chimie,
& de vénus, s'appelle aussi sel de mars
qui est le receveur, lequel fait entrer
les rentes du Roi, & l'enrichit. Cette
huile résout aussi le soufre de l'or, (extrait
par l'esprit de sel marin adouci,)
en couleur de rubis, le fait fermenter
& passer par l'alambic spirituellement,
le réduit en son premier principe sans
qu'il puisse jamais plus retourner en
corps métallique. Voyez ci-devant.
Par cette huile du sel de mars, on
précipite le mercure d'antimoine;
après l'on conjoint ce précipité à l'huile
douce du vitriol; & étant fixé on a
une médecine qui est la seconde après
l'oeuvre universel, & qui teint la lune,
le saturne, & le jupiter en sol.
Je vous déclare encore ceci franchement;
prenez du bon vitriol, dissolvez-le
dans de l'eau commune; filtrez
& coagulez par 5 fois, afin d'en
séparer les sels alun & salpêtre; &
ainsi vous aurez votre vitriol minéral
bien purifié, lequel vous ferez distiller
en huile rouge avec l'esprit de vin, &
aurez une huile excellente, laquelle
fermenterez avec le soufre de l'or, fait
par le moyen de l'esprit de sel dulcifié,
@
Philosophique & Hermétique. 189
& y ajouterez sa part de mercure vif
antimonial, puis coagulerez & fixerez
cela; & ainsi vous aurez une teinture
pour les hommes, & pour teindre la
lune.
Or calcinez aussi le vitriol naturel
en un vase clos, tant qu'il devienne
parfaitement rouge, puis versez dessus
de bon vinaigre distillé, & le faites
putréfier pendant trois mois, & par
une forte distillation en attirez le mercure
vif, duquel en mêlerez trois parts
avec une part de soleil, & se fixera
en augment perpétuel.
Finalement je vous dis que si vous
extrayez le sel du vitriol, & que vous
le rectifiez bien, vous ferez un labeur
qui teint la lune en sol.
Ce sel métallique coagule aussi le
mercure vulgaire, & lorsqu'il est devenu
argent, vous le pouvez encore
hausser par l'antimoine.
CALCINATION D'ARGENT.
Prenez une part d'argent passé par
la coupelle, dissolvez-le dans trois
parts d'eau forte faites de deux parts
@
190 Traité de Chimie,
de vitriol & une part de salpêtre; puis
la dissolution étant claire, versez peu
à peu de l'eau salée filtrée, c'est-à-
dire, de l'eau commune, dans laquelle
vous aurez fait dissoudre du sel commun,
une part de ce sel pour trois parts
d'eau, & vous verrez l'argent dissous
se précipiter au fond du vase en chaux
blanche.
Laissez reposer pendant douze heures,
puis videz la liqueur surnageante,
& dulcifiez ladite chaux par ablutions
réitérées d'eau commune tiède,
après la ferez sécher, & la réverbérerez
pendant vingt-quatre heures; &
ainsi elle sera préparée pour s'en servir,
comme il est dit ci-devant.
MERCURE D'ANTIMOINE.
Prenez sel armoniac, sel de tartre,
& sel volatil de chacun une once, ou
ce qu'il vous plaira, broyez-les, &
mettez-les dans un vase de verre, versez
dessus de très bon vinaigre distillé,
sigillez le vase & le mettez putréfier au
bain pendant un mois, puis distillez au
feu de cendres jusqu'à siccité; prenez
@
Philosophique & Hermétique. 191
les sels demeurés au fond du vase,
joignez-y le triple de poudre de Tripoli,
& distillez par la retorte à grand
feu, & c'est l'esprit ressuscitatif des
sels susdits.
Prenez huit onces de Régule d'antimoine,
broyez-les bien, mettez-les
dans un vase de verre, versez l'esprit
dessus, digérez pendant deux mois;
puis en retirez doucement le flegme
par distillation; puis joignez à la matière
restée au fond, le quadruple de
limaille de fer, & distillez par la retorte
à feu très fort; & vous verrez le mercure
vif & coulant d'antimoine, tomber
dans le récipient que vous aurez
rempli à demi d'eau commune.
Autrement faites digérer quelques
jours de l'antimoine dans de l'esprit de
tartre, imprégné de sel armoniac; puis
distillez, sublimez par après; agitez ce
sublimé dans une poêle de fer avec de
l'eau commune froide; & ainsi l'armoniac
se dissoudra, & le mercure de
l'antimoine se revivifiera. Vous emploierez
ce mercure antimonial, comme
il est dit ci-devant.
@
192 Traité de Chimie,
ESPRIT DE VINAIGRE.
On ne saurait quasi rien préparer
en la Chimie utilement, & en la Médecine,
que l'on n'ait besoin de l'aide
du vinaigre distillé.
En la Chimie il montre sa vertu en
la putréfaction des minéraux & métaux.
On s'en sert aussi aux extractions
des essences, couleurs & teintures,
lorsqu'elles sont séparées, comme
nous nous servons de l'esprit de vin,
pour l'extraction des végétaux en la
Médecine.
Il démontre sa vertu en séparant le
pur de l'impur, & peut-être nommé
le grand séparateur. Il ôte aussi l'acidité
& corrosion des médicaments minéraux,
& fixe ce qui est volatil, empêchant
par ce moyen, l'efficace des
choses vénéneuses.
Mais je vous avertis pourtant, que
cet esprit de vinaigre distillé, n'est pas
le vinaigre des Philosophes; car leur
vinaigre est une autre liqueur; à savoir,
la matière même. Et la Pierre
des
@
Philosophique & Hermétique. 193
des Sages, se fait de l'azot des Sages,
lequel doit être préparé par l'azot
commun, qui est le vinaigre distillé
spirituellement; comme aussi le suc
des raisins non mûrs, ainsi qu'il est
déclaré ci-devant.
Ce vinaigre se distille comme le vin,
mais sans digestion; excepté que le
flegme sort le premier, comme en
toutes choses arides ou acides, &
l'esprit le dernier, lequel on extrait
jusqu'à ce que le vinaigre demeure au
fonds du vase distillatoire, en consistance
du miel; & ainsi on a l'esprit ou
moyenne substance du vinaigre sans
flegme & sans empirume.
ESPRIT CORROSIF DE MIEL.
Prenez une livre de bon miel, mettez-le
dans une cucurbite, & en extrayez
l'eau blanche & insipide par le
bain, conservez-la.
Prenez après ce qui sera resté dans
la cucurbite, & y joignez la moitié de
son poids de sable bien net, mettez
dans une retorte; puis faites distiller
cela au feu de cendres par degrés, &
R
@
194 Traité de Chimie,
il en sortira une liqueur ou esprit de
couleur jaune acide & corrosif, puis
l'huile rougeâtre le suivra; faites-les
digérer au bain pendant cinq ou six
jours, distillez-les derechef, & séparez
l'huile surnageante d'avec l'esprit
acide.
Rectifiez cet esprit aux cendres deux
ou trois fois, ou tant qu'il soit clair &
blanc comme de l'eau, & le conservez
pour vous servir à faire les extractions
des sels du corps blanc de l'or & de
l'argent, comme il est expliqué ci-
devant.
Pour ce qui est de l'eau blanche &
insipide distillée la première au bain,
elle guérit les cataractes & taies blanches
des yeux, désopile les visières,
fait revenir le poil, provoque l'urine,
& conserve le poil en dissipant les
mauvaises humeurs qui le font tomber.
Esprit de Tartre, ou Esprit de Vin tartarisé.
Prenez vingt livres de beau tartre
blanc, ou la quantité qu'il vous plaira,
@
Philosophique & Hermétique. 195
mettez-les étant pulvérisées dans
de grandes retortes lutées, & distillez
à chaleur bien douce de sable, tous les
esprits blancs qui sortiront en forme
de fumée.
Vous pourrez faire aussi cette distillation
au réverbère clos, & ajouter au
col d'une grande retorte de terre, une
serpentine de cuivre ou d'étain, colloquée
dans un tonneau plein d'eau froide,
le bout de laquelle serpentine entrera
dans un grand récipient, afin
que les fumées spirituelles du tartre,
se rafraîchissent mieux dans l'eau, en
passant à travers le tonneau, & se condensent
dans la concavité du dit récipient.
Les distillations étant faites, vous
verserez toute la liqueur distillée dans
une cucurbite, & ferez passer la moitié
d'icelle par l'alambic, retenant
l'autre moitié qui restera avec l'huile
noire pour être inutile.
Prenez après la tête morte du Tartre
résidu resté dans les retortes, calcinez-la
jusqu'à blancheur, & la séparez
en deux parties égales; mettez
l'une d'icelle bien pulvérisée dans une
R ij
@
196 Traité de Chimie,
cucurbite, versez dessus ladite liqueur
spirituelle du tartre, mêlez-les & couvrez
soudainement ladite cucurbite
avec une grande chape, joignez-y son
récipient, lutez bien les jointures;
puis distillez au bain, seulement la moitié
de cette seconde eau spirituelle &
non pas davantage; car par ce moyen,
tout le flegme de l'esprit tartareux est
retenu, & ne monte que la plus pure
& subtile partie de l'esprit, lequel
vous rectifierez encore une fois sur
l'autre partie du dit tartre calciné au
blanc; & ce, dans des vases nouveaux,
n'en ôtant encore que la moitié;
ainsi par cette préparation, vous
aurez le vrai esprit de vin tartarisé,
qui n'a pas son pareil en toute la nature:
non seulement pour extraire la
teinture rouge des fleurs d'antimoine,
mais encore les essences de tous les
métaux; & si je voulais ici m'étendre
plus avant, je pourrais prouver
qu'elles sont les vertus & puissances
qu'il démontre en la purification des
métaux imparfaits, avec lesquels il a
si grande communication, qu'il en
sait séparer les impuretés; & ce qui
@
Philosophique & Hermétique. 197
est plus profitable, c'est que lorsque
l'on emploie cet esprit de tartre pour
purification des métaux, il n'a pas besoin
de si subtile rectification, que
pour l'extraction des médicaments métalliques,
& même on peut se servir en
sa place, de celui qui se tire copieusement
des lies desséchées du vin.
Que si ledit esprit de vin tartarisé
vous semble trop pénible pour faire
l'extraction de la teinture rouge des
fleurs de l'antimoine, qui est un excellent
médicament, je vous veux encore
soulager en ce point, vous avertissant
qu'en dissolvant trois onces de
beau cristal de tartre dans une livre
d'esprit de vin vulgaire, vous ferez
la même extraction.
Mais je vous avertis aussi, qu'il
faut avoir le vrai esprit de vin tartarisé,
fait comme il est dit, pour s'en
servir à extraire le mercure de l'or &
de l'argent; ainsi qu'il est dit ci-devant:
car c'est un esprit véritablement
ressuscitatif.
R iij
@
198 Traité de Chimie,
Extraction de la vraie Teinture d'Antimoine.
Prenez de bon antimoine & du sel
armoniac dépuré de chacun une livre,
pilez, mêlez; puis les mettez dans une
retorte qui ait le col large & qui soit
bien lutée; posez-la sur le fourneau à
feu nu, joignez-y un récipient capable,
puis donnez le feu de sublimation
par degrés; enfin très fort, &
les fleurs de l'antimoine s'élèveront
avec l'armoniac; premièrement les
blanches, puis citrines, & finalement
rouges, & demeurera dans le fonds
de la retorte des fèces terrestres & inutiles
pour notre Ouvrage.
Prenez toutes ces fleurs, versez dessus
de l'eau chaude, & par fréquentes
dissolutions, ôtez-en tout le sel armoniac;
mettez ces fleurs ainsi adoucies
& broyées subtilement dans une
boule de terre de creuset faite de deux
pièces, à travers de laquelle passera un
manche de la même terre, & qui devra
être assez long au-dehors, afin qu'avec
icelui, on puisse tourner de temps
@
Philosophique & Hermétique. 199
en temps ladite boule; Lutez bien les
jointures, puis accommodez la boule
dans le Réverbératoire planché, &
donnez le feu du premier degré pendant
cinq jours, tenant ouvert le premier
soupirail, & tournant souvent
ladite boule par le moyen de son manche
qui passera à travers les murailles
du Réverbératoire, & les fleurs d'antimoine,
de rougeâtre qu'elles étaient,
deviendront blanche comme neige;
ce que vous pourrez connaître en ouvrant
ladite boule.
Par après vous ouvrirez encore le
second soupirail, & continuerez le feu
cinq autres jours, & les fleurs seront
rouges: finalement ouvrez le quatrième
soupirail, donnez encore le feu
par cinq autres jours, & les fleurs seront
de couleur de pourpre, fixes &
parties d'icelles attachées au manche
de terre contenu dans la concavité de
la boule.
Ainsi seront préparées les fleurs
d'antimoine, & réduites en ce remède,
qu'on appelle
Hili, qui est un
fort bon Diaphorétique duquel on se
sert pour purifier le sang, guérit la lèpre,
R iiij
@
200 Traité de Chimie,
& la cachesie ou la cachexie; la
dose est de cinq grains infusés pendant
douze heures dans du vin d'Espagne;
buvant après le vin , imprégné
de la vertu essentielle de l'
Hili,
broyez-le subtilement, & le mettez
dans un vase de verre, versez dessus
de l'esprit de vin tartarisé, faites comme
il est dit ci-devant.
Il y en a qui se servent du bon esprit
de vin, mais il n'extrait pas si bien
ni si promptement, comme l'esprit
de vin tartarisé; bouchez bien le vase,
faites-le digérer quelques jours, &
l'esprit deviendra rouge; videz la
teinture ou l'esprit teint par inclination,
remettez-en de l'autre récent
sur la matière restante, & continuez
tant que vous ayez extrait toute la
teinture, puis ayant retiré l'esprit extracteur
par distillation au bain; la
vraie teinture de l'
Hili, demeurera
au fond du vase.
Cette essence, est une précieuse &
excellente Médecine, & un très
grand secret; elle est purgative sans
toutefois faire rejeter par évacuation
de haut & de bas; mais chasse seulement
@
Philosophique & Hermétique. 201
dehors & déracine tout ce qu'il
faut ôter, & ce qui rend le corps humain
impur, le faisant pur & net jusqu'au
suprême degré de guérison; &
le nettoyant de toutes les indispositions,
même de celles dont naissent
les ulcères; efface tout ce qui est impur
en l'homme, guérit toutes les maladies,
non pas en échauffant ou refroidissant,
en humectant ou desséchant,
mais en corroborant & vivifiant le
Baume de nature & les esprits.
La dose de cette essence, est depuis
deux jusqu'à quatre grains en eau de
Buglosse ou de Mélisse, pour la guérison
des fièvres, ou autres maladies
difficiles à guérir.
Pour la guérison des ulcères vous
prendrez au temps de vendanges, vingt
setiers de moûts, qui fait environ
vingt livres; mettez-les dans un tonneau
à fermenter & à bouillir, avec
demie once de la teinture essentielle de
l'antimoine que vous jetterez dedans;
puis conservez ce vin ainsi imprégné
pour vous servir au besoin.
Quand il sera nécessaire vous en ferez
boire au malade, sans lui donner
@
202 Traité de Chimie,
d'autre breuvage, & vous connaîtrez
que ce ne sera point par vomissement
ou par flux de ventre que la guérison
se fera, mais bien par insensible transpiration;
& spécialement pour les ulcères
mêmes, lesquels l'admirable
vertu de cette teinture, modifiera, incarnera,
& consolidera parfaitement;
comme aussi les plaies de quelque qualité
qu'elles puissent être, & il n'est
pas besoin d'appliquer aucun remède
par-dehors, à moins qu'on y mette
un emplâtre vulgaire pour empêcher
l'air d'entrer.
Voilà donc la vraie teinture d'antimoine,
avec laquelle Paracelse a fait
tant de merveilles; mais il y a encore
une autre méthode pour cela; & ce,
par le moyen des fleurs d'antimoine
imprégnées de l'or embryonné invisible,
volatil & non mûr, contenu dans
les cailloux ou Pierres minérales, contenant
aussi de l'or fixe & corporel,
laquelle méthode nous allons enseigner
pour le service de Dieu, & le
bien du prochain.
@
Philosophique & Hermétique. 203
--------------------------------------
V R A I E M E T H O D E P O U R
tirer facilement & utilement l'Or subtil & volatil contenu aux cailloux, sable, talcs rouges & noirs; terres grasses & autres terres de mines, lesquelles soit par leurs chétives ou mauvaises qualités, ne peuvent autrement être mises à profit.
T Outes Pierres minérales, sablons,
argiles, cailloux, talcs & semblables
mines, ne sont pas toujours
aureuses, mais seulement en quelques
endroits; c'est pourquoi vous
devez bien connaître & distinguer les
unes des autres, afin de ne pas perdre
votre temps & labeur en l'extraction
des matières stériles.
Par là, il faut que vous sachiez purifier
& laver le métal extrait de la
mine, & ce, par le moyen de l'antimoine;
car à moins de posséder
l'une & l'autre de ces connaissances,
vous ne ferez rien, & la faute n'en
doit pas être rejetée sur moi qui ne
vous cache rien, mais sur votre propre
ignorance.
@
204 Traité de Chimie,
Or pour ne point se tromper au fait
des mines dont on doit tirer l'or, il
faut considérer que pour l'ordinaire
les cailloux & autres Pierres minérales,
molles & dures, portent en elles
un or invisible & volatil: d'autre outre
celui-là, sont encore chargées
d'un or visible & corporel; & de cette
dernière espèce, j'entends celles qui
portent l'or corporel & spirituel tout
ensemble, la plupart se trouvant mêlées
de fer impur, & la moindre de
cuivre & marcassite tenant du soufre.
Quant aux Pierres minérales qui
portent l'or fin, & seulement entremêlées
d'argent ou de cuivre, on les
peut rôtir, passer au moulin, & en tirer
l'or avec le mercure, lequel est
réduit en corps avec un fluant, pourvu
qu'elles soient assez riches: cette
manière de réduire étant commune,
n'est pas de mon dessein.
Mais il n'est pas de même des autres
Pierres molles & dures, ni des
cailloux parsemés d'un or légèrement
attaché, fixe ou volatil, fulmineux ou
sulfureux; cette sorte de mine se
trouve presque partout, & ne peut
@
Philosophique & Hermétique. 205
être mise à profit, ni par le mercure
ni par aucun fluant; c'est pourquoi
les Mineurs n'en font point d'état,
d'autant que leur ignorance les en dissuade,
& croyant que les frais excéderaient
le profit.
Ayant donc reconnu que telles mines,
bien que méprisées pour le peu
d'or qu'elles contiennent, se pourraient
néanmoins travailler avec profit;
j'ai cru que la charité chrétienne
m'obligeait d'en faire part à mon prochain,
l'assurant que par l'aide de ce
secret, il pourra gagner tous les ans,
de quoi se maintenir honnêtement,
moyennant qu'il le pratique avec soin
& diligence, qu'il soit suffisamment
pourvu des dites mines, & qu'il sache
faire l'esprit de sel en quantité;
que s'il ignore les opérations manuelles,
& les adresses requises à cette
science, qu'il ne soit point honteux
de l'apprendre de ceux qui y sont bien
versés.
Pour donc entrer en matière, je
dis que ces mines se trouvent à monceaux
en plusieurs Pays montagneux &
sablonneux; toutefois en plus grande
@
206 Traité de Chimie,
quantité, & meilleures aux unes
qu'aux autres.
Rarement vous trouverez du sable
qu'il ne soit accompagné de tels cailloux;
le sable même, quelque menu
qu'il soit, est souvent aureux.
Il s'est trouvé aussi au bord des
grands fleuves ou rivières, où l'eau
entraîne le sable, & par conséquent
laisse sur la rivière, les dites Pierres
minérales en prodigieuse quantité.
On discerne les cailloux des sablonnières
par leur pureté & netteté;
mais ceux des rivières & torrents sont
ordinairement couverts de limon; c'est
pourquoi il faut les rompre en deux
avec un marteau pour reconnaître
leur intérieur, ce qui se fera encore
mieux si on les fait rougir au feu, &
les éteindre dans l'eau froide; car
alors l'or contenu se manifestera; mais
si le caillou demeure blanc après sa
rougeur au feu & extinction en l'eau,
se fera une marque qu'il ne contiendra
rien; & au contraire, plus il sortira
rouge du feu, plus il excellera en
bonté.
Il faut noter cependant, que ceci
@
Philosophique & Hermétique. 207
ne doit pas s'entendre des Pierres sablonneuses
qui prennent rougeur au
feu, & néanmoins ne contiennent
point d'or, mais seulement des cailloux
qui font feu dès qu'on les frappe
l'un contre l'autre, lesquels plus
ils sont nets, rendent aussi leur or
plus fin.
Ce n'est pas qu'il se rencontre aussi
des cailloux qui font feu, & deviennent
rouge au feu, ou bien le sont
de nature quoiqu'ils ne contiennent
pas d'or, mais du fer seulement.
Ce qui se discernera aisément en ce
que les cailloux alumineux, beaux
& rouges avant que d'être mis au feu,
deviennent plus obscurs & rudes après
qu'ils ont souffert le feu; au contraire
ceux qui contiennent l'or conservent
leurs riches couleurs, rouge ou
jaune, resplendissants, comme s'ils
étaient dorés de toutes parts, même
lorsqu'ils sont rompus en pièces. Les
cailloux de cette nature rendent un
bon or & fin, mais les autres donnent
bien une extraction d'un rouge
sanguin, laquelle pourtant ne contient
point d'or corporel, mais seulement
@
208 Traité de Chimie,
un feu très pur & haut gradué
qui n'est pas à rejeter, d'autant qu'il
sert à cimenter & à graduer la lune.
Il se voit aussi une autre sorte de
Pierre belle, blanche, & transparente,
marquetée çà & là, de points
& rayons verts, bruns, rouges, jaunes
& bleus, perçants leurs cailloux
de part en part; ceux-ci sont aussi
très bons, & rendent beaucoup d'or.
D'autres seront noirs comme charbon
qui jettent du feu, & contiennent
or & fer pèle mêle, qu'on peut
séparer l'un de l'autre avec avantage,
par la voie de la séparation ci-
après décrite.
Il se trouve encore d'autres bons
& louables cailloux, qui demeurent
blancs après avoir été rougis au feu,
ne leur restant que certaines veines
de couleur verte, bleue, dont ils sont
sillonnés & engravés; ceux-là pareillement
ne sont à mépriser, qui au
lieu de veines & stries, ne montrent
que quelques points & marques après
leurs ignition.
Pour ce qui est des Pierres de roches
métalliques, molles & dures,
quoiqu'en
@
Philosophique & Hermétique. 209
quoiqu'en les rougissant au feu, on
ne remarque point de changement au
regard des couleurs, si est-ce que toutefois
celles où l'on voit adhérer l'or
par poillettes ou flammèches sont bonnes,
& rendent de l'or.
Tout sable gros & menu qui rend
une fumée bleue, étant embrasé & rehaussé,
sa couleur brune tient en soi
un or léger & volatil; mais celui qui
ne change point, ne contient rien.
Que si vous rencontrez une terre subtile,
jaune ou rouge, passant au travers
d'un sable net, ou des veines
d'une roche, soyez assuré qu'elle
tient aussi de l'or, mais tellement
fuyant & destitué de maturité, qu'il
s'envole en sa réduction; il peut toutefois
être retenu dans un bain d'argent,
ou de quelque autre métal.
Outre les moyens susdits, il y en
a encore une autre pour éprouver la
valeur des mines qui se fait par le
verre blanc & fluant, lequel n'est
point de ce lieu.
S
@
210 Traité de Chimie,
Préparation des cailloux pour en extraire
l'or & le rendre corporel.
Premièrement il faut faire rougir au
feu les cailloux ou pierres, puis les
éteindre dans de l'eau froide, & les y
laisser refroidir, ensuite les sécher &
mettre en poudre dans un mortier, où
les principales & meilleures parties du
minéral se convertiront bien plus aisément
en poudre rouge, que ne font
celles qui ne contiennent rien, à cause
de leur dureté & solidité. Etant donc
à demi pilés, vous passerez le subtil
par le crible; & si dans les gros morceaux
qui resteront vous remarquez
encore de la rougeur, pilez-les derechef,
puis les passez par les sacs,
jetant dehors tout ce qui sera blanc.
Les pierres qui ne représentent
qu'une seule couleur en leur pulvérisation,
ne souffrent point cette séparation
des parties grossières & inutiles, &
partant il vaut mieux les pulvériser entièrement.
Les sables & argiles n'ont besoin
d'aucune précédente préparation, mais
seulement d'extraction.
@
Philosophique & Hermétique. 211
Mettez cinq ou six livres de cette
poudre dans une haute cucurbite;
versez dessus de l'esprit de sel, jusqu'à
ce qu'il surnage de trois ou quatre
doigts; mettez-le au bain ou sur le sable
chaud pendant cinq ou six heures,
ou tant que ledit esprit soit bien
échauffé, & teint en une haute couleur
rouge, sans se pouvoir imprégner davantage.
Que si cette première extraction
n'était si haute en couleur sanguine, ce
qui toutefois arrive rarement, vous
prendrez deux hautes cucurbites remplies
de pareil poids des dites poudres
minérales, & verserez cet esprit demi-
teint dans l'une des dites cucurbites,
& le laissant digérer en bonne chaleur
tant que la couleur vous agrée; & si
elle n'est encore assez éclatante, versez
le même esprit teint sur la poudre
de la troisième cucurbite, la laissant
aussi digérer quelques heures; puis
l'ayant vidé par inclination, la conserverez
à part.
Cela fait, versez de nouvel esprit de
sel sur la poudre restée dans la première
cucurbite; laissez-le travailler un
S ij
@
212 Traité de Chimie,
peu plus de temps que vous n'avez fait
la première fois, afin qu'il se puisse
charger de la teinture des poudres;
versez le après sur les poudres de la
seconde cucurbite; & lorsqu'il sera
plus empreint, versez dans la troisième,
puis videz cet esprit teint, & le
joignez avec celui de la première extraction.
Réitérez la fusion de nouvel esprit
de sel, digestion, extraction, & le faites
passer lesdites trois cucurbites; puis l'ajoutez
à celui de la seconde extraction.
Ayant parachevé cela, versez de
l'eau chaude en chacune desdites cucurbites,
afin de retirer tous les limons
aureux attachés aux poudres avec
quelque partie du dit esprit de sel; ce
que vous pourrez continuer tant qu'il
n'y reste plus rien; & pour lors vous
jetterez dehors les dites pierres, & procéderez
à la séparation de l'esprit de
sel, comme il s'ensuit.
Faites provision de retorte de verre
ou de bonne terre qui ne s'imbibe
point des esprits; emplissez-les seulement
des teintures réservées; posez-
les au bain sec, & commencez à retirer
@
Philosophique & Hermétique. 213
par distillation l'esprit de sel avec
l'or qu'il aura dissous, & ce jusqu'à siccité;
lequel esprit vous garderez pour
un semblable labeur, d'autant qu'il
n'en sera que meilleur & plus fort;
& pour la poudre d'or qui sera demeurée
au fond des dites retortes, vous
la ferez tirer avec un fil de fer courbé,
& remuant de tous côtés.
Cette poudre ressemblera à la terre
rouge, laquelle vous garderez tant que
vous en ayez suffisamment pour la
passer par l'antimoine, ainsi que je
l'enseignerai ci-après.
Que si vous avez pris pour sujet de
votre extraction le talc rouge, ou le
grenat rouge ou noir, l'émeri, la calamine,
marcassites, ou autres sortes de
mines qui pour l'ordinaire portent
beaucoup d'or volatil & non mûr,
avec tant soit peu d'or fixe, en ce cas
il faudra ajouter un peu de fer à vos
solutions, avant que de faire l'abstraction
du dit esprit de sel, afin que l'or
volatil se puisse attacher, figer avec
lui, lequel autrement s'envolerait à
la fusion.
Que si vous êtes en lieu où l'on
@
214 Traité de Chimie,
puisse fabriquer des pots & cucurbites
de fer, vous n'aurez besoin d'y rien
ajouter, mais couvrirez seulement
les dits pots d'alambics de terre; parce
que l'or non mûr attirera à soi autant
de fer qu'il lui en faudra pour la fixation,
lequel après est séparé fort aisément
du dit or par la cohésion d'antimoine.
Je ne veux pas oublier de remarquer
avant que de finir: Premièrement
que certains grenats ne se laissent
extraire en cette manière, ni dépouiller
de leurs teintures, quand bien
on les cuirait plusieurs jours avec l'esprit
de sel; mais il est besoin de quelques
préparations avant que d'être
exposés à être rongés par l'esprit de
sel.
Secondement qu'il ne faut pas user
de chaleur immodérée en l'extraction
du talc, crainte qu'il ne se dissolve entièrement,
ce qui serait dommageable,
puisque votre intention est d'assembler
en petit volume le peu d'or
qui est dispersé dans la grande masse
du dit talc, & non de la fondre tout
entier par des fluants qui mangeraient
tout le profit.
@
Philosophique & Hermétique. 215
Troisièmement la calamine pareillement
se dissolvant quasi toute dans
l'esprit de sel, il est nécessaire de procéder
par une voie particulière, tant
en son extraction qu'en sa fixation;
ce qui n'est point de ce lieu, ne m'étant
proposé que d'enseigner comme
on doit extraire en chaux par l'esprit
de sel & dans des vases de verre, l'or
contenu dans les sables & cailloux,
qui sont matières aisées à recouvrer,
& sur le corps pierreux sur qui ledit
esprit ne peut exercer la corrosion.
Il y a encore une voie moins pénible
& laborieuse pour faire cette extraction
sans feu, en agençant plusieurs
entonnoirs capables (faits d'une bonne
terre bien recuite, & qui n'attire
ou suce point à soi les esprits) sur un
banc percé de plusieurs trous l'un joignant
l'autre, adaptant sur chacun
des dits entonnoirs un récipient ou
cassolette composée de même terre.
Ces entonnoirs étant ainsi colloqués
de rang & chacun dans son trou,
vous jetterez dans leurs tuyaux quelques
morceaux de cailloux concassés
qui boucheront le vide de ces tuyaux
@
216 Traité de Chimie,
inégalement, & y laisseront assez de
jour pour la transmission des liqueurs;
sur ces morceaux vous en accommoderez
d'autres un peu plus menus,
puis enfin de la poudre de cailloux
de l'épaisseur de trois ou quatre
doigts en travers, prenant garde qu'il
y ait assez d'espace dessus pour contenir
l'esprit de sel, lequel on doit verser
sur les dites poudres tant qu'il surnage
de trois travers de doigts, afin qu'il
s'imprègne de l'or d'icelles; & ce qui
découlera dans les cassolettes ou récipient,
sera rejeté trois ou quatre fois
sur les dites, poudres du premier entonnoir,
tant que l'esprit en sorte
clair, teint, & sans mélange d'icelle:
puis, versez le même esprit un peu
teint dans le second entonnoir, & delà
au troisième & quatrième, & suivants,
jusqu'à ce qu'il soit bien imprégné
& haut en couleur; ce qu'étant
fait, il faudra recommencer la même
procédure & éliximation avec nouvel
esprit de sel, le passant sur la rangée
des dits entonnoirs l'un après l'autre,
& continuant tant que l'esprit de sel
ne se colore plus du tout, observant
au
@
Philosophique & Hermétique. 217
au reste le même régime pour les déplétions
& abstractions du dit esprit,
que j'ai enseignées ci-devant.
Et par cette simple méthode, vous
pourrez extraire l'or de mille livres de
cailloux, avec cent livres du dit esprit de
sel qui vous servira toujours.
Tout le secret de ce travail ne consiste
qu'à mettre en oeuvre un esprit de
sel plus fort, & mieux déflegmé qu'en
la première procédure, où le feu réduit
sa vertu en acte, & à le bien retirer des
poudres par ablutions d'eaux réitérées,
afin qu'il ne se perde pas.
R E D U C T I O N
D E L'O R,
Extrait.
Si les cailloux que vous aurez mis
en oeuvre, contiennent un or pur, &
non ferumineux, vous n'aurez pas
beaucoup de peine à réduire la poudre
retirée des retortes pour le corporifier;
mais vous n'aurez qu'à le fondre avec
poids égal de borax, ou bien, d'un fluant
composé d'égales parties de tartre &
de salpêtre.
Mais si l'or des cailloux contient du
T
@
218 Traité de Chimie,
fer, comme il arrive souvent, le fluant
ne servira qu'à rendre votre or impur
& cassant, & faudra nécessairement
venir à la cendrée pour le dépurer &
adoucir. Que si outre le fer votre or se
trouve infecté de quelque odeur sulfureuse,
la coupelle n'y vaudra rien,
d'autant que le fer mêlé d'autres odeurs
minérales, convertit partie de l'or en
squame ou scories avec beaucoup de
peine: c'est pourquoi il vaut mieux
mêler cet or impur & ferreux avec trois
fois autant d'antimoine; il le faut fondre,
& affiner avec lui: car hors cette
voie on n'en saurait venir à bout sans
une notable déchéance.
Fusion de l'Or par l'Antimoine.
Nous avons dit ci-devant que l'or
contenu ès cailloux, n'était qu'à demi
mûr, imparfait, volatil & ferreux; &
que ces deux métaux, or & fer, ont
entr'eux une convenance si étroite,
qu'ils se trouvent plutôt en scories que
de séparer l'un de l'autre. Comment
pourrait-on donc séparer, délier &
figer un Or si fugitif, & le séparer de ses
@
Philosophique & Hermétique. 219
fèces sulfureuses, sans perte par la fusion
ordinaire? car si l'or vulgaire qui
est fixe, venant à être dissous par l'esprit
de sel, soit avec du fer, ou autre
métal sulfureux, ne peut être remis en
corps par le tartre & le salpêtre, sans
grande déchéance. Qui est-ce qui ne
craindra qu'il n'arrive de plus grands
accidents à l'or impur, léger, & non
corporifié?
Il est donc nécessaire de trouver un
fluant qui n'attire pas seulement, &
embrasse un tel or avec ses impuretés,
mais qu'il l'en dépouille, nettoie &
affine. Ce que l'antimoine fait par excellence
au-delà de tout autre, d'autant
qu'à raison de son soufre fluide & adustible,
il satisfera au fer; & à cause de
son mercure, il embrasse & reconnaît
aisément en son ventre la bonne substance
de l'or, le purifiant de toutes
ordures sans déchet moyennant qu'on
y apporte un peu d'adresse, afin qu'il ne
dérobe rien du fin en sa séparation, ce
qui doit être fait ainsi.
Prenez la poudre restée dans les retortes
ou pots de fer qui ressemble à
une terre rouge, mêlez la avec trois
T ij
@
220 Traité de Chimie,
fois son poids d'antimoine aussi en poudre,
& en remplissez un bon & fort
creuset, couvert de son couvercle de
verre, de crainte que les petits charbons,
qui autrement y entreraient,
ne troublent votre ouvrage; mettez le
tout au feu de forges, & les laissez fondre
lentement, & quand vous verrez
que la matière sera fondue comme de
l'eau claire, vous la verserez dans le
cornet échauffé, & enduit de cire, & la
laisserez refroidir, puis séparerez le régule
avec un coup de marteau de son
corps supérieur, & vous mettrez ce régule
qu'on appelle autrement petit
Roi à part, parce qu'il contiendra la
plus grande partie de votre or.
Le surplus sera refondu une autre
fois à part, & sur cette matière ainsi
fondue, faudra jeter un peu de limaille
de fer, le remuant avec une verge de
fer, afin que le soufre du dit antimoine
s'attache à cette limaille pour y mordre,
& par ce moyen laisserez tomber
un autre régule, dans lequel sera le surplus
de l'or, entremêlé d'argent, lequel
second régule vous séparerez avec
le marteau comme ci-devant.
@
Philosophique & Hermétique. 221
Après vous procéderez à la troisième
fusion des fèces antimoniales, qu'il
faudra abattre avec limaille de fer,
comme il est dit, versez au creuset, &
séparez le troisième régule, lequel pour
l'ordinaire tient seulement de l'argent;
que si la matière à cause du fer additionné,
devenait moins fluante, & ne rendît
pas bien son régule, vous la rendrez
coulante; & jetant un peu de salpêtre
dans le creuset après chaque abatis
pour la limaille de fer, gardez les
dits régules chacun séparément, & les
fèces antimoniales, du moment que je
vous ai enseigné le moyen de vous en
servir.
A F F I N E M E N T
D E L'O R
par l'Antimoine.
Il y a divers moyens pour faire cette
séparation: Le premier est celui des
Orfèvres qui mettent leur régule dans
un vaisseau plat, ou terrine de terre de
creuset, entre les charbons dessus &
dessous, dont ils chassent l'antimoine
à force de soufflets: ce labeur est long
& pénible, parce qu'il ne peut se pratiquer
T iij
@
222 Traité de Chimie,
en gros; & il est périlleux à cause
des fumées nuisibles à la vie.
Le second se fait, fondant les régules
avec le plomb, puis les portant à la
cendrée, ce labeur est préférable au
premier; & ce qui peut se pratiquer
sur grande quantité, & serait de notable
profit s'il ne consommait beaucoup
de plomb, & tout l'antimoine.
Le troisième est plus facile, & se fait
en rôtissant les dits régules avec sel commun,
tant qu'ils soient comme réduits
en cendres, lesquelles étant fondues
après, laissent tomber l'or & l'argent
qu'ils contiennent.
On peut aussi fondre les dits régules
dans un creuset, puis à l'aide de certains
sels attractifs de l'antimoine (projetés
en icelui qui le convertissent en
verre) faire ladite séparation, en sorte
que l'or & l'argent demeurent très fin
& très doux au fonds. Je préfère ce dernier
moyen à tous les autres, à cause
que la séparation se fait promptement;
& néanmoins, je ne conseille pas aux
inexperts de s'en servir, parce que les
sels, si l'on ignore leur vraie préparation
& usage, dérobent beaucoup d'or
@
Philosophique & Hermétique. 223
& d'argent, & même les aigrissent en
telle sorte, que l'on est souvent obligé
de recommencer.
Mais l'Artiste qui saura se servir
adroitement du sel salpêtre, parfera cet
ouvrage avec grande utilité, & affinera
beaucoup de régules sans aucune déchéance.
Or voici la voie que j'ai trouvée la
meilleure & la plus lucrative, pour
ceux qui auront grande quantité de régules
à séparer, & ne voudront perdre
leur antimoine.
Faites fabriquer un petit four profond,
dans lequel au lieu de grilles
vous dresserez des canaux à vents
pour embraser le charbon, au-dessus
vous construirez un âtre bien fort,
comme pour cendrée, & à côté une petite
porte pour y jeter l'antimoine par
cuillerées; il faudra passer au-dessus
douze ou quinze sublimatoires pour
recevoir les régules.
Quand donc le fourneau sera bien
échauffé, portez avec la cuillère sur
l'âtre par la petite porte autant de régules
qu'il en pourra porter, & la fermez
aussitôt, lesquels régules se fondront
T iiij
@
224 Traité de Chimie,
par le moyen du vent & s'élèveront
en fleurs dans les pots sublimatoires;
continuez à mettre d'autres régules,
tant que tout soit élevé, & votre
or & argent demeureront bien affinés
sur l'âtre & les fleurs de l'antimoine
seront dans les pots desquels vous vous
servirez, comme il suit.
R E'D U C T I O N
E T U S A G E
des fleurs d'Antimoine.
Videz & mettez à part les fleurs les
plus blanches qui se trouveront attachées
aux pots d'en haut, pour en faire
la Médecine universelle décrite ci-
devant.
Et quant aux autres fleurs moins nettes,
vous les pourrez réduire en régules
avec du sel de Tartre, ou bien les mêler
avec une partie égale de soufre &
d'antimoine; puis les fondre en un
creuset couvert pour les faire retourner
en vrai antimoine, servant comme ci-
devant pour affiner & trouver l'or.
On se servira aussi des dites fleurs
pour transmuer les métaux & minéraux
ignobles en une essence plus noble,
@
Philosophique & Hermétique. 225
aux emplâtres, vulnérations, &
plusieurs autres usages. Pareillement
les scories antimoniales peuvent être
sublimées en fleurs excellentes, & de
mêmes facultés & vertus que l'or:
car; puisque les cailloux & le talc n'ont
laissé précipiter par ce labeur que l'or le
plus capable de se corporifier, & que le
plus subtil, léger & moins mûr est
demeuré dans les excréments; il s'ensuit
que le même comme fort volatil,
monte avec les fleurs & leur communique
cette vertu aureuse, & propre à
la transmutation des métaux & guérison
des maux.
On peut réduire encore les dites fèces
antimoniales & les fondre au four de
fonte avec du fer qui donnera encore
un régule tenant or & argent, & derechef
faire passer les fèces en haut du
fourneau, qui te rendront un régule
plus gros, lequel vous pourrez employer
avec l'étain pour en faire des
vases qui ne se noirciront point comme
les autres.
Et le demeurant servira pour fondre
des poids métalliques qui seront plus
beaux & polis que ceux du commun.
@
226 Traité de Chimie,
Préparation de la Médecine universelle.
Je l'estime ainsi, non qu'elle ait la
faculté de guérir indifféremment toutes
sortes de maladies; ce qui n'est attribué
qu'à la Pierre des Philosophes; mais
parce que je puis assurer en vérité qu'après
celle-là je n'en sache point qui fasse
plus de merveilles que celle dont je
donne ici la description, soit pour préserver
le corps de l'homme de diverses
maladies, soit pour l'en délivrer, si
bien qu'à bon droit elle peut être qualifiée
du nom de Médecine Catholique.
Prenez donc une livre des fleurs jaunes
ou rouges, élevées des fèces antimoniales
qui ont en elles beaucoup
d'or non mûr & fugitif, ou en leur défaut
des fleurs blanches sublimées des
régules d'or. Mettez-les dans un matras
à long col, versez dessus trois ou
quatre livres d'esprit de vin tartarisé,
comme il est dit ci-devant; couvrez
le vase avec son anti-athanor; lutez
bien les jointures de vessies de boeuf
baignées en trois ou quatre doubles,
@
Philosophique & Hermétique. 227
lesquelles laisserez sécher. Posez
le matras au bain, & lui donnez petit
feu au commencement, le croissant
peu à peu, tant que l'esprit de vin
bouille avec les fleurs, & qu'il faudra
entretenir ainsi pendant vingt-quatre
heures; puis laisser refroidir & vider par
inclination l'esprit de vin tartarisé, qui
sera teint d'une belle couleur rouge,
après vous verserez de l'esprit restant
sur les mêmes fèces; le laisserez
bouillir pendant vingt-quatre heures,
& l'esprit sera teint: videz-le par inclination
avec le premier, & réitérez
ainsi pour la troisième fois, ou tant que
ledit esprit n'attire plus de teinture,
alors jetez les fèces dehors, comme
inutiles. Filtrez par le papier gris tout
l'esprit de vin coloré, mettez ce qui
sera filtré dans des cucurbites garnies
de leurs alambics, & en retirez la moitié
par distillation au feu de cendres,
laquelle moitié vous servira à pareil
ouvrage; & pour l'autre moitié qui demeurera
dans les cucurbites, vous la
conserverez dans un vase de verre, lequel
vous boucherez bien, car c'est la
précieuse Médecine dont je viens de
parler.
@
228 Traité de Chimie,
V E R T U S DE CETTE M E D E C I N E universelle.
Ne méprisez pas une pièce si excellente,
ni pour la matière contemptible
dont cette médecine est extraite, ni
pour la simplicité de sa séparation; c'est
pourquoi je la trouve si admirable, que
des choses viles & si méprisées, il se
fasse un médicament en peu de temps &
en quantité, avec si peu de peine & de
frais, qui ait le pouvoir d'accomplir
tout ce qui est requis en une médecine
réelle & universelle.
Le Monde cherche l'apparence, &
rejette ce qui est réel & solide; & quoi
que les choses bonnes soient simples &
faciles; si est-ce que notre aveuglement
qui est un effet du Péché, nous
porte à l'amour des compositions hautes
& difficiles.
Or, afin que vous connaissiez parfaitement
les grandes vertus de cette
teinture d'antimoine, je dis qu'elle est
comme un grand feu qui anéantit &
consume imperceptiblement tout ce
qui se trouve, de mauvais dans nos
@
Philosophique & Hermétique. 229
corps, & nettoie & purge le sang au-
delà de tout autre remède, ouvre les
obstructions du foie, de la rate & des
reins, & par cette vertu purificative,
guérit la vérole, le scorbut, & toutes
maladies procédantes de la pourriture
du sang. Par sa vertu subtile & atténuante,
elle résout & chasse hors du
corps les humeurs tartareuses, d'où
naissent en nous les gouttes, les pierres
des reins, & de la vessie; toutefois si le
tartre était fortement coagulé; il lui serait
difficile de le résoudre, quoi qu'elle
apaise les douleurs, & empêche
leurs accroissements, tirant hors ce qui
n'est point encore parvenu à telle coagulation,
& ne permettant pas que le
tartre s'y enracine.
Les fièvres telles qu'elles soient qui
proviennent d'abondance de mauvaises
humeurs, sont contraintes de lui céder.
Elle entraîne doucement l'eau des
hydropiques par les voies ordinaires &
les urines, préserve de la peste & fièvres
malignes, & lorsque l'on en est
frappé, elle n'a pas sa pareille pour chasser
le venin amer du coeur, & de toutes
les parties du corps.
@
230 Traité de Chimie,
SON U S A G E ET SES D O S E S.
Les médecines puissantes & fort actives
ne doivent être administrées qu'avec
de grandes circonspections, l'excès
est souvent dangereux des meilleures
choses; & il vaut mieux une petite
dose souvent réitérée, qu'une grande
prise à la fois.
Cette teinture préserve les enfants de
la rougeole & petite vérole, guérit la
fièvre & l'épilepsie, tue les vers, chasse
la gale, si on en donne de trois jours
en trois jours une fois; savoir, aux
enfants de six mois une demie goutte,
prise avec une paille, & dissoute dans
un véhicule convenable aux enfants,
depuis un an jusqu'à trois, une goutte
entière, & depuis trois jusqu'à dix ans,
deux gouttes; aux jeunes depuis dix
jusqu'à vingt-quatre ans, trois ou quatre
gouttes; aux hommes faits, depuis
vingt-cinq jusqu'à cinquante ans, six
ou sept gouttes selon la maladie ou la
force de la personne. Aux Podagres,
on en donne tous les jours quelques
gouttes dans du vin ou de la bière, s'ils
@
Philosophique & Hermétique. 231
sont robustes, sinon de deux jours l'un.
De même en la lèpre, vérole, scorbut,
hydropisie, épilepsie, continuant jusqu'à
guérison; aux fiévreux, deux ou
trois avant le paroxysme; en la peste,
sitôt qu'on sent le mal, continuant
tous les jours jusqu'à amélioration;
mais pour se préserver, il suffit d'en
prendre en huit jours une fois.
On le donne en toutes les maladies
chroniques tous les jours au commencement;
puis on diminue la dose, & on
en donne moins souvent à mesure que
le mal diminue.
Les maladies externes, comme
plaies récentes, coups d'estoc, arquebusades,
fractures d'os; il faut prendre
tous les jours de cette teinture, &
défendre la plaie de l'air, & d'autres
impuretés, par apposition d'emplâtres
convenables, & de composition simple
& propre.
J'en dis autant des plaies fistuleuses
& chancreuses; si on en prend tous les
jours, & que par-dehors on y applique
les baumes minéraux.
Et ce qui surpasse toute admiration,
c'est qu'il n'y a aucun ulcère qui ne
@
232 Traité de Chimie,
soit guéri fondamentalement & sans
douleur par ce divin moyen.
Emploi du Régule tiré des fleurs ou scories
de l'Antimoine, pour l'amélioration des Métaux.
Ce régule d'antimoine est l'humide
radical des métaux, & comme tel, il est
de valeur inestimable pour la perfection
des beaux labeurs, particulièrement
lors qu'il est réduit en eau sans
corrosion. Il dissout tous les métaux,
les lave, les purifie, mûrit; en sorte
qu'on en tire un profit signalé.
La manière de le réduire en eau, par
laquelle on doit dissoudre les métaux,
les rendre spirituels, puis corporels &
fixes, nous est enseigné par Artefius,
Basile Valentin, & Paracelse; & il
n'est pas nécessaire que je la répète ici.
Outre cette voie on se sert de l'antimoine
& de son régule en diverses sortes
pour séparer le fin de toutes les mines
sauvages ou fâcheuses, & de mauvaise
nature sulfureuse & ferreuse, qui
ne se laissent manier ni affiner par le
plomb; on en vient à bout en mêlant
trois
@
Philosophique & Hermétique. 233
trois parties d'antimoine avec une partie
d'icelle; puis les fondant dans un
creuset ouvert, les jetant dans le creuset,
séparant le régule, & faisant évaporer
sur l'âtre, comme j'ai ci-devant
dit, & on trouvera l'or que la mauvaise
mine contenait.
Et parce que tout l'or n'entre pas
dans le premier régule ou petit roitelet,
il en faut faire un second en y ajoutant
du fer & du salpêtre, sans quoi il ne se
ferait point de précipitation; & des
fèces restantes, on en fait de gros régules
par addition de vieux fer, lesquels
serviront pour endurcir & clarifier l'étain,
afin d'en faire de la vaisselle; car
il deviendra beau, blanc, luisant, dur
& sonnant comme l'argent.
En la même manière se peuvent extraire
& fixer les calamines aureuses,
les marcassites, épeautres, talcs & autres
mines irréductibles, contenantes
de l'or, & ce sans beaucoup de frais.
@
234 Traité de Chimie,
O P E R A T I O N S M A N U E L L E S les plus curieuses,
Pratiquées par Frère B A S I L E
V A L E N T I N,
Ou la manière de se servir utilement des sept
Métaux, pour faire les différentes Teintures.
P Remièrement, du soufre du Soleil
dont la Lune est teinte, prenez
de l'or fin passé par l'Antimoine, plus
six parties d'argent vif purifié, pressé &
passé par un cuir, faites-en un amalgame,
& selon la pesanteur de l'amalgame,
broyez-y deux fois autant de Sel
commun, laissez-le fumer au moyen
d'une chaleur subtile dessous un moufle,
le remuant tout doucement avec un
petit crochet, & ne l'échauffez pas trop,
afin que la matière ne se mêle; & lors
que la chaux d'or sera devenue bien
jaune comme un bon souci, elle sera
bien préparée; alors prenez une partie
de Salpêtre & de Sel armoniac, une
@
Philosophique & Hermétique. 235
demie partie de cailloux de Rivière pulvérisés,
& en distillez une eau qui sera
forte; mais il faut savoir qu'il est besoin
d'une adresse particulière à faire
cette eau, car on n'y réussit point suivant
l'usage commun, & il y aurait du
danger; mais qui est expert, & exercé
aux préparations de la Chimie, y pourrait
bien penser sans mes avertissements;
la chose étant de soi facile, & vu aussi
qu'il n'est pas nécessaire de prescrire le
tout clairement & intelligiblement à
chacun qui se trouve inexpert, & qui
n'a employé encore aucune peine à ce
sujet; toutefois, ayant promis plus d'une
fois de ne rien taire dans ce Traité,
& cependant je le déclarerai, & prenez
garde que vous ayez une bonne retorte
qui ne soit point percée, mais qui retienne
bien les esprits, & de la forme
qu'est une autre retorte, hormis qu'elle
ait sur la partie supérieure du dos encore
un conduit élevé tout droit en haut,
long d'un bon empan, & large en sorte
que vous y puissiez mettre deux doigts;
mettez-la en un four à distiller, en sorte
que le four demeure ouvert par en haut,
& que le conduit supérieur passe tout
V ij
@
236 Traité de Chimie,
droit; agencez un gros récipient, & le
lutez ferme, puis faites du feu dessous
d'abord doucement, & après plus fort
jusqu'à tant que la retorte commence à
rougir, & prendre pleine une cuillerée
de la matière broyée ensemble, versez-
la par le conduit dans la retorte, &
bouchez vivement le conduit avec du
linge mouillé, alors les esprits viennent
promptement & avec bruit dans
le récipient: Quand ces esprits se seront
posés, versez-y encore une cuillerée
de ladite matière, & faites comme
à la première fois, continuant jusqu'à
ce que la matière soit toute distillée.
Que si enfin tous ces esprits se posent
& tournent en eau, vous avez une eau
toute infernale, & fort dissolvante qui
dissout en un moment la chaux d'or
préparée, comme aussi le fin or moulu
en une jaune, belle & épaisse solution, &
notez que c'est ici l'eau, & nulle autre
que je vous ai montré à la fin de la deuxième
clef. Cette eau a la vertu & propriété,
non seulement de dissoudre l'or
puissamment; mais aussi de le faire
voler & passer par l'Alambic; de sorte
@
Philosophique & Hermétique. 237
que son Ame se peut extraire, &
tirer d'un tel corps d'or rompu & déchiré.
Mais vous devez savoir que l'esprit
de Sel commun fait le même effet que le
Sel armoniac, pourvu qu'il soit passé de
la manière que je dirai ci-après, & en
prenant trois parties de l'esprit de ce
Sel, & y mêlant une partie d'esprit de
Nitre ou Salpêtre, vous aurez une eau
qui sera d'une plus forte qualité, vu
que ladite eau de Sel armoniac en sera
meilleure, car l'esprit de Sel n'est pas si
corrosif que ledit Sel armoniac; cet esprit
dissout l'or encore plus vite, & fait
passer par l'Alambic, & le rend propre
à laisser son Ame. Vous pouvez vous
servir duquel vous voudrez, & qui
vous semble le plus aisé à préparer;
c'est pourquoi, prenez une partie de la
chaux d'or préparée, & trois parties de
quelle eau vous voudrez, mettez-la
dans une cucurbite avec un rencontre
luté, posez-le sur des cendres chaudes,
& le laissez dissoudre, & versez sur ce
qui ne sera point dissous trois fois aussi
pesant d'eau, tant que le tout soit dissous;
laissez-le refroidir, ôtez-en les
@
238 Traité de Chimie,
fèces, versez la solution dans une nouvelle
cucurbite bien nette avec son
rencontre; laissez-le jour & nuit dans
le Bain Marie avec une petite chaleur,
& ôtez comme auparavant les fèces
qui s'y pourront faire, alors remettez-
le au Bain Marie en digestion neuf
jours & neuf nuits; après distillez l'eau
doucement jusqu'à la crasse qui reste en
bas comme de l'huile, reversez l'eau
tirée dans la cucurbite sur la crasse, &
continuez de vider & remplir jusqu'à
tant que le tout devienne faible & sans
force; mais il faut qu'il soit luté à toutes
les fois. Enfin, versez sur cette crasse
ou huile restée au fond de l'eau nouvelle
qui n'ait point encore servi, & digérez-la
ainsi jour & nuit étant bien fermée,
mettez-la par après dans le sable,
& en distillez l'eau jusqu'à la crasse,
comme ci-devant, ayant fait changer
l'eau passée, reversez-la dans la cucurbite,
lutez-la & la passez; continuez à
vider & remplir jusqu'à ce que l'or
soit tout monté par-dessus & passé dans
le récipient; toutefois, prenez garde
qu'en chaque ouvrage vous poussiez
l'eau plus fort par un degré de feu;
@
Philosophique & Hermétique. 239
quand donc votre or est monté en
haut, distillez-en l'eau tout doucement
dans le Bain Marie jusqu'à la crasse;
posez le verre en un lieu froid, il s'élèvera
de nouveaux cristaux, continuez
tant que rien ne s'élève plus: alors prenez
ces cristaux, & les dissolvez dans
l'eau distillée, & y mettez du Mercure
bien purgé, trois fois aussi pesant que
les cristaux; remuez le tout une bonne
espace de temps, plusieurs apparaîtront,
un amalgame tombera au fond,
& l'eau sera pure & claire, laissez fumer
l'amalgame tout doucement dessous
une moufle, la remuant continuellement
avec un fil de fer, & vous aurez
une poudre de couleur de pourpre,
belle, & rouge comme de l'écarlate,
laquelle poudre se dissout promptement
dans du bon vinaigre, & devient
toute rouge comme du sang. Ayant
donc cette poudre, extrayez-en la teinture
ou l'âme par le moyen d'un esprit
de vin préparé, mêlé avec l'esprit de
Sel commun; les dits esprits entrés tous
deux en une douceur, ce qui est le chef-
d'oeuvre en cette affaire-ci.
Ainsi vous aurez la teinture du Soleil
@
240 Traité de Chimie,
aussi haute qu'un rubis transparent,
& demeure enfin un corps blanc qui ne
colore plus aucun esprit; mais notez
que sans instruction vous ne sauriez
parvenir à cet esprit de Sel. N'est-il pas
doux? il n'opérera, ni ne pénétrera
rien; c'est pourquoi suivant ma promesse,
je vous veux ici prescrire le secret
pour le doux esprit de Sel. Prenez
garde pourtant de ne manquer à sa préparation;
car subtile adresse, & un
homme expert & ingénieux y sont requis,
autrement cet esprit préparé, au
lieu de la noble rougeur, pourrait bien
l'extraire, & tirer une autre couleur
comme verte, & autre difforme.
C'est pourquoi prenez bien garde au
discours suivant; prenez un bon esprit
de Sel bien épuré, & qui n'ait plus aucun
flegme, que vous chasserez de la
façon que je vous ai enseignée à la fin de
la dernière Partie: Prenez-en une partie,
versez dessus une demie partie du
meilleur & du plus excellent esprit de
vin qui soit aussi sans flegme, & qui
n'ait plus en soi aucun mercure végétable,
mais un pur soufre de vin, & préparez
comme je vous montrerai en la
der-
@
Philosophique & Hermétique. 241
dernière Partie; lutez un alambic par-
dessus & passez-le tout ensemble bien
fort, que rien ne demeure au fonds, &
prenez ce qui sera monté, & versez
dessus autant que le tout pèse ensemble
d'esprit de vin, & passez-le un peu plus
fort qu'à la première fois; mais pesez-
le, & faites-le même par trois fois, &
à toutes les fois passez-le plus fort; mettez-le
donc dans une cucurbite bien
lutée, & putréfiez-le tout ensemble
dans un bain bien doux l'espace de
quinze jours, ou bien aussi long temps
que tout soit devenu doux; alors l'esprit
de Sel & de vin est préparé, & a
perdu son acrimonie, & est propre à
extraire.
Prenez maintenant la poudre d'or
rouge comme un rubis bien préparée;
versez de cet esprit de Sel & de vin préparé
la hauteur de deux doigts par-dessus,
mettez-le auprès d'une chaleur
médiocre jusqu'à ce que l'esprit devienne
bien rouge, lors versez dehors cet
esprit rouge, & en versez de nouveau
sur ce qui demeure au fond; remettez
ce qui reste bien luté auprès d'une pareille
chaleur jusqu'à tant que la couleur
X
@
242 Traité de Chimie,
soit fort haute, versez-le encore,
& continuez de verser & remplir jusqu'à
ce que le corps du Soleil demeure
tout blanc au fond comme de la chaux
vive: Gardez cela, car là-dedans est encore
le Sel de l'or, lequel montre puissamment
sa vertu en la Médecine, comme
je dirai ci-après.
Prenez tous les esprits colorés ensemble,
& en tirez les esprits dans un
Bain doux, & vous trouverez au fond
une belle poudre rouge fort aimable,
qui est la vraie teinture animale, ou soufre
de l'or, adoucissez-le bien avec de
l'eau de pluie distillée, & il deviendra
tout-à-fait subtil, délicat & beau; Prenez
donc ce soufre de l'or tiré, comme
il vous a été montré; & aussi autant de
soufre de Mars, comme je vous l'enseignerai
ensuite lors que j'écrirai touchant
Mars; broyez-le ensemble, & le
mettez en un verre bien net, versez dessus
autant d'esprit de mercure, le procédé
duquel je vous ai découvert dans
le Traité de la dernière Partie, & commis
sur votre conscience & le Sceau du
secret, qu'il outrepasse presque de
deux bons doigts, & que les matières
@
Philosophique & Hermétique. 243
s'y puissent dissoudre tant qu'il ne se
voie plus rien au fond, & que le tout
soit devenu une eau rubricée & dorée;
distillez-le tout conjoint, & il sera une
seule chose, comme il était venu d'une
seule chose, bouchez-le bien que rien
n'en sorte, & versez dessus six fois aussi
pesant de chaux d'argent claire & purifiée,
précipitée avec du Sel fin, & derechef
bien adoucie & desséchée; fixez
le tout bien conjoint par la fixation du
feu jusqu'à tant qu'elle ne monte plus;
au contraire, qu'elle demeure au fond,
tirez l'en, fondez-la dans le Four à
vent avec un grand feu jusqu'à ce
qu'elle soit bien liquide; ainsi vous aurez
uni l'épouse avec l'époux, & converti
en or à un haut degré; rendez-en
grâces à Dieu avec remerciements continuels:
Maintenant il serait de mon
devoir de mettre ici, & d'instruire mes
Disciples quel profit, & quelle grande
science peut provenir par le moyen de
l'âme d'or tirée; à savoir comme elle
se peut rendre potable, & verser dans
l'homme grande force & santé; mais
comme ceci est principalement entre
les choses Médicinales, comme aussi le
X ij
@
244 Traité de Chimie,
Sel de l'or avec ses vertus, & qu'au
même lieu en la dernière Partie, nous
avons parlé comme on en doit user,
nous n'en dirons ici rien davantage; je
dirai seulement à présent comment le
corps blanc du Soleil doit être divisé, &
comment par science on en peut tirer
son Sel, & vif-argent ou mercure courant,
en voici le procédé.
Prenez le corps blanc du Soleil,
dont vous aurez tiré l'âme, réverbérez-
le doucement une demie-heure qu'il
reprenne un peu de corps, après versez
dessus de l'eau de miel bien rectifiée
& corrosive, & lui tirez son Sel avec
une petite chaleur, ce qui se fait dans
dix jours; le Sel en étant tout extrait,
distillez-en l'eau dans le Bain; adoucissez
bien le Sel par la fréquente répétition
de la distillation avec eau commune
distillée, & se clarifie avec de l'esprit
de vin, & vous aurez ainsi le Sel auré,
dont il sera parlé plus amplement en
son lieu, & du pouvoir de ses rares vertus
en la Médecine de l'homme: versez
de l'esprit de tartre sur la matière qui
restera comme je décris à la fin de la dernière
Partie, d'autant qu'il est jugé appartenant
@
Philosophique & Hermétique. 245
aussi à la Médecine; digérez-
le ensemble un mois, & le passez en une
retorte de verre dans de l'eau froide,
ainsi vous avez le Mercure vif du Soleil
après lequel plusieurs tendent, mais
en vain. La nature est encore capable
d'un autre secret, à savoir que le blanc
corps de l'or qui a perdu son âme peut
être coloré, & réduit en or le plus fin,
lequel secret est ignoré de plusieurs, je
vous le révélerai pourtant mon fidèle
Successeur, afin que vous puissiez dire
que je vous ai laissé un ouvrage entier
accompli, & qui vous a été découvert
par l'Auteur de la nature.
Vous aurez sans doute bien pris garde,
remarqué, imprimé & écrit secrètement
dans votre coeur ce qu'en ma
troisième Partie je vous ai écrit avec
toute vérité, & secrètement confié
touchant la pierre universelle Philosophale,
comme icelle consiste dans l'esprit
blanc de Vitriol, & que tous les
trois principes se trouvent & recouvrent
seulement dans cet esprit, comme
vous y devez procéder, & mettre le
tout dans son certain état & ordre. Prenez
donc le Soufre des Philosophes,
X iij
@
246 Traité de Chimie,
suivant l'ordre & le second principe,
& qui est tiré avec l'esprit de Mercure;
versez-le sur le corps blanc du
Roi, digérez-le un mois en un doux
Bain, & après fixez-le dans les cendres,
& enfin par le sable jusqu'à ce
qu'il vous apparaisse une poudre brune
& fixe, fondez-le alors avec un bon
fondant fait de plomb, il reviendra
tout mou, délicat, & aussi bel or qu'auparavant
sans qu'il y ait rien à redire à
la couleur ni à la vertu; mais notez
qu'il ne faut pas ôter le Sel au corps
blanc du Soleil dont j'ai déjà fait mention
ci-devant dans ma répétition des
douze clefs, comme vous pouvez lire
au même lieu. L'on peut aussi en une
autre façon préparer de l'or un beau
& transparent Bain, en voici la manière.
Prenez une livre de bonne eau régale
faite par Sel armoniac: j'entends
que vous preniez une livre de bonne
eau forte, & y dissolvez huit lots (quatre
onces) de Sel armoniac, & vous
aurez une bonne eau régale; distillez &
rectifiez-la si souvent sur l'alambic jusqu'à
ce qu'il ne demeure au fonds aucune
@
Philosophique & Hermétique. 247
fèces, & qu'elle monte en haut
toute claire & transparente.
Prenez alors des feuilles de fin or
moulu qui aura été passé auparavant
par l'antimoine, mettez-le dans une
cucurbite, versez dessus l'eau régale,
& les laissez dissoudre autant que vous
y pouvez dissoudre l'or; quand l'or aura
été tout dissout, versez dedans un peu
d'huile de Soufre, ou bien du Sel de
Soufre détrempé dans un peu d'eau de
fontaine, & versez dessus; faites la même
chose, cela commencera à bruire,
ayant bien bruit, versez encore de l'huile
dessus, & faites cela si souvent jusqu'à
ce que l'or dissout tombe au fond de
l'eau, & que rien ne tombe plus, mais
que l'eau régale soit toute claire & pure;
cela étant fait, versez l'eau régale par
inclination hors de la chaux d'or, &
adoucissez icelle chaux avec eau commune
dix ou douze fois; la chaux d'or
s'étant bien reposée, ôtez-en l'eau, & séchez
la chaux d'or à l'air où le Soleil ne
luise point, & point du tout sur le feu,
car sitôt que cette poudre sent la moindre
chaleur, elle s'allume & fait d'insignes
dommages, étant si vite avec telle
X iiij
@
248 Traité de Chimie,
force, pouvoir & péril, que personne
ne pourrait s'en garder.
Cette poudre étant faite, prenez de
fort vinaigre, versez-le dessus, & faites-
le bouillir incessamment sur le feu dans
une bonne quantité de vinaigre, le remuant
sans cesse, afin que rien ne laissiez
au fond 24 heures durant, ainsi elle
perdra son bouillonnement; donnez-
vous pourtant bien garde qu'il ne vous
arrive aucun mal par quelque négligence
ou imprévoyance; alors vous verserez
dehors le vinaigre, & adoucirez &
sécherez bien la poudre; cette poudre
peut passer sans aucune corrosivité par
l'alambic par certains moyens particuliers
& uniques, rouge comme sang,
transparente & belle; ce qui est la plus
haute merveille, elle s'unit volontiers
avec l'esprit de vin, & par certain
moyen de la coagulation, on en peut
faire de l'or, & lui donner un corps.
Il ne faut pas que vous parliez trop
de ceci devant le vulgaire: car si par
mes clairs enseignements je vous instruis
& montre, vous devez être résolu dans
votre coeur de faire tous ces secrets ici
écrits jusqu'à vos derniers soupirs, même
@
Philosophique & Hermétique. 249
jusqu'au tombeau, ne donnant aucune
marque de trop, autrement vous
vous trouverez égaré dans toutes vos
voies; c'est pourquoi écoutez avec
attention mes paroles suivantes; car
je vous veux faire participant de ce
secret, le mettant sur votre conscience.
Prenez un bon esprit de vin du plus
excellent & laissez-y tomber quelques
gouttes d'esprit de Soufre; alors prenez
votre poudre d'or, mettez-y trois fois
autant pesant des meilleures & plus subtiles
fleurs communes de Soufre commun,
mêlez-les tous bien ensemble,
puis les mettez sur un test plat dessous
une moufle; donnez-lui un feu médiocre;
que la poudre d'or rougisse; étant
ainsi rouge & embrassée, versez-la dans
l'esprit de vin, videz l'esprit de vin,
& séchez la poudre à la chaleur qui sera
douce; étant sèche, mettez-y derechef
trois parties de fleurs de Soufre, & les
laissez fumer dessous la moufle; mais la
poudre qui reste, vous la ferez rougir
avec un feu plus ardent, & mettez-la
dans l'esprit de vin; continuez ce travail
par six fois, & la poudre d'or deviendra
@
250 Traité de Chimie,
enfin aussi molle, & mince comme
du beurre dur; séchez-la doucement,
& elle coulera aisément; prenez alors
une retorte ayant un conduit creux, ou
soupirail par derrière, & agencez un
récipient; posez-la ainsi vide dans du
sable fort, & lui donnez d'abord un petit
feu, puis après un plus grand, jus
qu'à ce que la retorte commence quasi
à rougir dans le sable, alors versez vivement
la poudre d'or amollie, & bien sèche
(autrement le verre se romprait,)
& un peu chaude par derrière dans le
conduit, & soudain viennent des gouttes
rouges dans l'Alambic; maintenez
le feu dans ce degré jusqu'à ce que plus
rien ne monte, & que nulle goutte ne
tombe plus dans le récipient; mais notez
qu'il faut mettre dans le récipient
trois fois autant que la chaux d'or pesait
d'esprit de vin du meilleur & plus
excellent, dans quoi les gouttes de l'or
doivent tomber.
Prenez alors cet esprit de vin, dans
lequel les gouttes d'or sont tombées,
mettez-le dans un Pélican, scellez-le
hermétiquement, & le circulez l'espace
d'un mois, il deviendra une pierre rouge
@
Philosophique & Hermétique. 251
comme du sang qui fond & coule au
feu comme de la cire; Pilez-la menu,
& mêlez parmi de la chaux d'argent;
fondez-les ensemble dans un fort vinaigre,
étant refroidie; versez-les dans une
eau forte, il en tombe une chaux noire;
fondez-la, vous trouverez autant de fin
or que la poudre d'or, & l'esprit de
vin, ensemble, la moitié de la chaux
d'argent; mais la moitié de ladite chaux
d'argent demeure de reste sans
teinture, & l'on s'en peut servir aussi
bien qu'auparavant; si vous venez à
bout de cette pièce sans manquer, rendez
grâces à Dieu, mais si vous vous
méprenez, ne m'en imputez point la
cause, car je ne vous saurais dire le
tout plus clairement. Que si vous voulez
faire le vitriol, prenez la poudre auparavant
faite, & bouillie avec le vinaigre
distillé, versez dessus un bon esprit
de Sel commun mêlé eau de Nitre
ou Salpêtre, & faire de la façon que
l'eau de Soufre vif se fait avec le Nitre,
& il se dissoudra dans cette eau; ce
qu'étant fait, distillez-en l'eau jusqu'à
épaisseur ou crassitude; mettez-la dans
une cave, il apparaît un beau & net
@
252 Traité de Chimie,
vitriol du Soleil, versez dehors l'eau
qui reste encore auprès du vitriol, & la
distillez derechef jusqu'à crassitude, &
la posez à la cave, il en sort, encore du
vitriol, continuez ainsi jusqu'à ce que
l'eau soit toute consommée, & qu'il n'en
sorte plus du vitriol. Que s'il vous plaît,
& que vous ayez envie de faire avec ce
vitriol de l'or, comme plusieurs sortes
de gens veulent faire la Pierre des sages,
& anciens Maîtres des Philosophes, il
faut que votre bourse se résolve à fournir
& préparer quelques huit ou dix livres
de ce vitriol; ainsi vous la pourrez
bien faire, même du vitriol de Hongrie,
ou d'autres des montagnes; vous
pouvez autrement tirer le Soufre & le
Sel de ce vitriol avec l'esprit de vin, ce
qui est fort facile, & ne requiert aucune
description.
II.
S'ensuit du second Travail de la
Lune, & de l'extraction de son Soufre, & de son Sel.
Prenez de la chaux vive & du Sel
commun, faites-les rougir ensemble
fort, qu'ils suent tous deux; après tirez
@
Philosophique & Hermétique. 253
tout-à-fait le Sel de la chaux avec
eau chaude, & les coagulez derechef
dedans, remettez parmi de la chaux
nouvelle autant qu'il pèse, faites-les
rougir, & en extrayez encore le Sel,
faites cela trois fois, & le Sel sera préparé,
alors prenez de la chaux d'argent
passée, & mettez la chaux en un vaisseau
de verre avec le Sel préparé, versez
de la bonne eau forte, faite également
de vitriol, & de Nitre ou Salpêtre,
distillez-en bien derechef l'eau forte, faites
cela par trois fois, la dernière avec
force, afin que la matière coule bien
dans le verre, tirez l'en: alors la Lune
est belle, transparente, & bleuâtre comme
un outre-marin; ayant amené la
Lune jusqu'à ce point, versez dessus du
fort vinaigre, mettez-le à la chaleur,
alors le vinaigre se colore d'un bleu
transparent comme un Saphir, & attire
à soi la teinture de la Lune. Quand elle
sera séparée du Sel marin, lequel sort
de la Lune, & se met dans le vinaigre,
ce qui arrive par le moyen de l'adoucissement,
vous trouverez le Soufre de la
Lune beau & clair.
Prenez une partie de ce Soufre de la
@
254 Traité de Chimie,
Lune, une demie partie de l'âme extraite,
ou Soufre du Soleil, six parties
de l'esprit de mercure, ou bien quatre
fois autant que ces deux Soufres pèsent;
mettez-les tous ensemble dans une cucurbite
bien lutée, & après d'une petite
chaleur pour digérer tout doucement
jusqu'à ce qu'il en sorte une liqueur
claire, rouge, brune, & que
vous ayez fait passer le tout par alambic,
tellement qu'il ne reste rien au fond;
versez cela sur la matière restée de l'argent,
d'où vous avez tiré le Soufre;
lutez-le bien, & le mettez dans les cendres
pour se reprendre, & fixer quarante
jours, & autant de nuits, ou bien
jusqu'à ce que vous voyiez que le corps
de la Lune soit tout sec, bien brun, &
que plus rien ne monte ni ne descende,
alors fondez-le vivement avec un fondant
en soufflant, & versez dehors, vous
aurez l'entière substance de l'argent
convertie en or le meilleur & le plus
délicat.
J'ai déjà fait mention de ce particulier
de l'argent dans la répétition de mes
douze clefs, là où j'ai écrit que même
l'esprit de Sel marin peut détruire la
@
Philosophique & Hermétique. 255
Lune, en sorte que la Lune potable en
peut être préparée, de laquelle Lune
potable sera fait mention en la dernière
partie de la Médecine; mais il faut que
vous sachiez qu'il faut procéder encore
plus outre avec l'argent, & en faire une
plus longue division de la manière qui
suit.
Quand vous voyez que le soufre de
la Lune est tout extrait, & ne se veut
plus nullement teindre avec le vinaigre
distillé, & qu'aussi on ne sent plus aucun
sel dans le vinaigre distillé, séchez
le reste de la chaux d'argent, mettez-le
dans un verre, & y versez de l'eau de
miel corrosive comme l'on a fait avec
l'or; il faut pourtant qu'elle soit claire,
& qu'elle n'ait plus aucune fèces, mettez-la
devant le feu quatre ou cinq jours,
& tirez par ce moyen le sel de la Lune
ce que vous pouvez apercevoir quand
l'eau se blanchit, le sel étant tout dehors,
distillez l'eau de miel, adoucissez-
en la corrosivité par la distillation, &
clarifiez le sel avec l'esprit de vin.
La matière qui reste vous l'adoucirez,
& sécherez bien, vous verserez par-dessus
un esprit de tartre, vous la digérerez
@
256 Traité de Chimie,
quinze jours, puis vous ferez comme
on a fait avec l'or, ainsi vous aurez
le mercure précipité de la Lune; le sel
de la Lune mentionné a aussi ses principales
vertus & opérations dans l'homme,
de quoi je veux discourir en autre
lieu; mais ce que peuvent faire son sel
& son soufre qui doivent être estimés
excellents en vertu; écoutez & comprenez
ce court & vrai procédé que je vous
en vais faire.
Prenez le soufre bleu céleste que vous
avez extrait de la Lune, & rectifié avec
l'esprit de vin, mettez-le dans un verre,
& versez dessus deux fois aussi pesant
d'esprit de mercure fait de l'esprit blanc
de vitriol, comme vous avez appris au
même lieu. Pareillement prenez aussi
le sel de l'argent extrait & clarifié, versez
dessus trois fois aussi pesant d'esprit
de mercure, lutez bien les deux verres,
& les mettez ensemble dans un doux
bain pour huit jours & huit nuits, &
prenez garde qu'il n'y manque point de
soufre ni de sel, mais qu'ils demeurent
dans leur quantité selon qu'ils ont été
extraits de l'argent; ayant aussi reposé
huit jours durant, versez-les ensemble
dans
@
Philosophique & Hermétique. 257
dans un verre, scellez-le hermétiquement,
mettez-le dans les cendres douces
jusqu'à ce que tout soit dissous, &
soit derechef rassemblé bien clair &
blanc: finalement, fixez-les par les degrés
du feu, la matière deviendra blanche
comme neige, & ainsi vous avez
teinture blanche que vous pourrez animer,
former, & amener au plus haut
rouge par le moyen de l'âme volatile du
Soleil; aussi à la fin fermenter, & augmenter
jusques à l'infini, y ajoutant de
l'esprit de mercure; & notez qu'il en
faut ainsi user avec l'or, avec son soufre
& son sel; mais si vous avez entendu à
bien connaître leur premier mobile, il
n'est pas nécessaire en ce cas de détruire
les métaux; mais vous pouvez tout préparer
avec leurs premières essences, &
amener à une suffisante perfection.
De la particularité de Mars avec l'extraction
de son âme, & de son Sel.
Prenez une partie de l'huile de vitriol
rouge, ou bien de l'huile de soufre,
deux parties de commune eau de
puits; mêlez-les ensemble, & y mettez
Y
@
258 Traité de Chimie,
dessus de la limaille d'acier; Filtrez
la solution claire & chaude par le papier
gris, & la laissez doucement évaporer
jusques à la troisième Partie, après
posez le verre en un lieu froid, il apparaît
de beaux cristaux doux comme du
sucre qui sont le vrai vitriol de safran;
ôtez-en l'eau, laissez-en évaporer davantage,
& la reposez audit lieu; il apparaît
encore des cristaux, faites-les
rougir tout doucement sous une moufle,
les remuant toujours avec un fil de
fer, & vous aurez une belle poudre couleur
de pourpre, versez du vinaigre sur
cette poudre, il extrait l'âme de safran
dans un bain doux, ôtez-en le vinaigre,
& adoucissez bien l'âme; ceci est donc
l'âme de safran, laquelle se conjoint
avec l'âme de l'or, & teint la Lune en or,
si vous les digérez avec l'esprit de mercure,
comme je vous ai montré ci-dessus
de l'or.
III.
Du particulier du cuivre, & des
secrets qui y sont cachés, & aussi de l'extraction de son soufre & de son sel.
Prenez du cuivre autant que vous
voudrez, & en faites du vitriol de la
@
Philosophique & Hermétique. 259
façon qu'on le fait communément, ou
bien prenez du bon vert-de-gris de chez
les droguistes, il fait le même; broyez-
le bien menu, & versez dessus du bon
vinaigre, mettez-le à la chaleur jusqu'à
ce que le vinaigre devienne bien transparent
& vert; alors versez-le dehors,
& rejetez du vinaigre nouveau sur la
matière restée au fond jusqu'à ce que le
vinaigre ne teigne plus, & que la matière
du vert-de-gris devienne au fond toute
noire; mêlez ensemble tous ces vinaigres
teints, & en distillez le vinaigre jusqu'à
sec, autrement il en viendrait un
vitriol trop noir, ainsi vous aurez un
vert de gris fort beau & bien net; broyez-le
derechef menu, & versez par-
dessus une liqueur pressée de grappes de
raisins encore verts; mettez-le à une petite
chaleur, & lors la liqueur se teint
claire & transparente, verte comme une
émeraude, & attire à soi la teinture
rouge de mercure qui donne une couleur
excellente aux Peintres, & dont on
se peut servir en plusieurs autres choses.
Lors que la liqueur ne se veut plus
teindre, versez ensemble toutes les extractions,
& distillez la liqueur tout doucement
Y ij
@
260 Traité de Chimie,
jusqu'à la moitié, mettez-la en
un lieu froid, il en sort un fort beau vitriol;
Quand vous avez assez de ceci,
vous avez assez de matière pour les réduire,
& en faire la Pierre des sages; si
vous êtes en souci & en doute de ne
point pouvoir effectuer le secret par le
moyen d'autre vitriol; Je viens de parler
paraboliquement de cette préparation
dans mon Livre de Clefs au chapitre
du vinaigre de vin, disant que le vinaigre
commun ou Azoth, n'est pas lui-
même la matière de notre Pierre; mais
que notre Azoth ou matière première
doit être préparée par le commun
Azoth, & par le vin qui est la liqueur
pressée des raisins encore verts, aussi
bien que par plusieurs autres eaux, ce
sont les eaux par le moyen desquelles le
corps de vénus se rompt & réduit en vitriol;
si vous observez bien ceci, vous
serez franc & exempt de plusieurs soins
& pensées; mais prenez garde sur tout
qu'il faut entendre pareillement le chemin
universel avec ce vitriol de mercure,
& qu'il en est comme je vous ai
montré au troisième Livre de l'universel,
& du vitriol commun de Hongrie;
@
Philosophique & Hermétique. 261
& pour en user tout ainsi du vitriol,
particulièrement avec le vénus, sachez
qu'on le peut faire avec profit; si vous
faites sortir l'huile rouge de vitriol, &
dissolvez le fer ou mars, & puis cristallisez
la solution comme on a montré
en mars: car en telle solution & coagulation,
vénus & mars s'unissent fort
bien ensemble; alors si vous faites rougir
& embraser ce vitriol sous une moufle
jusqu'à ce qu'il en vienne une belle
poudre rouge que vous extrairez, &
travaillerez avec du vinaigre, tant que
vous verrez quelque rougeur, vous aurez
l'âme de mars & vénus en même-
temps ensemble & doublée; c'est pourquoi
à cause de telle double vertu, selon
l'addition de l'âme de l'or que vous
ajouterez seulement selon le poids sus
mentionné, vous pouvez prendre & former
deux fois autant de chaux d'argent,
comme on vous a montré & enseigné
au particulier du fer & de l'or; mais notez
qu'il y faut mettre deux fois autant
d'esprit de mercure, sinon en ce lieu,
& en l'autre, c'est une même chose &
procédé.
Pour le sel de vénus, extrayez le de
@
262 Traité de Chimie,
la sorte; quand la liqueur ne se teint
plus en vert, prenez le reste de la matière,
séchez-la, versez par-dessus de
l'eau de miel, le sel s'en va à la chaleur
dans cinq ou six jours; ôtez-en l'eau de
miel, & la clarifiez avec l'esprit de vin,
& alors le sel est bon pour la Médecine.
IV.
Du particulier de Saturne, ensemble,
l'extraction de son âme, & de son Sel.
La plus grande part du monde tient
Saturne ou le plomb pour un fort piètre
métal, & de nulle valeur, & l'on s'en
sert souvent à de petites & viles choses,
où l'on pourrait en ayant la vraie &
entière connaissance, en faire & préparer
plusieurs choses profitables & excellentes.
Ayant donc entrepris & résolu
d'éclaircir dans mes avertissements
& tours de mains tous mes Ecrits précédents,
& les laisser après moi comme une
instruction mémorable, afin que le simple
& idiot doué de peu d'esprit, puisse
connaître que ce que j'ai écrit ci-devant,
est très véritable, & que je
n'ai dit aucun mensonge: au contraire,
@
Philosophique & Hermétique. 263
déclaré plus qu'il ne convenait dans
tous mes Ecrits, ce que plusieurs autres
avaient tus; je me suis quant & quant
résolu de déclarer ponctuellement &
véritablement toutes les particularités,
lesquelles j'ai ci-devant touchées en divers
endroits, & ébauchées philosophiquement;
de sorte que sur mes derniers
jours j'avertis, & admoneste sur sa conscience
celui qui recouvrera cette mienne
dernière déclaration; qu'il prenne
exactement garde, & observe soigneusement
de bien garder, & observer comme
un rare trésor cette mienne révélation,
laquelle ne lui saurait tomber entre
les mains que par la volonté, conseil,
& providence du Créateur de tout
le monde, & de n'en point découvrir la
vraie lumière devant tout le monde, &
particulièrement devant ceux qui sont
indignes de ces secrets, & qui n'aiment
point leur Créateur d'un coeur pur, net,
humble & repentant, d'une conversion
constante, & d'une résolution sainte, &
ardente; enfin, de bien peser & considérer
toutes les Lettres précédentes &
suivantes contenues ci-dedans, selon
qu'il sera enseigné par moi.
@
264 Traité de Chimie,
je commence donc à parler de Saturne
à mots découverts, clairs & intelligibles,
comme j'ai fait ci-devant des
autres métaux, & ferai pareillement des
suivants; il est constant que Saturne,
suivant le jugement astronomique ne
se trouve pas seulement le plus haut, &
le principal Régent & Seigneur au Ciel,
mais aussi que la plus noble Pierre des
Philosophes & baume de cette vallée de
misère & vie passagère, tirent & prennent
leur commencement, & coagulation
seulement de la couleur noire de
la Planète de Saturne, laquelle toutes
les autres suivent jusqu'à la dernière
& meilleure, la splendeur de laquelle
illumine tout le firmament, & est très
durable & permanente.
Quoi que je dusse dire quelque chose
de la naissance de Saturne, & comme
il tire son origine du grand monde, à
savoir la terre; j'estime pourtant que
tout-cela n'est pas nécessaire en ce lieu,
en ayant déjà discouru fort souvent, &
en plusieurs de mes Livres, & que le
dessein du Maître & du Disciple n'en
pourrait pas tirer grand avancement ni
profit; & qu'il faudrait un gros volume
si
@
Philosophique & Hermétique. 265
si l'on voulait tout repérer, de quoi je
ne suis point d'avis, mon dessein étant
de déclarer, & même au pur avec toute
vérité ce qu'avant cette déclaration
était couvert, & n'avait nullement été
connu.
Et sachez que Saturne n'est pas du
tout à répéter, ni à mépriser par la considération
de sa forme extérieure & peu
apparente; mais si l'on procède avec lui
bien & philosophiquement, qu'il peut
assez récompenser la peine & l'ouvrage
d'un chacun qui le recherche, & qui aime
la science; de sorte qu'il doit plutôt
être estimé, reconnu, & honoré pour
Seigneur que pour Valet, non-seulement
touchant la santé de l'homme,
mais l'amendement des métaux.
Voici la préparation.
Prenez du blanc d'Espagne, ou bien
minium rouge ou litharge, c'est la
même chose; toutefois la céruse, ou
blanc d'Espagne a toujours été préférée
& trouvée absolue, quoique chez
les Marchands on la trouve rarement
pure, & sans addition, c'est
Z
@
266 Traité de Chimie,
pourquoi je conseille que pour plus
d'assurance, telle destruction de Saturne
soit préparée par chaque ouvrier
ingénieux, même, & bien qu'il y ait
deux ou trois façons ordinaires de la faire,
je vous montre ici la meilleure.
Prenez de votre Plomb bien doux
dessous le marteau autant que vous voudrez,
faites en de menues Platines comme
un sol ou encore plus minces, car
tant plus tenues, tant meilleures elles
sont, pendez-les dans un grand verre
sur du fort vinaigre commun, dans lequel
soit dissoute la même pesanteur du
vinaigre du meilleur or, sublimé deux ou
trois fois par le sel commun, bouchez
bien le verre par en haut que rien n'en
sorte, & le mettez dans la cendre un peu
chaude, afin que les esprits du vinaigre
& du soleil montent en haut, & touchent
les plaques de Plomb, vous trouverez
à chaque fois le dix ou douzième
jour une céruse délicate & bonne, pendue
aux dites plaques que vous balaierez
nettement avec une plume ou un pied
de Lièvre, & continuez ainsi jusqu'à ce
que vous ayez assez de céruse.
Mais si vous êtes assuré de recouvrer
@
Philosophique & Hermétique. 267
& d'acheter chez les Marchands une
bonne céruse non salsifiée, & propre à
bon dessein, vous pouvez vous épargner
cette peine, & prenez de celle-là autant
que vous voudrez, mettez-la dans
une grande cucurbite, versez par-dessus
de bon vinaigre rectifié, & ensemble
passez quelquefois par du papier, & en
la dernière rectification, fortifié avec la
seizième partie d'esprit de sel commun
qui soit sans flegme; bouchez bien le
verre, & mettez-le dans des cendres
chaudes pour digérer tout doucement;
remuez-le souvent d'un côté & d'un autre,
& le vinaigre commencera dans
peu de jours à devenir beau, & jaune
comme le premier; continuez ainsi par
trois fois, & puis c'est assez, & le reste
de la céruse demeure au fond de la cucurbite
assez laid & difforme: alors
filtrez bien clairs tous les vinaigres
teints, & ils deviendront d'un jaune
transparent; versez les tous ensemble,
& en tirez deux parties dans le bain-
marie, & y laissez la troisième partie,
cette troisième partie sera un peu rouge;
mettez le verre dans de l'eau un peu
froide, les cristaux en apparaissent tant
Z ij
@
268 Traité de Chimie,
plutôt; & quand ils sont apparus, levez-
les du vinaigre avec une cuillère de
bois; mettez-les sécher doucement sur
du papier, ils sont doux comme du sucre,
& servent beaucoup en des accidents
chauds & enflammés; distillez davantage
le vinaigre d'où les cristaux
sont sortis dans le bain-marie, & les remettez
dans sa place, il apparaît davantage
de cristaux avec lesquels vous ferez
comme avec les autres; prenez tous les
cristaux ensemble, ils ressembleront à
du sucre bien fin, ou à du salpêtre; pilez-les
dans un mortier de verre ou de
pierre, ou bien broyez-les sur une pierre
si menus qu'il vous sera possible, réverbérez-les
avec un petit feu jusqu'à ce
qu'ils deviennent rouges comme du
sang; mais prenez bien garde qu'ils ne
noircissent point: Quand donc vous les
verrez comme une belle écarlate, mettez-les
en un verre, & y mettez dessus
un bon esprit de genièvre extrait de son
huile, & rectifié par diverses fois, beau,
blanc, clair & net; lutez le verre par en
haut, & le posez dans une douce chaleur
jusqu'à ce que l'esprit de genièvre
se soit teint fort haut en rouge comme
@
Philosophique & Hermétique. 269
sang transparent; séparez-le alors des
fèces en un verre net, & prenez garde
que rien d'impur ne passe avec; versez
de l'autre esprit de genièvre sur les fèces,
& ce tant de fois que l'esprit sera teint;
ramassez les fèces, car en icelles est le
sel. Maintenant prenez les esprits de
genièvre teints tous ensemble, & les
filtrez, tirez-en petit à petit l'esprit
dans le bain-marie, & il demeure au
fond une extrêmement belle poudre incarnate,
c'est l'âme de Saturne; versez
par-dessus à diverses fois de l'eau de
pluie distillée, & la distillez fort plusieurs
fois, afin que ce qui y est resté de l'esprit
de genièvre en sorte, & que la poudre
soit adoucie le plus nettement que
faire se pourra; laissez-la fort bouillir,
puis bien rasseoir & sécher doucement,
& pour plus d'assurance, remettez-la
pour réverbérer tout bellement qu'elle
se sèche bien, & que toute impureté en
sorte; laissez-la refroidir, & la mettez
dans une fiole; versez dedans deux
fois aussi pesant de l'esprit de mercure
que j'ai enseigné dans la troisième partie
de l'universel, & confié, & mis sur
votre conscience. Scellez hermétiquement,
Z iij
@
270 Traité de Chimie,
& la posez dans un bain-marie,
comme je vous ai décrit dans la préparation
de l'esprit de mercure, ce qui est
nommé le fumier de cheval des Sages;
laissez-la dans un fourneau des secrets
l'espace d'un mois, & l'âme de Saturne
de jour en jour en esprit de mercure;
en sorte qu'ils deviennent inséparables,
deviennent ensemble une belle huile
de couleur rouge, & transparente;
mais prenez garde de ne point trop
fort gouverner le feu, autrement l'esprit
deviendrait comme un esprit volatil,
& s'envolerait; mais quand ils sont
bien unis ensemble, il n'est pas besoin
de tant de remarques ni prévoyance,
car une nature maintient l'autre.
Alors tirez cette huile, ou bien l'âme
de Saturne dissoute hors de la Fiole;
elle sentira bon par excellence, & la versez
dans une cucurbite; mettez un alambic
dessus, & le lutez bien, & les chassez
en un, ainsi vous avez âme & esprit
unis ensemble, & propres à convertir en
or le mercure précipité.
La précipitation de mercure se fait
ainsi: Prenez une partie d'esprit de salpêtre;
& trois parties huile de vitriol,
@
Philosophique & Hermétique. 271
versez-les ensemble, & jetez dedans
une demie partie de mercure vif très
bien purgé; mettez-les dans le sable, &
leur donnez un feu assez fort; toutefois
afin que les esprits ne s'évaporent, laissez-les
reposer tout un jour & une nuit,
alors tirez-en les esprits jusqu'à sec, &
vous trouverez au fond le mercure précipité,
& un peu rouge; versez derechef
les esprits par-dessus, laissez-les reposer
un jour & une nuit, tirez-les dehors,
& vous trouverez le précipité
dans la plus haute rougeur; adoucissez-
le bien avec de l'eau distillée, & le laissez
bien sécher. Prenez donc deux parties
de ce précipité, une partie de l'huile
de Saturne dissoute, versez-les ensemble,
& les mettez dans les cendres jusqu'à
ce que le tout se soit fixé, & qu'il
ne s'attache plus aucune goutte au verre,
alors fondez-le avec un peu de
plomb; ajoutez, tout se fondra ensemble,
& donnera un or qui par après peut
être haussé par la fusion de l'antimoine;
je vous ai donné l'enseignement de ceci
dans le mercure vif, & remarquez que
le mercure ne doit être préparé par autre
moyen qu'en une pure huile de vitriol
Z iiij
@
272 Traité de Chimie,
ou huile de cuivre, avec addition
de l'esprit de salpêtre, vu qu'un tel mercure
ne peut être amené à la plus haute
fixation par le précipité; mais que sa
vraie & constante coagulation, comme
j'ai dit, se trouve en Saturne; Pilez ce
susdit mercure, & le broyez sur une
pierre, mettez-le dans une fiole, &
versez comme j'ai dit l'huile de Saturne
dissoute par-dessus, il en entre à l'instant
à vue d'oeil, en cas que vous ayez
bien procédé à la précipitation; scellez
la fiole hermétiquement, & fixez cela
dans les cendres: enfin, dans le sable
jusqu'à la plus haute fixation, ainsi vous
avez lié mercure de son vrai lien, &
amené à une fixe coagulation qui a amené
sa substance, sa forme & posture en
amélioration avec grand profit, & riche
abondance, si vous les portez pourtant
en un blanc précipité, vous n'en aurez
que de l'argent qui tient bien peu d'or;
Il faut que je vous montre encore une
chose en ce procédé, & dire que l'on
peut faire encore un plus grand profit
avec Saturne, afin que vous n'ayez point
à vous plaindre de moi, & c'est en cette
façon.
@
Philosophique & Hermétique. 273
Prenez deux parties de l'huile dissoute,
ou de l'âme de Saturne, une partie
de l'astre du soleil, & deux parties du
soufre d'antimoine dont la préparation
suit ci-après, & la moitié du pesant de
toutes les choses du sel de fer, mettez-
les tous dans une fiole, de sorte que la
troisième partie en soit seulement remplie,
& mettez-les tous pour fixer ensemble.
Le sel de fer s'ouvre en cette
composition, & en sera levé, & la matière
commence à se noircir un peu, &
à se montrer obscure par dix ou douze
jours, alors le sel retourne à sa coagulation,
& quant à son opération, toute la
composition la presse premièrement en
une masse sombre, épaisse & brune, la
laisse immobile, & en une chaleur continuellement
égale, alors il en vient un
corps ou une poudre rouge comme sang;
renforcez le feu jusqu'à ce que vous
voyiez dominer l'astre du soleil qui apparaîtra
verdâtre tout de même que
l'arc-en-ciel, continuez le feu également,
tant que cette couleur s'évanouisse du
tout, il en proviendra une pierre rouge
& luisante qu'il n'est pas nécessaire
de jeter sur le mercure, car elle teint selon
@
274 Traité de Chimie,
sa perfection & fixation tous métaux
blancs en or le plus fin.
Prenez une partie de cette Pierre rouge,
ou poudre préparée & fixée, quatre
parties du blanc préparé, lequel vous
voudrez; laissez premièrement bien couler
le métal l'espace d'une heure jusqu'à
ce qu'il soit bien purifié, alors jetez de
la poudre dessus, & laissez aller tant que
vous voyez qu'elle est entrée au métal,
& que le métal commence de soi-même
à se fixer, alors il est tourné en or;
rompez le creuset en deux, & le tirez
dehors, s'il y a des scories, chassez-les
avec Saturne, & lors il sera fort pur &
délicat; mais si vous le portez sur la
Lune, mettez-y plus de poudre que sur
Jupiter & Saturne; car un lot de cette
poudre teint dix lots d'argent en or.
Prenez cela pour une merveille, & ne
perdez pas votre âme par la révélation
de ce secret, procédez au Saturne de saturne
comme avec fer & cuivre, hormis
qu'au lieu de l'eau de miel, le vinaigre
fasse l'office, & le clarifie avec l'esprit
de vin.
@
Philosophique & Hermétique. 275
V.
Du particulier de Jupiter, ensemble
l'extraction de son âme & de son sel.
Prenez chez les Marchands de la pierre-ponce,
embrasez-la, puis l'éteignez
dans de bon vin vieil; embrasez-la derechef
tout partout, & l'étain de nouveau,
& continuez ainsi par trois fois;
& tant plus fort le vin est, tant meilleur
il est; faites-en après sécher la Pierre
tout doucement, & elle est préparée
pour votre dessein. Prenez donc cette
Pierre-ponce, & la pulvérisez; puis prenez
de bon étain, battez-le bien délié
de l'épaisseur d'un sol; rompez-le ou le
coupez en petits morceaux; & le stratifiez
avec la Pierre-ponce dans un creuset,
étant bien luté; vous le mettrez en
un four de réverbère pour cinq jours &
cinq nuits de suite avec la flamme de feu
ouverte, & entretenez bien les degrés
du feu, la Pierre-ponce attirera à soi la
teinture du métal, alors broyez-la menu;
mais raclez-la bien auparavant de dessus
les Platines d'étain, mettez-la dans une
cucurbite de verre, versez dessus un
fort vinaigre distillé, mettez-la à la chaleur,
le vinaigre attire la teinture à soi,
@
276 Traité de Chimie,
& devient d'un beau rouge jaunâtre,
passez-le dans le bain-marie, & adoucissez
l'âme de Jupiter avec eau distillée,
laissez-la sécher tout doucement, & y
procédez plus outre comme avec l'âme
de Saturne, à savoir que vous la dissolvez
jusqu'à la racine dans l'esprit de
mercure, que vous les passez ensemble,
& après versez-y deux parties du rouge
mercure précipité, qui ait été précipité
avec la propriété & le sang vénérien, &
les pressez & fixez ensemble; ainsi le
bon étain vous a témoigné de la grâce,
& changé en or ce précipité, comme
vous trouverez en le fondant ensemble.
Il fait aussi cela, qu'il change en or dix
parties de la Lune quand les autres soufres
y sont ajoutés: Ne requérez plus
rien de Jupiter, car il vous a rendu, &
mis entre les mains en paix tout son
pouvoir. Pour procéder à son sel, c'est
la même chose, & s'extrait avec de l'eau
de pluie distillée, & se clarifie avec l'esprit
de vin.
VI.
Du particulier du Mercure vif, &
de son Soufre & Sel.
Prenez une demie livre de mercure
@
Philosophique & Hermétique. 277
vif sublimé par sept fois, & bien blanc;
broyez-le & pulvérisez-le plus menu que
vous pourrez, versez par-dessus une
bonne quantité de vinaigre bien fort,
faites-le bouillir sur le feu une bonne
heure ou davantage; remuez la matière
avec une spatule de bois, ôtez-le du feu,
& le laissez refroidir, que le mercure se
rasseye bien au fond, & que le vinaigre
soit tout clair. Que s'il tarde trop de
temps à s'éclaircir, dégouttez un peu
d'esprit de vitriol dans le vinaigre: car
le vitriol précipite l'argent vif; le sel
de tartre, l'or & le cuivre; le sel commun
de la Lune, le fer & le cuivre; la lessive
des cendres de feu, le vitriol; le vinaigre,
le soufre commun; le fer, le tartre;
& le nitre, l'antimoine: Alors versez
dehors le vinaigre, & vous trouverez le
mercure comme un clair sédiment, versez
dessus de l'autre vinaigre, & faites de
même jusqu'à trois fois, puis adoucissez
la matière, & la laissez sécher tout doucement.
Prenez quatre lots d'âme de fer, deux
lots d'âme de plomb, deux lots d'âme
d'étain; dissolvez-les dans douze lots
d'esprit de mercure, jusqu'à ce que tout
@
278 Traité de Chimie,
soit dissous; passez-les après ensemble,
que rien ne demeure au fond, & ce sera
une belle eau d'or comme une solution
de sol transparente; faites un peu échauffer
dans une forte fiole le mercure
préparé & adouci, & versez dessus cette
eau d'or un peu chaude, la matière commence
un peu à bruir; bouchez la fiole,
le bruit s'en va: alors scellez-la hermétiquement,
& la mettez dans un doux
bain, ainsi le mercure sera dissous en dix
jours en une couleur verte. Prenez la
fiole, & la mettez dans les cendres
jour & nuit, & la gouvernez avec un
doux feu, & le vert se convertit en une
belle huile, & jaune, dans lequel jaune,
le rouge est encore caché; tenez-la
dans le feu jusqu'à ce que la matière devienne
une poudre jaune comme de
l'orpiment; & quand plus rien ne monte,
posez le verre dans le sable jour &
nuit, donnez-lui un feu fort, tant que
la plus belle rougeur comme de rubis apparaisse,
fondez-la ensemble quand elle
sera fixée, & prise avec une poudre à
fondre faite de plomb, & lors elle fera
mince & délicate, & vous avez une livre
quatre lots de Soleil, aussi bon &
@
Philosophique & Hermétique. 279
haut que jamais la nature de la terre en
ait donné. Pensez aux pauvres & à mes
admonitions, & ne révélez point le
secret.
Comment il se fait une Huile de Mercure
& de son Sel.
Prenez du mercure vif autant de fois
sublimé, comme j'ai dit & revivifié par
de la chaux vive; mettez-le dans une
cucurbite, & le dissolvez dans de l'eau
forte de nitre avec une bonne chaleur;
versez l'eau dehors, & extrayez avec
du vinaigre la corrosivité qui reste, l'ayant
bien fait cuire dedans; & enfin,
extrayez aussi le vinaigre, & adoucissez
bien avec eau distillée ce qui reste, & le
laissez sécher, après versez une petite
mesure d'esprit de vin sur chaque livre;
lutez bien, putréfiez quelque temps tout
doucement, & puis passez par ensemble
ce qui est à passer. Premièrement doucement,
puis après plus fort; extrayez
derechef l'esprit de vin dans un bain de
ce qui est monté; il reste une huile odoriférante
qui est l'astre du mercure, &
un excellent remède pour toutes les véroles;
mais comme le sel a la même opération
@
280 Traité de Chimie,
que l'astre de mercure dans la
Médecine; j'estime qu'il n'est point nécessaire
d'écrire de chacun en particulier,
mais d'assembler les vertus, & opérations
de tous deux, & les déclarer dans
le sel de mercure dans la dernière partie:
car ils ont une même opération en
la Médecine.
Prenez ensuite l'huile ou astre de
mercure apprêté, qui, à cause de sa grande
chaleur, tient son corps dans une continuelle
fluidité, & le versez derechef
sur la terre restée, de laquelle vous
avez auparavant tiré l'huile; mettez-le
à la chaleur, l'huile tire à soi son propre
sel qui était demeuré; cela étant fait,
versez dessus une bonne partie de bon
esprit de vin, & l'en ôtez derechef, le
sel demeure, qui, étant dissous dans du
nouveau esprit de vin, & adouci par fréquente
extraction de la distillation; le
sel de mercure est prêt, & préparé pour
la Médecine, comme il en sera parlé en
la troisième Partie. Le mercure ne saurait
faire davantage, ni particulièrement,
ni universellement; car il s'en
faut bien qu'il soit le mercure des Philosophes,
comme il y en a plusieurs
d'eux qui se l'imaginent. Du
@
Philosophique & Hermétique. 281
Du particulier de l'Antimoine avec l'extraction
de son Soufre & de son Sel.
Prenez du bon Antimoine de Hongrie,
broyez-le menu comme de la farine,
& le calcinez sur un petit feu, comme
on a accoutumé de faire, le remuant
continuellement avec un fil de fer, jusqu'à
ce qu'il soit devenu tout blanchâtre,
& qu'il ne fume plus; mais enfin,
qu'il puisse endurer une grande chaleur,
alors vous le mettrez dans un creuset
dans le feu, & le ferez fondre, puis le
verserez dehors, étant comme un beau
verre transparent; pilez le verre, & le
broyez derechef tout menu, mettez-le
dans une cucurbite de verre avec un
fond large & plat, versez par-dessus du
fort vinaigre, & l'ayant bien luté, laissez-le
ainsi dans une petite chaleur une
bonne espace de temps, le vinaigre attire
à lui la teinture de l'antimoine, il se
teint d'un rouge fort haut, ôtez-en le
vinaigre, il y reste une petite poudre
rouge & jaune, adoucissez-la bien avec
eau distillée que tout le vinaigre en sorte,
séchez-la, & versez par-dessus de
l'esprit de vin du meilleur, remettez-le
Aa
@
282 Traité de Chimie,
derechef dans une chaleur médiocre, il
se fait encore une nouvelle extraction
fort belle & jaune, versez-le dehors, &
y en remettez d'autre jusques à ce qu'on
n'en puisse plus rien extraire; distillez
l'esprit de vin, & le laissez bien sécher,
& vous trouverez une poudre belle, délicate,
d'un haut jaune, & d'une opération
incroyable dans la Médecine, car
elle ne cède quasi en rien à l'or potable,
puis prenez deux parties de cette poudre,
une partie de soufre de soleil,
broyez-les menu ensemble, & prenez
en outre trois parties de soufre de fer,
versez sur icelui six parties d'esprit de
mercure que vous luterez bien, & mettrez
dans une digestion jusqu'à ce que
tout le soufre de fer soit dissous, alors
mettez dedans la quatrième partie de la
matière du soufre d'antimoine & du soleil;
broyez ensemble, lutez derechef le
tout, & le digérez jusqu'à ce qu'il soit
dissous: alors mettez-y davantage de ces
soufres broyés ensemble, faites comme
auparavant & procédez ainsi souvent
tant que tout soit pris ensemble & dissout,
la matière deviendra une huile
épaisse & brune, passez le tout bien conjoint,
@
Philosophique & Hermétique. 283
que rien ne demeure au fond,
puis le versez sur de la chaux d'argent
nette & pure, & fixez-les ensemble par
les degrés & la fixation du feu jusqu'à
ce que tout soit fixe; fondez le tout en
un corps, & le séparez par l'eau forte,
il en tombera six fois autant d'or que le
composé pesait ensemble; le reste de
l'argent vous peut servir à tous ouvrages.
La teinture de l'antimoine étant
toute tirée du verre, & le vinaigre ne
se voulant plus teindre, séchez bien la
poudre restée qui sera noire, broyez
parmi aussi pesant de commun soufre
jaune; mettez-la dans un creuset bien
luté, & le laissez dans un assez bon feu
jusqu'à ce que le soufre soit tout brûlé:
alors broyez tant menu la matière qui
reste, & versez dessus un nouveau vinaigre,
& en extrayez son sel à la chaleur;
distillez le vinaigre du sel, & adoucissez
l'aigreur du vinaigre par fréquente réitération
de distillation avec eau distillée,
clarifiez-le jusqu'à tant que l'eau soit
blanche, claire & nette.
Si vous avez bien achevé votre ouvrage,
vous avez à extraire le sel d'antimoine
en peu de temps, comme je vous
Aa ij
@
284 Traité de Chimie,
enseigne ci-après. Vous devez remarquer
ici que le soufre de l'antimoine
préparé, & extrait de la façon suivante,
a la même efficace dans la Médecine,
& est bien plutôt fait, lequel l'on doit
particulièrement aimer.
Le moyen de préparer le Soufre & le Sel
de l'Antimoine.
Prenez de bon vitriol, sel marin ou
commun, & chaux vive une livre de
chacun, huit lots de sel armoniac; Pilez
le tout menu, & le mettez dans une retorte
de verre, versez par-dessus trois
livres de vinaigre commun, laissez-le
bien bouché un jour & une nuit dans la
chaleur.
Puis mettez tout ensemble dans une
retorte, agencez un récipient, & le faites
passer comme on a accoutumé de
faire passer l'eau forte; rectifiez encore
une fois tout doucement une livre de la
liqueur passée, & du sel commun autant
de l'un que de l'autre, que rien de trouble
ne passe parmi; mais que tout soit
bien pur & net; alors prenez une livre
d'antimoine bien pulvérisé, versez cet
@
Philosophique & Hermétique. 285
esprit par-dessus, lutez-le bien, & digérez-le
jusqu'à ce que tout soit dissous,
puis tirez-en l'eau doucement au bain-
marie, il reste au fond une matière noire
coulante épaisse, & un peu sèche;
mettez-la sur une plaque de verre, &
puis en la cave, il en découle une huile
rouge qui laisse derrière soi quelques
fèces; coagulez cette huile tout doucement
sur les cendres, tant qu'elle soit
sèche, alors versez par-dessus le meilleur
esprit de vin; l'esprit de vin tire dehors
la teinture rouge comme sang, tirez
par inclination ce qui est teint, &
versez de l'autre esprit de vin sur le résidu
jusqu'à ce qu'il n'apparaisse plus aucune
rougeur: ainsi vous avez la teinture,
ou le soufre de l'antimoine, il fait des
merveilles en la Médecine, & ne cède
guères à l'or potable comme je vous ai
dit ci-dessus; il est aussi préparé pour
procéder avec lui particulièrement,
comme je vous ai montré ci-devant;
séchez bien la matière qui est restée
après l'extraction du soufre, & extrayez
son sel blanc comme neige avec vinaigre;
adoucissez-le, & le clarifiez avec
esprit de vin, & prenez garde à ses vertus
@
286 Traité de Chimie,
en la Médecine, dont il sera parlé en
la dernière Partie.
Je finis donc ainsi ma quatrième Partie,
& bien qu'on y pourrait encore
ajouter plusieurs autres secrets qui sont
en la nature, & quelques augmentations,
sachez pourtant que j'ai parlé
des principaux, & des plus importants,
& de ceux qui vous sont les plus aisés,
faciles, prompts, & riches à travailler;
pour le reste qui n'apporte aucun profit,
& qui peut aisément troubler, & faire
fourvoyer un Disciple qui commence à
chercher même qui lui peut manquer,
ou du moins, ne lui rapporter pas grand
profit; vous-le pouvez toujours trouver,
& pénétrer avec le temps, & le travail
diligent, apprenant seulement à connaître
& entendre la seule chose d'où procède
la santé & la richesse; vous pouvez
faire grand profit de tous les soufres des
métaux, les y ajoutant, de quoi il est
impossible d'écrire, la description en
étant infinie.
FIN.
@
287
| T A B L E | |
| A L P H A B E T I Q U E | |
| |
|
| Des Opérations Chimiques. | |
| |
|
| A | |
| A Ffinement de l'or par l'antimoine, |
|
| Page | 221 |
| Animation et coloration du corps blanc |
|
| de l'or, p. | 160 |
| Argent potable¨ | 168 |
| |
|
| B | |
| Belles & réelles opérations sur l'argent, |
|
| | 164 |
| C | |
| Calcination & Distillation du vitriol de |
|
| Mars, | 87 |
| Calcination de l'or, | 93 |
| Calcination d'argent, | 189 |
| Cinabre artificiel, | 34 |
| Composition & conjonction des substan- |
|
| ces Physiques & Philosophiques, | 107 |
| Conversion du vitriol d'or en crocus de |
|
| couleur pourpre, appelée manteau de | |
| pourpre, | 99 |
@
288 Table Alphabétique.
| Conversion de soufre d'or en or potable, | 103
|
| Conversion du corps de l'argent désani- |
|
| mé ou privé de son soufre, | 172 |
| Conversion du soufre volatil du vitriol en |
|
| huile très douce, | 176 |
| Conversion du sel cristallin du vitriol en |
|
| essence huileuse, rouge, & douce, | 182 |
| D | |
| Dissolution, calcination & sublimation |
|
| du Mercure sublimé, | 37 |
| Dissolution de la chaux d'or, & sa con- |
|
| version en vitriol, | 97 |
| Distillation de l'esprit mercuriel & sulfu- |
|
| reux du vitriol de verdet, | 85 |
| Distillation de l'or en crocus, & sa con- |
|
| version en eau spirituelle. | 104 |
| Dulcification de l'huile incombustible de |
|
| Mars & de Vénus, | 90 |
| E | |
| Eau forte Royale, | 94 |
| Eau forte de sel marin, | 96 |
| Elixir de vie spirituel, ou or potable, |
|
| | 54 |
| Emploi de régule tiré des fleurs ou sco- |
|
| ries de l'antimoine, pour l'améliora- | |
| tion des métaux, | 232 |
| Esprit de sel marin, & son adoucissement |
|
| par | |
@
Table Alphabétique.
289
| par l'esprit de vin, | 150 |
| Esprit de vin alcoolisé, | 152 |
| Esprit de vinaigre, | 192 |
| Esprit corrosif de miel, | 193 |
| Esprit de tartre, ou Esprit de vin tar- |
|
| tarisé, | 194 |
| Extraction du vitriol émeraudin contenu |
|
| dans le verdet, & sa distillation, | 81 |
| Extraction du vitriol de fer, | 86 |
| Extraction du sel de Mars & de Vénus, | 88 |
| Extraction du soufre de l'or contenu dans |
|
| de manteau de pourpre, | 101 |
| Extraction du sel de l'or, | 105 |
| Extraction du sel contenu dans le corps |
|
| blanc de l'or, | 162 |
| Extraction du mercure de l'or, | 163 |
| Extraction du soufre de l'argent, | 165 |
| Extraction du soufre volatil & brûlant |
|
| contenu dans le vitriol, | 176 |
| Extraction de l'huile de soufre du vitriol, |
|
| | 178 |
| Extraction du sel du vitriol, sa volatili- |
|
| sation & cristallisation, | 180 |
| Extraction de la vraie teinture d'anti- |
|
| moine, | 198 |
| F | |
| Fermentation & spécification de la Pier- |
|
| re, | 111 |
@
290 Table Alphabétique.
| Fixation du sel marin, | 167 |
| Fusion de l'or par l'antimoine , | 218 |
| H | |
| Huile incombustible minérale, & sa dul- |
|
| cification pour réduire le soufre d'or | |
| en esprit, | 155 |
| L | |
| Liqueur huileuse du soufre d'argent, | 47 |
| Liqueur huileuse du soufre d'or, | 51 |
| M | |
| Magistère métallique, | 79 |
| Magistère, arti-magistère minéral, | 113 |
| Médecine blanche, | 173 |
| Mercure d'antimoine, | 190 |
| Multiplication de la pierre, tant en quan- |
|
| tité qu'en qualité; | 109 |
| O | |
| Oeuvre grossier, 4 & 5 | |
| Oeuvre lunaire. | 42 |
| Opérations manuelles très curieuses, |
|
| 234 & suiv. | |
| Or potable, | 157 |
| P | |
| Particulier réel, | 184 |
| Pratique opérative pour faire le grand |
|
| magistère des sages, | 31 |
| Pratique opérative, contenant la secrète |
|
| & vraie séparation des trois princi- | |
@
Table Alphabétique.
291
| pes Physiques de la matière minérale, | |
| leur dépuration, réunion & cohésion | |
| pour faire le grand magistère des Sa- | |
| ges, | 130 |
| Préparation & distillation de l'eau mer- |
|
| curielle attractive, | 100 |
| Préparation des cailloux pour en extrai- |
|
| re l'or & le rendre corporel, | 210 |
| Préparation de la Médecine universelle, |
|
| | 226 |
| Projection, | 112 |
| Purification de l'or, | 91 |
| R | |
| Réduction du soufre d'or en esprit ou li- |
|
| queur potable, | 154 |
| Réduction de l'or extrait des cailloux, |
|
| | 217 |
| Réduction & usage des fleurs d'antimoi- |
|
| ne, | 224 |
| Revivification du cinabre en mercure |
|
| coulant, | 35 |
| S | |
| Séparation des éléments de la liqueur mer- |
|
| curielle, | 39 |
| Soufre d'or pour fermenter la Médecine |
|
| rouge mercurielle, | 149 |
| Soufre de vénus & de mars, | 185 |
| Sublimation du mercure de cinabre, | 36 |
| à ij | |
@
292 Table Alphabétique.
| Teinture, huile, & pierre solaire, | 56 |
| V | |
| Vertus de la Médecine Universelle, | 228 |
| Vraie conjonction Physique du Soleil, de |
|
| la Lune, & du mercure des Philoso- | |
| phes, | 61 |
| Vraie méthode pour tirer facilement & |
|
| utilement l'or subtil & volatil contenu | |
| aux cailloux, sables, talcs rouges & | |
| noirs, terres grasses, & autres terres | |
| de mines, lesquelles soit par leurs ché- | |
| tives on mauvaises qualités, ne peu- | |
| vent autrement être mises à profit, | |
| | 203 |
| Volatilisation du sel de mars, | 89 |
| Voie humide, | 3 |
| Usage de la Médecine universelle, & |
|
| ses doses, | 230 |
| |
|
| F I N. | |
@
A P P R O B A T I O N
De M. Andry, Docteur Régent de la
Faculté de Médecine de Paris, Conseiller, Lecteur & Professeur Royal en Médecine, & Censeur Royal des Livres.
J' Ai lû par l'ordre de Monseigneur le
Garde des Sceaux ce
Traite de Chymie,
Philosophique & Hermétique: & je n'ai rien
trouvé qui en puisse empecher l'Impression.
Fait à Paris le 19 Octobre 1723.
Signé
A N D R Y.
-----------------------------------------
PRIVILEGE DV ROY.
L OUIS, par la grace de Dieu, Roi de
France & de Navarre: A nos amez &
féaux Conseillers les Gens tenans nos Cours
de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires
de notre Hôtel, Grand Conseil, Prévôt
de Paris, Baillifs, Senéchaux, leurs
Lieutenans Civils, & autres nos justiciers
qu'il appartiendra: S A L U T Nôtre bienamé CHARLES-MAURICE D'HOURY Fils,
Libraire à Paris, nous ayant fait remontrer
qu'il souhaiteroit faire imprimer & donner
@
au Public un
Traité de Chymie, Phylosophique
& Hermétique, enrichi des opérations les
plus curieuses de l'Art: S'il nous plaisoit lui
accorder nos Lettres de Privilege sur ce nécessaires:
A ces causes, voulant traiter favorablement
ledit Exposant; Nous lui avons
permis & permettons par ces Presentes de
faire imprimer ledit Livre en tels volumes,
forme, marge, caractere, conjointement ou
séparément, & autant de fois que bon lui
semblera; & de le vendre, faire vendre &
debiter par tout notre Royaume pendant le
temps de huit années consécutives, à compter
du jour de la datte desdites Presentes:
Faisons défenses à toutes sortes de Personnes
de quelque qualité & condition qu'elles
soient, d'en introduire d'impression étrangere
dans aucun lieu de notre obéïssance;
comme aussi à tous Libraires, Imprimeurs
& autres, d'imprimer, faire imprimer, vendre
faire vendre, ni contrefaire ledit Livre
en tout ni en partie, ni d'en faire aucuns
Extraits sous quelque prétexte que ce soit
d'augmentation, correction, changement de
titre ou autrement, sans le consentement par
écrit dudit Exposant ou de ceux qui auront
droit de lui, à peine confiscation des Exemplaires
contrefaits de quinze cens livres d'amende
contre chacun des contrevenans dont
un tiers à nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de
Paris l'autre tiers audit Exposant, & de
tous dépens, dommages & intérêts, à la
charge que ces Presentes seront enregistrées
@
tout au long sur le Registre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris,
& ce dans trois mois de la datte d'icelles; que
l'impression de ce Livre sera faite dans nôtre
Royaume & non ailleurs, en bon papier, &
en beaux caracteres, conformément aux
Réglemens de la Librairie; & qu'avant que
de l'exposer en vente, le Manuscrit ou Imprimé
qui aura servi de Copie à l'impression
dudit Livre, sera remis dans le même état où
l'Approbation y aura été donnée ès mains de
nôtre très cher & féal Chevalier Garde des
Sceaux de France le sieur FLEURIAU, D'ARMENONVILLE;
& qu'il en sera ensuite remis
deux Exemplaires dans nôtre Bibliothéque
publique, un dans celle de nôtre Château du
Louvre, & un dans celle de notre dit très cher
& féal Chevalier Garde des Sceaux de France
le sieur Fleuriau d'Armenonville, Le tout
à peine de nullité des Presentes, du contenu
desquelles nous mandons & enjoignons de
faire jouir l'Exposant ou ses Ayans cause
pleinement & plaisiblement, sans souffrir
qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchemens;
Voulons que la Copie desdites
Presentes qui sera imprimée tout au long au
commencement ou à la fin dudit Livre, soit
tenue pour dûement signifiée, & qu'aux copies
collationnées par l'un de nos amez &
féaux Conseillers & Secrétaires, foy soit
ajoutée comme à l'Original; Commandons
au Premier nôtre Huissier ou Sergent de faire
pour l'exécution d'icelles tout Actes re-
@
quis & nécessaires sans demander autre Permission,
& nonobstant clameur de Haro,
Charte Normande, & Lettres à ce contraires:
Car tel est nôtre plaisir DONNE' à Paris,
le douziéme jour du mois de Novembre,
l'an de grace mil sept cent vingt-trois,
& de nôtre Regne le neuviéme. Par le Roy
en son Conseil.
DE SAINT HILAIRE.
Registré sur le Registre Ve. de la Communautedes Libraires & Imprimeurs de Paris,
page 398.
n° 695,
conformément aux Réglemens,
& notamment à l'arrêt du Conseil
du 13
Août 1703.
A Paris le 24.
Novembre
1723.
BALLARD, Syndic.