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Réfer. : 0025 .
Auteur : Anonyme (Le Crom ?).
Titre : Traité du Sel des Philosophes.
S/titre : en forme de dialogue en faveur des Curieux.

Editeur : xxxx.
Date éd. : 17xx .
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T R A I T E
DU SEL
DES PHILOSOPHES
EN FORME
DE DIALOGUE,
en faveur des Curieux.
où sont enseignez
La Préparation, les Vertus, &
l'Usage de ce Sel merveilleux.

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T R A I T E
DU SEL
DES PHILOSOPHES
EN FORME
DE DIALOGUE,
en faveur des Curieux.

Aristipe.

Soyez le bienvenu, Monsieur,
vous ne pouviez pas
mieux prendre votre temps, je
suis sans occupation, nous pourrons
nous entretenir tout à nôtre
aise, mais vous me paraissez bien
échauffé, d'où venez-vous donc ?

Timagene.

Je viens de chez Protogene,

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4 Traité du Sel

chez qui j'ai rencontré l'Abbé
Cantate, que vous connaissez
pour un homme fort dissipé: dés
qu'il m'a aperçu, il s'est levé
sous le prétexte apparent de la
bien-séance, mais dans un dessein
effectif de m'insulter: voici
comment. Il s'est jeté sur les Livres
de notre Ami, & s'est mis
à les examiner les uns après les
autres, comme s'il avait voulu
en faire un inventaire, le Cosmopolite
est tombé malheureusement
sous sa coupe, il a affecté
de s'y attacher plus qu'aux autres,
puis s'arrêtant tout à coup,
il s'est adressé à moi, parce qu'il
sait que j'aime la science dont
ce Livre traite fort bien, me disant
d'un air moqueur, voici un
de ces Philosophes qui mériteraient
le feu, pour avoir ruiné
quantité de gens à la recherche
de cette Pierre Philosophale imaginaire,

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des Philosophes. 5

je ne sais que trop ce
qu'il en a coûté à mon père pour
avoir donné dans cette chimère,
ne devrait-on pas bannir de tels
Livres d'un Etat bien policé ? Je
lui ai reparti qu'ils n'avaient
ruiné que des fous, que le mal
n'en était pas bien grand, &
qu'on ne devait pas rendre en
leur faveur un Edit de suppression,
lequel en priverait quantité
d'honnêtes gens, qui font de
cette lecture toute leur occupation:
que ces Livres sont comme
de ces couteaux qui ne blessent
que ceux qui n'en savent pas l'usage.
Eh pourquoi, Monsieur le
Chimiste, m'a-t-il répondu avec
aigreur, n'en a-t-on pas montré
l'usage, vos Philosophes croientils
qu'on doive se contenter de
cahos, d'énigmes, & d'autres
galimatias dont leurs Livres sont
remplis ? je lui ay répliqué d'un

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6 Traité du Sel

ton contraire au sien, c'est qu'ils
veulent qu'il y ait toujours des
ignorants, &c. J'ai pris aussitôt
congé de la Compagnie, car je
commençais à m'échauffer terriblement;
vous savez qu'il n'y
eût jamais une grande sympathie
entre nous.

Aristipe.

Vous avez fort bien fait de
quitter la partie, & de ne pas entrer
en matière avec lui, notre
Philosophie est une science qu'on
ne doit pas profaner en aucune
façon, & c'est la profaner que
d'en parler avec des gens qui en
sont indignes; notre Abbé est de
ces gens qui ne croient possible
que ce qui peut entrer dans leur
cervelle endurcie ; il lui suffit
que son père & beaucoup d'autres
se soient ruinez à souffler,
pour croire la Pierre Philosophale

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des Philosophes. 7

imaginaire, comme si l'ignorance
de tels gens, était capable
de contrebalancer une vérité
reconnue depuis plus de vingtcinq
siècles, par des hommes irréprochables.
Si l'on était plus curieux d'acquérir
de la science, que des richesses,
il n'y aurait pas tant de
souffleurs, & l'on ferait plus de
progrès dans nôtre Art; mais
comme l'or & l'argent sont l'unique
objet de la plupart des
hommes, ils ne s'attachent qu'aux
procédés qui en promettent
le plus, & qui leur présentent
des moyens aisés de posséder des
montagnes de ces précieux métaux,
sans considérer la possibilité
de la nature, & le peu d'apparence
que ceux qui en sont les
Auteurs, eussent voulu enseigner
à un chacun les moyens de s'enrichir,
sans égard aux désordres

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8 Traité du Sel

que leur imprudence pourrait
causer dans la société civile. On
donne aveuglement dans ces
fausses apparences, & l'on se remplit
l'idée de sophistications ridicules
& condamnables. C'est
sur ces beaux modèles que l'on
travaille, & que l'on fait travailler
sans aucun fruit, ce qu'on reconnaît
toujours trop tard, après
quoi les Livres des vrais Philosophes
ne manquent jamais d'en
porter la folle enchère. On les
taxe de folie & de vision, & on
les condamne au feu, comme
fait nôtre Abbé, de même que
s'ils avaient été la cause de la ruine
de ces imprudents.
Il y a encore une autre sorte
de gens, qui sans avoir fait de
dépense, condamnent la pierre
sur l'étiquette du sac, parce qu'ils
en auront entendu parler avec
mépris & indignation: il leur suffit

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des Philosophes. 9

que l'on soit appliqué à sa recherche
pour passer dans leur esprit
pour des fous; mais il faut
s'en consoler, & demeurer d'accord
de l'axiome qui dit: Ars non
habet osorem nisi ignorantem.

Timagene.

Dites-moi, je vous prie, comme
il faut se comporter avec ceux
qui vous demandent des preuves
de la possibilité de la Pierre ?

Aristipe.

Il faut distinguer ces gens là,
car ils sont de deux sortes; il y
en a de dociles, & d'indociles, les
derniers sont pour l'ordinaire arrogants,
présomptueux & entêtés;
ils ne vous interrogent que pour
vous contrarier, & ils ne se rendent
jamais à vos raisons, toutes
convaincantes qu'elles soient;
on doit abréger avec eux; & se

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10 Traité du Sel

souvenir qu'il ne faut jamais disputer
d'un système contre ceux
qui en nient les principes; à l'égard
des autres, il faut les contenter
par des raisons probables,
& naturelles.

Timagene.

Qu'entendez-vous par raisons
naturelles ?

Aristipe.

Les raisons naturelles, sont celles
qui sont tirées de la nature,
par comparaison d'un règne à l'autre,
quoiqu'on ne doive pas toujours
se servir de ces comparaisons,
à cause de la grande différence
qu'il y a entre ces règnes,
principalement entre le minéral
& les deux autres; il faut pour
cela recourir aux preuves que les
Philosophes nous exposent, qui
sont les plus convaincantes.
Timagene.

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des Philosophes. 11

Timagene.

Quelle est la raison la plus forte
que l'on peut opposer contre
la possibilité de la Pierre ? Pour
moi je ne pense pas qu'on puisse
la détruire aisément, puisque M.
le Vayer après l'avoir combattue
de toutes ses forces dans son instruction
à Monseigneur le Dauphin,
avoue ingénument, qu'il
n'y a point de raisons Physiques
qui montrent évidemment l'impossibilité
de faire artificiellement
de l'Or. Je ne crois pas que personne
soit capable, de contredire
un Auteur de cette réputation.

Aristipe.

On ne laisse pas de nous objecter
que l'Art ne peut point
imiter la nature à la fabrique & à
la génération de l'Or, laquelle se
fait dans les entrailles de la terre,
M

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12 Traité du Sel

hors de la portée de l'homme,
qui en doit ignorer par conséquent
& l'origine; & la nature
de la semence, & qu'il ne peut
changer une espèce en une autre,
ce qui n'appartient qu'à Dieu qui
a tout créé d'une seule parole. A
quoi nous répondons, que quoi
que la génération de l'Or ne soit
pas fort évidente, cela n'empêche
pas qu'elle ne soit aussi-bien
connue que celle des autres mixtes;
que nous ne prétendons pas
changer une espèce en une autre
par notre seul Art, mais nous
joignons l'Art à la nature (car
nôtre Pierre est plus naturelle
qu'artificielle) nous lui aidons à
séparer les obstacles qui se sont
opposés à la perfection de ses Ouvrages,
ce qu'elle pourrait faire
sans nous si elle avait des mains.
Nous prenons les semences mascules
& féminines bien purifiées,

@

des Philosophes. 13

& les mettant dans un lieu propre
pour leur coction, nous surpassons
la nature d'un degré; en
perfectionnant d'une perfection
plus que parfaite; de même qu'en
insérant les semences des végétaux
dans une terre bien préparée,
nous recueillons des fruits
bien plus beaux, & plus parfaits,
que la seule nature n'aurait pu
produire sans le secours de l'Art.

Timagene.

On pourrait vous objecter encore,
que supposé que la semences
de l'Or fut connue, elle ne
pourrait pas être changée de son
lieu propre & naturel, pour être
placée en un lieu artificiel, sans
être altérée, & sans interrompre
le cours de la nature, comme il
ne servirait de rien de prendre la
semence d'un animal, pour la mettre
dans une matrice étrangère,
Mij

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14 Traité du Sel

cela ne produirait rien, parce
que cette opération dépend de la
seule nature: De plus, cette semence
auraire demanderait pour
sa coction, une chaleur qu'il semble
impossible à l'Art de lui communiquer
dans un degré convenable;
car qui s'est trouvé à la
cuisson naturelle de l'Or, pour
connaître au juste la chaleur qui
lui est propre ?

Aristipe.

Votre objection renferme une
de ces comparaisons impropres,
dont j'ai parlé au commencement
de ce discours; parce que la semence
de l'or ne ressemble nullement,
au moins quant à la forme,
à celle des animaux; cette
dernière est liquide, pour ne rien
dire de plus, & celle de l'or ne
l'est pas. Je ne prétend pas qu'il
soit nécessaire d'aller dans les

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des Philosophes. 15

mines pour y chercher cette semence,
puisque nous l'avons toute
trouvée dans l'or même qui la
contient dans toutes ses parties,
ce qu'Augurelle nous enseigne,
quand il dit, in auro sunt semina
auri, quamvis abstrusa recedant
longiùs. Nous prenons donc l'or
pour en séparer la forme, ou
pour le réduire en sa première
matière, ou en sa substance séminale.
Dans cette réduction,
la matière commence la production
de l'or en désirant une nouvelle
forme, & souffrant d'être
fixée par elle; ce qui ne serait pas
si la forme y était: car il faut
savoir que dans toutes les générations,
il est nécessaire de faire
cette séparation de forme pour
y produire de la contrariété, les
premiers contraires sont la cause
de toutes les générations. La matière
ayant sa forme obéit, car

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16 Traité du Sel

elle a ce qu'elle désire; & quand
la forme est séparée de la matière,
& qu'elle est libre, (cela
s'entend de l'essentielle autant
qu'il se peut, car pour ce qui est
de l'accidentelle, il n'est pas possible,
ni même utile;) l'accidentelle
s'altère par la corruption, &
la séparation de la forme essentielle,
mais elle n'en est pas séparée
autrement, étant sans accident
elle serait invisible, elle désire
une nouvelle forme, lorsqu'elle
la reçoit, elle se laisse fixer
une seconde fois, & elle commence
une nouvelle génération;
en quoi l'art peut aider & avancer
beaucoup la nature par le chaleur,
comme nous le voyons aux
fleurs & autres végétaux, que l'art
produit par une chaleur proportionnée.
Il n'est donc pas absolument
nécessaire de savoir au
juste le degré de chaleur dont la

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des Philosophes. 17

nature se sert pour la cuisson de
l'or, que l'on croit cependant
être très douce.

Timagene.

Pourquoi les Philosophes disent-ils
que la matière ne doit
point être cherchée dans les métaux
vulgaires, parce qu'ils sont
morts, les comparant au pain
cuit qui ne peut servir de semence.
Le Trevisan ne dit-il pas de
laisser tous métaux seulets, ne
semble-t-il pas qu'il veut nous
insinuer, que les métaux seulets
ont perdu leur vie par le feu, &
qu'il est inutile d'y chercher cette
semence animée dont nous avons
besoin, car la vie ne se trouve
point chez les morts ?

Aristipe.

Il est vrai que le passage des
métaux seulets du Trevisan, a

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18 Traité du Sel

trompé bien du monde pour ne
l'avoir entendu, & pour vous
en dire ma pensée, il faut le rapporter
ici.
,, Laissez tous métaux seulets,
car combien d'eux soit l'entrée,
& que notre matière par tous
les dits des Philosophes doit être
composée de vif argent, comme
il paraît dans Geber, &c. & par
le Philosophe au 3 . des Météores,
la où tout est clair & sans
nulle parabole est dit, que les
métaux ne sont autre chose qu'argent
vif congelé par manière
de décoction, toutes fois ne sont
ils pas notre pierre, tandis qu'ils
demeurent en forme métallique;
car il est impossible qu'une matière
ait deux formes. Comment
donc voulez-vous qu'ils soient
la pierre qui est une forme digne,
moyenne, entre métal & mercure,
si auparavant cette forme ne
lui

@

des Philosophes. 19

,, lui est ôtée & corrompue ? Remarquez
bien ceci, cette forme
leur étant donc ôtée & corrompue,
ils doivent nécessairement
changer d'état, étant revivifiées,
pour produire une nouvelle génération,
autrement l'axiome des
Philosophes serait faux, lorsqu'ils
disent que la corruption d'une
chose, opère la génération d'une
autre, & ce que j'ai dit cidevant
n'aurais point de lieu;
savoir, que la matière privée
de sa forme, appete & désire
toujours une nouvelle forme,
& que l'ayant reçue, elle
se laisse fixer une seconde fois,
& commence une nouvelle génération.
Vous voyez donc bien, que
quoique les Philosophes nous
disent que les métaux vulgaires
sont semblables au pain cuit, cela
n'empêche pas qu'ils ne puissent
N

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20 Traité du Sel

être revivifiés pour produire
une nouvelle génération de
leur espèce; ils seront pour lors
des métaux vivants & ressuscités
de la mort à la vie.

Timagene.

Je reconnais mon erreur à
présent, car je vous avoue que
j'ai toujours crû qu'il était nécessaire
de fouiller la terre; pour
y chercher ces métaux vivants
dans leur source, comme il semble
que plusieurs ont fait; cette
peine est donc inutile, puisque
les métaux tels que nous les avons,
peuvent servir à notre dessein.

Aristipe.

A la vérité si l'on en croyait
la plupart des Auteurs, à les
prendre à la lettre, nous serions
obligés d'aller fouiller dans les

@

des Philosophes. 21

mines pour y chercher cette seconde
matière; je dis seconde,
parce que la première est indéterminée.
Examinons l'état auquel
nous la trouverions dans
son origine. Il faut premièrement
établir que les astres influent
continuellement leur semence,
ou leur esprit chaud, &
sec, dans une matrice humide,
& que cette humidité retenant
la semence astrale, le métal se
forme parfait ou imparfait, selon
la pureté ou impureté du lieu,
& le tempérament de cette
matrice; l'esprit sec ne se peut
coaguler de soi-même à cause
de sa sécheresse, il a besoin d'une
matière propre à lui faire prendre
corps, laquelle est l'eau: dès
que cet esprit sulfureux est mêlé
avec l'eau, ce n'est plus de l'eau
commune, c'est le premier principe,
ou ébauchement de la génération
Nij

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22 Traité du Sel

métallique que les Philosophes
appelent Mercure, ou
eau visqueuse, laquelle étant reçue
en un lieu propre, & entretenue
par une douce chaleur, &
humidité centrale, se convertit
enfin en métal.
Prendrons nous cette eau visqueuse
pour notre matière ? ce
serait inutilement, car pour lors
nous interromprions le cours de
de la nature, & l'on nous avertit
de prendre une matière sur
laquelle cette même nature ait
cessée son action. Prendronsnous
dans ces mines un métal déclaré,
ce qui paraît plus vraisemblable ?
Nous aurons une matière
qu'il faudra calciner & faire
fondre, pour séparer le pur
métal de sa mine, & il se trouvera
après bien des opérations,
que nous n'aurons qu'un métal
semblable à ceux que nous trouvons

@

des Philosophes. 23

communément, sans prendre
tant de peines inutiles.

Timagene.

Ne nous dit-on pas de prendre
un métal crû, parce que
ses esprits y sont en plus grande
abondance, & qu'ils n'y sont pas
si fortement attachés qu'à celui
qui a souffert la fusion ?

Aristipe.

Je conviens que l'on nous recommande
les métaux sortants de
la minière, parce que leurs parties
essentielles ne sont pas si fortement
attachées aux accidentelles;
mais il faudrait toujours
se servir des mêmes moyens qu'il
a été dit pour leur préparation.
Quand aux esprits que vous
prétendez y abonder, ils ne sont
qu'une eau élémentaire, sulfureuse,
& superflue qu'on non
Niij

@

24 Traité du Sel

me vinaigre minéral, qui ne sert
de rien à la véritable composition
du mixte, laquelle il faudrait
toujours séparer par le feu,
comme inutile à notre dessein.
Il n'en est pas de même de la
composition des métaux, que de
celle des végétaux, & des animaux,
qui se consument en peu
de temps par le feu, de sorte qu'il
n'en demeure que de la cendre,
& un peu de sel: les métaux
au contraire en sont purifiés,
& perfectionnés, pour les usages
auxquels nous les destinons
ordinairement, parce que leurs
principes sont si bien liés ensemble,
qu'ils sont presque inséparables;
ce que nous expérimentons
par la continuation du feu,
lorsqu'ils s'exhalent ou qu'ils demeurent,
selon leur perfection
ou imperfection, leur volatilité
ou fixité. Ce qui nous fait voir

@

des Philosophes. 25

qu'un métal ne se détruit pas si
aisément par le feu qu'on se l'imagine.
Mais supposons qu'ils en
perdissent une partie de leurs
principes essentiels, notre feu
secret, ou notre eau réincrudante
par laquelle il faut de nécessité
que passent les métaux
crûs ou fondus, est capable de
leur rendre ce qu'ils auraient
perdu.

Timagene.

Je vous prie de m'expliquer
ce que vous entendez par ces
termes de principes essentiels &
principes accidentels, je crois
leur connaissance très-nécessaire
à notre art.

Aristipe.

Elle est si nécessaire, que si
on ne les entend bien, il est difficile
d'y faire quelque progrès.
Niiij

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26 Traité du Sel

Comme cette matière n'a été
qu'ébauchée par d'autres, j'en
donnerai ici une explication aussi
étendue qu'on peut la désirer.
Et pour commencer, je dirais après
Becker qui en a parlé le plus
clairement, que tous les corps
simples de la nature sont composés
de principes de substance
qui sont doubles, les uns sont
essentiels, les autre sont accidentels.
Les essentiels sont ceux
sans lesquels le corps ne peut être
un véritable mixte, ni un
corps parfait. Les accidentels
sont ceux qui entrent dans le
mélange, ou pour nourrir, ou
pour augmenter le corps. Je ferai
abstraction des deux règnes
animal & végétal, pour ne parler
que du règne minéral, parce
que ce Traité serait trop gros
contre mon intention, je ne
parlerai de ces deux règnes qu'en
passant.

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des Philosophes. 27

Il y a deux principes essentiels,
savoir le soufre, & le sel; &
deux principes accidentels, qui
sont la terre & le flegme. Parlons
des principes accidentels,
ensuite nous parlerons des essentiels.

La terre se prend pour la base,
& le fondement de la matrice,
& l'eau pour la nourriture; ces
deux se mêlent dans tous les
composés, & par l'art on les en
retire: delà tous les corps ont
des terrestréïtés, & des superfluités,
si on les en sépare, les seuls
principes essentiels demeurent ,
c'est ce que l'on appelle essence.
Il faut savoir que pour la génération
actuelle, les principes accidentels
sont nécessaires pour
donner à la semence une matrice,
& une nourriture, & pour être
un milieu pour faire l'union par
lequel les principes essentiels se

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28 Traité du Sel

joignent, & s'incorporent aux accidentels,
dont ils reçoivent l'accroissement
& la corporeïté.
Les principes essentiels de substance,
qui sont le soufre & le sel,
sont les principales parties des
mixtes, dont le soufre tient le
premier rang, auquel les Chimistes
ont donné plusieurs noms,
tantôt ils l'appellent le Roi, le
Mâle, le Lion, le Crapaud, le
Feu de nature, le Soleil des
corps, le Lut de sapience, le Fumier
des Philosophes, le Mercure
rouge. Lesquels noms marquent
la fixité & la conglutination.
On attribue au soufre la
forme, la fixité, le sperme, l'âme,
la couleur, & la cause de
toute l'adhérence.
L'autre principe de substance
est le sel, par le sel je n'entends
pas le sel commun, ou le sel des
corps, le salé, acide ou amer,

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des Philosophes. 29

ou qui pique & brûle la langue,
cette faveur vient du soufre par
son mélange, dont il faut faire
abstraction comme de la forme:
lorsqu'ici je considère le sel comme
matière, les sels communs
sont faits eux-mêmes de sel, &
de soufre, de matière & de forme;
en cet état il ne faut pas les
regarder comme principes, mais
comme mixtes.
Les Philosophes ont appelé
la matière, sel, parce que séparée
de la forme, elle paraît souvent
sous la forme accidentelle
comme de la glace, ou du sel;
ou bien parce que le sel se résout
facilement en eau, ou
parce que l'on croit qu'il n'est
que de l'eau congelée.
On attribue à cette matière
la capacité à recevoir la forme
du soufre, ce qui est cause qu'on
l'appelle matière, humide, radicale,

@

30 Traité du Sel

menstrue, corps en puissance
capable de toutes les formes;
outre cela, on lui donne plusieurs
noms hiéroglyphiques, comme
la Reine, la femme, l'aigle,
le serpent,l'eau céleste, la clef,
le mercure des Philosophes,
l'eau de vie & de mort, la cire
où le sceau d'hermès est imprimé,
l'eau glaciale, la pluie Philosophique,
la fontaine, le bain
des corps, le vinaigre très aigre,
le savon, &c. Lesquels noms
seraient trop long à expliquer.

Timagene.

Pourquoi ne dites vous rien
du mercure, n'est-il pas un principe
de substance dont les Philosophes
ont toujours fait mention.

Aristipe.

Le mercure est un principe de

@

des Philosophes. 31

qualité, & non de substance, c'est
lui qui fait l'union du sel, & du
soufre, de la matière, & de la
forme, comme nous le voyons à
la fabrique du savon, où l'eau
sert de lien entre les sels, & les
graisses, pour en former un corps.
Le mercure est dit principe de
qualité, parce qu'il emporte toujours
avec soi les qualités salines,
& sulfureuses des principes
de substance, c'est par cette
union qu'un principe n'est jamais
sans l'autre, delà vient que
quelques Philosophes n'établissent
pour principes, que le soufre
& le mercure, d'autres le mercure,
le soufre, & le sel. Car B.
Valentin dit, il y en a un, il y
en a deux, il y en a trois, ce
qui cause une étrange confusion.

Timagene.

Cela est clair après l'explication

@

32 Traité du Sel

que vous venez d'en donner,
je comprends à présent qu'il
ne faut se mettre en peine que
du sel principe, pour posséder les
deux autres; dites-moi, je vous
prie, ce que contient le sel commun,
que l'on croit l'origine de
tous les autres sels, ne tiendrait
il pas du sel principe ?

Aristipe.

Le sel commun est celui qu'on
doit le moins appeler un pur
& séparé principe, il renferme
trois oléosités, & autant d'acquosités,
comme l'analyse le fait
voir: quand même il serait un
pur principe, il ne serait pas immédiatement
un principe métallique,
& par conséquent il ne
nous servirais de rien.

Timagene.

Dites-moi, je vous prie, d'où

@

des Philosophes. 33

vient son origine ? il me semble
que ceux qui en ont écrit, ne
s'accordent pas entr'eux; les
uns prétendent que la mer en est
la source, les autres la terre,
& les autres les astres.

Aristipe.

Il n'est pas aisé de concilier
ces différents sentiments, quant
à moi, j'inclinerais volontiers à
ce qu'en dit B. Valentin; savoir,
que le sel a plusieurs matrices
dans la terre, comme les
minéraux, lesquels attirent continuellement
les influences astrales
qui s'y corporifient. Car il est
constant que les astres sont la
vraie source, & la première origine
du sel: si cela n'était pas,
les mines dépériraient tous les
jours & prendrait fin. Le contraire
se voit dans celles de Catalogne,
& d'autres endroits, qui

@

34 Traité du Sel

se conserve presque dans le
même état, quoi qu'on en enlève
beaucoup; & ce sel lavé, &
emporté par les eaux, ne pourrait
pas toujours durer, s'il n'était
réparé continuellement. Il
ne servirait de rien d'objecter
que la quantité en est trop grande
pour se dissiper entièrement,
car il y a long-temps que ces lotions
continuent. Il est vrai qu'il
s'en fait une volatilisation continuelle
par l'entrechoppement
des vagues de la mer, & par l'attraction
du soleil, & qu'étant
répandu dans l'air, & chauffé par
les vents avec les nues, retombe
sur les terres, ce qui les rend
fertiles en beaucoup d'endroits,
ayant changé de nature: ce sel
volatilisé peut même y trouver
des matrices dans lesquelles il
s'amasse, s'y fixe, & y forme de
nouvelles mines de sel, lesquelles
les

@

des Philosophes. 35

sont ensuite entraînées par
les eaux de la mer, les fontaines,
ou dans les lacs; & de
cette manière on doit concevoir
qu'il s'en fait une perpétuelle
circulation depuis la création du
monde. Mais il ne faut pas s'imaginer,
comme quelques uns,
que ce sel retombe sur la surface
de la terre, sous la même forme,
& dans le même état, auquel il
s'était trouvé au moment de sa
volatilisation, il s'en faut bien,
car il faut savoir, que ce grand
fluide que les Philosophes appellent
la mer du monde, a autant
de capacité pour spiritualiser, &
universaliser les choses, que la
terre en a pour les spécifier.
Si l'on expose à l'air la tête
morte, ou les fèces du sel commun,
après qu'on en a tiré tous
les esprits par la distillation, au
bout d'un certain temps, l'on
O

@

36 Traité du Sel

trouvera dans ces fèces d'autre
sel semblable au premier; il en
est de même après la distillation
de tous les autres sels, dont la
tête morte sert de matrice pour
attirer un même sel que celui
qu'elle avait perdu par le feu,
ce qui n'arriverait pas si l'air n'était
le magasin universel de l'essence
des êtres, laquelle se détermine
selon la nature de la matrice
dans laquelle elle se répand.

Timagene.

Vous me faites souvenir d'un
mémoire qui m'est tombé depuis
peu entre les mains au sujet
du salpêtre; celui qui en est
l'auteur n'est certainement pas
de votre sentiment touchant l'universalité
des êtres. Il prétend
prouver que le nitre tire sa principale
origine des végétaux; & des

@

des Philosophes. 37

animaux, & que l'air ne sert
tout au plus à sa production, que
par le seul office de dessécher
une humidité superflue pour le
faire paraître: & pour prouver
son système, il rapporte quelques
expériences, entre autres,
qu'une pierre nitreuse exposée au
grand air, en avait été dénitrée,
au lieu d'acquérir de nouveau
salpêtre, & que le sel de tartre
long-temps exposé à l'air comme
alcali, n'avait souffert aucun changement
par l'acide aérien; & il
conclût après un long raisonnement,
qu'il n'y a de salpêtre à
espérer, que celui des végétaux
& des animaux. Vous jugez bien
que cette opinion est d'une très
dangereuse conséquence, pour
l'universalité, & la spécification
des êtres que vous soutenez.

Oij

@

38 Traité du Sel

Aristipe.

Je n'entreprendrais pas de répondre
à ce paradoxe, si je ne
me trouvais au nombre des choses
qui ne subsistent, que par la
nourriture qu'elles reçoivent de
l'esprit bien faisant de l'air: car
non solo pane vivit homo, sed cibo
nectareo caelesti lumine impregnato.
Ce qui se dit de l'homme,
doit se rapporter à toutes les
choses créées, qui ne sont entretenues
que par cette viande céleste,
chacune selon sa nature;
quelle est donc cette viande, si
ce n'est cette essence invisible qui
se spécifie selon les matières qui la
reçoivent ? Mais s'il faut que je
m'explique par les termes d'acide,
& d'alcali, ces matières ne
sont elles pas alcalines par rapport
à l'acide de l'air ? On m'avouera
qu'il y a plusieurs sortes

@

des Philosophes. 39

d'alcali, comme il y a plusieurs
sortes d'acides, comme il
a été dit d'ailleurs, dont les uns
sont faibles, les autres forts, &
les autres très forts: la nature
dont l'action est très-douce, ne se
sert vrai-semblablement que des
premiers pour la construction des
mixtes; mais ces acides quoique
faibles, étant la cause de leur
production, la sont encore de
leur corruption, ce qui fait qu'ils
dépérissent après un certain
temps: autant parce que cet acide
qui est en eux un ferment de
corruption, ne cessant point d'agir,
prend à la fin le dessus, que
parce que celui de l'air qui agit
aussi de son côté sans relâche,
excite ce ferment pour passer
d'une génération en une autre,
car la nature n'est jamais oisive.
Aussi voit-on que les choses que
l'on veut conserver doivent être

@

40 Traité du Sel

préservées de l'air en les enfermant
avec soin, ou en bouchant
leurs pores avec des esprits sulfureux,
des graisses, ou des sels.
Il est certain que la corruption
exerce son empire avec bien
plus de force sur les animaux, &
les végétaux, lorsqu'ils sont privés
de leur vie végétive, ou sensitive,
que sur les choses minérales:
comme ils ont reçu leur
être du nitre de l'air, ils peuvent
être changés aisément en salpêtre
s'ils ne sont exposés long-temps
au grand air; en ce cas, le nitre
de ces mixtes n'aspirant qu'à retourner
au lieu de sa naissance
se dissiperait entièrement, comme
il est arrivé à la pierre nitreuse
exposée au grand air, de
la même façon que le fort emporte
le faible, le savon l'huile,
& que l'eau salée dessale le poisson
bien mieux que ne fait celle

@

des Philosophes. 41

qui ne l'est pas.
Par le même principe, le sel
de tartre qui est placé au nombre
des alcalis violents par l'action
du feu, ayant reçu son être du
même nitre aérien doit se changer
en nitre comme les autres
substances végétales, lorsqu'on
en voudrait reconnaître la vérité
sans préoccupation; on en sera
pleinement convaincu, quand ce
sel fixe onctueux sera désuni au
moyen d'une quantité convenable
de terre bien dessalée, & exposée
dans un lieu tempéré.
Qui peut ignorer les changements
de l'alcali, en acide, qui se
font continuellement par la seule
action de l'air ? Les cendres que
l'on jette sur la terre en certains
endroits, ne l'engraissent-elles
pas par leur sel ? les herbes que
cette terre produit, ne marquent
elles pas par leurs formes allongées

@

42 Traité du Sel

la figure & le caractère du
nitre auquel ce sel avait été changé,
pour s'insinuer dans leurs fibres ?
Et les pierres calcinées ne
sont-ce pas des alcali qui prennent
aisément la nature des acides ?
Le sel de tartre même,
dont j'ai parlé, si ce n'était sa
consistance onctueuse, se changerait
bientôt en salpêtre; puisque
nous voyons au bout d'un
certain temps, que quoique ce
sel soit bouché quand on le veut
garder, il en prend la figure, &
les aiguilles en la partie supérieure
du vaisseau, ou dans l'inférieure,
si la consistance est liquide.
Je pourrais alléguer d'autres
exemples de cette vérité,
s'il en était nécessaire, je me
contenterai pour finir ce discours
de rapporter une expérience que
j'ai faite, qui doit nous confirmer
incontestablement que l'air
est

@

des Philosophes. 43

est rempli des êtres spirituels &
séminaux des trois règnes.
Au mois de mars de l'année
1697. j'avais exposé une grande
jatte de bois toute neuve sur la
muraille d'une cour de neuf ou
dix pieds d'élevation, à la pluie
& au soleil; je la laissai en cet
état pendant deux ans: ce temps
expiré, je vis qu'il s'y était amassé
un limon d'un bon pouce
d'épaisseur; quelques jours après
cette terre produisit des herbettes
sans aucune semence visible,
& trois petits limaçons
à coquille de la grosseur d'un
petit pois: je ne doute pas que je
n'y eusse trouvé davantage, si
je me fusse servi d'un microscope,
puisque deux mois après,
c'était au commencement de
Mai 1699. j'y en trouvai sept,
qui étaient aussi gros que des avelines.
J'arrachais mes herbes
P

@

44 Traité du Sel

qui étaient crues à proportion,
& je lavais la terre dans de l'eau,
qui me laissa plusieurs petites
pierres grisâtres & unies, de la
grosseur du millet. Cette expérience
a servi à me confirmer
que les choses visibles sont produites
& entretenues par les invisibles;
& que si les mixtes n'étaient
animés par l'esprit de l'air,
il ne se ferait point de génération.

Timagene.

Quoique cette expérience soit
probable, on pourrait cependant
vous objecter que cette génération
abrégé des trois règnes
serait l'effet des vapeurs terrestres,
lesquelles s'étant amassées
dans votre vaisseau auraient pu
causer cette production: mais il
paraît plus judicieux d'attribuer
les semences spirituelles au grand

@

des Philosophes. 45

fluide de l'air; qu'à la terre qui
en est elle-même animée. Car il
est certain que les éléments inférieurs
tirent leur perfection des
supérieurs par la concordance &
la relation que le Créateur a établies
entre eux. Il faut avouer
que j'aurais eu bien du plaisir à
considérer votre petite terre avec
ses mixtes, & que cette expérience
est capable de causer bien
des réflexions.
Je vous prie de me dire comment
les vitriols, & les aluns,
sont produits dans la terre.

Aristipe.

Les vitriols, les aluns, & les
autres sels qui se trouvent dans
la terre, sont formés d'une eau
acide de la nature du sel gemme,
laquelle a pris différentes qualités
suivant l'impression qu'elle
a reçue des terres qu'elle a rencontrées
Pij

@

46 Traité du Sel

en son passage; ce qui
prouve cette opinion, c'est que
tous les sels étant bien purifiés,
nous représente la figure cubique
du sel commun, sans en
excepter le salpêtre dans sa partie
la plus fixe.

Timagene.

Puisque les vitriols prennent
des qualités différentes selon la
rencontre & la dissolution des
terres minérales, ne devrait-on
pas trouver des vitriols solaires
& lunaires, pourquoi n'en avons
nous que de ceux qui tiennent
de Mars & de Venus ?

Aristipe.

C'est que Mars & Venus sont
d'une plus facile dissolution que
le Soleil & la Lune à cause de l'abondance
de la terre qui entre
dans leur composition, ce qui fait

@

des Philosophes. 47

qu'ils cèdent volontiers à un
dissolvant aussi faible que celui
qui se trouve dans la terre: la
facilité que ces deux métaux ont
à se changer en rouille, en est la
preuve convaincante.
Quoiqu'il ne sorte des entrailles
de la terre que de deux sortes
de vitriols, cela n'empêche
pas que tous les métaux ne puissent
être réduits en vitriols, puisqu'ils
tirent leur origine, comme
il a été dit, d'une eau sulfureuse.
Si cela n'était pas, la Chimie
ordinaire ne pourrait pas les
changer en vitriols que l'on nomme
artificiels, & la Spagirique
même serait fort embarrassée à
faire les vitriols naturels.

Timagene.

Je voudrais que vous me disiez
ce que c'est proprement qu'un
vitriol naturel.
Piij

@

48 Traité du Sel

Aristipe.

Pour vous dire ce que c'est
qu'un vitriol naturel avec toutes
ses circonstances, ce serait une
entreprise d'une trop longue discussion,
& l'on ne pourrait que
répéter ce que d'autres en ont
dit en plus de mille façons différentes;
il suffira de vous dire
simplement qu'un vitriol naturel
est la substance, l'essence, & la
semence des métaux en général,
& en particulier. C'est un être
qui tire son origine directement
des astres: un composé des trois
principes, provenant de la destruction
naturelle des corps, &
un sujet qui a été & sera toujours
l'objet des vrais Philosophes.

Timagene.

Pourquoi donnez vous à ce composé
le nom de sel ou de vitriol,

@

des Philosophes. 49

pourquoi ne lui donnez vous pas
un autre nom ?

Aristipe

C'est que le nom de sel lui
convient à cause de la ressemblance
qu'il a avec d'autre sel
car les choses prennent leur dénomination
de leur substance &
apparence. Par exemple, lorsque
notre sujet a pris la forme d'une
terre blanche & fixe, nous le
nommons soufre blanc; quand
il a pris celle d'un esprit, nous
l'appelons mercure; & quand il
prend d'autres formes, il prend
encore d'autres noms. Je n'en
dirai rien pour le présent, il suffit
d'avoir fait mention de ceux
des trois principes.

Timagene.

Je voudrais savoir si l'on peut
séparer ces trois principes réellement
Piiij

@

50 Traité du Sel

& distinctement, & ce
qu'il faut entendre par la séparation
des éléments recommandée
par les Philosophes.

Aristipe.

La séparation que l'art en peut
faire, ne nous en présente jamais
que deux qui sont le mercure,
& le soufre qui renferment
l'un & l'autre le sel; c'est pourquoi
les Anciens n'ont point fait
mention de ce dernier, n'ayant
parlé que des deux autres qui ne
peuvent être sans le sel, lequel
fait la dissolution du soufre par
le moyen du mercure, pour ne
faire ensemble qu'un corps.
La séparation des éléments est
la même que celle de nos principes;
notre soufre est la terre
qui contient le feu en puissance,
& notre mercure est l'eau qui
contient l'air: lesquels principes

@

des Philosophes. 51

& éléments étant bien unis ensemble,
& ayant acquis les qualités
dominantes du mercure,
sont fait le mercure double,
par le mariage indissoluble du
Ciel avec la terre, du frère avec
la soeur; ce qui ne se pourrait,
sans ce sel central qui ne paraît
ici que par sa puissance & ses
qualités actuelles.
Tant s'en faut que ces principes
puissent se distinguer réellement,
n'y en ayant jamais que
deux qui paraissent, chacun
des deux participant du troisième.
De même chacun en particulier
retient toujours le caractère
des deux autres: car le
mercure tient du soufre & du sel,
le soufre, du mercure & du sel,
& le sel, du mercure & du soufre,
ce qui fait qu'ils sont tous
synonymes comme les éléments.
C'est par ces qualités ineffaçables

@

52 Traité du Sel

que ce triple sujet a été
de tout temps l'admiration des
plus grands Philosophes qui l'ont
regardé comme le principal agent
de la nature, parce que sans lui
il ne se ferait point de génération
ni d'accroissement dans les
mixtes, sans lui ces mêmes mixtes,ne
se conserveraient pas le
temps qui lui est marqué, sans
lui il ne pourrait être régénérés,
& demeureraient éternellement
dans la corruption de
leur nature, & sans lui point de
perfection ni d'amendement dans
leurs infirmités.
O merveilleux & digne objet
des Sages! quelles grâces ne devons
nous pas rendre à Dieu de
permettre que nous te connaissions,
& que nous puissions contempler
tes effets admirables en
tout ce qui se présente à notre
vue ? non seulement tu donne

@

des Philosophes. 53

l'être aux choses de ce bas monde,
c'est toi qui les vivifie,
conserve & perfectionne suivant
l'ordre que tu en a reçu du Créateur.
Si les choses sensibles &
insensibles te sont redevables de
tant de bienfaits, quelle reconnaissance
ne te doit point l'homme
en faveur de qui tu les exécute ?
Heureux mille fois heureux
celui qui te possède exempt
des enveloppes qui te cachent aux
yeux de tout le monde. Celui-là
jouit d'un trésor inestimable,
puisque les choses les plus précieuses
que les hommes prisent
tant pour leur valeur, ne te peuvent
être comparées.

Timagene.

Je suis très persuadé que ce
lui qui est possesseur de ce trésor,
n'a plus rien à désirer en ce monde,
puisqu'il connaît ce qu'il y

@

54 Traité du Sel

a de plus caché dans la nature, &
que par son moyen il peut se procurer
la santé & les autres nécessités
de la vie, sans lesquelles
l'homme ne peut être heureux.
Dites moi, je vous prie, si le
sel se trouve en toutes choses.

Aristipe.

Vous ne devez pas douter qu'il
ne soit dans toutes les choses
de ce monde sublunaire. Dans la
création Dieu tira le sel du cahos
pour servir de base & de fondement
aux deux autres principes,
pour la production & la conservation
des mixtes. Sans le sel,
la forme manquerait de matière,
& le mercure ne s'attacherait à
rien. Les végétaux manqueraient
de solidité & de saveur pour l'usage
& la nourriture des animaux:
ces mêmes animaux seraient sans
vigueur & sans force, les métaux

@

des Philosophes. 55

ne seraient point malléables.
Enfin sans le sel tout tomberait
en corruption, ou plutôt
la nature serait anéantie.
Le savant Sendivogius établit
trois sortes de sels, dont le premier,
dit-il, est un sel central
que l'esprit du monde engendre
sans aucune discontinuation dans
le centre des éléments par les
influences des astres. Le second
est un sel spermatique qui est le
domicile de la semence invisible
de toutes les choses, & le troisième
est la dernière matière de
ces choses qui reste après leur
destruction.
Le premier, est la base, & l'ébauchement
des Principes des
Etres, lequel accompagné du
soufre & du mercure de son espèce,
sont ensemble la source &
l'origine des Principes naturels.
Le second, est celui qui est le

@

56 Traité du Sel

père de la génération & de l'accroissement,
c'est par lui que les
mixtes sont multipliés selon leur
espèce, c'est encore par lui qu'ils
sont conservés. Il est croyable que
ce Sel est de nature plus volatile
que fixe; c'est à ce Sel à qui nous
sommes redevables de notre être;
& c'est lui encore qui est l'objet
de toutes nos recherches pour
la perfection des trois règnes de
la nature.
Le troisième enfin, est un Sel
grossier de la nature du nitre, ou
du vitriol, selon la façon dont
les mixtes auront été détruits.
Si les végétaux & le animaux dépérissent
naturellement, leur Sel
sera nitreux; si c'est par la violence
du feu, il sera fixe & sulfureux.
Les minéraux produisent du vitriol
de quelle façon qu'ils prennent
fin. Ces trois Sels n'étant
point altérés n'en font qu'un que

@

des Philosophes. 57

nous nommons Sel essentiel.

Timagene.

Peut-on tirer ce Sel essentiel
de tous les règnes ?

Aristipe.

On peut le tirer des végétaux &
des minéraux sous une forme coagulée
presque semblable au salpêtre,
& non des animaux, à cause
de la volatilité, & de la pénétration
de leur substance. (On en
peut tirer du salpêtre, mais ce
Sel n'est aucunement leur Sel essentiel.)
Celui des végétaux se
tire aisément par le broiement, &
l'expression de leur suc; celui
des métaux & minéraux se fait
voir difficilement. Il faut pour
cela être éclairé de la belle Philosophie,
& se servir d'un moyen
impénétrable à qui ne le sait pas.

@

58 Traité du Sel

Timagene.

Je souhaiterais que vous me
disiez les qualités que possède ce
Sel essentiel métallique, je ne
doute pas qu'il ne soit doué de
beaucoup de vertus pour la médecine
humaine, & même pour
celle des métaux.

Aristipe.

Vous pouvez bien vous imaginer
qu'il est capable de faire quelque
impression sur les sujets de
son règne, & que comme une
substance pure, il doit se joindre
par homogénéité à celle des métaux
parfaits & imparfaits, son
mercure s'unissant à leur mercure,
son soufre à leur soufre, &
son sel à leur sel, comme le dit
la Doctrine des Anciens : Mais
mon dessein n'est pas de traiter
ici de cette matière, me réservant
vant

@

des Philosophes. 59

d'en parler dans un autre
endroit.
Pour ce qui concerne la Médecine,
si l'on en prend cinq ou
six grains avec le bouillon, le vin
blanc, l'eau, les infusions de Thé,
& les vulnéraires, ou, autres véhicules,
ses effets ordinaires sont
de lever toutes les obstructions
des viscères, lesquelles sont la
source de quantité de maladies,
parce qu'elles empêchent la libre
circulation du sang, & par une suite
nécessaire, sa purgation, ce qui
cause dans nos corps un désordre
infaillible, lequel se fait connaître
par les fièvres, le mal caduc,
les érysipèles, la paralysie, l'enflure,
& la dureté du foie & de la
rate, la cachexie, la faiblesse
d'estomac, la colique, l'inflammation
du poumon, la galle, la
grattelle, les dartres, & plusieurs
autres incommodités, sans omettre
Q

@

60 Traité du Sel

les hydropisies, la jaunisse,
les pâles couleurs, & les rétentions
des mois, & de l'urine, maladies
qui proviennent, comme
les précédentes, des obstructions,
& de l'impureté de la masse du
sang.
Ce Sel en évacuant les humeurs
épaisses & visqueuses, & les chassant
par les urines, est un admirable
spécifique, parce que sa
principale vertu est d'attaquer
toutes les obstructions, & les
ayant ouvertes, de décharger peu
à peu la nature de l'insulte de ses
ennemis.
Voilà, Monsieur, ce que l'on
peut dire de plus essentiel au sujet
du Sel, ceux qui le connaîtront
bien à fond, n'ignoreront
pas les deux autres Principes;
c'est pour vous en donner la connaissance,
que j'ai étendu un peu
la matière, je souhaite que vous

@

des Philosophes. 61

en fassiez votre profit: mais souvenez-vous
que le Sel naturel
renferme les deux autres Principes
dans son centre, qu'il dissout
le soufre par le moyen du
mercure, qu'il en est échauffé &
rendu fécond, & que le mercure
les volatilise tous les deux. Il est
est temps de finir ce Dialogue: celui
qui suit fera voir ce que c'est
qu'une vraie Quintessence, & plusieurs
autres choses qui serviront
de supplément à ce qui a été omis
dans celui-ci.

Timagene.

Que je vous suis obligé, Monsieur,
de m'avoir expliqué aussi
nettement, que vous avez fait des
points si nécessaires à ceux qui
aspirent à la connaissance de nôtre
Philosophie; la façon dont vous
traitez la matière ne laisse point de
doute, parce que vous faites comprendre
Qij

@

62 Traité du Sel

aux autres ce que vous
comprenez vous-même, bien différent
de ceux qui affectent les
termes obscurs des Anciens qu'ils
ne comprennent pas eux-mêmes,
que les ignorants trouvent beaux
néanmoins par une prévention
qui leur est ordinaire pour tout
ce qu'ils n'entendent pas.
Vous m'avez fait connaître
comment il faut se comporter
avec ceux qui nient ou qui approuvent
la réalité de nôtre Art,
qu'il ne faut pas s'attacher aussi
scrupuleusement que l'on fait à la
recherche du sujet qui cache la
matière des Sages, qu'il faut savoir
ce que l'on cherche, pour
ne pas aller chercher loin ce que
l'on trouve par tout; c'est à quoi
sert la connaissance des Principes
naturels cachez sous la figure
du Sel dont vous m'avez expliqué
les qualités par une méthode

@

des Philosophes. 63

aussi simple que je pouvais
le désirer pour mon instruction.
Je ferai tous mes efforts pour le
connaître par la pratique, après
l'avoir conçu par le théorie; car
sans le travail nous manquons de
moyens pour parvenir à la perfection
de notre Art, comme sans
le Sel la nature en manquerait,
pour parvenir à la fabrique de
ses productions.

---------------------------------

Comme cette Pratique est trèsdifficile
à comprendre, & que les
Livres ne l'on jamais expliquée
que par des énigmes impénétrables,
surtout pour ce qui concerne
l'extraction de ce Sel merveilleux,
il y en aurait très-peu
de ceux qui prendrons part à ce
Dialogue, qui en puisse deviner
le quomodo si j'en demeurais-là.
Les matériaux sont inutiles entre

@

64 Traité du Sel

les mains des artisans, lors
qu'ils n'ont pas les instruments nécessaires
pour les mettre en oeuvre.
J'ai montré la matière, je
vais encore déclarer comme on
doit la tirer de ses embarras pour
l'utilité publique, & la satisfaction
des Curieux amateurs de la
vérité; ce que je ferai avec la
même ingénuité que celle qui a
paru dans le contenu de ce Livre,
& de la manière que je l'ay
pratiquée sur quelques Métaux.

Comme il faut extraire le Sel fixe
& essentiel des métaux
imparfaits.

Vous aurez une terrine de grès,
dans laquelle vous mettrez une
livre de limaille d'acier, de vert
de gris en poudre, ou de Jupiter
calciné, sur lequel vous verserez
un menstrue composé de
vinaigre distillé & d'esprit volatil

@

des Philosophes. 65

de Venus, partie égale,
qui surnage la matière de deux
travers de doigts, ayant soin de
bien remuer le tout avec une
cuillère du même métal que celui
que vous employez; couvrez
ensuite votre terrine avec une
autre terrine plus petite, laquelle
entrera dans la grande, en sorte
que rien ne puisse exhaler. Exposez-la
dans un lieu tempéré,
ni trop chaud ni trop froid, pour
laisser agir le menstrue du matin
au soir, et du soir au matin; découvrez
votre terrine, & s'il s'est
élevé de l'écume au dessus de la
liqueur, ôtez-la avec la cuillère,
& la mettez à part, remuer la
matière, puis couvrez-la, & vous
réitérerez la même chose tous
les jours deux fois, jusqu'à ce
que votre menstrue soit bien coloré
en rouge, en bleu, ou en
jaune suivant la nature de votre

@

66 Traité du Sel

métal. Alors vous verserez par
inclination votre menstrue teint
dans un ou plusieurs filtres de
papier gris sans gomme, y ajoutant
la liqueur provenant des
écumes que vous aurez ramassées.
Versez ensuite de nouveau menstrue
sur la matière, & opérez
de la même façon que vous avez
fait ci-devant, filtrez encore, &
recommencez jusques à ce que
vous ayez une suffisante quantité
de teinture.
Mettez votre liqueur teinte
dans une cucurbite de verre, &
distillez aux cendres jusqu'à sec,
la distillation étant finie, délutez
& cohobez la liqueur distillée
sur les fèces, luttez & distillez,
ce que vous réitérerez sept
fois en tous, & faites en sorte
que vos distillations finissent le
soir pour recommencer le lendemain,
afin d'éviter la fracture
de

@

des Philosophes. 67

de la cucurbite, que l'on ne doit
jamais toucher qu'elle ne soit
bien refroidie.
Prenez la tête morte qui sera
restée au fond de la cucurbite,
broyez-la bien sur le marbre en
poudre impalpable, ou bien en
l'imbibant avec son menstrue;
ensuite mettez le tout, eau &
terre, dans une cornue de verre
dont la partie inférieure soit lutée,
& lui ayant adapté un demi
ballon, distillez au sable, petit
feu au commencement, en
l'augmentant par degrés jusqu'à
ce qu'il ne distille plus rien; mais
sur tout vous devrez prendre garde
aux gonflements de la matière,
laquelle se dégorgeant dans le
ballon, vous obligerait à recommencer
la distillation, ce que
l'on peut prévenir avec des linges
mouillés que l'on appliquera
au dessus de la cornue lorsque
R

@

68 Traité du Sel

l'on verra la matière se gonfler;
que s'il en était passé un peu, il
ne faudrait que rectifier la liqueur
distillée dans une cucurbite
de verre.
Vous prendrez votre eau rectifiée
que vous peserez, & y
joindrez la dixième partie de la
teste morte que vous trouverez
dans la cornue, laquelle vous
broierez exactement sur le
marbre en l'imbibant de son
eau; après quoi vous mettrez
le tout dans une cucurbite
de verre que vous couvrirez
d'une autre plus petite cucurbite
laquelle servira de rencontre,
que vous lutterez bien
avec des bandes de vessies imbues
de blancs d'oeufs battus, lesquelles
étant bien séchées, vous placerez
votre vaisseau dans un bain
marie que vous entretiendrez
tiède au moyen de quelque lampe

@

des Philosophes. 69

ou autrement, pendant quatrevingt-dix-jours
sans interruption.
On entretiendra aussi l'eau pendant
tout ce temps à la hauteur du
menstrue avec une bouteille renversée,
que l'on aura soin de
remplir quand elle sera vide.
Je me sers d'une armoire dans
laquelle mon bain est placé, &
où je fais mes digestions avec
facilité.
Quand les trois mois sont expirés,
il faut éteindre le feu, &
laisser refroidir la cucurbite que
vous déluterez pour lui adapter
son chapiteau & pour distiller
tout le menstrue aux cendres;
alors vous verrez paraître votre
Sel sur la superficie de ses fèces.
Rendez lui la moitié de son eau
distillée, & gardé l'autre moitié
dans une bouteille bien bouchée
pour vous en servir dans la suite
à achever la séparation du Sel
Rij

@

70 Traité du Sel

restant dans sa terre.
Couvrez votre cucurbite de
sa rencontre, & luttez comme
vous avez fait ci-devant, faites
digérer dans le même bain marie
pendant dix jours, lesquels
étant expirés, délutez votre
vaisseau, & versez la liqueur
qu'il contient dans un filtre pour
la séparer de sa terre, puis jetez
sur cette terre l'autre moitié de
son eau distillée, couvrez votre
vaisseau & faites encore digérer
pendant autres dix jours: délutez
ensuite, & faites passer cette
eau par le filtre pour la joindre avec
l'autre, lesquelles eaux étant
distillées dans une cucurbite de
verre aux cendres jusqu'à siccité,
vous trouverez au fonds de votre
cucurbite votre Sel qu'il faudra
purifier comme il va être dit.
Comme la terre contient encore
un peu de Sel, il faudra la

@

des Philosophes. 71

laver avec le menstrue que vous
venez de distiller, lequel étant
filtré, vous l'en ôterez par la distillation,
& vous joindrez ce
Sel avec l'autre.
Ayant mis votre Sel dans une
cucurbite de verre bien nette,
vous y verserez de l'eau de pluie
distillée autant qu'il en faudra
pour le dissoudre, faites évaporer
cette eau aux cendres, verser-y
en de nouvelle que vous ferez
encore évaporer & distiller, &
recommencez jusqu'à ce que les
gouttes n'aient plus le goût ni
l'odeur du dissolvant; cela étant
fait, versez y encore de nouvelle
eau de pluie, & votre Sel étant
fondu, faites-le filtrer pour le
séparer de quelques fèces, après
quoi faites évaporer, & votre
Sel restera pur.
Mais pour l'avoir encore plus
pur & le clarifier, vous le ferez
Riij

@

72 Traité du Sel

dissoudre dans de l'eau de vie
rectifiée, puis distillez au bain
marie jusqu'à siccité; votre Sel
sera parfait pour l'usage de la
Médecine.
Nota. Le menstrue qui a servi
à cette opération doit être
bien gardé, parce qu'au lieu d'avoir
perdu de sa vertu, il en est
rendu meilleur par l'impression
du Sel dont il est aiguisé.
La terre restante laquelle est
effectivement morte, peut être
gardée comme un des meilleurs
astringents pour les plaies.
Que l'on ne soit pas surpris
de la longueur d'une opération
qui ne peut être achevée qu'en
quatre à cinq mois: ce temps
est court en comparaison de deux
années entières que j'y ai employées
la première fois que je
l'ay faite, n'ayant pas eu le même
avantage que celui que je

@

des Philosophes. 73

présente aux autres.
Nota. Je sais qu'il y a une voie
plus courte, & plus aisée pour extraire,
& purifier nos Principes,
laquelle est connue des Savants;
si je n'en parle pas ici, c'est qu'il
est juste que chacun jouisse seul
d'un bien qu'il s'est acquis souvent
avec bien de la peine.

F I N.

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