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Page

Réfer. : 0423A .
Auteur : Duchesne, Joseph.
Titre : Traicté familier de l'exacte preparation Spagyriqve.
S/titre : des Medicamens, pris d'entre les Mineraux, Animaux
& vegetaux..

Editeur : Charles Morel. Paris.
Date éd. : 1630 .

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Note :
-------

Une anomalie se trouve dans l'édition imprimée a la
page 96, qui est suivie par les page 89, 90, 91 et suivantes,
jusqu'à la fin du document.

Le Traducteur.

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T R A I C T E
FAMILIER DE L'EXACTE
PREPARATION SPAGYRIQUE
des Medicamens, pris d'entre les Mineraux,
Animaux & Vegetaux.

A V E C

Vne breue response au liuret de Iacques Aubert, touchant
la generation & les causes des metaux.

Par Ioseph dv Chesne, Sieur de la violette,
Conseiller & Medecin du Roy.

pict

A P A R I S
Chez Charles Morel, Imprimeur ordinaire
du Roy, rue S. Iacques, à la Fontaine.
M. DC. XXX.

Avec priuilege de sa Maiesté.
@
+@

3

pict

M A N I E R E D E
PREPARER SPAGYRIQUEMEMT
LES MINERAUX
& pierres précieuses.

D E L'O R.

Chapitre I.

pict Ous médicaments se prennent
des minéraux, animaux & végétaux.
Le plus tempéré & parfait
d'entre tous les minéraux
est l'or seul, qui étant réduit
en petites & minces feuilles,
se donne (ainsi qu'avons dit ci-dessus) par les
Médecins tant Grecs qu'Arabes, afin de conforter
la nature contre le dévoiement d'estomac,
les maux de coeur, & toutes affections mélancoliques:
C'est pourquoi on le prescrit es Electuaires
de Gemmis & létifiant de Galien, (lequel
toutefois semble à aucuns être faussement
attribué à Galien) en la confection d'Alkermès,
en l'aurea Alexandrina de Nicolas Myreps, en
l'Electuaire analeptique, au Diamargaritum
d'Avicenne & en plusieurs autres remèdes:
Tous lesquels à leur jugement réjouissent le
coeur, domptent la mélancolie & manie, restaurent
A ij

@

4 Préparation Spagyrique

les esprits & forces épuisées produisant
tels effets, même sans aucune préparation.
Or pour le regard des Médecins Chimiques,
ils tirent de l'Or une vraie teinture contre
les mêmes, & beaucoup d'autres maladies
incurables, surtout pour la guérison des ulcères
chancreux & profonds: Et font ainsi un remède
salutaire, qui peut facilement être
transporté par les veines mesaraïques au foie,
puis au coeur, voire en toutes les parties du
corps, n'étant autrement sinon bien peu profitable,
mais fort nuisible, à cause qu'il ne peut
être vaincu par la chaleur naturelle, ni aussi
brûlé & consommé par aucune ardeur de feu.
Par quoi nous extrairons la vraie teinture d'icelui
en la description suivante.


Teinture d'Or.

La teinture de l'Or est la couleur d'icelui tellement
séparée du corps qu'il demeure tout
blanc: Or elle se fait en le préparant avec Antimoine,
comme on a accoutumé, & le mortifiant
derechef avec eau très forte & sang
d'hydre, afin qu'au four de réverbère il devienne
un corps léger, spongieux & irréductible,
lequel on réverbère encore tant qu'il soit teint
en couleur de pourpre. D'icelui enclos hermétiquement
dans un matras avec esprit de corneole
qui le surpasse de quatre doigts & digéré
au bain l'espace d'un mois, on sépare une
couleur qu'on mêle parmi l'esprit: & l'ayant
séparée conformément à l'art, il reste au fond

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des Médicaments. 5

une belle liqueur qu'on doit en après circuler
jusqu'à ce qu'elle soit fixée. On mêle une
dragme de cette teinture avec une once de
bonne eau thériacale, afin d'en prendre le matin
à jeun la quantité d'un scrupule, ce qu'il
faut continuer à faire par l'espace de dix jours:
ce médicament est diaphorétique, évacuant par
sueurs les humeurs superflues & malignes de
tout le corps.
Le corps blanc de l'Or, qui est vraie Lune
fixe (après que la teinture en a été extraite
comme ci-devant) se réduit dans peu de jours
en Mercure par le Spagyrique expert, avec
ses ressuscitatifs & saumure douce acide,
préparée selon l'art par digestions & exaltations:
L'ayant mis dans un vaisseau convenable
on le précipite seul dans le four d'Atanor
à chaleur lente: par quoi il se réduit en
poudre rouge, dont on fait prendre quatre
grains avec vin ou eau thériacale, pour guérir
l'hydropisie & la grosse vérole, par sueurs tant
seulement.
Si vous épandez ce Mercure d'Or sur proportion
convenable de son propre souphre:
& les cuisez philosophiquement, vous ferez
un remède plus excellent que tous autres, pour
guérir la lèpre même: Car il purifie le sang
corrompu, & par sueurs tant seulement, purge
tout le corps de tous excréments, & le fait
aucunement rajeunir.

A iij

@

6 Préparation Spagyrique
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D E L'A R G E N T.

Chap. II.

L'Argent, qui entre les autres métaux
obtient le second degré de perfection, est
aussi tempéré, ensuit aucunement les vertus
de l'Or, & se donne par les Médecins contre
mêmes maladies, principalement contre la
manie, toutes affections mélancoliques, &
pour fortifier le cerveau. Il entre dans les électuaires
de Gemmis, létifiant de Galien, l'Aurea
Alexandrina, & presque en tous les Antidotes
auxquels on mêle l'Or. Il n'est aussi préparé
autrement, mais on le réduit seulement
en petites feuilles & raclures. Quant aux Médecins
Spagyriques, ils tirent dudit Argent
une huile dont on fait prendre deux ou trois
gouttes avec l'eau des fleurs de Bétoine, Sauge
& Mélisse contre le mal caduc, & toutes
maladies du cerveau, ainsi que nous avons
dit. Or ils le préparent en cette manière.
Icelui étant fulminé, ils le calcinent par quatre
fois avec sel métallique de Cristal, tant
qu'il ne puisse plus retourner en corps, ayant
dulcifié la poudre ils la réverbèrent, & en
tirent le propre Sel dans le bain-Marie avec
le dissolvant que nous appelons Céleste, &
avec esprit de Vin, le tout est circulé dans un
pélican par l'espace de quinze jours, jusqu'à
parfaite graduation. Le dissolvant séparé au

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des Médicaments. 7

bain, il reste au fond une huile fixe d'Argent,
laquelle est un très bon remède aux
usages susdits.

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D U F E R.

Chap. III.

L Es Anciens se servaient du Fer, & principalement
d'écume d'Acier, pour dessécher
& resserrer. Aegineta & Aërius ont
doctement écrit que l'Acier éteint plusieurs
fois en eau, lui communiquait une vertu
fort dessiccative, & la rendait propre à être
bue contre les maux de rate, & que le Vin
dans lequel il aurait été aussi éteint, subvenait
à ceux qui sont travaillés de colique,
dysenterie, aux bilieux, & aux dévoiements
d'estomac. Le même Aërius dit qu'on faisait
aussi prendre la seule écume d'Acier réduite
en poudre aux lientériques, surtout
aux personnes rustiques & plus robustes.
Lequel genre de remède est aujourd'hui mis
en usage assez fréquent par les Médecins, afin
de guérir la même maladie. Cependant
aucuns d'iceux improuvent* nos remèdes métalliques,
& concluent qu'on les doit rejeter
comme poisons mortels. Néanmoins,
les Médecins Anciens ont pris des métaux
plusieurs médicaments internes comme on
peut voir: Par le moyen desquels, ils remédiaient
aussi à beaucoup de maladies.

A iiij


Note du traducteur :

*improuvent: désapprouver, blâmer.


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8 Préparation Spagyrique

Qui osera donc maintenant condamner
leur préparation légitime & extraction de leurs
essences? Vrai est que le Fer n'est exempt
de qualité mordicante, mais par préparation
Spagyrique il en est dépouillé: A savoir,
d'autant qu'on extrait d'icelui ou réduit en
huile certaine substance fort subtile, laquelle
huile se peut prendre au-dedans, avec plus
grande sûreté & utilité contre lesdites maladies,
attendu que la chaleur naturelle peut
agir en elle, & icelle peut réciproquement
agir au corps. Galien même rend témoignage
de cela au livre 9. de la faculté des
Médicaments simples, chapitre 42. quand il
parle de l'écume d'Airain. Toutes, dit-il,
sont à la vérité fort desséchantes: Mais il y
a différence entre icelles, tant à raison qu'aucunes
dessèchent plus, les autres moins,
qu'à cause que les unes sont de substance
plus crasse, les autres de plus subtile. Il ajoute
puis après. Or toutes écumes sont
fort mordicantes, d'où il appert clairement
que la consistance de leur essence n'est beaucoup
subtile, mais que plutôt elle est crasse.
Car entre les choses qui ont même vertu,
celle qui est subtile est moins mordicante.
Les Spagyriques donc tirent du fer, &
principalement de l'Acier une substance très
subtile, qu'ils subtilisent encore au feu de
réverbère, & en font leur Safran de Fer,
duquel finalement ils composent une huile
qui sert d'un remède fort excellent, & non
corrosif contre la diarrhée, lientérie, dysenterie,

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des Médicaments. 9

flux hépatique, pour conforter l'estomac,
& entre toutes hémorragies internes
& externes, pourvu qu'on la mêle avec conserve
de roses ou de grande consoulde. Or elle
se fait ainsi.
Prenez limaille d'Acier, & la lavez plusieurs
fois avec saumure, puis avec eau douce,
versez enfin dessus autant de vinaigre
qu'il en faudra pour la surnager de quatre
doigts. Le tout soit exposé au Soleil durant
quelques jours, y versant en après du vinaigre
nouveau, afin de subtiliser la limaille:
vous la réverbérerez l'espace d'un jour entier à
vaisseau découvert, jusqu'à ce que par la force
du feu elle soit réduite en poudre très rouge
& fort légère dont pourrez user, ou d'icelle
bien préparée avec son dissolvant très âcre,
ou avec esprit de Vin vous extrairez une essence
pour en composer une huile de laquelle on
fera prendre une seule goutte avec quelque décoction
convenable, ou bien on la mêlera avec
quelque conserve astringente pour les usages
susdits. On prépare aussi du Fer un remède
louable en cette manière. Calcinez la limaille
de Fer à feu violent avec fleurs de Soufre,
tant qu'elle soit devenue rouge, & que toute
la terre puante soit anéantie. Réverbérez-la
par un jour entier, & alors elle paraîtra en
poudre de couleur de pourpre & fort menue,
dont ainsi que dit a été, pourrez user.

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10 Préparation Spagyrique

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D E L'A I R A I N.

Chap. IV.

L Es Médecins emploient l'Airain diversement
préparé es seuls emplâtres & onguents
qu'ils décrivent pour la Chirurgie:
Car l'Airain brûlé, l'écume d'Airain & le
vert-de-gris qu'on appelle, entrent dans l'emplâtre
apostolique de Nicolas Alexandrin,
en l'emplâtre divin de Nicolas Prepositus,
en l'onguent Apostolique d'Avicenne, & au
grand Egyptiaque de Mesué, lesquels sont
tous grandement détersifs, & ce non sans
mordacité, vu qu'ils sont âcres, toutefois
on les prive d'acrimonie par lavements réitérés
avant que les mêler, & en fait-on des
remèdes aucunement épulotiques, & aussi
propres à modifier les ulcères & cicatrices.
Quant aux Médecins Chimiques ils en préparent
d'autres remèdes contre lesdits maux,
pour la cure de tous ulcères phagédéniques,
chroniques, cacoëthiques & pourris, lesquels
sont toutefois beaucoup plus excellents
en tant qu'ils opèrent sans aucune morsure ni
douleur. Faut donc calciner l'Airain à
la manière accoutumée, puis avec saumure
acide dûment préparée en tirer une essence
verte au bain-Marie, tant que le dissolvant
n'ait plus de vertu. Séparez-le au bain, &
faites fondre le résidu qui se convertira en

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des Médicaments. 11

huile aussi verte qu'Emeraude, on la circulera
avec douceur de Vin, pour en séparer
toute l'acrimonie du dissolvant, & vous aurez
un médicament très bon pour guérir lesdits ulcères,
s'il est mêlé avec du beurre.
Aussi de l'Airain calciné & réverbéré comme
un oublie* avec son propre dissolvant vitriolé,
aqueux, tant qu'il surnage dix doigts, on extrait
un vitriol bleu & transparent, si on les
circule ensemble par l'espace de quinze jours
au bain, & pourvu qu'enfin le menstrue
ou dissolvant soit séparé par distillation faite
es cendres. Ce vitriol d'Airain adouci
par lavement convenable, & rubéfié par calcination,
sert à la cure de tous ulcères malins,
pour ôter les durillons si on l'applique
sur iceux par un tuyau qui les couvre. Et pour
abolir toutes superfluités de chair, voire même
le morcelet de chair qui pourrait être au
col de la vessie s'il est mêlé avec quelque emplâtre,
& dûment introduit avec une petite
chandelle de cire. Le Misi, chalcitis, vitriol
commun, sory & tels autres, pourront
bien être ainsi préparés afin de guérir tous
ulcères malins, & nettoyer à puissance les
fistules sans morsure ni douleur: Car ils perdront
par ce moyen leur vertu corrosive &
cathérétique.


Note du traducteur :

*oublie: patisserie mince et ronde?


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12 Préparation Spagyrique

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D U P L O M B.

Chap. V.

G Alien enseigne au 9. des Simples que
le Plomb a faculté de refroidir, & qu'il
convient aux ulcères qu'on appellent chironiens,
aux chancreux & pleins de pourriture, soit
qu'on l'emploie seul, soit qu'on le mêle avec
quelques autres remèdes. Les Médecins en
font ou font faire artificiellement une céruse
& vermillon dont ils se servent aux inflammations
des yeux, quand il est nécessaire de refroidir,
dessécher, repousser & astreindre,
aussi en font-ils leurs collyres avec eaux refroidissantes.
On les introduit en l'onguent
blanc de Rasis, au Cirrin, & Diapompholiges,
comme aussi es emplâtres nommés de leurs
propres noms, à savoir, de Céruse & de Vermillon.
Iceux privés de toute qualité mordicante
dessèchent beaucoup, & les Médecins en usent
pour fermer les cicatrices des ulcères. J'ajouterais
qu'aucuns usent de la seule lame de
Plomb pour dessécher les ulcères. Les autres
emploient le plomb brûlé à cause qu'il est
plus dessiccatif, & plus commode aux ulcères
malins selon Galien: Mais étant préparé en
la manière suivante & meilleure, il devient encore
beaucoup plus excellent aux mêmes
fins, à savoir, pour dessécher & guérir toutes

@

des Médicaments. 13

plaies malignes & ulcères invétérés. Or il
se fait ainsi.
Prenez du Plomb bien calciné, duquel préparé
dûment avec un dissolvant Céleste alcoolisé,
vous tirerez une essence au bain, faisant
cela jusqu'à ce que le Plomb soit dissous, & par
ce moyen purgé de lèpre & de toutes ses impuretés.
Ayant séparé le menstrue par le bain,
vous dissoudrez encore ce qui sera demeuré
au fond du vaisseau en alcool ou esprit de Vin
tartarisé, & circulerez le tout ensemble par
quelques jours, afin d'ôter toute l'acrimonie
du dissolvant: Et ainsi ferez-vous du plomb un
sucre très doux & tempéré, & fort convenable
à notre nature, qui duira* à une infinité de
maladies. Or on le fait fondre en huile, pour
être un remède fort excellent, lequel guérira
soudain toutes sortes d'ulcères malins. Aussi
fait-on d'icelui un baume précieux contre
l'ophtalmie & inflammation des yeux, pourvu
qu'il soit premièrement bien adouci &
préparé. Le même ferez-vous de l'étain (lequel
n'a été, que je sache, mis en usage par
les Anciens Médecins) de l'écume d'Argent,
Tutie, vraie Cadmie, du Spodium & Pompholix,
qui tout se peuvent bien préparer ainsi,
& s'adoucir tellement que sans corrosion
ils ôtent les tâches & aussi les superfluités des
yeux, apaisent les inflammations & grandes
douleurs, guérissent tous ulcères sans aucune
douleur, & les couvrent de cicatrices.


Note du traducteur :

*duira: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


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14 Préparation Spagyrique

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D E L'A R G E N T V I F.


Chap. VI.

A Nciennement les Médecins ont
fait diverses expériences du vif-Argent,
Galien confesse ingénument qu'il ne l'a nullement
éprouvé, soit pris au-dedans, soit
appliqué par-dehors. Paul Aegineta en parle
ainsi an livre 7. Aucuns ont fait prendre en
breuvage l'Argent-vif réduit en cendres par le
feu, & mêlé avec d'autres espèces, à ceux qui
sont travaillés de coliques & Iliaques passions.
Les modernes l'emploient tout cru à faire
mourir les vers des petits enfants, ainsi que
Matthiole rapporte de Brassavole en ses Commentaires
sur Dioscoride livre 5. Or plusieurs
l'ont mis en usage tout cru pour la guérison
de la grosse vérole, & en composent des pilules
qu'ils appellent de Barberousse. Rondeler
homme fort savant, & mon précepteur,
en fait la description en son livre de
la grosse vérole. Mais pour les maux externes,
plusieurs usent du seul précipité préparé
avec eau forte, lequel est fort propre pour
penser les ulcères malins, surtout de la
grosse vérole, & ce sans douleur: pourvu
qu'il soit bien préparé. Mon père (d'heureuse
mémoire) Médecin très fameux en
notre pays, se servait de ce remède pour ôter

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des Médicaments. 15

les petits morceaux de chair qui surviennent
au col de la vessie: après qu'icelui m'eut
montré la façon de le préparer, je l'employais
souvent avec heureux succès à guérir le même
mal, & les ulcères de la vessie. De quoi
a été témoin oculaire Estienne Carteron
Apothicaire, renommé en doctrine & expérience
au Comté d'Armagnac. Ce fut à l'endroit
d'un Gentilhomme, ami de l'un &
l'autre de nous, lequel ayant été l'espace de
trois ans tourmenté d'un ulcère dangereux au
col de la vessie, qui provenait d'une chaude-
pisse mal pansée. Finalement, après l'usage
fréquent du Guajac (ce qu'on appelle faire
diète) & ayant pris & repris, & reçu par
injection quantité de remèdes, le tout suivant
l'ordonnance du très docte Médecin,
Monsieur Isaudon, par le moyen de ce seul
remède introduit avec une petite chandelle
de cire, il fut entièrement guéri dans l'espace
de quinze jours: cela soit dit en passant. Au
surplus, pour revenir au vif Argent, voilà
presque tous les remèdes qui se font d'icelui,
excepté qu'on l'ajoute aussi es onguents.
Plusieurs maladies au demeurant incurables
ont contraint les Médecins à rechercher (même
sans le conseil de Galien) ses propriétés,
dont enfin l'expérience les a rendu certains.
Car la vérité qui consiste en raison, se doit
montrer au sens, & l'expérience ne s'aperçoit
autrement, ce de quoi Galien rend témoignage
au sixième touchant la conservation
de la santé. Avant toutes choses, dit-il,

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16 Préparation Spagyrique

faut avoir égard à ce qu'on doit considérer
selon raison, puis le vérifier par expérience,
afin que la raison soit confirmée par icelle.
Et le même Auteur au 2. du même livre.
La vertu de la raison fait voir celle de l'expérience:
Car qui pourrait autrement prouver
que les pierres d'azur & d'Arménie, subviennent
aux affections mélancoliques? Que
l'Ache nuit aux femmes enceintes & aux épileptiques?
Que les Hermodactes peuvent
évacuer le phlegme des jointures? Que la
pierre Judaïque ou le Lynce brise le calcul?
Que les perles fortifient? Que le Napelle
est un venin tant mortel, sinon que par l'usage
& opération des choses susdites, cela eût
finalement été vérifié par certaine expérience?
Tout de même s'est enfin découvert
par expérience, que l'Argent-vif convient à
la guérison de plusieurs maladies. Et Monsieur
Joubert, homme à vrai dire fort savant,
a depuis peu éprouvé qu'icelui étant
précipité, sert de remède très excellent aux
coups d'arquebuses, aussi en fait-il son Triapharmacum
ou remède de trois ingrédients.
Et vu qu'es préparations légères il acquiert
aussi tant d'efficace, ce n'est merveille si étant
mieux préparé il obtient le souverain degré
de perfection entre les médicaments propres
à médeciner beaucoup de maladies, tant internes
qu'externes, qui autrement seraient
incurables. Toutefois les préparations d'icelui
Mercure sont tellement difficiles, que non
seulement plusieurs Médecins les ignorent
du tout

@

des Médicaments. 17

du tout: Mais aussi peu de Médecins spagyriques
savent la vraie manière de les faire.
Car c'est un esprit volatil, retenant certaine
exhalaison arsenicale, & fort nuisible au
corps, duquel enfin purifié & fixé on fait
des remèdes tant excellents & si salutaires (le
propre d'un esprit parfait étant de vivifier)
que cela ne semble croyable sinon aux plus
savants & experts. Je désire seulement (afin
que notre opinion ne semble éloignée de
raison) que les doctes considèrent la nature
de ces trois Mercures ou vifs-Argents; à savoir
du Commun, du sublimé & du précipité.
Il n'y a aucun sinon du tout ignorant,
qui ne dise que le Mercure sublimé est un
poison beaucoup plus grand qu'étant ou
cru, lequel ainsi qu'avons dit, se donne
aussi par les Médecins es pilules, afin de
tuer les vers; où le précipité dont Paul
Aegineta semble parler, faisant mention du
Mercure réduit en cendres, car on le fait
ainsi, ou pour le moins avec du Soufre)
qui, comme il écrit, se donnait jadis es coliques.
Et plusieurs aujourd'hui sans autre
préparation que du lavement simple, font
prendre le Mercure précipité pour remédier
à la grosse vérole, de quoi Matthiole est aussi
témoin. Et combien qu'il purge par haut
& par bas, nous ne voyons pas que néanmoins
il est aussi dangereux que le sublimé,
duquel un demi-scrupule suffit à faire mourir
un homme. Si on concède ce qui est
véritable, à savoir, que l'Argent-vif sublimé
B

@

18 Préparation Spagyrique

est un plus grand poison, que n'est ou le
cru, ou le précipité. Dites-moi je vous
prie, d'où vient que cet esprit exalté par sublimation
(unique purification de tous Philosophes)
acquière une si grande malignité & faculté
vénéneuse.
Quelqu'un répondra, & par aventure
notre Aubert, que cela ne provient pas de
la sublimation, par laquelle il est certain que
toutes choses sont purifiées: mais de certaine
acrimonie qu'il a pris des choses y mêlées.
Examinons donc cela. Le Mercure
sublimé se compose d'une livre d'Argent-vif,
d'une autre livre de Vitriol cru,
& de pareille quantité de Sel commun (non
de l'ammoniac ainsi que Matthiole a cru)
tous bien mêlés à petit feu, longtemps
broyés sur marbre ou dans un mortier, afin
de les bien incorporer, réduits en poudre,
& mis dans un sublimatoire de verre, en
donnant le feu par degrés l'espace de quatorze
heures. S'il attire à soi cette vertu vénéneuse
des choses qu'on y a mêlées, il faut
nécessairement que ce soit du Sel & du Vitriol.
Or infinies personnes expérimentent
chacun jour que le Sel commun & le Vitriol
ne sont dangereux comme poison: car
on mange le Sel es viandes, & on boit des
eaux vitriolées es étuves: Comme aussi d'autres
par toutes l'Allemagne & l'Italie, se servent
de l'esprit même & huile du Vitriol
contre l'épilepsie, & pour remédier au calcul
& à l'asthme ou difficulté d'haleine, & ce

@

des Médicaments. 19

avec grande commodité & merveilleux profit.
Et Dioscoride parlant du Vitriol tient
ces propos: Il tue les teignes ou vers larges
du ventre, étant avalé le poids d'une dragme.
Il subvient à ceux qui ont avalé le venin
des champignons ou potirons, pourvu
qu'on le boive avec eau. Purge le cerveau
s'il est dissous en eau, & introduit es narines
avec laine ou coton. Par quoi il est évident
qu'à raison du Vitriol (car il est moins croyable
du Sel) le Mercure sublimé n'a une si
grande vertu vénéneuse: En somme s'il avait
une telle malignité à raison tant du Sel
que du Vitriol, à savoir d'autant qu'il exalte
leurs esprits avec soi, icelle malignité même
serait au Mercure précipité: Car l'eau
forte avec laquelle il est fait, se compose
des esprits de Vitriol & de Salpêtre, dont
les Médecins préparent aussi leur précipité
vulgaire, lequel plusieurs font aussi prendre
sans autre préparation: Et jaçoit que par
son acrimonie, laquelle provient des esprits
enclos dans l'eau Stygienne, il émeut le
corps avec violence, toutefois il est aujourd'hui
assez notoire à infinis doctes personnages
qu'il n'est pas dangereux & nuisible
comme le Mercure sublimé. Cette malignité
donc, se trouve au Mercure sublimé, d'autant
plus que par exaltation il est rendu subtil,
vertueux & fugitif à la moindre chaleur. Mais
il n'est pas ainsi du précipité, Car on le mortifie,
& par ce feu philosophique qui est l'eau
Stygienne, Il est tellement fixé qu'il peut
B ij

@

20 Préparation Spagyrique

souffrir ignition. Et alors cette maligne exhalaison
(si aucune y en a) ne peut parvenir
au coeur, pour ce que la nature d'icelui est
soudain frappée de tout venin, & d'autant que
la chaleur naturelle ne peut renvoyer ce Mercure
précipité fumeux, lequel même ne s'évanouit
par aucune violence de feu, ainsi que
l'expérience certaine démontre. La fixation
donc de cet esprit est sa vraie préparation
afin qu'il n'endommage point, soit pris soit
appliqué. Plusieurs tâchent d'effectuer cela
en diverses manières (or je parle de ceux qui
en recherchent la préparation pour la seule
médecine) lesquels se persuadent de pouvoir
parvenir à la vraie préparation d'un si grand
remède, en versant la seule eau Stygienne sur
ses fèces (qu'ils appellent tête morte) par deux
ou trois fois. Mais ils se trompent grandement,
surtout en ce qu'ils sont peu soigneux
d'ôter la corrosion, ou bien qu'ils ignorent
du tout comment on la peut préparer. Et
certes le Mercure précipité ne pourra jamais
être un remède assez utile, tandis que la vertu
corrosive qu'il a reçue de l'eau forte, l'accompagnera:
laquelle toutefois n'en est ôtée par
lavements communs, ainsi que plusieurs
croient, mais par des préparations & adoucissements
bien autres, sans la connaissance de
quoi on ne peut rien faire d'accompli. Il faudra
donc procéder en cette manière, surtout
en la confection du Turbith médicament
admirable.

@

des Médicaments. 21

Description du Turbith minéral,

Prenez Chaux de terre transparente & fixe,
de Talcun parfaitement calciné (nous enseignerons
la calcination ailleurs) de chacun une
livre, faites-en une forte lessive, avec laquelle
bouillira l'espace de sept heures, une livre de
Mercure qu'on aura premièrement exalté par
cinq fois & revivifié à chacune d'icelles, selon
l'art, & par ce moyen vous parviendrez à
l'exacte purification du Mercure, & aurez le
principe d'une vraie fixation pour tous oeuvres.
Car ces Chaux sont tellement fixatives
qu'à la fin le Mercure devient fixe par sublimations
réitérées sur icelles. Dissolvez ce Mercure
préparé étant cru, avec son propre
menstrue qui est le royal puant. Dissolvez
aussi à part trois dragmes de Metalline d'Antimoine
bien préparée, une dragme d'or préparé,
comme il faut, avec autant d'Antimoine:
Toutes ces solutions soient mises dans un
matras de Verre qu'on bouchera, & ensevelira
au four d'Athanor, lui donnant feu très
lent, jusqu'à ce qu'elles s'éclaircissent. Alors
le feu augmenté, distillez l'eau des fèces jusqu'à
siccité par un alambic à bec, remettant
ladite eau par quatre fois sur la tête morte.
Puis versez-y encore nouvelle eau fixative
qui surnage la matière de quatre doigts, faites-les
digérer par deux ou trois jours: après
lequel temps on les distillera finalement deux
ou trois fois sur la tête morte, leur donnant
B iij

@

22 Préparation Spagyrique

vers la fin chaleur de sublimation, comme
n'étant vraiment mortifiées, on les ressuscitera
& exaltera: elles seront gardées séparément,
car elles ne servent point à notre oeuvre.
Prenez cette masse morte, réduisez-là
en poudre que vous examinerez dans un vaisseau
convenable au second degré du réverbère
douze heures durant, l'agitant & remuant
avec un bâton, tant qu'elle paraisse avoir forme
de Salamandre très rouge, dont on extraira
toute acrimonie de venin, selon cette méthode.
Prenez deux livres & demie de phlegme
de Vitriol, & autant d'Alun, deux livres de
Vinaigre distillé, quatre dragmes de Chaux
de notre terre transparente & fixe, une dragme
de Sel de Corneole cristallin, vingt aubins
d'oeufs & les distillez sur les fèces par
l'alambic. Mettez trois livres de cette eau
avec une livre de poudre de votre Mercure
préparé comme dessus: distillez par quatre
fois l'eau des fèces en l'alambic: à la dernière
fois poursuivez jusqu'à siccité. Ce fait,
broyez la poudre sur marbre, & l'ayant derechef
arrosée de nouvelle eau fixative, distillez-les
encore par quatre fois comme dessus:
Puis finalement avec alcool de Vin distillé
par cinq fois sur la poudre, y en versant
toujours de nouveau, vous fixerez &
adoucirez votre Mercure, que les Médecins
Chimiques appellent précipité ou Turbith
minéral, à raison qu'il purge les humeurs
visqueuses & crasses. On en fait prendre

@

des Médicaments. 23

huit grains avec conserve de Bétoine &
avec eau thériacale pour remédier à la vérole,
après les purgations convenables.
Avec deux dragmes d'extrait de Concombre
sauvage, une dragme d'extrait d'Hermodactes
& demi-scrupule dudit précipité, on
fait un mélange, dont on mêle demi-scrupule
avec deux dragmes d'eau thériacale pour
en faire une potion qui se donne aux podagriques
par quatre ou cinq fois, selon que le
mal est invétéré & dur, & selon les forces du
malade, au Printemps & en Automne: Car
il purge à merveille les excréments séreux,
& les évacue des jointures sans aucune émotion.
Pour la cure de l'hydropisie, on
fait une telle composition qui purge les excréments
séreux & conforte les entrailles de
la nutrition. Prenez un scrupule du précipité
décrit ci-dessus, un scrupule & demi
d'extrait alhandal, & autant d'Elatere, un
scrupule d'extrait d'Hellébore noir bien préparé,
avec autant de celui de Rhubarbe,
deux scrupules d'essence de coraux rouges, &
pareille quantité d'essence de fantaux Citrins,
un scrupule d'esprit de Vitriol, demi-scrupule
d'huile de Mastic, & autant d'huile de Cannelle.
Mettez & mêlez-les avec poudre de
Cubèbes & mucilage de gomme de Tragacant,
de quoi ferez des pilules, la prise sera
demi, ou un scrupule, qu'on fera prendre
deux fois la semaine, si les forces du malade le
peuvent supporter.
S'il est mêlé parmi les Diaphorétiques, les
B iiij

@

24 Préparation Spagyrique

sueurs en seront même provoquées, & par ce
moyen beaucoup de maladies ôtées.
Etant mêlé seul avec beurre, il remédie
aux ulcères chancreux & farcineux, surtout
de la vérole, comme aussi à toutes fistules &
durillons.
Du triapharmacum & dudit précipité, on fait
un emplâtre, lequel étant introduit au col
de la vessie, comme il faut, avec une petite
chandelle de cire, guéris les ulcères d'icelle, &
fait entièrement perdre le morcelet de chair
sans aucune douleur ni danger.


Eau fixatoire pour le Turbith.

L'eau fixative pour l'oeuvre susdit est faite
de pierre Calaminaire, de la pierre sedenegi, de
pierre perlée, Soufre très rouge de Marcassites,
de Vitriol vert rouge, de Salpêtre & de
sel alumineux: ce feu se donne à la façon de
l'eau Stygienne commune. Entre toutes eaux
de gradations, c'est la principale, & la plus
fixative, si quelqu'un la sait bien faire.
On compose d'autres remèdes avec le
Mercure. Car d'icelui préparé comme il est
requis, se fait un amalgame avec or, lequel
on met dans un matras à col long, icelui bouché
hermétiquement, on précipite le tout à
feu bien modéré par l'espace de vingt jours, &
le réduit-on en poudre jaunâtre & fixe. Le
signe de perfection est quand il ne s'exhale
point à la chaleur du feu, & n'est revivifié en
eau d'animal. Ce médicament est diaphorétique,

@

des Médicaments. 25

on le fait prendre contre les maladies
susdites, principalement à fin de remédier à
la grosse vérole par sueurs tant seulement: Du
Mercure se fait aussi un baume avec eau de
coquilles d'oeufs & de tartre, comme aussi une
huile excellente pour toutes fistules, ulcères
& durillons. Il suffira d'avoir de ces choses
touchant l'Argent-vif, pourvu que nous annotions
seulement que la seule perfection de
ce remède consiste en sa fixation & édulcoration.

-------------------------------------------
D E L'A R S E N I C.

Chap. VII.

E Ntre les remèdes Sceptiques, lesquels par
l'excessive acrimonie de leur chaleur, dissipent
ou enflamment notre chaleur naturelle,
font ensemble résoudre l'humide radical
par leur maligne qualité, dessèchent toute la
substance de la partie, & y causent pourriture
& puanteur. Les Médecins nombrent l'Arsenic,
la Sandaraque, & l'Orpin: C'est pourquoi
ils estiment que l'usage d'iceux est fort
dangereux en la Chirurgie, voir qu'il n'y
est aucunement nécessaire attendu qu'ils sont
mortels, & très contraires à notre nature.
Ils ont certes dit cela avec raison, puisque les
préparations d'iceux leur ont été inconnues,

@

26 Préparation Spagyrique

par lesquelles on les rend très propres à penser
beaucoup de maux externes. Car ces
médicaments sont réputés mortels à cause
d'une maligne qualité & acrimonie. Cette
mauvaise qualité consiste en l'esprit, ou en
l'exhalaison puante & fumée noire qu'ils rendent
à la moindre chaleur. Cette fumée noire
& vénéneuse étant excitée même par la
chaleur naturelle, gâte la matière de la partie,
la corrompt & tue le plus souvent, comme
poison englouti, si lesdits remèdes sont mis
auprès des membres principaux, surtout la
peau en étant navrée. Fernel sans contredit
Prince des Médecins de notre temps, témoigne
que cela est arrivé à une certaine
femme & dit l'avoir vu. Donc comme
ainsi soit que cette maligne qualité est en
cette fumée noire, il convient la fixer, car
ainsi qu'avons dit ci-dessus au chapitre du
Mercure, par fixation tout venin sort de l'Arsenic,
du Mercure, de l'Orpin & des autres,
mais l'acrimonie est ôtée par extraction du
Sel. Ce qu'on fait aussi par propres lavements,
comme dit a été ci-devant. Ainsi
l'Arsenic ne nuira point, mais qui plus est,
servira grandement es locaux pour les plaies
vénéneuses, les loups, fistule, cancre & gangrène,
pourvu qu'il soit dûment préparé,
c'est-à-dire, fixé & dulcifié. Dioscoride semble
parler tacitement de cette vraie préparation,
tenant les propos suivants de la Sandaraque
métallique, qu'au commencement
du Chapitre il écrit avoir même odeur que

@

des Médicaments. 27

le Soufre, on la fait, dit-il, prendre à ceux
qui ont la toux, détrempée avec Vin miellé:
Il ajoute, qu'elle est convenablement
donnée aux poussifs en pilule avec résiné:
Car il serait dangereux de la présenter sans
être préparée, vu que Galien enseigne
qu'elle a une faculté caustique: à l'opinion duquel
s'accorde aussi Dioscoride au sixième
des Simples, Chapitre 29. Par quoi sans absurdité
ou danger les Chirurgiens se serviront
fort bien de l'Arsenic préparé, ou de tout
autre médicament septique. Duquel Arsenic
la préparation est telle. Sublimez par trois
fois l'Arsenic avec Sel préparé, colcotar &
écume d'Acier pour le purifier: En après
vous le fixerez avec saumure de terre, donnant
le feu par degrés l'espace de vingt-quatre
heures, & en ferez une masse plus blanche
que neige, & de couleur semblable aux
Perles, laquelle sera dissoute en eau chaude
afin d'en extraire le sel: Or il restera au fond
une poudre très blanche, qu'on fera sécher
puis fixer avec pareille quantité d'huile incérative
composée de talcum, pour être le tout
réverbéré l'espace d'un jour entier. Dissolvez-le
encore une fois en eau chaude, tant
qu'il demeure une poudre fort blanche, fixe
& douce, laquelle se fondra en huile anodine
grasse comme beurre: Car tout ainsi
que l'Arsenic n'étant préparé, est douloureux
& vénéneux à raison de sa qualité maligne:
De même étant fixé il la perd, &
ne cause aucune douleur, & est un remède

@

28 Préparation Spagyrique

duisant* à penser les plaies vénéneuses, pourvu
qu'on en mêle une once avec deux d'huile
de myrrhe.
Aucuns subliment aussi l'Arsenic par trois
fois avec chaux fixe & colcotar ou Vitriol,
le dissolvent en eau stygienne, fixatoire &
convenable, & par distillation séparent plusieurs
fois l'eau des fèces, puis ils en réverbèrent
la masse morte qui se convertit en
poudre fort blanche & fixe, dont on extrait
le sel avec esprit de Vin, & ainsi l'adoucit-
on. Ce médicament sert pour remédier aux
fistules & cancres.

-------------------------------------------
D U S O U F R E.

Chap. VIII.

L E Soufre est le baume des poumons,
les Médecins Chimiques le subliment
trois ou quatre fois avec colcotar pour le
nettoyer de ses impuretés, & en préparent
divers remèdes fort utiles pour la cure de
l'asthme, moyennant qu'on y mêle du sucre.
Aussi les fleurs de Soufre, & de son
propre dissolvant thérébentiné, digérez
chaleur sèche, par quelques jours on extrait
une teinture semblable à un rubis: On
sépare le menstrue, & l'huile de soufre demeure
très rouge, lequel doit être circulé
avec Vin distillé & alcoolisé. Et ainsi extrait-on


Note du traducteur :

*duisant: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

des Médicaments. 29

le baume du Soufre: duquel on
fait prendre trois ou quatre petites gouttes
avec eau d'hysope aux poussifs, & à ceux qui
en toussant jettent des crachats tels que boue.
Toutefois les Anciens semblent avoir cru
que le Soufre remédiait seulement aux
maux externes. Et Galien & Aegineta ont écrit
qu'il avait une vertu attractive, était de
tempérament chaud, d'essence subtile, & servait
contre plusieurs animaux, principalement
contre la Tourterelle de mer & le dragon,
soit épars tout sec, soit mêlé. Néanmoins,
il semble que Galien approuve l'usage
des eaux sulfurées, au premier des simples
en ces termes. Le breuvage & lavement
d'eau douce est fort contraire aux hydropiques,
mais celui de toutes eaux nitreuses,
sulfurées & bitumineuses leur est fort utile.
Le Soufre étant aussi englouti avec un oeuf
mollet, convient aux asthmatiques, selon ce
que Dioscoride en écrit. Mais les Nains
Spagyriques élevés sur les épaules du Géant
ont regardé plus loin, & sont aussi parvenus
à la connaissance de plusieurs choses que les
Médecins Anciens ont ignoré.
Finalement, on prépare aussi du Soufre
par la campane une huile acide, lequel est
un très bon remède pour les maux de dents,
& qui subvient même aux ulcères chancreux.

@

30 Préparation Spagyrique

-------------------------------------------
D U V I T R I O L.

Chap. IX.

G Alien & Aegineta témoignent que
le Vitriol conserve & dessèche fort efficacement
les viandes humides qui en
sont confites. Et Dioscoride écrit qu'icelui
bu avec eau, sert contre le venin des
potirons qu'on pourrait avoir engloutis, comme
déjà nous avons déclaré. Pour les remèdes
externes, il entre dans l'emplâtre diachalcitheos
afin de guérir les ulcères. Les Médecins
modernes font du Vitriol une huile contre
l'épilepsie & d'autres maladies, de laquelle
huile, Marthiole & plusieurs autres font mention.
Pour notre regard, nous préparons
du Vitriol beaucoup de remèdes, à savoir,
un esprit, une huile douceâtre & acide, un
colcotar, un sel, & un ocre. Pour en extraire
l'esprit on le distille neuf fois par l'alambic,
renversant toujours la liqueur sur
les fèces, & finalement on le circule au bain
par l'espace de huit jours. Il est très bon
contre l'épilepsie: Mais ayant séparé le phlegme
du colcotar rouge, par la force du feu
on fait une huile acide qui se dulcifie par circulation
avec esprit de Vin, & qu'on fait
prendre avec eau de chicorée ou tisane es
fièvres putrides; Car il préserve de corruption

@

des Médicaments. 31

par son acidité, tout ainsi que du suc
de limons, & désopile par la ténuité de ses
parties. C'est pourquoi il est grandement efficace
à ôter les obstructions des viscères,
à savoir, du foie & de la rate. On mêle parfois
quelques gouttes d'icelui avec conserve
des fleurs de Chicorée, dont se fait un médicament
de saveur agréable pour étancher la
trop grande soif. Cependant les ignorants disent
que ce remède est âcre, mais les bonnes
gens se trompent, vu qu'étant bien préparé
il est douceâtre, & attendu que le suc de limons,
duquel toutefois on approuve l'usage,
est beaucoup plus aigre, comme celui
avec lequel on dissout les perles, & qui aussi
entame & ronge les vaisseaux d'étain. Et ce
suc pris tout seul ne nuirait d'avantage à
l'estomac que l'huile de Vitriol, étant néanmoins
confit avec sucre, par son acidité il empêche
la pourriture des fièvres ardentes &
la malignité des pestilentes: ce que l'huile de
Vitriol effectue aussi sans offenser l'estomac,
si elle est prise non toute seule, mais mêlée
avec choses convenables selon l'expérience
qu'en font journellement infinis Médecins
Spagyriques: lesquels servent aussi de colcotar
insipide & dulcifié es remèdes externes
pour dessécher les ulcères, & afin d'arrêter
le flux de sang.

@

32 Préparation Spagyrique

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D E L'A N T I M O I N E.

Chap. X.

O N prépare des remèdes de l'Antimoine,
non seulement pour les maux externes:
mais aussi pour les internes. Car les Médecins
chimiques en tirent un excellent remède
qu'ils appellent teinture d'Antimoine. Et
iceux voulant expérimenter les vertus de
l'Antimoine au corps humain, ont bien osé
rechercher ses secrets, principalement après
avoir reconnu que c'est le meilleur purgatif
de l'or, & qu'il peut évacuer toutes les impuretés
d'icelui. Par ainsi se sont-ils étudié
à rechercher les vertus de l'Antimoine, afin
d'éprouver s'il ne produirait point tels effets
au corps humain, qu'on l'aperçoit en
l'or. A la fin ils sont parvenus à leur intention
& désir, & ont expérimenté la grande
efficace de ce remède à restaurer ou renouveler
le corps humain, surtout à penser la
morphée, la gangrène, le loup & tous autres
ulcères malins: Car cette teinture purge
le sang noir, & toutes mauvaises humeurs,
sans évacuation manifeste, mais en corrigeant
seulement les malignes humeurs. Or
afin qu'on n'estime pas que je parle du verre
d'Antimoine, dont aujourd'hui plusieurs
ignorants

@

des Médicaments. 33

ignorants se servent avec très grand danger:
Car c'est un remède pernicieux qui par son acrimonie
purge avec grande émotion, la vertu
expulsive par haut & par bas. Ce que je ne
puis nullement approuver: Car toutes maladies
ne se doivent médeciner par telles purgations
violentes qu'on voudra, mais par
convenables. Et, comme dit Hippocrate I.
Aphorisme, si on purge ce qu'il faut purger,
l'effet en sera bon & facile à supporter,
sinon le contraire adviendra. Que les
vrais Philosophes s'abstiennent donc de toutes
ces vitrifications, & n'y cherchent point
leurs teintures ou remèdes. Par quoi on usera
de la méthode suivante.
Prenez seulement ce qu'il y a de pur en
l'Antimoine, exaltez-le par trois fois, lui
donnant feu de sublimation, afin de le sublimer
tout, sans qu'il reste aucune fèces:
Ainsi vous obtiendrez tout le souphre d'icelui,
avec Mercure proportionné qu'on appelle
vrai lys: faites-le cuire au four de réverbère
dans un vaisseau bouché hermétiquement
donnant le feu par degrés, tant qu'il
devienne blanc, & qu'enfin il apparaisse de
couleur telle que rubis, dont avec alcool de
corneole glacé qui surnage de huit doigts,
vous extrairez une teinture qu'on circulera
dans un pélican, jusqu'à parfaite graduation
& fixation.
On le fixe aussi avec saumure de terre, &
par lavements on extrait le sel, après quoi
restent en fin les fleurs d'Antimoine fort blanches,
C

@

34 Préparation Spagyrique

lesquelles font suer à puissance, c'est un
très bon remède contre les fièvres intermittentes,
moyennant qu'en donniez demi-dragme,
avec eau de chardon bénit.
Pour les maux & remèdes externes, on
tire de l'Antimoine un souphre très rouge
avec tartre & nitre, ou seulement avec une
lessive faite de Chaux vive & de cendre.
Aussi en extrait-on de l'huile en plusieurs
manières, qui toutes servent grandement à
la cure des ulcères chancreux. C'est assez parlé
des préparations métalliques dans peu de
temps, nous en traiterons plus exactement
& amplement, s'il plaît à Dieu, en un autre
livre, où nous avons déduit toutes ces matières
plus soigneusement, & avec plus grandes
veilles.

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D E S V R A I E S P R E-

parations des pierres pré-
cieuses.

Chap. XI.

O N prépare divers médicaments salutaires
des pierres, spécialement des précieuses,
qui au jugement de tous Médecins
par la propriété de toute leur substance, &
par leurs qualités actives ôtent la syncope,

@

des Médicaments. 35

empêchent la corruption, fortifient & préservent
d'être entaché d'aucun venin, à raison
de quoi on prescrit aux malades es affections
pestilentes, fièvres continues & ardentes,
les électuaires analeptiques de Nicolas
Myreps, le Diamargariton, l'Antidote
de Gemmis, les confections d'Hyacinthe &
d'Alkermès. En la composition desquels remèdes
entrent les perles, le Saphir, l'Emeraude,
le Grenat, l'Hyacinthe, la Sarde,
c'est-à-dire les Corneoles, le Jaspe & le Corail,
lesquelles pierres sont à bon droit nommées
plus excellentes que les autres, en considération
tant de leur tempérament que de
leur grande splendeur, qui ne se corrompt
point, ni s'anéantit par aucune ardeur de feu,
à cause de la seule fixation de leurs esprits
qu'on peut assez reconnaître en icelles: c'est
aussi pourquoi leurs vertus ressemblent aucunement
à celles de l'Or, quant à la cure des
maladies: à raison de quoi elles sont qualifiées
précieuses entre les autres pierres, tout
ainsi que l'Or est dit plus précieux que tous
autres métaux. Or jaçoit que la vertu des dites
pierres soit cordiale, néanmoins chacune
d'icelles à une faculté propre & particulière
à la cure de diverses maladies. Car le
Saphir pris en breuvage subvient particulièrement
à ceux que le Scorpion a endommagés.
L'hyacinthe remédie aussi aux morsures de
bêtes venimeuses, & provoque le sommeil,
L'Emeraude convient aux maladies mélancoliques
& non seulement en breuvage, mais
C ii

@

36 Préparation Spagyrique

aussi pendue au col, elle combat aussi le mal
caduc, comme son adversaire: le Jaspe pendu
au col, tellement qu'il touche l'entrée
de l'estomac ou porté dans une bague conforte
l'estomac, de quoi Galien le dit ayant fait
épreuve: Il sert aussi pour avancer l'enfantement
selon Dioscoride. Les perles ôtent
les Syncopes: les coraux fortifient l'estomac
en le resserrant, & arrêtent fort les
vomissements & crachements de sang. Toutes
lesquelles pierres précieuses étant réduites
en poudre aussi menue qu'alcool, sont
employées par les Médecins contre tous les
maux susdits: combien qu'à vrai dire elles
aient bien peu d'effet surtout à conforter
le coeur, sinon que l'essence plus pure en soit
extraite, ce qu'on ne peut faire que par le
seul art Spagyrique. Selon lequel art on tire
une teinture de Coraux, ainsi qu'il s'ensuit.
Laquelle on a accoutumé de donner, non seulement
aux usages susdits, mais à purifier tout
le sang, à guérir la morphée, les Herpes, & tous
maux de matrice.


Teinture de Coraux.

Calcinez les coraux rouges & d'élite au
feu de réverbère, donnant toutefois le feu
du second degré, afin que leur teinture ne
s'exhale par la force du feu: étant calcinés
pulvérisez-les bien menu sur marbre, & les
mettez dans un matras de verre versant dessus

@

des Médicaments. 37

& de haut le menstrue céleste distillé avec
son propre sucre, tant qu'il surnage huit
doigts: le tout soit putréfié au bain l'espace
de dix jours en vaisseau bouché hermétiquement,
jusqu'à ce que le menstrue ait attiré à
soi toute la teinture, ayant séparé le menstrue,
il reste au fond une précieuse teinture,
de laquelle ont fait prendre deux petites gouttes
avec eau de chicorée ou de Fumeterre. Le
dit menstrue céleste est le vrai dissolvant de
toutes pierres précieuses, afin d'en tirer une
essence. Tous savants Médecins jugeront
qu'elle vaut mieux pour guérir les corps, que
leur poudre seule. Ledit menstrue amollit &
dissout aussi ledit Diamant (qui contre l'opinion
de plusieurs anéantit même tous venins)
pourvu qu'on y jette par-dessus le sel extrait
de sang de bouc, qu'on les distille réitérant
par trois fois la distillation sur la matière morte.
Quant au Diamant, je passe sous silence
la préparation d'icelui, comme aussi du rubis,
à cause que ce sont pierres de très grand prix,
& qui ne doivent être recherchées sinon des
Rois seulement.


Essence de Perles.

Vous dissoudrez aussi par vraie solution
les perles avec le menstrue susdit: Au défaut
duquel, vous userez de menstrue acide alcoolisé
avec suffisante quantité d'esprit de Vin
aussi alcoolisé, voire des sucs de limons &
C iij

@

38 Préparation Spagyrique

d'épine-vinette dépurés, & filtrez & préparez
comme il appartient, car ils ont même effet.
Si l'essence des Perles retient quelque acidité
du menstrue, vous l'en ôterez par lavements.
Or on fait prendre deux ou trois grains de ladite
essence avec un bouillon convenable, qui
à l'instant se blanchit comme lait, pour conforter
le coeur & restaurer les forces. Semblablement
elle résistera à la corruption qui environne
le coeur, à la peste & aux poisons. En
même façon se tirera des autres pierres précieuses
susnommées leur propre essence, & par
même moyen on les pourra dûment préparer
pour remédier à plusieurs maladies.
De même aussi préparerez-vous les pierrettes
des éponges, la pierre Judaïque, celle
de Lynce & les Cristaux, pour briser le calcul
des reins.
Les essences du bol Armène & de terre scellée,
sont merveilleusement bonnes aux maladies
pestilentielles, aussi empêchent-elles
de nuire les potions mortelles & vénéneuses.
Si vous désirez les employer à restreindre le
sang, elles n'ont besoin d'autres préparations,
le propre effet de la terre étant de condenser
& resserrer comme celui de l'essence est de vivifier.
Semblable jugement dit-on faire de la
terre Samienne, de la pierre nommée sanguinaire
& de la Cornaline: ce que le docte Philosophe
comprendra facilement.

@

des Médicaments. 39

-------------------------------------------
M A N I E R E D E P R E-

parer spagyriquement les remèdes
pris des Animaux, des trois sor-
tes de Mumie.

Chap. I.

L Es remèdes qu'on prend des animaux
obtiennent le second degré de perfection:
car ils ont plus d'efficace que ceux
qui sont ordinairement préparés des végétaux
lesquels se détruisent par la moindre
froidure & chaleur, & perdent si promptement
leur faculté qu'à peine ont-ils aucun
bon effet à guérir les malades, vu principalement
qu'on ne les prépare pas vulgairement.
Or entre les animaux l'homme tient à
bon droit le premier lieu, duquel on fait trois
sortes de Mumie, à savoir liquide, récente
& sèche ou Transmarine, qui servent à
composer divers remèdes salutaires pour remédier
à une infinité de maladies. Cette dernière
Mumie a été seulement connue des Médecins
les plus anciens; ce n'était autre chose
qu'une graisse ou sein du corps mort de l'homme
confit dans le sépulcre avec Encens, Myrrhe
& Aloès: manière de funérailles que les
Syriens, Egyptiens, Arabes & Juifs ont autrefois
pratiqué afin de préserver les corps
C iiij

@

40 Préparation Spagyrique

morts de corruption. Laquelle Mumie naturelle
était appelée des Grecs Pissaphaltes, à
raison qu'on confisait les corps des morts
avec le genre de Bitume ainsi nommé: on
l'employait particulièrement & par-dedans &
par-dehors afin d'arrêter l'éruption de sang
en quelque endroit que ce soit, pour fortifier
le coeur & l'estomac, & à médeciner un
nombre infini d'autres maladies: surtout
alors qu'ayant serré les fragments des os, &
fait sécher la terre & la chair, on prenait la
liqueur congelée & amassée es cavités du
corps humain.
Mais nous sommes aujourd'hui dépourvus
de cette vraie & naturelle Mumie des
Anciens, en lieu de laquelle les Médecins
& Apothicaires usent de chair desséchée: & ce
sans aucune préparation, combien toutefois
qu'on en puisse tirer du moins quelque essence
plus pure, qui ensuive mieux en quelque
sorte les propriétés & vertus de la vraie Mumie,
que cette seule substance terrestre & chair
desséchée, laquelle ne vaut presque rien à
guérir les corps: vous préparerez donc ladite
vulgaire en cette manière.


Préparation de Mumie sèche.

Prenez une livre de Mumie d'élite pilée
& coupée en petits morceaux, & autant
d'esprit de Vin alcoolisé, que de clair menstrue
thérébentiné, tant qu'ils surnagent quatre

@

des Médicaments. 41

doigts: le tout soit mis dans un matras
convenable, bouché hermétiquement, pour
y être putréfié par chaleur du premier degré,
l'espace de quinze jours, jusqu'à ce
que le menstrue soit teint comme Rubis: Vous
séparerez au bain le menstrue que réserverez
pour mêmes usages, & il vous restera au
fond une vraie teinture de Mumie sèche, laquelle
vous pourrez circuler si voulez avec
esprit de Vin par quelques jours, & ainsi
tirerez-vous d'icelle une essence plus pure:
qui seul duit grandement à la cure de tous
venins; ou qui étant mêlée avec thériaque,
sert de remède contre la peste, si excellent
qu'on ne peut assez l'estimer: elle garantit
les corps de corruption: & se donne aussi
commodément pour remédier à la phtisie &
à l'asthme, pourvu qu'on la mêle avec
conserve d'aunée & de violettes: elle sert
aussi à plusieurs autres malades. Quant aux
fèces qui restent, on les ajoute es onguents
pour les topiques, afin d'apaiser les douleurs!
Reste à parler de la Mumie notoire aux
Médecins Chimiques: Ils en font de deux
sortes, à savoir liquide & récente, la première
est ainsi préparée d'iceux.


Préparation de Mumie liquide.

Prenez une livre de Mumie liquide pure
& bien choisie, & autant d'alcool de Vin,

@

42 Préparation Spagyrique

les ayant bien mêlés & mis dans un matras
de verre, on les digérera au fumier chaud,
ou bien au bain l'espace de douze jours, après
lequel temps elles seront distillées convenablement
par deux fois: Derechef, on les
fera digérer vingt jours durant, & distiller
pour la troisième fois, puis on laissera le
vaisseau à la chaleur du bain ou du fumier,
jusqu'à ce qu'on aperçoive deux essences,
l'une jaune comme Or, & l'autre blanche.
Ces essences soient mises à part, & circulées
avec semblable menstrue dans un pélican
par plusieurs jours, en séparant toujours
les fèces, & l'impur du subtil & pur par digestion
& rectifications réitérées, ce sera un
remède fort excellent, duquel on fait prendre
un scrupule aux épileptiques chaque mois
durant la pleine Lune: Car il apaise & chasse
la maladie, & est le vrai antidote d'icelle.
Il purifie aussi le sang.


Préparation de Mumie récente.

Quant à la Mumie récente, vous la choisirez
& couperez aussi menu qu'il sera possible,
afin de la mettre dans un matras à col
long, versant dessus le menstrue d'olives, le
tout soit putréfié l'espace d'un mois entier,
le vaisseau étant clos hermétiquement pour
y être dissous. Puis ayant ouvert le vaisseau,
transportez & versez la matière dans une cucurbite
ou courge de verre, qu'on mettra

@

des Médicaments. 43

au bain pour faire exhaler le Mercure à vaisseau
ouvert, ce qui se fait avec une puanteur
incroyable: Qu'elle demeure ainsi jusqu'à ce
qu'il n'en sorte aucune puanteur, & toute la
Mumie sera dissoute. La dissolution soit mise
dedans un autre vaisseau, & le résidu encore
digéré au bain, jusqu'à ce qu'il soit converti
en huile aussi grasse, & autant obscure que
Sirop. Cela étant fait, vous circulerez le
tout avec le bon esprit de Vin dans le bain
vingt jours durant: après qu'en aurez finalement
séparé l'esprit, restera au fond une huile
fort rouge, & de bonne odeur, laquelle a
toutes les propriétés du baume naturel, &
qui duit grandement à toutes maladies vénéneuses
& pestilentes.


Teinture de Mumie.

Prenez deux onces de la Mumie ainsi
préparée, & deux livres d'excellent alcool
de Vin, circulez-les dedans un vaisseau à
circuler l'espace d'un mois entier: le menstrue
soit distillé par l'alambic. Derechef,
on les digérera en vaisseau bouché hermétiquement,
& retirera-t-on par quatre fois la
distillation comme dessus, jusqu'à tant que
ladite matière ait totalement perdu la nature
de son corps, & qu'elle soit changée
en teinture: laquelle certes a une vertu de
vivifier si grande, qu'elle pénètre jusqu'aux
moindres parcelles, aussi n'y a-t-il aucun ulcère,

@

44 Préparation Spagyrique

& nulle corruption qu'elle ne guérisse, moyennant
que par quelque espace de temps on en
prenne deux fois chacun jour quatre ou cinq
grains avec décoction convenable.

-------------------------------------------
D U C R A N E H U M A I N.


Chap. II.

P Lusieurs d'entre les doctes ont écrit,
que par certaine propriété le Crâne inhumé,
c'est-à-dire non enterré, profitait aux Epileptiques:
A raison de quoi je n'ai point trouvé
étrange d'en faire ici la description: Car je
n'estime pas qu'aucun des gens Doctes tienne
pour incertain que ce remède bien préparé &
réduit en essence subtile ait beaucoup plus
d'efficace & d'utilité à médeciner telles maladies,
principalement s'il considère avec diligence
la nature du mal, les causes: & finalement
le remède même. Je viens donc à sa préparation,
un scrupule d'icelui profitera d'avantage
qu'un Crâne entier desséché & pulvérisé:
on tire son essence comme il s'ensuit.


Essence du Crâne humain.

Prenez raclure de Crâne humain non enterré,
sur lequel versez de vin salviat, où
de sauge, tant qu'il surnage dix doigts, qu'ils

@

des Médicaments. 45

soient digérés ensemble dans le bain par
l'espace de quatorze jours en vaisseau clos,
puis distillez par la retorte donnant le feu
par degrés à la manière de l'eau Stygienne,
versez derechef la distillation sur la masse
morte, après que vous l'aurez pilée, laissez
les putréfier huit jours durant, & les distillez
comme auparavant, faisant cela par
trois fois. Enfin le tout ensemble soit circulé
par quelques jours, & ayant séparé votre
dissolvant de sauge, restera au fond une essence
de crâne telle que coagulé, dont ferez
prendre un demi-scrupule avec eau de
fleurs de tillet pendant l'accès, & devant
icelui.
Autrement faites cuire la raclure de
Crâne non enterré, avec esprit de Mélisse
& décoction de Bétoine, séparez l'eau par
inclination, & y en reversez de nouvelle,
tant qu'il ne reste plus aucune vertu dans le
Crâne, puis faites évaporer toutes les eaux
dedans le bain, restera au fond un coagulé,
lequel vous résoudrez, ferez évaporer &
congeler derechef jusqu'à tant que la matière
restante au fond se puisse sublimer à
très petit feu. Ce Sublimé est fort utile
pour les Epileptiques, il lâche aussi le ventre
sans grande émotion quoi qu'abondamment.

@

46 Préparation Spagyrique

-------------------------------------------
D E L A V I P E R E.


Chap. III.

G Alien & les autres Médecins ont appris
d'Andromachus, & enseigné plusieurs
choses touchant la préparation des Vipères,
aussi ont-ils expérimenté les vertus
qu'elles ont de guérir la lèpre, & principalement
de purger le corps universel à travers
la peau: De leur chair (ayant retranché la
tête & la queue, à cause que ces membres
sont plus venimeux & moins charnus) cuite
dans une marmite avec eau pure, aneth &
sel, y ajoutant du pain de froment aride,
ils formaient des tablettes qui entraient
aussi dans la thériaque même. Or vous préparerez
des Vipères un remède fort excellent
contre la lèpre, la peste & toutes plaies vénéneuses
en la manière qui s'ensuit. Durant
le mois de Juin, prenez quatre ou six Vipères,
dont jetterez la queue & la tête, &
ôterez la peau & les intestins: mais vous
mettrez la chair hachée bien menu dans une
cucurbite de verre par trois ou quatre jours,
afin d'en pousser hors la sueur à chaleur de
bain vaporeux ou de fumier très chaud (gardez-vous
toutefois de humer l'air de cette
fumée infectée & empoisonné par l'exhalaison
des Vipères.) Cela étant fait, versez

@

des Médicaments. 47

dessus pareille quantité d'esprit-de-vin alcoolisé,
& de dissolvant Térébenthiné, tant qu'il
surnage huit doigts, le tout soit digéré en
vaisseau clos hermétiquement dans le bain
ou au fumier bien chaud, l'espace de douze
jours, jusqu'à ce que toute la chair des Vipères
soit dissoute audit menstrue, ayant jeté les
fèces séparez le menstrue à chaleur de bain,
& le reste se coagulera, sur quoi versez derechef
esprit-de-vin Giroflat; faites les circuler
dedans un pélican l'espace de dix jours,
& le menstrue en étant séparé, restera la
chair des Vipères fort bien préparée & essensifiée
ou réduite en essence, avec laquelle
mêlez sous petit feu huile d'aneth & de
cannelle, de chacune j . β. essence de Safran
& de perles, de chacun j .. & avec
mucilage de gomme tragacant* formez-en des
pilules, ou si bon vous semble, faites-en
des tablettes avec pain de froment sec, &
émietté comme jadis les Anciens soulaient*
faire.
On donne j . de ce médicament contre
la lèpre, la peste & toutes maladies vénéneuses.
La poudre de la peau des Vipères, ou même
des dépouilles de Serpents séchée & préparée
selon l'art, est fort bonne aux plaies de
Serpents & bêtes venimeuses étant appliquée
sur icelles, elle sert aussi pour remédier aux
plaies chancreuses & malignes.


Note du traducteur :

*tragacant: gomme adragante;
*soulaient: du verbe souloir, avoir l'habitude de.


@

48 Préparation Spagyrique

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M A N I E R E D E P R E-

parer les cornes & os cordiaux,
le musc, la civette & le castoréum
ou bièvre.

Chap. IV.

L Es os sont ou brûlez ou cuits, avec véhicules
convenables pour en pouvoir finalement
tirer l'essence plus pure avec esprit-
de-vin, ce qu'on fera suivant la même méthode
par laquelle nous avons déjà écrit qu'il
fallait préparer le crâne humain. Vous extrairez
donc ainsi une essence d'os de coeur
de cerf, lequel fortifie le coeur de l'homme à
raison qu'il lui ressemble aucunement en substance,
il est aussi utile au mal de coeur & principalement
à la syncope. Sa préparation diffère
des précédentes en ce qu'elle se fait avec
esprit alcoolisé de bétoine, comme avec son
dissolvant propre.
En lieu dudit os on substitue la corne de cerf
pour même fin, dont l'essence tirée avec alcool
de mille-pertuis, se donne aux petits enfants
travaillés de vers.
Vous préparerez en même façon la plus
excellente de toutes les cornes, à savoir celle
de licorne, qui conserve le coeur, réprime
la violence de tout poison, & sert aux maladies
dies pesti-

@

des Médicaments. 49

pestilentielles, le propre menstrue d'icelle
est l'alcool de Mélisse.
L'ivoire se prépare aussi de même, les vertus
d'icelui sont d'entretenir le coeur en sa force
& d'aider à concevoir.
Le musc affermit & corrobore les parties
languissantes, & restaure la lipothymie & les
forces perdues: on tire d'icelui certaine essence
précieuse avec esprit-de-vin térébentiné
comme avec son propre dissolvant.
Ainsi fait-on de la civette.
Vous extrairez aussi l'essence du castoréum
en même manière, on fait avec très heureux
succès prendre une goutte d'icelle mêlée avec
décoction de fleurs de romarin, de sauge &
de bétoine, pour le tremblement, convulsion
& autres indispositions de nerfs. On l'applique
par-dehors en la convulsion, surtout quand
elle provient non d'inanition, mais de réplétion,
& lors qu'il convient évacuer ce de quoi
sont remplis les nerfs outre nature. Avec eau
de pouliot elle provoque les mois, fait enfanter
& sortir l'arrière-faix, & corrige l'opium
ou suc de pavot noir, qui autrement causerait
la mort.

M

@

50 Préparation Spagyrique

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P R E P A R A T I O N S E T
huiles de graisses & axonges.

Chap. V.

P Our les remèdes locaux, les Médecins
chimiques tirent par alambic de cuivre à
feu très lent des huiles des graisses de tous animaux,
auxquels y a une plus grande vertu d'atténuer,
résoudre, & adoucir, qu'es seules
graisses non préparées, à savoir pour ce qu'on
subtilise & atténue d'avantage leurs parties.
Laquelle opinion est confirmée par Galien II.
des simples, où il parle ainsi du castoréum. En
outre, dit-il, à raison qu'il est des parties fort
subtiles, pourtant a-t-il plus d'efficace que les
autres échauffants & desséchants comme lui.
Car il ajoute, les médicaments dont les parties
sont subtiles ont plus d'efficace que ceux
dont elles sont crasses, quoiqu'ils soient
doués de pareille faculté, à savoir d'autant
qu'ils pénètrent & entrent profondément es
corps contigus, principalement s'ils sont épais,
comme les parties nerveuses. Quiconque
pèsera ces propos de Galien, n'improuvera*
point les extractions des huiles & essences
dont nous usons, mais prisera leur usage en
Médecine.


Note du traducteur :

*improuvera: désapprouver, blâmer.


@

des Médicaments. 51

Ainsi extrait-on les huiles des graisses.

D'Homme. D'Anguille.
De Taisson. De Chapon.
D'Ours. De Poule.
De Cerf. D'Oie.
De Chat. De Canard.
De Veau.
De porc & de toutes moelles, qui toutes
résolvent, adoucissent & servent à guérir plusieurs
maux.
En même façon se tire du beurre une huile
fort anodine à mêmes usages, & pour apaiser
toutes douleurs.
L'huile de cire est bonne pour résoudre & atténuer,
& duisant* à toutes maladies squirrheuses &
froides. On le doit liquéfier au feu, jusqu'à ce
qu'il ne pétille plus avant que le mettre dans le
vaisseau. Si à chacune livre vous ajoutez demi
livre de saumure de terre desséchée auparavant,
vous extrairez à la première fois une huile
blanche qui nagera sur eau.

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D E D I V E R S M E M-

bres d'Animaux.

Chap. VI.

P Lusieurs bons remèdes se prennent aussi de
diverses parties de beaucoup d'animaux,
D ij


Note du traducteur :

*duisant: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

52 Préparation Spagyrique

lesquels n'ont besoin de grandes préparations,
mais qui toutefois doivent être réservés es
boutiques pour la très grande vertu qu'ils ont
en Médecine. Car la cendre d'écrevisses de rivières
calcinées jusqu'à blancheur est en estime,
contre la morsure de chien enragé.
Les yeux de Cancre calciné au four de réverbère,
sont aussi donnés aux calculeux: & conviennent
à ôter toutes obstructions d'entrailles:
ce qu'avons déjà montré ci-dessus contre
Aubert.
L'eau de vers terrestres distillée, subvient à
l'hydropisie, & fait mourir les vers des petits
enfants, iceux étant appliqués vifs, servent
aussi pour la peau qui se crevasse auprès des
ongles.
Aussi l'eau de fiente de Boeuf amassée durant
le mois de Mai, est propre aux hydropiques, &
pour guérir les ulcères chancreux.
La poudre des vers à mille pieds, sert aux
maladies des yeux.
L'urine de chat distillée, à la surdité.
Les os, principalement du Loup, desséchés
& réduits en poudre subviennent au mal d'entre
les côtes, aux coups & piqûres.
L'eau d'Hirondelles, aux épileptiques.
L'eau de semence de Grenouilles, pour arrêter
& restreindre tout flux de sang, &
contre la rougeur de face.
La caillette de Lièvre cuite avec hydromel,
contre le mal caduc.
Aucuns petits os qu'on trouve es pieds antérieurs
du Lièvre, sont commodes pour

@

des Médicaments. 53

émouvoir puissamment les urines, pourvu
que la poudre d'iceux soit prise avec Vin
blanc.
On prescrit utilement l'os de Seiche pour le
même effet.
La poudre de foie de Grenouilles se prend
profitablement en l'accès des fièvres, surtout
des quartes.
Je n'omettrai un remède entre autres spécifique,
& souvent approuvé par expérience
contre le calcul des reins, lequel se prépare
en cette manière: au mois de Mai on trouve
certaines petites pierres dans l'estomac du
Boeuf, qui étant prises avec Vin blanc, dissolvent
le calcul. Durant aussi le mois de Mai
se trouve une petite pierre dans la vessie du fiel
d'un Taureau, laquelle mise en du Vin, change
quelque peu son goût, & devient jaune
comme Safran. Les malades boiront chacun
jour de ce Vin, qu'on renouvellera tous les
jours, tant que la pierre mise dans le vin, soit
du tout consommée. Plusieurs ont appris par
expérience que le calcul est brûlé & consommé
par ce moyen.
On prépare beaucoup d'autres remèdes
des parties d'Animaux, qui d'eux-mêmes ne
méritent pas d'être condamnés ni leurs préparations
rejetées par un grand nombre d'ignorants,
à raison qu'elles leur sont inconnues.
Tous lesquels remèdes ils apprendront
facilement quelque jour, moyennant
que de prime face ils ne condamnent point
ce qu'ils ignorent, & (incapables de choses
D iij

@

54 Préparation Spagyrique

tant importantes) croient leur être maintenant
impossible, ce que toutefois non sans
grande admiration & utilité des malades, ils approuveront
comme bien certain & digne d'un
vrai Médecin, pourvu qu'ils le cherchent &
mettent soigneusement la main à l'oeuvre.

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M A N I E R E D E P R E-

parer spagyriquement les remèdes
pris des végétaux.

Du Vin. Chap. I.

P Lusieurs médicaments se prennent des
Plantes & Arbres, à savoir, de leurs
feuilles, fleurs, semences, fruits, racines,
écorces, bois, sucs fort épais, ou liqueurs
figées, & gommes dont les Anciens ont amplement
discouru: Toutefois ils n'ont rien
dit touchant leurs préparations, à cause par
aventure qu'elles leur étaient inconnues.
Or j'ai maintenant sujet d'en parler. Et pour
commencer par le Vin, on fait d'icelui deux
forts excellents menstrues qui tirent bien aisément
les essences presque de toutes autres
choses. L'un est appelé esprit de Vin, préparé
selon l'art, l'autre Vinaigre distillé & alcoolisé
par distillations réitérées & séparations
de phlegmes. On extrait du premier
menstrue une huile qui nage sur l'esprit, laquelle

@

des Médicaments. 55

convient à plusieurs choses, & dissout
les corps calcinés, premièrement ainsi qu'il
est requis, pourvu qu'il soit épandu sur son
propre Sel digéré, & finalement distillé.
Mais on prend l'autre plus acide & commode
pour dissoudre, ou aussi avec son propre sel,
ou avec miel.


Préparation de Tartre.

Au reste la lie de Vin se prépare diversement
pour les maux internes & externes: Car le Tartre
cru, distillé par une retorte de verre avec
son récipient, à la façon de l'eau Stygienne,
produit grande abondance d'esprits blancs,
qui finalement se convertissent en eau & huile
fort crasse & puante. Or cette huile épaisse
est séparée de l'eau par inclination, & convient
à panser & dessécher les ulcères: Mais
l'eau étant distillée par deux ou trois fois
avec colcotar, se purifie tellement qu'elle
perd toute sa mauvaise odeur, elle sert grandement
pour chasser les obstructions des viscères,
principalement de la rate & du foie, &
à toutes maladies tartarées. Si voulez augmenter
la vertu & faculté de ce médicament,
vous le circulerez par quatre jours avec esprit
de Vin dedans le bain, puis ayant séparé
le menstrue par ce bain, vous aurez de reste
un esprit de Tartre fort excellent pour les
maux susdits.
Mais si vous calcinez les fèces très noires jusqu'à
D iiij

@

56 Préparation Spagyrique

blanchir au réverbère, avec eau chaude,
vous en tirerez par le filtre un sel qui étant
coagulé au feu, se résout en eau ou en huile
par humidité, laquelle eau ou huile est bonne
pour ôter les tâches du visage, & mondifier
les ulcères.
Infinis autres remèdes se préparent de tartre,
desquels nous aurons sujet de discourir
ailleurs, & dans peu de temps, moyennant
la grâce de Dieu.


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M A N I E R E D'E X T R A I-
re liqueurs des plantes, semences,
fleurs, racines, &c.

Chap. II.

M Ettez l'éclaire pilée dans une courge
de verre bien bouchée pour y être digérée
l'espace de quinze jours à chaleur de
fient pourri: puis y ayant apposé un alambic
à bec, premièrement, vous séparerez l'eau à
petit feu jusqu'à ce que les fèces soient parvenues
à siccité, lesquelles seront pilées y
versant derechef l'élément de l'eau distillé
auparavant, tant qu'il surnage de quatre doigts:
le vaisseau étant bouché on putréfiera le
tout au bain l'espace de huit jours, puis il
sera encore distillé en donnant le feu par degrés,

@

des Médicaments. 57

jusqu'à tant qu'il n'en sorte plus aucun
esprits: or pour cette seconde distillation vous
obtiendrez une liqueur d'eau & d'air, vous séparerez
le phlegme, si voulez, par le bain &
le réserverez. Quant aux fèces qui resteront
elles seront calcinées à feu lent, par quelques
jours: & étant calcinées & blanchies on
les arrosera de phlegme réservé: putréfaction
en soit faite au bain, & distillation par
l'alambic, jusqu'à ce que la matière se change
en pierrettes blanches qui deviennent cristallines
par solutions & coagulations réitérées
avec leur eau propre, & ainsi les fèces
sont très bien purifiées: auxquelles quoi que
blanches, y a néanmoins du feu, & ne laissent
de contenir une teinture intrinsèque. Jetez
donc sur icelles les deux éléments susdits qu'on
aura réservés comme ci-dessus, & les circulez
ensemble dans le bain, tant qu'une huile apparaisse
& surnage, laquelle est dite vraie essence,
douée d'infinies vertus.
Par même méthode, vous parviendrez aux
vraies préparations de Mélisse, Sauge, Valériane
& de toutes telles autres.


Huiles de fleurs.

De même aussi ferez-vous de toutes fleurs,
ou selon cette méthode, à savoir ajoutant
pour une livre de fleurs, six livres d'eau de
pluie ou distillée, digérant le tout par quelques
jours, puis le distillant par l'alambic avec son
réfrigératoire.

@

58 Préparation Spagyrique

Surtout vous tirerez l'essence des fleurs
suivantes, de Camomille, de Mélilot dont
les huiles sont fort anodines: de Stechas, de
Romarin, de Bétoine, qui remédient aux
maladies du cerveau : d'Absinthe, de Menthe,
qui servent au ventricule: de Genêt,
de Tamaris, qui duisent* aux maux de rate:
de Thym, d'Epithym, d'Origan, propres à
dompter la mélancolie: & de semblables,
premièrement desséchées au soleil comme
il faut, dont le Médecin apprendra facilement
toutes les propriétés.


Huiles de semences & racines.

Semblablement extrairez-vous les huiles
des semences réduites en poudre, comme d'anis
pour dissiper les flatuosités, de Fenouil
pour les maladies des yeux & suffusions.
Tout de même se tirera l'essence des racines,
à savoir d'Angélique, de Bistorte, de
Gentiane, de Tormentille, de Giroflée, qui
conviennent aux maladies pestilentes: de
Souchet, d'Acore, de Coq, pour fortifier l'estomac,
de Dictam, pour apaiser les tranchées
des femmes qui sont en travail d'enfant:
d'Aunée, de Panicant, de Réglisse, de
glaïeul de Slavonie, contre l'indisposition
des poumons, de Pivoine, qui subvient aux
épileptiques.


Note du traducteur :

*duisent: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

des Médicaments. 59

Huiles de fruits.

En même sorte se font aussi les huiles des
fruits, comme de noix du Cyprès, des baies
de Laurier & Genièvre qui échauffent & confortent
médiocrement.
Comme aussi des amandes tant amères que
douces, & ce par le bain, pour les asthmatiques,
néphrétiques, iliaques & afin de remédier
aux inflammations d'urines, moyennant
qu'on en fasse prendre deux ou trois onces.
Lesquelles huiles sont faites de nos Apothicaires
ou par expression de feu, ou pour le moins avec
vapeurs d'eau.


Huiles des Aromates.

L'huile le cannelle se tire semblablement, lequel
fortifie & restaure les forces abattues:
ceux de noix muscade & de poivre, étant
pris ou appliqués profitent à l'estomac débile
& confortent la matrice aussi extrairez-
vous des huiles de clous de girofles, qui se distillent
par une même méthode, & en même
temps que l'eau, & nagent sur icelle dont on
la sépare avec l'entonnoir. La seule huile de
Girofles va au fond, d'autant qu'il y a moins
d'air qu'es autres: toutefois elle chasse l'eau
des membres, purifie le sang & convient à l'imbécillité
de la vue, pourvu qu'on prenne une
ou deux gouttes d'icelle au matin dans le premier
trait de vin.

@

60 Préparation Spagyrique

Mais on fait l'essence de safran qui est bonne
pour affermir les esprits, avec esprit-de-vin
qu'on doit jeter sur icelui tant de fois qu'il
ait entièrement tiré à soi la teinture, & que la
terre demeure blanchâtre, sur laquelle calcinée
premièrement comme il faut, vous épandrez
l'essence tirée avec son menstrue, & circulerez
le tout au bain, puis enfin vous le distillerez
par les cendres. Ce qu'ayant fait, mettez
à part l'esprit-de-vin dedans un matras, &
l'essence de safran restera au fond, laquelle a
une infinité de Propriétés, si on mêle une petite
goutte d'icelle avec quelque liqueur,
bouillon ou vin: elle rétablit & renforce à
merveille les esprits abattus. De même extrait-on
l'essence de camphre.
De toutes écorces de bois, principalement
des chauds, comme du Gajac, Genièvre, Suzeau
& de semblables, se tire une huile par descente,
laquelle nous employons es maux externes,
combien qu'elle soit puante.


Huiles d'écorces & de bois.

Ainsi fait-on l'huile de Gagates, fort utile
pour les maladies de matrice.
Que si quelqu'un veut seulement extraire
l'eau des herbes & fleurs susdites. Il lui convient
les piler toutes sur marbre, puis les distiller
au bain vaporeux par alambic de verre,
après qu'elles auront été putréfiées dans le
fient l'espace de quelques jours, & réserver
l'eau pour divers usages.

@

des Médicaments. 61

Vraie manière de préparer les huiles des
Apothicaires, pour les remèdes
locaux.

Mais pour les remèdes externes vous tirerez
toute la vertu des roses, violettes, Nénuphar,
pavot blanc, Jusquiame, Mandragore
(qui toutes éteignent les inflammations
& ardeurs, apaisent les Phlegmons,
fortifient les membres, condensent, & arrêtent
les désunions, font cesser le radotement,
& provoquent le sommeil) moyennant l'huile
d'Olives, mieux que n'ont accoutumé de
faire les Apothicaires, pourvu que suiviez cette
méthode.
Prenez huile omphacin, lavez-la d'eau commune
distillée, & la purifiez au bain tant qu'il
ne rende plus aucune fèces: cela étant fait
prenez une livre de l'huile ainsi préparée, une
livre & demie de roses rouges nouvelles, séparées
du blanc qui est en icelles, & pilées sur
marbre, le tout soit mis dedans un matras de
verre bien bouché, pour les putréfier en fient
préparé & chaud par douze jours: puis ayant
exprimé le tout & jeté le marc, on remettra
les feuilles récentes & pilées sur marbre en
l'huile réservée, & les fera-t-on putréfier dedans
un matras bouché, comme auparavant dans
le fient pourri chaud, par l'espace de douze
jours, ce qu'on réitérera pour la troisième fois
afin d'avoir une huile parfaite & très bonne.

@

62 Préparation Spagyrique

Ainsi ferez-vous convenablement les autres
huiles réfrigératives, pour les remèdes locaux.
De même se composent les huiles de coings
& de fruits de mûre, qui refroidissent & resserrent,
& sont propres au fondement, à l'estomac,
au foie, au cerveau & aux intestins mal
disposés.
Par moyen semblable on tirera les huiles
de camomille & des lys, qui affermissent les
nerfs, résolvent médiocrement & apaisent
fort les douleurs, excepté qu'elles se font
avec huile doucement préparée ainsi que j'ai
dit.
En même manière se tire avec huile omphacin,
celui de Menthe, d'Absinthe, de Nard,
de Lentisque & autres qui échauffent moyennement
l'estomac, confortent les membres
qui en sont frottés, & aident la digestion:
mais premièrement on le prépare avec son
eau propre, & vin astringent, aussi doit-il
être dépuré de toutes ses fèces au bain, par
quelques jours comme dit a été. Si quelqu'un
veut par le moyen des dites huiles échauffer, atténuer
& digérer d'avantage, qu'il prenne
autant d'huile épurée dans le bain que d'esprit-
de-vin.
Ainsi extrairez-vous des baies de Laurier, &
de semblables, des huiles excellentes, moyennant
que le tout soit digéré en fient chaud l'espace
d'un mois, puis exprimé & réservé pour
l'usage. Elles subviennent aux maladies froides
du cerveau & des nerfs, & dissipent les
vents.

@

des Médicaments. 63

Toutes ces huiles chaudes deviendront encore
beaucoup plus efficaces, si on les tire
seules avec esprit-de-vin seulement par le bain
vaporeux, sans addition d'aucune huile. Car
(comme dit Galien I. simpl. chap. 15.) jaçoit
que l'huile s'enflamme incontinent, toutefois
nous n'en sommes pas échauffés si soudain,
à savoir d'autant que par sa substance
visqueuse & crasse, il s'attache aux parties qu'il
attouche premièrement: à raison de quoi il
demeure fort longtemps sur tout ce qu'on
en oint, n'étant facile à exténuer & digérer,
& ne pouvant être soudain transporté dedans
le corps.


-------------------------------------------
V R A I E M A N I E R E
d'extraire & préparer toutes larmes,
liqueurs & gommes.

Chap. III.

L Es Apothicaires préparent de trois onces
de mastic, & d'une livre d'huile Omphacin,
avec quatre onces d'eau rose, une huile
que les Médecins ordonnent pour fortifier
l'estomac, & le foie, & pour la cure de la
lientérie & du vomissement. Laquelle préparation
semble du tout ridicule à ceux qui par
leur artifice tireront d'une livre de mastic, dix
onces d'huile très pure, deux gouttes de laquelle, ou

@

64 Préparation Spagyrique

prises avec vin ou bouillon, ou bien appliquées
sur la partie mal disposée serviront plus à médeciner
les maux susdits qu'une livre d'huile
qui ne sera pas de mastic, mais plutôt d'Olives,
laquelle est aujourd'hui je ne sais comment
employée par nos médecins: vous préparerez
donc l'huile de mastic selon la méthode
suivante.


Huile de mastic.

Qu'on réduise une livre de mastic en
poudre que mettrez dans un vaisseau de verre,
versant dessus autant d'eau commune distillée
que d'eau-de-vie, tant qu'elles surnagent de
quatre doigts: le vaisseau étant bouché on
putréfiera le tout en fient durant quelques
jours, puis distillation se fera ayant enseveli
l'alambic dedans le sable ou limaille de fer,
donnant le feu par degrés: premièrement une
huile jaunissante distillera avec le menstrue,
gardez-le à part, & augmentant le feu, sortira
une huile fort rouge, puis finalement le
feu étant encore renforcé, il en proviendra
une huile crasse & sentant le brûlé: Que s'il
est circulé avec l'esprit-de-vin qu'on aura séparé
du premier, & distillé derechef, alors
vous serez pourvu d'une vraie huile grandement
utile aux maladies externes: mais l'huile
jaunissante qui aura premièrement été distillée,
se donne avec vin ou décoction propre aux dites
maladies, & sert à restreindre les défluxions.
xions.

@

des Médicaments. 65

L'eau-de-vie en est très facilement séparée,
& l'huile peut être lavée si bon vous
semble. Que si vous craignez l'empyreume
d'icelui, avec eau de roses ou simple, vous
préparerez un remède fort excellent: par
ce moyen vous extrairez d'une livre dix onces
d'huile pure. Ainsi ferez-vous de l'encens une
huile vulnéraire.


Huile de Térébenthine.

Item de la Térébenthine: excepté qu'on
l'extrait même à très petit feu, surtout par
le bain vaporeux: manière de distiller que
j'approuve fort. Cette huile est chaude & subtile,
pénétrant plus avant que la Térébenthine:
elle remédie aux froides maladies des nerfs
& des jointures.


Huile de Colophane & de poix.

Les huiles qu'on prépare de Colophane &
de poix servent aux mêmes maladies: or elles
se font ainsi que l'huile de cire.


Huile de Lierre.

De même aussi extrairez-vous des larmes de
Lierre, une huile pour émouvoir à puissance
les urines.

@

66 Préparation Spagyrique

Huile de myrrhe, Sarcocolle & de
Cancane ou Lacca.

Semblablement de la Myrrhe, Sarcocolle &
Cancane ou Lacca, on prépare divers excellents
baumes vulnéraires, avec huile de Térébenthine,
& de mille-pertuis, lesquels duisent*
à consolider & remplir de chair les plaies.


Huile de Styrax & de Benjoin.

Vous ferez pareillement les huiles de Styrax
chaud, & Benjoin qui sont commodes pour les
ischiatiques.


Huiles d'Euphorbe.

En même façon se tirera l'huile d'Euphorbe
qui convient fort aux maladies de matrice &
des nerfs, à la surdité, au tintement d'oreilles, à
la paralysie, au tremblement & spasme: outre
ce une goutte d'icelui introduite es narines
avec choses convenables, fait sortir la pituite.


Huile de Bdellium & des autres
gommes.

Quant au Bdellium vous en ferez ainsi une
huile. Le Bdellium soit macéré en vinaigre
distillé par douze heures pour y être totalement
dissous, cela étant fait, on le passera
par le tamis, & séparera des fèces, mettez ce


Note du traducteur :

*duisent: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

des Médicaments. 67

qui est pur dedans une retorte de verre, y ajoutant
une moitié de poudre de cailloux calcinés,
apposez un récipient, & donnez le feu
par degrés l'espace de douze heures: & une huile
très efficace en sortira.
Ainsi composerez-vous de Ladanum, Galbanum,
Opopanax, Sagapenum & Ammoniac, des
huiles qui amollissent les tuffeaux podagriques
& dissolvent à puissance toutes duretés de foie,
& de rate & d'autres membres, pourvu qu'ils
soient ou distillez tous ensemble, ou préparés
chacun à part, selon la méthode prescrite.
Reste maintenant que nous parlions de la
préparation spagyrique des simples purgatifs.


-------------------------------------------
D E S C A U S E S E T MA-
nière de la préparation Spagyrique
des simples purgatifs.

Chap. IV.

H Ippocrate au livre de la nature humaine,
écrit que les remèdes purgatifs
attirent les humeurs, qui outre nature sont
contenus dedans le corps, non par quelque
vertu commune & confuse, mais par la semblance,
propriété & sympathie de toute leur
substance: cette opinion est confirmée par
Galien, contre Asclépias & Erasistrate, lesquels
estimaient que les remèdes purgatifs n'attirent
E ij

@

68 Préparation Spagyrique

pas une certaine humeur, mais convertissent
& changent en leur nature quelconque
humeur qu'ils attouchent, & comme la sangsue
ou ventouse peuvent attirer indifféremment
les humeurs séreuses & subtiles, comme
plus propres à être purgées avant que les crasses.
Mais attendu que toute attraction se fait
tantôt par la vertu du feu, tantôt par suite du
vide, tantôt par conformité de toute la substance,
cela s'accomplit par la seule familiarité
& semblance de toute la substance, ainsi
qu'écrit Galien: laquelle ne pouvant être
comprise ni exprimée par paroles. Les Grecs
l'ont nommée ἰδιότης ἄρρητος, c'est-à-dire, propriété
indicible. Ainsi l'ambre jaune attire
les pailles, & l'Aimant le fer: à raison de quoi
aussi on dit que la Rhubarbe évacue proprement
la bile, l'Agaric la pituite, & le Séné la
bile noire: jaçoit qu'outre cette particulière
vertu de purger, chacun d'iceux ait certaine
faculté générale d'extraire les autres humeurs,
ce qu'on peut juger par la composition
de plusieurs médicaments que nous employons
à purger diverses humeurs, lesquels seuls &
de soi ne suffiraient à purger, si par certaine
faculté commune d'évacuer, les simples n'opéraient
mutuellement les uns avec les autres,
& n'irritaient la faculté expulsive par
certaine vertu commune. Car il faut (dit Galien)
que les remèdes mêlés par ensemble, s'accordent
les uns avec les autres, & ne discordent
en aucune chose que ce soit. Or aucuns
des dits remèdes sont cholagogues, lesquels

@

des Médicaments. 69

évacuent principalement la bile jaune, les
autres phlegmagogues, qui purgent le phlegme,
& les autres mélanagogues, faisans sortir
premièrement la bile noire, mais par après
ils évacuent les autres humeurs. Il y a encore
d'autres médicaments qui jettent hors le sang
par les veines des intestins & du ventre, ils
sont improprement nommés vu qu'ils sont
vénéneux, ne purgeant pas seulement, mais
qui plus est faisant mourir les hommes, témoin
Galien qui rapporte l'Histoire d'un certain
homme lequel avait trouvé une herbe
qui faisait perdre le sang, puis la vie à ceux qui
la prenaient. Mais chacun les doit rejeter:
car la seule & vraie évacuation du sang, se
fait par chirurgie ou incision de veine, & non
par tels remèdes, qui par leur acrimonie, par
certaine qualité maligne & propriété mortifère,
rongent les veines mêmes, & par attraction
font sortir le sang qui est le trésor de vie,
non sans violenter grandement les esprits, &
fort émouvoir la nature.
Au surplus tels médicaments purgatifs, sont
disposés en trois bandes, la première est des
malins auxquels y a certaine vertu, & substance
vénéneuse, sinon qu'ils soient dûment
préparés, en icelle sont nombrés d'entre les
racines l'Hellébore, le Turbith, l'Hermodacte,
l'Aunée, Concombre sauvage, Cabaret,
Thymelée, Chamelée: entre les larmes la
Scammonée, l'Euphorbe, Sagapenum: des
fruits & semences, la Coloquinte, l'Epurge:
des pierres, l'Arménienne, l'Azur. Lesquels
E iij

@

70 Préparation Spagyrique

remèdes nuisent beaucoup au corps s'il échoit
qu'ils ne purgent point, ainsi comme Galien
écrit: la seconde bande est des bénins,
qui sont ainsi nommés d'autant qu'ils purgent
doucement, & sans aucun tourment, les mauvaises
humeurs, non du corps universel, mais
seulement de quelques parties, déchargent &
allègent le ventre, & sont bien peu éloignés
de la nature de l'aliment, tels que sont
entre les herbes, la Mauve, la Mercuriale,
les Violiers, les Rosiers, le Chou & la Bette,
le petit Lait, les Prunes, la Manne, la Térébenthine,
& la moelle de casse, lesquels ne
requièrent autre préparation que la vulgaire
pour être pris sûrement.
La troisième est des médiocres où sont l'Aloès,
l'Agaric, le Cartame, le Séné, & les racines
de Rhubarbe, de Polypode, de Glaïeul, de Raifort
sauvage, de Mechoacam, & d'Eupatoire
de Mesue: lesquels deux simples derniers ont
naguère été découverts: à la racine de vigne
noire ensuit totalement les vertus du premier.
Or ils sont tous appelés médiocres,
à raison qu'ils font vider sans grande difficulté
les seules humeurs superflues, & non
propres à sustenter le corps, surtout étant
bien préparés & leur dose convenablement
observée.
La faculté purgative de toutes ces simples
provient de ce que certaine portion subtile
excitée par la chaleur naturelle, se coule es
moindre veines par les conduits ouverts, &
de là recoule es plus grandes d'où elle descend

@

des Médicaments. 71

par le foie es intestins, & es reins mêmes,
dont s'ensuit alors l'évacuation des humeurs
par le ventre, qui quelquefois sont aussi
purgées par les urines, auxquelles paraît manifestement,
tant la couleur que l'odeur du
remède pris, ce qu'un chacun peut expérimenter
en la Rhubarbe, & au Séné, comme
ainsi soit donc que la vapeur de ces
remèdes (laquelle nous appelons essence)
émue par la chaleur naturelle, se levant
de la partie terrestre atténue l'humeur croupissante,
& par son adverse qualité provoque
la nature de la partie, & l'incite à évacuer
la substance terrestre ou la lie demeurant
aussi attachée en l'estomac, & es intestins.
Y a-t-il homme si stupide qui ne loue
la préparation Spagyrigue de tels remèdes?
par le moyen de laquelle nous tirerons cette
essence vraiment purgative, ôtons la qualité
maligne, ou pour le moins la réprimons
avec menstrues convenables, qui s'accordent
en leurs propriétés & symbolisent
ensemble: nous séparons la lie ou la terre
comme morte & nuisible, d'autant que
pour l'épaisseur étant attachée aux taies de
l'estomac elle l'offense. Ce que Galien rapporte
d'Hippocrate en ces termes, car le
médicament purgatif, dit-il, tant petit soit-
il, faut qu'il descende au fond du ventricule,
& en descendant il infecte & blesse
grandement l'estomac, & tout ce qui est
environ le ventricule, non seulement par
la qualité, mais aussi par sa substance engloutie.
E iiii

@

72 Préparation Spagyrique

D'avantage ce qui est d'essence subtile
exerce plus soudain son action propre que ce
qui est de crasse, ainsi que témoigne Galien
en plusieurs endroits. Aussi comme ainsi soit
qu'icelui même au premier des simples dit
que les choses dont la quantité corporelle
est petite, agissent d'avantage que celles
dont elle est grande, notre extraction d'essences
mérite d'être louée, tant à raison que
par icelle s'accomplissent toutes ces choses,
le remède retenant sa propre faculté de purger
l'humeur, qu'à cause que le médicament
a d'autant plus d'efficace qu'il est purifié
de la terre ou lie inutile, & privé de
toute qualité maligne par le mélange de
ses propres menstrues. C'est aussi ce que
Galien écrit devoir être fait, quand il dit
qu'on doit mêler es remèdes des semences
qui puissent restreindre leur malignité, n'empêchent
point leur opération, & qui aient
vertu d'atténuer & inciser, afin qu'ils puissent
dissiper les humeurs crasses & ouvrir
les conduits par lesquels elles doivent être
purgées; tous hommes savants pourront
juger que tout cela se peut dûment faire
par nos préparations. Mais quelqu'un dira
que l'extraction d'essences n'est pas tant nécessaire,
vu que Actuarius (à l'opinion duquel
s'accorde Paul) ordonne à ceux qui
ont l'estomac trop imbécile, d'avaler ou
engloutir quinze ou pour le plus vingt grains
d'épurge, & dit que sans être pilés, ni transportés
par le corps, ils purgent abondamment:

@

des Médicaments. 73

lequel lieu n'oppugne* point notre
opinion, mais plutôt le confirme: attendu
qu'un peu après il enjoint de les manger à
ceux qu'il faut purger avec plus d'efficace.
Par quoi il est assez évident qu'il y a aussi
plus grande vertu au médicament subtilisé
qu'au massif, & qu'on trouve encore beaucoup
plus d'efficace en l'essence qu'es autres
parties: cela se peut remarquer en la
Rhubarbe même, l'infusion de laquelle
purge d'avantage que toute la substance.
C'est pourquoi je ne doute point qu'on n'ordonne
à l'estomac trop débile, les grains
d'Epurge, plutôt entiers que brisés en quelque
autre sorte que ce soit, vu que ladite
Epurge imite de bien près les vertus de l'aunée
selon Galien. Mais ces remèdes sont
tellement âcres & violents qu'avec grande
perturbation, ils évacuent par haut & par
bas: & blessent d'autant plus l'estomac
qu'ils agissent fort violemment: or comme
écrit Galien, le corps fort menu est altéré
& changé plus facilement par ce qu'il attouche:
mais celui qui est plus grand ne se
change, sinon par espace de temps, & finalement
ne souffre qu'à peine même l'altération
sensible.
Car nous expérimentons que le poivre
nous échauffe d'autant plus soudain qu'il
est réduit en poudre fort menue: tel jugement
nous faut-il faire aussi des remèdes
purgatifs. Pourtant le commun se sert de


Note du traducteur :

*oppugne: ou impugne, combattre, attaquer.


@

74 Préparation Spagyrique

leurs décoctions ou infusions, & nous de
leurs essences fort sainement, & sans offenser
l'estomac ou les autres parties en quelque
sorte que ce soit. Qui plus est les vrais
Spagyriques préparent si bien lesdits remèdes
violents, & qui autrement seraient à
craindre, que leur maligne qualité & Acrimonie
est totalement hébétée par correctifs
propres à cet effet: & ainsi tiennent lieu de
remèdes bénins en la cure de plusieurs maladies.
Ainsi notre essence d'Ellébore bien
préparée, se donne aujourd'hui sûrement
en beaucoup de lieux, même aux petits enfants,
pour ce qu'elle purge le corps sans
aucune douleur. Cependant il y a grand
nombre de personnes qui condamnent ces
essences à eux inconnues, en improuvent*
l'usage, & vomissent sur icelles le venin de
leur envie en présence de tout le monde.
Desquels hommes je n'admire plus les injures
& l'ignorance, ayant appris du Comique,
qu'on ne peut rien trouver de plus injuste
& inique que ceux lesquels se persuadent
n'y avoir rien de bien fait sinon ce qu'ils font.
Au reste d'autres se trouveront qui convaincus
par raisons priseront enfin ces essences
nôtres extraites de toutes choses: néanmoins
ils auront crainte d'une chose, à savoir
de l'empyreume introduit en icelles,
ayant retenu du feu certaine qualité accidentelle,
& à cette cause en improuveront*
l'usage, surtout en remédiant aux fièvres


Note du traducteur :

*improuvent: désapprouver, blâmer.


@

des Médicaments. 75

& maladies chaudes: par quoi ils font assez
paraître leur ignorance en l'art Spagyrique,
& montrent qu'ils jugent témérairement
de choses inconnues. Car presque
toutes essences sont extraites par sa seule
chaleur fort tempérée du bain, ou du fient
avec véhicule, ou moyens propres & convenables
à cet effet, lesquels nous appelons
menstrues, à raison qu'ils attirent toute la
vertu naturelle des choses, moyennant le travail
& artifice d'un expert Spagyrique, séparant
ce qui est terrestre & mort, ôtant
l'impur & féculent du pur, & réservant l'essence
vinifique tant seulement, dont la faculté
sortant comme de prison s'élève, &
met en avant des forces beaucoup plus
grandes & efficaces à guérir les corps
qu'auparavant. Que s'ils disent que tous
nos menstrues sont chauds, ils se trompent
fort, car le suc de limons de notre
préparation & le dissolvant des perles qui
les dissout & convertit en essence plus subtile,
& toutefois ledit suc n'est pas chaud,
ni aussi l'essence des perles qui reste, le menstrue
en étant séparé. Car tout ce qui est
subtil ne doit être nommé chaud, ainsi
que Galien écrit, vu que l'eau qu'on reconnaît
avoir une essence subtile par ce
qu'elle coule fort promptement à travers
les poils & vêtements, ne nous échauffe
pas de sa nature, & n'est le propre aliment
du feu, mais lui est totalement contraire.

@

76 Préparation Spagyrique

Mais on répondra que l'alcool, essence &
esprit-de-vin (menstrue duquel nous usons
le plus souvent pour tirer les essences des
autres choses) est très chaud: soit, dira-t-on
pourtant qu'il est aucunement dangereux,
vu qu'on sépare toujours de l'essence de
toutes choses, le propre menstrue, qu'on
ôte entièrement sa vertu, & que le simple
médicament tel qu'il soit, reste accru seulement
en vertu avec ses propres qualités?
Puis afin de retourner aux purgatifs, qui
niera qu'ils aient une secrète vertu d'exciter
la chaleur? toutefois on y doit mêler
les choses qui en réprimant leur malignité,
peuvent atténuer & inciser, & ont faculté
d'avancer & rendre plus efficace l'imbécile
ou lente purgation du médicament,
& ce selon l'opinion de Galien, c'est pourquoi
Paul dit qu'il faut mêler avec l'Ellébore,
le Pouliot ou la Sarriette, ou quelque
ingrédient lequel passe vite, &
ne soit contraire à l'estomac. Aussi tous
les Médecins ajoutent la cannelle & l'épi
de nard à la rhubarbe, le raifort & le cumin
aux Hermodactes: le cardamome au
carthame, la noix muscade, le mastic & les
clous de girofles à l'aloès, le gingembre à
l'agaric, au turpet, & au séné: lesquels quoi
que chauds sont toutefois mêlés avec les
purgatifs, & qui sont aussi donnés sûrement
aux Fébricitants. Ce n'est point à cause
de la fièvre qu'on présente un remède de

@

des Médicaments. 77

qualité chaude, mais d'autant qu'il s'en ensuit
une commodité plus grande à extirper
les humeurs qui causent la fièvre: Car l'utilité
(dit Galien) sera plus grande, l'humeur
qui moleste étant ôtée, que l'incommodité
dont le corps est nécessairement grevé
par les purgatifs, ce qu'on fera encore
plus commodément, si par médicaments préparés
& corrigés, on ôte sans douleur ce
qui offensait: les Médecins font ordinairement
cela, jaçoit qu'ils n'ôtent pas la chaleur
des simples mixtes dont ils usent pour
corriger leurs purgatifs, & toutefois ne
craignent de les faire prendre es maladies
mêmes qui sont chaudes. Mais combien
qu'à leur dire notre menstrue d'alcool de
vin soit chaud, néanmoins il est tellement
spirituel (s'il m'est loisible d'user des termes
de l'art) qu'il s'exhale à la moindre chaleur,
& sépare de son dissous, qu'on sépare artificiellement
des fèces, en sorte qu'il reste
seulement la plus pure & subtile essence, laquelle
aussi exerce plus promptement son
action propre, soit qu'il faille refroidir, soit
qu'on doive échauffer ou même purger, &
ce sans danger, pour deux causes, premièrement
à raison que l'essence des remèdes
se transporte plus soudain par les entrailles,
& ainsi leurs parties âpres & terrestres s'attachant
à celles de dedans ne peuvent ulcérer:
En faveur de laquelle opinion Paul tient
ces propos de la Coloquinte. Qu'elle soit

@

78 Préparation Spagyrique

" (soit dit-il) exactement broyée, d'autant
" qu'âpretés d'icelle s'attachant aux inté"
rieures causent des ulcères, & offensent les
" nerfs par leur attouchement. Puis aussi à
cause que ces essences sont totalement privées
de toute qualité maligne (qu'on n'aura
pu entièrement abolir par la première préparation)
par le mélange des autres essences
exquises, ou pour le moins leur nuisance
en est plus facilement hébétée: Ainsi l'essence
d'Aloès (qui autrement purge trop
tard) évacuera fort subitement, & de peur
qu'elle n'ouvre les veines par sa trop grande
ténuité, on la pourra sans aucune difficulté
corriger avec notre huile de Mastic, afin
de la donner en toute sûreté. Mais oyons
quelle est l'opinion de Mesué touchant toutes
ces préparations. Icelui écrit avec Paul
& Avicenne, qu'il faut subtiliser la Coloquinte
pour nos raisons susdites, en ces
termes: Elle soutient (dit-il) une longue
décoction & contre l'opinion du fils de Zezar:
Il me semble comme au fils de Serapion
qu'il la faut pulvériser bien menu, afin
que sa faculté maligne soit plus amplement
réprimée, par une autre qu'on y aura mêlée
exactement, & qu'elle passe plus soudain à
travers les entrailles, & ne s'y arrête pour
l'épaisseur des parties moins pilées qu'il ne
faut, d'où par aventure il échoit qu'elle est
inutilement retenue es viscères & les ulcères,
surtout quand ses parcelles sont sensibles.

@

des Médicaments. 79

Or qui niera que tout cela est accompli
par nos essences, avec plus grande commodité
& utilité que par le moyen de la seule poudre
menue? Nul comme je crois, sinon quelque
Acesias grossier & ignorant du tout l'art
de Médecine. Il reste que nous décrivions
les extraits des purgatifs, & enseignions la
manière de les préparer, poursuivant le tout
par ordre.

pict

@

80 Préparation Spagyrique

-------------------------------------------
D E L'E L L E B O R E

Chap. V.

P Renez une livre de racines d'Ellébore
nouvelles, & cueillies durant la saison
de l'Automne, faites-les digérer avec eau
d'Anis & de Pouliot (desquels vous aurez
extrait l'huile chimiquement) dedans un
vaisseau de verre bien bouché qui demeure
au bain très chaud l'espace d'un jour entier.
Cela étant fait, tirez entièrement le suc
par expression, mais jetez le marc & mettez
le résidu dans un alambic de verre afin
de séparer le menstrue, & certaine substance
visqueuse restera au fond de l'alambic, sur
laquelle versez esprit de bon Vin, en telle
quantité qu'il surnage la matière de quatre
doigts, le tout soit posé au bain par deux
ou trois jours, & digéré dans un matras à
long col qui soit bien bouché, versez dedans
un autre vaisseau ce qui est clair &
transparent, quoi qu'au surplus il soit amer,
& y remettez nouvel esprit de Vin, faisant
comme auparavant, tant qu'ayez attiré l'essence
par digestions réitérées, séparant toujours
les fèces selon l'art: Ayant fait cela,
séparez premièrement le menstrue par la
chaleur du bain, & étant séparé on les circulera
culera

@

des Médicaments. 81

avec nouvel esprit-de-vin, par quelques
jours. Après qu'aurez encore bien séparé
le véhicule, restera au fond l'essence d'Hellébore,
de moyenne consistance, & de couleur
noirâtre ou brune, que réserverez pour
divers usages.
Un scrupule de cette essence mêlé avec
quelques petites gouttes d'huile d'Anis &
de Menthe, se donne à jeun aux hydropiques
dans une décoction convenable, ou
avec eau de vers, étant aussi prise avec
eau de Bétoine, elle duit aux malades du
cerveau, comme à la manie, mélancolie,
vertige, épilepsie, & à la paralysie: Car
elle purge sans douleur l'une & l'autre biles:
Bref, purge tout le corps d'excréments corrompus,
ce qui rend le corps sain, & le fait
rajeunir, selon Hippocrate. Il n'évacue pas
seulement des vaisseaux les mauvaises humeurs
& excréments en purifiant le sang,
mais de tout le corps, & de la peau même.
Par quoi il subvient fort à la lèpre, au Cancre,
& à l'Erysipèle, à la gangrène, & aux
ulcères farcineux. Paul faisait prendre environ
une dragme de racine d'Ellébore noir
macérée en Hydromel (pourvu qu'on eût
jeûné auparavant) contre les mêmes maux.
Mais j'ignore pourquoi ce remède a maintenant
celle d'être en usage: & à raison de
quoi on l'abhorre comme quelque grand
poison, vu toutefois qu'anciennement on
l'a tant recommandé, sinon qu'on doive
F

@

82 Préparation Spagyrique

par aventure en attribuer la cause à l'ignorance
des Médecins, attendu que ce médicament
& tous autres sont facilement privés
de malignité par leur vraie préparation
ainsi qu'avons déjà dit. Et le bon Hippocrate
rend témoignage de cela, lorsque
parlant aussi de l'Ellébore blanc, il tient ces
propos: L'Ellébore, dit-il, nuit aux corps
sains (ainsi qu'il dit aussi en un autre lieu,
que toute médecine leur est dangereuse)
mais étant corrigé par art & industrie, se
prend convenablement, quand & par qui il
doit être pris, & opère sainement. Mais
on dira qu'au temps d'Hippocrate les corps
étaient plus robustes, ou qu'en ces contrées
si l'Ellébore n'a aucune qualité maligne
(car les simples acquièrent diverse qualité
selon les pays & les lieux) & n'excite
des symptômes terribles comme en nos quartiers:
sur laquelle opinion Mesué dit ces
paroles touchant l'Ellébore. Faut donc
s'abstenir du blanc pour ce qu'il est nuisible
au corps: & qui plus est, on le doit fuir
comme un poison, duquel la vertu principale
est de suffoquer. Il ajoute, Mais
la vertu du noir est tolérable quoiqu'elle
soit aussi difficile. J'estime qu'aucuns
Médecins sont tellement effrayés de cette
opinion seule, que se contentant de lire
quelques écrits, ils condamnent ce qui
leur est inconnu, & improuvent* les remèdes
desquels ils n'ont aucune expérience:


Note du traducteur :

*improuvent: désapprouver, blâmer.


@

des Médicaments. 83

ce qui est absurde, & entièrement indigne
d'un Médecin. Finalement ils répondront,
que les Médecins soit Arabes, soit Grecs,
ont usé d'iceux remèdes violents, à cause
qu'ils avaient manqué de plus doux, c'est
à savoir de la Rhubarbe, casse, manne,
& de semblables qu'on peut donner sûrement,
& qui sont plus utiles. Mais voilà
une excellente louange qu'ils remportent de
ces médicaments en la cure de plusieurs maladies.
Les Rhabarbariques ne savent-ils
pas que (selon Hippocrate) on emploie des
remèdes extrêmes aux maladies extrêmes, &
qu'aucune fois il faut attirer les excréments
mêlés parmi le sang es veines, non seulement
hors les concavités des parties, mais de
tout le corps, voire même des parties éloignées?
En somme qu'en beaucoup de maladies
est quelquefois besoin de purger le cerveau,
même tout le chef, les organes des
sens, les nerfs & autres membres internes.
Ce qui ne pouvant être accompli par ces
remèdes plus légers, il convient en élire
d'autres plus forts, comme l'Ellébore, principalement
le noir (combien toutefois qu'il
ne soit notoire qu'en Allemagne & en Italie
plusieurs grands Médecins usent aussi présentement
du blanc avec heureux succès)
Duquel si on extrait l'essence selon ce qu'avons
enseigné, elle se pourra donner aux
malades, qui en recevront un profit admirable,
F ij

@

84 Préparation Spagyrique

& les Médecins une merveilleuse
louange es maladies longues, & en celles
qui ont fait lever des superfluités aux extrémités
de la peau, telles que sont la lèpre & les
dartres. Car cette essence a grande & particulière
vertu d'évacuer tout ce qui étant
mêlé avec le sang le corrompt: on la fait
aussi prendre aux quartenaires, mélancoliques,
hydropiques, & en beaucoup d'autres
maladies, comme déjà nous avons dit: car elle
purge doucement, & sans aucune douleur
ni vomissement, les excréments du corps
universel.


-------------------------------------------
D U T U R P E T, D E S H E R-
modactes, de la Tymelée, Chame-
lée, Aunée & autres purgatifs abon-
dants en lait.

Chap. VI.

L E Turpet de Mesue (non la racine de
Thapsie de Fuchsius) très blanc, gommeux
& aucunement nouveau, se doit réduire
en poudre fort menue, que mettrez
dans un matras de verre à col long, & bouché
hermétiquement versant par-dessus esprit

@

des Médicaments. 85

de-vin qui surnage la matière de trois
ou quatre doigts, & ainsi le tout demeurera
au bain tiède par deux ou trois jours, afin
que le menstrue attire toute l'essence: l'ayant
mis & gardé à part, reversez-en puis après
de nouveau jusqu'à ce qu'on ne puisse plus
rien extraire de la matière, séparez toujours
les fèces & suivant l'art élisez ce qui est plus
pur. Ce qu'ayant fait vous circulerez le tout
jusqu'à tant qu'il ait acquis un souverain degré
de perfection: le menstrue étant du
tout séparé, le médicament deviendra plus
parfait, moyennant que pour une once
d'essence, on ajoute en la correction un
scrupule d'huile de noix muscade, & autant
de celui de Gingembre. Car son opération
en est tellement amplifiée que par
certaine propriété admirable, elle évacue
des jointures, & de telles parties fort éloignées
& très profondes, la pituite visqueuse
& crasse, même sans exciter l'appétit de vomir
ni causer aucune émotion: comme ainsi
soit qu'autrement elle seule attirerait seulement
la subtile, & ce lentement. On fait
prendre un scrupule de cette essence avec vin
rouge, ou avec quelque décoction pectorale,
elle subvient aussi aux hydropiques & à toutes
maladies pituiteuses.
On tire semblablement une essence de la
racine de Hermodactes blancs & esleus d'Aeginera
(non de l'éphémère colchique des
Apothicaires, que Dioscoride, Galien & Paul
F iij

@

86 Préparation Spagyrique

mettent au nombre des poisons), tout ainsi
que de l'Ellébore, laquelle essence fait sortir
la pituite crasse & visqueuse principalement
des jointures, à raison de quoi elle
duit grandement à la goutte, pourvu toutefois
qu'on la corrige avec huile de Cumin
& de Girofles, car sans cela elle offenserait
l'estomac, & y provoquerait l'appétit de vomir
par son humeur vénéneuse. Elle se donne
ou seule, ou avec quelque décoction convenable,
le poids d'un scrupule, plus ou moins selon
les forces de celui qui la prend. Les racines
d'Aunée, de Thimelée & de Chamelée,
ou le suc du Mezereon de Serapion & de Tapsie,
qui évacuent en partie la pituite, en partie
la bile: non toutefois sans mordiquer*, d'autant
qu'ils sont tous âcres, ignées & fort dangereux
(car ils exulcèrent les entrailles & dérompent*
les orifices des veines) se préparent ainsi
que l'Ellébore, & leur extrait se donne sans
danger, étant mêlé avec l'extrait des myrobolans,
contre l'hydropisie, & pour évacuer
les excréments séreux, même es jointures: la
dose est un scrupule avec une once d'huile d'amandes
douces.
En même façon vous extrairez des grains
d'Epurge pilés une essence, avec laquelle vous
mettrez l'huile de mastic & de noix muscade
pour la corriger.


Note du traducteur :

*mordiquer: irriter, (qui mordille).
*derompent: rompre, mettre en pièces.


@

des Médicaments. 87

-------------------------------------------
D U C O N C O M B R E
sauvage, Hieble, Suzeau
& squille.

Chap. VII.

O N doit cueillir la racine de Concombre
sauvage au mois de Mai, puis la
piler & finalement en exprimer bien fort
le suc. Lequel sera filtré deux ou trois fois,
jusqu'à ce qu'il distille clair & soit bien dépuré:
épandez sur icelui esprit-de-vin santalisé
& dûment préparé, mettant & laissant
le tout au bain par trois ou quatre jours:
versez ce qui est pur d'un vaisseau en l'autre,
y remettant esprit-de-vin, jusqu'à tant qu'il
n'en sorte plus aucunes fèces. Puis on circulera
le tout ensemble, & l'exaltera durant quelques
jours: après lequel temps faudra séparer
le menstrue & faire congeler l'essence à feu
très lent de cendres tant qu'elle soit épaissie,
dans laquelle ajoutez pour once un
scrupule d'huile de cannelle, & demi-scrupule
d'essence de safran. Or ce médicament
évacue à puissance les excréments séreux, &
par ce moyen est fort utile aux hydropiques,
comme aussi à la jaunisse, & aux obstructions
tant du foie que de la rate, si le matin
F iiij

@

88 Préparation Spagyrique

vous en faites prendre à jeun demi-scrupule
ou d'avantage, selon les forces du malade,
avec vin blanc.
Du suc extrait des fruits de Concombre
sauvage, durant la saison d'Automne, lors
qu'étant mûrs ils palissent on fait un très
excellent remède pour évacuer les excréments
séreux & bilieux, pourvu qu'il soit dûment
préparé. Les Grecs appellent ce médicament
Elatere, la préparation duquel est enseignée
par Dioscoride au 4. des simples. Mais on le
rendra beaucoup plus efficace, & il pourra
être donné sans danger, moyennant qu'on
le prépare ainsi.
Ce suc tiré par douce expression soit tellement
filtré que toute la lie en soit séparée,
mettez-le puis après dans un vaisseau de
verre ayant long col, & y versez dessus égales
parties d'esprit-de-vin, le tout soit en
après digéré au bain tiède durant quelques
jours, tant que la lie & toute impureté en
soit ôtée: ayant séparé le premier menstrue
à petit feu, épandez-y d'autre esprit-de-
vin, de l'infusion des épices du diamargariton
froid, & circulez tout dedans un pélican
par l'espace de dix jours, afin d'augmenter
la force du remède, & pour en ôter
toute malignité, finalement le dernier menstrue
étant mis à part, on coagulera le résidu
à feu très lent, ce qui se fera dans peu
de jours. Prenez une once d'icelui & y ajoutez
huile de noix muscade & de cannelle,

@

des Médicaments. 89

de chacune un scrupule, dont ferez mélange,
& ainsi obtiendrez la préparation de
l'Elatere des Spagyriques, ou l'essence d'icelui,
qui fait sortir à merveilles les sérosités
excrémenteuses, même des jointures:
il purge le cerveau & duit fort à la goutte,
à l'hydropisie, douleur de tête invétérée,
& à l'Epilepsie, la prise est demi-scrupule.
Ainsi tirerez-vous des racines de squille un
suc que vous préparerez en même manière
ou (ce qui vaut mieux) vous ferez cela avec
vin de malvoisie. Il évacue les humeurs épaisses,
lentes & attachées à la poitrine les
incisant, atténuant, détergeant, résolvant, &
cuisant: il a anéanti aussi les obstructions du
foie & de la rate. On fait prendre d'icelui
à chaque fois deux scrupules avec une décoction
pectorale, ou avec eau de cannelle.

@

90 Préparation Spagyrique

-------------------------------------------
D E S L A R M E S P U R-

gatives, & de la Coloquinte.

Chap. VIII.

I L est notoire à tous Médecins que la Scammonée
est un remède fort violent & très
dangereux & ce pour diverses raisons. Car
elle nuit grandement à l'estomac par sa flatuosité
mordicante, & le fait dévoyer. Puis
en attirant outre mesure elle fait ouvrir les
veines, par son acrimonie exulcère les intestins,
& ainsi cause des douleurs très graves.
C'est pourquoi Galien la mêle avec les
coins: mais d'autres pour la rendre plus
douce la font cuire avec galanga, gingembre,
semences d'Anis, de Daucus, d'Ache &
Huile de semence de Psyllium dans une pomme
aigre ou âcre. Mais par cette préparation
Spagyrique, on l'approprie tellement
pour l'usage que sans aucun danger elle peut
être mêlée en beaucoup d'autres remèdes, &
donnée sûrement afin de purger la bile & la
pituite.
On choisira & dissoudra la Scammonée en
huile de mastic, extrait Spagyriquement
avec esprit-de-vin, cela étant fait on les digérera
l'espace de huit jours au bain chaud
dedans un vaisseau bien bouché, versez dudit

@

des Médicaments. 91

vaisseau en un autre ce qui sera clair & transparent,
y remettant nouveau menstrue jusqu'à
ce qu'ayez extrait toute l'essence, pendant
quoi toutefois vous mettez à part toutes
les fèces. Puis ayant séparé tout de menstrue
renversez-y encore tant d'esprit-de-vin
coralisé, qu'il surnage quatre doigts, on circulera
le tout au bain par dix jours ou davantage.
Finalement tirez le menstrue & pour
une once de l'essence qui reste au fond du vaisseau,
ajoutez vraies essences de coraux & de
perles de chacune un scrupule, essence de safran
demi-scrupule, huiles d'anis & de cannelle,
de chacun scrupule & demi, dont mélange
soit fait à feu modéré jusqu'à due consistance.
On mêlera cette essence ainsi préparée,
avec essence d'Aloès & de Myrobolans
pour en faire un remède mixte, qui duira* grandement
à purger la bile, & aussi pour évacuer
du cerveau les excréments séreux, un demi-
scrupule d'icelui peut-être donné simplement
avec deux onces d'huile d'amandes douces,
sans aucune perturbation ou lésion de
coeur, d'estomac & de foie: Il fait sortir la
bile des vaisseaux mêmes.
Mais pour préparer l'Euphorbe, le Sagapenum
& l'Opopanax, on les doit premièrement
dissoudre en vinaigre rosat blanc, distillé
au bain vaporeux, & les couler jusqu'à
trois fois par le tamis, afin d'en ôter toute
matière terrestre, & que ces larmes demeurent
bien pures; dont on séparera le vinaigre


Note du traducteur :

*duira: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

92 Préparation Spagyrique

pour amoindrir leur acrimonie par lavements
réitérés en eau de roses: Car ces médicaments
sont âcres & de substance subtile
& ignée: mais la plus chaude, subtile &
soudaine de toutes larmes est l'Euphorbe,
qui selon Galien, abonde aussi en vertu ignée,
& qui opère avec tant de violence qu'on se
doit abstenir d'en user, sinon qu'il soit premièrement
bien préparé: Car Serapion &
Avicenne ont publié en leurs écrits qu'étant
pris de poids de trois dragmes, il faisait
du tout mourir. Néanmoins Aërius &
Actuarius en ont usé, non seulement afin
d'évacuer la pituite, mais aussi pour faire abondamment
sortir tous excréments séreux.
Et Dioscoride écrit qu'étant mêlé seulement
avec miel, on le fait prendre à ceux
qui sont tourmentés de goutte sciatique.
Mais Paul dit qu'une dragme d'Euphorbe
cuite avec miel prise en breuvage, chasse la
pituite, & encore plus les eaux.
Mais par la préparation suivante on le privera
de toute qualité maligne, en sorte qu'il
duira* fort à la paralysie, goutte, spasme, & hydropisie
& sans aucune perturbation, fera vider
la pituite tant soit-elle lente, crasse & collée
aux nerfs & jointures. Or elle se fait en
cette manière.
L'Euphorbe étant résolue avec vinaigre
comme dessus & lavé, arrosez-le d'esprit-de-
vin avec lequel vous tirerez l'essence, les fèces
& impuretés mises à part, on circulera


Note du traducteur :

*duira: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

des Médicaments. 93

tout avec nouvel alcool sucrin par dix jours,
puis ayant séparé le menstrue vous le coagulerez
à feu très lent y ajoutant sur la fin deux
scrupules d'huile de mastic, un scrupule
d'huile d'anis, demi scrupule d'essence de coraux,
dont ferez mélange: la dose est un scrupule
avec une décoction convenable pour remédier
aux maux susdits.
Ainsi prépare-t-on de l'opopanax, sarcocolle
& sagapenum des médicaments fort utiles
aux mêmes maladies: touchant la vertu purgative
desquels les Grecs n'ont rien dit, mais
les Arabes l'ont trouvée. Or iceux purgent
plus doucement que l'Euphorbe: on fait de
tous un remède mixte purgeant de pituite
crasse & visqueuse les parties même plus
éloignées, le cerveau, les nerfs, les jointures
& la poitrine. J'en ferai (Dieu-aidant)
bientôt imprimer la description en notre
pratique ou expérience Spagyrique, où j'enseignerai
plus amplement & plus clairement
la composition & l'usage de tous ces remèdes.
La Coloquinte a une vertu de purger si véhémente
qu'aucune fois par le seul attouchement
& odeur d'icelle, le ventre d'aucuns se
lâche avec grande perturbation. Ce remède,
qui autrement serait fort violent, se peut toutefois
donner en toute sûreté, moyennant
qu'on le prépare ainsi.
La Coloquinte soit pulvérisée bien menu,
sur laquelle versez Alcool de vin très bien

@

94 Préparation Spagyrique

préparé tant qu'il surnage de six doigts, qu'on les
digère au bain dedans un vaisseau bouché
hermétiquement par l'espace de trois semaines:
car durant ce temps elle perdra toute
acrimonie. Si elle est digérée plus longtemps
l'extrait s'adoucira, & ainsi deviendra un
très bon remède pour attirer la pituite, & autres
humeurs crasses & gluantes des parties
plus profondes, & ce sans nuisance comme
nous avons dit. C'est pourquoi on le fait
prendre avec sirop rosat simple, ou de grains
de mûre à ceux qui sont travaillés de vertige,
migraine, épilepsie & apoplexie. On le
corrige avec huile de mastic, de noix muscade
& de cannelle.


-------------------------------------------
D E S P I E R R E S P U R-

gatives.

Chap. IX.

L Es pierres d'Arménie & d'azur embrasées
soient éteintes en eau ardente par
six fois, puis réduites en poudre bien menue,
qu'on lavera plusieurs fois avec eau de
fontaine, jetant la terre & ce qui nagera sur
l'eau: enfin ayant fait dessécher la poudre
qui reste vous la laverez en eau de mélisse &
de buglosse: faites évaporer l'eau de la poudre

@

des Médicaments. 95

à feu très modéré, & icelle desséchée
soit digérée avec menstrue céleste & esprit-
de-vin dans le bain & circulée par vingt jours
jusqu'au plus haut degré; le menstrue étant
séparé, coagulation se fera à chaleur fort modérée,
pour correction ajoutez-y l'essence
de perles, de coraux & de safran avec l'huile
de cannelle & de girofles. Elles subviennent
à toutes maladies mélancoliques, à la
manie, au vertige, à l'épilepsie, douleur de
tête, fièvre quarte & au cancre, la dose est un
scrupule & demi avec eau de mélisse ou de buglosse.
Car elles purgent la bile noire, &
toute humeur épaisse & visqueuse qui est mêlée
avec le sang.
La pierre d'azur ainsi préparée se pourra
beaucoup plus commodément donner en la
confection d'Alkermès, louée de tous Médecins
contre le tremblement de coeur, la
syncope & la tristesse pour fortifier tous les esprits,
& préserver de tout venin.

@

96 Préparation Spagyrique

-------------------------------------------
Préparations de Rhubarbe, Aloès,
Agaric, Séné, Myrobolans, Tama-
rins, & autres remèdes qui purgent
médiocrement.

Chap. X.

C Es médicaments sont nombrés par Atuarius
& les autres Médecins entre
ceux qui sont vraiment purgatif, à raison
que chacun d'iceux tire de toute la substance
une humeur propre: Car ils ne purgent pas
le corps universel par manière de dire jusqu'à
la racine, & avec si grande émotion comme
font les autres: Ce sont les principaux remèdes
que les Médecins emploient à la cure
presque de toutes maladies, ou pour ce qu'on
les peut mettre en usage sans meilleure préparation
que celle dont ils ont connaissance;
ou d'autant qu'ils n'osent expérimenter ceux
qui valent mieux, ignorant les vraies préparations
des autres remèdes. Cependant la vertu
purgative de ces purgatifs médiocres se peut
augmenter par préparation Spagyrique, tirant
d'iceux ce qui est pur, & séparant l'impureté
contraire à la purgation des corps humains.
Car beaucoup de profits en résulteront:
Premièrement, le remède n'offensera
point l'estomac. Comme ainsi soit que rien
ne l'empêche de faire son opération, d'agir
fort

@

des Médicaments. 89

fort soudain au corps & réciproquement de
recevoir & souffrir l'action du corps. Outre
plus à raison de sa moindre quantité il sera
pris beaucoup plus facilement & plus volontiers
des malades: qu'on trouve aucune
fois si difficiles qu'ils aimeraient mieux perdre
la vie que d'avaler pleins verres d'icelles
potions épaisses & troubles, même l'estomac
de plusieurs les abhorre avant leur
prise, ou certes en est tellement débilité
qu'il les vomit un peu de temps après, non
sans grande perturbation. C'est pourquoi les
vrais Médecins doivent avec soin de rechercher
telles préparations de médicaments, afin
de rendre honorable l'art de Médecine,
ou pour le moins de pourvoir à la santé des
malades.
L'essence de Rhubarbe a vertu de purger,
de quoi est un indice certain la subtile
partie d'icelle, qui en cuisant se dissipe & anéantit,
tellement que par ce moyen elle
perd sa vertu purgative: Les Médecins voulant
l'extraire, la font macérer en quelque
liqueur ayant faculté d'atténuer, à quoi ils
ajoutent du vin blanc & de la cannelle: Ils
appellent cela infusion de Rhubarbe, d'autant
qu'en cette manière ils tirent aucunement
la vertu ou l'essence de la Rhubarbe,
rejetant les fèces: Mais nonobstant cela
ledit médicament deviendra beaucoup plus
excellent & utile par la méthode suivante.
Pulvérisez la Rhubarbe & l'enfermez
dans un vaisseau de verre à long col, versant
G

@

90 Préparation Spagyrique

dessus alcool de vin, tant qu'il surnage quatre
doigts, le vaisseau bouché, faites-les
digérer au bain par trois ou quatre jours, jusqu'à
ce qu'enfin le menstrue soit coloré:
Mettez à part ledit menstrue & le réservez
dans un autre vaisseau, puis remettez sur les
fèces autre menstrue nouveau, jusqu'à tant
qu'il ne se teigne plus, & que le marc ou
lie de Rhubarbe demeure blanchâtre. Le
tout dûment circulé selon l'art, on séparera
le menstrue par le bain, & l'essence de
Rhubarbe restera au fonds, à laquelle faudra
ajouter pour once deux scrupules d'huile
de Cannelle. Si vous en faites prendre un
scrupule avec une cuillerée de vin blanc, elle
purgera d'avantage que demi-once en infusion,
& ce avec moindre perturbation. Ce
remède peut être pris des petits enfants,
femmes enceintes, vieilles gens, & de ceux
qui sont encore faibles de maladie: Il purge
& évacue la bile jaune.
La lie ou la terre qui reste a faculté de restreindre,
à raison de quoi on l'ordonne pour
la lientérie, dysenterie & aux flux de ventre.
Que si quelqu'un veut purger plus abondamment,
il calcinera le marc dans le réverbère,
puis en tirera le sel avec les eaux &
par filtrations réitérées le rendra aussi pur
que Cristal. L'essence extraite sera versée
sur son alcali ou sel, digérée, & finalement distillée:
Car la vertu de tous remèdes s'augmente
par ce moyen.
De même préparerez-vous l'essence

@

des Médicaments. 91

d'Aloès, qui purge la bile & la pituite crasse,
mais lentement, surtout de l'estomac & des
intestins, confortant aussi lesdites parties,
& en les détergeant, & en les vidant. Ajoutez
à l'extrait l'huile de Girofles & de
Macis pour stimuler la vertu d'icelui, & l'huile
de Mastic pour réprimer son acrimonie & vertu
corrosive.
L'Agaric préparé en même façon évacue
la pituite crasse, principalement du ventricule,
mésentère, foie, rate, & des poumons,
il l'attire moins du cerveau & des nerfs, d'autant
que la vertu est trop petite. On fait
aussi prendre d'icelui deux scrupules, tant
aux jeunes qu'aux vieux: mais à cause qu'il
offense l'estomac on le corrige avec huile de
Gingembre & de Lavande.
Ainsi extrairez-vous du Séné, Polypode,
Mechoacam, Myrobolans & d'autres semblables,
des extraits ou essences qu'on fera
tous prendre, quand & à qui ils conviendront,
y ajoutant leurs propres correctifs
selon l'exigence de la maladie, & les forces
du malade.
Voilà ce que j'ai voulu mettre en avant
touchant la préparation Spagyrique des remèdes,
espérant d'en publier bientôt des
traités plus amples, moyennant la grâce de
Dieu. Afin que les étudiants en vraie médecine
puissent jouir de mes voyages & du
profit que j'ai reçu en iceux par la fréquentation
des gens doctes, par travaux &
finalement par veilles. J'ai trouvé bon d'y
G ij

@

92 Prépar. Spagyr. des Médicam.

représenter aucunes choses sous quelques
couvertures des termes de l'Art, de peur
qu'on n'estimât jeter témérairement ces précieux
joyaux exposés principalement ici en
faveur des Médecins Spagyriques, aux Sophistes
de toutes bonnes sciences, & aux
contempteurs des secrets de nature, qui
n'ayant rien appris sinon de vulgaire & trivial
méprisent ce qu'ils ignorent, & osent improuver*
& diffamer impudemment cet Art
qu'ils n'ont jamais tant soit peu goûté ni expérimenté.

pict


Note du traducteur :

*improuver: désapprouver, blâmer.


@

93

pict

R E P O N S E A
L'E P I T R E D I F F A-
MATOIRE D'AUBERT
par laquelle il tâche de renverser au-
cuns remèdes de ceux qu'il appelle Pa-
racelsistes.

pict Ombien que le petit livret
d'Aubert ne mérite pas beaucoup
qu'on y fasse réponse,
voulant toutefois y répliquer
quelque chose: En premier
lieu, Je ne puis ni ne dois celer,
que j'ai en grande admiration l'outrecuidance
de ceux qui osent du tout condamner
& détester cet Art, lequel est approuvé
par l'autorité de tant d'anciens & grands
personnages, tels qu'ont été principalement
Hermès, Trismégiste, Geber, Lulle, Arnault
de Villeueusve, & notre Avicenne même,
dont les témoignages confirmés par autorité,
par raisons & par expérience même, sont
d'un si grand poids, qu'il n'est pas tant facile
à telles gens de les invalider par leurs brocards
& faibles arguments: J'avoue bien que
par la faute d'aucuns ignorants, & quelquefois
G iij

@

94 Réponse

aussi par les impostures de quelques mauvais
garnements, les Chimiques ont acquis un très
mauvais bruit: Mais certes à cause de l'abus,
on ne peut dûment & à bon droit condamner
des choses sur tout de telle importance
que je sais & maintien être celle-ci: Car elle
nous fait connaître tant d'effets de l'infinie
bonté & souveraine puissance de Dieu, nous
découvre tant de secrets naturels, met en avant
tant de manières & façons de préparer les
remèdes qui étaient ci-devant inconnues, &
finalement enseigne tant d'usages secrets & cachés
au sein de la nature, des herbes, animaux
végétaux, & presque de toutes choses que ceux-
là sont ingrats envers le genre humain qui voudraient
l'avoir & voir ensevelie. Quant à Paracelse,
mon intention n'est pas d'entreprendre
la défense de sa Théologie, aussi n'ai-je
oncques pensé à le favoriser en toutes choses,
comme si je m'étais obligé par serment à tenir
& suivre tout ce qu'il peut avoir dit: Mais
outre le témoignage qu'Erasme lui rend en
quelques Epîtres, J'oserai bien dire & soutenir,
que plusieurs des remèdes qu'il a prescrits
sont presque divins, & tels que la postérité
non méconnaissante ne les pourra jamais
assez admirer & publier, j'ai espérance d'en
discourir ailleurs. Or quant à vous, Aubert,
afin que chacun entende par quel jugement
vous avez entrepris de les combattre, parlons
de ces deux qu'avez entrepris d'exagiter* en la
préface de votre petit livret, comme un homme,
à ce que je vois fort subtil. Vous croyez


Note du traducteur :

*exagiter: ?. D'après le contexte, mettre en avant.


@

à Jacques Aubert. 95

que l'un d'iceux, à savoir le Ladanum est
dangereux, & l'autre qui est d'yeux d'écrevisses,
ridicule: pour le regard du premier
n'estimant pas que ce soit le Laudanum de Dioscoride,
vous demandez quelle chose c'est.
Apprenez donc de moi que les Médecins
Chimiques appellent ainsi un remède vraiment
louable qui correspondra pleinement à
son non, si on le nomme Laudanum. Mais
(dites-vous) il est composé de suc de pavot.
N'est-ce point ce qui rend votre esprit tellement
stupide? De vrai on y ajoute le suc de
pavot, mais beaucoup mieux préparé qu'il n'a
accoutumé d'être vulgairement, savoir avec
esprit de Vin & de Diambra infusé par quelques
mois, avec essence de safran, de castoréum
ou couillon de bièvre, de coraux, de perles,
de mumie, & avec huile de cannelle, de
clous de girofles, de macis & d'anis, de quoi
bien mêlé selon l'art on fait cet excellent
remède pour empêcher toutes inflammations,
arrêter les défluxions, & apaiser à
merveille toutes douleurs, sans toutefois
éteindre la chaleur naturelle qu'il conserve
& entretient plutôt: Et tant s'en faut qu'il hébète
les esprits, ou (ce qu'on ne peut dire sans
moquerie) prive les parties de mouvement,
qu'au contraire il les conforte, & soulage les
forces par certaine vertu admirable dont il est
doué, ainsi qu'on peut conjecturer par la description,
préparation & mélange convenables
& non vulgaires des choses susdites. Que direz-
vous, si j'ajoute qu'on y mette encore cette
G iiij

@

96 Réponse

vraie essence d'or, que plusieurs anciens Philosophes
& Médecins fort savants ont aussi recommandé
en leurs écrits? Vous vous moquerez,
ce me semble, de cette essence d'or à
vous inconnue, quoiqu'elle soit familière à
beaucoup de Philosophes: Mais je dis que
l'or même fort tempéré, entretient la nature
en sa force, & est un remède efficace
contre toutes affections mélancoliques, pour
l'estomac dévoyé, contre les maux de coeur &
la trop grande tristesse. Certes avec raison
pourrez-vous croire qu'il y a beaucoup plus de
vertu en l'essence d'icelui qu'en vos feuilles
d'or, aussi m'accorderez-vous, Aubert, qu'étant
bien purifié, les propriétés occultes ont beaucoup
plus d'efficace que vos bouillons cuits
avec de l'or. Toutefois je ne pense pas que
vous croyez (car ce serait chose trop absurde)
que l'or lequel ne peut être brûlé ni consommé
par l'ardeur même du feu, vienne à être
tellement digéré & vaincu par la chaleur naturelle,
que sans diminution de sa substance le
coeur en puisse recevoir aucun confort, vu
que les Philosophes tiennent que toute terre
est morte, & que l'esprit seul agit es corps des
choses.
Au reste combien que le Laudanum soit
opiacé, il ne mérite pas pour cela d'être
décrié: Car les Paracelsistes qui ne laissent
d'être sectateurs de l'ancienne & vraie médecine,
reconnaissent bien que le suc de pavot
est fort dangereux & pernicieux, à cause de
sa trop grande froidure, aussi nul d'iceux n'en

@

à Jacques Aubert. 97

use qu'il ne soit corrigé avec Safran, Castoréum
& Myrrhe pour le priver de sa vertu
narcotique. Laquelle préparation n'empêche
pas qu'on ne le prépare mieux: Car on lave
même l'aloès, de peur qu'il ne ronge les veines
& (afin qu'appreniez encore ceci des Médecins
Chimiques) l'hellébore noir qui autrement
serait fort à craindre & plein de danger,
s'approprie tellement pour l'usage avec esprit-
de-vin & huile d'anis, qu'on le peut faire prendre
sûrement, même aux petits enfants contre
l'hydropisie, & toutes affections mélancoliques.
Il ne faut pas donc si légèrement
& avec tant d'indiscrétion condamner
les opiacés, dont se composent divers remèdes
contre les coliques passions, douleurs de reins,
maux de côtés, de jointures, pour faire dormir
& apaiser la toux, empêcher le crachement
de sang, & pour arrêter toutes défluxions tel
qu'est le Philonien approuvé des Médecins
même les plus anciens. Les opiacés sont aussi
requises es antidotes servant à fortifier les membres
principaux, à restreindre la malignité de
tout venin, & infinies autres maladies comme
on peut voir en la grande Thériaque, décrite
par Andromachus l'aîné, dans laquelle
on introduit aussi trois onces de suc de pavot
noir: Comme aussi en la quatrième & dernière
préparation du Mitridat que Galien, Aerius,
& les autres Grecs ont appris d'Antipater & de
Cléopante Médecins fort anciens, & qu'ils
ont décrit avoir presque mêmes vertus que la
Thériaque. Par aventure répliquerez-vous

@

98 Réponse

que la composition de celui notre Laudanum,
n'est pas si tempérée que celle de la Thériaque
d'Andromachus. Vous deviez donc en
avoir connaissance avant que la reprendre,
quoiqu'elle soit recommandée par raison, &
assez vérifiée par expérience. Il vous serait
meilleur & à vos semblables, d'avoir ce seul
remède pour guérir plusieurs maladies, que
d'employer ces diverses sortes de décoctions,
dont plusieurs sont misérablement travaillés.
A la vérité, Pline écrit que Licinius père de
Cincinna ennuyé de vivre, se fit mourir soi-
même par le moyen de l'opium: Mais je m'assure
qu'on ne trouvera personne qui ait usé
de notre Laudanum à son dommage, ce que
toutefois vous écrivez faussement & impudemment.
Au contraire, plusieurs doctes &
bons personnages témoignent qu'avec heureux
succès, & au grand soulagement des malades,
on le leur fait prendre avec raison pour
arrêter toutes défluxions, apaiser toutes inflammations,
& contre les autres maladies auxquelles
on l'ordonne. J'eusse fait imprimer la
méthode & façon de composer cet excellent
remède, duquel vous & vos semblables n'avez
aucune connaissance, si vos écrits ne m'eussent
donné sujet d'aviser s'il est expédient
d'offrir ses perles à tous pour les fouler aux
pieds. Je viens à l'autre remède, que vous appelez
ridicule. Vous vous gaussez de ce que
nous faisons prendre les yeux d'écrevisses calcinés,
à ceux qui sont travaillés de fièvre quarte:
& surtout, d'autant que pour chaque prise

@

à Jacques Aubert. 99

nous prescrivons une dragme & demie de cette
cendre & de son mélange, afin de remédier
à la fièvre quarte. Dont enfin vous concluez
que le lac de Genève ne pourrait fournir autant
d'yeux d'écrevisses, qu'il en faudrait, ce
qui certes est très vrai: Car ce lac ne contient
aucune écrevisse, mais plusieurs Astases: ce
que vous avez mal observé: Car les animaux
couverts d'écailles molles ou croûtés,
sont principalement de quatre sortes, la première
desquelles est appelée des Grecs χά
ραβος, c'est-à-dire Langoustes, l'autre se
nomme Gambre ou Gamaride, & par Galien
ἄνακος, les Grecs appellent la troisième
χαρις, c'est-à-dire Squille, & la quatrième
est le cancre, le nom Grec duquel est χάρκι-
νος. Les doctes savent bien que ce sont divers
genres. Les Astases que vous croyez
être les cancres, appelés des Français écrevisses
sont semblables aux langoustes, &
n'en sont que bien peu différents, ayant seulement
quelques pincettes ou branches d'autre
forme: Car ils ont le corps & la queue longue,
où se trouvent cinq nageoires. Mais les seuls
cancres ont le corps rond, & n'ont du tout
point de queue, d'autant qu'elle leur servirait
bien peu puisqu'ils vivent contre terre, & ont
accoutumé d'entrer es cavernes, & ne nagent
pas souvent. Pour mieux entendre cela, vous
pourrez voir Aristote, Pline, & sur tous
Edoart Vvotthon, livre 10. de la différence
des animaux: Comme aussi les commentaires
de Mathiole sur Dioscoride, qui vous enseigneront

@

100 Réponse

tous qu'il y a grande différence entre
l'Astase dont vous parlez ignoramment, &
l'écrevisse de rivière ou de mer: Mais vous
direz qu'on ne doit pas avoir beaucoup d'égard
aux mots, & que ces genres d'animaux croûtés
sont ainsi nommés indifféremment. Posons le
cas qu'ainsi soit, si ai-je bien voulu dire cela en
passant afin de vous instruire, & pour éclaircir
notre dispute. Vous trouvez étrange qu'on
ordonne les yeux d'écrevisses calcinés, pour
deux raisons, à savoir, d'autant que par leur
siccité & acrimonie ils augmentent la douleur
des quartenaires. Voilà certes une grande subtilité
& digne d'un tel Médecin. Nous n'ignorons
pas, Aubert, que le sujet ou la matière
de la fièvre quarte soit le suc mélancolique,
lequel amassé par ces causes, & ne pouvant être
digéré par la chaleur naturelle, vient à se corrompre
& excite la fièvre. Les Médecins divisent
ledit suc mélancolique en deux sortes,
l'un naturel, qui est comme la lie du sang, l'autre
adulte qui est comme le tartre congelé de
toutes humeurs desséchées, il se fait principalement
de la bile jaune, & de la mélancolie
aduste, & quelquefois aussi de la pituite brûlée,
si nous croyons les Arabes. Donc
comme ainsi soit, que l'humeur mélancolique
qui est froide & sèche, est la matière de
telles fièvres, Nous dirons avec vous que leur
cause est en partie froide, & en partie sèche.
Mais nous nierons, comme faux, qu'elles soient
augmentées par l'usage de toutes les choses sèches
& âcres: Car vu que cette humeur est

@

à Jacques Aubert. 101

épaisse, visqueuse & gluante, & qu'icelle venant
à déborder, se retire ordinairement &
s'amasse en la rate, au mésentère, & environ
les hypochondres, où finalement par succession
de temps elle s'endurcit. Certes, nul d'entre
les doctes Médecins ne doute qu'on ne la doive
amollir, digérer, ratifier, atténuer & inciser.
Or les remèdes qui ont moins de vertu à
cet effet, sont appelés des Grecs καλασικά ou
μαλασιρά, c'est-à-dire mollifiants: mais ceux qui
sont plus chauds & plus subtils jusqu'au second
ou troisième degré, sont nommés des
Grecs ἀραιωπκά, c'est-à-dire raréfiants, qui par
leur chaleur & siccité médiocre dissolvent &
dissipent les matières froides & massives, amollissent,
digèrent & font résoudre toutes duretés
de rate & des autres entrailles. L'usage d'iceux
est requis & fort excellent sur tout es fièvres
quartes. Ainsi l'écorce de frêne, de cappres,
la racine de brionia ou couleuvrée, de
concombre sauvage, d'hièble & de glaïeul,
tous les simples chauds & même aucuns secs,
au tiers degré amollissent & dissipent toutes
duretés, étant pris au-dedans ou appliquez
par-dehors: car ils liquéfient & atténuent la
rate endurcie. Le même pourrais-je dire de
l'ammoniac, du bdellium, de l'opopanax, du
galbanum, lesquels chacun sait avoir une
grande vertu d'amollir & digérer, quoiqu'ils
soient tous chauds & secs. Partant, comme
ainsi soit que les mollifiants & raréfiants conviennent
à la guérison de la fièvre quarte, ainsi
que tous avouent, pourvu qu'ils soient pris

@

102 Réponse

en temps convenable. Vous n'estimerez pas,
Aubert, chose absurde & ridicule, si aucuns se
servent aussi de la cendre des yeux & parfois
des têtes d'écrevisses, ou au défaut d'icelles
de gammares, car les cendres de tels animaux
croûtés, principalement de leurs
yeux, ont aussi en desséchant vertu d'atténuer
& faire résoudre cette lie de l'humeur mélancolique
appelé tartre congelé par ceux que
vous qualifiez Paracelsistes. Que si vous avez
en horreur les calcinations dont nous usons
fort souvent: & si vous demandez pourquoi
elles se font, Aubert, apprenez-le de Galien
au livre onzième des facultés des médicaments
simples, où parlant du sel il dit ainsi: Le sel
brûlé digère bien d'avantage que celui qui ne
l'est pas, à savoir, d'autant plus qu'il devient
subtil par la vertu qu'il reçoit du feu. Mais,
comme il est écrit au même livre, attendu
que les médicaments des parties subtiles ont plus
d'efficace que ceux dont les parties sont grossières,
jaçoit qu'ils aient pareille faculté, à
savoir, d'autant qu'ils pénètrent mieux: pour
cette raison seulement nous mettons en usage
les écrevisses calcinées, surtout afin de détruire
les matières limoneuses & l'humeur
tartarée: Car on extrait le sel des choses par
calcination, mais on ne peut résoudre le sel
sinon par le moyen du sel, si vous l'entendez
bien: Et ainsi apprendrez-vous que la cure ne
se fait par contraires, mais par semblables,
quoi que n'en compreniez encore autre raison.
Autrement, pourquoi diriez-vous que le

@

à Jacques Aubert. 103

gravier des éponges, le verre brûlé, le sang
de bouc fort séché, les cendres de limaçons ou
escargots, la pierre Judaïque calcinée & l'os de
seiche, subviennent si puissamment au calcul?
Je sais que vous auriez recours à l'ancre sacrée
des ânes, c'est-à-dire aux propriétés occultes:
Et toutefois la raison montre que cela provient
du sel qui le fait résoudre & sortir par
l'urine. Que diriez-vous donc du Troglodys,
cet excellent remède dont les Anciens se
servaient contre le même mal, & duquel Paul
Aeginera fait mention en son troisième livre,
chapitre 45. Icelui, dis-je, tout confit avec
sel & mangé souventes fois tout cru chasse
la gravelle formée, & empêche qu'à l'avenir il
ne s'en engendre plus. Que si on le brûle entièrement
avec des plumes, toute la cendre
prise dans un breuvage de vin pur, & de miel
avec un grain du poivre, peut causer même
effet. Vous voyez comment, & en quelles
maladies les Anciens ont semblablement usé
des dites cendres que vous surnommez absurdes
selon votre esprit, à savoir, pour chasser la
gravelle des reins, dont la matière est toutefois
une humeur si épaisse, que par chaleur elle
se convertit en pierre. Or Hollerius & Mathiole
ont remarqué combien grande vertu il y
a es dites cendres calcinées, & on l'a mille fois
reconnu par certaine expérience. Je n'omettrai
point aussi le Cristal qui tient le premier
lieu entre les autres médicaments qu'on emploie
à cette maladie: Le Cristal, dis-je, calciné
au four de réverbère, dont finalement on

@

104 Réponse

extrait un sel qu'on fait résoudre en humidité
pour en composer une huile excellente, est
aussi fort utile pour anéantir toutes obstructions
des entrailles. Par ainsi vous n'avez point sujet
d'estimer si ridicule le remède qu'on prend
des yeux d'écrevisses calcinés, ni de vomir sur
icelui le venin de votre courroux. J'ajouterai
que selon Galien, & au jugement de tous
les Anciens, lesdits cancres calcinés, par la
propriété de toute leur substance ont une vertu
admirable contre les morsures de chien enragé.
Or les paroles que rapporte Galien de
son précepteur Pelops, dénotent que la rage
est aussi une maladie très sèche. Ce n'est pas
sans cause, dit-il, que l'écrevisse étant un animal
d'eau, subvient à ceux qui sont mordus de
chien enragé, & qui craignent d'être saisis
d'une maladie fort sèche, à savoir, de la rage.
Reste à présent que je parle de l'acrimonie que
vous trouvez en la calcination des écrevisses.
Icelle, dites-vous, augmente la fièvre quarte:
Mais je doute que ces paroles ne fassent croire
aux Doctes, que vous ignorez du tout ce que
veut dire saveur âcre: Car nous pourrions sans
difficulté vérifier que la cendre d'écrevisse
n'est point âcre, vu qu'il est notoire à tous
Physiciens que les choses âcres sont extrêmement
chaudes: telles que sont les deux espèces
qu'en font les Médecins: Car les unes se peuvent
manger, les autres non: celles-là sont participantes
de certaine qualité douce, ou pour
le moins obscure, celles-ci sont mortelles au
dire de Galien, ou bien au moins entament-

@

à Jacques Aubert. 105

elles notre peau étant appliquées sur icelle. Et
telles choses se doivent appeler âcres, à savoir,
tandis qu'elles ne sont point mêlées avec
d'autres qualités, leur fonction & propre office
est de brûler, comme le propre effet de
l'amer est d'atténuer, & du doux d'alimenter.
Or que les cendres d'écrevisses n'ont telles
propriétés, les paroles de Galien en font foi,
quand il discourt touchant les différences des
saveurs amère & âcre: Car il dit que l'âcre est
accompagnée de quelque humidité, mais il
avoue que toutes saveurs amères ont non
seulement vertu d'échauffer, & (comme celui
qui les compare fort proprement) dit qu'elles
ressemblent à la cendre. Par quoi vous deviez
plutôt dire que la cendre des yeux d'écrevisses
était amère, que d'enseigner qu'elle est
âcre, l'humeur desquels venant à se consommer,
diminuer & évaporer par la chaleur, s'ensuivent
la siccité & cinération. D'où vient qu'ils
acquièrent une qualité non âcre, mais amère,
& quoi que leur substance soit terrestre, elle
est toutefois subtile, à savoir, d'autant plus
que le corps même devient subtil par la vertu
qu'il reçoit du feu, comme nous avons ci-
dessus rapporté de Galien, & en est nécessairement
rendu chaud & sec. Par ainsi ne faut-il
point douter que l'amer ne déterge aussi, atténue
& incise les humeurs crasses & visqueuses,
comme font la cendre & le salpêtre selon
Galien, lequel vous pourrez voir, afin que ne
sembliez ignorer les principes mêmes. Mais
d'autant que je reconnais qu'on vous doit concéder
H

@

106 Réponse

quelque chose, Je vous accorde volontiers
que la chaux des écrevisses est âcre, mais
que par son acrimonie elle augmente la quarte,
c'est ce que j'improuve* fort. Car je vous prie,
dites-moi, Tous les dogmatiques tant Grecs
qu'Arabes, & même Paul Aeginera ne permettent-ils
pas aux quartenaires l'usage de sénevé,
de poivres & des aulx, voire même les
ordonnent pour leur vivre? Et le diatriompiperon
ou le diospoliticon qu'ils appellent, ne
sont-ils pas nombrés entre les remèdes de la
fièvre quarte? Il ne sera pareillement hors de
propos de mettre en avant les paroles d'Hollerius
Médecin très fameux, touchant & pour
cette opinion quand il discourt du vivre des
quartenaires. Pour le regard du vivre, dit-il,
on peut au commencement user de matière
tempérée: mais entre le commencement & la
vigueur, de choses âcres, comme le sénevé &
de viandes salées, dont l'usage est aussi loisible
après la vigueur. Il ajoute sur la fin: Car on
prescrit es viandes salées à cause que le sel incise,
atténue, dissipe les excréments, sèche,
rassure la vertu & fortifie. Par quoi j'estime
qu'il vous est notoire & à tous, combien lourde
faute vous avez commis en blâmant notre
remède, puisé certes, de la doctrine des Dogmatiques.
Mais pour ce que vous ignorez ou
taisez les autres simples qu'on y ajoute: Je
vous ferai maintenant ce plaisir de vous enseigner
la composition d'icelui. Il admet la racine
d'Aron préparée, comme aussi les racines d'acore
vulgaire, & de pimprenelle préparées &


Note du traducteur :

*improuve: désapprouver, blâmer.


@

à Jacques Aubert. 107

séchées, les yeux d'écrevisses calcinés (desquels
pour chacune dose n'y entre pas demi-
scrupule) la semence de cresson alénois & du
sucre, le tout se mêle, la prise est une cuillerée
au matin, pour conforter l'estomac débile,
pour délivrer les entrailles d'obstructions, &
pour les duretés de la rate, c'est un fort bon remède,
lequel quoi que familier a toutefois
été souvent éprouvé, & est journellement
employé par beaucoup de savants Médecins:
Mais je ne crois pas qu'aucun d'entre les doctes
dise qu'il soit tant absurde & si dommageable
aux quartenaires. Si donc votre affection
& intention était de redarguer* les remèdes de
Paracelse, vous deviez choisir quelque chose
de plus spécieux, pour y exercer la grandeur de
votre esprit, & faire preuve de votre savoir:
Car combien que tels remèdes soient Théophrastiques,
ainsi que vous les appelez par
mépris, ils sont néanmoins conformes à la
raison, & doivent être approuvés de tout expert
Médecin. Mais par aventure, direz-vous,
que le divin Hipocrate & Galien n'en ont eu
connaissance, Et pourtant concluez-vous
qu'ils sont à rejeter: Mais c'est à votre jugement,
qui toutefois n'est fondé sur aucune
raison: Car nous n'avons point en mépris leur
grande doctrine & divin savoir, aussi ne diffamons-nous
pas leur mémoire, disant qu'encore
qu'ils aient les premiers excellés en l'art
de Médecine, si n'ont-ils pas fondé & éprouvé
toutes sortes de médicaments, ou connu
leurs facultés: Car la vie est courte, comme
H ij


Note du traducteur :

*redarguer: réfuter, contredire.


@

108 Réponse

dit Hippocrate, & l'Art qui consiste en expérience
même dangereuse & trop longue. Galien
écrivant du vif-argent au 4, des simples chapitre
19. n'a point eu honte de confesser qu'il
n'avait oncques éprouvé s'il causait la mort,
soit avalé soit appliqué par-dehors. Il ne faut
pas que vous croyiez que Théophraste ait été
le premier & seul Auteur de tant de remèdes
inconnus, que lui-même confesse en ses livres
avoir appris en communiquant avec plusieurs
doctes Philosophes & Médecins, tant
Egyptiens que principalement Arabes, chez
lesquels il a demeuré captif l'espace de quelques
années, afin d'y apprendre quelque chose,
d'où il a finalement rapporté les dépouilles de
tant de beaux remèdes qui tous sont pris en
partie des huiles extraites d'épiceries, d'herbes,
fruits, fleurs & semences, & des essences
de tous laxatifs, une goutte desquelles aura
plus d'effet que tant de dragmes & onces:
pour faire qu'elles opèrent en toute leur substance,
on les peut épandre & jeter dessus leur
propre sel, ce qu'on peut faire en plusieurs
ainsi qu'en d'autres, la terre doit être rejetée
comme du tout morte, & entièrement contraire
à la purgation. On fait aussi plusieurs
belles & bonnes préparations de diverses sortes
de résines, gommes, & autres végétaux, tout
ainsi que de divers membres de beaucoup d'animaux
bien préparés, on compose grand
nombre de remèdes salutaires; comme de la
préparation de vraie mumie, notoire aux seuls
Théophrastiques, se fait un excellent remède

@

à Jacques Aubert. 109

contre les maladies pestilentielles, de l'huile &
sel de crâne humain non enterré, contre l'épilepsie.
Des huiles de miel, contre les pierres.
Des autres préparations de graisses, pour adoucir
& faire mieux résoudre, comme aussi
du musc, de la civette, du castoréum, de corne
de licorne, d'ivoire, de corne & d'os de coeur
de cerf, contre les maladies cordiales & autres.
Aussi fait-on plusieurs extraits d'infinis autres,
la préparation de tous lesquels s'est découverte
par l'art chimique que vous condamnez:
Car les remèdes Théophrastiques ne se prennent
pas des seuls métaux & pierres précieuses,
comme plusieurs croient & font croire
à tout le monde, aussi ne sont-ils âcres & violents
ainsi que criaillent les ignorants & peu experts,
mais ils sont très doux & fort convenables
à notre nature qu'ils conservent, vivifient,
purifient le plus souvent par sueurs tant
seulement: Bref toute leur substance est grandement
profitable, comme beaucoup de gens
doctes expérimentent journellement avec
heureux succès: Mais nous avons plus qu'assez
ou trop parlé de ces choses. Venons maintenant
à ce que vous écrivez touchant les
métaux.

H iij

@

110 Réponse

-------------------------------------------
B R E V E R E P O N S E
de Joseph du Chesne, &c au livre de
Jacques Aubert touchant la généra-
tion, & les causes des métaux.

pict Ucuns écrivent que le métal est
un corps minéral naturellement, ou
liquide, comme l'argent-vif: ou dur
& ne pouvant être fondu par l'ardeur du feu,
tels que sont l'or, l'argent, le plomb, l'étain:
ni amolli comme le fer. Mais d'autres sous ce
nom de métal, ont proprement entendu ce
qu'on fouit de terre, & tire hors des entrailles
de la terre. Ainsi Onesieritus a écrit qu'il y
avait un métal de rubrique ou craie rouge en
Carmanie. Et Hérodote de sel, en Lybie, auprès
de la montagne d'Atlas, de quoi Pline
rend témoignage au livre 33. de son histoire
naturelle. Finalement, quelques autres ont
proprement appelé métal, ce qui étant fondu
retourne en sa forme précédente, & qui se
peut duire* & étendre avec le marteau, & qui
est dur & capable d'impression. Et pourtant
les ont-ils divisés en six espèces principales, à
savoir, en or, argent, airain, étain, plomb
& fer. Aucuns y ont ajouté le vif-argent,
n'entendant pas qu'il soit actuellement métal,
mais seulement en puissance. Or les Chimiques
ont accoutumé de les appeler des noms qui


Note du traducteur :

*duire: du verbe duire, convenir, plaire, et aussi dresser, accoutumer.


@

à Jacques Aubert. 111

appartiennent aux Planètes ou Astres errants,
non qu'ils rapportent leur matière aux Planètes,
comme pense seulement Aubert: Mais en
partie ayant égard à certaine ressemblance des
plus grands & principaux Astres, à raison de
laquelle ils ont appelé Soleil & Lune les deux
plus parfaits métaux, & à cause de la dureté du
fer, ils l'ont appelé Mars, que les Poètes ont
feint Dieu de la guerre & des armes, & l'argent-
vif Mercure en considération de son grand &
presque incertain mouvement: En partie aussi
pour cacher leurs secrets sous certaines couvertures
énigmatiques à l'exemple des Pythagoriciens.
Au demeurant, je n'aperçois aucune raison
pour laquelle on doive proprement nombrer
l'Antimoine entre les métaux, par quoi (n'en
déplaise à Agricola sur l'autorité duquel Aubert
est appuyé) on le doit retrancher du rang
d'iceux, vu qu'il répugne du tout à leur définition:
Car tous les métaux liquéfiés retournent
à leur propre forme, & sont tous ductiles,
durs & susceptibles d'impression, à raison
de quoi ils sont distingués & séparés en plusieurs
pierres capables de fonte ou liquéfaction,
auxquelles l'humidité n'est parfaitement mêlée
avec le sec terrestre, comme aussi de diverses
pierres à feu, & des demi-métaux. Mais les doctes
expérimentent journellement que l'Antimoine
fondu perd totalement sa première forme.
Et vu qu'on reconnaît par l'expérience
qu'il ne peut s'étendre ni ne peut recevoir d'impression,
on ne doit proprement l'appeler métal.
Néanmoins notre Aubert a trouvé bon de le
H iiij

@

112 Réponse

faire, lui qui est tellement versé en la connaissance
des métaux, qu'il controuve* encore que
l'étain de glace (qui est vraiment le bismuth,
& ce genre de plomb cendré, dont Agricola
traite amplement au livre 8. de la nature
des minéraux) est l'Antimoine cuit & le régule
des Chimiques, chose du tout absurde: car
l'Etain de glace, qu'on appelle proprement
bismuth, n'est pas l'Antimoine préparé en quelque
sorte que ce soit, aussi ne peut-on dire que
le régule des Chimiques extrait de tartre & de
Soufre soit le bismuth: ce que je laisse à juger
aux doctes, & à tout homme de sain entendement.
Mais cela ne sert beaucoup à notre propos
vu que plusieurs choses comme nous avons
dites, sont appelées du nom de Métal, & toutefois
improprement. Il faut en cela excuser
Aubert qui n'a jamais vu de mines pour en juger
droitement, & n'a compris ce que veut
dire Agricola. Cependant il se plaint de ce que
les Chimiques divisent lesdits métaux en parfaits
& imparfaits, & trouve cela ridicule
pour plusieurs raisons. Premièrement, d'autant
que la définition qu'en donne Gebert, ne
convient pas moins à l'un qu'à l'autre métal,
vu toutefois que pour bien discerner les parfaits
d'avec les imparfaits, il devait poser
une définition convenable aux uns, & une autre
aux autres. Comme si la définition de l'homme
ne convenait pas à un enfant, j'açoit qu'il n'ait
encore atteint l'âge viril, & qu'à raison de
plusieurs accidents il semble en être différent,
ainsi que les métaux sont divers entre eux. De


Note du traducteur :

*controuve: du verbe controuver, imaginer, inventer.


@

à Jacques Aubert. 113

même faudrait-il que la définition des Coraux
blancs & rouges fût autre & diverse, combien
toutefois qu'ils sont différents les uns des autres,
d'autant que les blancs ne sont parvenus
au dernier degré de perfection pour n'être
exactement cuits: Et néanmoins, les uns & les
autres ont une même définition. Mais pour
mieux vérifier son opinion, Aubert écrit que
tout ce qui a une forme essentielle, telle qu'ont
indubitablement les métaux est de nécessité
parfait, & que la nature bénigne mère de toutes
choses en parfaisant son oeuvre ne cesse nullement,
& ne s'arrête point qu'elle n'ait atteint
le but qu'elle s'est proposée, sinon qu'il y
ait empêchement. Il ajoute que la matière
dont se fait quelque chose naturelle, & que la
nature met en oeuvre se meut tandis, jusqu'à
ce qu'elle ait acquis & reçue sa forme essentielle.
De tout cela finalement il conclut que
les métaux ne se peuvent diviser en parfaits &
imparfaits, & qu'on ne doit nullement dire
que l'or soit plus excellent ou plus parfait que
les autres, encore qu'il ait davantage de splendeurs
& soit plus tempéré. Ce qu'il nous faut
entièrement réfuter, comme raisons défectueuses
& frivoles. Et afin que nous parcourrions
& examinions le tout par ordre convenable:
Il nous faut montrer que les vrais Philosophes
ont raison de dire que l'or est plus parfait, plus
excellent, & plus pur que les autres métaux
parfaits & imparfaits, sinon avec raison.
Donc pour m'appuyer aussi sur l'autorité
d'Agricola de qui Aubert a pris tout ce qu'il

@

114 Réponse

allègue, icelui au livre des choses souterraines
écrit, que les métaux diffèrent les uns d'avec
les autres, non seulement en splendeur,
mais aussi en couleur, saveur, odeur, pesanteur
& en vertu. Et surtout parlant de la splendeur
(que vous-mêmes avouez aussi être
tant en l'Or qu'en l'Argent) il dit: Mais tant
plus l'humeur est subtile, épaisse & pure, d'autant
plus le métal est-il clair & luisant, c'est
aussi pourquoi l'Or surpasse les autres en cet
endroit. Le même Agricola cherche aussi
l'excellence de l'Or es différences de l'odeur,
saveur & pesanteur: Car les métaux imparfaits
étant réduits en liqueur se trouvent amers
au goût, comme l'airain & le fer. Or la
cause de cette amertume est la terre aduste
dont lesdits métaux sont participants, comme
témoigne Agricola. Mais les autres, d'autant
qu'ils sont composés de terre pure & ont beaucoup
d'eau, ils n'impartissent aux liqueurs sinon
un goût douceâtre, comme l'Or & l'Argent.
Voire qui plus est, la terre de l'Or étant très
pure & bien détrempée avec son eau, en même
temps qu'on le brûle il rend une fumée
très subtile & presque insensible, laquelle est
plutôt douce que puante. Outre ce, ledit
Agricola dit encore qu'en purifiant l'Or par
l'ardeur du feu, il n'en sort comme point d'excrément,
mais que les autres en jettent beaucoup,
& ce l'un d'avantage que l'autre à mesure
qu'il est plus impur. On doit aussi chercher
l'excellence de l'Or en la force & vertu: Car
hormis icelui & l'Argent, tous autres métaux

@

à Jacques Aubert. 115

s'évanouissent en fumée dans le ciment & coupelle,
& viennent à se perdre par la violence
du feu: ce qui leur advient selon que la terre
qu'on y trouve est moins pure & mal détrempée.
Aussi d'autant plus que l'un est abondant
en terre impure comme le fer, cela lui échoit
plutôt qu'à l'autre: Mais vu que le seul Or
ne peut être consommé par aucune chaleur de
feu, ainsi que dit Aristote, & attendu qu'il ne
perd rien de sa pesanteur, soit qu'on le brûle,
soit qu'on l'examine, il faut que la terre d'icelui
soit très pure, & parfaitement mêlée avec
son eau. D'où provient que la terre retient
l'humeur & empêche qu'elle ne soit expirée,
l'humeur réciproquement garantit la terre
d'être embrasée comme dit Agricola: Cela
procède suivant l'opinion de quelques autres
du sec & de l'humide fort subtils, & n'ayant
rien d'impur mêlé avec soi. Par ainsi l'Or est
naturellement plus pur & précieux que les autres
métaux, d'autant qu'il les surpasse tous en
simplicité & pureté, & qu'il est fort éloigné
de l'imperfection des éléments à cause de sa
forme. Pline dit aussi que l'Or seul n'est sujet
à être consommé par le feu, ce qu'a pareillement
chanté le Poète ci-dessus: Dont on
peut recueillir qu'entre tous les métaux le seul
Or est non seulement le plus resplendissant
& le plus tempéré, mais aussi le plus parfait,
au regard duquel les autres métaux sont dûment
appelés imparfaits: Car la nature
vise toujours à la seule perfection, qui est la
production de l'Or, lequel seul entre autres

@

116 Réponse

s'appelle métal parfait. Et nul agent naturel,
comme parlent les Philosophes, ne cesse d'agir
en sa matière, & ne la quitte point avant que
d'y avoir introduit la forme. Par quoi tandis
que l'agent est conjoint à la matière, ou pendant
qu'il agit en icelle, cela est dit imparfait, d'autant
que la chose n'est point parfaite, sinon
après l'introduction de la forme. Donc
comme ainsi soit qu'en tous métaux certaine
eau visqueuse appelée des Philosophes Chimiques,
argent-vif, pour y être conforme tient
lieu de matière, & que le souphre qu'ils appellent
ainsi en considération de quelque ressemblance,
est comme l'agent & l'introducteur
de la forme en ladite matière: Aucun métal
ne pourra être dit parfait, sinon celui duquel
ledit souphre est séparé: Mais pour ce que
le souphre susdit est conjoint à la matière des
autres métaux par lequel ils se peuvent dissoudre,
noircir, calciner & brûler (ce qui leur
advient seulement à cause d'une exhalaison
sèche, qui est le souphre, matière capable d'ignition,
c'est-à-dire propre à être brûlée); pourtant
sont-ils appelés du tout imparfaits. Mais
au contraire, d'autant que le seul or est totalement
dépouillé de souphre, de quoi l'alliance
de l'Or & de l'argent-vif est un indice suffisant:
car ainsi que dit Pline, toutes choses sur icelui
excepté l'or, avec lequel seul il s'allie & l'attire
à soi. Le seul or, dis-je, à cette cause est exempt
de toutes ces corruptions, & dedans & hors le
feu. Or avec bonne raison est-il dit parfait
& formé selon la première & vraie intention

@

à Jacques Aubert. 117

de nature, accompli, par ce qu'il est parvenu
à sa dernière fin qui le rend complet & pur,
d'autant que l'agent n'est pas conjoint à la
matière, mais en est séparé. En faveur de cette
opinion Aristote parlant des métaux au 3. livre
des Météores, Chapitre dernier, écrit ainsi.
Par quoi, dit-il, tous ont de la terre en eux &
sont brûlés, d'autant qu'ils ont une exhalaison
sèche, mais le seul or entre tous, n'a point
accoutumé d'être brûlé en quelque sorte
que ce soit. Aubert non content de ces raisons
répondra, Toutes choses sont nécessairement
parfaites qui ont reçu une forme essentielle.
Or, dira-t-il, hormis quelque souffle-
charbon, personne ne nie que chacun des métaux
ait sa forme substantielle, & par ce moyen
il conclura qu'ils sont tous parfaits. Mais
nous répondrons facilement à cette objection:
Car de vrai les choses qui persistent en leur nature
sont nommées parfaites en leurs espèces
au regard de leur forme substantielle, mais aucunes
demeurent naturellement en leur espèce,
qui toutefois se parfont comment que ce
soit par leur forme substantielle, vers laquelle
y a certain terme de mouvement. Et à cause
qu'elles tendent à une autre dernière forme
substantielle qui les rend parfaites & accomplies,
pourtant sont elles dites imparfaites
pendant leur demeure sous ladite forme première,
eu égard à celle dernière qu'elles peuvent
acquérir. Que si on n'y a point d'égard,
qu'on les considère seulement en elles, alors
elles seront parfaites en leur espèce à raison

@

108 Réponse

de leur forme substantielle, selon l'exigence de
leur espèce. Chacun peut reconnaître cela en
la génération des oeufs, où se trouve quelque
terme de mouvement en l'acquisition de leur
forme substantielle, qui demeure en tel état.
Mais d'autant que lesdits oeufs sont destinés
par nature, non à demeurer sous ladite forme,
mais à engendrer un oiseau, & par ce moyen
acquérir leur dernière forme substantielle:
pourtant sont-ils appelés imparfaits sous la
forme d'oeuf, & la chose parfaite après la génération
de l'oiseau, attendu que c'est la dernière
fin des oeufs. Semblable jugement doit-
on faire des métaux, lesquels quoi que participants
d'une forme essentielle en leur espèce,
ne peuvent toutefois être dits parfaits au
regard de l'Or, qui comme dit a été, est seul
parfait avant que d'être parvenus à cette fin
dernière & complète, savoir à la perfection
de l'Or, & sinon qu'ils soient devenus Or. Et
tout ainsi qu'en la génération de l'Embryon, on
fait comparaison de l'âme végétative à la sensitive,
& de la sensitive à la raisonnable, d'autant
qu'elles sont comme dispositions à la raisonnable,
& non comme formes, de même les
autres métaux imparfaits, semblent se rapporter
à l'Or. Par quoi les Chimiques ont eu raison de
diviser les métaux en parfaits & imparfaits:
Car jaçoit que la différence des métaux soit en
leur forme, néanmoins la différence de l'espèce
ne sera proprement comme la différence du
cheval & de l'homme: Mais elle sera plus propre
étant prise de la matière & de ses parties,

@

à Jacques Aubert. 119

c'est-à-dire, eu égard à la digestion & indigestion,
à l'accomplissement & imperfection, vu
que la propre matière de ces choses est du tout
semblable, mais elles sont indigestes, imparfaites
& destinées à l'Or. Quant à ce qu'Aubert
juge le fer plus noble que l'Or, pour ce
qu'il est plus commode à l'usage des hommes.
Je n'estime pas qu'il persuade cela à aucuns
Médecins tant ignorants soient-ils qui cherchent
le moyen d'acquérir, non du fer mais de l'Or.
Or je crois avoir suffisamment parlé de l'excellence
& perfection de l'Or, mais d'autant que
nous avons dit que tous étaient proprement
de même matière, quoi qu'inégalement digérée
en chacun d'iceux, ce qui est l'état de la
question. Faut maintenant chercher ladite matière
des métaux. Les Philosophes divisent la
matière des Métaux, comme aussi des autres
corps mixtes en deux sortes, l'une générale &
fort éloignée, qui se prend des Eléments comme
toutes choses sont composées & auxquels
elles se réduisent n'y ayant rien de plus. Or les
Péripatéticiens soutiennent contre les Stoïciens
que les seules quantités & vertus des Eléments
se pénètrent les unes les autres, & se mêlent
du tout ensemble. Les Stoïciens au contraire,
veulent persuader que leurs substances
sont toutes mêlées les unes avec toutes les autres.
Mais laissant telles opinions douteuses,
nous allons au port assuré & tranquille, approuvant
en cet endroit l'opinion d'Aubert qui estime
que les Eléments ne subsistent pas actuellement
& essentiellement es choses mixtes, mais

@

120 Réponse

potentiellement ou par puissance, ce que Galien
témoigne au premier livre de la méthode &
façon de remédier, où il est écrit que les seules
qualités des Eléments se mêlent toutes les unes
avec toutes les autres. Quant à leur seconde &
propre matière, plusieurs Philosophes n'en ont
pas même opinion, mais bien différente: Car
aucuns ont dit que la prochaine matière des
métaux était une exhalaison humide; quelques
autres, que c'était l'eau disposée par les autres
Eléments, ce qu'a trouvé bon Agricola, l'opinion
duquel est approuvée de notre Aubert:
d'autres, que c'était la cendre détrempée avec
eau. Mais les Chimiques, dont Aubert tâche
de renverser les opinions, ont dit que l'argent-
vif était leur matière, aucuns y ont ajouté le
Souphre. Toutes lesquelles opinions il nous
faut brièvement & soigneusement examiner
pour mieux éclaircir la chose. Et afin que chacun
entende qu'Aubert & les autres ont indûment
assailli tant de grands Philosophes Chimiques,
Aristote sans contredit Prince des Philosophes,
pose double matière des choses qui
par puissance & vertu céleste se font, tant dedans
que dehors la terre, à savoir l'exhalaison &
la vapeur, par le mélange de quoi il estime que
toutes choses se font & engendrent dans les
entrailles de la terre: Aussi distingue-t-il toutes
choses souterraines en deux espèces, à savoir
en minéraux & métaux. Les minéraux sont ainsi
nommés à cause qu'on les mine, c'est-à-dire,
qu'on les fouit & tire hors de terre, qu'ils ressemblent
à terre minée, & qu'on ne les peut
fondre

@

à Jacques Aubert. 121

fondre ou liquéfier, comme les pierres qui se
font d'exhalaison sèche ardente, laquelle consomme
l'humidité par sa chaleur, & la brûle
aucunement. Les autres sont les métaux, aucuns
desquels se peuvent liquéfier, pour ce qu'ils
participent d'avantage à la nature de l'humide
que du sec, comme le Plomb & l'Etain, qui
sont appelés des Latins fufilia ou liquabilia,
d'autant qu'on les peut mieux fondre qu'étendre.
Mais ceux qui s'étendent plus facilement
qu'ils ne se fondent comme le Fer, sont appelés
ductilia, dont la matière propre est une exhalaison
vaporeuse, qui s'amasse & congèle
en métal par le froid, suivant l'opinion d'Aristote,
qui semble à notre Aubert digne de répréhension.
Pour ce, dit-il, qu'en la nature
des choses, on ne peut nullement passer d'une
extrémité, à l'autre sans quelque moyen. Or
est-t-il certain que les métaux & les exhalaisons
ont des qualités répugnantes, celles-ci étant
très subtiles, & ceux-là fort épais, dont il conclut
qu'en la génération des métaux les exhalaisons
& vapeurs se figent nécessairement en
humeur avant que s'endurcir en métaux. Il a
puisé cela d'Agricola, mais Jacques Schegkius
homme de très grand savoir, défend assez
Aristote indûment repris, c'est en ses Commentaires
sur le livre d'Aristote touchant les Météores,
où il enseigne qu'autre est l'exhalaison
ou la vapeur dont l'eau se congèle, & autre celle
des métaux, vu même que celle dont se fait
la gelée est différente: car elle a quelquefois
plus de pesanteur & d'épaisseur que n'a celle

@

122 Réponse

dont l'eau se congèle. Par ainsi ceux qui proposent
l'eau pour matière des métaux, font ladite
matière plus éloignée que ceux qui mettent
en avant l'exhalaison, vu que la plupart
des météores s'engendrent de ces exhalaisons
& matières vaporeuses extraites de l'eau & de
la terre par la chaleur, sans laquelle n'y a aucune
fertilité en la terre ni en l'eau: Car la chaleur
produit ces deux choses comme son premier
fruit, en la nature desquelles est représentée
la vigueur de leurs parents, à savoir les Eléments
à quoi se rapporte aussi leur vertu générative,
comme ainsi soit que deux qualités agissent
comme mâle, les deux autres comme femelle,
& les unes & les autres obtempèrent au tempérament
céleste comme à leur père. D'où
vient que ces choses inanimées ont accoutumé
de s'engendrer par le moyen des qualités
premières: or cela se peut apercevoir & comprendre
par le sens: Car on trouve parfois es
lieux souterrains des vapeurs tant épaisses,
que les fouisseurs en sont empêchés de respirer,
& quelquefois aussi suffoqués à cause de
leur épaisseur comme dit Galien. Que si elles
sont tellement épaisses, qui croira que les métaux
& les exhalaisons ont des qualités contraires
qui les empêchent de se pouvoir congeler
en solide matière de métaux sans autre moyen,
ainsi que la pesante vapeur se convertit en gelée,
Davantage, puisque plusieurs témoignent
qu'il a plu de l'Airain & du Fer, & qu'en la
haute région de l'air se congèlent & procréent
des pierres & tels autres corps, comment enfin

@

à Jacques Aubert. 123

seront-ils engendrés d'eau & de terre qui ne
peuvent demeurer en l'air, plutôt que d'exhalaison
& vapeur, lesquelles y peuvent pénétrer
& subsister à cause de leur ténuité & chaleur?
Par quoi il est certain que les Métaux procèdent
plutôt d'exhalaison que d'eau, laquelle exhalaison
se congèle d'autant plus facilement qu'elle
est crasse. Mais qu'est-il besoin d'en parler
d'avantage? vu qu'il est notoire à tous Philosophes
que toutes choses proviennent de ce
en quoi elles se réduisent finalement? Or tous
les métaux hormis les deux parfaits, qui
pour être mieux digérés ont une matière plus
massive & fixe, ne sont-ils point réduits en exhalaison
ou vapeur, & ne s'évanouissent-ils
pas totalement en l'air, quand on les examine
dans le ciment ou coupelle? en fumée certes
qui ne se convertit pas en eau ou qui n'humecte
point, mais qui est crasse à cause de la terre y
mêlée, & qui se congèle & épaissit par froidure.
Les Orfèvres peuvent journellement
reconnaître cela & encore mieux les Philosophes
par leurs sublimations, la Tutie en fait
foi, comme aussi la Cadmie, la Pompholix &
telles autres, qui élevées par les vapeurs des
métaux s'attachent aux parois des fournaises,
dénotent qu'elles sont crasses es minières, &
ne ressemblent nullement à l'eau. Qu'Aubert
donc se taise avec son argument de plomb,
lui qui s'est efforcé de déchirer l'opinion d'Aristote
qu'il ne juge point légèrement des choses
dont il n'a connaissance, qu'il ajoute foi
au dire des experts, & se persuade que les vapeurs
I ij

@

124 Réponse

sont fort épaisses, dont les métaux se
congèlent premièrement & s'endurcissent sans
autre moyen. Ayant défendu Aristote, voyons
quel jugement il fait de tous les autres Philosophes
& savants hommes. Aubert confute*
l'opinion d'Albert le grand, de Geber, & des
autres charbonniers, car cet excellent censeur
nous honore d'un tel nom, & qualifie ainsi
ces grands personnages, pour avoir dit que la
prochaine matière des métaux était l'Argent-
vif & le Souphre, tâchant aussi de vérifier par
quelques arguments qu'ils se sont fourvoyés. Il
dit en premier lieu n'être pas vraisemblable
que la propre matière des métaux soit l'Argent-
vif, d'autant qu'il ne peut se congeler. Voilà
certes un argument fort relevé, & qui mérite
bien d'être tant de fois répété par son auteur,
auquel toutefois nous avons répondu ci-dessus.
Il dit que l'Argent-vif ne peut se congeler
à raison de sa substance aérienne. Mais qui
n'avouera qu'au regard de l'eau la vapeur
qu'avons conclu être la matière prochaine
des métaux, est aérée? Et néanmoins qui osera
nier qu'elle ne se puisse congeler? Je confesse
donc que l'Argent vif est de substance aérée,
en considération de quoi plusieurs Philosophes
l'ont cru n'être métal sinon en puissance:
Mais je dis que combien qu'il soit aéré,
si rend-il une vapeur bien épaisse, & qui se
congèle par froidure, ainsi qu'on peut voir au
mercure sublimé, & en plusieurs autres préparations
d'icelui, par lesquelles il jette des fumées
& vapeurs qui toutefois ne sont tellement


Note du traducteur :

*confute: réfuter.


@

à Jacques Aubert. 125

aérées qu'elles viennent à se condenser.
Mais que direz-vous touchant les métaux imparfaits
lesquels ainsi que ci-dessus a été dit,
s'évanouissent en fumées & haleines quand
on les éprouve? Bref, que direz-vous de leur
matière & forme réduites à néant? n'avouerez-
vous pas que cette vapeur laquelle nous appelons
vif-Argent est leur matière, vu que les
métaux se réduisent finalement en icelui? Mais
Aubert allègue ceci d'Aristote, Si ces choses
qui sont d'eau participent d'avantage à l'air
qu'à l'eau, elles ne peuvent être congelées,
telles que sont l'Huile & l'Argent-vif. Or faut-
il nécessairement que la matière des métaux
s'amasse & endurcisse, autrement ils ne prendraient
pas forme de métaux. Par quoi l'Argent-vif
ne sera point leur matière, attendu qu'il
ne peut nullement se congeler & endurcir.
Mais cet argument n'est en rien plus solide que
le précédent: Car il suppose qu'on lui accorde
ce dont il n'a premièrement donné aucunes
preuves, & que nous avons déjà nié, car nous lui
avons bien concédé que l'Argent-vif est d'une
substance aérée, mais qu'à cette cause il ne
puisse se congeler, nous le nions, vu qu'avons
démontré que les vapeurs se congèlent, outre
& contre son opinion. Aubert avoue bien
qu'on les peut endurcir, mais il ne croit pas
qu'elles se puissent congeler en dureté & forme
de métaux, soit par artifice, soit par nature,
Comme si estimer était démontrer. Il nie
donc que l'Argent-vif soit la matière des
métaux, mais la raison qu'il apporte, à savoir,
I iij

@

126 Réponse

pour ce qu'il est de substance aérée, n'a aucun
poids: car nous avons montré par Aristote,
que combien qu'au regard de l'eau la vapeur
soit de substance aérée, si ne laisse-t-elle pourtant
d'être la prochaine matière des métaux. Par
ainsi il convient distinguer les choses aérées:
Car celles qui sont totalement & simplement
aérées ne se peuvent coaguler par prédomination
ni par chaud, ni par froid, d'autant que
leur humidité aérée ne peut être desséchée,
la terrestre n'y étant point. C'est aussi pourquoi
selon Aristote, elles nagent sur l'eau comme
l'huile, & pour ce qu'elles sont la matière
du feu, elles s'enflamment aisément comme
fait ladite Huile, & même les bois qui nagent
tous sur l'eau excepté l'Ebène, d'autant qu'il est
beaucoup plus terrestre, ainsi qu'on peut juger
par sa pesanteur. Mais l'Argent-vif ne s'enflamme
point, aussi n'est-il matière de feu, mais y est
autant contraire que l'eau: semblablement il
n'est point léger, mais il est si pesant, que les plus
solides corps de tous métaux nagent au-dessus
d'icelui hormis le seul Or, à cause de leur grande
proximité, par quoi il est certain qu'il est d'autre
substance que simplement aérée, telle qu'est
l'huile. C'est pourquoi eu égard à la semblance
d'icelui vif-Argent, les Philosophes Chimiques,
ont dit que la matière des métaux
était cet Argent-vif engendré de la première
matière de tous métaux bien mêlée, à savoir,
de l'humide visqueux incorporé au subtil terrestre
incombustible, & bien mêlé également
avec les moindres parties dans les cavernes

@

à Jacques Aubert. 127

minérales de la terre, & attendu que la matière
ne se produit elle-même, la nature bien avisée
lui a donné un agent propre, à savoir le
Souphre qui n'est autre chose qu'une certaine
graisse de terre, engendrée es propres mines
de la terre, & condensée par coction tempérée,
pour cuire, digérer, & ainsi convertir
ledit Argent-vif en forme de métal. Par quoi
ce Souphre se rapporte à l'Argent-vif, comme
le mâle à la femelle, & le propre argent à sa
matière propre. Ce n'est pas qu'on trouve séparément
en leur nature cet Argent-vif & ce
Souphre dans les mines, selon la sotte créance
d'aucuns: Mais nature les a déjà mêlés ensemble,
& réduit en nature de terre par une fort longue
concoction. Cette est la prochaine matière
des métaux, tout ainsi qu'en la génération de
l'homme la nourriture est matière plus proche,
que les Eléments, le sang que les vivres, la semence
que le sang, & qu'enfin après une digestion
continuelle la matière reçoit la forme
de l'homme: De même puisqu'on tient que
les métaux se font premièrement des quatre
Eléments, comme de quelque matière générale
& première. Il faut que la disposition soit faite
selon cet ordre, à savoir que d'iceux Eléments
se fassent les vapeurs, des vapeurs une eau visqueuse
(qui est matière encore plus proche
que lesdites vapeurs, afin qu'en défendant Aristote
Aubert ne pense pas que nous contredisions
à nous-mêmes) & pesante, mêlée avec
terre fort subtile & sulphurée, qu'on appelle
vif-Argent, dont comme de matière plus proche
I iij

@

128 Réponse

moyennant le mélange & l'action du Souphre
extérieur se fait l'Or ou un autre métal,
selon que la nature l'aura plus ou moins digéré.
Car comme écrit le Philosophe au sixième
livre de la Métaphysique: Quand on dit que
quelque chose se fait d'une autre, c'est ou
l'extrême & parfaite de la moyenne & imparfaite,
ou bien l'extrême de l'extrême, comme
l'air de l'eau. Or sus, revenons à notre Aubert,
il écrit que le Souphre ne peut aussi être la
matière des métaux, mais entendons par
quelles raisons il prouve cela. Icelui, dit-il,
s'engendre d'exhalaison chaude, onctueuse &
sèche, mais les métaux se procréent d'autre
exhalaison chaude, humide, & peu onctueuse.
Voilà certes un bel argument, mais fallacieux;
Car il s'efforce de vérifier les opinions, par celles
qu'il a déjà combattues: Qu'il ait donc
souvenance d'avoir nié ci-devant contre Aristote,
que l'exhalaison fût la matière des métaux.
Or maintenant il affirme que les métaux
s'engendrent d'exhalaisons, en quoi il se contredit,
& pourtant n'ai-je besoin de le réfuter.
Il ajoute pour confirmer son opinion, que
l'humidité fait amollir le Souphre comme le
Sel: Et quant aux métaux qu'ils se fondent seulement
à force de feu. Mais la conséquence
tirée d'un faux antécédent, n'est pas valable;
Car le Souphre ne se dissout nullement en
eau, mais se liquéfie par chaleur comme le
Plomb, ce que notre contemplateur de métaux
devait au moins expérimenter avant que
d'assurer si témérairement ce qui est très faux.

@

à Jacques Aubert. 129

Par quoi on lui peut rejeter le dard avec lequel
il croyait avoir endommagé les Chimiques:
Il dit que le Souphre est de substance
aérée & ignée, cause pour quoi il ne peut s'assembler
& congeler: Mais j'ai ci-dessus prouvé
le contraire. Pourtant ne doit-il espérer autre
réponse de moi, vu qu'il n'a redargué* notre
opinion ni démontré la sienne par raisons solides.
Au surplus, cela même suffit que les
Philosophes chantent haut & clair, à savoir,
que ce souphre qu'ils appellent n'est pas le
Soufre commun qui se brûle, en brûlant de
brûlure noire & aduste. Comme ainsi soit
que leur Souphre blanchisse, rougisse, coagule,
& finalement parfasse ce vif-Argent Chimique,
ignoré aussi du vulgaire en substance
d'Or selon la nature, ou de pierre philosophale
ou d'Or artificiel. Voilà le vrai Souphre caché,
l'unique teinture, l'ombre du Soleil, & le propre
ciment de son Argent-vif, que les Philosophes
ont représenté sous divers noms & couvertures
énigmatiques. Dont appert qu'Aubert
se fourvoie entièrement, & qu'à bon droit il
n'est nullement recevable, attendu qu'il parle
d'un Souphre à lui inconnu. Aussi ne devait-
il attaquer les Philosophes Chimiques, à raison
qu'ils enseignent que l'Argent-vif & le
Souphre, sont la matière des métaux, vu
qu'ils entendent cela de l'Argent & du Souphre
non vulgaires: Car ils savent bien qu'on
ne trouve pas en leur nature dedans les mines
ceux dont ils parlent. Mais ils disent que des
deux mêlés ensemble, comme dit a été, se


Note du traducteur :

*redarguer: réfuter, contredire.


@

130 Réponse

fait un certain tiers, retenant les natures, propriétés
& vertus d'iceux, afin que chacun des
métaux s'en puisse engendrer, selon la diversité
de la composition, digestion & lieu. Ces choses
suffiront touchant la prochaine matière des
métaux, laquelle Aubert veut être l'eau disposée
par les autres Eléments: Mais il a celé ou
omis la raison qui lui a persuadé une telle opinion,
s'étant contenté de dire que cela avait
été manifesté par d'autres, ou qu'il l'avait
trouvé es écrits d'autrui, qui est certes le langage
d'un homme qui vérifie son sentiment
par la foi d'autrui & non par raison, ainsi
qu'ont accoutumé de faire les vrais Philosophes.
Or maintenant les causes efficientes ou
actives nous requièrent de venir à elles. Les
philosophes en font deux sortes, & autant de
passives: Car la chaleur & la froidure sont appelées
par Aristote ποινπκὰ, pour ce qu'elles
ont vertu de mouvoir, mais l'humidité & la
siccité sont nommées κασννκὰ, par lesquelles
les choses pâtissent ordinairement plutôt
qu'elles n'agissent quelque chose. Aussi dit-
on que les premières qualités comme plus nobles
& de nature plus excellentes agissent en
icelles, & que par leur efficace la forme est produite
es choses: Car la matière n'est connue
par elle-même, mais par le changement, lequel
n'a accoutumé de le faire sans passion,
non plus qu'icelle passion sans attouchement,
laquelle est abolie, tant par l'union naturelle
de concrétion, que par l'introduction de la
forme. Au reste, faut observer que pour le

@

à Jacques Aubert. 131

mélange du sec & de l'humide, les corps sont
premièrement dits concrets, puis après mous,
& durs. D'iceux concrets y a triple différence;
Car où c'est une humeur aqueuse qui se congèle,
ou c'est quelque chose de sec terrestre, ou un
mélange des deux ensemble. Iceux aussi tantôt
se fondent, tantôt se dessèchent, tantôt sont
humectés, tantôt amollis; Mais ceux-là sont
incoagulables, auxquels prédomine le sec igné,
tels que sont le miel & le moût, ou l'humide
aéré comme les oléagineux. Par quoi aussi ne
sont-ils pas Eléments ni sujet des passions. Or
quant aux corps qui se congèlent & s'endurcissent,
selon Aristote les uns sont ainsi disposés
par chaleur qui dessèche l'humidité, & les autres
par froidure qui chasse la chaleur. Ceux
donc que la chaleur congèlent en séparant
l'humidité, se dissolvent par froidure, laquelle
y fait rentraire l'humide, comme le Sel: Mais
ceux qui se congèlent étant privés de chaleur,
se dissolvent par la chaleur qui rentre en iceux,
comme les métaux. Car tous corps propres à
être fondus se liquéfient, ou par feu ou par
eau. Ceux que l'eau réduit en liqueur ont nécessairement
été congelés par le chaud & le
feu, c'est-à-dire, par la chaleur ignée: mais ceux
que le feu rend liquides, ou desquels il dissout
en partie la concrétion (comme la corne) se
congèlent par froidure: Car les effets contraires
ont des causes contraires. Et d'autant
que les métaux se liquéfient par chaleur, Il est
aussi nécessaire qu'ils soient premièrement
congelés par froidure, comme par leur cause

@

132 Réponse

efficiente. De quoi nul des Philosophes Chimiques
n'est en doute, jaçoit (comme dit
quelquefois Aristote) que l'expérience nous
fasse voir le contraire: Car le Sel congelé aussi
par chaleur peut être dissous & liquéfié par le
feu même, selon que j'ai souvent expérimenté,
& ce Sel est nommé fusible. Notre
Aubert semblablement ne devait reprendre
ce grand Philosophe Albert le grand, pour
avoir rapporté la vertu de produire les métaux
à la chaleur: Vu que Albert n'a entendu parler
de la seule chaleur comme il croit. Il faut
donc savoir, ainsi qu'enseigne Aristote,
qu'avec raison on dit que les choses pâtissent
plutôt qu'elles n'agissent: à savoir, d'autant
que la froidure appartient proprement aux
Eléments passifs, c'est-à-dire, à l'eau & à la terre,
qui tous deux sont naturellement froids: Car
ils ne reçoivent d'ailleurs la froidure comme la
chaleur, mais par l'absence de la chaleur se
refroidissent d'eux-mêmes, & non par cause externe
comme l'air le feu. Par ainsi, jaçoit
que la froidure ait vertu d'agir es corps mixtes,
elle a toutefois plus d'efficace à corrompre
qu'à engendrer. C'est pourquoi les Chimiques
ne doivent ainsi être repris, encore
qu'ils disent que pour former les métaux, nature
a besoin de chaleur souterraine, comme de
cause efficiente plus efficace, qui mêle, change,
dispose, digère & cuise leur matière, & par
prolongation ou long trait de temps la forme
en Or comme en sa dernière fin. Aussi ne les
fallait-il blâmer en ce qu'ils réfèrent quelque

@

à Jacques Aubert. 133

vertu à l'influence des corps célestes; Car Aristote
au livre du Ciel & du Monde, & au livre
touchant les propriétés des Eléments confirme
leur opinion en ces termes: Pour ce, dit-il,
que les premiers principes tendant à engendrer
& introduire la forme en chacune chose,
sont les Etoiles & corps Célestes par leur
mouvement & lumière: Car iceux meuvent
premièrement étant mus des intelligences,
afin de parfaire la génération & corruption naturelle
pour conserver les espèces, aussi donnent-ils
la forme & perfection, & comme il
veut en un autre lieu, le Soleil & l'homme engendre
l'homme. Pareillement Aubert conclut
mal de cette raison, que l'art de Chimie
est vain si la vertu des Etoiles fait congeler
les métaux, vu que cette vertu céleste n'est en
la puissance & jouissance des Chimiques: Car
iceux croient avec le philosophe, que si les
formes s'introduisent es choses inférieures, par
le mouvement & lumière des corps célestes, &
par leur situation & regard, le même advient
aussi par conséquent es métaux. Mais cela provient
comme d'une cause générale & fort éloignée:
Car ainsi qu'avons dit, elles ont une
autre cause efficiente plus proche, à savoir la
chaleur, qui par sa vertu dispose, digère & parfait
les métaux congelés dans les entrailles de
la terre. Ayant donc expliqué ces choses,
faut voir où tend Aubert, & quel est son dernier
but. Il dit que le travail qu'emploient les
Chimiques à parfaire les métaux n'a aucun effet
ni valeur, & nie que par aucune industrie

@

134 Réponse

on puisse parfaire & convertir en Or & Argent
l'Airain, l'Etain, le Fer, ou le Plomb, qu'ils appellent
métaux imparfaits. Et en premier lieu,
dit-il, c'est chose certaine que ces quatre métaux
sont parfaits: Mais au contraire nous
avons démontré naguère qu'ils étaient imparfaits
pour beaucoup de raisons. Aussi ne
peut-on nier qu'on ne les puisse rendre plus
parfaits & excellents en leur espèce, par artifice
& légère préparation. Aristote parle bien à ce
propos, au 4. des Météores, chap. 6, le Fer
épuré, dit-il, se fond aussi tellement, qu'il
devient humide & se fige derechef. On ne
fait ordinairement l'Acier qu'en cette manière:
Car l'impureté du Fer descend & se retire
au fond: Mais quand on l'a souvent affiné &
rendu pur & net, c'est Acier. Tant moins le Fer
a d'excrément, tant plus est-il excellent. Mais
laissons l'autorité puisque nous avons ci-devant
assez vérifié cela par raisons philosophiques,
par même moyen démontré à suffisance
que l'Or seul est parfait, & tous les autres
métaux imparfaits. D'avantage, afin de
rendre impossible l'art de transmutation, Aubert
dit encore: Les choses qui se parfont &
forment par artifice sont artificielles. Or les
métaux selon la définition tant du nom que de
l'essence, sont naturels, car ils sont minéraux,
dit-il & proviennent du seul principe naturel:
Par quoi ils sont naturels. Tout cela est
pris d'Aristote: Car les choses naturelles ont
en soi le principe de leur production, mais les
artificielles ne l'obtiennent sinon de dehors &

@

à Jacques Aubert. 135

d'ailleurs. Il ajoute pour le trancher court,
que l'art n'introduit aucune forme naturelle,
dont il conclut qu'il n'y a aucuns métaux artificiels.
Sus donc, notre devoir est de détruire
cela, pour vérifier que l'art Chimique
est vrai, lequel suivant la nature même transforme
les métaux. Nous avons dit ci-dessus
être imparfaites les choses qui sont en voie
de parvenir à la forme qui leur est finalement
destinée: & parfaites, quand elles y sont parvenues.
Et d'autant que nous avons déjà montré
que l'Or seul était parvenu au dernier terme
de mouvement, & formé selon l'intention de
nature: Pourtant, avons-nous conclut qu'icelui
seul était parfait, & les autres qui sont
en voie d'obtenir la forme de l'Or imparfaits,
desquels toutefois nature pourchasse la perfection
en son sein, afin de les convertir finalement
en Or, quoi que par prolongation ou
long espace de temps. Or les Fouisseurs de métaux
peuvent témoigner de cela, lesquels en
cent livres de Plomb trouvent quelques onces
de bon Argent qui leur font un grand gain. On
trouve aussi de l'Or en quelques mines d'Airain,
voire d'Argent, ce qu'ayant découvert
ceux qui sont versés en la connaissance de ces
matières, toutes & quand es fois qu'ils trouvent
de l'Argent imparfait à cause de l'indigestion,
ils ont accoutumé de boucher les mines, &
conseillent de les laisser ainsi l'espace de trente
ans ou davantage, jusqu'à ce que la chaleur
souterraine l'ait parfaitement digéré. De
même aussi Pline écrit, que l'Or même contient

@

136 Réponse

de l'Argent en divers poids: en un endroit
la dixième partie, en un autre la neuvième,
& en un autre la huitième. Dans un seul
métal Gaulois, qu'on appelle Albicrareuse
s'en trouve une vingt-sixième partie, à cause
de quoi il est préféré aux autres, ce qui advient
selon qu'il est plus ou moins digéré par nature
sinon qu'on peut conjecturer: Car quand la digestion
est accomplie, alors on trouve l'Or
fin, très pur & vraiment parfait. D'où il
appert qu'encore que les métaux soient en
quelque terme de mouvement, si n'ont-ils pas
atteint le dernier, mais sont en voie de passer
& parvenir à l'Or, comme au seul parfait.
Aussi en tout lieu où s'est trouvé quelque veine
de métal, il s'en trouve une autre près d'icelle.
D'où vient que les métaux selon Pline, semblent
être ainsi nommés des Grecs, comme
μετἄλλα, pour ce qu'on les trouve les uns auprès
& après les autres: Mais Aubert dira
contre cette opinion, Si par une digestion plus
longue, les imparfaits sont réduits en Or par
nature, pourquoi les fouisseurs n'attendent-ils
ce temps-là, vu principalement que si cela
arrivait, ils gagneraient beaucoup plus? Nous
répondons que certaines choses sont la génération
des métaux divers, non seulement en
espèce, mais en propriétés & accidents, selon
les contrées & lieux où ils croissent, en même
façon que les animaux se diversifient comme
écrit Aristote livre 10. des Animaux: Car en
Egypte les Scorpions n'y sont point vénéneux,
es autres lieux au contraire, & le froment par
succession

@

à Jacques Aubert. 137

succession de temps & selon les lieux dégénère
en Seigle, & au rebours le Seigle en Froment.
Ainsi faut-il dire des métaux lesquels
quoi que destinés à cette fin, savoir, d'être
fait Or, toutefois selon la diversité des contrées,
des mines & de leur corruption, aucuns
peuvent être amenés à leur degré de perfection,
qui est d'être fait Or, quelques autres
demeurent en voie d'imperfection, selon que
la digestion & dépuration est aussi diverse:
Car elle fait congeler aucuns mal digérés par
une chaleur brûlante & excessive, comme
l'Airain & le Fer: quelqu'un au contraire n'est
congelé par faute de chaleur & par défaut d'argent,
tel qu'est l'Argent-vif. Enfin, nature
produit l'Argent par chaleur assez modérée,
mais la chaleur qu'elle emploie à procréer
l'Or est beaucoup plus tempérée, icelui
n'ayant besoin d'aucune opération pour être
parfait, comme étant parvenu à sa dernière
fin & accomplissement; Car ainsi que dit
Aristote au second du Ciel & du monde, un
seul complément est bon, à savoir, celui
qui n'a besoin d'opération pour devenir bon,
& toute la perfection des choses consiste en
cela, qu'elles obtiennent le dernier accomplissement
d icelle.
Les métaux imparfaits n'étant donc
parvenus à cette dernière fin & complément,
pour les raisons susdites, à cette cause requièrent-ils
l'opération de l'Art, qui suivant nature
les parfasse, & fasse parvenir à la fin dernière
qui leur est ordonnée de nature, c'est-à-
K

@

138 Réponse

dire les fasse devenir Or. Car comme écrit le
Philosophe au second des choses naturelles,
en toutes sortes l'art parfait aucunes Choses
que nature ne peut faire, quoi qu'à l'exemple
des autres. Ainsi la nature aidée par l'art, produit
les fleurs & fruits es arbres, même durant
l'hiver es contrées froides, ce que nature
ne pourrait effectuer toute seule, comme on
peut voir à Heyldelberg dans les étuves du
Comte Palatin, & en beaucoup d'autres lieux.
Or quant à ce qu'Aubert dit, à savoir qu'en
tout oeuvre de chimie, la nature est entièrement
oisive, & que le seul art agit en la matière,
cela est dit contre toute vérité. Car au regard
de la nature agissante, la chimie est une oeuvre
naturelle, puisque la matière est cela même
qu'elle appète de cuire, retient, digère, évacue
mêle, corrompt, & par l'ordonnance de Dieu
à qui rien n'est impossible, engendre & forme
une pierre en son temps, dont la nature informe
les métaux par mélange. Mais au regard
du ministère, je confesse que la chimie est une
oeuvre artificielle, non que l'art corrompe, engendre
& informe, mais seulement à raison
qu'il fournit à la nature ouvrante, tout ce
qu'autrement elle ne pourrait effectuer toute
seule. Car la nature opère doublement en la
génération de l'Or, I. toute seule & premièrement,
quand elle produit l'Or dans ses mines
propres & de ses principes, en quoi il est impossible
que l'art imite la nature. II. Elle opère
seule, mais non premièrement, à savoir d'autant
que de mêmes principes, elle engendre

@

à Jacques Aubert. 139

premièrement quelqu'un des imparfaits en
sa mine, & se convertit finalement en Or.
L'art imite la nature en cette manière, pour ce
que des métaux imparfaits, il produit finalement
l'Or tout ainsi que fait la nature. Par
quoi il appert qu'une chose se peut faire de
l'autre en deux manières, à savoir médiatement
& immédiatement, vu que selon Aristote
livre 9. de la Métaphysique, une même
chose peut avoir plus d'une matière, à savoir
médiate & immédiate, combien que la matière
médiate se doive réduire finalement à
l'immédiate, car autrement de diverses matières
se produiraient choses différentes. Par
ainsi d'autant que l'art emploie même matière
médiate & immédiate, que la nature,
& réduit enfin la médiate à l'immédiate, comme
fait aussi la nature, & a un même agent
qui dépouille l'Argent-vif, & finalement le
transforme: aussi puisque l'art & la nature visent
à même but qui est d'engendrer finalement
l'Or, par l'union de sa forme avec sa matière,
il n'y a point de doute que l'art en suivant la
nature, ne puisse du tout parfaire un métal
imparfait, comme fait aussi la nature, ainsi
qu'avons dit ci-dessus, & attendu que leurs
causes sont toutes de même espèce, il faut
nécessairement qu'ils soient du tout semblables
& produisent mêmes effets. Aussi ne
trouvé-je point qu'on doive excuser ceux qui
cherchent le sujet des Philosophes chimiques
entre les végétaux. Car leur opération
est de nulle valeur à cause que la génération ne
K ij

@

140 Réponse

peut être faite, sinon de choses convenables
prochaines & immédiates. Aucuns emploient
leurs opérations es choses qui appartiennent
aux animaux, principalement en l'oeuf, pour
ce que les Philosophes chimiques ont imposé
ce nom d'oeuf à leur oeuvre, voyant qu'il
avait quelque rapport avec ledit oeuf, d'autant
que les quatre éléments y sont contenus
aussi bien qu'en l'Elixir. L'écorce duquel oeuf
ils appellent terre: la pellicule air: l'aubin eau:
& le moyeu, feu. De même, aussi lesdits Philosophes
ont énigmatiquement dit, que leur
pierre était un dans trois, & trois dedans un,
à raison qu'elle contient en soi le corps qui repose,
l'eau qui vivifie, & l'esprit qui teint. Ceux
qui n'ont entendu ces énigmes se sont persuadé
que l'oeuf était la pierre des Philosophes,
pour ce qu'il contient trois dans un, à savoir
l'écorce ou coquille, le moyeu & l'eau, &
pourtant ils ont finalement conclu, que l'oeuf
était la matière recherchée des chimiques: les
uns n'étant moins déçus que les autres, ne
considérant pas que cette matière n'est pas
convenable pour en extraire un métal. Car
l'homme engendre un homme, & la bête une
bête. D'autant que le bon Aubert (comme
j'ai appris) a éprouvé cela à son dommage,
ayant dépensé quelques centaines d'écus en
faisant cuire des oeufs Philosophiquement, il
se moque de l'art comme s'il l'avait trompé:
c'est certes à grand tord, vu qu'il s'est plutôt
déçu lui-même, & que l'art n'en doit
porter (comme on dit) la folle enchère. Car le

@

à Jacques Aubert. 141

genre se doit joindre au genre, & l'espèce à
l'espèce, & faut que chacun germe se rapporte
à la semence, ainsi qu'avons dit ci-devant.
Aucuns cherchent la matière de leur
élixir, non es végétaux ou animaux: mais
es choses souterraines & plus proches. Car
ils disent que l'art ensuit la nature, & pourtant
ils croient qu'on se doit servir des mêmes
principes que la nature met en oeuvre, faisant
cuire l'Argent-vif & le Soufre, qu'ils ont
appris être la prochaine matière des métaux.
Mais ils perdent misérablement leur
peine & se travaillent en vain, attendu que
l'Argent-vif & le Souphre des Philosophes ne
sont pas vulgaires & communs, ainsi que déjà
a été dit. Car qui pourrait à juste mesure &
proportion comprendre l'intention de nature?
nul homme certes: En après si vous mettez
l'Argent-vif auprès du feu, tant petite en
soit la chaleur, il s'exhale & même se sépare
étant mêlé. Ce que fait aussi le Soufre sans
aucune difficulté, vu toutefois qu'en la génération
des métaux, la conjonction de l'un &
l'autre est nécessaire jusqu'au bout de la digestion.
Ainsi se trompent tous ceux qui cherchent
ladite pierre es pierres à feu, en la tutie,
en l'Antimoine, en l'Arsenic & en l'Orpin,
attendu que c'est un souphre du tout inséparable,
& qui toutefois se doit finalement
séparer comme déjà nous avons dit ci-dessus,
ou qui se séparant au moindre feu, les écrits
de tous les Philosophes témoignent assez
que ce n'est le sujet Philosophique. Pareillement
K iij

@

142 Réponse

ceux-là se fourvoient, qui estiment
qu'on doive prendre l'Or pour mâle, & l'Argent
pour femelle, lesquels deux métaux ils
dissolvent avec Argent-vif commun, faisant
des trois un, qu'ils font cuire chimiquement,
les subliment, & en tire une essence, laquelle
finalement ils tâchent de fixer ou rendre fixe:
Car ils s'éloignent des écrits des Philosophes,
qui tous d'une bouche confessent que la nature
a conjoint & proportionné l'agent avec
sa matière dans les mines, & disent qu'il n'y a
qu'une chose seulement où se trouvent les
quatre éléments bien proportionnés, de sorte
que le figeant & le fixe le teignant & le teint,
le blanc & le rouge, le mâle & la femelle y
soient conjoints ensemble; C'est donc,
ainsi qu'avons déjà déclaré ci-dessus, une troisième
nature commune & altérée par la diverse
mixtion & digestion du Souphre, & du
vif-Argent, laquelle a une vertu minérale pour
engendrer un mixte: lesquels deux minéraux
agissent perpétuellement l'un en l'autre, & partissent
l'un par l'autre, jusqu'à ce qu'ayant laissé
la forme des corps imparfaits premièrement
engendrés, ils soient passés en une autre,
& que par digestions & purifications continuelles,
ils soient à la fin parvenus à cette
forme dernière, & vraiment parfaite, qui est
la forme de l'Or, où il est le dernier terme de
mouvement, ou aussi l'agent est entièrement
séparé de la matière. Plusieurs cherchent ce
que c'est, mais fort peu le trouvent, ou s'ils
l'ont trouvé, ils en ignorent les préparations,

@

à Jacques Aubert. 143

& les intentions des Philosophes, la méde- Opérations
cine desquels se tire artificiellement des seules de la pierre
choses, où elle était potentiellement de philosopha-
nature, & auxquelles se trouvent la perfe- le.
ction de la matière première, & tous les métaux.

I. Calcination.

Or ayant trouvé ladite matière premièrement,
ils la calcinent & nettoient de toutes ses
impuretés en réservant la chaleur, & conservant
la chaleur naturelle. Car la calcination
Chimique ne doit nullement diminuer le
corps, mais plutôt le doit multiplier.

II. Solution.

Secondement, ils atténuent l'épaisseur de
la matière calcinée, & la réduisent en certaine
substance liquide, & en la première matière
qu'ils appellent eau minérale qui ne mouille
pas les mains. Et alors se fait une chose non
en nombre, mais en genre, de laquelle ils nomment
l'Or père, l'Argent mère, & l'Argent-
vif moyenneur; la forme du corps se change
aussi, mais à l'instant une autre y est introduite,
ne se trouvant rien es choses naturelles qui
soit dénué de toute forme.

III. Séparation des Eléments.

Cela fait, ils séparent d'icelle déjà dissoute les
K iiij

@

144 Réponse

quatre Eléments, & les divisent en deux parties,
l'une ascendante ou spirituelle, l'autre inférieure
ou terrienne: lesquelles deux parties
sont toutefois d'une même nature, car l'inférieur
est comme le levain figeant ladite matière,
& la supérieure comme l'âme qui la vivifie.
Néanmoins leur division est nécessaire
pour finalement les transmuer toutes les unes
es autres plus commodément, & afin que la
partie terrienne qui se change en eau soit noircie,
& l'eau puis après se changeant en air, devienne
blanche, & que l'air se convertisse en
feu.

IV. Conjonction.

Les Eléments étant séparés ils conjoignent
l'eau & l'air avec la terre & le feu, afin que chacun
Elément s'épande en l'autre à proportion.
Ainsi donnent-ils au mâle trois parties
de son eau & neuf à la femelle, & après quoi
le semblable applaudit à son semblable, & le
pareil aime son pareil, pour l'appétit que la matière
principalement & la forme sulphurée ont
d'être alliées.

V. Putréfaction.

Ces choses ainsi conjointes sont en après
putréfiées par chaleur, toutefois humide (craignant
que l'ardeur du feu ne causât la séparation
ou l'exaltation du vif-Argent à cause de sa
nature spirituelle) afin que la matière soit altérée

@

à Jacques Aubert. 145

par cette corruption, que les Eléments
soient naturellement divisés, & régénération
puis après faite: Car rien ne s'engendre ou
croît, même es choses inanimées, qui n'ait
auparavant été corrompu.

VI. Coagulation.

Après la putréfaction ils viennent à faire la
coagulation par même chaleur fort modérée,
qui altère perpétuellement la matière, tant au-
dehors qu'au-dedans, jusqu'à ce qu'elle soit devenue
blanche comme perles: Et alors se fait
confixation & vraie congélation des esprits
volatils avec les corps. Les Médecins Chimiques
appellent cela épine blanche, & souphre
blanc incombustible, à raison qu'il ne se sépare
jamais du feu.

VII. Cibation.

Ils s'emploient finalement à la Cibation, c'est-
à-dire, à épaissir le subtil & à subtiliser l'épais,
mettant leur eau avec leur cendre & leur lait,
avec ce qu'ils appellent terram foliatam, & ce
médiocrement, afin que par ce moyen la blancheur
& rougeur, la bonté, quantité & vertu
d'icelle s'accroisse, & qu'en cuisant & recuisant
la matière se nourrisse.

VIII. Sublimation.

Alors ils subliment la matière d'une sublimation

@

146 Réponse

qui toutefois n'est pas vulgaire, & ainsi
la purifient de toutes ordures, exaltant le
corps, le rendant spirituel & l'esprit corporel
& fixe, & diminuant la saumure du Souphre,
afin que le tout devienne blanc, & se puisse
liquéfier.

IX. Fermentation.

La sublimation étant achevée, ils fermentent
la matière, conjoignant l'esprit avec sa terre
blanchie & chaux, comme avec son levain,
ou incorporant l'âme avec le corps: Car les accidents
spirituels ne peuvent montrer leurs
vertus permanentes, sinon qu'ils soient conjoints
avec les corps fixes comme avec levain,
qui réduit ce qu'on lui adjoint à sa nature,
couleur & saveur, par cette mutuelle & commune
impression de corps & d'esprit, sans laquelle
on ne peut parfaire l'oeuvre, ni plus ni
moins que sans levain la pâte ne peut être fermentée.

X. Exaltation.

Mais pour rendre la matière plus noble, ils
l'exaltent, augmentant l'esprit, sublimant &
subtilisant la terre par rectification naturelle,
circulation de tous les Eléments, & par vraie
graduation d'iceux, tant qu'ils se soient alliés
& comme embrassés les uns les autres.

XI. Augmentation.

Puis par solutions & coagulations réitérées,

@

à Jacques Aubert. 147

ils accroissent en vertu leur salamandre, & avec
levain nouveau l'amplifient tant en vertu
qu'en quantité, & ce jusqu'à l'infini.

XII. Projection.

Finalement, ils en font projection sur les imparfaits
d'un poids sur plusieurs, selon que la
médecine est parfaite: Car son opération est
d'autant plus grande qu'elle est fort subtilisée &
teinte. Et ainsi imitant la nature parfont-ils les
métaux imparfaits, & les convertissent en Argent
& en Or, de la propre matière duquel artificiellement
purifiée & subtilisée, & puis fixée
par coction & digestion, tant qu'elle soit teinte
en couleur blanche, & finalement en rouge?
après quoi étant rendue volatile & fixée derechef,
tant qu'elle soit accessible & teigne parfaitement.
De telle matière, dis-je, ils font leur
médecine, & leur poudre qu'ils appellent pierre
Philosophale: Et ce par diverses opérations,
choses, vaisseaux, fournaises, ainsi par aventure
que pourront conjecturer ceux qui ignorent
l'Art: Comme ainsi soit toutefois que le vrai
Philosophe n'use que d'une seule opération,
méthode, matière, vaisseau, feu & fourneau,
comme ils avouent tous d'un consentement.
Or ai-je bien voulu exposer ces choses,
afin de détruire l'opinion qu'à maître
Aubert, de la pierre des Philosophes (car il
est loisible à un chacun de faire paraître
son ignorance en babillant de choses inconnues)
& pour démontrer que la seule

@

148 Réponse

forme tant de l'Or que de l'Argent séparée de
son composé (ce que toutefois il estime) n'est
pas la matière de la médecine philosophale.
Mais, dit-il, je n'ai cure de savoir de quoi se
compose ladite pierre. Néanmoins, vu qu'elle
n'est pas chose naturelle, il est impossible
qu'elle reçoive une forme naturelle. Je pourrais
ici m'en rapporter & appeler au témoignage
de plusieurs grands personnages: Mais
j'estime qu'on se doit plutôt appuyer sur la
raison. C'est pourquoi je dis que la perfection
des métaux vraiment transmués est connue
(non par leur forme préexistante ou introduite,
car cela n'est pas possible) mais par les accidents,
propriétés & passions qui ensuivent les
formes. Par quoi, si tout ce qui est au vrai métal
se trouve au transmué étant mis en toute
épreuve: Il faut certainement croire qu'il a
une forme non falsifiée, mais d'Or ou d'Argent
minéral: Car ce qui fait office d'oeil est oeil, &
au rebours comme écrit le Philosophe au 4.
des Météores.
D'abondant nous avons montré que la pierre
des Philosophes naturelle, attendu qu'elle
se fait par le moyen d'un agent naturel, à savoir,
du feu, avec sa couleur, odeur & figure
naturelles, les formes accidentelles suivantes
leurs formes substantielles déterminées, l'Art se
fournissant la matière: Car l'Art est conjoint
avec la nature, d'autant que le principe de l'Art
est la nature, comme écrit le Philosophe au
second des choses naturelles. A raison de quoi,
l'Art peut être qualifié naturel, comme aussi

@

à Jacques Aubert. 149

les oeuvres & formes d'icelui: Car les formes
sont dites naturelles pour double raison, à
savoir, ou d'autant que nature se prépare la
matière, & outre ce introduit la forme en icelle,
comme en l'homme & en la pierre: ou pour ce
que la nature dispose & prépare jusqu'au bout
la matière que l'Art se fournit & prépare (d'une
préparation toutefois non dernière) & introduit
la forme en icelle, ainsi qu'on peut voir
en la génération de la Céruse & du Vermillon.
Et ce n'est merveille que l'Art imite la nature,
& qu'on puisse artificiellement composer & parfaire
beaucoup de choses naturelles. Ce qu'Aristote
donne aussi à entendre au 4. de la Métaphysique
parlant du Vitriol & de la Couperose.
Car la nature, dit-il, engendre les peintures es
mines de peintures, mais icelui montre la manière
de les engendrer. Toutefois il enseigne
un peu après que ces deux peintures se peuvent
composer & parfaire artificiellement: Car l'Art
étant imitateur de la nature, comme il écrit
au 2. de la Métaphysique, prenant la substance
du Fer & de l'Airain (dont ils se font naturellement)
& l'administrant à nature, les parfait
industrieusement par solutions, distillations &
coagulations réitérées, de sorte qu'ils ont les
mêmes propriétés & opérations tant actives
que passives, qu'ont aussi les deux peintures
minérales susdites. Le même se voit en la façon
& composition du Sel: Car il s'en trouve
un minéral, comme en Pologne, l'autre en contrefait,
tel qu'est celui de France, lequel
toutefois mêmes propriétés & accidents que

@

150 Réponse

le minéral, à raison de quoi on peut aussi l'appeler
minéral, & dire que la forme est naturelle
& vraiment parfaite: Semblable jugement
se doit faire des métaux? Car ainsi que
le défaut de la matière propre empêche sur-
tout une chose d'engendrer une autre à sa semblance.
De même s'il se trouve une matière
idoine elle est principalement cause qu'une
chose en produit une autre semblable à soi.
Par ainsi, d'autant que l'art de transmuer peut
trouver ladite matière d'Or ou d'Argent vraiment
naturelle, c'est-à-dire, cette troisième nature,
cet Argent-vif coagulé & mené avec son
Souphre, & qu'il est facile d'imiter la nature en
ses opérations, pour ce qu'elle cuit & digère ladite
matière par une chaleur fort modérée, tant
que l'agent parvenu au dernier terme de mouvement
en soit séquestré. Il s'ensuit qu'au regard
de l'agent & de la matière propre & naturelle,
l'Art est nommé possible & vraiment
naturel. Mais à la fin notre Aubert aura recours
à cet argument. Si ladite pierre Philosophale
introduisait l'espèce d'Or & d'Argent,
elle le rendrait semblable à soi, & par ainsi
formerait une autre pierre philosophale. Je
réponds que cette conversion de métaux est
leur réduction à quelque moyen ou médiocrité,
à savoir, à ce tempérament & grande proportion
(qui se trouve au seul Or) en substance,
couleur, digestion, fonte, sonnement ou
tintement & autres propriétés. Ce que nous
avons disputé jusqu'ici suffira, non pour amoindrir
la réputation d'Aubert en d'autres

@

à Jacques Aubert. 151

matières, mais pour montrer que lui & ceux
qui l'ont conseillé de farcir de brocards son
petit livret, ont médit indignement de ceux
qui ne l'ont mérité. Finalement pour défendre
la vérité dont il doit être studieux s'il est
homme de bien, comme je crois qu'il est: Car
je n'ai point inventé ces choses, mais les ai
appris de personnes fort doctes, qui les ont
vérifiées par arguments très certains: afin que
aucuns ne m'estime être seulement fondé sur
leur autorité, laquelle Aubert ne devait toutefois
mépriser: Car qui croira qu'ils nous
aient laissé & même confirmé par serment
tels secrets témérairement & de mauvaise foi?
J'ose donc affirmer au contraire que cette
partie de Philosophie qu'il assault*, improuve*
& brocarde, ne peut assez être louée & publiée
selon ses mérites, soit que nous voulions
contempler les merveilles de nature
qu'elle tire du profond de son sein, soit que
nous regardions ses fruits qui sont presque
innombrables outre les choses infinies, dont
elle enrichit beaucoup d'Arts: Car sans faire
mention du surplus, la seule pierre philosophale
a tant de vertu & d'excellence, qu'elle
suffit à guérir plusieurs maladies, & enseigne
les vraies & exquises préparations des remèdes.
Or ne faut trouver étrange si ces choses
déplaisent à ceux qui sont accoutumés à de
plus impures, ou qui se reposent sur la seule
coutume. J'admoneste telles gens, ou qu'ils
apprennent choses meilleures, ou qu'ils ne
portent envie à ceux qui sont mieux instruits,


Note du traducteur :

*assault: du verbe assalter, assaillir.
*improuve: désapprouver, blâmer.


@

152 Réponse

Ou pour le moins ne reprennent les choses
dont ils n'ont connaissance: sinon peu nous
chaud de leurs efforts: Car nous sommes assurés
que la vérité gagnera, & ayant finalement
chassé ces ténèbres par sa clarté, fera paraître
les choses telles qu'elles sont.

F I N.

pict


Signes de Chimie.

1 - Antimoine.
2 - Huile.
3 - Tartre.
4 - Sel.
5 - Amalgame.
6 - Nitre.
7 - Pierre.
8 - Prenez.
9 - Soufre.
10 - Poudre.
11 - Vinaigre.
12 - Eau forte.
13 - Alambic.
14 - Creuset.
15 - Eau-de-vie.
16 - Eau régale.


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