Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : 2706 .
Auteur : Tripied.
Titre : Du Vitriol Philosophique.
S/titre : et de sa préparation.

Editeur : Chamuel Editeur.
Date éd. : 1896 .
@


DU VITRIOL PHILOSOPHIQUE
et de sa Préparation
@



DU MEME AUTEUR
-----

L'Elixir des Philosophes et la Pierre
philosophale
(EN PREPARATION)
-----

@

TRIPIED
-----

DU VITRIOL PHILOSOPHIQUE

pict

et de sa Préparation
-----

PARIS
CHAMUEL, EDITEUR
5, rue de Savoie, 5 ---
1896
@
@




PRELIMINAIRES
-----
Concilier la profondeur des vues théoriques an- ciennes, avec la rectitude et la puissance de l'expérimen- tation moderne. (Louis LUCAS),
Je ne commencerai pas cette étude, sans
rendre un juste hommage à la mémoire du
regretté Albert Poisson, dont le traité des
« Théories et Symboles », est venu produire
une clarté si nécessaire sur tous les livres
alchimiques de l'antiquité. Grâce à lui main-
tenant, on peut ouvrir hardiment n'importe
quel vieux manuscrit hermétique et sinon
entrer de plain-pied dans les secrets que nos
ancêtres ont toujours jalousement gardés,
du moins pénétrer la pensée qui les a guidés

@

-- 8 --

et essayer de comprendre ce qu'ils ont voulu
nous dire dans leurs écrits.
Après que vous avez lu et médité les dif-
férents ouvrages touchant le « grand oeu-
vre » tombés en votre possession, quelle est
votre pensée dominante? Ou si vous le pré-
férez, quelle est la question qui se pose en
vous? Si je ne me trompe, la voici: Que peut-
on vouloir bien entendre par ce Mercure
des philosophes dont on dit tant de mer-
veilles? Est-ce un mythe ou existe-t-il réel-
lement? Et s'il existe, où et comment pour-
rai-je le trouver?
C'est là en effet le noeud de la question,
et en elle gît tout le secret hermétique.
D'après tous les auteurs qui s'en sont oc-
cupés, le Mercure des philosophes se trouve
partout. Il est, disent-ils, en nous-mêmes,
dans l'air que vous respirez, c'est l'azoth qui
donne naissance à toutes choses; ce qui nous
conduit forcément à croire que ce ne peut être
que la lumière astrale d'Eliphas Lévy, le mou-
vement de Louis Lucas, l'od du chevalier
Reichembach, la force de Turpin. Mais,

@

-- 9 --

toujours d'après les anciens, comme de son
essence il est impalpable et invisible, il est
nécessaire que par un certain artifice, l'ar-
tisan le fasse paraître sous une forme tan-
gible, et cette forme est ce qu'on appelle « la
quintessence ». En conséquence, pour le
retirer de n'importe quel sujet, il faut donc
obtenir la quintessence même du sujet, et
pas n'est besoin de dire qu'en cette circons-
tance il ne peut pas avoir un caractère uni-
versel et qu'il sera toujours déterminé dans
le sens dudit sujet sur lequel on aura tra-
vaillé.
Il me semble déjà, en ce moment, voir
hausser les épaules à tous les gens réputés
graves et savants, et entendre bourdonner à
mes oreilles certains qualificatifs dont le
moindre ne peut être qu'« abstracteur de
quintessence ».
L'alchimie, en effet, est une science en-
core si décriée de notre époque, que qui-
conque s'y aventure, peut être certain de voir
un jour ou l'autre suspecter ses facultés cé-
rébrales. En voulez-vous une preuve? Ou-
1.

@

-- 10 --

vrez le Larousse et cherchez l'article Para-
celse: vous pourrez lire, au milieu d'appré-
ciations plus ou moins aigres douces, cette
phrase superbe: « En résumé? c était un fou,
à qui la médecine doit simplement sa théra-
peutique ». Ici, le mot simplement ne man-
que pas de saveur, et pour mon compte, je
regrette amèrement qu'il ne se soit pas trouvé
depuis ce temps quelques fous de ce calibre
qui auraient pu faire, toujours par hasard na-
turellement, quelques nouvelles découvertes;
la médecine moderne, soit dit sans vouloir
l'offenser, en aurait peut-être pu tirer quel-
que profit. Il en est de même pour tous les
autres, que ce soit Oswald Cross ou Glau-
ber. Vous pourrez lire que toute leur vie, ils
ont brillé d'un vif éclat, parmi leurs con-
temporains, mais toujours que par un ma-
lencontreux hasard, ils ont, sur le déclin de
leur existence, tous fini par mal tourner.
N'importe, il n'est pas possible mainte-
nant, à un esprit non prévenu et tant soit peu
éclairé, de croire que tous les grands phi-
losophes de l'antiquité, les Paracelse, les

@

-- 11 --

de Locques, les Glauber, et tant d'autres, qu'il
me serait trop long de citer, il n'est pas pos-
sible, dis-je, de croire que tous ces grands
esprits ont fait fausse route, et qu'après avoir
été le réceptacle des connaissances humaines
et des maîtres à la parole indiscutable, ils
aient pu, à la fin de leurs jours, oublier tout
leur savoir, pour tomber, ce qui paraît sin-
gulier, dans la même folie et la même dé-
mence, bien qu'ils vécussent à des époques
tout à fait distinctes.
S'il est donc impossible d'ajouter foi à une
aberration d'esprit qui aurait été commune
à tous ces savants, nous sommes naturelle-
ment amenés à croire qu'il existe une science
véritable, cachée, profonde, à laquelle ont
été forcément conduits ces fidèles scrutateurs
de la nature, qui, à force de veilles et de tra-
vaux ont enfin déchiffré l'énigme du sphinx,
et sont parvenus à toucher la récompense de
toute une vie de labeur et d'étude. Mais
revenons à notre sujet.
Pour ce qui regarde les végétaux et les
animaux, il est facile à quiconque connaît

@

-- 12 --

l'art spagyrique, d'en tirer la quintessence.
Ainsi de Locques dans son « Rudiment de
la Philosophie naturelle », Le Crom dans
ses « Expériences utiles et curieuses », nous
donnent la marche à suivre; mais pour les
minéraux, c'est une tout autre opération plus
difficile et plus longue.
Comme ils sont généralement dépourvus
de toute humidité, il nous faut préalable-
ment les ramollir et les amener à un état qui
fera le sujet de notre ouvrage, et que nous
nommerons, comme tous les anciens, du
nom de Vitriol.

@




DU VITRIOL PHILOSOPHIQUE
-----


PREMIERE PARTIE

Tout d'abord, il existe deux vitriols, ou plutôt le
vitriol peut se présenter sous deux formes: le vitriol
pur et le vitriol impur ou grossier.
Pour bien comprendre ceci, il nous faut remonter
à l'origine même de la science hermétique, et je ne
crois pas mieux faire qu'en citant les idées de Para-
celse sur le pur et l'impur de chaque substance. Sui-
vant lui, en toutes choses, il y a l'âme de cette chose
qu'il appelle « l'Elément prédestiné ». Cet élément
prédestiné qui se compose, toujours d'après lui, de
sel, soufre et mercure, est comme noyé et disséminé
dans une masse formée de flegme et de terre morte
ou damnée, et nous donne ainsi le corps tel que nous
le voyons. Nous en avons un exemple frappant dans
les végétaux. Qu'est-ce, en effet, que les alcaloïdes
divers « quinine, aconitine, etc. », sinon les princi-
pes purs et actifs de ces végétaux, lesquels une fois
privés de ces principes, restent sans force et sans ac-
tion?
Or, dans ce cas du vitriol, supposons que par l'art

@

-- 14 --

spagyrique, nous venions à supprimer ce flegme et
cette terre morte, nous aurons le vitriol pur; sinon,
c'est un vitriol impur, et l'oeuvre sera d'autant plus
difficile et plus longue, que le vitriol sera plus impur,
ou que l'élément prédestiné sera en plus petite quan-
tité. Car c'est ce vitriol pur qui est la base de l'oeuvre
hermétique, c'est la matière première de l'art, c'est le
sel qui, par une suite d'opérations dont le récit fera
le sujet d'une autre étude, prendra la forme de mer-
cure ou feu secret, et, par une union intime du volatil
avec le fixe, nous donnera le soufre, l'aimant philo-
sophique attirant l'esprit universel et le sel armoniac
d'Artephius.
Tous les corps sont donc composés d'un principe
pur et d'un autre impur; par conséquent, les métaux
ont en eux un grain pur enseveli sous les fèces noires,
et c'est ce grain pur, cette âme non encore complète-
ment fixe, que l'art hermétique se propose d'aller
chercher, pour l'élever à une condition supérieure,
dans l'art de la transmutation.


De la matière première

La matière première a été parfaitement indiquée
par Basile Valentin dans son remarquable symbole
« Visita interiora terrae, rectificando, invenies occul-

@

-- 15 --

tum lapidem » (1), symbole dont les premières let-
tres forment par leur réunion le mot « Vitriol ».
Le vitriol est le commencement de l'oeuvre; mais
quel est ce vitriol?
Prendrons-nous les vitriols bleu, blanc ou vert, qui
sont les sulfates ou couperoses de notre chimie mo-
derne? Ces composés, suivant Riplée, sont les vi-
triols des fous, et ce qui nous occupe en ce moment,
c'est le vitriol philosophique.
Le vitriol philosophique d'un métal est formé,
quand ce métal se trouve imprégné d'une humidité
de sa propre nature, c'est-à-dire d'une liqueur miné-
rale à laquelle il doit sa naissance et dont la coagu-
lation et fixation a produit ce même métal, qui se
trouvera donc alors par là même, en quelque sorte ré-
trogradé, ou plutôt réincrudé selon le style alchimique.
Prenons, par exemple, le sulfate de fer ordinaire.
L'acide sulfurique est une liqueur minérale trop
éloignée encore du fer pour être une humidité de sa
propre nature; aussi le vitriol vert du commerce
n'est-il pas un vitriol philosophique. Mais si, par
des procédés que nous indiquerons, nous arrivons à
ramollir suffisamment ce composé de façon à en faire
une pâte qu'on puisse soumettre à la putréfaction, il
s'engendrera alors un nouveau corps, dans lequel


(1) Visite les entrailles de la terre, tu trouveras la pierre cachée.

@

-- 16 --

SO4H se sera rapproché du métal, et se trouvera cuit
par la fermentation, au point d'être devenu identique
avec ce qu'était ce même métal avant sa coagulation.
Nous aurons donc, dans ce cas un Vitriol Martial;
nous pouvons obtenir de la même façon celui de
Vénus, ainsi que la véritable matière si cachée des
anciens qui s'obtenait d'une pyrite martiale alumi-
neuse, ou plus brièvement du sulfate de fer et d'alu-
mine; ce que veut nous enseigner Huginus a Barma,
lorsqu'il nous dit au commencement de sa Pratique
« Prenez de la vraie terre bien imprégnée des rayons
« du soleil, de la lune et des autres astres. »
Voyons maintenant comment on peut arriver à
faire putréfier ce composé.
Ce n'est pas sans raison que les anciens chimistes
ont considéré la putréfaction comme la porte du
sanctuaire de la nature.
C'est elle, en effet, l'auteur de toute génération,
destruction et régénération. Mais si les végétaux et
les animaux pourrissent facilement, les minéraux par
contre sont bien plus difficiles à amener à cet état;
cependant nous pouvons y arriver en examinant
comment la nature opère quand elle détruit les mi-
néraux ou les pierres.
La chaleur et l'humidité sont ses seuls agents; car,
par une suite de dessiccations et d'humectations suc-
cessives, tout finit par se briser, s'émietter et finale-
ment se changer en une espèce de pâte ou bouillie.

@

-- 17 --

Faites rougir une pierre au feu, éteignez-la ensuite
dans l'eau ou pour aller plus vite dans l'eau salée,
elle se brisera en morceaux; récidivez l'opération et
la pierre finira par se réduire en glaire et en eau.
Appliquons donc ce procédé au cas qui nous oc-
cupe, c'est-à-dire au sulfate de fer et d'alumine, et
nous réduirons nos matières en la consistance pâteuse
requise pour la putréfaction.
De Locques, dans son « Rudiment de Philosophie »
nous donne le procédé ci-contre:
« On met le vitriol à une chaleur fort modérée,
« où rien ne peut monter que le phlegme », c'est-à-
dire qu'il faut avoir soin de ne pas enlever l'eau de
constitution, « et ce tant qu'il demeure sec comme
« la pierre d'éponge; on lui redonne son phlegme,
« on re-distille, et ce par trois fois; à la seconde, il
« prend la couleur d'une belle émeraude, et à la troi-
« sième, il devient blanc comme du beurre. On cor-
« rompt cette matière au fumier, pendant quarante
« jours, puis on distille l'esprit doux qui vient par
« veinules comme l'esprit-de-vin, puis l'esprit acide
« qui distille sous forme de fumées blanches, et enfin
« l'huile rouge par une forte expression de feu, sans
« laquelle elle ne monte pas », pages 83 et 84:
2e livre.
En cet endroit, de Locques n'a pas été assez expli-
cite, ce qui lui arrive, du reste, la plupart du temps.
Si on le prend à la lettre et qu'on mette le vitriol tel

@

-- 18 --

qu'il est, à se dessécher, on n'obtiendra rien de bon,
car lorsqu'on reversera le phlegme sur ledit vitriol,
celui-ci ne se dissoudra point, il n'y aura par suite
que la surface qui sera attaquée par les humectations
et dessiccations successives, et tout le dedans de la
cornue ou cucurbite restera intact. Vous aurez donc
perdu votre temps et vos peines, ce qui m'est arrivé
la première fois.
Au lieu que si vous dissolvez préalablement tout
le vitriol en eau distillée ou eau de pluie, vous pour-
rez à chaque cohobation le re-dissoudre de nouveau,
et par là broyer suffisamment la matière, pour qu'au
bout de deux ou trois opérations, elle finisse par tom-
ber en consistance de beurre ou gürh; le tout formant
une pâte homogène, que vous n'aurez plus qu'à sou-
mettre à la putréfaction.
Nous voici donc arrivés à l'entrée du Palais du Roi,
nous avons en notre possession le vitriol rouge,
l'adrop, le vitriol azoqué, le lion vert de Riplée dont
la préparation a toujours été cachée avec un soin ja-
loux. C'est la seule matière qui contient à elle seule
les soufres blancs et rouges nécessaires pour la pierre.
C'est là ce vitriol qui distillé soit avec le salpêtre seu-
lement, soit avec le salpêtre et cinabre, nous donne
ce menstrue puant dont il est parlé dans la clavicule
de Raymond Lulle, le trésor des trésors de Paracelse,

@

-- 19 --

et le composé d'Albert le Grand, ouvrages traduits
du latin en français par A. Poisson.
Ce menstrue puant réduit les métaux en leur pre-
mière matière, c'est-à-dire en vitriol philosophique,
et si, lorsqu'on y a dissous les métaux (fer et cuivre,
par exemple), on distille selon l'art, ce qui veut dire
petit feu au commencement en graduant le feu peu
à peu jusqu'à ce qu'il devienne fort à la fin, on
obtient alors une liqueur chargée des soufres volati-
lisés de ces métaux qui peut, suivant le langage des
alchimistes, teindre la lune qu'on y met digérer quel-
que temps, en lui faisant acquérir une bonne partie
de la Couronne du Roi.
On réalisera ainsi le problème déjà trouvé par Tif-
fereau, de la transmutation de l'argent en or d'une
façon singulièrement lucrative, grâce à l'action de
ces soufres plus matériels et par conséquent plus
efficaces que les rayons du soleil du Mexique, fus-
sent-ils dix fois plus ardents.
Mais nous reviendrons sur ce sujet.
Parmi les anciens philosophes, nombre d'entre
eux sont parvenus au secret hermétique, avant d'avoir
connu cette matière unique; ainsi, nous pourrons
citer Le Crom qui a laissé un Vade-Mecum très sug-
gestif, et dans lequel il donne la préparation du sel
des métaux qui n'est autre chose que le vitriol pres-
que pur de ces métaux. Je ne peux pas faire moins
que de reproduire cette préparation qui se trouve

@

-- 20 --

dans son « Nouveau traité des dissolutions », page 34.
.... « Mettez dans des terrines de grès, quelques
« livres de limaille de fer, versez dessus du bon
« vinaigre distillé (1), et laissez infuser la matière,
« en remuant trois fois le jour, jusqu'à ce que le vinai-
« gre soit bien coloré. Décantez, remettez de nouveau
« vinaigre et continuez jusqu'à ce que vous ayez
« assez de teintures. Si c'est par un temps froid,
« l'opération se fera dans un lieu un peu échauffé
« pour aider la dissolution. Filtrez, mettez tout votre
« vinaigre coloré dans une ou deux cucurbites de
« grès remplies à demi, et vous distillerez au sable
« doucement, jusqu'à siccité de la matière. Cohobez
« et re-distillez jusqu'à sept fois, de manière à broyer
« ladite matière. Ecrasez-la ensuite dans un mortier,
« en l'imbibant de son menstrue, puis mettez-la dans
« une cornue de verre et le vinaigre par-dessus, qu'il
« surnage d'un tiers. Distillez avec précaution et par
« degrés, jusqu'à ce qu'il ne sorte plus ni gouttes ni
« fumées. Rectifiez trois fois votre distillation pour
« la nettoyer de ses ordures, puis broyez la terre de
« votre cornue sur le marbre en l'imbibant de votre eau
« rectifiée trois fois, et mettez-la dans des cucurbites
« de verre avec de l'eau rectifiée à l'éminence de

(1) Je ne saurai trop recommander, toutes les fois que l'on se servira de vinaigre distillé en alchimie, de bien
veiller à ce qu'il n y entre aucune addition d'acide acé-
tique.

@

-- 21 --

« quatre doigts: couvrez les cucurbites avec d'autres
« de rencontre, lutez les jointures et faites digérer
« au bain des cendres à un feu doux, pendant qua-
« rante jours. Vous décanterez ensuite, et la liqueur
« évaporée vous donnera le sel demandé. Lavez bien
« la matière pour en retirer autant que possible tout
« le sel que vous nettoierez ensuite par plusieurs
« dissolutions et filtrations dans de l'eau de pluie.
« Faites dissoudre de nouveau dans de l'eau-de-vie
« pour achever de bien purifier le sel, et faites évapo-
« rer au bain-marie.
« Mettez ce sel dans une cornue de verre bien
« lutée, et distillez au sable par un feu gradué tant
« qu'il ne sorte plus rien.
« Rectifiez la liqueur qui en sera sortie dans une
« cucurbite de forme haute; il sortira d'abord un
« esprit subtil qui ne s'attache point au chapiteau;
« quand vous verrez que la liqueur commence à s'y
« attacher, changez de récipient, et vous aurez
l'huile. »
Le Crom est le seul auteur que je connaisse, qui
soit allé aussi loin dans une démonstration claire et
nette de la matière première, et non seulement il
nous indique la manière d'obtenir un vitriol presque
pur, mais encore il nous met sur la voie des transmu-
tations que, grâce à son moyen, on peut effectuer fa-
cilement.
Ainsi, ce sel projeté sur de l'étain fin d'Angleterre

@

-- 22 --

après une heure et demie de fonte de celui-ci dans un
creuset, et une bonne chauffe d'une demi-heure en-
viron après la projection, tout en remuant vigoureu-
sement, nous donnera après refroidissement dans le
fond du creuset, un culot qui ne sera plus de l'étain,
puisqu'il sera changé en très bon argent.
« Qu'on fasse digérer, dit-il encore, à feu doux de
« cendres, trois parties de la deuxième liqueur, c'est-
« à-dire de l'huile, avec une partie d'argent fin dissous
« par l'eau forte, précipité par le cuivre et bien lavé
« et bien séché; qu'on digère cet argent jusqu'à ce
« qu'il ait acquis une couleur de charbon, ou plutôt
« d'un or de départ; qu'on sépare cette chaux noire
« de son eau en versant le tout dans un filtre. Cette
« chaux étant séchée et mise dans un creuset, chauf-
« fée jusqu'à rougeur ou fondue, on trouvera de bon
« or poids pour poids de l'argent employé. »
De plus, ce sel de Mars est un médicament qui,
paraît-il, n'est pas à dédaigner, car douze ou quinze
grains fondus dans une pinte d'eau de rivière, nous
donnent, toujours d'après lui, une eau minérale agis-
sant par les urines et les sueurs, et d'une action très
efficace dans beaucoup de graves maladies.

Le vinaigre, pour en revenir à notre sujet, est en
effet ce qu'on peut appeler le grand agent de l'al-
chimie; comme c'est un composé de soufre et de
mercure, il s'insinue dans le corps des métaux, s'at-

@

-- 23 --

tache principalement à leur mercure et à leur soufre,
et sous l'effet de la fermentation les ramollit en se
changeant complètement en leur propre nature (1).
Dans un vieux manuscrit attribué à de Bremens se
trouve une préparation de quintessence de plomb
obtenue en traitant la litharge par le vinaigre distillé.
L'acétate de plomb ainsi obtenu en masse pâteuse
après évaporation, est mis à fermenter deux ou trois
mois, et au bout de ce temps le tout est tombé en
cristaux qu'on re-dissout et qu'on fait recristalliser.
On a ainsi un vitriol d'aspect brillant et presque
nacré, dont les propriétés sont toutes autres que celles
de l'acétate de plomb vulgaire.
Mais dans notre chimie actuelle, l'acétate de potasse
que l'on appelle aussi Arcane du tartre, tartre régénéré,
n'est-il pas aussi un véritable vitriol, quoique très
impur? On ne peut dire en effet que le vinaigre soit
un liquide étranger au sel de tartre vulgairement car-
bonate de potasse, puisque le vin qui donne naissance
au vinaigre est le premier état dans lequel s'est d'abord
trouvé le tartre ou pierre de vin qui se dépose par
concrétion et qui, calciné ensuite donne le sel de tartre.
Donc l'union simple d'un fixe, comme dans notre
exemple le carbonate de potasse avec une humidité
de sa propre nature comme le vinaigre, doit donner


(1) Le Crom.
@

-- 24 --

un vitriol, sans qu'il soit nécessaire de les faire passer
au préalable par la fermentation ou putréfaction.
Distillons ce sel après l'avoir toutefois évaporé à
siccité et transformé en une masse lamellaire (terre
foliée de tartre des anciens), chauffons jusqu'au rouge
sombre, nous obtenons un liquide rouge noirâtre qui,
rectifié pour le séparer des produits impurs et empy-
reumatiques, nous donne l'acétone ou l'esprit du corps
et l'huile ou âme dont les portions les plus légères
passant entre 120 et 150 , ont déjà occupé les chi-
mistes sous le nom de dumasine; esprit et huile qu'on
aura parfaitement purs en les combinant avec les
bisulfites alcalins. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il
faut répéter souvent cette distillation, si l'on veut
obtenir une quantité appréciable de liquide, car,
outre que dans le cas d'un vitriol impur, la portion
pure seule peut donner quelque chose et qu'elle ne
se trouve guère que dans la proportion de une partie
sur vingt; outre cela, dis-je, tout vitriol dans la dis-
tillation se décompose en fixe qui reste dans la cornue
et en volatil qui passe dans le récipient.
Dans le cas qui nous occupe, le résidu de la dis-
tillation n'est donc autre qu'un mélange du sel de
tartre primitif avec du charbon.
J'ai dit plus haut que l'acétate de potasse était un
vitriol très impur; voyez en effet ce qui arrive quand,
desséché à l'état lamellaire, vous le chauffez jusqu'à
liquidité? Cette liqueur est alors complètement noi-

@

-- 25 --

râtre; refroidie et pilée dans un mortier de marbre
chauffé, la masse affecte une blancheur d'argent fin,
mais chaque fois qu'elle redevient liquide elle reprend
sa coloration noire, ce qui n'arriverait certaine-
ment pas, si elle n'était composée que de portions
pures.
Prenez cette masse blanche après l'avoir concassée,
mettez-la encore chaude dans un flacon assez grand,
et versez dessus en quantité notable son esprit qui
est l'acétone. Faites digérer vingt-quatre heures dans
un lieu chaud en secouant de temps à autre, et dé-
cantez; remettez de nouvel acétone et continuez cette
opération.
Finalement il vous restera une boue liquide noi-
râtre qui représente la plus grande partie du flegme
et de la terre morte de ce corps, le pur accompagné
encore cependant de pas mal d'impuretés, ayant été
enlevé peu à peu par l'esprit.
On peut s'en rendre compte au moment des décan-
tations; ainsi, lorsque vous avez enlevé votre flacon
après digestion de l'endroit où il chauffait doucement,
mettez-le dans un réduit frais, vous verrez au bout
de quelque temps de fines aiguilles transparentes;
comme la glace pure, s'attacher aux parois de votre
vase. Mais j'avoue qu'il m'a été impossible de les
isoler; car elles finissaient par se dissoudre et s'unir
à l'acétone au point de se décomposer dans la dis-
tillation.
2

@

-- 26 --

Voyant cela, je m'y suis pris d'une autre façon.
J'ai mis dans une grande bassine deux ou trois
kilos de carbonate de potasse blanc et sec et j'ai versé
dessus de bon vinaigre de vin distillé, sans aucun
mélange d'acide acétique.
Les effervescences passées, j'ai fait évaporer en un
liquide brun et très épais que j'ai renfermé dans des
pots de grès avec couvercle bien luté, et mis à fer-
menter deux ou trois mois environ dans le fumier.
Au bout de ce temps, le contenu de ces pots ayant été
évaporé en consistance de miel épais, par le refroi-
dissement, j'ai obtenu une pâte brune striée et comme
constellée de fins cristaux très brillants et très trans-
parents qui ne pouvaient être cette fois que les por-
tions pures du sel séparées par la putréfaction des
portions mortes et impures.
La difficulté était de les retirer de cette masse pour
les isoler; j'y suis cependant arrivé quoique impar-
faitement, en agitant avec l'acétone et décantant aussi-
tôt. J'ai pu ainsi obtenir une certaine quantité de ces
beaux cristaux, malgré la perte nécessaire résultant
de l'amollissement de ce sel pur par son esprit l'acétone,
ce qui, après la distillation dudit acétone, laissait
couler dans le récipient un composé huileux qui,
selon moi, n'a pu être qu'un mercure, le mercure de ce
corps ou alchimiquement parlant un véritable esprit
de tartre, que par une nouvelle distillation, on obtient
pur et limpide.

@

-- 27 --

Puisque nous en sommes maintenant au sel de
tartre, nous profiterons de l'occasion pour rappeler
que ce sel a toujours été en grand honneur chez les
anciens philosophes. Van-Helmont s'exprime ainsi
à son sujet: « Si vous ne pouvez arriver à découvrir
ce secret du feu, dit-il, en parlant du mercure philoso-
phique, apprenez au moins à volatiliser le sel de
tartre, afin de faire vos dissolutions par son moyen ».
Volatiliser le sel de tartre, c'est bien facile à dire,
mais comment s'y prendre?
J'ai trouvé, il y a quelque temps, à la librairie Cha-
cornac un petit livre intitulé « Suite de l'Alkaest » du
sieur Jean Lepelletier de Rouen, 1706 « où se trouvent
« relatés plusieurs endroits des ouvrages de Georges
« Starkey, le disciple de Philalèthe, et où l'on dé-
« couvre la manière de volatiliser les alcalis, comme
« d'en préparer aussi des remèdes excellents, appro-
« chant de ceux que l'on peut préparer par l'alkaest ».
... Après avoir montré, page 60, « que le sel, en
général, à parler philosophiquement, dans l'action
de la furie de Vulcain s'empare du soufre son voisin,
et parce qu'ils étaient tous deux volatils auparavant,
ils se fondent ensemble et se fixent en un corps
alcali », cet auteur ajoute « de là vient que les alcalis
sont aisément volatilisés, leur génération ne pro-
cédant point de principes séminaux et n'étant qu'un
déguisement volontaire du sel et du soufre, dé-
guisement que le composé prend pour mieux résiste(r)

@

-- 28 --

à la violence du feu. » Et plus loin « tout alcali peut
donc être rendu volatil en diverses manières qui
toutes produisent d'excellents remèdes, mais la
moindre de toutes est celle qui se fait avec les huiles
tirées par expression. Ces huiles bouillies dans des
lessives d'alcalis font un savon, et ce savon contient
peu de sel volatil. Les huiles essentielles, à cause de
leur volatilité, ne peuvent pas se faire bouillir avec
des lessives, mais il y a une voie plus secrète, par
laquelle ces huiles et le sel de tartre sont réduits,
non en savon, mais en un sel volatil en forme de sucre
candi, qui se dissout dans l'eau et dans le vin. Or,
entre tous les sels fixes, il n'y en a point de plus
grande vertu que le sel de tartre, et entre toutes les
huiles, point de plus détersive que l'huile essentielle
de térébenthine, qui est une huile claire, pénétrante
et de sa nature très diurétique.
Mais, remarquez qu'en faisant le sel volatil avec
une huile essentielle, lorsque la digestion est parfaite
et qu'il se dissout dans l'eau sans aucune oléaginosité
ou graisse, cette eau semble un véritable esprit qui
n'est cependant pas l'esprit de tartre; car cette eau
étant gardée, elle conservera son goût fort, jusqu'à
ce qu'il ne demeure plus que du sel, et pour lors,
si l'on reverse de l'eau sur ce sel, cette eau n'aura
plus de goût, et à la distillation elle passera sans
odeur.
Or, c'est cette sorte de sel qu'on doit distiller ou

@

-- 29 --

sublimer, si l'on veut obtenir l'esprit, dont Paracelse
et Van-Helmont ont fait tant de cas.
Voici la manière d'opérer, qui se trouve à la fin du
livre, page 177.
... « Parties égales de bon salpêtre et de tartre
blanc; pilez-les à part bien menu, tamisez, mêlez et
faites détonner dans un creuset, en l'y versant par
cuillerées et l'allumant avec un charbon ardent. Il
restera un sel blanc que vous prendrez chaud, le
pilerez grossièrement, et le mettrez dans un vaisseau
de faïence de large ouverture et qui ait un couvercle;
versez dessus de bonne huile de térébenthine jusqu'à
la hauteur de deux doigts au-dessus, prenant bien
garde que ce sel n'ait pas pris d'humidité quand vous
verserez l'huile, autrement celle-ci ne s'unirait pas au
sel. C'est pourquoi il faut que le sel soit encore chaud
quand on le pile et qu'on l'imbibe d'huile.
Il faut agiter cette matière deux ou trois fois par
jour avec une spatule de buis, tenir le vaisseau cou-
vert, dans un endroit tiède, et y remettre de nouvelle
huile à mesure que celle qu'on y a mis d'abord dimi-
nuera. Continuant ce travail pendant six mois, ou
jusqu'à ce que le sel soit ouvert, qu'il ait bu trois fois
son poids d'huile, et qu'il ait pris la forme de savon
ou graisse, qui, desséchée et dissoute dans l'eau,
donne, par évaporation, le sel volatil ou vitriol de
tartre demandé ».
Ce sel, par la distillation sèche, nous fournira en
2.

@

-- 30 --

suite l'esprit de tartre, lequel joint à son sel fixe, fait
tant de merveilles, suivant de Locques, dans son
« Rudiment de Philosophie naturelle », lorsqu'il
parle de la manière d'obtenir la « Quintessence de
tartre. »
Nous nous arrêterons ici, pour ne pas sortir des
limites que nous nous sommes tracées, ne voulant
parler dans cet ouvrage que du seul Vitriol Philoso-
phique.

@




DEUXIEME PARTIE


Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de ce
que les anciens philosophes nommaient la voie
humide; mais il en est une autre appelée la voie
sèche et qui a été suivie par Geber et quelques philo-
sophes arabes, tels qu'Avicenne, etc. Contentons-
nous de dire que l'oeuvre de la Pierre peut indiffé-
remment se commencer par l'une ou l'autre voie,
bien que par la suite ces deux voies doivent être alter-
natives, comme nous l'a si bien dit Eliphas Lévy
dans sa philosophie hermétique.
Nous avons vu dans les précédents chapitres que
l'obtention du vitriol par voie humide est assez facile
si, d'un autre côté, l'ouvrage est un peu long; mais
la voie sèche, bien plus courte il est vrai, est, par là-
même, plus difficile et nécessite un laboratoire et un
outillage dispendieux, qui ne peut se trouver à la
portée de tout le monde.
Elle consiste à calciner la matière, de façon à ce

@

-- 32 --

que toutes les fèces, étant réduites en cendres, il ne
reste plus que le grain, le principe pur qui résiste au
feu, étant de sa nature, aussi incombustible que l'a-
miante, et qui à force de calcinations, finit par se
résoudre complètement, lorsqu'il est traité ensuite par
l'eau. C'est de cette opération dont parle Hermès,
lorsqu'il dit « Rex ab igne veniet, ac conjugio gau-
debit, ac res occulta patebunt. »
On voit donc qu'il ne s'agit que d'être outillé et
secondé, pour, après quelques essais et tâtonnements,
pouvoir réussir assez facilement. Mais il ne faut pas
oublier, suivant le sieur de Nuysement, « de réitére(r)
ces calcinations et ces lessives, car si on voulait y
arriver par une calcination seule et continue, il pour-
rait survenir deux choses: ou bien que la force des
flammes sublimerait et contraindrait à la fuite la
meilleure partie de ce que l'on cherche, ou bien que
ce grain ou principe pur se vitrifierait avec les fèces;
tandis que de la réitération des calcinations et solu-
tions il arrive deux biens: l'un, que la chose cal-
cinée acquiert par l'accoutumance du feu une subti-
lité et permanence singulière; l'autre, que ce qui est
souvent dissous acquiert pénétration, impression
prompte et subtile et puissante vertu. Telles sont les
voies ordinaires pour tirer les pures substances de
leurs excréments corrompant, et les élever de la
lourde épaisseur terrestre à la pureté ignée. »
Voici un procédé qui se trouve décrit assez au long

@

-- 33 --

dans le « Discours philosophique » de Sabine Stuart
de Chevalier, page 167.
... « Après avoir reconnu la matière de la pierre, il
« faut la piler dans un mortier, pour en faciliter la
« calcination. On peut, sans crainte, la calciner au
« fourneau de réverbère et même dans un four de
« verrier, parce que la matière de la pierre est
« comme la salamandre qui ne craint point le feu.
« Tirez ensuite le sel fixe de la chaux en lessivant,
« faites ensuite bouillir la lessive jusqu'à réduction
« de moitié, remplissez le vase avec une pareille les-
« sive, et faites encore bouillir jusqu'à réduction de
« moitié. Il faut répéter cette opération « de calci-
« nation et lessive, je suppose », jusqu'à huit fois. »
En mettant chaque fois de côté, les cristaux formés
par refroidissement et qui sont le sel résout en eau ou
vitriol, et re-calcinant seulement les parties fixes qui
se déposent au fond du vase.
... « Après cela, dit-il, vous aurez un sel parfait,
« c'est ce que les philosophes appellent eau qui ne
« mouille pas les mains, sans cette eau rien ne pour-
« rait croître dans le monde. Voilà un des plus
« grands secrets des Philosophes; voilà l'esprit uni-
« versel corporifié, et dont on peut se servir pour
« guérir les maladies les plus dangereuses.
« Ce sel ainsi prépare, est le véritable sel de la terre,
« qui, aux yeux, ne paraît qu'une seule et même
« chose, mais il en contient cependant trois diffé-
« rentes avec les quatre éléments. »

@

-- 34 --

« 1° Il contient d'abord un esprit volatil et fixe en
« même temps, quoiqu'il ne soit que d'une nature
« moyenne.
« 2° Il contient un sel ammoniac ou sel volatil.
« 3° Il renferme une substance saline, fixe, alca-
« line. Voilà ce qui est contenu dans la substance du
« sel philosophique. »
Crollius, dans sa Chimie Royale, indique égale-
ment le moyen de retirer le vitriol de Mars et de Vé-
nus. Quand ces métaux ont été bien calcinés à diffé-
rentes reprises avec le soufre, il les reprend par de
l'eau de pluie ou de rosée, dans laquelle le grain pur
se dissout et donne un vitriol par évaporation. Je
renvoie le lecteur à son livre pour plus amples ren-
seignements.
Dans ces deux exemples, on a pu remarquer que
le principe pur nécessite une lessive complète avec
l'eau de pluie ou de rosée, et la raison en est que
dans ces eaux se trouve, en grande quantité, l'esprit
universel ou le mouvement diffus de Louis Lucas,
lequel, rencontrant par cette opération, non seule-
ment un aimant, mais encore une matrice pure, s'y
insinue, s'y incorpore avec l'humidité nécessaire, et
du grain fixe en fait un vitriol, ce qu'on voit facile-
ment par la distillation ultérieure.
De Respour, dans ses Rares expériences sur l'es-
prit minéral, nous donne le procédé ci-contre:
Il traite d'abord le zinc par l'antimoine dans un
creuset jusqu'à évaporation de l'antimoine, puis con-

@

-- 35 --

tinuant de chauffer, il sublime ce zinc qui se change
alors en oxyde ou pompholix ou fleurs de zinc qu'il
enlève avec une spatule de fer, au fur (et) à mesure de
sa production, et qu'il nomme « cendre métallique
du zinc d'antimoine ».
... « Puis mettez, dit-il, une part de cendres métal-
liques avec deux parts de salpêtre pur dans un pot
de terre, que mettrez au feu l'espace de douze heures,
en le mouvant quelquefois avec un bâton, lorsque la
matière s'enflera: il faut que la chaleur soit telle que
le pot ne devienne nullement embrasé.
Les matières étant refroidies, rompez le pot et
mettez la masse en poudre grossière, puis en emplis-
sez des creusets que vous mettrez au feu l'un après
l'autre, et ferez si grand feu que vous pourrez. Quand
vous verrez que votre creuset commencera à se vitri-
fier, levez le petit couvercle, et voyez si la matière est
de couleur de pourpre, ce que vous connaîtrez, lors-
qu'elle semblera ternie comme manque de feu, l'au-
tre signe est qu'un peu auparavant, il y paraît une
belle étoile. Retirez tout aussitôt votre creuset, de
crainte qu'ayant passé le moment nécessaire, l'esprit
mercuriel ne s'enfuie en forme de fumée, de telle
sorte qu'étant hors du feu, il ne cesse de s'exhaler, et,
quand il est parti, la matière demeure d'une couleur
grise, et ne peut venir d'autre esprit en sa place: c'est
à vous d'y réussir, vu qu'il n'est pas difficile.
Quand vous aurez retiré votre matière du fourneau,

@

-- 36 --

et qu'elle sera refroidie, elle aura la couleur de laque
foncée, tirant sur le pourpre; cette opération, je l'ai
faite en une heure, mais les modernes n'en ont pu
venir à bout qu'en trois heures.
Ils ont nommé ceci le salpêtre rouge: il ne tient
qu'à vous d'expérimenter ce que les anciens en ont
dit, puisque vous le savez faire. On le laisse résoudre
de soi-même si l'on veut, et ainsi il se sépare des
fèces en forme de gomme; quand cette gomme après
sa préparation est jointe à une autre gomme, savoir à
celle du Soleil, alors elles deviennent comme eau cou-
lante, sous l'éclat métallique: cette gomme est encore
nommée ambre, à cause de sa vertu attractive du
soufre corporel; savon, parce qu'elle nettoie le corps,
et sperme, à cause de son odeur. Ils l'ont nommée
vitriol, voulant dire, vitri-oleum ou huile de verre;
parce qu'elle se tire, comme je vous ai montré, par
feu de vitrification.
« Après que le creuset vitrifiant est refroidi, la
« matière paraît comme une rose, environnée de
« feuilles vertes, à cause de quoi ils l'ont nommée
« rose.
« Le sel que l'on en tire, par l'eau commune, a
« des vertus innombrables: il volatilise tout ce qui
« est fixe, et fixe tout ce qui est volatil; il ôte le venin
« du sublimé comme de l'arsenic, et de toute autre
« chose dangereuse. Etant réduit, ainsi que vous ap-
« prendrez plus tard, il dissout l'or et l'argent,

@

-- 37 --

« comme l'eau chaude liquéfie la glace, sans aucun
« bruit ni corrosion, montant ensemble par l'alam-
« bic. Bref, il fait tant de belles choses, que les livres
« chimiques ne sont remplis que de ses effets. »
Enfin, pour finir, de Locques, dans son Rudiment,
parle aussi de la manière d'amener le carbonate de
potasse ou sel de tartre, à l'état de vitriol par la voie
sèche.
« Si vous exposez, dit-il, le tartre aux rayons du
« soleil durant le jour, et aux rayons de la lune du-
« rant la nuit, il se coagule et résout plusieurs fois,
« et devient à un si haut degré de pénétration et de
« subtilité, qu'on ne peut rien dire de plus grand, à
« raison de son incroyable vertu... »
Mais ceci est une expérience que je laisserai de
grand coeur à ceux qui voudront l'essayer.



3

@





TROISIEME PARTIE


J'ai relaté à peu près tout ce que j'ai pu réunir chez
les philosophes touchant le vitriol ou matière pre-
mière, et l'on peut voir par ces diverses citations,
qu'avec du temps, beaucoup de soins et de patience,
on peut certainement arriver à s'en procurer même
une notable quantité.
J'ai parlé aussi précédemment de menstrue puant
et d'eau forte changeant l'argent en or, et je ne peux
mieux clore cette étude qu'en indiquant la façon de
procéder pour l'obtenir. Il est bien entendu que
pour ces ouvrages, il faut se servir des vitriols métal-
liques, le vitriol de tartre ne pouvant être d'aucune
utilité.

Extraits d'un manuscrit intitulé:

De la vraie connaissance de la nature
et de la recherche de ses secrets

1° FIXATION DE LUNE, VERITE PRECIEUSE.
Prenez: Vitriol romain rubéfié ............ 4 livres
Sel de nitre raffiné .............. 6 --

Alun de plume déflegmé ............ 1 --

Alun de roche déflegmé............. 1 --


@

-- 39 --

Faites une eau forte de ces matières, en ayant soin
de bien luter les jointures de la cornue avec le réci-
pient pour que les esprits ne s'évaporent.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que le récipient doit
être vaste, et le feu mené d'une façon très douce
en commençant, doit augmenter insensiblement
durant tout le long de l'opération pour devenir
fort à la fin. Pour ce qui est du vitriol, on sait la fa-
çon de le préparer; quant à l'alun de plume, alun à
base de magnésie et d'oxyde de fer, si on ne peut s'en
procurer, on le remplacera simplement par l'alun de
roche, toujours bien déflegmé, c'est-à-dire débarrassé
de tous ses équivalents d'eau de cristallisation.
Ensuite, quand l'eau forte est obtenue.

Prenez: Antimoine minéral concassé ........ 1 once
Brique rouge pilée ................ 1 --

Verdet (acétate de cuivre) ........ 1 --

Cinabre commun .................... 1 --

Arsenic ........................... 2 --


le tout bien pilé et les incorporez ensemble.
Mettez-les dans une cornue et y ajoutez la susdite
eau-forte, distillez une seule fois, donnant quatre
heures de grand feu de flammes sur la fin; ensuite
mettez sur chaque once de cette eau, vingt-trois grains
d'argent.
Laissez déposer, versez le clair par inclination et
par ce moyen votre eau sera purgée et déflegmée; en-
suite desséchez la chaux de lune et la fondez.

@

-- 40 --

Prenez un marc d'argent qui est huit onces, et trois
marcs d'eau-forte commune (acide azotique ordinaire),
faites dissoudre, ensuite faites évaporer les deux
tiers, et à une livre de l'eau susdite, joignez les huit
onces de lune dissoute et mettez ce mélange dans un
matras surmonté d'un autre de rencontre, lutez bien,
puis mettez au fourneau avec une lampe à cinq fils
au-dessous, pendant trente jours, et vous verrez au
fonds du matras la quatrième partie de l'argent tom-
bée en paillettes d'or à 24 carats.
Tirez cet or et ajoutez autant pesant de lune que
vous dissoudrez auparavant, lutez comme la première
fois avec des bandes de papier décrassé et vessie de
boeuf et lut de sapience, et remettez au feu de lampe
pendant trente jours comme dessus; et par ce moyen
tous les mois vous aurez pour chaque livre d'argent,
quatre onces d'or fin, c'est ce qui est très vrai et très
éprouvé.
Ce feu de lampe doit être dans un pot qui lui serve
de tour avec quelques trous pour respirer et pour don-
ner de l'air au feu de lampe; ce feu doit être conti-
nuel et sans interruption. La tour ou pot dans lequel
sera le matras doit être pourvu d'un couvercle qui
couvre tout, et le matras doit être sur un trépied de
terre cuite, et la lampe dessous.
Par ce moyen, on peut multiplier les matras et les
fourneaux ou pots comme dessus, de manière à faire
une livre d'or par jour; ayant la facilité de rester là

@

-- 41 --

pour opérer. C'est une minière éternelle à toute
épreuve. La susdite eau s'affaiblissant, se doit renfor-
cer en la manière que dessus, avec l'antimoine, brique
rouge, etc., parce que tout argent travaillant se débilite
et s'affaiblit.
Il faut bien faire attention de faire les choses exac-
tement. Pour faire l'eau-forte sans inconvénient, il
faut diviser la matière de manière à en faire six cor-
nues, on mettra deux livres de matière seulement dans
chaque cornue comme j'ai fait. Cette eau se fait de
la même manière que l'eau-forte ordinaire et à la fin
lorsqu'il ne distille plus rien, donnez pendant quatre
heures feu de flammes violent.
Cette eau graduatoire étant terminée, faites comme
il suit pour ne pas manquer:
Prenez une livre d'argent de coupelle en grenailles,
faites-la dissoudre en eau-forte ordinaire; étant dis-
soute, évaporez les deux parties de l'eau par l'alam-
bic avec sa chape pour que les esprits ne s'évapo-
rent, et que cette eau serve une autre fois; étant éva-
porée, ôtez le feu et laissez-la refroidir douze heures
et votre lune sera tombée en cristaux; alors mettez-
la sur l'eau graduatoire que vous aurez faite, et sou-
dain l'argent se mettra à travailler de même que dit
la recette, et vous trouverez la vérité.
Et si on veut faire une plus grande quantité d'or, il
faut rougir le vitriol romain, comme il suit.
Prenez telle quantité de vitriol romain que vous

@

-- 42 --

voudrez, toujours après ramollissement et putréfac-
tion dudit vitriol, mettez-le dans un urinal de terre
qui résiste au feu avec sa chape et récipient bien
luté. Vous lui donnerez feu lent de distillation, il en
sortira quantité d'eau comprenant l'esprit et l'huile,
et lorsque le vitriol dans l'urinal sera en forme de
chaux arrêtez votre distillation, et remettez son eau
dessus et distillez tant de fois en cohobant jusqu'à ce
que le vitriol ne jette plus d'eau et soit devenu blanc,
alors augmentez le feu d'un degré, il deviendra tout
rouge: c'est là le vitriol rouge et rubéfié. Otez-le de
l'urinal pour vous en servir à faire votre eau comme
il est dit plus haut. Toutes les fois que vous remettez
l'eau sur le vitriol, remuez avec un bâton pour bien
incorporer. On pourra tirer aussi le sel des fèces de
l'eau-forte et avec celui-ci cimenter la lune deux ou
trois fois, vingt-quatre heures chaque fois, et le sel
adoucira l'argent, lequel ainsi préparé doit être dis-
sous dans l'eau graduatoire faite avec le vitriol pré-
paré comme il vient d'être dit, et vous retirerez au
lieu de deux onces et demie d'or par livre d'argent, cinq
onces d'or parfait à toute épreuve, et surtout que l'a-
lun de roche dont on se servira soit bien (dé)flegmé; vous
aurez par là l'accomplissement de ce grand secret.

2° OEUVRE LUCRATIVE (MANUSCRIT MAHOT)
Prenez: Vitriol rubéfié ...................... 4 livres
Salpêtre ............................. 3 --

Cinabre .............................. 250 gr.
Sel ammoniac ......................... 250 --

@

-- 43 --

Distillez dans une cornue à col court et large; à
feu très lent de distillation que vous augmenterez
peu à peu selon l'art, et dans un vaste récipient.
Dans cette eau forte, faites dissoudre de l'argent et
par un urinal distillez les esprits de ladite eau, mais
point jusqu'à siccité de la matière, cohobez ces esprits
sur la matière de l'argent dans le même urinal comme
dessus par distillation trois ou quatre fois, et à la der-
nière vous distillerez à siccité de la matière, et la ma-
tière étant bien sèche, vous la pilerez et la laverez trois
fois pour l'édulcorer, puis la sécherez, la mettrez
au départ, et vous aurez une grande quantité d'or fin.

3° EAU QUI ECLAIRE LA NUIT
ET QUI TEINT LA LUNE EN OR

Tirez l'esprit et l'huile de bon vitriol, puis calci-
nez bien le caput mortuum, et en tirez le sel avec
vinaigre distillé selon l'art; desséchez-le et le pulvéri-
sez. Ensuite, repassez par-dessus l'esprit et l'huile
tant de fois en broyant et re-distillant fortement à
la fin, que tout le sel passe en eau et liqueur. On
met d'abord 10 parties de volatil sur une partie de
fixe, puis lorsque tout est passé, on recommence dix
parties sur une de la même façon, jusqu'à ce que tout
le fixe soit enlevé par le volatil. Cette eau éclaire la
nuit comme une chandelle allumée, et si vous cuisez
en icelle de la chaux de lune, elle la teindra et fixera

@

-- 44 --

en or, et même elle fixe l'amalgame fait de mercure
et d'argent.
Toutes les fois que l'on dit: « prenez du vitriol »
il est bien entendu qu'il ne s'agit que du vitriol dont
nous avons donné la préparation suivant de Locques,
sulfate de fer par exemple, préalablement réduit en
beurre et ensuite soumis à la putréfaction.
Par vitriol romain, suivant Chambon dans son
« Traité des Métaux », on entend un vitriol pier-
reux qui se rencontre quelquefois dans les mines, le-
quel, frappé d'un acier, rend du feu comme la pierre
à fusil.
Il y en a considérablement dans les mines d'or de
Hongrie, et quand il se rencontre de ce vitriol dans
les mines, cela est d'un bon présage. On appelle ce
vitriol Romain, non pas qu'il en vienne plus de Rome
ou de son territoire que d'ailleurs, mais c'est par son
excellence entre les autres vitriols qu'il porte ce nom.
Les philosophes l'ont appelé aussi Usnea (Chambon).
Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans le cas où
l'on parviendrait à s'en procurer, il lui faudrait tou-
jours faire subir la même opération qu'au vitriol
commun ou vitriol vert dont les propriétés, si elles
sont inférieures aux siennes, ne doivent l'être que
très peu, et qui a du moins l'énorme avantage de se
trouver sous notre main.

@

-- 45 --

Extraits de la Nature dévoilée

La salsuginosité est le commencement et le fonde-
ment de toute coagulation. C'est la chose la plus
prochaine dans la terre pour être convertie en pierre
précieuse. Ainsi l'esprit étant d'une nature saline
spermatique est disposé à se coaguler quelque vola-
til qu'il soit, et il faut bien concevoir que l'acidité
est l'esprit ou la semence universelle qui, par la pu-
tréfaction et la fermentation, a pris une nature saline
et coagulante.
Les minéraux prennent donc leur origine des par-
ties plus fixes du sperme universel, c'est-à-dire du
salpêtre et du sel, et spécialement des vapeurs spiri-
tueuses corrosives de ces deux fortement fermentés,
en un mot de l'esprit de nitre et de celui du sel mêlés
ensemble, qui attaquent avec violence la terre chan-
gée en pierre, la corrodent, et en font un gürh vitrio-
lique ou alumineux.
Ainsi comme les minéraux sont nés du sperme
universel plus fixe et plus spiritueux, il faut aussi
que par la semence ou par l'esprit de nitre ou de sel,
chacun se résolve et se réduise, suivant son degré en
un sel essentiel ou vitriol, et celui-ci en vapeur ou en
une eau corrosive.
Cette eau corrosive est la clef principale de toute

3.

@

-- 46 --

forteresse; aussi doit-on toujours avoir une bonne
quantité d'esprits de vitriol et d'alun, parce qu'ils
sont un humide minéral propre pour tous les astres
rouges et blancs. Les anciens ont sagement et avec
raison placé le salpêtre à côté du vitriol pour acuer le
vitriol par le salpêtre, afin de pénétrer mieux les sujets
minéraux, et ils ont tiré du salpêtre et du vitriol, par
la distillation, un menstrue universel pour le régime
minéral. Les métaux y devenant volatils et passant
ensuite en bonne partie avec lui par la distillation.
On fait ordinairement ce menstrue de deux parties
de vitriol et d'une ou deux parties de salpêtre. Après
qu'on a calciné le vitriol, on le mêle avec le salpêtre
cru, et on en distille une eau forte qui fait le même
effet, de quelque manière qu'on la compose, mais ce
n'est pas là une bonne méthode, en voici la raison.
Lorsque le salpêtre est joint au vitriol, dans la cha-
leur, le vitriol qui a un soufre brûlant, est contraire
au salpêtre, et il en chasse promptement son esprit,
avant qu'il ait bien pu attaquer et résoudre le vitriol.
De cette manière l'esprit de nitre passe dans le réci-
pient, et n'emporte avec lui qu'une petite partie du
soufre vitriolique le plus volatil, dont même l'eau-
forte retient l'odeur fétide, et ce qui reste est du vi-
triol fixé, autant que le salpêtre et le feu l'ont pu
faire.
La véritable méthode est celle-ci. Faites d'abord
un esprit de nitre ordinaire, (A 205, H O); prenez-en

@

-- 47 --

une livre: versez-le sur une livre de vitriol pur (1) et
calciné à blancheur (pas rubéfié, mais calciné seule-
ment jusqu'au blanc); mettez-les dans une retorte, et
distillez-en l'eau-forte au sable, par degrés lents, et
seulement jusqu'au troisième degré, afin que le vitriol
ne s'y calcine point. Car si vous distillez l'eau-forte
violemment sur du vitriol, vous fixerez plutôt le
vitriol que de le résoudre. Lorsque l'eau forte sera
passée, ajoutez-y encore une livre de nouvelle eau-
forte et versez le tout sur le vitriol resté dans la re-
torte; faites-les dissoudre et digérer ensemble, un
jour et une nuit: distillez ensuite lentement et seu-
lement jusqu'à la troisième partie; le vitriol sera
au fond comme du beurre, et gras comme de l'huile.
Il est alors un gürh minéral, régénéré et spiritualisé,
qu'il faut réduire en une vapeur liquoreuse, si l'on
veut qu'il puisse résoudre les choses de sa nature.
Reprenez l'eau forte qui est passée; ajoutez-y en-
core une livre de nouvelle eau-forte, de manière qu'il


(1) Le sel de Le Crom semble tout indiqué pour cette opération. Il ne reste plus qu'à le calciner à blancheur.
On peut encore se servir du vitriol ordinaire après sa pu-
tréfaction. On le traite par le vinaigre distillé qui ne dis-
sout que les parties dures. Bien évaporer et distiller en-
suite le vinaigre. Le vitriol restant est ensuite amené à
blancheur par distillation des esprits, comme on l'a déjà
indiqué. On s'aperçoit que tout le vinaigre est enlevé et
que le vitriol commence à distiller, lorsque les fumées
blanches apparaissent. On change alors le récipient.

@

-- 48 --

y ait en tout trois livres d'eau-forte jointe à une livre
de vitriol: faites-le résoudre et digérer de nouveau
un jour et une nuit: distillez ensuite de même lente-
ment par degrés, et vous verrez passer avec l'eau forte,
la plus grande partie du vitriol très spiritualisé; il
faut re-cohober jusqu'à ce qu'il passe entièrement, et
qu'il ne reste plus rien au fond de la retorte: alors,
on le fera encore passer, sans addition, une ou deux
fois, et par ce moyen l'on aura le véritable menstrue
radical, propre pour réduire tous les astres rouges et
blancs en leur première matière, et les rendre sem-
blables à lui.
Mais auparavant chaque métal ou minéral, ayant
passé par le feu, doit être préparé spécialement, et
pour cela il faut lui rendre les principes qui lui ont
été ôtés. Ainsi auparavant, l'or se calcine avec le sou-
fre, l'arsenic et l'antimoine; et la chaux qui en est
faite, se résout facilement avec ledit menstrue.
L'argent, le cuivre, le plomb et le fer, de même que
la minière d'étain se calcinent avec le soufre et se ré-
solvent avec le même menstrue, comme aussi le mercure
sublimé avec du soufre et du sel commun. Le vitriol
s'y résout également. L'antimoine bien mêlé avec le
soufre, au feu, jusqu'à ce que le soufre soit brûlé, se
résout aussi dans le même menstrue.
Prenons maintenant pour exemple une minière,
celle que vous voudrez, et après l'avoir pulvérisée,
faites-la rougir dans un creuset par un feu plus ou
moins fort, suivant sa fixité.

@

-- 49 --

Lorsqu'elle est rougie, aspergez-la avec une quan-
tité de soufre commun; remuez bien le tout ensem-
ble avec un fil de fer jusqu'à ce que le soufre soit
tout à fait brûlé; alors la minière est préparée à pou-
voir être dissoute dans le menstrue.
Prenez alors de cette minière ainsi préparée une
partie, mettez-la dans un alambic; versez dessus
trois parties du menstrue susdit; digérez au feu de
cendres; versez doucement par inclination, ce qui est
clair et résous; et sur ce qui ne l'est pas, versez-y en-
core le triple de son poids du menstrue, et faites di-
gérer, jusqu'à ce que tout soit résolu et devenu en
liqueur claire. Alors la minière est dans son premier
état; si vous distillez cette liqueur au sable par la re-
torte ou par l'alambic, jusqu'à la troisième partie;
que vous laissiez refroidir le résidu, et que vous le
mettiez à la cave, afin qu'il se cristallise, vous aurez
un vitriol, et materiam primam illius minerae rena-
tam. Si vous résolvez encore ce vitriol dans trois
parties de menstrue nouveau; que vous le distilliez et
cohobiez par la retorte jusqu'à ce que tout soit passé,
vous aurez une liqueur vaporeuse et primordiale qui
ne peut plus être rétrogradée, elle touche avec la ra-
cine au règne minéral, et avec la tête au règne végétal.
Vous avez ici le minéral entier avec tous ses
principes; car il n'a perdu ni son soufre, ni son
arsenic ni sa marcassite, comme les métaux affinés
les ont perdus dans la fonte; et tous ses esprits vitaux

@

-- 50 --

et nutritifs ont été conservés. Vous pouvez en faire
l'expérience en y faisant digérer l'argent.
Si vous voulez coaguler et fixer cette liqueur ou
huile minérale, il faut la cuire et digérer au bain-
marie, pendant trois jours et trois nuits, dans une cu-
curbite basse, avec son chapiteau et récipient, et en
distiller l'humidité superflue. Lorsque rien ne veut
plus monter, remettez aux cendres; distillez douce-
ment tout le phlegme ou l'esprit faible; mettez le
résidu dans une fiole, et faites-le coaguler aux cen-
dres. Il en proviendra une pierre saline plus fluide
au feu que l'huile, et qui, à l'air, se congèlera comme
la glace. Il n'est pas besoin de boucher votre fiole,
car rien ne monte. De cette manière, vous aurez la
quintessence minérale, mais toute corrosive et nuisi-
ble à la nature humaine, elle n'est bonne que pour la
transmutation.


Nous avons vu comment l'eau-forte faite de vitriol
et de salpêtre peut réduire les métaux et les minéraux
en leur première matière ou vitriol.
Nous allons montrer maintenant comment l'on
peut s'en servir pour fixer, augmenter et perfection-
ner directement les métaux.

@

-- 51 --

Méthode pour se servir des feux acides pour
la fixation, augmentation et perfection de
tous les minéraux.
(Clef d'alchymie, page 83.)

Si vous voulez perfectionner le plomb, l'étain et le
zinc, il faut les réduire en grenailles, parce que s'ils
étaient trop menus, il se ferait trop grande ébullition
dans la dissolution. Votre grenaille faite, mettez-la
dans de grandes cucurbites et y versez peu à peu de
vos feux concentrés, celui de nitre et de vitriol est le
meilleur pour cette opération. En peu de temps, vous
verrez vos métaux réduits en poudre blanche qui est
la vraie calcination philosophique qui fixe et conserve
toutes les parties du composé; et votre métal étant
réduit en cendres blanches, séparez le dissolvant par
la distillation, en sorte que le vase contenant la ma-
tière rougisse pendant une heure pour le moins, afin
que tous les esprits se séparent et passent dans le
récipient qui doit être bien luté, et vous trouverez au
fond de la retorte votre cendre métallique, laquelle
réduite en métal et passée par la coupelle, vous lais-
sera un profit considérable d'or et d'argent, particu-
lièrement l'étain et le zinc. Ces deux derniers n'étant
presque, en toute leur substance, qu'un soufre d'or cru
et volatil, que le menstrue a achevé de mûrir et de
fixer.

@

-- 52 --

Il est à observer qu'avec l'esprit de nitre seul, on
peut obtenir des résultats très appréciables, car le
nitre tient renfermé en sa puissance la véritable tein-
ture de l'or, et en la faisant cuire comme il faut, on
peut lui donner une forme parfaite, et la communi-
quer aux métaux qui, ayant manqué de soufre et de
mercure, n'ont pu manifester et mettre en dehors ce
que cette médecine découvre et développe en eux


Pour clore cette étude, il ne me reste plus à parler
que d'un seul vitriol, mais ce vitriol ou plutôt la
façon de l'obtenir ne se trouve pas encore à la portée
de tout le monde. Afin d'expliquer sa production, je
me vois forcé de remonter à la génération du mer-
cure vulgaire, et pour cela je ne crois pas mieux faire
qu'en citant textuellement le discours philosophique
de Sabine Stuart Chevalier sur ce sujet.
..... « Nous avons déjà dit, que dans le temps que
le mercure vulgaire se forme dans les entrailles de la
terre, il existe en premier lieu sous la forme d'une
eau limpide, et nous ajouterons qu'il tombe en lar-
mes quand la nature le produit dans les minières, où
il se fixe, se cuit et se convertit en métal par l'odeur
du soufre plus ou moins pur qui produit tous les
métaux parfaits et imparfaits, selon le degré de pureté
où se trouve ce soufre, lorsqu'il répand sa vapeur
sur le mercure, qui est sur le point de se métallifier.

@

-- 53 --

« Mais quand le soufre de nature ne se trouve pas
au degré de perfection nécessaire, et bien imprégné
de l'esprit universel, il ne saurait produire que des
métaux bâtards, des minéraux, et des pierres au lieu
d'or et d'argent.
« Les minières abondantes sont toujours redevables
de leur existence à une abondance de soufre, qui opère
toujours une génération métallique abondante. Lors-
que la circulation du soufre vient à être interrompue,
l'eau métallique ne se fixe plus, ne se congèle plus,
et reflue des entrailles de la terre au dehors. Aussitôt
que cette même eau sent la crudité de l'air, sa chaleur
naturelle se concentre intérieurement; elle se coagule
en forme de plomb liquéfié, en retenant un mouve-
ment continuel, et c'est ce qu'on appelle mercure
vulgaire.
« Pour avoir le mercure philosophique, il faut dis-
soudre ce mercure vulgaire ou cette eau métallique,
sans rien diminuer de son poids; car toute sa subs-
tance doit être convertie en eau philosophique.
« Les philosophes connaissent un feu naturel qui
pénètre jusqu'au coeur du mercure et qui l'éteint
intérieurement; ils connaissent aussi un dissolvant
qui le convertit en eau argentine pure et naturelle;
elle ne contient ni ne doit contenir aucun corrosif.
Aussitôt que le mercure est délivré de ses liens, et
qu'il est vaincu par la chaleur, il prend la forme de
l'eau, et cette même eau est la chose la plus précieuse

@

-- 54 --

qui soit dans le monde. Il faut bien peu de temps
pour faire prendre cette forme au mercure vulgaire.
« Cette eau ne mouille pas et ne s'attache pas aux
mains, comme l'eau commune; quand on le met avec
des métaux imparfaits, elle ne fait que séparer, d'une
manière merveilleuse, toutes les impuretés dont ils
sont remplis; elle s'unit avec eux, se fige, et se corpo-
rifie en substance métallique. »
C'est là ce vitriol pur auquel Le Crom fait allusion,
lorsqu'il dit: « Je sais qu'il est une voie bien plus
« courte et bien plus aisée pour retirer le sel fixe des
« métaux imparfaits, avec encore une plus grande
« abondance, mais c'est une matière que je ne ferai
« qu'effleurer, la laissant volontiers à la disposition
« des maîtres de l'art. »
Nous voyons que, pour y parvenir, nous n'avons
qu'à rechercher ce dissolvant, ce feu secret qui doit
délivrer le mercure de ses liens, et c'est ce qui fera
le sujet de notre prochain ouvrage.

FIN

@




TABLE DES OUVRAGES
QUI ONT ETE CITES
Discours philosophiques ou la clef
du sanctuaire par Sabine Stuart de Chevalier . . . . . . . . . . . . M.DCC.LXXXI. La Nature dévoilée ou théorie de la
nature sans nom d'auteur. . . . . . . . . . . . . . à Paris. M.DCC.LXXII. Plusieurs expériences utiles et cu-
rieuses avec un traité du sel par Le Crom . . . . . . . . . à Paris. M.DCC.XVIII. Abrégé de la doctrine de Paracelse
et de ses archidoxes, sans nom d'auteur . . . . . . . . à Paris. M.DCC.XXIV. Le règne de Saturne changé en siècle
d'or traduit du latin d'Huginus a Barma . . . . . . . . . . à Paris. M.DCC.LXXX. Rares expériences sur l'Esprit mi-
néral par M. de Respour, à Paris. M.DCC.LXVIII. Traité du sel des Philosophes par le
sieur de Nuisement . . . à Paris M.DC.XXI. Traité des métaux et des minéraux
par Chambon . . . . . . . à Paris M. DCC. XIV. Suite du traité de l'alkaest par le

@

-- 56 --

St Jean Le Pelletier, de Rouen
. . . . . . . . . . . . . à Rouen M.DCC.VI. La Royale chimie de Crollius traduite
en français par I. Marcel de Bou- lène . . . . . . . . . . à Rouen M.DC.XXXIV. Les Rudiments de la philosophie na-
turelle par Nicolas de Locques, médecin de Sa Majesté . . à Paris M.DC.LXV.
-==============-

@




TABLE DES MATIERES

Préliminaires ................................. 1/7
PREMIERE PARTIE................................ 7/13
De la Matière première......................... 8/14
IIe PARTIE..................................... 25/31
IIIe PARTIE.................................... 32/38
Extraits de la nature dévoilée................. 39/45
Méthode pour se servir des feux acides pour la fixation,
augmentation et perfection de tous les minéraux 45/51
Table des ouvrages qui ont été cités........... 49/55


Note :
-------

La numérotation des pages étant erronée,
j'ai ajouté au chiffre de page donné, le véri-
table numéro.

Le Traducteur.


@





---------
BEAUVAIS. -- IMPRIMERIE PROFESSIONNELLE. ---------

@

pict

@


Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.