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Page

Réfer. : 2003C .
Auteur : Sendivogius, Michael.
Titre : Traité du Sel.
S/titre : Troisiéme Principe des choses minerales.

Editeur : Laurent D'Houry. Paris.
Date éd. : 1723 .
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243





TRAITE'
du
SEL,

Troisième Principe
des choses minérales

De nouveau mis en lumière.

X ij

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245

pict

A U L E C T E U R.

A M i L e c t e u r, ne veuille
point, je te prie, t'enquérir quel
est l'Auteur de ce petit Traité, & ne
cherche point à pénétrer la raison pour
laquelle il l'a écrit. Il n'est pas besoin
non plus que tu saches qui je suis moimême.
Tiens seulement pour très assuré
que l'Auteur de ce petit Ouvrage
possède parfaitement la Pierre des Philosophes,
& qu'il l'a déjà faite. Et parce
que nous avions une sincère & mutuelle
bienveillance l'un pour l'autre,
je lui demandai pour marque de son
amitié qu'il m'expliquât les trois premiers
Principes, qui sont le Mercure,
le Soufre & le Sel. Je le priai aussi de
me dire s'il fallait chercher la Pierre des
Philosophes en ceux que nous voyons &
qui sont communs; ou que s'il y en avait
d'autres, il me le déclarât en paroles
X iij

@

246 A U L E C T E U R


très-claires & d'un style simple & non
embarrassé. Ce que m'ayant accordé,
après avoir écrit ce que je pus de ces petits
Traités à la dérobée, je me suis
persuadé qu'en les faisant imprimer,
bien que contre le plaisir de l'Auteur,
qui es du tout hors d'ambition, les
vrais Amateurs de la Philosophie m'en
auraient obligation: car je ne doute
point que les ayant lu & bien exactement
considéré, ils se donneront mieux
garde des imposteurs, & feront moins
de perte de temps, d'argent, d'honneur
& de réputation, Prends donc (Ami Lecteur)
en bonne part l'intention que
nous avons de te rendre service; mets
toute ton espérance en Dieu; adores-le
de tout ton coeur, & le révère avec
crainte & garde le silence avec soin;
aimes le prochain avec bienveillance;
& Dieu t'accordera toutes choses.

Le commencement de la Sagesse,
est de craindre Dieu.

@

247

pict

T A B L E
des chapitres

Contenus en ce Traité du Sel.

Chap. I. D e la qualité & con-
dition du Sel de la
Nature. pag. 249
Chap. II. Où est-ce qu'il faut chercher
Nôtre Sel. p. 253
Chap. III. De la dissolution. p. 264
Chap. IV. Comment nôtre Sel est di-
visé en quatre Eléments, selon l'inten-
tion des Philosophes. p. 271
Chap. V. De la préparation de Dia-
ne plus blanche que la neige. p. 276
Chap. VI. Du mariage du serviteur
rouge avec la femme blanche. p. 290
Chap. VII. Des degrés du feu.
p. 294
Chap. VIII. De la vertu admira-
X iiij
@

248 T A B L E

ble de nôtre Pierre salée & aqueuse.
p. 297
Récapitulation. p. 303
Dialogue de la Vision & de l'Alchi-
miste. p. 312


pict
@

249

pict

T R A I T E'
D U S E L,
Troisième Principe
des choses minérales

--------------------------------------------

Chapitre I.

De la qualité & condition du Sel
de la Nature.

pict E Sel est le troisième principe
de toutes choses, duquel les
anciens Philosophes n'ont
point parlé. Il nous a été
pourtant expliqué & comme
montré du doigt par I. Isaac
Hollandois, Basile Valentin, & Theoph.

@

250 Traité du Sel.

Paracelse. Ce n'est pas que parmi les
principes il y en ait quelqu'un qui soit
premier, & quelqu'un qui soit dernier,
puisqu'ils ont une même origine, & un
commencement égal entre eux: mais
nous suivons l'ordre de nôtre Père
qui a donné le premier rang au Mercure,
le second au Soufre, & le troisième au
Sel. C'est lui principalement qui est un
troisième être, qui donne le commencement
aux minéraux, qui contient en soi
les deux autres principes, savoir le
Mercure & le Soufre, & qui dans sa
naissance n'a pour mère que l'impression
de Saturne, qui le restreint & le
rend compact, de laquelle le corps de
tous les métaux est formé.
Il y a de trois sortes de Sels. Le premier
est un Sel central, que l'esprit du
monde engendre sans aucune discontinuation
dans le centre des éléments par
les influences des Astres, & qui est gouverné
par les rayons du Soleil & de la
Lune en nôtre Mer Philosophique. Le
second est un Sel spermatique, qui est le
domicile de la semence invisible, & qui
dans une douce chaleur naturelle, par le
moyen de la putréfaction donne de soi
la forme & la vertu végétale, afin que

@

Traité du Sel. 251

cette invisible semence très-volatile, ne
soit pas dissipée, & ne soit pas entièrement
détruite par une excessive chaleur
externe, ou par quelqu'autre contraire &
violent accident: car si cela arrivait, elle
ne serait plus capable de rien produire.
Le troisième Sel est la dernière matière
de toutes choses, lequel se trouve en
icelles, & qui reste encore après leur
destruction.
Ce triple Sel a pris naissance dès le
premier point de la Création, lorsque
Dieu dit: S O I T F A I T; & son existence
fût faite du néant, d'autant que le
premier Chaos du monde n'était autre
chose qu'une certaine crasse & salée obscurité,
ou nuée de l'abîme, laquelle a
été concentrée & créée des choses invisibles
par la parole de Dieu, & est sortie
par la force de sa voix, comme un
être qui devait servir de première matière,
& donner la vie à chaque chose,
& qui est actuellement existant. Il n'est
ni sec, ni humide, ni épais, ni délié, ni
lumineux, ni ténébreux, ni chaud, ni
froid, ni dur, ni mol; mais c'est seulement
un chaos mélangé, duquel puis
après toutes choses ont été produites &
séparées. Mais en cet endroit nous passerons

@

252 Traité du Sel.

ces choses sous silence, & nous
traiterons seulement de nôtre Sel, qui
est le troisième principe des minéraux,
& qui est encore le commencement de
nôtre oeuvre Philosophique.
Que si le Lecteur désire tirer du profit
& de l'avancement de ce mien discours,
& comprendre ma pensée, il faut avant
toute oeuvre qu'il lise avec très grande
attention les écrits des autres véritables
Philosophes, & principalement ceux de
Sendivogius dont nous avons fait mention
ci dessus, afin que de leur lecture il
connaisse fondamentalement la génération
& les premiers principes des métaux,
qui procèdent tous d'une même
racine. Car celui qui connaît exactement
la génération des métaux, n'ignore pas
aussi leur amélioration & leur transmutation:
& après avoir ainsi connu nôtre
fontaine de Sel, on lui donnera ici le
reste des instructions qui lui sont nécessaires,
afin qu'ayant prié Dieu dévotement,
il puisse par sa sainte grâce & bénédiction
acquérir ce précieux Sel blanc
comme neige; qu'il puisse puiser l'eau
vive du Paradis; & qu'il puisse avec icelle
préparer la teinture Philosophique, qui
est le plus grand trésor & le plus noble

@

Traité du Sel. 253

don que Dieu ait jamais donné en cette
vie aux sages Philosophes.

Discours traduits de Vers.

Priez Dieu qu'il vous donne sa sagesse, sa
clémence & sa grâce.
Par le moyen desquelles on peut acquérir
cet Art.
N'appliquez point vôtre esprit à d'autres
choses.
Qu'à cet Hylech des Philosophes.
Dans la fontaine du Sel de nôtre Soleil &
Lune.
Vous y trouverez le trésor du fils du Soleil.

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Chapitre II.

Où est-ce qu'il faut chercher
notre Sel.

C Omme nôtre Azoth est la semence
de tous les métaux, & qu'il a été
établi & composé par la nature dans un
égal tempérament & proportion des éléments,
& dans une concordance des sept

@

254 Traité du Sel.

Planètes; c'est aussi en lui seulement que
nous devons rechercher & que nous devons
espérer de rencontrer une puissante
vertu d'une force émerveillable, que
nous ne saurions trouver en aucune autre
chose du monde: car en toute l'université
de la nature, il n'y a qu'une seule
chose par laquelle on découvre la vérité
de nôtre Art, en laquelle il consiste entièrement,
& sans laquelle il ne saurait
être. C'est une Pierre & non Pierre:
elle est appelée Pierre par ressemblance,
premièrement parce que sa minière est
véritablement Pierre, au commencement
qu'elle est tirée hors des cavernes de la
terre. C'est une matière dure & sèche,
qui se peut réduire en petite parties, &
qui se peut broyer à la façon d'une Pierre.
Secondement, parce qu'après la destruction
de sa forme (qui n'est qu'un Soufre
puant qu'il faut auparavant lui ôter) &
après la division de ses parties qui avaient
été composées & unies ensembles par la
nature, il est nécessaire de la réduire en
une essence unique, & la digérer doucement
selon nature en une Pierre incombustible,
résistante au feu, & fondante
comme cire.
Si vous savez donc ce que vous cherchez,

@

Traité du Sel. 255

vous connaissez aussi ce que c'est
que nôtre Pierre. Il faut que vous ayez
la semence d'un sujet: de même nature que
celui que vous voulez produire & engendrer.
Le témoignage de tous les Philosophes
& la raison même, nous démontrent
sensiblement que cette teinture métallique
n'est autre chose que l'or extrêmement
digeste; c'est-à-dire, réduit &
amené à son entière perfection: car si
cette teinture aurifique se tirait de quelqu'autre
chose que de la substance de
l'or, il s'ensuivrait nécessairement qu'elle
devrait teindre toutes les autres choses,
ainsi qu'elle a accoutumé de teindre les
métaux: ce qu'elle ne fait pas. Il n'y a
que le mercure métallique seulement,
lequel par la vertu qu'il a de teindre &
perfectionner, devient actuellement or
ou argent, parce qu'il était auparavant
or ou argent en puissance: ce qui se
fait, lorsqu'on prend le seul & unique
mercure des métaux, en forme de sperme
cru & non encore mûr, (lequel est
appelé Hermaphrodite, à cause qu'il contient
dans son propre ventre son mâle &
sa femelle; c'est-à-dire, son agent & son
patient, & lequel étant digéré jusqu'à une
blancheur pure & fixe, devient argent,

@

256 Traité du Sel.

& étant poussé jusqu'à la rougeur, se fait
or:) car il n'y a seulement que ce qui
est en lui d'homogène & de même nature,
qui se mûrit & se coagule par la
coction, dont vous avez une marque finale
très assurée lorsqu'il parvient à un
suprême degré de rougeur, & que toute
la masse résiste à la plus forte flamme du
feu, sans qu'elle jette tant soit peu de fumée
ou de vapeur, & qu'elle devienne
d'un poids plus léger: après cela, il la faut
derechef dissoudre par un nouveau menstrue
du monde; en sorte que cette portion
très-fixe s'écoulant par-tout, soit
reçue en son ventre, dans lequel ce Soufre
fixe se réduit à une beaucoup plus facile
fluidité & solubilité: & le Soufre
volatil pareillement, par le moyen d'une
très grande chaleur magnétique du Soufre
fixe, se mûrit promptement, &c.
Car une nature mercuriale ne veut pas
quitter l'autre; mais alors l'on voit que
cet or rouge ou blanc de la manière que
nous avons dit ci dessus, ou plutôt que
l'Antimoine mûr, fixe & parfait, vient
à se congeler au froid, au lieu qu'il se liquéfiera
très aisément à la chaleur comme
de la Cire, & qu'il deviendra très facile
à résoudre dans quelque liqueur que ce
soit

@

Traité du Sel. 257

soit, & se répandra dans toutes les parties
de ce sujet, en lui donnant couleur
par-tout, de même qu'un peu de Safran
colore beaucoup d'eau. Donc cette fixe
*liquabilité jetée sur les métaux fondus,
se réduisant en forme d'eau dans une
très-grande chaleur, pénétrera jusqu'à la
moindre partie d'iceux; & cette eau
fixe retiendra tout ce qu'il y a de volatil,
& le préservera de combustion. Mais
une double chaleur de feu & de Soufre
agira si fortement, que le mercure imparfait
ne pourra aucunement résister;
& presque dans l'espace d'une demie
heure on entendra un certain bruit ou pétillement,
qui sera un signe évident que
le mercure a été surmonté, & qu'il a
mis au dehors ce qu'il avait dans son intérieur,
& que tout est converti en un
pur métal parfait.
Quiconque donc a jamais eu quelque
teinture, ou philosophique, ou particulière,
il ne l'a pu tirer que de ce seul
principe: comme dit ce grand Philosophe
natif de l'Alsace supérieure, nôtre
Compatriote Allemand Basile Valentin,
qui vivait en ma Patrie il y a environ
cinquante ans, dans son Livre intitulé:
Le Chariot Triomphal de l'Antimoine,
Y

@

258 Traité du Sel.

traitant des diverses Teintures que l'on
peut tirer de ce même Principe, il écrit:
" Que la pierre de feu (faite d'Anti"
moine) ne teint pas universellement,
" comme la Pierre des Philosophes, la"
quelle se prépare de l'essence du So"
leil: moins encore que toutes les au"
tres Pierres; car la nature ne lui a pas
" donné tant de vertu pour cet effet:
" mais elle teint seulement en particulier,
" savoir l'Etain, le Plomb & la Lune
" en Soleil. Il ne parle point du fer ou
" du Cuivre, si ce n'est en tant qu'on
" peut tirer d'eux la Pierre d'Antimoine
" par séparation, & qu'une partie d'icel"
le n'en saurait transmuer plus de cinq
" parties, à cause qu'elle demeure fixe
" dans la Coupelle & dans l'Antimoine
" même, dans l'inquart, & dans toutes
" les autres épreuves: là où au contraire
" cette véritable & très-ancienne Pierre
" des Philosophes peut produire des ef"
fets infinis. Semblablement dans son
" augmentation & multiplication, la
" Pierre de feu ne peut pas s'exalter plus
" outre: mais toutefois l'Or est de soi
" pur & fixe. Au reste le Lecteur doit
" encore remarquer qu'on trouve des
" Pierres de différentes espèce, lesquelles

@

Traité du Sel. 259

" teignent en particulier: car j'appelle
" Pierres toutes les poudres fixes & tin"
gentes, mais il y en a toujours quel"
qu'une qui teint plus efficacement, &
" en plus haut degré que l'autre. La
" Pierre des Philosophes tient le premier
" rang entre toutes les autres. Seconde"
ment, vient la teinture du Soleil & de
" la Lune au rouge & au blanc. Après,
" la teinture du Vitriol & de Venus, &
" la teinture de Mars, chacune desquel"
les contient aussi en soi la teinture du
" Soleil, pourvu qu'elle soit aupara"
vant amenée jusqu'à une fixation per"
sévérante. Ensuite, la teinture de Ju"
piter & de Saturne, qui servent à coa"
guler le Mercure: Et enfin, la tein"
ture du Mercure même. Voilà donc
" la différence & les diverses sortes de
" Pierres & de Teintures: Elles sont
" néanmoins toutes engendrées d'une
" même semence, d'une même mère, &
" d'une même source: d'où a été aussi
" produit le véritable oeuvre universel,
" hors lequel on ne peut jamais trouver
" d'autres teintures métalliques: je dis même
" en toutes choses que l'on puisse nom"
mer. Pour les autres Pierres, quelles qu'"
elles soient, tant les nobles, que les non
Y ij

@

260 Traité du Sel.

" nobles & viles ne me touchent point;
" & je ne prétend pas même en parler
" ni en écrire, parce qu'elles n'ont point
" d'autres vertus que pour la Médecine.
" Je ne ferais point mention non plus des
" Pierres animales & végétales, parce
" qu'elles ne servent seulement que pour
" la préparation des Médicaments, &
" qu'elles ne sauraient faire aucun oeu"
vre métallique, non pas même pour
" produire de soi la moindre qualité:
" De toutes lesquelles Pierres, tant mi"
nérales, végétales, qu'animales, la
" vertu & la puissance se trouvent accu"
mulées ensemble dans la Pierre des
" Philosophes. Les sels de toutes les
" choses n'ont aucune vertu de teindre,
" mais ce sont les clefs qui servent pour
" la préparation des Pierres, qui d'ail"
leurs ne peuvent rien d'eux mêmes:
" cela n'appartient qu'aux sels des Mé"
taux & des Minéraux. Je dis mainte"
nant quelque chose. Si tu voulais bien
" entendre, je te donne à connaître la
" différence qu'il y a entre les Sels des
" Métaux, lesquels ne doivent pas être
" omis ni rejetés pour ce qui regarde les
" Teintures; car dans la composition
" nous ne saurions nous en passer, parce

@

Traité du Sel. 261

" que dans eux on trouve ce grand Tré"
sor, d'où toute fixation tire son ori"
gine, avec sa durée, & son véritable
" & unique fondement. Ici finissent les
termes de Basile Valentin.
Toute la vérité Philosophique consiste
donc en la racine que nous avons dit;
& quiconque connaît bien ce principe,
savoir, que tout ce qui est en haut se
gouverne entièrement comme ce qui est
en bas: ainsi au contraire celui là fait
aussi l'usage & l'opération de la clef Philosophique,
laquelle par son amertume
pontique calcine & réincrude toutes choses,
quoique que par cette réincrudation des
corps parfaits l'on trouverait seulement
ce même sperme, qu'on peut avoir déjà
tout préparé par la Nature, sans qu'il
soit besoin de réduire le corps compact,
mais plutôt ce sperme, tout mol & non
mûr, tel que la Nature nous le donne, lequel
pourra être mené à sa maturité.
Appliquez vous donc entièrement à
ce primitif sujet métallique, à qui la Nature
a véritablement donné une forme
de métal: mais elle l'a laissé encore cru,
non mûr, imparfait & non achevé, dans
la molle montagne duquel vous pourrez
plus facilement fouir une fosse, & tirer

@

262 Traité du Sel.

d'icelle notre pure Eau pontique que la
Fontaine environne, laquelle seule (à
l'exclusion de toute autre Eau) est de sa
nature disposée pour se convertir en pâte
avec sa propre farine, & avec son ferment
solaire; & après de se cuire en ambroisie.
Et encore que notre Pierre se
trouve de même genre dans tous les sept
Métaux, selon le dire des Philosophes,
qui assurent que les pauvres, savoir les
cinq métaux imparfaits) la possèdent
aussi bien que les riches (savoir les deux
parfaits Métaux) toutefois la meilleure
de toutes les Pierres se trouve dans la
nouvelle demeure de Saturne, qui n'a
jamais été touchée; c'est-à-dire, de celui
dont le fils se présente, non sans grand
mystère, aux yeux de tout le monde, jour
& nuit, & duquel le monde se sert en le
voyant, & que jamais les yeux ne peuvent
attirer par aucune espèce de lorgnette, afin
qu'on voie, ou du moins qu'on croie que
ce grand Secret soit renfermé dans ce fils
de Saturne, ainsi que tous les Philosophes
l'affirment & le jurent; & que c'est le
Cabinet de leurs Secrets, & qu'il contient
en soi l'esprit du Soleil renfermé dans ses
intestins & dans ses propres entrailles.
Nous ne saurions pour le présent décrire

@

Traité du Sel. 263

plus clairement notre oeuf vitriolé,
pourvu que l'on connaisse quelqu'un des
" enfants de Saturne: savoir, l'Antimoi"
ne triomphant, le Bismuth ou Etain
" de glace fondant à la chandelle, le Co"
baltum noircissant plus que le Plomb
" & le Fer, le Plomb qui fait les épreu"
ves, le Plombite (matière ainsi appe"
lée) qui sert aux Peintres, le Zinc co"
lorant, & qui paraît admirable, en ce
" qu'il se montre diversement presque
" sous la forme du Mercure; une matiè"
re métallique, qui se peut calciner &
" vitrioler par l'air, &c. Quoique ce
serein Vulcain, inévitable cuisinier du
genre humain, procréé de noirs parents,
savoir du noir caillou & du noir Acier,
puisse & ait la vertu de préparer les remèdes
les plus excellents, de chacune des
matières ci-dessus mentionnées: mais
notre mercure volatil est bien différent
de toutes ces choses.

pict

@

264 Traité du Sel.

Discours traduits de Vers.

C'est une Pierre & non Pierre,
En laquelle tout l'Art consiste;
La Nature l'a fait ainsi,
Mais elle ne l'a pas encore mené à perfection.
Vous ne la trouverez pas sur la terre,
parce qu'elle n'y prend pas croissance:
Elle croît seulement es cavernes des Montagnes.
Tout cet Art dépend d'elle:
Car celui qui a la vapeur de cette chose,
A la dorée splendeur du Lion rouge,
Le Mercure pur & clair;
Et qui connaît le Soufre rouge qui est en
lui,
Il a en son pouvoir tout le fondement.

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Chapitre III.

De la dissolution.

V u que le temps s'approche, auquel
cette quatrième Monarchie viendra
pour régner vers le Septentrion, laquelle
sera bien tôt suivi de la calcination du
Monde,

@

Traité du Sel. 265

Monde, il serait à propos de commencer
à découvrir clairement à tous en général
la calcination ou solution Philosophique,
(qui est la Princesse souveraine
en cette Monarchie Chimique) & dont
la connaissance étant acquise, il ne serait
pas difficile à l'avenir que plusieurs traitassent
de l'Art de faire de l'Or & d'obtenir
en peu de temps tous les Trésors les
plus cachés de la Nature. Ce qui serait
le seul & unique moyen capable de bannir
de tous les endroits du monde cette faim
insatiable que les Hommes ont pour
l'Or, laquelle entraîne malheureusement
le coeur de presque tous ceux qui habitent
sur la Terre, & de jeter à bas (à
la gloire de Dieu) la Statue du Veau
d'or, que les grands & petits de ce siècle
adorent. Mais comme toutes ces choses,
aussi bien qu'une infinité d'autres
secrets cachés, n'appartiennent qu'à un
bon Artiste Elie, nous lui exposerons
présentement ce que Paracelse a ci-devant
dit: à savoir, que la troisième
partie du monde périra par le glaive,
l'autre par la peste & la famine; en sorte
qu'à peine en restera-t-il une troisième
part. Que tous les ordres (c'est-à-dire
de cette Bête à sept têtes) seraient détruits,
Z

@

266 Traité du Sel.

& entièrement ôtés du Monde.
Et alors (dit-il) toutes ces choses retournerons
à leur entier & premier lieu,
& nous jouirons du siècle d'or: L'Homme
recouvrera son sain entendement,
& vivra conformément aux moeurs des
Hommes, &c. Mais quoique toutes ces
choses soient au pouvoir de celui que
Dieu a destiné pour ces merveilles, cependant
nous laissons par écrit tout ce
qui peut être utile à ceux qui recherchent
cet Art; & nous disons, suivant le sentiment
de tous les Philosophes, que la
vraie dissolution est la clef de tout cet
Art: qu'il y a trois sortes de dissolutions;
la première est la dissolution du corps
cru; la seconde de la terre philosophique;
& la troisième est celle qui se fait
en la multiplication.
Mais d'autant que ce qui a déjà été calciné,
se dissout plus aisément que ce qui
ne l'a pas été, il faut nécessairement que
la calcination & la destruction de l'impureté
sulfurée & de la puanteur combustible,
précédent avant toutes choses:
il faut aussi puis après séparer toutes les
eaux ou menstrues, lesquelles on pourrait
s'être servi, comme des aides en cet
Art, afin que rien d'étranger & d'autre

@

Traité du Sel. 267

nature n'y demeure; & prendre cette
précaution, que la trop grande chaleur
externe ou autre accident dangereux ne
fasse peut être exhaler ou détruire la
vertu intérieure générative ou multiplicative
de nôtre Pierre, comme nous en
avertissent les Philosophes en la Turbe,
disants: prenez garde principalement en
la purification de la Pierre, & ayez soin
que la vertu active ne soit point brûlée
ou suffoquée, parce qu'aucune semence
ne peut croître ni multiplier, lorsque sa
force génératrice lui a été ôtée par quelque
feu extérieur. Ayant donc le sperme ou
la semence, vous pourrez alors par une
douce coction parfaire heureusement vôtre
oeuvre: car nous cueillons premièrement
le sperme de nôtre magnésie; étant
tiré, nous le putréfions; étant putréfié,
nous le dissolvons; étant dissous, nous le
divisons en parties; étant divisé, nous
le purifions; étant purifié, nous l'unissons;
& ainsi nous achevons nôtre oeuvre.
C'est ce que nous enseigne en ces paroles
l'Auteur du très ancien Duel, ou
du Dialogue de la Pierre avec l'or & le
" mercure vulgaire. Par le Dieu tout"
puissant & sur le salut de mon âme, je
Z ij

@

268 Traité du Sel.

" vous indique & vous découvre, ô Ama"
teurs de cet Art très-excellent, par un
" pur mouvement de fidélité & de com"
passion de vôtre longue recherche, que
" tout nôtre ouvrage ne se fait que d'une
" seule chose, & se perfectionne en soi"
même, n'ayant besoin que de la disso"
lution & de la congélation, ce qui se
" doit faire sans addition d'aucune chose
" étrangère. Car comme la glace dans un
" vase sec, mise sur le feu, se change en
" eau par la chaleur: de même aussi nôtre
" Pierre n'a pas besoin d'autre chose que
" du secours de l'Artiste, qu'on obtient
" par le moyen de sa manuelle opération,
" & par l'action du feu naturel. Car en"
core quelle fût éternellement cachée
" bien avant dans la terre, néanmoins
" elle ne s'y pourrait perfectionner en
" rien; il la faut donc aider non pas tou"
tefois en telle sorte qu'il lui faille ajou"
ter aucune chose étrangère & contraire à
" sa nature, mais plutôt il la faut gou"
verner à la même façon que Dieu nous
" fait naître des fruits de la terre pour
" nous nourrir; comme font les bleds,
" lesquels en après il faut battre & por"
ter au moulin pour en pouvoir faire
" du pain. Il en va ainsi en nôtre oeuvre,

@

Traité du Sel. 269

" Dieu nous a créé cet Airain, que nous
" prenons seulement: nous détruisons
" son corps cru & crasse, nous tirons
" le bon noyau qu'il a en son intérieur,
" nous rejetons le superflu, & nous pré"
parons une médecine de ce qui n'était
" qu'un venin.
Vous pouvez donc connaître que vous
ne sauriez rien faire sans la dissolution:
car lorsque cette Pierre Saturnienne aura
resserré l'eau mercurielle, & qu'elle l'aura
congelée dans ses liens, il est nécessaire
que par une petite chaleur elle se putréfié
en soi-même, & se résolve ne sa première
humeur; afin que son esprit invisible,
incompréhensible & tingent, qui est le
pur feu de l'or, enclos & emprisonné
dans le profond d'un Sel congelé, soit
mis au dehors, & afin que son corps
grossier soit semblablement subtilisé par
la régénération, & qu'il soit conjoint &
uni indivisiblement avec son esprit.

pict

Z iij

@

270 Traité du Sel.

Discours traduits de Vers.

Résolvez donc vôtre Pierre d'un manière
convenable,
Et non pas d'une façon sophistique;
Mais plutôt suivant la pensée des Sages,
Sans y ajouter aucun corrosif:
Car il ne se trouve aucune autre Eau
Qui puisse dissoudre nôtre Pierre,
Excepté une petite Fontaine très-pure &
très-claire,
Laquelle vient à couler d'elle même,
Et qui est cette humeur propre pour la dissoudre.
Mais elle est cachée presque à tout le
Monde.
Elle s'échauffe si fort par soi-même,
Qu'elle est cause que nôtre Pierre en sue des
larmes:
Il ne lui faut qu'une lente chaleur externe;
C'est de quoi vous devez vous souvenir
principalement,
Mais il faut encore que je vous découvre
une autre chose:
Que si vous ne voyez point de fumée noire
au dessus,

@

Traité du Sel. 271

Et une blancheur au dessous,
Vôtre oeuvre n'a pas été bien fait,
Et vous vous êtes trompés en la dissolution
de la Pierre.
Ce que vous connaîtrez d'abord par ce signe.
Mais si vous procédez comme il faut,
Vous apercevrez une nuée obscure,
Laquelle sans retardement ira au fonds,
Lorsque l'esprit prendra la couleur blanche.

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Chapitre IV.

Comment nôtre Sel est divisé en quatre
Eléments, selon l'intention des
Philosophes.

P Arce que nôtre Pierre extérieurement
est humide & froide, & que
sa chaleur interne est une huile sèche, ou
un soufre & une teinture vive, avec laquelle
on doit conjoindre & unir naturellement
la quinte-essence; il faut nécessairement
que vous sépariez l'une de l'autre
toutes ces qualités contraires, & que
vous les mettiez d'accord ensemble: ce
Z iiij

@

272 Traité du Sel.

qui fera nôtre séparation, qui s'appelle
dans l'échelle Philosophique, la séparation
ou dépuration de la vapeur aqueuse
& liquide d'avec les noires fèces, la volatilisation
des parties rares, l'extraction
des parties conjoignantes, la production
des principes, la disjonction de l'homogénéité:
ce qui se doit faire en des bains
propres & convenables, &c.
Mais il faut auparavant digérer les éléments
en leur propre fumier: car, sans la
putréfaction, l'esprit ne saurait se séparer
du corps; & c'est elle seule qui subtilise,
à cause de la volatilité. Et quand
vôtre matière sera suffisamment digérée,
en telle sorte qu'elle puisse être séparée,
elle devient plus claire par cette séparation,
& l'argent vif devient en forme
d'eau claire.
Divisez donc la Pierre & les quatre
éléments en deux parties distinctes, savoir
en une partie qui soit volatile, &
en une autre qui soit fixe. Ce qui est volatil
est eau & air, & ce qui est fixe est
terre & feu. De tous ces quatre éléments
la terre & l'eau seulement paraissent sensiblement
devant nos yeux; mais non
pas le feu ni l'air. Et ce sont là les deux
substances mercurielles, ou le double du

@

Traité du Sel. 273

Mercure de Trévisan, auquel les Philosophes
dans la Turbe ont donné les noms
qui s'ensuivent:

1. Le volatil. ----------------- 1. Le Fixe.
2. L'Argent vif. --------------- 2. Le Soufre.
3. Le Supérieur. --------------- 3. L'intérieur.
4. L'Eau. ---------------------- 4. La Terre.
5. La Femme. ------------------- 5. L'Homme.
6. La Reine. ------------------- 6. Le Roi.
7. La Femme blanche. ----------- 7. Le serviteur
Rouge.
8. La Soeur. ------------------- 8. Le frère.
9. Beya. ----------------------- 9. Gabric.
10. Le Soufre volatil.---------- 10. Le Soufre
fixe.
11. Le Vautour. ---------------- 11. Le Crapaud.
12. Le vif. -------------------- 12. Le mort.
13. L'Eau de vie. -------------- 13. Le noir plus
noir que le noir.
14. Le froid humide. ----------- 14. Le chaud sec.
15. L'âme ou l'esprit. --------- 15. Le corps.
16. La queue du Dragon. -------- 16. Le dragon dé-
vorant sa queue.
17. Le ciel. ------------------- 17. La terre.
18. Sa sueur. ------------------ 18. Sa cendre.
19. Le Vinaigre très- ---------- 19. L'airain ou le
aigre. Soufre.
@

274 Traité du Sel.

20. La fumée blanche. ---------- 20. La fumée
noire.
21. Les nuées noires. ---------- 21. Les corps d'où
ces nuées sortent, &c.
En la partie supérieure, spirituelle &
volatile réside la vie de la terre morte;
& en la partie inférieure, terrestre &
fixe, est contenu le ferment qui nourrit
& qui fige la Pierre, lesquelles deux parties
sont d'une même racine, & l'une &
l'autre se doivent conjoindre ensemble
en forme d'eau.
Prenez donc la terre, & la calcinez
dans le fumier de cheval, tiède & humide,
jusqu'à ce qu'elle devienne blanche,
& qu'elle apparaisse grasse. C'est ce Soufre
incombustible, qui par une plus grande
digestion, peut être fait un Soufre
rouge; mais il faut qu'il soit blanc auparavant
qu'il devienne rouge: car il ne
saurait passer de la noirceur à la rougeur,
qu'en passant par la blancheur, qui est le
milieu: & lorsque la blancheur apparaît
dans le vaisseau, sans doute que la rougeur
y est cachée. C'est pourquoi il ne
faut pas tirer vôtre matière, mais il la
faut seulement cuire & digérer, jusqu'à
ce qu'elle devienne rouge.

@

Traité du Sel. 275

Discours traduits de Vers.

L'Or des Sages n'est nullement l'Or vulgaire,
Mais c'est une certaine eau claire & pure,
Sur laquelle est porté l'esprit du Seigneur:
Et c'est de là que toute sorte d'être prend
& reçoit la vie.
C'est pourquoi nôtre Or est entièrement rendu
spirituel:
Par le moyen de l'esprit il passe par l'alambic;
Sa terre demeure noire,
Laquelle toutefois n'apparaissait pas auparavant;
Et maintenant elle se dissout soi-même,
Et elle devient pareillement en eau épaisse,
Laquelle désire une plus noble vie,
Afin qu'elle puisse se rejoindre à soi même.
C'est à cause de la soif qu'elle a, elle se dissout
& se *dérompt,
Ce qui lui profite beaucoup:
Parce que si elle ne devenait pas eau &
huile,

@

276 Traité du Sel.

Son esprit & son âme ne pourraient se conjoindre,
Ni se mêler avec elle, comme il advient
alors:
En sorte que d'iceux n'est faite qu'une seule
chose,
Laquelle s'élève en une entière perfection,
Dont les parties sont si fortement jointes ensemble,
Qu'elle ne peuvent plus être séparées.

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Chapitre V.

De la préparation de Diane plus
blanche que la neige.

C E n'est pas sans raison que les Philosophes
appellent nôtre Sel, le
lieu de Sapience, car il est tout plein de
rares vertus & de merveilles divines:
c'est de lui principalement que toutes
les couleurs du monde peuvent être
tirées. Il est blanc, d'une blancheur de
neige en son extérieur; mais il contient
extérieurement une rougeur comme

@

Traité du Sel. 277

celle du sang. Il est encore rempli
d'une saveur très douce, d'une vie
vivifiante, & d'une teinture céleste,
quoique toutes ces choses ne soient pas
dans les propriétés du Sel, parce que le
Sel ne donne seulement qu'une acrimonie,
& n'est que le lien de sa coagulation;
mais sa chaleur intérieure est
pure, un pur feu essentiel, la lumière
de nature, & une huile très belle &
transparente, laquelle a une si grande
douceur, qu'aucun sucre ni miel ne la
peut égaler, lorsqu'il est entièrement
séparé & dépouillé de toutes ses autres
propriétés.
Quand à l'esprit invisible qui demeure
dans nôtre Sel, il est, à cause de la force
de sa pénétration, semblable & égal au
foudre, qui frappe fortement, & auquel
rien ne peut résister. De toutes ces parties
du Sel unies ensemble, & fixées en
un être résistant contre le feu, il en résulte
une teinture si puissante qu'elle pénètre
tout corps en un clin d'oeil, à la
façon d'un foudre très véhément, &
qu'elle chasse incontinent tout ce qui est
contraire à la vie.
Et c'est ainsi que les métaux imparfaits
sont teints ou transmués en Soleil: car

@

278 Traité du Sel.

dès le commencement ils sont or en puissance,
ayant tiré leur origine de l'unique
essence du Soleil; mais par l'ire & malédiction
de Dieu, ils ont été corrompus
par sept diverses sortes de lèpre & de maladies:
& s'ils n'avaient pas été or auparavant,
nôtre teinture ne les pourrait
jamais réduire en or; de même façon que
l'homme ne devient pas or, encore bien
qu'il avale une prise de nôtre teinture,
qui a le pouvoir de chasser du corps humain
toutes les maladies.
On voit aussi par l'exacte anatomie des
métaux qu'ils participent en leur intérieur
de l'or, & que leur extérieur est
entouré de mort & de malédiction. Car
premièrement l'on observe en ces métaux,
qu'ils contiennent une matière corruptible,
dure & grossière, d'une terre
maudite; savoir, une substance crasse,
pierreuse, impure & terrestre, qu'ils apportent
dès leur minière. Secondement,
une eau puante; & capable de donner la
mort. En troisième lieu, une terre mortifiée
qui se rencontre dans cette eau
puante; & enfin une qualité vénéneuse,
mortelle & furibonde. Mais quand les
métaux sont délivrés de toutes ces impuretés
maudites, & de leur hétérogénéité,

@

Traité du Sel. 279

alors on y trouve la noble essence de l'Or;
c'est-à-dire, nôtre Sel béni, tant loué
par les Philosophes, lesquels nous en parlent
si souvent, & nous l'ont recommandé
en ces termes. Tirez le Sel des métaux
sans aucune corrosion ni violence, & ce
Sel vous produira la Pierre blanche & la
rouge. Item, tout le secret consiste au Sel,
duquel se fait nôtre parfait Elixir.
Maintenant il paraît assez combien il
est difficile de trouver un moyen de faire
& avoir ce Sel, puisque cette science jusqu'à
ce jour n'a point encore été entièrement
découverte à tous, & qu'à présent
même il ne s'en trouve pas encore de
mille un qui sache, quel sentiment il doit
avoir touchant le dire surprenant de tous
les Philosophes, sur cette seule, unique
& même matière, qui n'est autre chose
que de l'or véritable & naturel, & toutefois
très-vil, qu'on jette par les chemins,
& qu'on peut trouver en iceux.
Il est de grand prix, & d'une valeur inestimable;
& toutefois ce n'est que fiente:
c'est un feu qui brûle plus fortement que
tout autre feu; & néanmoins il est froid:
c'est une eau qui lave très-nettement;
& néanmoins elle est sèche: c'est un marteau
d'acier, qui frappe jusques sur les

@

280 Traité du Sel.

atomes impalpables; & toutefois il est
comme de l'eau molle: c'est une flamme
qui met tout en cendre; & néanmoins
elle est humide: c'est une neige qui est
toute de neige, & néanmoins qui se peut
cuire & entièrement s'épaissir: c'est un
oiseau qui vole sur le sommet des montagnes;
& néanmoins c'est un poisson,
c'est une vierge qui n'a point été touchée,
& toutefois qui enfante & abonde
en lait: ce sont les rayons du Soleil &
de la Lune, & le feu du Soufre; &
toutefois c'est une glace très-froide: c'est
un arbre brûlé, lequel toutefois fleurit
lorsqu'on le brûle, & rapporte abondance
de fruits: c'est une mère qui enfante;
& toutefois ce n'est qu'un homme; &
ainsi au contraire c'est un mâle, & néanmoins
il fait office de femme: c'est un
métal très-pesant, & toutefois il est plume,
ou comme l'alun de plume: c'est
aussi une plume que le vent emporte, &
toutefois plus pesante que les métaux:
c'est aussi un venin plus mortel que le Basilic
même, & toutefois qui chasse toutes
sortes de maladies, &c.
Toutes ces contradictions & autres
semblables, & qui sont toutefois les propres
noms de nôtre Pierre, aveuglent
tellement

@

Traité du Sel. 281

tellement ceux qui ignorent comment
cela se peut entendre, qu'il y en a une
infinité qui dénient absolument que cette
chose soit véritable, quoique d'ailleurs
ils croient avait tous l'esprit le mieux
tourné du monde. Ils s'en rapportent
plutôt à un seul Aristote, qu'à un nombre
infini de fameux Auteurs, qui depuis
plusieurs siècles ont confirmé toutes ces
choses, & par les épreuves qu'ils en ont
fait, & par les écrits qu'ils nous en ont
laissés: jurant que toutes les paroles
qu'ils ont avancées portaient vérité, ou
qu'autrement ils voulaient en rendre
compte au grand jour du Jugement.
Mais quoique tout cela ne serve de rien,
ceux qui possèdent la science sont toujours
méprisés: ce qui ne se fait pas sans
un juste jugement de Dieu, qui d'autant
mieux il a mis ce don précieux dans quelque
vaisseau, d'autant plus il permet
qu'on le considère comme une folie, afin
que ceux qui en sont indignes le méprisent
& le rejettent plutôt à leur propre
perte & à leur propre dommage. Mais
les fils de la science gardent avec crainte
ce dépôt secret de la Providence, considérant
que les paraboles, tant de l'Ecriture
Sainte, que de tous les sages, signifient
A a

@

282 Traité du Sel.

bien autre chose que ne porte le sens
littéral: c'est pourquoi suivant le commandement
du Psalmiste, ils méditent
jour & nuit sur leur matière, & cherchent
cette précieuse Pierre avec soin & avec
peine, jusqu'à ce qu'ils la trouvent par
leurs prières & leur travail. Car si Dieu
(comme on n'en peut douter) ne donne
point à connaître cette admirable Pierre
(quoique terrestre seulement) à tous les
hommes de mauvaise volonté, à cause
qu'elle est un petit crayon de cette sainte
& céleste Pierre angulaire, quel sentiment
devons nous avoir de cette authentique
& inestimable Pierre que tous les
Anges & Archanges adorent? Bien toutefois
qu'il n'y ait aucun homme qui ne
se tienne assuré de l'acquérir sans peine,
pourvu qu'étant régénéré il fasse profession
de foi, qu'il la publie de bouche,
qu'il n'en conçoive aucun doute, &
qu'il n'en forme point de contestation, il
entrera par la porte étroite du Paradis,
avec tous les saints Personnages du vieux
& du nouveau Testament.
Quand à nous, nous savons très-certainement
que toute la Théologie & la
Philosophie sont vaines sans cette huile
incombustible. Car tout ainsi que les cinq

@

Traité du Sel. 283

métaux imparfaits meurent dans l'examen
du feu, s'ils ne sont teints & amenés
à leur perfection par le moyen de cette
huile incombustible, (que les Philosophes
nomment leur Pierre) de même les
cinq vierges folles qui à l'avenue de leur
Roi & leur époux, n'auront point la
véritable huile dans leur lampes, péri"
ront indubitablement. Car le Roi
" (comme il se voit en Saint Mathieu,
" Chap. 25. 41. 42. 43.) rangera à sa
" gauche ceux qui n'ont point l'huile
" de charité & de miséricorde, & leur
" dira: Eloignez-vous de moi, maudits
" que vous êtes, allez au feu éternel, qui
" est préparé au Diable & à ses Anges.
" Car j'ai eu faim, & vous ne m'avez
" point donné à manger: j'ai eu soif, &
" vous ne m'avez point donné à boire:
" j'étais étranger, & vous ne m'avez
" point logé: j'étais nu, & vous ne m'a"
vez point couvert: j'étais malade & pri"
sonnier, & vous ne m'avez point visité.
Au contraire, tout ainsi que ceux qui
s'efforcent sans cesse à connaître les merveilleux
secrets de Dieu, & demandent
avec grand zèle au Père des Lumières
qu'il les veuille illuminer, reçoivent enfin
l'esprit de la sagesse divine, qui les
Aa ij

@

284 Traité du Sel.

conduit en toute vérité, & les unit par
leur vive foi avec ce Lion vainqueur de
la tribu de Juda, lequel seul délie & ouvre
le Livre de la régénération, scellé
aux sept sceaux dans chacun des Fidèles.
De sorte qu'en lui naît cet Agneau, qui
dès le commencement fut sacrifié, qui
seul est le Seigneur des Seigneurs, & qui
attache le vieil Adam à la croix de son
humilité & de sa douceur, & ré-engendre
un nouvel homme par la semence du Verbe
divin.
De même aussi voyons nous une représentation
de cette régénération
en l'oeuvre des Philosophes, dans lequel
il y a ce seul Lion vert, qui ferme & ouvre
les sept sceaux indissolubles des sept
esprits métalliques, & qui tourmente les
corps jusqu'à ce qu'il les ait entièrement
Perfectionnez, par le moyen d'une longue
& ferme patience de l'Artiste. Car
celui là ressemble aussi à cet Agneau, auquel
& non à d'autres, les sept sceaux de
la nature seront ouverts.
O Enfants de la Lumière! qui êtes toujours
victorieux par la vertu de l'Agneau
divin, toutes les choses que Dieu a jamais
créé, serviront pour vôtre bonheur temporel
& éternel, comme nous en avons

@

Traité du Sel. 285

une promesse de la propre bouche de
Nôtre Seigneur Jésus-Christ, par
laquelle il a voulu marquer de suite ces
seize sortes de Béatitudes, qu'il a réitérées,
en S. Math, chap. 5. & en l'Apocal.
chap. 2. & 21. dans ces termes.

/ Bien-heureux sont les pauvres d'es-
I pris; car le Royaume de Cieux est
I à eux.
1.< A celui qui vaincra, je lui donne-
I rai à manger de l'Arbre de vie,
\ lequel est au Paradis de mon Dieu.

/ Bien-heureux sont ceux qui mènent
I deuil: car ils seront consolés.
2.< Celui qui vaincra, ne sera point of-
\ fensé par la mort seconde.

/ Bien-heureux sont les débonnaires;
I car ils habiteront la terre par droit
I d'héritage.
3.< A celui qui vaincra, je lui donnerai
I à manger de la Manne qui est ca-
I chée, & lui donnerai un caillou
I blanc, & au caillou un nouveau
I nom écrit, que nul ne connaît, si-
\ non celui qui le reçoit.

@

286 Traité du Sel.

/ Bien-heureux sont ceux qui ont faim
I & soif de justice: car ils seront saou-
I lés.
I Celui qui aura vaincu, & aura gar-
I dé mes oeuvres jusqu'à la fin, je lui
4.< donnerai puissance sur les Nations:
I Et il les gouvernera avec une verge
I de fer, & seront brisées comme les
I vaisseaux du Potier. Comme j'ai
I aussi reçu de mon Père. Et je lui
\ donnerai l'Etoile du matin.

/ Bien-heureux sont les miséricordieux
I car miséricorde leur sera faite.
I Celui qui vaincra, sera ainsi vêtu de
5.< vêtement blancs; & je n'effacerai
I point son nom du Livre de vie: &
I je confesserai son nom devant mon
\ Père, & devant ses Anges.

/ Bien-heureux sont ceux qui sont nets
I de coeur: car ils verront Dieu.
I Celui qui vaincra, je le ferais être une
I colonne au Temple de mon Dieu;
6.< & il ne sortira plus dehors: & j'é-
I crirai sur lui le nom de mon Dieu,
I & le nom de la Cité de mon Dieu,
I qui est la nouvelle Jérusalem, la-

@

Traité du Sel. 287

I quelle descend du Ciel de devers
\ mon Dieu, & mon nouveau nom.

/ Bien-heureux sont ceux qui procu-
I rent la paix: car ils seront appelés
I Enfants de Dieu.
7.< Celui qui vaincra, je le ferai seoir
I avec moi en mon Trône: ainsi que
I j'ai aussi vaincu, & suis assis avec
\ mon Père à son Trône.

/ Bien-heureux sont ceux qui sont per-
I sécutés par justice: car le Royaume
I des Cieux est à eux.
8.< Celui qui sera vainqueur, obtiendra
I toutes choses par un droit héréditai-
I re; & je serai son Dieu, & il sera
\ mon fils.

Reprenons donc, mes frères, par la
grâce de Dieu nôtre miséricordieux un
esprit laborieux, pour combattre un bon
combat: car celui qui n'aura pas dûment
combattu, ne sera point couronné,
parce que Dieu ne nous accorde point
ses dons temporels qu'à force de sueur
& de travail, selon le témoignage universel
de tous les Philosophes, & de

@

288 Traité du Sel.

Hermès même, qui assure que pour acquérir
cette benoîte Diane & cette Lunaire
blanche comme lait, il a souffert
plusieurs travaux d'esprit, de même que
chacun peut conjecturer. Car comme
nôtre Sel au commencement est un sujet
terrestre, pesant, rude, impur, chaotique,
gluant, visqueux, & un corps ayant
la forme d'une eau nébuleuse, il est nécessaire
qu'il soit dissous, qu'il soit séparé
de son impureté, de tous ses accidents
terrestres & aqueux, & de son ombre
épaisse & grossière; & sur tout qu'il
soit extrêmement sublimé, afin que ce
Sel cristallin des métaux exempt de toutes
fèces, purgé de toute sa noirceur, de
sa putréfaction & de sa lèpre, devienne
très-pur, & souverainement clarifiée,
blanc comme neige, fondant & fluant
comme Cire.

pict

Discours

@

Traité du Sel. 289

Discours traduits de Vers.

Le Sel est la seule & unique clef,
Sans Sel nôtre Art ne saurait aucunement
subsister.
Et quoique ce Sel (afin que je vous en
avertisse)
N'ait point apparence de Sel au commencement,
Toutefois c'est véritablement un Sel, qui
sans doute
Est tout-à-fait noir & puant en son commencement,
Mais qui dans l'opération & par le travail
Aura la ressemblance de la présure du
Sang:
Puis après il deviendra tout-à-fait blanc
& clair,
En se dissolvant & se fermentant soimême.

pict

B b

@

290 Traité du Sel.

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Chapitre VI.

Du mariage du serviteur rouge avec
la femme blanche.

I L y en a plusieurs qui croient savoir
la manière de faire la teinture des
Philosophes: mais lorsqu'ils sont aux
épreuves avec nôtre serviteur rouge, à
peine croirait-on combien le nombre de
ceux qui réussissent est très petit, & combien
il s'en rencontre peu en tout le monde
qui méritent le nom de véritable Philosophes.
Car où est-ce qu'on peut trouver
un Livre qui donne une suffisante instruction
sur ce sujet, puisque tous les
Philosophes l'ont enveloppé dans le silence
& qu'ils l'ont ainsi voulu cacher exprès,
de même que nôtre bien aimé père
l'a dit en manière de révélation aux Inquisiteurs
de cet Art; auxquels il n'a presque
rien laissé d'excellent que ce peu de
paroles: Une seule chose, mêlée avec une
eau philosophique.
Et il ne faut point douter que cette
chose n'ait donné beaucoup de peine à

@

Traité du Sel. 291

quelques Philosophes, avant que de passer
cette forêt, pour commencer leur
première opération, comme nous en
avons un exemple considérable en l'Auteur
de l'Arche-ouverte, communément
appelé le disciple du grand & petit paysan
(qui possède les manuscrits de défunt
son vénérable & digne précepteur, &
qui a eu une parfaite connaissance de
l'Art philosophique il y a déjà trente
ans) duquel nous a raconté ce qui arriva
à son maître en ce point, c'est à dire en
sa première opération, par laquelle il ne
pût de prime abord, quelque moyen ou
industrie qu'il apportât, faire en sorte
que les Soufres se mêlassent ensemble &
fissent coi: parce que le Soleil nageait
toujours au dessus de la Lune. Ce qui
lui donna un grand déplaisir, & fut cause
qu'il entreprit de nouveau plusieurs
voyages fâcheux & difficiles, dans le
dessein de s'éclaircir en ce point par quelqu'un
qui serait peut être possesseur de
la Pierre, comme il lui arriva selon son
souhait, en telle sorte qu'il ne s'est encore
trouvé personne qui ait surpassé son
expérience, car il connaissait effectivement
la plus prochaine & la plus abrégée
voie de cet oeuvre, d'autant qu'en l'espace
B b ij

@

292 Traité du Sel.

de trente jours, il achevait le secret
de la Pierre, au lieu que les autres Philosophes
sont obligés de tenir leur matière
en digestion premièrement pendant
sept mois, & après, pendant dix mois
continus.
Ce que nous avons voulu faire remarquer
à ceux qui s'imaginent & se croient
être grands Philosophes, & qui n'ont
jamais mis la main aux opérations, afin
qu'ils considèrent en eux-mêmes si quelque
chose leur manque; car avant ce passage
il arrive souvente-fois que les Artistes
présomptueux sont contraints d'avouer
leur ignorance & leur témérité. Il s'en
rencontre même quelques-uns parmi les
plus grands Docteurs, & parmi les personnes
de grand savoir, qui se persuadent
que nôtre serviteur rouge digeste
se doit extraire de l'or commun par le
moyen d'une eau mercuriale, laquelle
erreur, le très savant Auteur de l'ancien
duel Chimique a autrefois démontré,
en un discours qu'il a composé, où
il fait parler la Pierre de cette sorte:
" Quelques-uns se sont tellement écar"
tés loin de moi, qu'encore qu'ils aient
" su extraire mon esprit tingent, qu'ils
" ont mêlé avec les autres métaux &

@

Traité du Sel. 293

" minéraux, après plusieurs travaux je
" ne leur ai accordé que la jouissance de
" quelque petite portion de ma vertu,
" pour en améliorer les métaux qui me
" sont les plus prochains & les plus al"
liés; mais si ces Philosophes eussent re"
cherché ma propre femme, & qu'ils
" m'eussent joint avec elle, j'aurais pro"
duit mille fois davantage de teinture,
" &c.
Quand à ce qui regarde nôtre conjonction,
il se trouve deux différentes manières
de conjoindre, dont l'une est humide,
& l'autre sèche. Le Soleil a trois
parties de son eau, sa femme en a neuf,
ou le Soleil en a deux & sa femme en a
sept. Et tout ainsi que la semence de
l'homme est en une seule fois toute infuse
dans la matrice de la femme qui se
ferme en un moment jusqu'à l'enfantement,
de même dans nôtre oeuvre nous
conjoignons deux eaux, le Soufre de
l'or, & l'âme & le corps de son mercure:
le Soleil & la Lune: le mari & sa femme:
deux femmes: deux argents vifs,
& nous faisons de ces deux nôtre mercure
vif, & de ce mercure la Pierre des
Philosophes.
B b iij

@

294 Traité du Sel.

Discours traduits de Vers.

Après que la terre est bien préparée,
Pour boire son humidité,
Alors prenez ensemble l'esprit, l'âme &
la vie,
Et les donnez à la terre.
Car qu'est-ce que la terre sans semence?
Et un corps sans âme?
Considérez donc bien & vous observerez
Que le Mercure est ramené à sa mère,
De laquelle il a pris son origine;
Jetez-le ensuite sur icelle, & il vous
sera utile:
La semence dissoudra la terre,
Et la terre coagulera la semence.

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Chapitre VII.

Des degrés du feu.

D Ans la coction de nôtre Sel, la
chaleur externe de la première opération
s'appelle élixation, & elle se fait
dans l'humidité: mais la tiédeur de la seconde
opération, se parachève dans la

@

Traité du Sel. 295

sécheresse, & elle est nommée assation.
Les Philosophes nous ont désigné ces
deux feux en cette sorte: Il faut cuire
nôtre Pierre par élixation & assation.
Nôtre bénit ouvrage désire d'être réglé
conformément aux quatre saisons de
l'année: & comme la première partie qui
est l'Hiver, est froide & humide, la seconde
qui est le Printemps, est tiède &
humide; la troisième, qui est l'Esté, est
chaude & sèche; & la quatrième qui est
l'Automne, est destinée pour cueillir les
fruits; de même le premier régime du
feu doit être semblable à la chaleur d'une
poule qui couve ses oeufs, pour faire
éclore ses poulets, ou comme la chaleur
de l'estomac qui cuit & digère les viandes,
qui nourrissent le corps; ou comme
la chaleur du Soleil lorsqu'il est au signe
de Bélier, & cette tiédeur dure jusqu'à
la noirceur, & même jusqu'à ce que la
matière devienne blanche. Que si vous
ne gardez point ce régime, & que vôtre
matière soit trop échauffée, vous ne verrez
point la désirée tête du corbeau;
mais vous verrez malheureusement une
prompte & passagère rougeur semblable
au pavot sauvage, ou bien une huile
rousse surnageante, ou que vôtre matière
B b iiij

@

296 Traité du Sel.

aura commencé de se sublimer; que
si cela arrive, il faut nécessairement retirer
vôtre composé, le dissoudre & l'imbiber
de nôtre lait virginal, & commencer
derechef vôtre digestion avec plus de
précaution, jusqu'à ce que tel défaut
n'apparaisse plus. Et quand vous verrez
la blancheur, vous augmenterez le feu
jusqu'à l'entier dessèchement de la Pierre,
laquelle chaleur doit imiter celle du
Soleil, lorsqu'il passe du Taureau dans
les Gémeaux; & après la dessiccation, il
faut encore prudemment augmenter vôtre
feu, jusqu'à la parfaite rougeur de
vôtre matière, laquelle chaleur est semblable
à celle du Soleil dans le signe du
Lion.

Discours traduits de Vers.

Prenez bien garde aux avertissements que
je vous ai donné,
Pour le régime de vôtre feu doux,
Et ainsi vous pourrez espérer toute sorte
de prospérités,
Et participer quelque jour à ce trésor;
Mais il faut que vous connaissiez auparavant,
Le feu vaporeux suivant la pensée des
Sages,

@

Traité du Sel. 297

Parce que ce feu n'est pas élémentaire,
Ou matériel & autre semblable;
Mais c'est plutôt une eau sèche tirée du
Mercure:
Ce feu est surnaturel,
Essentiel, céleste & pur,
Dans le Soleil & la Lune sont
conjoints.
Gouvernez ce feu par le régime d'un feu
extérieur,
Et conduisez vôtre ouvrage jusqu'à la
fin.

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Chapitre VIII.

De la vertu admirable de nôtre Pierre
salée & aqueuse.

C Elui qui aura reçu tant de grâces
du Père des lumières, que d'obtenir
en cette vie le don inestimable de la
Pierre philosophale, peut non-seulement
être assuré qu'il possède un trésor de si
grand prix, que tout le monde ensemble,
& tous les Monarques mêmes qui l'habitent
de toutes parts ne le sauraient jamais
payer, mais encore il doit être persuadé

@

298 Traité du Sel.

qu'il a une marque très-évidente
de l'amour que Dieu lui porte, & de la
promesse que la sagesse divine (qui donne
un tel don) a fait en sa faveur de lui
accorder pour jamais une éternelle demeure
avec elle, & une parfaite union
d'un mariage céleste, laquelle nous souhaitons
de tout nôtre coeur à tous les
Chrétiens; car c'est le centre de tous les
trésors, suivant le témoignage de Salo"
mon, au 7. de la Sag. où il dit : J'ai
" préféré la Sagesse au Royaume & à la
" Principauté, & je n'ai point fait état
" de toutes les richesses en comparaison
" d'icelle. Je n'ai pas mis en parallèle
" avec elle aucune pierre précieuse; car
" tout l'or n'est qu'un sable vil à son
" égard, & l'argent n'est que de la boue.
" Je l'ai aimé par-dessus la santé & la
" beauté du corps, & je l'ai choisi pour
" ma lumière, les rayons de laquelle ne
" s'éteignent jamais. Sa possession m'a
" donné tous les biens imaginables, &
" j'ai trouvé qu'elle avait dans sa main
" des richesses infinies, &c.
Quand à nôtre Pierre philosophale,
l'on y peut assez commodément remarquer
tous ces merveilles, premièrement
le sacré mystère de la très sainte Trinité,

@

Traité du Sel. 299

l'oeuvre de la création, de la rédemption,
de la régénération,, & l'état futur de la
félicité éternelle.
Secondement, nôtre Pierre chasse &
guérit toutes sortes de maladies quelles
quelles soient, & conserve un chacun en
santé, jusqu'au dernier terme de sa vie,
qui est lorsque l'esprit de l'homme venant
à s'éteindre à la façon d'une chandelle,
s'évanouit doucement, & passe
dans la main de Dieu.
En troisième lieu, elle teint & change
tous les métaux en argent & en or, meilleur
que ceux que la nature a coutume
de produire: & par son moyen les pierres
& tous les cristaux les plus vils peuvent
être transformés en pierres précieuses.
Mais parce que nôtre intention
est de changer les métaux en or, il faut
qu'ils soient auparavant fermentés avec
de l'or très bon & très pur: car autrement
les métaux imparfaits ne pourraient
pas supporter sa trop grande & suprême
subtilité, mais il arriverait plutôt
de la perte & du dommage dans la projection.
Il faut aussi purifier les métaux
imparfaits & impurs, si l'on en veut tirer
du profit. Une dragme d'or suffit pour
la fermentation au rouge, & une dragme

@

300 Traité du Sel.

d'argent pour la fermentation au blanc:
& il ne faut pas se mettre en peine d'acheter
de l'or ou de l'argent pour faire
cette fermentation, parce qu'avec une
seule très-petite partie l'on peut en après
augmenter de plus en plus la teinture, en
telle sorte qu'on pourrait charger des
navires entiers de métal précieux qui
proviendrait de cette confection. Car si
cette médecine est multiplié, & qu'elle
soit derechef dissoute & coagulée par
l'eau de son mercure blanc ou rouge, de
laquelle elle a été préparée, alors cette
vertu tingente augmentera à chaque fois
de dix degrés de perfection, ce que l'on
pourra recommencer autant de fois que
l'on voudra.
" Le rosaire dit, celui qui aura une
" fois parachevé cet Art, quand il de"
vrait vivre mille milliers d'années, &
" chaque jour nourrir quatre mille hom"
mes, néanmoins il n'aurait point d'in"
digence.
L'Auteur de L'Aurore apparoissante
" dit, C'est elle qui est la fille des Sages,
" & qui a en son pouvoir l'autorité,
" l'honneur, la vertu & l'empire, qui a
" sur sa tête la couronne fleurissante du
" Royaume, environnée des rayons des

@

Traité du Sel. 301

" sept brillantes Etoiles, & comme l'é"
pouse orné de son mari, elle porte
" écrit sur ses habits en lettres dorées
" Grecques, Barbares & Latines; Je suis
" l'unique fille des Sages, tout-à-fait in"
connue aux fols. O heureuse science,
" ô heureux savant! car quiconque la
" connaît, il possède un trésor incom"
parable, parce qu'il est riche devant
" Dieu & honoré de tous les hommes,
" non pas par usure, par fraude, ni par
" de mauvais commerces, ni par l'op"
pression des pauvres, comme les riches
" de ce monde font gloire de s'enrichir,
" mais par le moyen de son industrie &
" par le travail de ses propres mains.
C'est pourquoi ce n'est pas sans raison
que les Philosophes concluent qu'il faut
expliquer les deux Enigmes suivantes de
la teinture blanche ou rouge, ou de leur
Urim & Thumim.

Discours traduits de Vers.

L a L U N E.

Ici est née une divine & Auguste Impératrice,
Les Maîtres d'un commun consentement

@

302 Traité du Sel.

la nomment leur fille.
Elle se multiplie soi-même, & produit un
grand nombre d'enfants
Purs, Immortels, & sans tâche.
Cette Reine a de la haine pour la mort &
pour la pauvreté;
Elle surpasse par son excellence l'or, l'argent,
& les pierres précieuses.
Elle a plus de pouvoir que tous les remèdes
quels qu'ils soient.
Il ni a rien en tout le monde qui lui puisse
être comparé,
A raison de quoi nous rendons grâces à
Dieu, qui est es Cieux.

L e S o l e i l .

Ici est né un Empereur tous plein d'honneurs,
Il n'en peut jamais naître un plus grand
que lui,
Ni par Art, ni par Nature,
Entre toutes les choses crées.
Les Philosophes l'appellent leur fils,
Qui a le pouvoir & la force de produire
divers effets.
Il donne à l'homme tout ce qu'il désire
de lui.
Il lui octroie une santé persévérante,

@

Traité du Sel. 303

L'or, l'argent, les pierres précieuses,
La force, & une belle & sincère jeunesse.
Il détruit la colère, la tristesse, la pauvreté,
& toutes les langueurs.
O trois fois heureux celui qui a obtenu de
Dieu une telle grâce.

R E C A P I T U L A T I O N.

Mon cher frère & fils Inquisiteur de
cet Art, reprenons dès le commencement
toutes les choses qui te sont principalement
nécessaires, si tu désires que ta recherche
soit aidée & suivie d'un bon
succès.
Premièrement & avant toutes choses
tu doit fortement t'imprimer en la mémoire,
que sans la miséricorde de Dieu
tu es tout-à-fait malheureux, & plus misérable
que le Diable même, au pouvoir
duquel sont tous les damnés, parce
que t'ayant donné une âme immortelle,
veuille ou ne veuille pas, tu dois vivre
toute une éternité, ou avec Dieu parmi
les Saints dans un bonheur inconcevable,
ou avec Satan parmi les damnés dans
des tourments qu'on ne peut exprimer.
C'est pourquoi adores Dieu de tout ton
coeur, afin qu'il veuille te sauver pour

@

304 Traité du Sel.

toute l'éternité; emploie toutes tes forces
pour suivre ses saints commandements,
qui sont la règle de ta vie, comme
le Sauveur nous l'a enjoint par ces paroles:
Cherchez premièrement le Royaume
de Dieu & toutes les autres choses vous serons
données. Par ce moyen vous imiterez
les Sages nos prédécesseurs, & vous observerez
la méthode dont ils se sont servi
pour se mettre en grâce auprès de ce
redoutable Seigneur (devant lequel Daniel
le Prophète a vu un mille millions
d'assistants & un grand nombre de myriades
qui le servaient) de même que ce
très-sage Salomon nous a fidèlement
indiqué le chemin qu'il a gardé pour obtenir
la véritable sagesse par le moyen
de cette doctrine qui est la meilleure,
& qu'il nous faut entièrement imiter.
" J'ai été (dit-il) un enfant doué de
" bonnes qualités, & parce que j'avais
" reçu une bonne éducation, je me
" trouvai avoir atteint l'age d'adoles"
cence dans une vie sans crime & sans
" reproche: mais après que j'eus recon"
nu que j'avais encore de moindres dis"
position qu'aucun autre homme pour
" devenir vertueux, si Dieu ne m'accor"
dait cette grâce,) & que cela même
était

@

Traité du Sel. 305

" était Sapience de savoir de qui était
" ce don) je m'en allai au Seigneur, je
" le priai, & lui dit de tout mon coeur:
" ô Dieu de mes Pères, & Seigneur de
" miséricorde, qui avez fait toutes cho"
ses par vôtre parole, & qui par vôtre
" sagesse avez constitué l'homme pour
" dominer sur toutes les créatures que
" vous avez faites, pour disposer toutes
" la terre en justice, & pour juger en
" équité de coeur: donnez-moi je vous
" prie la Sagesse, qui environne sans
" cesse le trône de vôtre divine Majesté,
" & ne me rejetez point du nombre de
" vos enfants: car je suis vôtre serviteur,
" & le fils de vôtre servante, je suis
" homme faible, & de petite durée, &
" encore trop incapable en intelligence
" de jugement & des lois, &c.
En cette manière tu pourras aussi plaire
à Dieu, pourvu que ce soit là ton principal
étude; puis après, il te sera licite
& même convenable que tu songes au
moyen de t'entretenir honnêtement pendant
cette vie, de sorte que tu vives nonseulement
sans être à charge de ton prochain,
mais encore que tu aides aux pauvres,
selon que l'occasion s'en présentera.
Ce que l'Art des Philosophes donne trèsfacilement
C c

@

306 Traité du Sel.

à tous ceux auxquels Dieu permet
que cette science, comme une de
ses grâces particulières, soit connue:
Mais il n'a pas coutume de le faire à
moins qu'il n'y soit excité par de ferventes
prières & par la sainteté de vie de celui
qui demande cette insigne faveur, &
il ne veut pas même accorder immédiatement
la connaissance de cet Art à quelque
personne que ce soit, mais toujours par
des dispositions moyennes, savoir par les
enseignements & par le travail des mains,
auxquel il donne entièrement sa bénédiction,
s'il en est invoqué de bon coeur;
au lieu que quand on ne le prie pas, il en
arrête l'effet, soit en mettant obstacle
aux choses commencées, soit en permettant
qu'elles finissent par un mauvais
événement.
Au reste, pour acquérir cette science
il faut étudier, lire & méditer afin que
tu puisses connaître la voie de la nature,
que l'Art doit nécessairement suivre.
L'étude & la lecture consistent dans les
bons & véritables Auteurs qui ont en
effet expérimenté la vérité de cette science,
& l'ont communiqué à la postérité,
& auxquels il y a de la certitude de croire
dans leur Art; car ils ont été hommes

@

Traité du Sel. 307

de conscience, & éloignés de tous mensonges,
encore bien que pour plusieurs
raisons ils aient écrit obscurément. Pour
toi tu dois rapporter ce qu'ils ont enveloppé
dans l'obscurité avec les opérations
de la Nature, & prendre garde de quelle
semence elle se sert pour produire & engendrer
chaque chose: par exemple, cet
arbre-ci ou cet arbre-là ne se fait pas de
toutes sortes de choses, mais seulement
d'une semence ou d'une racine qui soit
de son même genre. Il en va de même de
l'Art des Philosophes, lequel pareillement
a une détermination certaine & assurée;
car il ne teint rien en or ou en argent,
que le genre Mercuriel métallique,
lequel il condense en une masse malléable
& qui souffre le marteau, persévérante
au feu, laquelle soit colorée d'une couleur
très parfaite, & qui en communiquant
sa teinture, nettoie & sépare du
métal toutes les choses qui ne sont pas
de sa nature. Il s'ensuit donc que la teinture
pareillement est du genre Mercuriel
métallique, destiné pour la perfection de
l'or, & qu'il faut tirer son origine, sa racine
& sa vertu séminaire, du même sujet,
duquel sont produits les corps métalliques
vulgaires qui souffrent & qui s'étendent
Cc ij

@

308 Traité du Sel.

sous le marteau. Je te décris clairement
en ce lieu la matière de l'Art, laquelle
si tu ne comprends pas encore,
tu dois soigneusement t'appliquer à la
lecture des Auteurs, jusqu'à ce qu'enfin
toutes choses te soient devenues familières.
Après avoir jeté un ferme & solide
fondement sur la doctrine des véritables
& légitimes possesseurs de la Pierre, il
faut venir aux opérations manuelles, &
à une due préparation de la matière, qui
requiert que toutes les fèces & superfluités
soient ôtées par notre sublimation,
& qu'elle acquiert une essence cristalline,
salée, aqueuse, spiritueuse, oléagineuse,
laquelle sans addition d'aucune
chose hétérogène & de différente nature,
& sans aucune diminution & aucune perte
de sa vertu séminale générative &
multiplicative, doit être amenée jusqu'à
un égal tempérament d'humide & de sec,
c'est à dire du volatil & du fixe, & suivant
le procédé de la Nature, élever cette
même essence par le moyen de nôtre
Art, jusqu'à une entière perfection, afin
qu'elle devienne une Médecine très fixe,
qui se puisse résoudre dans toute humeur,
comme aussi dans toute chaleur aisée,

@

Traité du Sel. 309

& qu'elle devienne potable; en sorte
néanmoins qu'elle ne s'évapore pas,
comme font ordinairement les remèdes
vulgaires, lesquels manquent toujours
de cette principale vertu qu'elles doivent
avoir pour remédier, parce que comme
impuissants & imparfaits, où ils sont élevés
par la chaleur, ou ils ne le sont pas:
que s'ils sont élevés, ce ne sont peutêtre
que certaines eaux subtiles distillées,
c'est à dire des esprits si légers & si
facile à s'élever, que par la chaleur du
corps, laquelle elles augmentent jusqu'à
causer frémissement, elles sont aussi-tôt
sublimées & portées en haut, montants à
la tête, & là cherchant une sortie (de
même que l'esprit de vin a coutume de
faire en ceux qui sont ivres) & l'évaporation
ne s'en pouvant faire à cause que
le crane est fermé, elles s'efforcent de
sortir impétueusement, de la même manière
qu'il a coutume d'arriver en la distillation
artificielle, lors quelquefois que
les esprits ramassés & devenus puissants,
font rompre le vaisseau qui les contient.
Que si les remèdes vulgaires ne se peuvent
élever ce sont peut être des sels
qui sont privés de tout suc de vie à cause
d'un feu très violent, & ne peuvent que

@

310 Traité du Sel.

très-peu remédier à une maladie langoureuse:
car comme une lampe ardente se
nourrit d'huile & de graisse, laquelle
étant consommée s'éteint; de même aussi
la mèche qui entretient la vie, se sustente
d'un baume de vie succulent & huileux,
& se mouche par le moyen des plus excellents
remèdes, comme on fait communément
une chandelle par une mouchette:
& parce que nôtre Médecine trèsassurément
est composée du Soleil & de
ses rayons mêmes, l'on peut conjecturer
combien elle a de vertu par dessus tout
les autres médicaments, puisque le seul
Soleil dans toute la nature allume & conserve
la vie; car sans le Soleil toutes choses
gèleraient, & rien ne croîtrait en ce
monde: les rayons du Soleil font verdoyer
& croître toutes choses, & le Soleil
donne vie à tous les corps sublunaires,
les fait pousser, végéter, mouvoir,
& multiplier; ce qui se fait par l'irradiation
vivifiante du Soleil. Mais cette vertu
solaire est mille fois plus forte, plus
efficace & plus salutaire dans son véritable
fils, qui est le sujet des Philosophes;
car là où il est engendré, il faut auparavant
que les rayons du Soleil, de la Lune,
des Etoiles, & de toute les vertus de la

@

Traité du Sel. 311

Nature se soient accumulés en ce lieu
magnétique par l'espace de plusieurs siècles,
& qu'ils se soient comme renfermés
ensemble dans un vase très-clos & serré,
lesquels puis après étant empêchés de
sortir, réprimés & rétrécis, se changent
en cet admirable sujet, & engendrent
d'eux même l'or du vulgaire; ce qui
marque assez combien son origine est
rempli de vertu, puisqu'il triomphe entièrement
de toute la violence du feu;
quel que ce puisse être; en sorte qu'il ne
se trouve rien dans tout le monde de
plus parfait après nôtre sujet: & si l'on
le trouvait dans son dernier état de perfection,
fait & composé par la Nature,
qu'il fût fusible comme de la cire ou du
beurre, & que sa rougeur & sa diaphanéité
& clarté parût au dehors, ce serait
là véritablement notre benoîte Pierre;
ce qui n'est pas. Néanmoins la prenant
dès son premier principe, on la peut
mener à la plus haute perfection qu'il
y ait, par le moyen de ce souverain Art
Philosophique, fondamentalement expliqué
dans les Livres des anciens Sages.

@

312 Traité du Sel.

pict

D I A L O G U E.

Qui découvre plus amplement la
préparation de la Pierre Philosophale.

V Ous avez vu par les Traités précédents
que l'assemblée des Alchimistes
& Distillateurs qui disputaient
fortement de la Pierre des Philosophes,
fut interrompue par un orage imprévu;
comme ils furent dispersés & divisés en
plusieurs différentes Provinces, sans
avoir pris aucune détermination certaine,
& comme chacun d'eux est demeuré
sans conclusion. Ce qui a donné lieu à un
nombre infini de sophistications & de
procédés trompeurs & erronés, parce
que cette malheureuse tempête ayant empêché
une décision finale de tous leurs
différends, un chacun d'eux a resté dans
l'opinion imaginaire qu'il s'était figurée,
laquelle il a suivi après dans ses opérations.
Une partie de ces Docteurs Chimistes
mistes

@

Traité du Sel. 313

qui avait assisté à cette assemblée,
avait lu les écrits des véritables
Philosophes qui nous proposent tantôt
que le Mercure, tantôt que le Soufre,
tantôt que le Sel est la matière de leur
Pierre. Mais parce que ces sophisticateurs
ont mal entendu la pensée des anciens,
& qu'ils ont crû que l'argent-vif,
le Soufre & le Sel vulgaire étaient les
choses qu'il fallait prendre pour la confection
de la Pierre, & après avoir été
dispersé en plusieurs endroits de la Terre,
ils en ont fait des épreuves de toutes les
façons imaginables. Quelqu'un d'entreeux
a remarqué dans Geber cette maxime
" digne de considération: Les anciens
" parlant du Sel ont conclu que c'était
" le savon des Sages, la clef qui ferme &
" ouvre, & qui ferme derechef & per"
sonne n'ouvre; sans laquelle clef ils di"
sent qu'aucun homme dans ce monde
" ne saurait parvenir à la perfection de
" cet oeuvre, c'est à dire s'il ne fait cal"
ciner le Sel après l'avoir préparé, &
" alors il s'appelle Sel fusible: de mê"
me qu'il a lu en un autre Auteur que,
Celui qui connaît le Sel & sa dissolution,
sait le secret caché des anciens
Sages. Cet Alchimiste se persuada par
D d

@

314 Traité du Sel.

ces paroles qu'il fallait travailler sur le
Sel commun, dont il apprit à préparer un
esprit subtil, avec lequel il dissolvait l'or
du vulgaire, & en tirait sa couleur citrine,
& sa teinture, laquelle il s'étudiait
de joindre & unir aux métaux imparfaits,
afin que par ce moyen ils se changassent
en or: mais tous ses travaux n'eurent aucun
bon succès; quelque peine qu'il y
pût prendre; ce qu'il devait déjà savoir
" du même Geber lorsqu'il dit, que
" tous les corps imparfaits ne se peuvent
" aucunement perfectionner par le mé"
lange, avec les corps que la nature a
" rendu simplement parfaits, parce que
" dans le premier degré de leur perfec"
tion, ils ont seulement acquis une
" simple forme pour eux, par laquelle
" ils étaient perfectionnés par la nature,
" & que comme morts ils n'ont aucune
" perfection superflue qu'ils puissent
" communiquer aux autres, & ce pour
" deux raisons; la première, à cause que
" par ce mélange d'imperfection, ils sont
" rendus imparfaits, vu qu'ils n'ont pas
" plus de perfection qu'ils en ont besoin
" pour eux mêmes: & la dernière, à cause
" que par cette voie leurs principes ne
" peuvent pas se mêler intimement & en

@

Traité du Sel. 315


" toutes les plus petites parties , d'autant
" que les corps ne se pénètrent point l'un
" l'autre, &c. Après cela, cette autre
" sentence de Hermès tomba dans la pen"
sée de nôtre Artiste, savoir que le Sel
des métaux est la Pierre des Philosophes.
Il concluait donc en lui même que le
Sel du vulgaire ne devait pas être la chose
dont les Philosophes entendaient parler,
mais qu'il la fallait extraire des métaux.
C'est pourquoi il se mit à calciner
les métaux avec un feu violent, à les dissoudre
en des eaux fortes, les corroder,
les détruire & préparer les Sels: il inventait
pour son dessein plusieurs manières
de dissoudre les métaux, pour les faire
fondre aisément, & telles autres infinies
opérations vaines & superflues; mais il
ne pût jamais par tous ces moyens venir
à la fin de son désir. Ce qui le faisait encore
douter touchant les Sels & les matières
dont nous avons parlé, en sorte
qu'il ne cessait de regarder dans les livres
des uns & des autres Philosophes. Il
fouillerait toujours espérant de rencontrer
quelque passage formel touchant la
matière, & il fit tant qu'il découvrit cet
axiome. Nôtre terre est Sel, & nôtre
Sel est une terre, & cette terre est vierge,
D d ij

@

316 Traité du Sel.

S'arrêtant à peser profondément ces paroles,
il lui sembla tout-à-coup que son
esprit était fort éclairé, & il commençait
à reconnaître que ses travaux précédents
n'avaient point réussi selon son souhait,
à cause que jusqu'à présent il avait manqué
de ce Sel virginal, & qu'on ne saurait
en aucune façon avoir ce Sel vierge
sur la terre, ni sur la superficie universelle,
parce que tout le dessus de la terre
est couvert d'herbes, de fleurs, & de
plantes, dont les racines par leurs fibres
attireraient & suceraient le Sel vierge,
d'où elle prendraient leur croissance, &
ainsi tout ce Sel serait privé de sa virginité,
& se trouverait comme imprégné.
Il s'étonnait encore d'où provenait sa
première stupidité de ce qu'il n'avait pu
comprendre plutôt ces choses dans les
Livres des Philosophes qui en parlent si
clairement, comme dans Morien qui
dit: nôtre eau croît dans les montagnes
& dans les vallées; dans Aristote: nôtre
eau est sèche. Dans Danthyn: nôtre eau
se trouve dans les vielles étables, les retraits,
& les égouts puants. Dans Alphidius:
nôtre Pierre se rencontre en toutes
les choses, qui sont au monde, & partout,
& elle se trouve jetée dans le chemin,

@

Traité du Sel. 317

& Dieu ne l'a point mis à un haut
prix pour l'acheter, afin que les pauvres
aussi bien que les riches la puissent avoir.
Et quoi! (pensait-il en soi-même) ce
Sel n'est il pas marqué manifestement en
tous ces endroits? il est véritablement la
Pierre & l'eau sèche, qui se peut trouver
en toutes choses, & dans les cloaques
mêmes; d'autant que tous corps sont
composés de lui, se nourrissent de lui,
& s'augmentent par son moyen, & par
leurs corruptions se résolvent en lui, &
aussi parce qu'une grande quantité de ce
Sel gras cause la fertilité. Ce que les plus
ignorants laboureurs possèdent mieux que
nous qui sommes doctes, lorsque pour
refaire les lieux qui sont stériles à cause
de la sécheresse, ils se servent d'un fumier
pourri, & d'un Sel gras & enflé,
considérant très bien qu'une terre maigre
ne peut pas être fertile. La nature a
aussi découvert à quelques uns, que la
maigreur d'une terre sans humeur se pouvait
améliorer semblablement par un Sel
de cendres; c'est pour cela qu'en quelques
endroits les laboureurs prennent du
cuir, qu'ils coupent en pièces, le brûlent
& en jettent la cendre sur des terres
maigres pour leur donner la fertilité,
D d iij

@

318 Traité du Sel.

comme on fait en Densbighshire qui est
une Province d'Angleterre; nous avons
encore un ancien témoignage de cet usage
dans Virgile. Ce que les Philosophes
nous ont déclaré lorsqu'ils ont écrit, que
leur sujet était la force forte de toute force,
& c'est à vrai dire, le Sel de la terre
qui se montre tel: car où est ce qu'on
trouva jamais une force & une vertu plus
épouvantable que dans le Sel de la terre,
savoir le nitre, qui est un foudre à l'impétuosité
duquel rien ne peut résister?
Nôtre Alchimiste par cette considération
& autres semblables croyait déjà
avoir atteint le but de la vérité, & se réjouissait
grandement en lui même, de
ce qu'entre un mille million d'autres, lui
seul était parvenu à une connaissance si
haute & si relevée; il faisait déjà mépris
des plus savants, voire même presque de
tous les autres hommes, de ce qu'ils croupissaient
toujours dans le bourbier de l'ignorance,
& qu'ils n'étaient pas encore
monté comme lui jusqu'au faîte de la plus
fine Philosophie, & que là ils n'étaient
pas devenus riches d'eux mêmes, puis
qu'il y avait une infinité de trésors cachés
dans le Sel vierge des Philosophes; après,
il se mettait en l'esprit que pour acquérir

@

Traité du Sel. 319

ce Sel de virginité, il fouillerait jusques
sous le fondement des racines, en un certain
lieu de terre grasse, pour en extraire
une terre vierge qui n'eût point encore
été imprégnée; établissant mal-à-propos
cette maxime que, pour obtenir l'eau
vive de Sel nitre, il fallait fouir dans
une fosse profondément jusqu'aux genoux,
laquelle rêverie il ne se contenta pas seulement
de poursuivre par son labeur; mais
encore il la rendit publique par un discours
qu'il fit imprimer, dans lequel il
soutenait que c'était la véritable pensée
de tous les Philosophes. Il s'aheurtoit si
fortement à cette opinion vaine & imaginaire,
qu'il dépensait tout son bien, de
sorte qu'il se vit réduit en grande pauvreté
& accablé de douleurs & d'ennui,
déplorant la perte irréparable de son argent,
de son temps, & de ses peines. Ce
dommage fut accompagné de soins fâcheux,
d'angoisse, d'inquiétude & de
veilles, lesquelles augmentant de jour en
jour, il se résolut enfin de retourner au
lieu ou il avait été auparavant pour fouir
profondément cette terre qu'il avait crû
être la terre philosophique, & il continua
de vomir ses injures & ses imprécations
jusqu'à ce qu'il fut surpris du sommeil,
D d iiij

@

320 Traité du Sel.

dont il avait été privé quelques
jours par tant de chagrin & de tristesse;
étant plongé dans ce profond sommeil,
il vit paraître en songe une grande troupe
d'hommes tous rayonnants de lumière,
l'un desquels s'approcha de lui, & le reprit
de cette sorte. Mon ami, pourquoi
est-ce que vous vomissez tant d'injures,
de malédictions & d'exécrations contre
les Philosophes qui reposent en Dieu?
Cet Alchimiste tout étonné répondit en
tremblant; Seigneur, j'ai lu en partie
leurs Livres, où j'ai vu qu'on ne pouvait
imaginer de louanges qu'ils ne donnassent
à leur Pierre, laquelle ils élèvent
jusqu'aux cieux; ce qui a excité en moi
un extrême désir de mettre la main à
l'oeuvre, & j'ai opéré en toutes choses
selon leurs écrits & leurs préceptes, afin
d'être participant à leur Pierre; mais je
reconnais que leurs paroles m'ont trompé
vu que par ce moyen j'ai perdu tous
mes biens.
La Vision. Vous leurs faites tort, &
c'est injustement que vous les accusez
d'imposture, car tous ceux que vous
voyez ici sont gens bien heureux; ils
n'ont jamais écrit aucun mensonge, au
contraire ils ne nous ont laissé que la pure

@

Traité du Sel. 321

vérité,quoi qu'en des paroles cachées
& occultes, afin que de si grands mystère
ne fussent pas connus par les indignes,
car autrement il en naîtrait de grands
maux & désordres dans le monde; vous
deviez interpréter leurs écrits non pas à
la lettre, mais selon l'opération & la possibilité
de la nature; vous ne deviez pas
entreprendre auparavant les opérations
manuelles, qu'après avoir posé un solide
fondement par vos ferventes prières à
Dieu, par une assidue lecture, & par un
étude infatigable, & vous deviez remarquer
en quoi les Philosophes s'accordent
tous, savoir en une seule chose, qui
n'est autre que Sel, Soufre, & Mercure
philosophiques.
L'Alchimiste. Comment sauraiton
s'imaginer que le Sel, le Soufre, & le
Mercure ne puissent être qu'une seule &
même chose, puisque ce sont trois choses
distinctes?
La Vis. C'est maintenant que vous
faites voir que vous avez la cervelle dure,
& que vous n'y entendez rien; les Philosophes
n'ont seulement qu'une chose, qui
contient corps, âme & esprit, ils la nomment
Sel, Soufre & Mercure, lesquels
trois se trouvent en une même substance,

@

322 Traité du Sel.

& ce sujet est leur Sel.
L'Alch. D'où est ce qu'on peut avoir
ce Sel?
La Vis. Il se tire de l'obscure prison
des métaux, vous pouvez avec lui faire
des opérations admirables, & voir toute
sorte de couleurs, comme aussi transmuer
tous le vils métaux en or: mais il
faut auparavant que ce sujet soit rendu
fixe.
L'Alch. Il y a déjà long-temps que je
me romps l'esprit pour travailler à ces
opérations métalliques, sans y avoir jamais
rien pu trouver de semblable.
La Vis. Vous avez toujours cherché
dans les métaux qui sont morts, & qui
n'ont pas en eux la vertu du Sel Philosophique:
comme vous ne pouvez pas
faire que le pain cuit vous serve de semence,
non plus que vous ne sauriez
engendrer un poulet d'un oeuf cuit; mais
si vous désirez faire une génération, il
faut que vous vous serviez d'une semence
pure, vive, sans avoir été gâtée.
Puisque les métaux du vulgaire sont
morts, pourquoi donc cherchez vous une
matière vivante parmi les morts.
L'Alch. L'or & l'argent ne peuventils
pas être vivifiés derechef par le moyen

@

Traité du Sel. 323

de la dissolution?
La Vis. L'or & l'argent des Philosophes
sont la vie même, & n'ont pas besoin
d'être vivifiés, on les peut même
avoir pour rien: mais l'or & l'argent
vulgaires se vendent bien chèrement, &
ils sont morts, & demeurent toujours
morts.
L'Alch. Par quel moyen peut-on
avoir cet or vif?
La Vis. Par la dissolution.
L'Alch. Comment se fait cette dissolution?
La Vis. Elle se fait en soi même &
par soi même, sans y ajouter aucune
chose étrangère: car la dissolution du
corps se fait en son propre sang.
L'Alch. Tout le corps se change-t-il
entièrement en eau?
La Vis. A la vérité il se change tout,
mais le vent porte aussi dans son ventre
le fils fixe du Soleil, lequel est ce poisson
sans os qui nage dans nôtre mer Philosophique.
L'Alch. Toutes les autres eaux n'ontelles
pas cette même propriété?
La Vis. Cette Eau Philosophique
n'est pas une eau de nuées, ou de quelque
fontaine commune; mais c'est une

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324 Traité du Sel.

eau salée, une gomme blanche & une
eau permanente, laquelle étant conjointe
à son corps, ne le quitte jamais: & quand
elle a été digérée pendant l'espace de
temps qui lui est nécessaire, on ne l'en peut
plus séparer. Cette eau est encore la substance
réelle de la vie en la Nature, laquelle
a été attirée par l'aimant de l'or,
& qui se peut résoudre en une eau claire
par l'industrie de l'Artiste: ce que nulle
autre eau au monde ne saurait faire.
L'Alch. Cette eau ne donne-t-elle
point de fruits?
La Vis. Puisque cette eau est l'arbre
métallique, on y peut enter un autre rejeton
ou un petit rameau Solaire, lequel
s'il vient à croître, fait que par son
odeur tous les métaux imparfaits lui deviennent
semblables.
L'Alch. Comment est-ce qu'on procède
avec elle?
La Vis. Il faut la cuire par une continuelle
digestion, laquelle se fait premièrement
dans l'humidité, puis après
dans la sécheresse.
L'Alch. Est-ce toujours une même
chose?
La Vis. En la première opération il
faut séparer le corps, l'âme & l'esprit, &

@

Traité du Sel. 325

derechef les conjoindre ensemble: que si
le Soleil s'est uni à la Lune, pour lors
l'âme de soi se sépare de son corps, & ensuite
retourne de soi à lui.
L'Alch. Peut-on séparer le corps,
l'âme & l'esprit?
La Vis. Ne vous mettez point en peine
sinon de l'eau & de la terre feuillée:
vous ne verrez point l'esprit, car il nage
toujours sur l'eau.
L'Alch. Qu'entendez vous par cette
terre feuillée?
La Vis. N'avez vous point lu qu'il
paraît en nôtre mer Philosophique une
certaine petite île? il faut mettre en
poudre cette terre, & puis elle deviendra
comme une eau épaisse mêlée avec de
l'huile, & c'est là notre terre feuillée,
laquelle il vous faut unir par un juste
poids avec son eau.
L'Alch. Quel est ce juste poids?
La Vis.Le poids de l'eau doit être
pluriel, & celui de la terre feuillée blanche
ou rouge doit être singulier.
L'Alch. O Seigneur, vôtre discours
dans ce commencement me semble trop
obscur.
La Vis. Je ne me sers point d'autres
termes & d'autres noms que de ceux

@

326 Traité du Sel.

que les Philosophes ont inventés, &
qu'ils nous ont laissé par écrit. Et toute
cette troupe de personnes bien heureuses
que vous voyez, ont été pendant leur vie
de véritables Philosophes; une partie
desquels étaient grands Princes, & l'autre
des Rois ou des Monarques puissants,
qui n'ont point eu honte de mettre la
main à l'oeuvre, pour rechercher par
leur travail & par leurs sueurs les secrets
de la Nature, & dont ils nous ont écrit
la vérité. Lisez donc diligemment leurs
Livres, & ne les injuriez plus dorénavant:
mais remarquez leurs très doctes
traditions & maximes; fuyez toutes sophistiqueries
& tous les Alchimistes
trompeurs, & enfin vous jouirez du miroir
caché de la Nature.
La Vision ayant achevé ce discours,
s'évanouit en un instant, l'Alchimiste
s'éveillât aussi tôt, lequel considérant
en lui même ce qui s'était passé, ne savait
ce qu'il en devait penser: mais parce
que toutes les paroles de la Vision lui
avaient resté dans la mémoire, il s'en alla
promptement dans sa chambre pour les
mettre par écrit. Après il lût avec attention
les Livres des Philosophes; il reconnut
par leur lecture ses lourdes fautes passées

@

Traité du Sel. 327

& ses premières folies. Ayant ainsi
découvert le véritable fondement de plus
en plus, pour en conserver le souvenir il
le mit en Rythmes Allemandes, comme
il s'ensuit.


Discours traduits de Vers.

On trouve une chose dans ce monde,
Qui est aussi partout & en tout lieu,
Elle n'est ni terre, ni feu, ni air, ni
eau,
Toutefois elle ne manque d'aucune de ces
choses,
Néanmoins elle peut devenir feu,
Air, eau & terre,
Car elle contient toute la Nature.
En soi, purement & sincèrement;
Elle devient blanche & rouge, elle est
chaude & froide,
Elle est humide & sèche, & se diversifie
de toutes les façons.
La troupe des Sages l'a seulement connue,
Et la nomment son Sel.
Elle est tirée de leur terre,
Et elle a fait perdre quantité de fols.
Car la terre commune ne vaut ici rien,
Ni le sel vulgaire en aucune façon,

@

328 Traité du Sel.

Mais plutôt le Sel du monde,
Qui contient en soi toute la vie.
De lui se fait cette Médecine,
Qui vous garantira de toute maladie.
Si donc vous désirez l'Elixir des Philosophes,
Sans doute cette chose doit être métallique,
Comme la Nature l'a fait,
Et l'a réduit en forme métallique,
Qui s'appelle nôtre magnésie,
De laquelle nôtre Sel est extrait;
Quand vous aurez donc cette même chose,
Préparez-la bien pour vôtre usage,
Et vous tirerez de ce Sel clair
Son coeur qui est très-doux.
Fais-en aussi sortir son âme rouge;
Et son huile douce & excellente.
Et le sang du Soufre s'appelle,
Le souverain bien dans cet ouvrage.
Ces deux substances vous pourrons engendrer
Le souverain trésor du Monde.
Maintenant, comment est-ce que vous
devez préparer ces deux substances
Par la moyen de vôtre Sel de terre,
Je n'ose pas l'écrire ouvertement,
Car Dieu veut que cela soit caché;
Et

@

Traité du Sel. 329

Et il ne faut en aucune façon donner aux
pourceaux
Une viande faite de marguerites précieuses.
Toutefois apprenez de moi avec grande
fidélité,
Que rien d'étranger ne doit entrer en cet
oeuvre;
Comme la glace par la chaleur du feu
Se convertit en sa première eau;
Il faut aussi que cette Pierre
Devienne eau en soi même.
Elle n'a besoin que d'un bain doux & modéré,
Dans lequel elle se dissout par soi.
Au moyen de la putréfaction,
Séparez-en l'eau,
Et réduisez la terre en une huile rouge,
Qui est cette âme de couleur de pourpre.
Et quand vous avez obtenu ces deux substances,
Liez les doucement ensemble,
Et les mettez dans l'oeuf des Philosophes
Clos hermétiquement,
Et vous les placerez sur un Athanor,
E e

@

330 Traité du Sel.

Que vous conduirez selon l'exigence & la
coutume de tous les Sages.
En lui administrant un feu très-lent
Tel que la poule donne à ses oeufs pour faire
éclore ses poussins;
Pour lors l'eau par un grand effort
Attirera en soi tout le Soufre,
En sorte qu'il n'apparaîtra plus rien de
lui,
Ce qui toutefois ne peut pas durer longtemps.
Car par sa chaleur & sa siccité
Il s'efforcera derechef de se rendre manifeste,
Ce qu'au contraire la froide Lune tâchera
d'empêcher.
C'est ici que commence un grand combat
entre ces deux substances,
Durant lequel l'une & l'autre montent en
haut où elles s'élèvent par un admirable
moyen,
Mais le vent les contraint de descendre
en bas,
Elle ne laissent pas néanmoins de voler
derechef en haut,
Et après qu'elles ont continué long temps
ces mouvements & circulations,
Elles demeurent enfin stables au bas
Et s'y liquéfient alors avec certitude

@

Traité du Sel. 331

Dans leur premier chaos très-profondément.
Et puis toutes ces substances se noircissent,
Comme fait la suie dans la cheminée;
Ce qui se nomme la tête de corbeau,
Lequel n'est pas une petite marque de la
grâce de Dieu.
Quand donc cela sera ainsi advenu, vous
y verrez en bref
Des couleurs de toutes les manières,
La rouge, la jaune, la bleue & les autres,
Lesquelles néanmoins disparaîtront bientôt
toutes.
Et vous verrez après de plus en plus
Que toutes choses deviendront vertes, comme
feuilles & comme l'herbe.
Puis enfin la lumière de la Lune se fait
voir.
C'est pourquoi il faut alors augmenter la
chaleur,
Et la laisser en ce degré;
Et la matière deviendra blanche comme un
homme chenu, dont le teint envieilli ressemble
à de la glace,
Elle blanchira aussi presque comme de l'argent.
Gouvernez vôtre feu avec beaucoup de
soin, E e ij

@

332 Traité du Sel.

Et ensuite vous verrez dans vôtre vaisseau
Que vôtre matière deviendra tout-à-fait
blanche comme de la neige;
Et alors vôtre Elixir est achevé pour l'oeuvre
au blanc;
Lequel avec le temps deviendra rouge pareillement.
A raison de quoi augmentez vôtre feu derechef,
Et il deviendra jaune ou de couleur de citron
partout.
Mais à la parfin il deviendra rouge comme
un rubis.
Alors rendez grâce à Dieu nôtre Seigneur,
Car vous avez trouvé un si grand trésor,
Qu'il n'y a rien en tout le monde qu'on
lui puisse comparer pour son excellence.
Cette Pierre rouge teint en or pur
L'étain, l'airain, le fer, l'argent, & le
plomb,
Et tous les autres corps métalliques que
ce soient.
Elle opère & produit encore beaucoup
d'autres merveilles.
Vous pourrez par son moyen chasser toutes

@

Traité du Sel. 333

les maladies qui arrivent aux hommes,
Et les faire vivre jusqu'au terme préfixe
de leur vie.
C'est pourquoi rendez grâce à Dieu de
de tout vôtre coeur,
Et avec elle donnez volontiers secours
& aide à vôtre prochain
Et employez l'usage de cette Pierre à
l'honneur du Très haut,
Lequel nous fasse la grâce de nous recevoir,
en son royaume des cieux.

Soit gloire, honneur & vertu à jamais
au Saint, Saint, Saint Sabaoth Dieu
tout-puissant, lequel seul est Sage, &
éternel, le Roi des Rois, & le Seigneur
des Seigneurs, qui est environné
d'une lumière inaccessible, qui seul à
l'immortalité, qui a empêché la violence
de la mort, & qui a produit & mis en
lumière un esprit impérissable. Ainsi
soit-il.

@


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