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Réfer. : 1705 .
Auteur : Anonyme.
Titre : La Vérité sortant du Puits Hermétique.
S/titre : ou la Vraie Quintessence Solaire et Lunaire.

Editeur : Lamy. Paris.
Date éd. : 1753 .
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S U P P L E M E N T

A LA BIBLIOTHEQUE

DES PHILOSOPHES CHIMIQUES;

C O N T E N A N T

1. La Vérité sortant du Puits Hermétique.
2. Eclaircissement de la Pierre Philosophale.
3. Vie de Nicolas FLAMEL.

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L A V E R I T E

S O R T A N T
DU PUITS HERMETIQUE
O U
LA VRAIE QUINTESSENCE

SOLAIRE ET LUNAIRE.
Baume radical de tout Estre, &
origine de toute Vie.

C O N F E C T I O N

DE LA MEDECINE UNIVERSELLE.

pict

A LONDRES,
Et se trouve à PARIS,
Chez LAMY, Libraire, Quai des Augustins.
===========================

M. D. CC. LIII.

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Spirat ubi vult, & quando vult;
Spirat autem omne verè quod bonum;
Defursùm est, & à patre luminum.

Veritas in profundo putei
abscundita, exoritur.

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5

pict

P R E'F A C E,

Au Lecteur sensé & équitable,
amateur de la Sapience
& de la vie.

D. O. M. Trino & Uno.

Dominus dat Sapientiam,
ex ore ejus prudentia
& scientia.

Custodiet rectorum salutem,
& proteget gradientes
simpliciter

Salom. Prov. C. 2. V. 6. & 7.

L E sujet que nous traitons,
passe vulgairement pour
la fable & l'illusion du Siècle,
comme une belle & flatteuse
chimère qui amuse l'esprit, séduit
A iij

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6 P R E'F A C E.

& abuse les Crédules; l'on
se ferait une honte & ignominie
de s'appliquer & attacher
à son étude, l'on se croirait
même déshonoré & noté d'infamie
de passer pour s'occuper
à son culte: cependant ce sujet,
dont les Gens sensés & les Sages
se font une gloire & un souverain
bonheur, est reconnu
chez eux avec raison pour la
vérité & l'origine de toutes les
Créations & Régénérations,
comme un don de la Science
de Dieu, & de ses vertus merveilleuses
en oeuvres pour la réparation
& conservation de la
Nature.
Ce contraste vient de ce que
les Philosophes & les Sages
l'ont caché avec beaucoup de
soin & d'artifice, soit par jalousie,
soit par prudence, à cause
de l'importance & de la conséquence
qu'il y a d'en faire un

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P R E'F A C E. 7

mystère pour le Peuple grossier,
afin d'éviter le désordre & la
confusion où tomberait l'Univers,
si le secret, dont la conduite
& le succès sont à la main
de tout le monde, lui était divulgué.
Un vrai Philosophe
Hermétique n'en peut même
traiter que dans des termes consacrés
à cette Science cabalistique,
& qui sont peu familiers
ou compris de la plupart des
Hommes ordinaires.
Les Gens du Siècle, presque
en général, sont, ou trop dissipés
& superficiels, ou trop
obtus d'intelligence & insensés
pour pouvoir pénétrer & percer
dans la connaissance de la belle
& pure Nature, qui nous donne
en sa contemplation celle de
Dieu notre Auteur, & de nous-
mêmes, & qui nous fait voir
comme dans un clair Miroir, les
choses invisibles, la vertu éternelle,
A iiij

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8 P R E'F A C E.

& la Divinité même,
qu'on ne peut connaître que par
l'esprit; car celui qui cherche,
trouvera ce qu'il y a de grand,
de bon & de divin, par les seules
forces de la raison éclairée, qui
est une vertu de l'esprit, & qu'est-
ce qui l'a plus présente que le
Sage, dont la pénétration &
l'intelligence sublime & profonde
le rendent prochain, ou
semblable à Dieu? Mais c'est
une étude hors de la Sphère des
Gens du monde: ainsi l'ignorance
de cette Matière engendre
en eux, non-seulement l'insipidité,
mais encore l'incrédulité
& le mépris de la vérité, où
se heurte leur inconnaissance:
& si l'on tente de leur en faire
une sincère ouverture de coeur;
ils craindront la surprise, &
refuseront d'y prêter l'oreille.
On a même vu, par un pur motif
de charité, des Savants dont

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P R E'F A C E. 9

les connaissances physiques &
naturelles sont en haute estime
& réputation dans le grand
monde, qui, à l'assurance qu'on
leur a jurée de leur révéler ingénument,
comme à Gens d'esprit
& de mérite, le moyen secret
de se conserver la vie heureuse
& la santé parfaite, exemptes
de Maladies & de douleurs,
au-delà des bornes ordinaires,
ont paru peu curieux, & même
se sont déclarés fastidieux de ces
avantages sans prix, ne désirant
que de finir leur carrière valétudinaire
au terme ordinaire du
commun des Hommes.
Il y a si peu de Personnes à
qui, par une grâce particulière
d'en haut, & un don surnaturel
du Père des lumières, la
connaissance de cette Science
sublime parvienne avec clarté
d'intelligence & de jugement;
& d'ailleurs les Sages de l'exprès
A v

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10 P R E'F A C E.

Commandement de Salomon,
apportent tant de précaution à
la dissimuler par des subtilités
ingénieuses, qu'il n'est pas étonnant
que cette vérité mystérieuse
reste ignorée dans le monde
entier, ou qu'elle y soit regardée
comme chimère; & que
leurs Ecrits énigmatiques les y
fassent traiter d'imposteurs: car
l'on ne croit point du tout qu'il
y a, dans l'Univers des Sages
& des adeptes de cette Science,
& du fruit de son oeuvre: ce qui
a fait dire à Démocrite, que la
vérité était cachée dans un Puits
profond, tant par rapport au
secret, que par allusion à la Nature,
qui renferme le sujet unique
de la Sapience.
Les Philosophes ont beau
donner des enseignements véritables
de cette science, des autorités
de la sagesse, des preuves
naturelles & physiques de la

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P R E'F A C E. 11

réalité de l'Oeuvre Hermétique,
le monde aveuglé, les Gens
d'esprit même qui ne daignent
point prendre la peine d'approfondir
les causes & les effets
de la Nature, tous en jugent
avec la même indifférence &
semblable mépris; ils ne se remplissent
point l'esprit de raisons
probatoires, puisées dans
l'ordre naturel; ils veulent des
preuves effectives, qui frappent
leurs yeux corporels plutôt que
leurs sens: & un seul grain de
la Poudre Philosophique, qui
rappellerait un Agonisant de la
mort à la vie, ou qui transmuerait
une livre de vif-argent
en or véritable, ferait plus
d'impression sur leur croyance,
ou incrédulité, que tous les plus
beaux & solides raisonnements
de la Sapience, à moins que par
un aveuglement détestable, ils
n'eussent encore la méchanceté
A vj

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12 P R E'F A C E.

abominable d'attribuer plutôt à
l'artifice du Démon infernal,
des Miracles & des oeuvres merveilleuses,
qui n'appartiennent
qu'à Dieu, & qui ne procèdent
que de lui seul: car tel est le
génie pervers du vulgaire insensé.
Mais les Sages affectent d'être
très réservés & circonspects
sur ces sortes d'expériences
dont l'éclat & le bruit ne tendent
pas moins qu'à perdre eux,
& leur Société de co-Hermeïtes*,
& à renverser l'ordre économique
& public de l'Univers
même; tels biens & avantages
qu'ils semblent y pouvoir prodiguer:
en quoi ils sont deux
fois sages.
L'on fait plus d'état des choses
que l'on voit, que de celles
que la Nature cache dans son
sein; telle est la façon de penser
du commun des Hommes:


Note du traducteur :
*co-Hermeïte : ???


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P R E'F A C E. 13

s'il y en a grand nombre qui
s'applique à la Chimie, c'est
sans aucune vraie connaissance
de la Philosophie naturelle;
chacun d'eux l'invoque, la croit
& atteste de son côté & de son
parti: mais aucun ne la saisit,
& tous tombent dans des sophistications
pitoyables, autant
qu'elles leur sont pénibles &
coûteuses.
L'expérience n'apprend que
trop, qu'employer son temps &
son argent à la recherche de
vains & ruineux procédés de
la Chimie commune, plutôt
qu'à l'étude de la Nature & de
ses vertus, c'est les perdre tous
deux, sans espérance de retour,
& d'aucun profit.
L'Alchimie, qui est l'opération
Divine, en ce qu'elle imite
les oeuvres du Créateur, & nous
met en main les vertus & les
bienfaits de sa toute-puissance,

@

14 P R E'F A C E.

a bien une autre voie & une autre
fin, toutes les deux simples,
naturelles & peu coûteuses
l'art, l'industrie & la patience
y sont plus nécessaires & requis
que le travail: le but & la perfection
en ses effets comblent le
coeur de l'Homme de toute félicité;
est-il sous le Ciel chose
qui l'égale ? & n'est-ce point
une jouissance anticipée sur
Terre, du bonheur promis au
Royaume Céleste?
Les Frères de la sagesse savent
bien que l'Alchimie condamne
absolument la Chimie,
comme inutile & même dangereuse
dans la Société civile
quoiqu'elle semble y procurer
certains avantages; ils en jugent
équitablement en adeptes
& experts dans la Science de
Dieu & de la Nature; heureux
celui qui, comme eux, par les
lumières de la saine raison naturelle,

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P R E'F A C E. 15

peut distinguer le vrai
& réprouver le faux: car la
voie de la Sapience & de la santé
des Corps est droite & simple à
quiconque en découvre la Doctrine,
& la raison l'y conduit
par la main, à travers les faux
préjugés, qui séduisent & perdent
les Peuples de la Terre.
Ce n'est donc qu'en faveur des
véritables Enfants de la Science,
que nous avons résolu d'écrire
ce petit Traité, pour leur dévoiler,
selon l'expression de Philalethe,
les arcanes de la Médecine
universelle, de l'Alchimie,
& de la Physique naturelle;
nous devons cela aux Enfants
de l'Art: car autant nous le cachons
aux indignes & profanes,
autant nous sommes obligés
devant Dieu, de prêter la main
aux Gens d'esprit & de mérite,
pour les aider, comme par
l'heureux secours du filet d'Ariane,

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16 P R E'F A C E.

à sortir du labyrinthe
d'erreurs où ils sont embarrassés,
afin que ceux qui sont séduits
par les bagatelles & les
inepties des Sophistes trompeurs,
reconnaissent & suivent
la lumière, par laquelle ils seront
plus sûrement rappelés à la
vérité.

Pater Filiis notam faciet
veritatem tuam.

Isaias, c. 38. v. 14.

P H I L O V I T E.

Qui diligit sapientiam, diligit
vitam.

Ecclesiastic. c. 4. v. 13.

pict

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pict

L A V E R I T E'
SORTANT
DU PUITS HERMETIQUE;

O U
LA VRAIE QUINTESSENCE
SOLAIRE ET LUNAIRE,

Baume radical de tout Etre,
& origine de toute Vie.

Confection de la Médecine
universelle.

D I C A M in aequitate Spiritûs
virtutes, quas posuit Deus in
operâ suâ ab initio.
In Veritate enuntio Scientiam
ejus, & scrutabor enarrare sapientiam.
Ecclesiastic. c. 16. v. 25.
Viam sapientiae monstrabo tibi, &
ducam te per semitas aequitatis, ut

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18 L a V é r i t é.


multiplicentur tibi anni vitae.
Salomon, Prov. c. 4. v. 10. & 11.
Tene disciplinam, ne dimittas eam,
custodi illam, quia ipsa est vita tua.
Idem. Prov. c. 4. v. 13.
Per eam enim multiplicabuntur
dies tui, & addentur tibi anni vitae.
Idem. Prov. c. 9. v. 11.
Posside sapientiam, ne dimittas
eam, & custodiet te, dilige eam, &
conservabit te.
Idem. Prov. c. 4 v. 5.
Qui invenerit illam, inveniet vitam,
& hauriet salutem à Domino.
Idem. Prov. c. 8. v. 35.
Vita enim sunt invenientibus ea,
& universae carni sanitas.
Idem. Prov. c. 4. v. 22.
Ipse enim, Deus, dedit mihi horum
quae sunt, scientiam veram, ut
sciam dispositionem orbis terrarum, &
virtutes elementorum, initium &
consummationem, & mediatem temporum,
vicissitudinum permutationes,
& commutationes temporum, anni
cursus, & stellarum dispositiones, naturas
animalium, & iras bestiarum,
vim ventorum, & cogitationes hominum,
differentias virgultorum, &
virtutes radicum.

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L a V é r i t é. 19


Et quaecunque sunt abscunsa & improvisa
didici; omnium enim artifex
docuit me sapientia.
Idem. Sap. c. 7. v. 17. 18. 19.
20 & 21.
Vir insipiens non cognoscet, &
stultus non intelliget haec.
Psaume 91, v. 5. 7.
Cura est enim illi, non quia laboraturus
est, nec quoniam brevis illi
vita est, sed consertatur aurificibus,
& argentariis, sed & aerarios imitatur,
& gloriam praesert, quoniam res supervacuas
fingit.
Cinis est enim cor ejus, & terra
supervacua spes illius, & luto vilior
vita eius.
Quoniam ignoravit qui se finxit,
& qui inspiravit illi animam quae operatur;
& qui insufflavit ei spiritum
vitalem.
Sap. c. 15. v. 9. 10. 11.

pict

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20 L a V é r i t é.


pict

CHAPITRE PREMIER.

De la cause des Maladies, & de
leur guérison universelle, par
le principe de vie & de santé.

Remède du Dictame.

Contrà malum, bonum est; & contrà
mortem vita: ante hominem vita &
mors, bonum & malum, quod placuerit
ei, dabitur illi.

Ecclesiastic. c. 14. V. 18. & c. 34. v. 15.

O N a vu, le temps passé, chez
les Chaldéens, Egyptiens, Hébreux,
Israélites & Juifs, aussi
bien que chez les Chinois, Arabes,
Chiites & Grecs, des Malades,
même des Agonisants guéris radicalement,
& rappelés à la vie &
à la santé parfaite, par l'usage
d'un peu de Poudre ou d'Elixir Hermétique:
on en a même aussi vu
régénérés & rajeunis & ramenés à
une parfaite force & vigueur de
tempérament, par le Bain de jeunesse,
fait, préparé & pris selon
l'Art de la Médecine universelle:

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L a V é r i t é. 21


certains encore ont trouvé & pratiqué
le moyen secret de prolonger
leur vie en bonne santé, au-delà des
bornes ordinaires & pendant plusieurs
siècles, par ce même Remède
universel; cela a passé de droit,
comme chose véritable & notoire;
l'état des Personnes qui ont eu le
bonheur d'en tirer ces avantages
& leurs attestations en font foi:
les Témoins en déposent: les Auteurs
en publient les Miracles: &
la raison de la vertu divine infuse
& opérante dans ce Remède, met
l'authenticité du sceau de vérité à ces
merveilles.
Tout cela ne se faisait point par
les Remèdes aujourd'hui usités en
fait de C**** de Maladies, ni en
purgeant, ni en saignant; l'on n'y
employait point non-plus aucunes
Simples ni Drogues de Pharmacie:
car les Purgatifs ne sont
point sans des acides qu'ils communiquent
à la nature, infirme &
impuissante pour les subjuguer; ils
ne sont point non plus sans des esprits
imparfaitement cuits & homogénéisés
par la nature, Ouvrière
des productions de l'Univers

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22 L a V é r i t é.


par la puissance Divine opérante; les
Purgatifs, à cause de toutes ces imperfections,
ont des qualités vitrioliques,
malignes, & arsenicales, ou
soporatives* & glaciales, dont ils infectent
& corrompent les individus,
s'ils n'en triomphent par des accidents
encore plus funestes: la Saignée même
ne fait qu'appauvrir le sujet de sa
principale substance vitale, qui lui
doit servir de Médecin & de Médecine
naturelle; & elle est contre nature,
puisqu'elle la détruit, en la
privant du principe essentiel qui l'anime,
spiritualise & vivifie.
Il ne faut point corroder, ni
tourmenter par des Potions les choses
qui sont attachées aux Viscères,
ou bien aux autres parties principales
du Corps humain, ni faire
tomber en résolution les Soufres,
les Mercures & les Sels, qui font
le mouvement & la circulation des
Liqueurs destinées au soutien de la
vie & de la santé: il faut seulement
dissiper les humeurs peccantes,
& y substituer des sucs essentiels
de qualité propre, saine & bénéfique,
par un moyen qui aide aimablement
la nature en son office de


Note du traducteur :
*soporatif : Qui a la vertu d'endormir.


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L a V é r i t é. 23


Médecin & de Médecine, & qui
lui donne une force supérieure,
pour vaincre le mal qui l'afflige, l'indispose,
& lui empêche ses fonctions:
par-là, elle se les rétablit
bien ordonnées, réglées & salutaires,
& constitue le Corps sain, en bon
état & régime.
Il est aussi de la prudence de conserver
la liqueur sanguine, loin de
la répandre, & d'en dissiper imprudemment
le trésor précieux & désirable
de la santé; car l'âme, l'esprit
& la vie du Sujet y sont infus
virtuellement & activement, &
c'est la colonne de notre existence:
si la Liqueur pèche par des qualités
imparfaites & malsaines, ou
corrompues qui la travaillent, il
faut l'épurer, sans par son effusion
inanimer* le Corps; il faut la perfectionner,
la virtualiser*, sans lui
en ôter les principes, les instruments
& les moyens naturels; en
effet, si vous ôtez l'une, vous
perdez les autres qui lui sont adhérents,
& jetez l'Individu altéré,
dans l'impuissance de fonctions vitales
& naturelles, que le mouvement
animal doit opérer par sa circulation


Note du traducteur :
*inanimer : Faire perdre l'âme.
*virtualiser : accroître la vertu.


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24 L a V é r i t é.


& son travail: en un mot,
il faut rétablir & réparer l'âme par
l'âme, l'esprit par l'esprit, la vie
par la vie, c'est-à-dire, le principe
par le principe: pourquoi où n'est
point la science de l'âme, il n'est
rien de bon & de bien: car qui
conserve l'âme & l'esprit, assurément
conserve le corps; comme
qui conserve le corps, conserve
aussi l'âme & l'esprit individuellement.
En effet, tant que l'âme & l'esprit,
ouvriers parfaits de la vie &
de la santé du corps, sont libres,
moteurs, agents & circulaires avec
vertu efficace dans tous les organes
de leur séjour corporel & individuel,
ils y maintiennent leur empire
& leur régime salutaire sur les
humeurs terrestres, & n'opèrent
que des qualités & propriétés pures,
saines & utiles, extraites des
qualités élémentées, pour la conduite
d'un bon, sage & vertueux
tempérament; par ce moyen ils
constituent l'Individu en bon état,
y établissent & entretiennent une
juste correspondance avec les facultés
corporelles, qu'ils vivifient continuellement,
tinuellement,

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L a V é r i t é. 25


& avec les fonctions
naturelles, qu'ils ordonnent méthodiquement:
enfin, ils observent la
plus parfaite harmonie dans la disposition
des parties & leurs opérations
merveilleuses.
De même, tant que le corps est
sain & bien ordonné, c'est-à-dire,
tant que les humeurs impures &
peccantes de la terrestréité, occasionnant
la dissipation des esprits animaux
& vitaux, par conséquent les
maladies, la corruption & la mort,
qui sont les attributs, les apanages
& les trophées de cette terrestréité,
n'ont accès, ni prise, ni domination
sur l'Individu, & qu'ils n'affligent
& ne pervertissent point l'ordre,
le cours, l'oeuvre & les opérations
de ces Etres célestes, spirituels, incorruptibles
& immortels qui nous
donnent la vie, ce même corps est
préservé de sa dégradation, de sa
ruine & corruption, & il se soutient
dans un salubre & parfait
gouvernement, par une sagesse admirable:
car l'âme & l'esprit vital
ne souffrent point de commerce, ni
de partage de leur empire avec la
matière impure, terrestre & corruptible;
B

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26 L a V é r i t é.


leur règne ne se soutient
avec justesse que par une Monarchie
souveraine; & ils s'offensent
si fort & avec tant d'aversion de la
malignité & des entreprises de leur
ennemie, attentatoires à leur puissance,
qu'ils désertent bientôt du
sujet, & l'abandonnent à sa malheureuse
dépravation & décomposition.
Sans doute, cette proposition
hardie surprendra les esprits, &
révoltera bien des Docteurs du siècle,
qui se piquent de connaître
la nature, & n'en savent seulement
pas les premiers principes
& éléments; mais indépendamment
des exemples journaliers &
funestes, qui résultent du pernicieux
abus que l'on en fait, &
qui devraient au moins dessiller
les yeux sur l'ignorance & l'erreur
où le monde se plaît pour sa ruine
& sa perte, la simple vérité naturelle
& positive, démontrée, suffira
pour prouver que la règle proposée
à l'effet de la conservation
du genre humain, est le seul &
vrai chemin qu'on devrait tenir
dans les cures & guérissons des

@

L a V é r i t é. 27


Maladies qui dépeuplent la terre,
& qui font souffrir, par des douleurs
inexprimables, mille morts
anticipées à d'innocentes victimes,
qui méritent la plus longue & heureuse
vie: quiconque en possède
la science a en main une source
certaine de vie & de santé; &
une si belle connaissance n'aboutit
point à une chimère, ou à une supercherie
& tromperie, comme se
l'imagine le vulgaire insensé.
La Nature est plus vertueuse;
savante & habile que tous les Médecins
& les Médecines du monde:
ses principes, fondés sur la vertu
divine coopérante, sont certains &
véritables; ses voies sont droites &
simples, pour opérer à sa conservation,
si elle n'en est empêchée;
& ses effets sont souverains & merveilleux,
si on lui en laisse ou facilite
la liberté par son principe radical:
il n'est pas besoin d'être Philosophe
pour raisonner ainsi; tout Homme
de bon sens conclura à cette vérité,
qui lui servira de Clef pour ouvrir
toutes les portes de la Nature, &
connaître jusques dans son intérieur
ses arcanes les plus mystérieux.
B ij

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28 L a V é r i t é.


Le grand art est donc d'aider la
Nature à réparer par son ressort
secret le vice par lequel elle pêche,
en chassant & bannissant sans effort
& sans violence, de son Domaine,
les humeurs impures & terrestres
qui troublent & pervertissent son
office & ses travaux, & que l'esprit
de malignité & de corruption y a
introduit; mais cela se doit faire
sans l'expulser elle-même du sujet
où elle fait son séjour, & qu'elle
a toujours l'intention & la commission
d'entretenir en bon état, même
de pousser à la perfection de son
Iliade: & l'on n'y peut parvenir ni
réussir, en la chargeant de nouveaux
obstacles qu'elle n'a pas la force
alors de vaincre, de digérer, de
résoudre & rectifier, pour l'aider à
triompher de la cause peccante, &
de l'esprit malin qui la fomente;
ce n'est point non plus en diminuant,
altérant, & ôtant son principe
de mouvement & d'action vitale,
ni en fatiguant, accablant,
ou supprimant ses fonctions, que
l'on peut la secourir en son oeuvre
médicinale du corps, qu'elle entend
régir suivant l'ordre de la sagesse,

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L a V é r i t é. 29


que le Tout-Puissant lui confie, &
auquel il préside par son esprit infus,
qui n'habite point un séjour
impur, corrompu, abandonné au
désordre, possédé & dévoré par le
destructeur Demogorgon.
L'unique moyen de faire agir le
ressort secret de la Nature, pour la
conservation de son propre ouvrage,
est de retenir & conserver dans
son gouvernement, le peu de forces
vitales qui lui restent, pour
concourir avec les nouvelles de sa
Sphère, & analogues, qu'on lui
doit réintroduire, à sa réparation,
& pour empêcher les puissances de
la malignité terrestre de nuire, &
d'offenser le travail salutaire, ou
pour en arrêter le désordre: un
chacun en trouvera toujours le
moyen prochain, sans jamais en
manquer.
Quant aux forces & vertus spécifiques,
que l'on doit employer
pour régénérer & rétablir la Nature
infirme, elles ne lui sont pas étrangères,
éloignées, ni antipathiques,
puisque ce sont les mêmes principes
constitutifs de vie, qui l'animaient
& mettaient ses fonctions
B iij

@

30 L a V é r i t é.


en mouvement circulaire & opération
vivifique: c'est-à-dire la chaleur
naturelle & l'humide radical
dont elle a souffert dissipation, altération
& épuisement; & seuls
capables de la réanimer, de la revivifier,
& de fortifier les agents & instruments
de vie, accablés & opprimés
par les qualités peccantes: par
ce moyen d'extirper & expulser les
qualités ennemies & contraires, de
convertir les Homogènes en suc de
vie, de cumuler les esprits vitaux,
& de rendre efficacement à la Nature
la santé qu'elle avait perdue:
avec la vigueur du tempérament
parfait; & c'est là l'effet de la Sapience,
car elle est la vie de l'âme.
Ce moyen merveilleux est dans la
nature même; il n'est point pris
de chose étrangère, puisque étant
universel, il est constamment de sa
Sphère; il lui est analogue, comme
lui étant propre, sympathique,
& magnétique de vie: il y est virtuel
par excellence à toute autre propriété:
& lorsqu'il a été purifié &
exalté, il lui devient très puissant
& souverainement vertueux en acte;
car il n'a plus rien des imperfections

@

L a V é r i t é. 31


de Eléments, puisqu'il en
est une pure quintessence homogène,
solaire & lunaire, une médecine
très parfaite, onctueuse, &
balsamique, le propre Baume radical
& l'origine de la vie: Nature
contient Nature, Nature se réjouit en
Nature, Nature surmonte Nature,
nulle Nature n'est amendée, sinon en
sa propre Nature; & c'est le grand
axiome & la règle certaine de tous
les Sages.
Il n'y a qu'une cause de vie &
de santé, comme il n'y a qu'une
cause de maladie & de mort: l'une
& l'autre sont dans la Nature universelle
presque toujours en guerre,
pour se combattre & se détruire, ou
se déplacer mutuellement; nous
naissons avec elles, les tenons d'origine
& d'extraction, & les contractons
journellement: la milice
perpétuelle que ces contraires, très
antipathiques, se font en nos Individus,
leurs combats & leurs victoires
sont dans nôtre Sphère, comme
dans leur Champ de bataille ;
le sort de leurs armes est journalier:
tantôt l'une gagne de l'avantage,
tantôt elle le perd: tantôt l'autre
B iiij

@

32 L a V é r i t é.


triomphe, tantôt elle est vaincue:
souvent la victoire est incertaine &
douteuse; car lorsque ces deux
ennemies sont aux prises, la vie
semble la mort, & la santé la maladie:
c'est par une vicissitude continuelle
que nous passons de l'une
à l'autre, & rarement la paix se fait
entre elles; encore n'est-ce qu'une
courte suspension d'armes pour de
nouvelles hostilités, dont l'issue est
à la fin funeste & fatale, comme
une tache de notre corruptibilité,
& la peine de nos péchés, attachées
par suite à la postérité d'Adam
qui a été le premier coupable, &
a porté la punition de sa faute;
car sa nature peccante, & le châtiment
de la vengeance céleste, ont
été transmis & ont passé en la Personne
de ses descendants.
La cause de la vie & de la santé
procède du mouvement, & de l'opération
circulaire de l'âme & de
l'esprit vital, libres & non imprégnés
dans les obstacles de la terrestréité
corporelle & grossière, par
tout le contexte, & en la capacité
de la Machine, où ils agissent &
travaillent méthodiquement par des

@

L a V é r i t é. 33


fonctions réglées, en harmonie
parfaite, & où ils font des qualités
& des oeuvres de bonne & saine
constitution; ainsi la vie & son incolumité*
ne consistent que dans l'action
& circulation des esprits animaux
& vitaux, en puissance &
vertu efficace; pourquoi ce n'est
qu'un juste accord des principes
constitutifs, agents & opérants en
liberté sur les matériaux élémentaires
qui leur sont sujets.
Nous en avons l'exemple dans
toutes les productions de la Nature,
& de l'Art; elles ne doivent leur
existence & salubrité qu'au mouvement
qui les anime & vivifie, &
qui conserve toutes choses, quoiqu'il
soit invisible & insensible dans
la plupart: la plus industrieuse
Machine mécanique n'emprunte
elle-même son ressort & son action,
que du seul mouvement qui agit
sur la disposition de ses parties bien
arrangées & organisées sur le modèle
de l'Ouvrage de la Nature: arrêtez
le mouvement du ressort d'une
Montre, vous arrêtez en même
temps toute l'action de la distribution
méthodique des parties orgaB
v


Note du traducteur :
*incolumité : Latin : incolumis : Qui n'a
pas éprouvé de mal, sain et sauf, intact.


@

34 L a V é r i t é.


nisées, & la Montre reste un corps
immobile & sans effet: l'ordre de
l'action cessant, tout cesse: il en
est ainsi du Corps Humain; le
mouvement intense de l'esprit de
vie y fait tout, & son inaction ou
suppression détruisent & anéantissent
tout.
La cause de la maladie & de la
mort n'est donc que la privation &
l'absence de ce même mouvement
animal & vital, qui cessant, supprime
& arrête, ou intervertit les
fonctions naturelles, désordonne les
ressorts, les inanime*, les mortifie,
& livre le sujet à la corruption
& décomposition de son Individu,
par des qualités impures, terrestres
& vicieuses, qui s'en emparent,
comme étant les Artisans de la destruction,
& les attributs des maladies
qui la précèdent & accompagnent;
ainsi à proprement parler,
la terrestréité dominante cause tous
nos maux, comme la spiritualité
céleste super dominante cause tous
nos biens: car cette spiritualité est
le principe du mouvement, de la vie
& de la santé: c'est en lui qu'il
les faut chercher & trouver, &


Note du traducteur :
*inanime : Ote la vie, l'animation.


@

L a V é r i t é. 35


par lui qu'il les faut réparer &
rétablir: en cela consiste toute
la science des Sages, & sont toutes
les merveilles de la Nature, que
Dieu leur confie, comme ses ministres,
& les maîtres sous son bon
plaisir & à sa volonté, de la vie &
de la mort des Hommes; car la
Loi du Sage est une fontaine de
vie, pour éviter l'écueil & la ruine
de la mort.
Il faut donc nécessairement conclure
que nous avons en nous la semence
du bien, & la semence du
mal; la cause de la vie, & la cause
de la mort; le sujet de la santé, &
le sujet de la maladie; & que ce
sont deux principes presque toujours
militants, dont l'un ne domine
que par la faiblesse de l'autre:
comme celui-ci à son tour regagnant
des forces, ne prend empire
que par la chute du premier, & la
conquête qu'il fait sur lui, ou par
sa défaite entière: car malheureusement
le mauvais, nuisible & destructeur,
par l'inclination & l'ascendant
qu'il a sur la Nature sensitive
& corruptible, n'usurpe que
trop souvent la domination du bon,
B vj

@

36 L a V é r i t é.


salutaire & conservateur, & l'asservit
à sa loi, pour l'expulser & dissiper
de son séjour de plaisance; la
proximité qu'il y a entre ces deux
principes, par la relation alternative
ou successive qu'ils ont au gouvernement
du Corps, prouve assez
quels sont leurs effets; puisqu'il est
certain que, quoique leurs Lois
soient incompatibles & répugnantes
l'une à l'autre, néanmoins tel
Etre que ce soit, ou jouit des avantages
du premier, qui est un esprit
de vie opérant, ou bien est offensé
par les travaux & les douleurs du
second, qui est un esprit meurtrier
& dévastateur, incessamment en action:
celui-là a la pureté & la bénignité
en partage, & celui-ci a
l'impureté & la malignité; le passage
de l'un à l'autre est immédiat;
que l'un cesse, l'autre commence à
agir; point de milieu: ils se touchent,
chaque pas à la vie est un
pas à la mort, chaque instant de
santé est souvent le commencement
d'infirmité: & quelquefois l'Ouvrage
salutaire de celui-ci à peine
commencé, est-il détruit par la rage
jalouse de celui-là, qui comme Ouvrier

@

L a V é r i t é. 37


corrupteur & d'iniquité, &
tel qu'un Vautour fondant sur sa
proie, cherche à l'intercepter &
dévorer.
L'unique agent de vie & de santé
venant à agir dans le cours de la
nature, avec puissance & vertu
efficace, oblige le corps à se rendre
plus vigoureux & plus sain
qu'il n'était auparavant, & à se raidir
contre les attaques de la maladie
& de la mort, même à en triompher
heureusement; mais il y a si
peu de distance entre le premier
agent, qui par sa présence & son
action dans le sujet, le soutient en
bon état, & entre le second agent
qui par ses accès insinuants & pénétrants
détruit les bonnes oeuvres de
son ennemi, & le subjugue par les
infirmités mortifères dont il afflige
l'Individu, que leurs travaux
contraires & immédiats semblent
confondus, sans que la science de
l'Homme ordinaire puisse y apporter
secours ni remède, assez prompts
& suffisants pour faire pencher la
victoire du côté de sa conservation,
menacée de sa ruine prochaine, si
elle n'est subite; & dans ce cas périlleux

@

38 L a V é r i t é.


& fâcheux, il n'y a de restauration
& de rétablissement à
pouvoir attendre & se procurer, que
par la réintroduction & l'usage
dans le sujet, du même principe vital,
ou agent de vie & de santé,
opéré & exalté selon l'Art de la sage
Médecine hermétique, universelle:
sans elle il ne faut point espérer
de salut du Corps, car la vie est
dans l'unique voie & l'usage de la
sagesse; tout autre remède, toute
voie contraire conduit à la mort.
Il est certain que ce n'est jamais
que l'altération de ce même principe
universel de vie, plus ou moins
grande, qui cause les maladies plus
ou moins dangereuses, comme la
dissipation & privation de ce même
instrument salutaire cause la mort;
en effet, le Corps ne peut être qu'infirme
& défectueux, lorsqu'il n'est
point régi souverainement par ce
même principe: aussi ne saurait-
il être réparé & conservé que par
lui seul: car selon Salomon, Philalethe
& autres, c'est l'arbre & le
bois de vie qui donne des feuilles
& des fruits pour la guérison & la
santé des peuples de la Terre; & il

@

L a V é r i t é. 39


n'est autre que la sagesse même:
ce qui prouve la qualité & la vertu
divine de cette Médecine universelle,
mais il ne faut point chercher
ce principe ou cette semence première
& universelle en la Terre,
dans les Minéraux ni les Végétaux,
parce que tout ce qui est en eux
& en leurs Eléments infimes, lorsqu'ils
ont quitté leurs matrices,
n'est plus animé & vivifié activement,
pour pouvoir communiquer
l'âme & la vie opérantes: & l'on
ne peut trouver cette divine propriété,
que dans la quintessence
élémentaire, Terre adamique,
le plus digne fruit & l'objet de la
nature universelle, dans lequel le
suc solaire, Baume radical de tous
les Etres naturels, réside en dignité,
en puissance, & vertu active &
parfaite.
Les influences du Soleil que le
Très-Haut a fait le Tabernacle de ses
Vertus salutaires qu'il envoie dans
le monde inférieur, étant humidifiées
par celles de la Lune, sont des rosées
de vie corporifiées & concentrées
dans cette Quintessence Médicinale,
au plus haut degré de perfection,

@

40 L a V é r i t é.


que la Puissance divine a
donné à ce bel Astre, pour ranimer
& revivifier toute la nature: les
principes constitutifs & ordonnateurs
de nos Corps, y sont dans une
admirable activité & harmonie; les
Eléments eux-mêmes de nos tempéraments,
y règnent dans une entière
homogénéité, qui fait leur équilibre
si-bien réglé, & la sérénité si
parfaite, que l'un ne saurait dominer
sur l'autre: l'agent vital, qui
en est l'instrument, y a conservé
& exerce toute sa force céleste &
active, pour dompter les qualités
contraires, & convertir comme Archée
pacifique, celles qui sont analogues
à la salubrité de la nature;
pourquoi le Magistère des Sages
est, de Don & de Grâce divine, la
Médecine universelle, que le Tout-
Puissant Dieu des Vertus a mis sur
Terre, & que l'Homme prudent ne
méprisera point pour sa santé, & la
prolongation de ses jours, jusqu'au
terme le plus reculé, marqué dans
les Décrets de la Providence.
Nous voyons en évidence & avec
admiration, les attributs de vie &
les effets merveilleux que la Vertu

@

L a V é r i t é. 41


de Dieu a mis dans cet oeil de l'Univers,
pour porter dans toutes les
Régions l'infusion active & tingente
de ses rayons vivifiques, de sa lumière
salutaire, & de sa chaleur
bénéfique, pour la naissance, l'accroissement,
la conservation & régénération
de tous les Etres naturels;
tant qu'il jette ses regards sur
notre Horizon, par les mêmes propriétés
de sa présence actuelle, il
anime, vivifie, renouvelle, conserve
& soutient en effet toute la
Nature: comme par la Vertu divine
il est le principe des générations,
le modérateur des choses élémentaires
& corruptibles, & le chef-
d'oeuvre du grand & du petit monde,
par ses bénignes influences il
fortifie leurs facultés, mûrit &
parfait leurs qualités & leurs fruits:
alors nous gouttons le plaisir & l'avantage
de ses Dons; mais dès que
ce Père du jour commence à s'éloigner,
ou décliner de notre Hémisphère,
nous commençons à sentir
le désastre de son absence, le vide
de sa privation, & la faiblesse &
infirmité que sa disparition cause
à nos Sens & à nos Corps: enfin la

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42 L a V é r i t é.


perte de ses faveurs nous afflige,
nous attriste, & jette nos Individus
dans une espèce de langueur & de
déclin; nous le regrettons, le désirons,
& invoquons ardemment son
retour consolateur & bienfaisant,
pour remplir nos coeurs de joie &
de santé; toute la Nature souffre les
mêmes mouvements, visiblement ou
invisiblement: car dès cet instant,
elle perd de sa beauté & de ses vertus,
& semble faire le premier pas vers
sa chute & sa décadence, c'est-à-
dire, vers l'Hiver, qui est la vieillesse
& l'image de la mort de la nature:
cet état périodique d'abaissement
& de dégradation nous représente
l'inanimation*, la réincrudation &
décomposition qui paraissent se
faire du grand tout, pour tourner
& revenir ensuite à renouvellement
& régénération; la vie du monde
entier semble s'affaiblir & souffrir
alors altération de ses forces: la
nature en effet retournerait bientôt
à la confusion du cahos, dont
le Seigneur Dieu l'a tirée, & il n'y
aurait aucune génération ni production
nouvelle, si le Soleil ne
laissait dans les coeurs du genre animal,


Note du traducteur :
*l'inanimation : La perte de la vie, de l'animus.


@

L a V é r i t é. 43


dans les racines du végétal, &
dans la concavité des Minéraux,
l'impression de quelques-uns de ses
rayons, bien faibles, débiles & presque
impuissants en son absence; &
si par son cours réglé, il ne venait
leur rendre, & à tout le reste de la
Nature, ses vertus, ses forces &
ses propriétés, en leur réparant &
augmentant l'esprit de chaleur vivifique,
& l'âme végétative & germinative
de son Domaine, dont il les
avait presque entièrement privés, en
les laissant victimes du froid mortifiant
qui faisait leur léthargie.
En effet, à peine l'aurore de
l'Equinoxe de Mars, sortant de sa
couche nuptiale, se lève-t-elle
toute radieuse, que l'esprit éternel
de vie qui l'accompagne, comme
un Epoux glorieux, jette ses rayons
& vibrations vivifiques dans la
voie des éléments, qu'il parcourt
dans le circuit de sa carrière par sa
vertu énergique; là par ses bénignes
influences, qui pénètrent jusqu'au
centre des Individus, (car
aucun ne peut se soustraire à sa
chaleur de vie,) il meut la fève
léthargique de toutes les Semences;

@

44 L a V é r i t é.


& par son aiguillon actif de vie, il
occasionne leurs effervescences: son
amour pour la nature la rend sensible
à ses traits, & fait son réveil
de l'inaction, où son absence l'avait
plongée; son vif mouvement la
faisant sortir de son engourdissement,
revigore ses facultés & ses
puissances; enfin il remplit copieusement
de l'ardeur de ses feux, &
de la fécondité vivifiante qu'ils portent
avec eux, une eau pontique,
ignée & grasse, en laquelle il opère,
pour engendrer le renouvellement
des esprits animaux & vitaux, qui
vont rendre la vie à tous les Etres,
ranimer & revivifier toutes les végétations:
cet esprit de vie sortant
en saillie de cette superbe planète,
affranchit tous les obstacles qui se
trouvent à son passage & en sa circulation,
par son mouvement élastique,
de soi pulsif & répulsif; il
dissipe les ténèbres, & met à leur
place sa lumière vivace & vivifique:
il chasse le froid mortifère
qui opprimait la Nature, y substitue
sa chaleur vivifiante, & son
mouvement circulaire, opérant des
oeuvres de santé précieuse; enfin

@

L a V é r i t é. 45


il restaure, & redonne à tous les
Composés naturels, cette âme, cet
esprit de vie, cette vigueur, cette
beauté, cette teinture, ce coloris,
qui rétablissent leurs forces, leurs
puissances & leurs actes, dont nous
recueillons les fruits, comme en
participant le plus souverainement:
cependant l'on ne doit pas penser
que le Printemps soit la santé parfaite
de la Nature; non, il n'est
encore que le temps de sa convalescence,
& le commencement de son
renouvellement: il lui reste encore
quelques faiblesses, qu'elle a peine
à surmonter, & elle ne recouvre
enfin ses forces entières, que lorsque
le Soleil, parvenu au période
marqué par son Solstice, lui lance
avec ardeur les rayons de maturité,
qu'il tient & envoie du Ciel firmamental
& archétype.
Le corps de l'Homme reçoit les
mêmes impressions, & en suit l'ordre
& le cours périodiquement;
son coeur, fontaine & réservoir de
sa vie, est pour son Microcosme,
ce qu'est le Soleil dans le Macrocosme:
non seulement il en est
l'image, mais encore il lui est relatif

@

46 L a V é r i t é.


& correspondant: par cette raison,
& par la vertu qu'il en reçoit
il fait en l'Individu les mêmes offices
que fait le Soleil dans l'Univers:
le principe du mouvement
vital part du coeur, & se distribue
circulairement dans toutes les parties,
en y actionnant les fonctions
naturelles, & les facultés opératives
de bonnes & saines qualités de
tempérament; il les échauffe du
feu de vie par essence, non consumant,
ni dévorant, ni détruisant,
mais conservateur & réparateur;
les réchauffant, il les anime;
les animant, il les vivifie &
conserve en bon état par sa présence:
c'est lui qui jette sa couleur
ignée & rouge sur les liqueurs lactées
du suc nourricier, extrait de la
trituration des aliments destinés à
devenir sang; c'est lui qui y verse
la chaleur vitale, & l'humide radical
où elle est imprégnée & véhiculée,
& qui en fait notre principale
substance: c'est lui en un mot
qui les rectifie, pour en faire produire
le fruit spermatique pour la
génération de la forme, du genre &
de l'espèce; mais dès qu'une fois

@

L a V é r i t é. 47


il vient à nous manquer, la privation
de ses bons offices nous rend
par la détraction, l'inanimation*
& décomposition de nos corps, au
cahos d'où nous sommes sortis: il
en résulte une conséquence bien
naturelle, qu'il n'y a que le retour
de ce mouvement, de cette animation,
& vivification cordiale &
solaire, c'est-à-dire, son principal
Baume radical, informé & plein du
feu de vie qu'il a reçu & conçu
lors de la féconde effervescence
qu'y porte la vertu du Soleil, qui,
étant exalté & quintessencié, puisse
nous rappeler à la vie & à la santé,
dans l'ordre de la sagesse que l'Esprit
Divin y a établi; car l'Homme,
oui l'Homme, est né & vit dans
cette sagesse, & Dieu lui-même l'a
fondée pour sa réparation & conservation.
La Nature, notre mère & nourrice,
n'est point avare de ses vertus
& de ses biens: ce n'est point une
marâtre, car elle nous les donne
copieusement, & nous les prodigue,
comme ses Enfants bien aimés;
si elle nous prive pour un temps du
bien, c'est pour nous en faire mieux


Note du traducteur :
*l'inanimation : La perte de la vie, de l'animus.


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48 L a V é r i t é.


goûter les avantages, & les délices
du retour de ses faveurs: le mal
n'est dans le monde, que comme
un sujet & un but pour nous redresser,
& non-pas pour nous faire
égarer; Dieu a rendu nôtre Nature
infirme & corruptible, mais
il ne veut point la mort du Pécheur,
il aime sa pureté, sa sanification*,
& se plaît à le conserver;
pour nous empêcher de périr, il
a pourvu à tous nos besoins: sans
cesse il nous protège contre notre
ennemi destructeur; & pour en
secouer le joug & en triompher,
il nous met en main le secours &
la ressource de ce principe cordial
& solaire qui répare, purifie, rétablit,
renouvelle & conserve puissamment
nos faibles Individus:
car le Très-Haut a fait toutes les
Nations du globe terrestre, capables
dans leurs infirmités de se rendre
la santé & la vie parfaite: ce
trésor & ce recours sont dans la
nature contre la maladie & la mort;
le bien y est contre le mal: l'Homme
a le choix, & il lui sera donné
ce qui lui plaira; mais il n'a rien
de meilleur & de plus précieux, que
de


Note du traducteur :
*sanification : Epuration.


@

L a V é r i t é. 49


de se réjouir à opérer en son propre
Ouvrage, pour tendre où est la vie
& le bonheur; bénissons Dieu, &
remercions-le de ce qu'il a mis sur
Terre une Médecine souveraine,
que l'Homme sage & sensé ne méprisera
point pour sa santé & la conservation
de ses jours.
C'est donc dans la Nature, qu'il
faut chercher & trouver ces secours
divins dans nos calamités & afflictions;
elle a, par la grâce du Tout-
Puissant, mis & constitué en notre
disposition ses plus riches Trésors
célestes, pour nous sauver du naufrage
de la mort, des infirmités &
de la mauvaise fortune; de sorte
que chacun peut avoir chez soi un
Paradis terrestre, & un Pérou: mais
les Hommes sont si pervers, si méchants
& injustes, qu'ils se font mutuellement
la guerre, pour se rendre
mutuellement malheureux, & s'empêcher
la jouissance des bénéfices célestes,
& des libéralités que leur
bonne mère la Nature leur verse à
pleines mains: insensés, & ennemis
qu'ils sont d'eux-mêmes, ils choisissent
tous les désastres des maux,
& du sort misérable; car tandis

@

50 L a V é r i t é.


qu'ils possèdent ce précieux dépôt de
la vertu divine, qu'ils sont en droit
& en état d'en jouir pour leur bonheur,
ils courent tête baissée, &
comme des aveugles à la voie de la
perdition, & de leur destruction, en
se plongeant & noyant dans des excès
mortels; ensuite en se prêtant les
uns aux autres pour l'administration
de nombre de remèdes infirmes &
impuissants, auxquels ils ont recours
vainement pour les rétablir de leurs
maladies: ils les tirent à grands frais
des Pays les plus éloignés, pendant
qu'à peu de dépense ils en peuvent
opérer un seul, parfait, & universel,
qui se trouve chez eux contre
toutes sortes d'indispositions: ils préfèrent
des Drogues inanimées à l'unique
Baume animé, qui les fait vivre,
comme si les morts étaient capables
de leur rendre la vie, qu'ils ont
eux-mêmes perdue: car ces remèdes
sont sans vie, par conséquent presque
entièrement incapables d'aucun
bon effet, & très souvent nuisibles.
L'erreur des Hommes pour leur
conservation, est même si grande,
qu'ils se font une étude de leur ruine,
car tout insipides qu'ils sont,

@

L a V é r i t é. 51


ils cherchent la vie en la perdant par
l'effusion de son existence la plus
précieuse, utile & puissante; c'est
une vérité positive, & irrévocable,
qu'on affaiblit, exténue, & inanime*
la Machine par la déperdition
du sang, & par la dissipation de
l'âme opérante & de l'esprit vital,
qui s'y véhiculaient circulairement,
& qui faisaient l'agent, l'instrument,
l'harmonie, & les opérations
du Corps: on a beau dire que la chaleur
naturelle & l'humide radical,
symboles de l'âme & de l'esprit de
vie, se réparent dans le sujet: cela
n'arrive que difficilement & lentement;
encore est-ce en supposant
que les fonctions naturelles aient
assez de force pour les extraire des
aliments & des breuvages, & pour
les rendre homogènes à la Nature
animale: car souvent le malade languit
& périt à la peine; & lorsqu'il
a le bonheur de pouvoir en recouvrer,
la chaleur & l'humide qu'il se
réintroduit, ne sont jamais aussi parfaits
& vertueux pour le soutien de sa
vie, que ceux d'origine & radicaux
dont il a souffert dissipation, & qui
devaient lui servir de Médecine,
C ij


Note du traducteur :
*inanime : La perte de la vie, de l'animus.


@

52 L a V é r i t é.


pour peu qu'ils fussent aidés par la
Quintessence cordiale & solaire de
leur Nature, principe & remède
réparateur de toute vie & santé.
Enfin, il n'y a pas moins d'imbécillité
d'opprimer, de suffoquer &
infecter les fonctions naturelles par
quantité de potions composées de
qualités contraires les unes aux autres,
par toutes sortes de purgations
toujours hétérogènes; tout cela
n'a même aucun principe vivant, &
de soi aucune action ni opération
sanative*: la Nature déjà infirme, si
elle n'est accablée, ne peut tirer de
profit salutaire de leur usage, ou
du moins bien peu; & même ce ne
peut être que lorsqu'elle se trouve
encore assez de force pour en rejeter
ce qui lui est contraire, qu'elle
ne peut officiner*, pour se l'approprier
en homogénéité: car autrement;
elle succombe sous le poids
& la malignité des remèdes, qui
en cet état doivent être considérés
plutôt homicides, que vertueux &
sanatifs*: la qualité propre qu'on
leur connaît est d'être des sujets patins;
pourquoi avant que l'office
naturel les ait travaillé pour en tirer


Note du traducteur :
*sanative : Qui rend sain.
*officiner : Travailler.


@

L a V é r i t é. 53


un effet agent & analogue, le malade
souffre de plus en plus, ou bien
il meurt dans l'action: car en général
& en particulier tous les Minéraux
& les végétaux qui assortissent
ces remèdes, sont sans vertu active,
par conséquent de soi impuissants,
par la raison qu'ayant été sevrés de
la Terre & de leur Matrice, ils ont
perdu leur vie active, & leur propriété
opérative.
A ce propos, je veux bien en faveur
des Savants & Gens de bonne
volonté, révéler & découvrir un
grand secret, que jamais aucun Philosophe
n'a mis au jour: la charité &
l'humanité chrétienne, qui partent
du plus profond de mes entrailles,
pour mon prochain, comme les
plus sensibles Symboles d'un Sage,
me portent affectueusement à ce
service: plaise à Dieu, auteur de
toute connaissance, que les personnes
d'esprit & de jugement, gouttent
le sens de cette ouverture, qu'ils
en mettent la théorie en pratique,
& qu'elle les conduise à l'acquisition
de la Médecine de Sapience,
supérieure en qualité, en vertu,
& efficacité à tout autre remède du
C iij

@

54 L a V é r i t é.


monde, pour le bien & l'avantage
d'eux & de leurs Frères en Jésus-
Christ, qui y met la plénitude de
son esprit saint & vivifiant!
Ils apprendront que les minéraux
& les végétaux ne font, & ne produisent
dans le corps humain un remède
actif & opérant quelques étincelles
de vie, que lorsque le mouvement
naturel & les fonctions vitales
de nôtre Individu, en ont trituré
& extrait les propriétés léthargiques
& passives jusqu'alors, & qu'ils ont
eux-mêmes animé de leur esprit
vivifique les puissances & vertus de
ces propriétés, en leur donnant le
mouvement & la vie active, pour
opérer en concours à la réparation
de la Nature: sans cela ces remèdes
sont impuissants, & ne font que
la surcharger & l'incommoder: faible
& fragile comme elle est, elle
périt aisément sous le fardeau; il
y a cependant certains évacuatifs
anodins & balsamiques, dont l'on
peut tirer quelque fruit & utilité
pour décharger des premières voies
du corps, les humeurs trop grossières
& endurcies, avant de faire usage
de la Médecine universelle, pour

@

L a V é r i t é. 55


lui en préparer les effets plus aisés;
car en matière mal disposée, la forme
s'introduit difficilement.
Ils sauront aussi que l'Art non naturel
de la saignée, prive le sujet de
ce même mouvement, de cette animation,
de cet esprit de vie, & de
toutes les fonctions vitales, qui restent
sans essor & sans forces, incapables
d'agir sur les sujets du corps,
par conséquent d'y opérer la vie &
la santé, qui se dépravent ou dissipent
bientôt & sans peine.
Mais que le monde soit une fois
au moins convaincu que nôtre Médecine
Hermétique diffère en tous
points & à tous égards, de tous ces
remèdes contre nature: elle est un
principe vivant, animé, moteur,
animant, spiritualisant & vivifiant;
aussitôt qu'elle est introduite au
corps, elle y répand toute son amiable
analogie, & par son élasticité
circulaire & son énergie motrice,
elle se porte dans toute la capacité,
pour y distribuer son Baume salutaire:
elle excite & cumule de soi
le mouvement vital, & les fonctions
naturelles; elle n'a même besoin
de leur secours & concours que
C iiij

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56 L a V é r i t é.


pour agir & opérer toujours efficacement
au même effet de vie & de
santé; son office principal est même
aussi de rétablir dans le sujet ce que
les potions, les breuvages, les purgatifs
& les saignées ont dissipé
d'utile & de nécessaire à la conservation
du corps, & d'en chasser tout
ce qu'ils y ont apporté d'offensant,
peccant, altérant, empêchant &
dirimamt*; c'est l'esprit le plus pur
de la Nature, le sang le plus parfait
des quatre Eléments en homogénéité
incorruptible; un composé spirituel
& vivant, une puissance motrice &
interne des choses naturelles; une
vertu céleste opérant merveilleusement
& radicalement la vie & la
santé des Individus; une vraie Quintessence
solaire & lunaire, le Baume
radical de tout Etre, l'origine de
toute Vie, & la Médecine universelle
de tous les Corps.
Dès que les Individus constitués
par ce même principe, pêchent par
son altération en eux, il n'est point
d'autre Médecine radicale, propre
& souveraine, que l'Elixir de ce
principe, par lequel on les puisse
réparer & conserver: si le venin de


Note du traducteur :
*dirimant : Latin : Dirimo : 1. Diviser,
2. Dissoudre, 3. Empêcher, 4. Supprimer.


@

L a V é r i t é. 57


la piqûre du Scorpion vous a fait
quelque plaie dangereuse, recourez
promptement au remède propre,
en appliquant ce même Scor-.
pion, ou son huile sur la plaie, &
vous serez bientôt guéri; de même,
si la vie, par sa dissipation, & la faiblesse
de sa vertu officinale, a permis
& souffert quelques dérangements,
désordres, dégâts, plaies, &
dégradations à la santé de vôtre Individu,
vous n'avez d'autre moyen
spécifique de la rétablir, que par
la réintroduction, l'usage & l'application
dans le sujet dépravé &
peccant, de la vie même, ou de
son Baume onctueux, en état de
puissance & de vertu exaltée opérante:
chaque chose se répare &
conserve par son semblable & plus
prochain, en un mot par ce qui est
son principe radical de vie; & la
Nature universelle, qui se renouvelle
& régénère au retour du Soleil
au signe du Bélier, nous en
donne la preuve & l'exemple: voilà
le remède du Dictame: mais comment
l'Homme goûterait-il cette
science; il ne se connaît pas lui-
même!
C v

@

58 L a V é r i t é.


Selon tous les Sages, il n'est point
de léprosité, de défauts, d'humeurs
peccantes, de vices, d'infirmités,
& de corruptions, survenant
dans le corps humain par la mauvaise
qualité du foie qui en est
la principale cause ouvrière, & la
première partie peccante, qui ne
soient promptement & efficacement
rétablis par l'Elixir de la Sapience;
il n'est point de maladie
extrême & périodique, désespérée
& abandonnée, & que dans le vulgaire
l'on croit incurable par les
remèdes ordinaires, dont ce Magistère
ne triomphe avec succès, &
toujours heureusement, & sans violence,
à cause de son amiable sympathie
à la nature, & de la douceur
de sa puissante vertu: enfin il n'est
point d'Agonisant qu'il ne rappelle
à la vie & à la santé, si Dieu n'en
a prononcé le dernier arrêt, & c'est
sa bonté infinie qui fait ces merveilles,
incroyables aux Hommes ordinaires;
car c'est un Baume dont
l'esprit salutaire est émané d'en
haut, de sa source de vie, qui est
sorti de la fontaine solaire, & nous
vient de cet astre universel, vivant

@

L a V é r i t é. 59


& vivifique: il a acquis de ses
rayons la pureté de la vie, & la
force de la pureté de la vie, & la
force de la santé, par un aimant qui
le détient au service des Hommes
& des Animaux, comme une viande
& une nourriture céleste, cachée
d'une vie intellectuelle; son
esprit de vie procède d'une source
première, qui la donne à tout: &
partout ailleurs il ne la faut point
chercher, car tout ce qui est en
terre est mort, & ne subsiste pleinement
que dans les termes de cette
Quintessence, qui découle journellement
sur tous les Etres créés,
comme racine, fondation, base &
épansion* de vie.
Ce divin remède a les effets du
Soleil; unique comme lui, il produit
par sa bénignité des Actes
contraires l'un à l'autre: comme
lui il sépare le pur de l'impur, &
la lumière de vie des ténèbres de
la mort; le premier fond la glace,
& endurcit la boue; celui-ci
de même fond les humeurs froides,
& consolide le liquide du
fluide essentiel: il échauffe ce
qui est froid, rafraîchit ce qui
est chaud; dessèche ce qui est
C vj


Note du traducteur :
*épansion : Expansion ?


@

60 L a V é r i t é.


humide, humide ce qui est sec;
met & tient tout dans un juste
équilibre: ce que les Hommes vulgaires
ne veulent point se persuader
possible ni véritable: sa propriété
est si médicinale au corps
humain, qu'il en absorbe les aigres
les acides, & les mauvais serments
qui charrient dans la lymphe, & affectent
les intestins & les principaux
instruments des fonctions naturelles;
il fond, évacue les glaires
& les flegmes suffocants, avant-
coureurs du trépas, & dissout toutes
les obstructions; il dissipe par
la transpiration les humeurs malsaines,
en un mot il fait quitter le
siège à tout ce qui est contraire à
la santé, dont il est le véritable
agent, en qualité de médecine astrale,
laquelle préside sur toute la
généalogie des choses sujettes aux
influences qui nous dominent, &
à la corruption de nos éléments, ou
tempéraments, & par-là il cimente
& établit en nos corps une paix &
un repos ferme, assuré, & durable
contre toutes les adversités.
Cette bénite Médecine est universelle,
parce qu'elle commande

@

L a V é r i t é. 61


à tout l'empire de la Nature, & à
tous ses règnes: elle convient efficacement
pour la guérison de toutes
maladies, de quelque qualité
élémentaire peccante dont elles procèdent,
& de telle sorte qu'elles
soient, parce qu'elle est l'unique
esprit de vie & de santé, qui domine
souverainement sur les quatre qualités
élémentées, ou tempéraments
de nos Corps.
Tout le mystère des merveilles de
ce remède consiste pour l'usage,
dans une très petite quantité, véhiculée
& prise, après la dégradation
qu'il convient de faire de sa trop
haute vertu, selon l'art, qui exige
beaucoup de prudence: ce qui fait
que les Philosophes ravis d'admiration,
ne cessent d'adorer la Providence,
qui a mis de si grandes & si parfaites
vertus dans un sujet, qui passe
tout précieux qu'il est, pour vil aux
yeux du monde, & dans une très
petite parcelle de sa confection
pour l'usage & les effets qui en résultent;
une seule goutte prise dans
un bouillon réveille la chaleur
naturelle & l'humide radical; les
augmente, les fortifie; & il n'y a

@

62 L a V é r i t é.


pas d'acte extrême, & de paroxysme
voisin de la mort, qui ne cèdent
à la cinquième goutte dans trois prises
& potions différentes; le fruit
de sa confection est un suc rouge
comme un Rubis, ou de couleur
du plus fin Grena, & Pavot champêtre,
que l'on résout en Elixir,
ou Huile rouge: son odeur est l'ambre
& le musc; toutes les plus saines
odeurs ne peuvent arriver à cette
harmonie: elle les surpasse; réjouit
le cerveau, & le coeur admirablement,
& charme nos facultés
& nos sens, d'une façon délicieuse;
pourquoi son nectar a été
dit l'Ambroisie céleste; car il n'y a
point sous le Ciel de plus sublime
Médecine, & de plus salutaire;
enfin c'est un remède sans égal,
admirable non-seulement à cause
de ses mérites, mais aussi par sa
simplicité.
Cette Médecine universelle, le
véritable Baume ou Catholicon de
la Nature, a été le sujet des éloges
que Salomon, & tous les Sages,
ont fait de la Sagesse, qu'ils ont dit
la vie de toute chair & la santé du
coeur; l'arcane céleste, qui prolonge

@

L a V é r i t é. 63


la vie au-delà des bornes ordinaires;
le remède salutaire, qui comble
l'Homme de jours heureux,
& des plus longues années; les témoignages
qu'ils en rendent sont
précis & positifs; & ils protestent
& assurent que par le moyen de la
sapience de l'Homme, & de toutes
les propriétés qui caractérisent les
vertus de la sagesse, la vie deviendra
plus douce & plus longue; que la
sapience par l'usage de son fruit,
augmentera les grâces, le coloris,
& l'embonpoint du visage; qu'elle
protégera l'Homme contre toutes
sortes de maladies, & couronnera
la vie glorieusement par le plus long
cours, en multipliant ses années
prodigieusement, par la raison
qu'elle est sa propre vie; & tous
concluent que la sagesse est aux
Hommes un trésor infini; pourquoi
ces Sages les exhortent à son acquisition
& à sa possession, parce qu'elle
est meilleure & plus précieuse que
l'or, dans lequel l'Homme vraiment
sensé ne met point tout son
coeur, & son affection; & ils ajoutent
affirmativement, que le fruit
de la sapience est au dessus de l'or,

@

64 L a V é r i t é.


de l'argent, & de toutes les richesses,
enfin que toutes les choses désirables,
en ce monde de misères, ne
lui peuvent être comparées.
Tous les Ecrits & les Ouvrages
des Philosophes & des Sages retentissent
unanimement des vertus &
des bons effets de la sagesse, qu'ils
ne cessent d'exalter & glorifier: en
recommandant aux Enfants d'en
porter le joug dès leur plus tendre
jeunesse, afin que la science leur
donne les sublimes subtilités d'un
esprit transcendant, & supérieur
aux illusions & vanités du siècle;
qu'elle leur procure dans leur adolescence,
les lumières de la saine
intelligence, & quelle les forme
dans l'age mûr à la parfaite connaissance
de la raison & des causes naturelles:
car ils confessent avoir tout
appris de la sapience, & que les
choses les plus cachées leur ont été
révélées, & enseignées par elle;
comme étant la plus habile Artiste
& le plus savant Maître de l'Univers:
ils avertissent que le Sage qui
comprendra ses oeuvres, & leur discipline,
sera encore plus sage, & que
par son intelligence, il viendra à bout

@

L a V é r i t é. 65


de posséder le gouvernement, le régime,
& la conduite de l'oeuvre de
sa Médecine salutaire, pour prolonger
ses jours, les années de sa vie,
& lui donner un repos assuré, une
paix parfaitement solide, à l'abri
de toutes infirmités, & de toutes
sortes de malheurs, dont les préceptes
de la sapience sont seuls capables
de le garantir & préserver:
c'est ce qu'ils expriment encore formellement,
en jurant devant Dieu,
& à la face de l'Univers, que quiconque
possède la sapience, sera délivré
de toute vaine terreur, qu'il
dormira & reposera en paix; qu'il
mènera une vie heureuse, contente,
délicieuse; sans aucun sujet de crainte
des maux de ce bas monde, où il
jouira de l'abondance de toutes les
choses nécessaires à la vie, & aux
commodités, entre autres, de la santé
si précieuse; parce que la sapience
lui sert de Bouclier contre les maladies
& la mauvaise fortune; &
qu'elle verse en lui, un Baume, qui
pénètre & arrose jusqu'à la moelle
de ses os, & donne un contentement
parfait à tous ses sens.
Après des témoignages & des

@

66 L a V é r i t é.


autorités de la bouche des plus
grands, des plus saints, & respectables
Personnages de l'antiquité
non suspects, & des derniers siècles
aussi authentiques & probants de la
vérité, & des effets merveilleux
de la sapience, est-il permis d'en
douter, & d'être insipide sur la réalité?
l'erreur, l'incrédulité, & l'ignorance
de notre temps, sur cette matière,
régnait dans le leur; pour
quoi on les entend se récrier contre
les malheurs & l'aveuglement de
leur siècle, dont ils déplorent la
dépravation; en disant, jusqu'à
quand enfin, les Hommes, comme
ces petits Enfants, qui n'ont point
encore atteint & acquis l'age où
la raison les éclaire, aimeront-ils
opiniâtrement leur état d'insipidité!
jusqu'à quand en insensés désireront-ils
les choses qui leur sont
contraires & nuisibles, & en imprudents
auront-ils de la haine &
de l'aversion de la sagesse & de sa
science, qui doivent faire tout leur
bonheur! n'y aura-t-il donc qu'un
très petit nombre de Sages dans
tout le monde, qui posséderont la
gloire & le bien dont la sagesse est

@

L a V é r i t é. 67


le partage! le reste de l'Univers insensé,
en sera-t-il toujours privé, &
se fera-t-il donc perpétuellement
une exaltation, & une parade orgueilleuse
de son ignominie? car enfin
la multitude des Sages ferait la
santé & la félicité du monde; mais
que la voie qui conduit à la vie est
étroite, & peu fréquentée, que sa
porte est rarement visitée, qu'il y a
peu de personnes qui y frappent, &
encore moins qui en cherchent &
aient l'ouverture? car à peine se
trouve-t-il dans la plus vaste Contrée,
un seul Sage qui en ait la clef,
& qui entre dans son sanctuaire! tel
est le malheur de notre siècle, qui
quitte la voie droite, & marche
dans la voie de ténèbres de corruption;
le fruit de la sagesse est une
pierre de santé & de vie pour les
uns, & une pierre d'achoppement &
de mort pour les autres, dont le
nombre est très considérable.
Les anciens Sages ne se sont seulement
pas plaints des calamités,
dont l'age de leur siècle était la
victime, par l'inconnaissance & le
mépris qu'il faisait de la sapience;
mais encore, en Hommes d'une

@

68 L a V é r i t é.


sage prévoyance ils ont prophétisé
les désastres qui devaient s'ensuivre;
& c'est en les envisageant
dans l'avenir, que par la bouche
de la sagesse même qu'ils faisaient
parler, ils ont prononcé contre
ses prévaricateurs la juste censure,
avec la condamnation encourue du
châtiment de la vengeance divine;
vous avez, disent-ils, méprisé
tous les conseils, les exhortations,
& les remontrances de la sagesse;
votre glaive, comme un lion ravageur
a persécuté & dévoré ses Prophètes:
vous serez punis par où
vous avez pêché; c'est la peine de
la loi du Talion: elle est dans la
Nature: vous vous êtes moqué
de la sapience, & l'avez offensé;
vous avez banni votre mère nourrice,
celle qui vous donnait la vie:
vous avez tramé sa perte; elle se
rira à son tour des moqueurs, &
les perdra; tous ceux qui la dédaignent
seront bafoués; tous ceux
qui l'offensent, offensent leur vie,
& aiment la mort; oui, elle vous
attend à l'heure de votre trépas, qui
ne sera pas de beaucoup différé;
là, quand la mort, que vous craigniez

@

L a V é r i t é. 69


si fort, viendra trancher le fil
de vos jours, elle rira de vous encore
une fois, & vous foulera aux pieds,
car qui la hait, aime à périr, & qui
l'aime, aime la vie.
Et vous autres Incrédules, prétendus
esprits forts, entêtés de vos
préjugés chimériques, continuent
les Sages; la Sapience vous attend
dans vos maladies, lorsque de subites
calamités auxquelles vous ne
vous attendiez pas, fonderont sur
vous, comme le foudre, pour vous
écraser; que la mort, comme une
tempête furieuse, étendra sa faux
sur vous, que ses voiles vous couvrant
les yeux, & les angoisses,
les douleurs, le trouble, & le dernier
détroit vous accablant, ne vous
permettront plus de faire un pas à
la vie, tremblez, frémissez; car là,
elle vous reprochera vivement vos
offenses, & vos péchés contre elle,
& vous abandonnera pour jamais:
tout Homme qui récalcitre* contre
l'aiguillon de la sagesse, qui la
méprise, & bouche ses oreilles à
ses corrections, porte bientôt la
peine due à son crime, car la punition
le suit de près; la mort subite


Note du traducteur :
*récalcitre : Se rebelle contre.


@

70 L a V é r i t é.


va le surprendre, il n'y aura
plus de santé pour lui; le moqueur
de la sagesse, la cherche, mais il ne
la trouvera pas; il court après la
fausse sagesse du monde, qui n'est
qu'une ombre vaine, & il embrasse
une fumée: il ne rencontrera pas
la vie de la véritable & unique sapience;
la perdition de ce pervers
viendra de guet à pan l'assaillir, &
emporter au tombeau, il sera subitement
confondu dans la région
des morts, & il n'aura point à l'agonie
la Médecine de la sagesse,
pour lui rendre la vie & la santé;
parce qu'il n'a point eu la discipline
de son oeuvre; qu'il a pris plaisir
à se tromper lui-même, & à
s'égarer dans la multitude de ses
folies.
La possession & l'usage de ce secours
divin, de cette ressource salutaire,
de ce trésor sans prix, sont
réservés aux seuls Sages, car c'est
le partage des favoris du Ciel, des
âmes pures détachées de toutes les
passions du monde, & des esprits
contemplatifs, imitateurs des oeuvres
de la belle & pure nature, qui
leur fournit l'arbre & le bois de

@

L a V é r i t é. 71


vie, lequel ne se trouve, & ne se
prend, que dans le Puits Hermétique,
pour manifester la vérité de
ses vertus divines dans la sagesse.

pict

CHAPITRE SECOND.

DE LA SEMENCE PREMIERE
O U
MERCURE UNIVERSEL DE VIE.

Animadverte parabolam, & interpretationem,
verba sapientum, &
aenigmata eorum; audi verba sapientum,
& tunc scientiam Dei invenies.

Salomon. Prov. c. 1. v. 6. & c. 2. v. 5.

L A science des Sage, est la connaissance
& l'oeuvre de la sagesse,
qui fait le seul & souverain
bien de la vie de l'Homme: elle a
cela d'admirable, qu'elle n'emprunte
rien des sciences du monde,
& qu'elle est supérieure à toutes,
qui pour être vraies & solides, ne
peuvent dériver que d'elle-même;
car elle est leur source, comme elle

@

72 L a V é r i t é.


est leur fondement & leur règle;
tous les Arts ayant tiré leurs principes,
& leurs premières idées des
ouvrages naturels, & y ayant copié
l'industrie & la conduite de leur
travail.
La Nature nous sert de livre, de
flambeau, de miroir & de guide,
pour connaître & trouver en son
intérieur, cette sagesse ouvrière &
gouvernante de l'Univers & de
toutes ses productions; par elle
nous passons à la contemplation &
adoration de Dieu qui y a mis les
vertus merveilleuses de son esprit
éternel: nous l'y voyons des yeux
de l'intelligence comme nôtre Auteur
& conservateur, & le créateur
de toutes choses: nous l'y reconnaissons
pour notre principe spirituel
de vie & de santé, la sagesse est en
effet le signe de son alliance avec
les Hommes, en qui il fait ses délices
d'habiter par sen Verbe incréé,
comme son peuple chéri, le plus
favorisé & honoré de ses dons célestes.
Cette sagesse, par qui le souverain
Maître de l'Univers fait agir
sa Providence infinie, a son siège
en

@

L a V é r i t é. 73


en sa volonté divine, & en ses décrets
impénétrables; il la infuse
avec ses vertus créatrices & conservatrices,
vivifiques & salutaires
dans tous ses ouvrages, & en toute
chair, selon la juste distribution
qu'il leur en a faite, pour leur soutien
& leur réparation; & chacun
des trois règnes & familles de la
Nature sublunaire en possède les
propriétés pour la génération, propagation,
& conservation de son
genre, de son espèce, & de sa forme
contingente & particulière.
Selon l'Ecriture Sainte en la Genèse,
& tous les Ecrits des Sages,
lorsque l'Esprit de Dieu était porté
sur les eaux, & que toutes choses
étaient enveloppées, & comme
ensevelies dans les obscurités ténébreuses
de l'abîme du cahos, que
Dieu Tout-Puissant & Eternel,
sans commencement & sans fin,
principe sans principe, avait tiré de
l'infini trésor de son essence &
de son divin exemplaire, il sépara
les eaux des eaux; des plus pures &
subtiles substances, il créa les Astres
& les Cieux, fit les nobles Créatures
stellées, & les choses spirituelles;
D

@

74 L a V é r i t é.


& les plaça chacun dans le lieu
convenable à leur nature, en les
établissant pour souverains par son
ordre sur les causes inférieures; des
moins pures substances il fit les quatre
Eléments, desquels il forma le
Monde, & tout ce qui est en lui: ce
fut l'ouvrage magnifique de son
Verbe, & de son Esprit Saint, qui
étaient en lui en unité d'essence,
& Trinité de Personnes, impartiblement*
& identiquement.
Dieu, dont la sagesse est dès l'Eternité,
par ses conseils inscrutables,
& sa providence adorable,
ayant fait le monde, qui n'était
encore que dans un cahos, par la
puissance & la vertu de sa parole
miraculeuse fiat lux, sépara la lumière
des ténèbres, & plaça la lumière
dans le globe du Soleil, comme
le tabernacle de ses vertus, de ses
trésors, de ses grâces, & en même
temps le flambeau & le grand luminaire
du monde pour le jour; dans la
Lune, comme le second grand luminaire
pour la nuit, il mit le réservoir
de l'humide radical universel, qui
devait humidifier & tempérer les influences
trop ignées de la lumière


Note du traducteur :
*impartiblement : Latin : impartilis, Indivisible.


@

L a V é r i t é. 75


solaire, & la reproduire salutaire
sur les Régions & les Etres inférieurs,
pour la bénigne température
des Corps: ce fût ainsi que
parût la lumière, qui de tous les
Etres créés, est le plus pur, l'agent
du monde, & le doigt de Dieu,
avec lequel il effectue tous les mouvements,
& toutes les productions de
l'Univers, & à parler en Philosophe
d'après le texte d'Alchimie, la
lumière est cet esprit vivifié & vivifiant,
animé & animant, qui servit
de canal au Seigneur pour tirer
du néant toutes les créations, que
la Nature en lui obéissant enfanta,
par le moyen des ardeurs dont il
l'avait échauffée.
Dans cette Région astrale, & le
Cycle, ou tourbillon du Soleil, ce
divin Architecte sema par ordre les
autres Etoiles errantes, ou Planètes
qui devaient concourir au même office;
car toutes par la lumière, le
mouvement, la chaleur, & leurs
influences, ont reçu le pouvoir de
prescrire la Loi éternelle & invariable
à la Nature inférieure & sublunaire,
& de la gouverner dans
un ordre exact & parfait, par une
D ij

@

76 L a V é r i t é.


harmonie d'une justesse & d'une
économie infinie: Dieu les ayant
constitués les Recteurs, Intendants
généraux, les Capitaines & les Dominateurs
de la Nature, relativement
à la puissance & à la vertu propre,
que ce premier & savant Maître
qui préside à tout, & le régit, leur
administre & départit: dans la Plage
supérieure de la Voûte céleste, il
répandit & attacha tant de flambeaux
infinis de globes lumineux,
que nous entrevoyons, comme autant
de rayons de l'immensité de sa
gloire & de sa Majesté, pour concourir
par les influences de leurs propriétés,
au service de l'universalité
des mondes, sous le Commandement
de leur sur-Chef & Seigneur.
Ce fut ainsi que le Très-Haut créa
le Ciel & la Terre, & tout ce qui
est contenu en eux, visible & invisible;
car il fit toutes choses
de rien, & y versa l'infusion de sa
sagesse; l'Univers en sa partie inférieure,
fut habité par trois sortes
de Familles, qu'il créa en ordre
avec les mêmes avantages, chacune
selon sa Sphère, car les plus
dignes & parfaites en ont plus que

@

L a V é r i t é. 77


les infimes & imparfaites: ces Familles
sont la minérale, la végétale,
& l'animale; toutes ont été
sujettes à corruption, à cause qu'elles
sont composées de quatre Eléments,
qui sans cesse par l'ordre
divin, travaillent à la régénération
par la voie de la corruption qui en
est le commencement dans les oeuvres
de la Nature, laquelle n'est jamais
oisive, & tend toujours à la
perfection périodique de son ressort
circulaire, & à la réparation
de ses Ouvrages, lorsqu'ils ont été
portés à l'imperfection ou dégradation
par cause hétérogène.
En effet la santé & la corruption,
la vie & la mort se tiennent par
la main; leurs extrémités se joignent
dans le cercle du travail perpétuel
de la Nature; où l'une finit,
l'autre commence; & la vie ne cesse
que pour se régénérer & renouveler
par la voie de la mort, tantôt
sous une forme, tantôt sous une
autre; car rien ne périt, rien ne se
perd, & ne s'anéantit en ce monde:
la providence a soin de tout, &
tout y est conservé: la Nature par
un agent perpétuel anime toujours,
D iij

@

78 L a V é r i t é.


tantôt une chose, tantôt une autre,
& jamais elle ne s'arrête: c'est ce
qui a fait dire qu'il n'y a rien de
nouveau sous le Soleil; que tout
se résout, & retourne à ce dont il
procède comme à un seul lieu, à
un seul point; que tout ce qui a
été, est & sera: & qu'il n'arrive
que changement de forme dans toutes
les productions de la Nature,
dont tous les Individus ne se décomposent
& dissolvent, que pour
tourner à nouvel être formel &
spécifique.
Par cette Loi, & cette Règle
inaltérable & immuable imposée
par le Tout-Puissant à la Nature
universelle, il pourvut à toutes les
Générations & Régénérations futures;
& par cette raison il donna,
& comme versa à chacune des trois
Familles, pour empêcher qu'elle
périsse, sa semence propre, qui
cependant n'a qu'une racine, la
même, & commune, ou généralissime
à tous les Etres, afin que par
cette vertu séminale, elles se pussent
conserver, & garantir de la
mort; par ce moyen que les minéraux
métalliques, les plantes végétables,

@

L a V é r i t é. 79


& les animaux qui tiennent
de la nature des deux premiers règnes,
puissent être perpétuellement
produits & reproduits, réparez &
conservez chacun par leur propre
& semblable principe; car Dieu
aime la conservation de ses ouvrages
& de ses créatures, & ne
veut point les douleurs du malade
qui souffre, ni la mort de celui
qui meurt: il n'a point fait les maladies,
les douleurs, ni la mort; il
n'a permis qu'au cruel ennemi des
Etres naturels, à l'ennemi juré &
impitoyable du genre humain de
les faire; & ce fatal instrument de
destruction les fait par les fautes &
les vices mêmes auxquels la Nature
corruptible se livre, & qu'elle contracte
familièrement avec lui;
c'est la peine de la corruption, &
le fléau dont Dieu souffre les pécheurs
être affligés, pour les punir,
ou les corriger, en leur donnant la
voie & la conduite d'une vie pure
& incorrompue*, qui les puisse rendre
prochains à lui, & parfaitement
heureux.
Il ne fut point donné à l'Homme,
dernier créé, & qui participe le
D iiij


Note du traducteur :
*incorrompue : Non corrumpue.


@

80 L a V é r i t é.


plus éminemment des vertus célestes,
que le puissant souffle de
Dieu lui inspira, en le Créant à
son image, & à sa ressemblance,
la vertu de pouvoir à son bon plaisir,
contre la volonté suprême,
faire de nouvelles semences; mais
il lui fut seulement permis de pouvoir
étendre & multiplier son espèce;
& Dieu se réserva la puissance
de faire de nouvelles semences: autrement
la création serait possible
à l'Homme, comme étant la plus
noble Créature, & ayant le plus
digne apanage, avec la plus haute
propriété de tous les Etres naturels.
Cependant la prédilection, que le
Créateur eut pour son image, ce
chef-d'oeuvre de la Nature, & ce
vase d'élection, le porta à lui donner
l'empire & le commandement
absolu sur tous les autres Habitants
de la Terre, de l'Eau, & de l'Air,
qu'il soumit à sa puissance; pourquoi
il le fit un composé abrégé
du grand monde, lui imprima le
caractère remarquable du sceau de
ses vertus divines, & lui donna en
partage la qualité la plus protestatoire

@

L a V é r i t é. 81


& efficace des quatre Eléments,
enfin l'âme universelle opérante,
& l'esprit vital, qui passent par leur
voie & sortent de leur giron, afin
de s'unir à sa chair, & habiter en
lui pour son Etre & sa conservation.
Tous les Individus de la Nature,
tous les mixtes n'ont donc qu'une
même racine & unique semence,
plus ou moins avantagée des bénéfices
célestes; & cette racine ou semence
universelle contient l'âme
du monde, la forme des formes,
& le véritable instrument du Créateur:
c'est-à-dire, le même fiat, &
le même Verbe avec lequel il a fait
toutes choses, & rien n'en est privé;
la Nature n'a que cet esprit
incréé, ouvrier divin, cette lumière
de vie, & cette seule & unique
boussole en toutes ses opérations;
par cet agent universel elle
fait une matière extraite des quatre
Eléments, & de trois principes universels,
mêlez avec la plus juste
proportion pour l'oeuvre de la sagesse;
& cette extraction naturelle
a été appelée Mercure universel,
& Mercure de vie.
D v

@

82 L a V é r i t é.


Selon Gobineau de Montluisant,
& nombre de savants Philosophes
qui l'ont précédé, ce Mercure
contient âme & esprit invisibles,
unis par un sel liquide, comme
une seule & même essence, partant
du même & premier principe
de toutes choses, puisqu'ils ne sont
divisibles que par l'esprit, ne pouvant
être vus ni touchés, mais
seulement conçus & compris par
les Sages investigateurs de la science
de Dieu & de la Nature; cette
âme, qui porte la lumière vivifiante,
a été dite soufre, & l'esprit
qui en est le réceptacle, a été
nommé l'humide radical de toutes
choses; le sel qui est leur lien, &
procède de leur amour mutuel &
de leur union, est celui de la sagesse,
sous un corps visible & tangible,
qui nous les manifeste &
traduit en unité, comme les agents
& les principes universels de tout
ce qui existe, & la matière de l'oeuvre
divin des Sages.
Comme ce principe ternaire s'infus
dans les Eléments naturels, les Philosophes
l'ont caractérisé physiquement
de Mercure, fruit & enfant

@

L a V é r i t é. 83


de la Nature; ils l'ont même dit sa
mère & sa nourrice: selon eux,
le Soleil en est le second Père &
la Lune en est la seconde Mère;
tous deux en équitables concours
comme les Vicaires & les Lieutenants
généraux de Dieu, le traduisent
par l'Action de l'Archée moteur,
de soi pulsif & répulsif, dans
la commotion des Eléments ascendants,
descendants, progredians*, circulaires,
à la Nature naturante, qui le
reçoit & conçoit dans ses flancs, pour
le mettre au jour, & le manifester
aux Inquisiteurs de la Science &
de son oeuvre; pourquoi les Philosophes
en faisant parler la matière
de leur divin ouvrage, disent,
la Mère, qui m'a engendré, a été
engendrée par moi; ceux qui ont
connaissance de cette précieuse &
vile substance élémentaire, qui
se trouve partout, & en tout, ne
sont guère en peine d'expliquer
cette énigme; il est vrai que les
Insensés, les Ignorants, les Chimistes
vulgaires, & les faux Philosophes
ne comprennent point le
sens de ces paroles mystérieuses:
mais les Sages n'écrivent point pour
D vj


Note du traducteur :
*progrédians : Latin : progredior, Aller devant, sortir.


@

84 L a V é r i t é.


l'instruction des Gens indignes, &
des profanes; ils ne cherchent point
à faire des Prosélytes, si Dieu n'en
a imprimé le vrai caractère dans les
sujets, qu'il en a jugé dignes: la
lettre tue, & le sens caché vivifie:
l'Evangile, dit Jésus-Christ, n'est
couvert d'un voile, que pour ceux
qui périssent; malheur à ceux qui
prennent les choses à la lettre: heureux
ceux qui en savent trouver
l'esprit occulte; car ils y acquièrent
les biens, la plus longue vie, & la
santé, enfin les trésors du Ciel.
Les Sages illuminés, Interprètes,
Oracles, & Prophètes de la Nature,
dépositaires des mystères, & des
merveilles de la Toute-puissance
divine, savent parfaitement, que
le Fils plus vieux que la Mère, étant
premièrement engendré par l'influence
des Astres, descend ensuite
imperceptiblement du Ciel en Terre,
pour y engendrer cette Mère
universelle de toutes les générations,
laquelle doit après le régénérer
dans ses virginales entrailles
où il est l'esprit moteur, & opérant
de sa propre naissance, pour
devenir le miracle du monde; Hermès

@

L a V é r i t é. 85


l'appelle Image de Dieu invisible,
qui nous peut conduire au Ciel,
la figure universelle du Messie, envoyé
aux Hommes, & le signe de son alliance
avec eux: ce qui fait que les Philosophes
y ont trouvé les symboles des
plus adorables mystères de la Religion
Chrétienne.
Ce Fils, que les Astres, le Ciel
même, les Eléments, & la Nature
enfantent par leur mutuel concours,
est cette Puissance céleste,
motrice & opératrice de tous les
corps sublunaires, l'âme & l'esprit
de l'Univers, lesquels sont remplis
de l'idée formelle, & du caractère
spécifique de tous les Etres naturels:
c'est cet esprit universel &
invisible, par lequel, duquel, &
dans lequel le monde vit & subsiste:
l'air le porte & véhicule dans son
ventre, comme la nourriture de la
vie, sans quoi le monde périrait, &
rentrerait dans la confusion du cahos
primitif d'où il est sorti; la tradition
que l'air en donne à la région
inférieure en grossit la Terre de
la vertu séminale & prolifique de
toutes choses: car la Terre est sa
matrice & son rendez-vous, ainsi

@

86 L a V é r i t é.


que nous l'apprend le trois fois
grand Hermès dans sa table d'émeraude,
qui fut trouvée dans son
sépulcre, après le déluge, dans la
vallée d'Ebron; en lui faisant dire,
que le Soleil est son père, & que la
Lune est sa mère; qu'il est porté par le
Vent dans le sein de la Terre, comme
entre les bras maternels de sa nourrice,
pour s'y cacher aux yeux des ineptes,
jusqu'à ce que l'industrie du
Sage; qui l'y connaît, sait, & voit,
le fasse paraître, en le faisant sortir
par le secours du feu & de l'Art, du
sujet où il est caché & enveloppé,
comme le noyau dans sa coquille.
Le curieux méditateur* & scrutateur
doit donc savoir, que cet
esprit universel de vie & de santé
par son activité pénétrante & insinuante,
descend d'en haut, & par
la propre vertu de son mouvement
perpétuel, circulaire dans toutes les
régions, se pousse dans le centre de
la Terre, où il est attiré par l'aimant
des mixtes; là il commence à se
corporifier, en produisant de sa
propre substance un sel hermaphrodite,
que les Philosophes appellent
le sel du monde, rempli de l'esprit


Note du traducteur :
*méditateur : Celui qui médite.


@

L a V é r i t é. 87


vivifique universel, la mère
des sels, le sel central, la racine
vivante, vivifiante, & salutaire
de tous les Etres, qui sont dans
les trois règnes de la Nature; en
un mot la sève spirituelle, & vivace,
qui crée, informe, meut,
vivifie, & conserve toutes choses:
& c'est ainsi que cette Quintessence
occulte du Ciel & de la Terre, cette
rosée sur-céleste unie à la vapeur
graisseuse des bas lieux, ce suc ou
sperme élémentaire, ce chyle de la
Nature universelle, quitte le nom
d'esprit, pour prendre celui de sel
olympique, en se corporifiant, &
d'universel qu'il était, pour se particulariser,
en se spécifiant & déterminant
dans le sujet où il fait
résidence.
Ce sel androgyne, ou cette mère
des sels, est ainsi engendré par la
vertu prolifique de cet esprit universel,
au même moment qu'il se
corporifie sous la substance des trois
premiers agents, infus dans les trois
seconds agents sublunaires, & quatre
qualités élémentaires, qui sont l'âme,
l'esprit, la vie, la constitution,
& ordonnance harmonisée

@

88 L a V é r i t é.


de tous les Individus naturels; ce
sel a été dit le sel de sapience, parce
qu'il procède, & nous est envoyé
sous cette espèce par la sagesse
divine du Ciel archétype, ou
empirée, dans le fluide aérien,
ou le crible de l'air, comme une
vapeur de la vertu de Dieu, une
certaine émanation sincère & pure
de la clarté de ce Père des lumières
une candeur véritable de sa lumière
éternelle, un miroir sans tache de
sa Majesté, & une image de sa bonté,
qui nous donne le jour, & nous
fait ce que nous sommes: en effet
c'est cette vertueuse émanation divine
qui fait notre âme, & notre
esprit, qui nous traduit la vie, le
mouvement & l'action, avec la
puissance de nous les réparer & conserver
par le même principe constitutif.
Non-seulement cette mère des
sels est produite de cet esprit, comme
par son céleste progéniteur*,
mais elle en est encore si bien remplie
dans toute la capacité de son
Etre, qu'elle est en puissance virtuelle
de l'enfanter de nouveau,
& de passer en Acte effectif, d'une


Note du traducteur :
*progéniteur : Celui qui a engendré.


@

L a V é r i t é. 89


manière bien plus sensible, que
lorsqu'il est produit par la seule influence
des Astres & des Eléments:
car au lieu qu'il n'est alors qu'une
Quintessence spirituelle & invisible,
il est fait ici un esprit visible
& corporel, en renaissant du
ventre de sa mère, par distillation,
solution, & coagulation, selon
l'oeuvre & l'Art des Sages: pourquoi
ils l'ont dit âme, esprit, &
corps, & catholicon de la sapience
divine, en qualité de sel fluide pétrifié.
Ils ont reconnu que cet esprit en
sa forme visible & corporelle, non
spécifiée ni déterminée, était la
semence première animée & animante
du minéral, du végétal, &
de l'animal; parce qu'il tire sa céleste
origine de la bouche du Tout-
Puissant, qui fait la grâce de le
communiquer au monde, & à toute
la Nature, pour toutes les productions
qu'il a destinées dans ses idées
éternelles; par lui elle a un principe
interne de mouvement, pour
travailler & opérer à la perfection
de ses ouvrages, & leur réintroduire
la chaleur naturelle, & l'humide

@

90 L a V é r i t é.


radical des Eléments, qui s'altèrent
en eux, à l'effet de les régénérer &
entretenir; le mouvement qui procède
de ce premier principe, est une
action de l'agent reçue dans le patient;
& ce dernier n'agit, & ne
coopère que par la vertu active du
premier en juste concours.
Les Planètes, les douze signes
du Zodiaque, les premiers, & les
seconds principes qui nous viennent
par leurs organes, les quatre Eléments
qui composent nos corps,
sont autant de ministres de la vertu
toute-puissante du souverain Seigneur
de l'Univers; car tout concourt
& contribue à cette action &
coopération, selon les ordres de
la Providence, à laquelle les inférieurs
sont fidèlement & ponctuellement
soumis dans le gouvernement,
& l'administration économique
de la Monarchie universelle:
il y a même une si harmonieuse &
parfaite analogie & correspondance
des influences célestes & actives,
avec les puissances inférieures, &
des inférieures avec les supérieures,
que tout n'est qu'une chaîne faite
de divers chaînons, pour travailler

@

L a V é r i t é. 91


& enfanter cette essence centralissime,
qui donne la vie à tout, &
régit tout ce qui existe, sous la
forme de semence première, &
racine de vie & de santé; car selon
Hermès Trimigeste, ce qui est en
haut, est comme ce qui est en bas, &
ce qui est en bas, est comme ce qui est
en haut, pour faire les miracles d'une
seule chose, d'où il s'ensuit que les
vertus & propriétés célestes se mêlent
avec celles sublunaires, & que
toutes sont répétées dans l'essence qui
en procède, comme matière première,
& le paradis terrestre.
C'est ce qui a fait dire à tous les Sages,
que cette semence, ou ce Mercure
universel, était un être unique,
contenant tout individuellement,
comme étant l'assemblage
des vertus supérieures dans les inférieures,
& le miracle du monde,
à l'instar du Soleil, dont les rênes sont
vie, âme, esprit, immortalité, & génération;
car il nous fournit l'influence
de tout bien, venant de Dieu; suivant
l'expression d'Esculape, disciple
d'Hermès, en sa section sixième
adressée au Roi Amon, Philosophe
très docte.

@

92 L a V é r i t é.


Ils l'ont appelée double, ou
rebis, & Hermaphrodite, mâle &
femelle, comme solaire & lunaire;
feu & humide radicaux,
ou feu aqueux, & humide igné,
âme & esprit; chaleur naturelle &
humide radical; substance tenant
de la nature du soufre & du Mercure;
enfin une double force, savoir
la céleste, & la sublunaire reprenant
l'impression de la supérieure;
c'est-à-dire un individu de deux
substances d'une seule & même racine,
l'une desquelles est fixe, &
l'autre volatile, l'une spirituelle,
& l'autre corporelle; celle ci agent,
& celle-là patiente; car s'il n'y
avait un agent en la chose, il n'y
aurait point d'action & opération
au patient; nul corps, selon la
maxime d'Aristote, ne pouvant
mouvoir ni faire agir sa propre matière:
ce qui prouve que toutes les
créatures ne sont, & ne se conservent
que par la présence & par l'opération
de l'Esprit divin, qui les
meut, & agit en elles; car son mouvement
est une action de vie & de
santé: & s'il en quitte le séjour;
à cause des qualités peccantes, qui

@

L a V é r i t é. 93


offensent sa pureté, & auxquelles
il est incompatible, ces mêmes
créatures perdant le mouvement,
l'action, la santé, & la vie, tombent
nécessairement dans la corruption
& résolution de leurs principes
constitutifs, & dans la décomposition
de leurs Etres, état d'inaction,
d'inanimation*, & de mort:
en effet le sujet passif est semblable
à l'huile en la lampe; tant qu'il
y en a, elle brûle; vient-elle à
manquer ? le feu s'éteint, se dissipe,
& répand son ignition, &
sa chaleur dans l'immensité de l'air;
de même aussi le mouvement de
l'agent, est comme le feu qui agit
au sujet patient: est-il consumé?
le mouvement cesse; parce que la
cause cessant, l'effet cesse aussi; &
par la privation de ce mouvement,
naît le repos.
Les Philosophes, ingénieux scrutateurs
des causes naturelles, ont
encore dit leur Mercure, comme
l'universel principe & l'origine
de la Nature, un Etre triple, ou
une trine substance à double égard;
tant parce qu'il était l'infusion des
trois premiers agents, que l'union &


Note du traducteur :
*inanimation : De perte de mouvements.


@

94 L a V é r i t é.


l'assemblage des trois seconds agents;
les uns dits principes principiants, &
les autres principes principiés, qui
en unité, prouvent la réalité de
l'esprit divin en nôtre Terre de vie;
relativement à ces principes sublunaires
principiés, le sujet a été dit
l'esprit, l'eau, & le sang des deux,
qui portent avec eux le soufre, le
mercure, & le sel de nature, auxquels
l'âme, l'esprit, & le corps
sont analogiques; le sel, ou le corps
étant le medium conjungens, ou le
lien des deux autres: & tous trois
étant aussi la pierre triangulaire de la
libéralité divine.
Lorsque ces Connaisseurs de la
Nature ont considéré que l'Univers
n'était ex(is)tant que de son suprême
Dominateur, dont l'esprit
était confus en tout, & de quatre
Eléments subordonnés à sa puissance,
à sa sur-intendance & à son
gouvernement, ils ont appelé leur
Mercure qui en portait la plus pure,
virtuelle, & efficace émanation,
une substance quadruple élémentaire,
c'est-à-dire Terre, qui est
la scorie des trois autres Eléments;
Eau, qui est l'exponction* de l'humide


Note du traducteur :
*exponction : Latin : expunctionem, marquer d'un point.


@

L a V é r i t é. 95


terrestre; Air, qui est la raréfaction
& subtilisation du plus pur
de l'humide aqueux; & Feu, qui
est une sublime rectification du plus
subtil de l'air, dans lesquels la vertu
divine influe & agit; car tous corps,
& toutes choses généralement sont
composées de ces quatre éléments,
sous le caractère de quatre tempéraments,
qui en ont les qualités & s'y
réfèrent; & desquels se fait la pierre
quadrangulaire de nôtre Sphère.
La Philosophie naturelle, qui consiste
en la science des quatre Eléments,
dont Salomon a si bien connu
les vertus, renferme selon lui-même,
& selon tous les Doctes sur cette
haute matière, la connaissance du
gouvernement universel; de la disposition,
des puissances, & propriétés
des Etoiles, de la force des
Vents, qui agissent & influent dans
la commotion élémentaire, pour travailler
les qualités contraires, &
nous traduire les émanations célestes;
& de la disposition & ordination
du Globe terrestre, qui en
reçoit les bénéfices & les avantages
pour les générations & régénérations
de tous ses Individus; en cela

@

96 L a V é r i t é.


est compris tout ce qui arrive dans
la Nature; le commencement, le
milieu, & la fin ou consommation
des choses, la vertu médicinale des
quatre-temps & saisons qui se réparent
& succèdent dans un ordre exact;
l'échange de leurs vicissitudes; le
changement de leurs temperies*, le
cours de l'année; & la nature des
trois Familles qui habitent la terre,
l'eau, & l'air.
Il n'y a rien de plus admirable
que l'érudition des Sages; car ils
ont porté si loin la pénétration de
leur esprit, & la profondeur de leur
science, en développant l'extraction
de leur matière première, & le
fruit du travail de la Nature qui
l'opère & transmet au monde,
qu'ils l'ont nommé quinte, ou
cinquième essence élémentaire; c'est-
à-dire, la production extraite du
quadruple Elément, par la puissance,
la grâce, & la bonté du
Très-Haut pour ses Créatures de
générations en générations, qu'il a
considéré en sa prescience & volonté;
& de cette production résulte la
pierre catholique pentagone en la
terre de vie.
Ces


Note du traducteur :
*temperie : Latin : temperies, juste proportion.


@

L a V é r i t é. 97


Ces Savants, dans la sublimité
de leurs méditations sur les causes
célestes & efficientes, ayant reconnu
que les influences astrales, par la
volonté du Créateur, étaient occupées
continuellement, & semblaient
prendre plaisir à concourir
à l'ornement & à l'utilité de leur
Mercure de vie, en l'enrichissant
de leurs propriétés, & l'aidant de
leurs propres facultés qu'elles versent
en lui copieusement, l'ont
dit sextenaire*, comme ayant les
vertus du Soleil, de la Lune, de
Mars, de Jupiter, de Vénus , &
de Saturne, qui sont les six Planètes
dominatrices & agissantes
sous les ordres de l'Esprit divin leur
sur-chef, sur toutes les Créatures
sublunaires, & leurs générations:
Mercure qui fait la septième Planète,
étant ici hors nombre particulier,
& circulant dans le tourbillon
des autres principales; car il
est de toutes les compagnies, bon
avec les bons, mauvais avec les
mauvais; & c'est de cette combinaison
que les Philosophes ont tiré
la conséquence que leur Pierre était
sexagone*.
E


Note du traducteur :
*sextenaire : Sixième.
*sexagone : Qui a six côtés.


@

98 L a V é r i t é.


Quand ils ont caractérisé leur
matière septénaire, ils l'ont envisagée
sous le nombre mystérieux de sept,
comme contenant, par la vertu de
l'Archée moteur, les qualités &
propriétés infuses des sept Planètes,
ou Mercure a son rang, son ordre,
& son nombre particulier, pour y
opérer relativement & en corps, les
sept vertus de la Pierre septagone*,
ou les sept dons de l'Esprit éternel
de vie.
Dans cet esprit de contemplation,
voyant que toute la Cour céleste
a fait ses délices de contribuer
à la perfection de leur Mercure,
lui ayant départi ce qu'elle avait
de plus dignifié, vertueux, & efficace
pour la vie & la santé, ils
ont été convaincus que les douze
signes du Zodiaque, qui assistaient
continuellement & sans relâche
ces mêmes sept Planètes selon
leur distribution analogique, &
qui leur prêtaient assidûment, aussi
sans discontinuité ni interruption,
la main dans leurs offices pour le
régime du gouvernement universel,
étaient attachés, par un service
nécessaire, à l'oeuvre économique


Note du traducteur :
*septagone : Qui a sept côtés.


@

L a V é r i t é. 99


de leur matière, comme sagesse de
l'Univers; pourquoi ils l'ont qualifiée
l'abrégé du grand monde, ou
le petit monde, dont ils font par
l'Art, aidant la Nature, & travaillant
à son imitation, la bénite Pierre
dodécagone.
L'Homme qui est ce petit monde,
a été par le souverain Créateur
produit du grand monde, c'est-à-
dire du limon des quatre Eléments;
d'où il s'ensuit qu'il y a nécessairement
entre eux une parenté semblable
à celle du père au fils; une
mutuelle concordance & amour,
une affinité, liaison & correspondance
certaine, & une répétition
harmonieuse de leurs composés respectivement;
aussi n'y a-t-il rien
dans le grand monde, qui ne soit
dans le petit; tout y est non-seulement
par acte, ou corporellement,
mais encore virtuellement, ou spirituellement;
la semence première
de la création de l'Univers, qui est
le cahos des Philosophes, est aussi
la semence première du microcosme:
puisqu'il est vrai de dire que
toutes choses, que le macrocosme
a par acte, sont par puissance dans
E ij

@

100 L a V é r i t é.


le microcosme, qui le peut par
opération naturelle, aussi bien que
par Art Hermétique, réduire en acte:
c'est par cette raison que certains
Philosophes ont appelé leur Pierre
le microcosme, en ce qu'elle avait
l'image de toutes choses, & de tout
l'Univers même; ce qui leur a fait
ajouter particulièrement, qu'elle
était animale.
Comme toutes choses tiennent
la vie des Esprits célestes, ou astraliques
par leurs influences & infusions
dans les sujets, il s'ensuit
que le microcosme a aussi reçu sa
vie du Ciel, comme une certaine
impression des Astres, un Baume
astral, une influence Balsamique,
& une infusion vivifique des vertus
célestes & de l'Esprit de feu invisible,
un air vital, animant &
vivifiant inclus au corps, une vapeur
solaire & lunaire même planétaire
sous la forme de sel fluide,
tingente, épaissie, & coagulée dans
les principaux réceptacles de l'individu,
où elle se rend copieusement
& avec excellence de propriété;
dès que les maladies & infirmités
du corps ne naissent que du désordre

@

L a V é r i t é. 101


des qualités élémentées qui troublent
l'office des propriétés astrales,
en un mot dès qu'elles n'ont leur
cause que du chaud ou du froid,
de la sécheresse ou de l'humidité,
ou bien de la combinaison de l'intempérie
de toutes ces qualités dépravées
& en mauvais état, il est certain
qu'il n'y a dans le monde autre
moyen de les réparer, & de les
tenir dans un juste équilibre, que
celui du vrai Baume astral microcosmique,
qui a les quatre Eléments
dans un égal & juste mélange &
proportion, & dans une homogénéité
parfaite: car ce Baume, Médecine
universelle catholique de sapience,
contient nécessairement en
soi toutes les forces, les facultés,
les vertus, & puissances homogènes
& analogues de toutes les autres Médecines
particulières dans l'universalité
de la Nature.
En effet l'oeuvre Hermétique est
l'image exacte & fidèle de l'ouvrage
de la création de l'Univers: c'est
un cahos primitif, ou une confusion
du liquide avec le solide, en un mot
des quatre Eléments, où tout est dans
le néant physique, & d'où tout
E iij

@

102 L a V é r i t é.


sort; la vie y est en léthargie dans
la mort naturelle, pour ressusciter,
& régénérer la vie active, puissante
& prolifique dans les sujets où
elle est patiente, ou bien altérée:
chacun des sept travaux philosophiques
& naturels qui se produisent
& manifestent dans le régime, est
relatif au règne, à la qualité, & au
caractère, ainsi qu'aux propriétés &
vertus de chacune des sept Planètes
& des sept Métaux qu'elles dominent,
de même que, par la vertu du
puissant souffle de Dieu, elles sont
elles-mêmes issues en ordre de création;
& leurs apparitions & opérations
s'y font graduellement dans une
suite & succession merveilleusement
réglée par la sagesse, jusqu'à la perfection
périodique.
Il n'est point d'Etre dans la Nature,
qui ne participe des rayons
étincelant de cette sagesse, c'est-
à-dire du fiat spécifique de l'essence
divine, créatrice de toutes choses;
qui n'y puise sa naissance, son accroissement,
sa conservation, &
la multiplication de son espèce;
enfin il n'y a rien qui ne soit régi
par elle dans le même ordre, &

@

L a V é r i t é. 103


avec les mêmes attributs, proportionné
à sa sphère: le travail
& l'opération que la sagesse y fait,
sont invisibles aux yeux du corps
du vulgaire, mais non pas aux yeux
de l'esprit & de l'intelligence des
Sages, qui en voient le mouvement,
l'action, le régime, les opérations,
& les effets dans tout ce
qui existe, & en toutes les générations
& régénérations; car ce qu'on
appelle communément les quatre
tempéraments des individus, sont du
ressort & de la nature des quatre
Eléments, comme qualités élémentées
dans lesquelles cette divine sagesse
agit par les mêmes puissances;
& avec semblable distribution de
vertus: ainsi ç'a été avec juste raison
qu'elle a été définie la semence première,
& instrumentale de toutes les
créations & productions; d'où l'on
infère, que tout est dans tout, &
telle est la généalogie de cette essence
unique, qui peut & fait tout, de
l'expression des plus grands Sages.
Mais cette fleur du Ciel, ce fruit
précieux de la pure Nature, cette
royale triomphante de toutes les
infirmités terrestres, n'est connue ni
E iiij

@

104 L a V é r i t é.


cultivée de personne, & ceux dont
elle fait la vie, la dédaignent si souverainement,
qu'ils la foulent aux
pieds, quoiqu'elle soit le plus beau
fleuron de leurs têtes: sa doctrine,
qui prend son origine de la sagesse divine,
& qui est le plus haut période
de la sagesse humaine, n'est plus que
le jouet du peuple, & de sainte qu'elle
est, le commun & le vulgaire insensé
la tient pour une magie noire,
diabolique, infâme, & pleine d'illusions:
il ne faut pourtant pas s'imaginer
que l'oeuvre de la Médecine
universelle soit celui de la Pierre
transmutatoire des métaux imparfaits
en parfaits, il y a grande différence
de l'un à l'autre; le premier a une
théorie & une pratique propre &
simple, laquelle sert de fondement,
de premier principe, & de clef à
l'Art des transmutations véritables,
& le second a des opérations nombreuses,
longues, qui ne peuvent
être connues & pratiquées que par
les adeptes, comme le témoignent le
bienheureux Raymond Lulle Prêtre,
Frère Basile Valentin Prêtre & Religieux
de l'Ordre de Saint Benoît, Arnauld
de Villeneuve, le Cosmopolite,

@

L a V é r i t é. 105


l'Auteur du triomphe Hermétique,
Bernard Comte de Trevisan,
Sachaire, Flamel, M. le Président
d'Espagnette, Artephius, Despagnette,
& tous les Philosophes; &
l'on n'est pas assez téméraire pour
traiter ici de chose qu'on ignore absolument,
l'on se contente de parler
du premier oeuvre & sujet connu,
comme remède universel.
Les trompeurs sophistes, les faux
Philosophes, les souffleurs chimistes
ont tant diffamé cette première de
toutes les sciences, que c'est aujourd'hui
faire la plus grande injure à
un homme, de l'appeler souffleur,
chercheur de Pierre philosophale, &
alchimiste: les Sectateurs des vérités
Hermétiques sont en très mauvaise
odeur parmi les gens même les
mieux versés, & les Savants du siècle:
cette mauvaise opinion, que l'on
a généralement conçue des vrais Philosophes,
à l'occasion des Charlatans,
nous figure l'Ante-Christ, &
la persécution de la Sagesse.
Celui-là seul est heureux, qui
dans le secret, en sûreté à l'abri de la
malice & des entreprises des méchants,
sait se rendre supérieur à
E v

@

106 L a V é r i t é.


toutes les faiblesses humaines, & à
la dépravation du monde; en méditant
& contemplant cette même sagesse,
& s'occupant à son culte, pour
mériter l'acquisition de ses trésors
incomparables: c'est-là qu'il peut
dire, Seigneur, tu m'as donné à connaître
les choses non sues, & les secrets
de ta sapience, qu'il n'est pas
permis à l'Homme ordinaire de dire,
& en qui sont cachés tous les Biens.

pict

CHAPITRE TROISIEME.
DES TROIS MERCURES

D e s C o r p s.

Deus est totus in toto, & totus in quâlibet
parte; omnia complectitur:
omnes considerans generationes.
Sancti Patres.

Et effudit Sapientiam super omnia
opera sua, & super omnem carnem,
secundum datum suum.
Ecclesiastic. c. I. v. 10.

C 'EST de cette semence première
& universelle de vie, de
cette force intarissable, & de

@

L a V é r i t é. 107


cette fontaine éternelle des Eaux
vives dont j'ai traité, que naissent,
sortent, & sont issus trois Mercures,
qui constituent les Corps des
trois règnes de la Nature, & qui
chacun ont un rapport particulier
& propre à chaque famille & sujet
de génération en génération; pourquoi
cette source a été dite inépuisable,
& le Puits profond d'où découle
toute la fécondité de la Nature,
comme étant le commencement
de tous biens, l'origine de
toutes vertus, de l'immortalité
même, le type de la santé & des
sciences.
Le premier Mercure, qui en dérive,
affecte le minéral métallique,
que l'on appelle argent-vif, où
Mercure vulgaire, procréé par la
vapeur de la semence universelle,
qui dans les entrailles de la Terre
se convertit par l'action du feu
central, en une eau visqueuse &
limpide, laquelle étant condensée
& épaissie dans la matrice minérale,
se rend uniforme & homogène à
une terre sulfureuse, mercurielle,
& saline, prochaine, quoique grossière,
à sa nature, ce qui se fait par
E vj

@

108 L a V é r i t é.


une égale proportion, & se réduit
en minéral métallique.
Ce minéral est le formateur des
métaux; cependant il n'en est pas
le premier Père, puisqu'il a, comme
l'on voit, une semence première
pour principe: il est aurifique
en son intrinsèque, & destiné
à devenir or parfait, dont il est
l'enfance, & la première gradation:
la chaleur proportionnelle de
la mine, le digère, nourrit, épaissit,
& cuit, par le moyen du soufre
igné coagulant, l'humide mercuriel,
& par l'action des plus agentes
qualités élémentaires, en le
faisant passer successivement par
tous les degrés métalliques, jusqu'à
leur dernier période, où le
travail étant fini & parfait, l'agent
interne termine sa carrière & se
repose: c'est ainsi que la semence
première opérative, commence &
parfait l'argent & l'or vulgaires,
à quoi la Nature tend toujours de
porter sa perfection, si elle n'en
est empêchée par quelques impuretés
ou indispositions de la mine
& des matériaux; car l'argent est
lui-même un or blanc, & imparfait,

@

L a V é r i t é. 109


auquel il ne manque qu'une
cuisson naturelle & périodique,
pour le rendre or rouge, ou jaune
parfait.
Ainsi cet argent-vif est en son
état spécifié, déterminé, & destiné
à la production des métaux; il
perd même la vie, & les gradations
métalliques qu'il enfante la
perdent aussi, dès qu'ils sont extraits
de leur mine, & quittent la
mamelle maternelle, s'il leur reste
quelques esprits, ou étincelles de
leur âme vitale, ils les rendent par
leur fusion dans le martyre du feu
grossier, où l'Artisan les tourmente
& les fait passer: ainsi comment
peut-on s'imaginer en tirer la vie
prolifique, pour la communiquer
& les faire engendrer de soi leurs
semblables, puisqu'ils ne sauraient
donner ce qu'ils n'ont pas; & tout
imparfaits & impuissants qu'ils sont
comment auraient-ils la vertu de
purifier & parfaire leurs Frères aussi
lépreux qu'eux-mêmes: rien ne produit
rien, ce néant n'a ni propriété
ni puissance: ils ne peuvent recouvrer
cette faculté qu'en rentrant
dans le sein de leur mère première,

@

110 L a V é r i t é.


c'est-à-dire, de cette semence primordiale
qui les peut réincruder
purifier, réanimer & régénérer,
pour communiquer vie, & multiplier
leur espèce; & c'est ici la
pierre d'achoppement de tous les
Sophistes & Chimistes vulgaires
mais pour les Enfants de l'Art c'est
la pierre ferme de l'oeuvre Hermétique,
& la voie de direction, car
ils ne cherchent point la vie chez
les morts.
Le second Mercure est celui du
végétal, où il est diffus sous la
forme liquide, aqueuse & glutineuse,
ou visqueuse, car par-tout
& en tout il conserve son oléaginosité,
à cause de l'union intime de
son soufre igné à l'humide mercuriel:
mais comme les plantes
participent de l'Elément de l'eau,
à laquelle ils sont prochaines, plus
abondamment que les minéraux,
qui de leur part tiennent aussi plus
copieusement de l'Elément de la
terre, à laquelle ils adhèrent profondément,
ce Mercure végétal
enfanté par la semence universelle
la contient en qualité d'aquosité
fluide, s'y mêle, s'y unit, sous la

@

L a V é r i t é. 111


même forme, par son souffle, son
mercure, & son sel, qui sans se
coaguler en solide, constituent le
corps du végétal des quatre qualités
élémentées, avec quelque consistance;
& comme ce règne par
son extension superficielle sur terre,
d'où il élève ses productions, tient
beaucoup du poreux & moelleux
de l'air supérieur, & même de l'élément
du feu céleste; plus que le
minéral terrestre, aussi est-il fort
aérien, concave, ouvert par les
pores, & par conséquent peu fixe
& beaucoup mobile, pourquoi il
est de molle corporification: il a
aussi sa spécification, & détermination
propre au végétal; mais il
diffère du minéral, en ce qu'il
porte avec lui son sperme prolifique
& vivifique, enfermé en son
fruit, & quelquefois en ses racines,
& dans les parties de son
corps, pour germer & pulluler son
semblable; ce que n'a pas le minéral
métallique.
Cependant la vertu du Mercure
végétal n'est point assez dignifiée
du feu de vie, & exaltée, pour
engendrer & fournir aux enfants de

@

112 L a V é r i t é.


l'Art la semence universelle qu'il a
conçue, & par laquelle il existe,
en état de matière première, capable
d'opérer l'oeuvre des Sages,
avec la force majeure que leur
donne le véritable sujet, puisqu'il
s'étend sur tous les règnes, commande
à tout avec empire absolu
en lui communiquant l'esprit de
vie prolifique qu'il porte, pour
tout convertir à sa Nature: néanmoins
le végétal par la voie de la
nutrition, suce & s'identifie les
esprits essentiels du minéral, & de
l'animal même, en ce qui lui est
analogue, par une similitude qui
est dans toute la Nature, & procède
de sa magnésie universelle: il
est vrai encore qu'il se rend ces esprits
homogènes par l'action de l'Archée
fermentatif; mais ce qui
fait son impuissance pour l'oeuvre
Hermétique, vient de ce que sa
semence première répandue dans
l'aqueux & le terrestre, n'est point
poussée & rectifiée au dernier degré
d'exaltation, d'excellence, &
de vertu astralisée, où la Nature
porte le Mercure généralissime de
vie, & qui est le plus haut période

@

L a V é r i t é. 113


de son office, comme son nec plus
ultrà.
Le Mercure animal vient en ordre,
comme le troisième & dernier,
enfin le plus parfait, mais subordonné
à l'universel, quoi qu'il
en ait la meilleure & la plus puissante
part, même la plus copieuse,
ce qui les fait souvent confondre &
prendre l'un pour l'autre, à certains
égards cependant que les
Philosophes seuls savent discerner;
car il est vrai de dire, que le
vulgaire insipide n'y connaîtra rien,
& l'insensé ne le comprendra pas:
le mépris, le dédain, & la perte
qu'il fait de l'objet le plus précieux
qui soit au monde, que la divinité
même a formé avec l'infusion de
son esprit, & qu'elle lui met en
main pour sa vie, sa santé, son
bien, & son bonheur, ne prouvent
que trop son ignorance, & sa perversité,
en même temps son sens
dépravé pour choisir & préférer
les infirmités, les maladies, les
maux, & la mort même. Voilà le
trophée qu'il s'érige par sa subsannation*
de la sagesse: Salomon en a
donné la raison, en disant que ce


Note du traducteur :
*subsanation : Dégradation, approche malsaine.


@

114 L a V é r i t é.


malheur qu'il voyait régner de son
temps, » vient de ce que le monde
» entier se plaît à ignorer l'Etre suprême,
» qui sur soi-même, comme
» le modèle, l'a créé & formé de
» ses mains, qui a versé en lui, comme
» vase d'élection, tous ses plus
» riches trésors, qui lui a donné son
» souffle & l'inspiration de l'âme catholique
» qui opère en cette noble
» Créature, & qui lui a infus l'esprit
» vital par lequel il est, vit, & agit
pour la santé, & la conservation de
son individu; ce qui est le suprême &
le plus parfait acte qu'ait la Nature
dans ce vaste Univers; cette erreur,
& cet aveuglement vérifient l'accomplissement
de cette prophétie:
viendra un temps que le monde ne
pourra plus fournir la saine doctrine,
ni écouter la vérité, & qu'il
tournera son esprit aux fables & au
superficiel.
La Nature sensitive & animale,
par une certaine vertu magnétique
imprimée en elle, attire & prend
du fluide minéral, évaporé de la
Terre dans le véhicule de l'air,
(car la Terre est poreuse & spongieuse,)
la semence première qui

@

L a V é r i t é. 115


y est infuse; elle se l'approprie,
l'exalte & la perfectionne: elle tire
aussi du végétal, comme de son aliment,
la vapeur spirituelle de cette
semence initiale, ou substance céleste,
subtile, balsamique, & nitroacteuse*,
qui s'y est imprégnée;
elle la dégage des souillures & impuretés,
ou hétérogénéités terrestres
dont elle est imbue & farcie; elle
se la rend homogène & beaucoup
plus excellente, plus rectifiée, vive
& spirituelle, que celle qui
avait séjourné dans les crasses &
grossiers éléments des plantes: elle
pompe encore, attire, respire,
reçoit & se corporifie dans l'air, par
la même magnésie, l'influence céleste
de cette semence hileale* très
subtile: elle la travaille & la rectifie
aussi, en la nettoyant des sordides
enveloppes qu'elle a contractées
en sa descente, & en son passage
dans la région Aérienne: elle
exhaure* aussi cette même semence
première, succulente & nourricière,
par la voie de la trituration
& coction qu'elle fait des chairs
alimenteuses* des autres animaux,
qui deviennent sa pâture & sa nourriture,


Note du traducteur :
*nitroacteuse : ???
*hileale : originelle. De 'hylé'.


@

116 L a V é r i t é.


en l'en extrayant par l'action
des esprits vitaux, dans la digestion,
concoction, cuisson périodique,
& sublimation rectifiée, que
l'animal en fait en ses pélicans &
vaisseaux vitaux, où il la transmue
& convertit en sa propre substance
minérale, végétable & animale, &
la parfait en quintessence bien autre,
plus noble, puissante, & vertueuse
que celle qui se fait & se forme ordinairement
dans les ventricules naturels
des minéraux, des végétaux,
& de l'air même.
Il s'enfuit de ces effets démontrés,
que les esprits essentiels de
la semence première, sont véhiculés
& transportés dans la Nature
minérale, de la minérale dans la
végétable, & enfin de la végétable
dans l'animale, sans y perdre, quoique
confondus, leur propriété, y
acquérant au contraire plus de sublimation,
subtilisation, & rectification,
à proportion des gradations
qui sont dans les règnes où passe
cette semence principiante; ce qui
fait que la nature animale a les
trois en elle, en puissance & vertu,
& que cette même semence première

@

L a V é r i t é. 117


universelle ne se particularise,
se spécifie, & détermine dans l'animal,
qu'en y produisant le fruit de
ses oeuvres merveilleuses: elle est
répandue dans toute la capacité de
la machine, & en ses moindres parties,
sous la forme de chaleur naturelle
& d'humide radical, dont le
double trium des principes universels
ordonne, ourdit & constitue le
corps animal solide en quatre qualités
élémentaires, ou quatre tempéraments.
Mais le propre de l'animal est de
porter aussi en lui son sperme génératif,
& multiplicatif de son semblable;
d'y avoir incluse toute sa
vertu prolifique, & de ne la communiquer
que par émission hors de
lui à la femelle, qui est la Terre,
la matrice, & le dépôt lunaire de
son sperme solaire, pour produire
son genre, par les puissances motrices
& agentes, qui y sont si spirituelles,
qu'elles se dissipent soudain
qu'elles prennent l'air dans l'éjection,
par une vertu attractive d'en
haut, comme de leur centre, tout
ainsi qu'un fort feu attire un plus
faible: le sperme animal a son lieu

@

118 L a V é r i t é.


particulier dans le corps pour la
génération, & n'est point placé indistinctement
dans les autres parties,
comme il l'est dans tout le
contexte de la plante, qui le porte
dans tous ses membres. Il en est
donc ici bien différemment du végétal,
& la raison de cette localité
est que l'animal n'étant point enraciné
dans la terre ni dans l'eau,
Eléments infimes, & tenant plus supérieurement
de l'air, & du feu,
Eléments plus dignes, est par conséquent
aussi plus ignifié, & avantagé
du feu de vie par essence,
que les deux autres règnes subordonnés;
& qu'ainsi il est beaucoup
plus astralisé & dignifié que ses inférieurs:
pourquoi ne leur étant
point adhérent par les racines, il
réunit son sperme dans un seul
siège, voisin de la région du coeur
qui lui départit ses vibrations, &
la force de ses influences ignées
car où il n'y a point de feu, il n'y
a point de mouvement, & où il
n'y a point de mouvement, il n'y
a point de vie; puisque quand le
Soleil nous prive de l'influence des
bienfaits célestes, à son défaut la

@

L a V é r i t é. 119


chaleur du feu artificiel, vulcanique
grossier venant au secours, nous
rappelle & conserve la chaleur de nature
& de vie, que nous tenons d'en
haut, & qui nous est si chère pour
notre existence; sans cela nous péririons
par l'extrême rigueur du froid
mortifère.
Des principes naturels & véritables
que j'ai établi, il faut nécessairement
recueillir & conclure, que
les trois familles de la Nature,
émanées d'un seul premier principe,
ont beaucoup d'affinité, de
liaison, & d'action à s'unir, & opérer
l'une sur l'autre, en se communiquant
leurs vertus & leurs
offices, & faisant leurs fonctions
toujours tendant à la perfection,
qui est l'imagination, l'intention,
l'oeuvre & la fin de la sagesse par
son agent interne & moteur & opérant.
Mais si les minéraux & les végétaux
ont des vertus si grandes, &
si universellement connues, combien
davantage, & plus parfaites
n'en ont donc pas les animaux, &
êtres sensitifs, qui ont la semence
universelle de la première main, &

@

120 L a V é r i t é.


en plus haute dignité, puissance,
& propriété, comme une conséquence
absolue de la supériorité:
car le plus parfait a plus de pouvoir
sur l'imparfait, que l'imparfait
n'en a sur le parfait; cependant
parmi ces animaux, il en est de plus
parfaits les uns que les autres, lesquels
possèdent ces mêmes vertus à
un plus haut degré de perfection,
de force, & de puissance, en laquelle
gît secrètement toute la vie
de l'individu; comme dans les minéraux
& les plantes il est des sujets
moins imparfaits, & plus puissants
les uns que les autres, à proportion
qu'ils sont plus ou moins bénéficiaires
de l'esprit universel.
Le microcosme, qui est l'Homme,
& vraiment le chef d'oeuvre de
tout, s'alimente de la même façon,
des vapeurs de la semence première
dans le fluide de l'air, & des minéraux
terrestres; dans la décoction
des végétaux, & des animaux même
qui servent à sa nutrition, & à
son accroissement par addition de
parties: en effet pour sa nourriture,
il extrait leurs Quintessences, &
l'esprit balsamique & vivifiant; les
distille,

@

L a V é r i t é. 121


distille, & les sublime par coction
propre & naturelle, comme fait
l'Alchimiste, mais bien plus artistement:
c'est-à-dire que par ses vertus
minérales, végétables & sensitives,
il contient tout en soi; en un mort
qu'il fait & parfait le nectar de vie,
très pur, subtil & céleste, lequel
est à proprement parler, la chaleur
& l'humide radical de Nature, ou
bien le feu vraiment éthéré & essentiel,
conservateur & régénérateur
de la Nature humaine, en qualité
de semence première, origine &
fondement de toutes générations &
multiplications.
A cette conséquence, il faut ajouter
les apanages que le Créateur
de l'Univers a infus à ce chef-d'oeuvre
admirable de toute la Nature,
en lui concédant de plus qu'aux
Natures minérales, végétables &
aux autres animaux, l'âme raisonnable
catholique, qui est une droite
distribution de la Divinité, laquelle
en fait sur Terre l'image de Dieu
même: ce qui s'entend de l'excellence
de la sagesse dont le Ciel &
les Eléments ont avantagé l'Homme,
par préférence à tout autre Etre;
F

@

122 L a V é r i t é.


car le Tout-Puissant n'a point
fait la même grâce aux autres Habitants
de la Terre: de façon que
l'homme seul a les qualités des
deux autres règnes, & peut virtuellement
sur eux ce qu'ils ne
peuvent point, ou du moins qu'imparfaitement
sur lui: ainsi, s'il est le
dernier travail de ce grand Artiste
de l'Univers, aussi faut-il le considérer
comme le Bouclier de l'ouvrage;
& le comble couronnant tout
ce qui l'a précédé, dont il a le riche
ameublement; car tous les dons
vertueux des choses supérieures &
inférieures règnent en lui, en parfait
assemblage & juste harmonie;
c'est par cette raison qu'il a été
appelé par les Sages l'homme divin,
astralique & élémentaire, & que
comme l'a fort bien dit Ovide, il a les
yeux élevés vers le Ciel pour y considérer
sa noble origine, & en contempler
les merveilles; au lieu que
les autres animaux ont les yeux baissés
sur la Terre pour y voir leur
basse & vile extraction, & le néant
de leur limon.
Le Très-haut a exprimé l'image
de sa Divinité en unité d'essence,

@

L a V é r i t é. 123


& trinité de Personnes, dans le Soleil,
en ce qu'il est unique, n'y
ayant pas plusieurs Soleils, & en
ce qu'il nous envoie & traduit la
lumière, le mouvement, & la chaleur
de vie qui sont en lui comme
dépositaire de l'autorité divine:
cet Astre glorieux, à qui l'or est
assimilé, pour distribuer à l'Homme
les rayons aurifiques & vitaux
du souffle divin dans tout le composé
de la machine, lui a donné
le coeur, premier & dernier asile
de la vie, & aussi le premier né &
le dernier mourant de l'individu,
comme étant le principal siège de
l'âme. La Lune, à laquelle l'argent
se réfère, pour humidifier la trop
vive ardeur des vibrations solaires
& cordiales, & l'assaisonner à l'équilibre
d'un juste tempérament,
lui a départi le cerveau, comme
étant le principal siège, où réside
l'esprit. Jupiter à qui l'étain se rapporte,
& qui est pris pour l'air, lui a
donné les poumons pour respirer,
& pomper l'influence céleste, en
la faisant circuler dans toute la capacité,
surtout au coeur sa forteresse.
Mars, à qui le fer est analogique,
F ij

@

124 L a V é r i t é.


& qui veut signifier le feu
mixte & grossier entretenu par les
acides amers, lesquels sont des
dissolvants figurés par le Vulcain
de la fable, lui a donné le foie &
le fiel, pour servir à la trituration
des aliments & à la coction du
Chyle. Vénus, qui est le lien magnétique
du chaud avec l'humide,
& auquel le cuivre se rapporte, lui
a donné les reins, à l'effet de lui
servir de réservoir de ces deux principes
vitaux:, & de génération prolifique,
& mettre dehors le superflu.
Mercure, c'est-à-dire, le colporteur
& le messager des influences
des autres Planètes, & auquel
l'argent-vif se relate, lui a donné
les parties génitales, pour la communication
& circulation du sperme
génératif. Saturne, c'est-à-dire,
l'humeur flegmatique, & auquel
le plomb est relatif, lui a donné
la rate pour filtrer & raréfier à
travers sa vapeur, comme à travers
un crible, les esprits essentiels &
sanguins trop impétueux qui monteraient
au cerveau. Les Etoiles lui
ont administré les yeux: le Temps
lui a donné les années: la Fortune

@

L a V é r i t é. 125


les dignités & facultés, & la Terre
lui a donné le corps.
Le Végétal a aussi sept plantes
qui répondent sympathiquement à
chacune des sept Planètes, & des
sept parties principales de la constitution
humaine; ce qui aura sa place
dans un autre Traité, pour ne point
passer les bornes que je me suis ici
prescrites. Mais il est bon d'instruire
de la qualité dominante de
chacune de ces Planètes, & de
leurs relatifs; conséquents & magnétiques;
car les analogues ont
leur propriété de semblable nature.
Le Soleil est masculin & sanguin, la
Lune féminine & sanguine, Jupiter
féminin & flegmatique, Mars masculin
& cholérique, Vénus masculine &
sanguine; Mercure féminin & flegmatique,
Saturne féminin & mélancolique:
ce qui se réduit & rapporte
à la colère, au sang, à la pituite,
& à la mélancolie, qui sont
les quatre tempéraments de la Nature,
synonymes des quatre Eléments
qui les composent de leurs
qualités.
Les sept Etoiles astrales qui assistent
aux pieds du trône du Tout-
F iij

@

126 L a V é r i t é.


Puissant, & nous communiquent
& transmettent les vertus de son
Esprit éternel, ainsi que leurs correspondants
sublunaires, qui y contribuent
de leur part, en ce qui
leur est départi par lui de plus digne,
ne sont pas encore les seuls
occupés sans cesse à cet office; car
les douze Signes du Zodiaque, assis
& placés dans le circuit des Planètes,
versent continuellement dans
l'Homme les grâces du Seigneur,
qu'ils administrent comme les coadjuteurs
de ces Planètes, les organes
du Mariage de l'Esprit Créateur
avec la Créature, de la lumière
spirituelle avec le corps, & du mouvement
& de la vie de tout Homme
qui vient au monde.
Le Signe du Bélier préside à la
tête: celui du Taureau au col, &
au gosier; celui des Gémeaux aux
bras, & aux jointures des épaules;
celui de l'Ecrevisse à la poitrine;
celui du Lion à l'estomac; celui de
la Vierge au ventre; celui des Balances
aux reins; celui du Scorpion
aux génitoires: celui du Sagittaire
aux cuisses; celui du Capricorne aux
genoux; celui du Verseau aux jambes;

@

L a V é r i t é. 127


& celui des Poissons aux pieds.
Chacun de ces Signes a un rapport
intime à la Planète, qui lui est propre,
pour agir de concert aux opérations
naturelles de l'Individu; car le
Bélier & le Scorpion correspondent
à Mars, & au foie & au fiel: le
Taureau & les Balances à Venus &
aux reins; les Gémeaux & la Vierge
à Mercure & aux parties génitales;
l'Ecrevisse à la Lune & au cerveau;
le Lion au Soleil & au coeur; le Sagittaire
& les Poissons à Jupiter &
aux poumons; le Capricorne & le
Verseau à Saturne & à la rate.
Le reste de la Nature a aussi été
employé au service de l'Homme:
tout a contribué & concouru, rien
n'a manqué à sa perfection, pour
en composer un petit monde, organisé,
& harmonisé à l'instar du
grand monde, & doué de toutes les
vertus supérieures de la sagesse divine:
aussi est-il un corps glorifié
de tous les attributs, au plus haut
période de tous les Etres naturels.
Cependant quel est l'esprit qui
pourrait comprendre, & la plume
qui pourrait décrire suffisamment, &
avec la dignité & la magnificence
F iiij

@

128 L a V é r i t é.


convenable à l'Architecte divin, l'art,
l'ordre, & la distribution avec lesquels
il a fait tous ces ouvrages,
comment ils s'est infus en eux grands
& petits, visibles & invisibles, pour
leur vie & leur conservation?
Les Sages ne se lassent point d'admirer
la relation que le Créateur a
mise du Ciel avec la Terre, & de la
Terre vers le Ciel; le pivot universel,
sur lequel roulent toutes les opérations
de la Nature, & son plus
grand & plus secret ressort en ses
oeuvres; c'est-à-dire, une certaine
action, & propriété occulte de la
magnésie universelle, procédant de
l'Archée, ou d'un même esprit &
d'un amour mutuel, par la similitude
qui est dans la Nature. C'est par
cette action, que toutes les vertus &
les puissances de l'Univers & de ses
individus, s'électrisent mutuellement,
avec cette distinction, que
la plus forte la plus active &
véhémente, frappe & attire plus
fortement la plus faible & la moins
active, en la commotion des Eléments,
& qu'elle la résout, la convertit
à soi, & se l'approprie avec
identité, pour les effets qui en résultent.

@

L a V é r i t é. 129


Les Savants par ce moyen
peuvent faire de grandes découvertes
dans la Nature, s'ils ne prennent
point l'effet pour la cause, l'action
pour le principe.
C'est par tous ces organes, ces canaux
& ces opérations, comme par
autant de ministres de la vertu divine,
que la semence première, universelle,
& le Baume catholique,
descend & coule abondamment dans
le Puits Hermétique; & c'est de ce
Puits que nous faisons sortir la confection
salutaire, qui nous prouve la
vérité du Dieu des vertus en notre
sujet; car notre matière par l'oeuvre
& l'art du Sage, en la main & au
pouvoir duquel il confie sa puissante
autorité, restaure, rétablit & conserve
divinement la vie & la santé de
tous les individus naturels, par leur
propre & premier principe, en expulsant
tout vice & tout levain de
lèpre & de corruption mortifères:
c'est un trésor infini pour la vie des
Hommes, que les imprudents dissipent
follement, & que les Sages savent
ménager si utilement, comme le plus
désirable & précieux gage de la bonté
céleste: c'est aussi de cette potion
F v

@

130 L a V é r i t é.


salutaire dont ils entendent parler,
lorsqu'ils nous recommandent de
boire de l'eau de notre citerne de vie,
& le fluide qui sourcille de notre
puits, pour que la santé plus vigoureuse
nous serve de bouclier contre
toutes les maladies, & qu'elle arrose
jusqu'à la moelle de nos os.
La maladie & la mort, qui affligent
les corps, ne sont jamais que
l'absence, & la privation du feu
vital par essence, concentré, & qui
réside, en exaltation de Quintessence
pétrifiée, en la semence première,
en qualité de Médecine universelle,
ce feu vivifiant, ou la bénigne chaleur
qui en procède & nous vient
d'en haut, a toujours été considéré
par les Physiciens & Naturalistes &
par les Philosophes, comme le type
& l'arsenal de toutes vies & santés;
il ne subsiste en son séjour corporel
& terrestre, que par son union &
adhérence à l'humide radical de la
Nature; quand ce dernier s'évaporant
& dissipant, cesse de lui servir
d'aliment & d'entretien, il s'évapore
& dissipe aussi, pour retourner
à son centre, & n'anime plus le sujet,
ou plutôt il le livre à la frigide

@

L a V é r i t é. 131


aquosité, où domine le venin de la
terrestréité & corruption qui en prennent
l'empire, & le détruisent.
Chez tous les Peuples, de tout
temps, leurs Mages ou Sages ont reconnu
l'effusion des vertus célestes,
& des dons de la divinité dans cette
chaleur naturelle & cet humide radical,
pour l'origine & le soutien
de tous les corps: on leur a, dans
l'antiquité païenne, érigé des Temples
& dressé des Autels; le culte &
l'adoration qu'on observait, & les
honneurs qu'on leur rendait,
avaient pour motifs l'obtention de
la grâce de leurs faveurs, & de la
conservation de tous les individus
naturels qui ne subsistaient que
par leur présence, & leurs opérations.
Les uns ont déifié la chaleur
sous l'image d'Osiris, & l'humide
sa compagne, sous celui d'Isis:
les autres ont personnalisé le premier
sous l'attribut de Pluton, &
le second sous celui de Proserpine
sa femme, dans les entrailles de
la Terre; de Neptune & d'Amphitrite
son épouse à l'égard de
l'eau. D'autres encore ont peint la
chaleur sous la figure de Bacchus
F vj

@

132 L a V é r i t é.


& l'humide sous celle de Cérès, par
rapport à la surface terrestre végétable:
quelques-uns, en les regardant au
règne animal, les ont dit Deucalion
& Pyrrha, ou les envisageant influés*
par la voie de l'air, qui est leur véhicule,
ont pris Jupiter pour la chaleur,
& Junon, qu'ils lui donnaient
pour femme, pour l'humide; certains,
en remontant vers la source
les ont caractérisés de Soleil & de
Lune, appelés par eux Apollon &
Diane: lorsqu'ils ont porté leurs vues
plus haut, ils les ont qualifiés de Saturne
& d'Opis sa femme, avec leurs
attributs: enfin tous dans le même esprit,
les ont déifiés sous d'autres
Symboles allégoriques, tels que le
Coq à l'égard de la Terre; du Pigeon
pour la région de l'air; de l'Aigle
pour l'approche des Astres &
du Soleil donc il soutient fixement
les regards & le voisinage; de la
Salamandre pour le Soleil même
où elle ne se brûle point à cause de
l'excès de son humide frigidité, &
enfin de l'Oiseau du Paradis pour
le profond du Soleil, dans lequel
il vit par sa subtile & perpétuelle
humidité nourricière.


Note du traducteur :
*influés : Ayant reçu l'influence de.


@

L a V é r i t é. 133


Il faut donc convenir par principe
de raison & de nature, que la
maladie & la mort qui sont les deux
fléaux de la Nature naturée, procèdent
de la perte de cette chaleur naturelle,
& de cet humide radical, &
qu'ils prennent leur cause du froid
flegmatique, soporifique & suffoquant
de l'esprit vital, lorsqu'il assiège
le corps, par nombre d'humeurs
peccantes ses satellites, & qu'il y
établit ses forces, sa victoire & son
triomphe, pour l'abandonner à la corruption
& décomposition. La frigidité
mortelle s'empare d'abord des extrémités
des membres du corps, qui
sont les retranchements & les faubourgs
de la ville, tandis que les esprits
vitaux assiégés & bloqués, sont
forcés & contraints de se réfugier
& cantonner au coeur de la cité;
dès-là, les agents cessant l'office de la
circulation, de leur mouvement,
& de leurs opérations dans l'étendue
de leur ressort, & la sphère naturelle
de leur district, rendent patiente
la plus grande partie du corps,
qui reçoit différentes atteintes des
hostilités, & de leur fureur meurtrière.
Dès que l'ouvrier d'iniquité

@

134 L a V é r i t é.


a investi les faubourgs, il assaillit
bien vite la forteresse; à force de
combats il la ruine, la détruit, &
enlève les chefs & les habitants qui
la défendaient auparavant, & qui
gémissent alors sous le poids de l'oppression:
ainsi la ville de la vie bientôt
rendue, en proie au sac, au
pillage & au ravage de l'ennemi
cruel, sourd à nos plaintes & sans
quartier, subit les lois & la tyrannie
de l'avide vainqueur & destructeur
de notre existence, lequel n'est
autre que l'esprit impur de la terrestréité,
qui assouvit sa rage dévorante,
au point qu'il n'y laisse
pierre sur pierre.
Mais, quoique cette bienheureuse
semence première & universelle,
qui est l'individu des plus
grandes vertus de la Nature, le trésor
du paradis terrestre, & la clef
des merveilles du monde, nous soit
très familière, & à notre disposition,
cependant elle ne nous tombe
point entre les mains par occasion
fortuite, en état d'être opérée selon
l'art, pour pouvoir foudroyer &
extirper l'impitoyable ennemi de
notre chair, acharné à notre perte,

@

L a V é r i t é. 135


pour devenir l'esprit triomphateur
de toutes infirmités, & de la
mort même: car notre divine matière
est emprisonnée dans une prison
si forte, & cachée dans un puits
si profond, que la Nature même
ne saurait l'en tirer, si l'art industrieux
ne lui en facilite les moyens.
En effet, dans l'opération, ministre
ingénieux de la diligente & laborieuse
Nature, il purifie par une
flamme vaporeuse & circulante les
sentiers qui conduisent à la prison
Hermétique: la Nature commence,
l'Art achève; lui seul purifie ce que
la Nature ne pouvait purifier sans
lui: il a l'industrie en partage, & la
Nature a la simplicité. Ils veulent un
concours des deux; de sorte que si
l'un n'aplanit le chemin, l'autre
s'arrête tout aussitôt, & meurt en
naissant, au lieu de produire ce Phoenix
Hermétique qui devait se
régénérer de ses propres cendres,
& ce Pélican qui devait arroser ses
petits de son sang, pour leur rendre
la vie, & la prolonger au-delà des
bornes ordinaires; car l'on moissonne
ce qu'on a semé, si la culture a été
bien travaillée.

@

136 L a V é r i t é.


Cette semence, en qualité de suc
onctueux des Eléments, & de fluide
essentiel, est une terre vivace &
vivifique, contenant l'énergie infuse
des vertus supérieures, motrices &
actives, & imprégnée d'un soufre,
d'un Mercure & d'un sel virtuels
qui, par l'art aidant la Nature, passent
de puissance en acte, en s'unissant
& corporifiant intimement,
avec parfaite homogénéité exubérée,
comme médecine souveraine
dans les trois règnes de la Nature,
auxquels elle commande, pour rétablir,
régénérer & exalter efficacement
& radicalement la vie & la
santé de tous les corps, ou perfectionner
leurs constitutions.
L'union indivisible de ces trois
principes naturels, les a fait nommer
simplement Mercure Philosophique,
ou Baume généralissime de
vie, par la raison de sa fluidité,
pondérosité, & de sa circulation
naturelle, comme argent-vif; pourquoi
Philalethe dit fort clairement:
» l'on voit donc que tout nôtre secret
» consiste dans le Mercure,
» dont parle un Philosophe, en
» disant, tout ce que cherchent les

@

L a V é r i t é. 137


» Sages, est & se trouve dans le
» Mercure: » il en donne la définition
dans la suite, en ces termes
magnifiques; » c'est l'esprit le plus
» pur de la Nature, le miracle du
» monde, & l'assemblage des vertus
» supérieures dans les inférieures:
» pourquoi le Tout-Puissant l'a
» distingué par un caractère particulier
» & notable, & lui a imprimé
» son sceau royal.
Geber en fait le même éloge;
» loué soit le Très-Haut, qui a
» créé notre Mercure, & lui a
» donné une nature à qui rien ne
» résiste: car sans ce Mercure, les
» Alchimistes auraient beau faire,
» tour leur travail serait vain &
» inutile, » il est en effet le principe
Physique de tous les phénomènes
de la Nature universelle, & de
toutes les Créatures: & Dieu l'a
favorisé du don de ses vertus, par
excellence en force & propriété, à
tout autre ouvrage de ses mains.
L'on ne pourrait l'expliquer plus
ingénument que l'a fait le même
Philalethe, en ajoutant » que ce
» Mercure est celui des Sages,
» & non pas le vulgaire; ce der»

@

138 L a V é r i t é.


nier est mâle, c'est-à-dire corporel,
» mort & déterminé à une
» espèce particulière, au lieu que
» le nôtre est spirituel, femelle,
» vivant & vivifiant, spécifiant
» & déterminant; ainsi il est
» principe de vie, il donne, répare,
» fortifie & conserve la
» vie: faites donc attention, continue
» cet Auteur, à tout ce qui est
» dit de ce Mercure; parce que
» selon le Philosophe, nôtre Mercure
» est le sel des Sages, & quiconque
» travaillerait sans lui, ressemblerait
» à un Insensé qui voudrait
» se servir & tirer d'un arc sans
» corde & sans flèche.
» Cependant, reprend ce Philosophe
adepte, » ce Mercure ne se
» trouve pas sur la Terre; mais
» il est nôtre Fils, & nous le
» formons, non-pas en le créant »
car l'Homme ne peut créer les
composés naturels principiants des
choses, mais bien Dieu seul, à la
toute-puissance duquel il est réservé
& il appartient de les créer & répandre,
en juste partage & ordination,
dans la Nature qui est sa
chambrière, suivant l'expression

@

L a V é r i t é. 139


des Sages; » mais nous tirons cet
» Enfant des choses dans lesquelles
» il est enveloppé, par la coopération
» de la Nature, un moyen
» spagirique admirable, & un art
» industrieux »; car un Sage est singe
de la Nature, & l'aide à accoucher
de ce fruit précieux, pour le cultiver
ensuite selon l'art de la sagesse
& la prudence, joint à la patience.
Mais il est une saison dans le cours
de l'année, où la Nature, piquée
& aiguillonnée par les rayons &
vibrations de l'esprit vivifique, que
le Soleil de retour sur notre hémisphère
nous traduit, & réveillée
d'une espèce d'assoupissement frigide
qui la mortifiait, par l'influence
& infusion de sa chaleur bienfaisante
& opérante, semble en recevoir
amoureusement les immersions
& impressions, par-là se renouveler,
pour des actes de force, de vie, & de
santé: en ce temps d'effervescence,
l'humide igné universel commence
à monter de la Terre au Ciel, &
descendre du Ciel en Terre bien
plus copieusement, & avec plus de
vertu qu'en toute autre saison, pour
produire la magnésie universelle des

@

140 L a V é r i t é.


vertus supérieures & inférieures, l'influer
dans les Corps minéraux, & par
elle bénéficier, & rendre féconde la
double substance des Sages. C'est
alors qu'il faut prendre & recueillir,
au poids requis, cette eau salutaire
& lustrale, ainsi virtualisée,
dans les minières, où le Soleil a
fait au moins trente révolutions, &
non plus de trente-cinq, car alors la
Nature minérale commence à rétrograder,
pour tendre à la dépravation
& à son déclin.
L'Artiste, qui opère cette merveilleuse
substance mercurielle, orientale
& unique, par le régime linéaire
d'une chaleur douce & proportionnée
à sa température, la doit
conduire par tous les degrés méthodiques
de l'oeuvre, pour l'arrêter
& prendre au cercle citrin, comme
médecine lunaire universelle, & la
pierre parfaite au blanc; ou bien il
la doit travailler & continuer, sans
interruption, en la poussant jusqu'au
rouge parfait, qui est produit &
enfanté par cette pierre blanche sa
mère, comme médecine solaire universelle,
souveraine, & la pierre
accomplie au rouge.

@

L a V é r i t é. 141


Les vrais Alchimistes me sauront
bon gré de cette ouverture de
coeur, sincère & véritable, laquelle
suffit pour les faire arriver heureusement
à la possession de ce trésor,
qui est le port de la vie & de la
santé les plus solides & assurées;
l'on se flatte même que les Adeptes
ne seront point jaloux de cette
lumineuse & importante révélation,
que ne part que d'un sentiment charitable
d'entrailles fraternelles en
faveur des véritables Artistes, enfants
de la science, souvent déviés &
égarés dans le Dédale des opérations
naturelles, dissimulées ou enigmatisées
par les Sages, dont cependant
je n'ai point vulgairement trahi
le secret.
Quoique la plupart des Philosophes
en aient parlé obscurément,
par tropes, figures, & paraboles,
ou hiéroglyphes, néanmoins ils n'en
ont point fait un mystère impénétrable,
pour les Gens sensés qui
reconnaissent dans la Nature la lumière
de la vérité, & de la droite
voie; tout leur plus grand soin a été
de cacher le sujet; car s'il était su
& divulgué, dit Philalethe, il n'y aurait

@

142 L a V é r i t é.


pas jusqu'aux stupides & insensés,
qui ne se moquassent de notre art,
puisque ce sujet une fois connu, tout
l'ouvrage n'est autre chose qu'un ouvrage
de Femme, & un jeu d'Enfant.
L'on peut assurer que cependant
cet Auteur véridique exprime si
ouvertement la composition du fluide
visqueux de l'eau ignée, ou feu
humide du Mercure Hermétique,
qu'il faudrait vouloir se refuser absolument
à l'évidence, pour ne pas
connaître l'objet de cette science;
» j'ai dit tant de choses de la confection
» de l'eau minérale, végétable,
» & animale, dont se compose
» le Mercure Philosophique,
» ce qu'aucun Philosophe n'a fait
» avant moi, que je ne saurais
» en marquer davantage, à moins
» d'en donner la Recette; je l'ai
» fait cependant, mais en déguisant
» les noms; heureux celui
» qui peut saluer notre lente Planète;
» priez Dieu, mon Frère,
» qu'il vous fasse cette grâce, parce
» que cette bénédiction ne dépend
» pas de celui qui la cherche
» ni qui la désire, mais uniquement
» du Père des lumières.

@

L a V é r i t é. 143


Hermès, en sa Table d'Emeraude,
en a traité, avec un pompeux éloge
de ses vertus, en disant » par ce
» moyen vous aurez la gloire de
» tout le monde, toute obscurité
» s'enfuira de vous, toute maladie,
» toute pauvreté n'auront point
» prise sur vous, c'est la force de
» toute force, car elle vaincra toutes
» choses subtiles, & pénétrera
» toutes choses solides: » il l'appelle
pierre, parce qu'elle l'est virtuellement,
& que par la perfection de
l'oeuvre elle se réduit & termine en
pierre.
Au premier, & au quatrième
de ses sept Chapitres, il en explique
& atteste encore les précieux
avantages, & les motifs pour lesquels
les Sages sont nécessités* de cacher
à l'Univers la connaissance de
la confection Hermétique & de
son oeuvre, & de n'en parler
qu'énigmatiquement: » avec l'aide
» de Dieu tout-puissant, cette pierre
» vous délivrera, & vous garantira
» de toutes infirmités, & maladies,
» telles grandes qu'elles
» soient; elle vous préservera de
» toute tristesse & afflictions, & de


Note du traducteur :
*sont nécessités : Sont dans la nécessité de.


@

144 L a V é r i t é.


» tout ce qui pourrait vous nuire au
» corps & à l'esprit: elle vous conduira
» encore des ténèbres à la lumière,
» du désert à la maison, &
» de la nécessité à l'abondance; elle
» donne la joie, la satisfaction, la
» gloire, les richesses, le contentement
» parfait, la félicité, & les plaisirs
» solides à ceux qui la connaissent
» & la possèdent; elle leur donne
» aussi la parfaite intelligence de
» ce qu'ils cherchent avec tant d'empressement,
» & leur donne enfin
» la possession des choses divines.
» La raison, dit-il, pour laquelle
» on a appelé les Philosophes
» envieux, n'a pas été à cause
» qu'ils aient jamais eu dessein de
» rien celer aux gens de bien, & à
» ceux qui vivent pieusement, ni
» aux légitimes & véritables Enfants
» de la science, ni aux Sages; mais
» parce qu'ils cachent cette science
» aux ignorants, c'est-à-dire, à ceux
» qui n'en savent pas assez pour
» la connaître, aux vicieux, & à
» ceux qui vivent sans loi & sans
» charité, de crainte que par ce
» moyen, les méchants ne devinssent
» puissants, pour commettre,
par

@

L a V é r i t é. 145


» par une force injuste, toutes sortes
» de crimes, dont les Philosophes
» seraient responsables à Dieu:
» car tous les méchants sont indignes
» de posséder la sagesse; or je vous
» conjure tous, ô fils des Philosophes,
» au nom de nôtre bienfaiteur
» qui vous fait une grâce si
» singulière, de ne jamais déclarer
» le nom de cette pierre, à aucun
» fou, à aucun ignorant, ni à aucun
» qui en soit indigne.
Le sceau du livre de la Nature
n'est ouvert qu'aux seuls Sages &
Philosophes; qui connaissent parfaitement
les fondements, les principes,
& les instruments de la même
Nature; & l'art n'est donné pour
le concours qu'à ceux qui, par leurs
méditations & les travaux de leurs
expériences, s'instruisent des possibilités
& industries physiques:
c'est une science merveilleuse &
pleine de mystères, qui n'ayant que
la vérité pour base, semblent néanmoins
incroyables aux ineptes &
au vulgaire: car, selon Basile Valentin,
ce trésor ne s'apprend pas aux
écoles, mais il demeure caché devant
leurs yeux, comme l'esprit & le sens
G

@

146 L a V é r i t é.


interne de la Sainte Ecriture, étaient
celés aux Pharisiens; l'arcane de
la sapience guérit les malades, &
donne la santé; il faut donc le découvrir:
car à quoi nous servent
les biens du monde universel, si les
infirmités & la mort nous privent
de leur jouissance?
L'on dit vulgairement que la
science Hermétique est le période
de la folie; cependant elle est fondée
sur la réalité, & sur la sagesse
divine & humaine, comme étant
le période de la vie heureuse, la
voie & le moyen de la conserver:
nous en avons la preuve dans les
plus grandes autorités des siècles
derniers; Paracelse, Norton, Dean,
Synesius, Kunrard, Descomtes,
Libavius, de Nuisement, Jean de
Mehun, Collesson, le Philosophe
inconnu, la Lumière sortant des
ténèbres, le Pilote de l'Onde Vive,
le Filet d'Ariane, le Parnasse assiégé,
le Prêtre Médecin, le triomphe de
l'Archée, en sont autant d'Oracles
certains. Un nombre infini d'autres
Auteurs respectables, de saints personnages,
& de gens illustres par leurs
moeurs & leurs bonnes oeuvres, en

@

L a V é r i t é. 147


ont attestés & scellés la foi par leurs
expériences, & les bons effets: la révélation
& la connaissance est véritablement
de subtile imagination,
elle surpasse toutes les inventions
des Hommes les plus raffinés; car
toutes leurs notions dans le siècle,
ne sont que de brillantes misères
de la pitoyable sagesse, & de la vanité
périssable de ce bas monde:
ce qu'a fort bien exprimé Salomon
en son Ecclésiaste, & delà l'Auteur
de l'Ecclésiaste a conclu, qu'il n'y
a presque personne qui révèle la
racine de la sapience, qui connaisse
ses nobles subtilités, & comprenne
la discipline, ou le régime de ses
oeuvres.
Salomon, qui en grand Philosophe
autant que Politique savait
scruter les coeurs des Hommes, qui
avait l'art de connaître leurs sentiments,
leurs pensées & leurs caractères,
leur génie, leurs moeurs, &
de juger de leur conduite & de leurs
actions, sans jamais s'y tromper,
les a peint d'après Nature, & en a
fait le plus fidèle portrait, en disant
» que la sagesse est la chose dans le
» monde à laquelle ils pensent &
G ij

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148 L a V é r i t é.


» s'appliquent le moins; que leur
» plus grand soin n'est point de
» réfléchir sur les calamités, les
» travaux, les infirmités, les douleurs,
» & la mort dont ils seront
» tourmentés, ni sur la brièveté
» de leur pénible vie, mais uniquement
» de s'occuper, & d'employer
» tout leur temps aux affaires du siècle,
» de commercer & négocier
» avec les banquiers, agioteurs, &
» millionnaires, de tâcher d'aller
» d'un pas égal avec eux, & de préférer
» la gloire au solide, le superficiel
» à l'utile; car le génie des
» Hommes est de se faire des projets
» de choses absolument vaines;
» leur coeur insipide est comme de
» la cendre légère, qui n'a feu,
» ni humide, ni corps, & est le
» jouet du vent: leur espérance n'a
» pour but que le terrestre, & ils
» ne se proposent que vanités,
» parce qu'ils traitent leur vie,
» comme un objet plus vil que la
» boue, loin de s'attacher à la ménager,
» & se la conserver par l'oeuvre
» & le fruit de la sapience,
» qui préserve & délivre de tous
» maux ceux qui en font usage.

@

L a V é r i t é. 149


Quiconque a le bonheur, par une
grâce spéciale & particulière de
l'illumination du Père des lumières,
de posséder la théorie, & la pratique
de cette oeuvre de la sagesse,
enfin de cette doctrine de la santé,
doit être un véritable Sage, & un
autre Harpocrates, à cause du secret
silencieux que la science exige
par des conséquences infinies: il
doit aussi être d'un esprit subtil,
naturel, point sophistique; il faut
qu'il ait le travail des mains, le
libre-arbitre, l'aisance des facultés,
sans être riche; car à ce dernier
titre, il ne s'y pourrait initier, à
cause des dissipations sensuelles,
où l'opulence l'entraînerait: avec
cela il doit avoir la prudence, la
constance industrieuse, la patience
laborieuse, la lecture des bons Livres,
des Auteurs de bonne note:
surtout un esprit net dans un corps
sain; car s'il ne juge pas bien des
choses, & s'il est infirme, comment
aura-t-il la témérité d'entreprendre
la conduite d'un ouvrage de cette
conséquence, qui pourrait être détruit
en un seul moment par son
défaut de prudence, d'attention
G iij

@

150 L a V é r i t é.


& de soin: il pourra se faire aider
par un ami fidèle & capable; s'il a
toutes les qualités requises & parvient
au succès, son devoir est de
se servir discrètement des fruits de
la bénite pierre qui récompense ses
travaux, pour la gloire de Dieu
& l'avantage de ses frères en Jésus-
Christ, qui lui a mis en main un
si grand don de ses grâces & de ses
vertus.
J'écris en l'honneur de la science,
& j'écris la vérité salutaire; je
leur dois ce tribut, comme le fruit
de mes travaux, des lumières &
des connaissances que, par l'inspiration
divine en mes méditations &
contemplations, j'ai nettement &
clairement recueilli des autorités
& des préceptes des Sages & Philosophes,
& que j'ai vérifié par
ma propre expérience: j'en fais
part avec amitié fraternelle & sincère,
gratuitement, & sans aucune
vue d'intérêts ni d'amour propre,
aux Amateurs des Vérités Hermétiques,
& aux Inquisiteurs de cette
sainte science, & je souhaite que
cette illustration leur soit & à la
République Chrétienne, de quelque

@

L a V é r i t é. 151


utilité pour leur bien & leur bonheur;
alors ils reconnaîtront que le
fruit de ma découverte, est d'un prix
au-dessus de toutes les richesses de la
terre; je n'ai rien appris de certain
& de véritable qu'en approfondissant
dans le Puits de la Nature, & je
n'en ai trouvé la source, qu'en la suivant
à la piste en ses canaux & sur
ses pas; en un mot, je n'ai découvert
ses principes, son instrument universel,
& ses opérations que par l'investigation
de leurs traces & de leurs
effets physiques: donc je connais les
uns & les autres, & je n'en traite
qu'avec la même vérité certaine,
remplie de candeur, sans ostentation
ni vanité; le zèle que j'ai eu de
donner au monde un ouvrage aussi
utile qu'intéressant & curieux, ne
m'a pas permis d'en épurer la diction
aussi parfaitement que je l'aurais
désiré, m'étant fait un point
principal dans une matière aussi
abstraite, de la solide démonstration
des choses qu'elle renferme,
plutôt que du travail élégant de
leur exposition; un Philosophe
s'attache plus sérieusement au sens
qu'à la lettre & au style.

@

152 L a V é r i t é.


Mais le langage que je tiens est
si étranger à celui du siècle, aveugle
& plongé dans l'erreur, que
toute la sagesse que j'étale à ses
yeux, n'y passera que pour illusion
d'un cerveau imaginatif; & je prévois,
je sais & je prophétise, que
si j'étais reconnu dans le monde
sous le nom que j'y porte, cela seul
ferait que mes Ecrits causeraient
des révolutions bien extraordinaires
dans les esprits, même des jugements
contradictoires: la seule idée
que l'on concevrait de moi, exciterait
à rire de l'ouvrage, ou à le
mépriser, sans entrer dans la connaissance
de son mérite; car il y a
bien peu de Personnes, qui y puissent
pénétrer: l'un d'un ton railleur
se moquerait de la science,
l'autre de l'Auteur: celui-ci d'un
air grave, & imposant, ou super-
docte & suffisant, rirait de tous
les deux; l'Incrédule, l'Ignorant,
& le Vulgaire crieraient à la folie, à
la chimère: les Fanatiques étourdis
d'importantes vérités incompréhensibles
pour eux, exciteraient la fermentation
de leur bile noire, pour
y perdre le reste du sens commun.

@

L a V é r i t é. 153


Certains enorgueillis de présomption
d'eux-mêmes, & piqués de jalousie,
me critiqueraient follement,
& sans y rien comprendre; mes
Amis même, & ceux qui semblent
me vouloir du bien, par pitié me
plaindraient, comme un esprit faible,
abusé d'un système, quoique je
remplisse sous leurs yeux, avec honneur
& présence de jugement, mes
occupations dans la société, sans que
les unes entreprennent sur les autres:
plusieurs me connaissant, sans
avoir imaginé que j'aie été Homme
à faire l'acquisition de cette science,
par moi humblement cachée dans le
monde, jureraient que je ne suis
point l'Auteur de ce Traité, quelques-uns
avec exclamation diraient,
qu'il n'est pas possible, véritable,
probable, ni vraisemblable que
j'aie révélé les secrets énigmatiques
de la Philosophie naturelle, & que
j'en sois le presque unique possesseur
dans un Royaume entier; & le général
insipide & insensé me logerait
aux Petites-Maisons, tant est grande
la force des préjugés, & la dépravation
du génie humain contre la
saine raison, & la vérité qui frappe

@

154 L a V é r i t é.


les yeux; tandis qu'un très petit
nombre d'Elus, & de Sages, Co-
Hermeïtes, à qui ma voix dans ce
désert, comme leur écho, se ferait
entendre dans leurs solitudes, me
placerait au-dessus de la sphère du
monde entier: mais je n'y cherche
point la vaine gloire.
La sagesse, qui comme fille du
Ciel, est en la main & en la garde
du Tout-Puissant, se soutiendra
toujours par elle-même avec honneur;
l'Enfer, & toute la malignité
du monde ne prévaudront jamais
contre elle.
Rapportant tout à Dieu, je lui
rends louanges, honneur & gloire:
car il est le seul auteur & dispensateur
de tout bien. Je mets toute ma
confiance & mon espérance en lui.
Vil mortel que je suis, je ne désire
que d'être ignoré, & dans cette
vue j'anagrammatise mon nom.

PHILOVITE. *.****.

Cosmocole.

F I N.


Note du traducteur :
*co-Hermeïte : ???



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